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Financement américain d’ITER : des incertitudes en passe d’être levées ? 18.01.2018

Financement américain d’ITER : des incertitudes en passe d’être levées ?

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Par la rédaction et l’Ambassade de France aux Etats-Unis

Dans un contexte où le Sénat américain souhaiterait ne rien donner pour ITER en 2018, un rapport préliminaire pointe les difficultés qu’auront les Etats-Unis à poursuivre efficacement sur la fusion s’ils s’en retiraient.

2018 débute avec toujours des incertitudes pour ITER aux Etats-Unis…

Alors que début décembre, l’Organisation ITER annonçait que 50% de l’ensemble des activités indispensables pour produire le premier plasma avait été réalisé, les financements américains pour 2018 restent toujours incertains. Alors que la phase de réconciliation budgétaire entre l’administration américaine et le Congrès est amorcée pour trouver un accord sur le budget fédéral 2018, le Sénat souhaiterait ne rien donner (nécessité générale de faire des économies) et la Chambre demande 63 M$, en dessous de ce qui serait nécessaire pour que les Etats-Unis respectent leurs engagements. C’est dans ce contexte difficile que Bernard Bigot, DG d’ITER, était présent en décembre à Washington pour essayer d’influer sur les décisions. Il semble aujourd’hui à peu près admis que la valeur finale ne sera pas nulle.

…mais déjà 2019 s’annonce plus positive

Les National Academies of Sciences, Engineering and Medicine viennent en effet de publier un premier rapport (“Interim report of the committee on a strategic plan for U.S. burning plasma research”) qui examine l’état et le potentiel de la fusion aux Etats-Unis et fait des recommandations pour établir une stratégie long-terme qui manque cruellement. En 2016, le Secrétaire à l’énergie E. Moniz avait prévu que pour le budget 2019 une expertise d’ITER serait nécessaire pour vérifier que le projet était toujours bien dans l’intérêt américain et qu’éventuellement soit reconsidérée la participation américaine.

Le rapport préliminaire qui vient d’être produit pointe du doigt les difficultés qu’auront les Etats-Unis à poursuivre efficacement sur la fusion s’ils se retiraient d’ITER. Il note que le manque de stratégie nationale, les récentes fermetures d’expériences (non remplacées) et la réduction des efforts de développement sont autant de menaces pour ce domaine aux Etats-Unis. Il insiste sur les risques d’isolement des scientifiques américains par rapport à la communauté internationale, si les Etats-Unis sortaient du projet, ce qui obligerait le pays à se doter d’une nouvelle stratégie de recherche sur la fusion. De toute évidence, celle-ci se révèlerait moins cost-effective que ITER. S’il faudra encore attendre le rapport final pour avoir accès aux recommandations détaillées, cette première version en donne déjà bien les contours.

Cet article est un résumé d’articles parus dans la presse. Il n’engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, ni celle de son Service nucléaire.

Crédit photo : DOE

Légende : Coupe schématique du tomakak du projet ITER

http://www.sfen.org/rgn/financement-americain-iter-incertitudes-passe-levees?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo24janv2018

Framatome : la renaissance d’un fleuron de l’industrie nucléaire

08.01.2018

Framatome : la renaissance d’un fleuron de l’industrie nucléaire

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Par Tristan Hurel, SFEN

Acteur historique de l’excellence nucléaire française, Framatome, qui a marqué les plus belles pages de l’industrie du nucléaire, renait. Désormais filiale d’EDF, l’ex AREVA NP ouvre, comme à ses débuts, une nouvelle page du nucléaire civil français.

Avec un carnet de commande de 15 milliards d’euros, 58 implantations, une présence dans 18 pays et sur 250 réacteurs, Framatome reprend la peau d’un AREVA NP devenu un acteur incontournable de l’industrie nucléaire mondiale. Le spécialiste des cœurs de réacteurs s’est forgé au fil des ans une expérience inégalée.

Comment Framatome est devenue un acteur de référence

A la création de Framatome, en 1958, le marché nucléaire mondial est balbutiant, avec seulement quelques grands prototypes en cours de construction. En 1974, le gouvernement de Pierre Messmer choisit l’électronucléaire comme source d’énergie de substitution au pétrole dans la production d’électricité. Framatome est retenue comme seul constructeur des centrales nucléaires en France. Afin de satisfaire les besoins qui en découleront, le personnel de Framatome croît rapidement en associant les ingénieurs et les techniciens venant des sociétés ayant déjà une expérience nucléaire avec des scientifiques et praticiens de toutes disciplines déjà familiarisés avec le monde industriel ou sortant des meilleures écoles d’ingénieur. Tout cet ensemble, plutôt jeune, va se structurer, s’organiser, pour réaliser le programme nucléaire français et commencer la conquête des marchés étrangers en s’appropriant les technologies américaines. Puis, dans un second temps, en s’efforçant de les faire progresser pour aboutir à une véritable technique Framatome.[1]

En 1975, Framatome est retenue comme seul constructeur des centrales nucléaires en France

En 2006, la création d’AREVA fait disparaître le nom Framatome, qui devient AREVA NP.  Entre temps, Framatome a eu un rôle d’entrainement déterminant pour l’industrie nucléaire française. Avec la restructuration de la filière menée depuis 2015, AREVA NP est racheté par EDF, qui acquiert 75,5 % du capital, aux côtés de Mitsubishi Heavy Industries (MHI) (19,5 %) et d’Assystem (5 %).

Le nouveau Framatome s’appuie sur 14 000 collaborateurs, répartis en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Avec eux, et ses 3 500 brevets couvrant quelques 680 inventions, Framatome dispose de compétences reconnues, d’un savoir-faire forgé tout au long de l’histoire de l’entreprise et qui a contribué à bâtir, dès la fin des « trente glorieuses », l’un des plus beaux succès industriels français, aux côtés d’Airbus, d’Ariane ou du TGV. Pour Bernard Fontana, son président du directoire et CEO, « Framatome est aujourd’hui un acteur de référence de l’industrie nucléaire dans le monde, grandi d’un retour d’expérience inégalé. »

« Une nouvelle page de l’histoire du nucléaire civil s’ouvre »

Avec Framatome, EDF est désormais au cœur d’une chaine nucléaire française refondée. « Nous reprenons une industrie rentable avec une vision internationale dont les 14 000 salariés sont des experts reconnus », explique Xavier Ursat, en charge du nouveau nucléaire chez EDF. « Le rapprochement d’EDF et de Framatome va nous permettre de gagner en efficacité et en performance pour être prêts ensemble à conquérir des marchés, que ce soit pour la construction de nouvelles centrales nucléaires ou pour proposer notre expertise et nos produits à des parcs en exploitation. Une nouvelle page de l’histoire du nucléaire civil s’ouvre. »

Le nouveau groupe symbolise en effet la volonté d’aller plus loin dans l’excellence industrielle nucléaire française. Pour y parvenir, la nouvelle entité s’appuie sur cinq axes stratégiques, dont une organisation agile, permettant d’évoluer dans un contexte mondialisé nécessitant d’innover rapidement, et un développement international, porteur de nouveaux relais de croissance face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie.

