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Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

26 Mars 2020

La grande guerre du pétrole engagée début mars commence à sérieusement démoraliser le secteur du schiste américain et les autorités impériales qui, dans un contexte encore compliqué par la pandémie mondiale, tentent de le sauver afin d’éviter une cascade de faillites oléo-financières.

Victoria Coates. Retenez bien ce nom car il n’est pas impossible qu’il revienne sous les feux de l’actualité dans les semaines ou les mois à venir. Collaboratrice de Trump à la Maison Blanche sur les questions moyen-orientales, elle vient d’être nommée Envoyée spéciale à l’énergie en Arabie saoudite, un poste créé sur mesure. Son but : « convaincre » les Saoudiens de fermer les vannes afin de faire remonter les cours du brut qui, en l’état actuel, menacent de ruiner tout un pan de l’industrie pétrolière US.

L’accablement a en effet gagné les esprits fébriles de Washington qui multiplient les tentatives pour stopper l’hémorragie. Nous en donnions un exemple il y a une vingtaine de jours :

L’administration du Donald a tout de suite pris la mesure du danger. Douce coïncidence, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, s’est précipité pour rencontrer au débotté l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, plaidant pour un « marché énergétique organisé » (décodeur : ne faites pas baisser les prix, vous allez ruiner nos compagnies). Ô ironie, des « possibilités de commercer et d’investir » ont été évoquées. Tiens, les sanctions sont passées de mode à Washington ?

Tout cela semble en tout cas confirmer en creux ce que nous disions : Moscou a décidé de lancer une contre-attaque d’envergure contre l’empire pour toutes les avanies subies ces dernières années (blocage du Nord Stream II, sanctions, Syrie). Et il faudra plus que de vagues promesses pour ramener l’ours à de meilleurs sentiments.

Apparemment, ça n’a justement pas dépassé le stade des promesses car l’ouverture américaine semble être tombée dans l’oreille d’un sourd du côté de Moscou. Aussi, les efforts se sont, depuis, tournés vers le royaume des Seoud comme nous le rapportions la semaine dernière :

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
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En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus

« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle. Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier. »

Doublant la mise, Washington envoie maintenant dame Victoria à Riyad (dont la prise de fonction sera cependant retardée par le coronavirus) tandis que Pompeo commence ses séances de persuasion vis-à-vis de MBS. Menaces de l’aigle au chameau ou, au contraire, entente entre les deux contre l’ours : on ne le sait pas encore. Une chose semble certaine et nous l’avons dit à plusieurs reprises : il est vraisemblable que Riyad flanchera avant Moscou.

D’autant plus que, pied de nez des lois de l’économie, la Russie engrange paradoxalement certains bénéfices grâce à la chute des cours du naphte qui compensent en partie ses pertes par ailleurs. Ce tour de magie se résume en un mot : le rouble.

La monnaie russe est en effet soumise au régime de changes flottants sur les marchés financiers et suit de très près le prix du pétrole. Logiquement, la récente dégringolade du pétrole s’est accompagnée d’une dégringolade du rouble :

Or, les coûts de production des compagnies russes sont en roubles. Un rouble qui chute, ce sont donc des coûts de production qui chutent aussi si on les établit en dollars. Le géant Rosneft dépense 199 roubles pour chaque baril extrait. Début mars, avant le tsunami, cela équivalait à 3,10 $. Ca ne représente plus maintenant que 2,50 $ ! Les marges sont plus importantes et compensent partiellement la chute des cours.

Rien de tel en Arabie saoudite où le taux de change du rial est fixe et lié au billet vert. Le coût d’extraction (2,80 $ en l’occurrence) reste donc le même quel que soit l’évolution du cours de l’or noir. Aramco, qui se targuait d’avoir les coûts les plus faibles du monde, vient de se faire damer le pion par Rosneft. Dans cette lutte de titans pétroliers, c’est une victoire symbolique pour Moscou…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Russie#Moyen-Orient#Economie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/oleo-trio-ou-la-guerre-de-l-or-noir.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

(COVID-19) Quarantaine et test d’acides nucléiques exigés pour tous les passagers arrivant d’outre-mer au Guangdong

Société chinoise

(COVID-19) Quarantaine et test d’acides nucléiques exigés pour tous les passagers arrivant d’outre-mer au Guangdong

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 27/03/2020 09:28

La province du Guangdong, dans le sud de la Chine, exige une quarantaine collective et un test d’acides nucléiques pour tous les passagers arrivant d’outre-mer depuis vendredi à 6h00, dans le but de contenir la propagation du nouveau coronavirus.

