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Les néocons poussent les USA et le monde dans une crise dangereuse

Les néocons poussent les USA et le monde dans une crise dangereuse


Saker US
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Par le Saker – Le 18 août 2017 – Source The Saker

D’abord, mes prévisions

En octobre dernier, j’ai écrit une analyse que j’ai intitulée Les États-Unis sont à la veille d’affronter la pire crise de leur histoire… et comment l’exemple de Poutine pourrait inspirer Trump et je pense que c’est une bonne chose d’y revenir maintenant. Je commençais l’analyse en examinant les calamités qui pourraient frapper les États-Unis si Hillary était élue. Puisque ce n’est pas arrivé (Dieu merci !), nous pouvons sans problème ignorer cette partie et regarder ma prédiction de ce qui arriverait si Trump était élu. Voici ce que j’écrivais.

Trump gagne.  Problème : il sera complètement seul. Les néocons ont un contrôle total, total je le répète, sur le Congrès, les médias, la banque et la finance, et les tribunaux. De Clinton à Clinton, ils ont profondément infiltré le Pentagone, Foggy Bottom [quartier où se trouvent de nombreux services gouvernementaux, NdT] et les agences à trois lettres. La Fed est leur fief. Comment diable Trump pourrait-il faire face à ces féroces « fous dans la cave » ? Regardez la campagne de haine vicieuse que toutes ces « personnalités » (depuis les acteurs jusqu’aux journalistes en passant par les politiciens) ont déchaîné contre Trump – elles ont brûlé leurs vaisseaux, elles savent qu’elle perdront tout si Trump l’emporte (et s’il prouve qu’il se laisse facilement avoir, son élection ne fera aucune différence). Les néocons n’ont rien à perdre et ils combattront jusqu’au bout. Que pourra faire Trump pour que les choses changent s’il est entouré de néocons et de leurs agents d’influence ? Mettre en place une équipe totalement différente ? Comment va-t-il les sélectionner ? Son premier choix a été de prendre Pence comme vice-président – un désastre (il est déjà en train de saboter Trump sur la Syrie et le résultat des élections). Je redoute d’apprendre qui Trump désignera comme chef de cabinet à la Maison blanche et je crains qu’il ne nomme quelque nouvelle version du tristement célèbre Rahm Emanuel uniquement pour calmer les néocons…  Et si Trump prouvait qu’il a à la fois des principes et du courage, les néocons peuvent toujours le liquider et le remplacer par Pence. Et voilà ! [En français dans le texte, NdT]

Je poursuivais en suggérant que le seul choix de Trump serait de suivre l’exemple de Poutine et de faire aux néocons ce que Poutine avait fait aux oligarques. À l’évidence ce n’est pas ce qui s’est passé. En effet, un mois après l’élection de Trump, j’ai écrit une autre analyse intitulée Les néocons et l’« État profond » ont châtré la présidence de Trump, c’est cuit, les gars !

Il y a moins d’un mois, j’ai averti qu’une révolution de couleur était en cours aux États-Unis. Mon premier élément de preuve était la prétendue « enquête » que la CIA, le FBI, la NSA et d’autres menaient contre le candidat du président Trump au poste de conseiller à la sécurité, le général Flynn. Ce soir, le complot pour se débarrasser de Flynn a finalement réussi et le général Flynn a dû offrir sa démission. Trump l’a acceptée. Maintenant, mettons immédiatement une chose de côté : Flynn était loin d’être un saint ou un homme parfaitement sage qui aurait sauvé tout seul le monde. Il ne l’était pas. Cependant, Flynn était tout simplement la pierre angulaire de la politique de sécurité nationale. (…) L’« État profond », dirigé par les néocons, a forcé Flynn à démissionner sous le prétexte idiot qu’il avait eu une conversation téléphonique avec l’ambassadeur de Russie sur une ligne ouverte, non sécurisée et clairement surveillée.  Et Trump a accepté cette démission. Depuis que Trump est arrivé à la Maison Blanche, il a pris coup sur coup de la part des médias néocon-sionistes, du Congrès, de toutes les « stars » de Hollywood, culs doublement bénits, bien-pensants et propres sur eux, et même des politiciens européens. Et Trump a encaissé chaque coup sans jamais riposter. Nulle part on n’a vu son fameux « Vous êtes viré ! ». Mais j’avais encore de l’espoir. Je voulais espérer. Je sentais que c’était mon devoir d’espérer. Mais maintenant, Trump nous a tous trahis. Je le répète, Flynn n’était pas mon héros. Mais il était, tous comptes faits, le héros de Trump. Et Trump l’a trahi. Les conséquences de tout cela seront immenses. Pour une raison : Trump est maintenant clairement brisé. Il n’a fallu que quelques semaines à l’« État profond » pour castrer Trump et le faire s’incliner devant les puissances établies. Ceux qui auraient voulu le soutenir comprendront maintenant qu’il ne les soutiendra pas eux-mêmes et ils s’éloigneront tous de lui. Les néocons se sentiront des ailes d’avoir éliminé leur pire ennemi et, enhardis par cette victoire, ils pousseront leur avantage, doublant la mise encore et encore. C’est fini, les gars, l’État profond a gagné.

Je concluais ensuite que les conséquences de cette victoire seraient catastrophiques pour les États-Unis :

Dans leur rage haineuse contre Trump et le peuple américain – c’est-à-dire « le panier de déplorables » –, les néocons ont dû montrer leur vrai visage. Par leur rejet du résultat des élections, leurs émeutes, leur diabolisation de Trump, les néocons ont mis en évidence deux choses cruciales : premièrement que la démocratie américaine est une sinistre plaisanterie et qu’eux, les néocons, sont un régime d’occupation qui gouverne contre la volonté du peuple américain. En d’autres termes, exactement comme Israël, les États-Unis n’ont plus de légitimité. Et puisque, tout comme Israël, les États-Unis sont incapables d’effrayer leurs ennemis, ils sont fondamentalement nus, sans légitimité, sans capacité de coercition. Donc oui, les néocons ont gagné. Mais leur victoire élimine la dernière chance pour les États-Unis d’éviter un effondrement.

Je crois que ce que nous voyons aujourd’hui sont les premiers signes de l’effondrement imminent.

Les symptômes de l’agonie

  • À l’extérieur, la politique étrangère des États-Unis est essentiellement « gelée » et, à la place d’une politique étrangère nous avons une longue série de menaces vides lancées à une liste de pays diabolisés à qui sont promises maintenant « les flammes de l’enfer » s’ils osaient désobéir à Oncle Sam. Si c’est bon pour faire les grands titres, cela ne qualifie pas pour faire une « politique » quelle qu’elle soit (j’ai discuté longuement de cette question lors de ma récente interview avec South Front). Ensuite, il y a le Congrès qui a fondamentalement déchu Trump de ses pouvoirs de diriger la politique étrangère. Cette forme étrange et illégale de « vote de défiance » martèle encore dans son message que Trump est soit un fou, soit un traître, soit les deux.
  • À l’intérieur, Trump est maintenant accusé des dernières émeutes à Charlottesville ; après avoir été un agent de Poutine, il est encore diabolisé comme une sorte de nazi (voir le premier et le second avertissement de Paul Craig Roberts à propos de cette dynamique).
  • Sur le plan organisationnel, il est clair que Trump est entouré d’ennemis comme l’illustre le fait absolument scandaleux qu’il ne peut même pas parler à un chef d’État étranger sans que la transcription de cette conversation ne soit divulguée aux siomédias.

Je crois que ce sont là des étapes préliminaires pour préparer une crise majeure et l’utiliser pour chasser Trump, soit par un processus d’impeachment soit par la force sous prétexte de crise. Regardez le message que les siomédias ont martelé dans les esprits de la population américaine.

La préparation psychologique pour le coup d’État à venir : les terrifier tous à mort

Voici trois exemples très parlants tirés de la couverture de Newsweek :

Posez-vous la question : quel est le message ici ?

Trump est un traître, il travaille pour Poutine, Poutine veut détruire la démocratie aux États-Unis et maintenant, ces deux hommes sont ensemble les deux personnes les plus dangereuses sur la planète. C’est un « complot contre l’Amérique », pas moins !

Pas mal, n’est-ce pas ?

« Ils » sont clairement là pour « nous » avoir et « nous » sommes terriblement en danger : Kim Jong-un est sur le point de déclarer une guerre nucléaire aux États-Unis, Xi et Poutine menacent le monde avec leurs armées et « notre » propre président est arrivé au pouvoir grâce au « KGB russe » et aux « hackers de Poutine », il travaille maintenant pour les Russes, il est aussi à l’évidence un nazi, un suprémaciste blanc, un raciste et, peut-être un « nouvel Hitler » (tout comme Poutine, bien sûr !).

Et puis il y a ces musulmans et ces Aye-rabs vraiment effrayants qui apparemment ne veulent que deux choses dans la vie : détruire « notre mode de vie » et tuer tous les « infidèles ». C’est pourquoi nous avons besoin de la TSA, de 16 agences de renseignement et de troupes de police militarisées SWAT partout : au cas où les terroristes viendraient nous prendre là où nous vivons.

De dangereuses conséquences internationales

Tout cela serait assez drôle si ce n’était pas extrêmement dangereux. D’une part, les États-Unis s’en prennent vraiment à un dangereux ennemi lorsqu’ils essaient constamment de faire peur à Kim Jong-un et au gouvernement de la RPDC. Non, pas à cause des armes nucléaires nord-coréennes (qui ne sont probablement pas des ICBM capables de lancer des armes nucléaires mais une combinaison pas nécessairement compatible de « dispositifs » nucléaires et de missiles balistiques à portée intermédiaire), mais à cause de l’immense et difficile tâche de détruire l’armée conventionnelle nord-coréenne. La vraie menace, ce n’est pas les missiles, mais une combinaison mortelle d’artillerie conventionnelle et de forces spéciales qui représente un très faible danger pour les États-Unis ou leur armée, mais qui constitue une énorme menace pour la population de Séoul et de la partie nord de la Corée du Sud. Les armes nucléaires, sous quelque forme que ce soit, sont vraiment un problème en plus, un « glaçage » toxique sur un « gâteau conventionnel » déjà très dangereux.

