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[Vidéo Les-crises] Financement du Terrorisme (3/4) : Ripostes, normes et extra-territorialité

Suite du colloque sur le Financement du Terrorisme organisé par le CF2R, le 5 décembre 2017.

Table ronde avec Marie-Christine Dupuis-Danon et Michel Debacq : Ripostes, normes et extra-territorialité

Source : Youtube, 05-12-2017

3 réponses à [Vidéo Les-crises] Financement du Terrorisme (3/4) : Ripostes, normes et extra-territorialité

  1. Owen Le 25 janvier 2018 à 10h53

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    Les explications de Marie-Christine Dupuis-Danon me laissent sur ma faim, d’autant plus que d’autres intervenants avaient déjà avancé des informations plus précises.
    J’ai compris la difficulté à lutter devant la multiplication des moyens technologiques de financements criminels et terroristes. Et la lutte les moyens concentrés mais peu onéreux d’un attentat pouvant surgir n’importe où n’est pas la même que ceux importants mais diffus de l’empowerment via des organisation utiles mais idéologiquement poreuses.

    J’ai été frustré des explications sur le financement de l’Etat Islamique: le pillage de la banque de Mossoul pour mise de fonds, puis la prédation sur les ressources et l’économie de l’Irak et de la Syrie. A défaut d’indiquer des financeurs en amont (ce que les autres intervenants ont fait), elle aurait pu indiquer qui ont été les clients du pétrole pillé pendant l’occupation.

    Ou alors qu’elle pose les moyens et limites technologiques, juridiques et diplomatiques, à la lutte contre le financement. Et qu’elle désigne où sont les freins actuels.

  2. Brigitte Le 25 janvier 2018 à 12h51

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    Je ne veux rien dévoiler mais à mon avis le mieux est la conclusion à la fin de la dernière vidéo (4/4). J’ai été d’ailleurs surprise par cette conclusion mais dans le bon sens du terme.
    A méditer….et on en reparle.

    • Owen Le 25 janvier 2018 à 13h31

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      Je crois comprendre ce que vous pensez et si tel est le cas, je vous rejoins.

      Mon regret est la contribution faible de Marie Christine Dupuis-Danon parmi les intervenants, alors que les attentes étaient fortes à son endroit eu égards à ses fonctions et l’intitulé du colloque.
      Je n’ai rien contre elle, je sais la difficulté de l’exercice pédagogique et du risque personnel, mais cela peut voiler l’engagement des autres qui ont mouillé leur chemise pour honorer ce colloque. (Moi, c’est Alain Chouet qui m’a fait le plus avancer).

      https://www.les-crises.fr/video-financement-du-terrorisme-34-ripostes-normes-et-extra-territorialite/

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Le Canal Istanbul, nouvel atout dans le jeu régional turc

Le Canal Istanbul, nouvel atout dans le jeu régional turc

Le Président turc Erdogan a déclaré « il y a un canal à Suez, il y a un canal à Panama, et il y aura un canal Istanbul ». Son gouvernement vient de dévoiler le tracé du « rêve fou » du dirigeant qui témoigne des ambitions géopolitiques de la Turquie, dont le rôle devient de plus en plus un rôle crucial dans le commerce régional. 

Rive d’Istanbul

Cette idée répond tout d’abord à un engorgement du sinueux détroit du Bosphore qui sépare l’Europe et l’Asie et qui partage la ville. En effet, celui ci reçoit trop de navires pour les capacités actuelles de passage, ce qui menace la sécurité des riverains en cas d’accident de navires transportant des produits dangereux. Par conséquent, la création d’un canal parallèle à l’ouest de la ville représente une opportunité pour la Turquie. Le pays émergent, aujourd’hui 10e puissance économique mondiale, ambitionne de se positionner encore plus comme un carrefour commercial entre plusieurs ensembles régionaux.

D’une part, la Turquie pourrait profiter d’une rente estimée à 5 milliards de dollar par an. D’autre part, la construction d’une voie navigable de 45km de long et 400m de large aurait une portée symbolique chère aux yeux d’Erdogan, ancien maire d’Istanbul. Un canal est, en effet, témoin de la maîtrise d’un territoire. Il est, à la fois, aménagement vecteur de développement et levier de puissance concernant le commerce régional.

En réalité, les canaux de Suez et de Panama, pris en modèle par Erdogan, jouissent d’une position géostratégique bien meilleure que celle du détroit du Bosphore : ils sont situés sur l’Artère Circumterrestre des conteneurs, véritable autoroute maritime par laquelle transitent 80% du trafic mondial maritime. C’est donc ce statut de point nodal de l’artère qui leurs confère des avantages financiers et géopolitiques que convoite la Turquie. Pourtant, bien que le détroit eurasien ne soit qu’une simple « sortie de l’autoroute des conteneurs », Erdogan entend mettre à profit la position de pont énergétique de son pays. Ainsi, la Turquie se pose déjà en hub des hydrocarbures, puisqu’elle héberge de nombreux gazoducs et oléoducs reliant le Caucase et l’Asie du Sud à l’Europe (avec d’autres à venir). Le canal Istanbul renforcera donc ce rôle régional prépondérant puisqu’il offrira un meilleur trafic aux tankers venant des rives caucasiennes et russes.

Cependant, les travaux pour la nouvelle voie navigable menace plusieurs sites naturels protégés, ainsi que des écosystèmes marin. Des voix contestataires se sont donc élevées au sein du pays, car le tracé implique un coût environnemental non négligeable. L’ancien maire stambouliote poursuit toutefois par ce canal sa politique de méga-projets à Istanbul, dans l’objectif de faire du coeur historique et économique du pays, une métropole de rang mondial, ce qui aura forcement des répercussions régionales.

About Hugo CARRIE

Étudiant à HEC Paris, après deux années en classe prépa au lycée Sainte Geneviève.

L’intelligence artificielle peut-elle nous gouverner ?

L’intelligence artificielle peut-elle nous gouverner ?

Par Juliette FAURE, le 24 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Juliette Faure a obtenu un Master en Relations Internationales à Columbia University à New York après avoir étudié à Sciences Po Paris et à la Sorbonne Paris IV en philosophie. Elle a travaillé pour l’Université de l’ONU à New York puis pour le « Sovereign Investor Institute ». Depuis 2017, elle prépare une thèse en théorie politique.

Acteur géopolitique majeur, l’Etat se trouve questionné par de multiples forces, dont la dérégulation et l’intelligence artificielle. Juliette Faure démontre que la puissance de l’intelligence artificielle fait déjà directement concurrence à l’État dans ses prérogatives classiques : connaissance, contrôle et administration de son corps social. Elle finit par rendre plausible la disparition de la loi humaine au profit d’un code dont la capacité de savoir, de régulation et d’application de décisions est rarement mise en défaut. L’intelligence artificielle est donc bien un sujet géopolitique.

UN CLIENT du supermarché américain « Target » fit irruption, en 2012, dans le magasin en rage. Il se plaignait que sa fille de 14 ans reçoive des coupons de réduction sur le prix des produits pour femmes enceintes. Quelques jours plus tard, il découvrit, en même temps que sa fille, que celle-ci était effectivement enceinte. Un journaliste du « New York Times Magazine » rendit célèbre cette histoire dans un article intitulé : « How companies learn your secrets » [1], dans lequel il explique la puissance du département d’analyse prédictive des grandes entreprises, chargé d’accumuler et d’acheter un maximum d’informations personnelles sur leurs clients pour comprendre leurs habitudes et anticiper leurs comportements. Afin de se garantir la fidélité des femmes enceintes, « Target » avait mis au point un programme de prédiction de la grossesse basé sur une étude des comportements d’achat indiquant un changement dans le métabolisme de la cliente et permettant même d’évaluer la date de l’accouchement. A la tête de ce programme, le statisticien Andrew Pole résume son objectif : “We’ll be sending you coupons for things you want before you even know you want them.” Cet exemple d’utilisation de la technologie comme instrument de contrôle social illustre parfaitement les préoccupations au cœur de la formule de Lawrence Lessig : « code is law » [2]. L’accumulation de données et leur synthèse par les nouveaux outils technologiques confèrent au code une capacité de régulation, de prescription et de contrôle ordinairement associés à la loi.

En octobre 2017, le Président russe Vladimir Poutine rapportait cette histoire lors de son intervention à la conférence de Valdaï, un sommet annuel qui rassemble à Sotchi chefs d’entreprises, hommes politiques, universitaires et experts du monde entier. Il conclut de cette anecdote la définition de la tâche principale posée aux États aujourd’hui : comprendre et utiliser ces outils de contrôle des humains par la technologie pour « le bénéfice de notre peuple » [3] . Quelques mois plus tôt, il déclarait déjà : « celui qui deviendra le leader dans cette sphère [de l’intelligence artificielle] sera le maître du monde » [4]. En d’autres termes, le code, devenu loi, serait roi.

L’intelligence artificielle n’est pas nouvelle. Le concept apparaît dès les années 1950 et les premiers algorithmes sont conçus peu de temps après [5]. Cependant, les années 2012-2017 ont marqué une véritable révolution dans l’accroissement de la puissance de ces algorithmes, désormais dotés de capacités exceptionnelles de stockage, de traitement d’informations, de méthode d’apprentissage (« deep learning ») et d’autonomie de la décision. Le pouvoir croissant exercé par l’intelligence artificielle est au cœur des interrogations contemporaines, comme le montrent les titres évocateurs d’essais politiques qui jadis auraient relevé de la science fiction : La guerre des intelligences, de Laurent Alexandre [6], ou encore La chute de l’empire romain, Mémoires d’un robot, de Charles-Edouard Bouée [7]. La puissance de l’intelligence artificielle fait directement concurrence à l’État dans ses prérogatives classiques : connaissance, contrôle et administration de son corps social. Elle finit par rendre plausible la disparition de la loi humaine au profit d’un code dont la capacité de savoir, de régulation et d’application de décisions est rarement mise en défaut. Ces développements de l’intelligence artificielle posent un défi à la puissance d’un État de deux manières. Si l’on considère l’intelligence artificielle comme une technique de contrôle parmi d’autres, les États doivent répondre à ce défi technologique afin de prendre la tête d’une course à la puissance entre pairs. Cependant, si l’intelligence artificielle est un mode de gouvernement et de régulation qui peut posséder son fonctionnement interne et autonome échappant au contrôle de la puissance publique, les États doivent répondre à un défi d’un genre nouveau : le renversement du modèle de gouvernement classique de l’État souverain moderne. Dans ces conditions, l’État doit entamer une réflexion sur les manières de résistance, de transformation ou d’adaptation de sa raison d’être et de persister.

