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La purge du gouvernement d’Arabie Saoudite – et comment la corruption de Washington l’a rendue possible, par Ryan Grim

Source : The Intercept, Ryan Grim, 05-11-2017

L’arrestation massive des hommes d’affaires importants, de personnalités des médias et de membres de la famille royale saoudienne de haut rang a ébranlé le monde des affaires mondial. Parmi 10 autres princes et 38 autres personnes, le prince Alwaleed ben Talal, l’un des hommes les plus riches du monde, qui détient des parts importantes dans tout, de Citibank à Twitter en passant par la société mère de Fox News, a été pris dans la rafle.

Le Prince Alwaleed a fait affaire avec le président Donald Trump dans le passé, mais pendant la campagne il s’est transformé en critique acharné, attirant l’ire de Trump sur Twitter.

La mesure contre Alwaleed et les autres dignitaires a été prise à la suite d’une enquête secrète menée par un « haut comité pour la lutte contre la corruption ». Le ministre de l’Éducation Ahmed Ben Mohammed Al-Issa a « salué le décret royal », selon l’Agence de presse saoudienne, affirmant que « ce comité annonce un avenir de fermeté contre ceux qui tentent de saper les moyens de la patrie. »

Quelle que soit l’explication officielle, elle est interprétée dans le monde entier comme une prise de pouvoir par le prince héritier du royaume. « La campagne massive d’arrestations semble être la dernière initiative pour consolider le pouvoir du prince héritier Mohammed ben Salman, le fils préféré et premier conseiller du roi Salman », comme l’a formulé le New York Times. Le roi avait décrété la création d’un nouveau comité anti-corruption puissant, dirigé par le prince héritier, quelques heures seulement avant que le comité n’ordonne les arrestations.

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Les hommes sont détenus au Ritz-Carlton Riyad. « Il n’ y a pas de prison pour les membres de la famille royale », note une source saoudienne.

Cette initiative marque un moment dont doivent tenir compte les institutions de politique étrangère de Washington, qui ont conclu une sorte de marché avec Mohammed ben Salmane, connu sous le nom de MBS, et Yousef Al Otaiba, l’ambassadeur des Émirats arabes unis aux États-Unis, et le principal défenseur de MBS à Washington. L’accord tacite était clair : les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite injecteraient des millions dans l’écosystème politique de Washington tout en faisant croire à la « réforme », et Washington ferait semblant de croire qu’ils sont sincères. MBS s’est attiré des éloges pour certaines mesures politiques, comme une volonté de reconsidérer l’interdiction faite aux femmes de conduire en Arabie saoudite.

Pendant ce temps, cependant, MBS, à 32 ans, poursuit une politique régionale dangereusement impulsive et agressive, qui a notamment consisté en une exacerbation des tensions avec l’Iran, une guerre catastrophique contre le Yémen et un blocus du Qatar, allié apparent. Ces politiques régionales ont été catastrophiques pour les millions de personnes qui en ont subi les conséquences, y compris la population affamée du Yémen, ainsi que pour l’Arabie saoudite. Et ses partisans à Washington n’ont pas sourcillé.

Les belles paroles au sujet de la réforme ont également été contredites par les récentes arrestations massives de personnalités religieuses et la répression de tout ce qui s’est écarté un tant soit peu d’un soutien total de MBS.

La dernière purge intervient quelques jours après la visite du conseiller Jared Kushner, un proche allié d’Otaiba, à Riyad, et quelques heures après un tweet bizarre, même pour Trump.

Toutes les discussions justifiées qu’il y a pu y avoir au sujet de MBS se sont terminées samedi – sa volonté de consolider le pouvoir est désormais trop évidente pour être ignorée. Et cela place les citoyens du milieu des think tanks de Washington dans une situation difficile, car ils en sont venus à dépendre fortement des engagements des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite. Comme The Intercept l’a signalé plus tôt, un think tank à lui seul, l’Institut du Moyen-Orient, a reçu un engagement massif de 20 millions de dollars des Émirats arabes unis.Et ne vous y trompez pas, MBS est un projet des Émirats arabes unis – un développement curieux étant donné la taille relative des deux pays. « Notre relation avec eux est basée sur notre position stratégique, les intérêts communs et surtout l’espoir que nous puissions les influencer. Pas l’inverse », a dit Otaiba en privé. Au cours des deux dernières années, Otaiba a introduit MBS dans tout Washington et a donné des assurances de son engagement à moderniser et réformer l’Arabie saoudite, selon les personnes qui ont parlé avec lui, confirmé par des courriels qui ont été communiqués par le groupe, Global Leaks. Confronté à des gros titres accablants, Otaiba a tendance à reconnaître que le projet de réforme est un chantier en cours, mais insiste sur le fait qu’il n’en est pas moins un progrès, et qu’en MBS réside la meilleure chance de la région.

« Je ne pense pas que nous verrons jamais un dirigeant plus pragmatique dans ce pays. C’est pourquoi le fait de travailler avec eux est si important et nous apportera le plus de résultats que nous puissions jamais obtenir avec les Saoudiens », a affirmé Otaiba dans un billet éloquent. « Je pense que MBS est beaucoup plus pragmatique que ce qu’on entend à propos des positions publiques saoudiennes [sic]. »

Dans un courriel adressé au chroniqueur du Washington Post David Ignatius, Otaiba a exposé clairement sa pensée tout en le remerciant pour une chronique.

Merci d’avoir pris le temps de venir rencontrer MBS. En tant que personne qui connaît bien la région, il semble, d’après la façon dont vous avez écrit cet article, que vous commenciez à comprendre ce que nous disons depuis deux ans. Ça change !

Changement d’attitude, changement de style, changement d’approche.

Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que ces changements en Arabie saoudite sont absolument nécessaires. Donc je suis soulagé de voir que vous constatez ce que nous avons vu et que nous essayons souvent de transmettre. Votre voix et votre crédibilité seront un facteur déterminant pour amener les gens sensés à comprendre et à croire ce qui se passe.

Notre tâche maintenant est de [faire] tout notre possible pour assurer le succès de MBS.

Dans un geste inhabituel, l’Arabie saoudite a même récemment engagé la société de relations publiques de longue date des EAU, le Harbour Group, dirigé par l’ami d’Otaiba, Richard Mintz. Richard Clarke, bien connu pour ses excuses publiques aux victimes du 11 septembre 2001 pour l’échec des services de renseignements, avait critiqué brutalement l’Arabie saoudite à la suite de l’attentat. Un ami d’Otaiba, il est maintenant président du conseil d’administration du MEI, a personnellement fait pression sur l’Arabie saoudite pour obtenir du financement, quittant l’ambassade saoudienne avec un chèque de 500 000 dollars. Michael Petruzzello, homme d’influence de Washington pour l’Arabie saoudite, fait également partie du conseil d’administration de MEI.

Les pays du Golfe qui sont des dynasties familiales tendent à produire le même genre de rivalités familiales que celles observées dans le monde entier. A Abu Dhabi, le prince héritier Mohammed ben Zayed, le mentor et patron d’Otaiba, connu sous le nom de MBZ, déteste depuis longtemps Mohammed ben Nayef, qui était sur les rangs pour le trône saoudien, allant même jusqu’à le traiter de singe. MBZ et Otaiba voyaient dans MBS le moyen de faire dérailler Nayef et d’exercer un contrôle plus important sur le pays en élevant le prince cadet.

La campagne a fonctionné et a été largement applaudie à Washington.

Les intellectuels des groupes de réflexion soutenus par l’argent saoudien et des Émirats arabes unis se disent fiers d’être capables de parler et d’écrire librement, et se hérissent à toute suggestion selon laquelle le financement corrompt la production intellectuelle.

Cette allégation a toujours été discutable, mais les prochains jours la mettront à l’épreuve d’une manière inédite.

Photo du haut : Sur cette photo publiée par le Conseil royal saoudien, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane al-Saoud, au centre, assiste à une cérémonie organisée pour faire promettre l’allégeance des émirs locaux saoudiens et d’autres notables au nouveau prince héritier de l’Arabie saoudite à La Mecque (Arabie saoudite), le 21 juin 2017.

