De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

L’entreprise de l’après pandémie (1)

De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

La crise du coronavirus est riche d’enseignements en matière d’entreprise et, va l’être encore plus, notamment en matière de comportement d’icelles en regard de leur masse salariale. On peut déjà enregistrer des tendances qui n’augurent rien de bon en matière d’évolution des relations sociales. Si l’on reste sur cette ligne, il est à gager que ces évolutions impacteront fortement les comportements sociaux de la manière la plus négative qui soit pour les décennies qui viennent. Au-delà de la période curieuse et paradoxale que nous vivons, il est curieux de faire ce constat dans une telle indifférence, alors que nous parlons d’avenir et que chacun est concerné. Si beaucoup nous parle du gâchis alimentaire, personne ne parle du gâchis humain auquel nous allons assister. Si le réchauffement climatique, jusqu’à peu était sur toutes les lèvres et à toutes les sauces, personne ne nous parle de la période de glaciation des cœurs dans laquelle l’occident est entré, de l’aggravation à court terme ni des risques et des conséquences induites. Récemment, on a pu constater que la terre se régénérait très vite quand l’homme arrêtait son emprise parasitaire… Toutefois, à quoi servira une terre plus propre si les cœurs restent désespérément vides, sans espoirs ? A l’heure où l’on parle de réparer notre société (très), abimée, où beaucoup s’interrogent sur la pertinence du système de valeurs, de l’impéritie et de l’inconséquence qui nous ont conduits jusqu’ici. Au moment, où d’autres commencent une réflexion sur ce que pourrait être l’entreprise de demain dans un monde à rebâtir. A l’instant où une conscience se fait jour, où les bonnes volontés se cristallisent autour de ce que pourrait être et ce qu’impliquerait un changement de paradigme. Il est navrant de noter que d’aucuns continuent de ratiociner sur des données, une logique, une façon de penser et des méthodes d’un autre âge qui démontrent l’enlisement, que dis-je, l’enkystement dans des conceptions qui sont aux antipodes des attentes et vont à rebrousse champ de l’évolution de la société civile. Au-delà d’être dangereux pour le pays, l’entreprise, elle l’est plus encore pour cette légendaire « richesse » que sont les femmes et les hommes qui la composent. Cela impactera durablement la place, le rôle et la perception de l’entreprise, sans omettre les effets induits sur le marché du travail et les conséquences en matière de recrutements, ainsi qu’en accentuant les comportements inappropriés des salariés, tout comme ceux  des clients/consommateurs/utilisateurs par réaction. Ce que nous voyons se dessiner, c’est comme si l’entreprise avait sciemment décidé de se couper de la réalité, de refuser toutes évolutions positives, de nier sa capacité d’adaptation, alors qu’elle-même préconisait, il y a peu « l’agilité » pour ses personnels. Alors qu’elle se dit à la recherche des talents nécessaires à sa pérennité et son développement, qu’elle est confrontée à des soucis de compétences transverses, de recherche de spécialités et de talents évolutifs voire d’autres formes d’intelligences pour mieux appréhender un marché devenu complexe, d’érosion de l’engagement, de la fidélité de ses salariés, de compétitions effrénées à tous les niveaux, etc. Il est dommage aujourd’hui, de constater qu’elle épouse une posture inverse à l’heure où sa responsabilité est pleinement engagée dans toutes les dimensions de sa relation sociale et sociétale (RSH – RSE – RSM – RSP), comme si les liens avec la composante humaine de son tissu s’étaient distendus, plus encore, presque inconsciemment à la faveur de la mise en place des mesures de « distanciation sociale » (que je n’aime pas ce terme), que l’épidémie nous a imposé.

Au-delà du phénomène pandémique et de ses conséquences sur l’entreprise, l’économie, le pays. Cet éloignement contraint, impacte également les rapports salariés-entreprise. Outre la prise de conscience généralisée, c’est aussi une remise en cause profonde de la façon de travailler qui a émergé et qui, si elle n’est pas valorisée au profit de tous, porte en elle les germes de sa propre destruction.

Quand je parle de destruction, cela prendra la forme, au départ, d’un « oubli », d’une simple omission, pourtant essentielle. Comment pourrions-nous nous inscrire dans le monde de demain si l’on oublie, d’inclure dans nos réflexions (dans le cadre de la remise à plats des valeurs [pas seulement du et au travail]), de remettre l’Humain au centre de nos préoccupations ? Comment pourrions-nous continuer à pousser, jusqu’au bout du bout, des raisonnements et ratiociner sur des valeurs et des systèmes qui excluent l’Humain, autant dans sa dimension [d’accomplissement] que dans sa singularité et sa finalité ? Comment pourrions-nous passer à côté de ce qui peut-être sera l’opportunité, pour toutes les entreprises, comme pour leurs salariés de la refondation d’un nouveau contrat social ? Comment pourrions-nous passer à côté du « new deal 2.0 » qui, remettant l’Humain au cœur du dispositif, va être profitable à tous (marchés, marques, produits, fabricants, distributeurs, consommateur, environnement, etc.) ? Car si l’Humain justifie, depuis la création, l’origine, la raison d’être de l’entreprise. C’est l’innovation et la capacité de l’entreprise à s’adapter qui pérennise son inscription dans un marché légitime. En ce sens, c’est l’entreprise qui donne à l’humain sa raison d’y être… Les deux sont intimement imbriqués et ne peuvent se passer l’in de l’autre au risque de s’annihiler.

Bref, non plus un jeu à sommes nulles dans une posture éculée qui ne dupe plus personne, inadapté aux enjeux de l’époque et à l’impérieuse soif de « vérité » du moment. Tablons sur un jeu réellement « gagnant-gagnant » qui pourrait se révéler positif, inclusif, bénéfique et porteurs de grandes opportunités. Au-delà de la simple réintroduction de sens (si ce n’est du bon, a minima), c’est un engagement profond qui est attendu de part et d’autres, de la cohérence, ce n’est pas qu’un énième saupoudrage d’un vernis d’humanité qui craquera à première tension, s’il n’est pas pensé et en accord avec la réalité et les attentes. Cet engagement, en cohérence, en conscience, ici et maintenant n’est pas une figure de style convenue, une élucubration de plus, un effet de mode ou une posture de circonstance éphémère et aléatoire facilement interchangeable. Avant tout, c’est l’expression d’un désir profond, d’une attente réelle auxquels nous nous devons de répondre avant que nos salariés aillent chercher, ailleurs, les conditions qui leur paraitront les meilleurs à leur épanouissement et à la réalisation de leur singularité. A défaut de ce faire, bien après toutes les réflexions sur l’optimisation des modes de management et de fonctionnement qui tournent en boucles sur des critères de performances qui sont, eux-aussi, à réévaluer, ce sera notre capacité d’innovation qui sera impactée durablement, sans doute de façons plus grave que d’aucuns le pense…

L’entreprise saura-t-elle négocier – à l’avantage de tous – ce tournant ? Seul l’à-venir, celui qui est train de se construire, pourra le dire.

R.H. LEGRET

Secrétaire Général du CRED*

* Centre de Recherche et d’Etudes de Défense

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