Tous les articles par ombre43

Editorial de Bernard Lugan : Mali : quelle stratégie de sortie de crise ?

jeudi 1 mars 2018

L’Afrique Réelle N°99 – Mars 2018

Editorial de Bernard Lugan :
Mali : quelle stratégie de sortie de crise ?

En date du 21 février 2018, dans les colonnes du quotidien Le Monde, un « collectif de chercheurs » a publié une tribune intitulée « La France doit rompre avec la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel », proposant une sortie de crise associée à un début de retrait français et à l’ouverture de discussions des autorités maliennes avec les jihadistes.

Si un consensus semble s’établir sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne les erreurs de la communauté internationale dans la recherche d’accords hors sol, dans l’embouteillage sécuritaire interdisant toute action cohérente, et dans la référence à la nécessité de l’implication algérienne, je ne partage cependant pas le point de vue des auteurs de la tribune quant à leur proposition de sortie de crise.
Mes arguments sont les suivants :

– Comme je ne cesse de le dire depuis des années, le jihadisme n’est pas ici l’essentiel puisqu’il est d’abord la surinfection d’une plaie ethno-« raciale » que les autorités de Bamako n’ont pas l’intention de cautériser.
– Les auteurs font largement l’impasse sur la question touareg qui est pourtant à l’origine du conflit.
– Selon les signataires de cette tribune, ce serait paradoxalement la présence militaire française qui radicaliserait la situation et empêcherait les acteurs locaux de discuter entre eux[1]…

Ce dernier point appelle quatre grandes remarques :

1) Au Mali, les protagonistes n’ont pas attendu la présence militaire française pour livrer les guerres de 1963, de 1984, de 1990, de 1992, de 2006 et de 2008…
2) Dans le Macina, la guerre ethno-sociale se fait hors présence militaire française.
3) Qui peut penser que le départ des forces françaises permettrait, comme par un coup de baguette magique, de réunir autour de l’arbre à palabres, les acteurs d’un conflit millénaire dont, avec opportunisme, les jihadistes ont profité ?
4) Enfin, si l’armée française se retirait, les forces de Bamako seraient tôt ou tard « reconduites » vers le fleuve par les Touareg qui reprendraient un combat mis entre parenthèses pour ne pas déplaire à Paris.

La vérité, et il est impératif de cesser de la cacher, est que les ennemis de Bamako n’étant pas ceux de Paris, la France et le Mali mènent donc deux guerres différentes.
Les soldats français traquent ainsi au prix de leur vie[2] des jihadistes que les autorités maliennes voient quasiment comme des « alliés » contre les séparatistes touareg. Dans ces conditions, les dernières opérations militaires françaises « gênent » effectivement nos « partenaires » maliens…

Cependant, quoiqu’il en soit de la négociation que ces derniers conduisent actuellement dans le dos de nos militaires, rien ne sera pacifié à long terme puisque, à la source du conflit se trouve la question touareg que ces pourparlers ne régleront pas.
De plus comme en fin de processus, l’ethno-mathématique électorale donnera automatiquement le pouvoir aux sudistes, légitimé par la démocratie, le régime malien ne fera aucune concession fondamentale aux Touareg, lesquels continueront donc à se révolter.

[1] Ils critiquent ainsi les dernières opérations militaires ayant abouti à l’élimination de jihadistes.
[2] Qui osera dire aux Maliens qu’il est de plus en plus inacceptable que des soldats français se fassent tuer pour les défendre, quand des dizaines de milliers de jeunes déserteurs maliens viennent trouver un havre économique en France au lieu de combattre pour leur patrie ?

Publicités

Le chef du gouvernement palestinien visé par un attentat à la bombe

Le chef du gouvernement palestinien visé par un attentat à la bombe

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 13.03.18 | 11h56 Réagissez

 
	Le chef du gouvernement palestinien Rami Hamdallah était en visite à Ghaza.

zoom | © DR

Le chef du gouvernement palestinien Rami Hamdallah était en visite à Ghaza.

Imprimer Envoyer à un ami Flux RSS Partager

Le chef du gouvernement palestinien Rami Hamdallah et le chef du service des renseignements généraux,  le colonel  Majed Faredj, ont échappé mardi à un attentat à la bombe qui a visé leur convoi à Bit Hanoune, dans la bande de Ghaza.

L’explosion, qui a atteint les deux derniers véhicules du convoi, a fait sept blessés, a indiqué l’agence de presse palestinienne Wafa en précisant que les assaillant ont tiré des coups de feu sur le convoi juste après la déflagration».
La Présidence palestinienne a indiqué dans un communiqué que «  les auteurs de cette attaque servent les intérêts d’Israël  qui profite des dissensions entre les Palestiniens », rapporte Wafa.
Il est à rappeler que la bande de Ghaza est contrôlée par le mouvement Hamas.
Elwatan.com

http://www.elwatan.com/international/le-chef-du-gouvernement-palestinien-vise-par-un-attentat-a-la-bombe-13-03-2018-364323_112.php

«Il n’y a aucune troupe militaire américaine en Algérie»

Porte-parole de l’ambassade US à Alger

«Il n’y a aucune troupe militaire américaine en Algérie»

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 13.03.18 | 12h00 Réagissez

 
	Siège de l'ambassade des Etats-Unis à Alger

Siège de l’ambassade des Etats-Unis à Alger
Imprimer Envoyer à un ami Flux RSS Partager

L’inscription de l’Algérie sur une liste de pays «dangereux» pour les militaires américains a relancé la polémique sur la présence ou non des troupes US sur son territoire. Le porte-parole de l’ambassade américaine à Alger dément toute présence de troupes de son pays sur le sol algérien, et que la prime de risque octroyée aux militaires US concerne «le personnel chargé de la sécurité de la chancellerie».

