Archives pour la catégorie ABU Dhabi

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique


Par Andrew Korybko – Le 10 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, a salué les relations de son pays avec l’Érythrée et a fait part au monde des projet de Moscou d’y construire un centre logistique.

C’est à Sotchi, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre bilatérale, qu’il a pris la parole aux côtés de son homologue érythréen, et indiqué que les discussions avaient notamment porté sur la construction de couloirs de transports régionaux, d’oléoducs, et d’ouvrir un département russophone dans l’une des universités d’Asmara. Lavrov a également déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Érythrée, imposées en 2009 après des rapports indiquant que le pays soutenait Al-Shaabab en Somalie, devraient à présent être levées. Il a félicité l’Érythrée pour l’ensemble de ses actions ces derniers mois en faveur de la paix dans la région, et pour son rapprochement rapide de l’Éthiopie, qui a complètement modifié la situation géopolitique de la corne de l’Afrique.

Avec plus de recul, la Russie semble très désireuse de faire de l’Érythrée sa passerelle vers le géant régional que constitue l’Éthiopie, deuxième pays africain en population, et son économie à croissance rapide. Le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie verra Addis Abeba diversifier ses accès au reste du monde, s’affranchissant de sa dépendance historique de Djibouti en la matière, si bien que l’on peut également s’attendre à voir le rôle de l’Érythrée croître en importance en termes de connectivité. Les investissements que la Russie entend mener en Érythrée montrent en outre le sérieux de sa démarche de « pivot vers l’Afrique » et la réalité de son désir d’établir une présence dans la région de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, suite aux bruits qui courent de l’offre qui lui aurait été faite d’ouvrir une base navale au Soudan voisin, et d’autres échos non confirmés qui auraient signalé qu’elle étudiait également la possibilité d’en ouvrir une dans la région dissidente du Somaliland.

Un autre point à garder à l’esprit est que les Émirats arabes unis (EAU) constituent le premier partenaire international de l’Érythrée, et sont responsables non seulement d’avoir rompu l’isolement international du pays en y construisant une base soutenant la guerre contre le Yémen, mais également pour le rôle de facilitateur qu’ils ont joué dans le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie. Abou Dabi constitue donc un pouvoir transrégional en croissance, qui cultive en même temps des liens plus forts que jamais avec Moscou, les deux parties ayant signé une Déclaration officielle de partenariat stratégique début juin, à l’issue de la rencontre dans la capitale russe entre le prince de la couronne Mohammed Bin Zayed et le président Poutine. Les liens entre la Russie et les Émirats vont donc converger en Érythrée, et possiblement également même en Éthiopie peu après.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe a rencontré Osman Saleh, ministre des Affaires étrangères érythréen, le 31 août 2018, à Sochi, en Russie

Loin des regards, le partenariat stratégique russo-émirati se montre étonnamment solide, sans le moindre conflit d’intérêt entre les deux parties dans la corne de l’Afrique. Les deux pays ont conclu un accord de défense de quasiment 2 milliards de dollars en février 2017, et se sont engagés à coopérer dans les sphères de la cybersécurité et de l’énergie. En outre, la pompe à pétrole des émirats s’intéresse aux voitures et motos électriques russes, ainsi qu’à la marque Aurus de berlines de luxe, popularisée il y a peu par le président Poutine. En fait, la coopération entre Russie et Émirats promet littéralement de monter plus haut que le ciel, Moscou se préparant à propulser prochainement les cosmonautes de son partenaire jusqu’à la station spatiale internationale.

Somme toute, l’importance stratégique des relations entre Russie et Érythrée réside dans le potentiel qu’elles présentent, non seulement pour faciliter le « pivot vers l’Afrique » de Moscou dans la corne de l’Afrique, notablement en Éthiopie, mais également en ce qu’elles vont renforcer le partenariat déjà fluide et solide entre la Russie et les EAU, au travers du pays du tiers monde dans lequel ils ont tant d’intérêts en commun. Et une concrétisation réussie du concept selon lequel une coopération russo-émirati apporte des dividendes concrets et positifs dans d’autres pays comme l’Érythrée pourrait également ouvrir la porte à Abu Dabi pour inviter Moscou au Sud-Yémen, où les Russes exerçaient une influence à l’ère soviétique, ce qui pourrait permettre à la Russie de contribuer à la reconstruction de la société, ravagée par la guerre, et de consolider sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/au-travers-de-lerythree-et-des-eau-la-russie-se-tourne-vers-la-corne-de-lafrique

 

Publicités

« Vous avez oublié l’islam » : la rebuffade du Premier ministre éthiopien envers ben Zayed

« Vous avez oublié l’islam » : la rebuffade du Premier ministre éthiopien envers ben Zayed

Dans un discours aux États-Unis, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré avoir repoussé une offre du prince héritier d’Abou Dabi de construire un centre islamique en Éthiopie, lui disant qu’il avait oublié le vrai message de paix de l’islam.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a raconté avoir repoussé l’offre du prince héritier d’Abou Dabi Mohammed ben Zayed de construire un centre islamique dans ce pays d’Afrique de l’Est, lui disant qu’il avait « oublié » sa religion.

Ahmed a rapporté cette conversation avec ben Zayed, qui est considéré comme le dirigeant de facto des Émirats arabes unis, lors d’un discours adressé aux membres de la communauté musulmane américano-éthiopienne en Virginie (États-Unis) vendredi dernier.

« Nous vous aiderons avec bien des choses. Nous vous enseignerons », aurait déclaré ben Zayed lors d’une conversation privée avec Ahmed, qui lui aurait répondu : « Nous n’avons pas besoin d’apprendre la religion de vous. Vous avez oublié la religion. Ce que nous devons faire, c’est apprendre l’arabe rapidement pour mieux comprendre la religion, vous l’apprendre et vous y ramener. »

« Nous devons apprendre l’arabe rapidement pour mieux comprendre la religion, vous l’apprendre et vous y ramener »
Abiy Ahmed à Mohammed ben Zayed

Lorsque ben Zayed lui a demandé pourquoi, Ahmed lui a dit que l’islam parlait de paix, contrairement à ce qu’il se passait au Moyen-Orient.

