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Une partie de billard à trois bandes : la Russie, l’Arabie saoudite et les États-Unis en pleine crise pétrolière (1/3)

Une partie de billard à trois bandes : la Russie, l’Arabie saoudite et les États-Unis en pleine crise pétrolière (1/3)

Quentin PARES 4 mai 2020 EnergieMondialisation et enjeux Leave a comment

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’épidémie de Covid-19 devrait entraîner une chute historique de la demande mondiale de brut. La contraction pourrait ainsi atteindre les 9,3 millions de barils par jour (b/j) en moyenne cette année. Devant cet effondrement, les pays producteurs se sont entendus le mois dernier sur une baisse presque équivalente de 9,7 millions de barils. Cet accord est historique à plus d’un titre. D’une part, il porte sur un volume de réduction sans équivalent dans l’histoire des marchés pétroliers. D’autre part, et pour la première fois, c’est l’ensemble des pays producteurs de la planète qui se sont entendus sur une réduction de la production. Comment expliquer cet accord historique ? Quels en sont les enjeux pour les acteurs principaux, à savoir la Russie, l’Arabie saoudite et les États-Unis ?

Partie 1 – Entre guerre des prix et coopération mondiale : la position délicate de la Russie face à la crise pétrolière

Devenue deuxième producteur mondial de brut (11,5 millions b/j), la Russie joue un rôle central pour la stabilité des marchés pétroliers. La politique russe fait face cependant à des choix difficiles dans le contexte épidémique actuel. Préférant d’abord jouer sa carte seule, Moscou s’est finalement tournée vers ses partenaires de l’OPEP pour tenter de stabiliser les prix.

“OPEP +” : un intérêt diplomatique plutôt qu’économique

Rosneft et son président Igor Sechin ont toujours été très sceptiques quant au bienfait de l'accord avec l'OPEP.
En pleine crise du Covid-19, les producteurs russes se sont longtemps opposés à tout accord contraignant avec l’OPEP.

Confrontée à l’arrivée massive du pétrole de schiste américain, la Russie signait en décembre 2016 avec l’OPEP et une poignée d’autres pays l’accord « OPEP+ »*. Cet accord visait à réduire la production d’environ 1,5 million de barils par jour. Cette baisse fut ensuite étendue à 1,2 million de barils supplémentaires stabilisant les prix autour des 60 dollars l’unité.

Pourtant, si économiquement l’OPEP+ a connu des succès, son application fut largement critiquée par les compagnies russes. Ce fut notamment le cas de Rosneft et de son président Igor Sechin qui jouit d’une influence considérable à Moscou. Pour les producteurs russes, en effet, réduire la production conduisait à maintenir un prix élevé du baril. Or, ce niveau de prix permettait aux producteurs de bruts non-conventionnels américains de rester sur le marché. Les producteurs russes ont ainsi vu leurs parts de marché s’effriter alors même que leur prix d’équilibre** était nettement plus compétitif.

En outre, les compagnies russes doivent faire face à un manque de flexibilité pour réduire leur production. Situés majoritairement en Sibérie, les champs pétroliers ne peuvent en effet arrêter leur production sans endommager les infrastructures pendant l’hiver. A cela s’ajoutent également les problèmes sociaux posés par la fermeture des puits dans des régions éloignées des bassins d’emploi.

Ce ne sont donc pas les avantages économiques qui ont primé dans la décision du gouvernement russe mais bien des considérations diplomatiques. L’accord OPEP+ permettait ainsi à Moscou d’opérer un rapprochement stratégique avec Riyad. Pour Vladimir Poutine, il s’agissait de conforter l’image de la Russie comme puissance stabilisatrice au Moyen-Orient. Comme souvent, la politique énergétique a servi ici de levier à Moscou pour faire avancer son influence dans la région.

L’effondrement de l’OPEP+ en mars 2020

Le gouvernement russe se retrouva donc tiraillé entre des intérêts diplomatiques d’un côté et l’hostilité des compagnies pétrolières de l’autre. Or, si cette tension fut relativement mise sous le tapis pendant trois ans, elle prit une nouvelle tournure avec la pandémie du Covid-19. D’un côté, Moscou ne souhaitait pas mettre fin à l’accord « OPEP+ ». La Russie proposait ainsi de renouveler simplement les baisses de production décidées lors des accords précédents. D’un autre côté, le gouvernement russe ne pouvait ignorer l’hostilité de ses compagnies nationales devant un effort supplémentaire de réduction.

C’est pourquoi Moscou s’est opposée à la proposition saoudienne de réduire drastiquement l’activité entraînant de facto l’explosion de l’OPEP+ en mars dernier. La Russie pouvait d’autant plus se permettre ce type de position qu’elle possédait, selon elle, suffisamment de marges pour résister à un effondrement des prix. Les compagnies russes bénéficient en effet de coûts de production assez bas et sont relativement peu endettées. De même, les recettes pétrolières ne contribuent qu’à hauteur de 40% du budget fiscal contre 80% pour les saoudiens. Les réserves de change sont elles aussi suffisamment abondantes (570 milliards de dollars) pour servir d’amortisseur à la crise. Enfin, la chute des prix devait permettre de liquider les producteurs non-conventionnels américains.

Le revirement russe et ses conséquences

Moscou abordait donc plutôt sereinement la guerre des prix déclenchée après l’expiration de l’accord « OPEP+ ». Pourtant, un mois après, le gouvernement russe acceptait de participer à un grand accord international visant à réduire la production de 9,7 millions de barils par jour. Comment expliquer ce revirement ?

Deux raisons peuvent être avancées. Tout d’abord, Moscou a subi des pressions diplomatiques importantes de la part de ses partenaires du G20 afin de stabiliser les prix. Pour le gouvernement russe, il s’agit de montrer qu’il est un acteur responsable sur la scène internationale. Plusieurs de ses alliés, comme le Venezuela ou l’Iran, ont également appelé Moscou à revenir à la table des négociations.

De plus, les compagnies russes ont progressivement levé leurs réticences devant l’ampleur du choc crée par la pandémie. Ainsi, leur optimisme de départ se fondait sur la croyance que cette épidémie ne durerait pas dans le temps. Or, la lente reprise de l’activité en Chine montre que le retour à la normale sera long. Dans ces conditions, les prix bas risquaient de dissuader toute décision d’investissement dans des nouvelles capacités. Pourtant, ces investissements sont essentiels pour maintenir un niveau de production stable dans les années à venir. En effet, les champs aujourd’hui en exploitation sont bien souvent arrivés à maturité et commencent à décliner.

