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Un gazoduc entêté

Un gazoduc entêté

13 Septembre 2020

Il y a une dizaine de jours, les manchettes de notre bonne presse se réjouissaient ouvertement de la possible mort du Nord Stream II suite à la mascarade Navalny, prouvant presque par défaut que les deux affaires étaient liées. Aucune surprise pour les lecteurs de nos Chroniques :

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…PUBLICITÉ

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Cependant, les fidèles piliers de l’empire ont dû mettre un peu d’eau (baltique ?) dans leur coca cola. Si la Première Ministre danoise a tombé le masque, avouant qu’elle avait toujours milité contre le tube, le fait que Berlin n’ait pas réagi au quart de tour pour annuler le gazoduc a semble-t-il pris de court les impatients affidés de Washington.

Même CNN, dans un article remarquable d’objectivité (une fois n’est pas coutume), s’est cru obligé de reconnaître que l’abandon du projet n’était pas aussi simple. En cause, cette satanée et agaçante réalité économique, sur laquelle se fracassent souvent les mirages impériaux faits de sable et de vent.

La mise en place du Nord Stream II fera baisser le prix du gaz de 25% en Europe. De plus, les compagnies énergétiques européennes ont déjà investi cinq milliards d’euros dans le projet et n’ont pas l’intention de les passer par pertes et profits, pouvant d’ailleurs réclamer des dommages et intérêts aux Etats responsables de l’annulation.

C’est ce qu’a dit en substance Klaus Ernst, président de la Commission de l’économie et de l’énergie du Bundestag et membre du parti Die Linke. Chose intéressante, les divisions de la scène politique allemande sur le pipeline se font jour au sein même des partis et un petit point sur la situation n’est peut-être pas inutile.

Les élections fédérales de 2017 ont donné la législature suivante, le gouvernement de coalition mis en place par Merkel comprenant la CDU/CSU et le SPD :

La CDU est divisée, certains appelant à l’arrêt des travaux, d’autres à leur continuation. D’après ce qu’on en sait, la CSU souhaite la poursuite du projet. Quant au SPD, ses ténors ont toujours été et restent favorables au Nord Stream II (n’oublions pas que l’ancien leader du parti, Schröder, est le patron du consortium). Voilà pour la coalition gouvernementale.

Le reste du Bundestag a également son mot à dire. Là aussi, la division règne et l’on retrouve d’ailleurs, mise à la sauce allemande, notre fameuse opposition entre Li-Li et Bo-Bo :

J’ai plusieurs fois abordé dans les commentaires la véritable division de la politique française et, partant, européenne, depuis un demi-siècle et qui transcende la fausse opposition droite-gauche : BO-BO vs LI-LI. D’un côté, la droite bonapartiste et la gauche « bolchévik », qui prend sa naissance dans l’alliance de facto entre De Gaulle et le PCF et court jusqu’à l’actuel duo Le Pen-Mélenchon. Ce courant indéniablement patriote a depuis plus de cinquante ans une certaine idée de l’indépendance nationale et de l’équilibre international, étant très critique vis-à-vis du système impérial américain et de ses alliances pétromonarchiques, préconisant un rapprochement avec la Russie, plus récemment avec l’Iran, Assad etc. Dans les années 60, le grand Charles et les communistes ont fait partir l’OTAN ; en 1991, Georges Marchais et Le Pen père s’opposaient à la guerre du Golfe, rebelote en 1999 et la guerre du Kossovo, jusqu’au copié-collé actuel des positions du FN et du FG sur toutes les questions internationales. Ce qui est vrai en France l’est également en Europe : sur la Syrie, l’Ukraine, la Russie ou le Moyen-Orient, UKIP, Podemos, Syriza, La Ligue du nord, Wildeers disent exactement la même chose. Jamais à court de mépris, la mafia médiatique parle d’alliance, populiste forcément, « rouge-brune ».

Car les médias appartiennent tous à l’autre bord, le système LI-LI (droite libérale et gauche libertaire) qui a pris le pouvoir au tournant des années 70 (Giscard + soixante-huitards) et ne l’a plus lâché depuis (UMPS). Ce courant est marqué par un tropisme pro-américain évident. Est-ce un hasard si les maoïstes de Mai 68, peut-être d’ailleurs l’une des premières révolution de couleur de l’histoire de la CIA, sont aujourd’hui les plus fervents supporters des guerres néo-conservatrices (BHL, Cohn-Bendit, Glucksman, Barroso) ? Les LI-LI vouent une admiration béate pour l’UE, l’OTAN et la pax americana, une haine féroce envers Poutine et le monde multipolaire etc. Au fil des décennies, ce système est devenu un tout à peu près cohérent, unifié. Union européenne = médias = OTAN = UMPS = alliance saoudienne = TAFTA = soutien au Maidan ou aux djihadistes syriens…

Retour au Bundestag. Sans surprise, les Verts et les libéraux du FDP s’opposent au Nord Stream II. Fidèles à leur hypocrisie désormais légendaire, les « écologistes » préfèrent sans doute le transport extrêmement polluant du gaz naturel liquéfié US ou qatari par méthaniers…

A l’inverse, Die Linke (partiellement) et l’AfD (totalement), américano-sceptiques dans l’âme, sont favorables à la poursuite du projet, ce qui ne manquera pas d’entraîner les habituels commentaires du camp du Bien sur ces horribles « populistes d’extrême-drouaaate » mangeant dans la main de l’abominable Poutine des neiges.

On le voit, jusqu’à présent, la farce Navalny n’a eu pour effet que d’exacerber des divisions déjà existantes sans réussir (encore ?) à faire dérailler le gazoduc de la discorde. Le feuilleton de l’été continue…Tag(s) : #Gaz#Europe

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LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

Publié par: Richard Labévièrele: 08 septembre, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Pour la diplomatie française, le Liban ne peut pas être un pays comme les autres. En se rendant à Beyrouth le 1er septembre dernier – après une première visite le 6 août, le lendemain des explosions qui ont ravagé le port -, le président de la République a ainsi salué le centième anniversaire de la création – par la France – du « Grand Liban », du Liban dans ses frontières actuelles.

Richard Labévière

Par Richard Labévière

Le 1er septembre marque le centenaire de la création en 1920 du « Grand Liban » par le haut-commissaire français, le général Henri Gouraud, en tant qu’entité distincte de la Syrie et que la France avait été chargée de gouverner par la Société des Nations (SDN). Le Grand Liban combinait le Mont Liban – où les populations étaient et sont principalement chrétiennes et druzes avec des zones à l’ouest et au sud où les communautés sont principalement sunnites et chi’ites. Le général Gouraud avait fait sa déclaration depuis la Résidence des Pins – qui est aujourd’hui la résidence de l’ambassadeur de France au Liban, là où le président Macron a récemment rencontré des responsables politiques libanais.

Hormis cette résonnance historique, la visite présidentielle tombait doublement à propos : le Pays du Cèdre traverse la plus grave crise économique et sociale depuis la guerre civile (1975 – 1990) ; avec la démission du gouvernement d’Hassan Diab – pourtant le meilleur qu’ait connu le pays depuis l’intermède du général Fouad Chéhab (1958 – 1964) -, l’instabilité prévaut plus que jamais. Par conséquent, les différentes manifestations françaises de solidarité étaient particulièrement bienvenues : le porte-hélicoptère-amphibie (PHA) Tonnerre a débarqué plusieurs dizaines de tonnes d’aide humanitaire et d’autres bâtiments de la Marine nationale ont débarqué nombre de spécialistes en catastrophes et reconstructions.

LA SECTE CONTRE L’ELYSEE

Par ailleurs, et hormis quelques voix minoritaires dénonçant une « ingérence », la population libanaise – dans sa majorité – a salué les gestes de solidarité de la France éternelle. Cela dit, cette posture n’est pas sans ambiguïté, révélant notamment quelques contradictions franco-françaises… La principale exprime une divergence d’approche et d’agenda entre l’Élysée et le Quai d’Orsay. En effet, Emmanuel Macron a mis un point d’honneur à rencontrer l’ensemble des composantes de la classe politique libanaise, y compris le Hezbollah, le parti chi’ite restant toujours copieusement démonisé par Washington et Tel-Aviv1. Quelques jours auparavant, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait soigneusement boycotté les représentants de ce parti.

Conseillant aux députés du Hezbollah « d’être davantage libanais », l’Élysée cherchait à faire savoir qu’il reconnaissait enfin cette incompressible évidence : composante majeure de la vie politique libanaise, le parti chi’ite est parfaitement incontournable, tandis que le Quai d’Orsay restait et reste actuellement encore sur la ligne américano-israélienne de son boycott, affirmant que cette organisation politico-militaire n’est qu’une « organisation terroriste », courroie de transmission de Téhéran.

Au Quai, la « Secte » ou la « Meute » – une bande de néo-conservateurs à la française – fait toujours la loi, sans que l’Élysée ne puisse faire grand-chose, d’autant que cette association de diplomates – ayant été en poste à Washington, Bruxelles-Otan et Tel-Aviv – se tient fermement les coudes et partage les mêmes relations affairistes.

Le porte-hélicoptère français “Tonnerre” est arrivé vendredi à Beyrouth une semaine après la double explosion au port de Beyrouth. À son bord, plusieurs tonnes d’aide alimentaire (farine, blé, portions pour l’armée libanaise) et humanitaire (notamment des médicaments) mais aussi des matériaux nécessaires à la reconstruction (aluminium, verre, plâtre).

