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Au Royaume Uni, des procureurs admettent avoir détruit des e-mails d’importance majeure dans l’affaire Julian Assange

Source : The Guardian, Ewen MacAskill & Owen Bowcott, 10-11-2017

Correspondance supprimée entre le CPS (Crown Prosecution Service) et son service homologue en Suède sur le fondateur de Wikileaks après qu’un avocat a pris sa retraite.

Ewen MacAskill et Owen Bowcott

Vendredi 10 Nov 2017

Le Crown Prosecution Service (Service de poursuite judiciaire de la couronne), fait face à une situation embarrassante après avoir admis la destruction d’e-mails relatifs au fondateur de Wikileaks, Julian Assange qui s’est réfugié dans l’ambassade d’Équateur et se bat contre son extradition.

Des échanges d’e-mails entre le CPS et son service homologue suédois sur cette affaire notoire ont été détruits après que l’avocat du Royaume Uni est parti en retraite en 2014.

La destruction d’informations potentiellement sensibles et révélatrice intervient avant une audience au tribunal à Londres la semaine prochaine.

Ajoutant à l’intrigue, il est apparu que l’avocat de la CPS impliqué avait, de façon injustifiable, conseillé aux Suédois en 2010 ou 2011 de ne pas se rendre à Londres pour interroger Assange. Un entretien à ce moment-là aurait pu empêcher l’impasse prolongée à l’ambassade.

Le CPS, répondant aux questions du Guardian, a nié qu’il y avait des implications juridiques liées à la perte de données pour une affaire Assange si elle devait être portée devant les tribunaux à l’avenir. Lorsqu’on lui a demandé si le CPS avait une idée de ce qui avait été détruit, un porte-parole a répondu : « Nous n’avons aucun moyen de connaître le contenu des messages électroniques une fois qu’ils ont été supprimés. »

M. Assange, dont la plateforme WikiLeaks a été impliquée dans une série de fuites controversées, incluant les rapports de guerre en Irak, les câbles du département d’État américain et les e-mails du parti démocrate, a était recherché par la Suède dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des allégations de viol. La Suède a abandonné l’enquête en mai.

Les détracteurs d’Assange, qui a cherché refuge à l’ambassade de l’Équateur en 2012, l’accusent d’avoir collaboré avec les propagandistes russes pour saper la candidature de Hillary Clinton à la présidence et aider Donald Trump à y parvenir.

Les partisans d’Assange craignent qu’il ait pu être extradé aux États-Unis depuis la Suède et peut-être même du Royaume-Uni. Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, a déclaré que cette année, M. Assange était une priorité pour le ministère de la Justice et que les procureurs fédéraux américains envisagent d’inculper M. Assange pour les fuites.

La destruction des données du CPS a été divulguée dans le cadre d’une affaire concernant la liberté d’information (FOI) menée par le journaliste italien Stefania Maurizi.

Maurizi, une reporter de La Repubblica qui a couvert WikiLeaks depuis 2009, fait pression sur le CPS et son homologue suédois pour obtenir des informations concernant Assange et son extradition.

Insatisfaite du peu de matériel divulgué jusqu’à présent, elle porte sa cause contre la SCP devant un tribunal d’information lundi et mardi.

« Il est incroyable pour moi que ces documents sur un affaire en cours et très médiatisée aient été détruits. Je pense qu’ils ont quelque chose à cacher », a dit Maurizi.

Elle tient à établir quelle influence le Royaume-Uni a eu sur la décision des autorités suédoises à l’époque de ne pas se rendre à Londres pour interroger Assange. Elle cherche également des preuves de l’implication américaine dans les démarches d’extradition.

Il y a deux ans, par le biais d’une demande d’accès à l’information (FOI) adressée aux procureurs suédois, elle a découvert un e-mail d’un avocat de l’unité d’extradition du CPS, du 25 janvier 2011, qui disait : « Mon premier conseil demeure que, selon moi, il ne serait pas prudent pour les autorités suédoises de tenter d’interroger le prévenu au Royaume-Uni. »

La phrase a été supprimée dans l’e-mail obtenu par Maurizi de la part du CPS dans le cadre d’une requête de la FOI, mais pas quand il a été publié dans le cadre d’une requête de la part des procureurs suédois.

M. Assange a refusé de se rendre en Suède à l’époque, craignant que ce ne soit une ruse qui pourrait ouvrir la voie à son extradition vers les États-Unis. Ses avocats ont proposé un compromis dans lequel les enquêteurs suédois pourraient l’interroger en personne à Londres ou par vidéoconférence, mais les autorités suédoises n’ont pas accepté l’offre à l’époque.

Mohammed Cheema, directeur juridique de la CPS, qui s’occupe des requêtes d’accès à l’information du FOI, a déclaré, lors d’une longue déposition de témoins en août dernier, que le dossier d’Assange comprend principalement 55 classeurs, un document A4 et une sélection d’autres documents sur support papier.

Il a ajouté qu’il était très improbable que la CPS ait maintenu ensuite une correspondance électronique importante.

Mais seulement 11 jours avant l’audience, Cheema a envoyé une autre déclaration disant qu’une recherche dans les archives électroniques a révélé que des données associées à l’avocat qui avait été en contact avec les procureurs suédois « ont été supprimées lorsqu’il a pris sa retraite et ne peuvent être récupérées ». Il a pris sa retraite en mars 2014.

Jennifer Robinson, avocate au barreau de Doughty Street, et Estelle Dehon, spécialiste de la liberté d’information, représenteront Maurizi au tribunal.

Robinson, qui a également représenté Assange, a déclaré : « Les renseignements manquants soulèvent des inquiétudes au sujet de la politique de rétention des données du Crown Prosecution Service et des mécanismes internes mis en place pour examiner la conduite de cette affaire à la lumière du fait que le Royaume-Uni s’est trouvé avoir failli à ses obligations internationales. »

L’année dernière, un panel des Nations Unies a conclu que Assange était détenu arbitrairement par le Royaume-Uni et la Suède.

Robinson a déclaré : « Le CPS a divulgué des informations très limitées. Nous savons qu’il y en a plus. »

Elle a ajouté : « De sérieuses questions doivent être posées sur le rôle du CPS. Si les Suédois avaient interrogé Assange en 2010, on peut se demander si cette affaire se serait poursuivie aussi longtemps. »

Les Suédois ont interrogé de nombreuses autres personnes au Royaume-Uni par rapport à d’autres cas, a déclaré Robinson. « Nous avions proposé aux procureurs suédois le témoignage d’Assange depuis octobre 2010. Nous ne savions pas à l’époque que le CPS leur conseillait de ne pas accepter l’offre. »

Le porte-parole du CPS, en réponse à une question du Guardian qui demandait pourquoi des documents aussi importants avaient été détruits, a déclaré que le compte de messagerie avait été supprimé après départ en retraite conformément à la procédure standard.

Lorsqu’on lui a demandé si la politique du CPS stipulait que les documents relatifs aux affaires judiciaires en cours devaient être détruits, le porte-parole a répondu : « La personne à qui vous vous référez était un avocat de l’unité d’extradition du CPS qui discutait des questions relatives aux procédures d’extradition qui ont pris fin en 2012. L’affaire n’était donc pas en cours quand le compte e-mail a été supprimé. »

Il a ajouté : « La plupart des documents papiers d’une affaire et du matériel qui y sont lié sont gardés pendant trois ans suivant la conclusion de la procédure, ou pour la durée de la sentence du prévenu condamné plus trois mois. Dans certains cas, le matériel peut être gardé plus longtemps. »

Source : The Guardian, Ewen MacAskill & Owen Bowcott, 10-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

2 réponses à Au Royaume Uni, des procureurs admettent avoir détruit des e-mails d’importance majeure dans l’affaire Julian Assange

  1. rien Le 12 février 2018 à 07h16

    Afficher/Masquer

  2. caliban Le 12 février 2018 à 08h11

    Afficher/Masquer

    Cela pourrait-il se terminer en annulation des poursuites pour vice de forme ou quelque chose d’approchant ?

    Il faut une porte de sortie, la voie juridique serait la plus “propre” parce que sinon c’est l’arrestation d’Assange lorsqu’il sera conduit à l’hôpital pour raisons médicales.

    https://www.les-crises.fr/au-royaume-uni-des-procureurs-admettent-avoir-detruit-des-e-mails-dimportance-majeure-dans-laffaire-julian-assange/

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Géopolitique de l’énergie nucléaire et du risque terroriste

Géopolitique de l’énergie nucléaire et du risque terroriste

Par Manon LOUVET, Marie MOIGNARD, le 8 février 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Manon Louvet, étudiante au Magistère de Relations Internationales et Action à l’Etranger à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où elle suit une formation pluridisciplinaire. Marie Mognard étudiante en Master Relations Internationales et Action à l’Etranger à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le nucléaire, en tant qu’énergie alternative aux énergies fossiles, est un instrument de puissance puisqu’il permet une indépendance énergétique relative aux Etats qui font le choix d’investir dedans. Cet instrument de puissance représente pourtant un danger car il est susceptible d’être une cible de terrorisme. Comment la France et les pays européens font-ils face au risque de terrorisme nucléaire ? Ce texte est né d’un exposé réalisé dans le cours de Géographie politique de Pierre Verluise dans le cadre du MRIAE de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1).

« FAUT-il attendre qu’un acte de malveillance subvienne sur une centrale pour qu’EDF sorte enfin du déni dans lequel elle est engluée ? ». Suite à l’action de Greenpeace en octobre 2017, dont des membres ont pénétré dans l’enceinte de la centrale de Cattenom en Moselle et y ont fait éclater des feux d’artifice, Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire auprès de Greenpeace France, dénonce la protection insuffisante des centrales en France contre des actes de malveillance terroriste. La France est le deuxième Etat le plus nucléarisé au monde, possédant sur son territoire plus de la moitié des réacteurs en Europe, elle est donc concernée en premier lieu par la sécurité nucléaire.

