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La Russie découvre un laboratoire chimique à Douma

La Russie découvre un laboratoire chimique à Douma

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L’armée russe a découvert un laboratoire chimique clandestin à Douma, dans la zone abandonnée par les jihadistes.

Des précurseurs d’armes chimiques, comme du thiodiglycol et de la diethanolamine s’y trouvaient, a affirmé le spécialiste de ce type d’arme, Alexander Rodionov, sur Rossiya TV, le 17 avril 2018. Ils servent notamment à la fabrication de gaz moutarde

http://www.voltairenet.org/article200786.html

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Où est la contre-propagande russe ?

Où est la contre-propagande russe ?


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 12 avril 2018 – Source Club Orlov

Si vous avez visité la Russie au cours de cs dernières années, Moscou et Saint-Pétersbourg en particulier mais aussi beaucoup de villes provinciales en plein essor, vous aurez remarqué que la Russie de nos jours est un endroit assez normal. C’est un peu banal de dire que plus le voyage est facile, plus l’endroit où vous arrivez est similaire à celui que vous avez quitté : les trains ou les taxis qui vous emmènent vers les aéroports, les distributeurs automatiques de billets en monnaie locale, les hôtels aux brillantes babioles dans le hall et l’eau courante chaude et froide dans les salles de bains, beaucoup d’endroits pour manger, y compris McDonald et Pizza Hut si vous n’aimez pas la cuisine locale et une connexion Wi-Fi gratuite partout. Il y aussi beaucoup de messages en anglais, les arrêts de bus sont annoncés en russe et en anglais, et si vous vous perdez, Google Maps vous dira où vous êtes et comment revenir à votre hôtel. Et si vous aimez faire du shopping, il existe un grand choix de centres commerciaux et de divertissement avec toutes les marques mondiales.

Il y a encore quelques bizarreries spécifiques à la Russie que vous pourriez observer : des gardes-frontières avec des mitrailleuses sur le tarmac tandis que votre avion se rend jusqu’au terminal (les Russes prennent très au sérieux la sécurité des frontières) ; les gens qui portent beaucoup de fourrure, les femmes très habillées (vous pouvez accuser la météo souvent très froide). Certaines installations provinciales peuvent encore sembler un peu démodées mais beaucoup de grandes villes sont maintenant plus récentes et plus brillantes que beaucoup d’autres en Europe ou aux États-Unis. Si vous parlez aux locaux, vous les trouverez très disposés à exprimer leurs opinions et à exprimer un large éventail d’opinions politiques. Personne ne regardera par-dessus son épaule et, non, on ne vous assignera pas une nounou pour vous suivre.

Et si vous aviez visité la Russie périodiquement, ces dernières années, comme je l’ai fait pendant de nombreuses décennies, vous constateriez qu’elle a évolué à une vitesse vertigineuse. C’était une véritable épave au début et jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix : sale, minable, désorganisée, déprimée, criminalisée et généralement dangereuse. Le service était impoli ou inexistant et rien ne bougeait sans un pot-de-vin ou deux. Cette Russie là est maintenant presque complètement envolée. La plupart des voitures dans les rues sont de marques étrangères, bien que la plupart soient construites dans des usines russes. Un boom continu de la construction a transformé le parc immobilier. Mais les gens ont aussi changé : dans l’ensemble, il se comportent beaucoup mieux et avec politesse et beaucoup sont très professionnels et enthousiastes au sujet de leur travail. En particulier, les jeunes Russes sont très fiers de leur pays et ont bon espoir en son avenir. Ce dynamisme brut est assez frappant.

Ainsi, si vous étiez venu voir par vous-même en prenant le temps de suivre l’évolution au fil du temps et de juger des tendances générales, vous arriveriez inévitablement à la conclusion que la Russie est un pays normal. Vos expériences là-bas vous permettraient de juger qu’elle est assez riche, plutôt prospère et socialement et politiquement stable. Et pourtant, en retournant en Europe, aux États-Unis, au Canada ou dans l’un des autres pays dominés par des sociétés et des consortiums occidentaux, on vous dira que la Russie est étrange, méchante, gouvernée par un dictateur impitoyable et déterminée à augmenter son territoire et à menacer ses voisins. Pourquoi y a-t-il une telle déconnexion et quelle est cette impulsion majeure pour diaboliser la Russie ? Et pourquoi n’y a-t-il pas un effort parallèle de la Russie pour diaboliser l’Occident ?

Si vous creusez un peu plus loin, vous constaterez que cette diabolisation repose sur un ensemble de mensonges.

  • Vous avez peut-être entendu dire que la Russie a envahi la Géorgie en 2008 − un acte d’agression flagrant. Eh bien, non, à cette occasion, ce sont les troupes géorgiennes qui ont bombardé les Casques bleus russes en Ossétie du Sud voisine et les troupes russes qui ont rétabli la paix, passant brièvement en Géorgie pour poursuivre les troupes géorgiennes en retraite et se retirant rapidement une fois la menace contre l’Ossétie neutralisée.
  • Vous avez peut-être entendu que la Russie avait envahi l’Ukraine en 2014. Eh bien, non, ce qui s’est passé en Ukraine, c’est que le gouvernement constitutionnel a été renversé par un violent coup d’État et les nationalistes nouvellement installés ont menacé les droits de la population russe dans l’Est du pays. Cette partie a été russe pendant de nombreux siècles, jusqu’à il y a moins de cent ans, quand elle a été réaffecté de la Russie à l’Ukraine par Vladimir Lénine. La Russie lui a offert son aide, à la fois politique et humanitaire et très loin de l’envahir, elle en a même refusé la reconnaissance politique.
  • Vous avez peut-être entendu dire que la Russie avait envahi et annexé la Crimée. Mais la Crimée a fait partie de la Russie à partir de 1783 et n’a fini par « appartenir » à l’Ukraine que lorsque l’URSS s’est effondrée (un transfert de légalité douteuse [du temps de Khrouchtchev, NdT]). Après les événements malheureux de 2014 à Kiev, 97% des résidents de Crimée ont voté par référendum pour rejoindre la Russie. Les troupes russes, déjà stationnées en Crimée en vertu d’un accord international ont réussi à maintenir la paix lors de ce transfert.
  • Vous avez peut-être entendu dire que des troupes russes sont en Syrie pour soutenir un dictateur impitoyable, Bachar al-Assad, qui utilise des armes chimiques contre son propre peuple. Mais la raison pour laquelle les troupes russes sont allées en Syrie était de combattre EI (c’est-à-dire État islamique ou califat). Vous voyez, il y avait des centaines de milliers de combattants d’État islamique en Syrie. Quelque chose comme la moitié d’entre eux venaient de Russie ou d’anciennes républiques soviétiques et la langue russe était aussi commune chez ISIS que l’arabe. Les Russes ont sagement décidé qu’il était plus sûr et moins coûteux d’éradiquer ce fléau en Syrie plutôt que d’attendre qu’il se propage dans les pays plus au nord et plus près de la Russie. Sauver la Syrie de la destruction était un effet secondaire bienvenu, mais l’objectif principal était d’être proactif pour sauver la vie des Russes.
  • En ce qui concerne les armes chimiques, je vous encourage de nouveau à faire vos propres recherches, mais ma conclusion est qu’elles étaient autrefois à la mode pour « exterminer les brutes ». Par exemple, Winston Churchill était déterminé à les utiliser contre les bolcheviks russes. Mais maintenant une telle terminologie n’est plus favorisée et les armes chimiques ne sont utiles que lors de provocations, pour accuser ses ennemis de commettre des atrocités, pour servir de faux casus belli. Les Syriens en particulier ont volontairement abandonné toutes leurs armes chimiques et les Américains les ont enlevées et les ont détruites sous un régime d’inspections internationales. La récente fausse attaque chimique dans la Ghouta en Syrie ressemble à un non-sens complet…

… comme le sont toutes les affirmations propagandistes précédentes mais cela n’empêche pas les gouvernements occidentaux et les sources médiatiques de les répéter à l’infini. C’est l’essence même de la propagande : choisissez de gros mensonges, répétez-les à l’infini et accusez quiconque qui veut les contredire de collusion avec l’ennemi. Quiconque ose défier le récit de la propagande est automatiquement un « troll du Kremlin » ou un « pantin de Poutine ». C’est, bien sûr, une esquive pratique. Quand toutes sortes de choses vont mal, que ce soit des guerres perdues, des élections volées, des retraites volées, l’avenir de ses enfants volé ou des systèmes d’armes qui ne fonctionnent pas, il est plus facile de trouver un seul bouc émissaire. Pour un si grand nombre de problèmes, le bouc émissaire doit être un bouc émissaire très important et la Russie a juste la bonne taille.

Mais qu’en est-il de la contre-propagande ? Le gouvernement et les médias russes ne sont-ils pas aussi coupables de prendre des libertés avec la vérité ? Encore une fois, je vous encourage fortement à faire vos propres recherches (pour lesquelles la connaissance du russe est, malheureusement, une exigence). J’ai été un observateur fidèle des médias russes pendant de nombreuses années et j’en suis arrivé à la conclusion qu’ils sont presque entièrement réactifs. C’est-à-dire qu’ils répondent aux mensonges jetés à leurs visages, mais ils le font avec des faits et des preuves, pas avec des mensonges encore meilleurs. Vous pouvez imaginer que peut-être les Russes aiment trop la vérité, ou se soucient trop du salut de leur âme mais je suis trop cynique pour cela. Je suis plus à l’aise avec une explication rationnelle de ce comportement plutôt qu’une explication émotionnelle ou spirituelle.