Le Premier ministre éthiopien a indiqué avoir répondu au prince héritier : « Vous avez oublié la religion ».

« Un islam qui ne ressemble pas au véritable islam a commencé à se répandre parmi vous, vous avez oublié la paix et comment pardonner. »

Le Premier ministre éthiopien n’a pas précisé quand avait eu lieu cette conversation. Abiy Ahmed a rencontré Mohammed ben Zayed mardi dernier pendant une visite à Abou Dabi avec le président érythréen Isaias Afwerki, suite à l’accord de paix conclu entre ces anciens antagonistes.

Selon le site web du ministère émirati des Affaires étrangères, tous deux ont reçu la médaille de l’ordre de Zayed « en reconnaissance de leurs efforts pour mettre fin au conflit entre leurs pays et pour ouvrir de nouveaux horizons de coopération et de coordination, et en reconnaissance de leur rôle dans le renforcement de la coopération avec les Émirats arabes unis ».

Dans son discours, Ahmed a déclaré que rien que les musulmans éthiopiens, qui constituent 40 % de la population du pays, surpassent en nombre les musulmans des Émirats arabes unis et de leurs voisins du Golfe, le Qatar, l’Arabie saoudite et le Koweït réunis. L’Éthiopie est le second pays le plus peuplé d’Afrique, avec 108 millions d’habitants.

Le père d’Abiy Ahmed est musulman tandis que sa mère est chrétienne. On attribue à ce jeune dirigeant de 41 ans un certain nombre de réformes politiques prises immédiatement après son accession au pouvoir, comme la libération de prisonniers politiques et la signature d’un accord de paix avec l’Érythrée, voisin de l’Éthiopie au nord, après deux décennies de conflit.

Ahmed est arrivé aux États-Unis vendredi, sa première visite depuis son entrée en fonction en avril.

Il y a rencontré le vice-président américain Mike Pence, qui a salué les « efforts de réformes historiques » du Premier ministre éthiopien visant à « améliorer le respect des droits de l’homme, réformer le monde des affaires et faire la paix avec l’Érythrée ».

Le discours d’Abiy Ahmed a été traduit en arabe par un compte Twitter éthiopien en arabe et Al Jazeera. Middle East Eye n’a pas procédé à une vérification indépendante de la traduction.

MEE
Traduit de l’anglais (original).

http://www.afrique-asie.fr/vous-avez-oublie-lislam-la-rebuffade-du-premier-ministre-ethiopien-envers-ben-zayed/

Chute de Hadi et montée en puissance du Sud-Yémen : vers la fin de la guerre ?

Chute de Hadi et montée en puissance du Sud-Yémen : vers la fin de la guerre ?


Par Andrew Korybko – Le 5 février 2018 – Source Oriental Review

South Yemen IndependenceDes affrontements ont éclaté dans la capitale intérimaire d’Aden, qui était aussi le siège du gouvernement de l’ancien pays indépendant du Sud Yémen, après que le président Hadi a  interdit au Conseil de transition du Sud (CTS) et à ses partisans de protester. Le CTS avait donné au dirigeant yéménite un ultimatum qui devait expirer dimanche pour remplacer son gouvernement prétendûment corrompu ou faire face à une révolte, et ils ont prétendu qu’il avait ordonné à ses soldats de tirer sur des activistes qui défiaient son décret anti-protestation et tentaient de se rassembler en ville malgré l’interdit. La situation en évolution rapide a vu l’aile armée du parti, les Forces de Résistance du Sud (FRS), prendre le contrôle d’Aden dans un mouvement que le gouvernement de Hadi a qualifié de « coup d’État » qui aura sans aucun doute de profondes implications nationales et internationales.

Le gouvernement internationalement reconnu du pays a déjà été expulsé de l’ancien territoire du Yémen après le succès de l’insurrection houthi début 2015 et l’alliance ultérieure des militants avec le General People’s Congress du président Saleh. L’expulsion des autorités du Sud-Yémen signifie fondamentalement qu’il n’y a plus de représentation formelle dans l’État nominalement unifié, ouvrant ainsi la voie à sa re-division en ses deux moitiés constituantes indépendantes. Ce scénario pourrait opposer les alliés de la coalition, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, puisque Riyad serait favorable à la préservation de l’unité du pays alors qu’Abu Dhabi soutiendrait le CTS et voudrait restaurer l’indépendance du Sud-Yémen. Une autre difficulté dans tout cela est que le prince héritier saoudien Mohammed Bin Salman est censé être encadré par son homologue d’Abu Dhabi, plus vieux, Mohammed Bin Zayed. Toute divergence entre les deux serait une profonde rupture personnelle.

Cela dit, les deux alliés du Golfe résoudront probablement les désaccords qu’ils pourraient avoir sur l’avenir politique du Yémen après la guerre à huis clos, et les EAU feraient bien de présenter une méthode pour « sauver la face » à MBS pour changer sa position présumée et accepter la sécession du Sud Yémen si le CTS réussit sa lutte. Riyad aura finalement soutenu le mauvais cheval en soutenant l’impopulaire Hadi, qui est visiblement méprisé dans les deux parties du pays. Alors ce seul fait « incommode » pourrait suffire à l’amener à reconsidérer son soutien à ce politicien raté et à reprendre les choses en main avec la réalité. Ni les Nordistes ni les Sudistes ne veulent qu’il règne sur leur pays. Se débarrasser de lui, cependant, annulerait la principale raison officielle de la guerre menée par le Saoudien au Yémen, mais cela pourrait être le prétexte pour que Riyad doive réduire sa participation désastreuse et très coûteuse dans ce conflit.