La notion de sécurité nucléaire renvoie à la mise en place des dispositifs vis-à-vis de la malveillance, c’est-à-dire le vol de matières nucléaires ou le sabotage des installations, alors que celle de sûreté nucléaire concerne les dispositions assurant le fonctionnement normal d’une installation.

Les trois principales zones nucléarisées, c’est-à-dire avec la plus forte implantation de réacteurs ainsi que de déchets nucléaires, dans le monde sont les Etats-Unis, le Japon et l’Europe. Nous nous concentrerons sur l’Europe et tout particulièrement sur la France.

Comment la France et les pays européens font-ils face au risque de terrorisme nucléaire ?

Les risques de terrorisme nucléaire, bien réels, font l’objet de mesures de protection similaires mais non homogènes selon les Etats, et mobilisent différents types d’acteurs.

Géopolitique de l'énergie nucléaire et du risque terroriste
Carte des installations nucléaires en activité en France au 1er janvier 2017
Cette carte des installations nucléaires en activité en France au 1er janvier 2017 est extraite du site officiel ecologique-solidaire.gouv.fr/installations-nucleaires-en-france

Les différents types de risques de terrorisme nucléaire

A l’intérieur des installations

Tout d’abord, le risque le plus évident est celui de la pénétration dans l’installation nucléaire elle-même, possible, comme l’ont démontré les militants de Greenpeace. Ce groupe de militants a ainsi pu rester au sein de l’enceinte de la centrale de Cattenom, mais à l’extérieur du bâtiment-même, pendant 8 minutes avant l’arrivée des autorités.

Le risque d’attaque par drones est également de plus en plus probable. En effet, à l’automne 2014, de nombreux survols illégaux de drones ont eu lieu sur 13 des 19 centrales nucléaires françaises, mais aussi sur d’autres sites nucléaires. Les risques encourus dépendent de la technologie utilisée. Il existe de petits drones, avec une grande capacité de mouvement, que l’on peut se procurer facilement sur internet. S’ils sont agiles et pourraient donc pénétrer dans l’enceinte du site, ils n’ont en revanche qu’une faible capacité de charge et ne pourraient donc pas transporter du matériel foncièrement important ou dangereux. D’autres drones, relevant cette fois de matériel militaire, sont beaucoup plus puissants et pourraient ainsi faire plus de dégâts. Néanmoins, ils sont très facilement repérables sur les radars, moins agiles donc plus faciles à suivre et surtout plus difficiles à se procurer.

Une coupure d’électricité ou d’eau de longue durée représente également un danger très élevé pour une centrale. Le système le plus utilisé au monde est celui des réacteurs à eau pressurisée. L’eau permet de refroidir le combustible chauffé par la réaction de fission. La circulation d’eau est permise par le recours à des pompes et autres systèmes. Les systèmes électriques sont nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du refroidissement. . La perte totale des alimentations électriques empêche une bonne évacuation de la puissance résiduelle dans le coeur du réacteur, conduit à un échauffement du coeur, s’ensuivent des phénomènes qui peuvent conduire à la fusion du coeur, la formation d’hydrogène et à des risques de d’explosion et/oude rejets radioactifs dans l’atmosphère. C’est ce qui s’est par exemple passé lors de l’accident de la centrale de Fukushima en 2011, avec le tsunami dont la violence a arrêté tous les systèmes d’urgence prévus pour préserver le confinement et le refroidissement du réacteur de la centrale. Des groupes terroristes pourraient utiliser ces faiblesses afin de provoquer un accident nucléaire de grande ampleur.

Enfin, il y a le risque d’insider. Le profil des individus travaillant au sein des sites nucléarisés est contrôlé en amont, mais il est toujours possible que des groupes extrémistes aient un contact au sein de l’établissement qui puisse agir de manière nuisible ou transmettre des informations sensibles.

Toutes ces intrusions ou risques peuvent mener à des opérations de sabotage de la centrale, avec risque d’explosion et de rejet de matières radioactives dans l’air, mais aussi au vol de matières nucléaires qui permettrait la fabrication de bombes dites “sales”.

A l’extérieur des installations

En premier lieu, le risque de cyberattaque constitue un risque d’attaque depuis l’extérieur.

Lancer une attaque informatique pourrait permettre de perturber à distance les systèmes essentiels au bon fonctionnement et à la sûreté de la centrale, et serait donc susceptible de provoquer une réaction en chaîne menant à un accident nucléaire. Les exemples du virus Stuxnet en Iran en 2010, ou de la centrale à Gundremmingen en Allemagne en novembre 2016, montrent qu’une telle attaque est plausible et serait, utilisée par des terroristes, très dommageable.

En second lieu, les matières radioactives étant trouvables en dehors des centrales, elles sont aussi sujettes à une utilisation malveillante. En effet, des terroristes pourraient tenter de fabriquer une “bombe sale”, c’est à dire une arme explosive conventionnelle à laquelle on ajoute un matériel radioactif.

Ces matières sont utiles dans divers secteurs civils en dehors de la production d’énergie. On peut donc les trouver dans des laboratoires, dans des hôpitaux, les matières radioactives étant nécessaires à plusieurs technologies médicales dont la radiologie. Enfin, des terroristes pourraient tenter de les voler durant le transport des matières.

Les mesures de contre-terrorisme nucléaire dans différents pays

La prise de conscience du risque

A la fin des années 1950, la principale préoccupation mondiale concernant le nucléaire était le risque de prolifération de l’arme nucléaire. Le vol de matières nucléaires inquiétait, mais l’enrichissement de ces matières et le niveau de technologie nécessaires à la fabrication d’une telle arme limitait le risque sur les installations nucléaires. C’est à partir des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis que s’opère une prise de conscience des Etats. Ils réalisent que le risque de sabotage est réel, avec de graves dangers liés comme une explosion ou un rejet de radioactivité dans l’air, mais que le vol de matières nucléaires est également à craindre. Certes, celui-ci ne risquerait pas de mener à l’arme nucléaire, mais serait suffisant pour fabriquer une bombe sale. Des mesures ont donc été prises pour renforcer la sécurité des installations nucléaires.

La récente vague d’attentats, dont une grande partie a notamment visé l’Europe occidentale, s’ils n’ont pas déclenché une alarme particulière chez les différentes puissances étatiques, ont rendu le risque de terrorisme nucléaire plus proche qu’auparavant. La difficulté de la sécurité nucléaire repose particulièrement sur l’anticipation. En effet, lors de la phase de conception de nouvelles installations nucléaires ou la rénovation d’anciennes, les autorités et les exploitants prennent en compte les technologies actuelles et certaines avancées potentielles, mais ne peuvent pas déjouer l’inconnue du futur. Ainsi, il est nécessaire de reétudier périodiquement les mesures de protection des installations au regard de l’évolution de la menace et le cas échéant de renforcer les mesures.

Différentes mesures pour différents États

Pour se protéger contre les risques de terrorisme nucléaire, les Etats adoptent des logiques similaires. Les protections physique et informatique des installations nucléaires et autres sites utilisant des matières radioactives nécessitent l’établissement de multiples couches de protection, afin de pouvoir d’une part alerter sur l’intrusion et d’autre part ralentir celle-ci, pour éviter un maximum de dégâts.

S’agissant du transport de matières, les principales mesures de protection sont de garder une vigilance aiguë sur les autorisations accordées et les itinéraires empruntés, qui doivent être modifiés régulièrement afin d’éviter une embuscade potentielle de la part de terroristes.

La réponse à un acte malveillant est assurée par des PSPG (Pelotons Spécialisés de Protection de la Gendarmerie) spécialisés dans le contre-terrorisme nucléaire, formés par la Gendarmerie Nationale mais employés par EDF.

Néanmoins, la sécurité nucléaire connaît des sensibilités différentes selon les pays. D’abord, si quasiment tous les Etats mettent sous la protection régalienne l’anticipation et la gestion des crises, la France et le Royaume-Uni laissent aux opérateurs privés le soin d’assurer la protection des installations alors que l’Inde par exemple garde celles-ci sous sa responsabilité. Lorsque la protection est placée sous la responsabilité des opérateurs, l’Etat peut fixer une exigence de moyens ou une exigence de résultats. Cette dernière méthode offre la souplesse nécessaire pour adapter les moyens aux spécificités de l’installation nucléaire mais également pour adapter les mesures à l’état de la menace. Ainsi en France, c’est essentiellement cette deuxième option qui a été retenue par l’État au travers de la réglementation sur la protection des installations nucléaires. Lecontrôle de cette réglementation est confié au Département de la Sécurité Nucléaire qui appartient aux services du Haut fonctionnaire de défense et de sécurité du ministère chargé de l’énergie. En particulier, via ses inspecteurs de la sécurité des matières nucléaires il s’assurent par des inspections que les mesures de sécurité mises en place sur les installations permettent de faire face à la menace.

En France, en complément des moyens techniques de protection, la réponse à un acte malveillant est assurée par des PSPG (Pelotons Spécialisés de Protection de la Gendarmerie) spécialisés dans le contre-terrorisme nucléaire, formés par la Gendarmerie Nationale mais employés par EDF. Par ailleurs, les personnes accédant aux installations nucléaires subissent des enquêtes personnelles pour tenter d’empêcher le risque de l’insider.

La Belgique tente de contrer ce risque de l’insider grâce à une culture de la sécurité au sein des installations, notamment grâce à la méthode “Quatre yeux” qui impose de travailler en permanence à deux pour éviter les “accidents” volontaires grâce à une vigilance mutuelle.

Chaque pays ayant une culture qui lui est propre, les mesures de sécurité doivent être adaptées. Par exemple, au Japon, mettre en place un dispositif d’enquêtes individuelles pose des difficultés car les japonais ont très à cœur leur vie privée, ainsi le risque d’insider risquerait d’en être augmenté.