« Ils sont de plus en plus nombreux à aspirer à vendre leurs services en fin de carrière », écrit Marc Endeweld dans une remarquable enquête2 : « ancien secrétaire général du Quai, M. Gérard Errera conseille le groupe financier américain Blackstone et l’opérateur téléphonique chinois Huawei. M. Jean-David Lévitte, qui fut conseiller diplomatique des présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a été recruté comme conseiller spécial par Rock Creek Global Advisors, une société de conseil fondée par M. Joshua Bolten, ancien directeur de cabinet du président George W. Bush. Plus récemment, l’ancien ambassadeur de France à Tel-aviv et Washington, M. Gérard Araud, a rejoint la société de communication de Richard Attias, qui appartient aujourd’hui pour moitié à un fonds souverain saoudien ».

Dès juin 2017 – sitôt élu président – Emmanuel Macron promettait dans un entretien au Figaro3 : « avec moi, ce sera la fin d’une forme de néo-conservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fût le résultat de ces interventions ? Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie… ».

CASSER LES ETAT-NATIONS !

N’oublions pas que cette divergence Quai/Elysée, que la Secte a pris naissance lorsque Bernard Kouchner était ministre des Affaires étrangères (entre 2007 et 2010)4. Derrière tous ses boniments sur « l’action humanitaire » et les « ingérences » toutes aussi généreuses, l’agenda était parfaitement clair : fragiliser, sinon casser les État-nations du Sud – retribaliser les populations – afin de perpétrer l’influence, sinon l’hégémonie des pays occidentaux, au premier desquels les États-Unis et leur satellite israélien.

Dans ce jeu de massacre, le Liban constitue toujours un merveilleux laboratoire où il suffit d’attiser quelque peu les fractures confessionalo-communautaires pour atteindre la Syrie, l’Iran, sinon la Russie voire la Chine. Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président de la République en sait quelque chose, lui qui fût ambassadeur de France au Liban (2015 – 2017). Aujourd’hui à contre-emploi, puisqu’il est chargé d’accompagner la « nouvelle approche diplomatique du Proche-Orient » que veut incarner Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne fût, tout comme Gérard Araud, un farouche partisan du renversement de Bachar al-Assad… sans doute pour offrir le pouvoir syrien aux Frères musulmans ou à d’autres « révolutionnaires » jihadistes – qui au même moment assassinaient nos enfants dans les rues de Paris, de Londres et d’autres cités occidentales !

Comprenne qui pourra, toujours est-il que les principaux conseillers du Quai en charge des Proche et Moyen-Orient, continuent à soutenir et promouvoir les factions libanaises qui cherchent à renverser le président Michel Aoun parce que ce dernier a eu le grand tort – à leurs yeux – de nouer une alliance avec le Hezbollah dès novembre 2006. Comment Emmanuel Macron peut-il s’émanciper de cet « État profond », qui favorise d’abord les intérêts américano-israéliens avant d’œuvrer à la défense de ceux de la France ? Grande question… dont le début d’une réponse possible commence par la pensée, sinon la mise en œuvre d’une diplomatie française réellement adaptée à la région.

Ainsi, il ne suffit pas de réclamer des réformes – des ré-for-mes – en sautant comme un cabri ! Quelles réformes ? Dans quels secteurs ? Avec qui ? Et dans quel ordre. L’ensemble des classes politiques libanaise et française réclament des « réformes », mais sans jamais n’en rien dire de précis et de concret. Comme des perroquets, les journalistes répètent à tous vents que les gouvernements libanais sont corrompus depuis la nuit des temps… La belle affaire et quel scoop ! Ils étaient moins loquaces lorsque Jacques Chirac soutenait, mordicus, son grand copain, l’affairiste Rafic Hariri, lorsque Nicolas Sarkozy et François Hollande faisaient de même avec son fils Saad, tout aussi voyou que les Nabih Berry, Walid Joumblatt, Gemayel et autres Samir Geagea !

Étrangement la rengaine est repartie de plus belle alors que le dernier gouvernement de Hassan Diab était certainement l’un des plus compétents depuis la fin de la guerre civile (1975 – 1990). Alors des réformes – lesquelles ? – et après ? Le coup d’après, ce serait justement de fixer des objectifs et une méthode pour les atteindre. Le ministre plénipotentiaire (1ère classe) Pierre Duquesne vient d’être nommé ambassadeur chargé de la coordination du soutien international au Liban. C’est bien ! Bon travail, en vous souhaitant pleine réussite Monsieur l’Ambassadeur.

Cette nomination est un bon signe, mais une vraie diplomatie française pour le Liban et le Proche-Orient : c’est quoi au juste ? D’abord revenir à la centralité du conflit israélo-palestinien qui déstabilise l’ensemble de la région depuis la naissance du régime de Tel-Aviv (1948). Il fût un temps où Élysée et Quai d’Orsay condamnaient – certes en des termes soigneusement pesés – les bombardements israéliens sur Gaza et la colonisation de la Cisjordanie. Aujourd’hui, la soldatesque israélienne peut commettre n’importe quelle forfaiture en violant allègrement les eaux territoriales et l’espace aérien libanais : pas un mot, ni du Quai, ni de l’Élysée.

Dans un deuxième temps, il s’agirait de tirer toutes les conséquences de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003, afin de corriger rapidement les mêmes désastres en cours aujourd’hui en Syrie et en Libye. En se rendant en Irak afin de conforter les efforts de restauration d’un État stato-national, Emmanuel Macron envoie quelques messages politiques forts, mais qui resteront abstraits s’ils ne sont pas suivis de coopérations économiques conséquentes. Et pourquoi se sent-il obligé de le faire en critiquant la présence d’intérêts iraniens dans ce pays ? Quand la diplomatie française cessera-t-elle de donner des gages à Washington pour voler de ses propres ailes ?

Enfin, dans un troisième mouvement, il s’agirait de revisiter et de hiérarchiser les intérêts français dans la région pour les consolider en communiquant davantage sur leurs implications et les perspectives qu’elles ouvrent. Ces dossiers sont trop rarement évoqués à l’Assemblée nationale et au Sénat…

Non seulement, il y aurait urgence à rouvrir notre ambassade à Damas, mais également une même nécessité s’impose pour refonder notre relation avec Téhéran, sur d’autres bases que celles d’une hostilité américaine invariable depuis la révolution islamique de 1979 – et surtout qui ne correspond pas – pas du tout – aux intérêts de notre pays.

NOUS NE DEFENDONS PAS GEORGES MALBRUNOT

Comme beaucoup, nous avons jugé plutôt déplacé le recadrage public du journaliste du Figaro Georges Malbrunot par le président de la République. Si ce dernier avait des choses importantes à reprocher au premier, il aurait pu le faire entre quatre yeux plutôt que de se donner ainsi en spectacle devant les caméras accompagnant son déplacement au Proche Orient. Cette perte publique de nerf n’est certainement pas à mettre au bénéfice de l’Élysée, mais ne blanchit pas pour autant sa victime dont les entorses déontologiques sont couvertes depuis des années par l’establishment parisien !

Et nous en savons quelque chose pour avoir employé la personne en question – il y a quelques années – au service étranger de Radio France Internationale (RFI). Sans détailler l’ensemble des forfaitures professionnelles du personnage, il faut comprendre la colère présidentielle après la parution d’un article dans Le Figaro du mardi 1er septembre. Celui, enchaîne les contre-vérités, les erreurs factuelles et les hypothèses les plus farfelues. Dans le même article, Georges Malbrunot prétend avoir interrogé le politologue libanais Walid Charara, ce que ce dernier dément formellement. Malbrunot a tout simplement volé les propos d’une conversation à bâtons rompus entre le politologue et des membres de la délégation française.

Depuis des années, sous couvert du Figaro, Georges Malbrunot fait plus du tourisme que du journalisme, n’hésitant pas au passage à régler quelques comptes personnels. Alors si, au passage, il lui arrive de se faire baffer par le Président, on ne va pas pleurer.
Malgré tout, bonne lecture et à la semaine prochaine.
Richard Labévière
Richard Labébvière est le Rédacteur en Chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, observatoire géostratégique (https://prochetmoyen-orient.ch/). Spécialiste du Monde arabe, du Maghreb, des questions de la défense et du terrorisme, on lui doit une vingtaine d’ouvrages de référence :
– Dollars for terror ; Quand la Syrie s’éveillera ; La bataille du Grand Nord a commencé… ; Les coulisses de la terreur ; Bethléem en Palestine ; Le grand retournement: Bagdad-Beyrouth ; Oussama Ben Laden, ou, Le meurtre du père: Etats-Unis, Arabie Saoudite, Pakistan ; Vérités et mythologies du 11 septembre: modeste contribution aux cérémonies officielles du Xe anniversaire ; Terrorisme face cachée de la mondialisation ; Islam et terrorisme, le casse-tête syrien ; Duel aux sommets: la montagne à l’épreuve de la démocratie, La trastienda del terror, La tuerie d’Ehden, ou, La malédiction de Arabes chrétiens ; Les dollars de la terreur: Les Etats-Unis et les islamistes ; Bernard-Henry Lévy, ou, La règle du je.

Notes
1 Relire l’excellent ouvrage de Frédéric Domont et Walid Charara : Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste. Editions Fayard, 2004.
2 « Emmanuel Macron et l’« État profond », dans Le Monde Diplomatique de septembre dernier.
3 Le Figaro, 22 juin 2017.
4 Pierre Péan : Le monde selon K. Éditions Fayard, février 2009.

Proche et Moyen-Orient.ch

LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

https://www.afrique-asie.fr/liban-apres-la-visite-demmanuel-macron-quel-est-le-coup-dapres/

Chine : tout se déroule comme prévu

Chine : tout se déroule comme prévu


Par Pepe Escobar − Le 24 août 2020 − Source Asia Times via The Saker

Pepe Escobar

Commençons par l’histoire d’un sommet qui disparaît étrangement.