Aparté
Un cauchemar de la vie réelle : maintenant, si vous voulez vraiment vous terrifier vous-même et rester éveillé toute la nuit, considérez ce qui suit. Alors que je crois personnellement que Kim Jong-un n’est pas fou et que le principal objectif des dirigeants nord-coréens est d’éviter une guerre à tout prix, que se passe-t-il si je me trompe ?  Qu’en est-il si ceux qui disent que les dirigeants nord-coréens sont totalement fous ont raison ? Ou, ce que je crois beaucoup plus probable, si Kim Jong-un et les dirigeants nord-coréens sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont rien à perdre, que les Américains vont tous les tuer, en même temps que leurs familles et leurs amis ? Que pourraient-ils faire, théoriquement, s’ils sont vraiment désespérés ? Eh bien, permettez-moi de vous le dire : oubliez Guam, pensez Tokyo ! En effet, tandis que la RPDC pourrait dévaster Séoul avec des systèmes d’artillerie dépassés, ses missiles sont probablement capables de frapper Tokyo ou la région de Keihanshin qui englobe Kyoto, Osaka et Kobé, y compris les industries clés de la région industrielle de Hanshin. La zone du Grand Tokyo (la région de Kanto) et la région de Keihanshin sont très densément peuplées (37 et 20 millions d’habitants, respectivement) et contiennent un très grand nombre d’industries, dont beaucoup déclencheraient un désastre écologique aux proportions immenses si elles étaient frappées par des missiles. Non seulement cela, mais une attaque sur les principaux nœuds économiques et financiers du Japon donnerait probablement lieu à un effondrement international genre 9/11. Donc si les Coréens du Nord voulaient vraiment, vraiment nuire aux Américains, ce qu’il pourraient faire est de frapper Séoul et des villes importantes au Japon entraînant une immense crise politique pour la planète entière. Pendant la Guerre froide, nous avions coutume d’étudier les conséquences d’une attaque soviétique contre le Japon et la conclusion était toujours la même : le Japon ne peut se permettre aucune guerre. Le territoire japonais est trop petit, trop densément peuplé, trop riche en cibles lucratives et une guerre dévaste tout le pays. C’est encore vrai aujourd’hui, encore plus. Imaginez seulement la réaction en Corée du Sud et au Japon si une attaque américaine folle sur la RPDC entraînait une frappe de missiles sur Séoul et Tokyo ! Les Sud-Coréens ont déjà fait connaître leur position sans aucune ambiguïté, d’ailleurs. Quant aux Japonais, ils placent officiellement leurs espoirs dans des missiles (comme si la technologie pouvait atténuer les conséquences de la folie !). Donc oui, d’accord, la RPDC est extrêmement dangereuse et la pousser dans ses derniers retranchements est totalement irresponsable en effet, armes nucléaires ou non.

Ce que nous observons aujourd’hui est une boucle de rétroaction positive dans laquelle chaque geste des néocons déstabilise plus profondément le système tout entier. Inutile de le dire, c’est extrêmement dangereux et ne peut avoir qu’une catastrophe ou un effondrement final pour résultat. En fait, les signes que les États-Unis perdent totalement le contrôle sont déjà partout, voici seulement quelques gros titres en guise d’illustration :

Une expression française dit que « quand le chat n’est pas là, les souris dansent », et c’est exactement ce qui se passe maintenant : les États-Unis sont à la fois très faibles et essentiellement absents. Quant aux Arméniens, ils disent que « La souris rêve de ce qui pourrait terrifier le chat ». Bon, les « souris » du monde dansent et rêvent, et ignorent tout simplement le « chat ». Chaque mouvement du chat ne fait qu’aggraver les choses pour lui. Le monde change pendant que le chat est occupé à se détruire.

Des conséquences intérieures dangereuses

Les émeutes raciales seraient en tête de ma liste. En fait, elles se passent déjà partout aux États-Unis, mais elles sont rarement présentées en tant que telles. Et je ne parle pas des émeutes « officielles » de Black Lives Matter, qui sont assez mauvaises, je parle des nombreuses mini-émeutes que les médias officiels essaient systématiquement de dissimuler. Ceux qui sont intéressés à ce sujet devraient lire le livre de Colin Flaherty, Don’t Make the Black Kids Angry, qui montre que les attaques racistes par des Noirs sur des Blancs (également dites « chasse à l’ours polaire ») sont en augmentation presque partout dans le pays. De même, à quelqu’un qui persiste obstinément à ignorer la forte corrélation entre la race et le crime devrait lire l’analyse essentielle de Ron Unz, Race and Crime in America.  Maintenant, avant que quelque militant autoproclamé de la police de la pensée m’accuse de racisme : je ne parle pas du tout des causes des problèmes raciaux aux États-Unis. Je dis seulement que la violence raciale y est grave et s’aggrave rapidement.

Le deuxième problème que je vois menacer la société américaine est une délégitimation extrêmement rapide de tout le système politique étasunien et, en particulier, du gouvernement fédéral. Pendant des décennies, les Américains ont voté pour « A » et chaque fois ce qu’ils ont fini par avoir, c’est « non-A ». Parmi les exemples, il y a le célèbre « lisez sur mes lèvres, pas de nouveaux impôts », bien sûr, mais également les promesses d’Obama de stopper les guerres idiotes, et maintenant la promesse de Trump de « drainer le marais ». On a menti aux Américains pendant des décennies et ils le savent. Il y a un fossé grandissant entre les prétendues « valeurs américaines » enseignées dans les écoles et la réalité du pouvoir. Alors que les États-Unis sont officiellement censés défendre la démocratie, la liberté et toutes les bonnes choses préconisées par les Pères fondateurs, la réalité dégoûtante est qu’ils couchent avec les wahhabites, les nazis et les sionistes. L’hypocrisie omniprésente de tout cela menace maintenant de faire tomber tout le système politique étasunien exactement comme l’hypocrisie tout aussi omniprésente du système soviétique a fait tomber l’URSS (si vous êtes intéressé, vous pouvez en lire davantage sur ce thème ici). La simple vérité est qu’aucun régime ne peut survivre longtemps lorsqu’il soutient activement l’exact opposé de ce qu’il est officiellement censé défendre. Le résultat ? Je n’ai pas encore rencontré d’Américain adulte qui croie sincèrement qu’il/elle vit dans dans « le pays des hommes libres et la maison des braves ». Peut-être que les nourrissons avalent encore ces sottises, mais même les adolescents savent que c’est carrément de la foutaise.

Troisièmement, pour toutes les statistiques encourageantes sur le Dow Jones, le chômage et la croissance, la réalité est que la société américaine se transforme rapidement en une société à trois vitesses : au sommet, un petit nombre de gens obscènement riches, en dessous, une certaine quantité de professionnels qualifiés qui servent les richissimes et qui luttent pour maintenir un style de vie associé dans le passé à la classe moyenne. Et puis l’immense majorité des Américains qui cherchent fondamentalement à gagner « un salaire minimum plus un petit quelque chose » et qui survivent essentiellement en ne payant pas pour l’assurance santé, en ayant généralement deux emplois, en mangeant de la « bouffe prolo » bon marché et malsaine et en renonçant à ce dont tout travailleur américain pouvait profiter dans les années 1950 et 1960 (un parent à la maison, des vacances payées, une deuxième maison pour les vacances, etc.). Les Américains sont pour la plupart des gros bosseurs et, jusqu’à présent, la plupart d’entre eux survivent, mais ils sont aussi pour la plupart à un salaire de la pauvreté vraiment grave. Beaucoup d’entre eux ne font que joindre les deux bouts parce que leurs parents et leurs grands-parents les aident (c’est également vrai pour l’Europe du Sud, d’ailleurs). Un segment important de la population américaine survit maintenant grâce à Walmart et à Dollar Store. Une fois que cela ne marche plus, les tickets alimentaires sont la dernière option. Cela, ou la prison, bien sûr.

Combinez tout cela et vous obtenez une situation extrêmement explosive, potentiellement. Il n’est pas surprenant que lorsque tant d’Américains ont entendu le commentaire de Hillary sur le « panier de déplorables », ils aient pris cela comme une déclaration de guerre

Et que prévoient les néocons pour faire face à tout ça ?

En réprimant la liberté d’expression et la dissidence, bien sûr ? Quoi d’autre ?

Leur unique réponse – la répression bien sûr !

YouTube, Google, Facebook, Twitter – tous sont en train de réprimer le « mauvais » discours qui comprend à peu près n’importe quel sujet qui fait froncer les sourcils à une grande variété de ceux qui se décrivent eux-mêmes comme « libéraux ». GoDaddy et Google poursuivent même des noms de domaine. Certes, personne n’est jeté en prison pour défendre, disons, le Deuxième amendement, mais ils sont « démonétisés » et leurs comptes sont simplement fermés. Ce ne sont pas les flics qui répriment la liberté d’expression, c’est « l’Amérique des affaires », mais l’effet est le même. Apparemment, les néocons ne réalisent pas que la censure n’est pas une stratégie viable à l’ère d’Internet. Ou peut-être le réalisent-ils et essaient-ils délibérément de provoquer une réaction ?

Ensuite il y a la campagne de diffamation dans les médias : à moins de faire partie d’une sorte de « minorité », vous êtes supposé être néfaste de naissance et coupable de tous les maux sur la terre. Et votre chef est Trump, bien sûr, ou peut-être même Poutine lui-même, voir ci-dessus. Les mâles blancs chrétiens et hétérosexuels feraient mieux de se mettre à l’abri…

Quoi qu’il en soit, par leur insistance maniaque, d’une part à humilier et à écraser Trump et d’autre part à réprimer des millions d’Américains, les néocons commettent une double erreur. D’abord ils montrent leur vrai visage et ensuite, ils déstabilisent les institutions mêmes qu’ils utilisent pour contrôler et diriger ce pays. Cela, bien sûr, ne fait qu’affaiblir les néocons et les États-Unis eux-mêmes et ensuite affaiblit la boucle de rétroaction positive mentionnée plus haut, qui menace maintenant le système international tout entier.

Nous et eux

Ce qui rend l’effondrement graduel de l’Empire anglosioniste particulièrement dangereux est qu’il est de loin le plus grand et le plus puissant empire de l’histoire mondiale. Aucun empire n’a jamais eu le quasi monopole du pouvoir dont les États-Unis ont joui depuis la Seconde Guerre mondiale. D’une manière ou d’une autre, militaire, économique, politique, sociale, les États-Unis sont sortis de la Seconde Guerre mondiale comme un géant et alors qu’il y a eu des hauts et des bas au cours des décennies qui ont suivi, l’effondrement de l’URSS n’a fait que réaffirmer ce qui apparaissait comme leur victoire totale. À mon avis, subjectif il est vrai, le dernier président américain compétent (non, je n’ai pas dit « bon », j’ai dit « compétent ») était George Herbert Walker Bush qui, contrairement à ses successeurs, savait au moins comment gouverner un Empire. Après cela, tout n’est que déclin, de plus en plus rapidement. Et si Obama a probablement été le président le plus incompétent dans l’histoire des États-Unis, Trump sera le premier à être ouvertement lynché pendant qu’il est en poste. Résultat, l’Empire anglosioniste est maintenant comme un immense train de marchandises qui a perdu sa locomotive mais qu’un énorme élan pousse en avant même s’il n’y a plus personne pour le contrôler. Le reste de la planète, à l’exception sans importance des Européens de l’Est, fait des pieds et des mains pour sortir de la trajectoire de ce train incontrôlé. Jusqu’à présents, les rails (bon sens minimum, réalités politiques) résistent plus ou moins, mais un accident (politique, économique ou militaire) pourrait arriver à tout moment. Et c’est très, très effrayant.

