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LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

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07.06.2019
La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Depuis l’époque de William Shakespeare, les citoyens décents des États-nations ont été horrifiés par les récits révélant l’intrigue, le complot politique et la violence des élites. Cela est naturel pour les civilisations conservatrices et libérales. Aussi longtemps que subsistent des élites au-dessus des lois, le spectre de l’instabilité sociale et du chaos hantera les rêves de la société. William Shakespeare, le grand dramaturge de la Renaissance anglaise, connaissait bien la peur de l’anarchie. On dit qu’il était obsédé par l’idée de stabilité et qu’il incarnait le motif de la violence sociale à travers plusieurs de ses plus grandes pièces de théâtre. Le roi Lear , considéré par beaucoup comme la plus grande tragédie de Shakespeare, décrit la violence sociale de manière radicale. La pièce ne présente aucune masse dévastatrice de gens ordinaires ressemblant à des bêtes assoiffés du sang de leurs supérieurs naturels. Au lieu de cela, la balustrade aliénée vient des soi-disant supérieurs eux-mêmes. Ce sont le chevalier Edmund, les duchesques de Cornouailles et d’Albany et, bien sûr, le roi Lear lui-même qui se comportent comme des bêtes indescriptibles. C’est le point de Shakespeare. C’est la position injustifiée de chevalier, de duc et de roi qui enlève l’humanité et fait de lui un animal vorace de violence, de tromperie et de convoitise.

Le rôle du pouvoir dans la modernité (c’est-à-dire une société libérale au-dessus de la loi) requiert la violence, l’oppression organisée et le complot dans la recherche et le maintien de la «stabilité». Shakespeare clarifie tragiquement cette douloureuse vérité dans sa grande pièce, King Lear .

Le premier personnage majeur du roi Lear à éblouir le honnête avec sa faim, sa duplicité et son meurtrier est le méchant chevalier Edmund. Fils illégitime du comte de Gloucester, Edmund a vécu toute sa vie dans un milieu dangereux. Pire qu’un roturier en ce sens qu’il est le produit d’une union sexuelle illégale, mais meilleur que votre chevalier célibataire moyen en ce sens qu’il est manifestement très aimé et protégé par son père le comte, le «fripon» et le «putain» Edmund profite instantanément de son statut particulier. Premièrement, il rejette absolument toute « coutume » régissant les relations sociales et déclare que seule la « Nature » doit guider son comportement. En d’autres termes, Edmund vivra selon une seule « loi »: la loi de la jungle qui tue ou se fait tuer. Il fait cela pour « grandir », « prospérer ». Il entre ensuite dans une série d’intrigues, par le biais de mensonges et de manipulations, par lesquelles son demi-frère, puis son père, et même la famille royale elle-même, sont pris au piège et détruits. Pendant tout ce temps, Edmund grandit, il prospère. Il est officiellement adopté par Gloucester, hérite ensuite du comté de son père et devient le vassal de Cornouailles. Il commande enfin des armées et aspire à la royauté de la Grande-Bretagne. Comme il le fait remarquer de manière caractéristique dans l’acte V, «être tendre ne devient pas une épée». C’est par sa cupidité, sa malhonnêteté et sa violence totalement débridées qu’Edmund passe de «bâtard» à «meilleur des meilleurs». Aux yeux d’Edmund, c’est naturel. La civilisation libérale, injustifiée, avant tout la loi, dans laquelle il vit le fait.

Tout comme Edmund est encouragé par la nature de la société moderne moderne à tracer son chemin vers le sommet, de même pour les deux filles aînées du roi Lear, Goneril et Regan. À peine ont-ils reçu une part égale du royaume de leur père («que le futur conflit soit évité») que Goneril et Regan commencent à se traquer comme des bêtes de proie. L’acte II a à peine commencé avant que ne soit révélé le premier murmure de la guerre «Les ducs de Cornouailles et d’Albany». Cette «division entre les ducs» s’aggrave au fil de la pièce, jusqu’à ce que Regan dise de sa soeur Goneril: «Je ne la supporterai jamais». Regan cherche à détruire sa soeur. Elle doit. Sinon, elle craindra à jamais que Goneril la détruise. De même, les deux filles conçoivent «un complot de mort» sur leur propre père. Encore une fois, faire autrement inviterait Lear à «reprendre la forme» du roi et à se venger d’eux. Lorsque Goneril et Regan découvrent que leur pouvoir est menacé par Cordelia (qui, aux côtés du roi Lear, constituerait un très redoutable adversaire), ils s’en prennent à tous les côtés au «traître [s]». Ils arrêtent le comte de Gloucester et lui arrachent sauvagement les yeux. Regan enterre un poignard dans le dos d’un serviteur qui s’oppose physiquement au mauvais traitement du comte. Goneril a ensuite poignardé sa sœur dans le dos avec une fiole de poison mortel.

Ce paroxysme de violence, qui finit par engloutir tous les personnages principaux de la pièce sauf deux, est causé par la nature même de la société. Pour rester supérieur en toute sécurité et de manière stable, il faut avoir le pouvoir, la connivence et la mort.

Le spasme total de grève et de contre-grève dans la pièce se déroule sur une période extrêmement courte. Peut-être trois semaines s’écoulent-elles entre le début et la fin de l’action. Par conséquent, le personnage principal qui jouit de la position et du pouvoir le plus longtemps n’est autre que le roi Lear lui-même. «À quatre ans et plus», le roi gagne et maintient le pouvoir depuis de nombreuses décennies. La pièce est explicite sur la façon dont il a fait cela. Le roi Lear protège son pouvoir de longue date en frappant instantanément et violemment toutes les menaces perçues. Tout d’abord, il désavoue sa fille préférée, Cordélia, pour avoir refusé de participer au célèbre concours d’amour de la pièce. Il bannit ensuite le comte de Kent pour le contredire. Il attaque ensuite le roi de France pour ne pas avoir abandonné son costume pour la main de Cordélia. Il menace ensuite ses deux autres filles en disant à Goneril qu’il aimerait «écorcher son visage de loup» et à Regan que ses «vengeances [contre elle] seront les terreurs de la Terre!» Même à la fin de la jouer, il reste des vestiges du soi violent et avide de pouvoir de Lear. Quand on parle de ceux qui l’ont méprisé, tout ce qu’il peut dire, c’est «Tue, tue, tue, tue, tue, tue!». Lear doit éliminer tous les défis qui pourraient être présentés à son autorité. Il explique cet impératif au début de la pièce lorsqu’il déclare au comte de Kent:

Tu as cherché à nous faire rompre nos voeux,

Ce que nous n’avons pas encore fait et avec une fierté tendue,

Pour venir entre notre phrase et notre puissance,

Que ni notre nature ni notre place ne peuvent supporter,

Notre puissance rendue bonne, prenez votre récompense.

La «puissance», le «lieu» et même la «nature» de Lear en tant que personne dépendent d’un rapport de type «tout ou rien» avec ceux qui se trouvent en dessous de lui dans l’ordre social. Ils ne peuvent pas interroger. Ils ne peuvent pas carpes. Faire ainsi, Lear se rend sur le coupable destruction immédiate. C’est seulement ainsi que le roi Lear pourra continuer son règne saisissant, arbitraire et violent.

La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Vu sous cet angle, le comportement condamné de Lear ne signifie pas qu’il détruit aveuglément ses amis et renforce ses ennemis.C’est que Lear aspire à céder les règnes du pouvoir royal en premier lieu. Un homme dans sa position n’a pas la liberté de faire une telle chose. Le système lui-même l’interdit. Un tel système est constamment au bord de l’anarchie. La modernité est dans une constante, folle, frénésie de préservation de soi. La violence sociale menace à chaque instant, non seulement des couches inférieures, mais également des classes supérieures elles-mêmes (l’aristocratie est encore plus encline à adopter un comportement insensé). Toute la carrière de Shakespeare montre qu’il était très conscient de ce fait tragique et douloureux. Le motif de la violence sociale est tissé dans presque toutes ses pièces. Dans chacune d’elles, Shakespeare exprime les inquiétudes les plus profondes de citoyens honnêtes et de tous les jours. Si les citoyens d’aujourd’hui répondent au roi Lear de Shakespeare avec ce sentiment de pitié et d’horreur qui est le but de la tragédie, ce n’est pas pour le vieux roi «stupide» qu’ils ressentent une émotion aussi profonde. En fin de compte, leur profonde tristesse et leur profonde peur se font sentir dans l’ensemble de la civilisation libérale, car notre société mondiale actuelle est tout aussi gourmande, menteuse et moralement sanglante que celle de Shakespeare.

 

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Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Le 28 mai 2019, suite à un vote du Parlement, Nechirvan Barzani a été élu président du Kurdistan irakien avec 68 voix sur 111. Après plus de 8 mois de tractations, il devient le 2ème président de cette entité politique autonome reconnue par la constitution irakienne depuis le 15 octobre 2005. Barzani va devoir faire face à de nombreux défis. Il devra notamment apaiser la vie politique kurde et renouer avec Bagdad, tout en faisant face aux fortes pressions internationales.



L’élection de Nechirvan Barzani : entre continuité et rupture

Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019.
Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019

L’élection de Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien est le choix d’une rupture dans la continuité. Il y a continuité car Barzani fait partie du système politique kurde depuis 1991, et est donc ancré dans le cadre du système. Cette élection assoit d’ailleurs la domination du Parti démocratique du Kurdistan, qui s’était déjà manifestée lors des élections législatives fédérales de mai 2018 puis des législatives pour le Parlement local en septembre 2018. 
Depuis de nombreuses années, la famille Barzani a une influence majeure sur le jeu politique du Kurdistan irakien. Massoud Barzani, oncle de Nechirvan et ancien président, n’est pas seulement une figure tutélaire mais dispose d’une réelle influence. Lors de ses interventions, il ne se présente pas comme le président du PDK, mais comme la référence absolue de la question kurde en Irak et dans le monde. Il est le référentiel, celui qui intervient dans les moments difficiles. Aucune décision politique majeure ne saurait être prise sans passer par le filtre de Massoud Barzani. Il reste le chef naturel du Kurdistan irakien.

Les autorités du Kurdistan sont ainsi phagocytées par le clan de Barzani et donc par le parti-clan du PDK. La nomination future par Nechirvan Barzani de son cousin Masrour comme chef du gouvernement affirme le rôle prépondérant du PDK sur la vie politique, qui ne saurait se tarir dans les années futures.

