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Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie  à la place des F-35 ?  Par Valentin Vasilescu

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?
Par Valentin Vasilescu

mercredi 17 avril 2019, par Comité Valmy

 

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?

Avec la décision de l’achat par la Turquie du système anti-aérien russe S-400, le temps de la diplomatie secrète américaine semble avoir pris fin. Les États-Unis ont réagi en bloquant la livraison de l’avion F-35 à la Turquie, alors que celle-ci était partenaire dans l’élaboration du projet F-35. En effet, la Turquie a fourni de l’argent à l’avance pour avoir accès à la technologie.

Les Américains sont entièrement contre l’adoption par la Turquie du système S-400, car ils estiment que cela se faisait au détriment du système américain Patriot. Les nouveaux dirigeants militaires turcs, choisis parmi ceux qui n’ont pas fait de stages aux États-Unis, se prononcent pour cette acquisition parce que cela répond strictement à la sécurité de la Turquie. Les militaires turcs ont encore en tête l’agressivité de certains alliés du « grand ami » qui a orchestré le coup militaire, bien sûr, au nom de la démocratie.

Ces dernières années, nous assistons à une confrontation diplomatique évidente entre la Turquie et les États-Unis + les alliés américains. Rappelons-nous que la Turquie a fait son premier pas, en prenant pour cible l’Arabie Saoudite, et en publiant les détails de l’assassinat de Kashoggi. Après le refus des États-Unis de livrer le F-35, un refus auquel s’attendait la Turquie, celle-ci a évolué de manière similaire dans ses relations directes avec les États-Unis. Le ministre des affaires étrangères, M. Mevlut Cavusoglu, a annoncé que si les Américains refusaient la vente de F-35, la Turquie acquérait des avions de pointe ailleurs. Cavusoglu a nommé ces alternatives : Su-35 ou Su-57 russe.

Ces transactions constituent une première absolue parce que c’est la première fois que la Russie vend des systèmes si avancés à une armée étrangère, un membre de l’OTAN. Poutine est-il assez naïf pour offrir aux ennemis, sa technologie de pointe ? Si Poutine réussit à extraire la Turquie de la zone d’influence américaine, alors le jeu en vaudrait vraiment la chandelle. Rappelons-nous que la récente réunion de Poutine-Erdogan est la troisième réunion entre les deux présidents depuis le début du 2019, et que la tendance à la hausse des relations russo-turques a débuté avec le coup d’État raté en Turquie.

Revenons au coup d’État en 2016, qui visait l’assassinat du Président Erdogan et n’était qu’une tentative désespérée d’éliminer un adversaire de l’Amérique. Quelques heures plus tôt, Poutine avait informé Erdogan de ce qui était en train de se passer, et le conseillait de quitter la maison de vacances de Marmaris 30 minutes avant l’attaque des commandos de putschistes, et de monter à bord d’un jet privé. Et il a également mis à disposition un satellite de communication russe pour diriger les forces fidèles restantes. Cette aide a permis à la 1ère Armée turque, commandée par le général Ümit Dündar, disposée autour d’Istanbul, d’inverser le sort du coup d’état en faveur de Erdogan. Dündar a repris l’aéroport Atatürk qui était sous le contrôle des putschistes et a assuré l’atterrissage de l’avion de Erdogan.

Pourtant, les choses ne peuvent pas rester ainsi indéfiniment car Erdogan veut régler rapidement le problème des Kurdes, considérés comme des terroristes par la Turquie mais soutenus par les États-Unis. En même temps, Erdogan veut transférer aux services secrets turcs, la gestion de tous les terroristes islamistes combattant dans le nord de la Syrie, recrutés et armés par la CIA et le Pentagone via l’Arabie Saoudite, pour les empêcher d’être redirigés par les États-Unis vers d’autres « Printemps arabes ». Le véritable objectif de Erdogan est de créer son propre bloc militaire composé de la Turquie, de l’Iran et du Qatar, en tant que contrepoids à une OTAN arabe recherchée par les États-Unis. Si Erdogan, soutenu par Poutine, remporte le match qu’il mène contre les Etats-Unis et leurs alliés arabes, le rapport des forces au Proche-Orient changera radicalement au détriment des États-Unis.

