Plan de relance défense, une occasion de nouveau ratée.

Plan de relance défense, une occasion de nouveau ratée.

Menace turque en  Méditerranée orientale

« Nous sommes nombreux à penser que l’industrie de défense au sens large, incluant des pans très duaux comme l’aéronautique et l’espace, constitue le meilleur levier qui soit pour un effort de relance », assurait fin avril Françoise Dumas, présidente de la commission de la défense de l’Assemblée nationale. » Quant au général Lecointre, il déclarait le 22 avril devant les députés de la commission de la défense.  « La relance exige que nous fassions de la dépense publique intelligente, or le ministère des armées sait dépenser l’argent public – c’est un atout que nous devons faire valoir – aussi bien dans les grands programmes d’infrastructures que dans le soutien des armées, le fonctionnement des armées et le MCO. La dépense publique, déconcentrée auprès des bases de défense, irriguera immédiatement le tissu économique local et donc national. »

En outre, deux rapports, l’un publié par le Sénat, l’autre par l’Assemblée nationale, avaient indiqué que la Base industrielle technologique de défense [BITD] allait connaître des jours difficiles en raison des conséquences économiques et sociales, des mesures prises pour limiter l’épidémie de covid-19. Enfin, un rapport flash a été remis le mardi21 juillet à la commission de la défense. Ce rapport (1) présenté par Benjamin Griveaux et Jean-Louis Thiériot, indiquait que : « AUTANT QU’UNE FAUTE STRATÉGIQUE, NE PAS MOBILISER L’INDUSTRIE DE DÉFENSE COMME VECTEUR DE RELANCE SERAIT UNE ERREUR ÉCONOMIQUE La situation de l’industrie de défense justifie un soutien de l’État non seulement en raison de son poids dans l’économie, mais aussi pour deux motifs spécifiques : son caractère stratégique, et le « multiplicateur keynésien » (1) qui s’y trouve particulièrement élevé. »

Je recommande la lecture de ce rapport.

Or, lors de la présentation du plan de relance par le premier ministre et le ministre de l’économie, pas une seule fois le mot relance au profit de la défense n’a été prononcé, et lors d’une interview très récente de la ministre des armées Florence Parly, celle-ci a parfaitement exprimé ce qui sera désormais la doxa : le plan de relance pour la défense n’est pas nécessaire, celui-ci a déjà eu lieu par l’application de la loi de programmation militaire qui prévoit que le budget défense bénéficie d’une hausse de 1,7 milliard d’euros par an jusqu’en 2022.

Voilà donc une nouvelle occasion ratée, alors que notre Président semble tenir un langage de fermeté face à l’affrontement turco-grec, souhaite avancer ses pions au Liban et en Irak pour endiguer la poussée ottomane du dictateur Erdogan, que nos soldats sont engagés au Levant et dans la bande sahélo-saharienne. Le signal envoyé est bien celui de notre incapacité à mettre en relation notre discours avec des actes forts.

L’un des actes forts serait aussi celui d’accélérer le réarmement de nos armées en révisant à la hausse notre format et combler nos déficits capacitaires. À nouveau, nous n’en prenons pas le chemin, et demain si des accords de défense étaient renforcés bilatéralement avec la Grèce, et que celle-ci décide de s’équiper en Rafale, (on parle d’une vingtaine), un certain nombre serait pris sur les tarmacs des bases de notre armée de l’air alors que celle-ci est en manque d’avions pour remplir l’ensemble de ses missions opérationnelles et de formation. Nous avons perdu par accident six Rafale (5 Rafale Marine et 1 Rafale Air), qui n’ont jamais été remplacé.   Lire à ce sujet le remarquable dossier Rafale :  Livraisons et coût.  (2) de source ouverte et reprenant les chiffres du ministère de la défense.

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 Le dossier Rafale est symptomatique de l’ensemble des problèmes de fond qui diminue notre capacité opérationnelle et de résilience.

En 2017, le général Lanata CEMAA à l’époque,  demandait que le nombre d’appareils de chasse dans l’armée de l’Air soit porté à 215 appareils, alors que  le dernier livre blanc prévoyait que l’aviation de chasse comprenne 225 avions au total dont une quarantaine pour la Marine et 185 pour l’armée de l’Air. Cet objectif devait être atteint en 2021, il ne le sera pas.