Soixante après sa première naissance, Framatome entre dans un marché nucléaire où tout est à faire. Hier pour bâtir des parcs nucléaires, aujourd’hui pour renouveler le parc et accompagner sa croissance. Souhaitons-lui le même succès demain qu’hier.

Cinq dates clés à retenir
-1958 : Création de Framatome (Franco-Américaine de Constructions Atomiques) par Schneider, Merlin Gerin et Westinghouse Electric. Objectif : exploiter la licence Westinghouse dans le domaine des réacteurs à eau pressurisée.
-1975 : Framatome est choisie comme seul constructeur des centrales nucléaires en France. Pendant 25 ans, elle équipe les 58 réacteurs à eau pressurisée d’EDF.
-2001 : La filiale du Commissariat à l’énergie atomique, CEA Industrie, fusionne avec Framatome et la Cogema pour former le groupe AREVA.
-2006 : Framatome est rebaptisée AREVA NP. La société est alors spécialisée dans les chaudières nucléaires, la fourniture des assemblages de combustible et les services aux réacteurs.
-31 décembre 2017 : Finalisation de la cession du capital de New NP à EDF, qui devient actionnaire majoritaire de l’entreprise avec 75,5 % de parts, et à Mitsubishi Heavy Industrie (MHI) et Assystem, respectivement 19,5 % et 5 %.

Une entreprise internationale

L’entreprise n’est plus franco-américaine. Pourtant, elle garde des attaches fortes aux Etats-Unis, son second marché, et s’ouvre à l’international. Framatome intervient en effet dans 18 pays et sur plus de 250 réacteurs dans le monde, où elle propose des solutions recherchées pour la conception, la construction, la maintenance et le développement d’un parc nucléaire mondial en croissance. Elle conçoit et fabrique des composants, du combustible et offre toute une gamme de services destinés aux réacteurs.

Le marché nucléaire, avec 440 réacteurs en fonctionnement, offre des opportunités dans le domaine des composants, du combustible, de la modernisation et des services. Framatome travaille d’ailleurs sur plusieurs chantiers majeurs, dont les six EPR en construction, et sur deux projets de centrales : Jataipur, en Inde, où six réacteurs EPR pourraient être construits, et celle de Sinop, en Turquie, avec un projet de quatre réacteurs ATMEA-1.

L’ATMEA-1, réacteur de 1000 MW, est le fruit d’une joint-venture entre AREVA et MHI. A l’occasion de sa montée au capital dans Framatome, le japonais a précisé que le réacteur serait désormais détenu à 50/50 entre EDF et lui, avec une part spéciale possédée par Framatome. Les trois entreprises collaboreront dans cette nouvelle structure pour promouvoir la technologie ATMEA dans le monde.

Framatome, qui maitrise la totalité du processus, de la conception à la fabrication des combustibles pour réacteurs à eau légère (hors VVER) et de recherche, a déjà livré plus de 224 000 assemblages pour REP et REB. Actuellement, 107 des 263 réacteurs à eau légère en fonctionnement dans le monde utilisent des combustibles de technologie Framatome. Et dans ce domaine, l’entreprise innove, avec ATRIUM11, un nouveau design pour les REB, GAIA, pour les REP, ou encore ARCADIA et GALILEO, des codes et méthodes avancées pour les cœurs. Témoignage de son expertise, Framatome a d’ailleurs été retenue pour fournir le combustible d’un réacteur parmi les plus innovants, celui du petit réacteur modulaire (SMR) de la start-up américaine NuScale.

Crédit photo : Framatome / Carillo Georges

http://www.sfen.org/rgn/framatome-renaissance-fleuron-industrie-nucleaire

 

L’Arabie saoudite tente de contenir la propagation du salafisme. Ça ne marchera pas.

Quelques mois avant que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane n’entame sa campagne anti-corruption contre les milliardaires, il a d’abord fait taire, puis détenir et, dans certains cas, emprisonner les membres de l’élite religieuse du royaume : des leaders religieux salafistes qui ont d’immenses quantités de partisans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour leurs campagnes médiatiques contre les musulmans chiites et leur détermination à voir le président syrien Bachar al-Assad destitué. Le prince a interdit leurs programmes de télévision et censuré les comptes Twitter qu’ils utilisent pour atteindre des millions de d’abonnés. L’une des raisons de cette campagne est que de nombreux salafistes s’opposent à son programme de réforme, qui est à la fois hautement nationaliste et socialement libéral. Une autre raison est que, alors que le prince héritier exerce un plus grand contrôle sur l’interprétation de l’islam, il veut remettre en cause la rhétorique incendiaire, en particulier sur la Syrie, qui contribue à propager l’extrémisme.

Mais il est trop tard. Alors que le prince héritier est peut être en mesure de changer le ton à l’intérieur du royaume, la vision des chiites par les imams est maintenant copiée par les adeptes dans les mondes arabe et musulman qui ne considèrent pas les chiites comme de vrais musulmans ; l’idée est maintenant trop répandue pour être défaite. De l’Égypte au Liban en passant par la Jordanie et la Tunisie, de nombreux musulmans sunnites orthodoxes croient que les chiites sont déterminés à convertir les sociétés sunnites au chiisme. En fait, le discours sectaire est devenu le principal facteur de mobilisation au Moyen-Orient, en grande partie à cause de l’expansionnisme iranien en Syrie et en Irak. Sans que les salafistes saoudiens ne perpétuent cette controverse, d’autres autour du monde vont sûrement prendre la relève.

Un Saoudien réduit au silence, Mohammad Arefe, qui compte près de 21 millions d’adeptes sur Twitter, est vénéré par les salafistes et d’autres types d’islamistes dans toute la région. En juin 2013, il a tweeté : « La relation entre le Hezbollah (la principale force chiite au Liban, financée par l’Iran) et le guide suprême iranien Khamenei est de répandre le chiisme dans le monde arabe [sunnite] ». Auparavant, il a dit que les Chiites ont assassiné des sunnites en Irak de manière terrible : « Ils auraient utilisé les méthodes de torture les plus violentes contre eux. Ils auraient kidnappé un enfant, le faisant bouillir dans de l’eau, l’aurait dépouillé comme un mouton, puis ils l’auraient emmené sur un plateau, enveloppé dans un linge, et quand sa famille a découvert le plateau, ils ont vu ce… garçon ». Arefe a été arrêté et interrogé en septembre, puis libéré. Peut-être est-il considéré comme trop puissant pour être empêché définitivement. Mais il ne parle plus en ligne sur les chiites, la guerre en Syrie ou la politique en général.

Un autre salafiste célèbre que le prince héritier saoudien censure est Adnan al-Arour, originaire de Hama, en Syrie, mais qui s’est installé en Arabie saoudite il y a une vingtaine d’années pour rejoindre la campagne contre Assad. Il a fortement réduit sa présence médiatique et numérique depuis mars 2017, et son programme télévisé saoudien a été retiré de l’antenne. Il a plus de 3 millions d’abonnés Twitter.

Dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, où un des auteurs de cet article a interviewé des leaders salafistes entre 2013 et 2016, beaucoup ont considéré Arefe et Arour comme des mentors. Ils ont retweeté l’animosité des hommes envers les Chiites et ont déclaré que le financement de la reconstruction de certaines mosquées salafistes au Liban provenait de sources saoudiennes. Certains sont même allés se battre en Syrie avec les rebelles sur la base des idées d’Arefe et d’Arour.

Le salafisme dans la région est de plus en plus populaire depuis des décennies et semble avoir des partisans qui se montent à plusieurs millions. Il a de multiples branches, allant du salafisme jihadiste (ses partisans prônent la violence) jusqu’au salafisme Taqlidi (érudit et éducatif).

La tendance la plus commune est la salafiyya dawwiyya, ou salafistes évangélisateurs, qui sont divisés entre ceux qui croient en la participation à la politique et ceux qui croient qu’ils devraient s’abstenir. Après les soulèvements arabes, le nombre de « politicos » a considérablement augmenté. Ils veulent avoir leur mot à dire dans l’avenir de leurs pays.

Au fil du temps, à partir des années 1980, le salafisme est allé plus loin qu’être juste une école de pensée religieuse. Dans des pays comme l’Égypte, les salafistes ont tiré parti d’un vaste réseau de mosquées et d’organisations à but non lucratif pour fournir des services sociaux au public. Le travail social et philanthropique a permis à un groupe politique salafiste, le Parti Nour, de remporter environ un quart des sièges aux élections législatives égyptiennes de 2011-2012.

En Tunisie, les salafistes se sont impliqués dans la politique et ont établi deux partis politiques en 2012. En Libye, un groupe salafiste Madkhaly a vu le jour en 2014 – fondé par le cheikh saoudien Rabie al-Madkhali – pour justifier religieusement la politique du général Khalifa Hifter, le commandant de l’armée nationale libyenne dont les forces contrôlent de grandes parties du pays.

Sur le plan politique, le salafisme est devenu une force mobilisatrice pour contrer les régimes autoritaires et l’expansionnisme révolutionnaire iranien. Et l’Iran apparaît plus expansionniste que jamais. Même si les salafistes saoudiens influents sont réduits au silence dans un avenir prévisible, les conditions de leur pouvoir et de leur influence continueront d’être appropriées.

La chose la plus importante à propos du salafisme peut être la durabilité de ses principales préoccupations : le conflit en Syrie ne montre aucun signe de résolution. Les tensions entre sunnites et chiites dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn, l’Irak et la Syrie ne cessent d’augmenter. Et la démocratisation du clergé sunnite au cours des 30 dernières années – quiconque se déclare être un imam peut être considéré comme une autorité sur la foi et attirer ses propres adeptes locaux ou numériques – signifie qu’il sera presque impossible pour le royaume de contrôler les leaders salafistes au-delà de ses frontières.

En Arabie saoudite, le prince héritier est susceptible de surmonter toute opposition sérieuse à sa manœuvre émanant de l’autorité religieuse. Mais une chose est certaine : même si les relations entre les mentors saoudiens et leurs protégés cléricaux dans la région sont réduites au silence, le salafisme, en particulier le salafisme politique, perdurera.

Que ce soit Madkhalya (connu comme faisant partie de l’école salafiste saoudienne non violente), Harakya (salafisme actif), ou même des membres de l’Appel salafiste d’Alexandrie (une organisation non gouvernementale qui offre des services sociaux et une éducation religieuse), les salafistes dans des pays comme l’Égypte ont des relations fortes et étendues avec leurs homologues saoudiens. L’argent et la logistique font partie de ces rapports, mais les conseils académiques et religieux en représentent la majeure partie.

Estimer l’effet collatéral de la nouvelle censure n’est pas une science exacte. Le salafisme savant n’encourage généralement pas la confrontation avec les dirigeants sunnites, ce qui explique que la réaction intérieure est relativement muette face à la répression. Les salafistes saoudiens peuvent devenir apolitiques à la suite de la répression. Ailleurs, cependant, les organisations salafistes se sont cabrées. Le président de la Turkish Endowment of Dawa and Brotherhood a décrit les arrestations saoudiennes des salafistes « comme un service au projet occidental », une référence à un supposé complot de l’Occident pour saper l’Islam. Le groupe a exigé la libération immédiate des personnes détenues.

Le salafisme a mis des décennies à se développer, et bien que les mesures saoudiennes puissent entraver brièvement ses progrès, elles ne peuvent pas arrêter une idéologie transnationale qui possède déjà son propre élan.

Geneive Abdo, chercheur résident à la Fondation Arabia à Washington, est l’auteur de « Le nouveau sectarisme : les soulèvements arabes et la renaissance du schisme chiite-sunnite ».

Abdallah Hendawy, professeur adjoint de sociologie à la George Mason University, est le responsable des stratégies numériques de la Fondation Arabia.

Source : WP, Geneive Abdo & Abdallah Hendawy, 20-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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Orano : transformer l’uranium en or

Orano : transformer l’uranium en or

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

La restructuration de la filière nucléaire touche à sa fin avec la présentation du nouveau nom d’AREVA : Orano.

Recentrage sur le cycle du combustible

Orano souhaite devenir l’acteur de référence du cycle nucléaire. Recentré sur la valorisation des matières nucléaires et la gestion des déchets, Orano couvre les activités mines, conversion-enrichissement, recyclage des combustibles usés, logistique nucléaire, démantèlement et ingénierie. Le groupe français conserve également son activité médicale pour développer des traitements innovants contre le cancer (ex-AREVA Med).

« Une ambition : donner toute sa valeur au nucléaire »

« Pour donner toute sa valeur au nucléaire, Orano doit être capable de faire bouger les lignes en faveur d’une gestion durable des matières nucléaires, en recyclant les combustibles usés, en proposant des solutions pour le démantèlement des installations et la gestion des déchets. » explique Philippe Knoche, Directeur général de l’entreprise.

Le groupe compte 16 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros et un carnet de commandes qui représente l’équivalent de près de huit années de chiffres d’affaires. Présent en France où une vingtaine de réacteurs nucléaires utilisent ses combustibles recyclés (MOX), Orano souhaite renforcer sa présence dans les marchés en croissance.

Le dirigeant de l’entreprise regarde vers la Chine, où des tractations sont en cours pour la réalisation d’une usine de traitement-recyclage des combustibles usés. « Nous sommes historiquement bien positionnés en Asie pour prendre des parts de marché, notamment en Chine qui portera 50% de la croissance du nucléaire mondial d’ici à 2030 ».

Orano devient l’alchimiste du nucléaire

En choississant Orano, l’entreprise revient aux racines étymologiques de sa matière première l’« uranium ». Il fait également écho à « Ouranos », dieu grec du ciel (devenu Uranus dans la mythologie romaine), qui donna son nom à la planète Uranus, qui servira de référence lors de la création de l’appellation « uranium ».

Graphiquement, la lettre « O » ainsi que le jeu sur sa répétition évoquent le cycle du combustible nucléaire, un cycle dynamique, qui permet de transformer la matière de l’uranium au « yellow cake » (couleur dominante du logo). Puis, d’utiliser ce concentré pour concevoir le combustible nucléaire, essentiel à la production d’une électricité sans CO2, laquelle est devenue l’« or » d’un siècle marqué par le défi climatique.

