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L’Iran, un paria du marché mondial des armements au sous-équipement militaire chronique

L’Iran, un paria du marché mondial des armements au sous-équipement militaire chronique

Adrien GUYOT 30 juin 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientGéoéconomieIntelligence économiqueIranProche et Moyen-OrientSituations décryptéesLeave a comment

Pour des raisons historiques et géostratégiques, les États-Unis imputent à l’Iran une qualité de perturbateur régional au régime dictatorial, prosélytiste et policier, s’adonnant à la prolifération nucléaire, ainsi qu’au terrorisme international. En somme, aux yeux de la bureaucratie permanente militaire, du renseignement et de la diplomatie – l’État profond américain – , Téhéran présente l’avantage de réunir toutes les caractéristiques d’un bon ennemi. Membre permanent de l’axe du mal depuis la révolution islamique, elle ne peut infléchir son sous-équipement militaire chronique, résultant de son écrasante mise au ban de l’opinion, qu’au travers l’élaboration de stratégies d’adaptation palliatives. 

Hassan Rohani inaugurant son système de défense anti-aérien : Bavar 373.
Le président iranien, Hassan Rohani, inaugurant son propre système de défense anti-aérien, Bavar 373, construit sur le modèle du S-300 russe.

L’Iran, un paria du marché mondial des armements

En toute logique, s’il est exclu que les États-Unis fournissent militairement la République islamique, tel est également le cas à l’égard des États européens. Seule la Russie, la Chine et la Corée du Nord résistent épisodiquement aux pressions de Washington, Abou Dabi, Ryiad et Tel-Aviv. À titre d’exemple, en 2016, Moscou refusa de livrer deux cents chasseurs multirôles lourds Su-30, puis tarda à fournir les systèmes de défense antiaériens S-300. 

Afin de mettre au ban l’Iran, de sorte à ce qu’elle devienne un paria du marché mondial des armements, les États-Unis peuvent compter sur leur règlementation d’US Export Control, et plus spécifiquement sur l’International Traffic in Arms Regulations (ITAR). Cet ensemble normatif offre, au bénéfice du Département d’État américain, toute la latitude pour interpréter et appliquer les stipulations d’ITAR. In fine, il contrôle les importations et exportations des objets et services liés à la défense nationale, tels que recensés sur l’United States Munitions List (USML).

La sécurité du territoire servant de prétexte à la promotion de ses objectifs géostratégiques et commerciaux, les États-Unis refusent l’exportation d’armements contenant des composants américains. Or, la dépendance technologique des industries européennes de la défense, tout particulièrement dans le domaine aéronautique, à l’égard des composants soumis à la législation ITAR, est critique. Par exemple, il est, aujourd’hui, inconcevable que la France, au travers de Dassault Aviation, puisse, librement, vendre le Rafale, joyau national, à destination des États qui lui sied, sans que Washington ne vienne opposer son veto.

Au contrôle américain, s’adjoint celui des européens vis-à-vis des exportations de biens et technologies à double-usage (BDU). L’article 2 du Règlement du Conseil du 5 mai 2009 définit les « biens à double usage » comme : « les produits, y compris les logiciels et les technologies, susceptibles d’avoir une utilisation tant civile que militaire ». Ceux-ci, étant listés, peuvent, selon les cas, être interdits à l’exportation, au transit et au négoce, ou être soumis à autorisation. 

Également, des mesures restrictives européennes viennent se juxtaposer à l’ensemble des interdictions susvisées afin de prohiber, en totalité, les exportations de certains biens. Ceux-ci sont énumérés au gré d’un mouvement de balancier, à l’aspect plus ou moins restrictif, cultivé par une sorte de va-et-vient réglementaire continuel. 