Alors qu’officiellement aucun soldat étranger ne se trouve sur le sol algérien, l’Algérie est citée par un élu américain, comme exemple, pour défendre l’octroi d’une prime de risque pour les militaires stationnés au Mali, au Niger et au Cameroun, et qui viennent d’être ajoutés à la liste des pays dangereux pour les troupes américaines, et dont l’Algérie, ait partie depuis le 7 mars 1995.

Aussi bien le Washington Post que le New York Times ont fait état de cette décision du Pentagone, qui donne droit aux troupes déployées dans ces pays à une «prime de danger imminent», avec effet rétroactif, à compter du début du mois de juin 2017, pour inclure les militaires tués par des terroristes au Niger.

La liste des pays concernés comprend, entre autres, le Burundi, le Tchad, le Congo, Djibouti, l’Egypte, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, la Libye, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Tunisie et Ouganda. Contacté, LaSean Knox-Brown, porte-parole de l’ambassade américaine à Alger, évoque un «malentendu» et dément toute présence militaire en Algérie. «Il y a eu une mauvaise interprétation des propos. Les personnes concernées par cette prime de risque en Algérie, sont les militaires affectés à la sécurité des diplomates.

Moi-même, lorsque j’ai lu les comptes rendus de la presse, j’ai été un peu étonné», déclare le diplomate. Il est catégorique en ce qui concerne le déploiement sur le territoire national d’une quelconque troupe de son pays. «Nous n’avons pas de troupes militaires en Algérie. Nous avons un personnel chargé de la sécurité sur place dans l’enceinte de l’ambassade, ou d’autres qui viennent occasionnellement, lors des visites de responsables américains de l’Africom pour une durée limitée», révèle LaSean Knox-Browm.

Le responsable dit ne pas savoir à quelle période l’Algérie a été classée sur la liste des pays qui présentent «un danger imminent» pour les soldats américains, soulignant toutefois que «l’octroi de la prime de danger est une pratique qu’utilisent de nombreux pays dans le monde». Les déclarations du porte-parole de l’ambassade américaine à Alger n’étonnent nullement dans la mesure où les autorités algériennes ont de tout temps démenti toute présence militaire étrangère en Algérie.

Les médias occidentaux avaient déjà évoqué une présence militaire US au sud du pays, et c’est l’Aménokal de Tamanrasset qui a répondu, il y a quatre ans, en disant dans un entretien accordé à El Watan : «Il n’y a aucun militaire étranger dans la région du Sahara. Celui qui vous dit le contraire, qu’il vous les montre…»

Cette polémique est revenue cette semaine, après la publication par le Washington Post, ainsi que le New York Times du contenu des débats devant la Commission des forces armées, le 7 mars dernier, sur l’élargissement de la liste des zones de primes de danger imminent «Imminent Danger Pay Areas», au Mali, Niger et Cameroun, pour que les soldats qui y sont déployés puissent bénéficier d’une indemnité financière liée au risque qu’ils encourent.

Durant ce débat, le démocrate Joe Courtney a dénoncé le fait que les militaires en poste au Mali et au Niger, où des soldats américains avaient été tués par un groupe de terroristes, «ne perçoivent pas de prime de danger, comme ceux déployés en Algérie, au Tchad, en Egypte, ou au Kenya». Des propos largement repris par les médias qui ont mis l’Algérie au centre de la polémique.

Salima Tlemçani

http://www.elwatan.com/actualite/il-n-y-a-aucune-troupe-militaire-americaine-en-algerie-13-03-2018-364262_109.php

Comment Washington a provoqué et peut-être perdu une nouvelle course aux armements nucléaires

Comment Washington a provoqué et peut-être perdu une nouvelle course aux armements nucléaires


Poutine déclare que la longue tentative des États-Unis d’obtenir la supériorité nucléaire sur la Russie a échoué et espère que Washington « écoutera maintenant ».


How Washington provoked, and perhaps lost, a new nuclear-arms race - Stephen Cohen
© Michael Dunning / Getty Images

Par Stephen Cohen – Le 8 mars 2018 – Source Russia Today

Stephen F. Cohen, professeur émérite d'études et de politiques russes à New York et à Princeton, et John Batchelor poursuivent leurs discussions (habituellement) hebdomadaires sur la nouvelle guerre froide américano-russe. (Les contributions antérieures, maintenant dans leur quatrième année, sont accessibles sur le site TheNation.com).

Cohen explique que le discours du président Poutine devant les deux chambres du parlement russe le 1er mars, un peu comme le discours annuel du président américain sur l’état de l’Union, était composé de deux parties distinctes. Les premiers deux tiers environ concernaient la prochaine élection présidentielle russe, le 18 mars, et répondait aux préoccupations nationales des électeurs russes, qui ne sont pas sans rappeler celles des électeurs américains : stabilité, emploi, santé, éducation, impôts, infrastructures, etc. La dernière partie du discours était cependant consacrée uniquement aux récentes réalisations des armes stratégiques ou nucléaires de la Russie. Ces remarques, bien que de valeur électorale, s’adressaient directement à Washington. Le point essentiel de Poutine était que la Russie a contrecarré les deux décennies d’efforts de Washington pour obtenir la supériorité nucléaire – et donc une capacité de première frappe capable de survivre contre la Russie. Sa conclusion connexe était qu’une ère dans les relations stratégiques russo-américaines post-soviétiques est terminée et une nouvelle a commencé. Cette partie du discours de Poutine contient le plus important de ce qu’il a livré au cours de ses 18 années au pouvoir.

