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La RAND Corporation établit un lien entre l’armée américaine et la guerre hybride

La RAND Corporation établit un lien entre l’armée américaine et la guerre hybride


Par Andrew Korybko – Le 27 février 2018 – Source Oriental Review

Flagstone accents at the new headquarters for RAND Corporation.Une étude récente de la RAND Corporation sur « la présence des États-Unis et son incidence sur les conflits » aurait prouvé qu’il existe une corrélation scientifiquement vérifiable entre l’armée américaine et certains types de conflits.

Comme presque tout ce qui sort d’un think tank financé par le gouvernement américain, les résultats ne rejettent pas directement la faute de la déstabilisation d’autres pays sur l’Amérique, mais ils sont assez précis pour prouver un lien clair entre l’armée américaine et les guerres hybrides sans bien sûr présenter cette relation sous un jour négatif ou en laissant entendre que le Pentagone en est responsable.


Sputnik a passé en revue un livre récemment publié par la RAND Corporation dans un article intitulé « L’aide militaire américaine augmente les chances de guerre civile et de répression par les États concernés » qui rapportait que l’étude du think tank sur « La présence des USA et l’incidence sur les conflits » aurait prouvé qu’il existe une corrélation scientifiquement vérifiable entre l’armée américaine et certains types de conflits. En parcourant le long document de 152 pages, c’est effectivement le cas, mais les détails plus fins révélés dans les conclusions du projet méritent d’être abordés plus en profondeur. Les lecteurs qui n’ont pas le temps de consulter le document original pourront trouver plus facile de lire directement le résumé de cette recherche qui tient sur deux pages, mais ils ne pourront pas encore obtenir la vision complète du propos.

Cela dit, les personnes intéressées devraient commencer par porter leur attention sur le chapitre 4, qui se concentre sur « l’évaluation empirique de la présence des troupes américaines et de leur comportement dans les conflits inter-étatiques ». C’est ce que les chercheurs ont conclu sur le sujet après avoir effectué une analyse statistique complexe en utilisant leur méthodologie unique :

  • La présence des troupes américaines à proximité d’États étant de potentielles cibles est associée à une probabilité moindre de guerre inter-étatique.
  • La présence des troupes américaines à proximité d’États étant de potentiels déclencheurs est associée à une probabilité moindre de guerre inter-étatique.
  • La présence de troupes américaines dans des États étant de potentielles cibles est associée à une plus grande probabilité de comportement militarisé de faible intensité.
  • La présence de troupes américaines à proximité d’États étant de potentiels déclencheurs est associée à une plus grande probabilité de comportement militarisé de faible intensité.
  • La présence des troupes américaines dans les États cibles est associée à une plus grande probabilité qu’un adversaire potentiel américain déclenchera un comportement militarisé à haute intensité.
  • La présence des troupes américaines à proximité est associée à une moindre probabilité de comportement militarisé de haute et de basse intensité par les alliés des États-Unis.
  • La présence des troupes américaines est associée à une plus grande probabilité que les États-Unis amorcent un comportement militarisé de haute et de basse intensité.
US military bases abroad
Bases militaires américaines à l’étranger

Fondamentalement, alors que la présence des troupes américaines semble dissuader l’apparition de guerres internationales, elle contribue en fait à « une plus grande probabilité d’un comportement militarisé de faible intensité » ce qui n’est qu’un euphémisme pour parler de guerre hybride. L’auteur décrit ce que cela implique dans son livre sur ce vaste sujet et dans des séries subséquentes décrites en plusieurs volumes relatant plus de 45 études de pays dont les scénarios pourraient être avancés afin de perturber, contrôler ou influencer les projets de la Route de la Soie chinoise par l’exploitation d’identités préexistantes comme variables dans des conflits dans les états ciblés. En ce qui concerne l’étude de la RAND corporation, il existe une relation évidente entre la présence de troupes américaines dans les états proxy « dirigés dans l’ombre » et une éclosion de guerre hybride sur ces théâtres. L’organisation présente bien sûr cela comme n’étant aucunement lié à la politique des États-Unis, mais plutôt comme une réaction à ce que l’on appelle un « potentiel adversaire américain » en fait visé depuis le début.

De toute façon et peu importe qui l’a initié (ou comme c’est probablement le cas, si l’État ciblé se défend pro-activement après avoir été provoqué, éventuellement par un raid sous faux drapeau par des « rebelles »/terroristes au sein de ses frontières), le plus souvent, la présence de troupes américaines à proximité est néanmoins une catégorie de conflit bien décrite selon le modèle de guerre hybride de l’auteur.

En regardant plus loin, on peut trouver des éléments similaires dans le chapitre 6 de l’étude de la RAND corporation sur l’« évaluation empirique de la présence américaine et du comportement des conflits intra-étatiques » qui approfondit les nuances de la guerre hybride à l’intérieur des États qui accueillent des troupes américaines ou reçoivent une assistance militaire du Pentagone. Voici ce qu’ils prétendent avoir découvert :

  • La présence des troupes américaines n’est pas associée à une répression accrue de la part de l’État.
  • L’aide militaire des États-Unis est associée à une répression accrue de la part de l’État.
  • La présence des troupes américaines n’est pas associée à la probabilité d’activités anti-régime.
  • L’aide militaire des États-Unis était associée à l’intensification des campagnes anti-régime pendant la guerre froide.
  • La présence des troupes américaines était associée à des conflits moins intenses pendant la guerre froide et plus encore pendant la période de l’après-guerre froide.
  • L’aide militaire des États-Unis était associée à l’intensification de conflits armés inter-étatiques pendant la guerre froide.

La première chose à remarquer est qu’il y a une distinction claire entre troupes américaines et assistance militaire, ainsi qu’entre guerre froide et après-guerre froide. Selon les 10 personnes impliquées dans la rédaction de ce rapport, la présence des troupes américaines ne fait généralement pas la différence d’une quelconque manière selon que le gouvernement hôte recoure à des mesures musclées pour faire face à l’agitation ou non, ni si cela a un effet apparent sur le fait de provoquer la montée en puissance des mouvements anti-gouvernementaux dans ces pays. De nos jours, cependant, le déploiement des forces américaines à l’étranger est lié plus à des conflits inter-étatiques dans cette période post guerre froide qu’avant, bien que cela puisse être dû au fait que la Global War on Terror du Pentagone se concentre sur les pays du Sud global ou tiers-monde, pays se trouvant être, par coïncidence ou non, des états de transit le long des réseaux de la Route de la Soie chinois (alias les cibles principales de la Guerre Hybride).

Cependant, l’aide militaire américaine a un effet tout à fait différent sur le champ de bataille. Le rapport indique qu’elle augmente actuellement en fonction de ce que les rapporteurs appellent la « répression d’État » dans les pays récipiendaires. À l’époque de la guerre froide, cette aide était vraisemblablement destinée à prévenir les insurrections communistes ou à y répondre, mais elle semble avoir eu un effet circulaire en alimentant ces conflits. L’analyse statistique ne tient curieusement pas compte de ce qui se passe dans le présent, bien qu’elle admette que cela mène à plus de « répression d’État ». La raison en est probablement que les technologies militaires et de surveillance sont comparativement relativement plus avancées aujourd’hui et elles sont beaucoup plus efficaces pour détecter les « menaces » par avance et les éliminer de manière proactive, même si ces menaces ne sont pas nécessairement les « terroristes » comme les gouvernements alliés des États-Unis ont tendance à les qualifier.

En dépit de la reconnaissance de cette possibilité, il ne faut pas négliger le fait de l’antépénultième découverte que « la présence de troupes US associée avec moins de conflit inter-étatique pendant la guerre froide et plus encore dans la période de l’après-guerre froide » n’est pas entièrement corrélable. Là où le Pentagone choisit de se déployer, en réaction à une explosion de terrorisme dans une situation donnée, la situation était préparée à l’avance pour se produire grâce aux efforts de la CIA et d’autres agences de renseignement dont les activités ne sont pas incluses dans l’analyse de la RAND Corporation. En conséquence, les critères qu’ils utilisent pour définir les « conflits inter-étatiques » devraient également être examinés, car ils définissent cela dans le contexte de leur étude comme étant « des campagnes anti-régime dans lesquelles les groupes d’opposition nationaux mènent une campagne coordonnée et soutenue pour atteindre des objectifs maximalistes contre le régime en place. Ces groupes ont une structure organisationnelle claire, et ils incluent au moins 1000 participants ». On parle aussi de « guerres civiles à grande échelle ».

Tandis que la RAND Corporation clarifie d’une manière importante que leur définition inclut en effet « les campagnes qui emploient des tactiques non-violentes (…) puisque même les mouvements non-violents peuvent se radicaliser ou amorcer des escalades vers des tactiques plus violentes » elle fait bien une allusion claire aux révolutions de couleur et leur prédisposition aux guerres non conventionnelles conformément à la théorie de la guerre hybride de l’auteur. Cela empêche encore l’étude d’incorporer certains niveaux de terrorisme moderne qui tombent en dessous de leur seuil stipulé de ce qu’est un « conflit inter-étatique ». La pertinence de cette analyse est que les conclusions du groupe de réflexion peuvent être fondamentalement erronées et donc (délibérément ou non) dépeindre une image inexacte de la relation entre l’assistance militaire américaine et les conflits armés inter-étatiques dans la période de l’après-guerre froide, la soi-disant « guerre mondiale contre le terrorisme » cachant ainsi la véritable relation du Pentagone avec les guerres hybrides provoquées pour affaiblir les projets de Routes de la Soie.

En tout cas, malgré ses possibles défauts et ses limites académiques (pour ne rien dire de la culture du « politiquement correct » pro-establishment qui imprègne de telles institutions), l’étude de la RAND Corporation est encore un document perspicace qui prouve par inadvertance qu’il existe une corrélation entre l’armée américaine et la guerre hybride. Comme le dit le proverbe, « la corrélation ne prouve pas la causalité » et bien que cela soit « techniquement » vrai dans le contexte « scientifique » confiné de la recherche, les observateurs objectifs devraient néanmoins tirer de ce rapport l’idée que cela équivaut à un autre élément de preuve pour établir l’argument selon lequel une telle relation existe bel et bien. Quand les conclusions de ce rapport sont incorporées dans d’autres analyses comme celles de l’auteur dans cet article, la conclusion pertinente est qu’il existe des raisons statistiques de soupçonner l’implication de l’armée américaine dans les guerres hybrides où elle est accusée de complicité.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-rand-corporation-etablit-un-lien-entre-larme-americaine-et-la-guerre-hybride

 

La Russie en pourparlers avec l’Inde sur la livraison d’hélicoptères et de frégates militaires

INDE

La Russie en pourparlers avec l’Inde sur la livraison d’hélicoptères et de frégates militaires

La Russie en pourparlers avec l’Inde sur la livraison d’hélicoptères et de frégates militaires

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 13/03/2018 00:20

L’Inde négocie actuellement l’achat d’hélicoptères Mi-17 et de frégates Project 11356 russes, a annoncé lundi un conseiller du président russe.