Tout compte fait, la rébellion apparemment inattendue des sécessionnistes du Sud-Yémen pourrait représenter la dernière phase de la guerre au Yémen si le CTS est capable d’évincer le gouvernement de Hadi d’Aden une fois pour toutes. Une « solution » prospectivement russe pourrait aussi voir le jour avec un pays « décentralisé » selon le modèle bosniaque avec des moitiés aux « identités fédérales » bien marquées largement indépendantes. On pourrait aussi retourner purement et simplement à sa division d’avant 1990 en deux États indépendants de jure.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/chute-de-hadi-et-montee-en-puissance-du-sud-yemen-vers-la-fin-de-la-guerre

 

Trump sur le changement de direction en Arabie saoudite : « Nous avons placé notre homme au sommet ! »

Source : The Intercept, Maryam Saleh, 04-01-2018

Quand Mohammed ben Salmane d’Arabie a réussi a mener un coup d’État et a renversé son rival politique en juin, le président Donald Trump en a tiré un crédit personnel. « Nous avons mis notre homme au pouvoir ! » a-t-il dit à ses amis, comme l’écrit Michael Wolff dans son livre bientôt publié Fire and Fury inside the Trump White House.

Le roi d’Arabie Saoudite Salmane, a évincé son neveu Mohammed ben Nayef en tant que prince couronné et a l’a remplacé par son fils de 31 ans ,ben Salmane, bousculant la lignée de succession et s’en prenant à des décennies de tradition dans la famille royale. Le coup a été annoncé au milieu de la nuit et c’était juste une autre étape dans la montée de ben Salmane au pouvoir dans le royaume durant ces dernières années. Le roi a aussi retiré à ben Nayef, qui fut un temps une figure puissante dans l’appareil de sécurité du pays, son poste de ministre de l’intérieur.

Juste un mois plus tôt, Trump avait fait une visite en Arabie saoudite durant son premier voyage outre-mer, rencontrant des leaders du Moyen-Orient et signant un contrat ambitieux de vente d’armes de 110 millions de dollars avec les chefs du royaume. Quand ben Salmane fut couronné prince, Trump l’a appelé et l’a félicité pour « sa récente promotion ».

Wolff décrit le voyage deTrump chez les saoudiens comme « un cadeau du ciel pour s’en sortir à bon compte », comme s’il s’agissait de s’échapper de Washington juste après qu’il eut renvoyé le directeur du FBI James Comey. « Il n’y aurait pas eu de meilleur moment pour faire la une des journaux loin de Washington. Un road trip qui pouvait tout changer. »

Le livre est basé sur 18 mois d’entretiens et d’approches de Trump et de son équipe dirigeante. Mais Wolff a dans le passé prouvé qu’il était un narrateur non fiable, et des questions ont déjà été posées sur la véracité de ses affirmations. Trump, pour sa part, est choqué par le livre, qui contient des passages accablants pour lui et sa famille, attribués à son ancien conseiller stratégique Steve Bannon. L’avocat du président a demandé que Wolff et ses éditeurs arrêtent et renoncent à la publication de ce livre.

Bannon, parlant à un think-tank de Washington en octobre, a fait le lien entre la visite de Trump aux Saoudiens et le changement de succession. « Si vous regardez l’Arabie Saoudite, ils ont vécu un énorme changement fondamental depuis le sommet », a dit Bannon. « Le vice-prince de la couronne est à présent le prince couronné. Je pense que, il y a deux ou trois semaines, il y a eu 1000 religieux, arrêtés et assignés à résidence, ou quelque chose comme cela. Je réalise que le parti d’opposition parle d’eux en tant que “érudits libéraux”, dans le New York Times. »

Trump a invité ben Salmane à la Maison Blanche pour mars, au cours de ce que Wolff a appelé « un geste de diplomatie agressif ». La famille royale saoudienne « a utilisé cette accolade avec Trump comme partie du son jeu de pouvoir dans le royaume ». Et la Maison Blanche de Trump, admettant toujours que cela soit le cas, l’a laissé faire. « En échange », écrit Wolff, ben Salmane « a offert un panier de transactions et d’annonces qui coïncident avec la visite de Trump en Arabie saoudite, offrant une victoire au président ».

Il paraît que le gendre du président et conseiller de confiance Jared Kushner est proche de ben Salmane. Kushner a visité l’Arabie saoudite en octobre, où lui et le prince régnant ont passé des nuits jusqu’à 4 heures du matin, « a échanger des histoires et à mettre au point des stratégies », comme le rapporte le Washington Post. Quelques jours après, ben Salmane a fait arrêter presque une douzaine de membres de l’élite gouvernante saoudienne.

Juste quelques semaines avant que ben Salmane n’assume son rôle de prince régnant, l’Arabie saoudite a coupé les relations diplomatiques avec le Qatar et lancé un embargo contre la péninsule voisine. Trump en a revendiqué le crédit sur Facebook.

Durant mon voyage récent au Moyen-Orient, j’ai annoncé qu’il ne pouvait plus y avoir de financement d’une idéologie radicale. Les leaders ont désigné le Qatar- regardez !]

Ben Salmane a joué un rôle essentiel dans le royaume durant la guerre de deux ans contre le Yémen et depuis novembre, il mène une lutte acharnée contre ses rivaux politiques et autres élites saoudiennes, des centaines d’entre eux ont depuis été détenus au Ritz-carlton de Riyad depuis lors.

Trump a tweeté son approbation

[J’ai une grande confiance dans le roi Salmane et le prince régnant d’Arabie Saoudite, ils savent exactement ce qu’ils font…]

Photo du haut : Le président Donald Trump se dirige vers son avion Air Force One à Riyad le 22 mai 2017.

