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Exportations d’armes : Koweït, Qatar, Emirats, les trois principaux clients de la France en 2017

Exportations d’armes : Koweït, Qatar, Emirats, les trois principaux clients de la France en 2017

Par Michel Cabirol  |   |  490  mots
Le Koweït est le premier client de l'industrie française d'armement en 2017 avec l'achat de 30 Caracal (plus de 1 milliard d'euros)
Le Koweït est le premier client de l’industrie française d’armement en 2017 avec l’achat de 30 Caracal (plus de 1 milliard d’euros) (Crédits : Airbus Helicopters)
Les exportations d’armement françaises sont en très nette régression, passant de 13,9 milliards d’euros en 2016 à 6,94 milliards en 2017. Les industriels ont livré pour 6,73 milliards de matériels militaires à l’étranger l’an dernier.

Koweït, Qatar, Emirats arabes Unis (EAU), Arabie Saoudite et Inde… C’est le top cinq  des principaux pays clients de l’industrie française d’armement en 2017 (3,9 milliards sur 6,94 milliards d’euros de commandes d’armement au total, selon le rapport au Parlement 2018 sur les exportations d’armement de la France). Des commandes en chute libre de plus de 50% par rapport à 2016. En parallèle, les livraisons de matériels militaires français ont elles aussi  baissé. Elles ont atteint 6,73 milliards d’euros, contre 7,1 milliards d’euros en 2016 (6,2 milliards en 2015, 4 milliards en 2014, 3,8 milliards en 2013 et 3,3 milliards en 2012). La France a notamment livré en 2016 des armements pour 1,47 milliard d’euros à l’Egypte, 1,38 milliard à l’Arabie Saoudite et 689,5 millions à l’Inde.

« Le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont représenté en 2017 un peu plus de 60 % des exportations d’armement (prises de commandes, ndlr) », selon le rapport. Sur la période 2008-2017, cette région a représenté 40% des ventes de l’industrie française d’armement. « Les secteurs des hélicoptères et des missiles (essentiellement dans le domaine naval pour ces derniers) ont par ailleurs représenté plus de la moitié des exportations de défense cette année », a également précisé ce document.

Tous ces pays sont en général très fidèles à la France, à l’exception du Koweït, qui reste quant à lui un client très modeste pour les industriels de l’armement français en dépit de sa première place en 2017 (achat de 30 hélicoptères Caracal pour plus de 1 milliard). Longtemps, très longtemps, le Koweït s’est détourné des industriels de l’armement français. Plus de vingt ans de vaches maigres pour la France (1996-2017) alors que François Mitterrand avait envoyé lors de l’opération Daguet, 19.000 soldats français libérer en 1991 le territoire koweïtien envahi par l’Irak de Saddam Hussein.

Quinze pays au-dessus de 100 millions d’euros de commandes en 2017

Juste derrière le Koweït (1,102 milliard d’euros), arrive le Qatar avec 1,089 milliard d’achats militaires, pour l’essentiel des missiles vendus par MBDA France : Exocet MM40 Block 3, Aster 30 Block 1 et VL MICA pour l’armement des navires de guerre vendus par Fincantieri et des batteries côtières. En troisième positon, viennent les EAU avec 701,5 millions d’euros, puis l’Arabie saoudite (626,3 millions) et l’Inde (388 millions). Outre ces cinq premiers clients de l’industrie d’armement française en 2017, dix autre pays ont passé plus de 100 millions de commandes chacun à la France : Brésil (329,9 millions), Egypte (217,2 millions), Corée du Sud (211 millions), Turquie (198,2 millions), Tanzanie (190 millions), Etats-Unis (164,1 millions), Japon (120 millions), Indonésie (117,1 millions), Royaume-Uni (112,8 millions), Oman (109,6 millions).

En 2017, la surprise est venue de la Tanzanie, qui s’est classée dans le Top 10 des meilleurs clients de la France. En 2016, MBDA avait vendu 304,2 millions d’euros de systèmes d’armes au Botswana. La Tanzanie a acheté une dizaine d’hélicoptères à Airbus, dont deux H215, deux H225 et des Fennec. En revanche, Singapour, qui est un client régulier de la France, a disparu des écrans radars en 2017 (44,1 millions, contre 646,6 millions en 2016).

 

 

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L’OTAN vendra US ou ne sera plus

L’OTAN vendra US ou ne sera plus

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L’OTAN vendra US ou ne sera plus

Dans son texte du 15 juillet 2018 sur Strategic-Culture.org, Alex Gorka met l’accent sur le point 31 du communiquédes pays de l’OTAN à la suite du sommet des 11-12 juillet. Ce point porte précisément sur l’armement des pays de l’OTAN et se termine par une référence directe aux matériels russes que possèdent certains pays de l’OTAN, soit parce qu’il s’agit d’anciens pays du Pacte de Varsovie, soit parce qu’ils ont acheté du matériel russe pour une raison ou l’autre. Voici le point 31 du communiqué et, tout au bout, comme par inadvertance si l’on veut, le passage qui nous intéresse (souligné par l’emploi du caractère gras par nous, également par inadvertance).

« Notre aptitude à relever les défis d’un environnement de sécurité en évolution repose sur un éventail de capacités robustes, sophistiquées et évolutives dans tous les milieux. Il s’agit notamment de forces et de capacités déployables, soutenables et interopérables, plus lourdes, davantage dans le haut du spectre et pleinement soutenues, qui sont maintenues à un niveau de préparation élevé pour exécuter toute la gamme des tâches et des missions de l’Alliance. Nous assurerons la disponibilité de ces forces et de ces capacités en répondant pleinement et rapidement aux besoins recensés par l’OTAN. En mettant à disposition ces capacités, nous prenons un engagement pour la coopération au sein de l’Alliance et au niveau multinational afin de répondre à nos besoins communs, pour la nécessaire augmentation des dépenses de défense, notamment dans le domaine de la recherche et du développement, pour une efficacité maximale dans l’utilisation des ressources, pour un accroissement de l’interopérabilité, et pour le traitement, comme il convient, de la question des dépendances qui existent à l’égard des anciens équipements militaires d’origine russe, par des initiatives nationales et une coopération multinationale. Nous continuerons de favoriser l’innovation afin de préserver notre avance technologique. »

Il est évident que c’est essentiellement la partie US qui a insisté sur l’inclusion de telles précisions. Elles concernent un assez grand nombre de matériels essentiellement terrestres mais aussi aériens, pour la plupart venant d’anciens pays de l’alliance communiste (Pacte de Varsovie) qui ont intégré l’OTAN. Il y a eu aussi l’acquisition de matériels russes par un petit nombre de pays, le plus remarquable étant celui de missiles sol-air S-300 de première génération par la Grèce dans les années 1990.