Ces négociations « se poursuivent et se trouvent à des étapes différentes », a déclaré Vasily Kozhin, conseiller du président russe Vladimir Poutine pour la coopération militaro-technique, dans une interview accordée à la chaîne de télévision Rossia-24.

Le Mi-17 est un hélicoptère de transport moyen bimoteur, qui possède également une version armée et est considéré comme un des hélicoptères militaires les plus avancés du monde.

La frégate lance-missiles Project 11356 est un navire de guerre polyvalent doté d’armes puissantes capables d’atteindre différents types de cibles.

L’année dernière, les médias indiens ont rapporté que la Russie et l’Inde avaient négocié un contrat pour 48 hélicoptères Mi-17.

Les deux pays auraient également trouvé un accord sur la livraison de trois frégates Project 11356.

M. Kozhin a expliqué que l’Inde est « le plus grand partenaire privilégié » de la Russie.

L’Inde est le seul pays avec lequel la Russie a signé un plan pour la coopération stratégique militaro-technique jusqu’à 2020 et l’Inde s’est classée cinquième en termes de volume d’exportation d’armes russes l’année dernière, a-t-il informé.

M. Kozhin a ajouté que l’Inde et la Russie « ont des programmes très grands de coopération stratégique », comprenant le développement et la production des avions de combat modernes, des chars de combat et de missiles de croisière.

https://chine.in/actualite/asie/russie-pourparlers-avec-inde-sur_18224.html

La Russie en pourparlers avec l’Inde sur la livraison d’hélicoptères et de frégates militaires

INDE

La Russie en pourparlers avec l’Inde sur la livraison d’hélicoptères et de frégates militaires

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 13/03/2018 00:20

L’Inde négocie actuellement l’achat d’hélicoptères Mi-17 et de frégates Project 11356 russes, a annoncé lundi un conseiller du président russe.

Ces négociations « se poursuivent et se trouvent à des étapes différentes », a déclaré Vasily Kozhin, conseiller du président russe Vladimir Poutine pour la coopération militaro-technique, dans une interview accordée à la chaîne de télévision Rossia-24.

Le Mi-17 est un hélicoptère de transport moyen bimoteur, qui possède également une version armée et est considéré comme un des hélicoptères militaires les plus avancés du monde.

La frégate lance-missiles Project 11356 est un navire de guerre polyvalent doté d’armes puissantes capables d’atteindre différents types de cibles.

L’année dernière, les médias indiens ont rapporté que la Russie et l’Inde avaient négocié un contrat pour 48 hélicoptères Mi-17.

Les deux pays auraient également trouvé un accord sur la livraison de trois frégates Project 11356.

M. Kozhin a expliqué que l’Inde est « le plus grand partenaire privilégié » de la Russie.

L’Inde est le seul pays avec lequel la Russie a signé un plan pour la coopération stratégique militaro-technique jusqu’à 2020 et l’Inde s’est classée cinquième en termes de volume d’exportation d’armes russes l’année dernière, a-t-il informé.

M. Kozhin a ajouté que l’Inde et la Russie « ont des programmes très grands de coopération stratégique », comprenant le développement et la production des avions de combat modernes, des chars de combat et de missiles de croisière.

ANNONCE

[RussEurope en Exil] L’impact des mesures politiques sur le commerce avec la Russie, par Jacques Sapir

(Billet invité)

L’impact économique des sanctions prises par les pays occidentaux (Etats-Unis et UE) à l’égard de la Russie est souvent l’objet de débats. Mais, on s’intéresse peu à l’impact des contre-sanctions prises par la Russie sur les pays de l’Union européenne. Pourtant ces mesures, ainsi que le pivotement d’une partie du commerce extérieur de la Russie, ont eu des conséquences non négligeables sur les économies des pays concernés. La publication des chiffres du commerce extérieur russe permet de préciser quelques points sur ce sujet.


  1. I. Baisse et transformation de la structure du commerce extérieur de la Russie

On s’intéresse ici uniquement au commerce des biens. Tous les chiffres qui seront donnés sont dits « Freight on Board » ou « FOB ». La première chose que l’on constate est effectivement une baisse du commerce extérieur de la Russie en prix (l’unité de mesure est le million ou le milliards de dollars). Cette baisse affecte tout autant les exportations (pénalisées par la baisse brutal du prix du baril) que les importations. Ces dernières baissent cependant pour plusieurs raisons :

  1. Baisse du pouvoir d’achat en dollar des entreprises et des ménages.
  2. Baisse absolue du pouvoir d’achat des ménages.
  3. Mise en place de mécanismes de substitution soit entre les importateurs, soit entre la production interne et les exportations.

Le cumul de ces facteurs explique que la baisse des importations aient été parallèle à la baisse des exportations.

Graphique 1

Evolutions du commerce extérieur de la Russie

Source : Banque Centrale de Russie

 

On constate cependant que le solde commercial de la Russie reste très largement positif sur l’ensemble de la période. Jamais, et cela contrairement à des rumeurs qui circulaient dans la presse à l’automne 2014 et au printemps 2015 la Russie n’a été confrontée à un déséquilibre de son commerce qui eut été susceptible de provoquer une nouvelle crise financière.

  1. II. La modification de parts des partenaires

Cette baisse affecte donc le chiffre d’affaires global (Exportations + Importations). Le montant baisse brutalement en 2014 et jusqu’en 2016, avant de se redresser fortement en 2017.

Tableau 1

Chiffre d’affaires du commerce extérieur russe (biens) en milliards de dollars

2013 2014 2015 2016 2017
863,104 804,681 534,44 473,438 591,6

Source : Banque Centrale de Russie

Notons que, calculé en roubles, ce chiffre d’affaires connaît des fluctuations bien moindres, et qu’il est même en 2017 supérieur de 20% à son niveau de 2013.

Cependant, ce qui est encore plus marquant est la modification de la part des partenaires commerciaux de la Russie. Ici encore, on utilise les données fournies par la Banque Centrale de Russie sur la base de la collecte des données des douanes. On constate que ces parts, pour les 15 premiers partenaires commerciaux de la Russie se modifient quelque peu entre 2013 et 2017. Le montant global de la part du chiffre d’affaires de ces 15 premiers partenaires évolue cependant peu, connaissant un pic à 82,4% en 2016 et un creux à 80,5% en 2017.

 

Tableau 2

Part dans le chiffre d’affaires (biens) du commerce extérieur de la Russie

2013 2014 2015 2016 2017 Ecart 2017/2014
Chine 11,5% 11,8% 12,0% 13,1% 13,9% 20,8%
Allemagne 9,9% 9,9% 10,1% 10,4% 10,0% 1,1%
Pays-Bas 9,4% 11,1% 10,3% 10,8% 9,6% 1,7%
Ukraine 7,0% 6,1% 5,4% 4,1% 3,3% -53,1%
Italie 6,3% 6,2% 7,3% 7,2% 6,7% 5,5%
Belarus 5,3% 4,9% 4,6% 4,8% 5,3% -0,6%
Turquie 4,4% 4,6% 4,4% 4,7% 5,1% 16,5%
Etats-Unis 4,3% 3,8% 3,7% 4,3% 4,6% 6,5%
Japon 4,1% 4,2% 4,5% 4,6% 4,7% 14,7%
France 3,9% 3,3% 3,0% 2,7% 2,5% -34,4%
Pologne 3,9% 3,7% 3,8% 3,4% 3,0% -22,1%
Corée du Sud 3,4% 3,3% 3,4% 4,1% 3,9% 14,9%
Grande-Bretagne 2,9% 3,1% 3,3% 2,9% 2,4% -16,2%
Kazakhstan 2,8% 3,2% 3,2% 3,2% 3,4% 20,6%
Finlande 2,6% 2,3% 2,5% 2,4% 2,1% -17,8%
Total 81,6% 81,4% 81,4% 82,4% 80,5%

 

On constate immédiatement que 5 pays ont vu leur part dans le commerce extérieur de la Russie reculer. Il s’agit de l’Ukraine (dont le commerce avec la Russie était important en 2013) et qui subit de plein fouet les conséquences de la crise politique avec la Russie. L’impact sur l’économie ukrainienne de cette baisse a été très sévère. Mais, on constate aussi que certains pays de l’Union européenne voient leur part dans le commerce avec la Russie reculer substantiellement. C’est en particulier le cas de la France et de la Pologne, deux pays qui ont été frappés par les « contre-sanctions » visant les productions agricoles et agro-alimentaires prises par la Russie en rétorsion aux sanctions dont elle était la cible. On notera cependant que ceci n’affecte pas trois pays de l’UE, et probablement pour des raisons assez différentes.

L’Allemagne ne subit aucune conséquence des sanctions, et ceci très probablement parce que ses industriels ont adopté une politique très pragmatique à l’égard de la Russie, cherchant à contourner les mécanismes des sanctions, sans nul doute avec l’assentiment du gouvernement. Pour les Pays-Bas, la question est faussée car ce dernier pays reçoit une grande partie du gaz naturel russe avant de la revendre aux consommateurs finaux. Cela explique que les flux de commerce se maintiennent. Enfin, l’Italie a dû adopter une politique très semblable à celle de l’Allemagne, et les industriels italiens sont toujours bien présents, et très actifs, en Russie.

On notera aussi que des pays améliorent leur part dans le commerce extérieur russe. C’est, tout d’abord, le cas de la Chine et du Kazakhstan, mais qui relèvent de deux logiques différentes. La Russie a largement substitué le charbon du Kazakhstan au charbon ukrainien. Par contre, elle s’est globalement ouverte au commerce avec la Chine et a accru le volume de ses exportations de pétrole et de gaz vers ce pays. Le Japon et la Corée du Sud ont aussi vu leur part dans le commerce extérieur russe augmenter, ce qui correspond aussi au « tournant vers l’Asie » effectué par la Russie. Enfin, la Turquie, en dépit d’une période de conflit avec la Russie, s’est positionnée comme un exportateur de substitution sur les produits agricoles, au détriment de la France et de la Pologne.

III. Le coût des réajustements pour certains pays

On doit tenter maintenant de mesurer le coût de ces réajustements pour certains pays. Pour ce faire, il faut commencer par calculer les pertes en dollars par rapport au chiffre d’affaires de 2013 qui sont dû à la contraction générale du commerce extérieur de la Russie. Ces pertes se calculent en rapportant les montants des chiffres d’affaires de 2014 à 2017 à celui qu’ils avaient atteint en 2013.

