COMPRENDRE LE MONDE ACTUEL, MIEUX ANTICIPER LE MONDE DE DEMAIN…

COMPRENDRE LE MONDE ACTUEL, MIEUX ANTICIPER LE MONDE DE DEMAIN…

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire » (Henri Bergson). Tel n’est pas le mantra de nos dirigeants obnubilés par le très court terme, le présentisme, le médiatique, la tactique, la politique politicienne, les coups foireux qui s’apparentent à de vulgaires pétards diplomatiques. Alors que la planète plonge dans une crise sociale, économique sans précédent, consécutive à une pandémie1 et que la défiance à l’égard des dirigeants s’installe dans l’opinion publique, il est indispensable de prendre le temps de la réflexion. Prendre le temps de comprendre où nous nous trouvons aujourd’hui (pourquoi ?) pour mieux imaginer où nous irons demain et après-demain (comment ?).

Dans cette optique, les philosophes peuvent être d’une très grande utilité dans la démarche des internationalistes, des diplomates, des décideurs. Michel Foucault a magnifiquement expliqué, combien la tâche des philosophes, aujourd’hui, consiste à dresser un « diagnostic du présent ». Il a montré comment le rôle de la philosophie n’est pas de colorier les calendriers de l’avenir (Roger-Pol Droit). Le terme « diagnostic » est important par ce qu’il emporte comme conséquences. Nous ne le répèterons jamais assez. À l’instar de ce que nous dit Hubert Védrine, le travail du diplomate est comparable à celui du médecin, ni plus, ni moins. Sa priorité consiste à examiner le patient monde, région « X », État « Y », à l’ausculter avec attention pour dégager le tableau clinique qui s’impose.

Ce n’est que dans un second temps, qu’il peut, raisonnablement, envisager le diagnostic idoine2 permettant d’envisager, le cas échéant, le traitement des maux. Mutatis mutandi, ce n’est qu’au prix d’un diagnostic sans tabou du tableau clinique actuel – très peu encourageant au demeurant – que nous pourrons nous livrer à un exercice sans complexe d’anticipation du futur sans lequel nous nous promettons des jours difficiles3.

UN DIAGNOSTIC SANS TABOU DU TABLEAU CLINIQUE ACTUEL

Sans constat le plus objectif qui soit de la situation du monde en ce printemps 2020 (l’existence d’une polycrise), rien de très sérieux ne sera possible. La pratique du retour d’expérience (les leçons de l’Histoire) chère aux militaires, il paraît difficile, si ce n’est impossible, de répondre à un impératif catégorique (la projection dans l’avenir).

Un constat objectif : l’existence d’une polycrise

Prétendre, avec la plus grande mauvaise foi, que toutes les dérives, les dérèglements du système international sont les conséquences uniques et directes de la pandémie de Covid-19 est mensonger. Les fissures dans l’édifice fondé sur l’interdépendance, bâti après la Seconde Guerre mondiale, étaient déjà présentes depuis plusieurs années à condition de n’être ni sourd, ni aveugles aux signaux faibles et forts concordants. La crise sanitaire a simplement servi de révélateur, d’accélérateur de tendances structurelles largement perceptibles à la fin de l’année 20194. Nous étions face à une crise globale, crise de la mondialisation « heureuse » en particulier5. Tel est l’objectif de l’exercice de bilan auquel nous nous sommes livrés dans les colonnes de ce blog, l’intitulant : « Un monde sans repères »6. La démarche était des plus classiques pour un esprit formé sur les bancs de la faculté de droit et de Sciences-Po Paris, au siècle dernier, précisons-le. Sans grande originalité, nous constations la prégnance d’une fragmentation du monde (prégnance de multiples crises, effondrement de l’ordre international néo-libéral) dont la conséquence directe était l’émergence d’un monde désorienté (montée en puissance de la puissance, déclin progressif du multilatéralisme). Le tout débouchant sur un questionnement du monde du XXIe siècle (effacement continu de la confiance, déficit chronique d’architectes du futur). Un diagnostic largement partagé dans la communauté des chercheurs sérieux. Nous ne parlons pas ni des officines dont la devise est le client est roi, ni du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du Quai d’Orsay7. Notre conclusion était ainsi libellée : « En dernière analyse, pourrons-nous, voudrons-nous, saurons-nous ramasser les débris du monde d’hier pour reconstruire, sur les décombres de l’ancien, les piliers du monde de demain afin qu’il retrouve ses principaux repères ? L’ambition est étroite et l’ambition immense. Aux grands maux, les grands hommes ». Une fois de plus, rien de très original si ce n’est le souci de tirer les conclusions de l’instabilité et de l’imprévisibilité d’un monde en transition exposé à tous les vents mauvais, à toutes les tempêtes imprévues, à toutes les surprises stratégiques. Ce sont des domaines par excellence où l’autonomie, l’indépendance de la pensée, et donc de l’action, sont essentielles pour prévenir les multiples embardées – la crise globale – que nous connaissons depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Un retex salutaire : les leçons de l’Histoire