Ce problème est d’autant plus important que les réserves encore disponibles sont situées dans des zones plus coûteuses à exploiter. Ceci est particulièrement vrai pour l’Arctique. Les compagnies russes doivent ainsi attendre un renchérissement des prix avant d’exploiter ces réserves. Or, prise entre le déclin des champs matures (brownfields) d’une part et l’absence d’investissements dans de nouveaux champs (greenfields) d’autre part, la Russie risquait de voir sa production rapidement décliner.

Dans ces conditions, les pressions diplomatiques et les incertitudes sur la demande ont eu raison des réticences des compagnies russes à diminuer la production. Le nouvel accord pose néanmoins des difficultés quant au partage du fardeau entre les compagnies pétrolières mais aussi entre les régions productrices. Moscou aura donc des choix cornéliens à faire et ce dans un contexte de grande incertitude pour son industrie pétrolière.

*L’OPEP+ se compose des pays de l’OPEP (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Venezuela, Equateur, Algérie, Libye, Nigeria, Guinée équatoriale, République du Congo, Gabon, Angola) et des pays non-OPEP (Brunei, Azerbaïdjan, Bahreïn, Oman, Kazakhstan, Malaisie, Soudan, Soudan du Sud, Mexique et la Russie).

**Le prix d’équilibre est le prix du baril de pétrole permettant à l’entreprise de commencer à réaliser un profit.

Sources :

Vitaly Yermakov et James Henderson, « The New Deal for Oil Markets: implications for Russia’s short-term tactics and long-term strategy », The Oxford Institute For Energy Studies, 13 avril 2020.

Marlène Laruelle, « La politique arctique de la Russie : une stratégie de puissance et ses limites », Notes de l’IFRI, mars 2020.

Francis Perrin, « Pétrole : le nouvel accord de l’OPEP+ peut-il faire remonter les prix ? », IRIS, 16 avril 2020.

Henry Foy, « Russian oil groups wrangle over Opec deal », Financial Times, 17 avril 2020.Share

About Quentin PARES

Quentin Pares est diplômé d’un Master 2 de Grenoble Ecole de Management (GEM) et est étudiant à l’IRIS. Il est spécialisé dans les questions énergétiques et d’économie internationale.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/43427-une-partie-de-billard-a-trois-bandes-la-russie-larabie-saoudite-et-les-etats-unis-en-pleine-crise-petroliere-1-3

De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

L’entreprise de l’après pandémie (1)

De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

La crise du coronavirus est riche d’enseignements en matière d’entreprise et, va l’être encore plus, notamment en matière de comportement d’icelles en regard de leur masse salariale. On peut déjà enregistrer des tendances qui n’augurent rien de bon en matière d’évolution des relations sociales. Si l’on reste sur cette ligne, il est à gager que ces évolutions impacteront fortement les comportements sociaux de la manière la plus négative qui soit pour les décennies qui viennent. Au-delà de la période curieuse et paradoxale que nous vivons, il est curieux de faire ce constat dans une telle indifférence, alors que nous parlons d’avenir et que chacun est concerné. Si beaucoup nous parle du gâchis alimentaire, personne ne parle du gâchis humain auquel nous allons assister. Si le réchauffement climatique, jusqu’à peu était sur toutes les lèvres et à toutes les sauces, personne ne nous parle de la période de glaciation des cœurs dans laquelle l’occident est entré, de l’aggravation à court terme ni des risques et des conséquences induites. Récemment, on a pu constater que la terre se régénérait très vite quand l’homme arrêtait son emprise parasitaire… Toutefois, à quoi servira une terre plus propre si les cœurs restent désespérément vides, sans espoirs ? A l’heure où l’on parle de réparer notre société (très), abimée, où beaucoup s’interrogent sur la pertinence du système de valeurs, de l’impéritie et de l’inconséquence qui nous ont conduits jusqu’ici. Au moment, où d’autres commencent une réflexion sur ce que pourrait être l’entreprise de demain dans un monde à rebâtir. A l’instant où une conscience se fait jour, où les bonnes volontés se cristallisent autour de ce que pourrait être et ce qu’impliquerait un changement de paradigme. Il est navrant de noter que d’aucuns continuent de ratiociner sur des données, une logique, une façon de penser et des méthodes d’un autre âge qui démontrent l’enlisement, que dis-je, l’enkystement dans des conceptions qui sont aux antipodes des attentes et vont à rebrousse champ de l’évolution de la société civile. Au-delà d’être dangereux pour le pays, l’entreprise, elle l’est plus encore pour cette légendaire « richesse » que sont les femmes et les hommes qui la composent. Cela impactera durablement la place, le rôle et la perception de l’entreprise, sans omettre les effets induits sur le marché du travail et les conséquences en matière de recrutements, ainsi qu’en accentuant les comportements inappropriés des salariés, tout comme ceux  des clients/consommateurs/utilisateurs par réaction. Ce que nous voyons se dessiner, c’est comme si l’entreprise avait sciemment décidé de se couper de la réalité, de refuser toutes évolutions positives, de nier sa capacité d’adaptation, alors qu’elle-même préconisait, il y a peu « l’agilité » pour ses personnels. Alors qu’elle se dit à la recherche des talents nécessaires à sa pérennité et son développement, qu’elle est confrontée à des soucis de compétences transverses, de recherche de spécialités et de talents évolutifs voire d’autres formes d’intelligences pour mieux appréhender un marché devenu complexe, d’érosion de l’engagement, de la fidélité de ses salariés, de compétitions effrénées à tous les niveaux, etc. Il est dommage aujourd’hui, de constater qu’elle épouse une posture inverse à l’heure où sa responsabilité est pleinement engagée dans toutes les dimensions de sa relation sociale et sociétale (RSH – RSE – RSM – RSP), comme si les liens avec la composante humaine de son tissu s’étaient distendus, plus encore, presque inconsciemment à la faveur de la mise en place des mesures de « distanciation sociale » (que je n’aime pas ce terme), que l’épidémie nous a imposé.

Au-delà du phénomène pandémique et de ses conséquences sur l’entreprise, l’économie, le pays. Cet éloignement contraint, impacte également les rapports salariés-entreprise. Outre la prise de conscience généralisée, c’est aussi une remise en cause profonde de la façon de travailler qui a émergé et qui, si elle n’est pas valorisée au profit de tous, porte en elle les germes de sa propre destruction.

