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Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

mardi, avril 17, 2018

Etat de la France : Pierre Vermeren

Au fond, le problème tient dans la boutade de Warren Buffett : « Oui, il y a une lutte des classes et c’est ma classe, celle des riches, qui l’a gagnée ». Exactement ce que pourrait dire Macron s’il avait une once de franchise (on ne risque rien).

Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

TRIBUNE – La coupure entre élites et classes populaires dans les démocraties contemporaines est un fait établi, mais les ressorts de ce phénomène dramatique restent trop peu étudiés, argumente l’historien*.
La vague «populiste» qui, après les États-Unis et l’Italie, vient à nouveau de submerger la Hongrie d’Orban, est un phénomène international contemporain. Dans chaque pays concerné, le vote contestataire est le fait d’un électorat composite, populaire en majorité, qui cesse de s’abstenir, ou de suivre les consignes électorales de ses représentants bourgeois habituels, pour faire triompher des leaders qui répondent  à ses préoccupations. Des voix non autorisées imposent ainsi leurs priorités de l’heure.
L’hypothèse qu’on défend ici est que le sort fait aux classes populaires et ouvrières des anciennes nations industrielles – dépossédées par la concurrence de l’Asie et par une mécanisation souvent plus idéologique que nécessaire – crée le terreau favorable de ce phénomène, accentué par le repli sur soi des classes aisées. Claquemurées en France dans des forteresses urbaines, littorales et alpines, dans les métropoles, des institutions et réseaux de sociabilité, dans les TGV et avions, elles ne côtoient plus la France (ou l’Amérique) invisible dont elles n’attendent rien, sauf à en redouter le vote.
La « tiers-mondisation » économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées : l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société.
La «tiers-mondisation» économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées: l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société. Fragilisation et paupérisation des classes moyennes d’une part, et enrichissement du décile le plus aisé de l’autre rapprochent cette société en sablier des sociétés inégalitaires du Sud. Or cette nouvelle société, déjà établie aux États-Unis et dans l’Europe latine, bute sur le suffrage universel, reliquat des sociétés démocratiques dont les fondations ont été inventées par les révolutions du XVIIIe siècle. Le XIXe siècle a promu l’ascension des classes populaires par l’école et la libre entreprise.
Le XXe siècle a forgé un État social tentaculaire pour élargir la classe moyenne. Mais la belle mécanique est en pleine déréliction, puisque les classes laborieuses de l’Occident n’ont plus d’utilité économique (comme l’a révélé l’économiste Pierre-Noël Giraud dans L’Homme inutile), sauf à installer des produits importés (le syndrome Ikea, qui consiste à assembler des biens fabriqués ailleurs). Pour masquer cette triste évolution, l’audiovisuel, qui n’a jamais été si puissant, fait écran entre les préoccupations ordinaires de la population et le récit qui en est donné, de plain-pied avec la société du spectacle.
Qu’il nous soit permis de lister quelques maux qui dressent les classes populaires des pays riches contre leurs élites, libérales comme socialistes, les deux ayant fini par fusionner dans le renzisme, le trudisme ou le macronisme.
Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
La relégation géographique et l’assignation à résidence sont un phénomène connu. Elles se matérialisent par l’expulsion des classes populaires des métropoles, même si immigrés et migrants sont supposés peupler les «quartiers populaires», et par la concentration des établissements scolaires de la réussite dans le centre des métropoles. Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
Les conséquences sont très diverses et sous-estimées: en médecine, les étudiants étant maintenant recrutés dans les classes supérieures des métropoles, les jeunes médecins refusent d’être affectés en dehors d’elles (là où vivent pourtant les trois quarts de la population). Cela oblige à y recruter des médecins venant de pays pauvres, qui en manquent pourtant (Balkans, Asie, Maghreb, Afrique). Il fut un temps où les élites sociales se sentaient investies d’une mission d’éducation, de formation et d’encadrement du peuple, surtout dans une société cléricale comme la nôtre. Cette situation a laissé place à leur désengagement et à leur désinvolture.
Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle : du sexe, du crime et du néant
L’exemple des médias de masse est édifiant. L’ORTF d’antan était peut-être ennuyeux, mais il s’évertuait à éduquer le peuple, en diffusant ce qui était considéré comme le meilleur de la culture artistique et intellectuelle. Mise à l’école du Berlusconi des années 1980 puis de la sous-culture de masse américaine, la télévision, y compris publique, a sombré dans l’indigence. Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle: du sexe, du crime et du néant (la téléréalité offre à ses auditeurs le spectacle de leur propre vacuité).
La France fut jusqu’aux années 1950 un jardin de 140 millions de parcelles appartenant à 10 millions de propriétaires. Ce trésor était connu, entretenu et cultivé depuis des centaines d’années. Par étapes (remembrement, décentralisation qui a transféré le pouvoir de déterminer les zones constructibles des fonctionnaires de l’État aux maires, effondrement des revenus agricoles), la terre est devenue une stricte source de spéculation marchande, et le grand jardin une «zone» revendue à la découpe. Les Français sont devenus les épiciers de leurs propres terres, monnayant à vil prix ce qui constitua la fierté et la richesse de leurs ancêtres. Certaines sont livrées à une agriculture industrielle (de surcroît désormais en crise) et d’autres cédées aux infrastructures (autoroutes et échangeurs du tout-automobile, parkings) et aux activités commerciales et marchandes (entrepôts géants, déchetteries). Dans ce no man’s land, qui évoque l’organisation de l’espace aux États-Unis, consommation et destruction de l’espace sont désormais sans limite. Ainsi, l’ancien jardin qu’était la France est jonché de centaines de millions de déchets plastiques que plus personne ne ramasse, comme les autoroutes urbaines d’Île-de-France en offrent le triste spectacle.
À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
La caporalisation moralisatrice des masses, doublée de leur intoxication alimentaire et marchande, nourrit le terreau «populiste». Pour les ouvriers français au smic, fumer un paquet de cigarettes par jour coûtera bientôt 25 % du revenu mensuel. Faute d’argent disponible chez ces mêmes clients, la quasi-totalité des bistrots de France a fermé: il en reste 29.000 sur 600.000 il y a cinquante ans (selon France Boisson). Ainsi est mort un des principaux lieux de sociabilité français, une évolution inconnue en Espagne, dont la «modernisation» fut moins brutale et plus tardive.  À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La grande distribution et la restauration de masse ont aussi reconfiguré la société française. On mange de la perche du Nil à Boulogne-sur-Mer, le plus grand port de pêche d’Europe, du cochon est-allemand en Bretagne ou du cèpe des Balkans à Bordeaux! La grande distribution choisit et définit les fêtes en fonction de stricts impératifs commerciaux: le Nouvel An chinois a supplanté le mardi gras. Et le Coca-frites-burger est souverain pour un Français sur deux, bel exploit. L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La destruction de toute culture héritée et des liens anthropologiques est le dernier étage de cet édifice. Les cultures populaires et professionnelles (langues, fêtes) ont été laminées par excès de jacobinisme et par l’exode rural, sauf dans quelques villes ou régions périphériques de l’Hexagone (Bretagne, Vendée, Nord-Pas-de-Calais, Alsace). Le grand Bassin parisien et le centre de la France ont été déculturés au sens propre. La déconstruction de l’école et le refus de la transmission ont laissé le peuple très démuni, d’autant que des phénomènes complexes se sont intriqués: effondrement du maillage catholique dense jusqu’aux années 1970, arrivée de populations aux systèmes culturels les plus divers et diffusion d’une culture marchande de masse dénuée de toute signification. La construction du sens a fait défaut, projetant ses effets sur les structures familiales (effondrement du couple stable et multiplication des enfants ballottés ou sans père).
Aux États-Unis, cette alchimie complexe a conduit à l’élection de Donald Trump, ainsi que l’a précisément décrite à l’époque la correspondante du Figaro, Laure Mandeville. Elle est désormais en train de ronger l’Europe et détourne les pays d’Europe centrale de l’Union européenne. Si ces mêmes lignes sont poursuivies, le risque est parfaitement identifié.
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire, Pierre Vermeren a notamment publié «Le Choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes» (Odile Jacob, 2015) et «La France en terre d’islam. Empire colonial et religions» (Belin, 2016).
Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 16/04/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