Les autres acteurs de la sécurité nucléaire

Les organisations et accords internationaux

Il existe quelques organisations internationales concernant le nucléaire. L’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique), rattachée aux Nations-Unies, permet d’échanger des bonnes pratiques, mais plus encore, de promouvoir le nucléaire dans les domaines utiles comme la médecine et l’agriculture. Au niveau européen, l’ENSRA (European Nuclear Security Regulators Association) permet à quinze pays membres , d’échanger des données sensibles de manière plus ouverte grâce aux relations privilégiées entre Etats européens.

La Convention sur la protection physique des matières et installations nucléaires de 1980 puis son amendement qui est entré en vigueur en 2016 contraignent les pays ratificateurs à protéger leurs installations et matières nucléaires et à coopérer en cas de vol. La France a ratifié cette convention en 1991 et son amendement en 2013 tout en en ayant pris en compte les principes dans sa réglementation dès 2011. .

Le moyen le plus effectif à l’international reste donc les accords bilatéraux, qui permettent le partage de bonnes pratiques entre Etats alliés.

En effet, le partage d’informations sur la sécurité nucléaire est un enjeu-clé des relations interétatiques, car il comporte le risque de fuite d’informations sensibles. La sécurité nationale est une prérogative purement régalienne, il faut donc veiller à ne pas partager des informations stratégiques ou des ressources avec d’autres qui pourraient se révéler malveillants et ainsi veiller à la protection de ses intérêts.

La société civile

La sécurité nucléaire est un sujet qui tient à cœur non seulement aux Etats, mais aussi aux citoyens qu’elle concerne directement. Ainsi la société civile devient partie-prenante du sujet, malgré les contradictions entre transparence démocratique et défense qui rendent la dénonciation des risques difficile. En France, des organisations comme Greenpeace et Sortir du Nucléaire prennent néanmoins le pari : le risque de terrorisme nucléaire renforce leur conviction et leur donne un argument supplémentaire pour une sortie du nucléaire. Cela reste à nuancer, car des données précises sur le sujet sont impossibles à trouver et communiquer, du fait de leur caractère hautement confidentiel.

Conclusion

Des publications terroristes de 2013 montrent clairement des volontés d’attaque sur les centrales nucléaires, la question actuelle relève donc plutôt du quand que du si. Différents dispositifs permettent de retarder, voire d’empêcher, une attaque sur un site où se trouvent des matières nucléaires ou radioactives, mais il existe un réel besoin de nouvelles mesures, adaptées à la technologie d’aujourd’hui et à celle de demain, là réside la principale difficulté. Autre complexité, celle de la collaboration des différents acteurs partagée. Entre partage de bonnes pratiques entre Etats utiles à l’amélioration globale de la sécurité nucléaire mais nécessairement restreint par le besoin de protéger les informations les plus sensibles, de garder une spécificité nationale stratégique nécessaire pour garantir sa sécurité. Autre sujet, les relations avec la société civile, inquiète pour sa sécurité, qui attend légitimement des informations de la part des autorités, mais à qui il n’est pas possible de tout dire pour ne pas fragiliser sa sécurité. .

Il faut cependant nuancer la situation, car les risques sont limités en fonction des technologies laissées aux mains des groupes terroristes. Certaines sont seulement à la disposition d’États, comme les drones militaires, et nécessitent un certain savoir-faire pour leur utilisation, qu’actuellement il est difficile pour des groupes extrémistes de se procurer.

Copyright Février 2018-Louvet-Moinard/Diploweb.com


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Bibliographie :

Sites web
AIEA, www.iaea.org (dernière consultation le 23/11/2017)

ENSRA, http://www.ensra.org/ (dernière consultation le 23/11/2017)

Connaissance des énergies (2016), “Comment sont répartis les réacteurs nucléaires dans l’Union européenne ?” ; URL :https://www.connaissancedesenergies.org/comment-sont-repartis-les-reacteurs-nucleaires-dans-l-union-europeenne-120910 (dernière consultation le 22/11/2017)

Greenpeace France (2017), “Action : Greenpeace France fait des étincelles à Cattenom pour dénoncer sa vulnérabilité” ; URL :https://www.greenpeace.fr/espace-presse/action-greenpeace-france-etincelles-a-cattenom-denoncer-vulnerabilite/ (dernière consultation le 22/11/2017)

Greenpeace France (2017), “résumé du rapport « La sécurité des réacteurs nucléaires et des piscines d’entreposage du combustible en France et en Belgique, et les mesures de renforcement associées »”, URL :https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2017/10/R%C3%A9sum%C3%A9-Rapport_FR.pdf?_ga=2.67846994.2127606443.1511361885-1359976473.1506525438 (dernière consultation le 22/11/2017)

Greenpeace France (2017), “Survols de centrales nucléaires : la saga continue” ; URL :https://www.greenpeace.fr/survols-de-centrales-nucleaires-saga-continue/ (dernière consultation le 22/11/2017)

Le Monde (2015), “Les risques de cyberattaques contre les centrales nucléaires se multiplient” ; URL :http://www.lemonde.fr/economie/arti…http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/06/les-risques-de-cyberattaques-contre-les-centrales-nucleaires-se-multiplient_4783340_3234.html#mCKszhGtRgtplH8V.99 (dernière consultation le 22/11/2017)

Le Parisien (2016), “Le “terrorisme nucléaire” menace bien réelle selon l’AIEA” ; URL : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/le-terrorisme-nucleaire-menace-bien-reelle-selon-l-aiea-25-03-2016-5660215.php (dernière consultation le 23/11/2017)

Le Point (2016), “Une centrale nucléaire allemande victime d’une cyberattaque” ; URL :http://www.lepoint.fr/societe/une-centrale-nucleaire-allemande-victime-d-une-cyberattaque-29-04-2016-2035939_23.php (dernière consultation le 22/11/2017)

Libération (2017), “Sécurité nucléaire : Greenpeace passe du rapport à l’action” ; URL :http://www.liberation.fr/france/2017/10/12/securite-nucleaire-greenpeace-passe-du-rapport-a-l-action_1602625 (consulté le 22/11/2017)

Nouvel Obs (2017), “Nos centrales nucléaires sont terriblement vulnérables : la preuve” ; URL :https://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20171012.OBS5876/nos-centrales-nucleaires-sont-terriblement-vulnerables-la-preuve.html (dernière consultation le 22/11/2017)

World Economic Forum (2014), “Why drones are a growing nuclear security issue” ; URL : https://www.weforum.org/agenda/2014/12/why-drones-are-a-growing-nuclear-security-issue/

IRSN : L’accident de Fukushima DAIICHI (11 mars 2011) : état des connaissances

Documents institutionnels

Assemblée Nationale (2014), Compte rendu de l’audition publique du 24 novembre 2014 sur “Les drones et la sécurité des installations nucléaires“, disponible sur http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/cr-oecst/14-15/c1415056.pdf

Gouvernement français (2005), “Amendement de la Convention sur la protection physique des matières nucléaires”, disponible sur http://www.francetnp.gouv.fr/IMG/pdf/amendement_2005.pdf

Ouvrage

Rajeswari Pillai Rajagopalan, Nuclear Security in India, ORF (Observer Research Foundation), 2015. Consultable sur http://www.orfonline.org/wp-content/uploads/2015/02/NUCLEAR_SECURITY_IN_INDIA.pdf

Lourdes : un 70e miracle officiellement reconnu

Lourdes : un 70e miracle officiellement reconnu

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Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais (Oise), a solennellement déclaré « le caractère prodigieux et miraculeux“ de la guérison d’une religieuse, Sœur Bernadette Moriau, “par l’intercession de la bienheureuse Marie, Notre-Dame de Lourdes“.

« Grande joie pour l’Eglise Catholique ! »  a lancé dimanche 11 février le diocèse de Beauvais sur son compte Twitter, le jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes.

Mgr Jacques Benoit-Gonnin, son évêque, a reconnu officiellement comme miracle la guérison en 2008 de Sœur Bernadette par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. Il s’agit du 70e miracle reconnu officiellement depuis les apparitions de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous en 1858. Cette annonce intervient d’ailleurs précisément le jour du 160e anniversaire de la première apparition de la Vierge, un 11 février.

Sœur Bernadette Moriau, née dans le Nord en 1939, est entrée à 19 ans au couvent dans une congrégation de franciscaines et est devenue infirmière en 1965. Dès 1966, à 27 ans, elle ressent des douleurs lombo-sciatiques et malgré quatre interventions chirurgicales ne peut plus exercer comme infirmière et marcher normalement.

Plus aucun traitement du jour au lendemain

En juillet 2008, alors qu’elle a 69 ans, elle participe au pèlerinage à Lourdes de son diocèse et reçoit le sacrement des malades. A son retour en Picardie, le 11 juillet 2008, « elle ressent une sensation inhabituelle de relâchement et de chaleur dans tout son corps » et « perçoit comme une voix intérieure qui lui demande d’enlever l’ensemble de ses appareils, corset et attelle », d’après le communiqué du diocèse. Sœur Moriau interrompt le jour même tous ses traitements.

Après une batterie d’examens, des expertises, plusieurs réunions collégiales et de nombreuses confrontations, le Bureau des constatations médicales de Lourdes a affirmé dès 2013 « le caractère imprévu, instantané, complet, durable et inexpliqué de la guérison. En novembre 2016 à Lourdes, lors de sa réunion annuelle, le CMIL (Comité médical international de Lourdes) confirme « la guérison inexpliquée, dans l’état actuel des connaissances scientifiques ».

Trump dévoile lundi un plan infrastructures de 1.500 milliards de dollars

Trump dévoile lundi un plan infrastructures de 1.500 milliards de dollars

Washington – L’administration Trump doit esquisser lundi les grandes lignes de son plan d’investissement de 1.500 milliards de dollars en faveur des infrastructures dont un grand nombre, en piteux état, a un besoin urgent d’être rénové.