Comme le souligne justement le géographe, Michel Foucher : « Nous serions bien inspirés de prêter plus d’attention aux méthodes de nos militaires en anticipation et retour d’expérience, qu’ils sont bien les seuls à pratiquer »8. Il est vrai que les diplomates – très souvent imbus de leur propre morgue – dédaignent ce genre d’exercice d’introspection qu’ils jugent indignes de leur immense savoir des choses de l’extérieur. Exercice qui leur permettrait d’éviter de reproduire à l’identique les mêmes erreurs impardonnables au fil des ans. Et, le moins que l’on puisse dire est que la conjugaison des fautes et des surprises stratégiques constitue le meilleur carburant des dérives d’un monde qui peine à se restructurer en dépit des coups de boutoir que lui infligent la réalité. Ce ne sont pas les remarques dignes du Café du commerce produites par le brillantissime ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian qui sont rassurantes9. Saurons-nous faire preuve d’humilité pour reconnaître nos erreurs d’appréciation des situations, nos réponses erronées aux crises multiples qui secouent la planète ? Crises auxquelles il faut désormais ajouter la crise sanitaire aux nombreux effets dévastateurs dans tous les domaines : politiques, économiques, énergétiques10, financiers, sociaux, internationaux11, diplomatiques… Petite cause (un virus microscopique), grands effets (un bouleversement planétaire durable, « une catastrophe humanitaire » selon l’ONU). Sommes-nous et serons-nous en mesure de dresser un tableau de toutes les conséquences de cette crise, une fois le tsunami passé pour mieux anticiper l’avenir afin de s’y préparer le plus efficacement possible ? Sommes-nous disposés à nous plier à cette discipline intellectuelle en mettant entre parenthèses notre égo ? L’objectif est simple : mieux s’interroger pour mieux comprendre. Faute de nous livrer à cet exercice salutaire de retour sur le passé, nous nous promettons des lendemains qui déchantent.

Un impératif catégorique : la projection dans l’avenir

Une fois de plus, dans une démarche marquée au sceau de la logique et muni de notre bilan de l’année écoulée comme tout viatique pour un futur incertain, nous nous sommes autorisés, deux mois après la présentation du bilan de l’année 2019, à esquisser quelques grandes lignes d’action pour une année 2020 qui se présentait, à l’évidence, sous les plus mauvais auspices12. Tout bilan n’a d’intérêt opérationnel que s’il débouche sur quelques propositions d’action. Mais, les dirigeants ont une sainte horreur des Cassandre. Ils préfèrent le « narratif » rassurant des marchands d’illusions. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci). Comment mieux résumer la problématique des relations internationales, en cet été 2021, que ne le fait Antonio Gramsci ? Mais que disaient et proposaient, il y a peu de temps encore avec une grande assurance, nos bons docteurs Diafoirus pour guérir ce malade monde bien mal en point ? Rien de très passionnant et de très constructif, attachés aux dogmes13 et à la liturgie d’un passé révolu qu’ils sont. Pour notre part, nous estimions que, si nous voulions disposer d’un quelconque levier d’action pour contribuer au remodelage du mode du XXIe siècle, il fallait relever, au moins, les trois principaux défis suivants : le défi de la parole discréditée, le défi du réalisme, le défi de la créativité. S’agissant de la créativité, voici ce que nous écrivions au début du mois de mars avant que la crise du Covid-19 ne se manifeste sous ses diverses facettes.