L’UE s’achemine vers l’obligation de partage de données avec la police

L’UE s’achemine vers l’obligation de partage de données avec la police

Un nouveau projet de loi forcera les géants du numérique à partager les données privées de leurs utilisateurs avec les services de police d’autres États membres.

Une nouvelle proposition de loi de la Commission va permettre à la police et à la justice d’obtenir des données directement auprès des géants tels que Facebook ou Google. Même si ceux-ci siègent dans un autre État membre.

Une possibilité qu’un  fonctionnaire européen proche du dossier juge « révolutionnaire ». En effet, à l’heure actuelle, les forces de l’ordre doivent passer par les services juridiques du pays où siège l’entreprise pour obtenir les données nécessaires aux enquêtes, appelées preuves électroniques.

Une mécanique trop lente pour être utile, selon les gouvernements nationaux. Un constat partagé par Věra Jourová, la commissaire à la justice. La police et la justice « pâtissent de la lourdeur de leurs méthodes de travail », alors que les criminels utilisent des « technologies rapides et avancées », a-t-elle affirmé.

« Il y a lieu de doter les autorités répressives de méthodes du 21e siècle pour qu’elles puissent s’attaquer à la criminalité, tout comme les criminels recourent à des méthodes du 21e siècle pour commettre leurs forfaits », a-t-elle ajouté.

La proposition de loi obligerait les entreprises du numérique à livrer des données telles que les contenus des messages et emails, ainsi que les métadonnées et l’historique de navigation. Ces données devraient être mises à disposition dans les dix jours, sauf en cas d’urgence, où le délai ne sera que de six heures.

L’UE veut accélérer le partage de données avec la police

Exclusif. Les applications de messagerie et autres services numériques seront obligés de partager les données de leurs utilisateurs avec la police dans les dix jours suivant une demande, ou en six heures en cas d’urgence.

Les services qui ont rédigé la proposition assurent l’avoir dotée d’une série de garanties pour que la police ne puisse pas s’en servir pour collecter des volumes massifs de données privées. Les demandes concernant le contenu détaillé des communications devront être autorisées par un juge.

Actuellement, les autorités ne peuvent exiger des données que dans le cadre de crimes graves donnant lieu à des peines de prison de trois ans ou plus, comme un meurtre ou un acte de terrorisme.

Les géants américains reçoivent souvent des demandes de la police. À ce jour, ces demandes ne sont contraignantes que si elles s’accompagnent d’un mandat de justice. Si le projet de loi est adopté, les plateformes seront obligées de livrer les preuves électroniques demandées via les canaux officiels dans le cas de crimes graves.

Raccourcis dangereux

Les groupes de défense du droit à la vie privée se sont inquiétés du texte de la Commission, craignant qu’il n’encourage les entreprises à partager plus d’informations que ce qui est strictement nécessaire. Maryant Fernández Pérez, conseillère pour l’ONG European Digital Rights, estime que la proposition crée « des raccourcis dangereux » et « menace les droits existants ».

Entre 2013 et 2016, les demandes de données adressées par les services de police européens à Google, Twitter, Facebook, Microsoft et Apple ont augmenté de 70 %, selon la Commission. Aujourd’hui, plus de la moitié des enquêtes criminelles dans l’UE impliquent des demandes de données électroniques internationales.

La proposition législative permet aux entreprises de faire appel des demandes si elles les trouvent injustifiées. Si elles refusent tout simplement de s’y conformer, elles risquent cependant des sanctions.

Le texte prévoit deux nouvelles procédures censées accélérer l’accès aux données grâce aux traités d’entraide juridique, qui encadrent les échanges de preuves électroniques entre différents pays.

L’accès des forces de l’ordre aux données des utilisateurs stockées hors de l’UE a été au centre de plusieurs batailles juridiques ces dernières années. Le mois dernier, les tensions ont atteint un sommet entre l’UE et les États-Unis, qui viennent de complètement réformer leurs lois à ce sujet, forçant la Commission à instaurer ce nouveau projet législatif.

L’exécutif européen espère donc que le texte sera approuvé rapidement, si possible avant la fin de son mandat, en 2019. Le Conseil et le Parlement doivent cependant donner leur feu vert. « Il est très important que l’UE prenne position là-dessus », assure un fonctionnaire.

En mars, grâce à une procédure accélérée, le Congrès américain a adopté le CLOUD Act, un texte permettant aux autorités d’exiger des données, même si elles sont stockées à l’étranger. Une loi qui irrite la Commission, qui essaie de négocier un accord bilatéral sur le sujet depuis l’an dernier avec Washington.

Věra Jourová a critiqué le CLOUD Act et juré de continuer à faire pression pour l’accord bilatéral. Un fonctionnaire européen a qualifié la loi américaine de « solution non aboutie à un problème plus large », qui devrait se résoudre en négociant de manière bilatérale.

