Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre

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Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre

Les faits 

Le nouveau premier ministre libanais, Moustapha Adib, s’est engagé lundi 31 août à former en un « temps record » une équipe ministérielle formée d’« experts » et de personnes « compétentes » et chargée de mettre en oeuvre des « réformes » longtemps attendues.

  • La Croix 
  • le 31/08/2020 à 13:28

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Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre
Moustapha Adib, a été désigné premier ministre après avoir obtenu le plus grand nombre de voix lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’État Michel Aoun.BILAL HUSSEIN/AP

Un nouveau chef de gouvernement. L’ambassadeur du Liban en Allemagne, Moustapha Adib, a été désigné premier ministre après avoir obtenu le plus grand nombre de voix lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’État Michel Aoun.

À l’issue de sa désignation, le nouveau premier ministre libanais s’est engagé à former en un « temps record » une équipe ministérielle formée d’« experts » et de personnes « compétentes » et chargée de mettre en oeuvre des « réformes » longtemps attendues.

→ À LIRE. Liban : les enfants particulièrement fragilisés après l’explosion à Beyrouth

« La tâche que j’ai acceptée repose sur le fait que toutes les forces politiques (…) sont conscientes de la nécessité de former un gouvernement en un temps record et de commencer à mettre en oeuvre des réformes, avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international », a déclaré Moustapha Adib dans un discours télévisé.i Pourquoi lire La Croix ?+La Croix choisit dans le flot de l’actualité des pépites à mettre en lumière, en privilégiant le recul et l’analyse.

Emmanuel Macron en visite

Sa désignation est intervenue à quelques heures de l’arrivée au Liban du président français Emmanuel Macron qui a pressé les dirigeants libanais de former rapidement un « gouvernement de mission » chargé de sortir le pays de la crise économique et politique.

L’explosion du 4 août, qui a dévasté une grande partie du port et au-delà, a causé des dommages matériels de l’ordre de 3,8 à 4,6 milliards de dollars, tandis que les pertes économiques, résultant de la baisse de la production des différents secteurs de l’économie, représentent entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars, selon les résultats de cette «évaluation rapide des dommages et des besoins» menée conjointement avec l’Onu et l’Union européenne entre le 5 et le 31 août.

https://www.la-croix.com/Monde/Liban-Moustapha-Adib-nomme-premier-ministre-2020-08-31-1201111541

Grèce-Turquie : des manœuvres militaires rivales impliquant les États-Unis et la France se poursuivent malgré les appels à la désescalade

Grèce-Turquie : des manœuvres militaires rivales impliquant les États-Unis et la France se poursuivent malgré les appels à la désescalade

 Par Chantal Valery avec Raziye Akkoc à Ankara, AFP  |  26/08/2020, 18:36  |  989  mots

Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d'un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020.
Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d’un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020. (Crédits : Reuters)

Dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures, des manœuvres militaires distinctes impliquant ces deux pays se déroulent en ce moment mais avec d’une part, les États-Unis aux côtés des Turcs, et d’autre part, aux côtés des Grecs : Chypre, l’Italie et la France. La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer « un terrain de jeu » pour des « ambitions » nationales. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a prévenu mardi que « la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe ».

Malgré les appels à la désescalade, des manoeuvres militaires rivales ont eu lieu mercredi en Méditerranée orientale, dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures.

D’un côté, des navires de guerre turcs ont procédé à des exercices *avec un destroyer américain, selon le ministère turc de la Défense.

De l’autre, « Chypre, la Grèce, la France et l’Italie se sont mises d’accord pour déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l’Initiative quadripartite de coopération (QUAD) », a annoncé le ministère grec de la Défense.

Trois jours de manoeuvres rivales dans la même zone disputée

Ces manoeuvres ont commencé mercredi et doivent durer jusqu’à vendredi dans le sud et le sud-ouest de Chypre, selon une source militaire.

Elles interviennent en plein accroissement des tensions entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée orientale, où la découverte d’importants gisements gaziers ces dernières années a aggravé des disputes anciennes entre ces deux pays voisins concernant leurs frontières maritimes.

Depuis le 10 août, le bâtiment sismique turc Oruç Reis accompagné d’une escorte navale se trouve dans cette zone, provoquant l’ire d’Athènes qui a répliqué en envoyant sur place des bâtiments.

La France lance un avertissement à la Turquie

La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer « un terrain de jeu » pour des « ambitions » nationales.

« Le respect du droit international doit être la règle et non l’exception », a déclaré la ministre française des Armées Florence Parly dans un tweet.https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1298541915093315584&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.latribune.fr%2Feconomie%2Finternational%2Fgrece-turquie-des-manoeuvres-militaires-rivales-impliquant-les-etats-unis-et-la-france-se-poursuivent-malgre-les-appels-a-la-desescalade-855647.html&siteScreenName=latribune&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=550px

Erdogan sourd aux appels à la désescalade

En dépit des appels à la désescalade en provenance de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Otan, le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussitôt tenu dans un discours des propos au vitriol.

Il a averti que la Turquie ne ferait « aucune concession » pour défendre ses intérêts gaziers en Méditerranée orientale, appelant ses « interlocuteurs » à « se garder de toute erreur » qui mènerait à leur « ruine », dans une allusion à la Grèce qu’il n’a pas nommée.

Les forces armées grecques sur « le qui-vive »

« Nos forces armées restent sur le qui-vive », a de son côté prévenu le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis devant le parlement, « la Grèce est aussi forte sur le terrain qu’elle l’est dans le dialogue ».

Le gouvernement grec attend que du président Erdogan qu’il « montre ce qu’il a dit à nos partenaires européens (…) c’est-à-dire qu’il amorce une désescalade dans sa rhétorique et dans ses actes », selon son porte-parole Stelios Petsas.

L’OTAN préoccupée, l’Allemagne craint « la moindre étincelle »

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est dit « préoccupé par la situation en Méditerranée orientale », exhortant lui aussi à « la désescalade » et au « dialogue ».closevolume_off

« Nous devons trouver un moyen de régler cette situation (…) sur la base de l’esprit de solidarité entre alliés et du droit international », a-t-il lancé.

Pour le ministère chypriote de la Défense, « les tensions et les tentatives de déstabilisation en Méditerranée orientale (…) ont atteint leur pic ».

Dans le cadre de sa mission de médiation entre Ankara et Athènes, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, avait prévenu mardi que « la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe ».

« Personne ne veut régler ce différend par des moyens militaires », avait souligné le ministre allemand, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE.

La petite île grecque de Kastellorizo, située à deux kilomètres des côtes turques, cristallise la colère d’Ankara.

Selon Athènes, les eaux l’entourant sont sous souveraineté grecque, ce qui priverait Ankara de dizaines de milliers de kilomètres carrés de zones maritimes riches en gaz.

Ankara réclame « un partage équitable des eaux en Méditerranée » et s’est dit prêt mardi à « un dialogue sans conditions préalables » avec la Grèce, qui, pour sa part, s’est dite disposée à dialoguer « mais pas sous les menaces ».

Menaces de la Turquie

« Ceux qui veulent s’opposer à nous et qui sont prêts à en payer le prix, qu’ils le fassent. Sinon, qu’ils s’écartent de notre chemin », a encore averti le président Erdogan mercredi.

Selon le ministère turc de la Défense, « la frégate turque TCG Barbaros et la corvette TCG Burgazada ont effectué des manoeuvres d’entraînement militaire avec le contre-torpilleur américain USS Winston S. Churchill », le même qui avait participé à un exercice avec la Grèce lundi.

De son côté, la France a engagé trois avions de chasse Rafale, une frégate et un hélicoptère dans les manoeuvres communes, selon la ministre des Armées.

Les Italiens ont quant à eux engagé dans ces opérations une frégate, les Grecs une frégate et des moyens héliportés tandis que Chypre a déployé des moyens héliportés et un patrouilleur, selon le ministère français.

« Il y a une volonté de ces pays (…) de renforcer leur présence et de réaffirmer à la fois le droit international et la liberté de navigation », a précisé le ministère, selon lequel ce déploiement est « planifié depuis un certain temps. »

Le différend gréco-turc sera à l’ordre du jour d’un conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE jeudi et vendredi à Berlin.

https://www.latribune.fr/economie/international/grece-turquie-des-manoeuvres-militaires-rivales-impliquant-les-etats-unis-et-la-france-se-poursuivent-malgre-les-appels-a-la-desescalade-855647.html

La réduction des effectifs de la FINUL est (et n’est pas) une autre grande décision de Trump

La réduction des effectifs de la FINUL est (et n’est pas) une autre grande décision de Trump


Par Moon of Alabama − Le 29 août 2020

Selon l’Associated Press, l’administration Trump a remporté une autre grande victoire en matière de politique étrangère.