« La rénovation de la grammaire des relations internationales devient une ardente obligation, un impératif catégorique. « Rien ne sert d’idéaliser le passénous ne reviendrons pas en arrière », nous rappelle fort justement Yuval Noah Harari. En cette année 2020, le monde est face à un choix stratégique qui l’engagera pour les décennies à venir. En un mot comme en cent, le dilemme de la communauté des nations – nous bannissons de notre langage le concept-valise de communauté internationale qui ne signifie rien de concret – est simple : se réformer ou périr. Mais après la question du quoi vient inexorablement le temps de celle du comment. Et, c’est là que les choses se corsent. Où sont les authentiques hommes et femmes d’État qui sachent voir loin, qui fassent preuve d’un minimum de clairvoyance pour appréhender les défis du monde nouveau dans cette dangereuses phase de transition ? Où sont ceux et celles qui cesseront de faire preuve d’une inquiétante cécité politique ?14 Il reste à espérer qu’ils ou elles sauront répondre au moins en partie à ces défis, notamment celui d’une approche inclusive des crises qui le secouent ».

Bien évidemment, rien de tout cela n’a été fait alors que nous disposions de toutes les cartes en main pour procéder à l’examen clinique de la situation à froid. Ceci explique en partie la situation de désarroi dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et qui était largement prévisible à condition de ne pas s’arrêter à l’écume des jours, à la dimension purement médiatique et court- termiste des relations internationales, concept appréhendé dans son acceptation la plus large.

Retour sur le passé, analyse sans tabou d’un présent tumultueux, telles sont les conditions incontournables d’une bonne préparation d’un avenir plus serein. Revient toujours de façon lancinante la même question : saurons-nous préparer le « monde d’après », le monde de demain ou bien devrons-nous nous résoudre à le subir ?

UN EXERCICE D’ANTICIPATION SANS COMPLEXE DU FUTUR

Plus l’avenir est incertain, plus la prospective doit reprendre du service pour tenter de réduire les incertitudes. Pour parvenir à cet objectif ambitieux, une révolution copernicienne s’impose. Elle passe par l’adoption d’une méthodologie exigeante (une sorte d’ardente obligation comme le fut la planification au lendemain de la Seconde Guerre mondiale), le recours à une prospective novatrice (une recherche iconoclaste débarrassée des pesanteurs et des conformismes de toutes sortes) et la mise au point d’une feuille de route globale (une indispensable boussole pour fixer un cap pérenne au navire monde dans la décennie future).

Une méthodologie exigeante : une ardente obligation

Le monde d’aujourd’hui. Un impératif catégorique s’impose. Nous devons indubitablement nous débarrasser de tous nos préjugés, nos idéologies, nos a priori, nos élans généreux… pour mettre au point une méthodologie pragmatique permettant de nous projeter sur l’avenir « car le futur se récolte toujours dans le passé » (Dany-Robert Dufour). Vouloir coûte que coûte faire entrer le futur dans des schémas de pensée préétablis devient de plus en plus insupportable, de plus en plus contreproductif, de plus en plus vain. Il n’y aura pas de « jours heureux » (pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron) sans une réflexion collective, non seulement sur les causes de nos maux mais aussi sur les échecs de nos remèdes. Si les prédictions de la catastrophe, en tant que telles, semblent aujourd’hui d’une formidable acuité15, les visions esquissées du « monde d’après » font très souvent froid dans le dos16. Toutefois, elles doivent nous aider à imaginer, décrire le « monde d’après », celui d’une éventuelle refondation sur la base de paradigmes novateurs des relations internationales débarrassés des scories de l’ancien monde. Il ne faut pas se le dissimuler, les écueils sont nombreux. En particulier, nous ne saurions nous satisfaire de la tendance des intellectuels médiatiques à deviser, en pleine crise du coronavirus, sur le « monde d’après » en ressassant leurs idées d’avant (Roger-Pol Droit). Si l’on écoute le président de la République, il ne pourra y avoir de « jours heureux » que si nous savons nous réinventer (« beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, remises en cause », Emmanuel Macron, 12 mars 2020). Merveilleux aveu. Mais pour cela, il va falloir toute l’exigence des cartésiens, des pessimistes et des courageux pour éviter les entourloupes des avant-hier qui déchantent17. Il va falloir également se prémunir contre le risque du « tout change pour que rien ne change » (Lampedusa) qui serait catastrophique pour le monde, ses nations, ses peuples, ses citoyens. Et cela n’est pas tâche aisée dans une époque où les conformismes tiennent le haut du pavé et les dogmes paraissent de plus en intangibles au fur et à mesure où les réalités les démentent avec la plus grande vigueur.