Quand je parle de destruction, cela prendra la forme, au départ, d’un « oubli », d’une simple omission, pourtant essentielle. Comment pourrions-nous nous inscrire dans le monde de demain si l’on oublie, d’inclure dans nos réflexions (dans le cadre de la remise à plats des valeurs [pas seulement du et au travail]), de remettre l’Humain au centre de nos préoccupations ? Comment pourrions-nous continuer à pousser, jusqu’au bout du bout, des raisonnements et ratiociner sur des valeurs et des systèmes qui excluent l’Humain, autant dans sa dimension [d’accomplissement] que dans sa singularité et sa finalité ? Comment pourrions-nous passer à côté de ce qui peut-être sera l’opportunité, pour toutes les entreprises, comme pour leurs salariés de la refondation d’un nouveau contrat social ? Comment pourrions-nous passer à côté du « new deal 2.0 » qui, remettant l’Humain au cœur du dispositif, va être profitable à tous (marchés, marques, produits, fabricants, distributeurs, consommateur, environnement, etc.) ? Car si l’Humain justifie, depuis la création, l’origine, la raison d’être de l’entreprise. C’est l’innovation et la capacité de l’entreprise à s’adapter qui pérennise son inscription dans un marché légitime. En ce sens, c’est l’entreprise qui donne à l’humain sa raison d’y être… Les deux sont intimement imbriqués et ne peuvent se passer l’in de l’autre au risque de s’annihiler.

Bref, non plus un jeu à sommes nulles dans une posture éculée qui ne dupe plus personne, inadapté aux enjeux de l’époque et à l’impérieuse soif de « vérité » du moment. Tablons sur un jeu réellement « gagnant-gagnant » qui pourrait se révéler positif, inclusif, bénéfique et porteurs de grandes opportunités. Au-delà de la simple réintroduction de sens (si ce n’est du bon, a minima), c’est un engagement profond qui est attendu de part et d’autres, de la cohérence, ce n’est pas qu’un énième saupoudrage d’un vernis d’humanité qui craquera à première tension, s’il n’est pas pensé et en accord avec la réalité et les attentes. Cet engagement, en cohérence, en conscience, ici et maintenant n’est pas une figure de style convenue, une élucubration de plus, un effet de mode ou une posture de circonstance éphémère et aléatoire facilement interchangeable. Avant tout, c’est l’expression d’un désir profond, d’une attente réelle auxquels nous nous devons de répondre avant que nos salariés aillent chercher, ailleurs, les conditions qui leur paraitront les meilleurs à leur épanouissement et à la réalisation de leur singularité. A défaut de ce faire, bien après toutes les réflexions sur l’optimisation des modes de management et de fonctionnement qui tournent en boucles sur des critères de performances qui sont, eux-aussi, à réévaluer, ce sera notre capacité d’innovation qui sera impactée durablement, sans doute de façons plus grave que d’aucuns le pense…

L’entreprise saura-t-elle négocier – à l’avantage de tous – ce tournant ? Seul l’à-venir, celui qui est train de se construire, pourra le dire.

R.H. LEGRET

Secrétaire Général du CRED*

* Centre de Recherche et d’Etudes de Défense

https://wordpress.com/block-editor/post/ombre43.com/17073

Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

By La redaction de Mondafrique -5 mai 2020https://www.facebook.com/plugins/like.php?href=https://mondafrique.com/pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire/&layout=button_count&show_faces=false&width=105&action=like&colorscheme=light&height=21

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Le facteur épidémique est depuis longtemps un sujet d’étude pour le monde de la défense, tant il peut présenter des risques. Dès 1869 le médecin général inspecteur Michel Levy rapportait cette statistique: Sur les 95615 décès de troupes françaises que la guerre de Crimée avait occasionné, 77% étaient dues aux maladies.

Une chronique signée Alphonse Galland

Dans les années 2000, de nombreux rapports ont su esquisser les dangers que les risques biologiques, tant pour les forces armées que les populations civiles pouvaient générer. Des deux côtés de l’Atlantique, services de renseignement et directions de la prospective anticipaient ainsi la menace pandémique. En 2000, le National Intelligence Council américain établissait un premier rapport sur les risques que faisaient peser l’émergence et la résurgence de maladies infectieuses pour la sécurité des Etats-Unis. En 2008, il réitérait et établissait le scénario d’une situation similaire à celle que nous connaissons due à « l’émergence d’une maladie respiratoire virulente » apparue dans des territoires « à forte densité » où il existait « une proximité entre humains et animaux, comme dans certains endroits de Chine ».

Des avertissements à répétition

La même année, en France, le Livre Blanc, définissant la stratégie globale de défense et de sécurité française, considérait l’émergence d’une « pandémie massive à forte létalité » comme « plausible ». Quelques années plus tôt, à la demande des Ministres de la santé et de l’enseignement supérieur (Jean-François Mattéi et Claudie Haigneré), un certain Professeur Didier Raoult signait un rapport sur l’état des lieux de l’ensemble des mesures de santé publique et des recherches prévues en France et en Europe sur les dangers liés au bioterrorisme.

Face à ces alarmes, l’Etat français avait su réagir en lançant dès 2007 l’EPRUS, Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires. Sa mission : anticiper et prévenir ces risques. Un stock conséquent de masques, de respirateurs, de traitements etc… avait ainsi pu être constitué.

Certains pays africains se sont également penchés sur la question. En 2007, le Royaume du Maroc avait réuni à Casablanca des acteurs nationaux et internationaux, publics et privés, spécialisés dans la gestion de crises « hors cadre ». Ce séminaire nommé « Crises non conventionnelles. Nouveaux impératifs. Nouvelles Postures » avait été l’occasion d’analyses et de retours d’expériences sur des scénarios dits « à fortes ruptures »

Des réductions budgétaires drastiques

Néanmoins, certaines de ces initiatives prometteuses vont tourner court. Suite à l’épidémie de grippe H1N1 en 2011, le gouvernement de l’époque et les services de l’Etat furent accusés d’avoir sur-préparé la réponse à l’épidémie en dépensant plus d’un milliard d’Euros dans l’achat de médicaments, de masques et autres équipements de protection.

Il fût alors imposé à l’EPRUS une réduction drastique de budget. De 287 millions en 2007, son budget était divisé par 10 en 2015, avant d’être dissous un an plus tard.