Russian President Vladimir Putin © Grigoriy Sisoev
«Pourquoi voudrions-nous un monde sans la Russie ?» Poutine sur la doctrine nucléaire de Moscou

Le contexte historique, auquel Poutine se réfère à plusieurs reprises pour ses propres objectifs, est important. Depuis que les États-Unis et l’Union soviétique, les deux superpuissances nucléaires, ont acquis la capacité de délivrer des ogives nucléaires transcontinentales l’une contre l’autre, trois approches alternatives à cette réalité existentielle ont éclairé les débats et l’élaboration des politiques : l’abolition du nucléaire, que Cohen considère comme une aspiration essentielle mais pas réaliste dans un avenir prévisible ; une quête de la supériorité nucléaire, rendant une première attaque dévastatrice à l’abri d’une riposte tout aussi catastrophique et donc « survivable » et pensable ; et la sécurité mutuelle basée sur la Mutual Assured Destruction (MAD) et sur le principe de la parité stratégique, ce qui signifie que les deux parties devraient avoir des capacités nucléaires à peu près égales et ne devraient pas viser une supériorité de première frappe.

Au cours de la guerre froide qui a précédé, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, Washington et Moscou ont adopté officiellement la seconde approche de sécurité mutuelle. La destruction mutuelle assurée, même si son raisonnement était terrifiant, a été acceptée comme l’approche rationnelle la plus sûre, avec la nécessité de maintenir une parité stratégique approximative. D’où la succession de traités de contrôle des armes nucléaires entre l’URSS et les États-Unis, y compris la réduction des arsenaux.

La technologie nucléaire continuait de se développer, rendant les armes de plus en plus destructrices, mais le MAD et le principe de la parité contraignaient la technologie et maintenaient la paix nucléaire malgré quelques quasi-accidents. Cette approche a atteint son apogée la plus optimiste à la fin des années 1980 lorsque le président Ronald Reagan et le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ont élargi leur compréhension de la sécurité mutuelle. Ils ont convenu que toute construction stratégique d’un côté serait perçue comme une menace par l’autre, qui entreprendrait alors sa propre réplique. Ils ont convenu de mettre fin à cette dialectique périlleuse, qui avait conduit la course aux armements nucléaires pendant des décennies et, en 1987, aboli pour la première (et la dernière) fois une catégorie entière d’armes nucléaires, celles portées par des missiles à moyenne portée. Cette chance extrêmement prometteuse, l’héritage de Reagan et Gorbatchev, a été perdue presque immédiatement après la fin de l’Union soviétique en 1991. Comme Cohen l’écrivait il y a 10 ans dans son livre Soviet Fates and Lost Alternatives « la guerre froide s’est terminée à Moscou, mais pas Washington ».

À partir des années 1990, les administrations américaines successives – sous Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama – recherchaient la supériorité nucléaire de facto sur la Russie post-soviétique. Animées par le triomphalisme rampant de l’après-guerre froide (mal conçu) et par la perception que la Russie était maintenant trop faible, démoralisée ou suppliante pour rivaliser, elles l’ont fait de trois manières : en élargissant l’OTAN aux frontières de la Russie ; en finançant des armes nucléaires de plus en plus destructrices, précises et opérationnelles ; et, en 2002, en se retirant unilatéralement du Traité antimissile balistique de 1972.

En interdisant le déploiement à grande échelle des installations de défense antimissile (chaque camp bénéficiait d’une exception chez lui) le traité garantissait depuis longtemps la sécurité mutuelle sur la base des principes sous-jacents de la MAD et de la parité. En effet, l’abolition, par Bush Jr, du Traité ABM a annulé ces principes et signifié la volonté de Washington de parvenir à la supériorité nucléaire sur la Russie. Aujourd’hui, il y a des dizaines de missiles américains déployés en défense antimissile, qui sont officiellement un projet de l’OTAN, partout dans le monde, y compris sur terre et en mer à la frontière de la Russie.

Depuis le début, et encore aujourd’hui, Washington a maintenu que « notre défense antimissile n’a jamais été dirigée contre la Russie » mais seulement contre l’Iran et d’autres États voyous, mais cela a toujours été un conte de fées accepté par les observateurs peu perspicaces mais certainement pas par Moscou.

Commander of the US Strategic Command, General John Hyten © Yuri Gripas
Le général John Hyten © Yuri Gripas
Le Pentagone “déçu” par la révélation de la nouvelle dissuasion nucléaire russe par Poutine

Toutes les nouvelles armes nucléaires russes détaillées par Poutine dans son discours du 1er mars, en cours de développement, ont été conçues pour échapper – pour contrecarrer et rendre inutile – le programme mondial de défense antimissile de Washington qui s’est développé pendant des décennies à des coûts financiers, politiques et de sécurité énormes. L’establishment des médias politiques américains a largement rejeté les affirmations de Poutine comme un « bluff », « agressif » et un « cliquetis de sabre ». Mais ces traits n’ont jamais caractérisé les grandes déclarations de politique de Poutine, pas plus que celles-ci.

Si seulement un quart des prétentions de Poutine sur les nouvelles armes nucléaires russes sont vraies, cela signifie que tandis que Washington a couru avec insistance vers la supériorité nucléaire et une capacité de première frappe, Moscou a résolument décidé de développer des contre-systèmes et, encore une fois, en supposant que les déclarations de Poutine sont essentiellement vraies – la Russie a gagné.

Du point de vue de Moscou, qui dans ce cas existentiel devrait également être le nôtre, la Russie a retrouvé la parité stratégique qu’elle a perdue après la fin de l’Union soviétique et avec elle, la sécurité mutuelle de la MAD.

Le discours de Poutine, s’il est lu attentivement, soulève des questions politiques vitales. Cohen identifie et discute plusieurs d’entre elles.

