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L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

Marine Le Pen et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, ont dénoncé le Pacte de l’ONU pour les migrations lors d’un événement organisé par le Vlaams Belang au parlement flamand à Bruxelles le 8 décembre.

Pour Marine Le Pen et Steve Bannon, le Pacte de l’ONU pour les migrations est un pacte avec le diable. Signé le 10 décembre, le texte de l’ONU a soulevé une vague d’opposition en Europe, notamment du côté de l’extrême-droite.

Lors d’un événement organisé par le Vlaams Belangu au parlement flamand à Bruxelles le 8 décembre, l’ancien gourou qui a orchestré la campagne de Donald Trump et la présidente du Rassemblement national se sont opposés de concert au Pacte mondial, qui a déstabilisé la coalition gouvernementale belge ce week-end.

« Le but de cette rencontre est clair : mettre ce pacte suicidaire à la poubelle, où il devrait être », a commenté le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, avant d’accuser la N-VA de « ne rien faire » pour empêcher le pacte sur la migration. Le parti a pourtant quitté la coalition gouvernementale pour signifier son opposition à la décision du Premier ministre Charles Michel d’approuver le texte.

Le Pacte sur les migrations déchire le gouvernement belge

Le Premier ministre belge a pris la tête d’un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d’une divergence profonde sur le Pacte de l’ONU sur les migrations.

« Le pays qui signe le pacte signe forcément un pacte avec le diable », a commenté Marine Le Pen. La responsable de l’extrême droite française, très applaudie pendant son discours, a assuré que les vents de l’histoire étaient favorables à sa force politique pour les élections européennes du 26 mai. Pour la première fois, il est possible d’envisager une alternative au leadership actuel de l’Europe et de remplacer les « dirigeants chancelants » comme Jean-Claude Juncker, a-t-elle dit.

« Le Pacte sur la migration est mort avant même d’avoir été signé », a déclaré Steve Bannon sur l’estrade du parlement flamand, avant de se réjouir d’avoir des leaders comme Donald Trump, Marine Le Pen ou Viktor Orbán « qui osent dire qu’ils ne veulent pas de ce pacte ».

Depuis plusieurs mois, l’Américain tente de rassembler les forces populistes de toute l’Europe, y compris la Ligue de Matteo Salvini en Italie, le VVD de Geerts Wilders aux Pays-Bas, le Rassemblement national de Marine Le Pen en France, et le parti séparatiste belge Vlaams Belang.

Cet été, il a annoncé qu’il mettait sur pied une fondation en Europe appelée Le Mouvement, avec laquelle il espère mener une révolte populiste de droite à travers le continent, à commencer lors des élections européennes de mai prochain.

Steve Bannon débarque en Europe pour épauler les populistes

L’ancien conseiller du Président Donald Trump compte se mettre au service de l’extrême-droite à l’occasion des prochaines élections européennes.

Le Pacte mondial pour des migrations sûres ordonnées et régulières a été approuvé en juillet par les 193 membres de l’ONU à l’exception des États-Unis, qui se sont retirés de l’accord l’année dernière. Le Pacte doit être formellement ratifié le 10 décembre.

Ce dernier a été élaboré alors que l’Europe assistait au plus grand afflux de migrants depuis la Seconde Guerre mondiale. Nombre d’entre eux fuyant les conflits et la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et au-delà.

Ces derniers mois, l’opposition au pacte a pris de l’ampleur. Ses détracteurs affirment qu’il ne fait aucune distinction entre immigration légale et illégale.

Le Pacte sur les migrations, un texte non contraignant qui suscite la panique

Peu ambitieux et déjà validé, le Pacte sur les migrations de l’ONU qui doit être signé le 10 décembre prochain à Marrakech génère un vent de panique en Europe. Notamment en France et en Belgique.

 

« En élargissant son arène politique au niveau international avec Steve Bannon et Marine Le Pen, le Vlaams Belang gagne en crédibilité politique », a déclaré l’analyste de la RTBF Régis Dandoy, qui a déclaré que ce mouvement était habituellement centré sur la Flandre. « Le [Vlaams Belang] veut montrer aux électeurs qu’il est capable d’avoir des relations avec d’autres pays, comme les États-Unis, la France ou la Hongrie », a expliqué Régis Dandoy.

L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

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La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

Par Laurent CHAMONTIN, le 7 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Diplômé de l’École Polytechnique. Écrivain et russophone, Laurent Chamontin est auteur de L’empire sans limites. Pouvoir et société dans le monde russe, éd. De l’Aube, 2014 et de Ukraine et Russie : pour comprendre, éd. Diploweb, 2017. Il a vécu et voyagé dans l’espace post-soviétique. Membre du Conseil scientifique du Diploweb.com.

Le douloureux divorce en cours entre l’Ukraine et la Russie est paradoxalement le signe que ces deux pays partagent parfois les mêmes problèmes face à la modernisation. L’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine. Laurent Chamontin en fait ici une démonstration argumentée et stimulante.

IL Y A quelques 500 ans, une course à la puissance commença entre les pays d’Europe de l’Ouest, ce qui conduisit finalement au remplacement de l’antique société agraire héritée de l’ère néolithique par une autre, d’un type entièrement nouveau [1].

Des conditions favorables – institutions pré-démocratiques dynamiques et contexte de compétition frénétique entre des pays comparables en termes de puissance [2] – eurent pour résultat un changement social sans précédent – « de l’état traditionnel, agraire, rural, patriarcal, holiste à une société moderne, industrielle ou « post-industrielle », urbaine, démocratique, individualiste » [3].

Cette transition – que nous appellerons « modernisation » ci-après, à la suite d’Anatoli Vichnevski – ne pouvait pas rester sans conséquences pour le reste du Monde, qui eut en premier lieu à éprouver les effets du dynamisme économique et militaire qu’elle rendait possible.

En ce qui concerne la Moscovie et son successeur l’empire russe, la réaction à ce défi commença au début du XVIIIe siècle, en recourant à une forme politique russe caractéristique : la « réforme par en haut ».

