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Espagne – Ukraine. Nations réelles contre Nations fictives.

Espagne – Ukraine. Nations réelles contre Nations fictives.

Le cas catalan n’est absolument pas comparable à celui du Donbass car l’Espagne est une Nation millénaire alors que l’Ukraine est une Nation idéologique indépendante depuis 26 ans

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Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond

Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond

18 novembre 2017 / Marie Astier (Reporterre)

La COP23 s’est achevé vendredi 17 novembre sur la déception. Déstabilités par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, les États n’ont pratiquement pas avancé sur la mise en oeuvre de ce traité.

« Une COP d’étape », « décevante », « sans leadership politique » : c’est avec peu d’enthousiasme que ceux qui ont suivi la COP23 la décrivent. La 23e Conférence des parties de l’ONU sur le climat, qui a réuni 196 pays ainsi que l’Union européenne, s’est close hier vendredi 17 novembre à Bonn, en Allemagne.

L’objectif de ces deux semaines de négociations était, selon les mots de l’ONU, « d’accélérer la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris », adopté il y a deux ans, et qui fixe comme objectif une limitation du changement climatique à 1,5 °C. Or, pour l’instant, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncés par les États aboutissent à un réchauffement de 3 °C.

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne se réduisent pas, malgré les engagements pris (source : UNEP)

Aucune décision importante n’était attendue cette année, mais cette COP devait poser les bases pour qu’en 2018, les pays relèvent leurs promesses en faveur de l’atténuation du changement climatique.

« Cette COP a fait le travail et a posé les bases d’un dialogue entre les États sur ce sujet », assure Lucile Dufour, ‎responsable négociations internationales et développement au Réseau action climat (RAC) France. En effet, les 197 parties se sont engagées à poursuivre le « dialogue de Talanoa » pendant toute l’année 2018, afin d’arriver avec des propositions concrètes à la prochaine COP. Contrairement à ce que certains craignaient, la délégation officielle états-unienne n’a pas empêché d’avancer. Les observateurs la décrivent comme « discrète » et « constructive ».

« Des annonces fondées sur la politique des petits pas »

Mais les discussions ont achoppé sur plusieurs points, en particulier sur la question du financement de l’aide consentie par les pays développés à l’égard des pays en développement. « Alors que l’année 2017 a été marquée par des événements climatiques exceptionnels, il n’y a pas eu d’avancées concrètes pour aider les populations les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique », dit Armelle Lecomte, membre de la délégation de l’ONG Oxfam à Bonn.

L’Accord de Paris prévoit que les « financements climat » s’élèvent à 100 milliards de dollars par an en 2020. « Or, en incluant les investissements privés, on arriverait pour l’instant officiellement à 67 milliards. Selon nos calculs, c’est même moins, entre 18 et 34 milliards de dollars seulement. Pourtant les pays développés sont arrivés les mains vides », note Armelle Lecomte. Un point essentiel des négociations, car si les pays développés ne tiennent pas leurs engagements financiers, les pays en développement refuseront de faire plus d’efforts.

Ce sujet a ainsi « accaparé les discussions », selon David Levaï, directeur du programme climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Or, ces discussions devaient plutôt porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, avec la définition de règles communes pour, par exemple, comptabiliser les efforts de chaque pays de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, ou encore les moyens apportés à la lutte contre le changement climatique. Les négociations n’ont « pas autant avancé qu’on l’aurait espéré. Cela laisse beaucoup de travail pour l’an prochain », explique le chercheur. Une situation qu’il estime due à un « manque de leadership gouvernemental. C’est très bien que Angela Merkel et Emmanuel Macron soient venus, notamment parce que le leadership européen pourrait combler la perte de celui des États-Unis. »

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Bonn, lors de la COP23.

Mais cela n’a pas été suffisant. « La plupart des États se sont cachés derrière des postures de négociation, et ont utilisé l’argument du retrait des États-Unis pour ne pas aller plus loin, analyse de son côté Lucile Dufour. Il y a eu un décalage entre une reconnaissance de l’urgence dans les discours des chefs d’État — notamment celui d’Emmanuel Macron — et à côté des annonces fondées sur la politique des petits pas », poursuit-elle. « Par exemple, il a annoncé des crédits pour le Giec [groupe intergouvernemental d’experts sur le climat], mais c’est une toute petite partie des financements nécessaires pour le climat. »

Le « in » de la COP — c’est-à-dire l’espace dédié aux négociations officielles entre gouvernements — a donc déçu beaucoup d’acteurs. « Pour la première fois, le cœur de la COP n’était pas du côté réservé aux négociations gouvernementales, mais dans l’espace du “off”, où les acteurs exposent leurs actions concrètes en faveur de la lutte contre le changement climatique. Il y avait une dichotomie renforcée entre des négociations au ralenti, et une action climatique boostée », observe David Levaï.

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes

Parmi les initiatives remarquées, celle de l’« Alliance globale pour la sortie du charbon », lancée par le Royaume-Uni et le Canada, et rassemblant une vingtaine d’États. L’Angola, la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, les îles Marshall, le Portugal, le Salvador, mais aussi plusieurs États américains et canadiens (Washington, Alberta, Vancouver…) l’ont rejointe.

Le « off » accueillait également une délégation états-unienne nombreuse : représentants des villes, États de la fédération et de la société civile sont venus montrer leur engagement pour le climat et leur désaccord avec la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de retirer son pays de l’Accord de Paris. « Ils étaient très présents et la moitié des délégués états-uniens portaient un badge “We Are Still In” [“nous en faisons toujours partie”], pour montrer qu’ils étaient présents et adresser un message politique à Washington », raconte David Levaï.

Manifestation à Bonn contre l’exploitation du charbon en marge de la COP23.

Un dynamisme bienvenu, mais « qui ne doit pas faire oublier que la responsabilité incombe aux États, rappelle Lucile Dufour. C’est à eux de donner des signaux à l’ensemble de la société, aux entreprises, pour aller plus loin dans les engagements en faveur du climat. »

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes. Le 12 décembre, un sommet à Paris doit discuter des financements pour le climat. Puis en 2018, un rapport du Giec très attendu dessinera le climat que nous promettent les engagements actuels des pays en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et les efforts supplémentaires à effectuer pour tenir l’engagement de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Tout cela devrait permettre de préparer la COP24, qui sera « la prochaine étape cruciale », souligne Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS. « Si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord l’an prochain pour augmenter les contributions des pays à la réduction des gaz à effet de serre, comme le prochain rendez-vous est fixé en 2023, ce sera trop tard pour atteindre des objectifs ambitieux », note-t-elle.

Elle n’attendait pas énormément de cette COP23 : « Dans les négociations climat, on avance par paquets de décisions qui constituent ensemble un compromis. On n’a pas avancé parce que cette COP n’avait pas prévu de prendre un paquet de décisions. » Espérons donc qu’en matière de négociation climat, les États fonctionnent comme des élèves qui procrastinent, et se mettent au travail quand l’échéance devient toute proche et irrémédiable.

 

https://reporterre.net/Fin-de-la-COP-23-la-planete-brule-les-diplomates-tournent-en-rond

 

La prise d’otages politique, une pratique courante en Arabie saoudite, par René Naba

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

La prise d’otages politique est une pratique courante en Arabie saoudite et Saad Hariri, le chef du gouvernement libanais, avant d’être captif des Saoudiens à Riyad, aurait même participé à une opération similaire à l’encontre d’un jeune prince contestataire, selon les révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus célèbre du Royaume.

La pratique est ancienne et remonte à la décennie 1970.

