LibanExplosions à Beyrouth : vers une enquête internationale ?

LibanExplosions à Beyrouth : vers une enquête internationale ?

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)L’exaspération et la méfiance des Libanais envers leurs dirigeants, exprimées depuis des mois dans les rues du pays, sont encore exacerbées par les explosions meurtrières de mardi, qui ont fait au moins 135 morts et 5 000 blessés, selon le dernier bilan. De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une enquête indépendante et internationale. 

La rage a succédé à la panique. Deux jours après les deux explosions qui ont rasé le port et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth, jetant à la rue 300 000 personnes, les Libanais veulent savoir comment plus de 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium ont pu être stockées dans leur ville pendant six ans, avant d’exploser mardi. Mais ils ne comptent pas sur leurs dirigeants pour leur fournir des réponses.

L’enquête ouverte par le gouvernement, qui a promis un rapport dans cinq jours et assigné à résidence les responsables du port, “suscite le scepticisme” dans les rues de Beyrouth, selon El País. “Ce sera comme toutes les enquêtes ouvertes avant d’être enterrées, car il y a toujours quelqu’un de haut placé qui se retrouve impliqué”, déclare au quotidien espagnol un passant en colère.

La tragédie “semble symboliser tout ce qui ne va pas au Liban, à ce moment précis de sa turbulente histoire”, observe le Washington Post : “un État faible, un gouvernement incompétent, des responsables corrompus et, comme beaucoup l’affirment, l’existence d’un État parallèle dirigé par le puissant mouvement Hezbollah et d’autres factions, qui utilisaient le port pour des opérations de contrebande”.

L’opposition au pouvoir en place n’a guère attendu pour exprimer son “manque de confiance dans une enquête dont ils doutent de l’issue”, écrit L’Orient-Le Jour. Quatre anciens Premiers ministres du pays ont ainsi réclamé dans une déclaration commune “une commission d’enquête ‘internationale ou arabe’ pour déterminer les circonstances de la double explosion qui a ravagé la capitale mardi” – une enquête qu’ils verraient bien confiée à l’ONU ou à la Ligue arabe.

Un enfant retrouvé vivant

La société civile n’est pas en reste, souligne Al-Jazira. La chaîne a recueilli le témoignage de Melhem Khalaf, “bâtonnier indépendamment élu du barreau de Beyrouth”, qui n’a aucune confiance dans l’enquête des autorités. “Après tout ce qu’ils ont fait, ce sont eux qui vont venir nous dire qui est responsable ?”

M. Khalaf a déposé une requête devant le procureur général de la République, Ghassan Oueidat, “pour lui demander de faire appel à l’expertise de spécialistes libanais et internationaux – parmi lesquels des ingénieurs et des experts en explosifs et en chimie – pour trouver les causes des explosions”, explique la chaîne qatarie.

À l’échelon international aussi, des voix s’élèvent pour réclamer une enquête indépendante, rapporte le Daily Telegraph. Amnesty International, notamment, “a demandé la mise en place sans délai d’une structure internationale pour enquêter sur ce qui s’est passé”.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les secouristes ont continué à chercher des survivants parmi les décombres, et ont notamment retrouvé un enfant vivant, vingt-quatre heures après la catastrophe. Une lueur d’espoir dans un paysage ravagé, alors que le gouverneur a évalué les dégâts à “plus de 15 milliards de dollars, un montant extravagant pour une économie déjà en faillite”, selon Arab News. Le président du syndicat de la construction “a estimé qu’environ 50 000 bâtiments avaient été détruits ou endommagés”.

Un mort français

L’aide, venue des quatre coins du monde, a commencé à arriver mercredi, tandis qu’Emmanuel Macron était attendu jeudi matin à Beyrouth. La catastrophe a fait un mort, l’architecte Jean-Marc Bonfils, et une vingtaine de blessés français, entraînant l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris.

Par ailleurs, le Tribunal spécial pour le Liban (STL) a annoncé qu’il reportait au 18 août, “par respect pour les innombrables victimes”, la lecture du jugement dans le procès de quatre hommes accusés d’avoir participé en 2005 à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri, rapporte la chaîne Al-Arabiya.

Aux États-Unis, Donald Trump a continué à suggérer que la catastrophe pourrait être due à un attentat, écrit l’agence Associated Press. “Comment peut-on parler d’accident quand quelqu’un a laissé traîner d’horribles engins explosifs ? Peut-être que c’était ça. Mais peut-être que c’était un attentat”, a-t-il déclaré à la presse depuis la Maison-Blanche.

Son ministre de la Défense, Mark Esper, a néanmoins souligné que la plupart des gens considéraient l’explosion comme “un accident”.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1981874/article/1981934

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