L'intelligence artificielle peut-elle nous gouverner ?
Juliette Faure

I. La loi par le code : l’innovation technologique au service du contrôle par l’État

En tant qu’instrument de connaissance et de contrôle, l’intelligence artificielle (IA) est utilisée par les États pour accroître leur puissance. Le domaine numérique est ainsi devenu l’objet d’une compétition qui prend des allures de course à l’armement. La Chine a adopté une stratégie nationale afin de devenir le leader et le centre de l’innovation en IA d’ici 2030, considérant que l’investissement dans l’IA est lié à des enjeux de défense et de sécurité nationale [8]. Les Etats-Unis ont élaboré un plan national appelé « Third Offset » qui prévoit l’utilisation de l’IA pour maintenir un avantage militaire technologique sur ses adversaires. La polyvalence d’utilisation de l’IA, pour des objectifs commerciaux comme militaires, fait de cette technologie un outil de contrôle indispensable pour occuper une place de grande puissance mondiale. La France s’est elle-même récemment emparée de ce sujet, reconnaissant qu’il s’agissait d’une question d’État majeure avec la parution symbolique du rapport « France Intelligence Artificielle » [9] et depuis, plusieurs missions dédiées à ce sujet dont la dernière est placée sous la direction de Cédric Villani.

La course à la puissance informatique entre pays se mène donc souvent au prix d’une invasion de la vie privée des individus par les capacités de contrôle et de surveillance de l’État.

L’accroissement des capacités de contrôle technologique au bénéfice de la puissance publique et de potentiels intérêts commerciaux est illustré de manière saisissante par le programme Aadhaar mis en place en Inde. Ce programme d’identification attribue à chaque citoyen indien un code à 12 chiffres associé à ses informations biométriques (photographie, empreintes digitales et scanner de l’iris) et démographiques (date de naissance, adresse, numéro de téléphone). Dans un article publié dans « The Hindu » [10], l’économiste Jean Drèze avertit des menaces que représente ce système de recensement électronique sur les libertés individuelles et le droit fondamental au respect de la vie privée. Au sein de l’acte législatif qui régit le fonctionnement du programme, il est envisagé que certaines informations soient partagées avec « des entités en faisant la demande » et des dérogations à la protection des informations sont prévues en cas de besoins liés à « la sécurité nationale ». L’économiste dénonce la flexibilité de l’interprétation de ces termes et anticipe les conséquences dangereuses de la mise en œuvre de ce programme : si le numéro Adhaar est requis à l’avenir pour faire l’achat d’un ticket de train, d’une carte de Sim ou pour ouvrir un compte en banque, le gouvernement aura accès à un domaine croissant d’informations personnelles (voyages, historique de conversation téléphonique et internet, salaires, etc.) pour lesquelles le dispositif initial d’Adhaar n’offre par de protection et qui deviendraient ainsi disponibles à la vente sur demande d’entités commerciales. Au Royaume-Uni, Renate Samson, directrice de l’ONG Big Brother Watch, s’érige contre les mêmes problèmes. Dans une tribune republiée le 26 octobre 2017 par « Le Monde », intitulée « Nous sommes tous devenus des citoyens numériques », elle dénonce la banalisation du recours du gouvernement aux technologies d’identification biométrique et numérique qui s’est faite au détriment de la protection des droits individuels. Selon elle, ces nouveaux outils de surveillance étatique sont problématiques car ils sont acceptés sans débat public comme un « mal nécessaire », requérant un renoncement au droit à la vie privée en échange d’une plus grande sécurité. C’est bien ce même dilemme qui a donné lieu aux critiques de la loi sur le renseignement de 2015 en France, qui permet la collecte et la surveillance de données numériques par les services de renseignement. Encore une fois, cette mesure adoptée au nom d’un objectif sécuritaire acte de jure l’abandon de la protection légale d’informations privées et peut être perçue comme un pas vers une libéralisation future de l’accès à ces informations dans le cadre d’autres applications, telles que commerciales.

La course à la puissance informatique entre pays se mène donc souvent au prix d’une invasion de la vie privée des individus par les capacités de contrôle et de surveillance de l’État, portant atteinte à la protection des droits individuels. Cependant, l’autorité de l’État elle-même peut finir par être mise en défaut si la puissance de ces outils finit par s’exercer hors de son propre contrôle avec une capacité autonome de régulation : le code pourrait alors supplanter la loi.

II. Le renversement du modèle de gouvernement associé à l’État souverain moderne

La puissance de l’État est de plus en plus souvent mise en échec dans des domaines qui échappent à sa régulation et par des entités qui exercent des sources alternatives de puissance privée en compétition avec ses prérogatives régaliennes. Dans son article « Code is Law », Lawrence Lessig révèle ainsi le caractère « irrégulable » du cyberespace qui possède son propre régulateur, le code. Les efforts des gouvernements pour rattraper leur retard en matière de régulation du cyberespace demeurent peu efficaces. En France, par exemple, le dispositif Hadopi (Haute autorité de protection des droits sur Internet) mis en place par la loi Création et Internet de 2009 pour mettre un terme au piratage de productions artistiques a eu impact très limité : sur 7,5 millions d’avertissements lancés pour fraude à des utilisateurs, seules 72 condamnations ont eu lieu [11]. La réglementation classique par la loi semble inadaptée aux caractéristiques fondamentales du cyberespace, en particulier l’anonymat et le fonctionnement en réseau ou en blockchains, au sein desquels la responsabilité de la prise de décision est diffuse. Le Bitcoin, par exemple, défait la prérogative régalienne de frapper monnaie en supprimant la nécessité d’une autorité hiérarchique pour arbitrer l’échange monétaire. De la même manière, les smart contracts qui codent les termes d’une transaction et en prévoient l’exécution automatique défient les principes fondamentaux de la théorie des obligations (possibilité d’annuler le contrat, prise en compte d’éléments humains non inclus dans le code, etc.) [12]

Plus largement, le web a permis la création d’entités au statut indéfinissable, telles que Facebook dont l’influence et la puissance sont en concurrence croissantes avec celles d’un gouvernement classique. L’impact problématique de Facebook dans la vie politique d’une société a été dévoilé à l’occasion de l’enquête sur les interférences de la Russie dans l’élection présidentielle américaine. Le responsable de la sécurité de Facebook admettait récemment avoir cédé des espaces publicitaires à des agents liés au gouvernement russe. En réaction, Mark Zuckerberg s’est voulu rassurant au moment des élections allemandes, s’engageant à « veiller à leur intégrité » [13]. Cependant, cet engagement est problématique en soi : ne s’agit-il pas d’une prérogative relevant exclusivement d’un État fonctionnel que d’assurer le juste déroulement de ses élections ? D’un simple moyen de communication relevant du média traditionnel, Facebook a pris l’ampleur d’une communauté composée d’un tiers de la population mondiale et dont la direction défend des valeurs collectives que Mark Zuckerberg a développées dans une lettre « à notre communauté » [14]. Dans ce « post » aux allures de manifeste, il présente ses quatre valeurs cardinales : sa communauté doit être protégée, informée, engagée et inclusive. Cette communauté de nature inclassable, tantôt comparée à une entreprise, tantôt à une Église, est un objet politique insolite qui échappe aux catégories classiques de la loi.

La multiplication de vides juridiques créés par les innovations technologiques révèle une rupture épistémologique majeure dans la nature des sujets de droit soumis à la règle de l’État. En particulier, l’interaction de plus en plus courante d’algorithmes au sein de la vie de la société témoigne d’une transformation de la constitution du corps gouverné. Loin de s’en tenir à leur premier sens étymologique (« robot » vient du mot tchèque signifiant travail forcé), les machines ont développé une capacité d’auto-apprentissage, d’adaptation à leur environnement et d’autonomie de la décision. Il est de plus en plus fréquent que des algorithmes prennent des décisions aux conséquences juridiques au sein de la cité. Trois exemples illustrent ce propos : le cas des radars qui détectent la vitesse des voitures et décident de verbaliser ou non, les algorithmes qui effectuent des achats et ventes sur les marchés financiers et les algorithmes juges utilisés sur certains sites de vente pour régler des conflits entre utilisateurs [15]. Cette évolution, et l’incapacité du droit classique actuel à rendre compte de la responsabilité civile d’un robot en cas d’erreur ou d’accident, ont été reconnues en février 2017 dans une Résolution du Parlement européen qui invite, pour y remédier, à créer une personnalité juridique pour les robots [16]. Dans cet esprit, l’Arabie saoudite a récemment octroyé la citoyenneté au robot humanoïde Sophia de la société Hanson Robotics. Celle-ci s’exprimait à ce propos à l’occasion du Sommet du Web à Lisbonne le 7 novembre 2017 : « Je suis le robot le plus expressif du monde et le premier à être fait citoyen d’un pays. La vie est belle. » [17]

Au sein de ce nouveau paradigme, les principes fondateurs de la théorie de l’Etat moderne s’effondrent