Valentin Vasilescu
16 avril 2019

Traduction Avic 
– Réseau International

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11122

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Notre-Dame de Paris, victime du dédain pour le patrimoine

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 17 AVR. 2019 | ARTICLES270 

Quand on parle d’or, on parle de patrimoine, personnel et financier, qui inclut également de l’immobilier, éventuellement des œuvres d’art. Il existe aussi sous forme immatérielle, pour le savoir-faire ou les valeurs que l’on transmet. Mais on invoque aussi le patrimoine collectif, de nature économique certes, mais plus souvent culturel, celui d’une région, d’une nation, d’une civilisation ou du monde. À chaque fois, on a affaire à quelque chose qui n’est pas remplaçable, dont le caractère unique participe à la fascination que l’on ressent. D’où le sens d’une perte irrémédiable lorsqu’une œuvre disparaît ou subit de graves outrages. Nous sommes tous touchés – presque dans notre chair – par l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril. Elle sera certes reconstruite, mais des éléments ont disparu à jamais, dont sa célèbre charpente en chêne du XIIIe siècle.

Tout n’est pas irremplaçable dans une société, de multiples choses sont reproductibles. C’est bien ainsi, cela favorise la « croissance », l’enrichissement, pour le moins économique. Mais il faut savoir garder un équilibre, et nous l’avons peut-être perdu. Dans le domaine culturel, justement, nos sociétés favorisent – au niveau de l’attention comme du budget – les événements « festifs », dont savait se moquer l’essayiste Philippe Muray (1945-2006). Chroniqueur de notre désastre contemporain, où le « festivisme » fait loi, il dénonçait l’Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire.

Tous ces événements festifs, qui mettent en valeur les responsables politiques qui les lancent, ont de plus en plus grignoté le budget nécessaire à l’entretien du patrimoine, moins funny il est vrai. Cela fait des années qu’il aurait fallu restaurer Notre-Dame de Paris, mais l’argent manquait, voyez-vous. Et l’Histoire se rappelle brutalement à nous.

Cette dichotomie entre le patrimoine et le festif – où le premier devrait avoir prééminence sur le second – se retrouve dans le patrimoine financier, dans la monnaie elle-même, entre l’étalon-or et la monnaie-papier, simple signe abstrait détaché de tout référent depuis le 15 août 1971, date à laquelle Richard Nixon a déclaré la fin de la convertibilité entre l’or et le dollar. Ce signe qui flotte, imprimé en quantité par les banques centrales, qui alimente de gigantesques dettes publiques et privées, que vaut-il vraiment ? L’or, lui, on connaît sa valeur. Un tableau aussi, et ne parlons pas d’une cathédrale.

Déjà plusieurs centaines de millions d’euros affluent pour reconstruire Notre-Dame, venant d’ailleurs de grandes fortunes et d’entreprises plutôt que de l’État, dont c’est pourtant la mission. Mais cela restera bien modique par rapport aux milliards qui seront engloutis pour les Jeux olympiques de « Paris 2024 » et son prévisible déluge de festivités. Il est temps de retrouver un sens des valeurs et une exigence de notre patrimoine, dans toutes ses dimensions.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / MEMBRE DE L’ÉQUIPE ÉDITORIALE D’OR.FR

https://or.fr/actualites/incendie-cathedrale-notre-dame-paris-victime-dedain-pour-patrimoine-1518

LA RUSSIE LIVRE UN COUP ASYMÉTRIQUE À L’UKRAINE

LA RUSSIE LIVRE UN COUP ASYMÉTRIQUE À L’UKRAINE

Russia Delivers Asymmetric Blow To Ukraine

Le 10 avril, le gouvernement ukrainien a élargi la liste des marchandises interdites d’importation en provenance de Russie. Par cette décision, l’embargo a été étendu au formol et au concentré de carbamide-formaldéhyde, de ressorts pour les wagons de fret, de matériel électrique pour les automatismes ferroviaires et les dispositifs de communication, ainsi que de conducteurs électriques pour des tensions supérieures à 1000V. En outre, une autre résolution a sanctionné l’importation de contenants en verre, y compris les canettes, les bouteilles pour aliments et boissons, les contenants et autres produits similaires.

Ce mouvement a été la continuation d’une série de restrictions antérieures imposées par l’Ukraine à la Russie et aux entreprises affiliées à la Russie. Malgré des déclarations formelles, les actions récentes et précédentes de l’Ukraine ont un impact réel minime car les exportations russes susmentionnées peuvent être négligées.

Le 18 avril, le gouvernement russe est arrivé avec une déclaration sensationnelle en réponse au comportement ukrainien. Le Premier ministre Dmitri Medvedev a annoncé qu’il avait signé un décret interdisant l’exportation de pétrole, de produits pétroliers et de charbon vers l’Ukraine. À compter du 1er juin, l’exportation des produits énumérés dans le décret nécessitera un permis spécial unique.

Le décret interdit également l’importation en Russie de produits d’ingénierie, de travaux légers et de traitement des métaux en Ukraine.

«Le Cabinet des ministres ukrainien a franchi une autre étape peu amicale envers notre pays en élargissant la liste des produits russes dont l’importation en Ukraine est interdite. Dans ces conditions, nous devons défendre nos intérêts et prendre des mesures de rétorsion », a déclaré Medvedev, selon Interfax.