Les États-Unis ont entre 700 et 1000 bases militaires dans le monde, tout le système financier international est profondément enchevêtré avec l’économie américaine, le dollar US est toujours la seule véritable monnaie de réserve, les bons du Trésor américain sont détenus par tous les acteurs internationaux importants (y compris la Russie et la Chine), SWIFT est politiquement contrôlé par les États-Unis, qui sont le seul pays au monde qui peut imprimer autant d’argent qu’il veut et, pour couronner le tout, ils ont un énorme arsenal nucléaire. Résultat, un effondrement des États-Unis menacerait tout le monde et cela signifie que personne ne voudrait le provoquer. L’effondrement de l’Union soviétique n’a menacé l’humanité que d’une seule manière : par son arsenal nucléaire. En revanche, tout effondrement des États-Unis menacerait tout le monde de diverses manières.

Donc la vraie question aujourd’hui est celle-ci : le reste de la planète peut-il empêcher un effondrement catastrophique de l’Empire anglosioniste ?

C’est l’ironie de notre situation : même si la planète entière est malade et fatiguée de l’arrogance incompétente des Anglosionistes, personne ne veut que leur Empire s’écroule dans le désastre. Et pourtant, avec les néocons au pouvoir, un tel effondrement semble inévitable, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour tout le monde.

C’est vraiment incroyable, réfléchissez-y : tout le monde hait les néocons, non seulement une majorité d’Américains, mais vraiment la planète entière. Et pourtant ce groupe numériquement faible a en quelque sorte fait en sorte de mettre tout le monde en danger, y compris eux-mêmes, par leur affreux caractère vindicatif, leur arrogance infinie et leur myopie idéologiquement induite. Que cela ait pu se produire, et à l’échelle planétaire, est un témoignage dramatique de la dégradation morale et spirituelle de notre civilisation : comment avons-nous pu laisser aller les choses si loin ?

Et la question suivante, évidente : pouvons-nous les arrêter ?

Honnêtement, je ne sais pas. J’espère, mais je n’en suis pas sûr. Mon plus grand espoir avec Trump était qu’il serait prêt à sacrifier l’Empire pour le salut des États-Unis (le contraire de ce que font les néocons : ils sont prêts à sacrifier les États-Unis pour sauver l’Empire) et qu’il organiserait une transition relativement sûre et, avec un peu de chance, non violente de l’Empire à un « pays normal ». À l’évidence, cela ne se produira pas. Au lieu de quoi, les néocons menacent tout le monde : les Chinois, les Russes, les Nord-Coréens et les Vénézuéliens bien sûr, mais aussi les Européens (économiquement), tout le Moyen-Orient ( (via la « seule démocratie du Moyen-Orient »), tous les pays en développement et même le peuple américain. En plus, ils menacent même le président des États-Unis lui-même, et d’une manière assez peu subtile !

Donc quelle est la suite ?

Vraiment, je ne sais pas. Mais mon sentiment dominant est que Trump sera chassé du pouvoir, soit pour « crimes et délits graves », soit pour « raisons médicales » (ils le déclareront tout simplement fou et inapte à assumer la présidence). À voir combien Trump est faible et mou, il pourrait même être « convaincu » de démissionner. Je ne les vois pas l’assassiner, simplement parce qu’il n’est pas non plus Kennedy. Après cela, Pence arrive au pouvoir et ce sera présenté à tous comme un événement merveilleux, un rassemblement des élites suivi d’une répression immédiate et sans merci de toute forme d’opposition politique ou de dissidence, qui sera immédiatement étiquetée comme raciste, homophobe, antisémite, terroriste, etc. On trouvera la sale main du « KGB russe » (oui, je sais, le KGB a été dissout en 1991) partout, en particulier chez les libertariens américains (qui seront probablement les seuls à avoir assez de cervelle pour comprendre ce qui se passe). La (pseudo) Gauche jubilera. Si cette façon de procéder déclenche un niveau de résistance inattendu, régional ou social, un 9/11 sous fausse bannière suivi d’une guerre sera le scénario le plus probable (pourquoi renoncer à quelque chose qui a tellement bien marché la première fois ?). À moins qu’ils ne décident de ré-envahir la Grenade ou de donner à Nauru une raclée bien méritée, n’importe quelle guerre plus ou moins réelle entraînera un échec catastrophique pour les États-Unis au point que le recours aux armes nucléaires par les fous néocons pourrait devenir un risque très réel, en particulier si des cibles symboliques, comme des porte-avions, sont frappées (en 1991, lorsque les États-Unis ont envoyé la 82e AB en Irak, il n’y avait rien entre cette troupe d’infanterie légère et les divisions blindées irakiennes. Si les Irakiens avaient attaqué, le plan était d’utiliser des armes nucléaires tactiques. Ensuite tout cela fut rapidement oublié).

Il y a une raison pour laquelle les néocons prospèrent en temps de crise : cela leur permet de se dissimuler derrière le chaos, en particulier s’ils sont ceux qui l’ont provoqué en premier. Cela signifie que tant que les néocons sont proches du pouvoir, ils ne permettront jamais, jamais, que la paix éclate soudain, de peur que les projecteurs soient subitement dirigés sur eux. Chaos, guerre, crises – c’est leur habitat naturel. Pensez-y comme au sous-produit de leur existence. Finalement, bien sûr, ils seront arrêtés et vaincus, comme tous leurs prédécesseurs dans l’Histoire. Mais je frémis lorsque je pense au prix que l’humanité devra payer cette fois-ci.

The Saker

L’article original article a été rédigé pour Unz Review

 

: http://lesakerfrancophone.fr/les-neocons-poussent-les-usa-et-le-monde-dans-une-crise-dangereuse

 

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Venezuela : comment NE PAS donner une information

Venezuela : comment NE PAS donner une information


Par Ángeles Diez Rodríguez – Le 19 août 2017 – Source Defend Democracy Press

Le 30 juillet s’est produit un évènement politique d’une portée historique considérable : un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un évènement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelque autre de ces immenses files de Vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par des guarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putschiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet évènement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les  réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.

La non-nouvelle qui a supplanté l’évènement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non-nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes : auto-coup d’État, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

L’évènement d’une journée électorale qui a mobilisé des millions de Vénézuéliens qui sont allés voter pour leurs candidats à la Constituante fut trop incontestable pour être passé sous silence ; les flots du peuple vénézuélien trouvaient une infinité de fenêtres numériques par où s’écouler. De sorte que le système de propagande de guerre des médias de masse espagnols, si bien entretenu et huilé par les agences de presse étasuniennes, activa l’un de ses ressorts les plus subtils. Il n’affronta pas la nouvelle en la taisant, bien qu’il le fît également, il ne manipula pas des images comme il l’a réellement fait avec le frauduleux référendum de l’opposition du 16 juillet (le journal El País dut rectifier une image du test électoral pour l’assemblée Constituante, sous laquelle figurait une légende affirmant que c’étaient des queues pour voter au référendum organisé par l’opposition). Dans ce cas, la technique de propagande médiatique majoritairement employée fit remplacer l’information qui faisait l’évènement par d’autres qui attireraient l’attention des audiences.

Les gros titres parlèrent de violence, dictature et condamnation internationale : «Lors d’une journée marquée par la tension, les manifestations, la réprobation internationale et la violence, les vénézuéliens ont voté pour choisir les membres de l’Assemblée Nationale Constituante » (CNN en espagnol); «Maduro concrétise un coup d’état contre lui-même au Venezuela au cours d’une journée électorale des plus violentes » (El País) ; «Condamnation internationale de l’usage disproportionné de la force au Venezuela. 10 personnes au moins sont mortes dans les manifestations pendant les élections à l’assemblée constituante que soutient Nicolás Maduro. » (Télévision espagnole).

Pas une seule image des quelques 14 500 bureaux de vote où plus de 8 millions de Vénézuéliens attendaient leur tour pour voter. Après les élections présidentielles de 2012 qui élirent Hugo Chávez, ce furent les élections qui mobilisèrent la plus large participation de masse. Toutefois, lorsque l’on consulte les archives photographiques du journal El País, on se trouve devant un étrange phénomène : sur 30 images sélectionnées par le quotidien, 7 sont celles d’explosions, de barricades et d’actes de violence, 2 montrent les opposants, 2 autres le président Maduro et le reste montre des Vénézuéliens isolés en train de voter, l’urne en premier plan, des petits groupes regardant les listes ou assis, attendant pour voter ; il n’y a qu’une photo où l’on voit très loin des voitures et des personnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images significatives fut constaté sur la Télévision espagnole. C’est dire que, dans les médias espagnols de grande audience, les images, quand elles faisaient allusion à l’acte de voter, lançaient un message contraire à la réalité qui circulait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de Vénézuéliens sont allés voter. C’étaient des images soigneusement sélectionnées pour appuyer la version de l’opposition et ne pas donner l’information de l’appui massif à la Constituante donné par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux où les hommes politiques ne font pas de déclaration, ils twittent, où la volatilité de l’information numérique prévaut sur le papier et où les télévisions copient les réseaux sociaux, les façons de mentir et de déformer sont de plus en plus complexes. Plutôt que de cacher une information, il est plus efficace d’en donner une autre différente, qui occupe la place de la réelle. Nous appellerons cela la « non-information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations sociologiques) que ceci soit habituel dans les médias espagnols. Comme antécédents nous avons cette étude de juin 2016 qui signalait que la télévision, alors que le chômage était toujours la première préoccupation des Espagnols, lui avait consacré la moitié du temps qu’elle avait employé à parler de la crise politique au Venezuela (les journaux télévisés de ce mois-là consacrèrent 71 minutes à la situation du Venezuela face aux 31 qu’ils dédièrent au chômage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bulletins d’information du monde ouvraient sur le désarmement de l’ETA, la Télévision espagnole parlait du Venezuela plutôt que du désarmement de l’ETA.

Cette technique de propagande de guerre qu’emploient les journaux d’information espagnols fait partie d’autres techniques mieux répertoriées comme : le deux poids deux mesures, prendre la partie pour le tout, les infos toxiques, la partialité des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de substitution, la non information, elle, doit comporter certaines caractéristiques. En premier lieu, elle doit être crédible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà établie ; dans le cas des élections à l’Assemblée Constituante cette matrice est : violence, coup d’État, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait certain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des barricades incendiées, un quelconque incident isolé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anecdotique ou ne peut être généralisé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cependant, pour ne pas donner l’information importante – celle qui, elle, est généralisable quantitativement et qualitativement – il est fondamental de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre médiatique, fonctionne, comme les attentats sous faux drapeaux ou attentats contre soi-même (ceux qui sont commis pour rejeter la faute sur l’ennemi et justifier une intervention). Ainsi, lors de la journée d’élection vénézuélienne il y eut des incidents provoqués par l’opposition, un attentat contre la Garde nationale bolivarienne, des embuscades armées pour dissuader les votants et incendies de bureaux de vote. Mais si l’on prend la journée dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude pacifique et la détermination des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troisième lieu, l’information de substitution doit être au rang du spectaculaire autant que l’information réelle, afin de retenir toute l’attention. La violence est toujours une information spectaculaire en soi, elle est capable de retenir l’attention et de reléguer tout autre fait. C’est pourquoi, même lorsque l’on ne dispose pas d’images de violence il faut que le journaliste apparaisse portant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cerveau prête foi aux actes de violence dont parle le reporter.