Le Conseil de l’ONU approuve la réduction des effectifs de maintien de la paix au Liban, comme le souhaitaient les États-Unis

Paragraphes 1 et 2, sur 24 paragraphes :

Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé à l'unanimité vendredi une résolution réduisant la force de maintien de la paix de l'ONU au Sud-Liban et élargissant son mandat pour répondre aux préoccupations des États-Unis et d'Israël concernant les activités du groupe militant Hezbollah dans la région.

La résolution, rédigée par la France, réduit le plafond des effectifs de la force, connue sous le nom de FINUL, de 15 000 à 13 000 hommes, sous la pression des États-Unis.

Paragraphes 6 et 7 :

La résolution donne aux États-Unis une victoire symbolique, mais elle sera presque certainement aussi accueillie favorablement par de nombreux pays qui considèrent la FINUL comme essentielle au maintien de la paix dans une région instable et soutiennent fermement son mandat actuel qui est largement maintenu pour une année supplémentaire.

"Aujourd'hui, nous mettons fin à une longue période de complaisance du Conseil à l'égard de la FINUL et à l'influence croissante et déstabilisatrice de l'Iran et de son client, l'organisation terroriste Hezbollah", a déclaré l'ambassadeur américain Kelly Craft dans une déclaration après le vote.

Paragraphe 22 :

Selon la FINUL elle-même, elle compte actuellement environ 10 250 soldats, dont plus de 9 400 soldats d’infanterie et plus de 850 marins affectés à son groupe d'intervention maritime. En outre, la mission compte environ 900 membres de personnel civil, tant international que national.

Avant le renouvellement de son mandat, la FINUL comptait 4 750 soldats de moins que ce qu’autorisait son mandat. Elle disposera désormais de 2 750 hommes de moins que ce que lui permet son mandat.

Des modifications mineures supplémentaires ont été apportées au mandat, qui n’auront pas non plus de conséquences pratiques. Pour parvenir à cette grande victoire, l’administration Trump avait menacé d’opposer son veto au renouvellement du mandat et de mettre fin au financement de la FINUL.

La France, qui avait pris l’initiative de réécriture du mandat, a trouvé cela amusant :

"Veto et puis quoi ? Ils vont déployer 10 000 marines pour remplacer la FINUL ?", m'a dit un haut diplomate français.

C’était une menace vide de sens de la part de l’administration Trump, mais elle a conduit à un résultat qui peut être vendu aux supporters nationaux comme une grande victoire, même si cela n’a rien changé.

Pour ma part, je trouve ce genre d’action de politique étrangère formidable. Personne n’a été blessé par cette action. Rien n’a été endommagé. Toutes les personnes impliquées ont obtenu ce qu’elles voulaient.

Ne devrions-nous pas souhaiter davantage de ce type de politique ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-reduction-des-effectifs-de-la-finul-est-et-nest-pas-une-autre-grande-decision-de-trump

BiélorussiePoutine est prêt à intervenir pour Loukachenko mais il appelle au dialogue

BiélorussiePoutine est prêt à intervenir pour Loukachenko mais il appelle au dialogue

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Le président russe s’est dit prêt jeudi à déployer des forces en Biélorussie si la contestation postélectorale devait dégénérer, tout en appelant les parties à un règlement négocié. 

La Russie a mobilisé, “à la demande [du président biélorusse] Alexandre Loukachenko”, des forces qu’elle est prête à déployer chez son voisin si la contestation postélectorale dans ce pays devait dégénérer, a annoncé Vladimir Poutine jeudi 27 août.

Dans une interview à la chaîne de télévision publique Rossiya 24, relayée en Biélorussie notamment par le site Charter 97, le président russe a expliqué qu’il était disposé à intervenir si la situation devenait “incontrôlable”.

Alexandre Loukachenko m’a demandé de former une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre. Et je l’ai fait. Mais nous sommes également convenus qu’elle ne sera utilisée que si la situation est hors de contrôle et que des éléments extrémistes […] franchissent certaines limites : incendies de voitures, de maisons, de banques, occupation de bâtiments administratifs.”

“Avertissement menaçant”

Si Vladimir Poutine a dans la foulée exhorté “tous les participants à ce processus” à “trouver une issue” à la crise, le New York Times voit dans ces propos un “avertissement menaçant aux manifestants en Biélorussie”, descendus en masse dans la rue pour dénoncer la réélection, jugée frauduleuse, de M. Loukachenko avec 80 % des voix le 9 août, “afin qu’ils ne persistent pas dans leur volonté de renverser le président de leur pays, en difficulté”.

Car M. Poutine – dont “le taux d’approbation de son action a chuté à son plus bas niveau depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de 1999”, dans le contexte de la crise sanitaire due au coronavirus – “détesterait assister à la disparition d’un compagnon autoritaire qui semblait lui-même invincible jusqu’à ce mois-ci. Cela pourrait donner des idées aux Russes”, commente l’article.

M. Loukachenko, lui, “va certainement interpréter” les mots de M. Poutine “comme une approbation”, analyse auprès du journal américain Andreï Kortunov, directeur général du Conseil russe des affaires internationales, un think tank proche du Kremlin. Et pour se maintenir au pouvoir, le chef de l’État biélorusse, à la tête du pays depuis 1994, pourrait facilement “brûler quelques voitures pour déclencher une intervention russe”, anticipe l’expert. Reste que M. Poutine est face à un “dilemme périlleux”, met en garde le New York Times, puisqu’un tel déploiement en Biélorussie “risquerait de créer un autre foyer antirusse, comme en Ukraine”.

“Forces extérieures”

Lors de son allocution, M. Poutine a assuré que les Biélorusses étaient libres de gérer leurs propres affaires, mais a dit que la Russie ne pouvait pas rester indifférente en raison des liens ethniques, culturels et économiques entre les deux pays. Le dirigeant a argué que Moscou avait répondu à la contestation biélorusse avec plus de “retenue et de neutralité” que les États-Unis et l’Europe. Et a accusé “les forces extérieures” de tenter “d’influencer la situation en Biélorussie”, retient l’agence de presse étatique biélorusse Belta.

Enfin, “interrogé indirectement sur les brutalités policières” en Biélorussie, “M. Poutine a détourné l’attention, comme il le fait souvent, sur la violence aux États-Unis”, raconte encore le New York Times“Si nous regardons objectivement, je pense que les forces de l’ordre biélorusses agissent avec retenue quoi qu’il arrive”, par rapport à “ce qui se passe dans certains pays”, a-t-il déclaré. Des “commentaires” qui “vont consterner l’opposition”, réagit The Times, au Royaume-Uni. Le quotidien rappelle que “les manifestants ont décrit les traitements sévères que leur ont infligés la police et le personnel pénitentiaire, de nombreuses victimes montrant les entailles, les ecchymoses et les blessures dues aux balles en caoutchouc”.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1984397/article/1984529

US : l’industrie pétrolière et gazière en déclin …

US : l’industrie pétrolière et gazière en déclin …


… Les grandes banques assèchent les financements et se préparent à saisir les actifs de l’industrie pétrolière et gazière en déclin 


Par Justin Mikulka − Le 13 avril 2020 − Source DeSmog

Opérations de l’industrie pétrolière dans le bassin permien du Texas. Crédit : Justin Hamel © 2020

Les finances de l’industrie pétrolière et gazière sont si lamentables que les grandes banques qui ont financé, à perte, le boom de la fracturation envisagent maintenant de prendre la mesure inhabituelle de saisir les compagnies pétrolières qui n’ont pas les moyens de rembourser les prêts bancaires.

Reuters a rapporté que les banques étudient la possibilité de saisir les actifs des compagnies pétrolières car la voie plus traditionnelle de la faillite entraînera des pertes énormes pour les banques – alors que la saisie des actifs et leur conservation jusqu’à l’augmentation des prix du pétrole réduirait probablement ces pertes.

Buddy Clark, du cabinet d’avocats Haynes and Boone, a expliqué à Reuters que « les banques peuvent maintenant brandir de manière crédible la menace de saisir les compagnies et leurs propriétés si elles ne remboursent pas leurs prêts ».

Alors que la saisie des actifs des emprunteurs qui ne peuvent pas rembourser leurs prêts est courante dans des secteurs comme l’immobilier – en particulier l’immobilier résidentiel – c’est une mesure inhabituelle pour l’industrie du pétrole et du gaz. Reuters explique que la dernière fois que cela s’est produit, c’était lors du crash pétrolier de la fin des années 1980. Lors du dernier krach pétrolier, lorsque le prix du baril de pétrole est passé de plus de 100 à 40 dollars, il y a eu une série de faillites, mais les banques n’ont pas saisi les actifs.

La différence maintenant est que les compagnies exploitant le pétrole de schiste ont continué à augmenter leur dette – grâce aux prêts des banques – au point que la plupart de ces compagnies ne sont pas viables avec des prix du pétrole bas. Comme l’a récemment fait remarquer un observateur de l’industrie dans le New York Times« C’est comme la fin des années 80 qui était si mauvaise ».