Chaque mois d’août, la direction du Parti communiste chinois (PCC) converge vers la ville de Beidaihe, une station balnéaire à environ deux heures de Pékin, pour discuter de politiques sérieuses qui se fondent ensuite dans des stratégies de planification à approuver lors de la session plénière du Comité central du PCC, en octobre.

Pepe Escobar

Le rituel Beidaihe a été établi par nul autre que le grand timonier Mao, qui aimait la ville où, non par accident, l’empereur Qin, l’unificateur de la Chine au IIIe siècle av. J.-C., tenait un palais.

2020 étant, jusqu’à présent, une année notoire pour vivre dangereusement, il n’est pas surprenant qu’en fin de compte la rencontre de Beidaihe soit introuvable. Pourtant, l’invisibilité de Beidaihe ne signifie pas que cela n’a pas eu lieu.

Acte 1, le fait que le Premier ministre Li Keqiang avait tout simplement disparu de la vue du public pendant près de deux semaines – après que le président Xi a présidé une réunion cruciale du Politburo à la fin du mois de juillet où ce qui a été présenté n’était rien moins que la stratégie de développement de la Chine pour les quinze prochaines années.

Li Keqiang a refait surface en présidant une session spéciale du tout-puissant Conseil d’État, tout comme le principal idéologue du PCC, Wang Huning – qui se trouve être le numéro 5 du Politburo – s’est présenté en tant qu’invité spécial à une réunion de la All China Youth Federation.

Ce qui est encore plus intriguant, c’est qu’à côté de Wang, se trouvait Ding Xuexiang, nul autre que le chef de cabinet du président Xi, ainsi que trois autres membres du Politburo.

Dans ce jeu d’ombres «vu … pas vu …», le fait qu’ils se soient tous présentés ensemble après une absence de près de deux semaines a conduit des observateurs chinois avisés à conclure que Beidaihe avait effectivement eu lieu. Même si aucun signe visible d’action politique en bord de mer n’avait été détecté. La version semi-officielle est qu’aucune réunion n’a eu lieu à Beidaihe à cause de la Covid-19.

Pourtant, c’est l’Acte 2 de la pièce qui peut régler l’affaire pour de bon. La désormais célèbre réunion du Politburo de fin juillet présidée par Xi a en fait scellé la session plénière du Comité central en octobre. Traduction : les contours de la feuille de route stratégique à venir avaient déjà été approuvés par consensus. Il n’était pas nécessaire de se retirer à Beidaihe pour de plus amples discussions.

Ballons d’essai ou politique officielle ?

L’intrigue s’épaissit lorsqu’on prend en considération une série de ballons d’essai qui ont commencé à flotter il y a quelques jours dans certains médias chinois.

Voici quelques-uns des points clés.

1. Sur le front de la guerre commerciale, Pékin ne fermera pas les entreprises américaines déjà actives en Chine. Mais les entreprises qui souhaitent entrer sur le marché de la finance, des technologies de l’information, des soins de santé et de l’éducation ne seront pas agréées.

2. Pékin ne se débarrassera pas de toute sa masse écrasante de bons du Trésor américain en une seule fois, mais – comme cela se produit déjà – le désinvestissement s’accélérera. L’année dernière, cela représentait 100 milliards de dollars. Jusqu’à la fin de 2020, cela pourrait atteindre 300 milliards de dollars.

3. L’internationalisation du yuan, également prévisible, sera accélérée. Cela inclura la configuration des paramètres finaux pour la compensation des dollars américains via le système chinois CHIPS – prévoyant la possibilité explosive que Pékin pourrait être coupé de SWIFT par l’administration Trump ou quiconque sera au pouvoir à la Maison Blanche après janvier 2021.

4. Sur ce qui est largement interprété à travers la Chine comme le front de la «guerre tous azimuts», principalement la guerre hybride, l’APL – Armée populaire de libération – a été mise en alerte de niveau 3 – et tous les congés sont annulées pour le reste de 2020. Il y aura une campagne concertée pour augmenter les dépenses globales de défense à 4% du PIB et accélérer le développement des armes nucléaires. Des détails ne manqueront pas d’apparaître lors de la réunion du Comité central d’octobre.

5. L’accent est mis globalement sur le principe très chinois de  l’autosuffisance et sur la construction de ce qui peut être défini comme un système économique national de «double voie» : la consolidation du projet d’intégration eurasienne en parallèle avec un mécanisme global de règlement en yuan.

Ce schéma implique ce qui a été décrit ainsi :

… abandonner fermement toutes les illusions sur les États-Unis et mener une mobilisation de guerre avec notre peuple est intégré à cette dynamique. Nous allons vigoureusement promouvoir la guerre pour résister à l’agression américaine (…) Nous utiliserons un état d’esprit guerrier pour diriger l’économie nationale (…) Préparez-vous à l’interruption complète des relations avec les États-Unis.

On ne sait pas dans l’état actuel des choses s’il ne s’agit que de ballons d’essai diffusés dans l’opinion publique chinoise ou de décisions prises lors du Beidaihe «invisible». Ainsi, tous les regards seront tournés vers le type de langage dans lequel cette configuration alarmante sera enrobée lorsque le Comité central présentera sa planification stratégique en octobre. De manière significative, cela se produira seulement quelques semaines avant les élections américaines.

Tout est une question de continuité

Tout ce qui précède reflète quelque peu un débat récent à Amsterdam sur ce qui constitue la «menace» chinoise pour l’Occident. Voici les points importants :

1. La Chine renforce constamment son modèle économique hybride – qui est une rareté absolue, à l’échelle mondiale : ni totalement publique, ni économie de marché.

2. Le niveau de patriotisme est stupéfiant : lorsque les Chinois font face à un ennemi étranger, 1.4 milliard de personnes agissent comme un seul homme.

3. Les mécanismes nationaux ont une force énorme : absolument rien n’empêche la pleine utilisation des ressources financières, matérielles et humaines de la Chine une fois qu’une politique est définie.

4. La Chine a mis en place la chaîne industrielle d’approvisionnement la plus complète de la planète, sans interférence étrangère si nécessaire – enfin presque, il y a toujours à résoudre la question des semi-conducteurs pour Huawei.

La Chine planifie non seulement en années, mais en décennies. Les plans quinquennaux sont complétés par des plans décennaux et, comme l’a montré la réunion présidée par M. Xi, des plans sur quinze ans. La Belt and Road Initiative  (BRI) [les Routes de la soie] est en fait un plan de près de quarante ans, conçu en 2013 pour s’achever en 2049.

La continuité est le nom du jeu – quand on pense que les cinq principes de la coexistence pacifique, développés pour la première fois en 1949 puis étendus par Zhou Enlai à la conférence de Bandung en 1955, sont gravés dans le marbre comme les lignes directrices de la politique étrangère de la Chine.

Le collectif Qiao, un groupe indépendant qui étend le rôle du qiao – «pont» – au stratégiquement important huaqiao – «diaspora chinoise» – est pertinent en constatant que Pékin n’a jamais proclamé un modèle chinois comme solution aux problèmes mondiaux. Ce qu’ils vantent, ce sont les solutions chinoises aux conditions chinoises spécifiques.

Il est également souligné avec force que le matérialisme historique est incompatible avec la démocratie libérale capitaliste imposant l’austérité et le changement de régime aux systèmes nationaux, les forçant vers des modèles préconçus.

Cela revient toujours au cœur de la politique étrangère du PCC : chaque nation doit tracer une voie adaptée à ses conditions nationales.

Et cela révèle les contours complets de ce qui peut être raisonnablement décrit comme une méritocratie centralisée avec des caractéristiques confucéennes et socialistes : un paradigme de civilisation différent que la «nation indispensable» refuse toujours d’accepter et n’abolira certainement pas en pratiquant la guerre hybride.

Pepe Escobar

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone 1 065

https://lesakerfrancophone.fr/chine-tout-se-deroule-comme-prevu

Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes

Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes


Par Moon of Alabama − Le 8 septembre 2020

Une présidence Biden sera une autre déception pour les progressistes qui soutiennent la campagne des Démocrates.

Le Washington Post salue la « flexibilité » de Joe Biden sur les questions politiques :

Lorsque Joe Biden a publié des recommandations économiques il y a deux mois, elles ont inclus quelques idées qui inquiètent certains puissants banquiers : autoriser les opérations bancaires à la poste, par exemple, et faire garantir par la Réserve fédérale un compte bancaire à tous les Américains.

Mais lors d'appels privés avec les dirigeants de Wall Street, la campagne Biden a clairement indiqué que ces propositions ne seraient pas au cœur du programme de Biden.

"Ils ont essentiellement dit : 'Écoutez, c'est juste un exercice pour satisfaire les partisans de Warren, et ne lisez pas au-delà'", a déclaré un banquier d'investissement, faisant référence aux partisans libéraux de la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.). Le banquier, qui a parlé sous couvert d'anonymat pour décrire des discussions privées, a déclaré que le message avait été transmis lors de plusieurs appels.

En faisant des promesses aux influences démocrates les plus progressistes tout en promettant secrètement des politiques différentes aux riches, Joe Biden suit la «flexibilité» de Barack Obama [ou le en même temps de Macron, NdT]. Au cours de sa première campagne présidentielle, Obama a promis à plusieurs reprises qu’il renégocierait l’ALENA, l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. Mais derrière le dos de ses partisans, il a secrètement envoyé des émissaires au Canada pour faire savoir au gouvernement qu’il n’avait pas l’intention de tenir cette promesse :

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a ordonné une enquête sur la façon dont les journalistes ont obtenu une note détaillant une discussion entre des diplomates canadiens et un membre de l’équipe d’Obama. La note précisait que le conseiller d’Obama avait indiqué que la critique du candidat à l’égard de l’ALENA était avant tout politique.