Avec l’expérience totalitaire, le XXe siècle fut un point extrême en la matière, qui permit de d’atteindre un point de non-retour en ce qui concerne le processus de modernisation. Cependant, il conduisit notoirement à un résultat en demi-teintes, qu’il s’agisse des conditions économiques, sociales, démographiques ou politiques.

Cette modernisation quelque peu incomplète pose inévitablement le problème de son achèvement. La « réforme par en haut » restera-t-elle la force motrice de la modernisation dans les décennies à venir ? Les hauts et les bas de l’État continueront-ils à imprimer leur rythme à la vie publique, comme ils l’ont fait pendant le XXe siècle ?

Une forme profondément enracinée : la « réforme par en haut »

Il est important, avant d’entrer dans la discussion de ces questions, d’insister sur la nécessité d’inclure dans son champ l’Ukraine aussi bien que la Russie. Si la crise russo-ukrainienne depuis 2014 peut être vue comme une tentative de Kiev de sortir de la sphère d’influence de Moscou et de rejeter tout concept de monde russe, cela ne signifie pas pour autant que l’Ukraine puisse ignorer les problèmes posés par la modernisation à la russe.

En effet, l’empreinte de quelques 300 ans de russification dans tous les domaines de la vie n’a pas pu être effacée en seulement 25 ans d’existence indépendante [4]. De fait, on pourrait même avancer que le douloureux divorce en cours est un signe indéniable de ce que ces deux pays partagent les mêmes problèmes. En bref, l’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine.

La persistance de cette forme est indissociable de conditions géographiques et stratégiques très spécifiques qui ont pesé sur le cours de l’histoire russe jusqu’à aujourd’hui [5]. De fait, les dimensions exceptionnelles du territoire qui a servi de cadre à l’expansion de l’empire ont clairement eu leur part dans une inertie de la société qui a été un casse-tête pour les dirigeants de toutes les époques.

En effet, l’histoire russe depuis les origines se déroule dans un contexte de très faible densité de population : le niveau de 30 habitants par kilomètre carré est atteint en France au XIIIe siècle, et seulement aujourd’hui en Russie occidentale, pour ne rien dire de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe.

Cet état de choses ne peut être sans conséquences pour la dynamique sociale, dans la mesure où il entrave le développement des liaisons horizontales et de l’économie de marché, ainsi que celui des relations avec l’Europe.

Pour la même raison, la relation entre la population et l’État a toujours été intermittente, ce qui n’a pas permis d’établir concrètement une relation constructive entre ces deux acteurs. Deux formes bien connues de l’histoire russe illustrent par excellence cet état de fait. La première est le célèbre village Potemkine. La seconde est la fuite dans la plaine sauvage, permettant d’échapper aux contraintes d’un État à la main notoirement lourde – cette fuite étant précisément permise par l’immensité du territoire.

En plus de ce contexte, il faut avoir à l’esprit le faible enracinement de la propriété privée rurale, en liaison avec l’abondance de la terre, les traditions autoritaires héritées du joug mongol, et l’effort tenace des dirigeants pour éradiquer toute forme d’auto-administration municipale – de la conquête de Novgorod à l’abolition du Droit de Magdebourg à Kiev en 1835 [6].

Tout ceci pris simultanément permet de comprendre le développement d’un État qui ne tolère aucune sorte de limitation de jure et tire tout le parti possible de sa position de puissance continentale excentrée. En accord avec ce contexte, les traits caractéristiques de la modernisation dans cette zone sont le rôle crucial du pouvoir impérial, soumis à la pression d’une Europe qui se modernise et surtout préoccupé par l’accroissement de sa force militaire, l’absence de contrepouvoirs et des forces sociales réticentes, en liaison avec l’absence d’incitations visibles.

Il ne fait aucun doute que cette modernisation autoritaire en vase clos a laissé des traces profondes dans les idées et les attitudes au sujet de l’Europe : elle doit être vue comme la raison ultime de la prédominance sur le long terme du conservatisme et du messianisme russe en politique [7].

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l'espace post-soviétique ?
Ukraine, Lviv, marché près de la gare ferroviaire.

Les résultats en demi-teinte de la modernisation

Concrètement, les bolcheviks n’eurent pas d’autre choix que de composer avec cet héritage et de revenir à l’antique modèle de « réforme par en haut ». Cependant ils le firent à leur manière. En effet, sous l’empire, le vase clos n’était pas parfaitement hermétique et ses effets étaient limités en pratique par la possibilité de voyager à l’étranger, par les engagements internationaux du gouvernement et par le souci qu’il avait de sa réputation [8] . Tous ces facteurs d’atténuation disparurent après 1917, ce qui permit une accélération sans précédent de la modernisation – dans les conditions du totalitarisme.

Cela ne signifie en aucune manière que V. I. Lénine et ses camarades pouvaient ignorer le contexte local. En effet, « dans la Russie des années vingt seule pouvait gagner une stratégie des changements qui permettrait de concilier une modernisation « instrumentale » réellement révolutionnaire avec le maintien de nombreuses institutions et valeurs traditionnelles fondamentales » [9].

En d’autres termes, la modernisation fut limitée dès le début par ses conditions initiales. De fait, « elle a permis à l’URSS d’emprunter de nombreux acquis instrumentaux des sociétés occidentales (technologies modernes, formes extérieures de vie, sciences, instruction, etc.) (…) mais elle n’a pu créer les mécanismes sociaux adéquats qui assurent leur développement autonome (économie de marché, structure sociale moderne, institutions modernes de la société civile, démocratie politique, etc.) » [10].

Aujourd’hui les États successeurs de l’URSS doivent faire face à une compétition mondiale plus intense que jamais, où de nouveaux acteurs comme la Chine et l’Inde ont émergé. Ils doivent aussi composer avec l’héritage en demi-teintes de cette modernisation conservatrice et avec les problèmes structurels que celle-ci n’a pas permis de résoudre, en particulier la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières, la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères, la dégradation des infrastructures, la corruption, la stagnation sociale et politique. Cela signifie que la modernisation, quoiqu’ayant atteint un point de non-retour, n’est pas encore terminée.