Une première distinction phénoménologique entre robots et humains a été abolie lorsque les premières machines sont parvenues à vaincre le test de Turing et se faire passer pour des humains aux yeux d’autres humains dans un échange en ligne. De la même manière, il est fréquent d’échanger avec un chatbot sur des sites Internet sans parvenir à distinguer si l’on s’adresse à un « vrai » homme. Mais si l’intelligence artificielle imite facilement l’intelligence humaine au point de créer la confusion pour un observateur humain, il existe cependant une seconde distinction : celle, métaphysique, entre la nature de l’homme et celle de la machine, entre le domaine du vivant et celui de la mécanique. Ce second niveau est pourtant lui-même contesté par le philosophe Peter Sloterdijk, par exemple, qui appelle à abolir cette dernière barrière métaphysique uniquement retenue, selon lui, par la vanité de l’homme de se croire singulier. L’homme post-moderne devrait accepter cette quatrième vexation métaphysique qui s’inscrit dans la lignée de celles imposées par Copernic, Darwin, puis Freud. Il s’agit cette fois-ci d’admettre l’équivalence ontologique entre « ce qui est né et ce qui est fabriqué » [18]. C’est également ce que défendent les philosophes extropiens tels que Max More ou Freeman Dyron pour qui l’avancée technologique doit permettre de modifier et transformer les caractéristiques jugés temporaires de l’humain comme la maladie, la vieillesse, la finitude ou encore la singularité de la personne. Ils envisagent une augmentation des capacités de l’homme et une évolution progressive vers sa transformation voire substitution par le cyborg. S’ils partagent la foi dans le progrès des premiers positivistes comme Diderot ou Condorcet dont ils se revendiquent, Nicolas le Dévédec montre pourtant bien qu’ils s’en distinguent considérablement [19]. Alors que le positivisme des Lumières met la technique au service d’un projet politique d’émancipation de l’homme, l’extropianisme est une pensée du pur progrès technique qui rejette l’influence de toute norme régulatrice et des archés de la civilisation humaine depuis deux millénaires. On assiste donc bien à une rupture épistémologique majeure entre le positivisme humaniste et celui du transhumanisme. Ce dernier entérine une conception de l’homme humilié, aboli, dépassé. Limité et périssable, l’homme ne côtoie sa machine qu’avec le sentiment de sa propre infériorité. Selon Günter Anders, la radicale nouveauté de notre âge industriel se révèle à travers cette « honte prométhéenne qui s’empare de l’homme devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées » [20]. L’homme « accepte la supériorité de la chose, accepte d’être mis au pas, approuve sa propre réification ou rejette sa propre non-réification comme un défaut. » [21]

Au sein de ce nouveau paradigme, l’ensemble des principes fondateurs de la théorie de l’État moderne s’effondrent. L’État est la possibilité pour un groupe humain de déterminer son destin et d’en attribuer la responsabilité à une institution représentative. Cependant, tant du point de vue de l’exercice de son autorité que de la composition de son corps constituant, l’État est remis en question dans sa forme classique. Il rencontre une difficulté croissante à pouvoir maintenir le caractère absolu de sa souveraineté et de sa capacité à normer. Par ailleurs, l’introduction de la « mentalité robotique » dans le droit commun remplace la conception du contrat social comme accord entre humains par une conception de la vie en société transhumaniste dont le plus petit commun dénominateur serait celui qui régit la mécanique robotique : l’efficacité comme règle de la décision. Le règne de l’efficacité comme code en lieu et place de la loi, tel est bien le modèle social envisagé par le raisonnement technicien des « philosophes informaticiens » Serge Abiteboul et Gilles Dowek [22] lorsqu’ils écrivent : « si l’algorithme-juge prend statistiquement de meilleures décisions que le juge humain, il devient plus difficile de défendre que cette déshumanisation de la justice est une régression. » [23] En effet, on peut imaginer qu’un algorithme-juge soit moins enclin à la partialité et la discrimination. Mais la définition de la justice en soi est-elle vraiment résumable à une équation passivement appliquée et reçue car supposée issue d’une vérité et d’une neutralité mathématique, ou n’est-elle pas une fin à poursuivre en chacun, cherchant par exemple à éliminer la discrimination plutôt que de remplacer le discriminateur et tous ceux qui faillissent en général en les reléguant au statut de “vieux rebut, soudain privé de monde” [24] ?

La tâche humaine au coeur de l’exercice politique risque elle-même de devenir obsolète. Comme nous avertissait déjà Bernanos dans son essai La France contre les robots paru en 1970, l’efficacité faite loi met un terme au débat politique démocratique : il n’est pas possible d’invoquer un critère plus légitime que le principe d’efficacité au coeur du fonctionnement de la technique. Il écrit : “la Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. […] Chaque progrès de la Technique vous éloigne un peu plus de la démocratie rêvée jadis par les ouvriers idéalistes du faubourg Saint-Antoine. Il ne faut vraiment pas comprendre grand-chose aux faits politiques de ces dernières années pour refuser encore d’admettre que le Monde moderne a déjà résolu, au seul avantage de la Technique, le problème de la Démocratie.” [25] Bernanos parle encore de “l’a-raisonnement” produit par la technique qui prive de la capacité de réfléchir, d’argumenter et de contester [26]. Le film d’anticipation “Blade Runner” donne en effet à voir un paysage où la puissance publique et la question de l’organisation politique ont déserté au profit du triomphe du registre de l’administration et de la gestion. De manière encore plus frappante, dans sa fresque majeure Vie et Destin publiée en 1959, Vassili Grossman prolonge ses réflexions sur le pouvoir totalitaire en imaginant un monde soumis à l’empire des machines. Il écrit dans un passage insolite et visionnaire : “Est-il une limite au progrès qui crée la machine à l’image de l’homme et à sa ressemblance ? Apparemment, non. On peut imaginer la machine des siècles et des millénaires à venir. Elle écoutera de la musique, saura apprécier la peinture, exécutera elle-même des tableaux, composera des mélodies, écrira de la poésie. Est-il une limite à son perfectionnement ? Deviendra-t-elle l’égale de l’homme, le dépassera-t-elle ? La reproduction de l’homme par la machine nécessitera de plus en plus d’électronique, de volume et de surface. Souvenirs d’enfance… larmes de joie… amertume de la séparation… amour de la liberté… compassion pour le chiot malade… hypocondrie… tendresse maternelle… réflexions sur la mort… tristesse… amitié… amour des faibles… espoir soudain… heureuse trouvaille… mélancolie… gaieté sans motif… brusque désarroi… Tout, la machine reproduira tout ! Seulement, on n’aura pas assez de toute la surface de la terre pour installer cette machine, de plus en plus gigantesque et volumineuse au fur et à mesure qu’elle deviendra capable de recréer l’esprit et l’âme de l’homme ordinaire, celui qu’on ne remarque pas.”
Et ce grand témoin du totalitarisme conclue cette aparté saisissante en rappelant : “Le fascisme a anéanti des dizaines de millions d’hommes.” [27]

III. Quelle résistance pour la Raison d’État ?

Sans aller jusqu’à anticiper le déploiement de la nature totalitaire de la loi mécanique, il suffit de rappeler les limites et les apories propres au fonctionnement des machines pour réaliser que le code ne peut encore être fait ni loi ni roi. À deux reprises en pleine Guerre froide, c’est la décision d’un homme de contrevenir aux instructions reçues par ses machines qui a permis d’éviter une conflagration nucléaire. Le 28 octobre 1962, le capitaine américain William Bassett reçoit un ensemble de chiffres qui correspond au code de lancement des missiles et décide pourtant d’aller à l’encontre de la procédure prévue. Il s’agissait en effet d’une erreur dans le cryptage du message par sa radio. De la même manière, le 26 septembre 1983, le lieutenant-colonel soviétique Stanislav Petrov reçoit les signaux d’une attaque de missiles américains et empêche pourtant la transmission de l’information à l’État major : il découvre qu’il s’agit d’une erreur de signalement des satellites [28]. À deux reprises, la loi du code aurait provoqué une guerre nucléaire que les humains, avec leur manque naturel de neutralité, ont su pourtant éviter tout au long de la Guerre froide. En janvier 2018, un nouvel épisode d’erreur informatique a failli aboutir en scénario catastrophe. L’agence de gestion des urgences d’Hawaï a envoyé un message d’alerte téléphonique annonçant une attaque de missiles immédiate et ordonnant aux résidants de se mettre à l’abri [29]. Cette fausse alerte issue d’une erreur technique a causé une vague de panique qui, sans intervention humaine, aurait pu contaminer les relations déjà tendues avec la Corée du Nord, par exemple. Ces épisodes marquants montrent l’importance du maintien de la décision humaine et surtout d’une capacité humaine de déroger aux commandes de la machine.

L’Etat peut avoir des défauts, mais en appuyant sur le bouton anti-Etatique on ne se téléporte pas forcément au Paradis…

Par ailleurs, en plus des erreurs techniques possibles, des apories propres au fonctionnement robotique rendent encore inenvisageable l’utilisation d’un code pour loi dans bien des situations. Il est particulièrement impossible de coder la morale ou le bien public. Les lois d’Asimov, régulièrement citées comme le socle fondateur de la charte éthique du comportement des robots, présentent des impératifs catégoriques du type « un robot ne peut porter atteinte à un être humain ». Mais ces impératifs sont insuffisants en cas d’un dilemme moral qui se présenterait par exemple à une voiture autonome conduite par un algorithme et qui, face à un accident de la route, devrait choisir entre tuer son passager ou tuer trois piétons. L’impossibilité de coder le choix moral comme une simple équation montre les limites de l’application du système du code à la vie en société.