À un moment donné, Poutine dit remarquablement que « nous sommes nous-mêmes à blâmer » pour la condition stratégique désastreuse dans laquelle la Russie s’est retrouvée au début des années 2000. Vraisemblablement, il fait référence à ses propres « illusions » sur l’Occident, en particulier sur Washington, auxquelles il a fait allusion précédemment, bien que de manière énigmatique.

Il fait certainement référence à ses propres appels stériles à « nos partenaires occidentaux » pour des politiques de sécurité mutuelle au lieu de l’expansion de l’Otan et de la défense antimissile unilatérale, appels illusoires pour lesquels il a parfois été critiqué par les forces anti-occidentales, en Russie même, dans l’establishment politique s’occupant de sécurité. Comme l’admet Poutine, ses « partenaires occidentaux » n’ont pas « écouté ». C’est une preuve irréfutable que Poutine a lui-même changé en réponse aux politiques des États-Unis et de l’Otan pendant ses années au pouvoir.

Dans son discours, Poutine ne commente pas directement les courses aux armements nucléaires passées ou actuelles, mais il précise qu’une autre, plus dangereuse, se profile, en fonction de la réaction de Washington aux nouvelles armes de Moscou.

Washington peut accepter la parité, ou la dissuasion. La Russie s’est rétablie et revient à des négociations à grande échelle sur les armes nucléaires ; ou bien Washington peut essayer encore de dépasser la parité avec Moscou. Si ce dernier choix est fait, dit Poutine, la Russie est pleinement capable et prête à rivaliser, encore et encore, bien qu’il précise qu’il préfèrerait consacrer ses années restantes comme dirigeant, son héritage, ainsi que les ressources nationales à la modernisation et à la prospérité de la Russie, qu’il énonce (encore une fois) dans les deux premiers tiers de son discours.

Il insiste sur le fait que les nouvelles armes ne sont pas destinées à une quelconque agression, mais uniquement à la défense militaire légitime de la Russie et, politiquement, à ramener Washington aux politiques de détente et en particulier aux négociations sur les armes nucléaires. Le Kremlin, ajoute-t-il, est « prêt ».

Cruise missile of unlimited range © Минобороны России
Les missiles nucléaires et les missiles à portée illimitée : Les ajouts les plus récents à l’arsenal russe (VIDEOS)

Même après avoir fait une présentation convaincante, et manifestement fière, de ce que la Russie a réussi, contre toute attente, Poutine croit-il vraiment que Washington va « écouter maintenant » ? Il peut encore avoir des illusions, mais nous ne devrions en avoir aucune. Au cours de ces dernières années, il y a eu de nombreuses preuves que les décideurs américains et, tout aussi importants, les commentateurs des médias traditionnels, ne prennent pas la peine de lire ce que Poutine dit, ou du moins pas plus que des bribes de rapports. Pire encore, Poutine et la « Russie de Poutine » ont été tellement diabolisés qu’il est difficile d’imaginer que des personnalités politiques ou des commentateurs éditoriaux américains répondent positivement à ce qui est clairement l’espoir du président russe d’un nouveau départ dans les relations américano-russes. Même s’il n’y a que ça, la parité stratégique signifie toujours aussi la parité politique – reconnaissant que la Russie soviétique, comme les États-Unis, avait des intérêts nationaux légitimes à l’étranger. Les années pendant lesquelles les Américains vilipendaient Poutine et la Russie sont essentiellement une affirmation que ni l’un ni l’autre n’avait une telle légitimité. Et pour aggraver les choses, il y a les allégations non prouvées de collusion du Russiagate. Même si le président Trump comprend, ou qu’on lui fait comprendre, la nouvelle ouverture, peut-être historique, représentée par le discours de Poutine, les allégations de « marionnette du Kremlin » faites quotidiennement contre lui permettraient-elles de saisir cette occasion ? En vérité, les promoteurs du Russiagate s’en soucient-ils ?

De manière plus générale, conclut Cohen, l’histoire a enseigné que la technologie dépasse parfois la capacité politique de la contrôler. Plusieurs des nouvelles armes nucléaires de la Russie étaient imprévues – si les services de renseignement américains n’étaient pas pleinement informés de leur développement avant le discours de Poutine, à quoi ces agences s’occupaient-elles ? Il n’est plus possible d’ignorer la Russie, au moins à égalité avec les États-Unis, encore une fois considérée comme la première menace pour les Américains. Si Washington n’écoute pas maintenant, si au lieu de cela, elle cherche de nouveau la supériorité, nous pouvons raisonnablement demander : « Nous avons survécu à la guerre froide précédente, mais pourrons-nous survivre à celle-ci ? ». Pour le dire autrement, est-ce que Poutine a dévoilé, mais a également offert le 1er mars 2018, notre dernière chance ? En tout cas, il avait raison : « C’est un tournant pour le monde entier. »

Stephen F.Cohen

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/comment-washington-a-provoque-et-peut-etre-perdu-une-nouvelle-course-aux-armements-nucleaires

La politique étrangère du président Macron

La politique étrangère du président Macron

Selon le président Macron, « France is back » (en anglais dans le texte). Elle entendrait jouer à nouveau un rôle international, après dix années de déshérence. Cependant Emmanuel Macron n’a jamais expliqué quelle politique il entend mener. Reprenant des éléments qu’il a déjà développés dans ces colonnes et les resituant à la fois dans le contexte européen et dans l’Histoire de ce pays, Thierry Meyssan analyse le virage qui vient d’être amorcé.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 27.1 ko

Lorsqu’Emmanuel Macron s’est présenté à la présidence de la République française, il ignorait tout des Relations internationales. Son mentor, le chef de l’Inspection générale des Finances (un corps de 300 hauts-fonctionnaires), Jean-Pierre Jouyet, lui fit dispenser une formation accélérée.