Source : The Intercept, Ryan Grim, 05-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Comment les bévues américaines ont renforcé l’Iran, par Jonathan Marshall

Source : Jonathan Marshall, Consortium News, 05-11-2017

En se faisant l’écho de l’attitude belliqueuse israélo-saoudienne envers l’Iran, le président Trump répète les mêmes erreurs que ses prédécesseurs et invite à des guerres plus larges au Moyen-Orient, et qui pourraient venir renforcer la position de l’Iran, écrit Jonathan Marshall.

Tout juste après la Corée du Nord, l’Iran est le pays le plus diffamé par l’administration Trump. La Maison-Blanche soutient l’injonction du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou selon laquelle « Nous devons tous nous unir pour arrêter la marche de conquête, de soumission et de terreur de l’Iran ».

Répétant comme un perroquet l’affirmation de Netanyahou selon laquelle l’Iran est « occupée à engloutir les nations » du Moyen-Orient, le directeur de la CIA et membre conservateur du GOP [Grand Ol party, abréviation pour le Parti conservateur, NdT], Mike Pompeo, a averti en juin que l’Iran – qu’il a qualifié de « plus grand pays commanditaire du terrorisme au monde » – exerce désormais une « immense influence… qui dépasse de loin ce qu’elle était il y a six ou sept ans ».

Dans une entrevue avec MSNBC, Pompeo explique : « Que ce soit l’influence qu’ils ont sur le gouvernement de Bagdad ou le renforcement du Hezbollah et du Liban, leur travail aux côtés des Houthis au Yémen [l’article original dit « en Iran », mais à mon avis c’est une coquille, NdT], ou les chiites irakiens qui luttent maintenant le long de la frontière en Syrie… L’Iran est partout au Moyen-Orient ».

Rares sont ceux qui nieraient que l’influence de l’Iran dans la région s’est accrue au cours de la dernière décennie. Cependant, ce qui manque à ces terribles avertissements sur ses desseins impériaux, c’est une réflexion sur la façon dont les politiques agressives des États-Unis et de leurs alliés ont constamment échoué, créant un chaos inutile que l’Iran a exploité à des fins d’intérêt personnel et de légitime défense.

Prenons le cas du Hezbollah, une organisation chiite libanaise que les dirigeants israéliens décrivent comme une menace majeure et qui est presque certainement la cible de la prochaine guerre israélienne. Bien que cette organisation, forte, soutenue par l’Iran soit intervenue activement en Syrie pour soutenir le gouvernement Assad, elle décline toute intention de déclencher une guerre avec Israël.

Elle déclare cependant avec beaucoup d’audace son intention de dissuader une autre invasion israélienne de sa patrie. « Israël devrait réfléchir un million de fois avant de faire la guerre au Liban », a déclaré son leader plus tôt cette année.

Encouragée par les invasions israéliennes

En fait, le Hezbollah doit son existence même aux invasions répétées d’Israël contre leur pays. En 1982, Israël a rompu le cessez-le-feu avec l’Organisation de libération de la Palestine et a envahi le Sud-Liban avec 60 000 soldats. L’administration Reagan n’a pris aucune mesure pour mettre fin à cette invasion, qui a fait des milliers de victimes parmi la population civile et qui a monté une grande partie de la population contre Israël.

Avec l’argent et les conseils iraniens, la résistance chiite au Liban s’est unie autour de l’organisation connue sous le nom de Hezbollah. « Nous exerçons simplement notre droit légitime à défendre notre islam et la dignité de notre nation », affirme le groupe dans l’un de ses tracts idéologiques. « Nous avons fait appel à la conscience du monde, mais nous n’avons rien entendu. »

Des années plus tard, l’ancien premier ministre israélien Ehoud Barak a admis que « c’est notre présence [au Liban] qui a créé le Hezbollah », et l’ancien premier ministre Yitzhak Rabin a appuyé cette affirmation, rajoutant qu’Israël avait laissé le « génie sortir de la bouteille ».

En 2006, Israël a de nouveau envahi le Liban, cette fois pour exterminer le Hezbollah. Les attaques aveugles d’Israël contre des civils ont été condamnées par les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Elles ont également réussi à renforcer l’ennemi même qu’Israël cherchait à anéantir.

« Surtout depuis la guerre de 2006 avec Israël… une écrasante majorité des chiites ont adopté le Hezbollah comme défenseur de leur communauté », écrit Augustus Richard Norton dans son étude Hezbollah: A Short History. « Cela suggère que les étrangers… cherchant à réduire l’influence du Hezbollah au Liban doivent corriger leur discours sécuritaire plutôt que de prendre des mesures qui le valident. »

Au lieu de cela, bien sûr, les États-Unis et leurs alliés arabes sunnites et turcs ont favorisé le renversement violent du gouvernement syrien, attirant les forces du Hezbollah dans la lutte pour la survie de leur allié de longue date. Alors que le Hezbollah a payé un prix politique et humain pour son expédition militaire, ses soldats ont acquis une énorme expérience de combat, ce qui en fait un ennemi d’autant plus redoutable.

Le cadeau irakien

Le plus grand cadeau géostratégique de Washington à l’Iran a été le renversement sans provocation de l’ennemi juré de l’Iran, Saddam Hussein, en 2003. L’Iran avait perdu des centaines de milliers de vies et des centaines de milliards de dollars dans une guerre de huit ans avec l’Irak, déclenchée par l’invasion de Saddam Hussein en 1980. Non seulement l’administration Bush a tué Saddam, mais elle a aussi donné le pouvoir politique à la majorité de la population chiite irakienne, qui s’est tournée vers l’Iran pour obtenir des conseils spirituels et politiques.

Cette aubaine n’ a peut-être pas été entièrement de la chance. Le principal lobbyiste irakien de la guerre, le chouchou des néoconservateurs Ahmed Chalabi, a par la suite été identifié par les autorités américaines comme un élément clé du renseignement iranien. Les agents du contre-espionnage américains ont conclu que Chalabi et d’autres exilés irakiens, qui ont colporté de fausses allégations au sujet des armes de destruction massive de l’Irak, avaient « été utilisés comme agents d’un service de renseignement étranger… pour atteindre et influencer les plus hauts niveaux du gouvernement américain », selon les termes d’un rapport du Comité sénatorial du renseignement.

Mais le bureau du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a mis fin à l’enquête, laissant Chalabi diriger la purge politique du gouvernement irakien, puis devenir vice-premier ministre et ministre irakien du pétrole. La purge dirigée par les Chalabi a pris pour cible les politiciens sunnites irakiens, aggravant la division sectaire du pays et alimentant l’insurrection qui sévit encore aujourd’hui dans le pays. La violence a renforcé l’influence de l’Iran dans le pays, car les milices chiites demandaient l’aide de Téhéran pour défendre leurs communautés.

En même temps, l’opposition populaire à l’occupation américaine a entraîné la montée des terroristes sunnites radicaux. C’est de leurs rangs toujours plus nombreux dans les prisons irakiennes qu’est né l’État islamique. L’État islamique a fait des avancées fulgurantes dans une grande partie de l’ouest de l’Irak en juin 2014, avec la conquête de Fallujah, Tikrit et Mossoul, la deuxième ville la plus peuplée du pays. Alors que son existence même est menacée, le gouvernement irakien assiégé se félicite de l’envoi immédiat de 2 000 soldats iraniens pour aider à bloquer l’offensive de l’État islamique. L’armée de l’air syrienne a également commencé à frapper les bases de l’État islamique en coordination avec Bagdad.

Pression malencontreuse

Washington, en revanche, a rejeté l’appel de l’Irak pour des frappes aériennes et a suggéré que son gouvernement dirigé par les chiites devrait se retirer pour apaiser les sunnites lésés. Ce n’est qu’en août 2014 que le président Obama a autorisé un bombardement limité de l’État islamique pour protéger les minorités menacées par leur avancée militaire. Il va sans dire que de nombreux Irakiens ont remercié l’Iran pour son soutien militaire à un moment critique.