L’exemple le plus connu est celui de Nasser As Saïd, le chef de l’opposition saoudienne, enlevé à Beyrouth, en pleine guerre civile libanaise, par les services saoudiens avec la complicité de dirigeants palestiniens, notamment Abou Zaim, responsable militaire du Fatah pour le sud Liban, agissant sur ordre d’Abou Iyad, le bras droit de Yasser Arafat. Nasser As Saïd, auteur d’un remarquable ouvrage sur «Le Royaume d’Al Saoud», drogué, a été jeté par dessus bord d’un avion militaire saoudien au dessus du Robh Al Khali, le quart désertique du royaume.
Que des dirigeants palestiniens se soient prêtés à de telles compromissions morales, qu’ils aient livré un opposant politique à une dictature, explique une part de leur déconfiture dans le commandement de leur guerre de libération nationale.

Le 2eme cas connu est celui du prince Sultan Ben Turki Ben Abdel Aziz, petit fils du fondateur du Royaume.

Sultan a été enlevé dans le palais du Roi Fahd à Genève, à la suite d’un traquenard, drogué et exfiltré de Suisse via un avion d’évacuation sanitaire vers l’Arabie saoudite où il a été maintenu sous contrôle entre hospitalisation et résidence surveillée. Son tort est d’avoir dénoncé un vaste réseau de corruption entre Rafic Hariri, ancien premier ministre du Liban et père de Saad et des princes de la famille royale saoudienne. Son rapatriement forcé a été alors décidé.

Le scénario de l’enlèvement

Les protagonistes ont mis à profit la visite en Suisse du prince héritier Abdallah, à l’époque chef de la garde nationale pour mettre en œuvre leur stratagème, ordonné d’ailleurs par Abdallalh en personne.

Sultan, natif de 1968 et âgé alors de 35 ans, a été invité au palais royal à Genève par Abdel Aziz, fils du Roi Fahd, et Sultan Al Cheikh au prétexte de conclure un arrangement. Au terme du déjeuner, les deux conjurés se sont éclipsés prétextant un coup de fil, leur hôte a été alors immobilisé par cinq gardes de corps masqués, drogué et expédié vers Riyad, via un Boeing 747 sanitaire appartenant à la famille royale saoudienne.

La totalité du récit de Moujtahed sur ce lien

La 3me tentative, avortée celle-là, a été dirigée contre Sara Bint Talal, la sœur de milliardaire Walid Ben Talal, avant sa demande d’asile politique à Londres.

Khaled Al Toueidjiry, à l’époque secrétaire particulier du Roi Abdallah , a convié à déjeuner en vue d’un arrangement la princesse. Flairant un traquenard, la princesse s’est esquivée. Sarah était dénommée «princesse Barbie» en raison de sa tendance à faire ses emplettes au supermarché en limousine.

Là aussi, qu’une princesse de sang royal saoudien quête l’asile politique auprès de son ancien colonisateur donne la mesure de l’étouffoir saoudien et de l’intolérance de ses dirigeants.

La liste n’est pas limitative. Pour s’en convaincre, il suffit de méditer sur le sort réservé au président nominal du Yémen, Abed Rabbo Hadi, en résidence surveillée, en Arabie Saoudite, uniquement autorisé à se manifester selon les besoins de la stratégie saoudienne.

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

 

https://www.les-crises.fr/la-prise-dotages-politique-une-pratique-courante-en-arabie-saoudite-par-rene-naba/

L’OTAN ajoute au chagrin de la Turquie

17 novembre 2017

https://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.moonofalabama.org/&prev=searchhttps://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.moonofalabama.org/&prev=search

Il y a longtemps eu des spéculations sur un au revoir turc à l’OTAN .

Les Etats-Unis et leur organisation de relais militaire en Europe font de leur mieux pour faire avancer un tel mouvement:

L’image d’Atatürk a été exposée lors d’un exercice au Centre de guerre conjoint de l’OTAN à Stavanger, en Norvège, entre le 8 novembre et le 17 novembre. Un soldat de l’OTAN a publié des propos diffamatoires sur Erdoğan sur les réseaux sociaux.

Atatürk est le fondateur de la Turquie laïque. Il a été désigné comme «cible» lors d’une perceuse sur table. Le Centre de guerre interarmées de l’OTAN n’est pas une école de niveau inférieur, mais une institution de formation d’officiers d’élite dirigée par un major-général. Les 40 soldats turcs qui ont assisté à la formation ont immédiatement reçu l’ordre de rentrer chez eux.

Les laïcs en Turquie ont longtemps soupçonné l’OTAN de promouvoir des «islamistes modérés». Cette croyance n’est pas sans fondement factuel. Le président américain Obama s’est allié avec les Frères musulmans pendant le soi-disant «printemps arabe». Mais le deuxième incident à la même institution de l’OTAN pointe vers une position anti-turque plus complète:

Un officier norvégien d’origine kurde s’est inscrit sur un site de réseau social au sein de l’OTAN, utilisant un faux compte au nom du président Erdoğan et partageant des postes contre l’organisation.

Dénoncer le héros laïc turc Atatürk et son président islamiste Erdogan dans des occasions semblables est une action globale contre le pays entier.

Le porte-parole politique de l’OTAN, Jens Stoltenberg, un homme politique norvégien, s’est excusé pour ces incidents. Cela ne calmera personne.

Un incident comparable s’est produit en 2006. Le lieutenant-colonel américain Ralph Peters a publié une carte avec des frontières redessinées du Moyen-Orient dans le Journal des Forces armées . La carte montrait un « Kurdistan libre » et la Turquie coupée à la moitié de sa taille.

La carte a ensuite été présentée par un colonel américain au Collège de défense de l’OTAN à Rome alors que des officiers turcs étaient présents. Un tollé s’est ensuivi et les États-Unis ont dû s’excuser.

En juillet 2016, des parties de l’armée turque ont tenté un coup d’État contre Erdogan. Les jets turcs qui ont attaqué le capitole Ankara avaient lancé de la base américaine et de l’OTAN à Incirlik. Lorsque la tentative a échoué, plusieurs pays de l’OTAN ont accordé l’asile à des officiers turcs qui ne voulaient pas retourner dans leur pays d’origine.

Après le coup d’Etat raté, la Turquie a décidé d’acheter des systèmes de défense aérienne russes. Le mouvement a du sens. Les systèmes américains alternatifs sont suspectés d’être inefficaces pour attaquer les avions et les missiles américains. Les systèmes S-400 russes sont conçus pour contrer les menaces des armes américaines.

La Turquie est partenaire du programme de chasseurs à réaction américains F-35. Il a l’intention d’en acheter une centaine. Maintenant, l’US Air Force suggère que l’accord pourrait être restreint:

Cont. lecture: L’ OTAN ajoute au chagrin de la Turquie

Publié par b à 14:22 | Commentaires (52)

Négociations Brexit et gros sous

Négociations Brexit et gros sous

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Négociations Brexit et gros sous

Combien l’Union européenne exige-t-elle du Royaume-Uni en guise de « solde de tout compte » pour le Brexit, pourquoi ce paiement, pourquoi le gouvernement britannique est-il si embarrassé et agité – et pourquoi l’échec des négociations débouchera très probablement sur un Brexit « dur » sans accord commercial.

Voici la première des « Leçons de choses du Lundi » du Nœud Gordien.

Série « Les leçons de choses du Lundi » – N°1

La question de fond : Payer combien, et d’ailleurs pourquoi ?

Mettant à part tout l’aspect politique de la question – certes fondamental, et on y reviendra plus loin – qu’est-ce que la Grande-Bretagne devrait payer, dans le sens « ce qu’il serait juste qu’elle paie » lorsqu’elle quittera l’UE le 29 mars 2019 ? Il ne s’agit pas ici de ce qu’on essaiera de lui faire payer – davantage, évidemment – ni de ce qu’elle essaiera de payer – beaucoup moins, naturellement. Mais plutôt de ce qu’il en serait si la chose était décidée en toute justice (certes, on peut toujours rêver !)

Il s’agit ici non des contributions acquittées régulièrement jusqu’à la date de la sortie – que personne ne remet en question – mais du « solde de tout compte » que l’UE exige de la part de Londres.