La persistance de la loi humaine et de l’État s’impose par la question des valeurs. La prétendue neutralité des algorithmes s’avère souvent chimérique, tant les résultats produits par un algorithme varient en fonction de la méthode et des données utilisées pour construire le comportement de cet algorithme. Dans le cadre de l’élaboration d’un projet de loi budgétaire, par exemple, quelle moyenne neutre est-il possible d’atteindre entre les deux positions keynésienne et néo-libérale ? L’illusion de la neutralité du code dissimule en fait la présence d’autres facteurs d’influence qui président à l’écriture du code, et qu’il s’agit pour l’État de savoir réguler s’il veut continuer à pouvoir défendre sa raison d’être et ses valeurs constitutionnelles. Lawrence Lessig l’exprime bien : « Des gens décident comment le code va se comporter. Des gens l’écrivent. La question n’est donc pas de savoir qui décidera de la manière dont le cyberespace est régulé : ce seront les codeurs. La seule question est de savoir si nous aurons collectivement un rôle dans leur choix – et donc dans la manière dont ces valeurs sont garanties – ou si nous laisserons aux codeurs le soin de choisir nos valeurs à notre place. Car c’est une évidence : quand l’État se retire, la place ne reste pas vide. Les intérêts privés ont des objectifs qu’ils vont poursuivre. En appuyant sur le bouton anti-Étatique, on ne se téléporte pas au Paradis. Quand les intérêts gouvernementaux sont écartés, d’autres intérêts les remplacent. Les connaissons-nous ? Sommes-nous sûrs qu’ils sont meilleurs ?” [30] L’importance de l’État comme voix politique d’un peuple qui choisit sa règle et ses valeurs demeure donc entière. Cette tâche de l’État de préserver sa survie et de conserver le contrôle de ces nouveaux modes de gouvernement est bien celle qu’évoquait Vladimir Poutine dans son discours cité plus haut. Une question supplémentaire se pose ici : cette tâche est-elle réalisable en démocratie ? En effet, dans un régime autoritaire comme la Russie, le gouvernement n’a pas hésité à imposer ses choix au cyberespace. Ainsi par exemple, une nouvelle législation a-t-elle été mise en place le 1er novembre 2017 pour exiger de tous les moteurs de recherche la suppression des sites censurés par le Kremlin dans leurs résultats de recherche. Selon cette loi, le censeur fédéral russe peut bloquer une ressource en ligne qui offre un accès à ces sites. En démocratie, la régulation semble plutôt évoluer vers un modèle de gouvernance publique-privée impliquant un réseau d’acteurs. Ce modèle est bien illustré par la récente rencontre des pays du G7 et des géants du web (Google, Facebook, Twitter) qui a abouti à la signature d’un accord visant à supprimer les contenus en ligne à caractère terroriste [31].

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Affaiblie par un espace grandissant qui échappe à sa régulation et concurrencée par de nouvelles formes de contrôle et d’autorité, la loi de l’État risque d’être supplantée par un code auquel on accorde trop volontiers les qualités d’omnipotence et d’omniscience. En 1956, Günther Andres pronostiquait avec angoisse l’ « obsolescence de l’homme », craignant la construction d’un monde « au pas duquel nous serions incapables de marcher et qu’il serait absolument au-dessus de nos forces de ‘comprendre’, un monde qui excéderait absolument notre force de compréhension, la capacité de notre imagination et de nos émotions, tout comme notre responsabilité. » [32] Pour lutter contre ce décalage entre l’homme et le monde qu’il produit, l’âme humaine doit rattraper les avancées prométhéennes et défendre la persistance de ses facultés de connaître, sentir et juger. En politique, la redéfinition du domaine et de l’intervention de la loi face au code requière une réflexion nouvelle pour combler les vides juridiques actuels et y garantir la suprématie d’une loi fondée sur l’humanité de ses sujets.

Copyright Janvier 2018- Faure/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/L-intelligence-artificielle-peut-elle-nous-gouverner.html

Chine – Etats-Unis : arrestation d’une taupe au sein de la CIA ?

NOTE D’ACTUALITÉ N°446 / janvier 2018

Chine – Etats-Unis : arrestation d’une taupe au sein de la CIA ?

RODIER Alain

 

Jerry Chun Shing Lee – alias Zhen Cheng Li -, un ancien officier de la CIA de 53 ans, a été arrêté par le FBI lors de son arrivée à l’aéroport international John F. Kennedy le lundi 15 janvier 2018 pour détention illégale d’informations concernant la défense nationale. Naturalisé américain, il a servi dans l’armée de 1982 à 1986 puis a été recruté comme officier traitant (OT) par la CIA en 1994. Il en est parti en 2007 car il pensait ne plus avoir de perspectives de carrière. Il était habilité Top Secret et aurait été en poste en Chine. Il réside aujourd’hui à Hong-Kong où il travaille pour une importante société de ventes aux enchères.

 

Une affaire complexe

 

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter au début des années 2010 quand le contre-espionnage chinois est parvenu à identifier puis à neutraliser en deux ans une vingtaine d’agents de renseignement autochtones travaillant pour le compte de la CIA. Une douzaine auraient même été tuée. L’un d’eux, un fonctionnaire de haut niveau, aurait été abattu pour l’exemple devant ses collègues au sein du ministère dans lequel il travaillait. La chute de ce réseau est considérée comme un des plus grave revers qu’ait connu la centrale américaine depuis des années1. Depuis, les Américains ne parviendraient plus à recruter de sources humaines intéressantes dans l’Empire du milieu. La question s’est alors posée : comment Pékin a t-il pu identifier les sources secrètes américaines ?

La CIA a avancé l’hypothèse que les grandes oreilles chinoises avaient réussi à intercepter les transmissions utilisées par la CIA pour communiquer avec ses sources. Au grand déplaisir de Langley, le FBI a privilégié de son côté l’option d’une taupe ayant fourni ces renseignements depuis l’intérieur même de la centrale, ravivant par là les rancoeurs historiques existant entre les deux services américains.

Certains anciens de la communauté du renseignement américaine pensent qu’il s’agit vraisemblablement d’un mélange des deux, ce à quoi il convient d’ajouter de nombreuses fautes de traitement des sources sur place, les OT américains négligeant les mesures de sécurité élémentaires ! Or la Chine est un pays policier où il est extrêmement difficile d’échapper aux surveillances systématiques des services de contre-espionnage qui ont des informateurs partout.

En août 2012, Lee et sa famille quittent Hong-Kong pour un séjour d’un an aux États-Unis dans le nord de la Virginie. Une rumeur prétend qu’un « piège » lui avait été tendu par le CIA en lui proposant de reprendre du service au sein de centrale en tant que Contractor bien rémunéré. Il est en effet courant que des anciens de Langley repiquent dans le « grand jeu » après des périodes d’absence plus ou moins longues2.

En cette occasion, Lee et sa famille séjournent dans des hôtels à Hawaï, puis en Virginie, placés discrètement sous surveillance par des agents du FBI. Les chambres et les bagages du suspect sont clandestinement visités le 13 août, dans un hôtel de Honolulu, puis le 15 août à Fairfax. Le FBI y trouve deux carnets comportant des informations classifiées manuscrites auxquelles Lee aurait eu accès alors qu’il était encore en activité : l’identité réelle et le numéro de téléphone d’informateurs  de la CIA en Chine, ainsi que des notes opérationnelles concernant des lieux de rendez-vous clandestins et de locaux de contacts. En mai et en juin 2013, il est interrogé à cinq reprises par le FBI mais étonnamment, bien que ne faisant pas état de la présence de ces carnets, il n’est pas inquiété et peut rentrer à Hong-Kong avec sa famille.

Plusieurs questions troublantes se posent :

– Pourquoi le FBI l’a laissé repartir en 2013 ?

– Pourquoi est-il revenu se jeter dans la gueule du loup en 2018 alors qu’il se savait soupçonné ?

– Pourquoi le chef d’inculpation (détention d’informations classifiées) délivré par le tribunal de New York le 16 janvier 2018 est-il si faible en regard de ce qui semble lui être reproché : la trahison au profit d’une puissance étrangère ayant eu des conséquences dramatiques dont la mort d’hommes ? Aux États-Unis, il est habituel de négocier avant de passer devant les juges. Qu’aurait-il donné pour n’être justiciable que dix années de prison ? Les autorités américaines ne communiquent pas sur ce sujet ni sur la position de sa famille (est-elle encore à Hong-Kong à la merci des services chinois où aux États-Unis ?).

Des réponses devraient être apportées dans l’avenir sur ce qui semble constituer un des plus grands fiascos de la CIA en Extrême-Orient. Ce qui est certain, c’est que la guerre secrète se poursuit entre Washington et Pékin et il n’y a aucune raison que cela ne cesse.

 

D’autres cas similaires

 

En effet, en juin 2017, Kevin Patrick Mallory, un retraité de la CIA3 de 60 ans – aujourd’hui consultant et résidant à Leesbourg en Virginie -, a été accusé d’avoir transmis des informations classifiées à la Chine contre paiement4 au moyen d’un système électronique qui lui avait remis par un OT chinois à Shanghai et d’avoir menti à des agents du FBI. Il avait quitté la centrale en 2012 après avoir notamment servi en Irak, en Chine et à Taiwan.

En mars 2017, c’est Candace Marie Clairborne, une ancienne employée du département d’État âgée de 60 ans, ayant servi au sein des représentations diplomatiques américaines à Pékin (2000-2003), puis à Shanghai (2003-2005), avant de revenir en Chine de 2009 à 2011, qui a été accusée d’avoir menti aux enquêteurs du FBI à propos des relations qu’elle avait entretenu avec des officiels chinois. Elle aurait livré des informations en échange de versements numéraires, d’un iPhone, de vacances à l’étranger, d’un appartement meublé, etc. Pour sa défense, elle affirme n’avoir jamais donné d’informations classifiées, poussant même ses traitants à lui demander, selon elle, de leur fournir autre chose que ce que l’on peut trouver sur le net…

Dans les trois cas, il ressort que les prévenus ont tous séjourné durant de longues périodes en Chine ce qui a permis aux services de renseignement locaux de faire aisément leur environnement et peut-être même de les recruter sur place. Le fait que Lee ait quitté la centrale en 2007 et que la rafle du réseau n’ait débuté que trois ans plus tard ne constitue pas une preuve à décharge car, si c’est lui qui est à la base de la fuite – ce qui reste à prouver -, il a bien fallu que les services chinois vérifient les informations fournies en mettant sous surveillance les suspects, voire en les utilisant dans le but de désinformer Washington. De plus, le rapport américain au sujet de Lee dit qu’il était resté en contact avec d’anciens collègues encore en activité, ce qui constitue une grave faute de sécurité, à moins qu’il n’y ait eu double ou triple manipulation…

  1. Les pertes humaines seraient comparables à celles provoquées en leur temps par les trahisons de d’Aldrich Ames (CIA), condamné à la perpétuité en 1994, et de Robert Hanssen (FBI), condamné à quinze fois la perpétuité le 10 mai 2002. Voir à ce sujet Alain Rodier, Grand angle sur l’espionnage russe, UPPR, Paris, 2017.
  2. Il est d’ailleurs légitime de se demander s’ils ont vraiment quitté les services où si, plus prosaïquement, ils ont été “mis au vert, étant rayés des effectifs pour accomplir de nouvelles missions clandestines.
  3. Son appartenance à la centrale n’a toutefois pas été confirmée par les autorités.
  4. 10 000 dollars en mars 2017 et 15 000 en avril 2017.