En quatrième lieu, elle doit être capable de concentrer l’attention de ceux qui sont critiques envers les médias de masse, afin que tout le potentiel de contre-information soit pointé vers la mise en cause du « messager » (les moyens de communication de masse). Nous, les intellectuels et analystes, nous nous focalisons sur la dénonciation de la manipulation des médias et nous laissons de côté la diffusion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concentrés sur la dénonciation de l’attentat contre la Garde nationale bolivarienne, que les médias ont transformée en « répression contre Maduro » ou sur la dénonciation de la violence des paramilitaires de l’opposition qui sabotaient les élections, au lieu de parler des vénézuéliens élus pour réformer la Constitution, de leur origine sociale, de leur engagement envers leurs bases, des premières propositions pour la réforme de la Constitution, des problèmes d’impunité que souhaite résoudre la nouvelle carta magna… En théorie de la communication cela se comprend comme l’Agenda Setting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on parlera, qui fixent ce qui est important, ce qui ne doit apparaître dans aucun média, comment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non-information de ces jours derniers a été « l’isolement international du Venezuela ». Aux Nations Unies, le Venezuela a obtenu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des droits de l’homme, ont approuvé une résolution de reconnaissance de la Constituante vénézuélienne et réclamé la non-ingérence. Parmi ces pays figuraient les plus peuplés au monde et quelques autres de grand poids international comme la Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.

La non-information qui a remplacé celle-ci fut : « Les États-Unis et les principaux pays d’Amérique latine condamnent la Constituante de Maduro »(El País), information également présente dans la majorité des médias espagnols le lendemain des élections.

Mais cette technique ne fonctionne que si l’on dispose du personnel spécialisé capable, presque spontanément, d’élaborer les non-informations, capable de regarder ailleurs, bien équipé du déguisement du « reporter de guerre ». Ce sont les parajournalistes, et à la tête de la profession internationale se trouvent les Espagnols, tant des médias de masse privés que des médias publics.

L’an dernier j’ai déjà défini ce que j’entends par parajournalistes : « Si l’on qualifie de paramilitaire celui qui est affilié à une organisation civile dotée d’une structure ou d’une discipline militaire, nous pouvons dire des parajournalistes qu’ils sont ces journalistes affiliés à des médias de masse qui suivent une discipline militaire, lançant des bombes informatives sur les objectifs définis par leurs entreprises. » Parmi ces derniers nous avons Marcos López et Nuria Ramos, correspondants de Télévision espagnole, qui sans aucun doute méritent une mention spéciale pour leur mauvais travail journalistique, toujours prêts à se placer du côté de ceux qui jettent les bombes incendiaires sur la garde bolivarienne, capables de contredire sans difficulté les images que recueillent leurs propres appareils de photos, disposés à se faire les victimes – tout comme l’opposition – de la « répression du gouvernement bolivarien ».

La grande offensive contre le gouvernement du Venezuela de la part des médias de masse espagnols fait partie de la guerre mondiale contre tout processus qui ne se plie pas aux intérêts impérialistes. Nos parajournalistes jouent leurs rôles comme membres de l’armée vassale. Ces jours derniers nous avons vérifié que la guerre médiatique contre le Venezuela est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guerrière d’aujourd’hui est sans précédent, et qu’en réalité il n’existe pas différents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape François, nous sommes face à une Troisième Guerre mondiale dont nous ne voyons que des bribes, le Venezuela est aujourd’hui l’un des objectifs prioritaires pour l’empire. La difficulté vient de ce que, contrairement à ce que nous vendent les films de Hollywood, aujourd’hui la guerre ne se présente pas à nous sous la même forme qu’au siècle dernier, il nous est plus difficile de reconnaître son mode de déroulement et d’identifier ses nouveaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Venezuela essaie de combattre les deux piliers sur lesquels repose la Révolution bolivarienne : la souveraineté nationale et l’utopie socialiste. Elle vise à miner l’image du Venezuela à l’extérieur pour contrebalancer deux des traits les plus caractéristiques de la révolution bolivarienne : la voie pacifique et démocratique pour transformer le payset l’utilisation de ses ressources naturelles pour améliorer les conditions de vie socio-économiques de la population. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alternative au Capitalisme. En ce sens, le Venezuela a également pris la relève de Cuba comme référent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est devenu le mauvais exemple.

D’où les missiles qui sont constamment lancés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révolution bolivarienne : la violence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux torpilles qui traditionnellement sont pointées sur la ligne de flottaison de toute utopie socialiste.

Avec un pareil objectif, les moyens de communication et tout le système de propagande contre le Venezuela visent très spécialement le terrain des campagnes électorales et mettent en cause sa démocratie. Il ne faut pas oublier que les élections sont la condition de la démocratie pour les élites politiques mais, seulement si l’on peut garantir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de communication, l’on parvient à convaincre la population de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gouvernements, ni des corporations, ni des moyens de communication, ni des peuples. Les guerres sont le résultat de tous et de chacun de ces éléments. Les gouvernements déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévitable », mais, avant, les corporations font leurs comptes et le bilan des coûts et profits, mais, avant, les moyens de communication créent les conditions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas perdu : selon un rapport élaboré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, sur les 11 pays européens étudiés, les moyens de communication espagnols sont les moins fiables. Au niveau mondial, quand sont étudiés les publics des États-Unis, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande, du Danemark, de la Finlande, du Brésil, du Japon et de l’Australie, seuls les moyens de communication étasuniens ont moins de crédibilité que les espagnols.

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences politiques et en sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

L’article original est paru dans America latina en movimiento

 

http://lesakerfrancophone.fr/venezuela-comment-ne-pas-donner-une-information

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire

Dernière lettre de Nietzsche à Jacob Burckhardt

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire

Friedrich Wilhelm Nietzsche (15 octobre 1844 –  25 août 1900), l’un des philosophes les plus décapants et influents du XIXe siècle, critique acharné du christianisme, eut une fin de vie terrifiante. Le 3 janvier 1889, il est pris d’une crise de démence à Turin et il ne recouvrera dès lors jamais son esprit : partiellement paralysé, il ne reconnaît plus ni amis ni famille. Transporté dans une clinique à Bâle, il écrit sa dernière lettre attestant de la folie qui l’assiège : se prenant tour à tout pour Dieu puis pour le père d’une prostituée assassinée par un meurtrier. L’esprit de Nietzsche, l’un des plus grands, est définitivement à la dérive.

 

A-A+

04 ou 05.01.1889

Cher Monsieur le Professeur,

Finalement, j’aimerais bien mieux être professeur à Bâle que Dieu ; mais je n’ai pas osé pousser si loin mon égoïsme privé que, pour lui, je renonce à la création du monde. Voyez-vous, on doit faire des sacrifices quels que soient la manière et le lieu où l’on vive. – Pourtant, je me suis réservé une petite chambre d’étudiant, qui fait face au Palazzo Carignano ( – dans laquel je suis né en tant que Vittorio Emanuele), et qui, de surcroît, me permet d’entendre la superbe musique en dessous de moi, dans la Galleria Subalpina, de ma table de travail.  Je paye 25 frs., service compris, je m’occupe de moi-même de mon thé et de tous les achats, souffre de mes bottes déchirées, et remercie à chaque instant le ciel pour ce vieux  monde, pour lequel les hommes n’ont pas été assez simples et silencieux. – Comme je suis condamné à distraire la prochaine éternité par des mauvaises plaisanteries, et bien j’ai ici une paperasse, qui ne laisse vraiment rien à désirer, très jolie et pas du tout rébarbative. La poste est à cinq pas d’ici, c’est là que je dépose moi-même les lettres, pour donner dans le feuilletoniste du grande monde. Je suis naturellement en relations étroites avec Le Figaro, et afin que vous puissiez entrevoir à quel point je peux être innocent, écoutez donc mes deux premières mauvaises plaisanteries :

Ne jugez pas trop sévèrement le cas Prado. Je suis Prado, je suis aussi le père de Prado, j’ose dire que je suis aussi Lesseps… Je voudrais donner à mes Parisiens que j’affectionne un nouveau concept – celui d’un criminel convenable. Je suis aussi Chambige – un criminel convenable lui aussi.

Seconde plaisanterie. Je salue les Immortels Monsieur Daudet fait partie des quarante.

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire ; il en va également ainsi avec les enfants que j’ai mis au monde, j’examine avec une certaine méfiance, si tous ceux qui parviennent dans le « royaume de Dieu », ne proviennent pas  non plus de Dieu. Cet automne, aussi légèrement vêtu que possible, j’ai assisté deux fois à mon enterrement, tout d’abord en tant que conte Robilant ( – non, c’était mon fils, dans la mesure où je suis Carlo Alberto, ma nature foncière), mais j’étais moi-même Antonelli. Cher Monsieur le Professeur, vous devrez voir cet ouvrage ; vu que je suis complètement inexpérimenté dans les choses que je crée, c’est à vous qu’échoit toute critique, j’en suis reconnaissant, sans pouvoir promettre d’en tirer profit. Nous les artistes sommes inenseignables.  – Aujourd’hui j’ai vu mon opérette – géniale-mauresque -, à cette occasion également constaté avec plaisir, qu’aujourd’hui Moscou tout comme Rome sont des choses grandioses.

Voyez-vous, pour le paysage également, on ne conteste pas mon talent.

– Réflechissez, faisons-nous un beau, bellissime, brin de causette, Turin n’est pas loin, aucune obligation professionnelle très sérieuse en vue, il faudrait se procurer un verre de Veltliner. Négligé de la tenue exigée.

Avec ma plus sincère affection, votre

Nietzsche

i.

7 commentaires

  1. MILLOT-CONTE Christine 18 octobre 2014
    « Il n’est de génie sans un grain de folie » combien de grands hommes ont ainsi sombré dans la folie et quelle perte pour l’humanité, combien de grands artistes ont fini dans le plus grand dénuement, aux affres de la psychose ou autre. A être trop clairvoyant sur notre vieux monde, ce n’est pas si paradoxal que de devenir fou !!