En ce qui concerne la suite de celle-ci, la résurgence actuelle de la puissance militaire russe combinée avec l’autoritarisme pourrait faire croire à un retour de la « réforme par en haut ». Cependant les conditions qui ont conféré son exceptionnelle permanence à ce mécanisme ont commencé à changer de manière significative.

L’achèvement de la modernisation dans les conditions du XXIe siècle : un jeu complexe

Comme évoqué ci-dessus, la « réforme par en haut » est le produit de la combinaison entre un État hors de contrôle monopolisant l’initiative, une société passive et un vase clos de dimensions continentales.

Le vase clos ne peut évidemment disparaitre en un jour, pour ne rien dire de l’empreinte qu’il a laissé dans les mentalités. Considérons un individu vivant quelque part dans la basse vallée de la Volga, ne parlant que le russe, n’ayant pas assez d’argent pour voyager hors de l’ex-URSS et recevant ses informations exclusivement par la télévision d’État russe. Cet individu, loin d’être seul dans son cas, peut difficilement avoir une vision exacte du monde de l’étranger lointain.

Cependant l’étanchéité du confinement a commencé à se dégrader, dans la mesure où la liberté de voyager existe effectivement, et où le transport de masse a accru la mobilité des populations de manière extraordinaire. De plus, en dépit des difficultés qui pèsent sur son utilisation en Russie, Internet joue aussi son rôle dans la mise en relation de ses habitants avec le reste de l’humanité.

De surcroit, avec cette liberté de voyager, l’émigration et la fuite des cerveaux sont aujourd’hui des faits massifs aussi bien en Russie qu’en Ukraine [11]. Si les émigrants peuvent avoir un effet positif sur l’économie grâce au transfert de devises vers leur patrie, leur départ prive celle-ci de talents nécessaires à sa modernisation. En particulier, à moins que des politiques énergiques ne soient mises en place pour limiter la fuite des cerveaux et attirer les éléments talentueux, l’ouverture du vase clos pourrait bien avoir un impact négatif sur la croissance et la diversification de l’économie, pourtant urgentes et nécessaires.

Cette émigration massive illustre sans équivoque la capacité qu’ont les individus de voter avec leurs pieds, montrant par là même que les sociétés sont aujourd’hui loin d’être passives en face de la mondialisation. La modernisation incomplète de l’ex-URSS était en fait suffisamment complète pour donner aux populations des attentes en termes de bien-être et de niveau de vie. Ceci est aussi la cause profonde de l’agitation qui peut survenir quand les dirigeants ignorent ces attentes, comme la crise politique ukrainienne de 2014 l’a dramatiquement montré.

Si l’autonomie et l’énergie de la société civile sont plus visibles en Ukraine qu’en Russie, cela ne signifie pas que celle-ci est passive dans ce dernier cas : simplement, elle évolue dans des conditions où l’équilibre interne des forces est plus favorable à l’État. L’écho rencontré par les initiatives d’Alexeï Navalny suffit en soi à rappeler que le monopole de l’État sur la vie publique fait partie du passé.

De plus, la puissance latente de la société civile en Russie est sans aucun doute possible l’un des facteurs qui ont conduit à la sur-réaction de Moscou pendant la crise ukrainienne. Le renversement de Viktor Yanoukovitch entrait directement en conflit avec le récit nationaliste élaboré par le Kremlin pour détourner la population de la tentation de la critique sociale [12]. Pour des élites moscovites à la légitimité sociale et fonctionnelle incertaine, l’annexion de la Crimée (2014) et la déstabilisation du Donbass (2014 – ) ont permis de contrôler le potentiel social explosif que la révolution ukrainienne pourrait avoir dans leur pré carré [13].

Si l’État ne peut ignorer les attentes de la société mentionnées plus haut, il n’est pas en fait dans une position idéale pour y répondre, en raison de l’héritage de l’Histoire. En effet, le modèle bien ancré de la « réforme par en haut », combiné avec des habitudes autoritaires profondément enracinées et avec l’absence de contrepouvoirs a conduit à un modèle d’État hautement dysfonctionnel, envahi par la corruption et peu capable de fournir à la population « la santé, l’éducation, la gestion des infrastructures, l’ordre public » [14], pour ne rien dire des conditions qui permettraient de tirer tout le parti de la créativité des entrepreneurs.

D’autre part, comme partout ailleurs, l’État est mis au défi et sa position affaiblie par le développement des liaisons horizontales, à l’intérieur de la population comme avec le monde extérieur. Cela signifie en particulier que la destruction complète de ces liaisons horizontales n’est plus possible et que, si l’autoritarisme peut revenir, le totalitarisme ne le peut pas. De plus, en dépit des embardées de la politique extérieure russe, Moscou n’est pas en mesure de se déconnecter complètement de la mondialisation.

En d’autres termes, aussi bien en Russie qu’en Ukraine, l’État est aujourd’hui mis en difficulté par l’émergence de la société civile et des oligarques, et il se trouve dans une position assez inconfortable pour répondre à ce défi. La situation est rendue encore plus complexe par la rupture récente entre la Russie et l’Ukraine : il y a maintenant deux pôles de puissance concurrents là où il y avait auparavant un vase clos sous l’emprise de l’empire russe, et, comme relevé ci-dessus, toute évolution du processus de modernisation dans l’un des deux pays a et aura inévitablement un écho dans l’autre.

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La restauration de la puissance russe mise en scène depuis 2014 visait à répondre aux attentes latentes de pouvoir tout puissant que des siècles de « réforme par en haut » ont profondément ancrées dans les mentalités. Cependant, quand on regarde l’envers du décor, le rôle de l’État au XXIe siècle est loin d’être évident, y compris dans le cas ukrainien où des mesures structurelles lourdes ont été prises sous l’égide des institutions internationales et devraient commencer à porter leurs fruits. De fait, il est plus facile de discerner ce qui n’arrivera pas plutôt que ce qui arrivera quant à sa contribution à des réformes qui restent urgentes.