Un nouveau point de vue qui n’existait pas dans les années 80 est le changement radical de sentiment de la part de certaines parties de la communauté des investisseurs sur la viabilité de l’industrie pétrolière. Jim Cramer, conseiller en investissement à la télévision CNBC, a déclaré que les actions pétrolières étaient dans leur « phase terminale » en janvier, avant que les prix du pétrole ne s’effondrent aux niveaux actuels et que le coronavirus n’assèche la demande mondiale de pétrole.

Plus récemment, dans un remarquable article d’opinion pour Seeking Alpha, Kirk Spano conseillait aux investisseurs de se retirer de l’industrie dès maintenant en expliquant de façon unique pourquoi il était urgent de le faire :

Nous sommes sur le point d’assister à une vague massive de faillites d’entreprises d’exploitation de schiste bitumineux gérées par des cadres voleurs qui ont emprunté sur des actifs et se sont payé des primes pendant des années sans se soucier de la valeur pour les actionnaires.

Alors que DeSmog a commenté les problèmes de fraude potentielle dans l’industrie avec des cadres qui s’enrichissent eux-mêmes alors que les entreprises qu’ils dirigent ont perdu de l’argent, il s’agit d’un changement d’attitude décidé lorsque des sites comme SeekingAlpha appellent les investisseurs à sortir et à « poursuivre les dirigeants qui ont presque tous manqué à leurs obligations fiduciaires ».

C’est pourquoi les banques envisagent maintenant de saisir les actifs des compagnies pétrolières en faillite – c’est une mauvaise option pour les banques mais c’est la meilleure qui reste.

Selon Moody’s, au troisième trimestre 2019, 91 % des dettes d’entreprises américaines en défaut de paiement étaient dues à des sociétés pétrolières et gazières.

Souvenez-vous, c’était AVANT la guerre des prix et le coronavirus. L’industrie pétrolière était déjà en difficulté avant le début de la crise actuelle.

Le financement des ventes d’actifs pétroliers a disparu

Il est compréhensible que ces mêmes banques qui ont financé l’industrie et le boom du pétrole de schiste ne soient pas intéressées à accorder de nouveaux prêts aux entreprises pour qu’elles acquièrent des actifs. Cela pose un autre problème majeur, même pour les plus grandes compagnies pétrolières qui avaient prévu de financer les opérations actuelles déficitaires en vendant des actifs.

BP avait prévu de vendre ses actifs en Alaska à la société Hilcorp pour 5,6 milliards de dollars, mais il apparaît maintenant que les grandes banques ne sont pas prêtes à prêter cet argent à Hilcorp – ce qui, selon le Wall Street Journal, signifie que l’accord est probablement mort.

C’est un exemple de la façon dont la dépendance de l’industrie pétrolière à l’égard de la dette finit par causer de sérieux problèmes. Comme nous l’avons souligné, les compagnies qui fracturent le schiste pour du pétrole ont toujours compté sur la dette, mais jusqu’à récemment, ce n’était pas un problème pour les grandes compagnies pétrolières comme BP.

Le Wall Street Journal rapporte que la raison pour laquelle BP voulait vendre ces actifs est que celle-ci est également très endettée et qu’elle prévoyait d’utiliser cette vente d’actifs pour rembourser une partie de sa dette.

Cela n’augure rien de bon pour les projets d’Exxon de financer ses activités courantes par la vente d’actifsExxon avait annoncé son intention de lever 15 milliards de dollars cette année grâce à la vente d’actifs, mais il semble qu’aucun prêteur ne soit disposé à risquer ces sommes dans des entreprises désireuses d’acheter des actifs pétroliers et gaziers.

Exxon & Total n’ont pas généré suffisamment de liquidités… pour couvrir … les dépenses et les dividendes… BP a pu couvrir son dividende, mais… les niveaux d’endettement ont augmenté. Shell avait besoin de vendre des actifs pour couvrir ses dividendes et ses rachats

La fracturation hydraulique survit par la dette, sans nouveaux prêts, elle ne peut pas continuer

Comme nous l’avons documenté sur DeSmog, au cours des deux dernières années, l’industrie américaine de la fracturation a emprunté environ 250 milliards de dollars de plus que ce qu’elle a gagné en vendant du pétrole et du gaz issus des technique de fracturation. Cela a rendu très riches de nombreux PDG de l’industrie du fracturation et une grande partie de cet argent est également allé aux banquiers de Wall Street – et ils ne le rendront pas.

Sans la possibilité d’emprunter davantage, l’industrie sera décimée. Dans un article du New York Times de la semaine dernière, la journaliste Bethany McLean a souligné cette réalité.

Le livre de McLean, Saudi America, a mis en lumière les failles fatales des finances de l’industrie de la fracturation et son article actuel résume la réalité des finances délirantes de l’industrie de la fracturation.

« En réalité, le rêve a toujours été une illusion, et son effondrement était déjà en cours. C’est parce que la fracturation du pétrole n’a jamais été financièrement viable », écrit McLean.

Les choses qui ne sont pas viables ont généralement une fin. Un jour.

De plus, la fracturation semble être une énorme bulle alimentée par la dette, et les tentatives d’éviter de le reconnaître sont probablement vouées à l’échec

Les banques le savent, c’est pourquoi elles n’accordent plus de prêts aux compagnies d’extraction de pétrole de schiste et prennent la dernière mesure désespérée de saisir les actifs des compagnies pétrolières.

Mais les banques savent aussi autre chose. Les banques sont les premières à être renflouées et elles auront beaucoup d’argent pour s’en sortir. Les grandes banques ont provoqué la crise du logement en accordant des prêts douteux – et elles ont été renflouées.

Les grandes banques ont financé l’industrie de la fracturation qui a perdu de l’argent au cours de la dernière décennie, tout comme elles ont financé la crise du logement. Mais la réalité est que, tout comme dans la crise du logement, les prochains renflouements protégeront les banques.

Ce qui est différent dans cette crise, c’est que le marché du logement a rebondi et continue à représenter une grande partie de l’économie américaine. Si des gens comme Jim Cramer ont raison et que l’industrie pétrolière est dans sa « phase terminale » – le financement futur de l’industrie pétrolière par ces banques pourrait ne pas continuer avec le laxisme imprudent qui a alimenté le grand désastre de la fracturation aux USA.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-grandes-banques-assechent-les-financements-se-preparent-a-saisir-les-actifs-de-lindustrie-petroliere-et-gaziere-en-declin

Tour d’horizon

Tour d’horizon

28 Août 2020

Après ce petit hiatus d’une dizaine de jours, retour au Grand jeu dont l’actualité s’emballe.

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.PUBLICITÉ

Sur le terrain, les infos sont un peu contradictoires. Certains journaux ont annoncé triomphalement, et sans doute un peu vite, l’arrêt temporaire des travaux. En réalité, le consortium est en train de soumettre au gouvernement danois le plan de travail mis à jour et il serait pourrait même que, pendant ce temps, le chantier continue de manière plus ou moins clandestine. Nous en saurons plus sous peu…

A l’autre bout de l’Eurasie, le Sila Sibirii II commence doucettement à se préciser. Nous en avions parlé en mai :

Le monde de l’énergie commence à s’agiter alors que le colossal gazoduc sibérien, Sila Sibirii II pour les intimes, se précise. Les articles se multiplient dans les revues spécialisées (iciici ou ici) car Gazprom vient de passer la vitesse supérieure en engageant les études de conception et de prospection. Le fidèle lecteur de nos Chroniques avait eu l’info en avant-première il y a presque deux mois :

Le patron de Gazprom a rencontré Poutine et annoncé qu’une première étude de faisabilité avait été menée et s’était révélée concluante. La compagnie va maintenant engager des analyses plus poussées et le tube semble dans les tuyaux, même s’il faudra évidemment attendre la signature d’un contrat avec Pékin. D’une capacité finale de 50 Mds de m3 annuels, il devrait vraisemblablement passer par la Mongolie. et non la chaîne montagneuse de l’Altaï, ce qui lui fera perdre son joli nom pour celui, plus classique, de Sila Sibiri II.

La visite de Poutine, que nous avions évoquée en septembre dernier, n’est peut-être pas étrangère à l’inclusion de la Mongolie dans le projet :

Sur le chemin [de Vladivostok], Vladimirovitch s’est arrêté à Oulan Bator et en a profité pour renvoyer les petits génies de Washington à leurs chères études. En réponse aux hypothétiques et quelque peu irréelles tentatives américaines de gagner les faveurs de la Mongolie afin d’enfoncer un coin entre la Russie et la Chine, un traité d’amitié perpétuel a été signé entre l’ours et le pays de Gengis Khan. Pompeo et Bolton peuvent ranger leurs affaires…

Un think tank énergétique britannique a longuement analysé la nouvelle route et en conclut que le projet fait encore plus sens. Au lieu d’entrer à l’extrême-Ouest de la Chine, à 3 200 km de Pékin, le nouveau tracé ferait arriver le tube à 560 km, tout près de son foyer de consommation potentiel. De quoi convaincre plus facilement le rusé dragon qui, s’il est proche allié de Moscou, n’en demeure pas moins un rude négociateur.