Cette source accuse les législateurs américains d’avoir adopté un texte « faussé » pour « se débarrasser de l’affaire Microsoft ». Microsoft a refusé de partager des données stockées en Irlande avec les autorités américaines. L’adoption d’un texte qui obligerait les entreprises à livrer les données évite qu’un jugement potentiellement favorable aux plateformes ne crée un précédent juridique aux États-Unis. La Cour suprême vient d’ailleurs de rejeter le dossier.

Pour la Commission, le très grand nombre de demandes envoyées par les parquets européens aux autorités américaines prouve qu’un accord UE-États-Unis est nécessaire. Dans le cadre actuel du traité d’entraide juridique, les autorités américaines prennent apparemment trop de temps à répondre à ces demandes.

À présent que les États-Unis ont leur propre loi obligeant les entreprises étrangères à envoyer les données requises, la Commission craint que certains États membres ne prennent l’initiative d’établir des mesures unilatérales, plutôt que d’attendre une action commune.

Tout accord unilatéral risquerait toutefois de mener à une fragmentation des approches et de donner un avantage à seulement certains États. Des sources au sein de la Commission craignent que les États-Unis fassent pression sur certains États membres pour signer ces accords. C’est pourquoi la Commission accélère ses efforts pour parvenir à un accord pour tout le bloc.

Věra Jourová rencontrera Jeff Sessions, procureur général des États-Unis, le mois prochain. La question des preuves électroniques sera « très certainement » au programme.

Europol s’inquiète des conséquences des nouvelles règles sur la protection des données

Les règles européennes de protection des données pourraient compliquer l’accès des bases de données listant les propriétaires des sites internet lors des enquêtes policières.

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-proposes-revolutionary-fast-track-system-for-police-data-access/

En quête de vérité dans les décombres de Douma – et les doutes d’un médecin sur l’attaque chimique, par Robert Fisk

17.avril.2018 // Les Crises

En quête de vérité dans les décombres de Douma – et les doutes d’un médecin sur l’attaque chimique, par Robert Fisk

Le reportage exclusif de Robert Fisk, qui a enquêté à Douma.

On restera évidemment prudent et plein de circonspection, tant la guerre de propagande fait rage entre les différents camps.

Source : Robert Fisk, The Independent, 16/04/2018

Exclusif : Robert Fisk rend visite à la Clinique syrienne au cœur d’une crise globale.

C’est l’histoire d’une ville appelée Douma, un endroit putride, ravagé, plein d’immeubles résidentiels défoncés, et où se trouve une clinique souterraine dont les images de souffrance ont permis à 3 des plus grandes puissances du monde occidental de bombarder la Syrie la semaine dernière. Il y a même un docteur sympa en blouse verte qui, alors que je le localise justement dans cette même clinique, me dit avec entrain que la vidéo du « gaz » qui a horrifié la planète – malgré tous les sceptiques – est absolument authentique.

https://www.dailymotion.com/embed/video/k1OSUqfpvhaczPqAQFa

Les récits de guerre, cependant, ont pour habitude de tourner au cauchemar. Et ce même médecin-chef syrien de 58 ans ajoute ensuite une chose profondément dérangeante : les patients, dit-il, ont été exposés non pas à du gaz, mais à un manque d’oxygène (hypoxie) dans les tunnels jonchés de déchets, et dans les sous-sols où ils vivaient, au cours d’une nuit de grand vent et de bombardements intensifs qui ont déclenché une tempête de poussière.

Tandis que le docteur Assim Rahaibani énonce cette conclusion extraordinaire, il est important d’observer qu’il n’est pas, de son propre aveu, un témoin lui-même, et que bon angliciste, il se réfère 2 fois aux djihadistes armés de Jaish el-islam [l’armée de l’Islam] à Douma comme à des terroristes, l’expression du régime qui désigne ses ennemis, et un terme utilisé par beaucoup de gens partout en Syrie. Ai-je bien entendu ? Quelle version des événements sommes-nous supposés croire ?

Par malchance aussi, les médecins de garde lors de cette nuit du 7 avril sont tous les 2 à Damas, afin d’apporter leurs indices de preuve à une enquête sur les armes chimiques, qui devra tenter de fournir une réponse définitive à cette question dans les semaines à venir.

Entretemps, la France a dit qu’elle avait « la preuve » que des armes chimiques avaient été utilisées, et les médias US ont cité des sources qui attestaient aussi ce fait. L’Organisation des Casques Blancs a aussi déclaré que ses partenaires sur le terrain traitaient 500 patients « présentant des signes et des symptômes correspondants à une exposition à des substances chimiques toxiques. »

Au même moment, les inspecteurs de l’OPCW, [Organisation pour l’Interdiction des Armes chimiques OIAC], sont dans l’impossibilité de parvenir ici sur le site de l’attaque au gaz alléguée, apparemment parce qu’ils n’avaient pas les bonnes autorisations de l’ONU.

Avant d’aller plus loin, les lecteurs doivent savoir que ce n’est pas le seul récit qui a cours à Douma. Il y a beaucoup de gens avec qui j’ai discuté au milieu des ruines qui déclarent qu’ils n’ont jamais cru à ces histoires de gaz – qui ont été fabriquées, disent-ils, par les groupes islamistes armés. Ces djihadistes d’un genre particulier ont survécu sous un déluge d’obus, en vivant dans les logements d’autres gens, et dans de vastes et larges tunnels équipés de routes souterraines creusées dans la roche par des prisonniers à l’aide de pioches sur 3 niveaux sous la ville. Je me suis promené dans 3 d’entre eux hier, des couloirs immenses faits de roche naturelle qui contenaient encore des roquettes russes – oui, russes – et des voitures carbonisées.

Ainsi, l’histoire de Douma n’est donc pas qu’une histoire de gaz ou pas, comme l’affaire en a l’air. Il s’agit de celle de milliers de gens qui ont choisi de ne pas évacuer la zone dans des bus la semaine dernière, aux côtés des combattants avec lesquels ils étaient forcés de vivre comme des troglodytes pendant des mois afin de survivre. Je me suis promené dans cette ville assez librement hier, sans soldats, sans policiers ou garde du corps qui scrute mes pas, juste 2 amis syriens, un appareil photo et un carnet. Parfois je devais escalader des remparts de plus de 6 mètres, ou gravir comme des murs de terre. Heureux de trouver un étranger parmi eux, plus heureux encore que le siège de la ville soit enfin terminé, la plupart ont le sourire ; enfin ceux dont vous pouvez voir les visages bien sûr, parce qu’à Douma, un nombre surprenant de femmes portent le hijab noir qui couvre tout leur corps.