(La phrase de conclusion « Nous continuerons de favoriser l’innovation afin de préserver notre avance technologique » signifie que seuls les idiots de naissance peuvent croire qu’ils trouveront cette “avance technologique” chez les Russes…)

Dans son texte, Alex Gorka donne le détail de tous ces matériels russes en insistant sur le fait que ces matériels doivent être entretenus et que seuls les Russes peuvent le faire, et qu’ils le font à des prix très avantageux. Cela constitue d’une part un fait qui maintient des relations entre ces pays de l’OTAN qui ont du russe et la Russie, d’autre part un argument pour certains pays de l’OTAN pour envisager l’achat de matériels russes. Le contexte général y est très favorable : les capacités exceptionnelles des armements russes, leur modernisation constante, leur avancement technologique ne cessent d’être mises en évidence ces dernières années, tandis que leurs coûts sont bien connus pour être extrêmement modiques par rapport à ceux des fournisseurs habituels et obligés de l’OTAN, les USA bien entendu.

Mais il y a par-dessus tout, comme symbole autant que comme crise de fourniture de matériels, l’affaire du S-400 et la position officielle prise par les USA essentiellement à l’occasion de l’exportation de ce système, instituant des sanctions contre les pays acheteurs (bien entendu, ces mesures pouvant être prises désormais contre toute autre exportation de systèmes d’armement russes) : la loi CAATSA (pour Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Cette initiative n’est pas particulièrement populaire, comme on l’a vu hier à propos de l’Inde.

Mais l’Inde ne fait pas partie de l’OTAN, tandis que la Turquie en fait partie, et qu’elle entend bien acheter des S-400, avec un contrat déjà finalisé et sur le point d’entrer en application. Gorka note à ce propos :

« Ankara a signé un contrat d’achat de missiles sol-air S-400 malgré le fait que toute coopération militaire soit entravée par des sanctions antirusses. De nouvelles mesures punitives américaines contre la Russie ont été promulguées pour exposer d’autres pays à des sanctions pour avoir fait affaire avec son industrie de la défense et les ont exhortés à se défaire des armes russes.

» La Turquie refuse une telle approche. Cela signifie que, pour eux, la déclaration dit une chose mais que la pratique est différente. La Turquie agit comme elle fait parce qu’elle veut le meilleur équipement. Cela peut être contagieux. D’autres voudront le meilleur pour leur argent. Comme on peut le voir, les échappatoires ont déjà été trouvées. Quoi qu’il en soit, rien ne peut changer le fait que la Russie est le leader mondialdans la production des meilleures armes et la tentation de coopérer avec lui peut s’avérer trop forte pour être stoppée par des pressions politiques. »

Bien entendu, l’affaire Turquie-S400 est aggravée, – considérablement pour les USA, – par le fait que ce pays a acheté aussi des F-35, la merveille des merveilles de l’arsenal US bardée de secrets de fonctionnement et d’opérationnalité, à un point tel que nul ne sait exactement de quoi cet appareil est capable, s’il est capable effectivement d’effectuer ses missions, s’il est effectivement opérationnel, – bref, s’il existe bel et bien… On sait qu’il y a déjà une querelle entre la Turquie et le Congrès à propos de l’achat des S-400, le Congrès voulant en représailles interdire la livraison des F-35 à la Turquie (bien que deux aient déjà été livrés aux Turcs, mais qu’ils restent consignés aux USA au moins pendant deux ans, pour “essais” divers et parce qu’on y mange mieux…).

Il y a un autre aspect à cette querelle, lequel est si extrêmement technique qu’on a peine à s’y retrouver, – et à notre avis, la même chose pour les techniciens US eux-mêmes, qui en sont à chercher à comprendre comment le F-35 fonctionne exactement, et s’il fonctionne d’ailleurs… La présence proche, la proximité de S-400 et de F-35 (en Turquie) pourraient en effet conduire à un “espionnage” impuni du F-35 par le S-400, selon les explications extrêmement bureaucratiques et hermétiques, sinon “magiques” qui nous sont données ; qu’est-ce que c’est que la proximité ? De quoi parle-t-on ? De kilomètres, d’ondes mystérieuses, d’envoûtement peut-être

Reuters, le 15 juillet 2018 : « Le général Tod Wolters, commandant en chef des forces alliées de l’OTAN, a déclaré à Reuters que le problème était préoccupant, mais il travaillait pour maintenir des liens militaires solides avec[la Turquie]. “Tout ce qu’un S-400 peut faire lui permet de mieux comprendre une capacité comme le F-35 n’est certainement pas à l’avantage de la coalition”, a déclaré Wolters, qui était en Grande-Bretagne pour une conférence des chefsde l’air à Londres et le Royal International Air Tattoo à RAF Fairford.

» Les responsables américains et de l’OTAN veulent empêcher le système de défense construit en Russie d’accumuler des informations sur les chasseurs à réaction Lockheed Martin F-35 au moment même où [les F-35] prennent pied en Europe. Wolters a déclaré que l’OTAN s’inquiétait de savoir “combien, pendant combien de temps et à quelle distance” les F-35 seraient exploités à proximité des systèmes S-400. “Tous ces facteurs devraient être déterminés. Nous savons pour le moment que c’est un défi.”

» Wolters a dit que[la proximité des deux systèmes] donnerait au système construit en Russie des données sur les tactiques opérationnelles et les procédures[du F-35] qui pourraient être transférées à d’autres utilisateurs. L’utilisation d’un F-35 permettrait également au système S-400 de glaner des informations clés sur la portée de la détection et d’autres caractéristiques de l’aéronef, ce qui pourrait compromettre tout élément de surprise. »

Un autre intervenant à la conférence à laquelle participait Wolters, est beaucoup, beaucoup plus abrupt ; il s’agit du général à la retraite David Deptula, qui participa à la planification de la première guerre du Golfe et qui est depuis devenu conseiller chez Lockheed Martin, cela comme couverture chez le principal contractant de l’USAF tout en restant un des principaux théoriciens tactiques de l’USAF, exerçant une considérable influence dans ces milieux. N’occupant pas de position officielle, Deptula n’a pas à prendre de gants avec la Turquie, contrairement à Wolters, et il n’en prend donc pas : la Turquie doit choisir, c’est-à-dire l’OTAN ou la Russie, c’est-à-dire le F-35 ou le S-400…

« “Les Turcs doivent faire un choix. Ils vont soit faire partie de l’OTAN, soit entrer dans le camp russe en termes de défense”, a déclaré David Deptula, un général retraité de l’armée de l’air et consultant industriel. Il a ajouté que l’OTAN n’intégrerait jamais un système S-400 dans son système intégré de défense antiaérienne, car cela donnerait au système construit en Russie des données sur les tactiques opérationnelles et les procédures qui pourraient être transférées à d’autres utilisateurs. L’utilisation d’un F-35 à proximité permettrait également au système S-400 de glaner des informations clés sur la portée de la détection et d’autres caractéristiques de l’aéronef, ce qui pourrait compromettre tout élément de surprise. »