Avant cette année 2020 et la crise du COVID-19, qui frappe si durement, il apparaît ainsi que, malgré les avertissements, la question du risque pandémique ait été globalement délaissée, voire ignorée, par rapport à d’autres problématiques sécuritaires comme la lutte anti-terroriste. Il semble en particulier que les services de renseignement, véritables vigies et garants de la sécurité collective, n’aient pas eu réellement les capacités de capter des signaux faibles en matière épidémiques, de les interpréter et de recommander une posture stratégique de défense face à ces menaces.

Le risque bio-terroriste

Les conséquences sanitaires, sociales, économiques, financières, et in fine, sécuritaires nées du Coronavirus, témoignent d’un risque de déstabilisation majeur pour l’Europe, l’Afrique et d’autres parties du monde insuffisamment renseignées et préparées à répondre à cette menace. Dans le futur, des états proliférants ou des groupes terroristes, pourraient s’inspirer de ce chaotique exemple et ainsi faire revenir la menace bioterroriste sur le devant de la scène.

Dans ces conditions, il va falloir renforcer des capacités de recherche et d’analyse que l’on croyait perdues. Certains pays étaient – ou sont encore – dotés de branche d’évaluation sanitaire et médicale au sein de leurs services de renseignement. Leurs exemples, passés ou présents, peuvent et doivent inspirer un changement rendu nécessaire.

Aux Etats-Unis, le National Center for Medical Intelligence (NCMI) est par exemple spécialisé dans le renseignement à vocation sanitaire et médical. Dépendant de la DIA (Defense Intelligence Agency), il a, entre autres, pour mission la prévention des risques épidémiques via la surveillance, la collecte et l’analyse de tout procédé, invention ou information présentant un risque pour la sécurité des populations ou des forces armées.

Des expertises ignorées

                                                                                                           Il y a encore 30 ans, ce centre suivait les recherches sur des armes biologiques d’Etats qui s’étaient dotés de capacité dans ce domaine : Russie soviétique, Afrique du Sud de l’Apartheid, Irak de Saddam Hussein, … A la fin des années 90, il s’est ensuite focalisé sur le suivi des capacités d’emploi d’agents pathogènes de la menace terroriste, mais également sur des expertises portant sur les risques sécuritaires que présentaient l’émergence d’épidémie comme Ebola, le SARS,  

Le National Center for Medical Intelligence (NCMI) aurait prévenu la Maison Blanche dès le mois de Novembre 2019 des dangers que le Coronavirus risquait de provoquer. 

La menace biologique, qu’elle soit naturelle ou artificielle est ainsi une réalité qui n’aurait jamais dû quitter, même provisoirement, les champs d’investigation et d’expertise des Services.                                               

Au vu du rappel à l’ordre que provoque la crise COVID-19, les services de renseignement vont ainsi devoir renforcer leurs capacités d’analyse et d’évaluation de la menace pandémique. D’importants moyens vont devoir être réattribués pour permettre de disposer d’informations précises sur l’état des programmes de recherche pratiqués par des laboratoires civils ou militaires en la matière, ou pour se munir des capacités d’évaluation initiale de situation en cas de départ d’épidémie : détermination précise de l’origine du virus, étendue de l’infection, …

Une meilleure synergie entre agences de renseignement civiles et militaires d’une part, et services de santé publics ou dépendant des Armées semble donc inévitable à l’avenir.

https://mondafrique.com/pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire  

Querelle virale

Querelle virale

6 Mai 2020

On s’en doutait, la poussée chinoise suite au coronavirus ne pouvait qu’entraîner une réaction impériale sous forme de guerre de l’information. Alors que les causes de la pandémie ne sont pas encore connues, la petite musique du labo chinois est maintenant reprise par toutes les officines médiatiques de service qui insistent un peu lourdement sur « le vent qui tourne » pour Pékin.

Sans présager de la plausibilité de la chose, contentons-nous de noter que le procédé est connu, on l’a vu à l’œuvre à de multiples reprises, notamment en Ukraine avec le MH17 : quelques fuites des désormais légendaires « sources anonymes » de la CIA, reprises avec micro et haut-parleur par les responsables politiques de Washington et la rumeur devient vérité universelle. Quant aux preuves, on pourra les attendre encore longtemps…

L’opération a parfaitement fonctionné, en tout cas aux Etats-Unis où l’image de la Chine s’est fortement dégradée dans l’opinion, déjà échaudée par la guerre commerciale :PUBLICITÉ

Notons que, dans sa croisade anti-chinoise, le Donald est en accord complet avec une partie de son Deep StateNous l’expliquions dès son investiture quand il décida de…

passer le fameux coup de fil à la présidente taïwanaise, diversement apprécié par le système impérial et sa presse – « erreur » pour le New York Times, « coup de génie » pour le Washington Post. Cette décision montre en tout cas que pour Trump, la cible chinoise n’est peut-être pas seulement économique.

Les observateurs avisés de la chose internationale sont dans l’expectative. The National Interest évoque un possible « Nixon à l’envers » : jouer cette fois la Russie contre la Chine. Fait qui ne manque pas de sel, ce retournement est soutenu par le vénérable Kissinger, l’officieux conseiller de Trump et l’éminence grise de Nixon qui avait conseillé le pivot vers Pékin. De quoi faire baver de rage le docteur Zbig, toujours pas guéri de sa russophobie maladive et qui préférerait jouer la carte chinoise contre Moscou.

Dans le grand jeu du bouc émissaire qui passionne les élites américaines, la Chine est en passe de remplacer (temporairement, ne rêvons pas) l’abominable ours des neiges. Cette évolution n’est cependant pas du goût de tout le monde ; c’est évidemment le cas de l’école bzrezinskienne ainsi que des multinationales US, toujours désireuses de faire des affaires avec le dragon et de profiter de sa main d’œuvre bon marché. Preuve que ce ne sont pas elles non plus qui mènent la politique étrangère américaine. Elles décident par contre de la ligne éditoriale des médias qu’elles possèdent, ce qui explique sans doute la grande hétérogénéité de leurs commentaires sur la « responsabilité chinoise » dans la pandémie.

Divorce partiel entre la MSN et l’Etat profond, au sein de la MSN et au sein de l’Etat profond… La situation est assez chaotique mais s’inscrit finalement dans une certaine continuité. On l’a vu plus haut lors de l’intronisation de Trump, l’establishment était de toute façon déjà très divisé sur la place à donner à la Chine : à ceux qui la considéraient comme un ennemi définitivement arrimé à la Russie répondent les optimistes qui, de manière quelque peu illusoire, espèrent encore se l’attacher pour la retourner contre le Heartland. Avec la crise coronavirienne, cette illusion devient mirage, d’autant que la solidarité sino-russe joue à plein.