« L’électricité sans CO2 est devenue l’« or » d’un siècle marqué par le défi climatique »

Plus qu’un changement de nom, une refondation estime Philippe Knoche : « Orano symbolise un nouveau départ. Un nouveau départ pour lequel nous nous sommes mis en ordre de marche depuis maintenant plusieurs années. Nous avons mis en place une nouvelle organisation, un nouveau projet d’entreprise, un nouveau plan d’actions stratégique, un nouveau contrat social. Cette identité en découle naturellement. »

Fin du chapitre AREVA

Le groupe AREVA a cessé d’exister en juillet dernier. Le plan de restructuration du groupe AREVA a donné naissance à trois entités distinctes, chacune recentrée sur des missions spécifiques : AREVA SA, AREVA NP – devenue Framatome – et Orano.

 

La réponse asymétrique du Pakistan à Trump

La réponse asymétrique du Pakistan à Trump


C’est une façon intelligente de retourner la table en Afghanistan


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Par Andrew Korybko – Le 5 janvier 2018 – Source Oriental Review

Afghan refugees in Pakistan

L’annonce par le Pakistan de l’expulsion de plus de 1,5 million de réfugiés afghans dans les 30 prochains jours est tacitement justifiée par le tweet de Trump. Elle s’appuie sur cette position de tolérance zéro envers une immigration provenant d’États « terroristes » mais elle représente aussi l’emploi d’une « arme de migration de masse » retournée en poussant Kaboul plus près de la limite de l’effondrement et par conséquent en remplissant les rangs des partisans des talibans.

Donald J. Trump – 13h12 – 1er janvier 2018

« Les États-Unis ont bêtement donné au Pakistan plus de 33 milliards de dollars d’aide au cours des 15 dernières années, et ils ne nous ont rendu que des mensonges et de la tromperie, pensant que nos dirigeants étaient des imbéciles. Ils donnent refuge aux terroristes que nous chassons en Afghanistan, sans aide. Plus jamais ça ! »

Trump va bientôt regretter ce qu’il a tweeté au sujet du Pakistan le jour du Nouvel An en l’accusant de « donner refuge aux terroristes » puisque Islamabad est sur le point de frapper Washington avec une contre-mesure asymétrique qu’il n’oubliera certainement pas.

Le gouvernement pakistanais vient d’annoncer que plus de 1,5 million de réfugiés afghans doivent quitter le pays dans les 30 prochains jours, un plan sur lequel il travaille depuis un moment mais qui vient de recevoir un nouvel élan et une justification internationalement acceptable avec le tweet de Trump.

Sans cette politique de tolérance zéro du président américain vis-à-vis de l’immigration provenant de ce que son administration qualifie de pays « terroristes » ce qui inclut l’Afghanistan pour des raisons substantielles et non politiques (comme l’inclusion de l’Iran et l’exclusion de l’Arabie saoudite dans cette liste), alors le Pakistan aurait risqué de subir de fortes pressions de la part du Département d’État avec des allégations exagérées selon lesquelles il « violait les droits de l’homme » des réfugiés.

Trump, cependant, a déclaré que le Pakistan « donnait refuge aux terroristes » et comme les États-Unis considèrent officiellement les réfugiés afghans comme un risque potentiel de sécurité trop fort pour les autoriser à immigrer, ils sont forcés d’accepter leur expulsion du Pakistan sur la base implicite qu’ils constituent également une menace terroriste grave pour un État, comme le président vient de le tweeter.

Ce n’est pas du tout ce que Trump voulait dire quand il a publié son tweet, ni la réaction qu’il attendait, mais en exploitant habilement la politique du président chez lui et ses allusions faites contre le Pakistan à l’étranger, Islamabad a trouvé une manière créative asymétrique de riposter à Washington.

Non seulement le Pakistan pourrait bientôt se débarrasser des cellules dormantes terroristes réelles et du mécontentement social dans un pays qui a depuis longtemps dépassé ses capacités d’accueil comme voisin [de l’Afganistan, NdT], mais il catalysera aussi une série de crises en cascade pour Kaboul en employant ce qui peut être décrit comme une « arme de migration de masse » retournée.

Pour expliquer brièvement, la chercheur de l’Ivy League Kelly M. Greenhill a introduit le concept d’« arme de migration de masse » en 2010 pour décrire les façons dont les mouvements de population à grande échelle – qu’ils soient naturels, artificiels ou exploités – influencent leur société d’origine, de transit et de destination, estimant que ce phénomène peut avoir une utilisation stratégique dans certains cas.

L’afflux de millions de ces « armes de migration de masse » afghanes au Pakistan depuis 1979 a eu pour effet de déstabiliser les communautés frontalières du pays hôte et de contribuer à la vague d’attentats terroristes qui ont fait plus de 60 000 victimes depuis 15 ans. Mais maintenant, le retour rapide et à grande échelle de ces « armes » dans leur pays d’origine déstabilisera inévitablement l’Afghanistan.

Ce pays, enclavé et déchiré par la guerre, est totalement incapable de faire face à une augmentation d’environ 3% de sa population totale dans les 30 prochains jours, d’autant plus que le gouvernement de Kaboul exerce peu d’influence au-delà de sa capitale et n’a aucune influence sur environ la moitié du pays qui est sous le contrôle des talibans.

Le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis échoue devant ses citoyens et c’est pourquoi tant d’entre eux ont rejoint les talibans ou sympathisent avec eux, de sorte que les chances de ces réfugiés rapatriés de réintégrer avec succès le tissu socio-économique de leur patrie et de devenir des « citoyens modèles » est proche de zéro. Cela signifie que la grande majorité de ces 1,5 million de personnes se rapprochera probablement plus des talibans que de Kaboul et rendra par conséquent le pays beaucoup plus difficile à contrôler pour les États-Unis.

Donc, le Pakistan a renvoyé le tweet de Trump à l’envoyeur en l’utilisant comme prétexte internationalement plausible pour entamer ce mouvement planifié depuis longtemps, à l’origine fondé sur des intérêts purement centrés sur la sécurité apolitique, mais maintenant devenu pertinent pour incarner les contours géostratégiques d’un puissant renversement de table contre les États-Unis en Afghanistan à travers l’utilisation d’« armes de migration de masse » retournée.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé. vérifié par Wayan, relu Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-reponse-asymetrique-du-pakistan-a-trump

 

Syrie – Les Turcs attaquent Afrin, les Américains se plantent, les Kurdes sont encore dans le mauvais camp

Syrie – Les Turcs attaquent Afrin, les Américains se plantent, les Kurdes sont encore dans le mauvais camp

 


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 21 janvier 2018

Après l’échec des négociations entre la Russie/Syrie et les Kurdes d’Afrin, la partie russe a conclu un accord avec la Turquie. Maintenant la Turquie attaque Afrin pendant que tout le monde regarde ailleurs. La principale raison de ce développement est la décision des États-Unis d’occuper le nord-est de la Syrie avec l’aide du YPG/PKK kurde. La stratégie d’occupation s’avère déjà être un échec. Les Kurdes ont fait le mauvais choix. Ils sortiront perdants du jeu.