D’une façon générale, les arguments donnés pour “séparer” le F-35 du S-400 sont extrêmement aléatoires, fumeux, sinon complètement incompréhensibles. Il s’agit d’arguments de circonstances, à propos d’un système (le F-35) que personne aux USA, ni dans l’USAF, n’est capable de contrôler, ni même capable de le comprendre en termes technologiques et opérationnels. Un peu comme l’on disait d’un dictateur sud-américain pro-US dans les années 1950 “C’est un salopard mais c’est notre salopard”, ces gens nous disent du F-35 “c’est un monstre incompréhensible mais c’est notre monstre incompréhensible” ; donc, pas question que quiconque s’en approche, y compris et surtout ceux qui l’ont acheté. On nage dans une sorte de considérable ésotérisme technologique, car c’est bien là où nous den sommes avec le F-35/JSF.

A  notre estime, le Pentagone n’acceptera jamais une “cohabitation” F-35/S-400, selon des arguments à la fois incompréhensiblement technologiquement et opérationnellement magiques. Il ne fait aucun doute, en plus du seul cas turc, que tous les F-35 livrés seront sous le plus ferme contrôle US possible (sauf peut-être ceux d’Israël, qui ne seront pas très nombreux et serviront surtout comme vitrine de communication, pour faire croire que cet avion est effectivement “magique” au point de vue opérationnel, en inventant régulièrement des missions secrètes et invisibles, comme le fer à repasser lui-même). Revenant au point 31 du communiqué du sommet de l’OTAN, il faut donc y voir l’affirmation que l’OTAN doit devenir une sorte de point de vente central, exclusivement de matériel US à tous ses membres. L’intention affiché du Pentagone, avec le soutien à 100% de Trump, est de “se payer sur la bête”, c’est-à-dire de bloquer tout matériel qui ne soit pas US, – russe bien entendu, mais certainement et très rapidement, les autres aussi.

Bien évidemment, ce projet, qui renvoie aux habituelles caractéristiques de la psychologie US impliquant l’exceptionnalité en toutes choses des USA, et notamment dans la matière de la technologie, n’a aucune chance d’aboutir. Au contraire, il constituera un des facteurs majeurs de la désintégration de l’OTAN, les USA évoluant jusqu’à faire de l’adoption de leurs matériels une condition sine qua non d’appartenance à l’Alliance, avec toutes les conséquences qu’on peut se plaire à imaginer, dans l’un ou l’autre sens (qui partira le premier ?).

 

Mis en ligne le 16 juillet 2018 à 14H57

http://www.dedefensa.org/article/lotan-vendra-us-ou-ne-sera-plus

 

La Luftwaffe à la recherche d’un remplaçant pour ses Tornados

La Luftwaffe à la recherche d’un remplaçant pour ses Tornados

Dire que la Bundeswehr, l’armée allemande, n’est pas en très grande forme relève sans doute de la litote. Les révélations à propos des dysfonctionnements du matériel militaire allemand ont émaillé l’actualité au cours des derniers mois. La Luftwaffe se retrouve maintenant face à un nouveau problème : elle doit remplacer d’ici 2025 ses 85 chasseurs Tornado devenus obsolètes. Les industries aéronautiques européenne et américaine sont sur les rails pour emporter cet important contrat. Or, au-delà des considérations purement techniques, la décision allemande sera lourde de conséquences politiques.

Panavia Tornado de la Luftwaffe, chasseur en sursis

Mis en service en 1983, les chasseurs Tornado de la Luftwaffe, produits par un consortium européen au sein duquel l’industrie allemande occupe une place centrale, sont en fin de vie. Pour les remplacer, Berlin a le choix entre le successeur européen du Tornado, l’Eurofighter, et trois modèles américains, les F-35, F-18 et F-15E. Or ces avions sont supposés faire partie de la force de dissuasion nucléaire commune entretenue par l’OTAN. De ce point de vue, les chasseurs américains semblent plus appropriés, puisque les F-15 et F-18 sont déjà certifiés par l’armée américaine pour transporter des têtes nucléaires, tandis que le F-35 devrait l’être d’ici 2022. Ce dernier présente également l’avantage d’être le seul chasseur de cinquième génération disponible, ce qui renforcerait considérablement la crédibilité de la dissuasion nucléaire nord-atlantique. Toutefois, Airbus, qui est le principal industriel européen impliqué dans la construction de l’Eurofighter, argue du fait que ce dernier est déjà au centre du dispositif de la Luftwaffe, ce qui simplifierait la situation à l’heure où les Européens sont critiqués pour la multiplicité de leur armement.

Une problématique éminemment politique

La question est néanmoins avant tout politique. Pour les États-Unis, il s’agit de mettre en avant leur industrie aéronautique, au premier rang de laquelle se trouve Lockheed Martin. Alors que Donald Trump engage la première puissance mondiale dans une guerre commerciale, cette question peut apparaître comme un pendant à la critique de l’excédent commercial allemand vis-à-vis des États-Unis. Washington pourrait ainsi tenter d’obtenir le contrat en échange d’une plus grande souplesse à l’égard de l’industrie automobile allemande, régulièrement attaquée par l’administration Trump. De son côté, la chancelière Merkel pourrait vouloir opter pour l’apaisement face à un partenaire américain de plus en plus virulent au sujet des dépenses militaires allemandes (1,24% du PIB aujourd’hui, avec un objectif à 2% en 2025 impossible à atteindre). Si Donald Trump a in fine  réaffirmé l’engagement américain dans l’OTAN au sommet de Bruxelles, il y a quelques jours, il pourrait toutefois poursuivre le mouvement de désengagement de l’US Army en Allemagne engagé par son prédécesseur.

L’avenir de l’Europe de la défense pourrait se jouer sur cette question

L’Allemagne devra cependant choisir entre apaiser un dirigeant américain velléitaire et soutenir une industrie militaire européenne fragilisée. En effet, si le choix de l’Allemagne se portait sur des chasseurs américains, les Européens, en l’absence de commande substantielle, y perdraient certainement en expertise industrielle. C’est donc à la fois l’avenir d’une industrie clé en termes de savoir-faire et d’indépendance stratégique qui est en jeu. La France ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Elle a fait comprendre à sa voisine qu’un choix non-européen pourrait signer la fin du projet franco-allemand de chasseur de cinquième génération. A l’heure où l’Union européenne tente de se relancer, notamment par l’Europe de la défense, et, spécifiquement, des programmes d’armement au sein de la Coopération Structurée Permanente (CSP ou Pesco), négliger l’option européenne pourrait avoir des effets délétères sur une construction européenne en mal de vision. Entre les menaces américaines et les sirènes européennes, le gouvernement allemand semble, pour l’instant, privilégier les secondes. Il devra pour cela, toutefois, surmonter les réserves de la Luftwaffe et les tweets de Donald Trump.