Les passagers venus d’outre-mer, dont Hong Kong, Macao et Taiwan, seront placés en quarantaine dans des lieux désignés à leurs charges pour une période de 14 jours, selon le bureau du Centre provincial de prévention et de contrôle de l’épidémie.

Les personnes qui aident à assurer la vie et la production à Hong Kong et à Macao, les chauffeurs et les membres d’équipage de navires transportant des fournitures nécessaires à travers le Guangdong, Hong Kong et Macao ne feront pas l’objet de quarantaine pour l’heure, mais subiront des tests d’acides nucléiques, a indiqué le bureau. Le contrôle sanitaire de ces groupes de personnes sera renforcé par les autorités.

Le Guangdong surveillera étroitement la situation épidémiologique à l’extérieur de la partie continentale et renforcera la communication et la coopération avec les gouvernements de la Région administrative spéciale de Hong Kong et de celle de Macao afin de contenir le virus depuis l’étranger.

https://chine.in/actualite/cn/covid-quarantaine-test-acides-nucleiques_130432.html

«La France n’est pas prête» pour une épidémie: en 2016, le Pr Salomon avertissait le candidat Macron – Par Jean-Dominique Merchet

SANTÉ28.mars.2020 // Les Crises

«La France n’est pas prête» pour une épidémie: en 2016, le Pr Salomon avertissait le candidat Macron – Par Jean-Dominique Merchet

Covid-19FranceMerci846Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : L’Opinion, Jean-Dominique Merchet, 20-03-2020

L’actuel Directeur général de la santé prévenait le futur président dans une note confidentielle, publiée dans les MacronLeaks

C’est une « note pour Mr Emmanuel Macron » de cinq pages, datée du 5 septembre 2016 et présentée comme « confidentielle ». Rédigée par le professeur Jérôme Salomon, elle a été transmise le lendemain par mail à l’équipe de campagne du candidat (pas encore déclaré) à la présidence de la République. Ce document, destiné à Quentin Lafay et Thomas Cazenave, a été rendu public parmi les 20 000 courriels piratés puis partagés en ligne par WikiLeaks, les « MacronLeaks ». Aujourd’hui directeur général de la santé (DGS), le professeur Salomon était alors le conseiller « santé » d’Emmanuel Macron.

Cette note était essentiellement consacrée aux réponses publiques en cas de nouvelles attaques terroristes. Nous étions alors moins de dix mois après les attentats du 13 novembre 2015. Toutefois, le constat et les préconisations de celui qui sera nommé Directeur général de la Santé le 8 janvier 2018, après la victoire du candidat qu’il conseillait alors, s’appliquaient aux « risques majeurs de catastrophes ». Citant les « épidémies et émergences » de maladies, le professeur Salomon notait que « les événements qu’a connus la France récemment […] démontrent que les préjudices humains et matériels peuvent être considérables. »

Accueil en milieu hospitalier. « La France n’est pas prête », écrivait-il, car elle a été « peu confrontée aux risques majeurs depuis 1945. » « L’organisation du système de réponse a fait l’objet d’une structuration importante (situations sanitaires exceptionnelles) mais demeure complexe et manque de réactivité et de capacités d’adaptation aux situations spécifiques et évolutives ». Il évoquait en particulier « l’accueil en milieu hospitalier, en particulier si l’afflux de victimes est important, supérieur à 300 en urgence absolue. »

Citant en exemple le système de santé israélien, il demandait de « faire subir un crash test à notre dispositif national de réponse, d’évaluer les points critiques et de proposer les adaptations les plus stratégiques du système de gestion ». Il insistait notamment sur la nécessité d’une « anticipation stratégique » et concluait : « Un dysfonctionnement grave aurait des conséquences délétères considérables ».

Dans le mail accompagnant la note, le professeur Salomon précisait qu’il ne souhaitait pas « la faire tourner au sein du groupe santé du fait de son caractère sensible ». « Les propositions n’engagent que moi mais ont été largement partagées avec un groupe d’experts de la question. Cette note est issue de mon expérience de conseiller sécurité sanitaire au cabinet, de mes entretiens avec de hauts responsables de la sécurité et de mes responsabilités actuelles de gestionnaire de crise et de FSD » (fonctionnaire de sécurité et de défense). Spécialiste des maladies infectieuses, Jérôme Salomon avait été membre du cabinet des ministres de la Santé Bernard Kouchner, puis Marisol Touraine de 2013 à 2015.