Le budget du président Donald Trump, qui doit être publié lundi, inclura 200 milliards de dollars consacrés aux routes, autoroutes, ponts et autres infrastructures cruciales pour l’économie des Etats-Unis, selon des responsables de la Maison Blanche.

« Nous devrions dégager les 200 milliards de dollars en économisant dans d’autres domaines du budget fédéral », a expliqué l’un d’entre eux.

Les Etats et les investisseurs privés vont être sollicités pour contribuer aux 1.300 milliards restants.

L’administration Trump compte utiliser les 200 milliards comme effet de levier en fournissant des garanties d’emprunt, des prêts directs et autres mesures incitatives dans le cadre de programmes tels que le TIFIA pour les infrastructures de transport (Transportation Infrastructure Finance and Innovation).

« Dix milliards dans TIFIA pourraient lever jusqu’à 400 milliards de dollars en raison de la manière dont TIFIA fonctionne », a assuré un responsable.

Lors de son discours sur l’état de l’Union fin janvier, M. Trump a demandé au Congrès d’appuyer un plan d’investissement d’au moins 1.500 milliards de dollars pour développer les infrastructures aux Etats-Unis sans donner de détails sur la manière de le concrétiser.

Construites pour la plupart entre les années 1950 et 1970, les autoroutes, routes, ponts, voies ferrées, aéroports et autres infrastructures sont en très mauvais état, « en décrépitude » aux dires même du président américain, faute d’avoir été entretenus et modernisés au fil du temps.

La Maison Blanche doit annoncer lundi la simplification des procédures de permis de construire pour les réduire à deux ans alors qu’elles peuvent en prendre aujourd’hui jusqu’à dix.

« Les infrastructures sont de toute évidence une composante essentielle du fonctionnement de notre économie, le succès américain est pour une grande part le résultat d’infrastructures de qualité que nous avions historiquement », a commenté un responsable de la Maison Blanche.

« Nous sous-investissons dans nos infrastructures et nous avons des procédures qui prennent tellement de temps que même lorsque nous avons les fonds nécessaires, cela peut prendre une décennie pour construire une infrastructure essentielle », a-t-il ajouté.

L’administration Trump souligne que la totalité des infrastructures ont besoin d’une autorisation du gouvernement fédéral bien que ce dernier joue un rôle mineur dans leur financement. Environ 14% des coûts d’infrastructures sont à la charge de l’Etat fédéral, les 86% restants sont répartis entre Etats et gouvernements locaux d’une part et secteur privé d’autre part, ont détaillé les responsables de la Maison Blanche

Le Congrès doit désormais discuter de la proposition. Dans cette perspective, M. Trump doit accueillir les parlementaires des deux partis mercredi.

Il devrait être largement questionné sur ce que l’administration pourrait effectivement financer et comment. La question de nouvelles infrastructures répondant aux problématiques climatiques devrait aussi être évoquée.

En attendant, les experts s’interrogent sur les sources de financement des 200 milliards dans le budget fédéral alors que le déficit public risque déjà d’être creusé par la baisse des impôts entérinée fin 2017.

L’administration Trump parie sur un principe de réalité pour convaincre Etats, gouvernements locaux, entreprises privées et même usagers de mettre la main au pot: le vieillissement des infrastructures coûte cher à l’économie américaine.

Les embouteillages, qui pèsent notamment sur le secteur des transports routiers, coûtent chaque année plus de 120 milliards de dollars, selon Henry Petroski de l’université Duke.

(©AFP / 11 février 2018 22h01)

https://www.romandie.com/news/Trump-devoile-lundi-un-plan-infrastructures-de-1-500-milliards-de-dollars_RP/889466.rom

La RPDC et la Corée du Sud promettent de maintenir le dynamisme du rapprochement intercoréen (KCNA)

La RPDC et la Corée du Sud promettent de maintenir le dynamisme du rapprochement intercoréen (KCNA)

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 11/02/2018 16:59

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la Corée du Sud ont promis de maintenir le dynamisme du rapprochement intercoréen, a rapporté dimanche l’agence de presse officielle KCNA.

Cet engagement a été pris lors d’une rencontre samedi entre le président sud-coréen Moon Jae-in et la délégation de haut niveau de la RPDC venue à la cérémonie d’ouverture des 23e Jeux olympiques d’hiver, a-t-elle ajouté, en précisant que ce dialogue qui s’est tenu au palais présidentiel à Séoul s’est déroulé dans un atmosphère « sincère et cordiale ».

M. Moon a exprimé son appréciation envers le dirigeant suprême de la RPDC, Kim Jong Un, pour avoir « pris une mesure spéciale » en envoyant cette délégation de haut niveau munie d’une lettre personnelle et ses salutations orales, a ajouté KCNA. L’agence n’a pas donné de détails sur le contenu de la lettre, qui pourrait inclure une proposition d’organiser un sommet intercoréen à Pyongyang dans un avenir proche.

M. Moon a dit qu’il ferait davantage d’efforts, pas à pas, pour que les deux parties puissent coopérer étroitement au nom de la prospérité commune, selon KCNA.

Kim Yong Nam, président de l’Assemblée populaire suprême et chef de la délégation, a exprimé sa confiance qu’avec courage et fermeté, les deux parties pourront surmonter des « difficultés inimaginables » en vue de parvenir à la réunification, a indiqué l’agence officielle.

Kim Yo Jong, soeur cadette de Kim Jong Un et 1ère vice-présidente du Comité central du Parti des travailleurs de Corée (PTC, au pouvoir), figure également dans la délégation.

https://chine.in/actualite/asie/rpdc-coree-sud-promettent_18105.html

 

L’Italie dans le plan nucléaire du Pentagone

L’Italie dans le plan nucléaire du Pentagone

Le Pentagone a laissé —ou fait— fuiter le brouillon du Nuclear Posture Review 2018. Il s’agit d’un plaidoyer pour renforcer le programme atomique en décrivant des menaces exagérées ou carrément imaginaires.

| Rome (Italie)

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Le Nuclear Posture Review 2018, le rapport du Pentagone sur la stratégie nucléaire des États-Unis, est actuellement en phase de révision à la Maison-Blanche. Dans l’attente que soit publiée la version définitive approuvée par le président Trump, a filtré (plus exactement le Pentagone a fait filtrer) l’ébauche du document de 64 pages [Document téléchargeable ici.].

Il décrit un monde dans lequel les États-Unis ont devant eux « une gamme sans précédents de menaces », provenant d’États et de sujets non-étatiques. Tandis que les USA ont continué à réduire leurs forces nucléaires —soutient le Pentagone— la Russie et la Chine fondent leurs stratégies sur des forces nucléaires dotées de nouvelles capacités et prennent « une attitude de plus en plus agressive y compris dans l’espace externe et dans le cyber-espace ». La Corée du Nord continue de façon illicite à se doter d’armes nucléaires. L’Iran, bien qu’il ait accepté le plan qui lui interdit de développer un programme nucléaire militaire, garde « la capacité technologique de construire une arme nucléaire en l’espace d’une année ».

Falsifiant une série de données, le Pentagone essaie de démontrer que les forces nucléaires des États-Unis sont en grande partie obsolètes et nécessitent une radicale restructuration. Il ne dit pas que les USA ont déjà lancé, en 2014 avec l’administration Obama, le plus grand programme de réarmement nucléaire depuis la fin de la Guerre froide pour un coût de plus de 1 000 milliards de dollars. « Le programme de modernisation des forces nucléaires US —documente Hans Kristensen de la Fédération des scientifiques américains (FAS)— a déjà permis de réaliser de nouvelles technologies révolutionnaires qui triplent la capacité destructrice des missiles balistiques états-uniens ».

Le but de la restructuration projetée est, en réalité, d’acquérir « des capacités nucléaires flexibles », en développant des « armes nucléaires de faible puissance » utilisables même dans des conflits régionaux ou pour répondre à une attaque (vraie ou présumée) de hackers contre des systèmes informatiques.

La principale arme de ce type est la bombe nucléaire B61-12 qui, confirme le rapport, « sera disponible en 2020 ». Les B61-12, qui remplaceront les actuelles B-61 basées par les USA en Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Turquie, représentent —d’après le Pentagone— « un signal clair de dissuasion pour toute puissance adverse, que les États-Unis possèdent la capacité de répondre à l’escalade depuis des bases avancées ».

Comme documente la Fédération des scientifiques américains, la bombe que le Pentagone déploiera sur ses « bases avancées » en Italie et en Europe n’est pas seulement une version modernisée de la B61, mais une nouvelle arme avec une tête nucléaire à quatre options de puissance sélectionnables, un système de guidage qui permet de la larguer à distance de l’objectif, et la capacité de pénétrer dans le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement.

À partir de 2021 —spécifie le Pentagone— les B61-12 seront disponibles aussi pour les avions de chasse des alliés, parmi lesquels les Tornado italiens PA-200 du 6ème Stormo de Ghedi. Mais, pour les guider sur l’objectif et en exploiter les capacités anti-bunker, il faut des avions de chasse F-35A. « Les avions de chasse de nouvelle génération F-35A —souligne le rapport du Pentagone— maintiendront la force de dissuasion de l’Otan et notre capacité à déployer des armes nucléaires dans des positions avancées, si la sécurité le nécessite ».

Le Pentagone annonce donc son plan de déploiement des F-35A, armés de B61-12, adossés à la Russie. Évidemment pour la « sécurité » de l’Europe. Dans le rapport du Pentagone, que le sénateur démocrate Edward Markey définit comme une « feuille de route pour la guerre nucléaire », l’Italie se trouve donc au premier rang. Cela intéresse-t-il quelque candidat à nos élections politiques ?

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

Osons dire la vérité à l’Afrique

vendredi 2 février 2018

L’Afrique Réelle N°98 – Février 2018

Sommaire :

Actualité :

– Centrafrique : Vladimir Poutine va-t-il rebattre les cartes ?

– L’Afrique d’Obama : un égoïsme moralisateur. L’Afrique de Trump : une indifférence décomplexée.