Toutefois, une rupture est perceptible dans cette continuité. En effet, Nechirvan Barzani fait partie de la branche du PDK favorable à une ouverture sur le monde, à la modernisation, la libéralisation. Il souhaite également la normalisation des relations avec Bagdad, Ankara, ou encore Téhéran. Il est ainsi un représentant de la partie modérée du PDK. C’est pour cela qu’il est possible de parler d’une rupture dans la continuité.

Le déchirement de la maison kurde entre deux grands partis-clans

Le Kurdistan irakien est sujet aux conflictualités géopolitiques, culturelles et administratives. Celles-ci se sont cristallisées à travers l’opposition entre le PDK et l’UPK. Depuis 1991, le PDK gère le nord du Kurdistan irakien tandis que l’UPK domine le sud du Kurdistan irakien, et notamment la région de Kirkouk. Au dessus de cela, le nord est sous l’emprise de la Turquie alors que le sud est sous l’influence de l’Iran. Cette division administrative, politique et sociale est source de désaccords profonds. Ainsi, l’UPK et le PDK n’ont pas réussi à trouver de consensus concernant le poste du gouverneur de Kirkouk. De même, le poste de ministre de la Justice à Bagdad est toujours vacant puisque les deux partis-clans n’ont pas trouvé d’accord pour présenter un candidat unique. Le porte-parole de l’UPK, Cheikh Omar, a d’ailleurs déclaré que « le Parti démocratique du Kurdistan ne doit pas mettre sur la touche ou marginaliser d’autres partenaires politiques et prendre des décisions unilatérales ».

De plus, suite à la disparition de son leader Jalal Talabani en octobre 2017, l’UPK est traversé par des divisions profondes. Il n’y a plus de référentiel, de personnalité charismatique pour s’imposer dans ce parti. L’UPK est ainsi divisé en quatre branches, et le PDK ne sait plus à qui s’adresser. Aujourd’hui, l’UPK est dans l’incapacité de forger une politique et une vision commune vis-à-vis d’Erbil, de Bagdad, ou même à l’échelle internationale.

Les enjeux de la relation future entre l’Irak et le Kurdistan irakien

L’élection de Nechirvan Barzani pose aussi la question de la relation future d’Erbil avec Bagdad. Suite aux représailles du pouvoir irakien après le référendum d’autodétermination du Kurdistan irakien de septembre 2017, les désaccords sont en effet importants.

Toutefois, le président irakien Barham Saleh est d’origine kurde, ce qui peut être un facilitateur du renouement Irak/Kurdistan. Malgré cela, Saleh souffre d’un problème de légitimité. En effet, le gouvernement de Barzani ne le reconnaît pas comme le représentant du peuple kurde à Bagdad. Barzani a de meilleures relations avec le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi, qui est perçu comme un pro-kurde.

Le contact est néanmoins facilité, mais les dossiers de désaccords sont présents. Il est notamment question des ressources naturelles, du statut des Peshmergas et des territoires disputés entre Erbil et Bagdad. La légitimation du gouvernement de Nechirvan Barzani passera par le règlement de ces questions, qui risquent d’animer le débat politique dans les années futures.

Sources :

– « Netchirvan Barzani élu président du Kurdistan irakien, son clan maintient sa domination sur la région », Le Monde, 2019 (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/28/netchirvan-barzani-elu-president-du-kurdistan-irakien_5468564_3210.html)

– « Irak – Kurdistan : quelle distance entre Bagdad et Erbil ? », France Culture, 2019 (https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/les-enjeux-internationaux-emission-du-mercredi-29-mai-2019)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Les Etats-Unis ont réussi à déclencher une guerre asymétrique dans le golfe persique. Comme si la région en avait besoin ! Mais c’est bon pour eux, pour les cours du pétrole et les actions en bourse du complexe militaro-industriel : America first ! Les bruits de bottes et de torpilles atténuent le fiasco annoncé du fameux « deal du siècle », un « plan de paix globale » entre Israël, la Palestine et le monde arabe. Préparé par le propre gendre de Donald Trump, cette imposture, qui doit être dévoilée à Bahreïn le 24 juin prochain, vient d’être qualifiée de « morte née » par le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo lui-même… C’est dire ! Mais, pour ne pas être totalement ridicule, le même vient d’effectuer une tournée dans les pays arabes afin de s’assurer (chèques à l’appui) que les chaises ne seront pas complètement vides. Les « amicales » pressions ont surtout visé le Maroc et l’Egypte, les deux pays sunnites clefs du dispositif moyen-oriental de Washington. Par conséquent, la dernière petite guerre persique arrive à point nommé pour mettre toutes les difficultés de la région sur le dos de l’Iran. Voulant laisser se dissiper les fumées propagandistes, prochetmoyen-orient.ch reviendra sur ces différents événements, la semaine prochaine.La rédaction

 

Tripoli (Liban), Ehden, 13 juin 2019.

Se rendre par avion à Erbil – la capitale du Kurdistan irakien, à 70 kilomètres de Mossoul – est plus facile que d’aller à Nice, Dublin ou Genève. Pas besoin de visas, ni d’aucune formalité avec la capitale irakienne Bagdad. Un contrôle d’identité à l’aéroport est effectué par des vigiles dont les uniformes n’arborent aucun insigne, ni marque d’appartenance à une quelconque unité. Etrange pour cette région – pourtant politiquement et économiquement stratégique – qui continue d’appartenir officiellement à la République d’Irak.

C’est d’autant plus curieux… ou plutôt non c’est parfaitement logique, parce qu’à l’image du Kosovo, le Kurdistan irakien est devenu une petite dictature mafieuse dirigée par un clan – les Barzani -, et protégée par un Etat de la région : Israël.

TINTIN ET LE SCEPTRE DE BARZANI

Cette entité – hors-sol régalien – est, désormais dirigée par deux cousins : Netchirvan et Mansour Barzani. Les nouveaux président et Premier ministre du Kurdistan sont respectivement le neveu et le fils du chef historique Massoud Barzani. « Malgré le passage de relais entre générations, le spectre de celui qui fut président du Kurdistan depuis la création du poste en 2005 jusqu’à l’échec du référendum sur l’indépendance en 2017, continuera de planer sur la politique kurde », explique un diplomate européen en poste à Erbil. Lundi dernier, Netchirvan Premier ministre sortant (52 ans) a prêté serment comme nouveau président du Kurdistan. Il est le gendre de Massoud Barzani. Le lendemain, Masrour Barzani, patron des services kurdes de renseignement (50 ans) et cousin du nouveau président, a été nommé au poste de Premier ministre. A part les Etats-Unis de Donald Trump, aucune dictature jusqu’à aujourd’hui n’avait réussi un tel tour de force !

Le grand-père des deux nouveaux dirigeants Moustafa Barzani a fondé le premier parti politique du Kurdistan – le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) – grand vainqueur des élections législatives de 2018 avec 45 sièges sur 111. « De fait, le centre de gravité de la vie politique kurde s’est déplacé des institutions officielles vers les cercles officieux et familiaux », expliquent un attaché militaire européen en poste à Bagdad, « la famille Barzani s’étant imposée comme une institution alternative dont Massoud reste le vrai patron, sinon le ‘Parrain’ ». Symboliquement, lundi – aussitôt la prestation formelle de Netchirvan Barzani -, c’est son oncle Massoud qui a été le premier à monter à la tribune pour prononcer un long discours avant le nouveau président et toute autre autorité irakienne.

« Malgré leurs ambitions contradictoires allant grandissantes – au final, qui sera calife à la place du calife ? -, Netchirvan et Masrour Barzani devront restés unis face aux défis extérieurs, c’est-à-dire face à la capitale nationale Bagdad, mais aussi face aux intérêts iraniens, syriens, turcs et israéliens qui ne coulent pas dans le même fleuve tranquille… Faire front commun pour ne pas casser la poule aux œufs d’or d’une région qui regorge de pétrole… ». Toutefois, l’empire de la famille de Don Barzani n’est plus la chasse gardée du seul PDK.

Son grand rival, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du défunt président irakien Jalal Talabani, veille au grain tout en fonctionnant de manière toute aussi mafieuse. C’est d’ailleurs le fils de Jalal, Qubad Talabani, qui était le vice-Premier ministre de Netchirvan Barzani. Selon les connaisseurs, il pourrait conserver ce poste pour des raisons évidentes de prébendes liées à la répartition de la rente pétrolière.

BAGDAD, CRABE AUX PINCES D’OR RAMOLLIES

Dans ces circonstances que seuls les tintinologues avertis peuvent aisément déchiffrées, il apparaît que les derniers développements du Kurdistan d’Irak affaiblissent dangereusement Bagdad, dans un contexte particulièrement volatile où justement la république irakienne pourrait jouer un rôle de médiation de premier plan entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Selon plusieurs sources de prochetmoyen-orient.ch, le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi a formé un « Comité de médiation » dirigé par le ministre des Affaires étrangères Mohammed Ali al-Hakim. L’équipe comprend notamment le chef des services de renseignement, Mustafa al-Kadhimi, et le directeur du Conseil de sécurité nationale, Faleh al-Fayadh.

Pour jouer un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, l’Irak doit maîtriser les leviers de pression afin d’imposer sa place à la table des négociations. Les États-Unis et l’Iran considèrent tous deux l’Irak comme une priorité absolue. La stabilité d’un Irak reconstruit (avec eau et électricité) peut-elle fonctionner comme une monnaie d’échange potentielle ? Jusqu’à récemment, Téhéran et Washington ont pu collaborer épisodiquement pour combattre le terrorisme, mais moult tensions – à commencer par la pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak- menacent cette recherche d’équilibre. « L’Irak est comme un crabe aux pinces d’or ramollies », ajoute l’une de nos sources, « ramollies par un Kurdistan d’Irak de plus en plus autonome vis-à-vis de Bagdad et de plus en plus dépendant d’Israël ».

Ni Téhéran ni Washington ne sont omnipotents ou omniscients en Irak. Les deux pays ont commis des erreurs et continuent d’en faire : l’instrumentalisation du terrorisme par les Occidentaux en Irak et en Syrie pour abattre Bachar al-Assad, la consolidation par Téhéran d’une suprématie chi’ite aux détriments des tribus sunnites irakiennes, la mise sous tutelle du Kurdistan d’Irak par les services et les investissements israéliens, etc. Des deux côtés, chacun des partenaires ont intérêt à un Irak reconstruit, jouissant d’une stabilité durable, pivot d’équilibre entre les mondes sunnites et chi’ites.