« Les Iraniens jouent une partie longue et un jeu de patience », a déclaré Sajad Jiyad, le directeur du Centre de planification et d’études d’Al Bayan à Bagdad. « Ils risquent leur peau. Ils ont perdu trois ou quatre généraux et une douzaine d’officiers supérieurs. »

Alors, lorsqu’un secrétaire d’État « maladroit », Rex Tillerson, s’exprimant en Arabie saoudite, a récemment exigé que Bagdad renvoie chez eux des unités paramilitaires soutenues par l’Iran et qui ont aidé à vaincre l’État islamique, cela n’a pas été très bien reçu par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi.

« Aucune partie n’a le droit d’intervenir dans les affaires irakiennes », a-t-il déclaré. Abadi a qualifié les forces de mobilisation populaire de « patriotes irakiens », et non pas de simples mandataires de l’Iran, et a insisté sur le fait qu’elles « devraient être encouragées car elles seront l’espoir du pays et de la région ». Encore quelques points de plus pour Téhéran.

L’État islamique ne se serait peut-être jamais propagé en Syrie si les États-Unis n’avaient pas publiquement promu le renversement du gouvernement Assad en 2011, après des années d’efforts clandestins de Washington et d’Israël pour affaiblir le régime et promouvoir les divisions sectaires au sein de la Syrie.

Le renversement du régime de Kadhafi en Libye, soutenu par les États-Unis, a grandement contribué à la montée des forces islamistes radicales en Syrie, et a libéré d’importants stocks d’armes et des centaines de combattants endurcis pour répandre leur révolution en Syrie.

Vers la fin de 2011, des États dirigés par les sunnites comme la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar ont commencé à financer et à armer les rebelles islamistes militants en Syrie, y compris Al-Qaïda et même l’État islamique. La guerre qui en a résulté a fait des centaines de milliers de morts parmi les combattants et les civils, déraciné des millions de réfugiés et dévasté des cités antiques.

L’administration Obama s’est avérée tout aussi naïve que l’administration Bush quant à l’efficacité de l’intervention armée. Décrivant les espoirs de la Maison-Blanche selon lesquels le soulèvement de la Libye « se propagerait dans d’autres nations de la région » et alimenterait les mouvements anti-régime en Syrie et en Iran, le Wall Street Journal a rapporté : « La Syrie a été pendant 30 ans l’allié stratégique le plus proche de l’Iran dans la région. Les responsables américains estiment que le défi croissant lancé au régime de M. Assad pourrait motiver les forces démocratiques iraniennes. »

Au lieu de cela, bien sûr, le conflit syrien a poussé les partisans de la ligne dure iranienne à envoyer des unités des Gardiens de la révolution et des forces du Hezbollah pour défendre leur allié. Avec l’aide de la puissance aérienne russe, ils ont inversé la tendance en faveur d’Assad, laissant le régime de Damas intact et largement redevable à Téhéran.

Le gâchis yéménite

Reprenant les allégations de longue date de l’Arabie saoudite, l’administration Trump insiste également sur le fait que l’Iran est un important bailleur de fonds des forces tribales houthi qui ont balayé le nord du Yémen pour prendre le contrôle de la majeure partie du pays au début de 2015. En mars de cette année-là, avec le soutien des États-Unis, une coalition d’États arabes dirigée par les Saoudiens a lancé une campagne militaire contre la terre brûlée pour chasser les Houthis, au nom de la résistance contre l’Iran.

Les bombardements aveugles de la coalition sur des cibles industrielles et d’autres cibles civiles, y compris des écoles et des hôpitaux, ont dévasté une grande partie du pays et détruit l’économie. Son blocus des ports a provoqué une famine massive et déclenché la pire épidémie de choléra au monde.

« Les cyniques peuvent faire valoir que la véritable stratégie de la coalition saoudienne est de compter sur la famine et la maladie pour user le peuple yéménite », a observé l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et analyste de la CIA Bruce Riedel. « Les Nations Unies ont qualifié la guerre de pire catastrophe humanitaire du monde… (Cependant) l’Iran est le seul pays gagnant, car il fournit aide et expertise aux Houthis à une infime fraction du coût de l’effort de guerre saoudien, tandis que les ennemis du Golfe de la République islamique dépensent leurs fortunes pour un conflit dans lequel ils se sont lancés sans but ultime ni stratégie. »

Les experts soulignent que Washington a choisi le mauvais allié dans cette confrontation. « Les Houthis sont l’un des rares groupes du Moyen-Orient qui n’ont guère l’intention ou la capacité d’affronter les États-Unis ou Israël », écrit Asher Orkaby, conférencier à Harvard. « Loin d’être aligné sur les extrémistes, le mouvement houthi s’est souvent opposé à l’État islamique… et Al-Qaïda dans la péninsule arabique. C’est l’Arabie Saoudite qui soutient depuis longtemps les groupes islamistes sunnites au Yémen. »

Pour ajouter à l’ironie du sort, les cheikhs paranoïaques de Riyad ont créé la menace même qu’ils ont décidé d’écraser avec leur invasion en 2015. Les liens iraniens avec les Houthis étaient jusqu’alors négligeables. Commentant les années de tentatives visant à les salir comme des pions de l’Iran, l’ambassadeur des États-Unis au Yémen a rapporté dans un câble classifié en 2009, « Le fait que… il n’y a toujours pas de preuves convaincantes de ce lien doit nous forcer à considérer cette allégation avec un certain scepticisme. »

Deux anciens membres du Bureau de la planification des politiques du Département d’État ont récemment confirmé que « la grande majorité de l’arsenal Houthi… a été saisi dans des stocks de l’armée yéménite », non fournis par l’Iran.

Cependant, à mesure que la guerre dévastatrice se poursuit, l’Iran a fourni aux Houthis une formation, des conseils et des munitions terrestres modestes. « L’Iran a exploité, à bon marché, la campagne menée par les Saoudiens, et a ainsi fait du renforcement de l’influence iranienne au Yémen une prophétie saoudienne qui se réalise elle-même », observent-ils.

« En assistant les Saoudiens au Yémen », ajoutent-t-ils, les États-Unis ont… renforcé l’influence iranienne au Yémen, sapé la sécurité saoudienne, rapproché le Yémen de l’effondrement et provoqué davantage de morts, de destructions et de déplacements dans la population yéménite. »

Le Qatar et au-delà

Dans un moment de folie singulière, le président Trump a twitté en juin dernier son soutien à un blocus politique et économique dirigé par les Saoudiens contre le Qatar, un émirat minuscule mais riche en gaz du Golfe. Riyadh est en partie lésé par le parrainage d’Al Jazeera, le radiodiffuseur politiquement dérangeant du Qatar. L’action de Trump a surpris et embarrassé le Pentagone, qui exploite une immense base militaire au Qatar.

L’Iran a rapidement profité de cette dernière gaffe saoudienne. Il a ouvert son espace aérien aux vols qatariens qui étaient interdits de traverser la péninsule arabique. Il a expédié des vivres pour remplacer les fournitures perdues par la fermeture de la frontière saoudienne du Qatar. En remerciement, le Qatar a rétabli des relations diplomatiques complètes avec Téhéran après avoir rappelé son ambassadeur il y a deux ans.

« Ce conflit a poussé le Qatar vers d’autres acteurs cruciaux de la région : l’Iran, la Turquie, la Russie, la Chine », a déclaré Rob Richer, ancien directeur adjoint associé des opérations à la CIA. « Ce sont des joueurs qui ont maintenant beaucoup plus d’influence, car nous diminuons notre influence dans la région. De cette façon, le blocus a en fait sapé tout ce que les Saoudiens et les Émiratis voulaient en poussant les Qatariens dans les bras de ces autres acteurs régionaux. »

Jour après jour, en d’autres termes, les États-Unis et leurs partisans de la région ont semé le désordre par leurs interventions militaires secrètes ou non au Moyen-Orient. Il est tout à fait naturel que l’Iran, qui a longtemps été la cible de Washington et de ses alliés (parfois pour des raisons compréhensibles), tente de saisir les occasions de défendre ses intérêts.

La leçon que nous devrions en tirer, c’est que la lutte contre l’Iran et la promotion des intérêts américains en matière de sécurité exigeront moins d’interventions de l’extérieur, et pas plus d’incursions auto-destructrices dans la région.