Heureusement, il y en a une évidente. Alors que les États-Unis perdent progressivement le contrôle de leurs affaires, étrangères et intérieures, d’autres pays commencent à prendre leur propre chemin. C’est à la fois un développement positif et potentiellement très dangereux. L’aspect positif est qu’à mesure que l’empire américain s’efface, les dramatiques déséquilibres financiers et commerciaux qui se sont accumulés pendant des décennies, protégés par la menace de sanctions américaines et d’agression militaire contre quiconque oserait défier la primauté du dollar américain, ces déséquilibres seront autorisés à se corriger d’eux-mêmes. L’aspect négatif est que la discipline impériale qui a gelé plusieurs conflits internationaux ne sera plus en vigueur et les choses risquent de se décoller dangereusement.

La Russie a été à l’avant-garde du mouvement visant à faire passer l’ordre mondial de l’unipolarité dominée par les États-Unis à la multipolarité, et elle souhaite que ce processus se déroule sans heurt. Ce qui permet aux pays de résoudre pacifiquement leurs différends, c’est le droit international. À son tour, le droit international ne dispose pas d’un exécutif supranational − aucun pays n’a le monopole de la violence et les pays qui transgressent ne sont pas envoyés en prison. Au contraire, tout le mécanisme repose sur le consentement de tous à respecter les accords internationaux. Et pour atteindre ce consentement, tous les participants doivent pouvoir participer à une seule réalité consensuelle : un seul ensemble de faits vérifiables. C’est pourquoi toute contre-propagande russe serait une ineptie : elle mettrait en danger cette réalité consensuelle.

Tant que vous avez un seul fou et ses quelques sbires restants, rebondissant dans leur cellule capitonnée, crachant un torrent de mensonges (et quelques tweets présidentiels délirants), le reste du monde peut le dénoncer et dire que c’est précisément avec eux qu’il ne veut pas parler. Il peut tourner donc le dos au fou et tenir ses propres discussions, accepter des procédures pour vérifier les faits, négocier des accords, etc. Mais si la planète entière est envahie par beaucoup de petits fous, chacun concoctant sa propre version déformée et délirante de la réalité, alors un tel dialogue constructif devient impossible et le monde se rapproche de la guerre. Ainsi, le moyen le plus sûr d’agir est de prêter attention aux faits, de refuser de répéter les mensonges de la propagande et d’attendre patiemment que le fou dans sa cellule capitonnée s’essouffle, car le temps n’est définitivement pas de son côté.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/ou-est-la-contre-propagande-russe

Poutine : tenir tête à l’Empire du Chaos US/Israël, ou céder ?

Poutine :
tenir tête à l’Empire du Chaos US/Israël, ou céder ?


Moment crucial, plus pour Poutine et la Russie que pour la Syrie et Assad


Par Damian Martinovich − Le 10 avril 2018 − Source Russia Insider


Vladimir Soloviev, l'animateur d'une émission de télévision politique diffusée aux heures de grande écoute, qui connaît Poutine personnellement, a tweeté : « La situation est maintenant comparable à la crise des missiles de Cuba. Une guerre nucléaire pourrait éclater en un clin d'œil. Et il est peu probable que l'humanité puisse y survivre. »

Nouvelles sanctions anti-russes, marchés financiers russes en fusion, rouble en dégringolade, menaces occidentales de bombardements en Syrie et sur ses alliés, coup monté Skripal − que se passe-t-il ?

Bienvenue pour votre quatrième mandat présidentiel, monsieur Poutine ! Toutes ces actions font partie de la campagne soigneusement planifiée qui sert de fanfare d’accueil pour votre probable dernier mandat de président russe.

Pour l’essentiel, l’Occident envoie un message clair au président russe. Vous aurez six années ininterrompues de crises infernales. Nous ferons en sorte que vous n’ayez pas une journée paisible. Désolé, il n’y a aucun moyen que vous puissiez vous concentrer sur les problèmes intérieurs de la Russie comme vous l’avez promis pendant votre campagne présidentielle.

Ce sera aussi une période difficile pour l’économie russe, bien que les Russes doivent se rendre compte qu’il vaut mieux avoir un salaire de 20 000 roubles (300 dollars) que 20 millions de morts comme au cours de la Seconde Guerre mondiale. C’est un petit prix à payer pour être l’une des dernières nations souveraines restant dans le monde. À long terme, il est préférable de réduire la dépendance de la Russie vis-à-vis de la technologie, des importations et des marchés occidentaux.

La Russie doit résolument prendre plusieurs mesures qui vont infliger des coûts importants à Washington et à ses vassaux occidentaux.

Mesures économiques

Bannir toutes les grandes entreprises américaines en Russie, qui peuvent être facilement remplacées par des équivalents russes.

  • Tous les McDonald’s, Burger Kings, Pizza Hut et Starbucks devraient être interdits. Ces mesures ne nuiront pas à l’économie russe, car la Russie possède déjà ses propres franchises de restauration rapide.
  • Bannir les sociétés de logiciels américaines en Russie. Il y a beaucoup de sociétés de logiciels russes qui peuvent remplacer les produits américains.
  • Bloquer Google, Facebook, Instagram et Twitter. La Russie a déjà des équivalents forts qui suppriment la concurrence occidentale et sont dominants sur le marché russe − Yandex, Vkontakte, Odnoklassniki, etc. Fondamentalement, la Russie devrait créer un espace d’information indépendant de la même manière que la Chine.
  • La Russie devrait également cesser d’acheter des avions Boeing ou toute autre technologie de fabrication américaine et cesser de vendre des moteurs de fusée russes à la NASA.

Mesures financières

Commencer à se débarrasser des dollars et de tout le commerce international en dollars. Demander aux partenaires commerciaux internationaux de faciliter les échanges dans toutes les devises sauf le dollar américain.

Mesures politiques et militaires

Le plus important, la Russie devrait commencer à mener des guerres par procuration contre l’Amérique, comme les États-Unis mènent une guerre par procuration contre la Russie en soutenant le régime anti-russe de Kiev et en armant les milices fascistes du Donbass qui tuent la population russe.

La Russie devrait envisager sérieusement d’armer les talibans en Afghanistan, le Hezbollah au Liban, d’aider l’Iran à moderniser son armée, de lui vendre des S-400 et de faciliter les projets technologiques militaires conjoints.

Fondamentalement, la Russie devrait soutenir toutes les nations et organisations considérées par les Américains comme leurs ennemis. Cela va vraiment faire mal à Washington. C’est la seule réaction appropriée et pertinente à la politique étrangère de Washington. L’ennemi de mon ennemi est mon ami − la Russie devrait adopter les bases d’une politique étrangère réaliste. Les néocons américains ne comprennent que le langage de la force, ce n’est pas le moment de présenter de bons arguments, de dialoguer ou de discuter.

Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a déclaré que les négociations sur la péninsule coréenne devraient déboucher sur le désarmement nucléaire de la région. Pourquoi la Russie est-elle si désireuse de dénucléariser la péninsule coréenne ? Ce n’est pas d’un intérêt vital pour la Russie. Peut-être que la Russie devrait faire de la Corée du Nord un allié et commencer à l’armer plus sérieusement. Pourquoi aider l’Amérique à neutraliser la menace coréenne ? Peut-être qu’elle devrait aider la Corée du Nord à développer un missile encore plus meurtrier. De cette façon, les néocons y réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à la Russie.

Reconsidérer la relation avec Israël

La Russie doit reconsidérer sa relation actuelle avec Israël parce qu’elle se trompe pour de nombreuses raisons, notamment en envoyant des messages contradictoires aux alliés russes au Moyen-Orient.

Les premières étapes sont déjà engagées. L’ambassadeur d’Israël a été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères. Mais ils devraient faire beaucoup plus que cela. L’ensemble des crises actuelles est la conséquence du désir d’Israël de maintenir un chaos contrôlé en Syrie pendant des décennies et la Russie reste silencieuse face aux attaques aériennes constantes de Tel-Aviv contre la Syrie.

Pourquoi la Russie reste-t-elle silencieuse quand Israël bombarde la Syrie, mais menace-t-elle les États-Unis quand ils disent vouloir faire de même ? Où est la logique ? Pourquoi Israël peut-il le faire et pas les États-Unis, en tant que première superpuissance mondiale ? Si la Russie n’est pas prête à riposter contre Israël, pourquoi prétend-elle qu’elle est prête à riposter contre les États-Unis ? Cela n’a aucun sens. Par conséquent, les Russes ne devraient pas donner à Israël un laissez-passer, mais lui imposer un ensemble de sanctions économiques et politiques similaires à celles contre les États-Unis.

En tout cas, la Russie devrait faire comprendre à Israël qu’en cas de guerre russo-américaine, Israël serait l’un des premiers à être éliminé à l’aide des bombes nucléaires russes. Cela les fera réfléchir à deux fois avant de provoquer un conflit mondial contre la Russie.

Conclusion

Au lieu de gémir et de pleurer sur des actions illégales et illégitimes de l’Occident qui ne sont pas conformes au droit international, la Russie et Poutine devraient prendre des mesures sérieuses et concrètes pour les arrêter.

Il est temps que les vieux dirigeants politiques russes se retirent. Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a déjà laissé entendre qu’il veut prendre sa retraite après des décennies d’infatigables et, dans certains cas, brillants services à la Russie. Je pense que Poutine devrait le laisser partir à la retraite et trouver un nouveau ministre des Affaires étrangères, jeune, énergique et nationaliste qui cessera tout d’abord de qualifier de « partenaires » les pays occidentaux comme le fait Lavrov à chaque occasion. Un tyran comprend seulement le langage de l’intimidation et de l’action.