Je me suis d’abord rendu à Douma en tant que membre d’un convoi de journalistes sous escorte. Mais une fois qu’un général ennuyeux nous eût annoncé sur le parvis d’une mairie démolie « Je n’ai pas d’informations. » – ce foutu langage officiel arabe d’une utilité remarquable – je me suis éclipsé. Plusieurs autres reporters, la plupart syriens, en firent autant. Même un groupe de journalistes russes – tous en treillis militaire – s’écarta du groupe.

Je pus rejoindre au bout d’une courte marche le docteur Rahaibani. Depuis la porte de sa clinique souterraine – appelée « Point 200 », dans la géologie bizarre de cette ville partiellement enterrée – il y a un couloir qui descend. C’est là où il m’a montré son hôpital inférieur, et les quelques lits où une petite fille pleurait tandis que des infirmières s’occupaient d’une coupure au-dessus de son œil.

« J’étais avec ma famille dans le sous-sol de ma maison, à 300 mètres d’ici au cours de la nuit. Mais tous les docteurs ici savent ce qui s’est passé. Il y avait un bombardement intense [par les forces gouvernementales] et les avions survolaient toujours Douma la nuit – mais cette nuit-là, il y avait du vent et des nuages de poussière gigantesques se sont engouffrés dans les sous-sols et les caves où les gens vivent. Des personnes qui souffraient d’hypoxie, en manque d’oxygène, commencèrent à arriver ici. C’est alors que quelqu’un à la porte, un « Casque Blanc », cria « Gaz ! », et ce fut la panique. Les gens se mirent à s’asperger d’eau les uns les autres. Oui, la vidéo a été filmée ici, elle est authentique, mais ce que vous voyez, ce sont des gens qui souffrent d’hypoxie – et non d’empoisonnement au gaz. »

Le correspondant pour le Moyen Orient de l’INDEPENDENT Robert Fisk dans l’un des tronçons de tunnels déblayé sous Douma par des prisonniers des rebelles syriens (yara Ismail)

Bizarrement, après avoir bavardé avec plus de 20 personnes, je me suis retrouvé incapable d’en trouver une seule qui montre le moindre intérêt pour le rôle que Douma avait pu jouer dans le déclenchement des attaques occidentales. En fait, 2 m’ont même dit qu’elles ignoraient qu’il y avait un lien.

Mais c’est un monde étrange dans lequel je me suis aventuré. 2 hommes, Hussam et Nazir Abu Aishe, me confièrent qu’ils étaient incapables de me dire combien de personnes avaient été tuées à Douma, bien que le second eût admis qu’il avait un cousin qui avait été exécuté par Jaish el-Islam [l’armée de l’Islam], pour avoir été suspecté d’être « proche du régime ». Ils haussèrent les épaules lorsque je les interrogeai sur les 43 personnes censées avoir péri lors de l’infâme attaque de Douma.

Les Casques Blancs – les secouristes médicaux déjà célèbres en occident mais dont la propre histoire présente des recoins intéressants – ont joué un rôle désormais bien connu durant les combats. Ils sont en partie financés par le Foreign Office [Ministère des Affaires Etrangères britannique], et la plupart des bureaux locaux étaient administrés par des hommes de Douma. J’ai retrouvé leurs bureaux démolis pas très loin de la clinique du docteur Rahaibani. Un masque à gaz trainait sur un container de nourriture avec un œil percé, et une pièce était occupée par une pile d’uniformes camouflés très sales. Mise en scène ? Je me le suis demandé mais j’en doute. L’endroit était jonché de capsules, d’équipements médicaux hors d’usage, et de dossiers, de lits et de matelas.

Bien sûr que nous devons écouter leur version des faits, mais ce ne sera pas le cas ici : Une femme nous a dit que tous les membres des Casques Blancs à Douma avaient abandonné leur Quartier Général et choisi de prendre les bus affrétés par le Gouvernement et protégés par les Russes, pour rejoindre la province rebelle d’Idlib avec les groupes armés, lorsque la trêve fut négociée.

Les étalages étaient ouverts, il y avait une patrouille de la Police militaire russe – un ajout optionnel lors de tout cessez-le-feu en Syrie à présent – et personne ne s’était même donné la peine d’investir les sous-sols de la prison islamiste interdite près du Square des Martyrs où les victimes étaient supposées être décapitées. Le complément de Police civile est fourni par le Ministère de l’Intérieur – ils portent de façon étrange des vêtements militaires – et ils sont surveillés par les Russes qui eux-mêmes peuvent – ou pas- être sous surveillance des seconds. Là encore, mes questions sérieuses sur le gaz furent accueillies avec ce qui sembla être une authentique perplexité.

Comment se pourrait-il que des réfugiés en provenance de Douma arrivés jusque dans les camps de Turquie aient pu décrire une attaque au gaz dont personne aujourd’hui à Douma ne semble se souvenir ? Je me suis dit, alors que je marchais dans les tunnels entrecroisés de ces misérables prisonniers, que les citoyens de Douma vivaient si isolés les uns des autres depuis si longtemps que « l’information » au sens que nous lui prêtons, n’avait tout simplement aucune signification pour eux. « La Syrie n’en produit pas comme la démocratie à la Jefferson » – comme j’aime cyniquement à le dire à mes collègues arabes – et c’est effectivement une dictature impitoyable, mais pas au point d’intimider ces gens heureux de voir des étrangers parmi eux, et de les empêcher de réagir avec quelques paroles de vérité. Alors que m’ont-ils dit ?

Ils m’ont parlé des islamistes sous le pouvoir desquels ils ont été obligés de vivre. Ils m’ont parlé de la façon dont les groupes armés avaient volé des logements aux civils pour se prémunir du gouvernement syrien et des bombardements russes. Les [islamistes de] Jaish el-Islam avaient brûlé leurs bureaux avant de fuir, mais les constructions massives qu’ils avaient édifiées à l’intérieur des zones de sécurité avaient été presque toutes réduites en bouillie par les raids aériens. Un colonel syrien que j’ai rencontré derrière l’une de ces constructions m’a demandé si je voulais me rendre compte de la profondeur de ces tunnels. Je me suis arrêté au bout de 2 kilomètres, lorsqu’il me fit observer en langage codé que « ce tunnel pourrait aussi bien mener jusqu’à la Grande Bretagne. » Ah oui… Mme May, me dis-je, dont les frappes aériennes ont été si intimement liées à ce lieu de tunnels et de poussière… Et de gaz ?

