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Le franc CFA, un débat largement politique

Le franc CFA, un débat largement politique

par Sabine Cessou, 22 janvier 2018

Mahamadou Lamine Sagna, économiste sénégalais, spécialiste de la monnaie et ancien professeur des universités du Maryland et de Princeton (États-Unis, 2000-2011), fait certes moins de vagues que Kako Nubukpo.

Lire aussi Anne-Cécile Robert, « En finir avec le franc CFA ? » (avec une sélection d’archives), Le Monde diplomatique, 28 septembre 2017. Ce dernier, économiste togolais attaché à l’Université d’Oxford, a en effet été licencié en décembre avec fracas de son poste d’économiste en chef de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Comme deux ans plus tôt au Togo, où il n’a pas été reconduit en tant que ministre de la prospective, s’étant vu reprocher de ne pas tenir son devoir de réserve en multipliant les attaques dans la presse contre le CFA.

Son tort auprès de l’OIF ? Avoir continué son combat contre la devise postcoloniale, sur laquelle il ne s’est pas contenté de publier un ouvrage collectif, Sortir l’Afrique de la servitude monétaire, à qui profite le franc CFA ? (La Dispute, Paris, 2016). Il s’est aussi exprimé à maintes reprises dans la presse et sans doute dans la tribune de trop, critiquant les propos du président Macron — et du coup, la politique officielle de la France, qui finance largement l’OIF. Ce qui n’a pas manqué de rendre sa position intenable.

« Le Trésor français investit l’argent des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris »

Mahamadou Lamine Sagna, de son côté, n’intervient que rarement sur le franc CFA — malgré la montée médiatique du sujet et sa récupération par les tenants de tout poil d’un certain nationalisme africain. Parmi eux, Kemi Seba, un activiste franco-béninois qui s’est illustré en septembre en brûlant un billet de 5 000 francs CFA à Dakar. Le Sénégal l’a ensuite expulsé. Un geste dont l’impact avait inspiré une tribune à l’écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr, mais aussi au jeune énarque sénégalais Hamidou Anne, qui avait taxé Kemi Seba « d’afroclown ».

Dans un dossier publié en décembre 2014 par Afrique Méditerranée Business (AMB) sur Faut-il se débarrasser du franc CFA ?, Mahamadou Lamine Sagna posait déjà, de son côté, en termes plutôt dépassionnés, les enjeux du débat :

« Ce n’est pas pour les beaux yeux des Africains que l’on conserve le franc CFA. Ce système oblige les pays de la zone franc à mettre 50 % de leurs réserves de devises étrangères sur le compte du Trésor français. Il y a un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre qui équivaut à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter davantage, tant pis pour eux ! Le dernier mot sur le franc CFA appartient au Trésor public français, qui investit l’argent des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris. C’est un grand avantage pour la France, dont on ne parle pas assez à mon avis. »

Dépasser le cadre de l’État-nation

Aujourd’hui encore, il cherche à faire entendre la voix de la raison, plutôt que de la passion, pour défendre des choix réalistes. À quoi servirait de sortir du franc CFA, si c’était pour voir chaque pays battre sa monnaie de son côté, alors qu’une devise commune est programmée pour 2020 — on fait souvent mine de l’oublier en zone francophone — par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ? Voici l’état actuel de sa réflexion :

« Le franc CFA est un symbole des relations structurelles ambiguës entre la France et ses anciennes colonies, mais sa disparition ne ferait pas disparaître les relations France-Afrique, soutient M. Sagna. Selon certains défenseurs d’une sortie de la zone franc CFA, il s’agit de sortir l’Afrique de la tenaille économique et politique de la France. Pour les défenseurs du statu quo, une sortie amputerait au contraire l’Afrique d’un instrument important de stabilité et de lutte contre l’inflation pour son développement. Parmi eux, certains considèrent la monnaie comme neutre et sans autorité. Bref, un pur instrument au service de la concurrence. Le paradoxe, chez ces grands défenseurs de la neutralité de la monnaie, c’est qu’ils proposent comme l’économiste Milton Friedman de faire voter des lois rigides qui limitent par avance la marge d’initiatives dont peuvent disposer les autorités monétaires…

Or, il se trouve qu’on ne peut soustraire la question de la monnaie de la politique. À moins de chercher à produire un jugement inactif. Détacher la monnaie de la politique, c’est comme dans le théâtre, assigner les populations qu’elle concerne du côté des “spectateurs” et non des acteurs, ni même des auteurs.

Le débat sur la zone franc est un débat sur l’être-en-commun, l’entrecroisement des valeurs et des relations entre des États africains et français. Réfléchir sur les enjeux de la zone franc, c’est réfléchir sur des questions majeures de gouvernance. Or, certains proposent de se limiter à un réaménagement ou une sortie de la zone Franc sans exiger en même temps le renforcement des institutions politiques, économiques. D’autres souhaitent sortir de cette zone pour recouvrer une souveraineté, sans montrer clairement comment les dispositifs, les règles, les systèmes d’information et de contrôle pourraient assurer le bon fonctionnement de la future monnaie.

En résumé, certains cherchent sciemment à évacuer la dimension politique de la question monétaire au nom d’un “objectivisme de leurs analyses” sans poser les questions majeures de gouvernance, alors que d’autres exagèrent la dépendance politique pour se déresponsabiliser. Mais, ces institutions politiques et les régimes politiques sont-ils suffisamment fiables pour rendre viable un système monétaire ?

Sans des institutions démocratiques fortes, il est sûr que la corruption endémique des élites politiques, économiques et intellectuelles ne fera que s’amplifier. Dans la plupart des pays de la zone franc, les peuples se méfient des élites qui n’ont pas le sens de l’intérêt général mais plutôt celui de leur enrichissement personnel. Cette situation se traduit par des crises de confiance récurrentes, des scandales, jusqu’à motiver des replis identitaires et le radicalisme. Toute réflexion sur la souveraineté ne peut exclure une réflexion sur les dispositifs de gestion et de renforcement des institutions démocratiques. 

S’il nous paraît nécessaire de sortir de la zone franc, il est important d’œuvrer pour une souveraineté partagée au niveau régional. En d’autres termes, le désir de souveraineté doit s’inscrire dans l’intégration régionale, avec des instances de décision qui doivent pouvoir être contrôlées démocratiquement. 