Source : The Intercept, Maryam Saleh, 04-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

10 réponses à Trump sur le changement de direction en Arabie saoudite : « Nous avons placé notre homme au sommet ! »

Commentaires recommandés       Pour lire les 10 réponses , cliquez sur le lien    :

https://www.les-crises.fr/trump-sur-le-changement-de-direction-en-arabie-saoudite-nous-avons-place-notre-homme-au-sommet/

Le monde musulman réagit à la décision de Trump sur Jérusalem

Le monde musulman réagit à la décision de Trump sur Jérusalem

La Ligue arabe d’une part, et l’Organisation de coopération islamique présidée par la Turquie d’autre part, se réunissent pour définir quelle réponse donner à la décision de Donald Trump d’installer l’ambassade américaine à Jérusalem.

Des manifestants Palestiniens à Gaza réagissent à l’annonce de Donald Trump le 5 Décembre 2017.

ZOOM

Des manifestants Palestiniens à Gaza réagissent à l’annonce de Donald Trump le 5 Décembre 2017. / Mahmud Hams/AFP

Face à la volonté inflexible du président américain, les dirigeants du monde musulman s’organisent.

Ligue arabe réunie samedi

Après une première réunion mardi 5 décembre qui a rassemblé les délégués permanents de ses États membres, la Ligue arabe organise samedi 9 décembre, à la demande des délégations palestiniennes et jordaniennes, une réunion d’urgence des ministres des affaires étrangères des pays membres.

Par ailleurs, le président turc Recep Tayyip Erdogan convoque à Istanbul un sommet de l’Organisation de coopération islamique (OCI) mercredi 13 décembre.

À lire aussi : Donald Trump va transférer l’ambassade américaine à Jérusalem.

Ces réunions extraordinaires ont pour objectif de définir rapidement une réponse collective à la décision, qui doit être confirmée mercredi 6 décembre par Donald Trump, de déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

L’Organisation de coopération islamique, un sommet mercredi

Recep Tayyip Erdogan, est particulièrement mobilisé. Le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin a appelé mercredi l’administration américaine à « revenir immédiatement » sur sa « grave erreur ». « Jérusalem est notre honneur, Jérusalem est notre cause commune, a-t-il ajouté. Comme l’a dit notre président hier, Jérusalem est notre ligne rouge. »

Le président turc, président de l’OCI, a déclaré s’être entretenu mercredi avec les chefs d’État ou de gouvernement des principaux pays membres de l’organisation, la Malaisie, la Tunisie, l’Iran, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Pakistan et l’Indonésie.

La question de Jérusalem sera aussi au centre d’entretiens que Recep Tayyip Erdogan doit avoir mercredi à Ankara avec le roi de Jordanie Abdallah II, dont le pays est le gardien des Lieux saints musulmans de Jérusalem.

La Syrie condamne la décision

Mercredi 6 décembre dans la matinée, le ministère syrien des affaires étrangères a lui aussi condamné la décision américaine. « Cette initiative dangereuse de l’administration américaine montre clairement le mépris des États-Unis à l’égard de la loi internationale », a indiqué une source au ministère des affaires étrangères citée par l’agence officielle Sana.

À lire aussi : Quelles conséquences auraient un transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine ?

« Le président américain n’aurait pas osé prendre cette initiative sans son alliance avec des régimes arabes qui ont comploté et continuent de comploter contre la Syrie et contre la cause palestinienne », poursuit-elle, en faisant allusion à l’Arabie saoudite, alliée de Washington au Moyen-Orient.

Une décision fruit d’un « complot », estime l’Iran

Le président iranien Hassan Rohani a lui-aussi réagi lors d’un discours prononcé dans la matinée à Téhéran. L’Iran «ne tolérera pas une violation des lieux saints musulmans», a-t-il affirmé lors d’un discours devant des responsables politiques et religieux de plusieurs pays musulmans réunis dans la capitale iranienne.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, qui s’est exprimé plus tôt, a lui vu dans la décision américaine un geste désespéré, fruit de l’«incompétence» des Etats-Unis. «Le monde islamique s’opposera assurément à ce complot», a-t-il déclaré.

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

#CommerceDesArmes

Yossi Melman's picture
20 novembre 2017

De la Birmanie au Soudan du Sud, en passant plus récemment par les États arabes du Golfe, Israël a essayé de garder secrètes ses ventes d’armes à des régimes engagés dans des conflits brutaux

Israël se targue d’être une société libre et démocratique qui fait partie du monde occidental. Eh bien, pas exactement. Du moins dans deux domaines importants.

Le premier, et le plus important, est l’occupation de la Cisjordanie sous le joug de l’armée israélienne et la privation de droits civils et démocratiques fondamentaux infligée à ses habitants palestiniens.

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien

Le second domaine dans lequel le manque de transparence est évident et dans lequel le gouvernement a tenté d’étouffer des informations concerne les exportations militaires et sécuritaires. Ici aussi, le censeur est omniprésent et réprime toute information susceptible d’embarrasser le gouvernement et l’appareil sécuritaire dans ses ventes d’armes à destination de dictateurs, de régimes voyous, de violateurs des droits de l’homme et d’autres gouvernements douteux.

Le cas birman

La Birmanie en est un exemple typique. En septembre, un groupe d’activistes des droits de l’homme israéliens a demandé à la Cour suprême de mettre fin aux ventes d’armes à la junte militaire de ce pays qui est toujours au pouvoir malgré les élections de 2015.

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et des rapports de l’ONU, l’armée birmane est impliquée dans des opérations de nettoyage ethnique et des crimes de guerre systémiques contre les Rohingyas (une minorité musulmane). On estime que près d’un demi-million d’habitants se sont enfuis au Bangladesh voisin après que des milliers de personnes ont été tuées et violées et que des villages ont été incendiés.