Jusqu’où ira la dangereuse escalade de mots entre Washington et Pékin ? Sans doute jusqu’aux élections de novembre, la tactique du Donald étant de lier Biden à la Chine pour les attaquer tous deux. A moins que, d’ici là, de nouveaux éléments ne voient le jour…

Nous n’allons pas nous lancer ici dans un grand débat sur les origines du coronavirus ni prendre parti dans cette querelle scientifique qui n’est pas le propos du blog, mais une information importante est tombée qui pourrait (restons prudents) avoir des répercussions dans l’empoignade américano-chinoise. Le fidèle lecteur se rappelle sans doute que :

Zhao Lijian, porte-parole du MAE chinois, a jeté un pavé dans la mare jeudi dernier en affirmant que le coronavirus pourrait avoir été apporté en Chine par l’armée US lors des Jeux mondiaux militaires de Wuhan en octobre. Il s’appuie notamment sur les déclarations du directeur du Centers for disease control and prevention américain qui a révélé, devant le Congrès, que plusieurs patients que l’on croyait morts d’une simple grippe étaient en réalité porteurs du coronavirus. 

Notre bonne presse qui, pendant des années, a traqué sans relâche les sombres conspirations que les abominables Russes ne manquaient pas d’ourdir sur les élections américaines, hurle cette fois sa douleur devant ce cas patenté de « complotisme » qui met en cause la tête impériale. Dans les salles de rédaction, la théorie du complot, c’est comme le chasseur des Inconnus : il y a la bonne et la mauvaise…

Elle a toutefois raison sur un point : à ce stade, il est évidemment impossible d’apporter le moindre début de preuve à la thèse de l’ami Zhao qui ne reste, pour l’instant, que simple conjecture. Mais cet esclandre a au moins le mérite de montrer que, pandémie ou pas, l’affrontement titanesque entre Pékin et Washington n’est jamais très loin.

Or, il se trouve que des athlètes français ayant participé à ces jeux auraient contracté la maladie, soit bien avant l’apparition officielle du virus. Encore une fois, restons prudents. Mais si la chose se confirme, elle est susceptible de bousculer sérieusement la narration jusque-là admise et, partant, le bras de fer entre Washington et Pékin. Wait and see…Tag(s) : #Etats-Unis#Chine

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Omerta, grande muette et autres nouvelles

Omerta, grande muette et autres nouvelles

1 Mai 2020

Nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises sur ce blog de montrer l’étonnante liberté de ton de la presse israélienne, qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat là où sa consœur occidentale se noie dans l’auto-censure. Comble de la schizophrénie, ceci est particulièrement vrai quand des révélations mettent Tel Aviv en difficulté : la première ne cache pas grand chose ; la seconde, plus royaliste que le roi, bégaie, chancèle et finit par enfouir sa tête dans le sable.

Aussi, ne vous attendez pas à trouver un mot dans notre bonne MSN « libre et démocratique » du scoop qui fait actuellement la Une de tous les quotidiens israéliens. Tout est dit dans le titre :

Sans surprise, nos courageux plumitifs préfèrent regarder ailleurs tandis que les Démocrates, si prompts à hurler à l’ingérence russe, sont totalement atones. Le grand méchant n’est pas l’ours moscovite, où va-t-on ma bonne dame

Si les habituels blablateurs se font soudain très discrets, une institution traditionnellement silencieuse vient par contre de l’ouvrir de manière assez tonitruante. La Grande muette parle enfin et son message a dû être reçu avec ébahissement du côté de Bruxelles et de Washington.

Avant d’y venir, attardons-nous sur un instant sur un petit point historico-culturel fort intéressant. Comme chacun sait, il s’agit du surnom de l’armée française. Cette expression est souvent associée au devoir de réserve, qui interdit aux militaires d’exprimer publiquement leurs opinions politiques. Il n’en est rien. La formule remonte en réalité aux débuts de la IIIe République lorsque, méfiant envers les tendances monarchistes des officiers, Adolphe Thiers interdit purement et simplement le droit de vote aux militaires qui devenaient ainsi, électoralement parlant, muets. Pour la petite histoire, c’est De Gaulle qui instaura leur droit de vote en 1945… un an après celui des femmes.

Qu’a donc dit la grande muette pour provoquer des picotements au QG de l’OTAN ? Là encore, un titre vaut tous les discours :

Diantre ! Regroupés au sein du Cercle de réflexion interarmées, une dizaine de généraux ayant quitté le service actif vient de publier une longue tribune qui fera date :

Defender 2020, le prochain exercice militaire de l’OTAN, soulève un débat majeur. Quand bien même on craindrait les « cyber-intrusions » russes ; même si, pris de court par le retour populaire de la Crimée dans le giron russe, les Européens gouvernés par l’Amérique furent tétanisés par l’habileté de Poutine, il n’en reste pas moins qu’organiser des manœuvres de l’OTAN, au 21ème siècle, sous le nez de Moscou, plus de 30 ans après la chute de l’URSS, comme si le Pacte de Varsovie existait encore, est une erreur politique, confinant à la provocation irresponsable. Y participer révèle un suivisme aveugle, signifiant une préoccupante perte de notre indépendance stratégique. Est-il possible que la France s’en dispense ?

Le surgissement d’un fléau planétaire qui confine près de 4 milliards de Terriens, éclairant d’une lumière crue les grandes fragilités de l’humanité, pourrait contribuer à nous débarrasser des vieux réflexes de guerre froide. Faisant soudain peser une menace existentielle, ce fléau transfrontalier hiérarchise les priorités stratégiques, dévoile la futilité des anciennes routines et rappelle le poids de notre appartenance à l’ensemble eurasiatique, dont la Russie est le pivot ancestral.