Dans tous les cas, il faut instaurer la confiance entre les peuples d’une part, et d’autre part entre les populations et les instances de gouvernance. C’est la confiance qui détermine les rapports entre les administrés et les représentants de l’institution — et dans une grande mesure, la valeur de la monnaie. Le débat sur le franc CFA porte en réalité sur deux manières de penser l’espace monétaire et deux conceptions du temps. Pour des raisons à la fois opposées et complémentaires, ceux qui proposent des aménagements ou au contraire une rupture chirurgicale s’inscrivent toujours dans l’État-nation. Or, si la sortie nous paraît importante, elle ne doit pas entraîner un repli national mais la création d’une monnaie régionale forte. Sinon, on se trompera de temporalités et d’espaces. »

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Pascal Boniface et la destruction intellectuelle massive, par Richard Werly

Source : Le Temps, Richard Werly, 17-01-2018

OPINION. Régulièrement mis en cause depuis la sortie de son livre «Est-il permis de critiquer Israël?», le chercheur français Pascal Boniface publie ces jours-ci «Antisémite». L’occasion de s’interroger sur ce que les médias français peuvent encore dire. Ou ne pas dire

Pascal Boniface est un intellectuel blessé. Spécialiste reconnu de géopolitique, fin connaisseur des arcanes du sport et de la diplomatie mais aussi biographe du chanteur Léo Ferré, le fondateur-directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a choisi de répondre point par point à ceux qui l’accusent de faire le lit de l’antisémitisme. Dans son livre intitulé Antisémite (Ed. Max Milo), l’intéressé dresse donc son propre plaidoyer. «Je suis accusé de ce que je considère comme détestable au plus haut point», prévient-il dès les premières lignes. Avant d’ouvrir le débat: «Comment en est-on arrivé là? Comment un universitaire français peut-il être accusé, en dehors de toute réalité, d’un des plus graves crimes intellectuels ?»

Je n’ai pas pu m’empêcher, en lisant cet essai très fourni conçu largement comme une réponse aux journalistes et aux médias en général, d’y voir un appel au secours. A l’évidence, Pascal Boniface a perdu pied dans le paysage médiatique et universitaire français d’aujourd’hui dont le sociologue Michel Wieviorka, auteur d’une magistrale préface, dénonce sans ambages une certaine perte de repères et d’équilibre. «Oui, le débat dérape constamment en France dès qu’il est question de l’islam, des musulmans et des juifs», explique l’éminent sociologue dont les grands-parents furent déportés à Auschwitz et y trouvèrent la mort. «Oui, poursuit-il, une violence verbale, particulièrement menaçante, peut s’exercer en France sur quiconque s’autorise à critiquer la politique de l’Etat hébreu. Oui, des acteurs engagés, intellectuels, militants, responsables institutionnels juifs, préfèrent la disqualification de l’adversaire politique au débat argumenté.»

Intolérance intellectuelle

Etre correspondant en France oblige à regarder avec distance l’Hexagone. Les batailles médiatiques dont se régale le petit cénacle parisien de polémistes et de commentateurs paraissent bien souvent dérisoires, sans rapport avec les enjeux réels du pays. Rien de nouveau. Mais à bien y réfléchir, une chose a changé ces dernières années dans ce pays qui a toujours eu pour religion la dérision, la caricature et le pamphlet: l’intolérance intellectuelle s’est installée comme un poison. Le débat est devenu affrontement. La multiplication des émissions «pour-contre» à la radio ou sur les chaînes TV d’information continue a obligé les invités à surjouer leurs divergences sur les plateaux. La «stratégie de la colère» d’un Jean-Marie Le Pen, d’un Nicolas Sarkozy ou d’un Jean-Luc Mélenchon a façonné une partie du débat public. L’accusation, en France, est devenue une norme, pour pousser l’adversaire dans les cordes en espérant qu’il ne se relèvera plus.

La multiplication des émissions «pour-contre» a obligé les invités à surjouer leurs divergences sur les plateaux

Ce constat d’un climat intellectuel et médiatique détérioré a été souligné au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Mais Pascal Boniface a l’immense mérite d’y apporter une nouvelle pierre: celle de l’indignation personnelle argumentée et étayée. On le suit, dans son livre, pas à pas dans le conflit qui l’oppose à ses accusateurs souvent masqués, après la publication de son livre Est-il permis de critiquer Israël?, qui mit le feu aux poudres: «La colère semblait empêcher toute réflexion, raconte-t-il dans Antisémite. Par e-mail ou par lettre, les messages arrivaient par centaines […]». Conséquence: «De vrais antisémites m’entouraient de leur sollicitude. Je leur faisais immédiatement comprendre que je ne partageais pas leurs vues et que je refusais tout amalgame.»

Proposition d’armistice

Cette mécanique du discrédit est fascinante. L’on voit bien comment, aujourd’hui, elle s’est refermée en France sur le débat autour du harcèlement sexuel et des prises de position sur le sujet de certaines femmes célèbres. Le constat est amer: il perdure aujourd’hui, au pays de Voltaire et de Rousseau, du capitaine Dreyfus et du marquis de Sade, cette volonté d’éliminer l’autre intellectuellement, de lui supprimer son droit de parole alors que celui-ci est théoriquement encadré par les lois démocratiques en place. L’anathème l’emporte. Certaines tribunes médiatiques ne sont plus faites pour exprimer un point de vue, mais pour clouer au pilori.

La France des Lumières qu’aime à citer Emmanuel Macron a tout à perdre dans cet éloge des antagonismes, et dans le précipice infernal du soupçon. Et les intellectuels, même blessés à juste titre par des accusations injustes et infondées comme Pascal Boniface, n’ont rien à gagner à vouloir régler leurs comptes avec ce monde médiatique déréglé. Antisémite doit être lu non comme un droit de réponse, mais comme une proposition d’armistice face à cette arme de destruction intellectuelle massive. Puisse-t-il être entendu.

Source : Le Temps, Richard Werly, 17-01-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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les Républicains

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Chers amis,

Hier, notre Président Laurent Wauquiez était l’invité de l’Emission Politique sur France 2.

« De la même manière que je ne veux pas laisser le monopole du social à la gauche, je ne veux pas laisser le monopole du discours sur l’immigration à l’extrême droite. Nous avions une droite filet d’eau tiède qui a creusé un fossé avec les Français. Nous avons besoin de construire une nouvelle droite en faisant émerger une nouvelle génération. Il faut tourner la page des divisions et essayer de porter un nouveau projet. »

Cliquez sur l’image pour revoir l’extrait :

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Perte de pouvoir d’achat, immigration, Europe, éducation, écologie… pendant plus de deux heures, Laurent Wauquiez a répondu aux questions des journalistes et des Français.