Dans ce contexte, dernièrement aggravé par le déclenchement d’une « guerre asymétrique » dans le golfe persique, guerre dont Washington porte la plus grande responsabilité, l’Irak doit s’efforcer de travailler avec l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux qui ne veulent pas voir le conflit américano-iranien tourner à la catastrophe d’une nouvelle guerre ouverte dans cette région ô combien stratégique, et pas seulement en raison de ses enjeux énergétiques, mais aussi comme l’une des principales voies maritimes du monde ! De nombreuses capitales européennes – Londres, Berlin, Paris – s’efforcent de trouver des moyens pour empêcher l’emballement de l’inexorable machinerie de guerre enclenchée par les « Faucons » de Washington, bien conscientes qu’il n’est dans l’intérêt de personne de voir la crise d’intensifier. C’est dans cet état d’esprit que Paris a lancé plusieurs initiatives dont l’une vient de tourner court…

L’AFFAIRE KOUCHNER-TOURNESOL

Malheureusement, on reste ici dans le domaine improbable de la tintinologie illustrée, puisque le Quai d’Orsay a – dans la plus grande discrétion – confié une mission de « bons offices » à l’affairiste Bernard Kouchner (BK). Affairiste ? Oui, le qualificatif n’est pas trop fort depuis que les tribulations financières répétées de l’ancien French Doctor – de la Birmanie à différentes républiques bananières d’Afrique – ont fait oublier que BK a prétendu être ministre des Affaires étrangères de la France. Certains de ses plus proches collaborateurs d’alors n’hésitaient à parler du « patron » comme d’un « ministre parfaitement ‘étranger’ aux intérêts de la France », qualifiant l’attelage Kouchner/Ockrent de « Thénardier », rappelant ainsi les méfaits du couple d’usuriers qui retenait en esclavage domestique cette pauvre Cosette des Misérables. Et en la matière, le couple en connaît un rayon, définitivement répertorié par l’un des livres les plus remarquables de Pierre Péan1.

Discrétion du Quai, parce que les communicants de l’Elysée savent trop que l’image ce bon Bernard est désormais déplorable auprès d’une majorité de Français ; l’ancien « médecin sans frontière » ayant rejoint l’étagère des Tapie, Balkany Cahuzac et autres héros frelatés de la République. Discrétion aussi, parce que – pour une fois – le Quai a eu l’intelligence d’observer les contraintes d’une diplomatie secrète, souvent la plus efficace mais devenue tellement rare à l’heure des télés-robinets ouverts en permanence… Malheureusement, l’erreur de casting ne pouvait que tourner au désastre, d’autant que l’impétrant n’est pas vraiment connu pour sa discrétion.

Mais c’est surtout l’objet principal de cette mystérieuse « mission Kouchner » qui pose le plus de questions. Globalement, prochetmoyen-orient.ch a pu obtenir la confirmation qu’il s’agissait d’essayer de mettre de l’huile dans les rouages entre Erbil et Bagdad, tant sur l’usage des ressources pétrolières que sur le statut de pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak, finissant par mettre en péril la crédibilité même du premier ministre irakien Adil Abd al-Mahdi2 qui pourrait s’imposer comme l’une des figures régionales.

En octobre 2017 déjà, Bernard Kouchner s’était invité avec Bernard-Henri Lévy (lui aussi grand diplomate méconnu) à Erbil pour faire l’apologie de l’indépendance du Kurdistan d’Irak. Sur la photo, ils encadraient Massoud Barzani tout sourire3 A l’époque, le Times of Israël écrivait : « « Bernard Kouchner, ancien membre du PS et ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a apporté dimanche son soutien au référendum d’indépendance du Kurdistan irakien, prévu le 25 septembre et auquel s’opposent les États-Unis. » Si Kouchner n’a pas été ministre des Affaires étrangères même s’il en avait le titre, la feuille israélienne reprend ses propos avec délectation : « Tout le monde profite des Kurdes, mais on ne veut pas qu’ils soient indépendants. Quand même, c’est d’un cynisme invraisemblable », s’est insurgé l’ancien French doctor au micro de l’émission « Internationales » (TV5 Monde/RFI/Le Monde). « C’est le plus grand peuple sans État », a souligné Bernard Kouchner, se revendiquant comme « le plus vieux soutien des Kurdes ». Le plus vieux ? a voir…

A l’époque, cette démarche kouchnéro-bhélienne avait été chaudement encouragée et officieusement adoubée par une vieille copine de Bernard – Tzipi Livni – ancienne du Mossad ayant occupé différents postes ministériels sous Sharon et Olmert4. La présence du Mossad dans quatre des six gouvernorats du Kurdistan (As-Sulaymaniya, Erbil, Duhouk et Halabja) est une vieille histoire qui remonte aux années 1970, lorsque Saddam Hussein signait avec les deux partis autonomistes, le PDK et l’UPK, un accord relatif à un statut d’autonomie du Kurdistan irakien. La révolution islamique d’Iran de 1979 devait renforcer la présence des barbouzes israéliennes, de même que l’invasion anglo-américaine du printemps 2003. Plusieurs services européens de renseignement suspectent alors le Mossad d’avoir favorisé l’installation d’Abou Moussab al-Zarqaoui au Kurdistan d’Irak. Responsable d’Al-Qaïda en Irak, puis précurseur de l’organisation État islamique (Dae’ch), il aurait bénéficié de la logistique du service israélien, afin de déstabiliser l’Irak en ciblant prioritairement des chiites… tout en attisant des groupes armés dans le Kurdistan d’Iran.

Pour Israël, un Kurdistan irakien indépendant lui étant acquis, pourrait permettre de contrer l’influence du « croissant chi’ite » – allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par l’Irak et la Syrie – tant redouté. Concernant l’enjeu énergétique, il faut rappeler que près de 40 % des réserves de brut d’Irak se trouvent dans la province de Kirkouk, zone grise entre Bagdad et Erbil. D’après un article du Financial Times britannique de 2015, il est rappelé qu’Israël importe plus de 75 % de son pétrole du Kurdistan irakien. Les investissements israéliens sont donc considérables au Kurdistan, non seulement dans le domaine militaire, mais également dans ceux de la communication, de la construction et de l’énergie.

Toujours est-il que la mission Kouchner a vite tourné à l’affaire Tournesol, notamment en raison du tempérament sanguin de l’ancien médecin qui a toujours eu le plus grand mal à contrôler ses nerfs. Ayant séjourné, avec dame Ockrent au « Classy-Hotel-Erbil » (dans le quartier chrétien historique de Ankawa, dans la banlieue d’Erbil) du 6 au 9 mai derniers, il a multiplié les esclandres publics sous prétexte que sa chambre n’était pas suffisamment kouchnérienne pour le couple Thénardier… Chaque fois, dame Christine a réussi à le retenir par la manche, évitant au couple que l’affaire ne prenne plus d’importance. Pour une mission secrète, c’était réussie ! Saurons-nous un jour combien d’euros aura coûté au contribuable français cette pantalonnade ?

Gêne palpable aussi chez les accompagnateurs – plusieurs experts de la Direction ANMO (Afrique du Nord/Moyen-Orient) du Quai, qui – eux-aussi – se déclaraient très insatisfaits de leur séjour, mais pour des raisons professionnelles. Du côté de l’ambassade de France à Bagdad (qui fait un excellent travail), on enregistre le même embarras face à cette « mission » qui « n’aura en rien contribué à éclaircir l’approche française de l’Irak et la stratégie régionale du Quai que personne ne comprend », dixit un diplomate européen en poste à Bagdad ! Autre exception française : le consul général de France à Erbil, qui fait tout son possible pour entretenir les meilleures relations possibles avec le PDK – va souvent jusqu’à contredire les efforts construits de l’ambassade de France à Bagdad…

Toujours est-il qu’en dépit de la dernière « mission Kouchner » et de l’introuvable stratégie française pour la région, l’une des questions centrales continue toujours de s’agréger autour de la présence militaire américaine en Irak et dans le nord du pays : environ 30 000 (forces spéciales, contractors et autre conseillers), selon les connaisseurs. Et cette présence pèserait d’un poids certain dans le bras de fer engagé actuellement contre l’Iran dans le golfe persique.

POST SCRIPTUM : ENCORE BRAVO A ERIC CHEVALLIER !

Quelques jours suivants les éclats Erbilo-hôteliers de Bernard, un autre Kouchnérien historique a commis une grosse bourde. En effet, le directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS) du Quai d’Orsay – Eric Chevallier – ancien ambassadeur de France – en ligne droite – de Syrie au Qatar (cela ne s’invente pas !) est allé récupérer une quinzaine de gosses de jihadistes français en Syrie, dans une zone aux mains des Kurdes. Tout content, il pose sur la photo, entouré d’une solide délégation du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). A l’évidence, l’ancien médecin Chevallier – comme son mentor Bernard Kouchner qui en a fait un ministre plénipotentiaire en carton – ne sait visiblement pas que le PKK est inscrit sur la liste européenne des organisations terroristes ! Immédiatement, la photo fait le tour des réseaux numériques en passant – bien-sûr – par Ankara.

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Sans surprise : quelques jours plus tard, Eric Chevallier qui devait faire halte en Turquie, s’est fait traiter de tous les noms d’oiseaux par la presse d’Erdogan. Et l’ambassadeur de France à Ankara s’est proprement fait engueuler par le ministère turc des Affaires étrangères. L’ambassadeur français « thématique », en charge de la Syrie (dont on a oublié le nom parce qu’il a disparu de la circulation, quasiment dès le lendemain de sa nomination) n’en n’a pas pour autant réapparu… Que la diplomatie est un métier difficile. Et il ne suffit pas d’avoir été un copain des French Doctors pour en manifester spontanément toutes les aptitudes…

Richard Labévière

1 Pierre Péan : Le Monde selon K – Une biographie critique de Bernard Kouchner. Editions Fayard, mars 2009.
2 Adil Abd al-Mahdi est né en 1942 à Bagdad. Il est  Premier ministre de l’Irak depuis le 25 octobre 2018. Jusqu’en 2017, il a été membre du puissant parti chiite du Conseil islamique irakien suprême (SIIC). Longtemps basé dans l’Iran voisin, cette formation s’est opposée à une administration américaine de l’Irak tout en maintenant des liens suivis avec des groupes soutenus par Washington qui se sont opposés à Saddam Hussein, notamment des Kurdes et le Congrès national irakien. Il a été l’un des vice-présidents de la République, avec Tareq al-Hachemi, de la mise en place de l’État irakien qui a suivi les élections de janvier 2005 jusqu’en 2011. Il a été aussi ministre du Pétrole de septembre 2014 à mars 2016. Francophile, il entretient les meilleures relations avec Paris.
3 Richard Labévière : « Kouchner, Israël et l’indépendance des Kurdes ». Afrique-Asie, 11 octobre 2017.
4 Tzipi Livni a commencé à travailler pour le Mossad dès le début des années 1980 : « J’ai servi pendant quatre ans au sein du Mossad. J’ai également suivi des stages de formation et j’ai été en fonction à l’étranger », a-t-elle déclaré à la radio militaire israélienne. Elle occupa officiellement le poste de conseillère juridique de 1980 à 1984, mais a été, selon le Sunday Times, un agent clé en Europe pour au moins quatre ans, période durant laquelle elle a appartenu au Kidon (« baïonnette » en hébreu : le service action du Mossad). Francophone, elle a été basée à Paris et dirigé ce que l’on appelle une safe house, maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli pour ses collègues du Mossad.