Des chiffres entre 40 et 100 milliards d’euros ont circulé, ce qui est fort imprécis – et à partir de 0 milliard et 0 centime, du point de vue de certains partisans de longue date du Brexit !

D’une manière générale, on trouvera dans la presse et les communications et autres « petites phrases » des uns et des autres de part et d’autre de la Manche ce genre de chiffres assénés avec autorité – mais guère de détails un tant soit peu clairs sur ce que cette somme recouvre, et comment c’est calculé. Pour essayer d’y comprendre quelque chose, la source la plus complète semble bien être cette étude de 14 pages (PDF, en anglais) d’Alex Barker, le chef du Bureau Europe du Financial Times. Le texte est clair quant à la composition du total et quant aux raisons de considérer tel ou tel paiement comme justifié ou non.

Le montant

Suivant les hypothèses (voir page 10) Barker arrive à :

• Un paiement net de 57 à 73 milliards d’euros, dans une position pro-UE maximaliste qui inclurait aussi les passifs éventuels là où l’UE s’est portée garante pour l’avenir – essentiellement des conséquences éventuelles différées de la crise financière.

• Une vue plus modérée se situerait entre 48 et 61 milliards, sans ces éventuels passifs.

• Enfin une position favorable au RU aboutirait à un total entre 25 et 33 milliards, excluant les subventions promises à Pologne, Hongrie et République tchèque pour 2019 et 2020 et incluant la remise sur la contribution 2018, qui serait payée l’année suivante.

Payer ou pas

Voir encore une intéressante revue (pages 11 et 12) des arguments légaux d’un côté et de l’autre sur la question de principe le RU aurait-il quoi que ce soit à payer après sa sortie – en somme, l’ « option 0 » rêvée par les pro-Brexit intransigeants :

• Il n’y a que peu de précédents légaux comparables, donc pas vraiment de jurisprudence applicable.

• Des arguments et dans un sens et dans l’autre peuvent être trouvés dans le droit international et le droit de l’UE – voir les discussions sur ce qui se passerait si l’Ecosse sortait du RU, certaines déclarations de Londres sur le partage dans ce cas des dettes communes allant… nettement dans le sens des intérêts de l’UE ! Dans l’ensemble cependant, pas une grande clarté.

• En cas d’effondrement des pourparlers et de Brexit « ultra-dur », c’est-à-dire non seulement absence de traité commercial pour l’avenir mais Londres qui refuserait de payer un centime après la date de sa sortie, l’affaire serait portée devant la Cour de justice de La Haye, qui se baserait sur l’article 70 de la Convention de Vienne sur les traités internationaux – comme par exemple le traité de l’UE est un traité international – donnant quelque espoir au RU de s’en sortir sans rien avoir à payer… mais pas de certitude, car l’article laisse une certaine place à l’interprétation.

Position de force

L’aspect politique est évidemment prépondérant : en définitive c’est la position de force dans les négociations qui décidera du montant à payer, sauf évidemment en cas de rupture des négociations. La Commission est dans une position forte parce que le temps joue contre le RU, et parce qu’elle est en mesure d’expliquer à tous les Etats membres restants qu’ils ont tout intérêt à ce que les Britanniques paient – les pays d’Europe centrale en particulier, traditionnellement plus proches des positions de Londres, ont du souci à se faire pour les futurs fonds de cohésion.

Comme l’écrit Barker « il est difficile d’apercevoir des contraintes politiques émerger d’elles-mêmes pour contraindre les exigences de l’UE à 27 » … autrement dit les gouvernements des pays membres n’ont aucune raison de se gêner (1)

Et comme il le discute page 13, il y a en fait des risques sérieux d’effondrement des négociations sur ce point, parce que les politiciens britanniques ne sont guère prêts à payer à l’UE, et encore moins à l’expliquer à leurs électeurs. L’information suivante est assez révélatrice… pour ne pas dire en décalage complet avec les exigences de l’UE !

« Le Trésor du Royaume-Uni, dans son budget de Novembre 2016, a attribué à d’autres usages les fonds avec lesquels il aurait réglé les contributions à l’UE après 2019 »

Qu’est-ce qui permettrait de contourner éventuellement cet obstacle ? Selon l’auteur, essentiellement des astuces de présentation. Plus quelques entourloupes quand même – bien dissimulées dans la conclusion de sa dernière page – c’est qu’il est tout de même sujet de Sa Très Gracieuse Majesté, et a les intérêts de son pays à cœur !

Mais il faut tout de même parler de l’aspect politique

Et donc de la perception de tout cela par les Britanniques.

Theresa May, même si elle obtient un répit de deux ans supplémentaires, sera tout de même confrontée à une difficulté politique chez elle. La période de transition impliquera, en effet, que la Grande-Bretagne bénéficie de l’accès au marché intérieur, paie sa quote-part, se soumette à la jurisprudence de la CJUE (la Cour de justice de l’Union européenne), mais… ne prenne plus part aux décisions de l’Union. « En effet, juridiquement, les Britanniques ne seront plus dans l’UE au 30 mars 2019, relève un diplomate français. Ils n’auront donc plus de droits de vote. Et ils devront respecter les décisions prises à 27 sans eux… C’est un véritable protectorat. »

« Une difficulté politique« … En effet, et c’est peu de le dire !

Voici le genre de caricature politique qui se trouve dans le Telegraph, journal certes conservateur mais… justement, Madame May l’est aussi. Nous ne parlons pas d’un tabloïd, il représente plutôt des opinions construites qu’à l’emporte-pièce.

C’est là le genre d’état d’esprit dans lequel se trouvent une grande partie des Britanniques, et certainement la plupart des partisans du Brexit.

Payer 60 milliards d’euros et rester soumis à la Cour de Justice de l’UE et devoir continuer la libre-circulation des Européens et ne plus avoir voix au chapitre ? A la City, le cœur financier de Londres, on l’espère sans doute très fort, et Madame May doit bien suivre, du moins faire ce qu’elle peut. Au final il est tout de même très difficile d’imaginer que ce genre d’accord soit acceptable pour la population britannique. Voir déjà la révolte d’une partie des conservateurs sur ce sujet avec cette Lettre ouverte à Theresa May des partisans les plus décidés du Brexit, y compris plus de 50 parlementaires conservateurs.

• Ils lui enjoignent de cesser toute négociation pour un accord de Brexit à moins que Bruxelles ne commence immédiatement les négociations sur la relation commerciale future – alors que la mission que les chefs d’Etat européens ont donnée à Michel Barnier consiste à d’abord fixer les détails de la séparation y compris financiers avant de négocier un accord commercial pour après la sortie.

• Les Britanniques utiliseraient alors le temps restant avant mars 2019 pour se préparer à des relations avec l’UE régies par les seules règles de l’OMC l’Organisation Mondiale du Commerce. Inutile de préciser – même s’ils ne l’écrivent pas – que la somme versée par Londres à Bruxelles comme solde de tout compte pourrait s’écrire avec un seul chiffre… celui qui a été autrefois inventé par les Indiens.

Cette lettre représente une forte pression sur Theresa May, qui n’est pas si confortable au Parlement (c’est une litote) et dont le siège à la limite pourrait s’avérer éjectable. Et la stratégie exigée reviendrait à lancer un ultimatum à Bruxelles.

Deux de leurs arguments ont un certain poids :

• S’il doit n’y avoir aucun accord, autant le savoir tout de suite car du moins l’incertitude sera levée et elle est toujours mauvaise pour les affaires.

• La stratégie de l’ultimatum – éventuellement du bluff – peut avoir ses avantages, étant donné que beaucoup de pays européens préféreraient conserver des relations économiques ouvertes avec le Royaume-Uni. Rappelons que Berlin a un excédent de 54 milliards de dollars dans son commerce avec Londres (2) C’est aussi ce qu’espère Nigel Farage, qui a estimé que « Angela Merkel (sous) pression de l’industrie allemande (est) le seul espoir ».