Comme l’a récemment observé Renad Mansour, chercheur de Chatham House, tant que les États-Unis n’auront pas surmonté leurs réactions contre-productives face aux craintes obsessionnelles de l’influence iranienne, « les Iranophobes auront raison sur une chose : l’Iran est le joueur le plus intelligent de la région ».

Jonathan Marshall est l’auteur ou le co-auteur de cinq ouvrages sur la sécurité nationale et les relations internationales.

Source : Jonathan Marshall, Consortium News, 05-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Syrie: combats aux portes d’Idleb entre régime et jihadistes, évacuations dans la Ghouta

Syrie: combats aux portes d’Idleb entre régime et jihadistes, évacuations dans la Ghouta

Une famille fuit les combats à la périphérie de la province syrienne d’Idleb entre régime et jihadistes, le 29 décembre 2017 / © AFP / OMAR HAJ KADOUR

Des combats opposant vendredi l’armée syrienne à des jihadistes et rebelles aux portes de la province d’Idleb ont fait des dizaines de morts, alors que près de Damas, des combattants étaient évacués de la région de la Ghouta occidentale.

Les forces gouvernementales, appuyées par l’aviation de la Russie, alliée de Damas, avaient lancé lundi une opération à la périphérie de la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, s’emparant de plusieurs villages et localités.

Seule province à échapper entièrement au contrôle du régime de Bachar al-Assad, Idleb est aujourd’hui dans sa quasi-totalité sous contrôle du Front Fateh al-Cham, l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda. Des groupes rebelles y sont aussi présents.

Le sud-est de la province « est visé par des bombardements d’une violence sans précédent depuis des mois » de la part des avions syriens et russes, a indiqué une ONG, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Le but immédiat de l’armée est de s’emparer du sud-est » de la province, a déclaré à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, en faisant état de combats entre l’armée d’un côté, et Fateh al-Cham et des factions rebelles de l’autre.

Ces dernières 24 heures, 68 personnes ont été tuées dans cette bataille, dont 27 combattants prorégime et 20 de l’autre camp, et les raids aériens ont tué 21 civils, selon l’OSDH.

– Un caméraman tué –

Selon un correspondant de l’AFP près du front, des messages diffusés par haut-parleurs dans des villages rebelles ont appelé les habitants à rester chez eux et ont annoncé l’annulation de la prière musulmane du vendredi.

Des centaines de civils fuyant leurs villages à bord de voitures et de pick-up se dirigeaient vers la ville d’Idleb, chef-lieu de la province.

L’OSDH a fait état de centaines de déplacés.

Un caméraman syrien travaillant pour le réseau de télévision prorégime Sama a été tué vendredi alors qu’il couvrait les affrontements en cours.

Les forces du régime ont été chassées en 2015 de la province d’Idleb par une coalition de rebelles et de jihadistes qui s’est effritée l’été dernier après que Fateh al-Cham eut mené un coup de force contre ses ex-alliés rebelles.

Jihadistes et rebelles sont toutefois alliés dans la bataille en cours contre le régime, a dit M. Abdel Rahmane.

Depuis septembre 2015 et l’intervention militaire de la Russie, venue à la rescousse de Bachar al-Assad, le régime syrien a réussi à reprendre la majorité des régions aux rebelles et à chasser le groupe jihadiste Etat islamique (EI), rival de Fateh al-Cham, de la majeure partie de la province orientale de Deir Ezzor et d’autres localités du pays.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques, le conflit en Syrie s’est complexifié avec la multiplication des belligérants et a fait plus de 340.000 morts et des millions de déplacés.

Vendredi, deux fosses communes contenant des dizaines de corps de civils et de militaires syriens assassinés par les jihadistes de l’EI ont été découvertes près de la localité de Wawi, dans l’ouest de la province de Raqa, située dans le nord de la Syrie, a indiqué l’agence de presse officielle syrienne Sana.

– ‘Monnaie d’échange’ –

Vendredi, une opération d’évacuation de civils gravement malades a pris fin dans la Ghouta orientale. Sur trois jours, 29 patients ont été évacués en échange de la libération par les rebelles de 29 détenus, conformément à un accord conclu entre régime et insurgés.

Ce chiffre reste encore très éloigné des 500 personnes que l’ONU appelle à évacuer.

« Il faut faire plus: les besoins des civils doivent être prioritaires et l’accès à l’aide doit être autorisé plus régulièrement et sans conditions », a plaidé la représentante du CICR en Syrie, Marianne Gasser.

Dernier fief de la rébellion près de Damas, la Ghouta orientale est assiégée par les troupes du régime depuis 2013. Quelque 400.000 habitants sont pris au piège dans cette vaste région touchée par de graves pénuries alimentaires et médicales.

« Treize civils, dont six enfants et quatre femmes, ont été évacués jeudi à minuit » de la localité de Douma, selon un responsable local. Seize avaient déjà pu partir lors des deux jours précédents et être transportés vers des hôpitaux de Damas.

Dans le même temps, après un accord avec le régime syrien, des dizaines de jihadistes et de combattants rebelles ont été évacués des dernières zones qu’ils contrôlaient dans la Ghouta occidentale, près de Damas, a rapporté la télévision d’Etat syrienne.

Une fois évacués dans leur totalité, les groupes rebelles n’auront aucune présence dans la Ghouta occidentale pour la première fois depuis 2012, a souligné le directeur de l’OSDH.

Le chef du groupe de travail humanitaire de l’ONU pour la Syrie, Jan Egeland, a critiqué l’accord rebelles-régime sur les évacuations, estimant que les malades et les enfants ne devraient pas être « une monnaie d’échange ».

(©AFP / 30 décembre 2017 01h03)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Syrie-combats-aux-portes-d-Idleb-entre-regime-et-jihadistes-evacuations-dans-la-Ghouta/876772.rom

China Aircraft achète 50 A320neo au prix catalogue de $5,42 mds

29 décembre 2017 / 02:31 / il y a un jour

China Aircraft achète 50 A320neo au prix catalogue de $5,42 mds

HONG KONG, 29 décembre (Reuters) – China Aircraft Leasing Group Holdings a annoncé vendredi l‘achat de 50 Airbus A320neo au prix catalogue de 5,42 milliards de dollars (4,54 milliards d‘euros) afin de conforter son activité de fournisseur d‘appareils.

China Aircraft Leasing, qui possède actuellement 107 avions, a précisé que le prix versé serait inférieur à la somme de 5,42 milliards, Airbus étant probablement disposé à consentir une remise comme l‘usage le veut dans le secteur.

Les appareils seront livrés progressivement jusqu’à 2023.

Avec cette commande, les commandes d‘avions de la société chinoise s’élèvent à 252 appareils, 202 commandés auprès d‘Airbus et 50 auprès de Boeing. (Donny Kwok, Nicolas Delame pour le service français)

https://fr.reuters.com/article/companyNews/idFRL8N1OT030

Pékin nie livrer du pétrole à la Corée du Nord malgré les sanctions

Publié le 29 décembre 2017 à 07h37 | Mis à jour le 29 décembre 2017 à 07h37

Pékin nie livrer du pétrole à la Corée du Nord malgré les sanctions

« Faire du battage sans raison via les médias... (Mark Schiefelbein, archives AP)

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« Faire du battage sans raison via les médias ne contribue pas au renforcement de la confiance mutuelle et de la coopération », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying (photo).

Mark Schiefelbein, archives

Patrick BAERT
Agence France-Presse
Pékin

La Chine s’est défendue vendredi de livrer clandestinement du pétrole à la Corée du Nord, après des accusations en ce sens de Donald Trump et l’arraisonnement par la Corée du Sud d’un navire hongkongais qui aurait transbordé des hydrocarbures sur un bâtiment de Pyongyang.

« Pris la MAIN DANS LE SAC », a lancé le président américain jeudi sur Twitter, se disant « très déçu de voir la Chine permettre au pétrole d’entrer en Corée du Nord » en violation des sanctions adoptées par l’ONU pour forcer Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire.

« Il n’y aura jamais de solution amicale » avec la Corée du Nord « si cela se poursuit », a menacé le président américain, qui a déjà évoqué une action militaire contre ce pays.