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

CENSURE : APRÈS LE SECTEUR DE LA RECHERCHE, C’EST AU TOUR DE L’INFORMATION !

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« À force de tout voir l’on finit par tout supporter…

À force de tout supporter l’on finit par tout tolérer…

À force de tout tolérer l’on finit par tout accepter…

À force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

(Saint Augustin)

Et, c’est bien ce à quoi l’on assiste aujourd’hui dans le domaine ô combien sensible de la défense des libertés publiques dans notre pays. Décidément, plus la Macronie se sent assiégée, plus elle se cabre comme le font traditionnellement les régimes autoritaires. Malheureusement, les exemples de cette dérive « illibérale » auraient tendance à se multiplier au cours des derniers mois, des dernières semaines. Nous avons eu l’occasion d’en informer nos fidèles lecteurs afin de les alerter sur ces facéties d’un régime qui est de plus en plus aux abois et qui pratique une forme pernicieuse de censure inacceptable de la part d’un pays qui s’autoproclame « patrie des droits de l’homme » et qui se présente comme un modèle à suivre de démocratie et d’état de droit. Dans la pratique, le moins que l’on puisse dire est que la réalité est plus contrastée. Un léger retour en arrière s’impose pour mieux comprendre l’état de la situation actuelle de la liberté d’expression dans notre pays : centres de recherche déviants, journalistes indiscrets, pressions sur les quotidiens régionaux libres et vaste plaisanterie de la récente loi sur les « infox ». Pour conclure, nous évoquerons la vérité de la République des bobards.

LA CENSURE DES CENTRES DE RECHERCHE DÉVIANTS

En février 2017, nous stigmatisions la censure sévissant au Quai d’Orsay à l’égard d’un blog consacré à la défense des libertés publiques1. En avril 2019, nous prenions note de la question de la censure française, en général et des foudres qui se sont abattues sur le colonel François-Régis Legrier, après son article sur la Revue défense nationale, critique intitulé : « La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? »2. L’agence française de développement a annulé la publication d’un dossier sur le Mali qui devait paraître dans sa revue Afrique contemporaine, animée par des chercheurs-universitaires, provoquant une mini-fronde dans le milieu de la recherche sur l’Afrique3. Manifestement, toute vérité – autre que la vérité officielle (la pravda pour reprendre le terme consacré) – n’est pas bonne à dire au pays qui se revendique de la liberté d’expression. Voilà pour le monde de la recherche dont on comprend qu’il est tenu brides courtes afin qu’il ne s’avise pas de critiquer la doxa. Et ce ne sont là que les exemples médiatisés. L’arbre qui cache la forêt tant les centres de recherche dépendant des subsides publiques (l’argent du contribuable) doivent marcher au pas s’ils veulent survivre. C’est du donnant-donnant, je te tiens, tu me tiens par la barbichette. On comprend mieux pourquoi la pensée libre, iconoclaste, non-conformiste est de plus en plus cadenassée dans l’hexagone. Haro sur tout ce qui fait preuve de sens critique.

Hier, l’on s’attaquait à la recherche en lui supprimant des subsides pour la faire rentrer dans le rang, aujourd’hui c’est au tour des médias de goûter aux joyeusetés de la dictature macronienne, digne des grands classiques de la période communiste.

LA MISE À L’INDEX DES JOURNALISTES INDISCRETS

Il y a peu des journalistes du site Disclose qui enquêtaient sur les livraisons d’armes au Yémen étaient convoqués au siège de la DGSI à Levallois-Perret (la bonne ville du bon maire, Patrick Balkany) pour leur rappeler que la publication de notes confidentielles de la DRM s’apparentait à une compromission du secret de la défense nationale, délit passible de poursuites pénales4.

Après, c’est la journaliste Ariane Chemin qui fait les frais de la vindicte jupitérienne sans parler du Directeur du Monde. Elle est convoquée comme suspecte par la DGSI en marge de l’affaire Benalla5. Cela fait suite à la tentative de perquisition de Mediapart dans le même dossier et aux auditions comme suspects de journalistes dans le dossier des armes françaises au Yémen6. À chaque fois, les enquêtes sont dirigées par le même homme : le procureur Rémy Heitz7, un juge soi-disant indépendant et impartial aux ordres de l’Élysée, le petit doigt sur la couture du pantalon. L’affaire commence à faire des vagues si l’on en croit la revue de presse effectuée par le ministère des Armées (DICOD).

Début de citation

« La convocation d’A. Chemin, grand reporter au Monde (cf. LCI, Reuters, Europe 1, franceinfo: …) dans le cadre de l’affaire Benalla, et celle des journalistes de Disclose au sujet des exportations d’armement à l’Arabie saoudite – une démarche « vaine » pour L’Obs – a suscité une « vague d’indignation » (AFP). Libération va ainsi dans ce sens, affirmant que « les autorités défient la presse », en sortant « la carte du secret Défense », « pour faire pression sur les journalistes et intimider leurs sources ». Cf. aussi l’édito de L. Joffrin, qui estime que « cela commence à en faire beaucoup [de convocations] » et martèle que « le rôle des journalistes est de cerner l’action exacte de la France dans un conflit extérieur » ou encore « de montrer qu’un militaire aux responsabilités sensibles se livre aussi à d’étranges opérations avec un oligarque russe, en contradiction avec sa mission ». L’AFP signale également que « le président du directoire du Monde, L. Dreyfus, a été convoqué à son tour par la DGSI, dans les mêmes circonstances qu’A. Chemin » le 29/05 prochain. RFI en vient à se demander : « la DGSI est-elle l’ennemi de la liberté de la presse ? ».

Dans ce contexte, V. Oberti, journaliste pour « Quotidien » (TMC), révèle qu’elle a été convoquée « en audition libre » le 15/02 par la DGSI pour « compromission du secret de la Défense nationale », alors qu’elle « travaillait sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux EAU ». Elle avance que F. Parly a « esquivé ses questions » et que ses « services ont immédiatement enclenché une procédure judiciaire » qu’elle qualifie « d’intimidation ». Cf. aussi AFP, franceinfo:, ouest-france.fr. Elle évoque également le cas de M. Despratx (Disclose) convoqué le 28/05 par la DGSI en tant que simple témoin, statut qui l’empêche « d’être assisté d’un avocat » et de « garder le silence pour sa défense ».

Par ailleurs, S. N’Diaye, porte-parole du gouvernement, rappelle sur Europe 1 que l’on « ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent qui appartient aux forces spéciales » et estime que « les journalistes sont des justiciables comme les autres ». De plus, elle assure que ces convocations ne remettent pas en cause l’« attention portée au secret des sources », indiquant qu’il « est normal qu’un État protège un certain nombre de données qui sont nécessaires à des activités […] de Défense extérieure et des activités militaires ». Cf. aussi AFP »8.

Fin de citation

Ceci se passe de commentaires !

Mais, l’affaire n’en reste pas là. Reportons-nous à la revue de presse du ministère des Armées du 24 mai 2019 qui nous dresse un panorama assez complet des réactions des médias à une affaire qui laissera des traces, qu’on le veuille ou non.

Évoquant à nouveau les récentes convocations de journalistes par la DGSI dans le cadre de l’affaire Benalla et des exportations d’armement à l’Arabie saoudite, plusieurs rédactions, dont LCI et Sud Ouest, rappellent que « le président du directoire du journal Le Monde, L. Dreyfus, est également convoqué le 29/05 par la DGSI, dans les mêmes circonstances qu’A. Chemin, grand reporter au quotidien ». Dans ce contexte, l’émission « Quotidien » (TMC) met en avant la « définition du secret Défense sur le site du ministère des Armées », l’opposant au secret des sources avec la loi sur la liberté de la presse du 29/07/1881. À l’instar du programme, quelques médias citent les propos de Nathalie Loiseau, tête de liste Renaissance aux élections européennes, qui a estimé hier sur France Inter au sujet de ces convocations : « Cela commence à faire beaucoup ». « Mais [la candidate] ne voit pas le problème », fustige marianne.net. Cf. aussi Paris-Normandie, France 24, RFI…). En outre, le président du Collectif « Informer n’est pas un délit », É. Perrin, affirme sur le site de L’Obs que « l’objectif de la DGSI est de dissuader les journalistes d’enquêter et les sources potentielles de s’exprimer », alors que « le secret Défense ne saurait être opposé au droit à l’information ». De son côté, leparisien.fr, qui fait témoigner G. Livolsi (Disclose), interroge : « Les journalistes sont-ils « des justiciables comme les autres » ? », posant également la question pour le cas de C. Wakrim : « Qu’est-ce qui prévaut ? La Défense nationale ou la démocratie ? ». Sur lopinion.fr, A. Lévrier, maître de conférences à l’université de Reims spécialisé dans les médias, également interrogé par France Culture, juge que « des journalistes à la DGSI, c’est un symbole aussi fort qu’E. Plenel sur écoute sous Mitterrand ». Selon lui, la « publicité de ces convocations exerce une pression sur les informateurs eux-mêmes, qui peuvent se dénoncer spontanément ou être dissuadés de parler à l’avenir », convaincu que « l’effet est clairement d’intimider la presse (Cf. RFI)9.

Mais, la coupe n’est pas encore pleine. Pourquoi se priver lorsque l’on est déjà en si bon chemin sur la voie d’une mise au pas autoritaire de toute pensée déviante dans la patrie des Lumières et de la liberté d’expression.

LES PRESSIONS SUR LES QUOTIDIENS RÉGIONAUX LIBRES

Pour des raisons déontologiques, deux journaux régionaux (La Voix du Nord et Le Télégramme) ont refusé de prendre sous la dictée l’entretien qu’Emmanuel Macron a organisé avec l’ensemble de la presse régionale à la veille des élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Vulgaire opération de propagande digne de la Corée du nord de Kim Jong-un. L’opération de communication ratée de l’Élysée est la dernière illustration en date du mépris que le chef de l’État ne cesse de manifester à l’encontre du droit de savoir des citoyens10. Et dire que le président de la République n’hésite pas à condamner les atteintes à la liberté de la presse en Pologne11, en Hongrie12… Il est vraiment mal placé pour s’ériger en donneur de leçons. Ainsi va la Macronie triomphante et conquérante. Mais, chaque jour nous livre une information inquiétante sur l’état de nos libertés fondamentales dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme qui se permet le luxe de faire la leçon de morale à la terre entière avec l’arrogance qui sied à la Grande Nation !