Une prospective novatrice : une recherche iconoclaste

Le monde change. Fini le temps béni de l’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuel18, de la clairvoyance rétrospective19, de la prophétie autoréalisatrice20, de la dictature des idées reçues ! Les masques sont tombés. La prospective doit retrouver toutes ses lettres de noblesse en redevenant le réducteur d’incertitudes qu’elle a été et qu’elle n’est plus. Elle doit nous apprendre à vivre, pour longtemps encore, dans un monde frappé au sceau d’un futur flou ; de deux faces de l’incertitude (manque d’exactitude et imprécision, confusion ; de l’imprécis et du confus ; avenir vague et rétif aux prévisions…)21. À la prévision du temps des certitudes doit impérativement faire place la prévision du temps des incertitudes. Nous ne devons pas perdre de vue cette donnée objective sauf à faire fausse route. Changer de modèle22, changer de logiciel de pensée23… Examiner d’abord une idée reçue et la passer ensuite au filtre de la raison critique ! Les prévisionnistes doivent s’atteler à cette lourde tâche. Cette démarche, aussi indispensable qu’audacieuse, serait d’autant plus louable que nous vivons dans un environnement de confusion intellectuelle permanente entre le fait et le commentaire, le droit et la morale, la raison et la passion, le court et le long terme… La conséquence la plus directe de cette situation est la difficulté que nous avons tous – experts ou pas – à démêler le vrai du faux. En dernière analyse, penser contre la bien-pensance ambiante, n’est-ce pas le meilleur biais pour comprendre le monde ? 24 Car « toute vérité n’est pas bonne à croire » comme le souligne Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Notre faillite dans la prévention puis dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 est d’abord la défaillance de la prévision – plus précisément l’absence de prévision audacieuse – de nos dirigeants. Le fameux « gouverner, c’est prévoir ». La prévision ne doit pas être un simulacre de réflexion pour temps de paix mais une authentique remise en question permanente pour temps de guerre. Une fois encore, cela s’appelle une révolution copernicienne dans les esprits des chercheurs, des prévisionnistes et, en dernière analyse, des dirigeants de la planète. Cette démarche est d’autant plus incontournable qu’il va falloir vivre avec l’incertitude, l’intégrer à nos existences et à nos pensées. Grâce à quoi, peut-être, nous pourrons dresser une feuille de route globale pour l’avenir et disposer d’une indispensable boussole pour affronter les tempêtes qui nous attendent.