En passant, la Mongolie, dont la capitale est asphyxiée par les mines de charbon, pourra être approvisionnée en or bleu bien moins polluant et redonner ainsi un peu d’air à ses belles steppes.

Mais surtout, joyaux stratégique, ce deuxième pipeline est de la plus haute importance. Il est le chaînon manquant connectant enfin les deux pôles énergétiques du Heartland russe, la Sibérie occidentale qui écoule ses richesses vers l’Europe et la Sibérie orientale tournée vers l’Extrême-Orient.

A terme, un gaz circulant librement d’une partie à l’autre du continent-monde, intégrant énergétiquement l’Eurasie dans des proportions jamais vues, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Gazprom a de la suite dans les idées. Le géant russe et la Mongolie, qui commencent à plancher sérieusement sur la question, ont signé un mémorandum afin de mettre sur pied une compagnie chargée d’étudier la faisabilité du projet, celui-ci ne devant d’ailleurs poser aucun problème logistique. A terme, ce sont 50 Mdsde m3 de gaz supplémentaires qui devraient passer du Heartland russe au Rimland chinois, intégrant énergétiquement encore un peu plus les deux bêtes noires de l’empire.

Puisque l’on parle d’or bleu, un petit commentaire sur les « fabuleuses découvertes » du sultan et, plus généralement, les explications vaseuses tentant d’analyser l’impérialisme turc en Méditerranée orientale par le prisme de l’énergie. Nous avons déjà expliqué à maintes reprises que ces réserves sont relativement anecdotiques :

Les concurrents sont illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? « Découverte historique, Réserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique »… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

Quelque peu à l’arrêt en Libye et en Syrie, en grosse difficulté économique, le sultan avait besoin d’une annonce. La semaine dernière, avec force roulement de tambour, il a claironné la découverte de « gigantesques » réserves de gaz en Mer noire. Il n’en fallait pas plus pour que tout ce que la médiatitude officielle ou alternative compte d’incultes se joigne au chœur, parlant sans rire de « géant régional de l’énergie ».

En réalité, la découverte « sensationnelle » se résume à 320 malheureux Mds de m3. Pour mémoire, les réserves gazières de l’Iran ou du Qatar, vrais géants régionaux, eux, tournent autour de 30 000 Mds de m3, soit cent fois plus. Pour Ankara, la nouvelle est certes appréciable, permettant d’aller vers une plus grande autonomie énergétique durant une quinzaine d’années, mais nous sommes très loin du game changer géopolitique proclamé ici ou là.

Les frictions en Méditerranée orientale, dues au néo-impérialisme turc, ne s’expliquent pas non plus par l’or bleu de son sous-sol, relativement modeste comme vu plus haut, ou seulement dans un second temps. Il s’agit principalement du vieux fond irrédentiste ottoman, qui s’applique aussi bien à Chypre (depuis 1974, bien avant qu’on ne parle de gaz) qu’en Syrie septentrionale ou, depuis peu, en Libye.

Passons à la Biélorussie où nos prédictions semblent une nouvelle fois se concrétiser :

Nous en sommes encore loin. D’abord, malgré la révolte qui gagne des secteurs grandissants de la société, il n’est pas du tout sûr que Loukachenko, qui a verrouillé l’Etat depuis fort longtemps, tombe. Les manifestations, malgré la présence d’agents provocateurs et, plus généralement, les manigances impériales, restent relativement modestes par rapport à ce que l’on a connu ailleurs.

Un scénario à l’ukrainienne est peu probable. Contrairement à son voisin méridional, la Biélorussie est homogène ; la population y est très majoritairement russophone et russophile, et un ralliement au camp autoproclamé du Bien semble exclu. De plus, les liens économiques avec l’ours sont inextricables ; les couper serait un véritable suicide.

Pour l’instant, Moscou et Washington semblent d’ailleurs voir le verre de vodka à moitié plein : avec Loukachenko à sa tête, la Biélorussie est un épouvantail pour l’OTAN tout en refusant d’être intégrée à la Russie. Les duettistes du Grand jeu se regardent en chiens de faïence, guettant le mouvement de l’autre, ce qui pourrait ironiquement perpétuer le status quo. Chacun semble en fait déjà préparer l’après-Loukachenko (…)

Quant à l’idiot du village, qui a réussi le tour de force de se mettre littéralement tout le monde à dos, y compris son allié russe, il devrait, sauf surprise, pouvoir terminer son sixième mandat de président. Une victoire à la Pyrrhus qui ne trompe guère les observateurs. Si les manœuvres engagées par les grands lui donnent un répit provisoire, ils semblent être décidés à passer à autre chose et préparent déjà, très en amont, le futur politique de la Biélorussie. Rendez-vous en 2025 ?

L’opposition à Loukachenko ne faiblit pas mais ne se renforce pas non plus et, jusqu’à présent, le pouvoir ne vacille point. Pour le Kremlin, tout se déroule pour l’instant comme prévu :

Selon Vladimir Poutine, la situation s’améliore en Biélorussie, et une intervention russe n’est pas nécessaire. Il a appelé ce 27 août l’ensemble des acteurs biélorusses au bon sens pour trouver une issue à la crise. Mais l’homme fort du Kremlin prévient qu’en cas de besoin, il est prêt.

« Alexandre Grégoriévitch [Loukachenko] m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait, a-t-il déclaré. Mais nous avons convenu qu’elle ne serait pas utilisée sauf si la situation devient hors de contrôle et que les éléments extrémistes (…) franchissent certaines barrières : qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs ».

L’idiot du village est affaibli mais l’opposition est également relativement fragmentée. Et ce n’est pas le petit flirt ambigu de Svetlana Tikhanovskaïa avec quelques représentants impériaux – elle a rencontré Biegun, le n°2 du Département d’Etat, ainsi que l’inénarrable BHL – qui va unifier cette opposition disparate, au contraire.

NB : pour ceux qui y verraient la preuve que dame Svetlana est un agent de Washington, précisons que ces rencontres n’ont rien eu de bien méchant. La visite de Biegun n’est pas un saut de l’ange volant soudainement au secours d’une « révolution colorée » ; elle était prévue et le bonhomme s’est d’abord rendu à Moscou pour échanger avec Lavrov. Bref, nous sommes loin de Victoria Nuland & co(okies)…

A ce propos, Zelensky a eu un commentaire très curieux (et relativement agaçant pour certains) à propos des événements biélorusses, assurant d’abord que Kiev n’interviendrait pas mais enjoignant surtout l’opposition à ne pas suivre l’exemple du Maïdan ! Aux dernières nouvelles, Joe Biden en a avalé sa cravate de travers.

Restons en Ukraine où Saakachvili refait des siennes. Le fidèle lecteur ne sera guère surpris, les frasques de l’ex-président géorgien étant devenues proverbiales :

En cette fatale dernière semaine de juin, la junte maïdanite allait d’ailleurs boire le calice jusqu’à la lie. Et on ne sera pas tout à fait surpris de savoir que c’est Micha qui, de nouveau, a mis les pieds dans le plat. Nous annoncions son retour il y a trois mois :

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court […]

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

Bingo, ça n’a pas traîné. Dans une interview à la télé, l’éléphant du Caucase a médusé les russophobes, restés sans voix :

« La Russie est largement devant l’Ukraine en terme de réformes. Les problèmes y sont réglés bien plus vite et avec plus d’efficacité qu’ici (…) Les Russes nous battent sur le front des réformes. » Et, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie : « L’Etat ukrainien n’existe pas. La société est divisée en groupes et en clans, dirigés par des bureaucrates et leurs patrons. C’est comme si, ici, les gens naissaient avec des puces électroniques leur assignant d’entrée tel rôle au service de tel groupe. » Aux dernières nouvelles, Chocochenko en a fait une jaunisse.

Au-delà de l’anecdote, ces nouvelles semblent indiquer du côté de Kiev un profond changement, presque intellectuel. La russophobie primaire, sport national de la junte déchue, paraît ne plus être de mise, même chez un agité du bocal comme Saakachvili.