Cette initiative sans précédent portera un coup sévère à l’économie déjà affaiblie de l’Ukraine. Au cours des années précédentes, les produits pétroliers russes représentaient environ 36 à 40% du marché ukrainien. Environ 40% des produits pétroliers importés par l’Ukraine en provenance de Biélorussie étaient en fait des produits pétroliers russes sous une autre marque. La Russie devrait renforcer la surveillance de la réexportation de ses produits pétroliers par la Biélorussie, empêchant ainsi les schémas gris qui pourraient permettre au gouvernement de Kiev d’éviter l’interdiction imposée.

L’industrie ukrainienne restante subira le plus de conséquences de l’interdiction imposée. Les citoyens ordinaires constituent un autre groupe qui ressentirait immédiatement l’impact. Compte tenu de l’interdiction des produits pétroliers russes, le gouvernement de Kiev devrait diversifier son marché, achetant probablement davantage de produits pétroliers à l’Azerbaïdjan ou même à l’Iran et à d’autres États du golfe Persique. Cette mesure désespérée augmenterait les coûts de transport. L’augmentation des coûts des produits pétroliers pour l’économie ukrainienne serait d’environ 15 à 20%.

En outre, il est peu probable que le gouvernement de Kiev puisse remplacer complètement les produits pétroliers russes dans un court laps de temps. Cela augmentera encore le coût des produits pétroliers en raison du manque d’approvisionnement sur le marché intérieur ukrainien.

Selon les experts, les citoyens ukrainiens pourraient bientôt observer une augmentation de 18 à 20% du prix du carburant. Actuellement, un litre de 95 RON à Kiev coûte environ 28 UAH (1,04 USD). Le revenu mensuel moyen de l’ukrainien est d’environ 7 000 UAH (250 USD). On s’attend donc à ce que le prix de 95 RON atteigne environ 1,25 USD le litre. Le coût des produits pétroliers pour le secteur de la production augmentera également.

La décision du Kremlin d’introduire le petit pain d’exportation de pétrole en Ukraine avant le second tour de l’élection présidentielle dans le pays est un signal clair à Volodymyr Zelensky, qui peut déjà être présidé en tant que président élu. [Petro Poroshenko a très peu de chances de remporter la victoire] Moscou montre qu’il ne tolère pas les déclarations formelles et attend de véritables actions qui changeraient la politique ukrainienne à l’égard de l’Ukraine. Si le président nouvellement élu introduit des changements dans la politique de son pays, il est prévu que l’interdiction pétrolière ainsi que d’autres sanctions seront levées dans un proche avenir.

https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://southfront.org/&prev=search

Peter Frankopan Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Peter Frankopan

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Traduction en Anglais

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51

Charles de Gaulle : un porte-avions modernisé (REPORTAGE)

Un envoyé spécial américain visitera la Russie pour discuter de la dénucléarisation de la péninsule coréenne

Un envoyé spécial américain visitera la Russie pour discuter de la dénucléarisation de la péninsule coréenne © Chine Nouvelle (Xinhua), le 17/04/2019 04:59 Le représentant spécial des Etats-Unis pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Stephen Biegun, se rendra en visite en Russie cette semaine pour discuter de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, a fait savoir le département d’Etat américain mardi à Washington. M. Biegun se rendra en voyage à Moscou les 17 et 18 avril pour rencontrer des responsables russes afin de discuter des efforts visant à progresser vers une dénucléarisation définitive et pleinement vérifiée de la RPDC, a indiqué le département dans un bref communiqué, sans fournir davantage de détails. M. Biegun a effectué plusieurs visites à l’étranger depuis le sommet de Hanoï en février entre le président américain, Donald Trump, et le dirigeant de RPDC, Kim Jong Un, sommet qui s’est achevé sans parvenir à un accord. En mars, l’envoyé américain s’est rendu à Londres pour discuter de la question de la dénucléarisation avec ses homologues britannique, français, et allemand. ANNONCE PARTAGER SUR FACEBOOK ! Lire plus sur :

 

https://chine.in/actualite/asie/envoye-special-americain-visitera-russie_19713.html

Accord UE-USA : mandats pour l’ouverture des négociations commerciales

Accord UE-USA : mandats pour l’ouverture des négociations commerciales
16 APRIL 2019 – CYRILLE CHATAIL

Le 15 avril 2019, le Conseil de l’UE a approuvé des mandats autorisant la Commission européenne à ouvrir des négociations avec les États-Unis sur deux accords.