L’équipe d’Obama a nié son manque de sincérité, mais sa rivale Hillary Clinton a déclaré que la note montrait qu'on ne pouvait pas faire confiance à son adversaire. Les deux candidats blâment l’accord de libre-échange pour les pertes d’emplois aux États-Unis et jurent de changer ou même d’abandonner l’accord, un acte qui pourrait nuire à l’économie canadienne et aux liens entre les deux plus grands partenaires commerciaux du monde.

Biden fait preuve d’une telle « flexibilité » sur plusieurs questions :

Cette réticence à être épinglé sur des détails politiques est au cœur de la campagne de Biden, qui s'est concentrée sur un engagement de «restaurer l'âme de la nation» plutôt que sur un Saint Graal législatif particulier. Alors que Biden a émis une série de propositions, il a souvent adopté une approche tout-pour-tout-le monde, faisant parfois des déclarations publiques fortes tout en comptant sur des assistants pour apaiser les critiques dans les coulisses.

Ceux qui seraient les plus déçus d’un régime de centre-droit Biden sont les « progressistes » qui soutiennent actuellement sa campagne. Tout ce qu’on leur promet maintenant ne veut rien dire :

La campagne Biden a déclaré que les recommandations économiques avaient été faites conjointement par les partisans de Biden et du sénateur Bernie Sanders (I-Vt.) Et n'avaient jamais été conçues comme une politique officielle. ...

L'équipe Biden considère les idées des groupes de travail comme de simples recommandations, alors que de nombreux partisans de Sanders les considèrent comme contraignantes.

Dans le même temps, l’équipe de politique étrangère de Biden pullule d’interventionnistes libéraux de l’ère Obama et de néocons :

Les républicains de tendance Jamais Trump se sont infiltrés dans la campagne de Biden, offrant d'étoffer sa «coalition» avant les élections et de se frayer un chemin dans les discussions de politique étrangère, en particulier sur la Chine. Compte tenu de leur histoire commune avec les interventionnistes libéraux déjà dans la campagne, ne pensez pas une seconde qu'il n'y a pas parmi eux des néocons affamés qui tentent de prendre une place à la table. ...

Ces gars sont des membres fondateurs du consensus de politique étrangère de Washington, mélangés à des néocons Jamais Trump comme Eliot Cohen et Robert Kagan - son épouse Victoria Nuland était une haute responsable néocon du département d'État de Clinton - qui méprisent Trump depuis le début et pensent que sa politique étrangère de America First est «profondément malavisée» et conduit le pays à la «crise». Kagan, qui a ouvertement soutenu Hillary Clinton en 2016, a déjà rédigé au moins un éditorial sur la politique étrangère anti-Trump avec le conseiller principal de Biden, Anthony Blinken. 

Des loups déguisés en moutons.

Une victoire de Biden signifierait une reprise de la guerre contre la Syrie, pas de renouvellement de l’accord nucléaire avec l’Iran et d’autres politiques étrangères bellicistes :

Quiconque espère donc un assouplissement de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran, si Biden gagnait, pourrait donner trop d'espoir à Bernie Saunders ou à "The Squad" d'être en mesure "d'arrondir les angles des positions de la politique étrangère américaine" - ils pourraient être trop optimistes. C'est tout simplement trop évident : alors que la Chine se tourne vers l'Iran et le Moyen-Orient à la recherche de la sécurité de son approvisionnement énergétique, la tentation sera de réussir, en forçant une position belliciste contre la Chine, à lier les deux (Iran et Chine), et d'essayer de faire pression pour une position politique consistant à «tuer-deux-oiseaux-avec-une-seule-pierre».

Bien sûr, les politiques d’une présidence Biden sembleraient plus polies et présentables que les manières rustres de Trump. C’est la principale raison pour laquelle l’establishment de Washington rejette Trump et soutient Biden.

Mais on peut certainement s’attendre à ce qu’une présidence Biden, remportée lors des élections, ou grâce à un schéma de révolution de couleur bien planifié par les Démocrates, soit à droite de la politique de centre-droit mise en œuvre par Barack Obama. Cela vaut aussi bien pour les questions de politique intérieure que pour la politique étrangère.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-une-presidence-biden-decevra-les-democrates-progressistes

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

par Thierry Meyssan

Les deux programmes des candidats Trump et Biden ne ressemblent pas à ceux des candidats précédents. Il ne s’agit plus d’ajuster les Etats-Unis aux évolutions du monde, mais de définir ce qu’ils seront. La question est existentielle, de sorte qu’il est tout à fait possible que les choses dégénèrent et se terminent dans la violence. Pour les uns, le pays doit être une nation au service des citoyens, pour les autres il doit restaurer son statut impérial.RÉSEAU VOLTAIRE | PARIS (FRANCE) | 8 SEPTEMBRE 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 35.3 koLe Bureau ovale de la Maison-Blanche cherche locataire.

La campagne présidentielle états-unienne 2020 oppose deux visions radicalement différentes des États-Unis : empire ou nation ?

D’un côté, la prétention de Washington de dominer le monde en endiguant (« containment ») les potentiels compétiteurs —stratégie énoncée par George Kennan en 1946 et suivie par tous les présidents jusqu’en 2016— ; de l’autre, le refus de l’impérialisme et la volonté de faciliter la fortune des États-uniens en général —stratégie énoncée par le président Andrew Jackson (1829-37) et reprise uniquement par le président Donald Trump (2017—20).

Chacun de ces deux camps manie une rhétorique masquant sa véritable pratique. Démocrates et Républicains se posent en hérauts du « monde libre » face aux « dictatures », en pourfendeurs des discriminations raciales, de genre et d’orientation sexuelle, et en champions de la lutte contre le « réchauffement climatique ». Les Jacksoniens, quant à eux, dénoncent tour à tour la corruption, la perversité et en définitive l’hypocrisie des précédents tout en appelant à se battre pour leur nation et non pas pour l’empire.

Les deux camps n’ont en commun que le même culte de la force ; qu’elle soit au service de l’empire (Démocrates et Républicains) ou de la nation (Jacksoniens).

Le fait que de manière inattendue les Jacksoniens soient subitement devenus majoritaires dans le pays et aient pris le contrôle du Parti républicain ajoute de la confusion, mais ne doit pas faire confondre le trumpisme avec ce qu’est l’idéologie républicaine depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans les faits, les Démocrates et les Républicains sont plutôt des gens aisés ou des professionnels des nouvelles technologies, tandis que les Jacksoniens —comme les « gilets jaunes » en France— sont plutôt pauvres et liés professionnellement à la terre dont ils ne peuvent pas s’échapper.

Pour la campagne 2020, les Démocrates et les Républicains font bloc derrière l’ancien vice-président Joe Biden. Celui-ci et ses partisans sont extrêmement volubiles sur leurs intentions :
- “The Power of America’s Example”, by Joseph R. Biden Jr., Voltaire Network, 11 July 2019.
- “Why America Must Lead Again. Rescuing U.S. Foreign Policy After Trump”, by Joseph R. Biden Jr., Foreign Affairs, March/April 2020.
Et surtout la déclaration des hauts fonctionnaires de sécurité nationale républicains pour le démocrate Biden :
- “A Statement by Former Republican National Security Officials”, Voltaire Network, 20 August 2020.
Au contraire, Donald Trump est fuyant par écrit :
- “Donald Trump Second Term Agenda”, by Donald Trump, Voltaire Network, 24 August 2020 (la politique étrangère est le petit paragraphe en fin de texte).

À mon sens, les principaux litiges ne sont pas énoncés, mais sont constamment sous-entendus.JPEG - 81.6 koAnimateur de télévision, Donald Trump rêve de rendre le pays au peuple comme le fit le président Andrew Jackson.

Le programme des Jacksoniens

- Dès sa prise fonction, Donald Trump a remis en cause la stratégie Rumsfeld/Cebrowsky d’anéantissement des structures étatiques de tous les pays du « Moyen-Orient élargi » sans exception et il a annoncé son souhait de faire revenir à la maison les troupes égarées dans la « guerre sans fin ». Cet objectif reste en tête de ses priorités en 2020 (« Arrêtez les guerres sans fin et ramenez nos troupes à la maison » – Stop Endless Wars and Bring Our Troops Home)

Dans la foulée, il a exclu le directeur de la CIA et le président du comité des chefs d’état-major des réunions régulières du Conseil de sécurité nationale. Ce faisant, il a privé les partisans de l’impérialisme de leur principal outil de conquête.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. Et « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

Il s’en est suivi une bataille pour la présidence de ce conseil avec l’inculpation du général Michael T. Flynn, puis son remplacement par le général H. R. McMaster, l’exceptionnaliste John R. Bolton, et enfin Robert C. O’Brien.

- En mai 2017, Donald Trump a sommé les alliés des États-Unis de cesser immédiatement leur soutien aux jihadistes chargés d’appliquer la stratégie Rumsfeld/Cebrowski. Ce fut le discours de Riyad aux chefs d’État sunnites, puis aux chefs d’État et de gouvernements de l’Otan. Le président Trump avait déclaré l’Otan obsolète avant de se raviser. Il a pourtant obtenu non pas l’abandon de la politique d’endiguement (containment) de la Russie, mais la division par deux des crédits utilisés à cet effet et l’attribution des fonds ainsi préservés à la lutte contre le jihadisme. Ce faisant, il a partiellement cessé de faire de l’Otan un instrument de l’impérialisme pour la transformer en une alliance défensive. Il a donc exigé que ses membres abondent à son budget. Le soutien au jihadisme a cependant été poursuivi par les partisans de l’impérialisme avec des moyens privés, notamment le fonds KKR.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Plan to Defeat the Islamic State of Iraq and Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017.
- “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.
- “Remarks by Donald Trump at NATO Unveiling of the Article 5 and Berlin Wall Memorials”, by Donald Trump, Voltaire Network, 25 May 2017.