Cette fois, Micha veut… revenir en Géorgie ! Soit il est fatigué de la corruption endémique de son pays d’accueil (ce que laisseraient penser ses commentaires désabusés du mois de juin), soit il veut retenter une aventure personnelle dans son pays d’origine, où il est pourtant poursuivi et encourt des années de prison. Y a-t-il une dimension géopolitique derrière ? Sans doute pas. L’actuel gouvernement n’est pas spécialement connu pour sa russophilie et, à tout prendre, un retour de Micha en Géorgie ajouterait une bonne dose de chaos chez cet éternel (et éternellement recalé) candidat à l’OTAN.Tag(s) : #Russie#Gaz#Europe#Moyen-Orient#Ukraine

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«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien ….

«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien 15 août 2020, 13:15 © Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK Source: AFP Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion par visioconférence avec des membres du gouvernement, près de Moscou, le 11 août 2020 (image d’illustration). Face à une «hausse des tensions» et aux «risques élevés d’un conflit», Vladimir Poutine a appelé le 14 août à un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Iran, afin d’évoquer le dossier iranien. Estimant que «la question est urgente», le président russe, Vladimir Poutine, a proposé ce 14 août d’organiser «dans les plus brefs délais une rencontre en ligne» des chefs d’Etats ou de gouvernement des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine), ainsi que des dirigeants de l’Allemagne et de l’Iran, dans le but de discuter du dossier iranien. C’est dans cette configuration dite «5+1» qu’avait été négocié et conclu avec l’Iran en 2015 l’accord sur le nucléaire iranien, que Washington a ensuite dénoncé en 2018. Pour Moscou, l’accord de Vienne de 2015 «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé» «Les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question iranienne deviennent de plus en plus tendues. La situation s’aggrave», a ainsi estimé Vladimir Poutine dans un communiqué rendu public, le 14 août. Dénonçant des «accusations sans fondement contre l’Iran», le chef d’Etat russe a fustigé des «projets de résolution visant à détruire les précédentes décisions unanimes du Conseil de sécurité». Lire aussi Emmanuel Macron et Vladimir Poutine s’inquiètent d’une aggravation des tensions au Moyen Orient Soulignant également une «hausse des tensions» et les «risques élevés d’un conflit», le locataire du palais des Térems a fait savoir que ce sommet aura pour objectif «de définir les mesures à prendre pour éviter la confrontation et l’aggravation de la situation au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies». Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition Et de poursuivre : «Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition. L’alternative est une intensification des tensions et l’accroissement du risque de conflit. Une telle évolution doit être évitée. La Russie est ouverte à une coopération constructive avec tous ceux qui sont intéressés à s’éloigner du seuil de risque.» Vladimir Poutine a également rappelé que Moscou demeurait «attaché au Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien (JCPoA) [l’accord de Vienne signé en 2015]», qui, selon lui, «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé et a renforcé le régime de non-prolifération nucléaire». La France se dit ouverte et disponible à l’initiative russe Ce 14 août, l’Elysée a fait savoir que la France était ouverte à l’initiative proposée par le président russe. «Nous confirmons notre disponibilité de principe», a ainsi déclaré la présidence française, citée par Reuters. Et d’ajouter : «Nous avons déjà par le passé déployé des initiatives dans le même esprit».  Cette initiative russe d’un sommet international sur le dossier iranien intervient alors que plus tard le 14 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution proposée par Washington visant à prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran, vieux de 13 ans, et qui expire le 18 octobre. Lire aussi Les Etats-Unis appellent au maintien de l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran La Russie et la Chine sont les deux seuls pays à avoir voté contre la proposition américaine sur les 15 membres du Conseil de sécurité. Onze membres du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés européens des Etats-Unis. Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. De son côté, le président iranien a déclaré lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision : «Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés.» Et de continuer : «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.» «Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée», a tweeté de son côté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, après que seulement deux pays ont approuvé le projet de prolongation de l’embargo : les Etats-Unis et la République dominicaine. «Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les Etats-Unis n’ont pu mobiliser qu’un petit pays [à voter] avec eux», a-t-il ensuite lancé, faisant allusion aux efforts de Mike Pompeo pour rallier des soutiens à la résolution américaine. «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», jugeait Donald Trump Les tensions entre Washington et Téhéran se sont considérablement accrues depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016. En mai 2018, les Etats-Unis décidaient de se retirer de l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien. Donald Trump avançait alors : «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», considérant le texte trop avantageux pour Téhéran. En septembre 2019, en réponse au retrait américain, la République islamique a mis en activité des centrifugeuses avancées, avec pour objectif de produire de l’uranium enrichi à 4,5%, taux prohibé par l’accord de Vienne. Les tensions ont passé un nouveau cap lorsque l’armée américaine a abattu à Bagdad en Irak, par une attaque de drone le 3 janvier 2020, Qassem Soleimani, chef de la force al-Quods, branche des Gardiens de la Révolution iranienne chargée des opérations extérieures. Washington avait accusé Soleimani d’être l’instigateur d’attaques de milices liées à l’Iran contre les forces américaines dans la région.  Pour autant, le président américain a récemment déclaré que s’il venait à être réélu novembre, il passerait des accords avec l’Iran et la Corée du Nord, autre bête noire des Etats-Unis : «Si nous gagnons, no

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Biélorussie : la révolution de couleur est mort-née

Biélorussie : la révolution de couleur est mort-née

PAR ADMIN · 17 AOÛT 2020

Par B.
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Belarus – This Color Revolution Is Already Dead. The Union State Has Killed It.


La tentative de révolution de couleur en Biélorussie, que nous avions prévue en juin dernier, a évolué au cours de la semaine dernière. Mais les événements actuels nous disent qu’elle sera bientôt terminée.

Alors que le président Alexandre Loukachenko affirmait avoir remporté 80 % des voix lors de l’élection de dimanche dernier, la candidate « occidentale » Svetlana Tikhanovskaya a déclaré avoir gagné. (Si ces 80 % sont certainement trop élevés, il est très probable que Loukachenko ait été le véritable vainqueur). Des protestations et des émeutes ont suivi. Mardi, Mme Tikhanovskaya s’est vue dire en termes très clairs de quitter le pays. Elle s’est retrouvée en Lituanie.

Au cours de la semaine, plusieurs émeutes nocturnes ont été réprimées par la police. Plusieurs manifestants ont été « malmenés ». Les vidéos de ces incidents ont été utilisées par les « journalistes occidentaux » habituels comme exemple de violences policières. C’est comme si aucun de ces scribes au service de l’empire n’avait jamais observé la réaction de la police « occidentale » lorsque des bouteilles et des feux d’artifice lui sont lancés.

Dans une interview de Strana.ua, deux employés du ministère de l’intérieur biélorusse ont expliqué leur point de vue sur la situation (traduction automatique révisée) :

Le commandement a informé à plusieurs reprises le personnel que des provocateurs étrangers préparent des émeutes. Il s’agit de l’Amérique, de la Pologne, des pays baltes et de l’Ukraine. La Russie n’a pas non plus besoin d’un président fort au Belarus ; ils veulent mettre leur propre homme à la place de Loukachenko. Il se trouve que la Biélorussie est devenue, pour tous ses voisins, comme un os en travers de la gorge. Ils n’aiment pas Loukachenko parce qu’il ne laisse pas entrer les oligarques occidentaux ou russes dans le pays. Oui, et les locaux ne sont pas autorisés à relever la tête. Pour cela, tout le monde ne l’aime pas et cela rend l’atmosphère très confuse ».

« Avez-vous vu qui est venu et s’est tenu devant nous pendant la phase chaude des émeutes de lundi ? Ce sont des enfants de riches citadins, des enfants de riches un peu trop bien nourris. Ce sont des garçons, des jeunes qui ont perdu leurs repères, qui ne comprennent pas du tout ce qu’ils veulent. La plupart de mes collègues sont des gars qui viennent des villages. Et ils se souviennent que leurs parents ont connu des moments difficiles dans les années 90, jusqu’à ce que Luka vienne mettre fin au désordre. Aujourd’hui, nous ne vivons pas dans la richesse, mais nous ne sommes pas pauvres non plus. Mais beaucoup n’apprécient pas cela ».

Quoi qu’il en soit, on a dit à la police de calmer les choses. Ils ne l’ont pas bien pris (traduction automatique révisée) :

Personne ne veut être malmené comme l’ont été les Berkouts en Ukraine. Nous nous souvenons de leur sort. Nous avons un ordre, nous l’exécutons. Tout notre peuple comprend que si ces enfants de riches et leurs maîtres arrivent au pouvoir, nous serons pendus à des poteaux. On nous accuse de frapper les gens. Ils n’ont pas frappé les gens, mais ils ont exécuté les ordres, les commandants leur ont dit à l’avance – d’agir avec fermeté. Nous avons travaillé. »

Les Berkouts étaient la force de police ukrainienne qui avait été faussement accusée d’avoir tiré sur les manifestants lors du coup d’État du Maïdan en 2014, et qui a été démantelée par la suite.