Dossier :

– Touaregs : Une propension à la division qui interdit tout projet politique cohérent

– L’Afrique ou les Afriques ?

A travers la presse algérienne :

– L’Arabie Saoudite et les représentants salafistes algériens

Editorial de Bernard Lugan :

Osons dire la vérité à l’Afrique

Sept décennies après les indépendances, il est aujourd’hui devenu urgent et même vital de dire enfin à l’Afrique qu’elle est dans une impasse et qu’aucun « développement » n’y sera possible tant qu’y dominera ce discours de victimisation dont ses dirigeants ont tiré une rente qui ne sera pas éternelle.

Loin de « démarrer », l’Afrique sud saharienne revient peu à peu à l’économie de comptoir. Comme au XVIIIe siècle quand les dirigeants africains esclavagistes tiraient leur richesse du partenariat établi avec les négriers européens qui venaient leur acheter les captifs. Les comptoirs d’aujourd’hui sont pétroliers ou miniers et ils enrichissent une poignée d’Africains, cependant que l’immense majorité de la population tente de simplement survivre. Ce grand bond en arrière est illustré par un retour à la traite humaine à travers l’émigration vers l’Europe.

Comme je l’explique dans un livre (réédité en janvier 2018) qui vient de recevoir le prix « La Plume et l’Epée », l’Afrique ne sortira jamais de sa situation catastrophique tant que quatre principaux problèmes n’y auront pas été pris en compte :

1) Le premier est celui du suicide démographique car les naissances allant plus vite que le développement, chaque jour qui passe, l’Afrique s’appauvrit davantage.

2) Le second est celui des fondamentaux ethniques car, qu’on le veuille ou non, l’ethnie est le passage obligé de toute reconstruction africaine. Au milieu de la désagrégation généralisée, elle seule permettra de trouver le plus petit commun dénominateur sur lequel rassembler les hommes.
L’élargissement viendra ensuite à travers des contrats territoriaux de libre association, qu’il s’agisse de fédérations, de confédérations ou de tous autres modèles. La condition sine qua non de leur réussite sera cependant qu’ils ne reposent pas sur la représentation individualiste, sur la religion du « one man, one vote », laquelle débouche inéluctablement sur l’ethno-mathématique électorale.

3) Le troisième est la nécessité de l’abandon du paradigme économique. Je démontre ainsi dans mon livre  que les principales crises africaines sont structurelles et qu’elles ont une origine historique, politique et culturelle. Or, tant que leur analyse continuera d’être d’abord économique, elles n’auront aucune chance d’être traitées.

4) Il est enfin temps d’admettre qu’avant d’être « francophones » ou « anglophones », « chrétiens » ou « musulmans », les habitants de l’Afrique sont d’abord des Africains qui parlent des langues africaines et qui ont leurs croyances. Comme l’a dit Ahmadou Kourouma : « [L’Afrique] est habitée par des animistes, les uns teintés de christianisme, les autres d’islam. »

En définitive, les sociétés africaines n’étant nées ni avec la colonisation, ni avec la décolonisation, elles doivent rétablir les vrais liens qui les relient à leur longue histoire ; or, ces liens furent coupés par les idéologies universalistes plaquées sur elles depuis l’époque coloniale.

Publié par Administrateur à 16:46

http://bernardlugan.blogspot.fr/

Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

Source : Youtube, Le Média, 25-01-2018

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média.

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média

31 réponses à [Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

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Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien Kommersant

La vision russe des événements en cours. A prendre, comme toujours, avec esprit critique et recul.

Source : Ministère des affaires étrangères Fédération de Russie, Kommersant, 21-01-2018

Question: Aujourd’hui, tout le monde attend avec impatience la publication de deux rapports de l’Administration américaine: le “Rapport Kremlin” sur les responsables et oligarques proches des dirigeants russes, et celui sur la nécessité d’introduire de nouvelles sanctions économiques fermes contre Moscou. Si tous ces textes se soldaient par le renforcement de la politique de sanctions de Washington, quelle serait la réaction de Moscou?

Sergueï Lavrov: Cette question est hypothétique. Nous avons déjà indiqué à plusieurs reprises que nous n’aspirions d’aucune manière à la confrontation. A notre avis, l’introduction de sanctions n’a aucun fondement raisonnable. Quant aux objectifs annoncés de ces mesures, ils n’ont aucun sens non plus car depuis plusieurs années que ces sanctions sont en vigueur, leurs auteurs auraient certainement pu se rendre compte du fait que ces initiatives ne modifient en rien la politique honnête, ouverte et constructive de la Russie. Notre position indépendante et autonome dans les affaires internationales s’appuie sur nos intérêts nationaux et ne peut pas être changée sous la pression extérieure. Elle est définie par le Président russe sur la base des intérêts répondant aux besoins du peuple russe. La popularité considérable de notre politique étrangère au sein de la société est, selon moi, la meilleure preuve de l’inutilité de toute tentative de modifier notre politique étrangère en faisant pression sur les élites et certaines entreprises.

Bien que nous n’ayons aucun intérêt à renforcer la spirale de confrontation, nous ne pouvons naturellement pas ignorer les tentatives de punir la Russie – cela concerne notre propriété, les sanctions que vous mentionnez ou les tentatives d’utiliser le sport à ces fins. Beaucoup d’éléments indiquent qu’outre les cas tout à fait réels de dopage chez nos sportifs, ainsi que chez ceux de nombreux autres pays – ces cas sont parfaitement connus mais personne ne fait aucun bruit, on les analyse selon les procédures fixées -, une campagne commandée basée sur le principe utilisé déjà dans d’autres secteurs de la vie internationale en ce qui concerne la communication avec la Russie et ses partenaires est menée contre nous. Si je ne me trompe pas, Richard McLaren a indiqué dans son rapport qu’il n’existait aucune preuve et qu’il ne savait pas comment tout avait été fait, mais que les auteurs savaient comment on «pourrait» le faire. Aucun tribunal normal, dans n’importe quel pays, n’accepterait jamais d’accusations de ce genre. Ces affirmations assez exotiques servent pourtant de base aux décisions de priver notre pays de JO.

Ce contexte rappelle la situation autour du Boeing malaisien: trois jours après cette tragédie les États-Unis ont demandé de lancer une enquête en affirmant qu’ils savaient à qui était la faute, et qu’ils étaient certains que les experts confirmeraient leur point de vue.

On peut également noter le cas plus ancien d’Alexandre Litvinenko. A l’époque, les autorités britanniques affirmaient que l’enquête confirmerait ce qu’elles savaient déjà. Ce manque d’objectivité teinté de russophobie est en effet sans précédent. On n’avait vu rien de tel même pendant la Guerre froide. On avait à l’époque des règles et des normes réciproques de conduite. Aujourd’hui, toutes ces normes ont été rejetées.

Question: La situation est-elle donc pire qu’à l’époque de la Guerre froide?

Sergueï Lavrov: Concernant les normes de conduite, c’est en effet possible. Mais si l’on compare les manifestations concrètes de confrontation, les opinions diffèrent. D’une part, il y avait à l’époque une stabilité négative entre deux blocs rigides, entre deux systèmes mondiaux – socialiste et impérialiste. Aujourd’hui on ne constate plus aucune divergence idéologique. Tout le monde a adopté l’économie de marché et la démocratie. Malgré les différentes attitudes que l’on peut adopter envers ces dernières, dans tous les cas on a les élections, les libertés et les droits fixés dans la Constitution.

Par ailleurs, la concurrence reste présente même en l’absence de divergences idéologiques, ce qui est parfaitement normal. Mais la concurrence doit être honnête. Tous les pays ont évidemment leurs propres moyens de promotion de leurs intérêts, leurs services secrets, leurs lobbyistes employés, leurs ONG qui avancent tel ou tel agenda. C’est normal. Mais si on nous dit que la Russie est obligée d’éviter toute pression sur les ONG financées de l’étranger, mais n’a aucun droit de réagir aux actions du même genre contre ses propres ONG à l’étranger, cela ressemble à un “deux poids deux mesures”.

Je voudrais également souligner un autre élément. Même sans divergences idéologiques on promeut la croissance matérielle du potentiel militaire. Ce qui n’était pas le cas à l’époque de la Guerre froide.

Question: Mais on avait la course aux armements…

Sergueï Lavrov: La course aux armements restait cantonnée au cadre de la géopolitique adoptée par les deux parties. Il existait une certaine ligne de démarcation entre l’Otan et le Pacte de Varsovie, qui développaient leurs armes des deux côtés de cette dernière. En résultat, l’URSS a épuisé ses forces dans cette course. Les “guerres des étoiles” et autres inventions du genre ont joué un rôle, bien que ce dernier n’ait pas été décisif. L’URSS s’est dissoute parce que le pays-même, ses élites, n’ont d’abord pas ressenti la nécessité de réformes. Ensuite, quand ils ont lancé des transformations, ces dernières n’ont pas pris la bonne voie. Mais dans le contexte actuel d’élargissement de l’Otan à l’Est, il n’existe en effet aucune règle. On n’a plus de limite qui serait une “ligne rouge”.

Question: Et la frontière de la Fédération de Russie?

Sergueï Lavrov: Si nous disions n’avoir aucun intérêt dans la région, dans l’espace euroatlantique, alors oui: la frontière de la Fédération de Russie serait cette “ligne rouge”. Mais nous avons des intérêts tout à fait légitimes car des populations russes se sont retrouvées à l’étranger suite à la dissolution de l’URSS, car nous avons des liens culturels, historiques, personnels et familiaux étroits avec nos voisins. La Russie a le droit de défendre les intérêts de ses compatriotes, surtout si ces derniers sont persécutés comme c’est le cas dans beaucoup de pays, ou si l’on viole leurs droits comme en Ukraine où a annoncé tout de suite après le coup d’État qu’il fallait limiter la langue russe.