Reste le sujet qui donne des sueurs froides à tous les responsables politiques britanniques : à côté d’éventuelles « opportunités » économiques du Brexit, il y a aussi le « petit » détail du racket de l’ « industrie » financière.

Et si l’« industrie financière » de la City était réduite à la portion congrue ?

La contribution du centre financier de Londres – premier centre européen et centre financier mondial le plus réputé – aux finances publiques britanniques est très considérable. Qu’on en juge :

• D’après cet article du Daily Mail de 2017, le centre financier lui-même rapporterait 66 milliard de livres chaque année au Trésor britannique. Si l’on rapproche ce chiffre de ceux du budget (2016), nous parlons d’un peu plus de 9% du budget de l’Etat

• Selon cette autre estimation du Telegraph en 2015, la contribution de la City au budget aurait été de 11% en 2015 à comparer avec 13,9% en 2007

• La City publie elle-même chaque année un document nommé « Total Tax Contribution » (PDF, en anglais) qui comme son nom l’indique vise à bien faire comprendre au gouvernement à quel point il est dépendant de cette « industrie ». La dernière livraison (2016) situe la contribution directe aux impôts à « 11.5% of the UK Government’s total tax receipts », en hausse de 0,5% par rapport à 2015, pour un montant total de 71,4 milliards de livres. La majeure partie de ces revenus fiscaux provient des taxes sur l’emploi

En résumé, les seuls impôts directs sur la City représentent entre 9 et 11,5% des revenus du Royaume-Uni en tant qu’Etat, sans compter encore les impôts sur les activités induites. L’impact direct et indirect qu’aurait le départ d’une partie de la City risque d’être très important (3)

Ajoutons encore sa contribution à l’équilibre de la balance des paiements, sachant que la balance commerciale du Royaume-Uni était déjà dans le rouge de 221 milliards de dollars en 2016 avec un taux de couverture des importations par des exportations de seulement 65%, à comparer avec 90% pour la France qui pourtant ne va pas précisément très bien.

La question à cent balles – enfin, un peu plus – étant de savoir si l’activité financière sera gênée voire ruinée par le Brexit un peu, un peu plus, beaucoup, encore plus…

Le Gouvernement de Sa Majesté en a perdu son fameux sang-froid

Le gouvernement britannique est tiraillé, faut-il dire coincé et déchiré, entre d’une part :

La décision du peuple souverain – une formulation française à l’origine, mais c’est bien ainsi que les choses se passent en Grande-Bretagne quoi qu’il en soit de la théorie sur le « parlement souverain » – qui leur a dit clairement que c’est sortie de l’UE et contrôle de ses frontières nationales tout seuls comme des grands, et si le gouvernement ne veut pas eh bien il le fait quand même un point c’est tout

Et d’autre part :

Les énormes pressions de leur secteur financier – hypertrophié comme chacun sait – qui veut continuer à faire des affaires en Europe sur un pied d’égalité avec les banques d’UE, et pour ça il leur faut la liberté totale financière comme ils l’ont à ce jour, et puisque les autres pays de l’UE ne veulent pas la maintenir (4) sauf à maintenir en même temps la liberté d’immigration pour les Européens au Royaume-Uni et le pouvoir de la Cour de Justice européenne alors les financiers sont d’accord pour dire adieu au contrôle de ses frontières nationales et adieu au « comme des grands », sauf que… sauf que le populo risquerait d’en être vraiment faché

Et ça leur fait mal, au gouvernement britannique.

Surtout parce que la réalité politique est qu’il leur est pratiquement impossible de faire ce que leurs meilleurs instincts leur commanderaient de faire, c’est-à-dire donner tout ce qu’elle veut à Madame la City, et Monsieur le Peuple eh bien il irait se faire voir. Comme dans l’ancien temps, les gens de bien sont servis comme il faut – bien, donc, puisque ce sont des gens de bien, c’est élémentaire quand même – tandis que le vulgaire, eh bien il a le sourire de M’dame Maggie, il peut l’envelopper dans un Union Jack si ça lui chante, et il faudra bien que ça lui suffise.

Oui mais en pratique ils ne peuvent pas. Ne peuvent plus. C’est ça le principe du référendum… une procédure de « Frog » (Français) un truc pareil (5)

Alors on rêve d’avoir « le beurre et l’argent du beurre », on presse on complote on pleurniche on fait des représentations aux uns et aux autres. Ce ne serait pas possible d’avoir les deux ? Non ? Nan mais vraiment pas ? On en pleure des rivières sa petite maman.

Et ça ne marche pas.

Et avec l’article 50 on s’est mis sur une trajectoire de sortie qui aboutira le 29 mars 2019. Alors il va bien falloir faire quelque chose quand même.

Difficile pour un gouvernement coincé entre un peuple britannique qui maintient sa décision de partir et une City debout sur le frein de tout Brexit « dur »

Ce à quoi les Britanniques seront forcés, c’est-à-dire accepter leurs pertes – une bonne partie si ce n’est le plus clair des trafics de l’activité de la City – faire contre mauvaise fortune bon cœur et se dire que le vin étant tiré, il faut le boire, le gouvernement ne pourrait-il s’y résoudre dès maintenant, avec l’argument que la situation n’ayant guère de chance de changer, autant réduire la période d’incertitude tout en faisant preuve d’un tant soit peu d’assurance et de respect de soi ?

Outre-Manche, on appelle ça garder la lèvre supérieure rigide – «  keep a stiff upper lip » – une vertu ancestrale que… eh bien, les ancêtres avaient eux, oui.

Pour l’instant, ce n’est pas vraiment ça.

Mais un de ces jours pas si lointain, les Britanniques vont la retrouver, cette vertu ancestrale – c’est qu’ils y seront bien forcés. Et puis ça ne disparaît pas comme ça, ce genre de choses. A force de fouiller dans les malles au grenier, les vieux souvenirs de l’Empire et tout ça, on finit par retomber dessus.

… Quant aux soixante milliards pour les finances de l’UE, autant ne pas trop y compter. La question sera plutôt : programme d’austérité dans les dépenses au niveau de l’Union, ou contributions plus importantes des Etats membre restants ?

Il fut un temps où Londres obtenait des autres capitales un « chèque » de réduction de sa contribution. Les Britanniques accepteraient-ils qu’au moment même où ils décident de partir, ce soit eux qui cette fois-ci doivent faire le chèque ?

Nul n’est obligé d’y croire… Et le Brexit sera dur

Alexis Toulet

Article publié le 13 novembre 2017 sur le site Le nœud Gordien.

http://www.dedefensa.org/article/negociations-brexit-et-gros-sous

Vidéo. A. Taithe : Quelle géopolitique de l’Arctique ?

Vidéo. A. Taithe : Quelle géopolitique de l’Arctique ?

Par Alexandre TAITHE, Fabien HERBERT, Pierre VERLUISE, le 17 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images, son et montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard, Diploweb.com.

Chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) Alexandre Taithe présente très clairement la géopolitique de l’Arctique, un enjeu majeur de la planète dans le contexte du changement climatique. Il répond aux questions de Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

QUESTIONS :

. Quelles sont les idées fausses à propos de l’Arctique ?

. Quelles sont les notions incontournables à connaître sur l’Arctique ?

. Quels sont les enjeux autours de l’Arctique ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Estelle Ménard pour Diploweb.com

L’Arctique est une aire dont le réchauffement dépasse la moyenne mondiale. Elle traverse ainsi des changements brutaux. Les conséquences sont visibles, notamment par leur impact sur la banquise, en perte de surface et d’épaisseur, faisant craindre sa disparition saisonnière dans les dix prochaines années. Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, nous explique ce qu’il faut retenir de la situation géopolitique de l’Arctique à l’heure actuelle.