  2. Maïla Nepveu 16 février 2015
    Ainsi ne parlait plus Zarathoustra, mais ainsi parlait Nietzche, le grand philosophe, après sa brutale et imprévisible crise de démence, survenue à Turin le 3 janvier 1889. Il se dit Prado et aussi le père Prado, mais aussi Lesseps et encore Chambige… Et pourquoi pas Caligula ou l’un des Borgia ? Quelle désolation et quelle pitié, de voir l’un des plus grands penseurs de la seconde moitié du 20ème siècle, sombrer dans l’incohérence et la folie, dont il ne se relèvera jamais. On pense aux destins tragiques de Gérard de Nerval, dont la poésie sublime se nourrit de fantasmagoriques maladives et de Guy de Maupassant, atteint à la fin de sa vie d’hallucinations paranoïaques liées aux altérations cérébrales d’une syphillis tertiaire.
    Finalement, Nietzche, dans son délire, se prend pour Dieu, « l’Etre Suprême » qu’il a toute sa vie combattre avec les valeurs morales religieuses (judéo-chrétiennes), philosophiques et politiques qui sont le fondement de nos démocraties occidentales.
    Sa volonté de néant le conduit, au bout de sa folie, au néant.

    • Frank Vi 1 septembre 2016
      Par le lien que vous faites entre se que dit Nietzsche dans la période où il s’exprime avec la pleine possession de ses moyens et l’après, on perçoit très bien l’opportunisme de votre morale bigote.

  3. mailagarden@yahoo.fr 5 septembre 2016
    Frank (si c’est bien votre véritable identité car moi je ne me cache pas derrière un pseudonyme)
    18 mois, il vous aura fallu plus de 18 mois pour rédiger cette curieuse réponse à mon commentaire sur la folie de Nietzsche écrit le 16 février 2015.
    Vous y percevez (ce sont vos termes) « l’opportunisme de ma morale bigote »
    Je vous répondrai que ma réflexion était dénuée du moindre opportunisme. Elle était totalement désintéressée et je ne vois vraiment pas ce que j’avais à y gagner. Elle était purement philosophique, et non pas morale. Je n’ai de leçon de morale à donner à personne, ni de leçon de morale à recevoir d’ailleurs.
    Quant à une morale « bigote », je crois que là vous délirez vraiment, à moins qu’il n’y ait dans vos pensées un peu de machisme, parce que je suis une femme. Je me permets de vous faire remarquer qu’on qualifie souvent les femmes de bigotes, ou d’idiotes, ou de faciles, ou de vulgaires, rarement les hommes, car ces qualificatifs viennent presque toujours de la bouche des hommes.
    Enfin je me permets de vous rappeler la définition du dictionnaire du mot « bigot » qualifie une personne dont la piété s’exprime de manière bornée et excessive » ce qui éclaire l’ineptie de vos propos sur ma personne, moi qui ne suis ni religieuse, ni grenouille de bénitier, mais une femme jeune, libre, indépendante, peu conformiste, bien dans sa tête et dans son corps, ce qui devrait vous dérider un peu, et vous faire réfléchir autrement.
    Ainsi parlait Maïla Nepveu…. Et non plus Zarathoustra… LOL

  4. francinegobat@bluewin.ch 16 octobre 2016
    ……puisque un est l’univers et que l’univers est toi, la bible mal interprétée : Dieu est toi (et non entre ou parmi nous) où est la limite -folie / spiritualité ? Question de vision !…..

  5.  

La Turquie, la Russie et l’intéressante nouvelle géopolitique dans les Balkans

La Turquie, la Russie et l’intéressante nouvelle géopolitique dans les Balkans


Par William Engdahl – Le 31 juillet 2017 – Source New Eastern Outlook

Le modèle géopolitique de l’ensemble de l’Union européenne subit l’un de ses changements les plus profonds depuis l’effondrement de l’Union soviétique, il y a plus de vingt-cinq ans. Lors de la réunion du 30 juin, à Ankara, du Forum d’affaires turco-hongrois, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a déclaré que la Hongrie « se tient aux cotés de ses amis », c’est-à-dire du côté de la Turquie dans sa guerre verbale actuelle avec l’Union européenne. Le Premier ministre hongrois a également salué le rôle de la Turquie dans la prévention d’un énorme flux de réfugiés pénétrant l’UE, notant que « sans la Turquie, l’Europe aurait été inondée par plusieurs millions d’immigrants », affirmant que cette Turquie « mérite le respect ». Derrière ces commentaires, émis dans l’intention de faire enrager l’UE et ses bureaucrates anonymes non élus, l’enjeu dépasse la question des réfugiés et de la souveraineté nationale.

On assiste à un changement tectonique majeur en cours non seulement en Hongrie, mais aussi dans l’ensemble des Balkans. Le changement implique la Turquie d’Erdogan et aussi la Russie de Poutine. Les signes d’une nouvelle géopolitique dans les Balkans sont en train d’émerger et de provoquer d’énormes dissensions au sein de l’UE, entre les atlantistes/OTANistes enragés et les États pragmatiques de l’UE qui sont plus enclins au développement économique, à la santé et à la sécurité de leurs pays qu’à défendre une superpuissance étasunienne en faillite et en déclin moral.

Le Premier ministre hongrois, Orbán, n’est pas allé en Turquie uniquement pour la photo traditionnelle. Il était là pour parler d’affaires, d’affaires économiques. Il a amené avec lui la moitié de son cabinet et environ 70 chefs d’entreprises pour discuter de coopération économique bilatérale accrue. Orbán a également rencontré, en privé, le président turc Erdogan et le Premier ministre Binali Yildirim.

Un couloir énergétique pour l’Europe du Sud-Est

Bien que cela ait été peu abordé dans les communiqués de presse, le problème central discuté à Ankara fut la perspective d’importations de gaz naturel russe par le biais du gazoduc nommé Turkish Stream.

Avec les nouvelles sanctions américaines, légalement douteuses, visant les entreprises européennes qui investissent dans le gazoduc russo-allemand Nord Stream II, qui devait contourner l’Ukraine, la Russie accélère pour achever la construction de son gazoduc Turkish Stream, qui part de la station de pompage de gaz, déjà construite, près d’Anapa, dans le sud de la Russie, puis continuera sous la mer Noire, traversera la Turquie jusqu’aux frontières bulgares et peut-être même grecques.

Les dernières sanctions incroyablement stupides du Congrès américain, visant aussi l’Iran et la Corée du Nord, punissent les entreprises allemandes et autrichiennes qui ont investi dans le gazoduc Nord Stream II, bien qu’il soit illégal en vertu du droit international qu’un président américain sanctionne des entreprises à l’extérieur de sa juridiction territoriale, légalement appelée extraterritorialité.

L’annonce de nouvelles sanctions visant Nord Stream II a conduit la Russie à accélérer la construction de sa ligne Turkish Stream passant sous la mer Noire, actuellement en avance sur le programme. Le sous-traitant de Gazprom, Swiss Allseas, a déjà installé environ 15 milles (25km) de pipeline sous la mer Noire, depuis mai. Le premier des deux pipelines parallèles devrait être inauguré en mars 2018, le second en 2019. La capacité annuelle de chaque tube est estimée à 15,75 milliards de mètres cubes de gaz naturel, à près de 32 milliards de mètres cubes pour les deux.

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Les Balkans rejoignent le Turkish Stream.

Début juillet, le Premier ministre bulgare Boyko Borisov, nouvellement élu, a annoncé qu’il avait l’intention de signer un accord sur le transit de gaz par le Turkish Stream. Il a également signé un accord avec le voisin serbe, qui n’est pas membre de l’UE – et ne devrait probablement jamais le devenir en raison de ses liens étroits avec la Russie entre autres choses. Selon le nouvel accord, la Serbie devrait recevoir 10 milliards de mètres cubes de gaz.

Le 29 juin, le Premier ministre Aleksandar Vučić a pris le poste de président serbe, Ana Brnabic est devenue première ministre. Elle a déclaré au Parlement qu’elle appliquerait une « politique étrangère équilibrée » et que son gouvernement chercherait spécialement de bonnes relations avec la Russie et la Chine. Le nouveau ministre de la Défense serbe, Alexandre Vulin, est très mal vu par Washington, entre autres pour son orientation pro-russe reconnue. Aleksandar Vučić a rencontré Vladimir Poutine une semaine avant son élection comme président et a réaffirmé les relations étroites entre la Russie et la Serbie.

Le 5 juillet, le gouvernement hongrois a également signé un accord pour recevoir du gaz par le Turkish Stream. Plus tôt cette année, le président russe est allé à Budapest où il a discuté avec le Premier ministre Orbán de la participation hongroise au Turkish Stream ainsi que de la construction, par la Russie, de centrales nucléaires en Hongrie.

Au Congrès mondial sur le pétrole, qui s’est tenu du 9 au 11 juillet à Istanbul, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a précisé que la Turquie devait devenir un couloir énergétique entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. Bref, tous les éléments d’un nouveau réalignement majeur entre les États des Balkans, la Russie et la Turquie sont bien visibles.

Le Turkish Stream

En décembre 2014, après que la Commission européenne de Bruxelles, appuyée par Washington, a fait pression sur le gouvernement bulgare pour annuler l’accord visant à accueillir le gaz de Gazprom devant être amené par le gazoduc South Stream au port bulgare de Burgas, le président russe Poutine a annoncé que le South Stream était mort. La Russie a alors entamé des négociations avec la Turquie pour une alternative qui serait appelée Turkish Stream.

Pour éviter les lois punitives de l’UE, le gazoduc turc de Gazprom passant par la Turquie s’arrêtera à la frontière turco-bulgare, le deuxième devant se terminer à Lüleburgaz dans la région de Marmara en Turquie, près de la frontière turque avec la Grèce. De là, il appartiendrait aux pays acheteurs de construire leurs propres gazoduc et de les relier au Turkish Stream. La loi de l’UE ne fait qu’interdire à Gazprom de construire et d’exploiter ses propres gazoducs à l’intérieur de l’UE.

Un basculement

Ces derniers mois, les politiques européennes de Bruxelles devenant de plus en plus contraignantes, les pays d’Europe de l’Est, en particulier la Hongrie, la République tchèque et la Bulgarie, se tournent vers l’est, vers l’Eurasie, et surtout la Russie et la Chine pour leurs investissements croissants en infrastructure dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie et autres réseaux d’infrastructures eurasiatiques .

En février 2017, lors d’une visite du président russe Poutine à Budapest, la Hongrie a signé un contrat de 17 milliards de dollars avec le Groupe Rosatom, la société en énergie nucléaire russe pour la construction de deux réacteurs dans la centrale nucléaire de Paks, la seule centrale nucléaire du pays. La Russie a également une participation de 51% dans une entreprise de projet tchèque, Nuclear Power Alliance, avec Czech Skoda JS qui proposera des plans de construction pour plusieurs centrales nucléaires tchèques. Le dernier plan énergétique national tchèque considère l’électricité nucléaire comme un moyen sûr de respecter les objectifs de réduction des émissions de CO2 de l’UE, tout comme la Hongrie.

Le gouvernement turc a également choisi la société russe Rosatom pour construire sa première centrale nucléaire, à Akkuyu, quatre réacteurs qui seront situés près de la Méditerranée, dans le sud de la Turquie, face à Chypre. La première unité, qui coûte 20 milliards de dollars, est en cours de construction par un consortium russo-turc, avec le groupe turc de construction Cengiz-Kalyon-Kolin (CKK). Il sera opérationnel en 2023.