Question: Mais ils ont fait marche arrière…

Sergueï Lavrov: Oui, mais cela a tout de même été dit. Suite au coup d’État, la première initiative du Parlement a été de montrer “sa place” à la langue russe. Elle devait se trouver à l’arrière-plan, selon les députés. Deux jours après, on a déclaré qu’il fallait expulser les Russes de Crimée car ils n’honoreraient jamais Stepan Badera et Roman Choukhevitch.

Suite à ma conférence de presse, un quotidien allemand a écrit que “Sergueï Lavrov avait altéré les faits” et présenté une “manifestation pacifique des Tatars de Crimée devant le Conseil suprême de la Crimée comme une tentative d’expulser les Russes de la péninsule”. Il suffit pourtant de regarder les vidéos de l’époque où le Conseil suprême était entouré de jeunes gens furieux, sans parler des “trains de l’amitié” que Dmitri Iaroch envoyait en Crimée.

Cette histoire ukrainienne est celle du coup d’État, de la trahison du droit international par l’Occident: l’accord signé par les Ministres des Affaires étrangères des pays principaux de l’Union européenne a tout simplement été piétiné. Ensuite, l’UE s’est mise à nous persuader que cet événement était tout à fait logique et qu’on ne pouvait plus rien faire. Franchement, c’est une honte pour l’Europe. Nous constatons cette réalité historique mais choisissons la mise en œuvre des Accords de Minsk au lieu de l’isolement.

Mais revenons aux “lignes rouges”. Il s’agissait d’une “ligne rouge”, tout comme dans le cas de Mikhaïl Saakachvili qui avait franchi une autre “ligne rouge” en lançant une attaque contre l’Ossétie du Sud, où étaient déployées les forces de maintien de la paix russes, ossètes et géorgiennes. Les troupes géorgiennes ont pourtant été retirées quelques heures avant le début de cette offensive absolument illégitime et provocatrice.

La Russie a ses intérêts, et les autres doivent en tenir compte. Elle a ses “lignes rouges”. A mon avis, les hommes politiques sérieux en Europe comprennent la nécessité de respecter ces “lignes rouges”, tout comme à l’époque de la Guerre froide.

Question: Mais revenons aux Américains. Selon les médias américains, en mars 2017 la Russie a transmis aux États-Unis au format “non-paper” des propositions concernant la normalisation des relations en plusieurs points. Ces propositions restent-elles en vigueur compte tenu du renforcement de la pression des sanctions par la partie américaine et de tout ce qui s’est passé depuis un an dans les relations russo-américaines?

Sergueï Lavrov: Les propositions restent toujours en vigueur. Nous ne faisons jamais une mine indignée mais tentons de comprendre le contexte des actions entreprises par les Américains ou d’autres collègues. Dans ce cas-là, nous comprenons parfaitement qu’un véritable cocktail de facteurs a provoqué cette agressivité inédite de l’establishment américain, comme on dit.

Le facteur principal est que les démocrates ne peuvent pas accepter leur défaite après qu’ils ont fait tellement d’efforts, notamment pour évincer Bernie Sanders – ce qu’on préfère actuellement oublier. Il s’agit pourtant d’une manipulation directe des élections et d’une violation grossière de la Constitution américaine.

Le deuxième facteur est que la plupart des républicains ont hérité d’un Président hors-système qui n’avait de liens avec aucun niveau de l’establishment républicain, mais a obtenu ses voix dans le champ républicain lors des primaires. Quelle que soit votre attitude envers les actions du Président américain Donald Trump ou votre vision de ses actions pas très habituelles pour les diplomates et les politologues traditionnels…

Question: Il casse toutes les ententes internationales comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Sergueï Lavrov: Quelle que soit votre attitude envers ses actions, nous parlons actuellement des raisons de l’indignation inédite des politiciens américains. Les républicains n’ont pas vraiment apprécié l’arrivée au pouvoir d’un homme qui avait montré que le système existant depuis des décennies – plus de 100 ans – dans le cadre duquel deux partis avaient défini les règles du jeu – je prends aujourd’hui le pouvoir pour 4 ans et ensuite encore 4, et tu attends dans le secteur des affaires pour monter ensuite au sommet, alors que je me réorienterai vers le business – s’était écroulé à cause de la victoire de Donald Trump. Son arrivée ne s’explique pourtant pas par son caractère messianique, mais par le fait que la société est fatiguée et ne veut plus tolérer ce changement traditionnel de leader, qui ne signifie rien en réalité.

Si l’on observe la structure de la société américaine, on comprend que cette dernière fait face à des processus démographiques très intéressants. Ce n’est pas par hasard que les éléments ethniques provoquent actuellement des débats longs et profonds sur la renaissance ou le renforcement du racisme, qui a toujours été présent de manière latente ou ouverte au sein de la politique américaine. Il s’agit de processus très compliqués qui prendront beaucoup de temps. Encore une fois, la première raison en est la défaite des démocrates, qu’ils ne peuvent toujours accepter. La deuxième raisons est l’écroulement du système bipartisan. Cette procédure “à l’amiable” était présente lors de beaucoup de campagnes électorales. Le troisième élément – parmi beaucoup d’autres – que je voudrais souligner est le sentiment de la perte des capacités d’influer sur tous les processus mondiaux dans les intérêts des États-Unis. Cela pourrait sembler paradoxal, mais c’est la réalité. On en ressentira encore les effets pendant longtemps.

Même à l’époque de la Guerre froide les États-Unis étaient beaucoup plus puissants, notamment grâce à leur part dans l’économie mondiale et leur rôle absolument dominant dans le système monétaire mondial, car l’euro n’existait pas encore et personne ne savait rien du yuan, sans parler du rouble. Aujourd’hui, les États-Unis assurent de 18% à 20% du PIB mondial. Il ne s’agit plus de la moitié comme par le passé, ni surtout des chiffres d’après la Seconde Guerre mondiale.

Ce sentiment que tout n’est plus décidé par un seul centre se manifeste également dans la campagne russophobe. Il y a encore la Chine et d’autres pays importants dont beaucoup préfèrent ignorer les dérives américaines. Pour nous, il est difficile de le faire car les deux premières raisons – la défaite des démocrates et l’écroulement du système – font qu’on nous montre du doigt. Il y a eu des contacts entre certaines personnes et des représentants des élites politiques américaines, ou entre l’Ambassadeur russe aux États-Unis Sergueï Kisliak et le conseiller du président Donald Trump pour la sécurité nationale Michael Flynn. Cela est absolument normal et n’aurait pas dû provoquer des réactions de ce genre, surtout que c’est bien peu par rapport à ce que les diplomates américains font en Russie et ce dont on tente d’incriminer à l’Ambassadeur et l’Ambassade russes aux États-Unis.

Mais comme nous n’avons pas réagi aux mesures hostiles et coercitives adoptées contre l’Ambassadeur russe qui avait refusé de changer son attitude, de renoncer à son indépendance et de s’excuser pour des événements qui n’avaient jamais eu lieu, cela n’a fait qu’aggraver leur agitation. On s’est naturellement mis à nous accuser de tous les erreurs et échecs américains. On nous utilise comme une sorte de paratonnerre face à ce qui s’est passé au Mexique, en France…

Question: Même à Malte…

Sergueï Lavrov: N’importe où: on parle de la Russie, de la Russie et de la Russie. C’est très simple et facile pour une propagande “stupide”. Les électeurs entendent les slogans très simples de la CNN: “La Russie s’est ingérée encore une fois…” Si on le répète mille fois, cela prend racine dans l’esprit.

Question: Il semble que personnellement, vous justifiiez les choix du Président américain Donald Trump. Mais personne ne l’a obligé à signer la loi sur les livraisons d’armes en Ukraine ou celle sur les sanctions d’août dernier.

Sergueï Lavrov: Je ne tente d’idéaliser personne. Il faut évidemment comprendre que quand on adopte des projets de loi par la majorité des voix – 95% dans ce cas – le Président ne réfléchit pas à la réalité, à la légalité, à la légitimité ou à la justesse de la loi, mais se rend compte du fait que son veto sera surmonté dans tous les cas.

Question: Mais qu’en est-il avec la loi sur les livraisons d’armes en Ukraine? Barack Obama ne l’avait pas signée…

Sergueï Lavrov: Ma réponse est la même. Il sait parfaitement que le Congrès le forcera à le faire. Si le Président américain Donald Trump refusait de suivre la volonté de la majorité écrasante du Congrès – qui existe en réalité – son veto serait surmonté. Il s’agit de la mentalité de la politique intérieure américaine. Si le veto présidentiel est surmonté – même s’il est tout à fait juste et répond aux intérêts américains à long terme – cela constitue une défaite du Président. C’est tout.

Quand le Président américain Donald Trump m’a accueilli à la Maison blanche, a parlé au Président russe Vladimir Poutine à Hambourg et plus tard par téléphone, je n’ai constaté de sa part aucune volonté de lancer des actions torpillant ses slogans électoraux sur son aspiration à entretenir de bonnes relations avec la Russie. Mais les circonstances ne sont pas favorables. La combinaison des trois facteurs – la défaite d’Hillary Clinton, le caractère hors-système de Donald Trump et la nécessité d’expliquer les échecs américains sur l’arène internationale (et ce n’est pas tout) – explique la situation actuelle. Alors que les États-Unis s’impliquent dans ce processus très répréhensible et constatent une position calme de la Russie qui ne se permet aucune réaction hystérique – nous avons parfois répondu, mais dans le cadre du strict minimum. Nous poursuivons notre politique visant à régler les conflits et à travailler sur les marchés desquels les Américains voudraient nous repousser. Tout cela commence à irriter ceux qui promouvaient un agenda russophobe. C’est dommage. Nous sommes pourtant encouragés par le fait qu’on entend ces derniers temps de la part de certains congressistes, politologues et diplomates américains – de manière discrète, au cours de conversations confidentielles – la confirmation du caractère absolument anormal de cette situation et de la nécessité d’y remédier. Dans tous les cas, tout le monde reconnaît l’erreur de ceux qui ont tenté de nous mettre au pied du mur, car on n’arrive manifestement pas à nous isoler. Il suffit de consulter le calendrier des rencontres et des voyages du Président russe et des membres du Gouvernement pour se rendre compte de l’échec des tentatives d’isolement. Selon eux, ils comprennent qu’ils sont allés trop loin sur cette question mais ils nous demandent de faire le premier pas pour qu’ils puissent dire que la Russie a “bougé”. Cette psychologie crée évidemment le sentiment que la mentalité de superpuissance nuit aux États-Unis. Ils proposent de faire quelque chose dans le dossier ukrainien.