D’où ses mots d’ordre : « Éradiquez les terroristes mondiaux qui menacent de nuire aux Américains » (Wipe Out Global Terrorists Who Threaten to Harm Americans) et « Demandez aux alliés de payer leur juste part » Get Allies to Pay their Fair Share.

- Fixé comme les Démocrates et les Républicains sur le culte de la force, le Jacksonien Donald Trump a décidé de rétablir les capacités de ses armées (« Maintenir et développer la force militaire inégalée des États-Unis » – Maintain and Expand America’s Unrivaled Military Strength). À la différence de ses prédécesseurs, il n’a pas cherché à transformer la gestion délirante du Pentagone en en privatisant un à un les services, mais il a élaboré un plan de recrutement de chercheurs pour rivaliser technologiquement à nouveau avec les armées russes et chinoises.

Voir :
- “National Security Strategy of the United States of America”, December 2017. Et « La Stratégie militaire de Donald Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 décembre 2017.

- Seule la volonté de Donald Trump de retrouver la primauté en matière de missiles est soutenue par les Démocrates et les Républicains bien qu’ils ne soient pas d’accord sur la manière d’y parvenir (« Construire un excellent système de défense de cybersécurité et un système de défense antimissile » – Build a Great Cybersecurity Defense System and Missile Defense System) : le locataire de la Maison-Blanche entend que les USA se dotent seuls de ces armes qu’il pourra éventuellement déployer sur le territoire de ses alliés, tandis que ses opposants veulent impliquer les alliés de manière à conserver leur emprise sur eux. Du point de vue des Démocrates et des Républicains, le problème n’est évidemment pas de se retirer des traités de désarmement de la Guerre froide pour construire un nouvel arsenal, mais la perte de moyens de pression diplomatique sur la Russie.JPEG - 31.5 koPoliticien professionnel, Joe Biden espère restaurer le statut impérial de l’ex-première puissance mondiale.

Le programme des Démocrates et des Républicains hors parti

Joe Biden propose de se focaliser sur trois objectifs : (1) revigorer la démocratie (2) former la classe moyenne pour faire face à la globalisation (3) reprendre le leadership global.

- Revigorer la démocratie : il s’agit selon ses propres mots de fonder l’action publique sur le « consentement éclairé » (informed consent) des États-uniens. Ce faisant, il reprend la terminologie de Walter Lipmann, en 1922, selon qui la démocratie suppose de « fabriquer le consentement » (manufacturing consent). Cette théorie a été longuement discutée par Edward Herman et Noam Chomsky en 1988. Elle n’a évidemment aucun rapport avec la définition formulée par le président Abraham Lincoln : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Joe Biden estime arriver à son but en restaurant la moralité de l’action publique par la pratique du « politiquement correct ». À titre d’exemple, il condamne « l’horrible pratique [du président Trump] de séparer les familles et de placer les enfants d’immigrés dans des prisons privées », sans dire que le président Trump se contentait d’appliquer une loi démocrate pour en montrer l’inanité. Ou encore, il annonce vouloir réaffirmer la condamnation de la torture que le président Trump a justifiée, sans dire que ce dernier comme le président Obama en a déjà interdit la pratique tout en maintenant la réclusion à perpétuité sans procès à Guantánamo.

Il annonce vouloir réunir un Sommet pour la démocratie afin de lutter contre la corruption, de défendre le « Monde libre » face aux régimes autoritaires, et de faire progresser les Droits de l’homme. Au vu de sa définition de la démocratie, il s’agit d’unir les États alliés en dénonçant des boucs-émissaires de ce qui ne va pas (les « corrompus ») et en promouvant les Droits de l’homme au sens anglo-saxon et surtout pas français. C’est à dire de cesser les violences policières et non pas d’aider les citoyens à participer à la prise de décision. Ce sommet lancera un appel au secteur privé pour que les nouvelles technologies ne puissent pas être utilisées par des États autoritaires pour surveiller leurs citoyens (mais les USA et leur NSA pourront toujours y recourir dans l’intérêt du « Monde libre »).

Enfin, Joe Biden conclut ce chapitre en soulignant son rôle au sein de la Commission transatlantique pour l’intégrité électorale aux côtés de ses amis, l’ancien secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui renversa la Jamahiriya arabe libyenne et Michael Chertoff, l’ancien secrétaire US à la Sécurité de la patrie, qui plaça sous surveillance tous les citoyens US. Sans oublier John Negroponte qui organisa les Contras au Nicaragua puis Daesh en Iraq.

- Former la classe moyenne pour faire face à la globalisation. Posant le constat que la politique conduite depuis la dissolution de l’URSS implique une rapide disparition des classes moyennes, Joe Biden estime qu’en formant ce qui reste de classe moyenne aux nouvelles technologies, il préviendra la délocalisation de leurs emplois.

- Renouveler le leadership états-unien. Il s’agit ici, au nom de la démocratie, de stopper la progression « des populistes, des nationalistes et des démagogues ». Cette formulation permet de comprendre que la démocratie selon Joe Biden, ce n’est pas seulement la fabrication du consentement, mais aussi l’éradication de la volonté populaire. En effet, si les démagogues pervertissent les institutions démocratiques, les populistes servent la volonté populaire et les nationalistes la collectivité.

Joe Biden précise alors qu’il cessera les guerres « pour toujours » ; une formulation qui semble soutenir le même but que les Jacksoniens, mais qui diffère néanmoins de terminologie. Il s’agit en fait de valider l’adaptation actuelle du système aux limites imposées par le président Trump : pourquoi faire mourir des soldats US à l’étranger alors que l’on peut poursuivre la stratégie Rumsfeld/Cebrowski avec des jihadistes à moindre frais ? D’autant que lorsqu’il n’était que sénateur d’opposition, Joe Biden avait donné son nom au plan de partition de l’Iraq que le Pentagone tenta d’imposer.

Suit un couplet sur l’élargissement de l’Otan aux alliés latino-américains, africains et du Pacifique. Loin d’être obsolète, l’Alliance redeviendra le cœur de l’impérialisme US.

Enfin Joe Biden plaide pour le renouvellement de l’accord 5+1 avec l’Iran et des traités de désarmement avec la Russie. L’accord avec le président Hassan Rohani vise à diviser classiquement les pays musulmans en sunnites et chiites, tandis que les traités de désarmement visent à confirmer que l’administration Biden n’envisagerait pas de confrontation planétaire, mais la poursuite de l’endiguement (containment) de son compétiteur.

Le programme du candidat du Parti démocrate et des Républicains hors parti se conclut avec l’assurance de rejoindre l’accord de Paris et de prendre le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique. Joe Biden précise qu’il ne fera pas de cadeaux à la Chine qui délocalise ses industries les plus polluantes le long de la route de la soie. Il omet par contre de dire que son ami, Barack Obama, avant d’entrer en politique, fut le rédacteur des statuts de la bourse de Chicago des échanges des droits d’émission de carbone. La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas tant une question écologique qu’une affaire de banquiers.

Conclusion

Force est de constater que tout s’oppose à une clarification. Quatre ans de bouleversements par le président Trump ne sont parvenus qu’à substituer aux « guerres sans fin », une guerre privée de basse intensité. Il y a certes beaucoup moins de morts, mais c’est toujours la guerre.

Les élites qui jouissent de l’impérialisme ne sont pas près d’abandonner leurs privilèges.

Aussi doit-on craindre que les États-Unis ne soient contraints d’en passer par un conflit intérieur, une guerre civile, et de se disloquer comme jadis l’Union soviétique.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article210756.html

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Biélorussie : Moscou a la main

6 Septembre 2020

Chers amis, je sais que je vous avais promis un billet sur les tensions sino-américaines en Orient mais des éléments importants nous sont parvenus de Biélorussie.

Nos bons médias n’ont pas manqué de tomber dans l’habituel sensationnalisme russophobe quand Poutine a déclaré, il y a quelques jours, qu’il était prêt à envoyer des renforts à Minsk, oubliant évidemment de rapporter les précisions importantes de Vladimirovitch :

  1. seulement si la situation devient hors de contrôle
  2. ce qui est loin d’être le cas actuellement.

D’autres, habituels trolls des think tank ou de Langley, poussent, sans rire et pour la énième fois, leur chansonnette éculée : si Loukachenko tombe, l’abominable Vlad des neiges pourrait suivre. Le monotone refrain tourne en boucle depuis presque vingt ans…PUBLICITÉ

Curieusement, la presse espagnole est bien plus pertinente dans ses analyses, comme cet article titré Le grand moment de Poutine en Biélorussie : « Les manifestations qui se répètent chaque jour (…) non seulement ne constituent pas un obstacle pour les plans du président russe, mais les facilitent en affaiblissant le dictateur biélorusse. [Celui-ci] est exactement où le Kremlin veut le voir : contre les cordes. » C’est peu ou prou ce que nous expliquions dans nos précédents billets.