Certains peuvent redouter de choquer nos partenaires de l’Est européen encore accablés par les souvenirs du rideau de fer. Ils oublient cependant qu’en 1966, il y a plus d’un demi-siècle, Charles de Gaulle dont tout le monde se réclame, mais que personne n’ose plus imiter – sauf en posture – , avait purement et simplement signifié à l’allié américain à qui l’Europe et la France devaient pourtant leur survie, qu’il n’était plus le bienvenu à Fontainebleau. C’est que le « Connétable », ayant chevillé à l’âme l’indépendance du pays, n’avait pas oublié qu’en 1944 Roosevelt avait l’intention de mettre la France sous tutelle administrative américaine (…)

54 ans après la brutalité du panache stratégique gaullien, le processus est un renoncement. Aujourd’hui, alors que le pouvoir a abandonné à Bruxelles et à la Banque Centrale Européenne une partie de sa marge de manœuvre régalienne, en échange de la construction d’une Europe dont la voix peine à se faire entendre, quand on écoute les affirmations d’indépendance de la France, on est saisi par l’impression d’une paranoïa. La contradiction diffuse le sentiment d’un « théâtre politique » factice, probablement à la racine d’une désaffection électorale, dont l’ampleur est un défi pour notre démocratie.

Enfin, pour un pays européen déjà sévèrement frappé par d’autres menaces, dans une Union menaçant de se déliter, alors que le voisin grec est confronté à un défi migratoire lancé par le Grand Turc membre de l’Alliance, mais cependant engagé dans une stratégie de retour de puissance par le truchement d’une affirmation médiévale religieuse clairement hostile, aller gesticuler militairement aux ordres de Washington aux frontières de la Russie qui n’est depuis longtemps plus une menace militaire directe, traduit pour le moins une catalepsie intellectuelle, confinant à la perte de l’instinct de survie (…)

Ajoutons que les accusations qui, dans ce contexte, où les menaces ont radicalement évolué, soupçonnent l’Amérique de perpétuer une mentalité de guerre froide hors du temps, ne manquent pas de pertinence. Le blocage politique antirusse de toutes les élites américaines confondues s’articule à l’obsession stratégique de perpétuer la raison d’être de l’OTAN, un des principaux adjuvants de la prévalence américaine après 1949 (…)

La Grande muette ne parle pas souvent mais, quand elle le fait, ça déménage et l’on imagine l’ahurissement des vassaux de Washington et autres toutous euronouilliques après la lecture de cette remarquable et remarquée tribune.

Puisque nous parlons de sujétion à l’empire, terminons sur la vraie-fausse guerre du pétrole. Nous avions annoncé au début de la crise qu’entre Riyad et Moscou, le premier à rentrer dans le rang serait le chameau. Bingo, si l’on en croit un convaincant article de Reuters qui, indirectement, dépeint d’ailleurs sous un jour peu favorable la grosse légume pétromonarchique.

Selon les sources, le Donald aurait menacé MBS de retirer ses troupes d’Arabie saoudite si celle-ci ne coupait pas les vannes et ne trouvait pas un accord au sein de l’OPEP. Et la dépêche de continuer : « Le leader de facto du royaume était si surpris qu’il a ordonné à ses assistants de quitter la pièce afin de continuer la conversation en privé ». Paniqué, le Seoud a fini par se rendre aux arguments américains. Maître, ne nous laisse pas seuls face à l’Iran…

S’il est impossible de vérifier la véracité du déroulé de la discussion, la chose est très vraisemblable. La poltronnerie des pétromonarchies du Golfe, dont les armées Potemkine sont bourrées de gadgets achetés à prix d’or, est proverbiale. Incapables de se battre, comme on le voit au Yémen, elles reposent principalement sur l’argent et le mercenariat. La Saoudie, dont le budget militaire est cinq fois plus élevé que le budget iranien, a préféré baisser pavillon et se lover confortablement dans les bras de tonton Sam.

Cela n’empêche pas le schiste US de s’écrouler (la moitié des puits ont fermé depuis sept semaines). Ni, par ailleurs, la Chine d’augmenter ses importations de pétrole russe au détriment de Riyad dans un geste concret et symbolique de solidarité eurasienne.Tag(s) : #Europe#Etats-Unis#Moyen-Orient#Pétrole

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/omerta-grande-muette-et-autres-nouvelles.html

Livre – Géopolitique des investissements marocains en Afrique

Livre – Géopolitique des investissements marocains en Afrique

Eugène Berg De Eugène Berg6 mai 2020 Dans AfriqueAfrique subsaharienneEconomie, énergies et entreprisesLivresMaghreb 2 Minute de lectureRencontre entre Mohammed VI et des dignitaires nigérians à Rabat, le 15 mai 2017, Auteurs : Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22053389_000006.Imprimer l’article

Oasis de stabilité en Afrique, le Maroc déploie sa stratégie commerciale sur l’ensemble du continent. Par de nombreux investissements directs à l’étranger, Rabat entend s’investir pleinement en Afrique subsaharienne pour peser véritablement dans un espace stratégique pour son avenir. 

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De nos jours, les investissements directs à l’étranger (IDE) jouent un rôle souvent décisif dans le développement qualitatif des pays récepteurs. Mais ils sont parfois instrumentalisés par les États, pays d’origine d’IDE, dans l’optique de provoquer une dépendance économique extérieure des pays d’accueil. En tout cas, l’Afrique, terre avide d’investissements tous azimuts, voit les flux d’IDE considérablement intensifiés depuis deux décennies, tant ses besoins d’équipement, de production et de distribution sont immenses.

A lire aussi: Le Maroc stratégique, sous la direction de Bouchra Rahmouni Benhida

Professeur et chercheur en relations internationales, fondateur du think tank « Centre de recherches internationales et stratégiques », Ahmed Iraqi passe en revue la géopolitique des investissements marocains en Afrique. Tous les indices indiquent indéniablement que le royaume cherche à s’ériger ardemment en puissance régionale après avoir mis de son côté toutes les variables pour s’assurer la réussite de sa stratégie africaine. Plus spécifiquement, c’est grâce aux investissements marocains envers l’Afrique que la réorientation de la politique continentale du royaume peut être économiquement explicitée, étant donné que les IDE marocains à destination de l’Afrique ne se sont nettement multipliés qu’entre les périodes 2000 et 2015. Ainsi entre 2003 et 2013, 85% des flux totaux d’IDE et 51% du stock total d’IDE marocain étaient à destination de l’Afrique.