Une modernisation instrumentale sous direction étatique a été réalisée au XXe siècle, avec un coût humain et économique exorbitant. Les sociétés à demi modernisées qu’elle a produites ont des attentes pressantes en matière de bien-être et de niveau de vie, alors même qu’elles doivent composer avec un État hautement dysfonctionnel, qui peut difficilement être vu comme la force motrice des étapes à suivre de ce processus.

La révolution ukrainienne de 2014 a mis en lumière l’importance qu’a prise la société civile dans la vie politique et sociale. Elle a aussi rendu celle-ci plus complexe, dans la mesure où la rupture entre Kiev et Moscou a pour résultat une compétition entre ces deux pôles de puissance.

Ainsi, la multiplication des acteurs autonomes rend indubitablement le processus de modernisation plus complexe qu’auparavant. La question des modalités d’une coopération future entre la société civile et l’État reste largement béante – surtout si l’on pense au discrédit auquel ce dernier doit faire face, en liaison avec son caractère dysfonctionnel et sa faible capacité à entretenir une discussion d’égal à égal avec les forces sociales. La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude est que l’ère de la « réforme par en haut » est terminée.

Copyright 2018-Chamontin/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/La-rupture-entre-Russie-et-Ukraine-un-changement-radical-dans-le-processus-de-modernisation-de-l.html

Quels pays de l’Otan pourraient abriter les missiles nucléaires états-uniens ?

Quels pays de l’Otan pourraient abriter les missiles nucléaires états-uniens ?

L’Otan, qui dispose déjà d’un dispositif nucléaire en Méditerranée avec des dépôts en Italie et en Turquie —bien qu’ils violent le Traité de non-prolifération—, prépare un déploiement identique dans l’Arctique. Valentin Vasilescu analyse comment l’Alliance devrait exploiter les faiblesses actuelles de la Russie.

| Bucarest (Roumanie)

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Les bases russes de l’Arctique

Les exercices Trident Junction 2018 de l’Otan, qui ont eu lieu en Norvège à la fin octobre et début novembre, ont été les plus importants exercices occidentaux depuis 1980. Leur première planification, dans les conditions hivernales dans la zone arctique, porte sur l’intention des États-Unis de se retirer du traité INF.

Il est probable qu’en plus de la région balte, l’Otan voudrait ouvrir un deuxième front contre la Russie dans l’Arctique. Le but de ce corridor balistique arctique est de faciliter l’offensive navale et aéroterrestre contre Moscou. Ainsi, une fois retirés du traité INF, les États-Unis pourraient placer des missiles balistiques nucléaires, à moyenne portée et de portée intermédiaire, sur le territoire de certains États membres de l’Otan dans l’Arctique, tirant ainsi parti d’un nombre moins élevé des systèmes de détection à la frontière nord de la Russie.

Dans le nord de la Norvège, pays membre de l’Otan, la distance est de 1 500 km avec Moscou, et de 1 000 km avec Saint-Pétersbourg. La distance entre l’archipel du Svalbard, administré par la Norvège, et Moscou est de 2 000 km. Le Groenland qui appartient au Danemark, autre pays membre de l’Otan, se situe à une distance de 1 500 km de la frontière russe et à 3 000 km de Moscou. Le nord du Canada, encore un pays membre de l’Otan, est distant de 2 300 km de la côte arctique russe, et de 3 900 km de Moscou avec des trajectoires passant par le Pôle Nord. Rappelons que le traité INF, signé en 1987, interdit la fabrication de systèmes de missiles balistiques au sol d’une portée comprise entre 1 000 et 5 500 km.

Tout cela a conduit la Russie à adopter des mesures pour protéger l’Arctique.

1 – Les brigades motorisées indépendantes 80 et 200 appartenant au 14ème Corps d’Armée-Arctique de la Russie en coopération avec la Flotte du Nord et la VIème Armée de l’air ont pour mission de défendre les régions de Mourmansk, Arkhangelsk et Nenets. Elles ont été dotées de chars T-80, de BTR-82A blindés, d’obusiers automoteurs 2S19 Msta, et de véhicules amphibies Trekol-39294 qui sont équipés de grands pneus tubeless spéciaux qui permettent de se déplacer sur du sable, la glace, la neige et les marécages, sans s’enliser ou s’embourber.

Les véhicules de transport de troupes ont été remplacés par des véhicules DT-30 Vityaz articulés à chenilles et avec remorque, pouvant atteindre une vitesse de 60 km/h. Ces véhicules DT-10 et 30 sont des plates-formes pour les systèmes AA mobiles, adaptés aux conditions arctiques, de type Tor-M2DT, Pantsir-S1 (photo), et les systèmes antichars 9K114-Shturm. Les unités de reconnaissance et des opérations spéciales des deux brigades opèrent sur des motoneiges disposant de climatiseurs dans l’habitacle, des appareils GPS de type TTM-1901 et As-1. Les motoneiges peuvent être transportées dans la soute d’un l’hélicoptère Mi-8/17.

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2 – L’Armée de l’Air russe a commencé la restauration et la modernisation de sept terrains d’aviation près du cercle polaire arctique, abandonnés après 1990. Cinq escadrons de chasse équipés principalement de MiG-31l y ont été redéployés.

3 – Les radars antibalistiques Voronej-DM et M de Dunayevka (enclave de Kaliningrad) et Lekhtusi (Saint-Pétersbourg) ont été réactualisés pour compenser la désactivation du radar de Skrunda (Lettonie). Ces radars russes ont un rayon d’action de 6 000 km.

Le radar antibalistique de la Volga a également été modernisé, ainsi que celui d’Hantsavitchy (Bélarus), qui a une portée de 2 000 km. Un autre radar russe antibalistique Voronezh-VP opère à Olenegorsk, sur la péninsule de Kola (limitrophe de la Finlande). Un autre radar de nouvelle génération de type Daryal a été placé à Pechora dans le cercle polaire arctique. Enfin, en 2018, un radar a été rendu opérationnel dans l’île de Nouvelle-Zemble.