Dmitry Medvedev, actuel Premier ministre russe, a été invisible pendant des années, essentiellement un zombie. Il restera dans l’histoire comme l’homme qui a permis à l’Occident de bombarder Kadhafi en ne mettant pas son veto à une résolution de l’ONU demandant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. D’autres libéraux russes devraient également partir et la politique économique et financière devrait être plus nationaliste et protectionniste.

Le président Poutine est actuellement trop souple sur trop de questions. Il parle encore de « partenaires occidentaux ». Même Yakov Kedmi, ancien patron israélien d’Intel, pense qu’il devrait être plus dur envers les bellicistes néocons. La Russie a besoin de quelqu’un avec un peu les manières de Jirinovski pour diriger la politique étrangère russe, surtout en ce moment particulier.

Donc, dans ce moment critique pour l’humanité, étant donné que tous les médias occidentaux ignorent complètement le danger de la troisième guerre mondiale, Poutine devrait aller à la TV en direct, faire une déclaration de rupture et expliquer aux citoyens russes et surtout au monde entier, que toute la planète est au bord de la troisième guerre mondiale.

Et enfin, la Russie doit comprendre que cela n’a rien à voir avec Assad, la Syrie ou même le Moyen-Orient. Cela a tout à voir avec la Russie. Israël et les États-Unis ont décidé qu’il était temps de lui infliger une défaite humiliante en Syrie et de la virer de cette équation complexe.

Si la Russie ne fait rien et se cache sous la table en protestant contre les frappes illégales américaines, britanniques, françaises et israéliennes contre le peuple syrien, ce sera la défaite et l’humiliation de la Russie et de Poutine. Personne ne voudra plus être un allié des Russes, même si beaucoup de pays ne sont pas candidats à le devenir, pour être honnête. Ce sera une défaite géopolitique d’intensité gigantesque et, dans ce cas, il vaut mieux que les Russes quittent la Syrie plutôt que de s’humilier davantage.

Battre en retraite évite seulement l’inévitable − finalement la paix mondiale dépendra des nations qui défient l’hégémonie américaine. La Russie, avant tout, résiste aux États-Unis et à Israël en Syrie depuis le début.

Président Poutine, c’est à vous d’agir. Soit vous entrerez dans l’histoire comme le plus grand homme d’État russe qui ait jamais vécu sous le soleil, ou comme Ivan le Terrible 2.0, dont la première partie prospère du règne a fini dans le chaos ultime, la désintégration et les temps troublés en Russie.

Bon vent Vladimir Vladimirovich ! Le destin de la Russie et de l’humanité est entre vos mains.

Damian Martinovich

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-tenir-tete-a-lempire-du-chaos-usisrael-ou-ceder

19.avril.2018 // Les Crises

Syrie : Bombardements foireux à la diafoirus, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 16-04-2018

D’abord, qu’on arrête de parler de « frappes ». Chirurgicales ou non, ces actes de guerre sont destinés à tuer et à détruire et ne sauraient s’assimiler à de simples fessées punitives. Paradoxalement, les bombardements occidentaux du 14 avril 2018 effectués sur la Syrie n’ont fait que trois blessés légers ; ils ont suscité en tout cas des scènes de liesse populaire et renforcé le prestige de Bachar al-Assad, leader arabe qui aura mis en échec la stratégie occidentale au Proche-Orient. Brillant résultat !

En dehors de toutes considérations géopolitiques (nous y reviendrons), on a atteint – avec les dernières péripéties de la crise syrienne -, des sommets himalayens de bêtise et de vulgarité. Bêtise globalisée, méchante et d’un manque total de distinction dans les deux sens du terme – séparation et excellence -, élevée au plus haut niveau d’une communication politique et diplomatique tellement primitive, mais érigée en modèle car émanant du président le plus puissant de la planète. L’un de ses derniers Tweets avant les bombardements : « que la Russie se tienne prête, car ils arrivent nos missiles, beaux, nouveaux et intelligents ». De précédents messages parlaient de « Bachar, l’animal… » Quoiqu’on puisse penser du président syrien, l’emploi d’un tel vocabulaire ajoute inutilement morgue, grossièreté et mépris aux malheurs du monde.

En l’occurrence, la comparaison souvent faite entre Donald Trump et Le Docteur Folamour1, bien trop faible, est loin d’épuiser l’hallucination collective provoquée par cette « diplomatie de l’injonction » et ces tweets à la tronçonneuse du président américain. Et qu’on évite – ici – de parler du « pragmatisme américain » pour « appeler un chat, un chat » et soulignons plutôt que Donald Trump nous impose ses certitudes et son style : celui d’un parvenu persuadé que l’argent est la mesure de toutes choses, celui d’un rustre dont l’éducation nous ramène à l’ère des australopithèques ; en définitive, celui d’une autre catégorie de personnages si bien qualifiés par Michel Audiard : « les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ».

Cette phénoménologie de l’indigne est trop peu relevée pour qu’ ici nous lui consacrions justement quelques lignes, d’autant que les journalistes s’en font les zélés diffuseurs, voire les propagandistes dociles, sans même se rendre compte qu’elle finit par atteindre la structure de leur langue et de leurs raisonnements. Mais avant d’essayer d’évaluer les conséquences de l’attaque occidentale, reprenons l’enchainement étonnant que viennent de nous imposer trois des grands dirigeants occidentaux et leurs intervieweurs.

DOUBLE PERNOD

Le 12 avril dernier, Jean-Pierre Pernaut, le « journaliste de proximité » de TF1 – qui présente le journal de 13 heures – a donc interviewé le président de la République dans l’école communale d’un petit village de l’Orne : Berd’huis. Lorsque Emmanuel Macron affirme détenir « les preuves » d’une attaque chimique (ou plutôt au chlore), attribuable à Bachar al-Assad soi-même, le « journaliste » n’a pas le réflexe professionnel minimal de lui demander « lesquelles ! Plus concrètement « de quelles preuves disposez-vous Monsieur le président ? », ni de le relancer sur les fondements d’ une totale absence de doute… « Double Pernod » – comme l’a baptisé la profession depuis des années – va ainsi servir la soupe durant toute la durée de l’entretien, sans poser une seule question anglée, sinon dérangeante.

La mansuétude des journalistes français, chargés d’interroger les présidents de la République, est un vieux serpent de mer, puisque c’est le service de communication de l’Elysée qui traditionnellement s’invite dans le média de son choix, en choisissant les journalistes-intervieweurs et les thèmes de l’entretien. Survivances du Roi-Soleil, ces pratiques font, depuis longtemps, la risée de notre pays et de sa caste médiatique dans le monde entier, à qui nos dirigeants continuent pourtant à donner des leçons quotidiennes en matière de droits humains et de liberté de l’information !

Deux jours auparavant, la chaine américaine Fox-News – créée par Rupert Murdoch et pourtant réputée pour sa ligne éditoriale néo-conservatrice – interviewait un sénateur républicain partisan de Donald Trump. D’une manière professionnelle, le journaliste Tucker Carlson est revenu à plusieurs reprises sur la question des « preuves » de la présumée attaque chimique et sur les objectifs des « frappes annoncées », ainsi que sur la suite et les conséquences de cette attaque militaire. Affichant sa parfaite connaissance du dossier, le journaliste de Fox-News a rappelé que les « frappes américaines » de l’année dernière sur une base aérienne syrienne avaient été suivies quelques mois plus tard d’un mea culpa du secrétaire à la Défense James Mattis, reconnaissant que les preuves d’une attaque chimique « n’avaient pas été suffisamment complètes et certaines » pour justifier une telle attaque.

Ne s’en laissant pas compter par le sénateur républicain, le journaliste a rappelé que la Maison Blanche avait déclaré solennellement que l’objectif n’était pas celui d’un « Regime Change » en Syrie. Question légitime suivante, « alors quelles étaient les objectifs de ces frappes ? ». Acculé, le sénateur devait reconnaître qu’Israël avait demandé cette intervention militaire américaine, afin d’affaiblir « une Syrie, alliée du Hezbollah libanais ». Ultime question : « on comprend bien l’intérêt israélien, mais pas l’intérêt américain… » Le sénateur devait conclure en se prenant les pieds dans le tapis essayant d’expliquer que les intérêts israéliens étaient « les mêmes que ceux des Etats-Unis… »

C’est quand même autre chose que Double Pernod, même si on passe d’un excès à l’autre : de l’aplaventrisme des Pernod/Delahousse aux fausses ruptures Bourdin/Plenel d’hier soir. Emmanuel, Emmanuel… visiblement, ces deux-là ne savent pas que M. Macron est président de la République. Nous y reviendrons la semaine prochaine, toujours est-il que ces dommages collatéraux médiatiques n’auront pas empêcher l’emballement d’une machinerie absurde et malheureusement inéluctable.

LOGIQUE A MARCHER SUR LA TÊTE

Première étape : entre tweets et communiqués officiels, les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne affirment qu’ils vont attaquer, quoiqu’il arrive, et que leur riposte à des « attaques chimiques » présumées est inéluctable. Donc, s’ils ne le font pas, ils se déjugent, et fixent eux-mêmes l’ engrenage du déclenchement d’une opération militaire.

Deuxième étape : ensuite seulement, on cherche des preuves qu’on aurait dû, semble-t-il, accumuler avant d’affirmer qu’on allait attaquer.

Troisième étape : enfin, on attaque « l’arsenal chimique clandestin du régime syrien », selon les propres termes du communiqué de l’Elysée du 14 avril dernier. Ouf ! Ainsi on peut considérer que le problème est réglé et définitivement réglé !