Un responsable du département d’État a précisé que « certains navires », dont des bateaux chinois, « se livraient à des activités prohibées par l’ONU, y compris des transbordements de produits pétroliers raffinés entre deux vaisseaux et le transport de charbon provenant de la Corée du Nord ».

Une accusation catégoriquement rejetée par Pékin qui a qualifié ces informations « d’inexactes » et s’en est pris en termes à peine voilés au tweet de Donald Trump. « Faire du battage sans raison via les médias ne contribue pas au renforcement de la confiance mutuelle et de la coopération », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying.

Mais les accusations du locataire de la Maison-Blanche semblent corroborées par la Corée du Sud qui a annoncé vendredi avoir brièvement arraisonné en novembre un navire hongkongais ayant transféré des produits pétroliers sur un bateau nord-coréen.

L’annonce de ce contrôle est intervenue au lendemain d’un nouveau durcissement par l’ONU des sanctions contre le régime de Kim Jong-Un. Le Conseil de sécurité a banni des ports du monde entier quatre navires nord-coréens soupçonnés de transporter ou d’avoir transporté des marchandises interdites, a appris l’AFP de sources diplomatiques.

Ces navires sont, selon les mêmes sources, les cargos Ul Ji Bong 6, Rung Ra 2, Rye Song Gang 1 et Sam Jong 2. Ce dernier navire est au coeur de la transaction illégale révélée vendredi par Séoul.

« Réseaux illégaux »

Un responsable du ministère sud-coréen des Affaires étrangères a précisé que les douanes de son pays avaient arraisonné le 24 novembre le navire hongkongais Lighthouse Winmore, pour avoir transbordé le 19 octobre des produits pétroliers sur le Sam Jong 2 dans les eaux internationales.

« C’est un cas typique de la façon dont la Corée du Nord contourne sournoisement les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU en utilisant ses réseaux illégaux », a-t-il déclaré aux journalistes.

La porte-parole de Pékin a contesté ces informations en affirmant que le bateau en question n’avait pas mouillé dans des ports chinois depuis août.

Le Conseil de sécurité a multiplié ces dernières années les trains de sanctions pour contraindre Pyongyang à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique.

Et en bannissant jeudi quatre navires nord-coréens, l’exécutif onusien a en fait doublé le nombre de bateaux interdits de ports.

Quatre autres navires, battant pavillon des Comores, de Saint Kitts et Nevis, du Cambodge et de la Corée du Nord, avaient déjà été interdits de ports en octobre, une première dans l’histoire des Nations unies.

Une liste de dix navires avait été proposée à l’interdiction par les États-Unis, mais « seulement quatre navires ont été acceptés » par l’ONU, même si « la procédure reste ouverte » pour les autres bateaux, a indiqué à l’AFP un diplomate sous couvert d’anonymat.

Plusieurs sources diplomatiques ont indiqué que la Chine s’était opposée à l’inscription sur la liste noire des six autres navires proposés par les États-Unis.

En 2017, le Conseil de sécurité a imposé à l’unanimité trois séries de sanctions économiques à la Corée du Nord, toutes plus fortes les unes que les autres : le 5 août (fer, charbon, pêche…), le 11 septembre (textile, limitation de livraisons de pétrole) et le 22 décembre (produits pétroliers raffinés notamment).

http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201712/29/01-5148543-pekin-nie-livrer-du-petrole-a-la-coree-du-nord-malgre-les-sanctions.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_5148592_article_POS1

Rétrospective 2017 : L’affirmation de la puissance iranienne

Rétrospective 2017 : L’affirmation de la puissance iranienne

Téhéran, capitale moderne et dynamique

Alors que la signature du Plan global d’action conjoint, le 14 juillet 2015, avait permis une levée progressive des sanctions et la réinsertion de la République islamique sur la scène internationale ; la victoire du courant des réformateurs et modérés lors des législatives de février 2016, puis la réélection du président Hassan Rohani, le 19 mai 2017, ont entériné la poursuite d’une politique mesurée -conjuguant ouverture et libéralisme modéré – favorable au regain de puissance régional de l’Iran. Marquée par un contexte international en mouvement, l’année 2017 semble avoir consacré un retour en force géopolitique et économique de l’Etat perse qui apparaît de nouveau comme une puissance incontournable.

L’Iran, un acteur régional aujourd’hui incontournable

A la faveur d’une situation chaotique au Moyen-Orient, l’Iran est redevenu un acteur régional essentiel et incontournable dont l’influence s’exerce aujourd’hui sur l’ensemble d’un « arc chiite […] de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad, Bassorah, Alep et Damas »[1]. A travers une politique pan chiite active et pragmatique, le rôle de la République islamique n’a cessé de croître, poussant le président Rohani à déclarer, en octobre dernier, que « l’importance de la nation iranienne dans la région est plus forte qu’à toute autre période »[2]. En Syrie, la survie du régime Assad et la présence au sol de près de 20 000 combattants iraniens[3] garantissent au pays une place décisive dans tout règlement du conflit. La rencontre du 22 novembre dernier entre le président russe Vladimir Poutine et ses homologues turcs et iraniens n’a fait que confirmer l’importance stratégique qu’ont pris les trois Etats dans la nouvelle donne syrienne, au détriment de la coalition internationale sous l’égide américaine et du processus de Genève[4]. Par ailleurs, la présence de très nombreuses milices iraniennes en Irak, le soutien au Hezbollah libanais mais également aux Houthis yéménites constituent autant de vecteurs d’influence pour Téhéran qui se pose comme défenseur des minorités chiites et grande puissance régionale non-arabe.

Une puissance économique montante

La levée des sanctions internationales financières et de l’embargo économique imposé au pays ont permis à l’Iran de se réintégrer progressivement dans l’ordre économique international, favorisant dès lors la réalisation du formidable potentiel économique du pays. Portée par une population jeune et éduquée ainsi que de nombreuses ressources naturelles, notamment en hydrocarbure, la 19ème puissance économique mondiale semble être à même de rapidement rattraper son retard avec des prévisions de croissance de 8% par an[5]. Bien que les investissements étrangers fluctuent au gré des positions américaines, avec la crainte d’un possible retour des sanctions, le pays attire aujourd’hui de nombreux capitaux étrangers dans différents secteurs tels que l’énergie, l’automobile ou encore l’aviation civile[6], à l’image du contrat record entre Total et Téhéran pour l’exploitation du gisement géant de gaz South Pars en juillet dernier. En outre, riche d’un héritage civilisationnel millénaire et d’une géographie variée, le pays se positionne également dans le secteur touristique, combinant ainsi revenus conséquents et rayonnement mondial.

Un ordre international qui joue en faveur de la République islamique  

Sur le temps long, la situation au Moyen-Orient, dans la lignée des printemps arabes, tout comme la politique étrangère américaine ont joué en faveur de Téhéran. En effet, la destruction du régime de Saddam Hussein en avril 2003 et l’avènement d’un état irakien chiite, la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015 et aujourd’hui l’unilatéralisme et l’attitude chaotique de Donald Trump ont posé les jalons du grand retour de l’Iran dans le jeu régional. Aujourd’hui, l’Iran apparait comme une puissance régionale stable dont les principaux adversaires peinent à contrer l’influence au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Les Etats-Unis et Israël, plus isolés que jamais, et l’Arabie Saoudite, embourbée au Yémen, peinent ainsi à contenir l’expansionnisme de Téhéran.

Néanmoins, la situation, loin d’être immuable, pourrait rapidement évoluer en défaveur de la République islamique, notamment sur le règlement politique du conflit syrien. Malgré un rapprochement de circonstance, les visions russes et iraniennes ont souvent divergé [7].