About Adrien VILLARD

Etudiant à HEC Paris, ancien élève de prépa ECS au Lycée Privé Sainte-Geneviève à Versailles

 

Avion de combat Franco-Allemand… Découvrez le successeur !

Avion de combat Franco-Allemand… Découvrez le successeur !

16 juillet 2018 ptilly Actualité, Actualité, Entreprises, Relations internationales 0

Nous vous parlions la semaine dernière du futur avion de combat Franco-Allemand appelé à succéder au Rafale et à l’Eurofighter Typhoon. Voici à quoi il pourrait ressembler !

On sait très peu de choses sur ce futur appareil, si ce n’est qu’il sera l’élément central du Système de combat aérien du futur [SCAF], qui interagira entre différents vecteurs tels que, Awacs, ravitailleurs, drones, satellites…

Dassault vient sans doute de lever un petit coin du voile de son design. Dernièrement le constructeur français a mis confidentiellement en ligne une vidéo célébrant 60 ans de coopérations européennes. Ce film avait été vu moins de 30 fois avant qu’un blog « Asian Defence News » ne le partage sur les plateformes.

La surprise !

À la fin du film, des images montrent l’allure que pourrait avoir le successeur du Rafale et du Typhoon.

Je vois déjà vos yeux briller mais aucune certitude à ce stade sur le design final de la cellule du futur avion de combat ! Seulement une idée… Un possible putatif !

Même pour un non-initié au monde de l’aéro militaire, plusieurs caractéristiques sautent aux  yeux ! Un air de famille avec le Rafale. Deux moteurs, donc plus de puissance. Une furtivité importante. Pas de gouvernes de direction ni de profondeur. Absence de perche de ravitaillement… Sera-t-elle rétractable ?

Quant aux matériaux, les ingénieurs de Dassault Aviation s’intéressent de près au « Graphène »…

 

Imaginez un matériau miracle, intrinsèquement supérieur à tout ce que vous connaissez… Et vous êtes encore loin de la vérité ! Le graphène, pour le vulgariser, est plus solide que le diamant, 300 fois plus résistant que l’acier, il peut subir des contraintes mécaniques quasi impossibles, il est capable de fabriquer de l’énergie et peut absorber l’onde de choc d’une munition à haute vélocité… Alors impressionnés ?!

 

Enfin, on sait que le système embarqué sera doté d’une intelligence artificielle inédite. Bardée de capteurs intelligents, capables d’apprentissages, elle fera progresser l’interface  » homme-machine. »

À quand les simulateurs de salon ?

Un nom pour cet avion ? Nous, on cherche encore !

http://www.entreprise.news/avion-de-combat-franco-allemand-decouvrez-le-successeur/

 

 

Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

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Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Dans ces temps difficiles pour l’alliance transatlantique, sans parler de la complexité de la situation syrienne, il était évident que si vous mettiez au départ en présence le président turc Erdogan, le Congrès des États-Unis et le F-35, vous risquiez de connaître des complexités labyrinthiques et une sorte de tragédie-bouffe kafkaïenne. La situation se corsait encore plus si les Turcs avaient entretemps commandé le missile sol-air russe S-400, transaction inadmissible pour les USA et cas de rupture des livraisons non encore commencées de F-35 au Turquie ; et que dire de plus si Erdogan, dans un de ces emportements lyriques dont il a le secret, annonçait que non seulement il achetait du S-400 mais qu’il proposait aux Russes une production commune du S-500 ?

(Pour l’instant et à notre connaissance simplement, les Russes n’ont rien dit de public ni d’officiel sur ce projet à première vue assez baroque, c’est-à-dire “erdogien” de “développement/production en commun” du S-500. [Le S-500 est actuellement en développement final en Russie. Il s’agit du dernier-né de la série des missiles sol-air à longue distance de la Russie, et on lui prête de grandes capacités antimissiles, y compris contre des ICBM, y compris contre d’éventuels missiles hypersoniques.] Laissons voir venir tout cela…)

Mais tenons-nous au F-35, l’affaire étant déjà bien assez compliquée avec ce seul acteur. Depuis qu’il est apparu que la Turquie semblait s’intéresser au S-400 russe (peut-être, éventuellement, puis de plus en plus sûrement, c’est presque fait, etc…), jusqu’à signer un contrat avec la Russie en décembre 2017, les USA ont commencé leur valse des pressions et des menaces. Le facteur JSF est apparu vers la fin 2017 (s’il y a achat de S-400, la vente des F-35 est remise en question) parce que le S-400 est une des nombreuses obsessions US, et sans doute l’une des plus puissantes, concernant la Russie. On arrive aujourd’hui dans un goulot d’étranglement avec un étrange couple de deux nouvelles : le vote du Sénat vers une interdiction conditionnelle de livrer le F-35 à la Turquie et la pseudo-“livraison” des deux premiers F-35 à la Turquie, avec la précision qu’ils resteront aux USA et ne seront certainement pas transférés à la Turquie d’ici l’été 2019… Voici ce qu’il se passe plus précisément :

• Lundi, le Financial Times, journal éminemment sérieux, annonçait que le Sénat avait entamé par un premier vote la procédure législative interdisant le transfert de chasseurs F-35, alias JSF, à la Turquie, pour punir ce pays d’avoir acheté des missiles sol-air S-400 russes et, d’une façon plus générale, pour approfondir ses liens stratégiques avec la Russie. Mais concentrons-nous sur le sort immédiat du F-35 pour la Turquie…

« Le Sénat américain a voté pour bloquer les transferts du chasseur F-35 vers la Turquie, reflétant une tension croissante avec un allié clé de l’OTAN, ce qui pourrait finalement bloquer la vente de 100 avions d’une valeur de près de 10 milliards de dollars. Une clause bipartisane ajoutée à la loi sur l’autorisation de défense nationale – qui a été adoptée par le Sénat lundi soir par un vote de 85 à 10 – interdirait le transfert de F-35 en Turquie jusqu’à ce que le secrétaire à la défense soumette un plan de participation au programme qui comprend l’attribution de la production de pièces à chaque pays… »

• Aujourd’hui, TRT, un réseau turc avec des éditions françaises sur son site, annonce que le Pentagone annonce qu’il va livrer deux F-35 à la Turquie dès demain 21 juin.

« Un porte-parole du Pentagone, Mike Andrews, a fait savoir que la livraison à la Turquie de deux chasseurs F-35 aurait lieu jeudi lors d’une cérémonie qui sera organisée dans la ville de Fort Worth dans l’État du Texas. […] […D]ans une première étape les avions de combat passeraient à la base aérienne de Luke en Arizona. Par la suite les pilotes turcs entameront l’entretien et les vols de formation sur F-35.