Le prestige de la France avait été considérablement affaibli par les deux précédents présidents, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Du fait de son absence de priorité et de ses innombrables retournements, la position française était désormais perçue comme « inconsistante ». Aussi débuta-t-il son mandat en rencontrant le plus grand nombre de chefs d’État et de gouvernement, montrant que la France se repositionnait comme une puissance médiatrice, capable de parler avec tous.

Après avoir serré des mains et invité à dîner, il lui fallu donner un contenu à sa politique. Jean-Pierre Jouyet [1] proposa de rester dans le camp atlantique, tout en misant sur les Démocrates états-uniens qui, selon lui, devraient revenir à la Maison-Blanche peut-être même avant les élections de 2020. Alors que les Britanniques quittent l’Union européenne, la France resserrerait étroitement son alliance avec Londres tout en conservant des rapports avec Berlin. L’Union devrait être recentrée sur la gouvernance de l’euro. Elle mettrait un terme au libre-échange avec les partenaires qui ne le respectent pas et créerait de grandes entreprises sur Internet capables de rivaliser avec celles du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Elle devrait également se doter d’une défense commune contre le terrorisme. Avec ses alliés, elle s’engagerait dans la lutte contre l’influence russe. Enfin, la France poursuivrait son action militaire au Sahel et au Levant.

En septembre 2017, Jean-Pierre Jouyet fut nommé ambassadeur de France à Londres. En janvier 2018, la France et le Royaume-Uni relançaient leur coopération diplomatique et militaire [2]. Toujours en janvier, les deux États formaient une instance secrète, le « Petit Groupe », pour relancer la colonisation franco-britannique du Levant [3].

Cette politique, qui n’a jamais été discutée en public, ignore à la fois l’Histoire de France et la demande allemande de jouer un rôle politique international plus important. La quatrième économie du monde est en effet, soixante dix ans après sa défaite, toujours maintenue dans un rôle secondaire [4].

Concernant le monde arabe, le président Macron —énarque et ancien de Rothschild & Cie— a adopté le point de vue de ses deux consultants en la matière : le franco-tunisien Hakim El Karoui —un autre ancien de Rothschild & Cie— pour le Maghreb et l’ancien ambassadeur à Damas Michel Duclos —un énarque— pour le Levant. El Karoui n’est pas un produit de l’intégration républicaine, mais de la haute bourgeoisie transnationale. Il alterne un discours républicain au plan international et un autre communautaire au plan intérieur. Duclos est un authentique néoconservateur, formé aux États-Unis sous George W. Bush par Jean-David Levitte [5]

Or, El Karoui n’a toujours pas compris que les Frères musulmans sont un instrument du MI6 britannique, et Duclos que Londres n’a pas digéré les accords Sykes-Picot-Sazonov qui lui ont fait perdre la moitié de son empire au Moyen-Orient [6]. Les deux hommes ne voient donc pas de problème dans la nouvelle « entente cordiale » avec Theresa May.

On peut d’ores et déjà mesurer certaines incohérences de cette politique. En application des décisions du « Petit Groupe », la France a repris l’habitude de l’équipe du président Hollande de relayer à l’Onu les positions de ses employés de l’opposition syrienne (ceux qui se réclament du drapeau du mandat français sur la Syrie [7]). Mais les temps ont changé. La lettre de l’actuel président de la « Commission syrienne de négociation », Nasr al-Hariri, transmise au nom de la France au Conseil de sécurité injurie non seulement la Syrie, mais aussi la Russie [8]. Elle accuse l’une des deux principales puissances militaires au monde [9] de perpétrer des crimes contre l’Humanité ce qui contrevient à la position « médiatrice » d’un membre permanent du Conseil. Si Moscou a préféré ignorer cet écart de langage, Damas y a sèchement répondu [10].

En définitive, la politique d’Emmanuel Macron ne diffère guère de celles de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, même si, du fait de la présence de Donald Trump à la Maison-Blanche, elle s’appuie plus sur le Royaume-Uni que sur les États-Unis. L’Élysée poursuit l’idée d’un relèvement économique pour ses multinationales non pas en France, mais dans son ancien Empire colonial. Il s’agit des mêmes choix que ceux du socialiste Guy Mollet, un des fondateurs du Groupe de Bilderberg [11]. En 1956, le président du Conseil français fit alliance avec Londres et Tel-Aviv pour conserver ses parts dans le Canal de Suez nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser. Il proposa à son homologue britannique, Anthony Eden, que la France intègre le Commonwealth, qu’elle fasse allégeance à la Couronne, et que les Français adoptent le même statut de citoyenneté que les Irlandais du Nord [12]. Ce projet d’abandon de la République et d’intégration de la France au sein du Royaume-Uni sous l’autorité de la reine Élisabeth II ne fut jamais discuté publiquement.

Peu importent l’idéal d’égalité en Droit exposé en 1789 et le rejet du colonialisme exprimé par le Peuple français face au coup d’État avorté de 1961 [13], aux yeux du Pouvoir, la politique étrangère ne ressort pas de la démocratie.

[1] « De la Fondation Saint-Simon à Emmanuel Macron », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 avril 2017.

[2] « L’ »Entente cordiale » franco-britannique », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 30 janvier 2018.

[3] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la « stratégie occidentale » », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[4] C’est également le cas du Japon.

[5] Jean-David Levitte, alias « Diplomator », fut représentant permanent de la France aux Nations unies à New York (2000-02), puis ambassadeur à Washington (2002-07).

[6] D’un point de vue britannique, les accords Sykes-Picot-Sazonov de 1916 ne sont pas un partage équitable du monde entre les trois empires, mais une concession du Royaume-Uni pour s’assurer le soutien de la France et de la Russie (Triple Entente) contre le Reich allemand, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (Triplice).