De fait, Moscou semble jouer sur les deux tableaux. D’un côté, l’ours assure un Loukachenko affaibli de son soutien ; de l’autre, il continue de lorgner sur l’opposition, assez divisée comme nous l’expliquions le mois dernier :

Après avoir passé tout le mois de juillet à taper sur Moscou (mise à l’écart de Babariko, tour de magie des 33 « mercenaires » russes arrêtés), le grand benêt de Minsk a « gagné » ses élections avec un score soviétique. Personne ne peut évidemment y croire et la contestation a logiquement gagné les calmes rues biélorusses, avec son cortège de morts et de violence. Mais quelle contestation ?

En voulant donner des gages quelque peu infantiles de son indépendance vis-à-vis de l’ours, Loukachenko n’a-t-il pas affaibli l’opposition pro-russe au profit de l’opposition pro-occidentale ? Il est encore difficile de démêler l’écheveau tant les signaux sont contradictoires…

Après l’arrestation de Babariko, qui n’était certes pas le pion de Moscou mais travaillait tout de même pour Gazprom, Svetlana Tikhanovskaïa est devenue, à la tête d’un trio féminin inédit, la figure de proue de l’opposition. D’un côté, elle a préparé la présidentielle en organisant des concerts politiques gratuits avec de la musique russe et s’est alliée avec Veronika Tsepkalo, dont le mari, opposant à Loukachenko, s’est réfugié en Russie.

De l’autre, dame Svetlana, prof d’anglais de son état et femme de youtubeur (on connaît la propension des GAFAM à travailler main dans la main avec la CIA), est devenue l’égérie des médias occidentaux (voir par exemple cette tribune assez neuneu du Nouvel Oups) et s’est sauvée en Lituanie, fidèle soldat de l’OTAN.

De l’empire anglo-saxon ou de la mère Russie, vers qui son cœur, et celui de l’opposition, d’ailleurs relativement éclatée, penchera-t-il ?

En plein dans le mille, comme on va le voir. C’est en effet dans ce contexte que l’on vient d’apprendre, avec retard, la création en juillet d’un parti politique par Babariko (qui n’était pas encore arrêté) et Maria Kolesnikova, seule membre du « trio féminin » encore présente sur le territoire biélorusse et désormais championne de la contestation à Loukachenko.

Depuis que l’anglophile Svetlana Tikhanovskaïa s’est réfugiée en Lituanie, où elle essaie de continuer à exister, et Veronika Tsepkalo en Pologne (rejointe ensuite par son mari d’abord réfugié… en Russie), dame Maria a les coudées franches à Minsk et occupe le devant de la scène.

Or, qui dit Kolesnikova dit Babariko, donc Gazprom, donc… Moscou ? Une partie de la presse occidentale, plus pertinente dans sa russophobie, a senti le danger. S’il ne parle pas encore d’OPA du Kremlin sur le mouvement d’opposition, le Times anglais commence déjà à accuser, en termes voilés, la nouvelle égérie.

Simple hypothèse de votre serviteur : on peut même se demander si l’une des conditions russes en échange du soutien officiel à Loukachenko n’a pas été de ne pas toucher un cheveu de Kolesnikova et de la laisser occuper le terrain de la contestation. Ce ne serait d’ailleurs que justice, étant donné que Babariko a été le premier et principal opposant à l’autocrate moustachu avant d’être arrêté.

Mais si la chose se confirme, admirons la maestria du Kremlin, qui place à la fois le président biélorusse affaibli ET sa nouvelle adversaire dans une position d’obligés qui lui sont redevables. Nous en saurons sans doute plus dans les semaines à venir…

Tag(s) : #Europe#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/09/bielorussie-moscou-a-la-main.html

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Tensions

Tensions

4 Septembre 2020

La tension monte aux quatre coins de l’échiquier. Si, au fil du temps, l’empire américain déclinant a dû faire une croix sur le cœur de l’Eurasie, il s’arc-boute dans sa stratégie de containment et ne veut rien lâcher. Sans surprise, les élections américaines de novembre n’arrangent rien, comme le résume symboliquement cette image :

L’équipe de campagne de Joe l’Indien a trouvé son filon : Les leçons de russe sont chères, votez (pour moi). Ce à quoi le Donald répond : Si vous votez pour Biden, vous serez obligés d’apprendre le chinois. On s’amuse comme on peut dans le Washingtonistan. Une chose est sûre : aux Etats-Unis, les deux bêtes noires de l’empire serviront de punching ball jusqu’en novembre, ce qui convient parfaitement au Deep State

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :PUBLICITÉ

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Au passage, égratigner médiatiquement Moscou grâce à la presse aux ordres de Langley ne fait évidemment jamais de mal, d’autant que l’ours a le vent en poupe ces derniers temps :

En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US [vote sur l’Iran à l’ONU, ndlr] et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l’Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l’Allemagne, invitée en tant que signataire de l’accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l’inexorable montée en puissance russe n’échappe à personne.

Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l’affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II…

Cette montée générale de tension entre Washington et Moscou, qui n’échappe pas aux observateurs avisés, est multiforme et se traduit également sur le terrain. La semaine dernière, Russes et Américains ont joué aux auto-tamponneuses en Syrie, avec quatre soldats US (légèrement) blessés. Dans les cieux, les interceptions sont en recrudescence, aussi bien dans le Grand nord qu’en mer Noire où des Sukhoïs ont virevolté autour d’un B 52 (le deuxième survol est pour le moins acrobatique) :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FcPsmL3k7SR8%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DcPsmL3k7SR8&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FcPsmL3k7SR8%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

L’US Air Force crie au scandale mais est bien en peine d’expliquer ce qu’elle fait si près du territoire russe. Ces maudits Ivan, leurs frontières sont trop proches de nos bases ! Ces innocents amusements ne sont certes pas nouveaux mais on notera qu’ils se multiplient souvent en période de raidissement entre les deux grands. A ce titre, les prochains mois risquent d’être encore plus sportifs.

Histoire d’avions toujours, mais de l’autre côté de l’échiquier eurasien…

Le U-2 est un aéroplane légendaire de la Guerre froide et il se murmure même avec insistance que le célèbre groupe de rock irlandais, à la recherche d’un nom, s’est est tout simplement inspiré. Qui ne se souvient en effet du 1er mai 1960, quand un de ces avions espion, décollant de Peshawar au Pakistan, fut abattu au-dessus de l’URSS, causant une grande agitation internationale ? L’oiseau noir revient encore sur le devant de la scène deux ans plus tard, lorsque ses photographies montrent les rampes de lancement soviétiques à Cuba, menant à la fameuse Crise des missiles.

Modifié et amélioré, le gaillard est toujours en activité et vient d’observer les manœuvres navales chinoises dans la mer de Bohai, pourtant proclamée comme zone d’exclusion aérienne par Pékin le temps des exercices.

Certes, la marine du dragon, la plus importante du monde en nombre de bâtiments et en phase de modernisation rapide, commence à sérieusement inquiéter le Pentagone. Mais il faut également voir dans cette provocation un élément parmi d’autres de la politique de harcèlement généralisé décidée par l’hégémon déclinant face à la puissance montante. Piège de Thucydide, quand tu nous tiens.

A Washington, la sinophobie est maintenant presque autant à la mode que la russophobie, chaque camp, on l’a vu, choisissant sa névrose (Haro sur Moscou ! pour les Démocrates, Sus à Pékin ! pour une partie des Républicains). L’offensive globale contre la Chine à laquelle nous assistons désormais ressemble fort à un chant du cygne impérial. Ce serait du moins le cas si la partie adverse manœuvrait avec intelligence et subtilité, ce qui n’est pas toujours le cas comme nous le verrons au prochain épisode…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Russie#Chine

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/09/tensions.html

Trois bombardiers stratégiques lourds US B-52H escortés par des Mig-29 et des Su-27 ukrainiens approchent…

Trois bombardiers stratégiques lourds US B-52H escortés par des Mig-29 et des Su-27 ukrainiens approchent la Crimée et la mer d’Azov…

https://videopress.com/embed/WEVlMKtv?preloadContent=metadata&hd=1Des chasseurs ukrainiens Mig-29 et Su-27 escortent trois bombardiers stratégiques US B-52H au-dessus de l’Ukraine

La multiplication des vols de bombardiers stratégiques lourds US, en l’occurrence le très iconique octa-réacteurs B-52H, un des vecteurs de la triade nucléaire US près des frontières occidentales de la Russie révèle un jeu à peine secret entre Washington et Moscou. Un jeu extrêmement dangereux et qui aurait été susceptible de faire partie du scénario d’une guerre mondiale thermonucléaire il y a un peu plus de trente ans.

De la mer de Barents jusqu’à la mer Noire, des B-52H survolent au plus près les marches occidentales du sanctuaire de l’ours russe.

Pour un peu, on se croirait en plein scénario du célèbre film de Stanley Kubrick, Dr. Strangelove (Docteur Folamour pour la version française) et ce qui c’est passé en Ukraine était à proprement parler totalement impensable dans les années 90. Trois bombardiers lourds US de type B-52H pouvant emporter chacun assez de des missiles de croisière à tête nucléaire et bombes thermonucléaires pour détruire la moitié d’un pays de la taille de la France survolent une ancienne République l’ex-Union Soviétique en s’approchant de la Crimée et sondant les défenses aériennes russes à quelques dizaines de kilomètres de portée. Les gars de Kiev sont aux anges mais le réveil à la réalité risque d’être brutal et l’on perçoit que le conflit autour du Belarus focalise la somme de toutes les tensions accumulées ces vingt dernières années par l’expansion continue de l’OTAN jusqu’à la porte du Kremlin.