« Vous n’avez pas vu la France changer autour de vous ? Vous n’avez pas vu le terrorisme monter ? Vous n’avez pas vu les problématiques de l’intégration se durcir ? Vous n’avez pas vu la détresse, parfois, des classes moyennes, et leur paupérisation, se renforcer ? »

Face à Alain Minc, Laurent Wauquiez a rappelé les priorités de notre mouvement : défendre la majorité silencieuse, celle qui est aujourd’hui sacrifiée par la mondialisation et abandonnée par la politique du gouvernement, sauf quand il s’agit de payer l’addition.

C’est face à Benjamin Griveaux que Laurent Wauquiez a souligné l’injustice de la politique fiscale du gouvernement, notamment avec la hausse de la CSG :

« Je ne peux pas accepter ce discours qui consiste à dire que les retraités sont des privilégiés. Leur retraite, ils ne l’ont pas volée, elle est le fruit d’une vie de travail. Je ne cautionnerai jamais cette vision de la justice fiscale et sociale ».

Retrouvez l’intégralité de l’émission :

VOIR L’EMISSIONhttp://tr.republicains-

info.org/do?C842694BF269B7C3D689B645602AE3F86D6C70D9E9B82EEC7DFB7BFFF3E385E49FE6434E32443CB26BD2FFB2F92BECEAB279529D0FDCE0006CCAC9184EFD3A85A78AB34B3D4C9E21EDD7F777BA79F137

Une tribune contre l’installation de Koons devant le Palais de Tokyo

Une tribune contre l’installation de Koons devant le Palais de Tokyo

 

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Jeff Koons
Bouquet of Tulips, 2016
Bronze polychrome, acier inoxydable
et aluminium – 1166 x 835 x 1017 cm
© Jeff Koons. Courtesy Noirmontartproduction
Illustration 3D de l’œuvre in situ
Voir l’image dans sa page

21/1/18 – Patrimoine – Paris, Palais de Tokyo – Le journal Libération vient de publier (aujourd’hui sur son site internet, demain dans son édition papier) une tribune signée de personnalités très différentes mais unies pour dénoncer le scandale que constitue l’implantation de l’œuvre de Jeff Koons ‘« offerte » à la France en souvenir des attentats du 13 novembre 20151.

La Tribune de l’Art s’était déjà, au moment de cette annonce, fortement opposée à cette idée, pour des raisons patrimoniales évidentes (voir notre article). L’emplacement choisi (par l’artiste lui même, qui pense ainsi pouvoir disposer à son gré de l’espace urbain parisien) est en effet incompatible avec sa belle colonnade art déco en tous points opposée par sa rigueur et sa sobriété à l’art de Jeff Koons2.

Si les signataires mettent en avant, bien sûr, cette incompatibilité avec ce monument historique, ils y ajoutent plusieurs autres arguments, tous pertinents. Le premier est l’antinomie absolue entre ce bouquet de fleurs monumentales colorées et les attentats de 2015. « le choix de l’œuvre, et surtout de son emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques événements invoqués et leur localisation, apparaissent pour le moins surprenants, sinon opportunistes, voire cyniques » écrivent-ils.
Financièrement, ils soulignent que ce soi-disant cadeau est surtout un cadeau coûteux pour ses supposés bénéficiaires puisque l’artiste n’offre que l’« idée », la réalisation – 3,5 millions d’euros ! – ayant été laissée à la charge de l’État, et en grande partie du mécénat, donc des finances publiques via le jeu des déductions fiscales. Ce point avait déjà été souligné dans un article de Télérama en octobre dernier.
Soulignant également les problèmes techniques qui se posent (le poids de l’œuvre – 35 tonnes – menace les sous-sols du Palais de Tokyo), les pétitionnaires avancent enfin deux arguments directement liés à l’art contemporain : celui de l’absence d’appel à projet3 et celui de l’œuvre elle-même, voire de l’artiste. Ils soulignent en effet que Koons est devenu « l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif », que « son atelier et ses marchands sont aujourd’hui des multinationales de l’hyper-luxe, parmi d’autres » et que donc « leur offrir une si forte visibilité et reconnaissance ressortirait de la publicité ou du placement de produit, et serait particulièrement déplacé dans ce lieu très touristique, entre deux institutions culturelles majeures, dévolues notamment aux artistes émergents et à la scène artistique française. »

La liste des signataires montre une opinion largement partagée, bien au delà des seuls défenseurs du patrimoine représenté ici par Alexandre Gady. On y trouve en effet les noms de personnalités difficilement susceptibles d’être taxées d’anti-art contemporain comme Nicolas Bourriaud, Stéphane Corréard, Antoine de Galbert ou Marin Karmitz ; d’artistes contemporains comme Christian Boltanski ou Jean-Luc Moulène, de conservateurs spécialisés dans l’art de notre temps comme Marie-Laure Bernadac, Alexia Fabre, Catherine Grenier ou Claire Le Restif ; ou même celui de l’architecte Dominique Perrault…

Rappelons que cette sculpture ne devait être installée à cet emplacement que « sous réserve de l’obtention des dernières autorisations nécessaires » qui ne semblent pas avoir encore été délivrées (si l’on en croit le texte de Libération). Il est donc simple au ministère de la Culture, comme à la Ville de Paris – même Bruno Juilliard dénoncerait en coulisse le projet selon Télérama – de les refuser. Et d’installer cette œuvre – s’il faut absolument accepter ce cadeau – dans un lieu qui aurait vraiment besoin d’art contemporain, comme nous le suggérions. Pas à proximité d’un monument historique.

 

Didier Rykner, dimanche 21 janvier 2018

 

Notes

1Lire aussi le point de vue de Robert M. Rubin, ancien président de la Centre Pompidou Foundation, paru en juillet 2017 dans Le Monde.

2Addendum : nous avions écrit que le Palais de Tokyo était protégé monument historique. C’est une erreur, il ne l’est pas, ce qui est en soi un scandale. En revanche, l’avis de l’ABF est nécessaire en raison de la proximité d’autres monuments historiques, comme le Palais d’Iéna.