A ce stade, une question fondamentale s’impose : si l’arsenal chimique syrien n’a pas été démantelé comme prévu après l’accord russo-américain de septembre 2013 et que subsistent des laboratoires de recherche, des stocks de composants chimiques et des unités spécialement entraînées à utiliser ce type d’armements, pourquoi n’a-t-on pas réagi beaucoup plus tôt en amont, pourquoi après la dernière attaque présumée n’a-t-on pas immédiatement déployé – sur le terrain – les inspecteurs de l’Organisation de l’interdiction des armements chimiques (OIAC)2 ?

Pourquoi l’OIAC est-elle immédiatement saisie dans l’affaire de l’ex-espion russe empoisonné en Grande Bretagne, alors qu’on traîne les pieds pour envoyer les inspecteurs de l’ONU en Syrie ? La réponse à cette question est très simple : en 2002, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani avait eu l’outrecuidance de vouloir envoyer ses inspecteurs en Irak afin de chercher les fameuses armes de destruction massives dans leur version chimique – armes qui, selon George W. Bush et Tony Blair, pouvaient menacer la terre entière en moins de 45 minutes !

A l’époque sous-secrétaire d’Etat pour le contrôle des armes et la sécurité internationale, John Bolton ( patron depuis quelques jours du Conseil américain de sécurité nationale) s’était précipité au siège de l’OIAC à La Haye pour obtenir la tête de José Bustani, en menaçant au passage les enfants du diplomate brésilien vivant à New York. De fait, depuis 2002, l’OIAC est marginalisée par les Etats-Unis qui préfèrent s’adresser à des inspecteurs « indépendants », souvent rattachés aux services spéciaux américains ou britanniques…

Toujours est-il que face aux preuves des Casques blancs et de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov réplique que « l’attaque chimique présumée en Syrie est une mise en scène à laquelle ont participé les services spéciaux d’un État » (non nommé), mais désigné comme « russophobe ». Sergueï Lavrov en conférence de presse : « nous disposons de preuves irréfutables qu’il s’agissait d’une nouvelle mise en scène, et que les services spéciaux d’un État actuellement en première ligne d’une campagne russophobe ont participé à cette mise en scène ».

En effet, images et témoignages de la dernière attaque chimique présumée de la Ghouta ont été principalement rapportés par deux sources : l’ONG des Casques blancs – créée de pied en cap par le MI6 (service britannique du renseignement extérieur) pour appuyer Jabhat al-Nosra (c’est-à-dire la Qaïda en Syrie) durant la reconquête d’Alep par l’armée gouvernementale syrienne ; et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basée à Londres et citée par les médias occidentaux comme une agence de presse alors qu’elle est une officine politique liée aux Frères musulmans. Ces deux sources sont-elles suffisamment crédibles pour fonder une opération militaire d’envergure ?

Comme en septembre 2013, les autorités françaises exhibent une « note » des « services de renseignement ». Diantre ! Celle brandie à l’époque par le premier ministre Jean-Marc Ayrault était une collection de laborieuses suppositions.

La dernière n’est pas meilleure, puisqu’elle rassemble un condensé d’images collectées sur You-tube. Du solide ! En février 2003, l’auteur de ces lignes a assisté à la séance du conseil de sécurité qui a vu le général Colin Powell (alors secrétaire d’Etat) brandir un prétendu échantillon des armes chimiques irakiennes et projeter un diaporama voulant prouver que Saddam Hussein et Oussam Ben Laden étaient les meilleurs copains… On connaît la suite !

Toujours est-il que les sources des services spéciaux contactées (qui ne peuvent s’exprimer publiquement) ne sont pas très enthousiastes de se voir ainsi, une fois de plus, instrumentalisées pour justifier – a posteriori – une décision du pouvoir exécutif, prise sur la base de considérations plus politiques que tactiques ou stratégiques, en tout cas en fonction d’un enchaînement d’une logique à marcher sur la tête… qui ne tient pas debout. C’est peu de le dire ! Les journalistes – plus que jamais dans leur rôle de passe-plats de propagande – ont repris en coeur : « quelle riposte apportée à des attaques chimiques présumées ? ». Des ripostes présumées ?

POTION DE DOCTEURS DIAFOIRUS

S’ils avaient relu, ou seulement lu De la guerre, le fameux traité de Carl von Clausewitz, nos dirigeants auraient compris que toute opération militaire vise deux finalités : des objectifs opérationnels et des buts politiques. Avant de revenir sur ce dernier aspect, voyons donc les objectifs.

La communication gouvernementale officielle nous dit que les cibles ont été au nombre de trois. D’abord le CERS (Centre d’études et de recherches scientifiques de l’armée syrienne), situé au-dessus de Damas. Dès les années 1970, Allemands de l’Est, puis Allemands de l’Ouest y collaboraient avec des scientifiques arabes de plusieurs nationalités, tandis que des agents français y donnaient des cours de langue… Des bureaux de la Garde républicaine, dont la mission est de protéger Damas, sont aussi installés dans le bâtiment du CERS. Le chef de cette unité d’élite, Maher al-Assad (le frère de Bachar) aurait pu, selon différentes sources, commanditer la dernière attaque présumée chimique dans le dos de son frère ! A voir… Toujours est-il que ces locaux avaient été déménagés depuis belle lurette et qu’on y a vraisemblablement bombardé des cages à poules vides.

Les deux autres cibles se trouvent dans la région de Homs – sur l’Oronte au centre du pays – abritant des « centres de production et de stockage du programme clandestin chimique du régime ». Là-aussi, il semble bien que les locaux fussent désertés et que les missiles occidentaux aient fait chou blanc. A ce stade, une conclusion provisoire devrait s’imposer : cette fois-ci l’arsenal chimique syrien est détruit et on peut estimer que c’en est définitivement fini des attaques chimiques, donc aussi des bombardements occidentaux. Or Trump dit qu’il est encore prêt à dégainer ?

Dans tous les cas de figures, ces objectifs opérationnels s’avèrent mineurs et leur destruction ne change en rien l’anatomie et les évolutions majeures de la guerre qui se poursuit en Syrie. Selon le ministère russe de la Défense, sur une centaine de missiles tirés par la coalition occidentale, 73 auraient été neutralisés et déviés de leur cible par l’armée syrienne !? Ce bilan s’apparente à une potion digne du docteur Diafoirus de Molière ou du Knock de Jules Romains : « est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ? » Bref, n’importe quoi !

Diligenté au nom de la morale et des valeurs universelles visant à « protéger les populations », cette potion très inappropriée, risque au contraire d’aggraver le mal qu’elle était censée atténuer en confortant les différentes logiques conflictuelles en œuvre dans la guerre civilo-globale de Syrie.

GEOPOLITIQUE EN CARTON

Le 17 février dernier, depuis la Conférence sur la sécurité de Munich, prochetmoyen-orient.ch révélait le contenu d’un télégramme diplomatique britannique détaillant la nouvelle stratégie occidentale en Syrie3. En pure démonstration clausewitzienne, les objectifs militaires étaient parfaitement définis : miser sur la poursuite de la guerre en attisant la rivalité turco-kurde et la multiplication des ingérences militaires israéliennes. Sur le plan des buts politiques, sinon géopolitiques, même clarté de mise : punir Assad, intimider les Russes, menacer les Iraniens.

Avant d’engager toute espèce d’opération militaire, les dirigeants occidentaux devraient penser – bien-sûr – au jour d’après. Et l’on pense communément qu’ils sont suffisamment responsables pour le faire. Le fait est que plusieurs précédents récents ne confirment pas ce réflexe de bon sens : Irak (2003), Libye (2011), Yémen (2014). Alors que peut-il se passer maintenant ?

Le prestige de Bachar al-Assad est conforté : comme Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, et Hassan Rohani, le président iranien, il incarne une espèce de nouveau Nasser qui résiste aux Occidentaux. Les Russes gardent tête et diplomatie froides, mais ils sont furieux et feront payer la note, tôt ou tard. De fait, le Hezbollah n’est pas (encore) puni, les Russes ne sont pas intimidés et les Iraniens se préparent à la décision de Donald Trump qui vraisemblablement abrogera l’accord sur le nucléaire iranien le 12 mai prochain.

Par conséquent, les buts de guerre des bombardements occidentaux s’avèrent particulièrement désastreux et il n’est pas exagéré de les qualifier de « fiasco diplomatique », d’autant que la France en rajoute sur le plan de la russophobie ordinaire. Il faut ré-écouter les déclarations de François Delattre – notre ambassadeur aux Nations unies – pour se demander quels sont les intérêts qui poussent ainsi notre pays à se mettre en pointe contre Moscou. En janvier 2016, l’auteur de ces lignes assiste – médusé – au discours de la Sorbonne de Jean-Yves Le Drian (alors ministre de la Défense), dissertant sur les deux ennemis principaux de la France : Dae’ch – l’Organisation « Etat islamique » et… la Russie !

Il y a quelques jours, le même (devenu ministre des Affaires étrangères) s’est rendu à Kiev où il a pris ouvertement parti pour les Ukrainiens contre les « séparatistes pro-russes », annulant ainsi d’un mot les accords de Minsk pourtant partiellement initiés par la diplomatie française. Le chercheur Emmanuel Todd intervenait, il y a quelques jours, sur l’antenne d’une radio de service public en s’étonnant de deux choses : de « l’hystérie russophobe française » et de cette insistance à combattre en Syrie et ailleurs « des gens qui partagent nos valeurs les plus fondamentales » en s’alliant à des pays (dont l’Arabie saoudite) qui financent et propagent l’Islam radical dans le monde entier depuis plus de trente ans !