Les jeux sont incertains et dangereux. La réaction russe dans son sanctuaire risque d’être plus violente que prévue. Ce n’est plus al-Hasaka en Syrie ou la Mer Noire. La coalition de pays comme la Pologne, l’Ukraine, la Tchéquie et les pays Baltes dont les forces ont soutenu l’opération Barbarossa lancée par Hitler contre l’Union Soviétique en 1941 rappelle de très mauvais souvenirs aux russes. Il y a quelques années, le Président russe Vladimir Poutine évoqua le risque de voir le loup derrière la porte. C’est chose faite. Le loup avec tout ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif russe est désormais dans le sanctuaire historique slave.

Ce mouvement de fond n’a rien à voir avec les élections US puisqu’il a été entamé dès le démantèlement de l’Union Soviétique. C’est une stratégie à long terme parvenue à un point critique.

Un Mig-31 russe aurait intercepté un avion britannique près de la Mer de Barents peu après cette dernière démonstration de force des B-52H. Le compte à rebours de lhorloge de la fin du monde a encore sauté quelques minutes.

Est-ce l’aboutissement du Grand Jeu?

https://strategika51.org/2020/09/05/trois-bombardiers-strategiques-lourds-us-b-52h-escortes-par-des-mig-29-et-des-su-27-ukrainiens-approchent-la-crimee-et-la-mer-dazov/

Une préoccupante dégradation de la relation franco-turque

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Une préoccupante dégradation de la relation franco-turque

Tribune3 septembre 2020Par Didier Billion

Les relations entre la France et la Turquie traversent, une nouvelle fois, une phase délicate. Si les crises, par le passé innombrables, ont toujours été suivies d’embellies, il est néanmoins loisible de constater, au fil des années, que l’accumulation des différends induit une dégradation tendancielle, dont la crise actuelle témoigne amplement. L’on peut craindre, dans ce contexte, qu’un ressort ait été cassé dans la relation entre Paris et Ankara qu’il sera long et difficile de réparer.

Une instrumentalisation historique

Une des difficultés récurrentes a longtemps été, dans les deux pays, l’instrumentalisation de la relation pour des raisons de politique intérieure. En France, des présidents de la République successifs ont largement usé de cette dimension. Celui qui l’a fait avec le plus de constance, de cynisme et d’acharnement fut Nicolas Sarkozy qui, tout à sa stratégie d’assèchement, à son profit, d’une partie de l’électorat du Front national et de la droite radicale, n’hésita pas à endosser les thèmes hostiles à la Turquie se situant sur le terrain des « valeurs » identitaires et islamophobes. En Turquie, le président Erdoğan use et abuse de la rhétorique nationaliste pour présenter les pays occidentaux, dont la France n’est pas des moindres, comme cherchant à imposer leur volonté, poursuivant, selon lui, leur vieux rêve de mise en coupe et d’asservissement du pays.

Cette dimension a été aiguisée par la question du génocide arménien. Le Parlement français a voté en 2001 une loi déclarative reconnaissant le génocide. Quelques années plus tard, des tentatives parlementaires de pénalisation à l’encontre de celles et ceux qui auraient dénié la qualification de génocide aux massacres de masse de 1915 ont été retoquées à deux reprises, en 2012 puis en 2017, par le Conseil constitutionnel. Ces initiatives politiques ont cabré les autorités turques et certainement marqué le début de la lente, mais irrépressible, dégradation de la relation bilatérale.

Au cours des dernières années, la question de la candidature turque à l’Union européenne (UE) a, bien évidemment, constitué la toile de fond des mises en cause et récriminations réciproques. Les déclarations de dirigeants français de premier plan ont, en effet, entretenu et aiguisé un climat de suspicion. Ainsi, lorsque Valéry Giscard d’Estaing, tout à ses travaux de président de la Convention sur l’avenir de l’Europe, expliqua que « La Turquie est un pays proche de l’Europe, un pays important, qui a une véritable élite, mais ce n’est pas un pays européen », et précisa, en évoquant l’hypothétique adhésion de la Turquie à l’Union, « Je donne mon opinion : c’est la fin de l’Union européenne »[1], les réactions furent nombreuses et passionnelles. Quelques années plus tard, Nicolas Sarkozy n’eut de cesse, à l’unisson de la chancelière Merkel, de prôner un partenariat privilégié en lieu et place d’une adhésion pleine et entière de la Turquie à l’Union européenne, allant jusqu’à dédaigneusement déclarer, lors d’une émission télévisée, « si la Turquie était européenne, cela se saurait ». On peut aussi s’interroger sur l’opportunité de l’analyse émise par Emmanuel Macron lors de son discours prononcé lors de la traditionnelle conférence des ambassadeurs, le 27 août 2018, qualifiant la politique du président turc de « projet panislamique régulièrement présenté comme antieuropéen ». Affirmation qui questionne d’autant plus qu’elle est formulée à un moment où la France prétend être en mesure de jouer un nouveau rôle décisif sur les scènes européenne et internationale. La volonté énoncée du président français de refonder les modalités de la construction de l’UE aurait alors dû constituer une fenêtre d’opportunité se déclinant aussi dans la relation à la Turquie. Néanmoins, les velléités du président Macron en ce domaine ont, il est vrai, vite marqué leurs limites.

Ces quelques rappels succincts indiquent assez bien la multiplication des sujets de controverses. Ces derniers restaient pourtant circonscrits à des déclarations qui, aussi désagréables fussent-elles, demeuraient rhétoriques, en dépit de quelques déconvenues économiques pour des entreprises françaises mises à l’écart d’appels d’offres turcs.

Une escalade contre-productive

Comme souvent dans ce type de situation de tensions persistantes, des divergences qui auraient habituellement pu trouver des solutions de compromis se sont multipliées ces derniers mois de manière peu contrôlée par les exécutifs français et turcs. Cette escalade exprime les rancœurs et les méfiances réciproques mais s’avère contre-productive, car rien en réalité ne la justifie véritablement. Les récriminations, petites phrases sibyllines et mots inutilement blessants enveniment la situation en exacerbant les différences de perception et d’analyse.

Sur le fond, la liste est désormais longue des sujets qui fâchent, et l’on peut constater qu’ils concernent de plus en plus fréquemment des dossiers d’ordre géopolitique : question kurde en Syrie, Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Libye, Méditerranée orientale, la liste s’allonge et renvoie, en outre, à des mécaniques de partenariats concurrents et rivaux. Dans chaque cas, l’opposition frontale et la surenchère semblent désormais prévaloir sur la recherche de voies de compromis diplomatiques et politiques. Ainsi, parmi beaucoup d’autres exemples, Emmanuel Macron jugeait, en novembre 2019, dans un long entretien à The Economist, l’OTAN en état de « mort cérébral », parce que n’ayant pas su réagir à l’opération militaire turque déclenchée en octobre contre des positions kurdes des groupes armés du Parti de l’union démocratique (PYD) dans le Nord de la Syrie. « Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale », lui rétorquait Recep Tayyip Erdoğan quelque temps plus tard.

Ce qui est clair, c’est la totale mécompréhension qui désormais s’instaure entre la France et la Turquie, et surtout, plus grave, le refus de tenter de saisir la logique de l’interlocuteur. Des visions idéologiques antinomiques semblent désormais prévaloir et aboutissent à une situation de blocage.

Sur la question kurde, Paris considère que le PYD fait partie des « combattants de la liberté » et, par ce fait, est l’allié de la France, parce qu’ayant affronté Daech au sol avec efficacité. Or, pour les dirigeants d’Ankara, ainsi que pour une large partie de l’opinion publique turque, le PYD est avant tout la projection syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié en l’occurrence de terroriste, ainsi qu’à Paris au demeurant. Cette analyse aboutit donc au refus absolu que le PYD puisse constituer un territoire autonome le long de la frontière turco-syrienne. Incompatibilité radicale des points de vue donc, amplifiée par la situation du chaos syrien au sein duquel la Turquie a réussi à se replacer dans le jeu politique en participant au groupe d’Astana, alors que la France est désormais un observateur sans guère de moyens pour peser en quoi que ce soit sur le règlement du conflit.

La situation est encore plus problématique sur la Libye, puisque la confrontation maritime a failli dégénérer entre navires français et turcs au mois de juin 2020. La succession d’erreurs commises par la France dans le traitement du dossier libyen explique probablement en retour l’agressivité du président Macron, et l’accusation d’expansionnisme formulée à l’encontre de la Turquie constitue alors un moyen facile de tenter de se dédouaner. Mais ce qui en l’occurrence pose question, c’est qu’un Etat, membre du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), ne soutienne pas le gouvernement de Fayez Al-Sarraj, pourtant reconnu et soutenu par l’ONU, et marque a contrario sa complaisance à l’égard d’un chef rebelle, le maréchal Haftar. Si la Turquie conçoit probablement des arrière-pensées dans ses décisions, il n’en demeure pas moins que son intervention militaire a contribué à sauver le gouvernement théoriquement considéré comme légitime par ladite communauté internationale.

Ces tensions sont, de plus, aggravées par les systèmes de partenariat de chacun des protagonistes, qui renvoient aux enjeux d’influence géopolitique régionale. Ainsi, sans pouvoir prétendre ici à l’exhaustivité, ce dossier libyen ramène ainsi aux enjeux de la découverte et de l’exploitation des ressources en hydrocarbures en Méditerranée orientale. Le litige est ancien mais connaît des rebondissements récents inquiétants. Echaudé par le retournement des rapports de forces sur le théâtre libyen, Emmanuel Macron a décidé de montrer la force militaire française pour soutenir la Grèce et les Chypriotes grecs. Pour autant, il n’a pas réussi à mobiliser l’UE sur ses positions, puisque l’Allemagne, notamment, se refuse à la surenchère et privilégie les tentatives de médiation politique.