Nous nous sommes trompés en prédisant que les menaces turques d’attaquer la zone nord-ouest d’Afrin contrôlée par les Kurdes étaient des menaces creuses :

La menace n’est pas sérieuse :

  • Afrin est sous la protection formelle des forces russes et syriennes.
  • Le vrai danger pour la Turquie n’est pas Afrin, mais le protectorat kurde beaucoup plus large que les États-Unis ont officiellement annoncé dans le nord-est de la Syrie.

Les menaces turques et le bruit de l’artillerie ont couvert les protestations de la Syrie et les conseils plus discrets de la Russie. Le gouvernement syrien veut montrer qu’il est le protecteur de tous les citoyens syriens, qu’ils soient d’origine arabe ou kurde. La Russie est fière de jouer le rôle de l’adulte qui apaise tous les camps.

La Turquie attaque maintenant le canton d’Afrin en force. Sous l’inspiration d’un certain George Orwell, l’opération a été baptisée « Rameau d’olivier ».

Pour agrandir

L’opération turque à Afrin a été déclenchée par deux événements. Le plus important a été l’annonce par les États-Unis d’une occupation permanente du nord-est de la Syrie avec l’aide d’une « force de protection des frontières » composée de 30 000 hommes des Forces démocratiques syriennes (FDS) principalement des Kurdes et des Arabes qui avaient combattu sous les ordres de l’EI. Nous avions noté à ce moment-là :

Les États-Unis n’ont pas consulté les Turcs avant d’annoncer leur décision et les Turcs ne trouvent évidemment pas drôle du tout qu’une « bande de terroristes », entraînée et armée par les États-Unis, contrôle un long tronçon de leur frontière méridionale. N’importe quel gouvernement turc serait obligé de prendre des mesures drastiques pour protéger le pays d’une telle menace stratégique.

Les États-Unis ont fait preuve d’amateurisme. Ils ont ignoré les besoins de sécurité de la Turquie, leur alliée dans l’OTAN, et lui ont préféré une occupation illégale qui ne pourra pas durer du nord-est de la Syrie. Le secrétaire d’État Tillerson a tenté de calmer les Turcs en affirmant que la « force de protection des frontières » n’était pas destinée à protéger la frontière. Les rapports émanant du terrain où ces forces sont entraînées prouvent que c’est un mensonge :

« Cette force sera une force fondamentale pour protéger les frontières du nord de la Syrie », a déclaré la personne qui présidait la cérémonie qui couronnait la formation.

La seconde raison de l’opération turque est le succès remporté par l’armée syrienne à Idleb-Est où « l’armée syrienne libre » et les takfiris d’al-Qaïda soutenus par la Turquie ont été éliminés par l’armée syrienne.

L’opération turque en cours a été précédée de plusieurs séries de négociations.

Le gouvernement syrien et ses alliés russes ont offert aux Kurdes d’Afrin de les protéger contre les attaques turques :

Il y a près d’une semaine, il y a eu une réunion entre des responsables russes et des dirigeants kurdes. Moscou a suggéré que l’État syrien devienne l’unique entité responsable de la frontière nord. Les Kurdes ont refusé. Immédiatement après les généraux turcs ont été invités à Moscou. Donner à l’État syrien le contrôle de sa frontière nord n’était pas la seule exigence russe. L’autre était que les Kurdes rendent les champs pétrolifères de Deir al Zor. Les Kurdes ont refusé en laissant entendre que les États-Unis ne le permettraient pas de toute façon. La réunion n’a pas vraiment été un succès.

Ce témoignage a été confirmé par les négociateurs kurdes :

Aldar Xelil (@Xelilaldar), membre de la Société libre démocratique Tev-Dem : « Au cours d’une réunion, la Russie a dit à l’administration d’Afrin que si Afrin était gouvernée par le régime syrien, la Turquie ne l’attaquerait pas. L’administration du canton d’Afrin a refusé cette proposition. »

Les Kurdes ont fait une contre-offre. Ils proposaient de mettre des drapeaux syriens et de rendre la base aérienne de Menagh (presque entièrement détruite), mais ils ne voulaient pas renoncer au contrôle des frontières :

La traduction d’un extrait du journal Diken :

Amberin Zaman s’est entretenu avec des officiels de Rojava, Nobahar Mustafa et Sinam Mohammed. Ils ont dit :

  • La Russie veut affaiblir le YPG et rendre Afrin au “régime”.

  • Nous négocions toujours avec la Russie. Ils nous ont dit que si on rendait Afrin au régime, ce dernier nous protégerait. Nous avons refusé. Nous avons proposé de rendre la base aérienne de Menagh et d’autres points de contrôle, mais ils ont refusé.

  • Il se peut que nous nous retirions de la conférence de Sotchi

  • Nous allons former une nouvelle alliance avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte.

  • Le commandant des forces de Rojava, le général Mazlum et Ilham Ahmed ont rencontré Brett McGurk pour demander aux États-Unis de mettre fin aux attaques turques. C’est un test de la fiabilité des États-Unis en tant qu’allié.

Après l’échec des négociations avec les Kurdes, la Syrie et la Russie qui en était le médiateur ont conclu un accord avec la Turquie. La Turquie avait accepté la création d’une zone de désescalade à Idleb, mais elle n’avait jamais procédé à la mise en place des postes d’observation promis dans la zone gouvernée par Al-Qaïda. La Turquie a soutenu al-Qaïda. Combattre directement le groupe terroriste est contraire aux intérêts turcs. De nombreux combattants d’al-Qaïda ont de la famille et des amis en Turquie et cela la rend vulnérable.

Le nouvel accord donnera à la Syrie le contrôle de la plus grande partie d’Idleb en échange du contrôle turc sur Afrin (si les Turcs parviennent à prendre la région). Au début de l’opération turque, l’armée syrienne a pris la base aérienne d’Abu Duhur à l’est-Idleb. Elle va éliminer tout ce qui reste d’al-Qaïda et de l’EI dans le chaudron maintenant scellé. Elle poursuivra ensuite son avancée dans le gouvernorat d’Idelb.

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Ce ne serait pas bon pour la Syrie que la Turquie prenne le contrôle d’Afrin. Le gouvernement syrien n’aime pas du tout l’accord que les Russes ont conclu en son nom, d’autant qu’un accord avec l’instable président turc Erdogan ne tiendra probablement pas longtemps. Mais voir les Kurdes s’allier aux États-Unis dans une occupation permanente du nord-est est encore pire pour la Syrie.

Le gouvernement syrien a rejeté les allégations turques selon lesquelles la Turquie l’aurait  informé de l’attaque et a officiellement condamné la décision turque. Mais il ne peut pas faire grand-chose. Son armée est épuisée et engagée ailleurs. Ni la Russie, ni l’Iran, ne verraient d’un bon œil un conflit ouvert avec la Turquie.

Les médias turcs sont en mode guerre totale :

Les journaux turcs de ce matin :

  • Hurriyet : Nos avions ont touché #Afrin. Le cœur de la Turquie bat comme un seul homme

  • Sabah : Nous les frappons dans leur tanière

  • Haberturk : La poigne de fer pour le terrorisme, le rameau d’olivier pour les civils

  • Sozcu : Nous avons dit que nous allions frapper malgré les États-Unis et la Russie. Nous avons frappé les traîtres.