A lire aussi: Podcast – L’Afrique, terrain de lutte entre la Chine et les Etats-Unis

Par ailleurs, d’un point de vue commercial, la part de marché des biens marocains en Afrique subsaharienne a plus que doublé, passant de 0,23 % en 2003 à 0,48% en 2013. De plus, en dépit de la concurrence étrangère et africaine, le Maroc devient, en 2016, le premier investisseur africain en Afrique dépassant ainsi l’Afrique du Sud avec un investissement global atteignant les 5 milliards USD dans 22 projets implantés aux quatre coins du continent. C’est tout naturellement en Afrique de l’Ouest que se concentrent ces investissements, alors qu’ils sont plus rares en Afrique australe et de l’Est. Signe d’une politique conçue et mise en œuvre au plus haut niveau, depuis l’aube de la nouvelle décennie, le roi Mohammed VI a effectué 53 visites dans 29 pays africains et signé plus de 1000 accords et conventions de partenariat. Le Maroc est désormais un partenaire stratégique en Afrique.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

Tags:Afrique subsaharienneinvestissements directs à l’étrangerMaroc

Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

https://www.revueconflits.com/maroc-afrique-subsaharienne-investissements-directs-a-l-etranger-eugene-berg/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=revue_conflits_les_dernieres_mises_en_ligne&utm_term=2020-05-06

Ce qui reste de la Baie des Cochons bis: les équipements habituels de l’insurrection 2.0 dirigée

mercredi, mai 06, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Ce qui reste de la Baie des Cochons bis: les équipements habituels de l’insurrection 2.0 dirigée

Ce fiasco implique le groupe Silverberg USA dont les mercenaires viennent du Texas. Un peu plus de 300 déserteurs de l’armée vénézulienne et des colombiens devait participer à une opération visant à:

  1. Décapiter le gouvernement du Venezuela en neutralisant le président Maduro;
  2. Prendre le contrôle de deux sites sensibles; coup militaire avec le concours de cellules dormantes au sein des forces armées; neutralisation des capacités A2/AD (défense aérienne) et destruction des Su-30 de l’armée de l’air vénézuelienne;
  3. Déclarer Juan Guaido nouveau président.

Comme d’accoutumée, le gouvernement US va certainement nier tout lien avec cette société de sécurité privée. Ni vu, ni connu. Même pas informés. C’est la procédure habituelle quand il s’agit d’opérations noires ou clandestines.

Jordan Goudreau, site du groupe Silverberg USA.

Bref l’un des coups les plus foireux de l’histoire. Ce n’est pas parce que l’on vient des forces spéciales et que l’on s’est retrouvés mêlés à tous les coups tordus des dix dernières années que l’on peut mener à bien une opération de changement de régime du même style que celui qui a eu lieu en Libye en 2011.

https://strategika51.org/2020/05/05/ce-qui-reste-de-la-baie-des-cochons-bis-les-equipements-habituels-de-linsurrection-2-0-dirigee/

Pendant que vous dormiezÉtats-Unis, Pologne, Syrie, Égypte, Airbnb : les informations de la nuit

Pendant que vous dormiezÉtats-Unis, Pologne, Syrie, Égypte, Airbnb : les informations de la nuit

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS) 

Donald Trump va dissoudre sa “task force” dédiée au coronavirus. Le président américain a fait cette annonce mardi, lors de la visite d’une usine de fabrication de masques en Arizona, après que son vice-président Mike Pence a déclaré un peu plus tôt que la Maison-Blanche pourrait confier fin mai à des agences fédérales la coordination de la lutte contre la crise sanitaire. “Alors que la bataille de sa réélection s’annonce rude pour le président américain, la Maison-Blanche semble chercher à mettre les questions relatives au bilan de la pandémie en arrière-plan, pour mettre davantage l’accent sur ses efforts pour relancer la croissance et l’emploi”, analyse le New York Times. Une décision qui suscite de nombreuses interrogations, alors que le rythme de décès quotidiens est reparti à la hausse mardi, avec 2 333 morts supplémentaires en 24 heures.

Le Sénat polonais refuse l’organisation de la présidentielle par correspondance. La chambre basse a rejeté mardi une proposition du gouvernement qui souhaitait organiser le scrutin prévu le 10 mai par voie postale. Droit et Justice (PiS), le parti nationaliste et conservateur au pouvoir en Pologne, tente de maintenir coûte que coûte l’élection malgré la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. L’opposition polonaise et les groupes de défense des droits de l’homme estiment que l’organisation d’une élection dans les conditions fixées par le gouvernement ne réunirait pas les garanties requises d’équité et de transparence. “La détermination du parti au pouvoir à organiser ce scrutin est purement opportuniste”estime le Guardian, dans un éditorial. Le PiS “fait le calcul qu’en temps de crise nationale, les populations ont tendance à se rassembler autour de leur gouvernement”, analyse le quotidien qui considère que “dans l’intérêt de la démocratie, cette élection devrait être reportée”.

Israël promet de poursuivre ses opérations en Syrie jusqu’au retrait de l’Iran. Téhéran “n’a rien à faire en Syrie […] et nous n’arrêterons pas tant qu’ils (les Iraniens) n’auront pas quitté” le pays, a déclaré mardi le ministre de la Défense Naftali Bennett, après une série de frappes imputées à l’armée israélienne en territoire syrien. Le dirigeant israélien n’a toutefois pas revendiqué explicitement les raids que médias d’État syriens et ONG ont attribués à l’aviation israélienne et qui ont fait 14 morts, lundi soir, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Naftali Bennett dit craindre de voir les forces pro iraniennes s’enraciner dans le sud de la Syrie, notamment dans le Golan, à la frontière israélienne. Une source issue du renseignement dans la région a déclaré à Al Jazeera qu’Israël avait intensifié ses raids en Syrie à un moment où l’attention du monde et des acteurs de la région “étaient distraits par la pandémie de coronavirus”.

Égypte : un jeune critique du pouvoir décède en prison après un empoisonnement à l’alcool. Le procureur général égyptien a affirmé mardi que Chadi Habache, réalisateur d’un vidéoclip d’une chanson engagée contre le chef de l’État Abdel Fattah Al-Sissi, a succombé samedi après avoir bu un produit désinfectant, rapporte Ahram Online“Le défunt a informé le médecin de service qu’il avait bu une certaine quantité d’alcool à midi la veille de sa mort… disant qu’il avait confondu la bouteille qu’il remplissait avec de l’eau”, a précisé le procureur. Des produits désinfectants à base d’alcool ont été distribués aux détenus pour se protéger contre l’épidémie de coronavirus, selon la même source.