 

[1] Quelle place pour l’Iran au Moyen-Orient ?, Entretien avec Denis Bauchard, Diplomatie, Les grands dossiers n°37, Février Mars 2017

[2] Téhéran vante son influence au Moyen-Orient, Le Figaro, 23 Octobre 2017

[3] Quelle place pour l’Iran au Moyen-Orient ?, Op. Cit,

[4] Igor Soubbotine, L’alliance russo-irano-turque marginalise Washington dans le conflit syrien, NEZAVISSIMAÏA GAZETA – MOSCOU, Courrier International, 23 Novembre 2017

[5] Iran : Le nouvel eldorado économique ?, Entretien avec Thierry Coville, Diplomatie, Les grands dossiers n°37, Février Mars 2017

[6] Ces sociétés qui ont signé un contrat avec l’Iran depuis la fin des sanctions, L’Usine Nouvelle, 15 Octobre 2017

[7] Quelle place pour l’Iran au Moyen-Orient ? Op.cit

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/afrique-moyen-orient/proche-moyen-orient/32636-retrospective-2017-laffirmation-de-la-puissance-iranienne

Igor Dodon : Discours de Chișinău

Igor Dodon : Discours de Chișinău

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26.12.2017

Discours de Son Excellence, Monsieur Igor DODON
Président de la République de Moldova
Lors de la Conférence Internationale − Le 15 décembre 2017

Deuxième colloque de Chișinău (15-16 décembre 2017)

 

Chers amis

Bienvenue à ce prestigieux forum international,

Je suis heureux de voir que, grâce à un groupe d’intellectuels de premier plan venus de plusieurs pays, de telles réunions deviennent une bonne tradition pour la République de Moldova. Au mois de mai de cette année, j’ai eu l’honneur de rencontrer les organisateurs de ce forum, d’échanger des points de vue et de découvrir que nous avons des visions communes sur certaines des questions majeures du moment historique que nous vivons.

Je voudrais d’emblée préciser que je suis particulièrement reconnaissant aux initiateurs de cette plate-forme de dialogue international, car de tels événements augmentent le prestige intellectuel de notre pays sur le plan international. Je pense que les initiateurs de ce projet, d’envergure continentale, ont parfaitement raison de dire que la Moldavie est le meilleur endroit pour un tel dialogue. La Moldavie est un pays neutre, situé dans une zone de sensibilité géopolitique maximale ou, comme certains le disent, dans un espace de fracture, de tension entre l’Est et l’Ouest. Dans cet ordre d’idées, nous souhaitons que notre État devienne un facteur d’équilibre géopolitique, de convergence, de confluence entre les deux parties de notre continent, qui reste encore divisé à cause de raisons artificielles. La Moldavie peut et doit affirmer pleinement sa vocation de pont en or entre l’Occident et l’Orient.

Notre peuple a une identité collective bivalente : orientale et occidentale. Du point de vue de l’appartenance religieuse nous sommes orthodoxes – donc des Orientaux, tandis que, du point de vue de l’identité linguistique et culturelle, nous sommes latins – donc occidentaux. Et toute tentative de nous remodeler artificiellement, d’amputer l’une des deux composantes de notre essence collective et d’imposer des modèles étrangers est contre-productive, voire nocive. En d’autres termes, compte tenu de notre identité et de notre position géographique, la Moldavie ne peut se permettre de s’allier avec la Russie contre l’Europe ou avec l’Europe contre la Russie. Au contraire, la Moldavie peut et doit contribuer au rapprochement entre la Russie et l’Europe. Autrement dit, la Moldavie doit assumer sa mission historique de facteur actif et positif dans la réalisation du grand projet d’unité continentale que Charles de Gaulle définissait comme « l’axe Paris–Berlin–Moscou ».

Le thème choisi pour cette conférence est d’une grande importance pour tous les peuples du monde. Du capitalisme classique, basé sur l’éthique du travail, sur la responsabilité sociale et sur le principe de proximité, que nous avons connu par le passé, nous sommes passés à un modèle diamétralement opposé, imposé au cours des dernières décennies. La mondialisation a permis une concentration du capital sans précédent dans l’histoire, produisant des déséquilibres économiques catastrophiques entre les pays et les régions, mais aussi entre les couches sociales de « l’Ouest riche » d’autrefois.

L’un des effets les plus graves de ce modèle de globalisation est la migration massive de millions de personnes déracinées de leurs foyers et devenant des travailleurs non qualifiés sur les marchés du travail de pays étrangers. À cet égard, la Moldavie est l’un des pays les plus touchés du continent, car environ un million de Moldaves, représentant un tiers de la population du pays, doivent gagner leur vie à l’étranger.

En ma qualité d’ancien ministre de l’Économie et d’ancien vice-Premier ministre responsable du bloc économique et financier du Gouvernement, mais aussi en tant que docteur en économie, je sais bien que les graves problèmes socio-économiques de notre pays ne s’expliquent pas par le refus des gouvernements moldaves successifs de suivre les recettes et les directives suggérées de l’extérieur depuis vingt-cinq ans, mais précisément par leur poursuite trop docile. C’est pourquoi, après un quart de siècle de transition, la Moldavie doit repenser son paradigme de développement économique. Ce nouveau concept de relance économique ne repose pas sur un « isolationnisme économique » ni sur le mépris des règles des échanges internationaux. Mais, sans certains éléments de protectionnisme économique ou de « patriotisme économique » la Moldavie n’a aucune chance de surmonter son état actuel de sous-développement.

Le fait que la société moldave soit divisée selon des critères géopolitiques, historiques et ethnolinguistiques est bien connu. Néanmoins, si nos préférences idéologiques ou culturelles nous divisent, le nationalisme économique est le facteur fondamental de l’unité nationale, une vaste plate-forme commune dans laquelle tous les patriotes de notre pays doivent se retrouver. Et en ce sens, l’expertise que nous pouvons collecter auprès d’illustres personnalités, comme celles présentes aujourd’hui à notre forum, est indispensable. Chercher des solutions alternatives au « capitalisme financier » cela consiste, au-delà des réflexions strictement académiques, à générer des concepts viables qui englobent les dimensions géopolitique, politico-juridique, financière et économique. La Moldavie ne peut pas accepter un statut de périphérie ou de semi-périphérie dans un système mondial de type impérial. Les pratiques du colonialisme économique doivent être reléguées dans le passé.

De ce fait, pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un phénomène qui ne toucherait que de petits pays comme la République de Moldova, je voudrais citer deux exemples :

1.  Les problèmes qu’une superpuissance mondiale comme la Russie rencontre dans son dialogue difficile avec l’Occident sont liés dans une large mesure au fait que ce pays ne veut pas abandonner sa souveraineté économique en faveur de la corporatocratie mondialiste. Autrement dit, Vladimir Poutine est un souverainiste qui, dans son dialogue avec le monde, part du principe de l’intérêt national de son pays.

2.  Les dernières élections présidentielles aux États-Unis ont placé à la tête de cette hyperpuissance mondiale un représentant du même courant souverainiste, Donald Trump, qui a fait du principe « l’Amérique d’abord » un élément clé de son programme politique.

En ma qualité de Président de la République de Moldova, je tiens également à déclarer à cette occasion, fermement et sans ambages, que je suis également un adepte de la pensée et de l’action des mouvements souverainistes actuels.

Le moment est venu de se débarrasser des mythes néolibéraux, selon lesquels le succès économique d’une société est garanti par le soi-disant « petit gouvernement » c’est-à-dire par le retrait de l’État laissant fonctionner de façon autonome un marché auto-régulé suivant le principe magique de la « main invisible ». Nous avons besoin d’un État fort capable d’établir des règles de libre concurrence équitables, de créer et d’assurer le respect de prescriptions légales, fiscales et de prêt optimales, de mettre en œuvre des instruments douaniers au profit des producteurs nationaux et du marché intérieur. La thèse de la primauté de l’économique sur le politique doit être abandonnée, car c’est le facteur politique qui doit prendre en charge le destin du peuple, en tenant compte des intérêts de toute la communauté, en partant du principe d’équité et de solidarité sociale, et pas seulement de l’intérêt des superprofits, comme dans le cas des acteurs économiques privés dans le cadre des mégastructures multinationales.

Bien sûr, la Moldavie est aujourd’hui un pays fortement « dé-souverainisé »  affecté par des influences extérieures qui ne sont pas toujours bénéfiques. Mais telle est la situation de la plupart des États du monde. C’est l’un des effets les plus dramatiques de la mondialisation unipolaire, qui développe un nouveau type d’impérialisme, de nature extraterritoriale, avec toutes ses conséquences négatives.