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Tous ces radars fonctionnent au sein d’un réseau d’alerte (code 590), contrôlé par le 29B6-Container situé à Nijni Novgorod (250 km à l’est de Moscou). Bien que sa portée de détection ne soit que de 3 000 km, il dispose d’installations de mémoire de stockage et de serveurs dédiés, avec une puissance de traitement de la dernière génération, utilisant des microprocesseurs et des équipements de communication par satellite. Tous ces radars antibalistiques sont de type OTHR (Over The Horizon Radar) et, pour les détections sur de très grandes distances, ils utilisent la réflexion ionosphérique des ondes électromagnétiques.

Traduction
Avic
Réseau International

http://www.voltairenet.org/article204112.html

Dedo pour l’empire

Dedo pour l’empire

Publié le 9 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus in Economie, Etats-Unis

Le hasard faisant bien les choses, dedo(llarisation) signifie « doigt » en espagnol. Il est vrai que le grand mouvement planétaire d’abandon progressif du billet vert doit être particulièrement douloureux pour le système financier américain, pilier de la domination impériale durant des décennies.

Continuant sur la lancée de ce qu’il dit depuis longtemps et avec son célèbre sens de la formule, le facétieux président russe s’en est donné à cœur joie il y a quelques jours en parlant de la sanctionnite aiguë de Washington : « Ce n’est pas nous qui quittons le dollar, c’est le dollar qui nous quitte. Ceux qui prennent de telles décisions ne se tirent pas une balle dans le pied, mais plus haut. »

Pour la Russie, le Wall Street Journal lui-même doit reconnaître que cela commence à porter ses fruits. Même les euronouilles, lassés de toujours payer les pots cassés, veulent s’y mettre, notamment dans les échanges avec l’Iran. Et l’on ne compte plus les pays qui se sont déjà partiellement engagés dans la voie de la dédollarisation. Nous les avons régulièrement cités dans ces Chroniques.

Dernier exemple en date : l’Inde et les Emirats Arabes Unis ont signé un accord SWAP pour commencer à commercer dans leurs monnaies respectives. Objectif avoué : squizzer le dollar dans leurs échanges.

La confiance est, et a toujours été, l’un des fondements de la domination des empires. Que des pays peu suspects d’anti-américanisme comme ces deux-là en arrivent à cette décision montre à quel point la perte de confiance envers Washington s’est durablement installée sur notre planète. Prémisse inévitable du déclin…

 

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Chers amis, désolé pour cette longue interruption mais j’étais extrêmement occupé ce dernier mois. Les choses devraient maintenant rentrer dans l’ordre.

Bien à vous tous et merci encore de votre confiance.

Nobel: Nadia Murad réclame une « protection internationale » des Yazidis

Nobel: Nadia Murad réclame une « protection internationale » des Yazidis

L’activiste irakienne yazidi Madia Murad le 10 décembre 2018 à Oslo lors de la remise du Prix Nobel de la paix. / © AFP / Tobias SCHWARZ

En recevant le Nobel de la paix lundi, la Yazidie Nadia Murad, elle-même ex-esclave du groupe État islamique (EI), a imploré la communauté internationale de protéger son peuple et d’œuvrer à la libération des milliers de femmes et enfants toujours aux mains des jihadistes.

« Si la communauté internationale souhaite vraiment porter assistance aux victimes de ce génocide (…), elle doit leur assurer une protection internationale », a déclaré la jeune femme de 25 ans dans son discours de remerciement prononcé en kurde dans l’Hôtel de ville d’Oslo.

Comme des milliers de femmes yazidies, Nadia Murad été enlevée, violée, torturée et échangée par les jihadistes après l’offensive de l’EI contre cette communauté kurdophone du nord de l’Irak en 2014.

Ayant réussi à s’évader, elle se bat aujourd’hui pour les femmes et les enfants, plus de 3.000 selon elle, toujours aux mains de l’EI.

« Il est inconcevable que la conscience des dirigeants de 195 pays ne se soit pas mobilisée pour libérer ces filles », a-t-elle estimé. « S’il s’était agi d’un accord commercial, d’un gisement de pétrole ou d’une cargaison d’armes, gageons qu’aucun effort n’aurait été épargné pour les libérer ».

La jeune femme a reçu le Nobel conjointement avec le médecin congolais Denis Mukwege pour « leurs efforts en vue de mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre ».

(©AFP / (10 décembre 2018 14h03)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Nobel-Nadia-Murad-r-clame-une-protection-internationale-des-Yazidis/978583.rom

L’Autriche, bientôt allié principal d’Israël en Europe?

L’Autriche, bientôt allié principal d’Israël en Europe?


Par Andrew Korybko – Le 30 novembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoLe ministre autrichien des affaires étrangères fustige l’UE, qui applique selon elle des politiques « trop strictes » envers Israël.

Karin Kneissl a ajouté que son pays allait prendre la tête du peloton pour « apporter du réalisme » dans les liens du bloc [européen, NdT] avec Tel Aviv, et soutenu qu’« on exige souvent des standards plus élevés de la part d’Israël que pour les autres pays ». La diplomate a de bonnes raisons personnelles et politiques de se positionner comme champion d’Israël pour l’UE. En premier chef, elle aimerait bien qu’Israël lève le boycott qu’il a institué contre elle en raison de son affiliation au Freedom Party, accusé d’antisémitisme à cause de ses racines nazies. Et en second, Vienne se voit comme un pôle d’influence à part, dans l’UE fracturée post-Brexit, en particulier dans l’espace des « trois mers », qui recouvre l’Europe centrale et orientale, et qui constitua par le passé le domaine impérial autrichien.