[7] « La France à la recherche de son ancien mandat en Syrie », par Sarkis Tsaturyan, Traduction Avic, Oriental Review (Russie), Réseau Voltaire, 6 octobre 2015. En 1932, la France octroie à la Syrie mandataire un nouveau drapeau. Il est composé de trois bandes horizontales représentant les dynasties Fatimides (vert), Omeyyades (blanc) et Abbasides (noir), symboles des musulmans chiites pour la première et sunnites pour les deux suivantes. Les trois étoiles rouges représentent les trois minorités chrétienne, druze et alaouite. Ce drapeau restera en vigueur au début de la République arabe syrienne et reviendra, en 2011, avec l’Armée syrienne libre.

[8] « Accusation de la Syrie et de la Russie par la France », par François Delattre, Réseau Voltaire, 9 février 2018.

[9] « Le nouvel arsenal nucléaire russe rétablit la bipolarité du monde », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mars 2018.

[10] « Réponse de la Syrie à la France », par Bachar Ja’afari, Réseau Voltaire, 28 février 2018.

[11] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie) , Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[12] “When Britain and France nearly married”, Mike Thomson, BBC, January 15, 2007. « Frangland ? UK documents say France proposed a union with Britain in 1950s : LONDON : Would France have been better off under Queen Elizabeth II ? », Associated Press, January 15, 2007. Guy Mollet ne reprenait pas là la proposition d’Union franco-britannique, formulée par Winston Churchill et Anthony Eden en 1940, de fusion provisoire des deux nations après la défaite française pour lutter face au Reich nazi. Il s’inspirait en fait, dans le contexte de la crise de Suez et l’espoir de sauver l’Empire français, de la proposition d’Ernest Bevin onze ans plus tôt de créer un troisième bloc face aux USA et à l’URSS, en joignant les empires britannique, français et néerlandais au sein d’une Union occidentale. Ce projet fut abandonné par Londres au profit de la CECA (ancêtre de l’Union européenne) au plan économique et de l’Otan au plan militaire.

[13] En 1961, un coup d’État militaire, organisé en sous-main par l’Otan, tenta de renverser le général-président Charles De Gaulle et de maintenir la politique coloniale française. Massivement, les Français refusèrent de s’y rallier. « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.

http://www.voltairenet.org/article200032.html

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

+

Le président Donald Trump a annoncé le remplacement du secrétaire d’État Rex Tillerson par le directeur de la CIA, Mike Pompeo, lui même remplacé par son adjointe, Gina Haspel.

Le président s’était particulièrement heurté à son secrétaire d’État à propos de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord. Tillerson considérait comme indispensable de diaboliser la Russie ; il s’opposait à la rupture de l’accord 5+1 ; et à tout dialogue de chef d’État à chef d’État avec le président Kim.

Gina Haspel est unanimement considérée comme une des meilleures espionnes de la CIA par ses collègues et tout aussi unanimement mise en cause par les politiciens de Washington. Elle a dirigé la prison secrète de l’Agence en Thaïlande et y a supervisé les horreurs commises sur Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri. Elle incarne à ce titre les tortures généralisées de l’ère Bush. C’est la première fois qu’une femme accède à la direction de la CIA.

http://www.voltairenet.org/article200090.html

Mayotte : les dessous de la visite d’Annick Girardin

13 mars 2018 / Mis à jour à 08:18 – Paris
FrancePolitiqueConflit social

Mayotte : les dessous de la visite d’Annick Girardin
La ministre française des Outre-mer ne comptait pas se rendre à Mayotte avant les élections législatives partielles de la 1ère circonscription fixées les 18 et 25 mars 2018. Toutefois, après plus de trois semaines de grève générale et un fort emballement médiatique, Annick Girardin a dû avancer sa venue. Sa crédibilité et son poste sont manifestement dans la balance. Analyse de ce premier jour de visite à haut risque.

Mayotte est le 101ème département français depuis 2011 et ce n’est pas une réussite. Les chiffres dont nous disposons et qui sont exposés par les médias métropolitains sont plutôt révélateurs de la chienlit locale mais demeurent toutefois éloignés de la réalité. Effectivement le territoire est le moins bien renseigné de France puisque les études manquent et sont parfois contestables. Quelques exemples : les états-civils sont fréquemment incorrects, les gens ne vont pas porter plainte en raison de l’inefficacité des enquêtes, une partie de la population est clandestine et donc pas répertoriée etc.

Quoi qu’il en soit, les estimations -si incorrectes soient-elles- n’en demeurent pas moins inquiétantes : 41% des habitants sont clandestins, 84% vivent sous le seuil de pauvreté, 26% sont au chômage, plus de 50% de la population a moins de 18ans, 71% n’a aucun diplôme qualifiant… Grosso modo, tous les voyants sont au rouge mais ce qui rend la situation insupportable pour les Mahorais est avant tout l’insécurité. Cette insécurité souvent expliquée –à tort ou à raison- comme le résultat de l’immigration massive qui touche l’île. A lui seul, le département renvoie plus de clandestins que le reste du pays et pourtant, cela ne suffit pas à arrêter les kwassa-kwassa qui partent majoritairement des Comores et laissent derrière eux de nombreux noyés.

D’autres réalités ne sont pas chiffrables, comme l’absence de transports en commun, les heures d’embouteillages pour se rendre au travail, la rareté des professionnels de santé, la présence du plus gros bidonville de France, l’absence de cantines scolaires ou encore la non-application de nombreux droits hexagonaux…

Une situation explosive et une population excédée

Face à une situation globale déplorable et au sentiment d’abandon que ressentent les Mahorais, surtout quant aux questions de sécurité et d’immigration, une contestation s’est organisée depuis le 20 février 2018. En dépit du discours officiel, les Mahorais ont boycotté les Assises des Outre-mer organisées depuis des semaines et ont décidé de s’exprimer dans la rue. Blocages, actions coups de poing, marches. Le tout sous des trombes d’eau, en pleine saison des pluies. L’île est complètement paralysée, les citoyens se ruent dans les magasins, les stations essence, ils retirent de l’argent. Le climat est celui d’un état de siège.