Dans la production entretenue de ce délire anti-russe, la palme revient – en particulier – à deux hauts fonctionnaires : Jean-Claude Mallet (inamovible conseiller de Jean-Yves Le Drian) et Jérôme Bonnafont, le patron d’ANMO (la direction proche-Orient du Quai d’Orsay) qui déclarait à des proches qu’il préférait voir Dae’ch à Damas que Bachar al-Assad… Charles (de Gaulle), réveille- toi, ils sont devenus fous, complètement fous !

NE PAS CONFONDRE LA SYRIE AVEC NOTRE-DAME DES LANDES

Comme toujours avec Emmanuel Macron, il s’agit de respecter les formes. Il a précisé que « conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ». On engage d’abord les forces armées et on demande l’avis de la représentation nationale après… La démocratie française est vraiment curieuse. Heureusement, le service communicationnel après-bombardement est parfaitement assuré. Le général François Lecointre (Chef d’état-major des armées/CEMA) et la ministre de la défense Florence Parly montent à l’antenne pour saluer une « performance opérationnelle », sans bavure aucune. Et ils ont raison, car nos armées sont excellentes et (heureusement) exécutent rigoureusement les ordres que leur donne le pouvoir exécutif. Mais, comme en Libye avec l’opération Harmattan, l’excellence d’exécution militaire ne suffit pas. « Performance opérationnelle » certainement, « fiasco politique » assurément !

« En matière de politique étrangère, Emmanuel Macron fait pire que son prédécesseur François Hollande », déplore un ambassadeur de haut rang, « car prétendre qu’après ces bombardements la France pourra revenir dans le jeu diplomatique du Proche Orient est une parfaite illusion. Notre pays s’y est mis hors-jeu depuis mars 2012, lorsque Alain Juppé a pris la funeste décision de fermer notre ambassade à Damas ».

En définitive, Emmanuel Macron a confondu la Syrie avec la ZAD de Notre Dame des Landes : déclencher une opération de police pour faire respecter le droit en faisant attention de ne pas faire de mort… Mais, hélas, dans tous les cas de figures, cette opération ne modifiera en rien les évolutions de la guerre en Syrie, ni ne favorisera le retour de la France aux Proche et Moyen-Orient.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
16 avril 2018

1 Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d’après le thriller « 120 minutes pour sauver le monde », écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. .
2 OIAC : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, abrégée en OIAC est l’agence internationale des Nations unies qui veille à ce que la Convention internationale sur les armes chimiques soit bien appliquée par les États membres l’ayant signée. Elle a été créée le 29 avril 1997. Elle est basée à La Haye et son laboratoire à Rijswijk, aux Pays-Bas
3 Prochetmoyen-orient.ch : « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale ».

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 16-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/syrie-bombardements-foireux-a-la-diafoirus-par-richard-labeviere/

Telegram : Moscou serre la vis sur le Web, par Benjamin Quénelle

19.avril.2018 // Les Crises

Telegram : Moscou serre la vis sur le Web, par Benjamin Quénelle

Scandaleuse initiative du gouvernement russe…

Dans la bataille actuelle du chiffrement se jour l’avenir de la vie privée sur Internet pour les décennies à venir…

Source : La Croix, Benjamin Quénelle, 18-04-2018

La messagerie Telegram, qui a refusé de fournir ses clés de cryptage au Kremlin, est bloquée depuis lundi en Russie. La répression sur Internet croît dans le pays avec les nouvelles réglementations.

Pavel Dourov a dit « niet » au Kremlin. La réplique n’a pas tardé : le « Robin des bois » du Web russe a été mis au ban. Défenseur du droit à utiliser librement et confidentiellement Internet, le fondateur de la messagerie cryptée Tele­gram vient de voir cette dernière bloquée en Russie. Concrètement, Pavel Dourov avait été sommé de fournir aux services secrets les clés de cryptage permettant de lire les messages des utilisateurs.

Le blocage de Telegram, réputé pour sa sûreté, confirme les croissantes pressions sur le Web, longtemps un espace libre en Russie. Un paradoxe : la messagerie était utilisée par les blogueurs rebelles et leaders de l’opposition mais aussi par l’élite du Kremlin. « Si critiquer un gouvernement est ­illégal dans un pays, Telegram ne participera pas à une telle censure », prévenait Pavel Dourov, en exil depuis son bras de fer avec le pouvoir, en 2014. VKontakte, son réseau social jugé trop indocile par les autorités, avait alors été repris par des amis du Kremlin.

Telegram rejoint ainsi le réseau LinkedIn, inaccessible depuis 2016 pour ne pas avoir appliqué une loi sur le stockage des données personnelles. Un interdit parmi d’autres : le blog du leader de l’opposition Alexeï Navalny est régulièrement bloqué ; le site de l’ex‑oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski a été jugé « indésirable », nouvelle qualification légale pour les entités étrangères trop dérangeantes. Ces blocages sont la partie la plus visible de la répression sur le Web, victime à son tour des nouvelles lois contre l’extrémisme. Dans les faits, celles-ci restreignent aussi la liberté d’expression. Le Parlement travaille d’ailleurs sur une énième régulation qui, faisant la chasse aux « fake news », risque d’être un instrument de censure.

Agora, ONG d’avocats des droits de l’homme, s’inquiète de cette « criminalisation rampante » de l’utilisation d’Internet : 2017 a été marquée par une peine d’emprisonnement en moyenne une fois tous les huit jours, contre des personnes poursuivies parfois pour un simple « post » ou « like ». « Il y a cinq ans, aucun blogueur n’était arrêté. C’est devenu courant, dénonce Andreï Soldatov, rédacteur en chef du site Agentura.ru, spécialiste des questions de sécurité. Pour des raisons techniques, les autorités ne peuvent réprimer directement Internet. Du coup, elles optent pour la bonne vieille méthode des poursuites judiciaires et des arrestations. »

Les cibles sont faciles : les blogs et sites d’activistes de l’opposition déjà connus de la police. « Mais la délation fonctionne aussi à plein. Dans les petites villes, il est devenu dangereux sur Internet de dire tout haut ce qu’on pense… », prévient Andreï Soldatov. Dernier exemple en date : BlogSochi, bulle de liberté dans la ville hôte des JO 2014, ne fonctionne plus, et son rédacteur en chef Alexander Valov a été arrêté, pris les mains dans le sac d’une prétendue affaire de corruption. « Une arrestation commandée… Il dérangeait beaucoup de monde car il publiait des infos qu’on ne lisait nulle part ailleurs », explique son avocat Alexander Popkov.

« Prochaine cible possible : YouTube ! », redoute Andreï Soldatov. Comme Facebook et Google, le portail de vidéos, très utilisé par l’opposition, a refusé de mettre son serveur en Russie. Formellement, il ne respecte donc pas la légalisation russe sur le stockage des données personnelles. Il peut être bloqué à tout moment – selon le bon vouloir des autorités de contrôle.

Benjamin Quénelle
Source : La Croix, Benjamin Quénelle, 18-04-2018

Moscou bloque des millions d’adresses IP pour interdire l’accès à Telegram

Source : Le Devoir, AFP, 17-04-2018

Moscou — La Russie a bloqué mardi près de 18 millions d’adresses IP qui pourraient être utilisées pour contourner le blocage de la messagerie cryptée Telegram, qui a provoqué une levée de boucliers virtuels, son fondateur appelant à la « résistance numérique ».

L’agence de régulation des télécoms Roskomnadzor a bloqué près de 18 millions d’adresses IP utilisées pour accéder à Telegram — dont le blocage par les autorités russes a commencé mardi —, et le nombre allait croissant mardi après-midi, selon les agences russes.

Certains opérateurs avaient commencé lundi après-midi à bloquer Telegram en Russie, sur ordre de Roskomnadzor, suite à une décision de justice en raison du refus de Telegram de fournir aux services spéciaux (FSB) les clés permettant de lire les messages des utilisateurs.

Parmi les adresses IP bloquées, plusieurs centaines de milliers sont liées aux services d’informatique dématérialisée (cloud computing) d’Amazon et plus d’un million à ceux de Google.

« Dix-huit sous-réseaux sont en cours de blocage. […] Tous appartiennent à Amazon ou Google », a par ailleurs déclaré un porte-parole de Roskomnadzor, Alexandre Jarov, cité par Interfax.

« Malgré le blocage, nous n’avons pas constaté une diminution notable de l’activité des utilisateurs, puisque les Russes ont tendance à contourner l’interdiction avec des RPV [VPN en anglais] et des serveurs mandataires [proxy servers] », qui permettent de contourner les blocages en simulant une connexion depuis l’étranger, s’est réjoui sur sa propre chaîne Telegram (compte public auquel l’on peut s’abonner) son cofondateur Pavel Dourov.

« Je vous remercie, utilisateurs russes de Telegram, pour votre soutien et votre fidélité. Merci Apple, Google, Amazon, Microsoft — de ne pas avoir pris part à la censure politique », a-t-il affirmé.

« Pour soutenir les libertés sur Internet en Russie et ailleurs, j’ai commencé à offrir des bitcoins aux particuliers et aux entreprises qui utilisent des serveurs mandataires […] et des RPV. Je suis heureux de donner des millions de dollars cette année à cette cause, et j’espère que d’autres personnes suivront. J’appelle ça la résistance numérique — un mouvement décentralisé qui défend les libertés numériques et le progrès à l’échelle mondiale », a-t-il annoncé.

Fondée en 2013 par les frères Pavel et Nikolaï Dourov, créateurs auparavant du réseau social VKontakte, Telegram a profité, grâce à la sécurité qu’elle offre a ses utilisateurs, des débats de ces dernières années sur la protection de la vie privée lors de l’utilisation des nouvelles technologies.