On ignore si Emmanuel Macron a lu ce document, mais par retour Quentin Lafay répondait à Jérôme Salomon : « Parlons-en demain soir discrètement, je trouve cela très intéressant. » « Dans le contexte actuel, EM doit être bien au courant des menaces » concluait le médecin dans un autre mail.

Iconoclastes. Ambitionnant d’être ministre de la Santé, Jérôme Salomon s’était rapproché de l’équipe Macron dès juin 2016. Il n’a toutefois jamais été membre du premier cercle politique. Insistant beaucoup sur la prévention, ses propositions étaient parfois jugées « iconoclastes » ou « alarmistes », Alexis Kohler lui reprochant notamment de ne jamais les chiffrer.

Un autre mail de Jérôme Salomon à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, daté du 11 janvier 2017 et destiné à Quentin Lafay, Julien Denormandie et Benjamin Griveaux, résonne aujourd’hui de manière prémonitoire. Il était consacré à « l’épidémie sévère de grippe que la France affronte cet hiver ». Pour le futur DGS, elle était « une triste et caricaturale confirmation du paradoxe français » : « L’épidémie précoce a été favorisée par les vacances scolaires de fin d’année (ce sont les enfants qui transmettent le virus à leurs grands-parents), par l’absence de maîtrise des gestes basiques d’hygiène : mouchoirs en papier jetables, lavage des mains, solutions hydroalcooliques, port du masque par les malades généralisé en Asie et quasi inconnu en France ! » Et de noter que « l’hôpital déjà en crise est désormais « en tension » car il ne dispose d’aucune élasticité pour absorber des variations d’activité. »

Au vu de la pénurie actuelle de masques, de gel et de kits de dépistages, il semblerait que Jérôme Salomon ait finalement un peu négligé l’avertissement de Richelieu qu’il citait en exergue de sa note : « On ne doit pas tout craindre, mais on doit tout préparer. »

Source : L’Opinion, Jean-Dominique Merchet, 20-03-2020

https://www.les-crises.fr/la-france-nest-pas-prete-pour-une-epidemie-en-2016-le-pr-salomon-avertissait-le-candidat-macron-par-jean-dominique-merchet/

A la recherche du Porteur Zéro du COVID-19: la piste militaire US

samedi, mars 28, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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A la recherche du Porteur Zéro du COVID-19: la piste militaire US

Des informations non confirmées évoquent pour la première fois le porteur zéro de la pandémie COVID-19 causé par le coronavirus SRAS-nCoV-2.

Selon des sources proches du renseignement militaire chinois , il s’agirait d’une américaine travaillant pour le renseignement et d’un officier militaire US travaillant actuellement dans l’US Space Force, ou Forces spatiales des Etats-Unis, la nouvelle et sixième branche des forces armées américaines, créée le 20 décembre 2019 et dont le quartier général est provisoirement situé sur la base militaire aérienne de Peterson (Peterson Air force Base).

Concernant le premier suspect, c’est une femme d’origine hollandaise, née en 1969, et serait selon les mêmes sources, le patient Zéro du SRAS-nCoV-2 apparu à Wuhan entre le 18 et le 28 octobre 2019. Elle aurait guéri et fait l’objet d’une protection fédérale. La plupart de ses profils sur le Net ainsi que ses traces électroniques sont soit supprimés, soit restreints. Toute référence à cette personne comme étant le premier vecteur du COVID-19 apparu dans un marché de la ville de Wuhan est systématiquement censurée sur les réseaux sociaux. Mais qui est réellement Maati Benassi et quel est le niveau de crédibilité des informations circulant à son sujet?

De prime abord, cette cycliste chevronnée et confirmée, travaillerait dans un service de soutien (technique) relevant d’une des pléthoriques agences de la grande communauté du renseignement US. Elle aurait travaillé comme conductrice pour le personnel diplomatique et de ce fait ne pouvait être éligible à une quelconque couverture diplomatique. Elle a été détachée à différentes reprises auprès des branches des forces armées US mais on arrive pas à déterminer avec certitude comment a t-elle pu intégrer la délégation militaire US qui a participé aux Jeux militaires mondiaux de Wuhan en octobre 2019.