Pendant des années, Israël a vendu des armes à la Birmanie, notamment du matériel d’écoute, des équipements de communication et des patrouilleurs fabriqués par Israeli Aerospace Industries (IAI). Tar Ideals Concepts, une société israélienne, a également formé des membres des forces spéciales birmanes. La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les gouvernements israéliens successifs ont eu honte de ces contrats mais ont encouragé les marchands d’armes et les industries publiques à continuer de les fabriquer. Dans le même temps, ils se sont servis du censeur militaire pour réprimer la diffusion d’informations.

Min Aung Hlaing, général en chef de l’armée birmane, prend la parole à l’occasion du deuxième anniversaire de la cérémonie de signature de l’accord de cessez-le-feu national, à Naypyidaw, le 15 octobre 2017 (AFP)

Comment sommes-nous donc au courant de tous ces contrats ? Parce que la junte birmane s’en est vantée sur ses sites officiels et a publié des photos de ses chefs en visite en Israël. Il s’agissait notamment de rencontres organisées en septembre 2015 entre le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, qui agit indépendamment du gouvernement civil, accompagné d’autres officiers de haut rang de la junte militaire, et le président israélien Reuven Rivlin, le chef de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, les chefs des services de sécurité israéliens ainsi que des hauts responsables de l’industrie israélienne de l’armement.

Hlaing a même écrit sur sa page Facebook que ses collègues et lui avaient visité Israel Aerospace Industries, près de Tel Aviv, ainsi que d’autres entreprises du secteur de la défense.

Les liens avec la Chine

Récemment, j’ai appris que Commtac, un fabricant israélien d’équipements de communication pour drones, a vendu, via Elul (un courtier en armes israélien), des équipements installés sur des drones de fabrication chinoise utilisés par l’armée birmane. Commtac est une filiale du fabricant israélien de drones Aeronautics Defense Systems. Le gouvernement israélien s’est montré particulièrement sensible vis-à-vis de ce contrat, non pas parce qu’il s’oppose aux ventes à la Birmanie, mais parce qu’il craignait que le lien avec des drones chinois n’irrite les États-Unis.

Dès la fin des années 1970, bien avant l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et la Chine, des entrepreneurs du secteur israélien de la défense ont secrètement équipé l’armée chinoise, avec l’approbation du gouvernement. Au cours de la dernière décennie, cependant, Israël a cessé ses ventes militaires à destination de la Chine sous la pression des administrations américaines successives.

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques

Si Elul n’a pas répondu aux demandes de commentaires, un porte-parole de Commtac et d’Aeronautics Defense Systems a confirmé que l’entreprise avait vendu des équipements à la Birmanie « conformément à la réglementation du ministère de la Défense et avec son approbation ». Il a ajouté, cependant, que le ministère de la Défense avait récemment changé de politique et suspendu les licences accordées à toutes les sociétés israéliennes qui autorisent les contrats avec la Birmanie, dont Commtac.

Il convient de noter que le ministère n’a fait aucune déclaration à cet égard et espérait passer cette décision sous silence. Le ministère a refusé de développer le sujet, déclarant seulement : « Nous ne formulons aucun commentaire sur les questions relatives aux exportations. » Cette confidentialité vise à ne pas irriter la Birmanie, avec l’espoir que, tôt ou tard, l’interdiction sera levée et les affaires reprendront.

À LIRE : L’alliance israélo-saoudienne bat les tambours de guerre

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques. En septembre, certains d’entre eux ont appelé la Cour suprême d’Israël à ordonner au ministère de la Défense de mettre fin à ses ventes à destination de la Birmanie et de suivre ainsi les politiques américaines et européennes qui ont imposé un embargo sur les armes à ce pays d’Asie du Sud-Est. L’État s’y est opposé et le tribunal a rejeté cet appel.

Toutes les délibérations se sont déroulées à huis clos, signe qu’en Israël, ce n’est pas seulement le censeur, mais aussi les tribunaux qui serrent les rangs avec les forces de sécurité lorsqu’il est question de ventes d’armes.

Les ventes d’armes à des dictateurs

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien, tandis que le public soutient généralement la politique du gouvernement et préfère ne pas en entendre parler, même si ces ventes contrastent fortement avec la morale universelle, les droits de l’homme et l’éthique.

Les exportations d’armes israéliennes vers plus de cent pays sur les cinq continents ont rapporté 6 milliards de dollars en 2016. Bien que celles-ci représentent seulement 6 à 7 % du total des exportations israéliennes de biens et de services, la contribution des entreprises du secteur de la sécurité ne se limite pas aux exportations. Elles sont les principaux fournisseurs d’armes des Forces de défense d’Israël (FDI) et emploient quelque 100 000 travailleurs, ce qui en fait un facteur important de la prospérité économique d’Israël.

Les clients peuvent être divisés en trois groupes. Le premier et le plus grand marché est formé par les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques, comme les États-Unis, l’UE, l’Inde, Singapour et l’Azerbaïdjan.

Des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) transportent des armes lourdes près d’Alole, dans le nord du Soudan du Sud, le 16 octobre 2016 (AFP)

Le deuxième groupe se compose des pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques mais qui sont dirigés par des dictateurs, sont impliqués dans des guerres civiles ou commettent des violations des droits de l’homme, comme la Birmanie ou, par le passé, des pays d’Amérique centrale et méridionale, ou encore d’Afrique.

Les marchands d’armes israéliens ont vendu des armes aux deux camps pendant la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Mais le cas le plus inquiétant d’exportations israéliennes vers l’Afrique a été celui du Soudan du Sud. Israël a continué de fournir des armes à cette nation, même après la guerre civile sanglante qui y a éclaté. Ce n’est que récemment, sous la pression des médias locaux et de groupes de défense des droits de l’homme étrangers, que le ministère de la Défense a annoncé qu’il avait cessé toute vente militaire à destination du Soudan du Sud.