L’aide à l’éducation en Afrique en quête de rebond

L’aide à l’éducation en Afrique en quête de rebond

epa04947676 A photograph made available on 24 September 2015 showing Liberian students raising their hands in response to a teacher’s question during an interactive class session at the central Harper School. Harper, Maryland County, Liberia, 23 September 2015. Liberian schools re opens September for accademic year 2015-16. Reports state that he government, and activists are leading a campaign to parents for enrollment of more girls in schools, as the girl child neglected in the past, and considered to belong in kitchen in sub saharan africa. September 23 2015. epa/Ahmed Jallanzo EPA/AHMED JALLANZO

Après être passée à la trappe plusieurs années durant, l’aide au développement consacrée à l’éducation remonte sur l’agenda international. La conférence du Partenariat mondial pour l’éducation les 1er et 2 février sera clé.

En Afrique, l’accès à l’éducation a été un des grands succès de la décennie passée.  Mais si la scolarisation universelle est sur la bonne voie, le continent fait toujours face à de nombreux défis, notamment sur la qualité de l’éducation, l’accès au collège ou encore la scolarisation des jeunes filles.

« Comme les autres pays du continent africain, nous avons mis l’accent sur l’universalisation de l’éducation en primaire. C’était une course contre la montre qui s’est faite parfois faite au détriment de la qualité », a expliqué Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Éducation du Sénégal, lors de la conférence « Afrique : quelle école pour demain » organisé à Paris par l’Agence française de développement le 19 janvier.

Bilan décevant pour les objectifs de l’Éducation pour tous

Seul un tiers des gouvernements mondiaux a accompli les objectifs de l’Éducation pour tous (EPT) fixés dans le cadre des OMD en 2000, a annoncé le 9 avril l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

« L’Afrique est en train de réaliser la scolarisation universelle à un rythme sans précédent », a reconnu Rémy Rioux, le directeur général de l’Agence française de développement (AFD).  Cette scolarisation universelle, un des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), a notamment permis d’atteindre un taux d’accès à l’école primaire de 80%, contre 64% en 2000.

Une amélioration due notamment à l’accent mis par les gouvernements africains sur les budgets dédiés à l’éducation. Aujourd’hui, 17% du PIB des pays de l’Afrique subsaharienne est affecté à l’éducation, contre une moyenne de 12% dans les pays du Nord.

Les bailleurs internationaux se sont aussi largement mobilisés et ont investi au début du millénaire dans le chantier éducatif des pays en développement. Mais depuis 2010, le cercle vertueux du financement de l’éducation en Afrique semble s’être rompu, entraînant une  baisse de l’aide à l’éducation chez les donateurs internationaux. Ce recul a atteint 30% entre 2010 et 2015. Résultat, les financements à l’éducation ne représentent aujourd’hui que 7% de l’aide totale des donateurs internationaux.

« Mais l’éducation est en train de revenir au premier plan de la politique nationale et internationale de développement », a affirmé Rémy Rioux. « Après cette longue période de baisse de l’aide au développement consacrée à l’éducation – et la France n’a pas fait  exception – la priorité donnée à l’éducation revient. »

Partenariat mondial pour l’éducation

La remobilisation des financements en faveur de l’éducation devrait notamment connaitre un tournant lors de la Conférence de reconstitution des ressources du Partenariat mondial pour l’éducation qui aura lieu à Dakar les 1er et 2 février.

« Cette conférence pour le financement à Dakar va être un moment charnière », a insisté Alice Patricia Albright, directrice générale du Partenariat mondial pour l’éducation, rappelant que 264 millions d’enfants dans le monde n’allaient toujours pas à l’école. «  L’éducation demeure la priorité numéro une au niveau mondial », a-t-elle martelé.

Co-présidée par la France et le Sénégal, la conférence espère mobiliser 3,1 milliards de dollars pour la période 2018 à 2020. Une somme qui devrait permettre de financer l’éducation de 870 millions d’enfants dans les  pays en développement.

Et la remobilisation politique semble prendre. « Je souhaite tout particulièrement marquer l’engagement de la France dans le domaine de l’éducation », a déclaré le président français Emmanuel Macron lors d’un déplacement au Niger en décembre 2017.

« Le Partenariat mondial pour l’éducation a investi de façon substantielle dans l’éducation, aidant ainsi 72 millions d’enfants supplémentaires à aller à l’école primaire depuis 2002, y compris au Sénégal », a de son côté déclaré Macky Sall, Président du Sénégal.

Contrainte démographique

La remobilisation de financement en faveur de l’éducation est d’autant plus urgente que les défis à venir s’accumulent. Avec le rythme de croissance démographique le plus rapide de la planète, l’Afrique subsaharienne comptera en 2050 un tiers des jeunes dans le monde.

Une croissance rapide qui va peser sur les systèmes éducatifs et induire d’immenses besoins de formation des enseignants. « Si l’on compte par rapport à l’agenda 2030, il faut entre 20 et 30 millions d’enseignants supplémentaires pour atteindre les objectifs internationaux en matière d’éducation. Et le rythme actuel de formation n’est pas suffisant », explique Valérie Tehio, responsable adjointe de la division Éducation, formation, emploi de l’AFD.

L’accès à l’éducation dans le monde progresse plus que la qualité

L’objectif de scolarité primaire pour tous ne sera pas atteint en 2015, mais est en bonne voie. Mais malgré des taux de scolarisation en progression, la qualité de l’éducation s’affirme comme le grand sujet pour l’après 2015.

« Et aujourd’hui, les systèmes de formation initiale des enseignements en Afrique ne sont pas à la hauteur pour fournir suffisamment d’enseignants, notamment pour le secondaire » a-t-elle poursuivi.

Les besoins en formation d’enseignants sont aussi couplés à d’autres problématiques : qualité de l’enseignement, scolarisation des jeunes filles, renforcement de l’accès au collège, et adéquation de l’enseignement avec les perspectives d’emploi.

Selon le rapport « Accès des filles à l’éducation dans le monde : les mauvais élèves », neuf des dix plus mauvais élèves mondiaux en la matière se situent en Afrique (Soudan du Sud, République centrafricaine, Niger, Tchad, Mali, Guinée, Liberia, Burkina Faso et Éthiopie).

Le Soudan du Sud affiche un taux de scolarisation de filles inférieur à 16%, mais n’alloue que 2,6 % de son budget national à l’éducation. De son côté,  le Niger se hisse péniblement à  21,5%.

https://www.euractiv.fr/section/aide-au-developpement/news/laide-a-leducation-en-afrique-en-quete-de-rebond/

Les politiques défendent la pertinence du projet européen à Davos

Les politiques défendent la pertinence du projet européen à Davos

Malgré l’absence de Jean-Claude Juncker au Forum économique mondial, les présidents, les premiers ministres et ministres de toute l’UE ne cessent de clamer le retour de l’Europe.