La 7éme édition des jeux militaires internationaux de Wuhan, connus sous l’acronyme CISM ou Wuhan 2019 se sont déroulé du 18 au 27 octobre 2019 à Wuhan, dans le Hebei, République populaire de Chine.

Ces jeux ont réuni 9 308 athlètes de 140 pays. La délégation militaire sportive US comptait plus de 280 athlètes et un staff assez nombreux. Les jeux se sont déroulés dans de bonnes conditions mais des dizaines d’incidents furent signalés entre les équipes et plus spécialement entre des participants américains et chinois. En une occasion des militaires US auraient craché à l’intérieur d’un moyen de transport urbain au milieu d’un incident et en une autre occasion une bagarre avait failli éclater entre des américains et des participants de deux autres pays classés sur la liste noire du Département d’Etat US.

Cette thèse précise que des participants US à la 7ème édition, incluant Maati Benassi et un autre militaire relevant de l’US Army seraient les premières personnes à avoir propagé de manière non délibérée le SRAS-nCoV-2 à Wuhan. le patient zéro chinois est une vendeuse de crevettes au marché de Wuhan qui a été identifié par la Sécurité d’Etat chinoise. Elle est morte des suites du COVID-19. C’est cette version qui a servi de base argumentaire à l’accusation portée publiquement par par un haut fonctionnaire du Ministère chinois des Affaires étrangères à l’encontre des Etats-Unis.

Le second suspect serait un commandant qui aurait intégré après les jeux de Wuhan la Force spatiale des Etats-Unis, ou l’US Space Force. On ne dispose d’aucune information à son sujet ni s’il serait encore en vie. Certaines thèses supputent sans apporter la moindre preuve que cet officier aurait été contaminé accidentellement soit lors d’un incident ou dans une opération de transport de matériel biologique hasardeux issu d’un laboratoire de recherche sur les armes biologiques destinées à l’Afghanistan. On est ici dans le domaine du conspirationnisme et aucun fait n’étaye ces affirmations. Ce qui est certain est que l’Afghanistan est une terre d’essais traditionnelle de vecteurs biologiques visant à affaiblir ses populations par des virus saisonniers modifiées à létalité réduite mais fortement handicapante. Les forces US ont déjà disséminé de nouvelles souches virales responsable de la rougeole et les Talibans ont toujours accusé Washington de leur faire subir une guerre biologique. Cela expliquait pourquoi les équipes de vaccination contre la Polio, parfois protégées par des convois blindés et aéroportés, étaient et sont toujours des cibles prioritaires de la guérilla Talibane.

Il existe une suite à cette thèse impliquant un usage du gaz Sarin pour brouiller les pistes ou pour continuer une stratégie par de nouveaux moyens. L’existence de ces thèses expliquent pourquoi les médias occidentaux mènent une campagne battante contre la Chine même au plus fort de la crise générée par le COVID-19 sur son territoire.

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De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

Le COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale

Le COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale


andrew-korybko

Par Andrew Korybko − Le 18 mars 2020 − Source cgtn.com

L’apparition soudaine du COVID-19 dans tout l’Occident a entraîné une série de décisions d’urgence prises par des dizaines de gouvernements qui auraient été impensables il y a quelques semaines à peine. De la fermeture de pratiquement toutes les entreprises, sauf les plus essentielles comme les pharmacies et les épiceries, aux quarantaines obligatoires pour des pays entiers, les Occidentaux n’ont jamais connu de mesures aussi extrêmes, même en temps de guerre.


Ces politiques nécessaires ont toutefois des conséquences indésirables de grande envergure dans les domaines social, économique et politique.

Les Occidentaux ont pour usage de se déplacer à leur guise, mais désormais la plupart d’entre eux sont obligés de rester chez eux, sauf pour se rendre dans les quelques commerces essentiels qui restent ouverts. De nombreuses personnes craignent aujourd’hui pour leurs moyens de subsistance parce qu’elles ont vécu au jour le jour et n’ont pas pu mettre assez de côté pour le proverbial « jour de disette » – ou dans ce cas, au moins « deux semaines de disette ».

D’autres encore craignent que leurs gouvernements n’exploitent à l’avenir ces décisions d’urgence pour des raisons politiques d’intérêt personnel.

Dans l’ensemble, la société occidentale semble avoir fondamentalement changé à la suite de COVID-19. Il semble impossible, du moins à ce stade précoce des tentatives de confinement d’urgence, d’imaginer que la vie puisse un jour redevenir ce qu’elle était.