La diplomatie par les ventes d’armes

Ici aussi, dans cette deuxième catégorie, le censeur est intervenu pour empêcher la publication de contrats relevant du secteur de la défense, comme c’est le cas avec l’Azerbaïdjan qui, en raison de sa frontière avec l’Iran, est considéré comme un pays d’une importance stratégique.

Le tabou qui régnait sur ce sujet a été rompu en février, lorsque le président azéri Ilham Aliyev a publiquement reconnu que son pays avait conclu des contrats avec Israël évalués à 5 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Ce faisant, Aliyev a surpris Netanyahou, alors en visite en Azerbaïdjan. Aux côtés des États-Unis, de l’Inde et de l’UE, la nation caucasienne est l’un des plus grands marchés pour les jouets militaires israéliens.

À LIRE : Nettoyage ethnique des Rohingyas : Israël exporte à nouveau sa guerre contre les peuples autochtones

La troisième catégorie de pays bénéficiant d’armes et de technologies israéliennes avancées – qui ont fait leurs preuves en situation de combat après avoir été utilisées par les FDI – regroupe ceux qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Il s’agit principalement de nations arabes et musulmanes.

Dans ce cas, les contrats visent non seulement à générer des gains financiers, mais aussi à prendre pied dans le monde arabe et à recevoir en contrepartie des renseignements ou d’autres faveurs.

Dans les années 1980, Israël a vendu des avions Skyhawk de fabrication américaine qui avaient été mis hors service par l’Armée de l’air israélienne à l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. La vente a été approuvée par les États-Unis. En retour, l’Indonésie a accordé des faveurs à Israël, notamment en permettant aux experts israéliens de se renseigner sur les armes sophistiquées de fabrication soviétique utilisées par ses ennemis arabes.

Au cours des dernières années, des armes et des technologies israéliennes ont été utilisées pour venir en aide à la Jordanie (prêt d’hélicoptères et de drones israéliens) et à l’Égypte (renseignements et drones israéliens attaquant occasionnellement des positions de l’État islamique dans le Sinaï).

Comme la Jordanie et l’Égypte entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, en surface, les informations faisant état de liens sécuritaires et militaires spéciaux ne devraient pas poser de problème. Mais, encore une fois, le censeur ne permet la diffusion d’informations à l’échelle locale que si les médias d’information étrangers les ont déjà relayées.

Les contrats avec le Golfe

Un autre marché important pour les technologies militaires israéliennes est celui des Émirats arabes unis, menés par Abou Dabi et, selon des informations qui n’ont jamais été confirmées, de l’Arabie saoudite.

Selon ces informations, des entreprises de haute technologie israéliennes ont conclu des contrats pour fournir au royaume des équipements de renseignement, tandis que l’Arabie saoudite envisage d’acheter le système anti-missiles israélien « Dôme de fer ». Il convient de noter que les réseaux sociaux dans le monde arabe ont continuellement répandu des rumeurs selon lesquelles le prince héritier Mohammed ben Salmane se serait récemment rendu en Israël. Les porte-parole saoudiens ont nié les faits.

Le système anti-missiles israélien « Dôme de fer » (AFP)

Depuis plusieurs années, le censeur s’est servi de sa main de fer pour empêcher les médias israéliens de relayer toute information faisant état de ventes à destination du monde arabe. Cette attitude s’est révélée absurde et ridicule dans la mesure où le principal négociateur dans ces contrats « secrets », le courtier en armes israélien Mati Kochavi, a révélé les contrats conclus avec Abou Dabi lors d’un séminaire public à Singapour par suffisance et égocentrisme.

Comme l’écrivait l’auteur anglais Samuel Johnson, « le patriotisme est le dernier refuge de la crapule ». On peut dire que le ministère israélien de la Défense se montre prompt à invoquer des « raisons de sécurité » pour justifier tous les méfaits possibles commis par des marchands d’armes sans scrupules, des entrepreneurs corrompus du secteur de la défense et des dictateurs impitoyables.

Au cours des deux premières décennies qui ont suivi son indépendance en 1948, Israël espérait être une lumière pour les nations ; malheureusement, il est devenu un fournisseur d’armes pour des régimes douteux.

 

– Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : soldats de l’armée birmane en patrouille dans un village du district de Maungdaw, situé dans l’État d’Arakan, le 21 octobre 2016, alors que les opérations de sécurité se poursuivent après les attaques menées par des militants armés le 9 octobre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-secret-bien-mal-gard-d-isra-l-les-ventes-d-armes-des-r-gimes-en-guerre-365797615

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2

Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2


Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017


Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 2ème Partie.



"Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe." Entretien avec Jacques Borde 2/2

| Q. Comment qualifieriez-vous le rôle joué par Riyad ?

Jacques Borde. En l’espèce, il ne s’agit pas tellement de Riyad, mais de celui qui s’y comporte comme un hêgêmon avec foi (le wahhabisme) mais guère de loi : Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd. Je ne sais si l’Iran voisin avec qui MBS a fort peu d’atomes crochus, est bien l’État voyou dont nous parle certains, mais MBS, lui, ressemble de plus en plus à un chef d’État voyou.

Saad Hariri doit pouvoir être libre de ses mouvements, non pas pour ce qu’il est, mais pour le poste qui est toujours le sien celui de Premier ministre libanais. À ce stade les admonestations qu’Hariri a adressé à Téhéran doivent être traités avec beaucoup de circonspection.

| Q. Quid, alors, du rappel d’Hariri à Riyad qui serait à l’origine de l’affaire ?

Jacques Borde. C’est la thèse en vue. Là, si elle est vraie, Saad Hariri mérite notre mépris pour son comportement de dhimmî vis-à-vis des ses voisins wahhabî. Mais pas d’être ainsi soumis au bon vouloir des Néo-barbaresques wahhabî qui n’ont aucun droit de le retenir. Le temps des rezzous n’est plus. Même si en cette matière, les Séoud ont délaissé le sabre pour la bombe à guidage laser pour massacrer des civils innocents comme ils le font au Yémen.

| Q. En ce cas Macron à Riyad : pourquoi et pour quel résultats?