Source : Robert Fisk, The Independent, 16/04/2018

Traduit par BR pour le site www.les-crises.fr.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/en-quete-de-verite-dans-les-decombres-de-douma-et-les-doutes-dun-medecin-sur-lattaque-chimique-par-robert-fisk/

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

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À l’initiative du patriarche Cyrille de Moscou (orthodoxe) et en collaboration avec le pape François de Rome (catholique), une alliance est en train de se nouer avec les patriarches Bartholomée Ier de Constantinople, Théophile III de Jérusalem, Théodore II d’Alexandrie et Jean X d’Antioche, pour s’opposer à la guerre en Syrie.

Elle fait suite à la Déclaration conjointe des patriarcats grec-orthodoxe, syriaque-orthodoxe et grec-melkite catholique d’Antioche et tout l’Orient sur le bombardement de la Syrie, publiée le 14 avril à Damas.

http://www.voltairenet.org/article200759.html

Le séparatiste renégat baloutche expose le double standard européen face au terrorisme

Le séparatiste renégat baloutche expose le double standard européen face au terrorisme


Par Andrew Korybko – Le 27 mars 2018 – Source Oriental Review

Baloch demonstration in DüsseldorfLe Dr. Jumma Khan Marri a fait défection des séparatistes baloutches plus tôt cette année et a depuis lors exposé la trahison et le double jeu de ces groupes et de leurs partisans étrangers.

L’ambassade pakistanaise à Moscou a organisé le 23 mars une célébration de la fête du Pakistan qui a vu la participation du Dr. Jumma Khan Marri pour la première fois depuis sa défection du mouvement séparatiste baloutche le mois précédent, où il a soulevé d’importantes questions sur le soutien que ces groupes reçoivent de l’étranger alors qu’il parlait avec les médias. L’homme qui fut un partisan engagé de ce mouvement au point d’avoir lui-même conçu le drapeau séparatiste encore utilisé aujourd’hui, n’a ménagé aucun effort pour attirer l’attention sur les vérités suivantes, « politiquement incommodes ».

Comment se fait-il que des terroristes comme Brahamdagh Bugti, Hyrbyair Marri et Mehran Marri soient autorisés à diriger leurs organisations, BRA, BLA et UBA, depuis le Royaume-Uni et la Suisse ? Pourquoi les médias internationaux sont-ils si calmes au sujet de ces soi-disant leaders baloutches qui mènent des activités terroristes au Pakistan tout en jouissant d’une vie luxueuse en Europe ?

Le patriote pakistanais faisait allusion à la présence de ces trois séparatistes-terroristes baloutches en Europe malgré une approche soi-disant de « zéro-tolérance » du continent à l’égard du terrorisme, qui n’a jamais été qu’un slogan creux mais dont on prouve sans aucun doute aujourd’hui qu’il n’est qu’un mensonge. Brahmdagh Bugti, le jeune fondateur et leader du « parti républicain baloutche », avait auparavant demandé l’asile politique en Suisse mais sa demande avait été refusée en raison de ses liens avec « des incidents de terrorisme, de violence et des activités militantes ».

Ex-Baloch Nationalist Leader Dr Jumma Khan Marri (left) attended Pakistan Day gathering , hosted by Pakistan Embassy in Moscow
Jumma Khan Marri (à gauche), leader ex-nationaliste baloutche, a participé à la réunion de la Journée du Pakistan, organisée par l’ambassade du Pakistan à Moscou le 23 mars 2018

Des rapports ont depuis circulé qu’il tente maintenant sa chance en Inde, pays qui a envoyé au Baloutchistan un officier de haut niveau du RAW, Kalbhushan Jadhav, pour organiser des attentats terroristes dans le cadre de la guerre hybride autour du CPEC, un crime qu’il a même admis avant d’être condamné à une peine de mort non encore exécutée.

Outre le fait que Bugti relocalise ses opérations hors d’Europe, Hyrbyair Marri, le leader de l’« Armée de libération baloutche » a reçu avec succès l’asile politique au Royaume-Uni en 2011, qui l’accueille avec fierté ainsi que Mehran Marri, leader de l’« Armée baloutche unie ». Au crédit de la Suisse, une interdiction de séjour à vie a été promulguée contre Mehran en raison de ses liens avérés avec le terrorisme, montrant que la « neutralité » traditionnelle du pays n’équivaut pas à accueillir tous les terroristes sous prétexte d’une attitude « équilibrée », même si la Suisse a une attitude amicale envers certains. Néanmoins, d’autres pays comme le Royaume-Uni adoptent une approche beaucoup plus partisane à l’égard de cette question, ce qui pose problème pour leur Soft Power.

Le président Assad a fait cette fameuse déclaration : « le terrorisme est comme un scorpion, si vous le mettez dans votre poche, il vous piquera ». Même s’il est peu probable que les terroristes baloutches basés au Royaume-Uni et ailleurs en Europe prennent les armes contre leurs nouveaux hôtes et commencent à tuer des civils comme ils le font au Pakistan, le fait même qu’ils se promènent ouvertement là-bas et ne soient pas en détention témoigne du double standard de l’Occident face au terrorisme et c’est cette révélation sur leur Soft Power qui pourrait être très dommageable avec le temps.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-separatiste-renegat-baloutche-expose-le-double-standard-europeennes-face-au-terrorisme

À Téhéran, la nomination de Pompeo renforce l’idée que les États-Unis se retireront de l’accord avec l’Iran.

17.avril.2018 // Les Crises

À Téhéran, la nomination de Pompeo renforce l’idée que les États-Unis se retireront de l’accord avec l’Iran.

Le prochain GROS problème…

Source : Al-Monitor, 21-03-2018

À Téhéran, la réaction à la nomination de Pompeo au poste de secrétaire d’État exprime le sentiment croissant que Trump est déterminé à se retirer de l’accord nucléaire.

Un correspondant d’Al-Monitor

« Vous allez voir ce que je vais faire », a déclaré le président américain Donald Trump le 20 mars, lorsqu’on lui a demandé quelle était la ligne de conduite qu’il avait choisie pour les levées de sanctions prévues pour le 12 mai ; les renonciations doivent être signées pour empêcher une violation par les États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les commentaires sont arrivés alors qu’il recevait le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane d’Arabie Saoudite à la Maison- Blanche, donnant l’impression que le président américain se dirige vers la rupture de l’accord avec l’Iran. En fait, il y a de nombreuses raisons de croire que l’accord historique se dirige vers une fin malheureuse, du moins lorsqu’il s’agit de l’adhésion des États-Unis à cet accord. Dans cet esprit, la récente nomination de Mike Pompeo au poste de secrétaire d’État a renforcé cette idée dans le monde entier et en Iran en particulier.