Les étudiants suivent désormais des cours sur ordinateur plutôt qu’à l’école, des personnes qui pensaient vivre confortablement attendent désormais désespérément une aide gouvernementale pour les aider à joindre les deux bouts, et le scepticisme antigouvernemental croissant qui a marqué ces dernières années s’est encore accentué.

Qu’importe la durée qu’il faudra pour vaincre le COVID-19, l’humanité l’emportera certainement après que la Chine aura montré au monde que c’est effectivement possible – pourvu que chacun fasse sa part de sacrifices pour le bien commun, mais beaucoup de ces changements d’urgence pourraient devenir la nouvelle norme.

On peut comprendre que les gens deviennent réticents à avoir autant de contacts sociaux qu’auparavant, d’où la raison pour laquelle l’apprentissage en ligne pourrait devenir la norme. Ceux qui peuvent travailler à domicile continueront probablement à le faire pour la plupart, et les sceptiques envers le gouvernement pourraient être pris plus au sérieux.

Les ressortissants allemands ont été interdits de voyager pour les vacances. AFP

Le « bon vieux temps » qui consistait à ce que chacun aille où il veut (surtout dans l’UE), à ne pas trop se soucier de l’emploi et, d’une manière générale, à faire confiance aux gouvernements pour faire respecter les droits constitutionnels à tout prix semble presque être un rêve lointain après tout ce qui s’est passé au cours de ces deux dernières semaines.

On peut même dire que beaucoup sont nostalgiques de ces moments, appréciant enfin ce qu’ils auraient pu considérer auparavant comme acquis mais aussi peut-être en voyant les choses sous un jour nouveau comme étant beaucoup plus fragiles que dans leurs rêves les plus fous.

L’ennemi invisible qu’est le COVID-19 a littéralement entraîné des changements plus visibles que l’ennemi semi-invisible du terrorisme qui était considéré comme le principal ennemi de l’Occident. Tout comme le 11 septembre a transformé l’essence de la société occidentale, les deux premières semaines de mars 2020 pourraient avoir un effet similaire.

Tout s’est finalement calmé après ces terribles attaques terroristes, tout comme ce qui se passera avec cette épidémie virale. Cependant, il est naturel que les personnes les plus directement touchées dans les deux cas se souviennent de l’histoire en termes d’« avant et après » ces événements.

Certes, les changements sociaux resteront toujours flexibles dans une certaine mesure, mais il restera à voir quelle sera la profondeur des changements structurels dans les domaines économique et politique.

La nationalisation des hôpitaux et des établissements de santé en Espagne, ainsi que la possibilité tout à fait réelle de répéter ce modèle ailleurs en Occident, pourraient complètement transformer l’économie occidentale, sans parler des programmes de soutien gouvernementaux de plusieurs milliards de dollars (« renflouements ») qui sont en cours de discussion entre les citoyens pour les industries clés.

Sur le plan politique, il est encore trop tôt pour dire quels seront les changements, mais il est incontestable que le processus démocratique a été perturbé, au grand dam de quelques personnes qui ne comprennent pas la nécessité de ces mesures d’endiguement d’urgence ou qui craignent sincèrement que leurs gouvernements ne profitent du précédent qu’elles viennent de créer.

Quoi qu’il en soit, on peut conclure que COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale de manière très radicale.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Zokal, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/le-covid-19-pourrait-changer-fondamentalement-la-societe-occidentale

Vers une recomposition du Grand Jeu ou la malédiction sumérienne

vendredi, mars 27, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Vers une recomposition du Grand Jeu ou la malédiction sumérienne

Les forces US en Irak se retirent des bases militaires mixtes qu’elle partageaient avec les troupes irakiennes. Officiellement ce retrait est motivé par des mesures de sécurité et de confinement. Il intervient très peu de temps après la décision de retrait de l’ensemble des forces de l’Otan d’Irak.

Des roquettes Katyousha continuent de s’abattre sur le périmètre de l’ambassade US dans la zone verte de Baghdad et sur la base militaire de Taji.

La libération des agents secrets détenus au Moyen-Orient se poursuit. Les français Antoine Brochon, Julien Dittmar, Alexandre Goodarzy et l’irakien Tarek Maatoka, enlevés à Baghdad le 20 janvier 2020 alors qu’ils étaient en mission spéciale ont été libérés. Ce qui met temporairement fin à l’activisme français en Irak, en Iran et en Syrie pour le compte de Washington.