En 2010, l’un des prédécesseurs de l’actuel CEMM, l’amiral Pierre-François Forissier avait mis en garde contre la réduction du nombre de frégates. « Je veux préserver l’épine dorsale de la marine qui est constituée de ses sous-marins nucléaires d’attaque et de ses frégates de premier rang. Je me battrai pour que leur nombre ne soit pas réduit, car nous sommes déjà la limite de la rupture. Á missions inchangées, je ne peux pas aller en deçà », avait-il dit.

Non seulement les missions n’ont pas changé, mais leurs fréquence ont augmenté. L’amiral Prazuck avant son départ avait confié aux sénateurs qu’il aimerait « pouvoir disposer de 35 frégates ». or, nous en possédons au mieux 17 [à titre de comparaison, l’Italie en possède 18 (3)] la cible étant de 15, quant aux sous-marins, de type SNA avec l’incendie de l’un d’entre eux et le retrait d’un autre, nous en avons 4 sur les 6 prévus. Ils nous en faudrait au moins 8 pour remplir l’ensemble des missions et faire face au nouvelles menaces et au renforcement de toutes les flottes de guerre, sauf la nôtre. Des solutions sont possibles à moindre coût, compléter la flotte de SNA par des sous-marins classiques de type Barracuda semblables à ceux vendus à l’Australie. Pour équilibrer mon propos, je constate que nous sommes la seule nation européenne à posséder une force nucléaire indépendante, un porte-avions nucléaire et une capacité de projection grâce à nos PHA. [porte-hélicoptères amphibie dont l’un d’ailleurs avait été commandé lors du plan de relance de 2008 – (4)]


Le général Burkhard, 55 ans, originaire du Territoire de Belfort, est à la tête de l’armée de Terre depuis juillet 2019. Photo EMAT

Répondre aux futurs conflits « de haute intensité » 

Quant à l’Armée de de terre, le programme Scorpion qui consiste à remplacer le secteur médian, est un peu l’arbre qui cache la forêt, nos trous capacitaires dans le domaine des blindés lourds, de l’artillerie sol-sol et sol-air et appuis, du franchissement et du génie ainsi que CME et ECMA, sans oublier les hélicoptères lourds et moyens de renseignement, sont peu évoqués, faute de pouvoir apporter dans des délais raisonnables des solutions. Le projet Titan étant un projet à horizon 2030-2035 au mieux.

Il faudra donc se contenter des 832 millions d’euros déjà annoncés. (3 avions A330 MRTT en avance de commande et 8 hélicoptères Caracal pour remplacer les 30 Puma à bout de souffle de l’Armée de l’air et des drones pour la Marine).

Nous voilà donc, en réalité, comme le sont d’autres ministères régaliens, police, justice, éducation, dans une situation pour ne pas dire dramatique mais extrêmement sérieuse, car nous payons les politiques suicidaires de restriction des budgets et des effectifs de ces 30 dernières années. 

Le laxisme, l’imprévoyance, la négligence et le manque de courage allant jusqu’à la lâcheté de la part de  nos gouvernants successifs nous ont emmenés là où nous en sommes.

Si la prise de conscience est nécessaire, le temps n’est plus au discours mais aux actes. Je crains que ce ne soit trop tard.

Faudra-t-il une catastrophe majeure en Europe pour mettre enfin ce pays en position de combat? Le temps est au «  branle-bas de combat », face à la menace  qu’ils ne veulent pas voir.

Roland Pietrini

(1) 1 euro investi dans la défense rapporte 1,27€ à court terme et 1;68€ à long terme. 

(2)http://www2.assembleenationale.fr/content/download/312629/3036763/version/3/file/2020-07-21+-+rapport+flash+Griveaux-Thi%C3%A9riot.pdf

(3)  https://omnirole-rafale.com/le-rafale-en-chiffres/

(4) https://www.defense.gouv.fr/dga/actualite-dga/2009/plan-de-relance-commande-d-affuts-canons-pour-helicopteres-cougar-et-caracal

04/09/2020 576 visites

https://www.athena-vostok.com/article-sans-titre-18#message_12870469

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