Un sous-équipement militaire chronique compensé par des adaptations palliatives

Malgré un budget de la défense conséquent (15,9 milliards de dollars en 2016), l’Iran est confrontée à un sous-équipement militaire chronique. Ses rivaux régionaux, Israël, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, bénéficient, quant à eux, d’un budget supérieur ainsi que d’un accès, plus large, au marché. À titre d’exemple, le char de combat le plus puissant dont dispose l’Artesh – l’armée régulière iranienne placée sous la tutelle du Corps des gardiens de la révolution islamique – est le T-72 russe, mis en service au début des années 1970. La majorité de son arsenal blindé est composé de chars Patton ou Chieftain datant des guerres de Corée et du Vietnam. En comparaison, l’Arabie Saoudite possède des chars étasuniens, de type M1 Abrams, tandis que les Émirats Arabes Unis privilégient le char français Leclerc, autre joyau national, néanmoins utilisé au Yémen. 

Faiblement dotée militairement, mais désireuse de conserver sa zone d’influence régionale, Téhéran démontre sa résilience par l’emploi de stratégies d’adaptation. La République islamique comble la faiblesse de son armée de l’air en produisant, en série, son avion de combat « 100% Made in Iran » : le Kowsar. En réalité, celui-ci n’est qu’un F-5 américain modernisé, l’Iran ne faisant que s’inspirer des « Freedom Fighter » et « Tiger II » qu’elle s’était procurée avant la révolution islamique. En 2007, bien qu’étant présenté comme inédit, le Saegheh, autre avion de combat « 100% Made in Iran », fut également largement inspiré du F-5. Ainsi, cette stratégie d’adaptation du « 100% Made in Iran » ne demeure que palliative dans la mesure où, sur des théâtres d’opérations extérieurs comme en Syrie, Téhéran dépend largement du soutien aérien russe. 

Cependant, il est des circonstances où le recours à la modernisation locale des décombres de l’ambitieux projet de complexe militaro-industriel occidental, voulu par le chah, apparaît efficient. 

En effet, ce 20 juin 2019, c’est un missile « 3-Khordad » – à l’origine un SAM-6 perfectionné par l’Iran en 2013 – qui a permis d’abattre un drone américain RQ-4 Global Hawk. Cet appareil de type HALE (Haute Altitude Longue Endurance) fut conçu par Northrop-Grumman pour des missions ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance). Il ne put résister face aux optimisations du « 3-Khordad » en matière d’équipements électroniques, de capteurs de détection, y compris thermiques, et d’option de verrouillage du GPS le protégeant des interférences de forte intensité.

Aussi longtemps que Téhéran demeura la cible privilégiée des sanctions économiques édictées par Washington, les tensions irano-américaines s’entretiendront.

Sources :

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About Adrien GUYOT

Adrien GUYOT est Juriste d’Affaires & Compliance Alternant chez Michelin. Diplômé d’un Master 2 en Droit et Fiscalité de l’Entreprise, il est également titulaire d’une Licence en droit privé, d’un Diplôme Universitaire en Gouvernance, Risques et Conformité, ainsi que d’un Master 1 en Droit des Affaires à l’Université Clermont Auvergne. Il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis novembre 2018.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41183-liran-paria-marche-mondial-armements-sous-equipement-militaire-chronique

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Pourquoi Naval Group est la société la plus solide de son secteur en Europe

Par Michel Cabirol  |   |  764  mots
Naval Group a engrangé 3,7 milliards d'euros de prises de commandes en 2018
Naval Group a engrangé 3,7 milliards d’euros de prises de commandes en 2018 (Crédits : STEPHANE MAHE)
Après s’être redressé, Naval Group navigue désormais en tête des chantiers navals militaires en Europe. Le groupe naval a dégagé une marge de 7,4% en 2018.

Naval Group confirme son redressement. Et le résultat est très spectaculaire en 2018 grâce à une revue sévère des programmes. Notamment sur le plan financier. La marge opérationnelle du groupe s’est élevée à 7,4%, pour un résultat opérationnel avant amortissement des écarts d’évaluation (Ebitda) de 265,9 millions d’euros. Soit un bond vertigineux de plus de 170% (contre 98 millions d’euros d’Ebitda pour une marge de 3,1% en 2017). La progression du résultat net (178,2 millions d’euros) est un peu moins vertigineuse mais reste très appréciable (91%). Ce résultat porte les fonds propres de Naval Group « à plus de 1 milliard d’euros, renforçant ainsi sa capacité à financer sa croissance future », a expliqué le groupe dans un communiqué publié jeudi.