Adam Garrie, analyste en géopolitique, a mis en évidence courant 2018 les manœuvres de séduction d’Israël en cours vers les pays de cette région, et en parallèle des tentatives de charme similaires de la part de l’Iran dans les autres pays d’Europe, et il s’agit d’une tendance qui s’inscrit à présent dans la durée. Les États d’Europe occidentale ont une influence beaucoup plus importante sur l’UE que les autres, et c’est leur positionnement envers Israël qui est devenu celui du bloc. Ces mêmes pays tentent à présent à tout prix de sauver l’accord nucléaire iranien, et s’autorisent de temps à autre une critique d’Israël pour ses implantations de colonies illégales en Cisjordanie ; cependant que les pays d’Europe centrale et orientale gardent habituellement le silence face à ces actions. En conséquence, l’Autriche a considéré comme approprié de se positionner comme lobbyiste en chef d’Israël sur le continent.

Bien que se targuant de constituer un pays « neutre » à l’image de la Suisse, l’Autriche parie sur le fait que son orientation vers Israël lui donnera un poids diplomatique supérieur à celui de la taille du pays, si elle réussit à enrayer les critiques du bloc européen envers l’« État hébreu » et à mettre un frein aux groupes BDS [Boycott–Désinvestissement–Sanctions], que Tel Aviv accuse l’UE de financer. En parallèle, il est à noter que le chancelier autrichien a rencontré George Soros le week-end dernier, pour discuter d’un déménagement de l’« université d’Europe centrale » du bailleur de fonds des révolutions de couleurs de Budapest (sa ville natale) vers Vienne ; dans l’optique d’offrir l’« asile » au projet fétiche du milliardaire, qui se positionne en victime d’« antisémitisme ».

Karin Kneissl, la ministre des Affaires étrangères autrichienne

 

Dernier point, mais non des moindres, c’est l’Autriche qui assure actuellement la présidence tournante semestrielle de l’UE, jusque fin 2018, si bien que Vienne joue la montre pour influencer l’orientation du bloc européen vers une politique plus favorable à Israël dès 2019 ; politique qui s’alignerait tout à fait sur celle des USA. Mais comme pour toute réorientation politique, le chemin est semé d’embûches, et les résistances pourraient être importantes de la part des dirigeants des pays d’Europe occidentale : le risque existe que ces actions viennent encore creuser un peu plus les fractures entre Ouest et Est européens. En fin de compte, l’ironie est grande, quelle qu’en soit l’issue, que le pays qui vit naître Adolf Hitler se positionne à présent comme principal allié européen d’Israël.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 23 novembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lautriche-bientot-allie-principal-disrael-en-europe

 

Le pacte mondial sur les migrations de l’ONU formellement approuvé à Marrakech

Le pacte mondial sur les migrations de l’ONU formellement approuvé à Marrakech

le 10 décembre 2018

 

Le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies a été formellement approuvé lundi à Marrakech, après proclamation orale et avec le traditionnel coup de marteau, devant quelque 150 pays réunis en conférence intergouvernementale.

Soulignant les « efforts » consentis pour parvenir à ce pacte, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a exhorté à ne « pas succomber à la peur ou aux faux narratifs » sur la migration.

S’exprimant à l’ouverture des débats, il a dénoncé les « nombreux mensonges » à propos d’un texte qui a soulevé les critiques des nationalistes et des partisans de la fermeture des frontières.

Ce texte, destiné à renforcer la coopération internationale pour une « migration sûre, ordonnée et régulière », doit encore faire l’objet d’un ultime vote de ratification le 19 décembre à l’Assemblée générale des Nations unies.

La conférence de Marrakech devait être une étape purement formelle dans ce processus mais, le sujet déchaînant les passions, une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur décision sur le pacte.

Près de 160 des 193 pays représentés à l’ONU étaient annoncés à Marrakech, avec une centaine d’entre eux représentés au niveau des chefs d’Etat, chefs de gouvernements ou ministres.

Lundi matin, il était encore impossible de connaître dans les détails les présents et les absents, en l’absence de toute liste officielle.

Non contraignant, le Pacte recense des principes -défense des droits de l’Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale- et liste des propositions pour aider les pays à faire face aux migrations –échanges d’information et d’expertises, intégration des migrants… Il interdit les détentions arbitraires, n’autorisant les arrestations qu’en dernier recours.

Les défenseurs des droits de l’Homme le trouvent insuffisant, notamment sur l’accès des migrants à l’aide humanitaire et aux services de base ou sur les droits des travailleurs migrants. Ses détracteurs le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrôlé.

LNT avec AFP

https://lnt.ma/pacte-mondial-migrations-de-lonu-formellement-approuve-a-marrakech/

Bruxelles appelle à accepter l’immigration de masse comme la “nouvelle norme”

Bruxelles appelle à accepter l’immigration de masse comme la “nouvelle norme”

Publié par Brujitafr sur 20 Décembre 2017, 08:43am

Catégories : #ACTUALITES, #EUROPE

Bruxelles appelle à accepter l’immigration de masse comme la “nouvelle norme”
Dans le même temps, la nouvelle norme en France est de voir chaque année plusieurs centaines de SDF mourir dans l’indifférence générale (501 l’année dernière). Eux n’auront jamais le droit à la vie de château. Et après, on voudrait nous faire croire que le « grand remplacement » n’existe pas alors qu’il est devant nos yeux et souhaité par l’ONU et l’UE. Fawkes

Union européenne. Par la voix du commissaire européen à la Migration, Bruxelles appelle à accepter l’immigration de masse comme la “nouvelle norme”.