L’Europe a été secouée par les nombreuses crises de ces dix dernières années. Pour autant, les dirigeants européens participant au Forum de Davos pour discuter de l’avenir de l’Union se sont montrés d’un optimisme modéré.

« Il n’y a pas lieu de pavoiser », a déclaré le Premier ministre portugais, Antonio Costa, soulignant la nécessité d’impliquer les citoyens et d’accroître leur confiance envers le projet européen. « Nous devons leur faire comprendre la valeur ajoutée de l’UE au moment d’apporter des solutions aux grands défis du continent. »

Et la liste des défis est longue : migration, renforcement de la zone euro, amélioration de l’éducation pour répondre aux besoins du marché du travail, accélération de la transformation industrielle pour atteindre les objectifs climatiques.

« Dans tous ces domaines, on ne peut pas faire mieux que dans l’UE. Ensemble, nous aurons la force d’entreprendre des réformes significatives, d’être compétitifs sur le marché international et de vivre dans des sociétés plus solidaires », a affirmé Antonio Costa.

Un nouveau rapport publié cette semaine par le think tank de la Commission, le Centre européen de stratégie politique, révèle que l’investissement en Europe repart à la hausse, que la croissance de la productivité et du PIB se poursuit et que l’emploi atteint des records.

En 2016, l’UE à 27 a attiré 424 milliards d’euros d’investissements directs étrangers (IDE), contre 391 milliards d’euros pour les États-Unis, faisant donc de l’Europe la première destination mondiale pour les investissements étrangers. Sans oublier que l’UE demeure le plus grand bloc commercial au monde.

Davos attend «le retour de l’UE»

Alors que l’UE s’embarque dans une année difficile, le monde est de plus en plus inquiet de la capacité européenne à se réinventer pour jouer un rôle clé sur la scène internationale.

Les Européens ne se reposent cependant pas sur leurs lauriers. Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, reconnaît qu’il y a encore beaucoup à faire pour exploiter pleinement le potentiel du marché unique.

Un meilleur rapport de force entre la France et l’Allemagne et le départ imminent du Royaume-Uni de l’UE pourraient bien accélérer le rythme des réformes vers une Union plus forte.

Appropriation des citoyens

Les observateurs à Davos n’ont pas manqué de noter que le discours d’Emmanuel Macron le 24 janvier n’avait pas dissocié la France de l’Europe, tout comme le discours d’Angela Merkel.

Cette nouvelle dynamique a le potentiel de créer un sentiment d’appropriation qui a souvent été miné ces dernières années par des responsables politiques tenant Bruxelles pour responsable de leurs problèmes nationaux.

« La réponse au populisme est le leadership : assurer croissance et emploi », a déclaré le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.

« Si la construction européenne ne donne pas des résultats positifs aux populations, ce sera la fin de l’Europe. Mais si vous prouvez que vous avez la capacité de prendre des décisions et d’améliorer concrètement le quotidien de chaque citoyen, alors l’Europe ira de l’avant », a-t-il défendu.

À Davos, les dirigeants européens appellent à plus d’égalité sociale

Les dirigeants allemand, français et italien ont affirmé être prêts à repenser la mondialisation et à corriger les erreurs du passé afin de rééquilibrer les inégalités au niveau mondial.

Consolidation des démocraties

Alors que les responsables politiques poursuivaient sur le potentiel de l’Europe et sur sa capacité à défendre ses propres règles et ses propres intérêts, le professeur Jan-Werner Müller n’a pas pu s’empêcher d’ajouter une pointe de réalisme à ce tableau idyllique.

Il a souligné que le projet européen n’avait pas été fondé à des fins économiques, mais à des fins politiques – pour la paix et pour consolider les démocraties dans le cadre de l’état de droit.

« De ce point de vue, l’Europe est en pleine crise. Nous avons deux États membres qui violent constamment ces principes de base, et l’un des deux s’en tire malgré tout, la Hongrie. La Pologne n’a pas ce luxe, son seul protecteur est Theresa May et elle est en train de sortir de l’UE », a-t-il prévenu.

À Davos, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a défendu le système judiciaire de son pays « qui sera beaucoup plus indépendant, objectif, transparent et efficace, car nous dépensons 1,8 % de notre budget dans le système judiciaire, soit trois fois plus que la moyenne de l’UE. »

Ce dossier épineux risque d’ailleurs de gâcher la fête, puisque la Pologne est menacées de sanctions européennes après des réformes judiciaires jugées problématiques. La présidente lituanienne Dalia Grybauskaité, a d’ailleurs rappelé que l’état de droit était une valeur fondamentale de l’UE.

L’historien Timothy Snyder, de l’université de Yale, a demandé aux dirigeants européens de se mettre à la place de la Pologne. « Ce gouvernement associe l’UE à l’Allemagne, qu’ils voient comme une menace à leur souveraineté », a-t-il déclaré. « Or, c’est tout le contraire, l’UE peut préserver leur souveraineté, ils font une erreur et n’en saisissent pas bien l’ampleur. »

https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/inspired-by-europes-comeback-eu-leaders-pledge-to-deliver/

La Russie, centre de contre-culture

La Russie, centre de contre-culture

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La Russie, centre de contre-culture

Des sites russes d’inspiration nettement proche de l’Église chrétienne orthodoxe diffusent les résultats d’une enquête sur l’évolution des opinions concernant des questions sociétales extrêmement présentes aujourd’hui. Les résultats sont évalués sur un temps assez long, sur les vingt années qui nous séparent de 1998, ce qui permet d’avoir une indication de tendance profonde. D’autres précisions, venues d’autres sources complètent le travail avec d’autres précisions dans les mêmes domines. Le chiffre le plus marquant est celui de l’évolution du nombre d’avortements, passant en 25 ans de 5 millions (en 1993) à 600 000 (en 2017), et cela accompagnant une évolution également remarquable dans le jugement des personnes qui ont été interrogées pour l’enquête : le pourcentage des personnes jugeant l’avortement “inacceptable” est passé de 12% en1998 à 35% en 2017, – alors que cette pratique était elle-même institutionnalisée durant la période communiste (sauf pendant la période 1936-1955). Tous les autres résultats sur les questions sociétales vont dans le même sens.