Une urgente réévaluation

Autant la rhétorique nationaliste et guerrière de Recep Tayyip Erdoğan est déplacée, autant il est inutile et dangereux de raisonner de façon binaire à son encontre. On ne peut, tout d’abord, faire comme si la question chypriote était réglée puisqu’elle ne l’est malheureusement toujours pas. Il nous faut admettre que si l’entrée de Chypre au sein de l’UE en 2004 possède une réalité juridique cela ne signifie pas qu’elle en ait une politiquement, puisque l’île est toujours de facto divisée en deux parties. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’UE, à la fois juge et partie, est impuissante à participer positivement au règlement de ce dossier, qui n’en finit plus de s’éterniser. Quant à la délimitation du plateau continental, des eaux territoriales ou de la zone économique exclusive (ZEE), il suffit d’examiner une carte de la région pour comprendre que le droit maritime international nécessiterait des aménagements particuliers pour que la mer Egée et la région maritime méridionale de la Turquie ne deviennent purement et simplement pas un lac grec. C’est en ce sens que ni la surenchère ni la diplomatie de la canonnière ne sont efficientes, et que seules de véritables négociations sont susceptibles de procéder à un règlement de ces contentieux sensibles qui perdurent depuis des décennies.

Le torchon brûle donc entre la France et la Turquie. C’est d’autant plus regrettable que la France, nation politique, est probablement la mieux placée pour pouvoir relancer sur d’autres bases la relation de l’UE avec Ankara, sans faux fuyants et sans fausses promesses. C’est pourquoi les jugements biaisés et gesticulatoires fréquemment formulés à son encontre, ne permettent non seulement pas de comprendre la Turquie, mais s’avèrent aussi contre-productifs parce qu’ils risquent de nous priver des possibilités de conforter notre relation avec un partenaire qui s’affirme comme incontournable. Il serait alors judicieux de cesser de propager une vision par trop dépréciative de ce pays pour, enfin, le considérer à son juste niveau. Pour ce faire, il faut le courage politique de la clarté, et savoir combiner exigence du respect des principes et des règles de fonctionnement qui doivent être ceux d’un Etat de droit et multiplication des initiatives, pour parvenir à mieux créer et renforcer les coopérations plurielles dont nous restons persuadés qu’elles peuvent être fécondes.

Il serait vain de nier les divergences entre la France et la Turquie sur de nombreux dossiers, mais il serait erroné d’en tirer prétexte pour laisser leur relation se détériorer encore plus. Une urgente réévaluation s’impose dans la perception de la Turquie. La capacité des dirigeants actuels à y parvenir permettra de distinguer les responsables politiques de ceux qui peuvent se targuer de la qualité d’homme d’Etat.

[1]Le Monde, 9 novembre 2002.

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Cet article est publié en partenariat avec Orient XXI qui en propose une version courte sur son site internet sous le titre “Le torchon brûle entre la France et la Turquie”.

https://www.iris-france.org/149061-une-preoccupante-degradation-de-la-relation-franco-turque/

Nicolas Sarkozy défend Didier Raoult : « Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de violence à son endroit »

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Nicolas Sarkozy défend Didier Raoult : « Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de violence à son endroit »

par Antoine4 septembre 2020 dans Santé 0Nicolas Sarkozy, ancien président de la République de la France prend la défense du professeur Didier RaoultPartager sur FacebookPartager sur Whatsapphttps://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-4117480781049295&output=html&h=400&slotname=1019410033&adk=2221069310&adf=345339246&w=580&lmt=1599315149&rafmt=12&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&format=580×400&url=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2F2020%2F09%2F04%2Fnicolas-sarkozy-defend-didier-raoult-je-ne-comprends-pas-pourquoi-il-y-a-tant-de-violence-a-son-endroit%2F%3Futm_source%3Dnotification%26utm_medium%3Dpush%26utm_campaign%3Dfcm&flash=0&wgl=1&adsid=ChAI8O7M-gUQjtDY_YyuiPB4EkwA7m0QzCTP3v51fbiCfwNpb4Ah233L5KzJrWQeDmr8sz3tBmnIxW5ODDNT6bW2Sbd4PH2Ff8ODnMWHR_PEUl-133xrrfDJJZbJaXtH&dt=1599315149676&bpp=2&bdt=1454&idt=289&shv=r20200831&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0%2C750x200&nras=1&correlator=5747410016339&frm=20&pv=1&ga_vid=2110385854.1597655724&ga_sid=1599315150&ga_hid=2075053020&ga_fc=0&ga_cid=1668212786.1599303685&iag=0&icsg=34949202163&dssz=41&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=1&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=72&ady=1168&biw=1048&bih=450&scr_x=0&scr_y=0&eid=21066944&oid=3&pvsid=453387549825020&pem=693&ref=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2Ffirebase-messaging-sw.js&rx=0&eae=0&fc=1920&brdim=7%2C0%2C7%2C0%2C1366%2C0%2C1081%2C570%2C1065%2C450&vis=1&rsz=%7C%7CeEbr%7C&abl=CS&pfx=0&fu=8448&bc=31&jar=2020-09-05-10&ifi=2&uci=a!2&btvi=1&fsb=1&xpc=ovuhQigwAa&p=https%3A//afriqueactuelle.net&dtd=298

L’ancien président français Nicolas Sarkozy a apporté, ce vendredi 4 septembre 2020, au professeur de Médecine et infectiologue Didier Raoult.

Présent à Marseille, pour les besoins de la 20e édition du Forum des entrepreneurs, Nicolas Sarkozy dit ne pas comprendre l’acharnement dont Didier Raoult est victime. Il estime que le médecin marseillais est aujourd’hui comme un bouc-émissaire.

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« À chaque crise, il faut trouver des boucs émissaires. C’est une maladie française. L’adversaire, c’est le Covid-19, ce n’est pas tel ou tel médecin et je pense notamment au professeur Raoult. Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de violence à son endroit. C’est un homme d’une grande qualité qui a fait son possible pour soigner au mieux ses patients, qui a sans doute fait des erreurs comme on en fait tous, moi le premier », a indiqué Nicolas Sarkozy.

L’ancien président de la République met en cause ceux qui se précipitent pour dire du mal de Didier Raoulthttps://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-4117480781049295&output=html&h=280&slotname=7010103316&adk=1785178062&adf=2979717046&w=336&lmt=1599315152&rafmt=12&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&format=336×280&url=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2F2020%2F09%2F04%2Fnicolas-sarkozy-defend-didier-raoult-je-ne-comprends-pas-pourquoi-il-y-a-tant-de-violence-a-son-endroit%2F%3Futm_source%3Dnotification%26utm_medium%3Dpush%26utm_campaign%3Dfcm&flash=0&wgl=1&adsid=ChAI8O7M-gUQjtDY_YyuiPB4EkwA7m0QzCTP3v51fbiCfwNpb4Ah233L5KzJrWQeDmr8sz3tBmnIxW5ODDNT6bW2Sbd4PH2Ff8ODnMWHR_PEUl-133xrrfDJJZbJaXtH&dt=1599315149678&bpp=6&bdt=1456&idt=371&shv=r20200831&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0%2C750x200%2C580x400%2C300x600&nras=1&correlator=5747410016339&frm=20&pv=1&ga_vid=2110385854.1597655724&ga_sid=1599315150&ga_hid=2075053020&ga_fc=0&ga_cid=1668212786.1599303685&iag=0&icsg=34949202163&dssz=45&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=1&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=194&ady=2330&biw=1048&bih=450&scr_x=0&scr_y=546&eid=21066944&oid=3&psts=AGkb-H8i7nfTnYWAeF_wq92sJvbYhn44yNEmlDZsSqi54i4Fe-TcLrNIvgWY4K_H6Xg%2CAGkb-H9DOqdsuI_AQTEq2BLl1fyP6W-V7FTIFelb0bHxw3TP3T9EFRxuMB6ncJZjH5_m8g%2CAGkb-H9M3KoR-vr8OXo1jTt-4UDcyfLI6PmreWwa46CFhCvxOazDOyEeVybp0WykUn7n&pvsid=453387549825020&pem=693&ref=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2Ffirebase-messaging-sw.js&rx=0&eae=0&fc=1920&brdim=7%2C0%2C7%2C0%2C1366%2C0%2C1081%2C570%2C1065%2C450&vis=1&rsz=%7C%7CeEbr%7C&abl=CS&pfx=0&fu=8448&bc=31&jar=2020-09-05-10&ifi=3&uci=a!3&btvi=3&fsb=1&xpc=mpoUJnofy7&p=https%3A//afriqueactuelle.net&dtd=2885

« Mais j’observe qu’en période de crise, il y a les pseudo-spécialistes qui se précipitent et qui disent du mal de quelqu’un. Il faut un coupable et c’est celui-là. Ça m’a paru déplacé. Je n’ai aucune compétence pour dire qui a raison et qui a tort. En tout cas, ce n’était pas le sujet. Chacun a fait comme il a pu, et lui le premier », a expliqué Nicolas Sarkozy.

Le directeur de l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU Méditerranée Infection) est visé par une plante de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française. Il lui est repoché d’avoir poursuivi son traitement à bas d’hydroxychloroquine alors que les essais cliniques n’ont pas montré son efficacité.

Dans sa plainte, les 500 membres de la Société de pathologie infectieuse évoquent de graves manquements au devoir de confraternité. Il est aussi reproché à l’infectiologue de réaliser des essais cliniques dont la légalité reste à démontrer. Selon les infectiologues, les méthodes du Dr Didier Raoult enfreint neuf articles du code de déontologie médicale.

La Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) a déposé sa plainte contre le professeur Didier Raoult au Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône.Tags:COVID-19SantécoornavirusmaladieNicolas Sarkozy

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