Question: Est-ce que “bouger” veut dire renforcer le contrôle des actions des séparatistes dans le Donbass, les forcer à arrêter les tirs, à assurer le retrait des armes et à respecter absolument tous les points de base des Accords de Minsk?

Sergueï Lavrov: Nous ne nous opposons d’aucune manière au retrait des armes et au cessez-le-feu, qui ne doivent pourtant pas être assurés que par Donetsk et Lougansk mais aussi par l’armée ukrainienne. Beaucoup de témoignages de vos collègues, notamment des journalistes de BBC et d’autres médias qui ont visité en 2018 la ligne de démarcation, indiquent que les bataillons tels que Azov ne sont contrôlés par personne à part leur commandants. L’armée ukrainienne, les forces armées ukrainiennes n’ont aucune influence sur ces derniers. Ils n’écoutent personne. Cela transparaît notamment dans blocus qu’ils ont lancé malgré les dénonciations du Président ukrainien Petro Porochenko, qui avait publiquement promis d’éliminer ce blocus qui contredit absolument les accords de Minsk et même envoyé des forces afin de le lever, mais a échoué. Ensuite, il a décidé que la meilleure solution était de retourner sa veste et d’adopter un décret légalisant ce blocus. Il est donc certainement nécessaire d’arrêter les tirs et de retirer les troupes et les armes lourdes, mais des deux parties.

Comme je l’ai déjà indiqué en conférence de presse, la volonté de réduire tout l’éventail de questions géopolitiques à l’Ukraine – on nous appelle à faire retirer un bataillon de Donetsk ou de Lougansk afin de créer les conditions nécessaires pour l’affaiblissement des sanctions – est indigne des personnes qui occupent des postes très importants mais tiennent de tels propos.

Question: Verra-t-on des forces de maintien de la paix dans le Donbass en 2018?

Sergueï Lavrov: Cela ne dépend pas de nous. Si cela avait été le cas, elles y auraient été déployées il y a longtemps.

Question: Quels obstacles existent encore aujourd’hui? La Russie est-elle prête à des concessions pour les éliminer?

Sergueï Lavrov: Il n’existe qu’un obstacle: personne ne veut examiner concrètement nos propositions.

Question: Mais les Américains ont proposé des amendements. Sont-ils étudiés?

Sergueï Lavrov: Personne ne nous a proposé aucun amendement, même si nous le voulions. J’ai parlé au Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine, à nos collègues français et allemands. Ils affirment qu’il s’agit d’une initiative juste et bonne, mais qu’on a besoin d’encore autre chose. Alors parlons-en. Expliquez-nous vos propositions et nous établirons si ces dernières sont conformes à la mise en œuvre des accords de Minsk. Dans tous les cas, le projet de résolution stipule notre attachement absolu au principe de l’Ensemble de mesures prévoyant la concertation de toutes les actions par Kiev, Donetsk et Lougansk. On nous répond qu’il faut réfléchir car on peut faire autre chose. Mais tout reste limité aux paroles, personne ne débat avec nous de ces problèmes. Les idées avancées hors du travail sur notre projet de résolution ont une orientation tout à fait différente. Notre projet souligne l’immuabilité des Accords de Minsk et la nécessité de protéger la mission d’observation de l’OSCE, dont les conditions de travail sont parfois dangereuses. Les gardes armés de l’Onu doivent suivre les observateurs dans tous leurs déplacements. C’est la logique juridique des Accords de Minsk. On nous dit que si nous acceptons le concept des forces de maintien de la paix, ces dernières doivent assumer la responsabilité de tous les événements à droite de la ligne de démarcation. Laissons-les assurer la sécurité sur ce territoire jusqu’à la frontière russe, disent-ils. Dans ces conditions, on pourrait selon eux organiser les élections et tout irait bien.

Question: N’est-ce pas raisonnable?

Sergueï Lavrov: Raisonnable? Vous le pensez réellement?

Question: Les troupes de maintien de la paix de l’Onu sont une force à laquelle on pourrait confier la sécurité de la région.

Sergueï Lavrov: Les Accords de Minsk stipulent qu’il faut d’abord engager l’amnistie, assurer la mise en œuvre de la loi sur le statut spécial de la région – qui a été adoptée mais n’est pas encore entrée en vigueur – et incorporer cette dernière à la Constitution avant d’organiser les élections. Les citoyens qu’on tente actuellement d’étrangler par un blocus illégal et dont les câbles et les services de téléphonie mobile sont coupés afin de les isoler du monde extérieur, au moins de l’État ukrainien, doivent savoir qu’ils ne sont ni des criminels de guerre ni des terroristes, comme les considère Kiev qui a lancé une opération antiterroriste bien qu’aucun habitant de ces régions n’ait agressé personne. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que ce sont eux qui ont été attaqués. Il faut que ces personnes sachent, premièrement, qu’elles ne sont pas en danger et que l’amnistie couvre tous les événements des deux côtés. Deuxièmement, elles doivent être certaines de recevoir la garantie – les Accords de Minsk le stipulent littéralement – de pouvoir conserver leur lien avec la langue et la culture russe, leur relation spéciale avec la Russie indépendamment de la politique des autorités de Kiev, ainsi que leur police populaire et leur propre voix pour la nomination des juges et des procureurs. Ce sont les principes essentiels. Ce n’est pas très compliqué. Qui plus est, si je ne me trompe pas, environ 20 régions ukrainiennes ont envoyé il y a 18 mois à Kiev une proposition officielle de lancer les négociations sur leur décentralisation, pour qu’on leur délègue des pouvoirs et pour qu’elles signent des accords spéciaux avec le centre. Il s’agit donc d’une fédéralisation normale. On peut l’appeler “décentralisation” si l’on a tellement peur du mot “fédéralisation”. Mais quand on nous dit qu’on fera tout – lancer l’amnistie, mettre en place le statut spécial et organiser les élections – mais seulement après qu’on aura transmis la région aux forces internationales pour qu’elles y donnent le “la”, nous ne pouvons pas l’accepter. C’est une ligne rouge. Tout le monde le comprend et avance ces propositions avec l’objectif très répréhensible de profiter du sujet des forces de maintien de la paix.

Les Accords de Minsk ont été adoptés par le Conseil de sécurité de l’Onu. Ils stipulent clairement que toutes les actions nécessaires doivent être concertées par Kiev et certains districts des régions de Donetsk et de Lougansk. Nous faisons confiance à l’Onu et à l’OSCE qui, par ailleurs, fait un bon travail dans un contexte très sérieux. Mais on ne peut pas rayer tout simplement la partie politique des Accords de Minsk. La promesse de la mettre en œuvre après la prise de contrôle de ce territoire par une administration onusienne semble douteuse. Si les auteurs de cette idée arrivent à persuader Donetsk et Lougansk: allez-y, nous ne nous y opposerons pas. Tout cela est prévu par les Accords de Minsk et approuvé par le Conseil de sécurité de l’Onu. Mais je pense que ceux qui avancent ce concept veulent tout simplement étrangler ces deux territoires.

Je vais vous rappeler une chose intéressante: les Accords de Minsk évoquent l’amnistie, le statut spécial et les élections. Dans cet ordre. Dans le cadre du Groupe de contact et du Format Normandie, la partie ukrainienne propose pourtant de l’inverser, c’est-à-dire d’assurer d’abord la sécurité totale, y compris l’accès à l’étranger, pour ensuite résoudre les autres questions. Nous leur expliquons depuis des années que le rétablissement complet du contrôle ukrainien de cette partie de la frontière avec la Fédération de Russie est le dernier point des accords de Minsk. D’abord, il faut assurer ce que nous venons de mentionner. Puis ils disent qu’ils ne peuvent pas accorder de statut spécial à ces populations car ils ne savent pas qui sera élu lors des élections locales. Nous leurs demandons donc s’ils n’accorderont ce statut qu’à ceux qui leur conviendront. Ils répondent que c’est en effet le cas. Cette position n’est pourtant très diplomatique compte tenu du fait que leur président a signé un texte stipulant une succession des événements tout à fait différente. Dans tous les cas, nous avons accepté le compromis baptisé “formule de Frank-Walter Steinmeier”. Il stipule que la loi sur le statut spécial doit entrer en vigueur de manière provisoire le jour des élections pour devenir définitive après la publication du rapport final de l’OSCE qui devrait assurer l’observation au cours de ces élections. Ce travail prend d’habitude deux mois. Les Ukrainiens ont accepté cette façon d’agir. Les chefs d’État se sont entendus sur ce point en octobre 2015 à Paris. On a tenté pendant un an de porter cette formule sur le papier mais les Ukrainiens s’y sont opposés. Ensuite, les parties se sont rencontrées en 2016 à Berlin. Nous avons demandé des explications quant au manque de progrès dans la mise en œuvre de la formule de Steinmeier, et les Ukrainiens ont répondu qu’il était impossible de connaître d’avance le contenu du rapport. D’accord: écrivons donc que la loi sur le statut spécial doit entrer en vigueur de manière provisoire le jour des élections pour devenir définitive après la publication du rapport final de l’OSCE à condition que ce dernier confirme la légitimité et la justesse des élections. Tout le monde l’a accepté. Plus d’un an est déjà passé depuis, mais les Ukrainiens refusent toujours de fixer cette formule noir sur blanc. Ce n’est qu’un exemple. Un autre est aussi très éloquent. Le premier concernait la politique, et celui-là la sécurité. Les parties se sont entendues en octobre 2016 à Berlin pour lancer sérieusement le retrait des armes lourdes et prévenir leur retour vers la ligne de contact. Elles ont choisi trois villes-pilotes: Zolotoïe, Pokrovskoïe et Stanitsa Louganskaïa. A Zolotoïe et à Pokrovskoïe tout a rapidement été accompli, mais on n’arrive toujours pas à le faire à Stanitsa Louganskaïa. Les Ukrainiens affirment qu’ils ont besoin de sept jours de trêve avant de lancer le retrait de leurs armes lourdes. L’OSCE a constaté depuis – y compris de manière publique – plus d’une dizaine de périodes de trêve qui ont duré sept jours voire plus. Les Ukrainiens affirment qu’ils ont d’autres statistiques et qu’ils ont enregistré plusieurs tirs. Les Allemands, les Français et l’OSCE-même comprennent parfaitement qu’il s’agit d’insinuations. L’engagement politique de nos partenaires occidentaux les empêche malheureusement de faire pression sur les autorités de Kiev, de les forcer à mettre en œuvre ce qu’elles ont promis, notamment à la France et à l’Allemagne. C’est triste. Si tu as misé à l’époque sur un politicien, sur le pouvoir qui s’est installé à Kiev suite au coup d’État, il est visiblement très difficile d’abandonner cette position sans “perdre la face”. Nous le comprenons et gardons notre calme. Nous ne faisons pas de scandale à cause du torpillage complet des Accords de Minsk par Kiev, mais tenterons d’obtenir calmement l’accomplissement des ententes obtenues. Trop d’accords obtenus avec tant de peine sont actuellement mis en cause: les Accords de Minsk, l’entente sur l’Iran etc.