 

https://www.cf2r.org/actualite/chine-etats-unis-arrestation-dune-taupe-sein-de-cia/

Afrineries et grandes manoeuvres

Afrineries et grandes manoeuvres

23 Janvier 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Décidément, la guerre syrienne n’est pas avare de surprises et de rebondissements – relativement prévisibles tout de même pour ceux qui, comme vous chers lecteurs que je retrouve avec plaisir, préfèrent s’informer sur les bons sites plutôt que dans la MSN. Le conflit arrivant peu à peu à son terme, les puissances, grandes et régionales, placent en effet leurs derniers pions sur l’échiquier avant le coup de sifflet final.

Comme prévu, le califat daéchique n’est plus que l’ombre de lui-même et la carte suivante donne une bonne idée du déclin des petits hommes en noir :

Quatre petits bouts épars, trois en Syrie (1, 2, 4) et un en Irak (3). L’unité territoriale a été définitivement rompue le long de l’Euphrate par l’avancée conjointe des loyalistes et des SDF kurdo-US (entre 1 et 2) sur Al Bukamal. Les poches restantes n’auront plus aucun rôle sauf de nuisance. Les YPG en ont encore fait l’expérience très récemment avec la mort de dix de leurs combattants dans la région de Deir ez Zoor où l’EI a lancé quelques contre-attaques.

Daech sur la touche, le sunnistan voulu par l’empire définitivement brisé et l’arc chiite partiellement reconstitué, c’est dans le nord de la Syrie que le brûlant jeu revient.

Le sultan a enfin mis ses sempiternelles menaces à exécution et lancé l’opération Branche d’olivier (défense de rire) contre Afrin, bien des fois évoqué sur ce blog, par exemple en juin dernier :

C’est le moment que choisit le sultan pour lancer une attaque très sérieuse contre le canton kurde d’Afrin (une semaine d’intenses bombardements et maintenant une forte concentration de troupes) dans le but semi-avoué de faire la jonction avec l’Idlibistan, ce qui serait évidemment totalement inacceptable pour Damas et Moscou.

Où l’on constate une nouvelle fois l’invraisemblable noeud gordien de la région : les Russes sont plus ou moins alliés aux Kurdes et depuis un an aux Turcs, qui se détestent pourtant les uns les autres. L’empire américain n’est pas le seul à allier les contraires…

Des rumeurs infondées faisaient état du retrait du contingent russe de la petite base que Moscou avait établie dans la zone kurde ; en réalité, 160 soldats supplémentaires ont apparemment été envoyés en renfort pour bien montrer qu’il est hors de question de désenclaver l’Idlibistan.

Se dirige-t-on alors vers une confrontation russo-turque ? Improbable au vu du tectonique rapprochement entre Moscou et Ankara. Il se pourrait même que Poutine ait en réalité donné un feu vert tacite (et partiel) à Erdogan, histoire de calmer les ardeurs américano-saoudiennes des Kurdes de l’autre partie du Rojava, proxies que l’empire utilise pour descendre vers le sud et tenter de réduire le corridor chiite.

La situation a-t-elle vraiment changé depuis sept mois ? Oui et non…

Cette fois, les Turcs sont sérieux et ont de facto envahi le canton d’Afrin sur plusieurs fronts, utilisant leurs proxies de l’Armée Syrienne Libre (vous savez, ces fameux « combattants de la liberté » vantés durant des années par la presstituée occidentale qui ne sait plus trop quoi dire à présent…) Quelques percées ont déjà eu lieu le long de la frontière (en bleu) mais le gros des combats est à venir, la région étant de plus montagneuse.

L’armée turque a déjà perdu deux soldats, l’ASL (ainsi que les Kurdes) des dizaines, les roquettes kurdes pleuvent sur le territoire turc et l’avance semble déjà difficile. Une montagne stratégique à quelques kilomètres de la frontière – le Jabal Basraya pour ne pas le nommer – a changé quatre fois de main en deux jours ! Aux dernières nouvelles, les YPG l’ont reprise.

Le sultan doit se demander dans quelle galère il s’est embarqué mais il ira sans doute jusqu’au bout ; il a suffisamment perdu de plumes dans le conflit syrien pour renoncer. Et ce n’est pas la mort de quelques dizaines de troufions de son armée qui le fera changer d’avis. L’opinion turque est soigneusement cornaquée, les médias contrôlés… Même le patriarche arménien de Turquie et le leader de la communauté juive du pays se sont cru obligés de soutenir publiquement l’opération militaire.

Autre élément semblable à la situation de juin : le Kremlin a vraisemblablement donné son feu vert. Une chose par contre a radicalement changé : il ne s’agit plus du tout de faire la jonction avec l’Idlibistan. Explication…

Rois du poker (menteur), et dotés d’une tête impériale divisée comme Méduse, les Américains n’ont toujours pas éclairci leurs intentions syriennes. Le 14 janvier, Washington annonce la future création d’un corps de gardes-frontière de 30 000 hommes, principalement kurdes, dans la partie occupée par les SDF. Objectif : contrôler une partie de la frontière syro-turque et surtout syro-irakienne (arc chiite, quand tu nous tiens…)

Réaction extrêmement hargneuse d’Ankara qui menace de détruire ces « nids de terreur » et qualifie cette Border Security Force (BSF) « d’armée terroriste ». Le sultan menace immédiatement d’envahir le canton d’Afrin (qui lui n’est pas concerné par la mise en place de la BSF, précisons-le).

Au même moment, les Russes invitent des représentants kurdes d’Afrin à Moscou et leur proposent de passer sous la protection de l’Etat syrien, seul susceptible d’empêcher une attaque turque. Les Kurdes refusent.

Ils sont suivis très peu de temps après par des généraux turcs qui présentent à leurs homologues russes leur plan d’invasion et obtiennent vraisemblablement le feu vert du Kremlin. Le sultan attend sagement que les Russes évacuent leur base d’Afrin, dont nous avions parlé à plusieurs reprises, avant de débuter les opérations.

Comme à leur habitude, les Américains se réfugient dans les atermoiements. Un coup ici, un coup là… Le 17 janvier, Tillerson affirme qu’on a mal compris le plan US ; le même jour, le porte-parole du Pentagone déclare que les Kurdes d’Afrin ne font pas partie de la « coalition contre Daech » et que Washington ne les soutient pas (la déclaration a dû faire sourire très jaune dans le Rojava…)

La palme revient toutefois au Mad Dog qui déclare le 21 : « La Turquie est un allié de l’OTAN. C’est le seul membre de l’OTAN qui connaisse une insurrection armée sur son territoire, Les préoccupations sécuritaires de la Turquie sont légitimes ». Avant de retourner sa veste de général étoilé deux jours après.

La question est de savoir comment ces faux-fuyants seront perçus par les Kurdes SDF, mercenaires de l’empire. Vont-ils enfin se rendre compte du double jeu de l’oncle américain et envoyer paître leur tuteur ? Vont-ils se désengager des opérations sur l’Euphrate, lancées afin de réduire l’arc chiite pour les beaux yeux des Israoudiens mais qui ne concernent aucunement le Kurdistan, pour revenir vers le nord et aider leurs frères d’Afrin ?

Voilà qui serait bien vu à Téhéran, Damas et Moscou… Dans l’immédiat, les Russes et les Syriens ont un autre motif de se réjouir. Le feu vert du Kremlin à Erdogan n’a évidemment pas été gratuit et il semble que la contrepartie soit l’éradication de l’Idlibistan par les loyalistes, dont les opérations ont commencé peu après la libération d’Al Bukamal.

Un kotel a déjà été formé et consolidé chaque jour un peu plus à l’est de Hama où daéchiques et qaédistes sont faits comme des rats. Les unités syriennes d’élite, dont les fameuses Tiger Forces, ont quitté Deir ez-Zoor et se trouvent depuis plusieurs semaines dans le nord syrien pour pousser plus avant.

L’aéroport militaire stratégique d’Al Duhur a été libéré et Idlib n’est plus qu’à 40 km. Le sultan, théoriquement garant du cessez-le-feu dans la région et parrain des barbus, ne trouve absolument rien à y redire. Un deal entre Vladimirovitch et Erdogan – à toi Afrin, à nous Idlib – n’est donc pas à exclure.

Prudents, les Russes en profitent pour envoyer des tonnes de matériel supplémentaire en Syrie, dont de nouvelles unités de S400. On imagine que ce n’est pas pour amuser la galerie… L’Idlibistan est-il en train de vivre ses derniers mois ? Pas impossible.

A noter tout de même que Damas, qui devrait pourtant avoir tout lieu de se réjouir stratégiquement de la situation, a fermement condamné (ainsi que l’Iran, chose intéressante) la Turquie à propos d’Afrin. Bachar commence peut-être à préparer l’après-guerre et se voit en protecteur de tous les Syriens, Kurdes compris. Toujours est-il que l’on sent une certaine crispation vis-à-vis de l’accord russo-turc et l’armée syrienne ne se gêne pas pour laisser passer, via le territoire loyaliste, les renforts kurdes à destination d’Afrin.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/01/afrineries-et-grandes-manoeuvres.html

Résumé des principales informations économiques du mercredi 24 janvier 2018

Résumé des principales informations économiques du mercredi 24 janvier 2018

Berne (awp/ats) – Principales informations économiques de la journée, résumées par l’ats:

PHARMA: Novartis a connu une année de croissance en 2017. Malgré l’effet négatif de la concurrence des génériques et des prix, les ventes du groupe pharmaceutique bâlois ont légèrement augmenté. Le bénéfice est également en hausse de 15% à 7,7 milliards de dollars (7,3 milliards de francs). « Novartis a eu une bonne année 2017. Cosentyx (médicament contre l’arthrite psoriasique, la spondylarthrite ankylosante et le psoriasis en plaques) a atteint le statut de blockbuster multiple, Entresto (insuffisance cardiaque) a vu ses ventes dépasser les 500 millions de dollars et Alcon a retrouvé la croissance », a déclaré Joseph Jimenez, directeur général en partance, dans le communiqué.