Le fait que cette enquête se fasse sur ce “temps assez long” est d’une réelle importance, surtout pour la Russie. Il permet une comparaison entre la Russie post-URSS “occidentalisée” type-Eltsine des années 1990 et celle d’aujourd’hui. Outre les conditions économiques, son évolution culturelle (et donc psychologique) se déplace exactement à l’inverse de la politique générale suivie dans le bloc-BAO, sous l’impulsion du Système.

C’est le site Orthochristian.com, version anglaise du site en russe Pravoslavie.ru, qui publie le texte (le 12 janvier 2018) sur cette enquête et les divers à-côtés.

« La proportion de citoyens russes qui considèrent l’avortement comme inacceptable a triplé au cours des 20 dernières années, passant de 12% à 35%. La condamnation de l’adultère et des relations homosexuelles a également augmenté de manière significative, selon les données d’un récent sondage sociologique du Levada Center. Selon les experts, le changement dans l’opinion publique atteste du renforcement des valeurs familiales traditionnelles, rapporte Pravoslavie.ru.

» L’enquête nationale réalisée fin décembre 2017 a montré que la majorité des Russes (68%) condamnent les relations sexuelles extra-conjugales, alors que seulement 50% les condamnaient en 1998. Ce pourcentage de 2017 comprend 77% de femmes et 57% d’hommes. Les personnes interrogées qui désapprouvant les relations homosexuelles sont passés de 68 à 83% au cours de la même période, avec seulement 1% de différence entre les hommes et les femmes.

» En ce qui concerne le sondage sur l’avortement (jugé inacceptable par 35% des sondés contre 12% en 1998), le pourcentage des réponses est équivalent selon les situations économiques, y compris st dans le cas des familles à faible revenu. Les femmes ont adopté une position plus stricte, avec 37% condamnant l’avortement dans tous les cas, contre 31% des hommes. Aucune différence n’a été observée en ce qui concerne l’âge de la femme qui répond.

» Karina Pipia, sociologue du Centre Levada, a noté que les chiffres démontrent une tendance générale conservatrice dans la nation, bien que les répondants des petites villes et des villages soient plus fidèles à l’avortement en raison du faible revenu. Le président de la Société russe des obstétriciens-gynécologues, Vladimir Serov, a déclaré au journal Izvestia que les avortements ont diminué de 800% en Russie au cours des 25 dernières années, passant d’environ 5 millions à 600 000 chaque année.

» Cette évolution a été facilitée par un certain nombre de mesures, notamment le soutien économique de l’État aux familles, la création de centres de soutien aux femmes enceintes en difficulté, le développement de la contraception et le développement de l’éducation sur les dangers de l’avortement. Le directeur scientifique de l’Institut indépendant de la famille et de la démographie Igor Beloborodov considère que le changement d’opinion publique sur l’avortement est le résultat de la politique gouvernementale et du travail éducatif de l’Église orthodoxe russe.

» Alors qu’il y a eu une tendance positive à la diminution du nombre d’avortements, cet acte terrible reste légal en Russie, avec environ 2 000 enfants tués chaque jour. L’Église et diverses sociétés orthodoxes organisent régulièrement des manifestations pro-vie à Moscou et dans tout le pays. Le mouvement “Pour La Vie !” a organisé hier (11 janvier 2018) une cérémonie symbolique avec 2 000 bougies allumées durant une moleben dans une église de Moscou, pour symboliser les enfants perdus tous les jours du fait des avortements. En outre, plus d’un million de signatures ont été recueillies dans toute la Russie l’année dernière, appelant à une interdiction législative de l’avortement. »

Le commentaire que nous allons faire écarte absolument tout débat de fond sur les diverses questions qui sont abordées (avortement, homosexualité, concubinage, etc.). Ce qui nous intéresse, c’est la question des tendances profondes qu’illustrent ce sondage et les autres événements cités. Le fait que le site rapportant la chose d’une manière favorable soit chrétien orthodoxe n’est pas indifférent : le poids de l’Église chrétienne orthodoxe russe, autant que la politique familiale et sociétale du gouvernement depuis les premières années-Poutine, jouent un rôle considérable dans l’évolution constatée. Il n’empêche que cette évolution n’apparaît pas forcée, mais bien facilitée par ces politiques institutionnelles. A côté des agitations souvent très médiatisées, – et pour cause, – des minorités pro-occidentalistes toutes suspectes d’“intelligence avec l’ennemi”, il existe aujourd’hui en Russie un accord profond entre la population, sa direction politique et sa hiérarchie religieuse. Cet accord est une affirmation de type néo-conservateur, dans le vrai sens de l’expression exactement contraire au “neoconisme” US qui est un parfait usurpateur du sens des mots et des choses, – rien pour nous étonner, dans cela.

Par conséquent, il nous paraît peu indiqué de monter tel ou tel procès indigné sur ce parti-pris ici ou là, ni d’éditos vengeurs sur “ces populations rétrogrades”, ces “fachos-réacs’” et toute cette saltimbanquerie, – ce néologisme pour exprimer l’épuisement de nos âmes poétiques devant ce traquenard où tombent tant d’esprits aiguisés. Ce qui nous intéresse c’est l’essentiel, savoir les positions et les forces s’exerçant par rapport au Système, pour ou contre. Il faut laisser notre emportement affectiviste courant de croire à la centralité du débat sociétal pour admettre cette évidence que ce débat sociétal fait partie de la stratégie considérablement puissante du Système, et que c’est par conséquent en fonction de ce fait central (la stratégie du Système) et rien d’autre qu’il faut déterminer, affirmer et assurer sa position.

Dès lors, le constat est le suivant : la Russie est devenue, en profondeur d’elle-même et en cela retrouvant sa tradition, un centre de contre-culture face à la postmodernité et le Système. Il est évident que les autorités politiques et religieuses l’y poussent ; avec une direction politique qui est aussi radicale dans les domaines culturel et social, avec effet sur le sociétal, qu’elle est modérée dans le domaine économique par rapport par rapport à l’“offre” pressante du bloc-BAO d’adopter ses références-Système ; avec une hiérarchie religieuse extrêmement pugnace dans la défense des intérêts culturels russes dans le sens de la tradition… Les accusations de corruption que colportent régulièrement les porte-voix de la communication-Système contre ces directions n’ont pas d’effets de rupture dans la mesure où cette corruption, qu’elle apparaisse ou pas du point de vue vénal, ne touche pas le niveau psychologique. (En aucun cas, on ne peut en dire autant des élites-Système du bloc-BAO.)