Telegram compte aujourd’hui 200 millions d’utilisateurs dans le monde, dont 7 % en Russie, selon Pavel Dourov.

Source : Le Devoir, AFP, 17-04-2018

https://www.les-crises.fr/telegram-moscou-serre-la-vis-sur-le-web-par-benjamin-quenelle/

La Chine réfute le rapport d’un groupe de recherche américain sur « la Ceinture et la Route »

La Chine réfute le rapport d’un groupe de recherche américain sur « la Ceinture et la Route »

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xinhua, le 18/04/2018 22:41

La Chine a réfuté mercredi le rapport d’un groupe de recherche américain sur l’initiative « la Ceinture et la Route« , réitérant que cette initiative visait à réaliser une coopération économique gagnant-gagnant.

Selon Associated Press, après avoir analysé 15 projets de ports financés par la Chine, l’institut de recherche C4ADS a tiré la conclusion que ces projets n’étaient pas motivés par un développement économique gagnant-gagnant, mais visaient à élargir « l’influence politique et la présence militaire » de la Chine.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a indiqué lors d’une conférence de presse régulière que l’initiative « la Ceinture et la Route » portait essentiellement sur la coopération économique et que l’idée clé de l’initiative était de promouvoir le développement commun en faisant progresser la connectivité dans le domaine des infrastructures et d’autres secteurs.

Cette initiative a obtenu le soutien d’une centaine de pays et organisations internationales, plus de 80% d’entre eux ayant signé des accords de coopération avec la Chine.

Selon elle, ce soutien mondial n’aurait jamais été possible si cette initiative n’était pas en phase avec la tendance de l’époque et si elle n’apportait pas de bénéfices aux peuples des divers pays concernés.

La porte-parole a souligné que cette initiative était ouverte et transparente, tous les participants étant impliqués dans les consultations en matière de planification et de réalisation des projets.

« La Chine n’a pas de calculs géopolitiques, ne cherche aucun bloc d’exclusion et n’impose aucun accord commercial aux autres, » a-t-elle ajouté.

« ‘La Ceinture et la Route’ est une initiative mutuellement bénéfique et gagnant-gagnant », a affirmé Mme Hua, ajoutant qu’elle permettrait aux autres pays de partager les opportunités liées au développement de la Chine et contribuerait à résoudre les problèmes de développement du monde.

« Au cours de la construction de ‘la Ceinture et la Route’, la partie chinoise insiste sur les règles de marché et prend les intérêts et les préoccupations de toutes les parties en considération », a-t-elle fait savoir.

Un grand nombre de projets de coopération sont en cours de réalisation, et ils ont permis d’améliorer l’économie locale et bénéficié au peuple local, a-t-elle noté.

https://chine.in/actualite/cn/refute-rapport-groupe-americain-sur_108808.html

George Soros n’est pas «prêt à accepter le résultat des élections législatives hongroises»

George Soros n'est pas «prêt à accepter le résultat des élections législatives hongroises»

Alors que le parti dirigé par Viktor Orban, connu pour sa ligne politique anti-immigration et allant parfois à l’encontre des idées de l’UE, a remporté une large victoire aux récentes élections législatives hongroises, George Soros a été accusé par le gouvernement d’ingérence dans les affaires du pays.

Le porte-parole a en outre réaffirmé l’opposition de Budapest aux propositions de l’UE visant à répartir les migrants et a déclaré que l’électorat hongrois avait exprimé sa position anti-immigration à travers les élections qui se sont tenues ce mois-ci.

 

«L’élection a clairement défini le chemin que doit suivre la Hongrie dans la lutte contre la migration», a souligné M.Kovacs.

Budapest avait accusé M.Soros d’avoir embauché quelque 2.000 personnes pour influer sur les élections législatives. Le parti au pouvoir Fidesz et son partenaire de coalition tentent d’interdire ses groupes, tels que l’Open Society Foundation.

Le gouvernement hongrois a une fois de plus mis en garde contre la menace que George Soros représentait pour le pays, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, déclarant mardi que M.Soros n’avait pas accepté le résultat des élections et continuerait de se mêler des affaires du pays dans le but de l’adapter à son programme pro-immigration.

«Les événements de ces derniers jours ont clairement montré que George Soros n’était pas prêt à accepter le résultat des élections législatives hongroises», a affirmé Zoltan Kovacs le 17 avril à Budapest.

M.Kovacs a souligné qu’en plus d’encourager les manifestations antigouvernementales dans toute la Hongrie, M.Soros tentait de remettre en question la légitimité des élections.

«Il est absolument évident que nous pouvons compter sur des représentants et des organisations de l’empire Soros: ils essaieront de briser la Hongrie et tenteront de faire abandonner le point de vue anti-immigration du pays ainsi que forcer un mécanisme de répartition permanent qui pousserait des dizaines de milliers d’immigrants dans les États membres [de l’UE, ndlr]. Cette solution a été préparée par les institutions de l’UE en juin dernier via les réformes dites de Dublin IV», a-t-il poursuivi.

La loi anti-Soros doit encore être votée par le parlement mais le Premier ministre Orban espère que le projet de loi limitera l’influence du financier américano-hongrois dans les affaires intérieures du pays.

 

La Hongrie fait partie de ces États membres de l’UE opposés à l’accueil massif de migrants notamment prôné par la chancelière allemande Merkel.

En 2015, la Hongrie a choisi de construire des barrières le long de sa frontière avec la Serbie et la Croatie afin d’empêcher les migrants en route vers les pays d’Europe occidentale d’entrer dans le pays.

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/04/george-soros-n-est-pas-pret-a-accepter-le-resultat-des-elections-legislatives-hongroises.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

L’enquête de 18 médias internationaux, réunis par l’organisation Forbidden stories, sur la corruption à Malte révèle qu’une banque suspecte a permis l’entrée en Europe de capitaux liés à la dictature azerbaïdjanaise. Une partie de ces fonds a servi à acheter trois entreprises en France.

Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l\'établissement bancaire, à Malte.
Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l’établissement bancaire, à Malte. (MONTAGE A PARTIR DE LA PHOTO DE DARRIN ZAMMIT LUPI / REUTERS)

Comment une fabrique de porcelaine de Limoges (Haute-Vienne), un atelier de linge de maison de Cambrai (Nord) et un fabricant de figurines de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) ont-ils pu tomber dans l’escarcelle d’une famille d’oligarques parmi les plus puissantes d’Azerbaïdjan sans que personne ne le sache ? La réponse passe par Malte.

L’enquête menée par les 45 journalistes du Projet Daphne, qui ont poursuivi le travail de la journaliste Daphne Caruana Galizia, mène à la Pilatus Bank. Cette banque maltaise, ouverte à La Valette en décembre 2013, a été créée par Ali Sadr Hashemi Nejad. Fils d’un milliardaire iranien, il n’aurait jamais dû pouvoir ouvrir une banque en raison des sanctions qui frappent son pays. Il a contourné ce problème en acquérant cinq passeports de Saint-Kitts-et-Nevis. Le petit État des Caraïbes s’est fait une spécialité d’en délivrer en échange de quelques centaines de milliers d’euros.

Deux ou trois clients représentaient 80% des actifs.Maria Efimova
ex-salariée de la Pilatus Bank

La Pilatus Bank ne dispose que d’une centaine de clients. D’après Maria Efimova, ancienne salariée de l’établissement, Ali Sadr lui aurait dit que la banque avait été créée selon la règle des « 3F : friends, family and fools ! » (« les amis, la famille et les idiots »). Cette jeune femme russe est aujourd’hui considérée comme une lanceuse d’alerte par plusieurs députés européens qui connaissent bien le contexte maltais. Après son renvoi de la banque, elle a contacté Daphne Caruana Galizia.

Maria Efimova raconte à la journaliste maltaise que la Pilatus Bank aurait hébergé le compte d’une société offshore, dénommée Egrant, récipiendaire d’un virement d’un million d’euros en provenance d’Azerbaïdjan. Selon l’ex-salariée, la véritable bénéficiaire de cette société serait Michelle Muscat, la femme du Premier ministre maltais Joseph Muscat. Daphne Caruana Galizia publie cette information le 20 avril 2017.

Des soupçons de blanchiment d’argent

Joseph Muscat a immédiatement démenti les révélations de Daphne Caruana Galizia. À ce jour, aucune preuve formelle n’a été publiée selon laquelle Michelle Muscat serait la bénéficiaire d’Egrant. « Si tel était le cas, je démissionnerais », assure Joseph Muscat.

En revanche, la Pilatus Bank est soupçonnée d’avoir blanchi des capitaux douteux en provenance d’Azerbaïdjan. D’après des informations obtenues par les journalistes du Projet Daphne, la banque abriterait au moins une vingtaine de comptes liés à des sociétés suspectées d’appartenir aux familles Aliyev et Heydarov. Il s’agit des deux plus puissantes du pays. Ilham Aliyev vient d’être réélu président de la République dans des conditions contestées. Kamaladdin Heydarov, son « ministre des situations d’urgence », règne quant à lui sur un empire allant de la production de jus d’orange à l’immobilier.

Un rapport pointe des irrégularités à la Pilatus Bank

En mars 2016, un rapport de l’Agence anti-blanchiment maltaise (FIAU) dénonce de graves irrégularités au sein de la Pilatus Bank. Il pointe notamment le fait que la banque accepte des clients à risque et ne semble pas se soucier de vérifier l’origine des fonds. Des agissements contraires à la réglementation de l’Union européenne, dont fait partie Malte. Ce rapport, comme tous les autres, est transmis à la police. Peu après l’avoir lu, le chef de la police maltaise démissionne sans engager de poursuites. En mai 2016, le rapport fuite sur le blog de Daphne Caruana Galizia. En septembre, la FIAU annonce qu’une nouvelle inspection a conclu à l’absence de griefs contre la Pilatus Bank. Sa licence est maintenue. Un mois plus tard, Daphne Caruana Galizia est assassinée.