Jacques Borde. Ne confondons pas les choses. La nature fantasque, pour ne pas dire despotique du nouveau maître de Riyad, ne fait pas de ce pays un endroit à éviter. Tout au contraire. Le royaume reste le primus inter pares du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG) et doit être traité comme tel.

Ça n’est pas d’être allé à Munich qui sera toujours reproché à Daladier et Chamberlain, mais de s’y être couchés devant Hitler…

D’ailleurs, avant de se projeter diplomatiquement à Riyad, le chef de l’État :

1- n’a pas manqué de rappeler quels points, géostratégiquement parlant, nous séparaient de Ryad.
2- qu’il comptait bien se rendre à Téhéran prochainement. Si, bien sûr, d’ici là, les Iraniens maintiennent leur invitation…

En l’espèce, même s’il eut été appréciable que Macron effectuât son vol retour accompagné de l‘otage (sic) Hariri, ses échanges sur place ne furent marqués par aucune reculade. On a, désolé, de le dire, connu ses prédécesseurs moins heureux en pareil cas.

Après Trump et Poutine, il fallait bien qu’Emmanuel Macron, prît contact avec Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

| Q. Oui, mais MBS n’est que prince héritier ?

Jacques Borde. Ne chipotons pas. C’est bien MBS qui est le boss et non le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd.

| Q. Ne cautionnons-nous pas une révolution de palais ?

Jacques Borde. Non. Parce que ça n’est pas du tout ce à quoi nous assistons. La dévolution du pouvoir (ou le passage de relais si vous préférez) est bien réelle entre les deux hommes. Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd passe bien la main, et en toute connaissance de cause, à son protégé de toujours Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

Bon, le coup de purge de MBS est tout aussi réel. Mais c’est un coup de balai. Mais pas un golpe. MBS a pris simplement son monde par surprise. Une sorte de 18 Brumaire des sables. Techniquement, c’est plutôt bien joué.

| Q. Et, au fait, qu’ont retenu les Séoudiens des conseils éclairés (sic) de la France ?

Jacques Borde. Pour le moment, peu de choses effectivement.

Loin d’arrêter ses bombardement sur le Yémen, rien que dans la nuit du 10 au 11 novembre 2017, l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)1 a mené deux séries de frappes.

Si Paul prit un jour le chemin de Damas, Emmanuel celui de Riyad, de son côté MBS n’a, de toute évidence, pas pris celui de Paris…

| Q. Mais, pour revenir aux tous débuts de notre discussions, le monde arabe existe bel et bien, vous exagérez…

Jacques Borde. Géographiquement, oui. Mais, pour le reste.

En fait, si nous comparons avec l’Europe qui a, espérons définitivement, enterré la hache de guerre (entre ses membres évidemment) ; le monde arabe a strictement fait le chemin inverse. Moins d’unité, moins d’entente et des guerres en série. Guerre soit chaudes, tièdes, asysmétrique et/ou d’usure :

1- guerre religieuses, ou sectaro-religieuses, si vous préférez. C’est en partie le cas au Yémen où les factions takfirî à la solde de Riyad ont cherché (et obtenu) la rupture avec les Houthis, compagnons de route du chî’îsme.
2-
guerres de libération au motif des prétendus printemps arabes. En fait, plus des des périodes de glaciation nazislamiste. Mais en l’absence de pouvoir colonial, des guerres tournées contre son propre magistère par des régnicoles instrumentalisés : Guerre de Libye (réussie), Guerre du Sinaï (ratée)
3-
guerres de conquête. Celle du double califat de Mossoul et de Raqqa.
4-
guerres de suprématie régionale. Heureusement, pour l’instant par proxies. Celle qui oppose désormais la RI d’Iran et le Royaume d’Arabie Séoudite.

Les typologies ci-dessus (1à 4) se mélangeant allègrement les unes aux autres.

| Q. Comment expliquez-vous l’irruption de l’Arabie Séoudite dans le champ de la guerre. Elle qui, malgré un armement non-négligeable, a toujours su se tenir à l’égard des guerres israélo-arabes ?

Jacques Borde. Principalement par sa sidération vis-à-vis de l’Accord 5+1 sur le nucléaire iranien dont elle aura été tenu totalement à l’écart du début jusqu’à la fin. Une des fautes géostratégiques majeures – une de plus, direz-vous – de l’administration Obama et de son incompétentissime Secretary of State, John F. Kerry.

Quant à sa tenue à l’écart des guerres israélo-arabes, malgré une doxa obstinément antisémite, notamment chez les têtes pensantes (sic) du wahhabisme, un sens de la survie (ou un manque de courage) face à la 1ère puissance militaire du Proche-Orient : Tsahal.

Ensuite, les Séoudiens ont cru leur heure venue. C’est aussi simple que cela.

Pour lire la suite, cliquer sur le lien.


Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-2-2_a344.html

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

 

Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017

 

Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 1ère Partie.

 

 

| Q. Désolé d’être aussi pragmatique, mais ramenons-nous quelque-chose de palpable du périple d’Emmanuel Macron dans le Golfe ?

Jacques Borde. Oui, rassurez-vous. Les Émirats arabes unis (EAU) vont nous prendre deux corvettes Gowind, de Naval Group, l’ex-DCNS. Un projet d’acquisition assorti d’une option pour deux bâtiments supplémentaires. L’annonce en a été faite par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse.

« Nous sommes fiers que les autorités des Émirats arabes unis aient sélectionné les corvettes Gowind de Naval Group. Avec notre partenaire industriel émirien ADSB, les discussions vont maintenant se poursuivre avec les Forces armées pour nous permettre de finaliser le contrat relatif à cette acquisition. Ces corvettes Gowind sont des navires de combat de dernière génération, polyvalents, et adaptés pour répondre aux besoins de la marine des Émirats arabes unis », a expliqué, de son côté, le pdg de Naval Group, Hervé Guillou.

« Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et les Émirats arabes unis et constitue un nouveau succès à l’export pour la France », a noté, quant à elle, la ministre des Armées, Florence Parly.

Emmanuel Macron n’a donné aucun détail sur l’accord ni son montant, mais il est à rappeler que Naval Group tenait, et tient toujours, la corde face à ses concurrents.

| Q. Pourquoi cette commande ?

Jacques Borde. Pour trois raisons, en fait.

Comme l’a écrit Michel Cabirol, « Abu Dhabi a exprimé un vif intérêt pour ce type de corvettes de haute mer et lourdement armée dans un contexte régional tendu non seulement avec l’Iran mais également avec la Turquie, qui a installé sa première base militaire en Afrique (près de Mogadiscio en Somalie). Déjà en guerre contre les Houthis au Yémen, les EAU semblent également très soucieux de défendre l’accès du Détroit de Bab-el-Mandeb ‘gardé’ par Aden et Mogadiscio. C’est d’ailleurs également l’une des priorités de l’Égypte, l’allié des EAU ».

Bon, évidemment, nous ne sommes pas au niveau des milliards de dollars ramenés par Donald J. Trump, mais nous n’allons pas nous plaindre…

| Q. Plus généralement, quid des propos successives d’Emmanuel Macron tenus dans le Golfe ?

Jacques Borde. Intéressants, mais souvent trop génériques, je dirais. Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’inclusif (sic) quant à ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce nous y faisons et avons bien pu y faire.

Quant à la Syrie, plus précisément, je note surtout, Raqqa or not Raqqa, que le régime de Paris (sic) n’a, officiellement, rien à y faire, n’y étant en rien invité par le régime de Damas (sic) qui est, que cela plaise ou non à certains, l’autorité légale de ce pays. Et, là, je ne vous parle pas du soutien que nous avons pu accorder à des groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. À propos de qui Laurent Fabius disait qu’ils faisaient du « bon travail ».

| Q. Alors, en ce cas, selon vous, sommes-nous toujours l’ami du monde arabe ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, parce qu’à l’évidence, et en dépit de l’existence d’usines à gaz comme la Ligue arabe, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), plus quelques autres machins que j’oublie, le monde arabe a cessé d’exister en tant qu‘entité géopolitique.

Quant à l’Organisation de la coopération islamique (OCI), elle déborde largement du monde arabe.

Oui, car ce que nous sommes sans hésiter c’est bien les amis de plusieurs pays arabes, arabo-musulmans (sans parle de pays musulmans non-arabes). D’ailleurs par toujours nécessairement amis entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Qu’en cette mi- novembre 2017, nous sommes – ou essayons d’être, et ce par tous les moyens possibles – les amis de l’Arabie Séoudite [sic], des Émirats arabes unies, de l’Égypte. Mais, car il y a un mais, « s’immiscer dans des affaires intrarégionales », pour reprendre une des phrases d’Emmanuel Macron, semble encore être la vulgate de nos administrations successives. En Irak et en Syrie notamment.

Donc aussi non.

| Q. Vous mettez l’Irak et la Syrie sur le même plan ?

Jacques Borde. Pratiquement. Je vous explique pourquoi.

Primo, concernant la Syrie, vous aurez noté que :

1- le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, a dit et répété la défiance qui était la sienne et celle de son administration à notre égard.
2- en dépit des nos gesticulations, nous ne sommes toujours pas associés aux pourparlers dits d’Astana. De là à dire que nos exploits aéroterrestres ne sont peut-être pas aussi remarquables que le laisse entre le
discours élyséen…

En un mot comme en cent nous ne sommes donc résolument pas les amis de la Syrie. Sauf à considérer comme représentants de ce ce pays quelques groupuscules d’opposition armée tenus à Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran (et généralement au Caire également) pour des terroristes takfirî.

Secundo, concernant l’Irak, il est à noter que bien que l’administration Maliki ne tienne pas à l’égard de la France des propos aussi tranchés que le président syrien :

1- Bagdad ne nous associe à aucun de ses pourparlers sérieux avec qui que ce soit. Nous prêtons nos bras, où plutôt nos ailes, aux forces syriennes. Mais, au-delà, pas de quoi pavoiser.
2- l’administration irakienne, lorsqu’elle écoute quelqu’un tend plus l’oreille en direction de Moscou ou de Washington.
3- l’Irak, géostratégiquement, a quand même ses deux pieds ancrés dans l’
arc chî’îte, l’alliance politico-militaire conduite par l’Iran voisin.

| Q. Nous avons fait le tour ?

Jacques Borde. Non pas encore, hélas.

Restent encore deux de nos plus anciens amis arabes : le Liban et le Yémen. Nos liens étaient jadis très fort avec ces deux-là. Mais, nous avons, sous de précédents mandats présidentiels, abandonnés ces deux amis historiques de la France à leur triste sort. L’or du Golfe ayant eu raison de nos sentiments.

| Q. Pour vous la France n’est plus la puissance protectrice du Levant ?

Jacques Borde. (Soupir) Non. Et depuis longtemps déjà.

Je vous rappelle, ici, l’épisode honteux de l’ancien Sandjak d’Alexandrette – volé à sa mère-patrie syrienne et livré à la Turquie – grâce aux entourloupes de… Paris. Il y a donc un bout de temps que nous avons pris cette habitude de trahir, pour des dinars à défaut de deniers, nos rares et vrais amis dans cette partie de l’Orient compliqué.

À ce sujet, le livre de Lucien Bitterlin : Alexandrette, le ‘Munich’ de l’Orient ou Quand la France capitulait, même s’il remonte à 1999, me semble une lecture indispensable.

Pour lire la suite cliquer sur le lien

 

Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements.

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-1-2_a343.html