» Andrews a précisé que le Pentagone ne ferait pas de commentaire au sujet du projet de résolution adopté par le Sénat et bloquant la vente des F-35 à la Turquie. “La Turquie est l’un des plus importants alliés de l’Otan et un des pays participants au programme des F-35 depuis 2002”, a-t-il ajouté. »

• La chose n’avait pas échappé aux avisés rédacteurs du FT, qui terminaient leur article dont nous avons cité plus haut l’entame très sensationnaliste sur la décision du Sénat des États-Unis par cette précision :

« Lockheed Martin, le fabricant du F-35, a déclaré qu’il s’attend toujours à remettre les F-35 initiaux à la Turquie lors d’un échange cérémoniel à Fort Worth au Texas le 21 juin, probablement avant que le projet de loi ne devienne loi. Les pilotes turcs doivent être entraînés dans l’avion dans le pays, mais les avions eux-mêmes ne sont pas programmés pour quitter les États-Unis pendant au moins un an, donnant au Pentagone le temps de trouver une solution pour honorer la nouvelle loi. Mais l’intervention créera des obstacles bureaucratiques pour les responsables américains, qui affirment que les relations entre les deux alliés de l’OTAN ont atteint leur plus bas depuis l’invasion du nord de Chypre par la Turquie en 1974. »

Les déclarations pompeuses ou tonitruantes concernant la Turquie, la politique des USA et le JSF ne font qu’illustrer trois imbroglios, et peut-être quatre, accompagnant le destin du programme Joint Strike Fighter, dit JSF, dit F-35, comme illustration, symbole et tronc central de la crise du technologisme dans tous ses aspects (y compris de politique étrangère, de communication, etc.). Vanté depuis 1993-1995 comme étant l’avion de combat du XXIème siècle, sans doute le seul à pouvoir tenir cette place jusqu’en 2075 avec entre 6 000 et 10 000 exemplaires vendus (ces diverses affirmations datant de la fin du siècle précédent), le JSF-devenu-F-35 avance aujourd’hui au rythme d’une écrevisse qui s’aventurerait dans des sables mouvants tandis que l’usine de Fort Worth produit des F-35 comme des petits pains. Chaque avancée du programme découvre de nouveaux problèmes dont la solution doit être “rétrofitée” sur tous les exemplaires déjà produits  quand ceux-ci ne sont pas purement et simplement déclassés pour le seul entraînement basique, tandis que les chefs de la force aérienne israélienne se sont vus confier par Lockheed Martin (LM) la mission héroïque de nous convaincre, off the record, qu’ils utilisent en service opérationnel et secret leurs F-35 avec des résultats éblouissants.

Cette insistance de LM à faire faire bonne figure de communication à son avion de combat se comprend du point de vue commercial, comme se comprend son insistance à livrer quasiment “de force” quoique symboliquement les premiers exemplaires pour la Turquie pour installer ce pays dans la chaîne générale de financement et de logistique de l’avion à l’exportation. L’USAF et le Pentagone suivent, sinon précèdent LM pour empêcher le poste budgétaire du F-35 (largement au-delà du trillion [$1 000 milliards] d’ici 2025) d’être mis en question par des indiscrétions comptables ou une curiosité déplacée du Congrès.

Dans ce montage à la Ponzi, l’exportation joue un rôle déterminant du point de vue de la communication, pour imposer la poursuite du programme dans le cadre du Congrès et poursuivre le rabattage des clients. Cette voie n’est pas simple, d’autant que s’y glissent des susceptibilités : LM voudrait bien, avec la bénédiction de l’USAF, aller voir du côté des pays du Golfe, notamment l’Arabie, mais Israël, surtout à cause des pressions de son propre lobby (l’AIPAC) et du Congrès cette fois dans une situation un peu schizophrénique, doit tenir son rôle de l’exclusivité dans la fable de la “domination” du ciel au Moyen-Orient en s’opposant à toute vente à un pays arabe d’un avion de combat aussi exceptionnel, même à l’Arabie dont on connaît pourtant les liens avec les mêmes Israéliens.

Là-dessus, le Congrès met son grain de sel. Arrosé comme une éponge de subventions de LM et du complexe militaro-industriel, les parlementaires se sont pourtant trouvés un os à ronger dans le cadre de leur antirussisme né du Russiagate, avec l’affaire Turquie-S-400. Le Pentagone soutient à peu près tout le monde, et dans ce cas aussi bien ceux qui veulent à tout prix vendre le F-35 à la Turquie, et ceux qui veulent l’interdire. La situation actuelle est donc surréaliste : on livre les deux premiers F-35 à la Turquie demain, mais on les garde aux USA en les confiant aussitôt aux mains propres et vertueuses de l’USAF qui contrôlera l’un ou l’autre pilote d’origine turque en l’autorisant à faire bouger le manche à balai, tandis que s’élabore le projet de loi définitif qui interdira au moins temporairement toute vente de F-35 à la Turquie, à charge pour le Pentagone de trouver « une solution pour honorer la nouvelle loi » tout en livrant ses précieux avions à la Turquie, – à condition que la Turquie n’acquiert pas de S-400, ce qui semble pourtant déjà fait… Que ceux qui ont compris nous écrivent.

… Certainement, Erdogan ne manquerait pas de le faire (nous écrire) si nous insistions, car il se trouve dans cette affaire comme un poisson dans l’eau. Maître des contrepieds, des retournements de veste, des promesses lancées en l’air et qui ne retombent jamais, Erdogan jouerait plutôt la montre dans la confusion. Il s’agirait de laisser se développer la situation d’impasse à “D.C.-la-folle”, entre le Congrès d’une part (pas de F-35 si S-400 il y a), LM et l’USAF d’autre part (les F-35 à tout prix, on verra après). La seule chose assurée nous semble-t-il du côté d’Erdogan, après sa réélection s’il est réélu, est de tenir le marché S-400 jusqu’au bout parce qu’il a besoin de bonnes relations avec la Russie et de l’ouverture d’une nouvelle voie d’armements stratégiques ; quant au reste…

Et les Russes ? dira-t-on. Il nous semble plutôt qu’ils sourient avec une certaine philosophie, après tout pas mécontents du succès à l’export de leur S-400, avec le renforcement en réputation que cela produit pour la communication, autant que des problèmes que les commandes de S-400 soulèvent dans les pays acheteurs dans leurs relations avec les USA. L’Inde, par exemple, est dans la même position que la Turquie, puisque décidée jusqu’ici à commander du S-400. (Par contre, l’Inde n’a pas de F-35 en commande et l’aventure turque a fait voler en éclats les derniers nouveaux espoirs de lui vendre du F-35 nés chez LM après le rapprochement stratégique des USA avec l’Inde ; lequel rapprochement stratégique va sentir peser à son tour le poids du courroux anti-S-400 de “D.C.-la-folle”.)