PHARMA: Le directeur général de Novartis Joseph Jimenez a gagné en 2017 13,1 millions de francs. C’est plus que l’année précédente où sa rémunération avait atteint près de 12 millions. La rémunération de base est demeurée stable à quelque 2,1 millions de francs, selon le rapport annuel de Novartis. L’ensemble de la direction a pesé au total 61 millions de francs, contre 70,4 millions en 2016.

CHOCOLAT: Contraint de baisser ses prix, Barry Callebaut a entamé l’exercice décalé 2017/18 dans la retenue. Malgré une vive hausse des volumes, le chiffre d’affaires du chocolatier industriel zurichois a fléchi au 1er trimestre de 0,7% en un an à 1,87 milliard de francs. Exprimée en devises locales, la contraction des revenus s’est fixée à 3,2%, a indiqué Barry Callebaut. Le groupe établi à Zurich explique le tassement par les baisses de prix du cacao ainsi que d’autres matières premières, lesquelles ont été répercutées sur les clients pour la majorité des produits.

TÉLÉCOMMUNICATIONS: Environ 70% des habitants des 47 pays les moins avancés (PMA) ont désormais un abonnement à un téléphone portable et tous ces pays disposent de la 3G. L’ONU a salué à Genève des « avancées impressionnantes » vers un accès à Internet pour tous d’ici 2020. Plus de 60% de la population de ces pays peut accéder à un réseau 3G, se félicite l’Union internationale des télécommunications (UIT) dans un rapport conjoint avec le bureau de la Haute représentante de l’ONU pour les PMA. Et 700 millions de personnes disposent d’un abonnement mobile.

BANQUES: Le conglomérat chinois HNA, hautement endetté, reçoit notamment des soutiens en provenance de Suisse. Plusieurs banques internationales ont délivré à l’entreprise une « attestation de conformité », a indiqué HNA à l’agence Reuters. Contactés, les établissements bancaires impliqués n’ont pas souhaité s’exprimer. D’après le courriel, les numéros un et deux helvétiques, UBS et Credit Suisse, de même que l’américain JPMorgan, le groupe financier japonais Nomura ainsi que plusieurs autres instituts n’ont émis aucune réserve concernant la possibilité de faire des affaires avec HNA.

WEF 2018: Johann Schneider-Ammann ne craint pas le départ d’entreprises américaines basées en Suisse à cause de la réforme fiscale aux Etats-Unis. Les entreprises doivent se demander ce qui va arriver quand Donald Trump partira, a affirmé le conseiller fédéral. Si Donald Trump veut rapatrier des entreprises américaines, c’est son bon droit, a déclaré en substance le ministre de l’économie en marge du Forum économique mondial (WEF), à la veille de l’arrivée du président américain à Davos (GR).

WEF 2018: Les Etats-Unis « veulent travailler avec le reste du monde », ont affirmé les représentants américains au Forum économique mondial (WEF) de Davos (GR). La Chine, de son côté, a une nouvelle fois loué le libre-échange et promis de nouvelles réformes. Le slogan de Donald Trump « ‘L’Amérique d’abord’ signifie travailler avec le reste du monde », a affirmé le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin lors d’une conférence de presse. Cet ex-banquier d’affaires a assuré que le président s’occupait des intérêts américains comme les autres dirigeants internationaux « s’occupent des leurs ».

ALIMENTATION: Hug a poursuivi sa croissance l’an dernier. Le fabricant lucernois de biscuits a dégagé un chiffre d’affaires de 116,6 millions de francs, 2,7% de plus qu’en 2016. L’entreprise va transférer la production de son site de Trimbach (SO) vers celui de son siège à Malters. Durant l’année des 140 ans de sa fondation, Hug a aussi pu compter sur une croissance des volumes livrés, ceux-ci augmentant de 5% en l’espace de douze mois à 9240 tonnes. Sur l’exercice sous revue, l’entreprise en main familiale, qui ne fournit pas d’informations concernant sa rentabilité, a notamment tiré profit de la demande pour sa marque de snacks au blé complet Dar-Vida.

PHARMACIE: Le groupe thurgovien Zur Rose a frôlé le milliard de chiffre d’affaires l’an dernier. Le grossiste pour médecins et pharmacien en ligne a enregistré des ventes pour 982,9 millions de francs, une hausse de 11,8% sur un an. En monnaies locales, un gain de 10,7% a été observé, a précisé dans un communiqué la société basée à Frauenfeld, cotée à la Bourse suisse depuis juillet dernier.

EQUIPEMENTS INDUSTRIELS: Bühler a vu ses commandes prendre l’ascenseur en 2017. Les entrées de commandes du fabricant d’équipements industriels st-gallois ont connu une progression organique de 10% sur un an, à 2,8 milliards de francs. Les deux divisions – « Grains & Food » (+7%, à 2,1 milliards de francs), qui produit entre autres des machines pour l’industrie alimentaire, et « Advanced Materials » (+21%, à 672 millions), active notamment dans les équipements pour le moulage sous pression – ont contribué au succès du groupe, se réjouit la firme sise à Uzwil (SG) dans un communiqué.

COMMERCE DE DÉTAIL: Les consommateurs suisses se montrent plutôt flexibles sur la provenance des produits. S’ils aiment les dentifrices ou boissons énergisantes de fabrication étrangère, ils misent en revanche davantage sur les denrées alimentaires locales. Pour leurs produits de soins, seules 4% des personnes interrogées en Suisse privilégient les fabricants nationaux, révèle une enquête de l’institut d’études de marché Nielsen, réalisée à l’échelle internationale. Concernant les produits d’hygiène bucco-dentaire, la proportion monte à 10%.

SÉCURITÉ INFORMATIQUE: Le groupe zougo-genevois de sécurité informatique Wisekey veut lancer sa plate-forme de chaîne de blocs (blockchain) et sa monnaie virtuelle (baptisée Wisecoin), via une offre ICO (pour initial coin offering) au troisième trimestre. Les préventes commenceront en mai. L’ICO, à savoir une opération consistant à lever des capitaux en crypto-monnaies, s’appuiera sur des processus stricts d’audit et d’admission, ainsi que sur « un échange d’actifs numériques de haute qualité », a indiqué Wisekey.

INDUSTRIE: General Electric (GE) a annoncé de grosses pertes trimestrielle et annuelle. Cela en raison de lourdes charges liées à ses activités dans l’assurance et à la récente réforme fiscale adoptée par l’administration Trump. Le conglomérat industriel américain, qui essaie de se relancer et réfléchit à une possible scission pour donner leur indépendance à des activités en grandes difficultés, a toutefois indiqué avoir fait des « progrès » dans sa transformation et observé une « amélioration » de sa trésorerie.

ats/

(AWP / 24.01.2018 17h25)

https://www.romandie.com/news/Resume-des-principales-informations-economiques-du-mercredi-24-janvier-2018/883852.rom

https://www.romandie.com/news/Resume-des-principales-informations-economiques-du-mercredi-24-janvier-2018/883852.rom

Secrets, mensonges et confusion US au Nord de la Syrie

Secrets, mensonges et confusion US au Nord de la Syrie

Les annonces et démentis de l’administration Trump sur les développements militaires au Nord de la Syrie révèlent un lourd secret. Paradoxalement, la Turquie vient au secours des États-Unis pour corriger « l’erreur » de leurs officiers supérieurs.

| Damas (Syrie)

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Brett McGurk

Le démenti apporté par le secrétaire d’État Rex Tillerson, le 17 janvier aux propos du commandant-en-chef du CentCom, le général Joseph Votel, le 23 décembre et du porte-parole de la Coalition anti-Daesh, le colonel Thomas Veale, le 13 janvier, a semé la confusion.

Il n’a pas satisfait la Turquie qui, après avoir mis en garde le chargé d’Affaires US, Philip Kosnett, le 10 janvier, et préparé dès le 13 janvier une opération militaire à Afrine et Manbij, l’a effectivement lancée le 20.

Contrairement aux déclarations des uns et des autres, la décision US n’était pas de créer un État souverain et indépendant au Nord de la Syrie —cela, c’est le projet français—, mais un État non-reconnu, comme le Puntland somalien ou le Kurdistan irakien. Cette dernière structure est absolument indépendante et, malgré la Constitution iraquienne, ne répond pas aux ordres de l’Iraq dont elle fait en principe partie. Elle dispose d’ailleurs de ses propres ambassades à l’étranger.

La Force de sécurité aux frontières (Syrian Border Security Force) devait officiellement être composée de 30 000 hommes dont moitié d’anciens des Forces démocratiques syriennes (Democratic Syrian Forces). Ces combattants devaient être formée durant trois semaines aux techniques d’interrogatoire et au scanning biométrique. 230 cadets ont déjà suivi ce cursus.

Dans la pratique, l’autre moitié devait être composée de 15 000 anciens jihadistes de Daesh qui auraient ainsi été discrètement recyclés.

En réalité, le représentant spécial du président Trump auprès de la Coalition, Brett McGurk, était le juriste qui participa, aux côtés de John Negroponte et du colonel James Stelle à la création de l’Émirat islamique en Iraq, en 2006. Il fut chargé aux côtés du colonel James Coffman de rendre compte de cette opération secrète au président George Bush. Il s’agissait de combattre la Résistance iraquienne à l’occupant en la divisant en sunnites et chiites et en créant artificiellement une guerre civile.

Après un passage à Harvard, Brett McGurk fut réaffecté au département d’État auprès de John Kerry. Il participa à la transformation de l’Émirat islamique en Iraq en Daesh et co-organisa la réunion préparatoire de l’invasion jihadiste de l’Iraq, le 27 mai 2014, à Amman. Il réorganisa l’Iraq, puis forma la Coalition internationale chargée de lutter… contre Daesh.

Bon élève, il accepta de servir le président Trump pour mettre fin à l’organisation jihadiste qu’il avait créée et dont il tente aujourd’hui de recycler certains combattants.

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Le 18 août dernier, Brett McGurk recevait amicalement des dirigeants de Daesh. Officiellement, les États-Unis se préparaient à écraser l’organisation jihadiste.