Il existe trois idées répandues, bien que fausses, sur la région. A. Taithe conteste l’idée selon laquelle l’Arctique serait un el dorado d’hydrocarbures et de terres rares. Certes, une exploitation des sols existe déjà et une étude américaine de 2008 voudrait qu’un tiers des ressources en hydrocarbures se trouve dans l’Arctique. Or, plusieurs forages se sont avérés peu probants, sans compter les difficultés que le climat pose pour l’exploitation des ressources. Ensuite, si l’Arctique est une aire militarisée, elle l’est par défaut, car les militaires sont les seuls à avoir des forces et des équipements suffisamment adaptés pour protéger la région, étant donné les rudes conditions climatiques. La situation militaire pourrait néanmoins évoluer en raison du regain d’intérêt stratégique pour la région, notamment de la part de la Russie. Finalement, certains croient, à tort, que l’on peut trouver un statut de protection de l’Arctique analogue au traité de l’Antarctique, signé durant la Guerre froide, un symbole d’entente pacifique et de promotion de la science. Ce serait toutefois de confondre un pôle sud continent non approprié, entouré par tous les océans, avec un pôle nord bordé de terres et de mers appropriées par des États disposant de droits souverains. S’il existe certaines revendications, elles sont exemptes de graves différends territoriaux, les potentielles ressources d’hydrocarbures étant situées dans des zones économiques exclusives.

Pour mieux comprendre et définir l’espace arctique, A. Taithe identifie les acteurs qui le régulent. Il y a un premier cercle composé des riverains (États-Unis, Canada, Danemark, Norvège et Russie) qu’on appelle « l’Arctic 5 ». Il devient « l’Arctic 8 » si l’on ajoute les pays de l’aire arctique (Suède, Finlande, Islande). Enfin, il y a tous les pays dont l’intérêt pour l’Arctique dépasse les intérêts nationaux. C’est le cas de la France, dont les scientifiques considèrent que les changements de l’Arctique ont un impact sur le climat des deux hémisphères. Aujourd’hui, on s’inquiète d’une appropriation politique de la région par le conseil de l’Arctique, un acteur informel composé de « l’Arctic 8 » et d’observateurs sans droit de parole. En découle le risque d’une appropriation juridique à travers un droit mou qui s’impose à certains États par des pratiques actuelles, devenant modèles de référence, comme la régulation de la pêche par « l’Arctic 5 ». En contrepartie, des débats existent, comme au sujet du statut des passages maritimes. Si le Canada et la Russie revendiquent un statut archipélagique (accord préalable pour le passage des bateaux), les États-Unis, la France et la Chine veulent un libre passage, tel que garanti par la convention de Montego Bay. Enfin, il y a le risque d’appropriation économique. Par exemple, les Russes font actuellement payer un droit d’accompagnement par brise-glace, peu importe la saison, plus cher encore que les péages des canaux de Panama et de Suez.

Le grand enjeu aujourd’hui est celui de la connaissance scientifique. La climatologie, mais aussi les sciences sociales (posant la question qu’est-ce que l’autochtonie ?) sont des connaissances essentielles pour la gouvernance et la diplomatie. La France doit pouvoir coordonner ses moyens de recherche, exercer sa liberté de navigation, et bien sûr avoir les moyens de circuler, communiquer et observer, pour s’affranchir d’une dépendance des autres États comme la Russie, très secrète sur ses données océanographiques. A. Taithe relève de nombreuses lacunes dans la cartographie de l’archipel arctique canadien, et si les fonds marins russes sont cartographiés, ils bougent et nécessitent un suivi constant, nécessaire à la pratique de routes qui seront de plus en plus utilisées ainsi qu’à l’anticipation des changements des usages du territoire. Par ailleurs, il faut penser l’Arctique dans sa relation avec le reste du monde et non comme une entité séparée. L’Union européenne pourrait s’imposer en toute légitimité dans le dialogue des pays arctiques à travers sa politique nordique. La France gagnerait quant à elle à renforcer la coopération entre ses scientifiques, son secteur public et ses entreprises aéronautiques, pétrolières, touristiques pour avoir une vision cohérente de l’espace arctique et garantir son libre-accès.

Copyright pour le résumé Novembre 2017-Ménard/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Video-A-Taithe-Quelle-geopolitique-de-l-Arctique.html

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 7 novembre 2017 – Source Katehon

Aujourd’hui 7 novembre est le jour de la Révolution bolchevique d’Octobre – une date terrible et importante.

Il y a beaucoup à dire sur la Révolution d’Octobre. Cela fait indubitablement partie de notre histoire et nous en assumons la responsabilité. Par conséquent, nous sommes simplement obligés de comprendre le sens de cet événement.

Premièrement, à l'époque soviétique, la Révolution d'Octobre était vénérée comme quelque chose de presque sacré, comme un événement marquant le début du cycle soviétique.

En URSS, cette date était considérée comme le début d’une période infinie conduisant finalement au communisme. Mais il s’est avéré que ce n’était qu’une époque qui a commencé en octobre 1917 et s’est terminée en 1991. Cela signifie que la compréhension soviétique de la Révolution d’Octobre est profondément incorrecte. Nous avons pris une chose pour une autre et nous sommes follement attachés à une vieille interprétation. Nous devons trouver une nouvelle explication pour cet événement, car l’ancienne, la soviétique, s’est révélée fausse.

Deuxièmement, cette évaluation positive et idéalisée d'Octobre 1917 a prévalu dans notre société comme étant la seule possible depuis 70 ans.

C’était faux, ce qui signifie que nous devons chercher une autre explication. Et il est important de prendre en compte la position de l’autre moitié du peuple russe, qui n’était pas en faveur des Rouges, mais des Blancs. Pour les Blancs, la révolution était le résultat de la conspiration monstrueuse d’une secte infernale, purement satanique, qui utilisait la tromperie et la violence pour s’emparer du pouvoir et abandonner radicalement toute légitimité après la dissolution de l’Assemblée constituante. De plus, les Blancs ont surtout souligné que les bolcheviks étaient largement constitués de minorités nationales et comptaient sur des brigades étrangères, telles que des fusiliers lettons ou même des soldats chinois. En d’autres termes, Octobre a été vu comme une prise de pouvoir violente par une organisation terroriste russophobe. Cette évaluation, purement négative, est probablement tout aussi loin de la vérité que celle de l’Union soviétique. En effet, ça l’est. La théorie de la conspiration des gardes blancs est tout aussi inacceptable que le culte soviétique de la révolution d’Octobre.

La vérité ici est quelque peu asymétrique. Tout le monde connaît la fausse interprétation communiste, alors que beaucoup moins de nos concitoyens connaissent la version douteuse et simpliste de la Garde blanche. Il faut au moins corriger cette erreur et assimiler ces deux théories, également discutables, l’absurdité rouge de la nature socialiste de la révolution – dans un pays agraire avec un capitalisme sous-développé et presque pas de prolétariat ! Et l’absurdité blanche d’une conspiration juive. Mais puisque l’absurdité rouge est représentée dans des milliers de films et de pièces, alors laissons faire autant de monuments à l’absurdité blanche. Nous avons déjà une explication stupide de la Révolution d’Octobre sous la forme communiste, qui est un mensonge si répandu que toute tentative de publier les théories de la Garde blanche dans l’esprit d’Ataman Krasnov provoque immédiatement une tempête de protestations. Du point de vue de la justice historique, il faut aujourd’hui donner aux Blancs une estrade absolument libre. Ils doivent même être aidés jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli, d’autant plus que la perception d’Octobre comme une catastrophe est entièrement justifiée, car notre peuple l’a payé avec les millions de vies de ses meilleurs fils et filles.

Troisièmement, nous devons chercher à expliquer le sens historique véritablement profond de la Révolution d'Octobre, ou du Coup d’État d'Octobre, au-delà des interprétations incorrectes et simplistes des Rouges et des Blancs.