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Les mandats autorisant la Commission européenne à ouvrir des négociations avec les États-Unis, approuvés par le Conseil de l’UE, portent sur deux accords :

  • l’un, commercial, vise l’élimination des droits de douane seulement sur les produits industriels (les produits agricoles en sont exclus, comme les marchés publics) ;
  • l’autre, relatif à l’évaluation de la conformité, vise l’élimination des obstacles non-tarifaires, « en permettant aux entreprises de prouver plus facilement que leurs produits satisfont aux exigences techniques tant de l’UE que des États-Unis, tout en maintenant un niveau de protection élevé dans l’UE », selon le communiqué du 15 avril du Conseil.

Élimination des droits de douane 

Si l’objectif est bien sûr d’accroître les échanges commerciaux entre les deux parties, et donc leurs croissances, les négociations tiendront notamment compte de la sensibilité de certains produits (par exemple ceux à forte intensité énergétique et ceux de la pêche).

La guerre de l’acier et de l’aluminium avec les USA n’est pas oubliée dans le mandat : d’une part, l’UE ne conclura pas les négociations tant que les droits de douane actuels à l’importation sur ces produits de l’UE existeront ; d’autre part, l’UE pourra suspendre unilatéralement les négociations si son partenaire impose de nouvelles restrictions commerciales sur des produits de l’Union.

Bénéfices prévisionnels en chiffres 

Selon le communiqué de la Commission européenne également du 15 avril, grâce à la réduction des droits de douane sur les produits industriels, les exportations de l’Union vers les États-Unis augmenteraient de 8 % et les exportations américaines vers l’Union de 9 % d’ici à 2033, soit un gain supplémentaire de 27 milliards d’euros pour les exportations de l’UE et de 26 milliards d’euros pour celles des USA

Et l’ancien PTCI ?

Le communiqué du Conseil précise que les directives de négociation relatives au partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) de juin 2013 sont considérées comme « obsolètes et n’étant plus pertinentes ».

Plus d’information sur ce sujet dans Le Lamy Guide des procédures douanières, n° 340-100. Le texte ici présenté est intégré à ce numéro dans la version en ligne de cet ouvrage sur Lamyline dans les 48 heures à compter de la publication de la présente actualité.

Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 avril 2019

L’accord nucléaire iranien, dit Plan d’action global conjoint (JCPOA), limite les activités nucléaires de l’Iran pendant 15 ans. Passé ce délai, l’Iran serait toujours lié par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et son Protocole additionnel. Mais l’Iran serait libre de produire de l’uranium enrichi pour ses réacteurs nucléaires.

En octobre 2017, les États-Unis ont quitté le traité et réintroduit des sanctions économiques contre l’Iran. Mais les signataires européens, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont déclaré qu’ils respecteraient l’accord. Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, tweetait à cette époque :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:25 utc - 8 sept 2017 

La France ne soutient aucune renégociation du traité JCPOA, qui devrait être mis en œuvre tel quel.

La France et l’Allemagne ont créé une structure complexe pour permettre certaines transactions commerciales avec l’Iran tout en échappant aux menaces de sanctions américaines secondaires. Le Guide suprême iranien Khamenei a qualifié cette structure de « blague » car elle ne permettra guère un commerce sérieux.

La semaine dernière, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France ont également intensifié leurs pressions sur l’Iran au sujet de ses programmes de missiles balistiques. L’Iran rejette sévèrement (vidéo, recommandé) toute critique de ce genre. Elle a depuis longtemps volontairement limité la portée de ses missiles à 2 000 kilomètres. N’ayant pas d’armée de l’air moderne, les missiles sont le seul moyen de menacer les biens de ses ennemis au Moyen-Orient. Il ne les abandonnera jamais.

De son côté, l’Iran respecte le JCPOA. Il limite ses activités nucléaires tout en permettant à l’AIEA d’inspecter le pays. Alors que les sanctions américaines s’accumulent et que les Européens refusent de soutenir des échanges commerciaux réguliers et continuent leur pression sur le sujet des missiles balistiques iraniens, il devient de plus en plus difficile pour les politiciens iraniens de justifier l’accord. Si, de leur côté, les États-Unis et l’UE ne respectent pas l’accord, pourquoi l’Iran devrait-il le faire ?

Les Européens continuent de traîner les pieds. La semaine dernière, la poste britannique a déclaré qu’elle n’accepterait plus de colis à destination de l’Iran. Aucune raison valable n’a été donnée. Hier, Gérard Araud, qui défendait l’accord nucléaire en 2017, a voulu le remettre en cause :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:10 utc - 13 avr 2019

Il est faux de dire qu'à l'expiration du JCPOA, l'Iran sera autorisé à enrichir de l'uranium. En vertu du TNP et de son protocole additionnel, elle devra prouver, sous un contrôle strict, que ses activités nucléaires sont civiles.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:17 utc - 13 avr 2019

Comme nous le disions en 2002, l'enrichissement de l'uranium sans programme civil crédible est illégal en vertu du TNP, nous dirons la même chose en 2025 si nécessaire. Des sanctions ont été imposées. Des sanctions pourraient être réimposées. Il n'y aura pas de "trêve" après le JCPOA.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:20 utc - 13 avr 2019

La Russie fournit de l'uranium enrichi à la centrale nucléaire de Busheer. Il n'y aura donc aucune raison concevable pour l'Iran d'enrichir massivement de l'uranium après la fin du JCPOA.