Le regard sur Pompeo est très sceptique à Téhéran ; le fait qu’il soit très critique à l’égard de la République islamique est le fondement de cette préoccupation. Mais son expérience en tant que directeur de la CIA ajoute à l’appréhension et crée un climat d’incertitude quant à l’avenir, non seulement en ce qui concerne l’accord nucléaire, mais aussi en ce qui concerne la question d’une stabilité plus large dans la région.

Le premier responsable iranien à commenter indirectement la nomination de Pompeo a été le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui a tweeté le 13 mars que Trump a pris pour habitude d’être imprévisible et donc peu fiable pour quiconque voudrait engager le dialogue. Zarif a tweeté, « Personne ne sera intéressé à conclure un accord avec la Maison Blanche si la signature américaine n’est valable que pour 4 à 8 ans ».

Les commentaires de Zarif ont été réitérés par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Bahram Qassemi, qui a déclaré au quotidien libanais Al-Akhbar que l’Iran considère cette nomination comme une question interne aux États-Unis « mais si nous voulons étudier la question, le monde connaît les manières bizarres et les décisions surprenantes de Trump ; par conséquent, sa décision de renvoyer son secrétaire d’État n’était pas étonnante ». Qassemi a commenté la décision en disant que le monde s’habitue au fait que Trump « prend ses décisions de politique étrangère de manière unilatérale et égoïste et les annonce par le biais des médias sociaux [comme Twitter]. Licencier le ministre des affaires étrangères d’un État qui se présente comme le leader du monde, sans préavis, et pendant un voyage à l’étranger, ne suggère pas une compréhension ou une sagesse politique ; il est intéressant de noter qu’il s’agit du 42ème licenciement en seulement 14 mois. C’est sans précédent ».

Ainsi, pour l’Iran, rien n’indique que les États-Unis respecteront l’accord nucléaire. La nomination de Pompeo apparaît comme la dernière grande annonce avant que Trump ne fasse ce qu’il veut faire en mai. Le journaliste iranien Abbas Aslani a déclaré à Al-Monitor : « En nommant Pompeo, Trump va essayer de faire en sorte que sa menace lors de son retrait du JCPOA [Joint Comprehensive Plan of action] semble être une menace sérieuse et crédible. En rendant cette menace plus crédible, il veut obtenir plus en imposant des sanctions contre l’Iran et en apportant des changements à l’accord nucléaire. Mais s’il ne peut pas obtenir ce qu’il veut, comme apporter des changements au JCPOA, son retrait de l’accord nucléaire n’est pas improbable. Mais après tout, je ne pense pas que ses menaces puissent amener l’Iran à faire des compromis sur la question des missiles. »

M. Aslani a déclaré qu’il existe un point de vue commun en Iran selon lequel Pompeo rendra la politique étrangère américaine à l’égard de l’Iran plus radicale et hostile. « Il s’est exprimé très ouvertement contre les négociations nucléaires et l’accord. Comparé au mandat de Tillerson, le département d’État de Pompeo exercera plus de pression sur l’Iran. En d’autres termes, la présence de Pompeo au département d’État sera moins diplomatique que par le passé », a dit M. Aslani.

Moins de diplomatie de la part des États-Unis semble destinée à pousser les Iraniens vers des positions plus dures en réaction. Ici, la question est de savoir si cela conduirait en fin de compte les États-Unis à se retirer de l’accord alors que d’autres signataires continuent d’y adhérer.

En effet, il y a toujours un manque de clarté quant à la forme que prendra l’accord si les États-Unis se retirent. Pour l’Iran, la véritable garantie de la poursuite de l’accord est l’engagement des parties restantes, mais à Téhéran, on craint que l’approche agressive de Pompeo à l’égard de l’Iran ne contribue à créer une plus grande pression sur le rôle régional de l’Iran et à faire participer les autres parties du JCPOA à de telles pressions – ce qui pourrait conduire à des dissensions avec Téhéran. Néanmoins, il convient de noter que Pompeo, en tant que chef de la CIA, a décidé d’envoyer une lettre directe à un important général iranien. L’année dernière, il a été révélé que Pompeo avait envoyé un message direct au commandant des Forces Al-Qods, Qasem Soleimani. « Ce que nous lui communiquions dans cette lettre, c’est que nous les tiendrons, lui et l’Iran, pour responsables de toute attaque contre les intérêts américains en Irak par des forces qui sont sous leur contrôle », a déclaré Pompeo lors du Forum annuel Reagan sur la défense nationale en Californie du Sud, le 3 décembre. Selon Pompeo, « Nous voulions nous assurer que lui et les dirigeants iraniens comprenaient cela d’une façon on ne peut plus claire ».

Mais Soleimani a refusé d’accepter la lettre, a déclaré Mohammad Golpayegani – un proche collaborateur de l’Ayatollah Ali Khamenei – à la presse iranienne, ajoutant qu’un contact anonyme de la CIA avait essayé de donner une lettre à Soleimani alors qu’il se trouvait dans la ville syrienne d’Albu Kamal en novembre pendant les combats contre l’État islamique. Selon Golpayegani, Soleimani a répondu en disant : « Je ne prendrai pas votre lettre et je ne la lirai pas, et je n’ai rien à dire à ces gens ». La question est de savoir si la même dynamique avec les Iraniens se répétera quand et si Pompeo devient le nouveau chef de la diplomatie américaine.

Source : Al-Monitor, 21-03-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/a-teheran-la-nomination-de-pompeo-renforce-lidee-que-les-etats-unis-se-retireront-de-laccord-avec-liran/

 

La Chine soutient le plan de l’ONU pour un règlement politique de la crise libyenne, selon un diplomate chinois

La Chine soutient le plan de l’ONU pour un règlement politique de la crise libyenne, selon un diplomate chinois

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xinhua, le 16/04/2018 06:12

Wang Qimin, chargé d’affaires chinois pour la Libye, a déclaré dimanche que la Chine soutenait un règlement politique de la crise libyenne, dans le cadre du plan d’action proposé par l’ONU.

Le diplomate chinois a tenu ces propos après une rencontre à Tripoli avec Khaled al-Meshri, le nouveau président du Haut Conseil d’Etat de la Libye.

« La discussion a principalement porté sur le processus politique en Libye. J’ai discuté avec le nouveau président du conseil, et je l’ai assuré du soutien de la Chine au plan d’action proposé par l’ONU pour résoudre politiquement les divisions », a-t-il déclaré à Xinhua.

