Biélorussie : un mauvais roman feuilleton

Biélorussie : un mauvais roman feuilleton


Le complot du « coup d’État russe » en Biélorussie a été ourdi par l’Ukraine


Par Moon of Alabama − Le 7 août 2020

À la mi-juin, nous avons signalé que les États-Unis préparaient une « révolution de couleur » en Biélorussie. Un des motifs de cette opération a été révélé aujourd’hui. Il visait à dénigrer la Russie aux yeux de la population biélorusse et de son président.

Au cours des dernières années, le président Aleksandr G. Lukashenko a tenté de se distancier de la Russie et de tirer certains avantages de l’Occident :

Mais se rapprocher de «l'ouest» a aussi un prix. Un ambassadeur américain en ville signifie que les complots pour un changement de régime ne sont jamais loin. L'attention soudaine que la Biélorussie reçoit désormais des organisations alignées sur les États-Unis est un signe certain qu'une "révolution de couleur" est en préparation.

Le 9 août, la Biélorussie organisera des élections présidentielles. Loukachenko fera de son mieux pour gagner à nouveau.

Les révolutions de couleur sont généralement lancées lors d'élections controversées. Les résultats sont publiquement mis en doute avant même le début des élections. Lorsque les résultats arriveront enfin, les médias occidentaux affirmeront qu'ils s'écartent de l'attente qu'ils ont créée et qu'ils ont donc été truqués. Les gens seront poussés dans les rues pour protester. Pour aggraver le chaos, certains tireurs d'élite peuvent être mis à contribution pour tirer indifféremment sur la police et sur les manifestants, comme cela a été le cas en Ukraine. La révolte prendra fin lorsqu'elle sera maîtrisée ou lorsque le candidat préféré des États-Unis sera mis en place.

L'année dernière, le National Endowment for Democracy, ONG des États-Unis, a financé au moins 34 projets et organisations en Biélorussie. Les États-Unis ne font pas cela par charité, mais pour peser dans la balance.

Les États-Unis semblent avoir au moins deux candidats dans la course. ...

Les deux candidats ont depuis été destitués par Loukachenko. Mais Svetlana G. Tikhanovskaya, l’épouse de l’un des candidats arrêtés, est désormais présentée dans le New York Times comme le grand nouvel espoir :

Dans le passé, M. Loukachenko, qui commande un appareil de sécurité important et souvent brutal, n’a jamais hésité à démontrer qu’il pouvait écraser toute dissidence. Mais cette fois, il semble acculé, avec des rassemblements de l'opposition à Minsk et dans les petites villes attirant jusqu'à des dizaines de milliers de personnes.

Jeudi, des milliers de personnes se sont rendues au jardin public Kiev à Minsk pour soutenir Svetlana G. Tikhanovskaya, une candidate dont la plate-forme se résume à un point : se débarrasser de M. Lukashenko. Les gens ont ovationné, applaudi et ont crié au président : «Va-t'en !»

«Les gens ont tout simplement perdu patience», a déclaré Nikita, 27 ans, qui a refusé de donner son nom de famille, invoquant la peur des répercussions sur son travail dans une entreprise d'État.

Dans le cadre du schéma des « révolutions de couleur », les États-Unis ont également introduit un élément anti-russe dans le jeu. Le 29 juillet, le gouvernement de Loukachenko a annoncé qu’il avait contrarié une curieuse opération « russe » :

Intensifiant une querelle qui couve avec la Russie, son voisin et allié de longue date, la Biélorussie a affirmé mercredi que plus de 200 mercenaires russes, déguisés en touristes, s'étaient infiltrés en Biélorussie dans le but de perturber son élection présidentielle.

Les rapports faisant état d'une force mercenaire russe en Biélorussie, qui n'ont pas pu être confirmés de manière indépendante, font suite à des mois d'échanges de plus en plus houleux entre Minsk et Moscou, des alliés proches, mais rugueux, qui étaient autrefois liés par leur méfiance partagée envers l'Occident, mais qui maintenant se méfient intensément l'un de l'autre. ...

M. Loukachenko a une longue habitude de blâmer les étrangers pour ses problèmes, mais n'a que récemment tourné sa machine de propagande contre la Russie, plutôt que contre les puissances occidentales comme les États-Unis, auparavant sa cible préférée.

Belta, l’agence de presse officielle du Bélarus, a publié les noms et les dates de naissance de 32 combattants russes détenus qu’elle décrit comme des employés du groupe Wagner, une société de recrutement de mercenaires liée à Yevgeny Prigozhin, un associé de longue date du président russe Vladimir V. Poutine. ...

Mercredi, le gouvernement a publié une séquence vidéo d'un raid nocturne, qui a eu lieu cette semaine dans un sanatorium près de Minsk, où 32 combattants russes ont été arrêtés ; un autre a été arrêté dans une autre partie du pays. La vidéo présentait des officiers lourdement armés du service de sécurité bélarusses - toujours appelés, comme à l'époque soviétique, le K.G.B. - prenant d'assaut les chambres d'hôtel occupées par les mercenaires présumés. 

La vidéo  montrait un certain nombre de Russes costauds, menottés, l'un d'eux allongé sur le sol en caleçon, des passeports russes et une pile de billets de 100 dollars.

L’histoire m’est apparue bizarre sur le moment. On n’embauche pas des mercenaires étrangers pour provoquer des émeutes post-électorales, mais des voyous locaux [pour une question de langue, NdT]. Une telle opération ne correspond pas non plus au mode opératoire  habituel du gouvernement russe. L’escouade qui a coincé les hommes venait des services secrets ukrainiens, le SBU.