Une feuille de route globale : une indispensable boussole

Le monde est sans boussole. La lutte planétaire contre le coronavirus ne signifie pas la fin des rivalités entre grandes puissances. Mais l’épidémie pourrait hâter le déclin relatif des États-Unis, le désarroi stratégique des Européens et l’influence croissante de la Chine25. Elle risque d’attiser la rivalité sino-américaine26 et de pousser l’Occident à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine27. Polarisée par une hypothétique menace russe, l’OTAN s’éveille à la menace chinoise28. Il est grand temps de ne plus se satisfaire des déclarations lénifiantes de Pékin29. Au-delà de ce constat très général, les experts ne s’accordent pas sur les grandes lignes de force du monde d’après. Quid de l’avenir du système multilatéral ?30 Le Covid-19 peut être le dernier clou planté dans le cercueil du multilatéralisme alors même que, paradoxalement, les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation dès la fin des années 199031. Face aux fièvres nationalistes, à la montée des égoïsmes et au repli des États, y a-t-il un espoir de reconstruire un système de coopération ou de gouvernance internationale ?32 Rien n’est certain tant nous sommes entrés dans une phase de bipolarité fluide. Il nous faut apprendre à réinventer le bilatéralisme et à créer des coalitions nouvelles sortant des cadres existants qui ont amplement démontré leurs limites intrinsèques. Il nous faut apprendre à faire le deuil d’un multilatéralisme moribond, le remplacer, pour un temps indéterminé, par un « minilatéralisme » pragmatique33. Il nous faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon cœur avec une Europe à bout de souffle, incapable – par la faute du dissensus entre ses États membres – de relever l’immense défi des crises du XXIe siècle34. Il nous faut apprendre à faire sans une Alliance atlantique « en état de mort cérébrale »35 en définissant de manière autonome qui sont nos véritables ennemis : Russie, Chine, États-Unis ? Il nous faut apprendre à repenser, sans le moindre tabou les termes de la prétendue « mondialisation heureuse » et envisager la transition vers un système plus viable, plus tolérable par les peuples36. Ce n’est que, muni de cet indispensable appareillage conceptuel, nous pourrons mieux affronter le monde difficile de demain ainsi que toutes ses turbulences incontournables. La prévision devra nous servir d’aiguillon intransigeant chaque fois que nous serons tentés de retomber dans les ornières du passé, par paresse intellectuelle et par conformisme ambiant.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur » (Winston Churchill). Tel est le principal défi que devront relever nos dirigeants quand sera venu le temps de tirer les conclusions de la pandémie. Faute de quoi, ils se promettent des lendemains qui déchantent et nous promettent des jours difficiles. Surtout en France, Jupiter devra apprendre à parler à des adultes, comme le fait Angela Merkel, et non à des enfants37. Encore et toujours, nous ne le répéterons jamais assez : comprendre pour se préparer, surtout au pire.

Tel est la clé du succès ou, du moins, de la réduction maximale de l’incertitude, de l’imprévu. Comme le souligne justement, Edgar Morin : « Toutes les futurologies du XXe siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées … La révélation foudroyante des bouleversements que nous subissons est que tout ce qui semblait séparé est relié »38. Tout est dans tout. Tout devra être repensé, pour assurer dans les meilleures conditions possibles, la transition du monde d’hier vers celui de demain, un « monde à la fois incertain et tragique ». Autonomie de la pensée et inventivité permanente doivent guider nos réflexions pour prévenir erreurs de diagnostic, défaut de prévision et décisions aberrantes comme nous les constatons quotidiennement sur toute une gamme de questions qui couvrent le sanitaire, l’économique, l’institutionnel, l’international, le diplomatique… Le voulons-nous, le pouvons-nous ?
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À la manière d’un Milan Kundera, voulons-nous revendiquer l’héritage décrié de Cervantès afin de « comprendre le monde comme ambiguïté » et non comme une certitude scientifique ? Ce n’est qu’à ce prix, lourd de conséquences pour nos « toutologues » et autres habitués des concours de rodomontades et d’effets d’annonce médiatiques, que nous serons mieux outillés afin de comprendre le monde actuel pour mieux anticiper le monde de demain39.