Et, notre sidération est encore plus grande lorsque nous découvrons la réalité de la loi sur les « fake news » adoptée il y a peu pour contrer les bobards venus de Russie.

LA VASTE BLAGUE DE LA LOI SUR LES « INFOX »

Reprenons ce qu’écrit le quotidien Le Monde sur le sujet et qui ne manque pas de sel pour celui qui prend le temps de lire et d’analyser ce que les mots signifient aujourd’hui en Macronie !

Début de citation

« Baptême du feu pour la loi sur les infox, censée lutter contre la diffusion de fausses nouvelles et promulguée le 23 décembre 2018. Désireux de prendre le gouvernement à son propre jeu, deux parlementaires du Parti communiste (PCF), le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias et la députée européenne Marie-Pierre Vieu, ont voulu démontrer que « la loi sur les fausses nouvelles qui devait tout régler ne règle rien ». Ils ont ainsi attaqué devant le tribunal de grande instance de Paris les déclarations faites sur le réseau social Twitter le 1er mai par Christophe Castaner après l’entrée de manifestants dans un hôpital parisien. « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République », avait tweeté le ministre de l’intérieur. Ces déclarations avaient ensuite été démenties par les faits : l’événement reconstitué par différents journaux, dont Le Monde, avait finalement peu à voir avec la version du ministre. Ce dernier en avait d’ailleurs convenu, reconnaissant que le terme « d’attaque » n’était pas approprié.

S’emparant de cette infox, les deux parlementaires ont assigné en référé Twitter devant le tribunal de grande instance de Paris, enjoignant au réseau social de supprimer le Tweet de Christophe Castaner, et ce, afin de « faire cesser la diffusion d’allégations ou d’imputations présentées comme inexactes et trompeuses ». Dans un jugement rendu le 17 mai, le tribunal a débouté les plaignants, ce qui était précisément le but recherché. « Nous voulions démontrer par l’absurde – ce qui est parfois comme en mathématiques la méthode la plus efficace – que cette loi ne servait à rien », explique Pierre Ouzoulias, qui rappelle que le Sénat avait « refusé deux fois – à l’exception des sénateurs La République en marche – de discuter du texte[par une procédure de renvoi en commission]. Au mieux, il était inutile, au pire liberticide ». Pourquoi s’en être pris à Christophe Castaner ? « Au Sénat, on nous a présenté cette loi comme une façon de mettre fin aux ingérences de la Russie. On voit bien que l’ingérence peut venir d’ailleurs. » En s’emparant de cette affaire, les juges rappellent les conditions drastiques d’application de cette loi, qui ne peut s’exercer que pendant les périodes électorales. Sur la fausseté de l’information, le tribunal a tout d’abord jugé que, si « le message de Christophe Castaner apparaît exagéré (…), cette exagération porte sur des faits qui, eux, sont réels. (…) La condition selon laquelle l’allégation doit être manifestement inexacte ou trompeuse n’est pas remplie.

Ensuite, il aurait fallu que la diffusion du « Tweet litigieux » soit « cumulativement massive, artificielle ou automatisée ». Autrement dit, Christophe Castaner aurait par exemple dû acheter de la publicité à Twitter pour accroître la caisse de résonance de son message. Or, les juges n’ont trouvé aucun « élément démontrant l’utilisation de tels procédés ». Enfin, le juge des référés devait « apprécier le caractère manifeste du risque d’altération de la sincérité du scrutin, lié à la diffusion de ce Tweet », et ce, à quelques semaines alors seulement des élections européennes, qui se tiendront le 26 mai. Au final, grâce aux différentes versions de l’événement relatées dans les journaux, « chaque électeur [a pu] se faire une opinion éclairée, sans risque de manipulation ». Cette dernière condition du texte est par essence absurde, selon Pierre Ouzoulias : « Jamais personne ne pourra prouver qu’une fausse nouvelle puisse avoir de l’influence sur un scrutin qui ne s’est pas encore déroulé. » Dernière difficulté, le tribunal a jugé que Twitter France n’était pas l’entité à saisir. Les plaignants auraient dû se tourner vers Twitter Irlande. Or, dans la mesure où c’est une société étrangère, cela freine la « procédure d’urgence ». « Le texte montre surtout qu’il faut une véritable régulation des contenus sur les réseaux sociaux », conclut M. Ouzoulias »13.

Fin de citation

LA VÉRITÉ SUR LA RÉPUBLIQUE DES BOBARDS

Pas très glorieux en vérité lorsque l’usine à bobards de la Macronie fonctionne à plein régime depuis plusieurs mois. L’hebdomadaire Marianne s’est même autorisé à dresser la liste des « 12 intox pour nous faire avaler la pilule » : Alsthom ; mariage Fiat-Chrysler-Renault ; prise de relais de l’industrie par le secteur des services ; les robots sont nos partenaires ; la concurrence va faire baisser les prix de l’électricité ; l’État ne laissera pas faire Ford ; les décisions prises dans le seul but de sauver la planète mais qui servent à taxer ou à licencier ; l’investissement étranger va nous sauver ; l’Union européenne, c’est la société de la connaissance ; il n’y a qu’à produire du haut de gamme pour sauver notre industrie ; l’entreprise n’est pas la mission de l’État14. Pendant ce temps, notre sinistre menteur qui a pour nom Bruno Le Maire se pavane durant un week-end au Palace de Montreux pour participer à la très secrète conférence annuelle du groupe Bilderberg qui réunit le gratin de l’élite mondiale. « Le Forum de Davos, en comparaison, ressemble à un club de vacances pour familles démunies ». On y dissertait de l’avenir du capitalisme ou de l’arme des réseaux sociaux. Selon, le président du millésime 2019, Henri de Castries, ancien patron d’AXA, actuel président de l’Institut Montaigne, il importe de procéder à « une sélection très scrupuleuse des participants afin de privilégier qui ont une pensée »15. Rassurez-vous, ni vous, ni moins n’avons une pensée digne de ce nom en ces temps de pensée unique et verrouillée par le pouvoir autoritaire et vertical d’Emmanuel Macron. Une citation nous vient à l’esprit pour caractériser cette situation délétère :

« L’agitateur oppose le peuple ordinaire aux solides instincts à l’élite des salons sophistiqués et des snobinards des grandes villes » (Leo Löwenthal et Norbert Guterman, dans Les prophètes du mensonge (éditions de La découverte, 2019).

Mais tout va très bien Madame la Marquise ! La liberté de la presse et la liberté d’informer ne sont ni menacées ni réduites en France, déclare le 24 mars 2019 Emmanuel Macron, défendant la convocation récente de plusieurs journalistes à la DGSI, une mesure qui a suscité protestations et inquiétudes au sein de la profession. Après cette déclaration forte, nous sommes pleinement rassurés sur les intentions pures de Kim Jong-Macron pour faire entrer la France dans le Nouveau Monde promis près de la pyramide du Louvre un soir de mai 2017. Une France de la liberté sous toutes ses formes, garantie par son guide suprême…

« Le temps des tyrans »16 ne semble pas être l’apanage des démocratures que nous n’avons de cesse de stigmatiser au nom de la destinée manifeste du Peuple français. Emmanuel Macron et toute sa mauvaise troupe de « spin doctors » y prennent aujourd’hui toute leur part dans une indifférence quasi générale17. C’est vraisemblablement ce que Jupiter qualifie de défense des valeurs, fausses dans le cas d’espèce. Comment résoudre de graves problèmes si les chercheurs et les journalistes ne disposent pas du droit élémentaire d’en parler librement, sans contraintes excessives ?18

Le fait de décrire la réalité sans être ostracisé semble impossible. « Sur le sujet européen, spécialement depuis l’élection d’Emmanuel Macron, ce qui se passe en France, a certaines similitudes avec l’époque communiste »19. Reste qu’il y a, dans les poussées totalitaires si bien décrites récemment par Michel Onfray20, une alerte à prendre au sérieux : celle vieille comme le monde, de la servitude volontaire21. On ne peut que regretter l’obstination des hommes qui voient venir le drame sans pour autant l’empêcher. Mais aussi l’écart entre notre fiction politique et sa réalité22.

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Après le monde de la recherche vient le temps de la chasse aux sorcières dans le monde de l’information. Et, cela commence à devenir très sérieux pour le sérieux de notre pays sur la scène européenne et internationale.

Jean Daspry
17 juin 2019

1 Jean Daspry, Censure au Quai d’Orsay ? À mourir de rirewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 février 2017.
2 Jean Daspry, Le colonel a dit la vérité, il doit être exécutéwww.prochetmoyen-orient.ch , 25 février 2019.
3 Jean Daspry, Censures françaises. Suitewww.prochetmoyen-orient.ch , 1er avril 2019. 
4 Jacques Peyremaux, La presse sous haute surveillance…, Marianne, 14-20 juin 2019, p. 56.
5 Franck Johannès, Affaire Benalla : Ariane Chemin et Louis Dreyfus devant la DGSI, Le Monde, 1er juin 2019, p. 15.
6 Guillaume Berlat, Ventes d’armes, défense des valeurs, mensonge d’État…, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 avril 2019.
7 Fabrice Arfi, Un procureur contre l’information, un pouvoir contre le journalismewww.mediapart.fr , 22 mai 2019.
8 Focus Défense, Convocation de journalistes par la DGSI, 23 mai 2019.
9 Convocation de journalistes par la DGSI, Focus Défense, Ministère des Armées, 24 mai 2019.
10 Laurent Mauduit, « La Voix du Nord » et le « Télégramme » refusent d’obtempérer à la « convocation » de Macron, www.mediapart.fr , 21 mai 2019.
11 Jakub Ivaniuk, Le risque d’enlisement de la Pologne dans l’autoritarisme, Le Monde, 12 juin 2019, p. 29.
12 Jean-Baptiste Chastand, Un chercheur hongrois raconte la chasse aux sorcières d’Orban, Le Monde, 25 mai 2019, p. 31.
13 Sandrine Cassini, Premier désaveu pour la loi sur les « infox », Le Monde, 24 mai 2019, p. 18.
14 Franck Dedieu, La casse économique. Les 12 intox pour nous faire avaler la pilule, Marianne, 7-13 juin 2019, pp. 10 à 18
15 Jack Dion, L’élite en conclave, Marianne, 7-13 juin 2019, p. 20.
16 Alain Frachon, Un temps des tyrans, Le Monde, 24 mai 2019, p. 30.
17 Cédric Pietralunga, Sibeth Ndiaye, la mue d’une soldate du macronisme, Le Monde, 30-31 mai 2019, p. 10.
18 Laurent Valdiguié, Des journalistes sous surveillance, Marianne, 31 mai-6 juin 2019, p. 20.
19 Marek Gladysz, « L’Union européenne de Macron a certaines similitudes avec l’époque communiste », Valeurs actuelles, 23 mai 2019, pp. 84-85.
20 Michel Onfray, Théorie de la dictature, Robert Laffont, 2019.
21 Alexandre Devecchio, 1984 ou l’Europe de Maastricht, Le Figaro Magazine, 17 mai 2019, p. 42.
22 Juan Branco, Contre Macron, éditions Divergences, 2019, p. 93.