Cependant, nous rencontrons ici un problème méthodologique très important. L’histoire est la science de l’interprétation des faits, et pas seulement les faits eux-mêmes. Les faits sans interprétation n’existent pas. Par conséquent, il est impossible d’évaluer un événement idéologique tel que la révolution (ou le coup d’État) sans se fonder sur l’une ou l’autre idéologie. Les Rouges et les Blancs ont leurs plates-formes idéologiques. Même leurs explications fausses et contradictoires sont plus fiables que les théories impuissantes de ceux qui réclament l’objectivité. Il n’y a pas d’objectivité dans l’histoire – il ne s’agit que d’une rhétorique. Ainsi, jusqu’à ce que nous déterminions d’où notre société contemporaine contemple le monde [c’est à dire avec quelle idéologie, NdT], et jusqu’à ce que nous nous reconnaissions nous-mêmes aujourd’hui dans cette vision [idéologique], la signification des événements d’octobre 1917 nous restera inaccessible et fermée.

Quatrièmement et pour finir, 1917 était un phénomène intra-russe. Ce fut un drame monstrueux pour certains et une grande réussite pour les autres.

Seuls nous, les Russes, pouvons décider ce que 1917 était en réalité et comment cela correspond à la logique générale de l’histoire russe. C’est notre affaire et notre révolution. Par conséquent, nous sommes seuls chargés de reconstituer ce puzzle. Personne d’autre.

La Révolution d’Octobre a tenté de nombreux grands penseurs et poètes russes qui ont vu dans la révolution un événement eschatologique et même l’avènement de l’Heure russe. Presque tous se sont repentis plus tard. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont attendu l’Heure russe en vain. En termes simples, la vraie révolution russe est toujours devant nous.

Alexandre Douguine

http://lesakerfrancophone.fr/la-revolution-doctobre-par-alexander-douguine

 

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2


Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017


Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 2ème Partie.



"Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe." Entretien avec Jacques Borde 2/2

| Q. Comment qualifieriez-vous le rôle joué par Riyad ?

Jacques Borde. En l’espèce, il ne s’agit pas tellement de Riyad, mais de celui qui s’y comporte comme un hêgêmon avec foi (le wahhabisme) mais guère de loi : Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd. Je ne sais si l’Iran voisin avec qui MBS a fort peu d’atomes crochus, est bien l’État voyou dont nous parle certains, mais MBS, lui, ressemble de plus en plus à un chef d’État voyou.

Saad Hariri doit pouvoir être libre de ses mouvements, non pas pour ce qu’il est, mais pour le poste qui est toujours le sien celui de Premier ministre libanais. À ce stade les admonestations qu’Hariri a adressé à Téhéran doivent être traités avec beaucoup de circonspection.

| Q. Quid, alors, du rappel d’Hariri à Riyad qui serait à l’origine de l’affaire ?

Jacques Borde. C’est la thèse en vue. Là, si elle est vraie, Saad Hariri mérite notre mépris pour son comportement de dhimmî vis-à-vis des ses voisins wahhabî. Mais pas d’être ainsi soumis au bon vouloir des Néo-barbaresques wahhabî qui n’ont aucun droit de le retenir. Le temps des rezzous n’est plus. Même si en cette matière, les Séoud ont délaissé le sabre pour la bombe à guidage laser pour massacrer des civils innocents comme ils le font au Yémen.

| Q. En ce cas Macron à Riyad : pourquoi et pour quel résultats?

Jacques Borde. Ne confondons pas les choses. La nature fantasque, pour ne pas dire despotique du nouveau maître de Riyad, ne fait pas de ce pays un endroit à éviter. Tout au contraire. Le royaume reste le primus inter pares du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG) et doit être traité comme tel.

Ça n’est pas d’être allé à Munich qui sera toujours reproché à Daladier et Chamberlain, mais de s’y être couchés devant Hitler…

D’ailleurs, avant de se projeter diplomatiquement à Riyad, le chef de l’État :

1- n’a pas manqué de rappeler quels points, géostratégiquement parlant, nous séparaient de Ryad.
2- qu’il comptait bien se rendre à Téhéran prochainement. Si, bien sûr, d’ici là, les Iraniens maintiennent leur invitation…

En l’espèce, même s’il eut été appréciable que Macron effectuât son vol retour accompagné de l‘otage (sic) Hariri, ses échanges sur place ne furent marqués par aucune reculade. On a, désolé, de le dire, connu ses prédécesseurs moins heureux en pareil cas.

Après Trump et Poutine, il fallait bien qu’Emmanuel Macron, prît contact avec Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

| Q. Oui, mais MBS n’est que prince héritier ?

Jacques Borde. Ne chipotons pas. C’est bien MBS qui est le boss et non le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd.

| Q. Ne cautionnons-nous pas une révolution de palais ?

Jacques Borde. Non. Parce que ça n’est pas du tout ce à quoi nous assistons. La dévolution du pouvoir (ou le passage de relais si vous préférez) est bien réelle entre les deux hommes. Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd passe bien la main, et en toute connaissance de cause, à son protégé de toujours Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

Bon, le coup de purge de MBS est tout aussi réel. Mais c’est un coup de balai. Mais pas un golpe. MBS a pris simplement son monde par surprise. Une sorte de 18 Brumaire des sables. Techniquement, c’est plutôt bien joué.

| Q. Et, au fait, qu’ont retenu les Séoudiens des conseils éclairés (sic) de la France ?

Jacques Borde. Pour le moment, peu de choses effectivement.

Loin d’arrêter ses bombardement sur le Yémen, rien que dans la nuit du 10 au 11 novembre 2017, l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)1 a mené deux séries de frappes.

Si Paul prit un jour le chemin de Damas, Emmanuel celui de Riyad, de son côté MBS n’a, de toute évidence, pas pris celui de Paris…

| Q. Mais, pour revenir aux tous débuts de notre discussions, le monde arabe existe bel et bien, vous exagérez…

Jacques Borde. Géographiquement, oui. Mais, pour le reste.

En fait, si nous comparons avec l’Europe qui a, espérons définitivement, enterré la hache de guerre (entre ses membres évidemment) ; le monde arabe a strictement fait le chemin inverse. Moins d’unité, moins d’entente et des guerres en série. Guerre soit chaudes, tièdes, asysmétrique et/ou d’usure :

1- guerre religieuses, ou sectaro-religieuses, si vous préférez. C’est en partie le cas au Yémen où les factions takfirî à la solde de Riyad ont cherché (et obtenu) la rupture avec les Houthis, compagnons de route du chî’îsme.
2-
guerres de libération au motif des prétendus printemps arabes. En fait, plus des des périodes de glaciation nazislamiste. Mais en l’absence de pouvoir colonial, des guerres tournées contre son propre magistère par des régnicoles instrumentalisés : Guerre de Libye (réussie), Guerre du Sinaï (ratée)
3-
guerres de conquête. Celle du double califat de Mossoul et de Raqqa.
4-
guerres de suprématie régionale. Heureusement, pour l’instant par proxies. Celle qui oppose désormais la RI d’Iran et le Royaume d’Arabie Séoudite.

Les typologies ci-dessus (1à 4) se mélangeant allègrement les unes aux autres.

| Q. Comment expliquez-vous l’irruption de l’Arabie Séoudite dans le champ de la guerre. Elle qui, malgré un armement non-négligeable, a toujours su se tenir à l’égard des guerres israélo-arabes ?

Jacques Borde. Principalement par sa sidération vis-à-vis de l’Accord 5+1 sur le nucléaire iranien dont elle aura été tenu totalement à l’écart du début jusqu’à la fin. Une des fautes géostratégiques majeures – une de plus, direz-vous – de l’administration Obama et de son incompétentissime Secretary of State, John F. Kerry.