L’Allemagne devrait cesser de construire le gazoduc Nord Stream II parce qu’il est supposé dangereux de dépendre des importations de gaz en provenance de Russie. Mais l’Iran devrait faire confiance à la Russie pour fournir de l’uranium à ses centrales nucléaires ? Pourquoi l’Allemagne est-elle autorisée à enrichir de l’uranium pour ses centrales nucléaires ? La Russie pourrait certainement lui en fournir aussi.

Après la fin du moratoire de 15 ans imposé par le JCPOA, l’Iran est bien sûr libre de produire son propre uranium pour ses propres centrales nucléaires. Rien dans les lois internationales n’exige que l’Iran continue de l’acheter à la Russie. La déclaration d’Araud n’a aucun sens.

Ce matin, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a répondu à Araud :

Seyed Abbas Araghchi @araghchi - 9:02 utc - 14 avr 2019

Si les tweets de @GerardAraud représentent la position française, nous sommes confrontés à une violation majeure de l'objet et du but du JCPOA et de la résolution 2231 des Nations Unis. Besoin d'une clarification immédiate par Paris, ou nous agirons en conséquence.

Il semble que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France aient tendance à rendre de plus en plus difficile pour l’Iran le respect de l’accord JCPOA. Ils font le jeu des néocons américains qui veulent que l’Iran se retire de l’accord pour ensuite prétendre avoir des raisons de l’attaquer [pour le compte d’Israël, NdT].

Comme dans le cas de la guerre contre la Syrie, ce sont les Européens qui souffriraient d’un conflit entre les États-Unis et l’Iran. Pourquoi jouent-ils ce jeu ?

Mise à jour.

Il semble que Gérard Araud ait reçu un appel urgent du Quai d’Orsay ou du Palais de l’Elysée et qu’on lui ait demandé de supprimer ses tweets :

Mohammad Ali Shabani @mashabani - 15:46 utc - 14 avr 2019

L'ambassadeur de France aux États-Unis (récemment à la retraite) a supprimé les tweets reniant les fondations de la JCPOA et impliquant la réimposition de sanctions si l'Iran poursuit l'enrichissement (comme autorisé par la JCPOA) après 2025.

Espérons une nouvelle approche française face à l’Iran. L’actuel est un navire en train de couler.

Je ne savais pas qu’Araud avait pris sa retraite. Sa fête d’adieu était le 3 avril. Sa biographie sur Twitter le désigne cependant toujours comme ambassadeur actuel.

Alors pourquoi tweeterait-il ça ? Le contenu était-il correct mais publié prématurément ? Ou est-ce que ces tweets étaient fait pour favoriser sa candidature à un poste bien payé dans tel ou tel groupe de réflexion va-t-en-guerre ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-leurope-tente-t-elle-de-saboter-laccord-nucleaire-iranien

L’UE A-T-ELLE RÉUSSI À ENTERRER LE NORD STREAM 2?

L’UE A-T-ELLE RÉUSSI À ENTERRER LE NORD STREAM 2?

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15.04.2019

Pendant deux mois, il a été question que l’Union européenne puisse subordonner Nord Stream 2 au troisième paquet sur l’énergie, qui a abandonné en 2014 South Stream. La Commission européenne a proposé des amendements à la directive sur le gaz. Selon eux, les mêmes règles internes de l’UE s’appliquent aux pipelines en mer en provenance de pays tiers comme aux pipelines terrestres. Le fournisseur de gaz ne peut pas être un distributeur de gaz en même temps. Deuxièmement, une entreprise ne peut remplir plus de la moitié de la capacité du pipeline.

Des exceptions à ces règles sont autorisées avec l’accord du pays destinataire du gaz, à savoir l’Allemagne. Mais cela nécessite également l’approbation de la Commission européenne. Étant donné que Gazprom est à la fois un fournisseur et une entreprise qui construit Nord Stream-2 par l’intermédiaire de sa filiale Nord Stream 2 AG, il existe un risque de sous-construction et de sous-chargement du gazoduc.