CENSURE : APRÈS LE SECTEUR DE LA RECHERCHE, C’EST AU TOUR DE L’INFORMATION !

L’effondrement de l’accord sur le nucléaire ne profitera pas à l’Iran, à la France et au monde: Rouhani

Lun 17 juin 2019 14 h 33 [Mise à jour: lun 17 juin 2019 14 h 42]
Le président iranien Hassan Rouhani (à droite) et le nouvel ambassadeur de France à Téhéran, Philippe Thiebaud (1er ministre), se sont rencontrés à Téhéran le 17 juin 2019. (Photo du président.ir)
Le président iranien Hassan Rouhani (à droite) et le nouvel ambassadeur de France à Téhéran, Philippe Thiebaud (1er ministre), se sont rencontrés à Téhéran le 17 juin 2019. (Photo du président.ir)

Le président iranien, Hassan Rouhani, a déclaré que la France et les autres signataires d’un accord de 2015 sur le nucléaire avec la République islamique doivent faire de leur mieux pour aider cet accord à survivre, car son échec ne servira pas les intérêts de l’Iran, de la France et du monde entier.

M. Rouhani a tenu ces propos lundi lors d’une rencontre avec le nouvel ambassadeur de France en Iran, Philippe Thiebaud, qui a présenté ses lettres de créance au président iranien.

Soulignant la patience de l’Iran depuis le retrait unilatéral du président américain Donald Trump de l’accord sur le nucléaire, M. Rouhani a indiqué que Téhéran était resté dans l’accord, connu officiellement sous le nom de Plan d’action global et commun (JCPOA), à la demande de la France et d’autres membres du Conseil. L’Union européenne pour compenser les effets du retrait de Washington de l’accord.

«Les conditions actuelles sont sensibles et la France, avec d’autres membres de l’Union européenne, a encore la possibilité de profiter du court délai qui reste [avant l’expiration du délai imparti par l’Iran à l’UE au début du mois prochain] pour jouer son rôle historique. en maintenant cet accord, car il ne fait aucun doute que l’échec du JCPOA ne profitera pas à l’Iran, à la France, à la région et au monde », a déclaré le président iranien.

L’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies – États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine, ainsi que l’Allemagne – ont signé l’accord sur le nucléaire le 14 juillet 2015 et ont commencé à le mettre en œuvre le 16 janvier 2016.

Dans le cadre du JCPOA, l’Iran s’est engagé à limiter son programme nucléaire en échange de la levée des sanctions liées au nucléaire imposées à Téhéran.

Cependant, le président Trump a sorti son pays du JCPOA en mai 2018 et a réimposé des sanctions sévères à l’encontre de la République islamique, au mépris des critiques mondiales.

À l’occasion du premier anniversaire du retrait de l’accord nucléaire par les États-Unis, l’Iran a annoncé qu’il suspendrait la mise en œuvre de certains de ses engagements dans le cadre de cet accord, ajoutant qu’il cesserait d’exporter de l’uranium en excès et de l’eau lourde, en fixant un délai de 60 jours Les cinq parties restantes à l’accord doivent prendre des mesures concrètes pour défendre ses intérêts face aux sanctions américaines.

Le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a déclaré lundi que le pays dépasserait la limite de stockage d’uranium fixée par l’accord nucléaire à compter du 27 juin.

« Aujourd’hui, le compte à rebours pour dépasser la réserve d’uranium enrichi de 300 kilogrammes a commencé et dans 10 jours, nous dépasserons cette limite », a déclaré Behrouz Kamalvandi à la presse, à l’installation de réacteur à eau lourde d’Arak.

Dans son discours, M. Rouhani a indiqué que certaines questions, notamment les importations de médicaments et de matériel médical, de pièces d’avion, de produits alimentaires et de pièces détachées nécessaires aux usines, qui jouent un rôle efficace dans la satisfaction des besoins de la population et la création d’emplois, sont au-delà de la JCPOA et même relations mutuelles, en ajoutant que les restrictions américaines sur ces articles sont totalement inhumaines et montrent la guerre économique étendue de Washington contre les Iraniens.

Téhéran tient à « maintenir des relations cordiales avec Paris, à honorer les engagements pris dans le cadre du JCPOA et à [renforcer] la coopération active dans l’intérêt de la stabilité et de la sécurité régionales et à poursuivre la lutte antiterroriste », a souligné le président iranien.

La France tente de sauver l’accord nucléaire iranien: l’envoyé

Le diplomate français a pour sa part déclaré que l’Iran avait rempli tous ses engagements dans le cadre du JCPOA et ajouté que son pays faisait des efforts pour sauver l’accord nucléaire, qui bénéficie du soutien de la communauté internationale.

Thiebaud a ajouté que le gouvernement français n’épargnerait aucun effort pour développer la coopération économique avec l’Iran.

Il a indiqué que Paris était préoccupé par la montée des tensions au Moyen-Orient et qu’il était prêt à tenir des consultations avec l’Iran sur la stabilité et la sécurité régionales.

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Guerre en Libye: «La France est clairement pro-Haftar, il n’y a pas de double jeu», Jalel Harchaoui

Libye, Armée nationale libyenne (ANL)

Guerre en Libye: «La France est clairement pro-Haftar, il n’y a pas de double jeu», Jalel Harchaoui

© AP Photo / Esam Omran Al-Fetori
INTERNATIONAL

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Louis Doutrebente
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La Libye connait-elle une guerre civile sans fin? Depuis deux mois, Haftar bute contre Tripoli et les négociations sont au point mort. Mais qu’en est-il concrètement sur le terrain? Quel rôle joue les pays du Golfe et la France dans ce conflit? Éclaircissements et explications avec le spécialiste de la Libye Jalel Harchaoui, reçu par Désalliances.

Que comprendre de cette troisième guerre civile en Libye? Depuis avril, le Maréchal Haftar attaque le gouvernement et les milices de Tripoli. Résultat: les morts s’accumulent, le nombre de déplacés augmente et le pays s’enlise dans une nouvelle crise. Si les forces locales sont multiples -et rendent donc les négociations compliquées-, l’implication et l’ingérence des pays du Golfe et des pays occidentaux éloignent les espoirs de paix en Libye.

Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut des relations internationales de Clingendael aux Pays-Bas et spécialiste de la Libye dénonce les faux semblants de chaque acteur pour Désalliances. Après avoir rappelé le passé du Maréchal Haftar comme «seigneur de guerre», surnommé plutôt par nos médias «le nouvel homme fort de l’est», l’universitaire explique comment Haftar a construit sa légitimité à l’international et sa rhétorique de lutte contre le terrorisme.

Loin d’énoncer une vision simpliste et manichéenne du conflit, Jalel Harchaoui rappelle le jeu trouble des milices de Misrata et de Tripoli, en prise avec Haftar dans ce nouveau conflit.

En enfin, le spécialiste de la Libye explique le rôle souvent assez ambigu des puissances extérieures.

S’il approuve la configuration bipolaire entre les puissances régionales, Jalel Harchaoui nuance la confrontation entre wahhabites et fréristes et insiste lourdement sur la nuisance des Émirats arabes unis dans ce conflit.

Quant à la France, il dénonce un faux double discours. Pour lui, Macron poursuit ce que Hollande avait commencé: c’est-à-dire «soutenir le maréchal Haftar de manière ouverte» et s’accorder dans le futur avec un régime militaire autoritaire.

https://fr.sputniknews.com/international/201906171041452220-guerre-en-libye-la-france-est-clairement-pro-haftar-il-ny-a-pas-de-double-jeu-jalel-harchaoui/

Ce successeur franco-hispano-allemand du Rafale a été dévoilé au Salon du Bourget (images) © AFP 2019 BENOIT TESSIER

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Emmanuel Macron et Éric Trappier, directeur de Dassault Aviation, dévoilent la maquette de l'avion «Next generation fighter» qui fera partie du SCAF

Ce successeur franco-hispano-allemand du Rafale a été dévoilé au Salon du Bourget (images)

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DÉFENSE

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«On propose un avion européen pour les Européens, indépendant des technologies américaines». La maquette d’un avion de conception franco-hispano-allemande, pour lequel Paris et Berlin comptent déjà débloquer quelque 150 millions d’euros d’ici la fin de l’année, a été dévoilée à l’ouverture du Salon du Bourget en présence d’Emmanuel Macron.

Du 17 au 23 juin, le 53e salon aéronautique du Bourget accueille quelque 2.453 exposants, et notamment ceux venus présenter le projet d’avion de combat destiné à remplacer le Rafale ou l’Eurofighter d’ici 2040. La maquette à taille réelle du premier chasseur franco-allemand, le «Next generation fighter» de Dassault Aviation et Airbus, a été dévoilée lundi 17 juin à l’ouverture de cette 53e édition du Salon international de l’aéronautique et de l’espace en présence du Président de la République.

Cet avion n’est pas seulement le successeur potentiel du Rafale ou de l’Eurofighter, mais il constitue aussi la pièce maîtresse du Système de combat aérien du futur (SCAF), ce programme majeur lancé par le Président Macron et la chancelière allemande, Angela Merkel, afin de renforcer l’autonomie stratégique européenne.

Sur le stand Dassault Aviation où la maquette du futur avion de combat a été révélée, Florence Parly, Ursula Von der Leyen et Margarita Robles ont signé des accords de coopération pour le développement de l’aéronef du SCAF. L’accord acte officiellement l’arrivée de Madrid dans le projet.

«On propose un avion européen pour les Européens, indépendant des technologies américaines», a commenté sur la chaine de télévision CNews Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, qui mène le projet SCAF avec Airbus.