(De même, les accusations d’“autoritarisme” qui fondent la stratégie antirussistes du bloc-BAO n’ont d’autres effets que de mettre en lumière la position d’agonie accélérée dans le désordre et le nihilisme du “modèle démocratique” du bloc-BAO et du Système. C’est dans ce contexte qu’il faut poser un jugement.)

Cette situation implique effectivement que la Russie constitue non plus un obstacle, mais un véritable “barrage culturel” contre la tentative permanente d’invasion de la culture-Système dont le programme implique l’équation déstructuration-dissolution-entropisation (dd&e). Du fait même de cet antagonisme, et quoi qu’on pense selon la moraline courante de façon parcellaire et cloisonnée de toutes ces positions et options, la situation générale russe est perçue comme s’opposant à la poussée dissolvante du Système et devient de ce fait, par simple logique antagoniste, complètement structurante pour la Russie elle-même. Cette perception du Système ne peut aller qu’en s’amplifiant parce qu’elle se nourrit à l’antirussisme qui lui-même se renforce de la perception qu’il induit : logique fermée parfaite.

Pour autant, il ne faut pas conclure que les Russes offrent un “contre-modèle” : leur contre-culture est uniquement défensive et d’ailleurs ne prétend à rien d’autre, ni ne peut prétendre à rien d’autre car c’est effectivement dans le mode défensif qu’elle est réellement efficace en mettant en évidence les outrances et les vices de l’adversaire. La Russie n’est pas en position d’offrir un “contre-modèle” parce qu’elle n’a pas les instruments pour le faire, ni encore moins la capacité conceptuelle. (Personne n’a d’ailleurs cette capacité conceptuelle ni “les instruments” pour l’opérationnaliser, bien entendu : nous sommes en attente de la chute du Système.) La Russie servant donc de “barrage culturel” a comme véritable fonction opérationnelle de faire s’épuiser le Système dans son hostilité à son encontre, et par conséquent d’accélérer son propre effondrement en cours. Tout cela trace une certaine situation d’équilibre pour la Russie dans laquelle Poutine occupe la place qui convient, – ce qui explique aussi bien sa popularité que les intentions de vote pour l’élection présidentielle (actuellement, 81,1% en faveur de Poutine).

 

Mis en ligne le 24 janvier 2018 à 13H40

http://www.dedefensa.org/article/la-russie-centre-de-contre-culture

La Russie cherche-t-elle à provoquer le «chaos total» au Royaume-Uni ? Moscou dénonce une «phobie»

La Russie cherche-t-elle à provoquer le «chaos total» au Royaume-Uni ? Moscou dénonce une «phobie»

La Russie cherche-t-elle à provoquer le «chaos total» au Royaume-Uni ? Moscou dénonce une «phobie»
Gavin Williamson, ministre britannique de la Défense, ici à Chypre le 5 janvier, photo ©Yiannis Kourtoglou/Reuters

Dernier épisode en date d’une série d’accusations à l’encontre de la Russie, le secrétaire d’Etat britannique à la Défense a affirmé que Moscou complotait contre les infrastructures du Royaume-Uni. Moscou s’insurge.

Les dirigeants britanniques ont-ils cédé aux théories du complot ? La Russie a dénoncé ce 26 janvier la phobie antirusse du secrétaire d’Etat britannique à la Défense, Gavin Williamson. «[Il] a perdu tout sens des limites du raisonnable», a fait savoir dans un communiqué le porte-parole de l’armée russe, le général Igor Konachenkov.

La phobie du ministre concernant la Russie mérite d’avoir sa place dans les livres pour enfants ou dans la série des Monty Python

«On dirait que, dans sa lutte acharnée pour financer le budget de la Défense, le ministre de la Défense britannique a perdu tout sens des limites du raisonnable», a-t-il déploré, poursuivant : «La phobie du ministre concernant une Russie photographiant des centrales électriques ou étudiant le tracé des gazoducs, mérite d’avoir sa place dans les livres pour enfants ou dans la série des Monty Python.»

Des «milliers et des milliers de morts» à cause… d’un complot russe ?

Dans un entretien au Daily Telegraph publié le 25 janvier 2018, Gavin Williamson a accusé la Russie de vouloir provoquer la panique ou attaquer le Royaume-Uni, assurant que Moscou espionnait les réseaux d’approvisionnement électriques reliant le Royaume-Uni et l’Europe continentale. «Le plan des Russes ne sera pas de débarquer [sur les plages du Royaume-Uni]. Il vont s’attacher à trouver comment causer le plus de mal possible», a-t-il affirmé avant de détailler : «Nuire à [notre] économie, détruire [nos] infrastructures, avec pour conséquence des milliers et des milliers de morts […] causer un chaos total dans le pays.»

Les propos du ministre britannique ne sont pas sans rappeler ceux du commandant général de l’armée du Royaume-Uni Nick Carter, deux jours plus tôt. S’exprimant le 23 janvier devant le Royal United Services Institute (RUSI), think tank atlantiste, le haut-gradé avait brossé un tableau anxiogène de la supposée menace russe. «La Russie, je crois, pourrait déclencher des hostilités plus tôt que nous le pensons», avait-il prévenu, reprenant les grandes lignes de la nouvelle doctrine antirusse et antichinoise de Donald Trump et du Pentagone.

Lire aussi : «L’OTAN, mécanisme américain pour le contrôle géopolitique de l’Europe»

https://francais.rt.com/international/47604-russie-cherche-t-elle-provoquer-chaos-royaume-uni

https://francais.rt.com/international/47604-russie-cherche-t-elle-provoquer-chaos-royaume-uni

L’armée britannique se dote d’une unité contre la propagande russe

L’armée britannique se dote d’une unité contre la propagande russe

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Le 18 janvier 2018, le Royaume-Uni et la France ont tenu un sommet de défense à Sandhurst autour du Premier ministre Theresa May et du président Emmanuel Macron. Les deux États ont notamment décidé de se prêter main forte à la fois contre la Russie dans les pays baltes et contre le terrorisme au Sahel. Ils ont également décidé de poursuivre la fusion de leurs forces expéditionnaires entreprise à l’occasion de la guerre contre la Libye [1].

Le 22 janvier, le chef d’état-major britannique, le général Sir Nicholas Carter, délivrait une conférence choc au Royal United Services Institute (RUSI) [2]. Selon lui, l’Occident ne cesse de se développer et ne tardera pas à détenir une véritable supériorité technologique sur le reste du monde. Effrayée, la Russie, qui s’est puissamment réarmée, est désormais tentée de déclencher une nouvelle guerre mondiale.