Le 20 mars 2018, Ali Sadr est arrêté et emprisonné aux États-Unis. Le banquier est accusé d’avoir organisé le transfert de 115 millions de dollars du Venezuela vers l’Iran, via la Suisse et la Turquie. Cela constitue une violation des sanctions américaines. Il risque 125 ans de prison. Sous la pression, l’autorité bancaire maltaise annonce le gel des transactions de la Pilatus Bank.

Trois entreprises françaises rachetées par la société Héritage Collection

L’autorité bancaire européenne s’en mêle et lance à son tour une enquête. « Nous savons que les Azerbaïdjanais cherchent des relais pour blanchir des fonds en Europe », affirme l’eurodéputée écologiste et ancienne juge d’instruction Eva Joly. La Pilatus Bank offrait un paravent efficace. C’est sans doute pour cela que les dirigeants de trois sociétés françaises se demandent depuis des mois qui est leur véritable propriétaire.

À Saint Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), la maison Coquet s’enorgueillit d’avoir Bill Gates, Bernard Arnault ou des émirs du Golfe comme clients. Pourtant, cette fabrique de porcelaine haut de gamme a bien failli disparaître en 2014, à cause de la crise. Elle est alors rachetée par Héritage Collection. Dirigée par l’homme d’affaires Philippe Nguyen, cette société annonce avoir 50 millions d’euros à sa disposition pour créer un groupe de sociétés du patrimoine à fort savoir-faire. En 2015, elle rachète également les Ateliers Porthault, référence dans le linge de maison installée à Cambrai (Nord). Elle reprend ensuite la société Leblon Delienne, spécialisée dans les figurines, à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime).

Des investisseurs très discrets

Philippe Nguyen quitte la direction du groupe en 2017. Nous l’avons eu au téléphone. Il a promis de rappeler, mais ne l’a jamais fait. L’actuel dirigeant d’Héritage Collection, Frédéric Saint-Romain, a répondu. Il nous a expliqué ignorer l’identité des investisseurs qui se trouvent derrière la société qu’il dirige. Trois jours plus tard, nous recevions une lettre de ses avocats nous enjoignant de ne plus contacter de salariés du groupe. Ils ont quand même répondu. Nous leur avons appris qui étaient leurs véritables propriétaires : Nijat et Tale Heydarov. Ce sont les deux fils du ministre le plus riche d’Azerbaïdjan.

Héritage Collection est en réalité propriété d’une société luxembourgeoise, elle-même propriété d’une société maltaise officiellement dirigée par un certain Robert Baker. Tout en haut de la pyramide se trouve un trust situé en Nouvelle-Zélande. Officiellement, il est dirigé par des gestionnaires anglo-saxons. Les informations que nous avons obtenues permettent d’affirmer qu’il agissait en réalité pour le compte des frères Heydarov. D’après nos sources, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, Tracfin, avait été alertée sur un virement suspect à Héritage Collection, fin 2017. Les vérifications ayant montré que l’opération était justifiée, l’affaire en était restée là.

Cette révélation n’a qu’à moitié étonné Laurent Buob, le patron de Leblon Delienne. « J’ai souvent demandé qui étaient les investisseurs à Philippe Nguyen, raconte-t-il, mais on m’a toujours répondu qu’ils étaient à l’étranger et qu’on ne pouvait pas les voir. » Quant à Christian Le Page, PDG de la fabrique de porcelaine Coquet, il a eu vent un jour « d’héritiers du pétrole ».

J’ai fouillé, la secrétaire du comité d’entreprise également, et nous pensions que c’était le prince héritier d’Arabie saoudite.Christian Le Page
PDG de Coquet

D’après nos informations, les frères Heydarov auraient investi 10 millions d’euros dans les trois sociétés. Leblon Delienne a déposé le bilan et cherche un repreneur pour ses quatre salariés. Coquet et Porthault ne sont guère rentables. Les oligarques azerbaïdjanais auraient-ils été abusés sur les perspectives réelles qu’offraient ces investissements ? Leur paravent maltais devenant de moins en moins opaque, l’avenir de leur aventure dans le patrimoine industriel français paraît aujourd’hui très incertain.

« Projet Daphne » : 18 médias internationaux, 45 journalistes, réunis dans l’organisation Forbidden Stories ont poursuivi les enquêtes de Daphne Caruana Galizia. Parmi eux, trois médias français : la Cellule investigation de Radio France, Le Monde et France Télévisions à travers la société de production Premières Lignes. Leurs révélations sont à retrouver sur franceinfo.fr, les antennes de Radio France, dans les médias partenaires et dans « Envoyé spécial », jeudi 19 avril, sur France 2.

La nouvelle conception américaine d’une mission « parfaite » : 32 sur 103

La nouvelle conception américaine d’une mission « parfaite » : 32 sur 103


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 14 avril 2018 – Source The Saker

Oups, il a dit « mission accomplie, parfaitement exécutée » et qu’il était « tellement fier » de son « armée géniale ».

Cela en considérant que 71 missiles sur 103 ont été interceptés.

  • Qu’il n’y a pas eu de victimes syriennes (ou iranienne ou russes)… ;
  • Que pas un seul terrain d’aviation n’a été touché ;
  • Que les bâtiments détruits étaient vides ;
  • Que seule la défense aérienne syrienne a été utilisée ;
  • Que les défenses aériennes russes ont été totalement contournées.

Ce type :

Il a qualifié les frappes de « précises, écrasantes et efficaces » (est-ce qu’il a aussi l’air d’un alcoolique à vos yeux ?).

Enfin et c’est bizarre, il n’y a aucune preuve que les Français aient fait quoi que ce soit (ah, vraiment ?). Oh, en parlant des Français, il semble qu’ils aient averti les Russes de ce qui arriverait. Donc techniquement parlant, les généraux américains disent la vérité lorsqu’ils disent qu’ils n’ont pas averti les Russes mais ont seulement « évité le conflit ».  Les Français ont fait tous les avertissements pour eux.

Quant à cette pathétique performance, le « porte-parole » du Pentagone a dit qu’il avait noté une augmentation de 2000% de l’activité des « trolls russes » au cours des dernières 24 heures.

Sans blague !

Je pense que la destruction totale d’une capacité de guerre chimique syrienne qui n’existe pas pourrait même être qualifiée de « succès infini ».

Attendons plus de détails (de nombreux journaux syriens ont exagéré le nombre de missiles abattus) mais il semble que les Anglosionistes ont opté pour la « moins mauvaise » solution en termes de risques pour notre planète : un « semblant de frappe » symbolique et totalement inutile. Je leur en suis personnellement reconnaissant. Espérons, du moins pour un moment, que leur besoin d’instaurer leur « indispensabilité » sera satisfait.

Je pense aussi que les Russes doivent considérablement augmenter la vitesse et l’ampleur de leur livraison de systèmes de défense aérienne aux Syriens. Un général russe a fait la remarque ce matin qu’ils envisageaient de leur livrer des S-300. Je suppose qu’il vaut mieux tard que jamais. Mais le système le plus nécessaire, c’est les Pantsirs. Les Russes doivent mettre sur pied un programme de mise en place d’urgence, 24h sur 24 et en fournir autant que possible et rapidement que possible car ils sont beaucoup mieux adaptés à ce genre de tâches (des missiles de croisière de défense) que les S-300 beaucoup plus grands.

Encore une chose : tout ce spectacle pathétique à la Disney est une honte et un scandale. Les États-Unis ont vraiment sombré au niveau de dégénérescence montré par Brejnev dans ses dernières années, ou par Eltsine. Franchement, je pense que Trump est encore plus un bouffon que ces deux-là. Quelle honte !

Aparté
Quant à ceux qui se plaignent que Trump est aussi mauvais que Hillary, c’est à la fois vrai et faux. En soi, oui, bien sûr, il l’est. Et il est beaucoup plus stupide qu’elle. Mais l’avoir à la Maison Blanche a offert à la Russie (et à la Syrie) environ une année pour se préparer à ce qui s’est passé hier. Donc, peu importe à quel point Trump est en dessous du pathétique, garder les néocons éloignés du pouvoir pendant une année ou à peu près a donné un peu de temps précieux au reste de la planète. C’est une bonne chose même si Trump lui-même est un lâche maniaque, une merde narcissique et un dangereux bouffon de la pire espèce.

Je veux aussi commenter quelque chose d’autre. Même les deux archi-méchants de notre historiographie officielle, c’est-à-dire Hitler et Staline, se comparent favorablement à Trump sur les points suivants : a) utiliser la diplomatie et b) essayer de construire des alliances. Oui, je sais, tant Hitler que Staline ont utilisé la force (et même les attaques sous faux drapeaux !) mais la force était UN des outils de leurs relations internationales. Au moins les deux Hitler étaient capables de négocier et de construire des alliances. Les clowns à la Maison Blanche ne peuvent même pas faire ça.

Oui, désolé si cela offense quelqu’un, mais les présidents américains ont maintenant sombré plus bas même que Hitler, Staline, Brejnev ou Eltsine.

Donc posez-vous la question : qu’est-ce qui les attend eux et leur régime à l’avenir ?