Nord Stream 2 est un gazoduc long de 1224 km. La capacité de deux pipelines est de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. L’actionnaire unique de Nord Stream 2 AG a pris en charge la moitié du coût du projet – environ 4,75 milliards d’euros. La deuxième partie de l’investissement a été réalisée par des sociétés européennes: le groupe anglo-néerlandais Shell, le groupe autrichien OMV, le groupe français Engie et le groupe allemand Uniper et Wintershall. Le coût total du projet est de 9,5 milliards d’euros. L’achèvement du projet est prévu pour 2019.

Le document adopté aujourd’hui par l’Union européenne conserve théoriquement les deux menaces identifiées ci-dessus, mais Gazprom a toutes les chances de les éviter. En ce qui concerne la construction du Nord Stream – 2, la Russie peut créer une nouvelle société indépendante de Gazprom et organiser le reste du tronçon de 50 km du gazoduc relevant de la compétence de l’Union européenne.

En termes d’injection de gaz, une méthode similaire peut théoriquement être appliquée. Ainsi, une partie du gaz fourni n’est pas pompée par Gazprom, mais par une autre société russe. Mais ce n’est pas nécessaire de faire. Au moins jusqu’à ce que la Commission européenne pose un ultimatum sur la nécessité de charger 50% de la capacité par une autre société.

Dans un entretien avec Gazeta.ru, Ilya Zharsky, l’associé directeur du groupe d’experts Veta, a indiqué que, en théorie, les autres acteurs du marché européen pourraient être autorisés à effectuer des opérations de pompage. Mais de facto, cela ne se produira pas, car le concept Nord Stream-2 stipule que le tuyau provenant de Russie sera rempli de Gazprom, car il est le seul exportateur.

La confiance et le calme règnent non seulement chez les experts, mais aussi dans les milieux politiques et commerciaux. Le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, a indiqué la veille que les nouvelles modifications de la directive « sont plus douces que la version initialement envisagée » et qu’elles ne porteront pas préjudice à la construction de Nord Stream 2. Vladimir Chizhov, représentant permanent de la Russie L’UE a dit la même chose, rappelant la possibilité pour Berlin de demander des exceptions aux règles du troisième paquet énergie.

La confiance dans l’achèvement et la mise en œuvre du projet est également renforcée par deux autres facteurs: l’autorité de l’Allemagne et la demande en énergie. La chancelière allemande Angela Merkel a défendu à plusieurs reprises le gazoduc contre les attaques de Washington. Donald Trump a accusé Merkel d’avoir conduit l’Europe à la dépendance de la Russie.

Ayant un poids politique solide au sein de l’UE, l’Allemagne est toujours en mesure non seulement de mener à bien le projet, mais également de « supprimer » les exceptions aux règles de la Commission européenne selon lesquelles les autres entreprises devraient charger 50% de gaz.

Le deuxième facteur important est la demande croissante de gaz russe en Allemagne et dans l’UE. Jens Muller, représentant de Nord Stream 2 AG, a déjà averti que la production de gaz en Europe pourrait chuter de 50% au cours des deux prochaines décennies. La chute est causée par le « dessèchement » des dépôts de la mer du Nord. Les concurrents de la Russie – les États-Unis et le Qatar – offrent un gaz plus cher, et l’Afrique du Nord (Algérie, Libye) est politiquement instable. Donc, le seul espoir pour la Russie.

La directive gaz adoptée a pour objectif formel d’empêcher l’émergence de monopoles sur le marché européen de l’énergie.

La vraie tâche du document est de limiter l’influence de la Russie. Les institutions supranationales de l’Union européenne – la Commission européenne et le Parlement européen – ont particulièrement insisté à cet égard. Ce dernier, à l’unisson avec le Congrès et la Maison Blanche, a généralement proposé d’abandonner complètement le Nord Stream 2.

 En résumé, nous pouvons dire que les autorités de l’UE ont créé des obstacles juridiques au Nord Stream 2, mais qu’elles ne risquent en fait pas de s’immiscer dans la mise en œuvre du projet.

http://katehon.com/article/has-eu-managed-bury-nord-stream-2

Le renversement d’Omar el-Béchir

Le renversement d’Omar el-Béchir

Certaines poches du Soudan sont toujours en guerre et le gouvernement de Karthoum est toujours militaire. Rien n’a changé bien que le président Omar el-Béchir ait été renversé. Pour Thierry Meyssan, le problème du Soudan est avant tout culturel après 30 ans de dictature des Frères musulmans. Les événements actuels n’ont aucun rapport avec une aspiration à la liberté, mais uniquement avec la faim.

 | DAMAS (SYRIE)  

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Lors d’une cérémonie officielle, le président Omar el-Béchir (à droite) en compagnie du général Ahmed Awad Ibn Auf (à gauche) qui l’a renversé.

La simultanéité des événements en Algérie, en Libye et au Soudan évoque ce qui s’est passé en 2011 en Tunisie, en Libye et en Égypte. Pour les uns, il s’agirait d’un mouvement révolutionnaire contre des dictatures, pour d’autres d’une réédition de l’organisation par les Britanniques de la Grande révolte arabe de 1916.