Guillaume Berlat
29 juin 2020

1 Hubert Védrine, Et après ?, Fayard, juin 2020.
2 Jean-Paul Pancracio, For your eyes onlyhttp://observatoire-de-la-diplomatie.com/for-your-eyes-only/, 25 avril 2020.
3 Marc Weitzman, Pourquoi nous n’avons pas écouté les mises en gardehttps://www.lefigaro.fr/vox/societe/marc-weitzmann-pourquoi-nous-n-avons-pas-ecoute-les-mises-en-garde-20200421#xtor=AL-201 , 21 avril 2020.
4 Marc Semo (propos recueillis par), Thomas Gomart : « Cette crise est la première d’un monde post-américain », Le Monde, 9 avril 2020, p. 24.
5 Jacques Fontanel, La globalisation atteinte du coronavirus : inégalités, égoïsmes, ploutocratie, insécuritéwww.afri-ct.org, Thucyblog n° 30, 23 avril 2020.
6 Guillaume Berlat, Revue 2019 : un monde sans repères…, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
7 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : haut lieu de la clairvoyance rétrospectivewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
8 Gaïdz Minassian (propos recueillis par), Michel Foucher : « Nous devons apprendre à repenser nos limites territoriales », Le Monde, 21 avril 2020, p. 24.
9 Cyril Bensimon/Christophe Châtelot/Piotr Smolar (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « Nous assistons à une amplification des fractures », Le Monde, 21 avril 2020, p. 5.
10 Éditorial, Le nouveau désordre pétrolier mondial, Le Monde, 25 avril 2020, p. 30.
11 Gaïdz Minassian/Marc Semo, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
12 Guillaume Berlat, En route vers 2020 !, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 mars 2020.
13 Hadrien Mathoux, Les dogmes ont la vie dure, Marianne, 24-30 avril 2020, p. 373
14 Lawrence Summers, Une inquiétante cécité politique, Le Monde, 29-30 décembre 2019, p. 23.
15 Ali Baba, Collapsologie : pour le meilleur ou pour le pire ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
16 Abel Mestre/Olivia Zappi, La fiction postapocalytique décrit-elle notre avenir ?, Le Monde, 22 avril 2020, p. 28.
17 Natacha Polony, Quels « jours heureux » monsieur le président ?, Marianne, 17-23 avril 2020, p. 3
18 Jean Daspry, L’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuelwww.prochetmoyen-orient.ch , 10 février 2020.
19 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : le haut lieu de la clairvoyance rétrospectivewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
20 Guillaume Berlat, Vers un nouveau concept de droit international : la « prophétie autoréalisatrice », www.prochetmoyen-orient.ch , 29 novembre 2016.
21 Roger-Pol Droit, Endurer l’incertitude, Le Monde, 24 avril 2020, p. 22.
22 Piotr Smolar, Donald Trump torpille le sommet des membres du Conseil de sécurité de l’ONU espéré à Paris, Le Monde, 25 avril 2020, p. 8.
23 Moritz Schularick, « Cette crise est un test énorme pour l’Union monétaire », Le Monde, 23 avril 2020, p. 15.
24 Ali Baba, Penser contre la bienpensance pour mieux comprendre le mondewww.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
25 Fabien Escalona, La pandémie peut-elle bouleverser l’ordre international ?, www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
26 Adrien Jaulmes, La rivalité sino-américaine attisée par la Crise du Covid-19, Le Figaro, 24 avril 2020, pp. 20-21.
27 Patrick Saint-Paul (propos recueillis par), François Godement : « L’Occident veut réduire sa dépendance à la Chine », Le Figaro, 24 avril 2020, p. 20.
28 Isabelle Lasserre, L’OTAN s’éveille à la menace chinoise, Le Figaro, 24 avril 2020, p. 21.
29 Alain Léauthier, Tous contre la Chine ?, Marianne, 24-30 avril 2020, pp. 34-35.
30 Gaïdz Minassian, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
31 Marc-Olivier Bherer (propos recueillis par), Andrew Lakoff : « Les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation à la fin des années 1990 », Le Monde, 23 avril 2020, p. 25.
32 François Bonnet, Comment échapper au grand désordre mondial ?www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
33 Guillaume Berlat, 74ème Assemblée générale de l’ONU : minilatéralisme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.
34 Guillaume Berlat, De l’Union européenne à la désunion européenne. Chronique d’un désamour annoncéwww.association-desinternationlistes.org/tribune , 8 juin 2014.
35 Guillaume Berlat, Pour The Economist, Jupiter dynamite l’Europe et l’OTANwww.prochetmoyen-orient.ch , 11 novembre 2019.
36 Guillaume Berlat, Mondialisation heureuse, balkanisation furieusewww.prochetmoyen-orient.ch , 11 mars 2019.
37 Ludovic Lamant/Johann Chapoutot : « Merkel parle à des adultes, Macron à des enfants », www.mediapart.fr , 24 avril 2020.
38 Nicolas Truong (propos recueillis par), Edgar Morin : « Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat », Le Monde, 19-20 avril 2020, pp. 28-29.
39 Paul Dahan (sous la direction de)/Thierry de Montbrial (avant-propos de), Prévoir le monde de demain, Collection Biblis, éditions du CNRS, juin 2020.

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