Tableau 3

Montant des chiffres d’affaires par pays et pertes cumulées par rapport à 2013

2013 2014 2015 2016 2017 Pertes cumulées depuis 2014
Chine 99,08 94,63 64,08 61,83 82,05 -93,74
Allemagne 85,27 79,82 54,09 49,05 59,10 -99,04
Pays-Bas 81,39 89,40 54,83 51,27 56,73 -73,32
Ukraine 60,16 48,84 28,59 19,46 19,35 -124,39
Italie 54,63 49,57 38,85 33,90 39,52 -56,70
Belarus 45,83 39,35 24,69 22,58 31,24 -65,46
Turquie 37,72 37,02 23,62 22,11 30,11 -38,01
Etats-Unis 36,94 30,58 19,93 20,41 26,98 -49,87
Japon 35,21 33,80 24,00 21,54 27,69 -33,84
France 33,40 26,23 16,03 12,74 15,03 -63,58
Pologne 33,23 29,53 20,15 16,10 17,75 -49,39
Corée du Sud 29,60 26,88 18,17 19,17 23,31 -30,89
Grande-Bretagne 25,12 25,11 17,69 13,49 14,44 -29,74
Kazakhstan 24,34 25,59 16,94 15,06 20,11 -19,66
Finlande 22,35 18,35 13,47 11,17 12,60 -33,83

Unité : milliards de dollars

Source : Banque Centrale de Russie

Il convient, dès lors, de distinguer ce qui est dû à la contraction globale du commerce extérieur russe, et ce qui est dû aux ajustements des parts dans ce commerce extérieur. Pour ce faire, on propose de calculer un chiffre fictif du commerce extérieur, en appliquant aux années de 2014 à 2017 les proportions de 2013 puis de comparer ce chiffre avec le chiffre réel de chaque pays dans son commerce extérieur avec la Russie. Cette comparaison donnera alors une indication des pertes et des gains subits par chacun de ces pays en raison des modifications des flux du commerce extérieur de la Russie.

Tableau 4

Montants hypothétiques si les parts de 2013 avaient été conservées

(milliards de dollars des Etats-Unis)

2013 2014 2015 2016 2017
Chine 99,08 92,38 61,35 54,35 67,92
Allemagne 85,27 79,50 52,80 46,78 58,45
Pays-Bas 81,39 75,88 50,40 44,65 55,79
Ukraine 60,16 56,09 37,25 33,00 41,23
Italie 54,63 50,94 33,83 29,97 37,45
Belarus 45,83 42,73 28,38 25,14 31,41
Turquie 37,72 35,16 23,36 20,69 25,85
Etats-Unis 36,94 34,44 22,87 20,26 25,32
Japon 35,21 32,83 21,81 19,32 24,14
France 33,40 31,14 20,68 18,32 22,89
Pologne 33,23 30,98 20,58 18,23 22,78
Corée du Sud 29,60 27,60 18,33 16,24 20,29
Grande-Bretagne 25,12 23,42 15,55 13,78 17,22
Kazakhstan 24,34 22,69 15,07 13,35 16,68
Finlande 22,35 20,84 13,84 12,26 15,32

 

On obtient alors, pour les pertes cumulées de 2014 à 2017, à la fois le montant des pertes uniquement liées au changement de structure mais aussi l’impact moyen (réparti sur 4 ans) de cet impact par rapport au chiffre d’affaire de chaque pays. Cela donne le tableau suivant :

Tableau 5

Calcul de l’impact du changement de structure dans commerce de la Russie

Pertes cumulées depuis 2014(Tab. 3) Pertes ou gains théoriques cumulés liés au changement de structure(Tab. 4 – Tab. 3) Impact moyen (sur 4 ans) du changement de structures.1
Chine -93,74 26,60 6,7%
Allemagne -99,04 4,53 1,3%
Pays-Bas -73,32 25,53 7,8%
Ukraine -124,39 -51,33 -21,3%
Italie -56,70 9,66 4,4%
Belarus -65,46 -9,80 -5,3%
Turquie -38,01 7,80 5,2%
Etats-Unis -49,87 -5,00 -3,4%
Japon -33,84 8,93 6,3%
France -63,58 -23,01 -17,2%
Pologne -49,39 -9,04 -6,8%
Corée du Sud -30,89 5,07 4,3%
Grande-Bretagne -29,74 0,76 0,8%
Kazakhstan -19,66 9,90 10,2%
Finlande -33,83 -6,68 -7,5%

Les deux premières colonnes sont en milliards de dollars des Etats-Unis

Le Kazakhstan apparaît comme, en proportion, le grand gagnant du réajustement du commerce extérieur russe, suivi par la Chine, le Japon et la Turquie. Parmi les perdants, si l’Ukraine fait figure de « numéro 1 », la deuxième place revient à la France. Pour ce dernier pays, la perte annuelle moyenne liée au réajustement de la structure du commerce, et concernant pour l’essentiel les exportations vers la Russie se monte à 5,75 milliards de dollars, soit 0,2% du PIB de la France (nous importons peu de la Russie).

L’impact (positif ou négatif) du réajustement du commerce extérieur russe a été significatif pour un certain nombre de pays. Si, le Kazakhstan et les pays industrialisés d’Asie tirent leur épingle du jeu, des pays comme l’Ukraine, la France et la Pologne subissent de plein fouet les effets de ce réajustement. Pour la France, on peut estimer qu’entre les effets des « contre-sanctions » et la timidité des exportateurs dans un contexte marqué par les sanctions (et l’absence de soutien de la part du gouvernement), les pertes ont été importante et pourraient avoir eu un impact de 0,2% sur le PIB annuel de 2014 à 2017. Quand ont voit les montants de la croissance du PIB durant ces années, ce n’est donc pas négligeable.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-limpact-des-mesures-politiques-sur-le-commerce-avec-la-russie-par-jacques-sapir

/https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-limpact-des-mesures-politiques-sur-le-commerce-avec-la-russie-par-jacques-sapir/

Notes

1. Col.2/4) / (Col.1-Tab.3

Trappes (78) : l’islamisation toujours galopante, « la situation est pire que jamais », les jeunes agissent comme une police islamique

Trappes (78) : l’islamisation toujours galopante, « la situation est pire que jamais », les jeunes agissent comme une police islamique

Trappes, le «Molenbeek français», serait-il devenu un laboratoire de la lutte contre l’islam radical, comme semble l’indiquer le chef de l’État?

(…) À Trappes, la situation est pire que jamais, comme le confirme une note blanche «prévention de la radicalisation» dans la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines (incluant Trappes), sorte de synthèse brute d’informations glanées au cours des dix-huit derniers mois auprès des services de l’État, milieux associatifs ou dans divers rapports.

Sur place, on note un «sentiment que parler, c’est s’exposer, voire se mettre en danger». Les services de l’État s’inquiètent qu’il y ait moins de «signalements de jeunes radicalisés à Trappes que dans les autres villes du département au profil sociologique similaire: Mantes-la-Jolie et les Mureaux».

La note reprend enfin «des éléments factuels rapportés par les partenaires». Éléments qui dressent un portrait très inquiétant d’un secteur où «des commerces financent le radicalisme, une source de financement importante», où «le prosélytisme religieux» a pris une «dimension sociale et caritative» comme des «aides ponctuelles pour payer factures ou loyers», où «les jeunes de retour de Syrie sont des vecteurs déterminants» dans la radicalisation.

C’est sur la jeunesse que le constat est le plus alarmant: «augmentation de la pratique du jeûne pendant le ramadan parmi les enfants scolarisés en CM1/CM2 – jusqu’à 50 % dans certaines classes ;
augmentation des refus d’inscription à la cantine scolaire (classes élémentaires) au motif que la viande n’est pas halal ;
augmentation du port de tenues cultuelles (jupes longues) en collèges et aux lycées ;
refus croissant de participer à certaines activités scolaires comme le chant pour les filles ;
baisse de fréquentation des structures d’accueil des jeunes comme la Mission locale de Trappes».

Et d’évoquer les «témoignages de professionnels (éducateurs, enseignants, professionnels des maisons des parents…) qui font état de situations de confrontation ou de provocation comme le port du niqab chez des enfants ou des questions sur la société française et l’école qui ne permettent pas une pratique religieuse assidue.»

La jeunesse est également mise à contribution pour un «contrôle social intense et un maillage du territoire»: «Les enfants d’élémentaires rappellent à leurs pairs ce qui est autorisé ou pas, contrôle des allées et venues dans certains immeubles, rappel sur les tenues, les heures et lieux pour sortir (pour les filles) et les heures de prière (pour les garçons), porte-à-porte pour convaincre, recruter, rappeler à l’ordre».

Trappes n’est pas la seule touchée. Dans la ville voisine de La Verrière, on observe «le retrait des femmes musulmanes du marché du travail», «une logique communautaire forte, diffuse, permanente», des pressions pour financer une mosquée salafiste ou porter le voile.

Le Figaro

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/03/trappes-78-l-islamisation-toujours-galopante-la-situation-est-pire-que-jamais-les-jeunes-agissent-comme-une-police-islamique.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Un espion empoisonne un espion : y a-t-il un lien avec la campagne anti-Trump ?

Un espion empoisonne un espion : y a-t-il un lien avec la campagne anti-Trump ?


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 8 mars 2018

Dimanche, un ancien agent double russo-britannique et sa fille ont été grièvement blessés lors d’un mystérieux incident à Salisbury, en Angleterre. Le gouvernement britannique dit que tous les deux ont été « exposés à un agent innervant ». Les médias s’interrogent sur l’usage de Sarin et de VX, deux agents innervant mortels utilisés dans les armes chimiques. Des fonctionnaires qui préfèrent garder l’anonymat ne font pas mystère qu’à leurs yeux « la Russie est coupable ».

De nouveaux rapports mettent toutefois en lumière d’importantes connexions entre cet incident et la campagne de propagande anti-Trump/anti-Russie menée par l’administration Obama et par l’équipe de Hillary Clinton pendant sa campagne électorale.

Sergueï Skripal était au départ colonel dans un service de renseignement militaire russe. Au début des années 1990, il a été recruté par l’agent du MI6 Pablo Miller. Il a continué d’espionner pour les Britanniques après sa retraite en 1999. Le FSB russe prétend que le MI6 britannique lui a versé 100 000 dollars pour ses services. À cette époque, un officier russe ne gagnait que quelques centaines de dollars par mois. Skripal a finalement été démasqué en 2004 et deux ans plus tard il a été condamné pour espionnage pour le compte de la Grande-Bretagne. Il a été condamné à 18 ans de prison et en 2010, lui et d’autres agents ont été échangés dans un large accord d’échange d’espions entre les États-Unis et la Russie. Skripal s’est réfugié en Grande-Bretagne et il vit depuis à Salisbury, ouvertement et sous son propre nom. Sa femme et son fils sont morts de causes naturelles au cours des dernières années. Le seul proche parent qui lui reste est sa fille qui vit en Russie.