« Naval Group est la société européenne la plus solide de la filière grâce à à une forte croissance de ses résultats en 2018 », a souligné à La Tribune le PDG Hervé Guillou. « On a fait 85 millions de plus de résultats nets qu’en 2017 ».

Ces résultats ont permis de recruter plus de 1.500 nouveaux personnels en 2018 et Naval Group devrait en embaucher plus de 1.000 en 2019. En outre, Naval Group a réalisé un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros (+13%). Il a été porté essentiellement par les grands programmes nationaux, principalement les sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et les FREMM. A l’international, le groupe naval a bénéficié « des bonnes contributions du Brésil et de l’Australie ». Dans les services, les programmes de modernisation du porte-avions Charles de Gaulle et l’adaptation au missile M51 du sous-marin nucléaire lanceur d’engin Le Téméraire ont été les principaux contributeurs du chiffre d’affaires.

Un carnet de commandes solide

En dépit de la baisse des prises de commandes, l’année 2018 a été satisfaisante avec un book-to-bill (ratio chiffre d’affaires/commandes) qui est supérieur à 1. Elle aurait pu être meilleure mais les clients peuvent parfois être capricieux (Roumanie) et certaines campagnes peuvent s’étirer dans le temps (Egypte, Emirats Arabes Unis…). Au final, Naval Group a engrangé 3,7 milliards d’euros de commandes (contre 4 milliards d’euros en 2017). Ce qui porte le carnet de commandes à 13,83 milliards d’euros à fin 2018. Les principales notifications dans le domaine des constructions neuves ont concerné des programmes nationaux : sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) Barracuda et frégates multi-missions (FREMM). Dans les services, Naval Group a fait le plein avec la Marine nationale en signant plusieurs contrats de disponibilité pluriannuels (SNLE Le Terrible), frégates FREMM, les SNA et les chasseurs de mines.

A l’international, Naval Group a finalement pu imputer en 2018 le contrat des quatre patrouilleurs hauturiers achetés par la marine argentine en dépit de sa mise en vigueur tardive, le 14 février. Le groupe a également décroché en Australie une tranche de travaux complémentaires au premier contrat signé en 2016 portant sur le programme de sous-marins.

2019, une année internationale?

2019 pourrait être une belle année à l’international. Naval Group devrait signer dans quelques semaines en Australie un contrat portant sur le design des sous-marins d’un montant de 1,5 milliard d’euros, découpé en trois tranches (environ 500 millions en 2019). Il est possible aussi que Naval Group parviennent à achever les négociations aux Emirats Arabes Unis lancées en novembre 2017 (deux corvettes Gowind), en Egypte (deux autres Gowind) voire en Azerbaïdjan (trois patrouilleurs Gowind). En cas de succès, les deux premiers prospects généreraient de la charge pour le site de Lorient. Le groupe naval suivra également avec attention la situation explosive en Roumanie (quatre Gowind) et partira outsider au Brésil (quatre Gowind) et en Belgique (douze chasseurs de mines). Enfin, Naval Group devrait en principe faire partie d’une sélection de deux à trois constructeurs sélectionnés par les Pays-Bas pour la fourniture de quatre sous-marins de type océanique.

En France, l‘Etat a déjà confié début 2019 aux Chantiers de l’Atlantique et à Naval Group un contrat de 1,7 milliard d’euros pour la construction de quatre bâtiments ravitailleurs de force (BRF) et de leurs six premières années de maintien en condition opérationnelle (MCO). Pour le groupe naval, ce contrat représente environ 340 millions d’euros (maîtrise d’oeuvre et système de combat). Enfin, il attend pour cette année la notification de la commande du sixième sous-marin Barracuda. Par ailleurs, il prévoit de sortir le premier exemplaire autour du 14 juillet. Des perspectives et un bilan qui font dire à Hervé Guillou que « notre robustesse est durable ». D’autant que Naval Group va investir dans l’avenir en portant son effort global d’investissement au-dessus de 400 millions d’euros, dont 200 millions dans la R&D (Recherche et Développement).