La construction d’une nouvelle architecture globale, dans laquelle chaque pays puisse s’affirmer pleinement, présuppose le développement de processus d’intégration impliquant un nombre de pays suffisant pour leur permettre d’avoir un poids stratégique, géopolitique et économique leur permettant de faire face à une concurrence mondiale féroce. Et dans le contexte de l’apparition de plusieurs pôles stratégiques, la Moldavie ne peut éviter de s’associer avec l’un des groupes de pays auxquels elle est liée par une multitude de facteurs – la seule option réaliste pour la Moldavie, conditionnée par toute son histoire, est donc eurasienne. Car, entre Lisbonne et Vladivostok, la voie de l’unité continentale passe par la République de Moldova.

Chers amis,

Grâce à vos efforts combinés, la Moldavie devient de plus en plus active sur la scène internationale, ce qui signifie que les chances de Chișinău de devenir un site de développement stratégique avec un impact continental augmentent considérablement.

Je suis très satisfait de cette réunion, et des nombreuses personnalités qui nous ont honoré de leur présence, venues d’Europe occidentale, de la Fédération de Russie, mais aussi d’autres pays de la région. Je suis sûr que si nous restons persévérants, solidaires et motivés pour produire des changements positifs ayant un impact historique sur notre avenir, alors, à la troisième réunion du Forum de Chișinău, nous serons encore plus nombreux et plus convaincants au niveau mondial.

Je tiens à vous assurer, chers invités, que vous avez en ma personne un bon ami, un soutien sincère et fidèle. Je vous attends en République de Moldova aussi souvent que vous jugerez bon de nous rendre visite, pour des débats publics, des tables rondes, des lancements de livres ou d’autres événements, afin d’intensifier nos échanges d’idées, de pensées et de visions.

Je souhaite conclure ce discours par une expression que nous employons depuis des générations : que Dieu nous aide !

Je vous remercie !

Source : http://katehon.com/fr/article/igor-dodon-discours-de-chisinaue

Saker Francophone

http://katehon.com/fr/article/igor-dodon-discours-de-chisinau

Israël menace un État membre de l’Onu

Israël menace un État membre de l’Onu

| New York (États-Unis)

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Yisrael Katz

D’ordre de mon gouvernement, je tiens à appeler votre attention sur les propos incendiaires et agressifs tenus par le Ministre israélien des transports et des renseignements, Yisrael Katz, lors de sa visite à Tokyo le 26 octobre 2017. En réponse à une question sur l’Iran, M. Katz a dit : « Si l’action internationale conduite actuellement par le Président américain, Donald Trump, ne contribue pas à empêcher l’Iran de se doter de capacités nucléaires, Israël interviendra de lui-même militairement ».

L’Iran n’a jamais cherché et ne cherchera jamais à acquérir des armes nucléaires car il continue d’honorer pleinement l’engagement qu’il a souscrit en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et du Plan d’action global commun.

Dans ces conditions, et Israël étant le seul État de la région non partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui détient des armes nucléaires et dont les installations et les activités nucléaires ne sont pas soumises aux garanties, et qui rejette tous les efforts consentis par la communauté internationale en vue de créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, n’est-il pas paradoxal que non content de se déclarer préoccupé par le programme nucléaire iranien – exclusivement destiné à des fins pacifiques – il continue de le menacer ?

Précédemment, dans ma lettre datée du 19 mai 2015 (S/2015/353), j’ai appelé votre attention et celle du Conseil de sécurité sur un autre exemple des menaces proférées par le régime israélien, à savoir le discours prononcé le 5 mai 2015 par le Ministre israélien de la défense, Moshe Yaalon, dans lequel il avait menacé d’utiliser une bombe nucléaire contre l’Iran et de continuer à tuer des civils, y compris des femmes et des enfants, dans la bande de Gaza et au Liban.

Les cas évoqués ci-dessus ne sont que deux exemples parmi tant d’autres des projets d’agression que les Israéliens ont fomentés contre l’Iran. Le régime israélien n’a jamais caché ses intentions agressives ni cessé de proférer des menaces militaires contre mon pays. Les menaces d’intervention militaire qu’Israël continue de faire peser sur le programme nucléaire pacifique de l’Iran constituent une violation flagrante des principes fondamentaux du droit international et du paragraphe 4 de l’Article 2 de la Charte des Nations Unies.

Le Gouvernement de la République islamique d’Iran compte que le Secrétaire général et le Conseil de sécurité s’acquitteront de l’obligation que leur impose la Charte en mettant un terme aux menaces israéliennes dirigées contre mon pays et en condamnant ces déclarations inconsidérées et irresponsables.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document du Conseil de sécurité.

Source : Onu S/2017/934

http://www.voltairenet.org/article198835.html

 

Des scientifiques argentins découvrent le plus ancien reptile de l’Antarctique

Antarctique

Des scientifiques argentins découvrent le plus ancien reptile de l’Antarctique

CC0 / Pixabay
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Des fossiles de plésiosaures (des reptiles aquatiques proliférant durant le Jurassique) ont été découverts dans la partie éloignée de la péninsule Antarctique par une équipe de chercheurs argentins. Il s’agit du plus ancien reptile enregistré sur ce continent.

Sous une carapace de glace dans la péninsule Antarctique, à deux heures de vol en hélicoptère de la base Marambio en Argentine, un groupe de chercheurs argentins du Conseil national de recherches a découvert des restes d’un plésiosaure datant de l’époque du Trias et dont l’âge s’élève à 150 millions d’années.Lors de leurs recherches, les paléontologues ont initialement découvert «une petite partie de corps», constituée de «quelques vertèbres dorsales et de côtes».

«Il s’agit d’un être vivant de six à sept mètres de long. C’est un plésiosaure de taille moyenne», a expliqué à Sputnik le spécialiste de l’Université de La Plata Juan Patricio O’Gorman, qui se spécialise en environnement aquatique du Jurassique.

expédition en Antarctique
© Photo. Instituto Antártico Argentino/José Patricio O’Gorman
expédition en Antarctique

Poursuivant leurs recherches après cette première découverte, ils ont trouvé, presqu’à la surface du gel éternel, le reste des os de cette bête préhistorique, qui se nourrissait probablement de poissons.

«C’était une grande joie. Nous savions que nous pourrions trouver beaucoup de reptiles aquatiques, mais ceci était vraiment extraordinaire», a-t-il conclu.
Selon lui, l’importance cruciale de cette découverte consiste dans le fait qu’ainsi la période de la présence des plésiosaures en Argentine s’élargit de 80 millions d’années.

Antarctique
© Sputnik. Alekseï Nikolskiï

Pendant un mois, quatre membres de l’équipe ont travaillé sur place, faisant de l’exploration paléontologique et effectuant la récolte d’informations pouvant, entre autres, servir pour détecter de nouveaux endroits intéressants pour de futures expéditions.
Comme l’explique M. O’Gorman tout ce travail accompli ne serait pas possible sans le soutien de l’Institut antarctique d’Argentine, qui fait partie de l’Agence nationale du ministère des Affaires étrangères de l’Antarctique.

«La campagne a été très productive, nous avons détecté une grande quantité de poissons fossiles du Jurassique qui améliorent considérablement nos connaissance sur la faune de cette période en Antarctique», a-t-il relaté.

Notons que l’Antarctique occupe une place particulière dans ce genre de recherche car elle fait quasiment partie des «zones non explorées». De plus, à l’époque du Mésozoïque, elle faisait partie du supercontinent formé à la toute fin du Néoprotérozoïque, le Gondwana, qui était relié à l’époque avec l’Australie, l’Afrique et l’Amérique du sud.

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/201712291034540584-reptile-antarctique-science/

Une religion appelée économie

Une religion appelée économie


Par Michele Migliorino – Le 19 novembre 2017 – Source CassandraLegacy


L’idée que les religions cèdent la place à un niveau d’existence humain plus avancé fait partie du savoir commun. La science et la technologie émancipent l’humanité des discours mythiques et religieux sous l’effet de la croyance que seule la rationalité devrait nous guider. La raison a remplacé l’ancien Dieu.