L’opération  de la Turquie contre Afrin est assez importante. Ses forces aériennes bombardent la région. Elle envoie maintenant ses chars les plus modernes. L’« Armée syrienne libre » d’al-Qaïda soutenue et contrôlée par la Turquie, sera au front sur le terrain et c’est elle qui va certainement perdre le plus de sang. Afrin est dans la montagne et ce sera un combat difficile. Deux chars turcs ont déjà été détruits. Les Kurdes sont bien préparés et bien armés. Les deux camps auront beaucoup de pertes.

Pendant ce temps, l’armée syrienne et ses alliés auront le temps de s’emparer d’Idelb.

Les États-Unis sont en plein marasme. Leur stratégie pour la Syrie, qui date seulement d’une petite semaine, est déjà en train de s’effondrer. Leur Commandement central refuse de prendre la responsabilité des Kurdes d’Afrin tout en s’alliant avec les Kurdes de l’Est. Ce sont pourtant les mêmes. Le commandant militaire kurde d’Afrin se battait auparavant à Kobane. En ce moment, les avions turcs décollent de la base aérienne américaine d’Incerlik pour aller bombarder les Kurdes dans l’ouest de la Syrie, tandis que les avions-citernes américains décollent d’Incirlik pour aller soutenir l’alliance des États-Unis avec les Kurdes de l’est.

Le groupe arabe Jaysh al Thuwar était une des feuilles de vigne arabes qui dissimulait le commandement kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis à l’est. Il a maintenant changé de camp et est de retour sous la tutelle turque. (MISE À JOUR : Cela a maintenant été réfuté.) D’autres éléments des FSD vont changer de camp. Nous pouvons nous attendre à des « attaques de l’intérieur » contre les forces américaines qui les entraînent.

Le commandement kurde blâme la Russie pour l’attaque turque contre Afrin. C’est ridicule. La Syrie et les Russes ont soutenu les Kurdes tout au long de la guerre. Ils ont été les premiers à livrer des armes et des munitions aux Kurdes pour se battre contre les takfiris. Ce sont les Kurdes qui ont changé de camp et encouragé l’occupation américaine. Ce sont les Kurdes qui ont annoncé qu’ils demanderaient le soutien des Saoudiens.

Il y a quelques mois à peine, le projet kurde en Irak s’est lamentablement effondré. Le gouvernement irakien a repris tous ce que les Kurdes avaient gagné en une décennie, et les États-Unis n’ont rien fait pour aider leurs « alliés » kurdes. Comment les Kurdes de Syrie peuvent-ils s’imaginer que cette nouvelle entreprise démesurée aura un sort différent?

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-les-turcs-attaquent-afrin-les-americains-se-plantent-les-kurdes-sont-encore-dans-le-mauvais-camp

 

 

Protectionnisme : Trump sort les couteaux

Publié le 23 janvier 2018 à 13h50 | Mis à jour le 23 janvier 2018 à 17h36

Protectionnisme : Trump sort les couteaux

Donald Trump motre aux journalistes sa signature sur... (PHOTO AP)

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Donald Trump motre aux journalistes sa signature sur l’un des documents paraphés lors d’une cérémonie mardi dans le Bureau ovale.

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Delphine TOUITOU
Agence France-Presse
WASHINGTON

Avant l’intervention vendredi de Donald Trump à Davos en Suisse, les États-Unis sont passés des paroles aux actes pour protéger le marché américain du flot de produits importés à l’instar des panneaux solaires en provenance de Chine.

En signant mardi les documents imposant ces droits de sauvegarde et d’autres sur les machines à laver importées, le président américain a assuré qu’il entendait «faire respecter le principe d’un commerce équitable et démontrer au monde que les États-Unis ne se laisseraient plus faire».

L’administration américaine prépare aussi tout un arsenal de mesures protectionnistes pour les secteurs stratégiques de l’acier et de l’aluminium ainsi que pour protéger la propriété intellectuelle.

«Nous sommes dans une période particulièrement dangereuse. C’est une escalade continue de l’administration Trump», estime Edward Alden, expert au Council of Foreign Relations, soulignant que le message des États-Unis est «clair» : «ils sont prêts à utiliser tous les outils à leur disposition pour protéger le marché américain d’une concurrence jugée déloyale».

La décision lundi d’imposer des «droits de sauvegarde» sur des panneaux solaires importés de Chine ainsi que sur les grandes machines à laver fabriquées en Chine, en Corée du Sud, au Mexique, en Thaïlande et au Vietnam est perçue comme la plus importante depuis celle, début 2017, de sortir de l’accord commercial de libre-échange Asie-Pacifique (TPP).

Peu après son élection à la Maison-Blanche, Donald Trump avait abandonné abruptement ce traité dans le cadre de sa politique protectionniste visant à sauver des emplois américains menacés selon lui par le libre-échange. Il a aussi imposé la renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna) dont la 6e session de négociations s’est ouverte mardi à Montréal.

Pour autant, au cours de la première année d’administration Trump, «il y a eu beaucoup de discours mais pas beaucoup d’actes, au moins sur le commerce», observe Scott Miller, expert au centre d’études internationales et stratégiques (CSIS).

Usines aux États-Unis

Il qualifie les décisions prises lundi «de pur protectionnisme» car les panneaux solaires ou les machines à laver importés cause un réel préjudice aux entreprises américaines.

Cette décision «est une incitation forte pour que (les entreprises) LG et Samsung respectent leurs promesses de construire de grandes usines pour les machines à laver, ici aux États-Unis», a réagi Donald Trump.

«Pour être honnête, l’impact économique de la décision (de lundi) est assez modeste», reprend néanmoins Edward Alden, observant que l’administration a suivi les préconisations de la Commission internationale du commerce américaine (USITC) qui a jugé recevable la plainte de deux entrepreneurs américains en faillite, sans toutefois s’aligner sur les exigences des plaignants.

Pour autant, «sur le plan symbolique, c’est très important», estime-t-il.

«Cela signale au monde entier que cette administration est préparée à jouer un rôle bien plus important sur le commerce», dit-il.

Monica de Bolle experte au Peterson Institute for International Economics (PIIE) ajoute que les mesures sur l’aluminium et l’acier pourraient être dévoilées très prochainement, les enquêtes étant déjà bouclées.

Sous le feu des projecteurs 

Elle souligne que l’on peut s’attendre à tout dans le discours que prononcera le président américain au forum économique mondial de Davos. «Dans quelle mesure il optera pour la voie agressive ou diplomatique, il faut patienter dans la mesure où Trump est imprévisible», souligne Monica de Bolle.

La décision de lundi «donne de manière évidente à Trump l’opportunité d’être sous le feu des projecteurs à Davos» et de donner la réplique à son homologue chinois Xi Jinping, qui l’an passé, à ce même forum, avait créé la surprise en se positionnant comme l’apôtre du libre-échange.

Dans un discours historique, le dirigeant chinois s’était fait le pourfendeur du protectionnisme de Donald Trump.