Washington a renforcé les sanctions économiques et les mesures de sabotages à l’égard de l’Iran et du Venezuela. Le président Nicolas Maduro est devenue la cible prioritaire de Washington, lequel promet 15 millions de dollars pour son arrestation dans le pur style de la tradition Western. Il est improbable que les Etats-Unis puissent refaire le coup du Panama en 1989.

Les États-Unis sont devenus le premier pays au monde affecté par le COVID-19 avec 86 000 cas recensés devant l’Italie et la Chine.

Au Royaume-Uni, le Prince Charles de Galles et le Premier ministre Boris Johnson sont tous les deux contaminés au SRAS-nCov-2. Le système de santé britannique fortement dégradé par des années de néolibéralisme sauvage est incapable de faire face à la crise du COVID-19 sans l’appel aux volontaires. Ces derniers ne manquent pas puisque plus d’un demi-million de britanniques se sont portés volontaires pour participer à la lutte contre cette menace biologique. Cela n’a pas empêché les médias britanniques à s’intéresser à la hausse des activités navales et aériennes russes dans la Manche et en mer du Nord.

En réalité, on assiste à une recomposition du Grand Jeu. La longue guerre dans la région centrale du monde qui a débuté sur les territoires de l’ancien pays de Sumer, de Babylone et de Ninive avant de s’étendre en Syrie n’ont rapporté que malheurs et malédiction à un Occident. La malédiction Mésopotamienne existe. Du moins selon les grands Rabbins juifs. Et ses conséquences sont palpables: confinement, tentatives de triage face à la mort sur la base de l’âge, individualisme meurtrier, chute des structures socio-économiques, pestilence, effondrement économique et bientôt un début de disette qui ne dit pas son nom.

La boucle est bouclée.

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La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

+

JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Un nouveau monde en gestation

Un nouveau monde en gestation

21 Mars 2020

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

Le statut des Etats-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les Etats-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres Etats et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle.

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la « propagande chinoise », d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les Etats-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide » Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L’hyperpuissance américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (aucun autre pays n’a connu une telle progression après autant de semaines) :

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les illuminés de Washington-sur-Potomac de débattre d’une escalade contre l’Iran, pourtant très durement touché par le corona. Les faucons, où l’on retrouve sans surprise Pompeo et O’Brien, le Conseiller à la Sécurité nationale, se sont toutefois cognés au mur des militaires (Esper, supremo du pentagone, ou encore Milley, le chef d’état-major), bien moins enthousiastes d’aller en découdre avec Téhéran, ce qui est d’ailleurs la ligne de Donaldinho lui-même.

Fidèle à elle-même, l’inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l’héritage de Merkel. Quatorze années d’européisme acharné, de péroraisons sur la « solidarité européenne » ou l’austérité financière parties en fumée en quelques jours…

Nous avions déjà vu dans un billet précédent que le président serbe ironisait sur le « conte de fée » eurocratique. Clou dans le cercueil, la Lombardie, région la plus touchée d’Italie, a fait une croix sur le soutien de Bruxelles et vient de demander l’aide de la Chine, de Cuba et… du Venezuela ! Ô ironie.

Un dernier mot sur la Russie qui, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l’Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l’Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l’URSS. D’autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l’aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Egypte, Italie

La presse américaine, elle, regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe#Russie

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Philippe Herlin prévient : « En cas de crise majeure, tous les comptes bancaires seront ponctionnés »

Illustration (FRANCOIS GUILLOT/AFP via Getty Images)

Illustration (FRANCOIS GUILLOT/AFP via Getty Images)OPINION

Philippe Herlin prévient : « En cas de crise majeure, tous les comptes bancaires seront ponctionnés »

PAR CONTRIBUABLES ASSOCIES12 mars 2020 Mis à jour: 12 mars 2020Partager

Depuis le 1er janvier 2016, la ponction des comptes bancaires est légale en France. C’est à cette date qu’est entrée en vigueur dans notre pays la directive BRRD qui autorise une banque au bord de la faillite à se renflouer en ponctionnant « uniquement » les comptes des clients détenant plus de 100 000 euros. L’économiste Philippe Herlin ne croit pas à cette garantie et pour l’auteur de « Repenser l’économie », la directive BRRD sert à protéger les grandes banques et l’État qui pourra ainsi toujours financer sa dette au détriment des épargnants. Entretien.