M. Wang a ajouté qu’il avait souligné l’importance de « parvenir à des élections législatives et présidentielles », afin de permettre au peuple libyen de décider de son propre sort. « Cela pourra être accompli en soutenant la feuille de route de l’ONU », a-t-il précisé.

Le diplomate chinois a souligné qu’il était crucial de lancer la Conférence nationale proposée par l’ONU dans un certain nombre de villes libyennes, afin de permettre aux Libyens de discuter de leurs problèmes et de la meilleure manière de mettre fin à la crise.

Ghassan Salamé, envoyé de l’ONU en Libye, a proposé en septembre dernier un plan d’action destiné à permettre à la Libye de mettre fin à sa crise politique. Ce plan d’action comprend notamment une modification de l’accord politique actuellement soutenu par l’ONU, l’organisation d’une conférence nationale ouverte à toutes les parties en présence en Libye, et l’organisation d’élections législatives et présidentielles avant la fin de l’année 2018.

En dépit de la signature par les parties libyennes d’un accord parrainé par l’ONU à la fin 2015, la Libye reste politiquement divisé entre différentes autorités respectivement basées dans l’est et dans l’ouest du pays.

https://chine.in/actualite/cn/soutient-plan-onu-pour-reglement_108702.html

La fin du Droit international ?

La fin du Droit international ?

La guerre contre le Moyen-Orient élargi devrait se terminer avec le retrait des troupes US dans les six mois à venir. Rien ne prouve cependant que la paix s’installera dans chacun des pays agressés. On assiste aujourd’hui à ce qui paraît être une tentative d’en finir avec le droit international. Cela consolidera-t-il une division du monde en deux ou ouvrira-t-il un conflit généralisé ?

| Damas (Syrie)

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Les Occidentaux souhaitent-ils en finir avec les contraintes du Droit international ? C’est la question qu’a posée le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à la conférence sur le Sécurité internationale de Moscou [1].

Au cours des dernières années, Washington a promu le concept d’« unilatéralisme ». Le Droit international et les Nations unies devaient s’effacer devant la force des États-Unis.

Cette conception de la vie politique est issue de l’histoire US : les colons qui venaient aux Amériques entendaient y vivre comme ils l’entendaient et y faire fortune. Chaque communauté élaborait ses propres lois et refusait l’intervention du gouvernement central dans ses affaires locales. Le président et le Congrès fédéral sont en charge de la Défense et des Affaires étrangères, mais, pas plus que les citoyens, ils n’acceptent une autorité au-dessus de la leur.

Bill Clinton a attaqué la Yougoslavie en violant allégrement le Droit international. George Bush Jr. a fait de même contre l’Iraq et Barack Obama contre la Libye et la Syrie. Donald Trump, quant à lui, n’a jamais caché sa méfiance vis-à-vis de règles supra-nationales.

Faisant allusion à la doctrine Cebrowski-Barnett [2], Sergueï Lavrov a déclaré : « On a clairement l’impression que les États-uniens cherchent à maintenir un état de chaos contrôlé dans cet immense espace géopolitique [le Proche-Orient], espérant l’utiliser pour justifier la présence militaire des USA dans la région sans limite de temps pour promouvoir leur propre ordre du jour ».

Le Royaume-Uni a pris, lui aussi, ses aises avec le Droit. Le mois dernier, il a accusé Moscou dans l’« affaire Skripal », sans la moindre preuve, et a tenté de réunir une majorité à l’Assemblée générale de l’Onu pour exclure la Russie du Conseil de Sécurité. Il serait évidemment plus facile pour les Anglo-Saxons d’écrire unilatéralement le Droit sans avoir à tenir compte de l’avis de leurs contradicteurs.

Moscou ne croit pas que Londres ait pris une telle initiative. Il considère que c’est toujours Washington qui mène la danse.

La « globalisation », c’est-à-dire la « mondialisation des valeurs anglo-saxonnes », a créé une société de classe entre États. Mais il ne faut pas confondre ce nouveau problème avec l’existence du droit de veto. Certes, l’Onu, tout en affirmant l’égalité entre États quelle que soit leur taille, distingue au sein du Conseil de sécurité, cinq membres permanents qui disposent du veto. Ce directoire des principaux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale est une nécessité pour qu’ils acceptent le principe d’un Droit supra-national. Cependant lorsque ce directoire échoue à dire le Droit, l’Assemblée générale peut s’y substituer. Du moins en théorie, car les petits États qui votent contre un grand doivent endurer des mesures de rétorsion.

La « mondialisation des valeurs anglo-saxonnes » oublie l’honneur et valorise le profit, de sorte que le poids des propositions d’un État se mesure désormais au seul niveau de développement économique de son pays. Toutefois, trois États sont parvenus au cours des dernières années à être entendus sur le fonds de leur propositions et non pas en fonction de leur économie : l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad (aujourd’hui assigné à résidence dans son propre pays), le Venezuela d’Hugo Chávez et le Saint-Siège.

La confusion engendrée par les valeurs anglo-saxonnes a conduit à financer des organisations intergouvernementales avec de l’argent privé. Une chose en entrainant une autre, les États membres de l’Union internationale des télécommunications (UIT) par exemple ont progressivement abandonné leur pouvoir de proposition au profit des opérateurs privés de télécoms, réunis au sein d’un Comité « consultatif ».

La « communication », nouveau nom de la « propagande », s’impose dans les relations internationales. Du secrétaire d’État US brandissant une fiole de pseudo-antrax au ministre britannique des Affaires étrangères mentant sur l’origine du Novitchok de Salisbury, le mensonge a été substitué au respect, laissant place à la méfiance.

Lors des premières années de sa création, l’Onu tentait d’interdire la « propagande de guerre », mais aujourd’hui ce sont des membres permanents du Conseil de sécurité qui s’y livrent.

Le pire est advenu en 2012, lorsque Washington est parvenu à faire nommer un de ses pires faucons, Jeffrey Feltman, numéro 2 de l’Onu [3]. Depuis cette date, les guerres sont orchestrées à New York dans l’institution censée les prévenir.

La Russie s’interroge aujourd’hui sur la possible volonté des Occidentaux de bloquer les Nations unies. Dans ce cas, elle créerait une institution alternative, mais il n’y aurait plus de forum pour permettre aux deux blocs de discuter.

De même qu’une société se transforme en un chaos où l’homme redevient un loup pour l’homme lorsqu’elle est privée de Droit, de même le monde redeviendra un champ de bataille s’il abandonne le Droit international.

[1] « Allocution de Sergueï Lavrov lors de la 7e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 5 avril 2018.