Il ne semble pas y avoir beaucoup d’enfants de riches citadins à Minsk. Tout au long de la semaine, les groupes de manifestants en Biélorussie étaient plutôt réduits. Les médias « occidentaux » ont poussé les chiffres à la hausse et ont parlé d’une manifestation nationale lorsque vingt femmes se sont tenues sur un trottoir à Minsk. Les photos peuvent raconter la vérité dans de telles situations. Certains observateurs ont été très excités lorsque quelques 200 employés de l’usine de tracteurs MTZ de Minsk ont organisé une courte manifestation. Mais MTZ Minsk Tractor Works compte 17 000 employés.

La photo ci-dessous a été prise et publiée vers midi, heure locale, avant-hier. Ce devait être la principale manifestation de la journée à Minsk. Un samedi matin, par un temps magnifique, seules quelques 2 000 personnes se sont déplacées. Minsk compte environ 2 millions d’habitants. Les « gosses de riches citadins » sont venus. Et presque personne d’autre.

Nexta est, au passage, le canal de communication central utilisé dans cette tentative de révolution des couleur. Mardi dernier, un autre rapport de Stana.ua a donné quelques détails sur son fonctionnement (traduction automatique éditée) :

Le principal fournisseur de nouvelles des rues de Minsk et d’autres villes du Belarus est la chaîne Nexta Live. Aujourd’hui, elle a franchi la barre du million d’abonnés, bien qu’elle n’ait été largement citée qu’au moment du début des affrontements dans les rues de la capitale.

Elle a une chaîne sœur, Nexta, qui compte un demi-million d’abonnés. Les deux sites se transmettent principalement des messages. Mais la chaîne de base est celle dont le nom comporte le suffixe Live. Les vidéos de terrain y paraissent.

Et surtout, c’est là que sont publiés les plans d’une manifestation – à quelle heure et où se réunir pour un rassemblement, quand commencer une grève, etc.

24 heures sur 24, et surtout pendant les rassemblements nocturnes de l’opposition, ce public est mis à jour à raison de plusieurs messages par minute. Il s’agit pour la plupart de vidéos et de photos exclusives provenant directement des foyers de protestation.

En plus des vidéos, la chaîne coordonne constamment les actions des manifestants. On leur parle des mouvements de la police anti-émeute, et les sympathisants sont informés de la manière d’abriter des manifestants.

Une autre fonction de la chaîne est d’appeler constamment à sortir et d’encourager les attaques contre les policiers.

Le tout premier jour des manifestations, Nexta a été marquée par un message enthousiaste, « Les gens attaquent la police anti-émeute », comme si les agents des forces de l’ordre n’étaient pas des personnes.

Nexta est dirigée par des « activistes » pro-occidentaux anti-Loukachenko en Pologne. Le rédacteur en chef en est un certain Roman Protasevich. Il était auparavant journaliste pour Euroradio, un organe financé par la Pologne et la Lituanie, ainsi que pour Radio Liberty de la CIA. Nexta a été fondée par Stepan Putila, qui travaillait auparavant pour la chaîne polono-biélorusse Belsat, basée à Varsovie et financée par le ministère polonais des affaires étrangères. Tous deux vivent actuellement à Varsovie.

Comme ces médias produisent de nouvelles vidéos 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et publient de nombreux messages en ligne, il faut une équipe importante derrière Nexta, en Pologne comme sur le terrain en Biélorussie. Ce n’est certainement pas une opération de pacotille et elle est certainement soutenue par des nations. L’ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale d’Obama a laissé peu de doutes quant à l’identité de ceux qui sont derrière ce jeu.https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=AssoEntelekheia&dnt=true&embedId=twitter-widget-2&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1293037264017080320&lang=fr&origin=http%3A%2F%2Fwww.entelekheia.fr%2F2020%2F08%2F17%2Fbielorussie-la-revolution-de-couleur-est-mort-nee%2F&siteScreenName=AssoEntelekheia&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=500px

(Tweet : « Les Américains doivent reconnaître que la lutte contre Loukachenko en Biélorussie est notre combat. Il fait partie de l’espèce qui a ravagé les États-Unis, la Russie, la Turquie, la Hongrie, Hong Kong, le Brésil, Israël, l’Égypte, les Philippines, le Zimbabwe et d’autres. Nous avons besoin d’une solidarité soutenue en réponse. »)

Ni l’UE, ni les États-Unis n’ont reconnu la victoire électorale de Loukachenko. Tous deux veulent clairement le voir partir. Il est question de sanctions.

Même les médias russes s’étaient prononcés contre lui :https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=AssoEntelekheia&dnt=true&embedId=twitter-widget-3&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1294526190640914432&lang=fr&origin=http%3A%2F%2Fwww.entelekheia.fr%2F2020%2F08%2F17%2Fbielorussie-la-revolution-de-couleur-est-mort-nee%2F&siteScreenName=AssoEntelekheia&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=500px

(Tweet : « A en juger par les médias russes ce matin, cela ne s’annonce pas bien pour Alexandre Loukachenko :

– La question n’est plus de savoir s’il va partir, mais quand ».

– « Le cauchemar de Loukachenko devient réalité »

– « Difficile de voir comment il peut retourner les événements en sa faveur »)

Cela ne va pas bien pour Loukachenko. Il pourrait mettre un terme aux manifestations, mais il sait que le jeu va alors s’intensifier et que cela ne se terminera pas bien. Il a clairement besoin d’aide. Si le président russe Poutine et le président chinois Xi l’avaient tous deux félicité, aucun des deux n’a intérêt à le maintenir en fonction.

Que pourrait-il offrir ?

L’opération ukrainienne visant à simuler une menace de « coup d’État russe » au Belarus en attirant 32 anciens combattants de l’unité Wagner dans le pays avait échoué [le 7 aout dernier, NdT]. Mais les hommes étaient toujours emprisonnés en Biélorussie.

Vendredi dernier, ils ont été ramenés chez eux par un vol spécial de l’armée de l’air biélorusse. Ce vol a permis de préparer le terrain en vue de pourparlers avec la Russie.

Tôt samedi, Loukachenko est passé à la phase suivante. Il a averti publiquement [dépêche Reuters, NdT] qu’un danger pour la Biélorussie serait aussi un danger pour la Russie :

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a déclaré samedi qu’il voulait parler au président russe Vladimir Poutine, avertissant que les manifestations de rue ne constituaient pas seulement une menace pour la Biélorussie.

« Il est nécessaire de contacter Poutine afin que je puisse lui parler maintenant, parce que ce n’est plus seulement une menace pour le Belarus », a-t-il déclaré, selon l’agence de presse d’État Belta.

« Défendre la Biélorussie aujourd’hui n’est pas moins que défendre notre espace tout entier, l’Union de la Russie et de la Biélorussie, et d’être un exemple pour les autres … Ceux qui descendent dans les rues, la plupart d’entre eux ne comprennent pas cela ».

Le mot-code dans le message public était « Union de la Russie et de la Biélorussie ». Quand j’ai lu ces mots, j’ai souri. Loukachenko déteste l’idée d’une union de la Russie et de la Biélorussie. Samedi, il l’a souligné. C’était une offre.

En 1999, la Russie et le Belarus ont signé un traité visant à former une Union de la Russie et de la Biélorussie. Ce traité prévoit une libre circulation, une défense commune et une intégration économique, ainsi qu’un parlement de l’Union. Mais depuis lors, Loukachenko a traîné les pieds sur cette question. À la fin de l’année dernière, Poutine a de nouveau fait pression sur lui pour qu’il exécute enfin l’accord. Lorsque Loukachenko a rejeté cette proposition, Poutine a coupé les ponts économiques du pays avec la Russie. La Biélorussie n’a plus reçu le pétrole russe subventionné qu’elle pouvait raffiner et vendre au prix du marché à l’ « Ouest ». Loukachenko a alors essayé de s’acoquiner avec l’ « Occident ».  Il a acheté du pétrole de schiste américain. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est allé à Minsk. En mars, les États-Unis ont rouvert leur ambassade en Biélorussie.

Mais maintenant, l’ « Occident » que Loukachenko avait essayé de dorloter essaie de le faire tuer. Chaque ambassade américaine est aussi une base pour des changement de régime américains. Il aurait bien mieux valu pour lui qu’il n’y en ait pas dans son pays.

Comme il est la cible d’une opération de changement de régime menée par les États-Unis, et avec la pression économique à venir, Loukachenko avait évidemment besoin d’aide. Samedi, il s’est enfin rendu compte de la situation et a capitulé devant Moscou sur la question de l’Union de la Russie et de la Biélorussie.

Il n’a pas fallu longtemps à Poutine pour réagir. Environ 6 heures après la publication de la dépêche de Reuters ci-dessus, le Kremlin a publié une note sur une conversation téléphonique avec le président du Belarus Alexandre Loukachenko (gras ajouté) :

Vladimir Poutine a eu une conversation téléphonique avec le président de la République de Biélorussie Alexandre Loukachenko, à l’initiative de la partie biélorusse.