Tout cela n’a pas vraiment d’importance, d’un point de vue stratégique dirions-nous. Il s’agit d’une illustration, comme nous l’avons remarqué, de la crise de l’effondrement du technologisme représentée avec un exceptionnel brio par le F-35. Le reste est affaire d’une pincée de dizaines de $milliards par-ci par-là, d’une paralysie générale des relations stratégiques en général, d’un développement constant et géométrique de l’univers-simulacre que crée la communication.

 

Mis en ligne le 20 juin 2018 à 17H05

http://www.dedefensa.org/article/kafka-stratege-crisique-entre-la-turquie-et-le-f-35

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»? Source: RT
Alexandre Leraître et David Gendreau

Après la menace brandie par Bercy d’une amende de 34 millions d’euros pour General Electric qui n’a pas tenu sa promesse en termes de création d’emplois, Alexandre Leraître et David Gendreau reviennent sur le rachat d’Alstom par le groupe américain.

Alexandre Leraître et David Gendreau, réalisateurs du documentaire Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric étaient les invités du JT ce 19 juin sur RT France.

Alors que General Electric pourrait devoir payer une amende de 34 millions d’euros pour ne pas avoir tenu son engagement à créer un millier d’emplois en France, les deux réalisateurs ont commenté cette menace du gouvernement et sont revenus pour RT France sur les enjeux de la vente d’Alstom au groupe américain.

Amende «dérisoire» pour un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards d’euros

General Electric n’a pas tenu ses promesses : pas de surprise ? «Tout le monde le savait parmi les gens qui connaissaient bien le sujet», a affirmé l’un des deux journalistes qui ont côtoyé aussi bien les syndicats que les employés d’Alstom dans le cadre de leur enquête. Et son collègue d’ajouter : «Ça va leur coûter moins cher de payer une amende dérisoire de 34 millions d’euros sachant qu’ils font un chiffre d’affaires annuel d’à peu près 100 milliards d’euros.»

Citant des sources syndicales, David Gendreau a par ailleurs souligné que beaucoup de sites du groupe étaient aujourd’hui menacés en France.

Rachat d’Alstom : «Déstabilisation des Américains pour contrôler un secteur stratégique»

Insistant sur ce qu’il assimile à «la vente de [la] souveraineté nucléaire [de la France] aux Américains», Alexandre Leraître a rapidement tenu à rappeler les enjeux majeurs liés au rachat d’Alstom par General Electric : «On a vendu [aux Américains] la maintenance des turbines de toutes nos centrales nucléaires, la maintenance des turbines du porte-avion CDG, des systèmes de radars, de la dissuasion nucléaire navale au niveau des sous-marins.» Confirmant les propos de son collègue, David Gendreau a ajouté : «On a perdu une grosse partie de notre indépendance avec cette affaire.»

Les journalistes n’ont pas manqué de rappeler que l’actuelle politique étrangère américaine de Donald Trump prouvait que Washington était capable de «mettre un pays sous embargo». Alexandre Leraître a souligné que les Etats-Unis avaient déjà pris de telles mesures contre la France lors de la guerre en Irak, à laquelle Paris avait refusé de participer, affirmant que l’affaire Alstom pourrait dorénavant permettre à Washington de «faire pression sur la diplomatie française».

Déplorant une dynamique de désengagement de l’Etat français, les journalistes n’ont pas caché leur inquiétude de voir les Américains prendre le contrôle de secteurs stratégiques à coups de «déstabilisations».

L’Etat ne regrette rien… «par atlantisme» ?

Interrogé sur d’éventuels regrets que pourrait éprouver l’Etat français au vu des conséquences de la vente d’Alstom, David Gendreau a rappelé que la commission d’enquête montée à ce sujet «n’a[vait] mené à rien» poursuivant ainsi : «On n’a pas l’impression qu’ils prennent la mesure [de l’enjeu], par atlantisme peut-être.»

Alexandre Leraître a par ailleurs affirmé avoir des retours expliquant qu’il existait des consignes de discrétion : «Ils veulent qu’on en parle le moins possible.»

Les journalistes ont enfin affirmé que des menaces pesaient sur la souveraineté de la France au vu de certaines affaires en cours autour notamment des entreprises Airbus ou Naval Group. Avec la mise en avant d’histoires de corruption puis la saisie de la justice américaine chargée d’enquêter sur celles-ci, le mode opératoire des affaires en cours se rapprocherait en effet de l’affaire du rachat d’Alstom.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/entretiens/51748-general-electric-amende-derisoire-vente-souverainete-nucleaire-americains

Dassault, cette France qui ne veut pas mourir.

Dassault, cette France qui ne veut pas mourir.

Stratpol rend hommage au grand industriel et grand patriote Serge Dassault

 

Raillé, haï, méprisé… Serge Dassault, que l’on a porté en terre hier, aura subi toutes les avanies. Rien ne lui aura été épargné. On moquait son élocution, au mépris du respect dû aux personnages âgées. On mettait en avant le génie de son père, Marcel, pour mieux le faire apparaître médiocre par contraste. On stipendiait l’homme politique, ayant eu le culot, lui le milliardaire, d’avoir délogé le Parti Communiste d’un de ses bastions de la ceinture rouge. On le détestait parce qu’il incarnait sans complexes –et à grands coups de gueule- la droite conservatrice et libérale. Même décédé, les caricatures fleurissent, les éditorialistes persiflent, exprimant une joie mauvaise…

Curieux contraste avec le sort réservé à un autre milliardaire, George Soros, au secours duquel toute la bien-pensance française s’est précipitée parce que notre confrère Valeurs Actuelles l’avait mis à sa Une, en associant les termes de milliardaire et de complot. Edwy Plenel, Raphaël Glucksmann, les chantres habituels du droit de l’hommisme version Saint-Just, avaient alors dénoncé un relent d’antisémitisme de la part de l’hebdomadaire, accusé de relayer les clichés les plus ignobles sur les juifs, forcément riches, forcément complotistes.
Serge Dassault, Serge Bloch de son vrai nom, était lui aussi d’origine juive. Il avait été interné à la sinistre prison de Montluc, puis au camp de Drancy par les nazis, tandis que son père était déporté à Buchenwald. Mais curieusement on n’a pas entendu une seule des grandes voix de gauche, si promptes à évoquer les heures sombres, rappeler à la décence ceux qui ont continué à mettre Serge Dassault au pilori alors qu’il était décédé. Il y a apparemment des juifs et des milliardaires qui méritent d’être défendus et d’autres qu’on peut livrer à la vindicte, même post-mortem.

Mais cela n’a rien de surprenant.