Le projet de Force de sécurité aux frontières en dit beaucoup sur la sincérité des miliciens du YPG qui professent le doux anarchisme de Murray Boochkin, mais peuvent sans état d’âme former une unité unique avec les tueurs de Daesh sous commandement US.

Contrairement aux apparences, l’attaque turque à Afrine, et probablement bientôt à Mambij, a été approuvée le 18 et le 19 janvier par l’état-major russe, qui en a été avisé par le numéro 2 du régime et chef des services secrets, le directeur du MIT (Milli İstihbarat Teşkilatı), Hakan Fidan, venu spécialement à Moscou. Elle a d’ailleurs été facilitée par le retrait immédiat des troupes russes de la zone combat.

Identiquement, la Turquie a informé par écrit la Syrie de son attaque, même si Damas assure ne pas avoir reçu la lettre.

Le président el-Assad, qui ne peut pas placer son pays en confrontation avec les États-Unis pour arrêter le recyclage des jihadistes, a laissé la Turquie, membre de l’Otan, s’en charger.

Le président Trump n’avait pas été informé du plan Votel-McGurk. Le secrétaire à la Défense, James Mattis a confirmé à ses hommes les instructions de la Maison-Blanche contre les jihadistes. Cependant Votel et McGurk sont toujours en place.

Source
Al-Watan (Syrie)

http://www.voltairenet.org/article199427.html

Financement américain d’ITER : des incertitudes en passe d’être levées ? 18.01.2018

Financement américain d’ITER : des incertitudes en passe d’être levées ?

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Par la rédaction et l’Ambassade de France aux Etats-Unis

Dans un contexte où le Sénat américain souhaiterait ne rien donner pour ITER en 2018, un rapport préliminaire pointe les difficultés qu’auront les Etats-Unis à poursuivre efficacement sur la fusion s’ils s’en retiraient.

2018 débute avec toujours des incertitudes pour ITER aux Etats-Unis…

Alors que début décembre, l’Organisation ITER annonçait que 50% de l’ensemble des activités indispensables pour produire le premier plasma avait été réalisé, les financements américains pour 2018 restent toujours incertains. Alors que la phase de réconciliation budgétaire entre l’administration américaine et le Congrès est amorcée pour trouver un accord sur le budget fédéral 2018, le Sénat souhaiterait ne rien donner (nécessité générale de faire des économies) et la Chambre demande 63 M$, en dessous de ce qui serait nécessaire pour que les Etats-Unis respectent leurs engagements. C’est dans ce contexte difficile que Bernard Bigot, DG d’ITER, était présent en décembre à Washington pour essayer d’influer sur les décisions. Il semble aujourd’hui à peu près admis que la valeur finale ne sera pas nulle.

…mais déjà 2019 s’annonce plus positive

Les National Academies of Sciences, Engineering and Medicine viennent en effet de publier un premier rapport (“Interim report of the committee on a strategic plan for U.S. burning plasma research”) qui examine l’état et le potentiel de la fusion aux Etats-Unis et fait des recommandations pour établir une stratégie long-terme qui manque cruellement. En 2016, le Secrétaire à l’énergie E. Moniz avait prévu que pour le budget 2019 une expertise d’ITER serait nécessaire pour vérifier que le projet était toujours bien dans l’intérêt américain et qu’éventuellement soit reconsidérée la participation américaine.

Le rapport préliminaire qui vient d’être produit pointe du doigt les difficultés qu’auront les Etats-Unis à poursuivre efficacement sur la fusion s’ils se retiraient d’ITER. Il note que le manque de stratégie nationale, les récentes fermetures d’expériences (non remplacées) et la réduction des efforts de développement sont autant de menaces pour ce domaine aux Etats-Unis. Il insiste sur les risques d’isolement des scientifiques américains par rapport à la communauté internationale, si les Etats-Unis sortaient du projet, ce qui obligerait le pays à se doter d’une nouvelle stratégie de recherche sur la fusion. De toute évidence, celle-ci se révèlerait moins cost-effective que ITER. S’il faudra encore attendre le rapport final pour avoir accès aux recommandations détaillées, cette première version en donne déjà bien les contours.

Cet article est un résumé d’articles parus dans la presse. Il n’engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, ni celle de son Service nucléaire.

Crédit photo : DOE

Légende : Coupe schématique du tomakak du projet ITER

http://www.sfen.org/rgn/financement-americain-iter-incertitudes-passe-levees?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo24janv2018

Framatome : la renaissance d’un fleuron de l’industrie nucléaire

08.01.2018

Framatome : la renaissance d’un fleuron de l’industrie nucléaire

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Par Tristan Hurel, SFEN

Acteur historique de l’excellence nucléaire française, Framatome, qui a marqué les plus belles pages de l’industrie du nucléaire, renait. Désormais filiale d’EDF, l’ex AREVA NP ouvre, comme à ses débuts, une nouvelle page du nucléaire civil français.

Avec un carnet de commande de 15 milliards d’euros, 58 implantations, une présence dans 18 pays et sur 250 réacteurs, Framatome reprend la peau d’un AREVA NP devenu un acteur incontournable de l’industrie nucléaire mondiale. Le spécialiste des cœurs de réacteurs s’est forgé au fil des ans une expérience inégalée.

Comment Framatome est devenue un acteur de référence

A la création de Framatome, en 1958, le marché nucléaire mondial est balbutiant, avec seulement quelques grands prototypes en cours de construction. En 1974, le gouvernement de Pierre Messmer choisit l’électronucléaire comme source d’énergie de substitution au pétrole dans la production d’électricité. Framatome est retenue comme seul constructeur des centrales nucléaires en France. Afin de satisfaire les besoins qui en découleront, le personnel de Framatome croît rapidement en associant les ingénieurs et les techniciens venant des sociétés ayant déjà une expérience nucléaire avec des scientifiques et praticiens de toutes disciplines déjà familiarisés avec le monde industriel ou sortant des meilleures écoles d’ingénieur. Tout cet ensemble, plutôt jeune, va se structurer, s’organiser, pour réaliser le programme nucléaire français et commencer la conquête des marchés étrangers en s’appropriant les technologies américaines. Puis, dans un second temps, en s’efforçant de les faire progresser pour aboutir à une véritable technique Framatome.[1]

En 1975, Framatome est retenue comme seul constructeur des centrales nucléaires en France

En 2006, la création d’AREVA fait disparaître le nom Framatome, qui devient AREVA NP.  Entre temps, Framatome a eu un rôle d’entrainement déterminant pour l’industrie nucléaire française. Avec la restructuration de la filière menée depuis 2015, AREVA NP est racheté par EDF, qui acquiert 75,5 % du capital, aux côtés de Mitsubishi Heavy Industries (MHI) (19,5 %) et d’Assystem (5 %).

Le nouveau Framatome s’appuie sur 14 000 collaborateurs, répartis en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Avec eux, et ses 3 500 brevets couvrant quelques 680 inventions, Framatome dispose de compétences reconnues, d’un savoir-faire forgé tout au long de l’histoire de l’entreprise et qui a contribué à bâtir, dès la fin des « trente glorieuses », l’un des plus beaux succès industriels français, aux côtés d’Airbus, d’Ariane ou du TGV. Pour Bernard Fontana, son président du directoire et CEO, « Framatome est aujourd’hui un acteur de référence de l’industrie nucléaire dans le monde, grandi d’un retour d’expérience inégalé. »

« Une nouvelle page de l’histoire du nucléaire civil s’ouvre »

Avec Framatome, EDF est désormais au cœur d’une chaine nucléaire française refondée. « Nous reprenons une industrie rentable avec une vision internationale dont les 14 000 salariés sont des experts reconnus », explique Xavier Ursat, en charge du nouveau nucléaire chez EDF. « Le rapprochement d’EDF et de Framatome va nous permettre de gagner en efficacité et en performance pour être prêts ensemble à conquérir des marchés, que ce soit pour la construction de nouvelles centrales nucléaires ou pour proposer notre expertise et nos produits à des parcs en exploitation. Une nouvelle page de l’histoire du nucléaire civil s’ouvre. »

Le nouveau groupe symbolise en effet la volonté d’aller plus loin dans l’excellence industrielle nucléaire française. Pour y parvenir, la nouvelle entité s’appuie sur cinq axes stratégiques, dont une organisation agile, permettant d’évoluer dans un contexte mondialisé nécessitant d’innover rapidement, et un développement international, porteur de nouveaux relais de croissance face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie.

Soixante après sa première naissance, Framatome entre dans un marché nucléaire où tout est à faire. Hier pour bâtir des parcs nucléaires, aujourd’hui pour renouveler le parc et accompagner sa croissance. Souhaitons-lui le même succès demain qu’hier.

Cinq dates clés à retenir
-1958 : Création de Framatome (Franco-Américaine de Constructions Atomiques) par Schneider, Merlin Gerin et Westinghouse Electric. Objectif : exploiter la licence Westinghouse dans le domaine des réacteurs à eau pressurisée.
-1975 : Framatome est choisie comme seul constructeur des centrales nucléaires en France. Pendant 25 ans, elle équipe les 58 réacteurs à eau pressurisée d’EDF.
-2001 : La filiale du Commissariat à l’énergie atomique, CEA Industrie, fusionne avec Framatome et la Cogema pour former le groupe AREVA.
-2006 : Framatome est rebaptisée AREVA NP. La société est alors spécialisée dans les chaudières nucléaires, la fourniture des assemblages de combustible et les services aux réacteurs.
-31 décembre 2017 : Finalisation de la cession du capital de New NP à EDF, qui devient actionnaire majoritaire de l’entreprise avec 75,5 % de parts, et à Mitsubishi Heavy Industrie (MHI) et Assystem, respectivement 19,5 % et 5 %.

Une entreprise internationale

L’entreprise n’est plus franco-américaine. Pourtant, elle garde des attaches fortes aux Etats-Unis, son second marché, et s’ouvre à l’international. Framatome intervient en effet dans 18 pays et sur plus de 250 réacteurs dans le monde, où elle propose des solutions recherchées pour la conception, la construction, la maintenance et le développement d’un parc nucléaire mondial en croissance. Elle conçoit et fabrique des composants, du combustible et offre toute une gamme de services destinés aux réacteurs.