L’avion est destiné à entrer en service à l’horizon 2040. Il est actuellement développé par un tandem franco-allemand, qui a été rejoint récemment par l’Espagne.

Initié en 2017, le SCAF est conçu comme un système associant avion de combat de nouvelle génération, drones, futurs missiles de croisière et drones évoluant en essaim. Il sera connecté à des avions, des satellites, des systèmes de l’Otan et des systèmes de combat terrestres et navals.Paris et Berlin pensent investir environ quatre milliards d’euros dans le SCAF d’ici 2025, dont 2,5 milliards pour la France, leader du projet piloté par Airbus et Dassault Aviation, relate l’AFP se référant à des sources au ministère français de la Défense. Les 150 millions déjà débloqués par Paris et Berlin doivent financer les premières étapes du démonstrateur espéré vers 2026.

Outre Dassault Aviation et Airbus, Safran, le groupe allemand MTU Aero Engines, Thales et MBDA (Airbus, BAE Systems et Leonardo) participent au projet.

https://fr.sputniknews.com/defense/201906171041446500-ce-successeur-franco-hispano-allemand-du-rafale-a-ete-devoile-au-salon-du-bourget-images/

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Tribune
14 juin 2019

Depuis 2009, l’activité d’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale a permis la découverte de plusieurs gisements de gaz naturel, et de nouvelles campagnes d’exploration sont en cours. La mise en production dépend en revanche de la rentabilité financière attendue, et notamment des possibilités de transporter le gaz vers des marchés de consommation attractifs.

Les relations entre les différents pays impliqués au niveau de la production et du transport (Égypte, Israël, potentiellement Chypre, Liban, Turquie et Grèce) posent des défis au parfait développement de cette filière.

Rappels historiques

Les premiers succès significatifs de l’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale se sont produits entre 2009 et 2011, avec trois découvertes importantes : les champs Tamar et Leviathan, au large d’Israël, et Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre, dans la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre (RC)[1].

Est venu ensuite, en 2015, Zohr, le champ gazier géant au large des côtes de l’Égypte, considéré comme le plus important jamais découvert en Méditerranée, avec des réserves estimées à 850 milliards de m3. Il a fait l’objet d’une mise en service très rapide, dès la fin de 2017. D’autres gisements ont été mis au jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros.

En 2018, de nouvelles explorations ont été couronnées de succès au large de la côte sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1), dont les réserves sont en cours d’évaluation.

2018 a également marqué l’entrée en jeu du Liban, avec la signature de deux accords d’exploration et de production entre Beyrouth et un consortium international. Un deuxième round d’attribution de licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore est prévu en 2019.

Enjeux économiques

Les découvertes n’ont de sens que si les réserves sont ensuite converties en capacités de production, elles-mêmes dépendantes du prix du gaz, de la disponibilité d’options d’exportation et de moyens de transport, ainsi que de la stabilité de l’environnement réglementaire, fiscal et politique des pays. En prenant en compte ces divers aspects, les enjeux économiques pour les trois pays principaux (Égypte, Israël et Chypre) diffèrent significativement.

L’Égypte bénéficiait d’une situation d’indépendance énergétique jusqu’à la fin de la première décennie du XXIe siècle et pouvait même exporter du gaz grâce à deux usines de liquéfaction, situées à Idku et Damiette et aux gazoducs la reliant à Israël (gazoduc East Mediterranean Gas – EMG) et à la Jordanie (Arab Gas Pipeline). Par la suite, la réduction de la production et l’augmentation de la demande domestique l’ont rendue importatrice nette. La découverte de Zohr en 2015 a été donc accueillie très positivement et le lancement rapide du développement du champ a été rendu possible par l’existence d’une forte demande intérieure. La production de Zohr est l’un des facteurs principaux de la reprise économique du pays, avec une croissance du PIB réel pour l’année 2018 de 5,3 % selon les estimations de la Banque mondiale. Le Caire devrait recommencer à exporter du gaz de façon régulière en 2019, en utilisant l’infrastructure existante des terminaux de liquéfaction. Le pays aspire aussi à devenir un hub gazier, en centralisant des flux destinés à l’exportation en provenance d’Israël et de Chypre.

En Israël, le potentiel des différents champs dépasse la consommation locale. L’accès à des marchés étrangers est donc une condition nécessaire au plein développement de la production. Des accords ont été signés avec l’Autorité palestinienne et la Jordanie, mais ils rencontrent l’opposition des opinions publiques locales. La possibilité d’exporter du gaz d’Israël vers l’Égypte pour satisfaire la demande locale et/ou pour exporter le gaz vers les marchés internationaux à travers les terminaux GNL paraît plus prometteuse, en particulier depuis l’acquisition en 2018 d’une participation dans le capital du gazoduc EMG par l’entreprise Noble Energy, principale actionnaire du consortium qui gère le champ Leviathan.

Pour Chypre, du fait du faible potentiel de la demande domestique, l’existence de marchés d’exportation est une condition nécessaire pour la mise en production des découvertes gazières. Différentes hypothèses ont été étudiées :

    • la construction d’un gazoduc vers l’Égypte dans le but d’utiliser les usines de liquéfaction pour réexporter le gaz vers les marchés internationaux sous forme de GNL. Ce projet a fait l’objet de plusieurs déclarations politiques, mais il se heurte au développement de la production égyptienne, qui réduira la disponibilité d’utilisation des installations de GNL ;
    • la construction d’une usine de liquéfaction a également été envisagée. Soit sous la forme d’un terminal onshore construit sur la côte sud de Chypre, soit via une installation flottante (Floating LNG). Si transformer le gaz en GNL permet d’avoir accès au marché mondial, avec des cargaisons allant vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Sud, la faisabilité de cette option est actuellement rendue difficile par les coûts de construction élevés et par la surcapacité actuelle sur le marché du GNL ;
    • le projet Eastern Mediterranean Natural Gas Pipeline (Israël-Chypre-Grèce-Italie), qui prévoit quant à lui de relier Israël et Chypre aux marchés européens, a été approuvé par la Commission européenne comme un projet d’intérêt commun, ce qui le rend ouvert à un financement de l’Union. Cependant, un tel projet est coûteux, techniquement difficile et pourrait causer de sérieux problèmes politiques avec la Turquie en raison de différends sur la délimitation maritime.

Enjeux sécuritaires

L’exploitation et l’exportation des ressources gazières en Méditerranée orientale présentent de nombreux enjeux sécuritaires liés aux relations politiques instables entre les pays de la région et aux risques d’actions terroristes.

La localisation de certains champs pourrait réanimer des disputes préexistantes au sujet de la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques exclusives (ZEE), notamment concernant la frontière maritime entre le Liban et Israël, qui n’a jamais été agréée officiellement. Des différends ne sont pas à exclure non plus au sujet de la délimitation des structures géologiques des gisements de gaz – notamment lorsqu’elles se situent près des limites des ZEE, puisqu’elles pourraient alors les chevaucher. Il est intéressant de noter que le champ Zohr se trouve dans la ZEE égyptienne, à seulement quelques milles de la ZEE de Chypre, et qu’Aphrodite est situé dans la ZEE de Chypre et se prolonge légèrement dans les eaux israéliennes. Dans le cas de réservoirs à cheval entre différentes ZEE, il faudrait envisager une exploitation conjointe du champ, mais des tensions entre les pays concernés sont aussi à attendre.

Un cas particulièrement complexe concerne la Turquie, la République de Chypre (RC) et la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Outre la question des délimitations maritimes illustrée par l’épisode de février 2018 qui a vu le navire de forage Saipem 12000, affrété pour effectuer des travaux sur le Bloc 3, au sud-est de l’île, être bloqué par un navire militaire turc et finalement contraint de quitter la zone, Ankara s’oppose plus généralement, à toute activité de recherche et de production tant qu’aucun accord entre la RC et la RTCN n’est trouvé. La Turquie et la RTCN estiment que les éventuels revenus dérivant de la production d’hydrocarbures devraient être partagés entre toute la population de l’île de Chypre, ce qui implique une résolution du conflit entre la RC et la RTCN.

La situation d’Israël est aussi particulière. Les conflits persistants entre Israël et ses voisins – état de guerre formel avec le Liban, antagonisme avec le Hezbollah, tensions avec les Palestiniens, instabilité en Syrie – exposent les installations gazières à des risques d’attaques militaires ou terroristes. Ces mêmes risques d’attaques terroristes pèsent aussi sur les installations énergétiques en Égypte, pays qui connaît de façon régulière des actions menées par des groupes islamistes, présents notamment dans le Sinaï (région par laquelle transite le gazoduc EMG).

De manière générale, la prolifération de plates-formes d’extraction, de pipelines, de navires, voire de terminaux méthaniers implique une multiplication de cibles sensibles et des besoins de surveillance croissants. En Israël, par exemple, les champs de production sont situés dans des zones relativement proches des côtes. Ainsi, le champ Tamar est situé à 56 milles à l’ouest d’Haïfa et le champ Leviathan à 80 milles, près de la frontière avec le Liban. Le gaz de Tamar est transporté par pipeline jusqu’à Ashkelon, à quelques kilomètres de la frontière avec Gaza. Toutes ces installations industrielles sont donc exposées au risque d’attaques terroristes ou militaires de l’extérieur. Les risques de sabotage et de frappe militaire ou terroriste représentent ainsi de nouveaux défis pour les appareils de sécurité des différents pays, en particulier pour les forces navales.

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La découverte et l’exploitation d’hydrocarbures seront un élément important de l’avenir des pays de la Méditerranée orientale. Ils pourront agir comme facteurs de coopération régionale tout comme alimenter des affrontements et ajouter des frictions à une région déjà volatile.

Dans ce cadre, l’UE a tout intérêt à promouvoir toutes les formes possibles de coopération régionale et à défendre son intérêt d’un point de vue énergétique, économique, comme politique. En ce qui concerne l’énergie, le gaz de la Méditerranée orientale peut renforcer sa sécurité et la diversification de l’offre pour un certain nombre d’États membres, en particulier dans l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale – des régions qui dépendent aujourd’hui presque exclusivement du gaz russe. Économiquement, les compagnies européennes sont les plus actives dans l’exploration et la production dans la région (notamment l’italienne ENI, la française Total et l’anglo-néerlandaise Shell) et il serait légitime de défendre leurs intérêts en cas de nécessité. Enfin, du point de vue politique, la République de Chypre est membre de l’Union européenne et la mise en valeur de ses réserves gazières représenterait un puissant atout de développement.