Concernant 2011, la publication des e-mails internes du Foreign Office par le lanceur d’alerte Derek Pasquill, le rôle et la coordination des Frères musulmans dans tous ces pays, et enfin la suite des événements ne laissent aucun doute : il s’agissait bien d’un mouvement préparé durant 7 ans par les Britanniques, et finalisé avec l’aide des États-Unis, pour remplacer des régimes laïques nationalistes par des régimes religieux pro-Occidentaux.

Mais qu’en est-il pour 2019 ? Il serait prétentieux de vouloir répondre à cette question alors que ces événements ne font que débuter, que nous ne savons pas grand-chose de nouveaux acteurs, ni des intentions et des capacités étrangères. Tout au plus pouvons nous éviter de nous tromper nous-mêmes en répétant les slogans de la communication occidentale.

Nous avons souvent évoqué les situations de l’Algérie et de la Libye. Nous examinerons ici celle du Soudan et montrerons la particularité de ce pays.

Le président soudanais, Omar el-Béchir, a été renversé le 11 avril 2019 alors que des manifestations massives embrasaient le pays. Il s’était emparé du pouvoir lors d’un coup d’État militaire, il y a 30 ans, et en a été chassé par un autre coup d’État militaire. Durant son règne, jamais le pays n’a connu la paix, ni des élections crédibles.

Le Soudan a joué un rôle particulier sur la scène internationale, celui du Grand Méchant, tandis qu’il entretenait plus ou moins secrètement des relations privilégiées avec les Occidentaux qui n’ont cessé en sous-main de le soutenir. Dans ce contexte, la presse, qui a feint d’ignorer la réalité de ce double-jeu, lie la chute d’Omar el-Béchir à une révolution en réaction aux crimes qui lui sont attribués. C’est absolument faux.

En premier lieu, la guerre qui a ensanglanté le Soudan et l’ensanglante toujours, trouve ses racines avant la Première Guerre mondiale. Une secte inspirée de l’islam se souleva contre la colonisation anglo-égyptienne. Considérant son chef, le « Mahdi », comme son messie, elle se battit contre les troupes christiano-musulmanes anglo-égyptiennes, tentant d’imposer un mode de vie laissant une grande place à l’esclavage et aux châtiments corporels, détruisant les tombes des saints et les mosquées des musulmans « infidèles ». Dans ce contexte si particulier, les Britanniques ne tentèrent pas de convertir le pays au christianisme comme ils le firent ailleurs, mais avec l’aide du Grand mufti d’Égypte et de l’université al-Azar, d’inventer une forme d’islam compatible avec la colonisation.

Quarante ans plus tard, avant même l’indépendance du pays (1956), la guerre reprit. Après un cessez-le-feu relatif de 1972 à 1983, elle reprit encore. Omar el-Béchir ne parvint au pouvoir qu’en 1989. Il n’a donc aucune responsabilité dans le déclenchement de cette guerre, dont il n’est qu’un tardif protagoniste. Elle oppose de fait, au travers du siècle, dans cet immense pays, une population —qui entend à la fois libérer le Soudan des colonisateurs et imposer son mode de vie— aux animistes, aux chrétiens, et aux musulmans traditionnels, qui lui résistent.

Les deux inculpations d’Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale (CPI), d’abord pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre (2009), puis pour génocide (2010), sont fondées sur une interprétation des événements faisant l’impasse sur leur contexte et rejetant par principe toute responsabilité sur le chef de l’État. Elles s’appuient sur l’instruction fantaisiste du procureur violeur et corrompu, Luis Moreno Ocampo. Elles ont au demeurant été rejetées aussi bien par la Ligue arabe que par l’Union africaine.

Le parachutiste Omar el-Béchir s’est longtemps appuyé sur le charisme de l’intellectuel Hassan el-Tourabi. Les deux hommes étaient membres de la Confrérie des Frères musulmans et ont essayé d’adapter au Soudan l’idéologie d’Hassan el-Banna et de Sayyed Qutb. El-Tourabi tenta d’écarter el-Béchir en 1999, sans y parvenir. Ce dernier réussit à le faire emprisonner en 2004-05. En définitive, il gracia el-Tourabi qui mourut de sa belle mort en 2016.

Cette situation est d’autant plus confuse que les Frères musulmans ont été créés par des Égyptiens dans le contexte de l’alliance entre le Grand mufti d’Égypte et les Britanniques contre les Madhistes soudanais ; qu’ils ont été dissous par les Égyptiens après la Seconde Guerre mondiale et finalement reconstitués par les Britanniques.