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“L’Union européenne a accordé sa protection à plus de 700 000 personnes l’an dernier”, affirmeDimitris Avramopoulos, commissaire européen à la Migration, pour s’en féliciter. Dans une tribune parue lundi sur le site Politico, au titre sans équivoque, “Les migrants d’Europe sont là pour rester”, l’ancien homme politique grec appelle à “trouver un foyer” pour tous les réfugiés en Europe, ce qui répondrait non seulement à “un impératif moral” mais également à “un impératif économique et social pour notre continent vieillissant”.
Critiquant des discours “nationalistes, populistes et xénophobes” qui se répandraient selon lui, notamment en Europe de l’Est, le commissaire européen juge que “nos sociétés [ne resteront pas] homogènes et épargnées par l’immigration” quand bien même “on érigerait des clôtures”. Cette tribune vient après une série d’articles du média américain qui reprochait à l’exécutif européen d’être “trop blanc” et incitait Bruxelles à remplacer une partie de son personnel par des “personnes de couleur”. Citant ces articles, M. Avramopoulos regrette que le thème de la diversité ne soit pas assez abordé dans le débat public.
SUR LE MÊME SUJET

Pour la Commission, le refus de l’immigration est “anti-européen”

Le commissaire à la Migration avait qualifié d’“anti-européenne” la proposition du président de l’UE Donald Tusk de supprimer le très controversé système de quotas d’immigrés par pays. “Nous ne pouvons pas, nous ne serons jamais capables d’arrêter les migrations”, assène-t-il dans sa tribune.

Le gilet jaune, ce symbole

Le gilet jaune, ce symbole


Par Antonio Vio − Décembre 2018

GJQu’y a t-il à l’intérieur d’un gilet jaune ?
Un Français ou une Française (un Belge, un Bulgare, d’autres encore ?)

Des Blancs, des Noirs, des Asiatiques, des Arabes, des métisses, parfois des racistes… enfin des Français dans tous leurs aspects et sous toutes leurs formes. L’analyse sociologique ou la compréhension apaisée du phénomène à l’œuvre ne se feront qu’après l’érosion des affects.

Comme « Je suis Charlie ».
Comme « Nuit Debout ».
Comme les « Bonnets Rouges ».
Comme les « Zadistes ».

Le premier regard porté sur cette « francité » tellement multiple et mouvante est troublé, flou de larmes et fou de rage. Il y a violence et mort là aussi, pas facile de rester serein. Furent « Charlie » des Français aussi, mais lesquels ? Sans doute des Français plus attachés à la liberté de la presse qu’à celle de polluer disent les « chiens de garde ». Les médias de grande diffusion exploitent à ravir toute la dramaturgie du moment, et dans un réflexe corporatiste, d’appartenance à la caste la plus dépendante du système contemporain, ils sombrent encore dans la caricature, le faux-semblant, le cliché, la stigmatisation.

HYPOCRISIE

La fracture entre une « France lumineuse » mais veule et une « France bitumeuse » mais vaillante.

Une France vertueuse et une France voitureuse.

Ce n’est sans doute pas si simple.

Autrefois, le grenier vide semait la révolte et la dissidence quand désormais c’est la perspective du réservoir sec qui irrigue la colère. Comme l’eau, l’essence est un liquide vital ici et maintenant. La chose est si précieuse. Tout le corps économique, social et culturel s’en abreuve car c’est le sens et la fonction du système. Dans cette parenthèse thermo-industrielle du voyage humain, l’essence a acquis un statut universel et vital, presque égal à celui de l’eau. L’eau est ce liquide qui nous relie sans cesse à notre condition de Nature lorsque l’essence est ce liquide qui nous relie sans cesse à notre condition de suppôt.

Par quelle magie l’essence devient-elle si essentielle ?

C’est avant tout par la voiture, cette boîte à roues dont dépend l’existence sociale, économique et culturelle de la plupart des bipèdes du monde occidental et d’ailleurs. Pour se rendre presque partout où il est impératif d’aller, pour se rendre presque partout où il est plaisant d’aller, pour créer et préserver toute sorte de liens, il faut la voiture. Car tout s’éloigne afin de faire toujours rouler ces voitures et autres véhicules. Des proches sont partis à la ville, le commerçant a fermé car des Mammouths sont à l’entrée de la ville, le médecin est parti avec l’hôpital vers un « bassin » plus « dynamique ».

ABSURDE

Finalement, tous les vrais chemins mènent aux points d’extraction de l’or noir.

Nous nous sommes trompés de système.

La caricature du mouvement des « gilets jaunes » est un jeu dangereux joué par certaines élites politiques et médiatiques. Dangereux car quand crie l’âme du peuple, les Maîtres feraient mieux de se taire.

À la fin, les Maîtres se terrent.

Cette jacquerie, cette quête de justice et de vérité qui tétanise le pouvoir est la manifestation rassurante d’un atavisme humain. Les humains aspirent à la justice autant qu’ils ont soif d’eau claire.

Tout est normal.

N’ayez crainte.

Mais soyez conscients, au moins, de ce qui est à l’œuvre.

Le mouvement des « gilets jaunes » a cette particularité de « prendre » partout et à toutes les échelles. L’individu, la commune, le département, la nation, de Hénin-Beaumont à Saint-André de la Réunion.

Sera-t-il le père d’un nationalisme français nouveau parmi les diverses poussées communautaristes contemporaines ?

En symbole, le « Charlie » brandissait un crayon.

En symbole, le « Gégi » brandit la servitude imposée.

Car, qu’est-ce d’autre que ce vêtement fluorescent ? Cette chasuble laide, d’une utilité très réduite, est évidemment une contrainte infantilisante de plus à l’attention d’administrés excédés. Cette injonction d’ordre vestimentaire émanant de la force publique est bien sûr un symbole. Endosser son gilet jaune, c’était avant tout se soumettre, c’était agir tel que le pouvoir l’exige.

C’est se rendre visible, quand la plupart du temps, on ne l’est pas.
C’est être vu pour éviter l’accident.
C’est être vu pour éviter d’être mort.
L’État veut nous voir, de près et de loin.
Allons nous exposer, nous mettre à nu au plus près de lui.

Tremblez élites,
Tremblez oligarques,
Tremblez financiers,
Tremblez rois du pétrole,

De ce noir breuvage nous sommes saouls,
À ce prix se lèvent et marchent les foules,
C’est à pied que nous viendrons à vos palais,
Vous rendre nos oripeaux de valets.