La semaine dernière, sa fille a pris l’avion pour la Grande-Bretagne et est venue le voir à Salisbury. Le dimanche, ils sont allés au pub et au restaurant. À un moment donné, ils ont été empoisonnés ou se sont empoisonnés eux-mêmes. Ils se sont effondrés sur un banc public. Ils sont maintenant en soins intensifs. Un policier qui est arrivé rapidement sur les lieux a également été sérieusement empoisonné.

Les autorités ont refusé de nommer la substance soupçonnée d’être à l’origine de l’empoisonnement, mais :

Lundi, les médias locaux ont rapporté que la substance trouvée sur les lieux ressemblait au fentanyl : un opioïde mortellement puissant qu’on peut se procurer même dans les rues tranquilles de Salisbury.

Le gouvernement britannique insinue que les Russes sont impliqués :

La tentative de meurtre de l’ex-espion russe Sergeuï Skripal et de sa fille, Ioulia, au moyen d’un agent innervant est un acte « impudent et irresponsable » a déclaré Amber Rudd.

M. Skripal et sa fille sont toujours gravement malades après avoir été retrouvés inconscients sur un banc dans le centre-ville de Salisbury dimanche. (…)

Mme Rudd a déclaré aux députés qu’il s’agissait d’un « crime scandaleux » et ajouté que le gouvernement « agirait sans hésitation à mesure que les faits seraient établi ».

Elle a refusé de spéculer sur le fait que l’État russe aurait pu être impliqué dans l’attaque, affirmant que l’enquête de la police devrait être basée sur des « faits et non sur des rumeurs ».

Pendant que le gouvernement britannique prépare les faits dont il a besoin, posons-nous la question toujours essentielle du mobile.

Ce ne peut pas être une vengeance russe contre Skripal pour son double-jeu passé. L’espion a été incarcéré dans des prisons russes pendant quatre ans et vit ouvertement à Salisbury depuis huit ans. Pourquoi attendre si longtemps pour le tuer ? De plus, la Russie n’a certainement pas besoin de davantage de propagande anti-russe dans les médias « occidentaux ». Si un service russe voulait tuer quelqu’un, il le ferait beaucoup plus discrètement.

L’ancien ambassadeur britannique Craig Murray soupçonne un autre mobile et un autre coupable :

Craig Murray @CraigMurrayOrg – 10:21 – 8 mar 2018

« La russophobie est extrêmement profitable aux industries de l’armement, de la sécurité et de l’espionnage, et la russophobie renforce la loyauté des électeurs intellectuellement limités pour les conservateurs. Le motif le plus convaincant de l’attaque Skripal est la volonté d’attiser la russophobie. »

L’ambassadeur Murray souligne également que Salisbury, où l’incident s’est produit, se trouve à seulement 15 km de Porton Down, un site d’essais d’armes chimiques géré par le gouvernement britannique. Comme l’a noté la BBC dans un reportage sur cet endroit :

« …. des agents chimiques tels que le VX et le gaz moutarde sont toujours fabriqués là… »

Mais je crois que Craig Murray se trompe. La russophobie peut être attisée sans prendre la peine de tuer publiquement un espion à la retraite et sa fille.

Il y a plus de chances de trouver un mobile dans le rapport étroit qui unit l’incident à une autre affaire importante. Selon le Telegraph britannique aujourd’hui :

« Un consultant en sécurité qui a travaillé pour la firme qui a monté le dossier controversé sur Donald Trump était un proche de l’agent double russe qui a été empoisonné le week-end dernier, d’après ce qu’on dit.

Le consultant, dont le Telegraph refuse de donner le nom, habitait près de chez le Colonel Skripal et le connaissait depuis quelque temps. »

(…)

Le Telegraph dit que le Colonel Skripal a déménagé à Salisbury en 2010 dans le cadre d’un échange d’espions et qu’il est devenu l’ami d’un consultant en sécurité employé par Christopher Steele qui a monté le dossier sur Trump.

Le consultant en sécurité britannique, selon un compte du réseau social LinkedIn qui vient d’être supprimé d’Internet, est également basé à Salisbury.

Sur le même compte LinkedIn, l’homme avait écrit qu’il avait travaillé pour Orbis Business Intelligence, selon les rapports.

Meduza a donné le nom de l’homme que le Telegraph refusait de nommer. Il s’agit de :

« Pablo Miller, qui à l’époque se faisait passer pour Antonio Alvarez de Hidalgo et travaillait à l’ambassade de Grande-Bretagne à Tallinn. Le Service fédéral de sécurité russe a déclaré que Miller était en fait un agent infiltré du MI6 chargé de recruter des Russes. »

Orbis est l’entreprise de Christopher Steele et Sergueï Skripal était un agent avec lequel Steele lui-même était probablement impliqué :

« Steele a passé plus de vingt ans au MI6, et la plupart de ses missions portaient sur la Russie. Pendant trois ans, dans les années 1990, il a espionné à Moscou sous couverture diplomatique. Entre 2006 et 2009, il a dirigé le bureau russe du service au siège du MI6 à Londres. Il parlait couramment le russe et était considéré par tout le monde comme un expert de ce pays. »

Steele était un agent sous couverture du MI6 à Moscou quand Skripal a été recruté et a communiqué des secrets russes au MI6. Il a aussi dirigé le bureau de Russie, donc tout ce qui concerne Skripal est passé par lui. Il est très probable qu’ils se connaissaient personnellement. Pablo Miller, qui travaillait pour la firme de Steele, vivait dans la même ville que Skripal et les deux hommes semblent être devenus amis après que Miller a recruté Skripal. Miller ou quelqu’un d’autre a tenté de dissimuler le lien avec Steele en supprimant le compte LinkedIn.

Voici quelques questions qu’on peut se poser :

  • Skripal a-t-il aidé Steele à monter le « dossier » sur Trump ?
  • Les anciennes connexions de Skripal ont-elles été utilisées pour contacter d’autres personnes en Russie et leur poser des questions sur les basses œuvres de Trump ?
  • Skripal a-t-il menacé de tout révéler ?

S’il y a un lien entre le dossier Steele et Skripal, ce qui me semble très probable, alors il y a un certain nombre de personnes et d’organisations qui pourraient vouloir le tuer. Beaucoup de gens et d’officiels douteux des deux côtés de l’Atlantique ont participé au lancement et au déroulement de la campagne anti-Trump/anti-Russie. Il y a plusieurs enquêtes en cours, et il se pourrait qu’un jour, du linge très très sale soit déballé. Supprimer Skripal tout en en accusant la Russie apparaît comme un moyen fort commode de se débarrasser d’un témoin potentiellement gênant.

Le point le plus curieux dans l’affaire est la visite de la fille. Elle venait tout juste d’arriver de Moscou pour rendre visite à son père esseulé quand tous deux ont été empoisonnés d’une manière plutôt spectaculaire. Il doit y avoir une raison pour laquelle elle a été impliquée là-dedans.

  • Lui apportait-elle de mauvaises nouvelles ?
  • Ont-ils décidé que le suicide était la seule issue ?
  • Le Fentanyl a-t-il été acheté localement comme l’a rapporté la presse locale ?

Ou

  • Le vieillard esseulé Sergueï Skripal se préparait-il à retourner dans son pays natal, la Russie ?
  • A-t-il offert, pour se faire pardonner, une sorte de « cadeau » au gouvernement russe que sa fille devait rapporter à Moscou ?
  • Quelqu’un l’a-t-il découvert et voulu l’empêcher ?

Toutes ces questions ne sont que des spéculations. Mais le lien entre Steele et Skripal est bien trop profond pour n’avoir aucun rapport avec cette affaire. Il mérite certainement d’être approfondi.

Malheureusement, il est probable que le gouvernement britannique et son cousin américain vont concocter une nouvelle histoire pour expliquer que « la Russie est coupable » que les gens crédules avaleront tout ça et que ça en restera là. Dans l’histoire qu’il racontera, il y aura un complot russe « impudent et irresponsable »  et une tentative « scandaleuse » de la part de Poutine lui-même de tuer publiquement un ami des Anglais avec des armes de destruction massive très dangereuses. Cela servira ensuite à créer de nouvelles tensions, à imposer davantage de sanctions à la Russie et à vendre davantage d’armes.

Mais il est peu probable que cette histoire officielle soit la vraie.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/un-espion-empoisonne-un-espion-y-a-t-il-un-lien-avec-la-campagne-anti-trump

 

Les Russes ont-ils besoin d’un chasseur de cinquième génération ?

Les Russes ont-ils besoin d’un chasseur de cinquième génération ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par The Saker – Le 2 mars 2018 – Source thesaker

Lorsque j’ai reçu un courriel d’un ami me disant qu’une paire de Su-57 a été vue atterrir à la base des Forces aérospatiales russes à Kheimim, en Syrie, j’ai immédiatement rejeté cela comme un faux. La liste des raisons pour lesquelles cela ne pourrait pas être vrai prendrait des pages. Je le savais, alors j’ai simplement répondu : « C‘est un faux » et je l’ai oublié.

Mais au cours des deux jours suivants, cette histoire a été reprise par divers sites Web et blogueurs, et cela n’avait toujours aucun sens. Pourtant, ce qui me rendait vraiment perplexe, c’était que les sources officielles russes ne rejetaient pas l’histoire, mais choisissaient de garder le silence. Ensuite, deux autres Su-57 ont été signalés. Et puis, soudainement, les médias russes ont été inondés d’histoires sur la façon dont les Su-57 ont été envoyés en Syrie en « représailles » pour le meurtre de PMC [mercenaires sous contrat] russes par les États-Unis ; que les Su-57 avaient totalement rasé la Ghouta orientale en tuant environ « 2000 Américains ». C’était vraiment un non-sens total donc j’ai décidé de découvrir ce qui s’est vraiment passé et, jusqu’ici, voici ce que j’ai découvert.

Tout d’abord, assez bizarrement, les rapports sur les Su-57 en Syrie sont vrais. Certains disent deux avions, d’autres disent quatre (sur un total actuel de 13). Peu importe vraiment, ce qui importe, c’est que le déploiement de quelques Su-57 en Syrie est un fait et que cela représente un changement radical par rapport à la pratique russe (et soviétique) normale.