Aujourd’hui, alors que les États-Unis et la majeure partie de l’Europe occidentale ont gelé les investissements dans la technologie nucléaire et ont perdu leur main-d’œuvre qualifiée, la Russie apparaît comme le leader mondial de l’exportation de technologies nucléaires avec plus de 60% du marché mondial.

Areva, compagnie française et plus grand producteur de centrales nucléaires d’Europe, n’a pas gagné de contrat à l’étranger depuis 2007. Aux États-Unis, Westinghouse, le plus important fournisseur de centrales nucléaires américaines, a connu des moments inquiétants, pour le dire gentiment. L’activité nucléaire du groupe de Pittsburgh a été vendue et appartient aujourd’hui au groupe japonais Toshiba. Le groupe nucléaire de Westinghouse, qui a récemment été choisi pour fournir quatre nouvelles usines américaines domestiques − leur premier contrat depuis trente ans − est en proie à des dépassements de coûts et des poursuites judiciaires, et Westinghouse Electric a été contraint de déclarer faillite. En revanche, la Russie a signé des contrats pour construire 34 réacteurs dans 13 pays, pour une valeur totale estimée à 300 milliards de dollars.

L’importance de ces offres en gaz naturel et en électricité nucléaire par la Russie à la Hongrie, la République tchèque, la Serbie, la Bulgarie et la Turquie horrifie Washington et signe le basculement d’une région désenchantée face à l’UE de Bruxelles, politiquement en faillite, et d’une Allemagne qui a perdu les pédales.

Le fait marquant, dans ce contexte, est la récente confirmation par le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, de l’achat de plusieurs unités de systèmes avancés de défense anti-aérienne russe, des S-400, malgré les efforts acharnés de l’Administration Trump et de l’OTAN pour l’en empêcher. Le S-400 est considéré par les experts militaires comme le meilleur système de missiles de défense aérienne à longue portée, bien meilleur que le système américain Patriot que Washington voulait faire acheter à la Turquie.

Le fait que plusieurs nations des Balkans soient en train de nettement améliorer leurs relations économiques avec la Russie et la Turquie souligne la réalité d’une désunion européenne plutôt que de son union promise. La stupide décision de la Commission européenne de trainer la Hongrie, la République tchèque et la Pologne devant un tribunal de l’UE pour avoir rejeté les quotas obligatoires de réfugiés que Bruxelles veut imposer a également élargi le fossé entre l’est et l’ouest de l’UE.

Une structure politique élitiste telle que l’est l’UE d’aujourd’hui, ses institutions antidémocratiques comme la Commission européenne et un Parlement européen qui empiète sur les droits souverains fondamentaux, comme peuvent l’être des relations interpersonnelles sadomasochistes, sont intrinsèquement invivables. Comme le montre le dernier quart de siècle avec Washington en tant que superpuissance unique, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, la politique du plus fort n’est pas un modèle viable pour des relations internationales saines et pacifiques. Les aboiements hystériques de celui qui se pense le plus fort nous le montre bien.

William Engdah

http://lesakerfrancophone.fr/la-turquie-la-russie-et-linteressante-nouvelle-geopolitique-dans-les-balkans

 

Folie de Russie

Folie de Russie


Par James Howard Kunstler – Le 4 août 2017 – Source kunstler.com
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L’hystérie au sujet de la Russie est devenue une psychose nationale totale à un moment de l’histoire où un éventail complet de problèmes représente une menace réelle pour le bien-être de l’Amérique. La plupart d’entre eux ont à voir avec l’image d’un cygne symbolisant le pays, plongeant vers la faillite, mais les affronter honnêtement forcerait à des choix inconfortables pour les initiés et les lâches du Congrès. Pendant ce temps, le département du Trésor brûle ses réserves de trésorerie qui diminuent, et toutes les activités gouvernementales feront face à un blocage à la fin de l’été, à moins que le Congrès ne vote pour augmenter le plafond de la dette – ce qui pourrait être beaucoup plus difficile que de passer la loi stupide sur les sanctions contre la Russie.

Ce projet de loi, vaillamment appelé The Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act, ne fera qu’exploser au visage de l’Amérique. Le commerce réel de ce pays avec la Russie est négligeable, mais le projet de loi vise à interrompre et à punir le commerce des Européens, en se concentrant sur le pétrole et le gaz naturel dont ils ont désespérément besoin. Principalement, le projet de loi américain vise à interrompre un gazoduc sous la mer Baltique qui contournerait plusieurs pays baltes actuellement utilisés par l’Amérique – sous la bannière de l’OTAN – comme lieux de rassemblement pour des jeux de guerre inutiles et provocants sur les frontières russes.

L’Allemagne ne va pas rester sans rien faire, et qu’on l’aime ou pas, c’est la paille qui remue la boisson européenne. Les sanctions prévoient d’isoler la Russie, mais l’effet sera seulement d’isoler les États-Unis. L’Europe se moquera de la mesure qui influe sur leurs prérogatives souveraines pour commercer comme bon lui semble. Et la Russie peut se retourner et vendre tout le gaz naturel qu’elle souhaite à ses clients en Asie. Le rôle caché de l’industrie américaine du gaz est laissé dans l’ombre par ses crétins de médias américains. Cette industrie pousse les sanctions afin qu’elle puisse vendre du gaz liquéfié à l’étranger – ce qui aura pour conséquence d’augmenter le prix du gaz pour les clients américains qui doivent chauffer leurs maisons.

Cette loi stupide prétend être un levier pour améliorer les relations entre les États-Unis et la Russie, mais elle est en fait conçue pour rendre les relations bien pires. Dans l’intervalle, la matrice du Deep State militaire et des services de renseignement des États-Unis génère de nouvelles crises et confrontations sans aucune raison dans l’absolu. Il s’agit par exemple de fourguer des armes à l’Ukraine afin de pouvoir intensifier les conflits dans la région orientale, le Donbass, en bordure de la Russie. Le projet de loi sur les sanctions rendra également impossible aux États-Unis et à la Russie de coordonner la fin du conflit en Syrie. Quoi qu’il en soit, les stratèges de l’État profond des départements d’État, de la Défense et des service de renseignement sont tacitement déterminés à créer un autre État défaillant en y assurant un chaos continu.

Une autre conséquence intéressante imprévue du projet de loi sur les sanctions est que cela ne fera qu’intensifier les efforts de la Russie, déjà bien avancés, pour produire elle-même de nombreux biens qu’elle importe actuellement. Le remplacement des importations, comme on appelle ce processus, est en fait la même dynamique qui a conduit à la montée des États-Unis comme grande puissance industrielle au XIXe siècle, de sorte que le projet de loi ne sert qu’à inciter la Russie à diversifier et renforcer son économie.

Alors, qu’est-ce que M. Trump pensait exactement quand il a signé le projet de loi sur les sanctions russes « profondément imparfait » (ses mots), vomi comme une boule de poils par le Congrès ? C’est une loi ridicule quel que soit l’angle. Cela limite les prérogatives établies par le président pour négocier avec des nations étrangères (probablement inconstitutionnellement) et cela ne va seulement provoquer que des conflits économiques (au minimum) contre les États-Unis qui peuvent facilement déboucher sur le bouleversement des relations commerciales mondiales. Certains observateurs disent qu’il a dû le signer parce que le vote du Congrès était tellement écrasant (419 à 3) qu’un veto de Trump aurait été balayé. Mais le veto aurait eu, du moins, une valeur symbolique dans l’esprit jacksonien que Trump a prétendu vouloir imiter au début de son mandat. Peut-être voit-il la fin du jeu mené par l’État profond et qu’il est fatigué de résister.

Sur le front intérieur, la paranoïa anti-Russie est au centre de l’enquête approfondie de Robert Mueller sur Trump et ses associés politiques alors qu’il appelle un grand jury fédéral pour entendre des témoignages – ce qui implique qu’il est prêt. Cela ouvre toutes sortes de possibilités pour poursuivre tous les méfaits, comme par exemple, chaque opération commerciale faite par Trump comme citoyen privé avant de se précipiter pour devenir le président, et forcer les intimes de Trump à négocier une immunité en échange de témoignages, réels ou préparés, pour permettre la réalisation de l’objectif ultime de l’establishment, virer Trump.

L’histoire de « l’ingérence russe dans notre élection » n’a pas produit de preuve crédible après une année complète – et parler aux diplomates étrangers n’est pas un crime – mais l’histoire de l’ingérence de la Russie se déroule parfaitement bien et peut accomplir son objectif sans avoir de preuves. Le seul fait de répéter « ingérence russe » cinq mille fois sur CNN a certainement incité de nombreux citoyens mal informés à croire que la Russie a changé les chiffres dans les machines de vote américaines bien que, en fait, les machines à voter ne soient pas connectées à Internet.

Tout ce comportement politique psychotique prépare la montée d’un nouveau parti, ou plus, composé d’hommes et de femmes qui n’ont pas perdu leur esprit. Je suis sûr qu’ils sont là-bas. Beaucoup de traces sur Internet témoignent de l’existence d’une conscience politique supérieure et meilleure dans ce pays. Elle n’a tout simplement pas trouvé le moyen de se cristalliser. Pas encore.

James Howard Kunstler

 

http://lesakerfrancophone.fr/folie-de-russie

 

La Banque mondiale va financer la lutte contre la pollution des terres agricoles de la Chine

La Banque mondiale va financer la lutte contre la pollution des terres agricoles de la Chine

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xiao Jiuyang, le 23/08/2017 16:20

La Banque mondiale prêtera 100 millions de dollars à un programme pour réduire la pollution aux métaux lourds dans la plus grande province productrice de riz de la Chine.

« Il s’agit du premier programme de ce type soutenu par la Banque mondiale en Chine, et il sera innovant dans la lutte contre la pollution aux métaux lourds dans les terres agricoles », a déclaré Cao Wendao, économiste agricole supérieur de la banque.

Le programme couvrira environ 8.000 hectares de terres arables dans la province chinoise du Hunan (centre) et développera une base de données de surveillance et des outils de gestion des risques.

Le prêt couvrira la plus grande partie du budget de 112 millions de dollars nécessaire, et le reste sera fourni par le gouvernement provincial du Hunan et les districts où le programme se déroulera de 2017 à 2023.

Le programme comprendra également des études sur le financement durable, qui seront communiquées à d’autres parties de la Chine.

La province du Hunan produit un dixième de la production du riz du pays, mais possède aussi de nombreux industries polluantes. Les terres agricoles ont été polluées il y a longtemps par les déchets industriels et les résidus miniers.

 

https://chine.in/actualite/cn/banque-mondiale-financer-lutte-contre_101521.htm

[Analyse] Pourquoi Macron va en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie

[Analyse] Pourquoi Macron va en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie

  • En trois jours, Emmanuel Macron va rencontrer les dirigeants de cinq pays d’Europe centrale et orientale, pour sa première grande tournée européenne
    En trois jours, Emmanuel Macron va rencontrer les dirigeants de cinq pays d’Europe centrale et orientale, pour sa première grande tournée européenne | AFP

Laurent Marchand.