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[1] Sauf indication contraire, le mot « Chypre » dans cet encadré fait référence au nom de l’île et à la République de Chypre (RC), non reconnue par la Turquie. La République turque de Chypre du Nord, qui est seulement reconnue par la Turquie, est mentionnée comme RTCN.

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L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?

L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?

 


Publié par Régis LOUSSOU KIKI, le 28 Mai 2019

 

L’Afrique a de l’or sous les pieds : la richesse en ressources naturelles du continent noir ne fait aucun doute. L’abondance de métaux précieux (manganèse, chrome, platine, or, terres rares – au total environ 30 % des réserves mondiales de minerais) comme d’hydrocarbures (7,6 % des réserves de pétrole, 7,5 % de gaz) et la puissance démographique (1,28 milliard d’habitants en 2018, nombre qui devrait doubler d’ici à 2050) sont deux arguments en faveur du développement africain.

 


L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?
Pourtant, cette émergence peine à connaître un élan [1] . La convoitise que génèrent ces matières premières n’est pas étrangère à cette difficulté : elle place l’Afrique au centre d’un échiquier d’influences et de prédations, vecteur de déséquilibres et d’insécurités. Une « malédiction » [2]  des ressources naturelles ?

Les 54 États africains peinent à transformer l’essai de la richesse naturelle en développement économique stable pour deux raisons principales. D’abord, l’instabilité inhérente aux cours des matières premières a des conséquences majeures sur les PIB des pays producteurs. Ensuite, les revenus générés grâce à ces ressources entraînent d’importants problèmes de gouvernance, qui prennent concrètement la forme de corruptions, de conflits armés et de problèmes environnementaux. On qualifie ainsi ces États de « fragiles », ingouvernables, car coincés entre fléaux internes (corruption et changements de régime) et externes (ingérence étrangère pour défendre des intérêts économiques et stratégiques). Les tentatives de rationalisation des structures de gouvernance et de régulation des marchés africains se heurtent fréquemment à la réalité des conflits géopolitiques locaux.

Cette fragilité est exploitée par les grandes puissances qui placent l’Afrique au cœur de leurs stratégies en termes de matières premières. La bataille faisait déjà rage entre puissances coloniales pour la conquête des territoires les plus riches ; ce fut ensuite un enjeu de l’affrontement des deux blocs pendant la Guerre froide. Aujourd’hui, les ressources africaines sont un levier de puissance des pays émergents (Chine, Inde) sur un continent qui fut longtemps la chasse gardée de l’Occident. La rivalité entre les États-Unis et la Chine sur ce terrain en est l’illustration : Pékin s’imagine puissance hégémonique grâce à une Chinafriquebasée sur une logique de partenariat, une solidarité « Sud-Sud » faisant fi de toute exigence démocratique ; un scénario que Washington tente de contenir en misant sur le besoin en sécurité du continent, notamment par l’action d’Africom, bureau régional du US Department of Defense. Par ailleurs, l’importance de l’ingérence étrangère est d’autant plus forte que de nombreuses matières premières touchent au secteur clé de la défense. C’est par exemple le cas du platine (dont 85 % des stocks se situent sur le continent noir), métal stratégique pour les industries de défense ainsi que pour les technologies du numérique. L’Afrique présente une formidable réserve de ces métaux, sans compter l’inévitable uranium – une richesse qui fait des ressources minières africaines le nerf de l’économie de guerre.


L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?
La complexité de l’échiquier africain des matières premières a une conséquence majeure : la montée de l’insécurité et la multiplication des conflits sur le continent. D’après la Banque Mondiale, les États disposant de minerais stratégiques, de pierres précieuses (diamants) ou d’autres ressources « pillables » tels le bois ou le cuivre, risquent quatre fois plus de faire les frais d’un conflit armé qu’un État qui en est dépourvu, chiffre qui monte jusqu’à neuf dans le cas de pays détenteurs d’hydrocarbures [3] . La rivalité pour les ressources est une lutte à mort. L’Afrique compte pour un tiers des conflits armés répertoriés sur le globe et ces conflits, dans leur majorité, ont un rapport direct avec les productions minières ou pétrolières : on parle de « guerres de l’extractivisme » [4]. En réaction, les dépenses militaires du continent africain ont augmenté de 28 % entre 2008 et 2017 [5] ; il s’opère une véritable marche forcée vers la militarisation.

Pour les puissances investies en Afrique, la présence militaire est souvent un impératif dans la sécurisation des intérêts nationaux. Ainsi, les militaires français au Niger semblent indispensables à la stabilité du pays ; ils permettent de justifier et de défendre les intérêts énergétiques du pays sur place. S’entremêlent donc des considérations politiques, économiques et militaires.

Outre les conflits armés, la prédation de matières premières ouvre la porte à un risque de long terme : l’épuisement des ressources. L’hypothèse d’une difficulté croissante d’accès aux sous-sols africains apparaît en effet de plus en plus tangible. Des pénuries des sources d’énergie et de graves problèmes environnementaux commencent déjà à voir le jour – et sont alors susceptibles, dans un cercle vicieux, de faire à leur tour monter le taux de conflictualité. Le dérèglement climatique, directement renforcé par les pratiques « extractivistes » qui découlent des rivalités entre puissances, accélère par exemple les mouvements de populations et l’apparition de réfugiés climatiques, eux-mêmes sources de tensions.

La croissance démographique africaine est supérieure à sa croissance économique globale : comment le continent peut-il parvenir à nourrir sa population ? La richesse des sols africains peut-elle être une chance ? L’exemple de la Côte d’Ivoire, parvenue à une croissance stable et durable, est porteur d’espoir. Mais la fragmentation des différents États africains, que ce soit en termes de dotations naturelles en matière première ou en termes de qualité de gouvernance, ne laisse que peu de place à une coopération qui serait pourtant nécessaire afin d’éviter les catastrophes à court terme (multiplication des conflits) comme à long terme (épuisement des stocks). La coopération « Sud-Sud », évoquée précédemment avec le cas de la Chine, semble être la porte de sortie choisie par de nombreux pays africains : elle leur permet de rompre avec le « pillage » et la présence militaire des Occidentaux et de garantir la non-ingérence comme principe indélogeable d’accords commerciaux gagnant-gagnant. Elle ne résout cependant pas l’épineuse question de la raréfaction des matières en sous-sol.

Pour trouver la voie d’une croissance inclusive, profitant à l’économie et aux populations, les pays africains devront diversifier leurs exportations, limiter la corruption et apprivoiser les appétits géopolitiques des grandes puissances. Paradoxalement, le fait que rien de tout cela ne puisse arriver sur un champ de bataille quasi permanent rappelle l’importance desdites puissances en matière de sécurité sur le continent. Le destin commun d’une Afrique divisée est donc encore aux mains de ses partenaires internationaux.

[1] L’Afrique ne représente en 2014 que 4,5 % du PIB mondial, 4 % des investissements directs internationaux et 2,2 % des exportations mondiales.
[2] L’expression « malédiction des ressources naturelles » apparaît la première fois en 1990, dans un livre de l’économiste britannique Richard Auty qui démontre que l’abondance en matières premières dédiées à l’exportation semble paradoxalement nuire à la croissance de plusieurs pays, notamment africains.
[3] Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les conflits armés africains », Hérodote 2009/3.
[4] L’extractivisme désigne l’exploitation massive de ressources naturelles.
[5] Dépenses militaires, production et transfert d’armes – Compendium 2018, Rapport du GRIP, 2018/3.

Le retrait de Nathalie Loiseau pose la question du leader du groupe centriste

Le retrait de Nathalie Loiseau pose la question du leader du groupe centriste

Parlement européen, Strasbourg [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Nathalie Loiseau a retiré sa candidature pour diriger le groupe du centre au Parlement européen. La question du leadership des Français au Parlement européen est posée.

Après des débuts compliqués à Bruxelles, l’ex ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau n’est plus candidate pour diriger le groupe centriste au Parlement européen, a-t-elle annoncé dans un message envoyé au reste de la délégation jeudi.

« Nathalie Loiseau a fait ce choix pour préserver les intérêts de la délégation Renaissance et notre capacité à peser dans le prochain Parlement » indique-t-on chez Renaissance.

La publication par le Canard Enchaîné de ses propos tenus la semaine dernière à Bruxelles devant des journalistes a accéléré sa décision de retrait, alors que les négociations semblent déjà compliquées avec les autres membres du groupe.

Arrivé en force au Parlement européen, avec 21 élus, les Français sont déjà parvenus à changer le nom du groupe : la condition de leur participation était de retirer le terme « liberalisme » du nom.

Le groupe ALDE rebaptisé «Renew Europe»

Le groupe politique centriste qu’ont rejoint au Parlement européen les élus français de la liste « Renaissance » a été rebaptisé « Renew Europe », un nom qui ne contient plus le mot  libéral à la demande de ces derniers.

Ils avaient aussi l’intention de le diriger, ce qui est perçu comme une certaine arrogance à Bruxelles, où d’autres ambitions se sont manifestées, notamment de la part de Guy Verhofstadt, Sophie Int’Veld ou le Roumain Dacian Ciolos, comme le souligne l’ex eurodéputé proche de LREM Jean Arthuis.

Jean Arthuis

@JeanArthuis

Sage décision, @NathalieLoiseau renonce à présenter sa candidature à la présidence de groupe « @RenewEurope », ex @ALDE_CoR . Le roumain @CiolosDacian , ancien Premier ministre et ancien commissaire chargé de l’agriculture devrait y jouer un rôle important.

78 personnes parlent à ce sujet

La délégation des eurodéputés LREM se réunit jeudi soir pour discuter de la suite des opérations, non sans un certain sentiment de gâchis, d’autant qu’il y a urgence : le groupe centriste doit choisir son état-major lundi.

Les Français peuvent désormais au mieux espérer une vice-présidence du groupe faute de candidat crédible, même si certains affirment leur ambition intacte.

L’intérêt d’avoir la présidence du groupe est l’accès à la « conférence des présidents » de groupe au Parlement européen. C’est là où tout se décide, de l’agenda au traitement des dossiers les plus sensibles. Or la France n’y aura aucun représentant.

« On pensait que Nathalie Loiseau était diplomate, mais non. On peut faire du « off » sur le fond des dossiers, même à Bruxelles. Mais pas sur les gens, c’est trop sensible » souligne un membre du parti.

Pressenti, Pascal Canfin, numéro deux sur la liste et ancien eurodéputé, ne serait pas intéressé, et préférerait tenter sa chance en tant qu’éventuel commissaire. En tant qu’ancien Vert, il a d’autre part peu de chance d’être accepté sans problème par la branche la plus libérale de l’ALDE. L’ex-sénatrice Fabienne Keller pourrait être une hypothèse.