Question: La Rada a adopté jeudi la loi sur la réintégration du Donbass. La réaction des capitales européennes a été neutre, alors que Moscou a vivement critiqué ce texte. Pourquoi? Quelles pourraient être, selon vous, les conséquences pratiques de l’adoption de cette loi?

Sergueï Lavrov: D’un point de vue juridique, la loi sur la réintégration tire un trait sur les Accords de Minsk approuvés unanimement par le Conseil de sécurité de l’Onu dans sa résolution adoptée quelques jours après la rencontre des quatre leaders du Format Normandie à Minsk. Pour nous, c’est absolument évident.

Concernant la réaction, comme je l’ai déjà dit, nous n’avons aucun doute – qui plus est, nous avons des preuves tangibles – que l’Europe et Washington comprennent parfaitement le jeu des autorités actuelles de Kiev qui tentent de fuir leurs responsabilités dans le cadre des Accords de Minsk. J’espère que les représentants de Berlin, de Paris, de Washington et d’autres capitales le disent à Kiev en privé, en tête-à-tête. Après avoir pris le parti de ce pouvoir qui n’a aucune aptitude à s’entendre, l’Occident ne peut pas critiquer publiquement les actions de ses protégés. C’est dommage. On comprend parfaitement que tout cela est lié à un faux sentiment de prestige et de réputation, mais c’est la vie. Nous tenterons d’obtenir l’accomplissement total de tous les points des Accords de Minsk. Les tentatives de “détourner le viseur” et de dévoyer les débats, ainsi que de trouver de nouveaux agendas, méthodes et formes sont inacceptables. Nous défendrons calmement, mais fermement, le paquet de mesures honnête signé par le Président Petro Porochenko, ainsi que par les leaders de Donetsk et de Lougansk.

Question: Ma dernière question concerne l’Iran que vous avez déjà mentionné. L’échec éventuel de l’accord iranien à cause des actions américaines pourrait-il s’avérer, de telle ou telle manière, avantageux pour la Russie? Les Américains sembleraient ainsi odieux et isolés, alors que l’Iran pourrait devenir plus conciliant sur certaines questions.

Sergueï Lavrov: Cette école de pensée n’est pas celle des dirigeants russes. Beaucoup de politologues s’interrogent concernant notre inquiétude et défendent la stratégie du pire: selon eux, il faudrait permettre aux États-Unis de prouver leur manque d’aptitude à s’entendre et leur force destructrice dans les affaires internationales, en Iran ou en Syrie, où l’on constate actuellement des actions unilatérales qui ont déjà scandalisé la Turquie.

Question: Qui plus est, l’Iran sera plus accommodant…

Sergueï Lavrov: Ce n’est pas l’essentiel. La destruction du tissu d’accords juridiques concertés par les principaux pays du monde dans tel ou tel conflit pourrait provoquer une confrontation chaotique dans laquelle tout le monde ne défendra que lui-même. Ce qui serait très malheureux. Je le considère comme inacceptable, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Syrie, de la Libye, du Yémen ou de la péninsule coréenne qui a également fait l’objet d’un accord en 2005 fixant clairement les obligations de la Corée du Nord et des autres parties. Quelques semaines après la signature, les Américains ont “déterré” une histoire ancienne concernant des comptes dans une banque de Macao et se sont mis à bloquer les comptes nord-coréens. On peut débattre pendant longtemps de ce sujet, de la justesse de la Corée du Nord ou de l’erreur des États-Unis. Les faits restent les mêmes. On a atteint une entente qui signifiait l’arrêt total de la confrontation et des provocations. Elle a échoué. Ainsi, l’aptitude à s’entendre est actuellement le problème systémique le plus important.

Source : Ministère des affaires étrangères Fédération de Russie, Kommersant, 21-01-2018

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10 réponses à Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien Kommersant

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Un avion de ligne russe s’écrase près de Moscou avec 71 personnes à bord

Un avion de ligne russe s’écrase près de Moscou avec 71 personnes à bord

Vue sur l’aéroport russe de Domodedovo, près de Moscou, le 10 octobre 2017 / © AFP/Archives / Alexander NEMENOV

Un avion de ligne russe avec 71 personnes à bord s’est écrasé près de Moscou dimanche peu après avoir décollé de l’aéroport moscovite de Domodedovo, les chances de retrouver des survivants étant quasi-nulles.

L’appareil, un Antonov An-148 de la compagnie Saratov Airlines, venait de décoller en direction d’Orsk, une ville de l’Oural, quand il a disparu des radars. Il s’est écrasé dans le district de Ramenski, à quelque 70 km au sud-est de Moscou. Il y avait 65 passagers et 6 membres d’équipage à bord.

Les autorités russes n’ont pas évoqué l’hypothèse d’un acte terroriste. Plusieurs sources, citées par les agences de presse russes, font état d’une collision entre l’Antonov et un hélicoptère de la Poste russe juste après le décollage, une version toutefois démentie par la Poste.

Selon les agences, des témoins ont vu l’appareil en flammes tomber près du village d’Argounovo, au sud-est de Moscou. Les 71 passagers et membres d’équipage « n’ont eu aucune chance » de survivre, a déclaré à l’agence de presse Interfax une source au sein du ministère des Situation d’urgence.

La carlingue de l’appareil « est disséminée sur environ un kilomètre », a précisé à Interfax un responsable du ministère russe des Situations d’urgence.

« Plus de 150 personnes et environ 20 véhicules de secours se sont rendus sur le lieu du crash », a précisé dans un communiqué le ministère des Situations d’urgence.

« Le président Poutine a ordonné au gouvernement de créer une commission spéciale sur cette catastrophe aérienne », a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences russes. Le président « présente ses condoléances à tous ceux qui ont perdu des proches dans cette catastrophe », a-t-il ajouté.

– Chutes de neige –

Alors que la neige est encore tombée dimanche sur Moscou et sa région, les véhicules de secours ont eu du mal à accéder au lieu du crash, forçant les secouristes à poursuivre à pied.

Les premières images diffusées par les télévisions russes montrent des débris de l’appareil, aux couleurs oranges de Saratov Airlines, disséminées dans des champs enneigées. « A l’heure actuelle, les sauveteurs ont réussi à arriver sur le lieu du crash. Il y a beaucoup de corps et de fragments de corps », a déclaré une source à l’agence Interfax.

Le ministre russe des Transports, Maxime Sokolov, s’est également rendu sur place, ont annoncé les médias russes, ajoutant qu’une enquête avait été ouverte.

Un centre de crise a été ouvert à l’aéroport Domodedovo, le second aéroport de la capitale russe en terme de passagers. L’appareil a disparu des radars deux minutes après le décollage, a indiqué une source au sein de l’aéroport Domodedovo aux agences de presse russe.

A Orsk, une ville de l’Oural proche de la frontière avec le Kazakhstan, les proches des passagers commençaient aussi à affluer à l’aéroport, selon les médias locaux.

Basée à Saratov (Volga), Saratov Airlines exploite essentiellement des avions russes Antonov ou Yakovlev. Cette compagnie, qui n’a jamais été impliquée dans un accident mortel depuis la fin de l’URSS en 1991, dessert surtout des villes de province en Russie ainsi que les capitales du Caucase.

Avion biréacteur du constructeur ukrainien Antonov, l’An-148 a réalisé son premier vol en 2004. Ce court-courrier peut transporter jusqu’à 80 passagers sur une distance de 3.600 kilomètres.

Depuis son exploitation l’avion a connu au moins cinq incidents impliquant le train d’atterrissage, le système électrique et le système de guidage.

Le dernier accident mortel d’un avion sur le territoire russe remonte à décembre 2016, quand un avion militaire Tu-154 s’était écrasé peu après son décollage d’Adler (sud) à destination de la base aérienne russe de Hmeimim, en Syrie. Parmi les victimes figuraient plus de 60 membres des choeurs de l’Armée Rouge.

En mars 2016, un Boeing 737 de la compagnie flydubai s’était écrasé à l’aéroport de Rostov-sur-le-Don, faisant 62 morts, alors qu’il essayait d’atterrir dans de mauvaises conditions.

(©AFP / 11 février 2018 15h41)

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