Pourtant et malgré les désagréments engendrés par ce mouvement, plutôt bien encadré pour le moment et sans trop de débordements, les Mahorais restent soudés et veulent être entendus par le gouvernement. Ce gouvernement si lointain qui a attendu trois semaines avant d’envoyer un ministre, peut-être sous la pression de l’opposition et d’un Laurent Wauquiez entreprenant en terre mahoraise.

Les élus de l’Association des maires ont fait appel à un bureau d’études pour établir un plan de rattrapage de 1,8 milliards d’euros. A leurs yeux, il faudrait investir 480 millions pour mettre à niveau la distribution d’eau potable et l’assainissement, 480 millions pour la construction et la rénovation des écoles, 500 millions pour le logement social, 238 millions pour les routes, 40 millions pour les équipements sportifs et culturels. Sans compter les renforts en matière de sécurité et de lutte contre l’immigration.

C’est donc une stratégie « à la guyanaise » que tentent d’établir les élus mahorais.

Parallèlement les manifestants organisés essentiellement autour du Collectif des citoyens de Mayotte et de l’Intersyndicale, demandaient la présence du ministre de l’Intérieur, du Premier ministre ou du président de la République. Pour résumer, la venue d’Annick Girardin considérée ici comme un poids léger du gouvernement, n’était pas souhaitée. Cette dernière qui, soyons clairs, joue ici son poste, a pris le moins de risques possibles pour donner l’impression de maîtriser la situation malgré quelques huées dès son arrivée dans la commune de Dzaoudzi-Labattoir.

La réalité d’une visite

Alors que pendant le week-end les Mahorais ont vu des camions de forces de l’ordre arriver de métropole et des hélicoptères tourner dans le ciel, la ministre a commencé sa tournée ce lundi matin. Il faut savoir que Mayotte n’est pas une île en réalité mais un archipel constitué de quelques îlots et surtout de deux îles : Petite-Terre et Grande-Terre. L’aéroport, la résidence du Préfet et une grande partie des forces de sécurité s’y trouvent. Cette île est bien moins peuplée, beaucoup plus quadrillée, moins touchée par les problèmes de sécurité et finalement moins intégrée à ce mouvement. L’essentiel de la contestation et des problèmes se situe en Grande-Terre. La ministre et les autorités locales ont par conséquent cherché à assurer un premier jour de visite plutôt calme et cadré.

La visite s’est donc déroulée dans des établissements scolaires où tout se passait normalement alors que la plupart des enfants de Mayotte sont restés chez eux. Annick Girardin a également discuté avec une poignée de manifestants très sympathiques qui ont fini par prendre des selfies avec elle. Une telle scène n’aurait pas pu se passer en Grande-Terre ou avec les bonnes personnes à Petite-Terre. Par ailleurs, elle a palabré (à moins de 2km de l’aéroport) avec eux assise dans l’herbe. Un ministre ferait-il cela en métropole ou est-ce une attitude réservée aux ultramarins ?

Madame la ministre a également enfilé une tenue locale, le salouva. Cette dernière a de même dialogué avec une poignée d’élus locaux assez proches de la mouvance présidentielle, pendant que la majorité des élus a boycotté la rencontre. Enfin, elle est allée un court instant sur Grande-Terre en prenant la barge, mais les manifestants étaient quasi-absents près du Comité du tourisme… Ce qui est très étonnant quand on connaît la mobilisation qu’il y a sur cette place généralement. Peut-être que les renforts des forces de l’ordre ne servaient pas qu’à sécuriser les établissements scolaires pour la rentrée.

L’opération de com’ du premier jour a peut-être rassuré la métropole mais vue d’ici, elle est perçue comme une provocation supplémentaire.

http://www.afrik.com/mayotte-les-dessous-de-la-visite-d-annick-girardin

 

Tillerson n’a pas parlé à Trump et ignore les raisons de son limogeage

Tillerson n’a pas parlé à Trump et ignore les raisons de son limogeage

Washington – Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson n’a pas parlé à Donald Trump avant son limogeage et ignore les raisons pour lesquelles il a été écarté et remplacé par le patron de la CIA Mike Pompeo, a expliqué le département d’Etat.

« Le secrétaire (d’Etat) n’a pas parlé avec le président ce matin et il ignore les raisons, mais il est reconnaissant d’avoir pu servir, et continue à penser que servir le public est une tâche noble qu’il ne faut pas regretter », a déclaré Steve Goldstein, un haut responsable du département d’Etat.

Donald Trump a expliqué qu’il voulait renouveler son équipe diplomatique avant les négociations avec la Corée du Nord.

M. Tillerson est revenu à Washington d’une tournée en Afrique mardi avant l’aube, quelques heures seulement avant l’annonce de son limogeage.

« Le secrétaire (d’Etat) avait la ferme intention de rester à son poste en raison des progrès tangibles faits sur des questions importantes de sécurité nationale. Il avait noué de bonnes relations avec ses homologues », a ajouté dans une série de messages sur Twitter M. Goldstein, qui a le titre de sous-secrétaire d’Etat pour les affaires et la diplomatie publique.

« Le secrétaire regrettera ses collègues au département d’Etat et a apprécié de travailler avec le ministère de la Défense dans une rare relation solide », a-t-il expliqué, soulignant la proximité entre M. Tillerson et le ministre de la Défense Jim Mattis face aux faucons de l’administration.