Alexandre Loukachenko a informé Vladimir Poutine des développements qui ont suivi l’élection présidentielle en Biélorussie. Les deux parties ont exprimé leur confiance dans le fait que tous les problèmes existants seront bientôt réglés. L’essentiel est d’empêcher que des forces destructrices n’utilisent ces problèmes pour porter atteinte aux relations mutuellement bénéfiques des deux pays au sein de l’Union de la Russie et de la Biélorussie.

En ce qui concerne le retour en Russie de 32 personnes précédemment détenues en Biélorussie, une évaluation positive a été donnée à la coopération étroite des agences compétentes à cet égard.

Ils ont également convenu de poursuivre des contacts réguliers à différents niveaux et ont réaffirmé leur engagement à renforcer leurs relations de pays alliés, ce qui répond pleinement aux intérêts fondamentaux des nations fraternelles de Russie et de Biélorussie.

Il me semble que Poutine a accepté l’accord. Loukachenko et sa police ne seront pas pendus à des poteaux. La Russie s’occupera du problème et l’Union de la Russie et de la Biélorussie sera enfin établie.

Cela ne signifie pas que la tentative de révolution de couleur est terminée. Les États-Unis et leur laquais, la Pologne, ne vont pas simplement faire leurs valises et partir. Mais avec le soutien total de la Russie assuré, Loukachenko peut prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux émeutes.

Cette annonce indique à l’OTAN que c’est fini :https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=AssoEntelekheia&dnt=true&embedId=twitter-widget-4&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1294686285102284800&lang=fr&origin=http%3A%2F%2Fwww.entelekheia.fr%2F2020%2F08%2F17%2Fbielorussie-la-revolution-de-couleur-est-mort-nee%2F&siteScreenName=AssoEntelekheia&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=500px

(Tweet : « Loukachenko révèle les détails de sa conversation téléphonique avec Poutine : « Nous avons un accord avec la Russie sur la sécurité collective… et nous avons convenu : si nous le demandons, une assistance complète pour assurer la sécurité au #Belarus nous sera fournie. »)

C’est le soutien dont il avait besoin. Tout l’espoir des États-Unis et de l’OTAN de mettre d’une manière ou d’une autre le Belarus sous leur contrôle s’est envolé.

Loukachenko devrait maintenant commencer par fermer les 34 projets et organisations que la National Endowment for Democracy  finance dans son pays [La NED, une ONG financée par l’État US, est la principale courroie de transmission du Département d’État américain à l’étranger, NdT]. Les personnes impliquées dans ces projets, probablement de nombreux « gosses de riches », devraient être surveillées.

Pour l’instant, la principale question est de stabiliser la situation locale. La Russie, en tant que superpuissance, a certainement les moyens d’y contribuer. La Biélorussie est maintenant sous sa pleine protection.

Dans un an, lorsque l’ l’Union de la Russie et de la Biélorussie sera enfin établie, Loukachenko pourra démissionner pour des raisons de santé et prendre sa retraite. De nouvelles élections libres pourront alors être organisées.

Traduction Entelekheia
Photo : manifestation « monstre » à Minsk / Twitter, thread de Ben Norton

http://www.entelekheia.fr/2020/08/17/bielorussie-la-revolution-de-couleur-est-mort-nee/

Secrétaire Exécutif du G5 Sahel : « Le temps des coups d’Etat est révolu »

Secrétaire Exécutif du G5 Sahel : « Le temps des coups d’Etat est révolu »

Deutsche Welle

 27 août 2020 (mis à jour:  27 août 2020)

Le Secrétaire Exécutif du G5 Sahel, Maman Sidikou. [AMISOM Public Information – Flickr]

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Le G5 Sahel, selon son Secrétaire Exécutif, exige un civil pour diriger la transition au Mali. Pour Maman Sidikou, le coup d’Etat est « d’abord un échec des Maliens ». Une interview de notre partenaire Deutsche Welle.

L’Union européenne a suspendu temporairement ses missions de formation de l’armée et de la police au Mali. L’annonce a été faite ce mercredi après le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

La plupart des militaires de la force spéciale malienne ont été formés par des partenaires du pays. Ce qui soulève à nouveau des interrogations liées à la formation de ces soldats qui peinent pourtant à venir à bout des terroristes qui sévissent au Mali et dans le Sahel.

À cette question, le Secrétaire Exécutif du G5 Sahel, Maman Sidikou répond : « Il faut interroger ce qui se passe en interne, plutôt que de parler des formations données par nos partenaires ».

Dans une interview exclusive accordée à la DW, Sidikou rappelle que l’interruption d’un processus constitutionnel ne peut pas être considérée comme normale. Il avoue aussi avoir été surpris, car il estime que « le temps des coups d’Etat est révolu ».

Extrait de l’entretien avec Maman Sidikou 

DW : Comment réagissez-vous au putsch militaire qui a renversé le Président, Ibrahim Boubacar Keïta ?

Maman Sidikou : Au niveau du G5 Sahel, nous agissons dans une optique d’accompagnement des efforts de la Cédéao, en étroite collaboration avec les autres partenaires: l’Union africaine, les Nations unies. Nous sommes en mission ici, instruits par le président du G5 Sahel, le président Ghazouani, de Mauritanie, et en effet face à une situation très préoccupante pour la région.

DW : Quelle a été votre marge de manœuvre depuis le renversement du régime d’IBK?

Maman Sidikou : Nous avons continué à travailler normalement, et il n’y a pas d’interruption dans les opérations, par exemple. Il n’y a pas d’interruption dans les contacts au ministère des Affaires étrangères du Mali et dans la concertation permanente entre nos cinq chefs d’Etat et avec la Cédéao. Notre force conjointe qui est sur place continue à travailler avec l’armée malienne pour organiser nos opérations.

DW : Nous savons que ce sont les hauts gradés de l’armée malienne qui ont mené ce putsch, dont certains ont été formés en France, d’autres en Russie ou encore par le programme américain Flintlock. Est-ce que vous avez été surpris par leur mode opératoire ?

Maman Sidikou : Toute interruption d’un processus constitutionnel, surprend, étonne et n’est pas normale. C’est tout ce que je peux dire là-dessus. Mais surpris ? Oui, parce que bon, pour nous, le temps des coups d’Etat est révolu.

Nos jeunes amis du Conseil national du salut du peuple disent que ce n’est pas un coup d’Etat. Ceux qui étaient dans la rue aussi disent que c’est l’aboutissement de tout ce qu’il y avait comme tension avant.

DW : Mais est-ce que ce n’est pas un aveu d’échec de la communauté internationale ?

Maman Sidikou : Disons que c’est d’abord un échec de la communauté malienne, des Maliens eux-mêmes.

DW : La plupart des militaires (maliens), en tout cas des forces spéciales, sont formés par la communauté internationale à travers divers programmes…

Maman Sidikou : Il y a des questions à se poser à ce niveau-là, mais nos armées, d’une façon générale ont des formations dans divers pays. On ne leur apprend pas à faire des coups d’État au cours de ses formations-là. Donc il faut interroger ce qui se passe en interne, plutôt que de parler des formations données par nos partenaires.

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Sujets  

Hong Kong met à mal les convictions démocratiques des Européens

ASIE 28 AOÛT 2020

Hong Kong met à mal les convictions démocratiques des Européens

President Xi Jinping by Chairman of the Joint Chiefs of staff (CC BY 2.0) — Chairman of the Joint Chiefs of staff, CC-BY

Pékin avertit les Européens de ne pas « s’ingérer dans les affaires internes chinoises » – une déclaration posture, surtout destinée à rassurer sur le plan de la politique intérieure chinoise.

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Par Lun Zhang1.
Un article de The Conversation

L’annonce est tombée le 19 août : les États-Unis ont formellement notifié à Hong Kong leur retrait de trois accords bilatéraux en matière d’extradition et de fiscalité.

Cette mesure fait suite à l’entrée en vigueur au mois de juillet de la loi relative à l’autonomie de Hong Kong (Hongkong Autonomy Act, HKAA). Cette dernière a été votée aux États-Unis en réaction à la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong promulguée le 30 juin par le président Xi Jinping et mettant fin à la politique « un pays, deux systèmes », prétendument appliquée durant cinquante ans dans cette ancienne colonie britannique.

Tous les avantages, notamment fiscaux, dont jouissait Hong Kong en termes d’échanges commerciaux et de circulation humaine sont de fait annulés.about:blank

Pour les États-Unis, désormais en guerre froide avec la Chine, la mainmise chinoise sur Hong Kong est inadmissible.