Le marché nucléaire, avec 440 réacteurs en fonctionnement, offre des opportunités dans le domaine des composants, du combustible, de la modernisation et des services. Framatome travaille d’ailleurs sur plusieurs chantiers majeurs, dont les six EPR en construction, et sur deux projets de centrales : Jataipur, en Inde, où six réacteurs EPR pourraient être construits, et celle de Sinop, en Turquie, avec un projet de quatre réacteurs ATMEA-1.

L’ATMEA-1, réacteur de 1000 MW, est le fruit d’une joint-venture entre AREVA et MHI. A l’occasion de sa montée au capital dans Framatome, le japonais a précisé que le réacteur serait désormais détenu à 50/50 entre EDF et lui, avec une part spéciale possédée par Framatome. Les trois entreprises collaboreront dans cette nouvelle structure pour promouvoir la technologie ATMEA dans le monde.

Framatome, qui maitrise la totalité du processus, de la conception à la fabrication des combustibles pour réacteurs à eau légère (hors VVER) et de recherche, a déjà livré plus de 224 000 assemblages pour REP et REB. Actuellement, 107 des 263 réacteurs à eau légère en fonctionnement dans le monde utilisent des combustibles de technologie Framatome. Et dans ce domaine, l’entreprise innove, avec ATRIUM11, un nouveau design pour les REB, GAIA, pour les REP, ou encore ARCADIA et GALILEO, des codes et méthodes avancées pour les cœurs. Témoignage de son expertise, Framatome a d’ailleurs été retenue pour fournir le combustible d’un réacteur parmi les plus innovants, celui du petit réacteur modulaire (SMR) de la start-up américaine NuScale.

Crédit photo : Framatome / Carillo Georges

http://www.sfen.org/rgn/framatome-renaissance-fleuron-industrie-nucleaire

 

L’Arabie saoudite tente de contenir la propagation du salafisme. Ça ne marchera pas.

Quelques mois avant que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane n’entame sa campagne anti-corruption contre les milliardaires, il a d’abord fait taire, puis détenir et, dans certains cas, emprisonner les membres de l’élite religieuse du royaume : des leaders religieux salafistes qui ont d’immenses quantités de partisans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour leurs campagnes médiatiques contre les musulmans chiites et leur détermination à voir le président syrien Bachar al-Assad destitué. Le prince a interdit leurs programmes de télévision et censuré les comptes Twitter qu’ils utilisent pour atteindre des millions de d’abonnés. L’une des raisons de cette campagne est que de nombreux salafistes s’opposent à son programme de réforme, qui est à la fois hautement nationaliste et socialement libéral. Une autre raison est que, alors que le prince héritier exerce un plus grand contrôle sur l’interprétation de l’islam, il veut remettre en cause la rhétorique incendiaire, en particulier sur la Syrie, qui contribue à propager l’extrémisme.

Mais il est trop tard. Alors que le prince héritier est peut être en mesure de changer le ton à l’intérieur du royaume, la vision des chiites par les imams est maintenant copiée par les adeptes dans les mondes arabe et musulman qui ne considèrent pas les chiites comme de vrais musulmans ; l’idée est maintenant trop répandue pour être défaite. De l’Égypte au Liban en passant par la Jordanie et la Tunisie, de nombreux musulmans sunnites orthodoxes croient que les chiites sont déterminés à convertir les sociétés sunnites au chiisme. En fait, le discours sectaire est devenu le principal facteur de mobilisation au Moyen-Orient, en grande partie à cause de l’expansionnisme iranien en Syrie et en Irak. Sans que les salafistes saoudiens ne perpétuent cette controverse, d’autres autour du monde vont sûrement prendre la relève.

Un Saoudien réduit au silence, Mohammad Arefe, qui compte près de 21 millions d’adeptes sur Twitter, est vénéré par les salafistes et d’autres types d’islamistes dans toute la région. En juin 2013, il a tweeté : « La relation entre le Hezbollah (la principale force chiite au Liban, financée par l’Iran) et le guide suprême iranien Khamenei est de répandre le chiisme dans le monde arabe [sunnite] ». Auparavant, il a dit que les Chiites ont assassiné des sunnites en Irak de manière terrible : « Ils auraient utilisé les méthodes de torture les plus violentes contre eux. Ils auraient kidnappé un enfant, le faisant bouillir dans de l’eau, l’aurait dépouillé comme un mouton, puis ils l’auraient emmené sur un plateau, enveloppé dans un linge, et quand sa famille a découvert le plateau, ils ont vu ce… garçon ». Arefe a été arrêté et interrogé en septembre, puis libéré. Peut-être est-il considéré comme trop puissant pour être empêché définitivement. Mais il ne parle plus en ligne sur les chiites, la guerre en Syrie ou la politique en général.

Un autre salafiste célèbre que le prince héritier saoudien censure est Adnan al-Arour, originaire de Hama, en Syrie, mais qui s’est installé en Arabie saoudite il y a une vingtaine d’années pour rejoindre la campagne contre Assad. Il a fortement réduit sa présence médiatique et numérique depuis mars 2017, et son programme télévisé saoudien a été retiré de l’antenne. Il a plus de 3 millions d’abonnés Twitter.

Dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, où un des auteurs de cet article a interviewé des leaders salafistes entre 2013 et 2016, beaucoup ont considéré Arefe et Arour comme des mentors. Ils ont retweeté l’animosité des hommes envers les Chiites et ont déclaré que le financement de la reconstruction de certaines mosquées salafistes au Liban provenait de sources saoudiennes. Certains sont même allés se battre en Syrie avec les rebelles sur la base des idées d’Arefe et d’Arour.

Le salafisme dans la région est de plus en plus populaire depuis des décennies et semble avoir des partisans qui se montent à plusieurs millions. Il a de multiples branches, allant du salafisme jihadiste (ses partisans prônent la violence) jusqu’au salafisme Taqlidi (érudit et éducatif).

La tendance la plus commune est la salafiyya dawwiyya, ou salafistes évangélisateurs, qui sont divisés entre ceux qui croient en la participation à la politique et ceux qui croient qu’ils devraient s’abstenir. Après les soulèvements arabes, le nombre de « politicos » a considérablement augmenté. Ils veulent avoir leur mot à dire dans l’avenir de leurs pays.

Au fil du temps, à partir des années 1980, le salafisme est allé plus loin qu’être juste une école de pensée religieuse. Dans des pays comme l’Égypte, les salafistes ont tiré parti d’un vaste réseau de mosquées et d’organisations à but non lucratif pour fournir des services sociaux au public. Le travail social et philanthropique a permis à un groupe politique salafiste, le Parti Nour, de remporter environ un quart des sièges aux élections législatives égyptiennes de 2011-2012.

En Tunisie, les salafistes se sont impliqués dans la politique et ont établi deux partis politiques en 2012. En Libye, un groupe salafiste Madkhaly a vu le jour en 2014 – fondé par le cheikh saoudien Rabie al-Madkhali – pour justifier religieusement la politique du général Khalifa Hifter, le commandant de l’armée nationale libyenne dont les forces contrôlent de grandes parties du pays.

Sur le plan politique, le salafisme est devenu une force mobilisatrice pour contrer les régimes autoritaires et l’expansionnisme révolutionnaire iranien. Et l’Iran apparaît plus expansionniste que jamais. Même si les salafistes saoudiens influents sont réduits au silence dans un avenir prévisible, les conditions de leur pouvoir et de leur influence continueront d’être appropriées.

La chose la plus importante à propos du salafisme peut être la durabilité de ses principales préoccupations : le conflit en Syrie ne montre aucun signe de résolution. Les tensions entre sunnites et chiites dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn, l’Irak et la Syrie ne cessent d’augmenter. Et la démocratisation du clergé sunnite au cours des 30 dernières années – quiconque se déclare être un imam peut être considéré comme une autorité sur la foi et attirer ses propres adeptes locaux ou numériques – signifie qu’il sera presque impossible pour le royaume de contrôler les leaders salafistes au-delà de ses frontières.

En Arabie saoudite, le prince héritier est susceptible de surmonter toute opposition sérieuse à sa manœuvre émanant de l’autorité religieuse. Mais une chose est certaine : même si les relations entre les mentors saoudiens et leurs protégés cléricaux dans la région sont réduites au silence, le salafisme, en particulier le salafisme politique, perdurera.

Que ce soit Madkhalya (connu comme faisant partie de l’école salafiste saoudienne non violente), Harakya (salafisme actif), ou même des membres de l’Appel salafiste d’Alexandrie (une organisation non gouvernementale qui offre des services sociaux et une éducation religieuse), les salafistes dans des pays comme l’Égypte ont des relations fortes et étendues avec leurs homologues saoudiens. L’argent et la logistique font partie de ces rapports, mais les conseils académiques et religieux en représentent la majeure partie.

Estimer l’effet collatéral de la nouvelle censure n’est pas une science exacte. Le salafisme savant n’encourage généralement pas la confrontation avec les dirigeants sunnites, ce qui explique que la réaction intérieure est relativement muette face à la répression. Les salafistes saoudiens peuvent devenir apolitiques à la suite de la répression. Ailleurs, cependant, les organisations salafistes se sont cabrées. Le président de la Turkish Endowment of Dawa and Brotherhood a décrit les arrestations saoudiennes des salafistes « comme un service au projet occidental », une référence à un supposé complot de l’Occident pour saper l’Islam. Le groupe a exigé la libération immédiate des personnes détenues.

Le salafisme a mis des décennies à se développer, et bien que les mesures saoudiennes puissent entraver brièvement ses progrès, elles ne peuvent pas arrêter une idéologie transnationale qui possède déjà son propre élan.

Geneive Abdo, chercheur résident à la Fondation Arabia à Washington, est l’auteur de « Le nouveau sectarisme : les soulèvements arabes et la renaissance du schisme chiite-sunnite ».

Abdallah Hendawy, professeur adjoint de sociologie à la George Mason University, est le responsable des stratégies numériques de la Fondation Arabia.

Source : WP, Geneive Abdo & Abdallah Hendawy, 20-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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