(©AFP / 13 mars 2018 14h29)

https://www.romandie.com/news/Tillerson-n-a-pas-parle-a-Trump-et-ignore-les-raisons-de-son-limogeage/898672.rom

https://www.romandie.com/news/Tillerson-n-a-pas-parle-a-Trump-et-ignore-les-raisons-de-son-limogeage/898672.rom

Présidentielle en RDC : Moïse Katumbi dans les starting-blocks avec « Ensemble

Présidentielle en RDC : Moïse Katumbi dans les starting-blocks avec « Ensemble »

Contraint à l’exil depuis près de deux ans, l’opposant Moïse Katumbi a lancé ce lundi le mouvement « Ensemble pour le changement » depuis Johannesburg, en Afrique du Sud. Un rassemblement politique autour de sa candidature pour la présidentielle à venir en RDC.

C’est la version resserrée et corrigée du rassemblement de l’opposition congolaise qui avait eu lieu début juin 2016 à Genval, dans la banlieue bruxelloise. À l’époque, Moïse Katumbi, bien qu’à l’initiative, avait choisi de rester dans l’ombre pour ne pas éclipser le vieux et historique opposant Étienne Tshisekedi. Cette fois-ci, à Johannesburg, le dernier gouverneur de la riche province du Katanga s’est présenté en « capitaine de l’équipe » devant quelque 200 personnalités issues de différents partis politiques et de la société civile en RDC.

Pendant trois jours, du 9 au 12 février, tous ces soutiens de Moïse Katumbi se sont regroupés dans des ateliers pour réfléchir sur « le mouvement électoral » à mettre en place, le programme du candidat et le processus électoral en cours dans le pays. « Ne laissons aucune place à l’improvisation », leur avait alors recommandé leur champion lors de son discours d’ouverture du conclave. « Soyons disciplinés et dignes des attentes de notre peuple pour être au rendez-vous du 23 décembre [date prévue pour la présidentielle, NDLR] et apporter aux Congolais le changement qu’ils exigent », avait-t-il renchéri.

Katumbi lance « Ensemble »

Ce mercredi, « Ensemble pour le changement » a été lancé à Johannesburg. La structure se veut un « large mouvement pour relever, avec Moïse Katumbi, le défi du changement » en RDC. C’est désormais autour de « Ensemble » que graviteront des plateformes électorales pro-Katumbi et alliées en vue notamment des élections législatives et provinciales. Des contacts sont avancés avec l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale.

« C’est aussi une volonté d’instaurer un leadership clair » au sein des regroupements politiques qui soutiennent la candidature de Katumbi à la présidentielle, confie un proche du candidat déclaré à la présidentielle. Bien que très influent dans le Rassemblement de l’opposition mise en place à Genval, Katumbi n’avait en effet aucune fonction officielle dans l’organisation. Aujourd’hui, c’est bien lui le président du mouvement politique créé.

Les quatre piliers du projet Katumbi

À neuf mois de la tenue – encore hypothétique – des scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux, Moïse Katumbi a également dévoilé les « quatre piliers » de son projet de société : consolidation de l’État, de la démocratie et de la paix ; valorisation du capital humain ; relance économique, diversification de l’économie et création d’emplois ; et enfin, lutte contre le changement climatique.

Les conditions qui permettent d’envisager des élections crédibles sont très loin d’être remplies

« Je veux être le candidat du mérite, en particulier au sein de notre formidable jeunesse. Leur offrir un avenir radieux au Congo constitue notre plus grand défi », a promis le candidat qui est toujours menacé d’arrestation en cas de retour au pays. En juin 2016, il a été condamné à trois ans de prison dans une affaire rocambolesque de spoliation immobilière qualifiée de « mascarade » notamment par un rapport confidentiel des évêques catholiques rédigé une année plus tard.

« Les conditions qui permettent d’envisager des élections crédibles, justes et honnêtes sont très loin d’être remplies. De nombreux compatriotes croupissent encore en prison injustement privés de leur liberté. D’autres sont condamnés à l’exil. Les manifestations pacifiques sont réprimées dans le sang. Les médias privés proches de l’opposition sont menacés ou fermés », a d’ailleurs déploré Katumbi.

À quelques milliers de kilomètres de là, à Kinshasa, la coalition au pouvoir affûte aussi ses armes. Après la restructuration du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique du président Joseph Kabila, des tractations sont en cours pour constituer sept à douze regroupements électoraux.

Ghouta goutte

Ghouta goutte

12 Mars 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Ca va mal pour les barbus modérément modérés si chers à la MSN occidentale (à noter tout de même l’exception du Figaro, plus honnête il y a quelques jours). La Ghouta, symbolique fief rebelle depuis le début de la guerre syrienne, celui où a vraisemblablement eu lieu le premier et principal false flag du conflit en 2013, est en train de sérieusement perdre ses poils.

Depuis le début de l’offensive loyaliste fin février, plus de 60% du territoire de l’enclave a été repris (les pointillés de la carte indiquent la situation de départ). Menée par les désormais légendaire Tiger Force (à ne pas confondre avec les brigades du Tigre de Clémenceau) et conseillée de près par les tacticiens de l’état-major russe, l’attaque a d’abord coupé la poche en deux avant – suivant le précepte Jamais deux sans trois – d’en remettre une couche et de la diviser en tiers (payants… et payés cher par les rebelles).

Harasta, le plus petit morceau, semble être la prochaine cible afin de séparer définitivement Douma de Jobar et de s’attaquer à ces plats de résistance. Ce ne sera certes pas une partie de plaisir mais, jusqu’ici, le rythme de l’avancée loyaliste dans la Ghouta laisse rêveur…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/03/ghouta-goutte.htmlhttp://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/03/ghouta-goutte.html