Aujourd’hui, nous apprenons ce qui s’est réellement passé.

Les mercenaires attrapés ne travaillaient pas pour Wagner. Ils avaient été embauchés directement par quelqu’un qu’ils croyaient être un homme travaillant pour le conglomérat pétrolier russe Rosneft. Ils n’étaient pas en Biélorussie pour intervenir dans l’élection. Ils étaient censés être les gardiens des champs pétrolifères de Rosneft en Syrie et au Venezuela. Ils attendaient un vol vers la Turquie, d’où ils seraient transportés vers leur destination finale. C’est du moins ce que croyaient les hommes.

Mais, en réalité, l’embauche a été faite par des hommes des services secrets ukrainiens et l’histoire qui leur avait été racontée était un mensonge.

Cette version de leur aventure a été révélée aujourd’hui par le tabloïd russe kp.ru – traduction automatique légèrement remaniée :

Le 29 juillet, 33 Russes ont été arrêtés et détenus à Minsk. Tous ont été désignés comme appartenant à un détachement d'une société militaire privée [SMP], «Wagner», accusé de «se préparer à participer à des émeutes de masse» et d'être affilié aux candidats de l'opposition locale Sergueï Tikhanovsky et Nikolai Statkevich, détenus plus tôt. La plupart des hommes de ce groupe a combattu dans le Donbass aux côtés de la milice, et Kiev a déjà demandé leur extradition. Pendant ce temps, un audit complet des forces de l'ordre russes montre que ceux qui ont décidé de gagner de l'argent supplémentaire comme gardiens à l'étranger ... ont simplement été employés au noir.

Selon notre source dans les services spéciaux russes, le recrutement du groupe a commencé par un appel en provenance de Syrie. Un certain Sergueï Petrovitch a appelé les anciens combattants - c'est important - du soi-disant SMP Wagner, avec une offre alléchante de travailler à la protection des installations pétrolières en Syrie.

Dans le même temps, les téléphones portables affichent le code de la République arabe (+ 963-931-42-562), cependant, comme cela s'est avéré plus tard, le numéro était virtuel. Il n'est pas enregistré dans les réseaux cellulaires, son emplacement est impossible à déterminer, seuls les appels sortants sont disponibles à partir de celui-ci.

L’histoire est assez longue, mais bien documentée. Des personnes qui avaient prétendu travailler pour le conglomérat pétrolier russe Rosneft, mais qui utilisaient un faux domaine internet Rosneft pour leurs e-mails, avaient embauché des vétérans ukrainiens / russes qui avaient combattu du côté pro-russe dans la guerre civile en Ukraine.

Les hommes ont été informés qu’ils garderaient les champs pétrolifères en Syrie et au Venezuela. Ils ont reçu de l’argent et des billets d’avions pour un vol de Minsk vers la Turquie. Ces billets ont été réservés par une agence de voyage ukrainienne à Kiev qui semble avoir été fondée uniquement à cette fin. Mais lorsque les mercenaires sont arrivés en Biélorussie, on leur a dit que le vol avait été annulé. Ils ont été logés dans un hôtel local et on leur a dit d’attendre quelques jours pour un autre vol.

Les services secrets ukrainiens ont alors informé Loukachenko qu’un groupe de mercenaires russes se trouvait dans son pays pour lancer un coup d’État lors des prochaines élections. Loukachenko a reconnu publiquement que les informations sur le groupe provenaient d’Ukraine. La Biélorussie a arrêté les hommes et l’Ukraine a demandé immédiatement leur extradition.

Le compte-rendu de kp.ru a été confirmé par le bureau de Turkish Airlines à Moscou. Plusieurs autres détails ont également été vérifiés par le journal et semblent être corrects. L’histoire se tient. L’article conclut – traduction automatique :

En conséquence, on peut affirmer que les services spéciaux ukrainiens ont réussi à créer une fausse opération, dans laquelle ils ont impliqué 180 citoyens russes dont certains faisant partie d'un groupe d'anciens combattants du Donbass. En même temps, il est tout à fait possible d'admettre que toute cette histoire fascinante et instructive a été racontée aux biélorusses, par les ukrainiens, sous une forme très tronquée - sans les détails sur les billets d'avion. Pendant toute cette opération, le SBU ukrainien semble avoir eu l'intention de faire d'une pierre deux coups - le coup contre l'omniprésent, cauchemardesque et terrible SMP Wagner était censé ricocher sur Rosneft - l'une des plus grandes entreprises russes, mais le coup principal, sans aucun doute, était dirigé sur les relations entre Russes et Biélorusses. 

Sans parler de la possible extradition de citoyens russes vers l'Ukraine, dont Kiev serait extraordinairement heureuse - une belle occasion de venger ses marins, que Porochenko a envoyés «à abattoir» dans le détroit de Kerch.

Selon nos informations, les éléments relatifs à toute cette opération spéciale ont déjà été transférés au Comité d’enquête qui, comme l’a dit notre interlocuteur, procédera à une évaluation procédurale de cette «déclaration».

Nous espérons seulement que Minsk les examinera également de près.

L’enquête  de kp.ru a fait de grandes vagues dans les médias de langue russe. Elle aura certainement un écho en Biélorussie et en Ukraine.

Loukachenko devrait se méfier de tout ce qui vient d’Ukraine. S’il y a une tentative d’utiliser l’élection du 9 août pour créer le chaos ou un coup d’État, le danger ne viendra certainement pas de Moscou mais de Kiev. Depuis le coup d’État du Maïdan en 2014, la CIA est intégrée aux services secrets ukrainiens. Elle sait comment se réalisent de tels coups d’État.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/bielorussie-un-mauvais-roman-feuilleton

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