Image : Joel Robine / AFP

« L’intelligentsia » de gauche, en dehors des siens, ne respecte que ceux qui, fussent-ils « de droite », lui ont fait allégeance, ont reconnu ses « valeurs » ou en sont imprégnés : égalitarisme, internationalisme, haine de soi (pour les seuls Occidentaux bien sûr), logiciel économique marxiste. Or Serge Dassault n’était pas de ces élus de droite honteux, de ces imposteurs, de ces opportunistes. Il abhorrait les idées de gauche et le clamait à chaque occasion. C’était de surcroît un patriote, un grand patron, d’une entreprise ayant le goût de la compétition chevillé au corps et cultivant, performances obligent, un élitisme certain. Dassault fait partie de ces quelques fleurons industriels qui, recrutant la crème des ingénieurs et des managers, n’a pas dans son ADN le culte de l’égalité, mais celui de la méritocratie républicaine. Et Serge Dassault ne faisait pas qu’assumer, il exaltait cette recherche de l’excellence. Comme il affichait sans complexes son esprit cocardier.

Et c’est sans doute ce pourquoi Serge Dassault était le plus détesté. Il incarnait exactement l’inverse de Soros. Soros a mis sa fortune au service de toutes les élections truquées, de toutes les révolutions de couleur, soutenant toutes les opérations de Regime Change de la Maison Blanche, foulant au pied la démocratie. Il est interdit de le critiquer sous peine de passer pour un lecteur des Protocoles des Sages de Sion. Serge Dassault a commis l’erreur de jouer de sa fortune pour conquérir un petit fief local, qui a d’ailleurs grandement bénéficié de ses largesses. On l’a traité de tous les noms.
Le premier était un homme lige de l’Empire, un homme des basses œuvres, finançant la destruction des nations. Mais il était dans le bon camp, celui de l’internationale libérale-libertaire chère aux enfants de mai 68.
Le second incarnait tout ce que ces derniers vomissent. Par ses positions volontiers gaulliennes, par le groupe qui portait son nom, il incarnait cette persistance des vieux Etats-nation. Il incarnait cette France, cette excellence française, qui ne veut pas mourir. Cette France qui, tout en vendant ses avions d’affaire comme des petits pains aux Etats-Unis, ne plie pas le genou devant Washington et soutient ses intérêts face à Boeing et à Lockheed-Martin. Cette France qui non seulement continue à poursuivre un idéal de grandeur, mais ne bat pas sa coulpe, s’estime en mesure de poursuivre seule des objectifs élevés et ne doute pas d’elle. Cette France qui, tournant le dos à l’Europe lorsqu’elle estime que ses intérêts le justifient, démontre non seulement qu’elle est capable de rester, seule, au plus haut niveau, mais aussi qu’elle fait mieux, seule, que les Européens ensemble.


Image : Gonzalo Fuentes / Reuters

La France et Dassault ont été vilipendés quand ils ont annoncé en 1985 qu’ils quittaient le projet d’avion de combat européen ACX, envisagé avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour développer seuls leur propre appareil. Que n’a-t-on pas entendu alors ! Avec une morgue digne d’un Günther Oettinger , nos ex-partenaires nous tournent le dos, prédisant l’échec du programme français et la chute de la maison Dassault. Evidemment les médias français, hérauts de la construction européenne et quasi-unanimement hostiles au groupe pour des motifs à la fois idéologiques et corporatistes, prophétisent eux aussi une catastrophe. Victime de son chauvinisme étroit, ne pensant qu’à ses petits intérêts égoïstes, Dassault Aviation va s’écrouler tandis que la France, par la force des choses, sera contrainte de réintégrer toute honte bue le projet européen. En 1991, Alexandra Schwartzbrod, « spécialiste » des questions de défense des Echos, publie « Dassault, le dernier round », pamphlet grinçant prophétisant la fin de l’entreprise. Des années durant, à chaque échec du Rafale à l’export, la même chanson reviendra, inlassablement : Avion trop cher, groupe trop arrogant, France ridicule…

Le Rafale a fait son premier vol en 1986. L’Eurofighter huit ans plus tard.
Depuis 2007 le Rafale a réalisé des centaines de missions de combat, des centaines de frappes. Il est l’avion de combat européen le plus éprouvé au feu. L’Eurofighter a effectué, en tout et pour tout, une frappe air-sol dans toute sa carrière, avec l’assistance d’appareils plus anciens.
Le Rafale est un véritable avion de combats multirôles. L’Eurofighter n’est qu’un avion de supériorité aérienne.
Le Rafale est équipé d’un radar AESA depuis 2012. L’Eurofighter en est toujours démuni et ne devrait pas en être doté avant, au mieux, 2019 .
Le Rafale, enfin, a le vent en poupe à l’export après des années de vaches maigres.
Qui avait raison ? Qui est aujourd’hui le meilleur avionneur de l’Europe des 27 sur le segment des avions de combat ? Dassault Aviation.
Quel est le seul groupe à avoir prouvé sa capacité à conduire un programme européen de drone de combat ? Dassault Aviation.
Quelle est la seule entreprise en mesure de concurrencer les Américains sur le segment de l’aviation d’affaires haut de gamme ? Dassault Aviation.
Qui vend ses logiciels de conception assistée CATIA dans le monde entier ? Dassault Systems.
Et nul ne peut affirmer que Serge Dassault, dans l’ombre de son père d’abord, aux commandes de la holding familiale ensuite, n’y a pas largement, très largement contribué.
Tout le reste n’est que littérature.

 

Philippe Migault

La course à la suprématie aérienne est terminée…

La course à la suprématie aérienne est terminée…


… ou comment la Russie et la Chine ont acquis un avantage stratégique dans la technologie hypersonique 


Par Federico Pieraccini − Le 21 mai 2018 − Source Strategic-culture

How Russia and China Gained a Strategic Advantage in Hypersonic Technology

Un sujet brûlant dans les pronostics militaires concernant la Chine, la Russie et les États-Unis tourne autour du développement et de l’utilisation de la technologie hypersonique pour les missiles ou les UAV [drones] comme moyen d’attaque invulnérable. Comme nous le verrons, les trois pays ne réussissent pas tous dans cette tâche.

Ces dernières années, les États-Unis, la Chine et la Russie ont redoublé d’efforts pour équiper leurs forces armées de missiles et de véhicules hautement destructeurs, comme on évoqué dans l’article précédent. Le récent discours de Poutine à Moscou reflète ce cours des choses en présentant une série d’armes avec des caractéristiques hypersoniques, on l’a vu avec l’Avangard et le Dagger.