Antonio Vio

Note du Saker Francophone

Pour finir en musique ...

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Quid du mouvement des Gilets jaunes ?

Quid du mouvement des Gilets jaunes ?

 

06 décembre, 2018
Note d’analyse

Leslie Varenne

Cette courte note est destinée aux nombreux lecteurs étrangers francophones de l’IVERIS qui se questionnent sur les événements en France.

 

Avenue Kléber le 1er décembre. Crédit photo : IVERIS 

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce mouvement des Gilets jaunes qui se dit apolitique est extrêmement politique et porte les vraies questions : sociales, économiques, démocratiques. En remettant au goût du jour le sens des mots, peuple, pauvre, services publics, représentativité, horizontalité, fraternité, ce mouvement renoue avec la tradition française égalitaire (1).

En jetant aux orties, toutes les questions sociétales que sont le communautarisme, les LGBTQ, PMA et autres « me too », les Gilets jaunes renouent également avec les revendications universelles. Partage des richesses, accès à l’éducation, à la santé et à une meilleure représentation démocratique, sont des problématiques largement partagées par tous les pays du monde. Dès lors, il n’est pas surprenant que la contestation fasse tache d’huile, elle est présente, certes dans de moindres mesures, en Allemagne, en Belgique, en Serbie, en Bulgarie, aux Pays-Bas et en Irak. Une manifestation contre l’augmentation du prix du carburant et la vie chère a également eu lieu il y a quelques jours au Burkina-Faso.

Semaine après semaine et malgré toutes les tentatives de dé-légitimation organisées par Emmanuel Macron et son gouvernement, le soutien du peuple français aux Gilets jaunes reste massif, 72% lors du dernier sondage, cette majorité d’opinion est remarquable.

 

Ce que ce mouvement n’est pas

Ce mouvement n’a rien à voir avec un quelconque problème de consentement à l’impôt comme cela a pu être écrit ici ou là. Les Français ont une excellente aptitude à supporter la pression fiscale, à tel point que c’est un marqueur dont les agences de notation tiennent compte lorsqu’elles attribuent la note de la France. Jusque dans un passé récent, les impôts étaient pour les citoyens une composante de la solidarité nationale. Or, depuis l’élection d’Emmanuel Macron et la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes, les Français ont le sentiment de devoir être solidaires des plus fortunés.

L’IVERIS a souvent été questionné sur la spontanéité de ce mouvement. Correspondrait-il à une révolution de couleur ? Serait-il manipulé de l’étranger ? Il n’en est rien. Les Gilets jaunes sont enracinés dans les petites agglomérations, les villes moyennes et les campagnes, leur révolte est spontanée et correspond une fois encore à une très ancienne culture française dite « éruptive ». Le feu couve sous la cendre parfois pendant des années et s’enflamme à un moment inattendu. Néanmoins, ce mouvement n’est pas un épiphénomène, il s’inscrit dans la durée, les chasubles jaunes s’organisent pour tenir sur le long terme. Sur certains ronds-points des arbres de Noël sont installés, sur d’autres des cabanes en dur sont construites, après trois semaines de lutte, la détermination reste intacte…

 

L’inconséquence présidentielle

Si tous les problèmes qui explosent aujourd’hui, en sidérant une grande partie des observateurs étrangers, ne sont pas nouveaux, la gestion de la crise par le gouvernement et la personnalité du président de la République ont jeté de l’huile sur le feu. Les propos d’Emmanuel Macron distillés au fil de ces 18 mois de présidence sur les « gens qui ne sont rien », « les gaulois réfractaires » « les fainéants et les cyniques » ont blessé les Français et cristallisé le ressentiment sur sa personne. D’autres présidents avant lui avant eu des sorties « malheureuses » telles celle de Nicolas Sarkozy qui voulait « karchériser » la banlieue, ou encore François Hollande qui, en privé, nommait les pauvres les « sans dents ». Mais, l’actuel président a réitéré ses saillies à intervalles réguliers et le plus souvent depuis l’étranger. L’arrogance et le mépris de classe sont très mal supportés dans l’Hexagone, les anciens premiers ministres, Edouard Balladur, Alain Juppé, Lionel Jospin ou plus récemment Manuel Valls en ont fait les frais. Un président devrait savoir cela.

 

Quelle sera la suite ?

A cette heure, personne n’est en capacité de dire ce qui surviendra dans les jours prochains. Le samedi 8 décembre sera, de toute évidence, une journée à hauts risques. Cependant, il paraît déjà acquis que le mandat d’Emmanuel Macron est terminé, même s’il arrive à se maintenir au pouvoir, sa gestion de la crise, le pourcentage de Français qui ne lui font plus confiance, lui ôte, d’ores et déjà, toute légitimité pour conduire des réformes dans le pays.

Quoiqu’il advienne de ce mouvement, les Gilets jaunes ont déjà gagné sur de nombreux tableaux. D’une part, ils ont réussi à faire reculer le gouvernement sur la hausse des taxes et augmenter, faiblement certes, le salaire minimum. D’autre part, ils ont également permis de réorienter les débats de la campagne des prochaines élections européennes, qui s’annonçaient nauséabonds. Exit donc la confrontation voulue par Emmanuel Macron entre « progressistes » et « nationalistes » entre les gentils « libéraux » et les méchants « illibéraux », place aux questions centrales de la répartition des richesses, de la gestion démocratique et de la souveraineté des nations.

Enfin, au regard de la faible proportion de Français, 20% selon un dernier sondage, lui accordant encore un peu de crédit, Emmanuel Macron ne peut plus engager le pays dans une confrontation militaire, si celle-ci s’annonçait par ces temps troublés sur le plan international. Il n’en a plus la légitimité.

Les jours prochains seront, sans aucun doute, décisifs…

 

(1) A écouter :  45 mn avec Emmanuel Todd sur France Culture, évoquant les Gilets jaunes
https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/cartographie-des-coleres-francaises-avec-emmanuel-todd

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/391-quid_du_mouvement_des_gilets_jaunes_/