Présentation du Sukhoi 57, chasseur multi-rôle de 5e génération

Le Su-57 (aka PAK-FA, aka T-50) est le premier véritable avion multi-rôle de 5e génération produit par la Russie. Tous les autres avions russes multi-rôles et de supériorité aérienne précédemment déployés en Syrie (tels que le Su-30SM et le Su-35S) sont des avions de 4e ++ génération, pas de 5e génération. On pourrait être pardonné de penser que 4 ++ est terriblement proche de 5e, mais ce n’est vraiment pas le cas. Les avions de 4 ++ sont en réalité des avions de 4e génération mis à niveau avec un certain nombre de systèmes et de capacités typiquement associés à une 5e génération, mais ils manquent tous de plusieurs composants clés d’un véritable avion de 5e génération tels que :

  • Une faible signature radar (« furtif ») ;
  • La capacité de voler à des vitesses supersoniques sans utiliser la post-combustion ;
  • La capacité de porter des armes à l’intérieur d’une baie d’armes spéciale (par opposition à l’extérieur, sous ses ailes ou son corps) ;
  • Une capacité avancée de « reconnaissance de la situation » (réseau-centrique) (capteurs et fusion des données externes).

Pour faire court, la différence entre les avions de 4e et 5e génération est vraiment énorme et ne nécessite pas un, mais plusieurs sauts technologiques très complexes, en particulier dans les intégrations de nombreux systèmes sophistiqués.

Le seul pays qui dispose actuellement d’un véritable chasseur de 5e génération sont les États-Unis avec leur F-22. En théorie, les États-Unis ont également un autre chasseur de 5génération, le F-35, mais ce dernier est vraiment mal conçu et a d’immenses problèmes, nous pouvons pratiquement l’ignorer pour notre analyse. Pour le moment, le F-22 est le seul vrai candidat : testé en profondeur et entièrement déployé en nombre substantiel.

Le Su-57 russe est encore à des années d’être en mesure de l’égaler, car il n’a pas été testé en profondeur ni déployé en nombre substantiel. Cela ne veut pas dire que les Russes ne rattrapent pas très vite, ils le font, mais pour le moment, le Su-57 n’a fait que terminer la première phase de tests.

La procédure soviétique/russe normale aurait dû être à ce moment d’envoyer quelques avions à la base des Forces aérospatiales russes (RAF) à Lipetsk pour familiariser les équipages militaires avec l’avion et continuer les essais tout en recevant les commentaires, non pas des pilotes d’essai mais des instructeurs de combat aérien réel. Cette deuxième phase de tests pourrait facilement durer six mois ou plus et révéler un très grand nombre de problèmes mineurs dont beaucoup pourraient avoir des conséquences très graves dans un déploiement en combat réel.

En d’autres termes, le Su-57 est encore très brut et nécessite probablement beaucoup de réglages avant de pouvoir être envoyé au combat. Comment ça, brut ? Juste un exemple : à ce jour, seul l’un des Su-57 actuellement disponibles vole avec les nouveaux moteurs supercruise [capables de se passer de post-combustion], tous les autres utilisent un moteur de 4e génération. Ce n’est pas un gros problème, mais cela montre que beaucoup de travail reste à faire sur cet appareil avant qu’il ne devienne complètement opérationnel.

L’idée que les Russes ont envoyé le Su-57 en Syrie pour rivaliser avec les F-22 ou participer autrement au combat est ridicule. Alors que, sur le papier, le Su-57 est encore plus avancé et capable que le F-22, en réalité, le Su-57 ne représente aucune menace crédible pour les forces américaines en Syrie (si les Russes voulaient vraiment effrayer les Américains, ils auraient pu, par exemple, décider de garder une paire de MiG-31BM en patrouille aérienne de combat 24/7 sur la Syrie).

Les rapports russes sur ces avions pilonnant la Ghouta ou tuant des milliers d’Américains ne sont rien de plus qu’une propagande bon marché et incendiaire de nationalistes russes ignorants qui ne semblent pas réaliser que l’anéantissement des centres urbains n’est même pas la mission théorique du Su-57. En fait, dès que ces rapports loufoques sont apparus, les analystes russes les ont immédiatement rejetés comme des absurdités.

Mais, par ailleurs, l’absurdité n’est pas le monopole des nationalistes russes. Les gens du National Interest [magazine néocon US bimensuel sur les affaires internationales] ont publié un article (initialement publié sur le blog The War is Boring) qui a essentiellement discrédité le Su-57 comme un projet raté et mort, et son déploiement en Syrie comme une farce (je devrais tirer mon chapeau aux commentateurs de cet article de National Interest, qui ont immédiatement démasqué la nature totalement ridicule de cet article et se sont demandés si Lockheed avait payé pour cela).

D’un autre côté, dans le spectre de la folie occidentale, nous avons le Daily Express du Royaume-Uni qui a écrit que Vladimir Poutine avait envoyé son « redoutable Su-57 à la pointe de la technologie » dans la zone de guerre syrienne. Tout comme avec le Kouznetsov [porte-avion russe], les médias sionistes ne peuvent pas décider si un matériel russe est un tas de ferraille désuet et inutile ou une menace terrifiante qui devrait empêcher le monde entier de dormir. Peut-être les deux en même temps ? Avec les narcissiques paranoïaques, vous ne pouvez pas savoir.

Enfin, l’idée que Poutine a (personnellement ?) envoyé ces quatre avions en Syrie pour l’aider dans sa campagne de réélection (colportée par les russophobes de Ha’aretz) est également dépourvue de toute vérité et me fait me demander si ceux qui écrivent cela, ce genre de merde, sont même au courant des chiffres de popularité de Poutine.

Alors que se passe-t-il vraiment ?

Eh bien, franchement, c’est difficile à dire, et les responsables russes s’en moquent. Pourtant, divers analystes russes bien informés ont proposé des hypothèses éclairées quant à ce qui se passe. La version courte est la suivante : les Su-57 n’ont été envoyés en Syrie que pour tester leur avionique dans un environnement de combat riche en ondes électromagnétiques. La version plus détaillée serait quelque chose comme ceci : le Su-57 dispose d’une suite avionique extrêmement complexe et entièrement intégrée qui comprendra trois radars à balayage électronique actif à bande X (8-12 GHz) (AESA) (un principal, deux latéraux), deux autres radars à balayage électronique actif à bande L (1-2 GHz) dans les extensions de bord d’attaque de l’aile, plus un système de localisation électro-optique intégré (travaillant dans les fréquences infrarouges, visibles et ultraviolettes).

Tous ces capteurs sont fusionnés (5 radars, 2 bandes et une optique passive) et les données reçues sont ensuite combinées par le logiciel de guerre électronique avancé du Su-57 avec les données cryptées en provenance d’une liaison à haute vitesse connectant l’avion à d’autres aéronefs, ainsi qu’à des capteurs au sol. Ce n’est pas sans rappeler ce que les États-Unis tentent de réaliser avec le F-35, mais à un niveau encore plus complexe (même si, en théorie, le F-35 est un avion relativement plus simple et beaucoup moins performant).

On peut être intéressé à tester tout ce matériel dans un environnement riche en radiations comme le ciel syrien où les Russes ont des systèmes avancés (S-400, A-50U, etc.) et où les USA et Israël produisent également beaucoup de signaux très intéressants (y compris les AWACS américains et israéliens, les F-22 et les F-35, etc.).

Recréer un tel environnement riche en radiations en Russie serait très difficile et peut-être même impossible. La question est de savoir si cela vaut le risque.

Les risques de ce déploiement en Syrie sont très réels et très graves. Autant que je sache, il n’y a pas encore d’abri anti-bombes et la Russie a récemment perdu un certain nombre d’avions (certains pas totalement, d’autres totalement) lorsque les bons terroristes ont utilisé des mortiers contre la base de Khmeimim. Alors maintenant, nous avons quatre Su-57 (sur combien en tout, peut-être 12 ou 13 ?), Chacun vaut 50 à 100 millions de dollars et se trouve à ciel ouvert dans une zone de guerre ! Qu’en est-il de la sécurité opérationnelle ? Qu’en est-il de la sécurité de la base ?

Il y a aussi un risque politique. Il est bien connu que les États-Unis ont exercé une immense pression politique sur l’Inde pour qu’elle se retire du développement conjoint avec la Russie du programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft) ou PMF (Perspective Multi-Role Fighter). Pour aggraver les choses, l’Inde a actuellement trop de programmes d’avions en parallèle et il y aurait, semble-t-il, des désaccords entre les Russes et les Indiens sur les caractéristiques de conception. Avec le désastre apparemment sans fin du F-35, la dernière chose dont les États-Unis ont besoin est un concurrent russe de 5e génération qui se présente partout dans le monde (en particulier celui qui a le potentiel de surpasser de loin le succès du F-22 et le F-35 désastreux). On peut facilement imaginer ce que fera la machine de propagande anglo-sioniste même si un problème mineur arrive au Su-57 en Syrie (lisez l’article sur National Interest cité ci-dessus pour voir ce qu’est l’esprit en Occident) !

Le Su-57 a aussi des concurrents redoutables à l’intérieur de la Russie : l’avion de génération 4 ++ mentionné ci-dessus, en particulier le Su-35S. Ici nous avons une dynamique similaire à celle du F-22. Alors que sur le papier le Su-57 est nettement supérieur au Su-35S, dans le monde réel le Su-35S est un système bien testé et déployé qui, contrairement au F-22, se trouve être aussi beaucoup moins cher que le Su-57 (le F-22 étant au moins deux fois plus cher que le Su-57). Cette question est particulièrement pertinente pour le marché intérieur russe. La vraie question pour l’armée de l’air russe (RAF) est simple : la Russie a-t-elle vraiment besoin du Su-57 et, si oui, combien ?

C’est une question très complexe, techniquement et politiquement, et même tenter d’y répondre est difficile. Beaucoup d’hypothèses très discutables doivent être faites sur le genre de menaces auxquelles la RAF devra faire face à l’avenir et sur le type de missions qui lui seront confiées. Le plus gros problème pour les Russes est qu’ils disposent déjà d’une panoplie d’avions de combat extrêmement performants, notamment le Su-35S et le redoutable Su-34. La Russie devrait-elle en déployer davantage ou devrait-elle mettre d’énormes ressources dans un nouvel avion très complexe et avancé ? La plupart des analystes russes seraient probablement d’accord sur le fait que la Russie doit être en mesure de déployer un nombre minimal de vrais avions de combat de la 5e génération, mais ils seraient probablement en désaccord sur ce que devrait être exactement ce nombre minimal. Les avions de génération 4 ++ actuels sont très réussis et plus que des rivaux pour leurs homologues occidentaux, à l’exception possible du F-22. Mais est-il probable que les Russes et les Américains vont vraiment déclencher une guerre ?