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Wayan relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-nouvelle-conception-americaine-dune-mission-parfaite-32-sur-103

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

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15 avril, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

Donald Trump a dû redescendre du piédestal sur lequel il était monté il y a quelques jours en rassemblant une force militaire imposante et une puissance de feu rappelant « l’opération Tempête du désert », sans toutefois engager les forces terrestres. Le « plan A » prévoyait une attaque dévastatrice sur la Syrie afin de détruire son armée, le palais présidentiel, ses centres de commandement et de contrôle, ses troupes d’élite, ses entrepôts militaires et de munitions stratégiques, ses radars, ses systèmes de défense et les institutions de ses dirigeants politiques.
Le centre de recherche syrien de Barzé bombardé pendant la nuit du 14 avril 2018

 Le rôle de la Russie avant et après, l’attaque des USA, du Royaume-Uni et de la France, révélé

Avant la triple attaque contre la Syrie par les USA, la Grande-Bretagne et la France, la Russie et le président Vladimir Poutine, en personne, ont maintenu des contacts intensifs jusqu’à 4 heures du matin, afin de réduire la portée de l’attaque et passer à un « plan B » sans conséquence. Dans ses prises de contact avec plusieurs chefs d’État, la Russie a rejeté toute frappe susceptible de paralyser l’armée syrienne, et a informé les dirigeants de Damas que l’Occident allait dorénavant mûrement réfléchir avant de changer radicalement l’équilibre du pouvoir au Levant.

Mais quelle est la véritable raison de ces frappes ? Est-ce la prétendue « attaque chimique » à Douma ? L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques était déjà à Damas et ses membres sont allés à Douma samedi pour inspecter le lieu où l’attaque chimique en question aurait eu lieu. Pourquoi alors n’ont-ils pas attendu de connaître les résultats avant de frapper ?

Des sources à Damas expliquent qu’avant l’intervention militaire des USA, du Royaume-Uni et de la France, l’armée syrienne et ses alliés, avec l’appui de la Russie, étaient en train de mener une attaque d’envergure dans la région rurale d’Idlib et avaient atteint l’aéroport d’Abou al-Duhur lorsque subitement ils ont cessé leur opération pour ce diriger vers la Ghouta.

En effet, la Russie avait informé les dirigeants syriens d’un grand rassemblement de troupes sur la base militaire occupée par les USA à Al-Tanf, à la frontière syro-irakienne, où des dizaines de milliers de mandataires des USA suivent un entraînement militaire continu. Les Russes avaient décelé des mouvements inhabituels et compris que les USA se préparaient à dépêcher leurs mandataires vers la Ghouta orientale, afin d’établir un lien avec les quelque 30 000 djihadistes qui se trouvaient encore dans la Ghouta. Une attaque était planifiée en même temps qu’une diversion provenant de Daraa, au sud de la Syrie, de façon à attaquer le sud de Damas pour duper l’armée syrienne et ses alliés en les amenant à réduire le nombre de leurs combattants autour de la capitale.

Selon les sources, le plan consistait à soutenir leurs mandataires et les djihadistes de la Ghouta pour qu’ils atteignent Damas et en prennent le plein contrôle. Sauf que le déplacement de l’opération militaire de la région rurale d’Idlib à la Ghouta a contrecarré le plan américain qui consistait à imposer à la Russie un confinement forcé à Lattaquié et Tartous pour parvenir enfin à un changement de régime. Ce « plan de génie » aurait gâché tous les efforts déployés par la Russie après presque trois ans de participation soutenue à la guerre en Syrie, tout en permettant aux USA de prendre le dessus, au moment même où Moscou et l’armée syrienne étaient sur le point de mettre fin à la guerre en Syrie, il ne reste que quelques poches de résistance à libérer.

La riposte de la Russie dans la Ghouta a réduit le plan des USA en miettes, en imposant le retrait de dizaines de milliers de militants de la Ghouta avec leurs familles, vers le nord de la Syrie. La capitale est dorénavant beaucoup plus sûre et il ne reste plus qu’une zone au sud de Damas occupée par al-Qaeda et le groupe armé « État islamique » (Daech), au camp de Yarmouk et à al-Hajar al-Aswad.

Aujourd’hui, la Russie a vidé la frappe des USA, du Royaume-Uni et de la France de son contenu et de son objectif en imposant une « attaque restreinte » sans valeur, qui a très peu de chance de changer quoi que ce soit sur le terrain en Syrie.

Lorsque la Russie a promis d’abattre tout missile lancé contre la Syrie, Trump a répondu ceci : « Tiens-toi prête Russie, parce qu’ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents ». Après la frappe, la Russie a répliqué : « Nous avons utilisé de vieux systèmes de défense antiaérienne soviétique contre ces missiles intelligents, nouveaux et très coûteux lancés par les Américains ». Mais ce n’est pas tout. Les frappes des USA et du Royaume Uni.ont atteint des objectifs qu’Israël bombarde pratiquement à partir d’une base régulière. En ayant réussi à intercepter les deux tiers des missiles, comme l’a affirmé la Russie, la Syrie perçoit l’attaque comme une sorte « d’entraînement avec des munitions réelles, en préparation à une éventuelle attaque israélienne sur le territoire syrien ». Israël est très déçu et ne semble pas du tout apprécier le résultat final.

Faisant preuve de retenue et de maîtrise de soi, le secrétaire à la Défense James Mattis, qui avait dit « le Pentagone n’a toujours pas de preuves indépendantes pour confirmer qu’il y a eu une attaque chimique en Syrie la semaine dernière », a signalé que toute attaque de grande envergure en Syrie pouvait provoquer un engagement direct de la Russie et une riposte mortelle contre des objectifs des USA. Mattis a accepté une « frappe honorable » pour sauver la face de son patron inexpérimenté. La frappe du trio en Syrie semble avoir redoré le blason du président syrien Bachar al-Assad. Les gens sont sortis célébrer dans les rues de Damas, en se moquant de l’attaque de l’Occident contre leur pays !

Le trio a évité de provoquer directement la Russie, en contournant les bases et les théâtres opérationnels des Russes au lieu de les survoler. La Russie a imposé sa présence et a provoqué la marine américaine et la marine française en effectuant des simulations d’attaques aériennes, afin de montrer qu’elle était prête à rétorquer. La marine russe était positionnée à l’opposé de la côte libanaise afin de couvrir cette partie et d’éviter les angles morts.

Moscou est parvenu à éviter une confrontation directe avec Washington à l’extérieur de son territoire. La Syrie est entourée de bases militaires US (Israël, Jordanie, al-Tanf, Hassaké, Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Irak, Turquie). La Russie se souvient comment Leonid Brejnev est tombé dans le piège que lui avait tendu la CIA en 1979, en soutenant les moudjahidines six mois avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Zbigniew Brzezinski a dit que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques avait été délibérément provoquée par les USA : « C’était une excellente idée. Elle a entraîné les Soviétiques dans la guerre afghane et nous leur avons procuré une guerre du Vietnam. » Presque 40 ans plus tard, Poutine a évité de tomber dans le même piège. Quelle sera la prochaine étape ?

Maintenant que la sécurité de Damas est assurée, tous les yeux sont tournés vers la ville d’Idlib, au nord de la Syrie, qui est sous le contrôle d’Al-Qaeda. Pourquoi Idlib?

La situation dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, semble liée directement à celle qui prévaut à Foua et Kafraya. Lors des négociations de Zabadani, Al-Qaeda et les alliés de Damas se sont entendus pour qu’al-Yarmouk d’une part, et les deux villes assiégées au nord de la Syrie d’autre part, ne soient pas attaquées. Cependant, Damas fait pression pour nettoyer la capitale complètement, en tentant de persuader ses alliés de revenir sur leurs engagements précédents.

En ce qui concerne Daraa et Quneitra dans le sud, il semble que personne en Syrie n’est prêt à provoquer les USA et Israël en ce moment de tension. Il se pourrait qu’ils ne s’en occupent qu’à la toute fin. Dans la Badia (les steppes syriennes), Daech est complètement encerclé et n’a d’autre choix que d’attendre son extermination dans les prochains mois.

Idlib demeure un problème malgré l’entente économique et financière entre les Turcs, les Russes et les Iraniens. Il ne fait aucun doute que des différences marquées de nature économique existent entre ces partenaires à propos de la Syrie.

Le président turc Erdogan a exprimé son soutien, puis sa satisfaction, à l’égard des frappes américaines en Syrie. La Russie a répondu en lui demandant de remettre la ville d’Afrin au gouvernement syrien. L’envoyé spécial iranien pour les affaires syriennes, Ali Akbar Velayati, a dit ouvertement qu’Idlib est le prochain objectif. Il est donc possible que la Turquie se retire des dizaines de postes d’observation qu’elle possède autour d’Idlib, comme les Russes l’ont fait à Afrin avant l’attaque turque. La Russie s’attend aussi à ce qu’Erdogan annule d’un jour à l’autre la vente précédemment convenue de missiles S-400.

Ainsi, l’aiguille de la boussole pointe vers Idlib, Rastan et Jisr al-Shoughour et les forces armées syriennes se rassemblent dans la région rurale de Lattaquié, en étant prêtes à diviser Idlib après avoir libéré les nombreux villages qui l’entourent.

Ce qui nous amène à la prochaine représentation d’une « attaque chimique » sur le théâtre opérationnel de l’armée syrienne et de ses alliés. Les USA vont-ils défendre Al-Qaeda ? Pourquoi pas ? Il n’a jamais vraiment été question d’utilisation d’armes chimiques, puisque ce sont les USA, eux-mêmes, qui possèdent le plus gros arsenal d’armes chimiques au monde. Le véritable enjeu, c’est la défaite des USA et la domination du Levant par la Russie.

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