Covid-19 : Airbnb licencie un quart de ses salariés. La plateforme de réservation de logements a été “durement touchée” par l’épidémie qui a mis un coup d’arrêt aux voyages dans le monde entier, avec des prévisions de revenus pour cette année “de moins de la moitié” de ceux générés en 2019, a expliqué mardi son co-fondateur Brian Chesky, pour justifier ces près de 1 900 licenciements. Avant que la pandémie ne survienne, Airbnb préparait son entrée en Bourse pour 2020, rappelle le Wall Street Journal.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1970906/article/1970975

Finie la ridicule attestation dérogatoire !

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FAIRE UN DONLIBERTÉS PUBLIQUES 6 MAI 2020 

Finie la ridicule attestation dérogatoire !

Screenshot attestation de déplacement dérigatoire — Service Public ,

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

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Par Patrick Aulnas.

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Les Français, considérés généralement comme frondeurs, ont été plutôt disciplinés. Ils ont globalement respecté les règles édictées pour le confinement, et utilisé, bon gré mal gré, cette absurde attestation, sortie du cerveau d’on ne sait quel haut fonctionnaire.

Avez-vous coché la bonne case ? Si vous avez un jeu d’attestations que vous corrigez au blanco, avez-vous pris la bonne attestation ? Faites attention, si vous changez de vêtement, à ne pas oublier la précieuse attestation dans l’ancienne poche.

Veillez bien à l’heure de départ si vous vous baladez un peu. Vous avez une heure pas plus. Un kilomètre, pas plus.

Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

UN CHEF-D’ŒUVRE TECHNOCRATIQUE : L’ATTESTATION AUTO-ACCORDÉE

L’autorisation de sortie, que l’on s’accorde à soi-même, est une singularité française, partagée par la seule Italie. Dans quel esprit a pu germer une telle idée ? Il faut être particulièrement vétilleux pour demander aux citoyens d’une démocratie de s’auto-autoriser à sortir tout en limitant la possibilité de le faire à quelques raisons impérieuses. Seul un énarque est capable de gérer la liberté avec une telle parcimonie.

Car la liberté se gère désormais. Elle peut se réduire comme peau de chagrin puis retrouver sa dimension première. Voilà une grande nouvelle, mais préoccupante pour le futur.

La permission de sortie auto-accordée restera sans aucun doute dans l’Histoire. C’est un véritable chef-d’œuvre. On connaissait les billets de sortie des internats de l’enseignement secondaire, les permissions accordées auparavant aux appelés, qui pouvaient pour quelques jours rejoindre leur famille, les autorisations accordées aux détenus en semi-liberté, devant justifier de la régularité de leur présence hors de la prison. Mais dans toutes ces situations, c’est l’autorité responsable qui accordait la liberté temporaire de sortie.

L’innovation fondamentale et vraiment historique consiste à demander à un citoyen libre et responsable de s’octroyer à lui-même un billet de sortie en choisissant uniquement parmi huit possibilités.

Vous pouvez parfaitement prétendre aller faire vos courses alors que vous vous promenez. Personne ne pourra vérifier. Vous pouvez avoir sur vous trois ou quatre attestations avec des horaires décalés. Personne ne pourra vérifier que vous n’avez pas dépassé l’heure de promenade généreusement accordée.about:blank

Tout cela est épouvantablement infantilisant et l’on se surprend soi-même à défier l’autorité comme un enfant ou un adolescent.

UN INDIVIDU LAMBDA

Prenez par exemple un individu moyen, sans histoire, comme il en existe tant. Bon citoyen, bon père, bon époux. Aucune condamnation pénale dans toute une vie de labeur. Vraiment rien à lui reprocher. Pourtant, il s’est laissé aller à ne pas respecter les sacro-saintes règles de sortie.

Attention ! Jamais il n’a fait prendre le moindre risque de contamination à quiconque et jamais il n’a pris lui-même le moindre risque. Il a toujours scrupuleusement respecté les prescriptions médicales de distanciation et d’hygiène. Il n’a d’ailleurs pas attendu la date fatidique du 17 mars 2020, début du confinement, pour prendre ses distances avec ses congénères, potentiellement contagieux depuis janvier ou février.

Notre individu lambda n’a aucun mérite. Il habite à la campagne et peut parcourir chemins et sentiers sans rencontrer âme qui vive. En cas de rencontre, la distance de plusieurs mètres ne pose aucun problème. Pourquoi alors respecter l’heure et le kilomètre autorisés ? Les chances de contrôle sont à peu près nulles. Il se sent responsable de ses actes et prend très au sérieux le risque de contagion. Il considère qu’il n’a nul besoin de la violence légitime pour bien se comporter en période épidémique.

Nombreux sont les Français qui pensent ainsi et qui ont agi ainsi. Il faut vivre dans « la France profonde » pour le savoir, celle des Gilets jaunes.

TROPISME ÉGALITARISTE ET CENTRALISATEUR

Fallait-il imposer à tous les mêmes règles au nom de l’égalitarisme, dévoiement de l’égalité républicaine ? Car le choix d’une attestation uniforme, auto-rédigée ou produite en ligne, résulte surtout de motifs politiques. Il aurait été possible de décentraliser la gestion du confinement pour mieux s’adapter aux réalités locales. Des gouvernants parisiens ont mis le pays entier au régime parisien. Voilà le résultat de leur tropisme égalitariste et centralisateur. La sociologie ne l’imposait pas.

Selon l’INSEE, La France comporte 19,7 millions de logements individuels (56,5 %) et 15,6 millions de logements collectifs (43,5 %). Pour les 56,5 % habitant dans des maisons individuelles, le risque est bien moindre : pas de locaux communs, pas d’ascenseurs bondés, moins de transports en commun, densité de population faible dans les rues. Ce type d’habitat permet de respecter sans aucune difficulté la distanciation sociale.

Il est possible de sortir librement de chez soi à tout moment sans aucun risque de se trouver dans une fourmilière humaine. Rien à voir avec la situation des très grandes villes surpeuplées, où la population a été entassée depuis des décennies du fait de choix politiques aberrants d’aménagement du territoire.

Chacun comprend qu’une discipline collective soit prévue par l’autorité politique en cas de pandémie. Mais, en démocratie, les gouvernants ne doivent pas confondre violence légitime et vexation illégitime. Rien de plus normal que de sanctionner les comportements à risque par des amendes et même des peines d’emprisonnement dans les cas graves. Mais infantiliser la population entière avec un morceau de papier pour la protéger d’un virus, voilà sans doute le nec plus ultra du principe de précaution.What do you want to do ?

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