En outre, le résultat réel d’un face à face théorique du Su-35S et du F-22 (sur lequel tant de blogueurs aiment spéculer) dépendra beaucoup plus de la tactique et des scénarios d’engagement que des capacités réelles de ces avions. En outre, si les Su-35 et les F-22 devaient même être utilisés agressivement l’un contre l’autre, beaucoup dépendrait de ce qui se passe réellement autour d’eux et où exactement cet engagement aurait lieu. De plus, même pour étudier théoriquement ce problème, nous aurions besoin de comparer non seulement l’avion mais aussi ses armes. Je soutiens que le résultat de tout engagement Su-35S contre F-22 serait impossible à prévoir (à moins que vous ne soyez un patriote agitant des drapeaux, auquel cas vous serez, bien sûr, absolument certain que votre camp gagnera). Si je ne me trompe pas, cela signifie qu’il n’y a aucun argument convaincant pour dire que la Russie a besoin de déployer des Su-57 en grand nombre ou que la combinaison de supériorité aérienne du Su-30SM et du Su-35S est plus que suffisant pour dissuader les Américains.

Aparté : 
C'est un problème récurrent pour les armes et systèmes d'armes russes : être tellement bons qu'il y a peu d'intérêt à produire quelque chose de nouveau. Le meilleur exemple en est la célèbre AK-47 Kalachnikov qui a été modernisée à quelques reprises, comme l'AKM-74, mais qui attend encore d'être remplacée par un fusil d'assaut fondamentalement nouveau et vraiment différent. Il y a beaucoup de bons candidats pour cela, mais à chaque fois on doit se demander si la différence de prix en vaut la peine. L'original Su-27 (introduit en 1985) a été un tel succès qu'il a servi de base à une longue série de variantes extrêmement réussies, y compris celles que nous voyons maintenant en Syrie, le Su-30SM, le Su-35S et même l'incroyable Su-34 (qui n'a encore aucun équivalent dans le monde). Parfois, une arme ou un système d'arme peut même être trop efficace et créer un problème pour les futurs efforts de modernisation.

Quoi qu’il en soit, l’avenir du Su-57 est loin d’être garanti et cela pourrait aussi, en partie, expliquer la décision d’envoyer quelques-uns d’entre eux en Syrie : non seulement pour tester sa suite avionique, mais aussi pour marquer un succès de relations publiques en augmentant sa visibilité et, surtout, le rôle symbolique de l’avion.

Les autorités russes ont admis que le déploiement en Syrie devait coïncider avec la célébration de la journée du « Défenseur de la patrie ». Ce genre de mouvement rompt avec les procédures soviétiques/russes normales et je dois admettre que je suis très mal à l’aise avec cette idée et même si je n’irais pas jusqu’à l’appeler une « farce » (comme dans l’article de National Interest) ça ressemble à une acrobatie de relations publiques pour moi. Et je me demande : si les Russes prennent un tel risque, qu’est-ce qui conduit à un tel sentiment d’urgence ? Je ne crois pas que quiconque en Russie pense sérieusement que les États-Unis seront dissuadés ou même impressionnés par ce déploiement franchement hâtif. Je soupçonne donc que ce développement est lié à l’incertitude de l’avenir du programme d’approvisionnement du Su-57. Heureusement, les risques seront payants et le Su-57 effectuera tous les tests d’avionique dont il a besoin, et obtiendra tous les contrats de financement et d’exportation dont il a besoin.

Addendum : Au moment où j’écrivais ces mots, les Russes ont annoncé (voir ici et ici ) que les images satellites israéliennes étaient fausses, que les Su-57 sont restés seulement deux jours en Syrie et qu’ils ont été rapatriés en Russie. Deux jours ? Franchement, je marche pas. Pour moi ça ressemble à une action de relations publiques qui a maintenant entraîné un retour de flamme, y compris dans les médias sociaux russes, et que la Russie a décidé de ramener ces avions à la maison. Maintenant ça me semble une bonne idée.

The Saker

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-russes-ont-ils-besoin-dun-chasseur-de-cinquieme-generation

 

Éclairage

Éclairage


Par James Howard Kunstler – Le 5 mars 2018 – Source kunstler.com

Batman is Poutin, Robin is Medvendev

Il doit être difficile pour les éditeurs du New York Times de se motiver jour après jour dans leurs efforts pour démarrer la troisième guerre mondiale. L’histoire d’aujourd’hui, La menace russe sur deux fronts rencontre le vide stratégique aux États-Unis, vise à continuer d’élever l’hystérie ambiante au sujet d’un différentiel qualitatif sur des missiles et la peur de l’ingérence russe dans les élections de 2018 à mi-mandat.

La vision du monde du New York Times commence à ressembler au scénario d’un Batman avec Vlad Poutine dans le rôle du Joker psychopathe caquetant qui doit être arrêté à tout prix ! Les généraux américains ont allumé la balise de signal de Batman, mais Donald Trump dans le rôle du sauveur masqué, se planque en tremblotant dans le splendide isolement de sa Bat Caverne au 1600 Penn Avenue, souffrant encore d’une de ses crises d’identité bipolaire sans fin. Pour l’amour de Dieu, hurle le NY Times, fais quelque chose ! Les Russes arrivent ! (Le chef de la police de Gotham City, Hillary Clinton a dit exactement cela la semaine dernière dans un Tweet !).

Je pense qu’ils ont mal compris le message récent de M. Poutine quand il a annoncé une nouvelle technologie de missile hypersonique qui, supposément, passerait au travers de n’importe quelle défense antimissile américaine imaginable. Le message actuel, pour les non-déficients mentaux surnageant encore dans cette idiocratie boiteuse qui se prétend république, était le suivant : La guerre nucléaire reste impensable, alors arrêtez de bien vouloir y penser.

L’autre position stratégique de M. Poutine est également dénaturée – en fait, pas même reconnue – dans l’explosion de la propagande du NYT lundi, à savoir décourager la politique de changement de régime des États-Unis, ici et là, partout sur la planète, créant une chaine d’États défaillants les uns après les autres. En tant que  patriote américain, je dois dire que ce sont deux propositions admirables. Est-il stupide d’ajouter que la guerre atomique ne profitera à personne ? Ou que le monde en a assez de l’ingérence militaire américaine dans les pays étrangers ?

Bien sûr, l’histoire usée de l’ingérence russe lors des élections de 2016 occupe toujours l’anneau central du cirque politique américain. L’histoire du jour du New York Times comprend une autre tentative maladroite d’établir des attentes selon lesquelles les élections de 2018 à mi-mandat seront piratées par la Russie, afin de maintenir l’hystérie au niveau code rouge. Comme d’habitude, la proposition suppose que le prétendu piratage de 2016 est à la fois prouvé et significatif alors que, depuis deux ans, il n’y a aucune preuve de piratage au delà d’une ferme de trolls sur Facebook, manifestement peuplée d’amateurs. (Et, en passant, comment cela se compare-t-il au renversement sous couverture en 2014 du président ukrainien Viktor Ianoukovitch ? Là, on peut parler d’ingérence).

[…] Dans des déclarations publiques ces dernières semaines, les principaux responsables du renseignement de M. Trump ont admis que le président n’avait pas encore discuté de stratégies avec eux pour empêcher les Russes d’intervenir dans les élections de mi-mandat cette année. M. Trump a exprimé de sérieux doutes quant à l’ingérence des Russes en 2016, contredisant les conclusions de ses responsables du renseignement.

Par inférence, le New York Times ne doute pas que l’élection de 2016 a été fatalement hackée pour vaincre son candidat préféré – bien qu’il y ait de nombreuses raisons de supposer que toute l’histoire d’« ingérence russe » ait été un produit psychologique mensonger fabriqué par la CIA de John O. Brennan. Il y a seulement quelques mois, le NY Times et les réseaux d’information criaient que le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche (le général Flynn) avait été surpris en train de parler avec l’ambassadeur de Russie – comme si les ambassadeurs étrangers venaient pour d’autres raisons que garder ouverts les canaux de communication avec les responsables américains.

Ce qui se passe ici fait que la peur du Rouge des années 1920 et l’épisode McCarthy du début des années 50 ont l’air bien calmes en comparaison. Il est raisonnable de supposer que les responsables de n’importe quel pays étranger qui observent le spectacle lugubre qui se déroule ici concluront que les États-Unis ont perdu la tête. Quelqu’un s’il vous plaît pour nous emmener à la chambre d’hydrothérapie !

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Liens

Dedefensa : Justin Kunstler face à Poutine

http://lesakerfrancophone.fr/eclairage

 

Moderniser le marché des jeux d’argent tout en maintenant les contrôles : oui à la loi sur les jeux d’argent

Moderniser le marché des jeux d’argent tout en maintenant les contrôles : oui à la loi sur les jeux d’argent

Berne, 12.03.2018 – Les jeux d’argent sont un divertissement répandu. Mais ils comportent aussi des dangers : manipulation de compétitions sportives, escroquerie, dépendance au jeu. Aussi est-il important que la Suisse continue de réglementer et de contrôler le marché des jeux d’argent à l’ère d’internet également. C’est la garantie qu’offre la nouvelle loi fédérale sur les jeux d’argent. Elle protège les consommateurs des offres qui ne sont soumises à aucun contrôle car non autorisées et veille à ce que les exploitants des jeux autorisés ne conservent pas intégralement leurs bénéfices mais contribuent financièrement à l’AVS/AI, au sport, à la culture et à des buts sociaux. Le Conseil fédéral, le Parlement et les cantons recommandent dès lors de voter oui à la loi sur les jeux d’argent le 10 juin prochain.

Le 11 mars 2012, 87 % des votants et tous les cantons ont accepté un nouvel article constitutionnel sur les jeux d’argent. En septembre 2017, le Parlement a adopté la loi fédérale sur les jeux d’argent, qui met en œuvre la nouvelle norme constitutionnelle et doit remplacer la législation actuelle, devenue obsolète. La nouvelle loi consacre les principes qui ont fait l’efficacité de la politique menée depuis près d’un siècle et impose des conditions claires et des contrôles : qui veut exploiter des jeux d’argent en Suisse doit respecter le droit suisse, empêcher le jeu excessif, l’escroquerie et le blanchiment d’argent, et contribuer financièrement au bien commun.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, cheffe du Département fédéral de justice et police, a présenté les arguments du Conseil fédéral en faveur de la nouvelle loi. Elle était accompagnée du conseiller d’État Hans-Jürg Käser, président de la Conférence spécialisée des membres de gouvernements concernés par la loi sur les loteries et le marché des loteries (CDCM). Monsieur Käser a relevé que la nouvelle loi était tout particulièrement importante pour les cantons : elle confirme leur responsabilité s’agissant des loteries et des paris sportifs et prévoit des innovations importantes, en leur permettant par exemple d’autoriser des petits tournois de poker. Les bénéfices nets des loteries et des paris sportifs continueront d’être affectés entièrement à des buts d’utilité publique, notamment dans les domaines culturel, social et sportif. Matthias Remund, directeur de l’Office fédéral des sports (OFSPO), a souligné combien le sport dépend de ces contributions et expliqué que la loi crée la base pour lutter contre la manipulation de manifestations sportives destinées à influencer l’issue de paris sportifs.