[2] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) ; « Feltman prorogé à l’Onu », Réseau Voltaire, 28 janvier 2016 et 16 février 2017.

http://www.voltairenet.org/article200566.html

Syrie: missiles abattus, selon Damas, l’OIAC attendus à Douma mercredi

Syrie: missiles abattus, selon Damas, l’OIAC attendus à Douma mercredi

Des militaires russes patrouillent dans les ruines de Douma, le 16 avril 2018 / © AFP / LOUAI BESHARA

L’agence officielle syrienne a affirmé que des missiles avaient été interceptés mardi par la défense aérienne dans le pays, trois jours après des frappes occidentales menées en représailles à une attaque chimique présumée qui fait l’objet d’une enquête de l’OIAC dont les enquêteurs sont attendus mercredi à Douma.

La défense aérienne syrienne « a abattu des missiles qui étaient entrés dans l’espace aérien au-dessus de la province de Homs » qui couvre le centre de la Syrie, a affirmé l’agence de presse officielle Sana.

La télévision officielle syrienne n’a pas identifié l’origine des missiles mais a dénoncé une « agression ».

Interrogé par l’AFP, un porte-parole de l’armée syrienne qui a déjà mené dans le passé des frappes en Syrie, a déclaré ne pas être « au courant d’un tel incident ». Et le Pentagone a démenti toute implication des Etats-Unis et de leurs alliés.

Cette annonce intervient trois jours après les frappes des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne contre des sites militaires du pouvoir de Bachar al-Assad, à la suite de l’attaque chimique présumée du 7 avril dans la ville alors rebelle de Douma, dans la Ghouta orientale, aux portes de Damas.

C’est à cette ville que les experts de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui ont entamé leur enquête dimanche, attendaient de pouvoir accéder pour enquêter sur cette attaque au gaz présumée.

La Russie a affirmé que leur entrée avait été retardée en raison de « problèmes de sécurité », notamment en raison des routes devant être déminées. Elle a ensuite assuré que leur arrivée était prévue mercredi.

La mission de l’OIAC « n’a pas encore été déployée à Douma », a annoncé lundi à La Haye le directeur de l’organisation, Ahmet Uzumcu, lors d’une réunion d’urgence des Etats membres du conseil exécutif. La Syrie et la Russie ont invoqué des « problèmes de sécurité », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a nié toute mauvaise volonté, qualifiant les informations faisant état d’une « entrave » aux inspecteurs de l’OIAC de « sans fondement » et soulignant que la Russie était dès le début « pour une enquête impartiale ».

– Travail d’enquête compliqué –

Les frappes occidentales sont intervenues malgré la présence en Syrie des enquêteurs de l’OIAC qui ont débuté dimanche leur mission dans le plus grand secret. Ces experts ont pour mandat d’enquêter sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques, mais pas d’en identifier les auteurs.

Leur travail s’annonce compliqué, plus d’une semaine après les faits, dans une zone passée depuis sous le contrôle du régime syrien et de la police militaire russe. Les derniers combattants rebelles de Douma ont quitté samedi la ville en ruines dans le cadre d’un accord de reddition signé le 9 avril, deux jours après l’attaque présumée.

Les Etats-Unis soupçonnent par ailleurs la Russie d’avoir manipulé le site de Douma pour empêcher la découverte de preuves. « Les Russes pourraient avoir visité le site de l’attaque. Nous craignons qu’ils ne l’aient altéré dans l’intention de contrecarrer les efforts de la mission de l’OIAC pour mener une enquête efficace », a déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’organisation, Ken Ward.

« Cela soulève de sérieuses questions sur la capacité de la mission d’enquête de faire son travail », a-t-il ajouté.

Moscou, grand allié de Damas, s’est engagé à « ne pas s’ingérer » dans le travail de la mission de l’OIAC, officiellement invitée par les autorités de Damas.

Le régime syrien nie que des armes chimiques aient été employées dans le drame de Douma, qui a fait au moins 40 morts et des centaines de blessés selon les secouristes.

– « Demander des comptes » –

Le Royaume-Uni a quant à lui exhorté l’OIAC à « demander des comptes aux auteurs de l’attaque ».

« Ne pas agir pour demander des comptes aux auteurs ne fera que créer le risque d’autres utilisations barbares d’armes chimiques, en Syrie et ailleurs », a déclaré l’ambassadeur britannique à La Haye Peter Wilson.

Dans la capitale syrienne, fief du régime, des milliers de personnes ont envahi lundi la place des Omeyyades, fermée à la circulation pour l’occasion, brandissant drapeaux syriens et portraits du président Assad pour dénoncer les frappes occidentales.

Désormais, la priorité est le démantèlement total du programme chimique syrien, a déclaré l’ambassadeur français à La Haye, Philippe Lalliot.

« Les faits sont là et têtus. Ils résistent aux mensonges les plus grossiers et aux dénégations les plus absurdes », a-t-il dit, affirmant qu’il n’y avait plus de doutes: « la Syrie a conservé un programme chimique clandestin depuis 2013 ».

Cette année-là, après l’attaque au gaz sarin de la Ghouta qui déjà avait fait plusieurs centaines de morts selon les Occidentaux, le régime de Bachar al-Assad avait fini par rejoindre l’OIAC sous la pression internationale, et pris l’engagement formel de déclarer tous ses stocks et de ne plus jamais utiliser d’armes chimiques.

Paris a annoncé lundi avoir engagé la procédure de retrait de la légion d’honneur, plus haute distinction française, à l’encontre de Bachar al-Assad.

Par ailleurs, Américains, Français et Britanniques ont présenté à l’ONU un nouveau projet de résolution sur la Syrie, visant selon l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre, à « relancer une action collective pour le Conseil de sécurité sur le dossier chimique, pour protéger la population civile et travailler sur un règlement politique de la crise syrienne ».

(©AFP / 17 avril 2018 04h53)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Syrie-missiles-abattus-selon-Damas-l-OIAC-attendus-a-Douma-mercredi_RP/909376.rom

Les négociations secrètes USA-Syrie

Les négociations secrètes USA-Syrie

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La représentante états-unienne à l’Onu, Nikki Haley, a déclaré le 14 avril 2018 que « Les États-Unis refusent d’entamer un dialogue et de discuter avec le président Bachar al-Assad ».

Contredisant cette assertion, le journal libanais Al-Akhbar révèle que trois réunions à haut niveau ont eu lieu entre les deux États. Cependant la quatrième, prévue en mars, a été annulée par la Syrie qui la jugeait inutile tant que Washington ne changerait pas de politique.

http://www.voltairenet.org/article200748.html