Quant à sa tenue à l’écart des guerres israélo-arabes, malgré une doxa obstinément antisémite, notamment chez les têtes pensantes (sic) du wahhabisme, un sens de la survie (ou un manque de courage) face à la 1ère puissance militaire du Proche-Orient : Tsahal.

Ensuite, les Séoudiens ont cru leur heure venue. C’est aussi simple que cela.

Pour lire la suite, cliquer sur le lien.


Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-2-2_a344.html

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

 

Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017

 

Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 1ère Partie.

 

 

| Q. Désolé d’être aussi pragmatique, mais ramenons-nous quelque-chose de palpable du périple d’Emmanuel Macron dans le Golfe ?

Jacques Borde. Oui, rassurez-vous. Les Émirats arabes unis (EAU) vont nous prendre deux corvettes Gowind, de Naval Group, l’ex-DCNS. Un projet d’acquisition assorti d’une option pour deux bâtiments supplémentaires. L’annonce en a été faite par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse.

« Nous sommes fiers que les autorités des Émirats arabes unis aient sélectionné les corvettes Gowind de Naval Group. Avec notre partenaire industriel émirien ADSB, les discussions vont maintenant se poursuivre avec les Forces armées pour nous permettre de finaliser le contrat relatif à cette acquisition. Ces corvettes Gowind sont des navires de combat de dernière génération, polyvalents, et adaptés pour répondre aux besoins de la marine des Émirats arabes unis », a expliqué, de son côté, le pdg de Naval Group, Hervé Guillou.

« Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et les Émirats arabes unis et constitue un nouveau succès à l’export pour la France », a noté, quant à elle, la ministre des Armées, Florence Parly.

Emmanuel Macron n’a donné aucun détail sur l’accord ni son montant, mais il est à rappeler que Naval Group tenait, et tient toujours, la corde face à ses concurrents.

| Q. Pourquoi cette commande ?

Jacques Borde. Pour trois raisons, en fait.

Comme l’a écrit Michel Cabirol, « Abu Dhabi a exprimé un vif intérêt pour ce type de corvettes de haute mer et lourdement armée dans un contexte régional tendu non seulement avec l’Iran mais également avec la Turquie, qui a installé sa première base militaire en Afrique (près de Mogadiscio en Somalie). Déjà en guerre contre les Houthis au Yémen, les EAU semblent également très soucieux de défendre l’accès du Détroit de Bab-el-Mandeb ‘gardé’ par Aden et Mogadiscio. C’est d’ailleurs également l’une des priorités de l’Égypte, l’allié des EAU ».

Bon, évidemment, nous ne sommes pas au niveau des milliards de dollars ramenés par Donald J. Trump, mais nous n’allons pas nous plaindre…

| Q. Plus généralement, quid des propos successives d’Emmanuel Macron tenus dans le Golfe ?

Jacques Borde. Intéressants, mais souvent trop génériques, je dirais. Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’inclusif (sic) quant à ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce nous y faisons et avons bien pu y faire.

Quant à la Syrie, plus précisément, je note surtout, Raqqa or not Raqqa, que le régime de Paris (sic) n’a, officiellement, rien à y faire, n’y étant en rien invité par le régime de Damas (sic) qui est, que cela plaise ou non à certains, l’autorité légale de ce pays. Et, là, je ne vous parle pas du soutien que nous avons pu accorder à des groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. À propos de qui Laurent Fabius disait qu’ils faisaient du « bon travail ».

| Q. Alors, en ce cas, selon vous, sommes-nous toujours l’ami du monde arabe ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, parce qu’à l’évidence, et en dépit de l’existence d’usines à gaz comme la Ligue arabe, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), plus quelques autres machins que j’oublie, le monde arabe a cessé d’exister en tant qu‘entité géopolitique.

Quant à l’Organisation de la coopération islamique (OCI), elle déborde largement du monde arabe.

Oui, car ce que nous sommes sans hésiter c’est bien les amis de plusieurs pays arabes, arabo-musulmans (sans parle de pays musulmans non-arabes). D’ailleurs par toujours nécessairement amis entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Qu’en cette mi- novembre 2017, nous sommes – ou essayons d’être, et ce par tous les moyens possibles – les amis de l’Arabie Séoudite [sic], des Émirats arabes unies, de l’Égypte. Mais, car il y a un mais, « s’immiscer dans des affaires intrarégionales », pour reprendre une des phrases d’Emmanuel Macron, semble encore être la vulgate de nos administrations successives. En Irak et en Syrie notamment.

Donc aussi non.

| Q. Vous mettez l’Irak et la Syrie sur le même plan ?

Jacques Borde. Pratiquement. Je vous explique pourquoi.

Primo, concernant la Syrie, vous aurez noté que :

1- le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, a dit et répété la défiance qui était la sienne et celle de son administration à notre égard.
2- en dépit des nos gesticulations, nous ne sommes toujours pas associés aux pourparlers dits d’Astana. De là à dire que nos exploits aéroterrestres ne sont peut-être pas aussi remarquables que le laisse entre le
discours élyséen…

En un mot comme en cent nous ne sommes donc résolument pas les amis de la Syrie. Sauf à considérer comme représentants de ce ce pays quelques groupuscules d’opposition armée tenus à Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran (et généralement au Caire également) pour des terroristes takfirî.

Secundo, concernant l’Irak, il est à noter que bien que l’administration Maliki ne tienne pas à l’égard de la France des propos aussi tranchés que le président syrien :

1- Bagdad ne nous associe à aucun de ses pourparlers sérieux avec qui que ce soit. Nous prêtons nos bras, où plutôt nos ailes, aux forces syriennes. Mais, au-delà, pas de quoi pavoiser.
2- l’administration irakienne, lorsqu’elle écoute quelqu’un tend plus l’oreille en direction de Moscou ou de Washington.
3- l’Irak, géostratégiquement, a quand même ses deux pieds ancrés dans l’
arc chî’îte, l’alliance politico-militaire conduite par l’Iran voisin.

| Q. Nous avons fait le tour ?

Jacques Borde. Non pas encore, hélas.

Restent encore deux de nos plus anciens amis arabes : le Liban et le Yémen. Nos liens étaient jadis très fort avec ces deux-là. Mais, nous avons, sous de précédents mandats présidentiels, abandonnés ces deux amis historiques de la France à leur triste sort. L’or du Golfe ayant eu raison de nos sentiments.

| Q. Pour vous la France n’est plus la puissance protectrice du Levant ?

Jacques Borde. (Soupir) Non. Et depuis longtemps déjà.

Je vous rappelle, ici, l’épisode honteux de l’ancien Sandjak d’Alexandrette – volé à sa mère-patrie syrienne et livré à la Turquie – grâce aux entourloupes de… Paris. Il y a donc un bout de temps que nous avons pris cette habitude de trahir, pour des dinars à défaut de deniers, nos rares et vrais amis dans cette partie de l’Orient compliqué.

À ce sujet, le livre de Lucien Bitterlin : Alexandrette, le ‘Munich’ de l’Orient ou Quand la France capitulait, même s’il remonte à 1999, me semble une lecture indispensable.

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Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements.

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Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

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Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Le secrétaire à la défense Mattis était désigné, il y a quelques mois, lorsque le WaPo ou le New York Times entendait décrire l’équipe Trump, autour du président Trump, comme « le seul adulte dans la pièce ». Ce général des Marines, faussement affublé du surnom de Mad Dog, colporté par la presse mais jamais employé dans ses décennies passées au sein du Marine Corps, est réputé comme un général-historien très-intellectuel, avec les sept mille ouvrages de sa bibliothèque et ses connaissances impeccables allant de Thucydide à Clausewitz. L’adulte décoré et très-cultivé, et donc d’une extrême sagesse, nous offre pourtant le spectacle étrange d’un emportement d’apparence raisonnable mais sans véritable frein, comme perdu dans les nuages, après tout aussi saugrenu et incertain que les autres; emportement provoqué sans doute par le climat délétère de “D.C.-la-folle” et l’atmosphère étrange qui règne au sein du Pentagone.