Tenir compte des réalités du numérique

La loi sur les jeux d’argent tient compte de la réalité du numérique et autorise de nouvelles offres de jeu sur internet. Ce domaine sera encadré lui aussi par des règles strictes : la loi prévoit notamment d’empêcher l’accès aux offres qui n’ont pas été autorisées en Suisse. Les sociétés qui proposent ces jeux non autorisés ne contribuent en rien au bien commun de la Suisse. Elles ne sont pas non plus tenues de prendre des mesures pour prévenir la dépendance au jeu, l’escroquerie ou le blanchiment d’argent.

Afin de tenir à distance du marché suisse, y compris dans le domaine des jeux en ligne, les exploitants qui ne disposent pas de l’autorisation d’opérer sur le territoire suisse, la nouvelle loi sur les jeux d’argent prévoit donc de bloquer l’accès aux offres de jeu illégales. La Suisse suit en cela l’exemple de 17 autres États européens. Bloquer l’accès à un site de jeux non autorisé ne signifie toutefois pas empêcher quelqu’un d’accéder à une information ou d’exprimer librement une opinion. Les libertés d’opinion et d’information ne seront aucunement restreintes. Comme l’a indiqué la cheffe du DFJP, la population demande simplement que le régime d’autorisation des jeux d’argent inscrit dans la Constitution soit étendu aux jeux en ligne.

Protection renforcée contre les dangers

La protection et la prévention sont aussi intensifiées. La dépendance au jeu peut avoir des conséquences dévastatrices, pour les joueurs eux-mêmes, mais aussi pour leur entourage. La nouvelle loi renforce donc la protection contre le jeu excessif. Comme les maisons de jeu, les sociétés de loterie devront à l’avenir exclure des jeux les personnes dépendantes. La protection des consommateurs contre les escroqueries est aussi assurée puisque seuls auront accès au marché suisse les opérateurs qui se conforment à la législation suisse. Il s’agit là d’une contribution importante à la prévention.

La lutte contre le blanchiment d’argent est également renforcée, car un plus grand nombre d’exploitants de jeux seront soumis à la loi sur le blanchiment d’argent. Le danger de manipulation de paris sportifs et, partant, des compétitions sur lesquelles ils portent est réduit. La nouvelle loi rend les jeux d’argent globalement plus sûrs et plus transparents.

Davantage de recettes en faveur du bien commun

Chaque année, près d’un milliard de francs issus des jeux de casino, des paris sportifs et des loteries reviennent à l’AVS/AI (2016 : 276 millions de francs), aux cantons d’implantation des maisons de jeu (2016 : 47 millions de francs) et à un grand nombre d’organisations d’utilité publique (2016 : 630 millions de francs). La loi garantit que tous les opérateurs de jeux titulaires d’une autorisation ou d’une concession continuent de contribuer financièrement au bien commun.

Des innovations sont aussi prévues : les maisons de jeu qui disposent d’une concession pourront désormais proposer leurs jeux – comme la roulette, le black-jack ou le poker – en ligne également, et les sociétés de loterie offrir de nouvelles formes de paris sportifs. En outre, les petits tournois de poker pourront avoir lieu en dehors des maisons de jeu pour autant que l’exploitant dispose de l’autorisation requise.

Autre élément nouveau : dans la plupart des cas, les joueurs ne seront pas imposés sur leurs gains ; les gains de loterie, par exemple, seront exonérés jusqu’à un million de francs. Les offres autorisées seront ainsi plus attrayantes. Tous ces changements permettront de dégager davantage de moyens supplémentaires qui seront affectés au bien commun. Les sommes pourraient aller jusqu’à 300 millions de francs par an à moyen terme selon les estimations de Swisslos, premier opérateur de jeux d’argent sur le marché suisse.


Adresse pour l’envoi de questions

Service d’information DFJP, T +41 58 462 18 18


Auteur

Département fédéral de justice et police
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Poutine ne fait pas que de l’esbroufe nucléaire : ses arguments sont bien réels

Poutine ne fait pas que de l’esbroufe nucléaire : ses arguments sont bien réels


Par F. William Engdahl – Le 5 mars 2018 – Source New Eastern Outlook

937856345

Le discours annuel du président Russe Vladimir Poutine, le 1er mars 2018, adressé à l’Assemblée fédérale russe et diffusé à la Nation via la télévision, contient une section au sujet des technologies militaires russes innovantes, que les médias pro-OTAN ont préféré minimiser comme constituant ou bien un stratagème propagandiste, ou bien une acrobatie rhétorique de campagne. Compte tenu des allusions aux développements technologiques militaires russes dévoilés en plus sur le théâtre de guerre syrien depuis septembre 2015, Washington ignore ce qui constitue clairement un développement stratégique bouleversant les règles du jeu. Et ceci transforme en gâchis les centaines de milliards de dollars de la soi-disant technologie de défense missilière américaine qui est en train d’être mise en place depuis la Corée du Sud, le Japon et jusqu’à la Pologne et au-delà, rien de plus que de l’argent du budget de défense du Pentagone jeté par les fenêtres.

La section relative à la sécurité militaire, au sein d’un discours de deux heures de Poutine, prononcé face à l’Assemblée fédérale russe le 1er mars, commence environ à ses deux tiers [à partir de 1h15 dans la vidéo officielle du discours retransmise par Russia Today, NdT] après des développements extensifs relatifs à la planification économique, à la transformation du système de santé et à l’amélioration de l’éducation.

La pierre d’angle de Poutine dans ce passage relatif à la sécurité, qui a été ignorée par les médias occidentaux, ce fut la réponse russe au « retrait américain unilatéral du traité sur la défense anti-balistique de 1972, et dans la pratique au déploiement de leurs systèmes de défense anti-balistique à la fois aux États-Unis et au-delà de leurs frontières nationales ».

La signification stratégique de cette décision prise à l’époque par l’administration Bush Jr.–Cheney, n’avait pas échappé aux planificateurs de la Défense militaire russe. Elle a en effet ouvert la voie, pour le Pentagone et pour l’OTAN, à un encerclement de la Russie au moyen d’un ensemble de systèmes de défense anti-balistique [DAB] pointés face aux sites de lancement de missiles nucléaires russes. Poutine a clarifié que ce traité ABM de 1972 avait rendu la guerre nucléaire impensable, car fondée sur la perspective d’une Destruction Mutuelle et Assurée : « Le traité ABM n’a pas seulement créé une atmosphère de confiance, mais il a aussi empêché l’une ou l’autre partie d’utiliser des armes nucléaires imprudemment, ce qui aurait mis en danger l’humanité, parce que le nombre limité de systèmes de défense anti-balistiques rendait l’agresseur potentiel vulnérable à une frappe en réponse. »

En effet, quand Washington s’est unilatéralement retiré du traité ABM en 2002, le gouvernement américain a commencé une série de mouvements agressifs incluant l’élargissement de l’OTAN aux anciens pays communistes d’Europe de l’Est − quitte à fomenter un coup et une guerre civile en Ukraine ainsi que d’autres provocations − qui avaient mené à la construction de bases de missiles anti-balistiques en Roumanie et en Pologne, toutes deux membres de l’OTAN, de même que face à l’Extrême-Orient russe au Japon et en Corée du Sud.

De plus, comme Vladimir Poutine l’a remarqué « le système de défense anti-balistique mondial américain inclut également cinq croiseurs et 30 destroyers, qui pour autant que nous le sachions, ont été déployés dans des régions proches des frontières russes ». Ce n’est pas là un déploiement mineur aux yeux des Russes.

La Revue de la posture nucléaire par Trump

La décision prise par les forces qui gouvernent la Russie à présent de dévoiler un tableau intimidant de ses technologies militaires de rupture, incluant des missiles de croisière hypersoniques à propulsion nucléaire et des drones sous-marins, n’était pas qu’un stratagème électoral. Il s’est agi d’une réponse directe au discours de janvier 2018 sur l’État de l’Union adressée au Congrès par le Président américain, et à la publication quelques jours plus tard par la revue Nuclear Posture Review, et Poutine l’a dit de but en blanc.

Ce document, publié en 2018 sur l’ordre de Trump, constitue un glissement radical par rapport aux administrations précédentes. Il abandonne en effet les déclarations précédentes prenant parti contre une « utilisation en premier » d’armes nucléaires, et donne un coup d’accélérateur aux efforts de modernisation nucléaire, incluant l’intention de mettre en place de « nouvelles armes nucléaires » ; la restauration des capacités des missiles de croisière lancés par sous-marins ainsi que des missiles balistiques lancés par sous-marins à têtes [nucléaires] à rendement explosif faible, tout en prétendant faire fi du contrôle [international] des armements.

Dans une section de cette revue américaine, il est en effet déclaré que « les États-Unis ne considéreraient l’emploi d’armes nucléaires qu’en cas de circonstances extrêmes, afin de défendre les intérêts vitaux des États-Unis, de leurs alliés et de leurs partenaires. Des circonstances extrêmes qui pourraient inclure des attaques stratégiques significatives non nucléaires… » (souligné par l’auteur). Aucune définition de ce que Washington appelle ici une « attaque stratégique significative non nucléaire » n’est proposée. En bref, comme un analyste nucléaire américain l’a remarqué, cette nouvelle doctrine nucléaire américaine est basée sur la compétition et la confrontation. 1.

Après avoir décrit les efforts répétés des Russes vis-à-vis de Washington, afin de voir les Américains réintégrer le traité ABM, après son abandon unilatéral par l’Administration Bush en 2002, Poutine a continué son discours : « À un certain point, j’ai pensé qu’un compromis serait possible, mais il ne devait pas en être ainsi. Toutes nos propositions, absolument toutes, ont été rejetées. Et alors nous avons dit que nous devrions dorénavant améliorer nos systèmes de frappe modernes afin de protéger notre sécurité. En réponse, les États-Unis ont déclaré qu’ils n’étaient pas en train de créer un système de défense anti-balistique contre la Russie… ». 2.

Ceci bien sûr, était un mensonge stratégique calculé. La Russie a conclu, après des efforts répétés de négociation, que Washington, à la suite de la destruction de l’économie et des capacités militaires de la Russie − durant les années 1990 et l’ère Eltsine qui ont suivi l’effondrement économique soviétique − était déterminée à « poursuivre un avantage militaire unilatéral ultime afin d’être en mesure de dicter ses termes dans chaque sphère d’action du futur ». 3

La recherche américaine de la Primauté nucléaire ultime.