Washington a donc actionné une sanction visant 11 personnalités de l’administration hongkongaise comprenant la chef de l’exécutif Carrie Lam et plusieurs hauts responsables chinois chargés des affaires de Hong Kong.

Ils sont désormais privés de la possibilité de se rendre aux États-Unis et d’avoir recours aux services bancaires américains. S’ils possèdent des biens aux États-Unis, ceux-ci seront contrôlés et leurs échanges avec les États-Unis seront interdits.

Outre-Atlantique, la France et l’Allemagne ont réagi début août en suspendant le traité d’extradition mis en place en 2017 et visant à sanctionner « la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères ».

Mais ces actes suffisent-ils vraiment pour riposter à Pékin et soutenir la liberté et la démocratie à Hong-Kong ?

Cette loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong-Kong suscite également de l’incompréhension, de la déception et de la colère dans le monde, même parmi ceux ayant traditionnellement témoigné de leur sympathie vis-à-vis de Pékin.about:blank

La promesse de liberté faite par le gouvernement chinois aux Hongkongais a été rompue ; la crédibilité morale et politique de certains pays, notamment la Grande-Bretagne, et celle des Nations unies, est gravement atteinte : il ne faut pas oublier que la Déclaration sino-britannique conjointe concernant Hong Kong en 1984 a été déposée auprès de cette organisation internationale suprême, donc d’une certaine manière garantie par celle-ci.

UNE RÉPRESSION INTENSE DE LA DÉMOCRATIE À HONG KONG

À Hong Kong, la répression visant les démocrates s’intensifie jour après jour, comme le montre la nouvelle vague d’arrestations de dix contestataires pro-démocratiques il y a quelques jours. Parmi eux, Jimmy Lai, le patron du journal critique très populaire Apple Daily, et une étudiante de 23 ans, Agnes Chow, deux figures bien connues du mouvement contestataire de ces derniers temps.

https://www.youtube.com/embed/2Ai-mDFyTXw?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentLa militante Agnès Chow, AFP, Youtube.

Ils ont été relâchés un peu plus tard sous caution suite à une forte réaction internationale. Tous n’ont pas bénéficié d’un tel appui et beaucoup de militants sont toujours incarcérés : depuis un an, plus de 10 000 arrestations ont eu lieu.

Plus d’une centaine d’activistes hongkongais se sont déjà enfuis par différents moyens pour trouver refuge à l’étranger : le Canada en compte déjà une quarantaine.

HONG KONG, CITÉ-REFUGE DEVENUE PRISON

Tout au long du XXᵉ siècle, Hong Kong a fait office de cité-refuge pour des milliers voire des millions de personnes fuyant la misère et la guerre, mais aussi pour des artistes, des essayistes ou des savants.

Pensons ainsi à l’historien Qian Mu en 1949 ou à la romancière Zhang Ailing, dont certaines œuvres ont été adaptées au cinéma.

Des hommes d’affaires et des révolutionnaires ont aussi trouvé refuge à Hong Kong, y compris des communistes avant leur conquête du pouvoir en Chine.

Aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, Hong Kong « exporte » des réfugiés.

Nombreux sont ceux qui désormais se tournent vers l’Occident, et plus particulièrement le Royaume-Uni (et certains pays anglophones comme les États-Unis, l’Australie, le Canada, etc). De par son histoire coloniale, la Couronne porte une responsabilité morale particulière envers les Hongkongais.

Downing Street a annoncé que le gouvernement est prêt à accueillir massivement des Hongkongais disposant d’un passeport BNO (British Nationals Overseas) et désireux de venir vivre et travailler en Angleterre.

https://www.youtube.com/embed/pZtfpxXMTwk?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentLe Royaume-Uni a déclaré accueillir et faciliter l’entrée de nombreux Hongkongais sur son sol, BBC, juillet 2020.

Le Royaume-Uni a suspendu avant les autres pays l’accord avec Hong Kong concernant l’extradition de criminels, tout comme les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et donc l’Allemagne et la France.

Cette situation permettrait entre autres d’accueillir des citoyens non Hongkongais que la loi sur la sécurité nationale peut inquiéter. C’est par exemple le cas de Zhu Muming, citoyen américain d’origine hongkongaise, résidant aux États-Unis depuis plus de 30 ans et néanmoins poursuivi par la police hongkongaise pour « incitation à l’indépendance de Hong Kong ».

DES MESURES JUGÉES TROP TIMIDES

Fin juillet, outre la suspension de l’extradition, d’autres mesures prises par l’Union européenne sont rendues publiques : y figurent une facilitation de l’entrée des Hongkongais en Europe et la prohibition de la vente à Hong Kong d’équipements et de produits techniques à usages militaire et policier. Sans surprise, Pékin avertit les Européens de ne pas « s’ingérer dans les affaires internes chinoises » – une déclaration posture, surtout destinée à rassurer sur le plan de la politique intérieure chinoise.

Cependant, les mesures de l’UE ont été qualifiées de « timides » par le député européen Reinhard Bütikofer, président de la Commission des relations du Parlement européen avec la Chine.

https://www.youtube.com/embed/C-0f-YxRVc4?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentTensions lors du sommet UE-Chine, DW, 22 juin 2020.

En Chine, ces décisions européennes ont fait également du bruit. Nombreux sont ceux qui s’expriment à travers les réseaux sociaux et Internet, soit ouvertement, soit de manière indirecte, mais masqués afin d’échapper à la censure.

Il n’est pas étonnant de voir les Hongkongais et les Chinois continentaux ayant un penchant libéral éprouver une certaine déception et du regret vis-à-vis de cette « timidité » européenne.

En revanche, ceux ayant une position nationaliste s’affichent sur les réseaux sociaux sous un ton ironique, avec des propos émaillés de moquerie, de mépris et d’arrogance. Ils qualifient les pays européens de « tigres de papier » ou de « lâches qui ne cherchent qu’à gagner l’argent de la Chine ». Ils sont fiers de témoigner ainsi de la puissance de leur « grande patrie » et de son ascendant sur l’Europe.

En tant qu’intellectuel et universitaire d’origine chinoise, je ne peux que constater à quel point le monde européen semble répéter un même schéma où l’inertie psychologique collective prend le pas sur la décision politique.

L’Europe a certes été marquée par deux grandes guerres sur son sol et une guerre froide. Mais n’a-t-on pas observé les conséquences d’un même manque de réaction et d’opposition dans le passé lors de points de rupture majeurs, comme la violation du traité de Versailles en 1936 par Hitler ?

UN TEST POUR LA SOLIDITÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

Le plan de relance adopté le 21 juillet par les Européens pour lutter contre la pandémie est un signe très encourageant de solidarité économique interne. Il renforce également le besoin commun du respect de la démocratie et de la liberté.

Une autre façon de consolider cette Union serait une réponse commune à la montée en puissance de la Chine, un État néo-totalitaire. Lui faire barrage pourrait, d’une certaine manière, offrir une occasion à l’Europe d’accélérer sa construction politique.

En effet, la réaction de l’UE vis-à-vis de la situation actuelle en Biélorussie montre que l’UE est capable d’agir politiquement et rapidement. Mais l’UE, portée par le couple franco-allemand, saura-t-elle renoncer aux sirènes de Pékin ?

« DIVISER POUR MIEUX TRAITER AVEC »

« Diviser pour mieux traiter avec », telle a été la politique européenne de Pékin depuis des décennies.

Nous pouvons imager que, dans les années à venir, pour atténuer la pression des sanctions américaines, la Chine tentera de jouer la carte européenne pour briser l’étau de plus en plus serré que lui impose Washington.

Rappelons quelques chiffres. La Chine est le deuxième partenaire commercial de l’UE derrière les États-Unis, avec 394 milliards d’euros d’importations vers l’UE et 210 milliards d’exportations vers la Chine en 2018.

La Chine est aussi le septième client de la France et le deuxième fournisseur, avec des chiffres de respectivement 20,8 milliards et 49,2 milliards d’euros. Quant à l’Allemagne, en 2018, les mêmes chiffres étaient de 106 milliards et 93 milliards euros, soit 200 milliards au total. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’UE atteignent aujourd’hui, selon la Commission européenne, un milliard d’euros par jour.

Déjà, comme le relève une tribune de Ben Hall dans le Financial Times, Angela Merkel comme Emmanuel Macron, qui se sont rencontrés au fort de Brégançon pour discuter de l’avenir de l’Europe, pourraient chercher à accommoder Pékin afin d’éviter tout conflit économique.

Hong Kong sera-t-il, dans ce contexte, un test des convictions pro-démocratiques des têtes pensantes de l’UE ?

Sur le web

  1. Professeur, chercheur au laboratoire AGORA et au Collège d’Études mondiales (Professeur, chercheur au laboratoire AGORA et au Collège d’Études mondiales (FMSH, Paris), « visiting scholar » à l’Université de Harvard, CY Cergy Paris Université