En dévoilant lundi des prévisions de croissance économique plus optimistes pour 2018 et 2019, le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde contre des mesures de protectionnisme qui pourrait compromettre l’expansion.

«Quand on fait de la sécurité nationale la justification des décisions commerciales, on incite les autres (pays) à faire de même et c’est la porte ouverte au protectionnisme», a de son côté prévenu Scott Miller.

Pour l’heure, la Chine n’a pas choisi la confrontation, note Monica de Bolle.

Le ministère chinois du Commerce a simplement averti «qu’avec d’autres membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Chine allait défendre résolument ses intérêts légitimes», sans préciser les actions envisagées.

De son côté, le ministère sud-coréen du Commerce a annoncé son intention de déposer une requête auprès de l’OMC, selon l’agence de presse Yonhap.

http://www.lapresse.ca/affaires/economie/international/201801/23/01-5151152-protectionnisme-trump-sort-les-couteaux.php

[Vidéo] Olivier Berruyer : “Faites-nous confiance, on va vous dire ce qui est vrai !”

Source : Polony TV, Kevin Boucaud-Victoire, 20-01-2018

Invité de Kevin Boucaud-Victoire sur Polony TV, Olivier Berruyer livre ses analyses et ses inquiétudes au sujet de la loi du gouvernement afin de lutter contre les “fake news”. Quel(s) risque(s) pour la liberté d’expression et la démocratie déjà menacées ? Olivier Berruyer touche quelques points sensibles et soulève pas mal de questions. Questions qui ne seront certainement pas abordées par les personnes en charge du projet, à moins d’un miracle.

Régulation de l’information, lutte contre les “fake news”, lutte contre l’apologie du terrorisme et le “complotisme”, les rumeurs, etc… Autant de motifs invoqués pour tenter de museler des voix dissonantes, mais seulement pendant les élections… pour l’instant. Dérive vers une censure ou plutôt vers une autocensure suggérée et intériorisée ? Quand un Etat tente d’impose par la loi ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce que les gens doivent croire et réfuter, est-ce que c’est encore une démocratie digne de ce nom ?

Olivier Berruyer revient également rapidement sur l’outil de décrédibilisation du journal Le Monde, le Decodex, le “Fact-Checking” version américain versus le “Fact-Checking” français, l’étude de la fondation Jean Jaurès sur le complotisme en France et le traitement médiatique de la Russie.

L’entretien est à regarder ici : Olivier Berruyer : “Faites-nous confiance, on va vous dire ce qui est vrai !”

Source : Polony TV, Kevin Boucaud-Victoire, 20-01-2018

https://www.les-crises.fr/video-olivier-berruyer-faites-nous-confiance-on-va-vous-dire-ce-qui-est-vrai/

2 réponses à [Vidéo] Olivier Berruyer : “Faites-nous confiance, on va vous dire ce qui est vrai !”

  1. Fritz Le 24 janvier 2018 à 07h08

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    « L’idée que finalement, c’est le pouvoir qui va dire “Je vais vous dire la vérité”, c’est dans un régime totalitaire qu’il y a ça”, souligne Olivier Berruyer (9’50). En 1967, le procureur Garrison avait fait la même remarque, dans son droit de réponse à NBC : « C’est un concept totalitaire ».

    Si vous n’êtes pas des moutons, si vous vous posez des questions, c’est que vous êtes complotistes, car comme le disait le maître à penser des fact-checkers, Rudy Reichstadt, le doute est la porte ouverte au conspirationnisme (19′). Nous sommes tous des complotistes en puissance ? A l’instar de René Descartes : le doute pour sortir de la prison scolastique.

  2. Fritz Le 24 janvier 2018 à 07h21

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    Nous devons rester vigilants sur les principes : car pour s’attaquer à un principe aussi fort que la liberté d’expression, le Pouvoir utilise un exemple choquant, extraordinaire. Le projet de loi annoncé par le président Macron le 3 janvier ne se limitera pas aux périodes électorales.
    Comme l’état d’urgence, il deviendra permanent : ce sera un état d’urgence informationnel.

    Olivier cite l’assassinat de J. Kennedy comme exemple d’un doute largement partagé (70 % des Américains). L’article Wikipédia parle lui-même d’un “doute jamais levé”, est-ce là une source conspirationniste ? Le reporter Léo Sauvage, les historiens Trevor-Roper et Thierry Lentz seraient-ils des “complotistes” parce qu’ils doutent fortement des conclusions de la commission Warren ?

[Vidéo Les-Crises] Financement du Terrorisme (2/4) : Géopolitique du Financement du Terrorisme

Suite du colloque sur le Financement du Terrorisme organisé par le CF2R, le 5 décembre 2017.

Table ronde avec Alain Chouet et Majed Nehmé : Géopolitique du Financement du Terrorisme

Source : Youtube, 05-12-2017

https://www.les-crises.fr/video-les-crises-financement-du-terrorisme-24-geopolitique-du-financement-du-terrorisme/

 

Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

Le 18 janvier 2018
Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises
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Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

par Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R),

Éric DENÉCÉ, docteur en sciences politiques, a servi au Secrétariat de la défense nationale avant de se consacrer à l’intelligence économique au Centre d’études et de prospectives stratégiques (CEPS), au sein du cabinet ARGOS et du groupe GEOS. Auditeur du Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie moderne (Cheam) en 1993, il avait consacré son mémoire à La liberté de navigation à travers les détroits, enjeu essentiel de la sécurité en Asie du Sud-Est.

Il enseigne le renseignement et l’intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères. Il conseille par ailleurs les entreprises en matière de Risk Management (CF2R Services). Auteur de nombreux ouvrages sur le renseignement, l’intelligence économique, le terrorisme et les opérations spéciales, il a reçu en 2009 le prix Akropolis de l’Institut des hautes études de sécurité intérieure (IHESI).

Le risque est par définition au cœur de l’entreprise. Sous le double effet des révolutions technologique et géopolitique à l’origine de la mondialisation, l’environnement des affaires connait de profonds bouleversements. L’influence des facteurs « hors marché » est devenue en deux décennies un sujet de préoccupation majeur pour les acteurs économiques engagés dans la compétition internationale. Aujourd’hui, cinq nouveaux types de risques doivent être pris en considération : internationaux, criminels, sociétaux, anticoncurrentiels et extra-judiciaires.

Les risques internationaux

Plus géopolitiques que « politiques », ils résultent de l’accroissement de l’insécurité internationale et du terrorisme. Il y a une défaillance des États en voie de développement qui, confrontés, depuis la fin de la guerre froide, à la chute des financements des deux blocs, ne peuvent plus payer leurs policiers et leurs militaires.

Les mouvements de guérilla se sont criminalisés. Leurs membres, privés de toute réinsertion mais disposants de dépôts d’armes, se sont reconvertis en criminels pour survivre. Les « zones grises » ou zones de non-droit prospèrent en Afrique mais aussi dans nos banlieues. Les seules régions sécurisées sont celles qui produisent des matières premières.

Les conflits intraétatiques se multiplient : guerres tribales ou ethniques. Les revendications liées au décalage de développement entre pays du nord et du sud se multiplient. La population est remontée contre l’Occident.