Le président de la République, Emmanuel Macron, lance mercredi 23 août en Autriche une mini-tournée en Europe centrale et orientale. Occasion pour lui de plaider pour un durcissement de la directive sur les travailleurs détachés.

Mercredi à Salzbourg, jeudi à Bucarest, vendredi à Varna, sur les rives de la Mer Noire. En trois jours, Emmanuel Macron va rencontrer les dirigeants de cinq pays d’Europe centrale et orientale, pour sa première grande tournée européenne. Certes, le Président a déclaré vouloir rendre visite à tous les Etats de l’Union d’ici le début de l’année 2018. Mais au-delà de cette intention, la visite qu’il entame aujourd’hui revêt une importance particulière à trois niveaux.

Les travailleurs détachés, enjeu sensible

Le premier sujet, c’est le fameux statut des travailleurs détachés qui sillonnent l’Europe en raison d’une directive adoptée en 1996. L’urgence est dictée par le calendrier. Normalement, un accord aurait dû intervenir en juin, au Conseil européen. Mais, à peine élu, l’administration Macron a bloqué cet accord et a cru bon de renvoyer le consensus à plus tard en avançant de nouvelles exigences ressenties à l’Elysée comme fondamentales.

Le dossier des travailleurs détachés « est quelque chose qui peut véritablement empoisonner l’idée européenne », estime-t-on dans l’entourage du Président, où l’on insiste sur « l’Europe protection » que défend le nouveau président. Sans un accord qui protège les entreprises françaises du dumping social pratiqué par des entreprises venues de l’Est avec des salariés à bas coût, c’est l’une des promesses de campagne qui s’effondre. Et un viatique pour le retour en force des thèses eurosceptiques.

De quoi s’agit-il ?

La directive de 1996 doit être révisée, et la Commission européenne a proposé, l’an passé, un texte avançant des propositions sur tous les sujets qui fâchent : la durée des missions, la rémunération des travailleurs détachés, la nature des conventions collectives. Paris souhaite que la durée du travail détaché soit limitée à 12 mois, et non 24 mois comme le propose la Commission.

Elle souhaite aussi que le morcellement en périodes inférieures à trois mois soit également comptabilisé, alors qu’il passe actuellement sous le radar. Elle souhaite enfin que la collaboration en matière de contrôle, entre pays d’origine et pays d’accueil des travailleurs détachés, soit effective.

Pourquoi le temps presse ?

La législation en matière de travail détaché relève du processus dit de la « codécision », c’est-à-dire d’une décision prise à la fois par le Conseil européen (les Etats) et par le Parlement européen. Le texte doit être voté en commission parlementaire le 28 septembre prochain, et en session plénière le 24 octobre, soit trois jours après le prochain Conseil européen. Actuellement, c’est l’Estonie qui assure la présidence du Conseil. Elle est plutôt favorable aux thèses françaises. En janvier, c’est la Bulgarie qui prendra la relève.

Or, à Sofia comme à Varsovie ou à Bucarest, les exigences françaises sont ressenties comme dommageables pour les entreprises et les emplois de ces pays. En allant parler directement aux dirigeants autrichiens, slovaques et tchèques (qu’il rencontre aujourd’hui à Salzbourg), roumains et bulgares, Emmanuel Macron veut accélérer la négociation. Obtenir une promesse d’accord afin de rendre possible un vote en Octobre.

Les autres thèmes du voyage

Immigration, défense, relance du projet européen. Durant ses rencontres, le président Macron va également évoquer les grands thèmes du moment. L’agenda, là aussi, exige un certain dynamisme. Alors que l’Allemagne est en campagne électorale (Angela Merkel devrait selon tous les sondages être réélues le 24 septembre prochain), la France se veut active dans une partie de l’Europe souvent délaissée par les prédécesseurs d’Emmanuel Macron.

Mercredi 23 août, Emmanuel Macron se rendra d'abord à Salzbourg en Autriche où il rencontrera le chancelier autrichien, mais aussi les Premiers ministres tchèque et slovaque.
Mercredi 23 août, Emmanuel Macron se rendra d’abord à Salzbourg en Autriche où il rencontrera le chancelier autrichien, mais aussi les Premiers ministres tchèque et slovaque. | Visactu

Aucun président français ne s’est rendu en Bulgarie depuis dix ans. C’est pourtant l’un des membres de l’UE. Avec la Roumanie, les liens culturels et économiques sont anciens et ne demandent qu’à connaître un nouvel élan. Avec l’Autriche (alignée sur Paris sur la question des travailleurs détachés et de l’immigration) idem.

Austerlitz ou Visegrad ?

L’étape salzbourgeoise du voyage a également un autre objectif. Rompre la logique anti-européenne qui anime le groupe de Visegrad (qui réunit la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie). En rencontrant aujourd’hui les Premiers ministres tchèque et slovaque (qui forment avec Vienne le groupe dit d’Austerlitz), Emmanuel Macron envoie un message à Varsovie et  à Budapest. La dérive anti-libérale en cours dans ces deux pays n’est pas une fatalité.

La preuve, le premier ministre slovaque vient de déclarer très clairement qu’entre Bruxelles et Visegrad il choisissait l’Europe. Une occasion à saisir pour éviter que ne se constitue un bloc, un sous-ensemble d’Europe centrale. A l’heure où Paris et Berlin veulent mettre à l’agenda un renforcement de l’Europe de la défense, du marché unique et de la zone euro, le voyage de Macron se veut un acte diplomatique de cohésion. L’état de grâce antipopuliste, déclenché par sa victoire à la présidentielle, exige un changement de rythme rapide

 

http://www.ouest-france.fr/europe/ue/analyse-pourquoi-macron-va-en-autriche-en-roumanie-et-en-bulgarie-5200244?ut

L’Europe face aux sanctions américaines Par Xavier Moreau

2 commentaires

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  • Nord
    Chaque état la composant jouera ses intérêts particuliers, comme d’habitude, et l’UE ne pourra donc adopter aucune position qui défende vraiment les intérêts de la soi-disant union. Vaste blague que ce « machin »…
    Nord il y a 4 jours
  • Morbihan
    Excellente analyse.  Comme d’hab.
    Morbihan il y a 4 jours
  • http://www.stratpol.com/sanctions

Les tensions géopolitiques sont conçues pour distraire le public du déclin économique


Par Brandon Smith – Le 3 août 2017 – Source alt-market.com


Suivre les développements géopolitiques et budgétaires de ces dernières années, c’est un peu comme regarder un accident de train au ralenti ; Vous savez exactement quelles seront les conséquences des événements, vous essayez de prévenir les gens autant que possible, mais, finalement, vous ne pouvez pas inverser la catastrophe. La catastrophe a déjà eu lieu dans toutes ses intentions et ses buts. Ce à quoi nous assistons est le résultat d’une conclusion prédéterminée.

C’est pourquoi chaque fois que quelqu’un me demande en tant qu’analyste économique et politique « quand l’effondrement se produira », je secoue la tête de perplexité. L’effondrement est ici et maintenant. C’est fait. C’est un fait historique. C’est seulement que peu de gens ont l’air de le voir, principalement parce qu’ils sont hyper concentrés sur toutes les mauvaises choses.

Depuis des siècles, les élites au pouvoir ont compris la valeur de la distraction géopolitique comme outil de contrôle des masses. Si vous examinez les motivations sous-jacentes derrière la majorité des guerres entre les nations indépendamment de l’époque, vous constaterez dans la plupart des cas que les courtiers en puissance des deux côtés ont tendance à être plutôt amicaux les uns avec les autres. En fait, les monarchies et les oligarchies sont historiquement notoirement connues pour la fabrication de tensions et de conflits diplomatiques afin de forcer les populations à être sous leur contrôle. C’est-à-dire que les guerres et d’autres conflits créés par l’homme donnent aux citoyens quelque chose sur quoi réagir, au lieu de chasser la cabale de l’establishment comme ils le devraient.

L’une des plus grandes illusions du progrès humain est la notion selon laquelle la plupart des conflits se produisent par hasard ; Qu’il y a deux côtés et que ces côtés se battent pour des différences idéologiques. En vérité, la plupart des conflits n’ont rien à voir avec les différences idéologiques entre les gouvernements et les oligarques financiers. L’objectif RÉEL de ces conflits est le peuple − ou, plus précisément, sa psychologie. Les conflits sont souvent conçus pour affecter un changement particulier dans l’esprit des masses ou pour les distraire d’autres dangers ou solutions.

Ces scénarios sont pris en compte au pied de la lettre par beaucoup car, malheureusement, la plupart des gens ont de courtes périodes d’attention. Si un observateur en 2007 devait être transporté 10 ans dans l’avenir, en 2017, il trouverait un monde pris dans un déclin dramatique et horrible. Le choc serait écrasant. Demandez à un observateur aujourd’hui ce qu’il pense de l’état du monde et il pourrait ne pas en être préoccupé. L’esprit humain s’adapte facilement aux crises au fil du temps. Nous sommes résilients de cette façon, mais aussi faibles, parce que nous oublions la façon dont les choses devraient être conçues pour faire face à ce qu’elles sont.

Nous semblons seulement prendre des mesures drastiques pour améliorer notre situation après que nous ayons déjà touché le fond. L’année 2017 a jusqu’à présent été l’hôte de certaines accélérations extrêmes de crise et d’effondrement, et le fond n’est plus trop loin.

Quatre points de déclenchement dans le monde me préoccupent grandement, non pas parce que je pense qu’ils entraîneront nécessairement une catastrophe supérieure à celle dans laquelle nous vivons déjà, mais parce qu’ils ont le potentiel de distraire efficacement le public des préoccupations plus sérieuses. Je parle évidemment des poudrières en Syrie, en Corée du Nord, avec la Chine contre l’Inde, ainsi qu’en Russie.

Tout d’abord, soyons clairs, la déstabilisation en cours de notre économie devrait être la principale préoccupation de toute personne sur la planète, en particulier à l’Ouest. Nous vivons dans la peau d’un système financier déjà mort, juste réanimé par le vaudou des stimuli de la banque centrale, mais seulement pour un temps limité. Le déclin économique est la plus grande menace pour la longévité culturelle et pour la liberté humaine. Même la guerre nucléaire ne pourrait pas tenir la bougie de la terreur d’une catastrophe financière, car au moins dans une guerre nucléaire, l’ardoise est effacée pour les élites de l’establishment autant que pour la population normale. Au moins, en cas de guerre nucléaire, les élites feront face à l’anarchie comme nous.

Dans une crise économique, l’establishment maintient un certain niveau de contrôle et donc son arsenal de jouets − y compris les grilles de surveillance biométrique, le soutien militaire permanent sous la forme de la loi martiale, ainsi que l’illusion chez les peuples que les choses « pourraient revenir à ce qu’elles étaient avant » avec suffisamment de temps et de patience.