Nietzsche, il y a plus d’un siècle, a averti que Dieu était mort et que nous l’avions tué. De nos jours, un spectre rode dans nos sociétés : c’est le « nihilisme », conséquence de la mort de Dieu. Qu’est-ce que c’est ? Selon Nietzsche, cela consiste en la « dévalorisation de toutes les valeurs » y compris les sacrements sur lesquels la civilisation occidentale a été fondée.

« Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux siècles prochains. Je décris ce qui vient, ce qui ne peut plus advenir autrement : l’avènement du nihilisme. Cette histoire peut être relatée des maintenant, car la nécessité elle-même est à l’œuvre ici. Ce futur nous parle maintenant même par une centaine de signes. Cette destinée s’annonce partout ; pour cette musique du futur, toutes les oreilles sont déjà préparées dès maintenant… Depuis quelque temps, toute notre culture européenne se dirige vers une catastrophe, avec une tension accrue qui grandit de décennie en décennie : sans cesse, violemment, tête baissée, comme une rivière qui veut atteindre son embouchure, qui ne réfléchit plus, qui a peur de réfléchir. » (Nietzsche, Notes non publiées, 1887-1888)

Il n’est pas nécessaire qu’un Dieu soit transcendant. Une des conséquences de la laïcisation de la société est celle d’un Dieu nouveau et immanent : il s’appelle maintenant « économie ». Ce n’est plus l’« ascèse » (Max Weber) et la volonté du salut ; oikonomos (en grec, « affaires domestiques ») est devenue la seule préoccupation de l’homme. Cette nécessité s’était accrue au cours des siècles, en commençant déjà avec la Renaissance, lorsque la croissance du commerce mondial entama le processus qui conduirait, aujourd’hui, à une machine commerciale planétaire générant des milliards ou même des milliers de milliards de transactions monétaires informatisées à chaque seconde.

Pourquoi l’économie est-elle un Dieu ? Parce qu’elle a pris la place des anciennes valeurs et parce que nous l’utilisons pour combler le vide laissé par le nihilisme. Très simplement, le nihilisme est le résultat du dépassement d’une valeur fondamentale : la vie après la mort. Nous sommes maintenant dans la condition inconsciente de ne plus trouver de sens existentiel parce que pendant deux millénaires (peut-être beaucoup plus) nous avons cru qu’il n’y avait pas de sens dans cette vie. Cela impliquait l’existence d’une « copie originale » de notre existence ailleurs, dans un monde transcendant. De Platon au catholicisme, c’est la matrice fondamentale à laquelle nous devons faire face lorsque nous parlons de « notre culture ».

Le fait extraordinaire de notre situation est que nous ne voulons pas « voir » ce que nous avons fait ! C’est pourquoi nous sommes si troublés et agités : nous ne pouvons pas accepter qu’il n’y a rien au-delà de la mort ! Notre condition historique nous engage plutôt à comprendre la signification d’une existence mortelle finie. Mais, aujourd’hui, nous sommes sûrs qu’il n’y a aucun sens à notre vie terrestre et que, par conséquent, il vaut mieux saisir chaque instant de cette existence éphémère ; nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une occasion parce que « toute chance qui vous passe sous le nez est perdue pour toujours ».

L’économie est cette « course » dans un cercle infernal rappelant la Divine comédie de Dante. C’est une croissance infinie dans un monde fini, libre de toute limite qui pourrait l’entraver. Comme il n’y a de sens dans rien, « tout est permis » (Dostoïevski) et il n’y aura jamais de conséquences. Aucun Dieu transcendant ne nous juge en termes de bonnes et de mauvaises actions.

Cependant, s’il n’y a aucun sens dans quoi que ce soit, ne serait-il pas préférable de tout terminer ici et maintenant ? Ne serait-ce pas une meilleure forme de pensée d’avant-garde ?

« Ne jamais être né est le mieux pour les hommes mortels, et si vous l’êtes, passez dès que possible les portes d’Hadès. » Hésiode

L’économie agit comme une grande « répression ». C’est comme si nous produisions le sens lui-même au moyen de nos activités quotidiennes. En effet, plus nous sommes occupés, plus la vie semble avoir du sens. Quand nous nous déplaçons – comme une sorte de marchandise – nous oublions ce « bruit cosmique profond » lequel nous empêche parfois de nous demander : quel est le sens de tout cela ?

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Peu importe à quel point les choses deviennent mauvaises, seules quelques personnes seront prêtes à accepter que l’économie n’est pas une bonne chose. Nous croyons en l’Économie, nous ne discutons pas son existence, précisément comme une religion avec un Dieu. Au lieu d’une vie après la mort, nous avons un Dieu argent qui nous permet de faire tout ce que nous voulons, ou du moins c’est ce que nous croyons. Le tout consiste à croire en quelque chose – c’est pourquoi il est difficile de comprendre le terme « religion » dans son sens le plus large.

Mais pourquoi l’économie n’est-elle pas une bonne chose ? Parce qu’il n’est pas possible de créer de la prospérité pour tous. La richesse est un terme relatif, c’est quelque chose qui ne peut appartenir qu’à quelques-uns. Je ne peux être riche que si vous êtes pauvre ; la richesse est une relation : il doit y avoir de la pauvreté pour qu’il y ait de la richesse.

Vous pouvez le voir facilement en considérant le problème de l’inégalité. Bien que le fossé entre les riches et les pauvres continue de croître au fil des décennies, le mode de vie des pauvres n’a pas vraiment empiré. Un succès du capitalisme ? Oui bien sûr. Ici, notre religion nous protège des hérésies telles que l’idée que nous devrions réformer le système économique, redistribuer la richesse, superviser le grand capital, contrôler les entreprises ! De cette façon, nous sauvons le monde. Donc, nous devons promouvoir la croissance économique en Afrique ! Et cela justifie les guerres d’exportation de la démocratie. Seulement par la démocratie, les gouvernements africains s’assureront que les Africains, aussi, auront accès à la richesse.

Vous pouvez voir comment la religion de l’économie détruit tout : la forêt, les mers, les espèces vivantes, nous-mêmes et nos cultures infinies existant sur toute la planète. À l’heure actuelle, le réalisme nous dirait qu’il est temps de jeter l’économie dans les poubelles de l’histoire et d’essayer de créer une société qui n’implique pas un gaspillage aussi méprisable d’énergie et de ressources. Il semble qu’il est temps de devenir profane envers cette religion. Pourtant, cela ne semble pas se produire.

Le « phénomène de foule » est difficile à surmonter parce que c’est le mécanisme lui-même qui génère notre évolution culturelle (selon René Girard). Nous avons peur de perdre notre propriété et nous avons peur les uns des autres. Il nous est difficile d’aller contre les autres. Il est extrêmement difficile de rejeter ce qui nous fait vivre : l’économie-Dieu.

Mais que se passe-t-il si ce qui nous rend prospères aujourd’hui est ce qui nous rendra misérables demain ?

Michele Migliorino

Note du Saker Francophone

Merci à Ugo en ce jour de Noël pour avoir publié ce texte. Celui-ci a un léger relent malthusien, mais ma seule remarque concerne la fin, « nous avons peur les uns des autres ».

Il y a de sacrés raisons d'avoir peur, oligarchies occidentales, islamistes, marxismes culturels, dysgénisme. Chaque bloc civilisationnel va devoir balayer devant sa porte et demander aux autres un certificat de bonne moralité. Il va falloir reconstruire nos mythologies respectives et cela va prendre du temps, des générations sans doute. Comme nos ancêtres, on ne va pas passer de la terre plate à la terre ronde, de la pierre au feu en quelques clics. Il va donc falloir beaucoup de patience. Ça tombe bien, j'ai du retard sur mes lectures Platon, Aristote, Nietzsche, le Veda, Dostoievski, Marx, Dos Passos, Roth...

Et en même temps, il y a des raisons d'espérer. La multipolarité dévoile et annihile les projets impériaux, les peuples se réveillent et de nombreuses voix un peu plus honnêtes se lèvent pour les guider, l'endoctrinement au droit-de-l'hommisme aurait planté les graines d'un respect mutuel dont on va avoir besoin pour reconstruire une contre-civilisation globale et multiple.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/une-religion-appelee-economie

 

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