Qui est concerné exactement par cette directive BRRD ? Qui y échappe ? Les grandes entreprises et l’État sont-ils concernés ?PUBLICITÉ  

Tous les comptes bancaires sont concernés, aussi bien ceux des particuliers que des entreprises, même si la directive recommande d’épargner ces dernières. En effet, en ponctionnant la trésorerie des entreprises, on les met en grande difficulté, possiblement en faillite, ce qui transformerait la crise bancaire en crise économique.

La directive parle d’ailleurs des PME mais pas des grandes entreprises, cela se comprend, celles-ci possèdent plusieurs milliards de trésorerie et les menacer de tout prendre en leur laissant 100 000 euros pourrait les faire partir hors de la zone euro.

La directive BRRD sert à protéger les grandes banques et l’État qui pourra ainsi toujours financer sa dette ; elle exempte les grandes entreprises, en somme du pur capitalisme de connivence !

Vous affirmez que la garantie des dépôts de moins de 100 000 euros est un mythe. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

A Chypre, où la ponction sur les comptes bancaires a été » testée » pour la première fois, effectivement les déposants possédant moins de 100 000 euros n’ont pas été touchés. Mais pour une raison bien simple : l’Europe et le FMI ont apporté 10 milliards d’euros ! Il y a eu à la fois un bail out (renflouement externe) et un bail in (renflouement interne), ce qui a permis de limiter la sévérité de ce dernier.

Ces 10 milliards d’euros représentent plus de la moitié du PIB de Chypre. Si la crise devait toucher un grand pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France, c’est plusieurs centaines de milliards d’euros qu’il faudrait mobiliser.

Qui peut croire que l’Allemagne fera exploser son endettement pour sauver les comptes bancaires des Espagnols, des Italiens ou des Français ? C’est bien sûr TOUS les comptes qui seraient ponctionnés.

C’est comme mettre sa voiture dans un parking privé, si le parking fait faillite, il n’a pas à prendre votre voiture

Doit-on, peut-on, réformer le système bancaire ?

C’est ce qu’on aurait dû faire. L’idée de départ de la directive consiste à éviter qu’une faillite bancaire dans un pays oblige l’ensemble des contribuables européens à payer, il s’agissait de responsabiliser chaque État (passage du bail out au bail in). Fort bien. Mais alors pourquoi les épargnants devraient-ils payer les pots cassés ? En quoi sont-ils responsables ?

C’est comme mettre sa voiture dans un parking privé, si le parking fait faillite, il n’a pas à prendre votre voiture pour se renflouer, c’est aussi simple que ça. Il aurait fallu prendre le problème autrement : réduire la taille des banques too big to fail (« Trop grosses pour faire faillite »), obliger à la transparence sur les produits dérivés, séparer l’activité de dépôt de celle de marché, augmenter nettement le niveau des fonds propres, etc.

Mais ces mesures auraient heurté de plein fouet le lobby bancaire, spécialement les banques françaises, si fières de leur modèle de « banque universelle ». Résultat, l’épargnant vit désormais avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

L’omerta médiatique et politique autour de cette directive vous surprend-elle ?

Les médias ne se sont absolument pas intéressés à cette directive qui touche pourtant tous les Français. C’est un vrai manquement. Le fait que le secteur bancaire constitue l’un des principaux annonceurs de la presse apporte sans doute un élément d’explication, il est difficile de se fâcher avec ces gens…

Que faire aujourd’hui face à ce danger, tant sur le plan individuel que collectif ? Le contribuable-épargnant peut-il se protéger ?

Pour moi, la grande opportunité à exploiter est l’élection présidentielle : il est crucial d’en faire un élément du débat, d’obliger tous les candidats, pressentis ou déclarés, à se positionner par rapport à la directive BRRD. Cette élection constitue une caisse de résonance qu’il ne faut pas manquer.

La Loi Sapin 2 permettant de bloquer l’assurance-vie a fait parler d’elle, très bien. Il faut faire de même avec la directive BRRD qui est son pendant concernant les comptes bancaires. Elle est même plus grave puisqu’elle permet de ponctionner les comptes, alors que l’assurance-vie ne serait que temporairement bloquée.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Leon

Philippe Herlin est économiste indépendant, auteur de plusieurs ouvrages dont « Repenser l’économie » (Eyrolles). Son site : www.philippeherlin.com

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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