Ces propos sont en totale contradiction avec la Stratégie de sécurité nationale US, selon qui, au contraire, le niveau scientifique et technique des États-Unis s’est effondré. La Maison-Blanche désigne la Russie comme un rival qui tente de désagréger l’Alliance atlantique et non pas comme une puissance menaçante.

Le lendemain, 23 janvier, le Conseil de sécurité nationale a décidé de doter le pays d’une nouvelle unité nationale chargée de lutter contre la « désinformation » provenant d’États étrangers en général, dont la Russie en particulier. Le porte-parole du Premier ministre a déclaré : « Nous vivons à une époque de fausses informations et de récits divergents (…) Le gouvernement va y répondre en faisant un meilleur et plus important usage des communications de sécurité nationale pour s’attaquer à ces défis interconnectés et complexes »

Il y a trois mois, le Premier ministre, Theresa May, avait dénoncé le danger russe lors d’un discours à la Mairie de Londres [3]. Elle avait notamment déclaré : « La Russie cherche à faire de l’information une arme, en déployant ses médias dirigés par l’État pour diffuser de fausses informations et des images trafiquées dans le but de semer la discorde en Occident et de saper nos institutions ».

À ce jour, au sein de l’Union européenne, le président français a annoncé une prochaine initiative contre la propagande russe, tandis que le gouvernement tchèque a créé un Centre contre le terrorisme et les menaces hybrides, sous l’autorité de son ministre de l’Intérieur. Créé à l’initiative du social-démocrate Milan Chovanec, ce Centre a été conçu pour lutter contre des médias d’opposition (Parlamentní listy, AE News, Lajkit.cz, Protiproud) accusés sans la moindre preuve d’être alimentés par la Russie.

[1] « Communiqué – Sommet franco-britannique 2018 », Réseau Voltaire, 19 janvier 2018.

[2] “Dynamic Security Threats and the British Army”, by General Sir Nick Carter, Voltaire Network, 22 January 2018.

[3] “Theresa May speech to the Lord Mayor’s Banquet 2017”, by Theresa May, Voltaire Network, 13 November 2017.

http://www.voltairenet.org/article199482.html

La Transcarpatie et le Front de l’Ouest

La Transcarpatie et le Front de l’Ouest


andrew-korybko

Par Andrew Korybko – Le 18 décembre 2017 – Source Oriental Review

Péter Szijjártó OSCELe ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto a pris la parole lors d’une réunion de l’OSCE à Vienne la semaine dernière pour demander à l’organisation d’envoyer une mission spéciale de surveillance dans la région occidentale de Transcarpatie en faisant valoir que les manifestations anti-hongroises ont rendu nécessaire que la communauté internationale garde un œil sur la situation. Il a également précisé que Budapest interprète la nouvelle loi linguistique de Kiev comme étant discriminatoire à l’égard de la minorité hongroise dans la région. Son gouvernement ne réussira probablement pas à faire que l’Ukraine revienne sur sa législation ultranationaliste, ni à faire pression sur l’OSCE pour envoyer préventivement une mission spéciale de surveillance en Transcarpatie avant que la situation ne s’aggrave. Mais ses commentaires ont attiré l’attention sur ces deux questions liées et cela a confirmé que la Hongrie ne soutiendra pas les aspirations institutionnelles pro-occidentales de l’Ukraine à court terme, jusqu’à ce que ces problèmes soient résolus.


Map of the Ukrainian Transcarpathia
En fait, la déclaration de Szijjarto suggère que la situation internationale entre les deux États voisins pourrait même se détériorer davantage. Les observateurs doivent garder à l’esprit que la Hongrie a pour politique de soutenir les Hongrois ethniques dans ce que l’on pourrait appeler le « proche étranger » du pays par la délivrance de passeports et d’aide au développement socio-économique. Selon Budapest, plus de 3 millions de ses compatriotes ont été injustement laissés à l’extérieur de leur patrie à la suite du traité de Trianon de 1920 qui a officiellement démantelé les terres de la Couronne de Saint-Étienne, le nom attribué officiellement à la Hongrie quand elle a rejoint l’Autriche dans leur double monarchie. Ce n’est que ces dernières années, sous le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban, que l’État est devenu assez confiant dans son soft power et sa puissance économique pour faire de sérieux efforts afin de réintégrer informellement ces personnes dans le contexte plus large de la société hongroise.

En ce qui concerne l’Ukraine, environ 12% de la population de Transcarpatie est d’origine hongroise, soit environ 150 000 personnes vivant très près de la frontière de leur État éponyme et faisant partie de sa civilisation depuis plus d’un millénaire. Outre la signification émotionnelle et historique que leur bien-être confère à Budapest, la préoccupation croissante de la Hongrie pour ses droits et sa sécurité symbolise l’émergence d’un soi-disant « front occidental » pour compléter le front « oriental » que la Russie a ouvert de l’autre côté du pays lors de sa réunification avec la Crimée et en étendant son soutien politico-moral aux rebelles du Donbass. Du point de vue de Kiev, ses populations périphériques posent des problèmes pour l’unité nationale, bien que cela soit entièrement dû au fait que les dirigeants ultra-nationalistes les menacent, les spolient de leurs droits existants et les forcent à participer à l’« ukrainisation ».

Il est facile pour l’Occident de faire du soutien de la Russie à ses propres compatriotes une nouvelle forme d’« impérialisme » mais il est relativement plus difficile pour eux de le faire quand il s’agit de la Hongrie, membre de l’UE et de l’OTAN. C’est pourquoi les États-Unis se sont alliés avec Soros contre Orban en essayant de le dépeindre comme un « dictateur non libéral ». Les États-Unis craignent que les intérêts humanitaires de Budapest en Transcarpatie puissent « déstabiliser » l’Ukraine, déjà fragile, ignorant le fait que les problèmes dans ce coin du pays sont du fait de Kiev. Ils savent que s’ils ne stoppent pas la Hongrie rapidement, ce n’est qu’une question de temps avant que les partenaires d’Orban des Trois Mers, la Roumanie et la Pologne, se sentent suffisamment à l’aise pour soulever la question des droits et de la sécurité de leurs propres minorités et transformer le soi-disant « Front occidental » en une force sur laquelle il faut compter.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé et relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/transcarpatie-et-le-front-de-louest

 

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