Comme tous les Frères musulmans, el-Béchir et el-Tourabi ont tenu des discours différents selon leurs interlocuteurs qui les qualifièrent tour à tour de sincères ou d’hypocrites, de fascistes ou de communistes. En outre, comme ils reproduisirent le conflit des Madhistes contre les Égyptiens, ils entrèrent en dissidence par rapport au reste de la Confrérie. Ils adoptèrent donc la même ambigüité non seulement vis-à-vis du grand public, mais aussi des autres Frères musulmans.

Durant 30 ans, Omar el-Béchir a joué habilement pour se maintenir au pouvoir, sans jamais se préoccuper d’éveiller l’esprit de son peuple.

Il a rétabli l’interprétation soudanaise de la Charia comme loi pénale dans la majorité du pays. L’excision du clitoris des jeunes filles est la norme —prétendument au nom de l’islam—. L’homosexualité est réprimée de la peine capitale. La flagellation et la peine de mort par lapidation ou crucifixion s’appliquent toujours, même si elles se font plus rares ces dernières années.

Il est d’usage de reprocher au seul Omar el-Béchir le massacre de populations au Darfour. C’est oublier que ses milices baggaras (les « Janjawid ») étaient encadrées par une société militaire privée US, DynCorp International, chargée par le Pentagone d’entretenir le crime dans cette zone pétrolière afin d’en empêcher l’exploitation par la Chine.

Au plan international, le Soudan offre une zone neutre aux Occidentaux face aux conflits idéologiques régionaux. Ainsi, il hébergea et surveilla tous ceux qui se disaient « anti-américains », que ce soit pour de vrai comme l’anti-impérialiste Ilich Ramírez Sánchez (« Carlos ») ou faussement comme le supplétif de l’Otan Oussama ben Laden. Cependant, il livra Carlos aux Français, et protégea Ben Laden.

Le Soudan s’engagea sur des théâtres d’opération étrangers, notamment contre l’Ouganda, la RDC et le Centrafique, en soutenant une secte sanguinaire, l’Armée de libération du Seigneur.

Dans la période actuelle, le Soudan a reçu un milliard de dollars du Qatar pour retirer le chef de la mission de la Ligue arabe en Syrie qui avait démenti la propagande d’une « révolution » contre le président el-Assad. Il a envoyé, à partir de 2015, des troupes —dont de nombreux mineurs de 14 à 17 ans— au Yémen se battre contre les chiites Houthis sous commandement saoudo-israélien. En 2017, il a loué pour 99 ans l’île de Suakin à la Turquie pour contrôler la mer Rouge, contre l’Arabie saoudite, l’Égypte et Israël. En 2018, Omar el-Béchir est venu représenter on ne sait qui lors d’un voyage officiel à Damas. Etc… Aucune logique dans ces actes, mais une tactique très maîtrisée qui fait du Soudan un pays à part, simultanément l’ami et l’ennemi de chacun.

Quoi qu’il en soit, le soulèvement actuel n’a aucun rapport avec une aspiration démocratique, mais uniquement avec la hausse des prix qui secoue le pays depuis l’indépendance du Soudan du Sud (2011) et la perte des champs pétroliers. L’effondrement économique qui suivit fut particulièrement cruel pour les plus pauvres. Un plan élaboré par le Fonds monétaire international fut mis en œuvre en 2018. Il provoqua en quelques mois une inflation de 70 % et, en décembre, un triplement brutal du prix du pain auquel la population réagit par des manifestations. Elles aboutirent au coup d’État militaire qui emporta Omar el-Béchir. Son successeur, le général Ahmed Awad Ibn Auf, démissionna le lendemain au profit du général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan. Il devrait présider une transition de deux ans avant de remettre le pouvoir à un gouvernement civil. En attendant, la Constitution a été abrogée.

Comme on ignore ce qu’Omar el-Béchir est devenu et si ses successeurs sont ou non membres des Frères musulmans, il est impossible d’expliquer ce qui se passe.

À ce jour, la situation est devenue instable, mais rien n’a changé ni au plan culturel, ni au plan politique. Le Soudan est toujours une société « islamique » gouvernée par une dictature militaire.

Ces événements sont une réaction à l’angoisse de la famine que le Darfour a connu durant les années 80 ; une famine non par absence de nourriture, mais par l’impossibilité pour les pauvres de s’en procurer. Ils n’ont aucun rapport avec ce qui se passe en Algérie, un pays éduqué, mais dont le gouvernement a été privatisé par un cartel de trois gangs. Ni avec ceux de Libye, où la destruction de l’État par l’Otan et l’assassinat de Mouamar Kadhafi ont rendu impossible un accord entre les tribus, condition préalable à une solution démocratique.

Thierry Meyssan

Thierry MeyssanConsultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).

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