Ses déclarations, lundi, selon lesquelles les forces USA doivent rester en Syrie (où elles ont, selon le décompte turc qui n’a nullement été démenti, treize bases) pour être prêtes à reprendre ou à poursuivre le combat contre Daesh, ont parues si complètement surréalistes… 1) Les USA sont censés ne pas être en Syrie (“pas de ‘boots on the ground’ !”, voilà la politique officielle depuis 2011-2012) ; 2) ils sont censés être dans la région (uniquement dans les airs, vous dit-on), pour défaire Daesh ; 3) l’estimation officielle, cautionné par les USA et leurs brillants experts militaro-évaluateurs, est que Daesh est battu… Alors pourquoi rester en Syrie si l’ennemi désigné est battu ? Parce qu’on ne sait jamais, nous dut Mattis perdu dans les nuages, l’ennemi battu peut renaître de ses cendres, comme l’oiseau du même nom, – c’est l’hypothèse Daesh-phenix, ou, selon la terminologie du Pentagone, l’hypothèse “ISIS-2.0”.

Commentaire de ZeroHedge.com à ce point, en conclusion de cet aspect d’une tragédie-bouffe qui a soufflé en ce début de semaine sur le champ crisique de la Syrie (et retenez surtout le « And on and on it goes… » de la fin, qui ressemble aux fables pour les petits enfants pas très sages) : « America’s Syrian adventure went from public declarations of “we’re staying out” to “just some logistical aid to rebels” to “okay, some mere light arms to fight the evil dictator” to “well, a few anti-tank missiles wouldn’t hurt” to “we gotta bomb the new super-bad terror group that emerged!” to “ah but no boots on the ground!” to “alright kinetic strikes as a deterrent” to “but special forces aren’t really boots on the ground per se, right?” to yesterday’s Mattis declaration of an open-ended commitment. And on and on it goes… »

• Le même article de ZeroHedge.com a en fait comme sujet central une longue analyse de la BBC qui “révèle” qu’en fait les forces américanistes qui-ne-sont-pas-en-Syrie (puisque “no boots on the ground”), pour lesquelles Mattis promet de futurs combats contre Daesh-phénix au point qu’il est nécessaire de garder des bases-qui-n’existent-pas en Syrie (puisque “no boots on the ground”), sont les mêmes qui aident de toutes leurs forces des centaines, voire des milliers de combattants de Daesh à se sortir indemnes des piège des attaques combinées des Syriens, des Iraniens, du Hezbollah et des Russes.

Mais “révèle” mérite bien des guillemets, puisque la chose est très largement documentée, discutée, commentée, depuis des mois sinon deux ou trois ans par la presse antiSystème. Les guillemets sont donc surtout là pour saluer ce fait que la presseSystème (BBC) accouche pour la première fois d’un grand récit où l’on apprend ce qu’on sait déjà, – savoir que Daesh-ISIS est pure fabrication des USA avec les amis saoudiens et autres, et que Daesh-phénix l’est d’autant plus qu’il n’a nullement été réduit en cendres.

ZeroHedge.com s’exclame donc :

« Mattis’ declaration of an open ended military commitment in Syria came the same day that the BBC confirmed that the US and its Kurdish SDF proxy (Syrian Democratic Forces) cut a deal with ISIS which allowed for the evacuation of possibly thousands of ISIS members and their families from Raqqa. 

» According to yesterday’s bombshell BBC report:

» The BBC has uncovered details of a secret deal that let hundreds of Islamic State fighters and their families escape from Raqqa, under the gaze of the US and British-led coalition and Kurdish-led forces who control the city. A convoy included some of IS’s most notorious members and – despite reassurances – dozens of foreign fighters. Some of those have spread out across Syria, even making it as far as Turkey. […]

» Though it’s always good when the mainstream media belatedly gives confirmation to stories that actually broke months prior, the BBC was very late to the story. ISIS terrorists being given free passage by coalition forces to leave Raqqa was a story which we and other outlets began to report last June, and which Moon of Alabama and Al-Masdar News exposed in detail a full month prior to the BBC report. 

» And astoundingly, even foreign fighters who had long vowed to carry out attacks in Europe and elsewhere were part of the deal brokered under the sponsorship of the US coalition in Syria. […]

» Much is hidden beneath the rubble of Raqqa and the lies around this deal might easily have stayed buried there too. The numbers leaving were much higher than local tribal elders admitted. At first the coalition refused to admit the extent of the deal.

» So it appears that the US allowed ISIS terrorists to freely leave areas under coalition control, according to no less than the BBC, while at the same time attempting to make the case before the public that a permanent Pentagon presence is needed in case of ISIS’ return. But it’s a familiar pattern by now: yesterday’s proxies become today’s terrorists, which return to being proxies again, all as part of justifying permanent US military presence on another nation’s sovereign territory… »

• Le comportement de Mattis soulève la fureur des Russes, d’autant que ce secrétaire à la défense estime que les USA peuvent rester en Syrie puisqu’ils ont été autorisés à y entrer par l’ONU, ce qui représente une étrange absurdité. Le vice-ministre russe des affaires étrangères a longuement évoqué cette extraordinaire position consistant à dire que les forces US, qui n’étaient pas en Syrie comme Washington le dit depuis cinq ans, sont évidemment en Syrie parce que l’ONU les a autorisées à s’y trouver. Ces absurdités, plus que des contre-vérités, sont dites à l’emporte-pièce, sur un ton assez nonchalant (Mattis : « You know, the UN said that … basically we can go after ISIS. And we’re there to take them out.. »)…

Selon RT, qui est désormais un “agent étranger” et donc suspect aux USA mais qui a encore le droit de lire les compte-rendu des conférences de presse des ministres du gouvernement des États-Unis dont la cohésion est l’une des grandes vertus : « Quoi qu’il en soit, tous ces faits n’empêchent pas Mattis de prétendre que c’est l’ONU qui a autorisé la présence de troupes US en Syrie sans l’autorisation du gouvernement syrien. “Vous savez, l’ONU l’a dit… en gros, nous pouvons aller combattre contre ISIS [en Syrie]. Et nous y sommes pour les chasser”, a dit le secrétaire à la défense, se référant aux actons US en Syrie en répondant aux questions des journalistes ce lundi. »

Il faut aussi noter ceci que le titre de RT sur Mattis commence par une expression bienvenue et assez poétique, qui nous en dit si long pour définir le comportement du ministre : « Lost in reverie »…

• Que conclure à propos de cet incident ? Nous adopterons la solution assez paresseuse de citer, encore une fois, une plume bien à propos, celle de Patrick Armstrong, le 2 novembre 2017 sur Strategic-Culture.org . Ce qui était déjà vrai, ou encore vrai le 2 novembre, l’est déjà et encore plus aujourd’hui lorsque c’est sous la forme de cette charmante charade sans fin, additionnant les “nous ne savons pas” aux “nous ne savons pas” (“ce que nous, gens des USA, faisons en Syrie”), et cela du simple plouc aux généraux les plus bardés de médailles qu’on puisse imagine ; par conséquent, certes, cela vaut pour un Mattis, “perdu dans ses rêveries”…

« But still: we don’t know. We don’t know what Washington was trying to do in Syria. We don’t know whether all Washington was agreed on what it was trying to do in Syria. We don’t know if any agency in Washington had a plan in Syria. We don’t know who was making decisions in Washington then. We don’t know who’s making decisions in Washington now. We don’t know whether there is any unified position in Washington on Syria. Or anything else. We don’t know what Trump wants. We don’t know what Trump can do. We don’t know who’s running the place. Or whether anyone is.

» We don’t know. »

 

Mis en ligne le 15 novembre 2017 à 17H29

 

http://www.dedefensa.org/article/mattis-perdu-dans-ses-reveries-et-en-syrie

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Revue de presse nationale et internationale.

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