L’islam radical intervient maintenant au niveau international. Il cible les liens des pays visés avec l’Occident : les industries, les mines, etc. Les attentats, les enlèvements d’expatriés, la piraterie maritime se multiplient. Le nombre d’enlèvements est évalué à environ 30 000 par an, dont 25 % d’Occidentaux. Les ONG et les entreprises n’ont plus d’interlocuteurs locaux capables d’assurer leur sécurité. Cela leur impose un accroissement du coût de leurs opérations ou les oblige à quitter certains marchés. Il y a donc pour les entreprises des risques à l’occasion de leurs voyages, de leurs implantations et de leurs projets.

Les risques criminels

La part de l’économie criminelle dans le monde est forte : 2 000 milliards de dollars, 7 % du PIB mondial contre 2 à 3 % en 1990, 25 % de la richesse privée mondiale. Les organisations criminelles (mafias, cartels, etc.) font irruption dans l’économie légale, en particulier pour « recycler » leurs fonds. Cette manœuvre se caractérise par une diversification des produits ou des marchés et vise un blanchiment des fonds pour assurer l’héritage des enfants !

Les fonds objets du blanchiment sont issus de trafic de drogue, d’armes, d’êtres humains (prostitution, trafic d’organes), de contrebande de produits rares, de contrefaçon de médicaments ou d’autres produits. Il faut se débarrasser des petites coupures, un million de dollars en billets pèse 48 kilos, et ensuite « légaliser » ces fonds.

Les opérations illicites s’infiltrent dans les activités traditionnelles des entreprises par de multiples biais : placements immobiliers, participations financières, rachats de PME, etc. Par ailleurs, les fraudes internes sont une préoccupation constante pour les dirigeants.

Les risques anticoncurrentiels

Ils sont la conséquence du durcissement de la compétition économique. Une course effrénée à l’innovation et aux marchés se développe avec un accroissement de l’intensité concurrentielle. Il y a une régression de l’application de la loi de l’offre et de la demande. De nombreux acteurs recourent à des pratiques agressives, déloyales ou illégales pour acquérir des informations (espionnage), contournent les règles d’accès aux marchés (corruption, influence, pressions politiques), pour venir à bout de la concurrence (déstabilisation, sabotage).

Les États interviennent dans la compétition économique. En 1990, à la fin de la guerre froide, de 20 à 30 % du personnel de la CIA et de la NSA américaines se sont reconvertis dans la sécurité des entreprises. Les pratiques illégales participent à la guerre économique. Les savoir-faire des opérations clandestines sont utilisés. La guerre mondiale contre le terrorisme (Global War on Terrorism, GWOT pour les Américains) est utilisée à des fins commerciales. Les États-Unis écoutent les communications, celles de l’Iran bien sûr mais aussi et surtout celles des pays développés. La France n’échappe pas à ces écoutes car elle intervient dans des domaines concurrentiels… Ces méthodes prennent clairement leurs distances avec l’éthique – voire la légalité – et font courir des risques énormes aux entreprises qui en sont victimes.

Des risques extra-judiciaires sont liés à l’application extraterritoriale du droit américain en matière de règles d’exportation (embargo) et de normes anticorruption. Cette pratique offre des possibilités de poursuites judiciaires multiples par la justice des États-Unis et instrumentalise le droit pour affaiblir ses concurrents économiques. Cela se traduit pour les entreprises et leurs dirigeants par des poursuites pénales et de lourdes sanctions financières.

Les risques sociétaux

Les risques sociétaux sont la traduction de l’évolution des préoccupations morales et éthiques de nos sociétés. Ils sont aussi l’inquiétante traduction du vide philosophique et spirituel et de la perte de repères de nos sociétés post-industrielles.

L’évolution des sociétés modernes se caractérise par le développement des manifestations en faveur de l’écologie, par la perte des valeurs en particulier dans le monde occidental. Les risques sociétaux sont aussi la conséquence directe d’un certain « désœuvrement » lié au chômage, une retraite plus longue, un temps de travail réduit qui offre plus de temps libre et aussi du développement des moyens de communication modernes (TIC).

Les risques sociétaux sont de nature sectaire ou de nature contestataire. Ils relèvent globalement de la volonté de remettre en cause la société libérale et de déstabiliser les entreprises, soit au nom d’une croyance que les uns cherchent à imposer (islam radical, scientologie, etc.) ou d’une cause « éthique » que les adeptes défendent parfois avec une très grande violence (altermondialistes, animalistes et écologistes radicaux).

Risques sectaires

Diverses sectes ciblent les acteurs économiques : Scientologie, New Age, certaines formes de développement personnel/coaching, etc.

Le risque islamique présente une spécificité française. Le nombre des musulmans en France est évalué à 6 millions de personnes, dont 1 à 2 % d’islamistes. Les manifestations communautaires se développent : exigence d’une salle de prière, demande d’aménagement des horaires pour les prières, refus de serrer la main des femmes, prosélytisme, etc.

Risques militants

Ils résultent des nouvelles « valeurs » de nos sociétés : transparence, écologie, développement durable, etc. Dans nos sociétés développées, il y a une multiplication des mouvements de contestation sociétaux ou éthiques : antipub, anti marques, @dbusters (« casseurs de pub »), écoterroristes, animalistes, anti-avortement, altermondialistes, etc. Dans chaque « cause », il y a passage à l’action violente des groupuscules contestataires.

Les actions de tous ces groupes perturbent le fonctionnement interne autant que les activités des entreprises et nuisent directement ou indirectement à leur image et à leur réputation.

 

Perspectives : addition et combinaison des risques

Ces nouvelles menaces font peser sur les entreprises de nouveaux risques qualifiés de « non conventionnels » ou « spéciaux » parce qu’ils ne relèvent pas de la sphère traditionnelle des managements. Ces nouvelles menaces proviennent essentiellement d’acteurs « hors marché » et se traduisent par des modes d’action (violence, prédation, subversion, chantage) auxquels les entreprises ne sont pas accoutumées. Ce sont des risques intentionnels et organisés, à la différence des risques financiers, technologiques ou climatiques, dits « conventionnels ».

Le volet « cybernétique » de ces risques ne doit pas être négligé. De même, il faut noter l’interconnexion progressive des nouvelles menaces. Parmi celles-ci, la criminalité, avec la corruption et le chantage, est un danger infiniment supérieur au terrorisme. Tout ces risques nécessitent d’anticiper en permanence par le renseignement.

Le domaine de préoccupation des entreprises s’élargit désormais à de nouveaux champs qui viennent perturber leur développement et leur imposent de nouvelles conditions de fonctionnement. D’où la nécessité d’apporter aux acteurs économiques de nouveaux éléments d’information, utiles à leur développement, qui leur permettront d’affiner la perception de ces nouveaux risques, de mesurer leurs impacts possibles sur leurs activités et d’identifier les solutions existantes pour s’en prémunir ou y réagir.

Notes de François Toussaint et synthèse de l’intervenant

https://www.arri.fr/articles/22168-les-risques-non-conventionnels-et-leur-impact-sur-les-entreprises

Revue de presse nationale et internationale.