La capacité de première frappe nucléaire, aussi appelée techniquement Primauté nucléaire, constitue l’avantage militaire unilatéral ultime dont les stratèges du Pentagone ont rêvé depuis les années 1950, tandis que l’URSS testait sa première bombe H et ses premiers ICBM. Cette primauté consiste en la capacité de lancer une première frappe nucléaire contre la Russie, sans craindre que la Russie soit capable de la contrer de manière convaincante parce que les réseaux de missiles anti-balistiques américains auraient été en mesure de contrer la vaste majorité des armes nucléaires russes lancées en retour.

La défense anti-balistique américaine n’est pas du tout défensive en ce sens. Elle est, au contraire, offensive à l’extrême. Car si les États-Unis étaient capables de se parer effectivement contre toute potentielle frappe en retour russe suite à une première frappe nucléaire américaine, alors les États-Unis seraient en position de dicter leurs termes au monde entier, et pas uniquement à la Russie. Voilà ce qu’est donc la Primauté nucléaire. Comme me l’a dit il y a quelques années dans un échange privé l’ancien lieutenant-colonel Robert Bowman, ancien directeur du programme américain de défense anti-balistique sous Reagan : « La défense anti-balistique est le chaînon manquant avec une capacité de première frappe ». 4.

Dans son dernier discours, Vladimir Poutine décrit donc la réalité stratégique à laquelle les planificateurs de la sécurité militaire russe font face : « Les États-Unis se permettent une croissance constante et incontrôlée du nombre de leurs missiles anti-balistiques, améliorant leur qualité et créant de nouveaux centres de lancement de missiles. Si nous ne faisons rien, ceci conduira finalement à la dévaluation complète du potentiel nucléaire de la Russie. Ceci signifierait que tous nos missiles pourraient simplement être interceptés. »

Quand les enjeux impliquent en effet le déchaînement d’un holocauste nucléaire, quand bien même il commencerait par des armes nucléaires « à faible rendement » avec pour toile de fond les confrontations d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie provoquée durant ces récentes années, il n’est pas surprenant que le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (CSFR [Совет Безопасности Российской Федерации – СБРФ]) ait décidé − juste à ce point d’équilibre précaire avant une potentielle confrontation grandissante entre l’Est et l’Ouest, de dévoiler sa sobre réponse.

La réponse russe : la mise en échec de la primauté nucléaire américaine

Poutine a donc dévoilé pour la première fois des contre-mesures sur lesquelles la Recherche et Développement militaire russe ont poursuivi leurs travaux discrètement depuis 2002, afin de contrer l’agenda américain de Primauté nucléaire, qui devenait de plus en plus clair. Poutine a évoqué en effet le fait que la Russie a « développé et travaillé continuellement au perfectionnement de systèmes hautement efficaces mais de coût modéré afin de surclasser toute défense anti-balistique. Ils sont à présent installés dans tous nos complexes de missiles balistiques intercontinentaux ».

Pourtant, le véritable élément nouveau que Poutine a révélé, c’est également une liste stupéfiante de missiles avancés de nouvelle génération, capables de tenir tête aux défenses anti-balistiques américaines et de l’OTAN.

Premièrement, il a montré un film du nouveau missile Sarmat. Pesant plus de 200 tonnes avec une courte phase d’accélération, il est déjà très difficile pour les systèmes anti-balistiques américains de l’intercepter. Le Sarmat peut être équipé avec de puissantes têtes nucléaires, sa trajectoire est hypersonique [normal pour un ICBM, NdT] et dispose des moyens les plus modernes de trajectoires évasives contre toute défense anti-balistique. Il a une portée virtuellement illimitée [satellisable ou trajectoire partiellement satellitaire ? NdT] et est capable d’attaquer tant par-dessus le pôle Nord que le pôle Sud.

Le Sarmat n’a pourtant été que la première des réponses russes mentionnées face à la menace grandissante de l’OTAN. Vladimir Poutine a ensuite décrit le développement par l’industrie de défense russe d’une « unité d’énergie nucléaire de forte puissance mais de faible dimension, susceptible d’être installée dans un missile comme notre dernier missile X-101 tiré depuis un avion, ou bien dans un missile de croisière de la taille d’un Tomahawk américain ; un type de missile russe similaire à son homologue américain mais d’une portée d’une douzaine de fois plus longue, une douzaine ou en fait d’une portée illimitée. Il s’agit d’un missile de croisière furtif volant à basse altitude, capable d’emporter une tête nucléaire, tout en étant capable de contourner les frontières [et autres zones d’interdiction]. Il est invincible contre toutes les défenses anti-balistiques ou antiaériennes, existantes ou prospectives ».

Venaient ensuite les systèmes d’armes sans pilote basés sur des technologies de rupture. Vladimir Poutine a révélé le développement couronné de succès de nouveaux « drones submersibles pouvant se déplacer à grande profondeur, je dirais même à des profondeurs extrêmes, d’un continent à l’autre, à des vitesses de multiples fois supérieure à la vitesse des sous-marins, des meilleures torpilles et de tous types de vaisseaux de surface, incluant les plus rapides. C’est réellement fantastique. Ils sont silencieux, hautement manœuvrables et n’ont quasiment pas de vulnérabilité que l’ennemi pourrait exploiter. Il n’y a simplement rien dans le monde capable de leur résister ». Poutine a ajouté que ces nouveaux submersibles « peuvent emporter des têtes conventionnelles ou nucléaires, ce qui leur permet d’engager des cibles variées, incluant des groupes aériens, des fortifications ou des infrastructures côtières ». C’est beaucoup, face à une doctrine américaine de suprématie par la projection de forces via ses 10 groupes aéronavals conçus autour des porte-avions, qui deviennent à présent autant de cibles faciles.

Poutine a continué en remarquant que les unités de puissance nucléaire pour ces submersibles autonomes, ont été testé sur des périodes de plusieurs années, et qu’elles sont « 100 fois plus petites que les unités qui alimentent les sous-marins modernes, mais pourtant plus puissantes et peuvent passer en mode de combat, c’est-à-dire atteindre des capacités maximum de l’ordre de 200 fois plus rapide ».

Les missiles hypersoniques Kinzahl et Avangard, basés sur des principes physiques nouveaux.

Poutine a encore dévoilé le système de missiles hypersonique russe Kinzhal [кинжал – poignard, NdT]. C’est, comme Poutine l’a décrit « un système de missile aérien hypersonique de haute précision… le seul de ce type dans le monde. Ces tests ont été accomplis avec succès, et de plus le 1er décembre dernier [2017], ces systèmes sont entrés en service actif sur les bases aériennes du district militaire du Sud de la Russie ». En d’autres termes il ne s’agit pas d’un système hypothétique mais bien opérationnel. La définition d’un aéronef hypersonique correspond à cinq fois la vitesse du son. Le Kinzhal va à Mach 10, et comme Poutine l’a décrit : « le missile vole à vitesse hypersonique, 10 fois plus vite que la vitesse du son, mais peut également manœuvrer dans toutes les phases de sa trajectoire de vol, ce qui lui permet également de surclasser tout système de défense anti-balistique ou antiaérien existant et, je pense, prospectif, pour parvenir à délivrer des têtes conventionnelles ou nucléaires sur une portée de plus de 2000 km ».

Finalement, le Président russe a révélé les développements d’« Avant-garde » [авангард], un autre missile hypersonique volant à des vitesses excédant Mach 20 : « Dans sa trajectoire vers sa cible, le bloc de croisière glissant du missile [certainement plutôt : surfant en apparence sur son onde de choc, mais en fait plutôt sur un coussin d’air ionisé formant un plasma, technologie MHD, NdT] peut s’engager dans des manœuvres intenses, à la fois latérales (de plusieurs milliers de kilomètres) et verticales. C’est ce qui le rend absolument invulnérable face à tout système de défense antimissile ou antiaérien. L’utilisation de nouveaux matériaux composites [certainement aussi des supraconducteurs, NdT], ont rendu possible de permettre au bloc ‘glissant’ du missile de réaliser un vol guidé sur une longue distance, pratiquement dans les conditions d’une formation d’un plasma [MHD, confirmation, NdT]. Il vole vers sa cible comme une météorite, comme une boule de feu. La température à sa surface atteint les 1600-2000°C mais pourtant le bloc de croisière demeure guidé avec fiabilité. »

Le discours de Poutine se conclut par cette déclaration, complètement ignorée de l’Occident : « Nous avons dit à plusieurs reprises à nos partenaires américains et européens qui sont des membres de l’OTAN : nous allons faire les efforts nécessaires pour neutraliser les menaces posées par le déploiement d’un système global de défense anti-balistique américain ». Il rappelle clairement au passage que la Russie a averti Washington et l’OTAN depuis 2004 : « Malgré tous les problèmes avec l’économie, les finances et l’industrie de Défense, la Russie est demeurée une puissance nucléaire majeure. Mais non, personne ne voulait réellement nous parler concernant le cœur du problème, et personne n’a voulu nous écouter. À présent, écoutez-nous. »

L’une des appréciations les plus succinctes suite à ces révélations militaires de Poutine est venue du Saker [anglophone], l’un des plus sobres et clairs commentateurs des capacités militaires russes comme occidentales. Sur ce blog, le jour du discours de Vladimir Poutine, il a été remarqué : « Jeu, set et match : il est en effet établi à présent que la partie est finie pour l’Empire [américain] : il n’existe plus d’options militaires contre la Russie. » 5.

William F. Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, titulaire d’un diplôme en Sciences Politiques de l’Université de Princeton. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès sur le pétrole, la géopolitique et les OGM.

Liens Sputnik/RT additionnels :

Salué par l’Agence Xinhua :

http://www.xinhuanet.com/english/2018-03/05/c_137015989.htm

Note du Saker Francophone

Nous vous proposons aussi, pour faire contrepoids, de lire cette analyse beaucoup moins enthousiaste d'Alexis Toulet sur son blog du noeud-gordien.fr qui penche plutôt sur une analyse en terme de crédibilité et doutant des percées technologiques annoncées.

Poutine et Folamour, le quoi et le pourquoi des nouvelles armes nucléaires russes

Traduit par Jean-Maxime Corneille

Liens

  1. Anna Péczeli, Continuity and change in the Trump administrations Nuclear Posture Review, 20 Février 2018, The Bulletin of Atomic Scientists
  2. Discours du Président Vladimir Poutine, op cit.
  3. Ibid
  4. F. William Engdahl, Full Spectrum Dominance, édité à compte d’auteur, 2009, pp. 159-163
  5. The Saker, Putin’s stunning revelations about new Russian weapons systems, 1er mars 2018, http://thesaker.is/putins-stunning-revelations-about-new-russian-weapons-systems/

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-ne-fait-pas-que-de-lesbroufe-nucleaire-ses-arguments-sont-bien-reels

 

Revue de presse nationale et internationale.