Il n’y aura pas de guerre nucléaire. Peut-être un événement nucléaire limité, mais pas un échange mondial. Il n’y aura pas de moment d’apocalypse tel qu’il est couramment présenté dans les films hollywoodiens. Cependant, nous ALLONS assister à des conflits localisés comme moyen de détourner notre regard de l’économie elle-même.

Pour faire un rapide résumé de l’économie jusqu’à maintenant d’un point de vue américain, je dois tout d’abord rappeler aux lecteurs la désinformation constante qui est souvent utilisée par les institutions gouvernementales et les banques centrales afin de cacher les données négatives. Par exemple, les promoteurs de la thèse de l’amélioration économique citeront parfois la « baisse » supposée du nombre de personnes enregistrées pour obtenir les avantages des tickets alimentaires (SNAP – Food Stamp), passant d’un sommet de 47 millions en 2013 à 42 millions de bénéficiaires aujourd’hui. Pourtant, ils mentionnent rarement le fait qu’une grande partie de ce déclin est directement attribuée aux États qui appliquent maintenant des exigences de travail au lieu de simplement distribuer des cartes SNAP comme des perles de Mardi Gras.

Ils souhaitent également, pour une raison quelconque, citer la baisse du taux de chômage à 4,4% tout en ignorant le fait que 95 millions d’Américains en âge de travailler ne sont plus considérés comme sans emploi par le Bureau of Labor Statistics. Ils soutiennent que c’est une condition entièrement acceptable, même si cela n’a pas de précédent, car les « enquêtes à domicile » du BLS affirment que la plupart de ces personnes « ne veulent pas vraiment travailler ». Ces enquêtes totalement ambiguës laissent les données ouvertes à interprétation et le BLS ne s’en prive pas. Autrement dit, s’ils veulent étiqueter des millions de personnes comme « désintéressés » par l’emploi, ils le peuvent et le feront indépendamment du fait que cela soit vrai ou non.

Les fermetures de magasins de détail ont triplé jusqu’à présent cette année, avec 8 600 magasins en plus qui prévoient de fermer en 2017. Cela dépasse de loin le précédent record de 6,163 magasins en 2008 au début de la crise du crédit.

Cette implosion incroyable dans les entreprises hors internet est souvent attribuable à la hausse des ventes au détail sur Internet, ou à l’effet « Amazon ». C’est encore un autre mensonge. Les ventes totales de commerce électronique ne représentaient que 8,5% du total des ventes au détail aux États-Unis au premier trimestre de 2017 selon le Département du commerce. Cela signifie que les ventes au détail sur Internet sont loin d’être assez importantes pour expliquer la baisse considérable d’activité des ventes au détail standard. Ainsi, nous devons nous pencher sur la stagnation des dépenses de consommation pour expliquer la situation.

Les ventes d’automobiles continuent leur déclin constant en 2017, alors que le boom de courte durée est maintenant terminé et que les prêts de style ARM se retournent et que les nouveaux acheteurs deviennent rares.

Les taux de propriétaires des États-Unis se sont effondrés depuis 2007. Plus de ménages louent, plus qu’à tout autre moment au cours des 50 dernières années.

La dette des ménages américains a atteint des niveaux non observés depuis 2008, juste avant la crise du crédit.

Ceux qui pensent aux dépenses gouvernementales pour sauver le coup devraient probablement chercher ailleurs. Près de 75% de chaque dollar d’impôt est déjà consacré aux dépenses non productives de la part du gouvernement.

Je pourrais continuer et continuer − il est tout simplement indéniable que presque tous les secteurs de l’économie américaine se contractent régulièrement par rapport aux niveaux antérieurs de 2008. Cette instabilité dans les fondamentaux finira par peser sur les marchés boursiers, les marchés obligataires, les marchés des changes, etc. Ces derniers sont le dernier vestige de l’économie américaine qui donne toujours l’apparence d’une bonne santé.

Donc il arrivera un moment, probablement plus tôt que tard, lorsque le joueur de cornemuse devra être payé et que quelqu’un devra prendre le blâme pour cet échec financier. Les banques internationales et les banques centrales ne vont certainement pas faire du bénévolat pour cela même si elles sont les véritables auteurs de notre pourrissement financier incessant. Mais comment vont-elles éviter d’en prendre la responsabilité ?

D’abord, en préparant le terrain pour un autre bouc émissaire. Comme je vous ai prévenu des mois avant les élections de 2016, Donald Trump est l’objectif idéal pour une redirection du blâme pour un accident du marché. Il a même essayé avidement de prendre le crédit de la bulle actuelle du marché, ce qui rendra plus facile pour les banques de lui coller le blâme lorsque tout l’édifice s’effondrera.

Deuxièmement, en détournant l’attention publique de l’effondrement économique, en présentant une menace apparemment plus grave.

En Syrie, cela s’est transformé en conflit potentiel avec le gouvernement syrien, l’Iran et la Russie. L’establishment pourrait à tout moment initier une tentative de changement de régime. Pas nécessairement dans l’intention de virer Bashar al-Assad, mais avec l’intention de créer autant de chaos que nécessaire pour terrifier les citoyens inconscients. Alors que Donald Trump a récemment été crédité de l’intention de « mettre fin au programme de changement de régime » en Syrie en mettant fin à la formation et au financement par la CIA des « rebelles modérés », ce n’est pas équivalent à mettre fin au plan de virer al-Assad. ISIS a déménagé vers l’ouest en Europe, et maintenant, l’action directe contre al-Assad par les gouvernements occidentaux est plus probable. Le gouvernement turc a récemment divulgué les sites de multiples bases américaines en Syrie, ce qui indique que les troupes resteront sur le terrain et que ce pays fracturé continuera sur la même voie d’instabilité.

Le prochain scénario le plus probable pour cette distraction est la Corée du Nord. Avec le dernier test de missiles ICBM de la Corée du Nord, la menace perçue par les États-Unis est maintenant très forte. L’idée de la Corée du Nord frappant le cœur de l’Amérique avec une arme nucléaire est suffisante pour beaucoup de gens pour rationaliser des opérations de frappe [préventive …, NdT] des États-Unis. Cela dit, une invasion de la part des États-Unis n’a aucun sens. Toute frappe de la Corée du Nord serait signe d’un anéantissement nucléaire immédiat ; Ce qui signifie qu’une invasion au sol pour « prévenir » une attaque n’est pas nécessaire et pourrait provoquer une réponse nucléaire plutôt que la désamorcer. Bien sûr, il est probable que le but avec la Corée du Nord n’est pas d’empêcher un événement nucléaire, mais de catalyser à nouveau le chaos et la confusion alors que l’économie mondiale et, plus important encore, l’économie américaine s’enfonce un peu plus loin.

Le gouvernement américain vient d’émettre une interdiction de voyager en Corée du Nord à partir du 1er septembre. Ils ont demandé à tous les Américains en visite dans le pays de partir immédiatement.

Ensuite, les tensions russes atteignent un nouveau stade, alors que le Sénat des États-Unis a adopté de nouvelles sanctions basées uniquement sur un ouï-dire fabriqué, et que Donald Trump me prouve à nouveau une fois de plus avec sa signature sur ces mêmes sanctions, qualifiant la loi d’« imparfaite » qu’il coopère ouvertement avec le programme de l’establishment. Jusqu’à présent, la réaction russe a été d’expulser des centaines de diplomates américains et de prévenir que les sanctions constituent le début d’une « guerre commerciale ».

Mes lecteurs savent bien que, d’après les preuves, je considère le conflit Est-Ouest comme farfelu et théâtral, mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de conséquences réelles pour les « petites gens » pris sous le feu croisé de l’ingénierie. Je crois que cela va culminer non pas dans une guerre à balle réelle, mais dans une guerre économique. Alors que les financiers internationaux ont construit notre économie de bulle et bénéficieront de son échec, ce seront les nations de l’Est (et Trump) qui endosseront une grande partie de la responsabilité pour la destruction de ces bulles.

Enfin, un niveau inconfortable de discorde a été déclenché le mois passé entre l’Inde et la Chine, les deux puissances nucléaires, sur un conflit frontalier dans une vallée éloignée reliant l’Inde à son allié, le Bhoutan. Je pense que cela va entraîner une tension diplomatique, mais pas nécessairement une guerre ouverte. Malheureusement, le point de déclenchement est prêt à être exploité par les globalistes chaque fois qu’ils ont besoin d’une plus grande distraction. Et, bien sûr, une guerre entre deux des plus grandes économies du monde causerait des ravages absolus et constituerait un excellent détournement pour un choc financier déjà mis en branle par les banques internationales.

Je ne vois pas le timing de l’augmentation des tensions géopolitiques en 2017 comme une coïncidence. Il me semble que ces événements sont parfaitement organisés avec une distraction maximale car nous atteignons le sommet de ce qui sont peut-être les plus grandes bulles du marché actions et des obligations de l’histoire moderne. L’efficacité de ces diversions dépendra de la capacité des défenseurs de la liberté à garder nos dents analytiques enfoncées dans la jugulaire de l’élite de l’establishment, ainsi que notre capacité à rappeler au public que ces conspirateurs sont de vrais criminels derrière nos problèmes à l’échelle nationale et internationale. Plus l’extrême catastrophe sera géopolitique, plus les gens seront effrayés et plus nous serons forcés de faire notre travail. Connaissant le niveau de difficulté impliquant la prévention de la terreur et de la folie de la foule, ce n’est pas une lutte que j’attends avec impatience.

Brandon Smith

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-tensions-geopolitiques-sont-concues-pour-distraire-le-public-du-declin-economique

 

Vidéo] TV5MONDE : Nicolas Maduro, dictateur ou victime d’un complot ?

Entretien avec Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, spécialiste de l’Amérique Latine.

Depuis le mois d’avril Venezuela s’enfonce dans la crise. La communauté internationale a condamné d’une seule et même voix les agissements du président Nicolas Maduro. Plus de 100 personnes ont perdu la vie lors d’affrontements au Venezuela, ces quatre derniers mois. Le pays a-t-il rompu avec la démocratie, et le président Maduro est-il devenu un dictateur ? Maurice Lemoine nous livre son analyse de cette crise.

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie nullement que nous « soutenons » le Président Maduro. Par principe, nous ne « soutenons » aucun gouvernement nulle part sur la planète. Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu’il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits. Au final, notre vision est que le peuple vénézuelien puisse choisir librement et démocratiquement son avenir, sans ingérences extérieures, et nous condamnons toutes les atteintes aux Droits de l’Homme des deux camps…

10 réponses à [Vidéo] TV5MONDE : Nicolas Maduro, dictateur ou victime d’un complot ?

Pour lire les 10 réponses cliquez sur le lien !http://www.les-crises.fr/video-tv5monde-nicolas-maduro-dictateur-ou-victime-dun-complot/

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Revue de presse nationale et internationale.

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