Comme l’a confirmé le sous-secrétaire américain à la Défense pour la recherche et l’ingénierie, le Dr Michael Griffin :

« Nous n’avons pas aujourd’hui de systèmes capables de les tenir [armes hypersoniques] en respect (…) et nous n’avons pas de défenses contre ces systèmes [hypersoniques]. S’ils choisissaient de les déployer, nous serions aujourd’hui désavantagés. »

Le général John Hyten, commandant du Commandement stratégique des États-Unis, a également confirmé que les États-Unis accusent du retard dans ce domaine :

« Nous n’avons aucune défense qui pourrait interdire l’emploi d’une telle arme contre nous, donc notre réponse serait notre force de dissuasion, qui serait la triade et les capacités nucléaires que nous avons pour répondre à une telle menace. »

Le développement des armes hypersoniques fait partie de la doctrine militaire que la Chine et la Russie développent depuis un certain temps, motivée par diverses raisons. D’une part, c’est un moyen de parvenir à la parité stratégique avec les États-Unis sans avoir à atteindre le niveau faramineux de dépenses de Washington. La quantité de matériel militaire possédée par les États-Unis ne peut être égalée par aucune autre force armée, résultat évident de décennies de dépenses militaires estimées entre cinq et quinze fois supérieures à celles de leurs concurrents les plus proches.

Pour ces raisons, l’US Navy est capable de déployer dix groupes de porte-avions, des centaines d’avions et de s’engager dans des milliers de programmes de développement d’armes. Pendant plusieurs décennies, la machine de guerre américaine a vu ses adversaires directs disparaître littéralement, d’abord après la Seconde Guerre mondiale, puis à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique. Cela a conduit les militaires US, dans les années 1990, à faire passer leur attention d’un seul opposant à parité vers d’autres adversaires plus petits et moins sophistiqués (Yougoslavie, Syrie, Irak, Afghanistan, terrorisme international). En conséquence, moins de fonds ont été consacrés à la recherche technologique de pointe pour de nouveaux systèmes d’armes, à la lumière de ces nouvelles circonstances.

Cette décision stratégique a obligé le complexe militaro-industriel américain à ralentir la recherche avancée et à se concentrer davantage sur les ventes à grande échelle de nouvelles versions d’avions, de chars, de sous-marins et de navires. Avec des coûts exorbitants et des projets pouvant durer jusqu’à deux décennies, cela a conduit à des systèmes déjà dépassés au moment de leur sortie des lignes de production. Tous ces problèmes ont eu peu de visibilité jusqu’en 2014, lorsque le concept de concurrence avec de grandes puissances a été remis à jour dans un contexte de vengeance, et avec lui la nécessité pour les États-Unis de comparer leur puissance de feu avec celle de leurs concurrents en parité.

Forcées par les circonstances à suivre une voie différente, la Chine et la Russie ont commencé à rationaliser leurs forces armées à partir de la fin des années 1990 en se concentrant sur les domaines qui leur permettraient le mieux de se défendre contre la puissance militaire écrasante des États-Unis. Ce n’est pas une coïncidence si la Russie a fortement accéléré son programme de défense antimissile en produisant des systèmes modernes tels que le Pantsir et les S-300/S-400, qui permettent de se protéger contre les attaques balistiques et les avions furtifs. Contrer la technologie furtive est devenu un impératif urgent, et avec la production du S-400, ce défi a été surmonté. Avec le futur S-500, même les ICBM [missiles balistiques intercontinentaux] ne poseront plus de problème à la Russie. Dans le même ordre d’idées, la Chine a fortement accéléré son programme ICBM, atteignant en une décennie la capacité de produire un moyen de dissuasion crédible comparable à son équivalent russe SS-18 Satan ou américain LGM-30G Minuteman III, disposant d’une longue portée et de multiples véhicules d’entrée indépendants (MIRV) armés d’ogives nucléaires.

Après avoir verrouillé le ciel et atteint une parité nucléaire stratégique solide avec les États-Unis, Moscou et Pékin ont commencé à concentrer leur attention sur les systèmes anti-missiles balistiques américains (ABM) placés le long de leurs frontières, qui comprennent également le système AEGIS équipant les navires de la marine américaine. Comme l’a déclaré Poutine, cela constituait une menace existentielle qui compromettait la capacité de frappe de la Russie et de la Chine en réponse à une première frappe nucléaire américaine, perturbant ainsi l’équilibre stratégique inhérent à la doctrine de la destruction mutuellement assurée (MAD).

Pour cette raison, Poutine a depuis 2007 averti les partenaires occidentaux de la Russie que son pays développerait un armement pour annuler les effets du système américain ABM. En quelques années, la Russie et la Chine ont réussi dans cette tâche, testant et mettant en production divers missiles hypersoniques équipés de technologies révolutionnaires qui bénéficieront fortement à l’ensemble du secteur scientifique de ces deux pays, contre lesquels les États-Unis n’ont actuellement aucun  moyen de défense.

Actuellement il n’y a aucune protection contre les attaques hypersoniques, et compte tenu de la tendance à utiliser des statoréacteur à combustion supersonique sur les nouvelles générations d’avions de combat, il semble que de plus en plus de pays voudront se doter de ces systèmes révolutionnaires. La Russie, pour contrer la supériorité navale américaine, a déjà mis en service le missile anti-navire Zircon, et prévoit déjà une version export avec une portée de 300 km.

L’Inde et la Russie travaillent depuis longtemps sur le Brahmos, qui est encore un autre type de missile hypersonique qui pourrait à l’avenir être lancé à partir du Su-57. Bien qu’il s’agisse d’une technologie relativement nouvelle, les armes hypersoniques donnent déjà beaucoup de maux de tête à de nombreux planificateurs militaires occidentaux, qui commencent seulement à se rendre compte à quel point ils sont en retard par rapport à leurs concurrents.

Cela va prendre un bon moment aux militaires US avant qu’il ne comblent le décalage technologique et scientifique hypersonique avec la Chine et la Russie. Lockheed Martin a obtenu un contrat à cette fin. Pendant ce temps, les deux puissances eurasiennes se concentrent sur l’intégration de leurs infrastructures terrestres [et maritimes, NdT] via l’Initiative “une ceinture, une route” [Nouvelles Routes de la soie] et l’Union eurasienne, un arrangement stratégique qui empêche les États-Unis et l’OTAN d’intervenir facilement dans une zone si éloignée du fait de leur incapacité à contrôler l’espace aérien, et en fin de compte en infériorité numérique sur le terrain.

L’objectif des Russes et des Chinois est la réalisation d’un environnement fortement défendu (A2/AD) sur leurs côtes et dans leurs espaces aériens, appuyé par des armes hypersoniques. De cette manière, la Russie et la Chine ont les moyens de perturber la chaîne logistique maritime de l’US Navy en cas de guerre. En outre, l’A2/AD pourrait stopper la projection de puissance américaine, grâce à des HGV [planeurs hypersoniques] capables de couler des porte-avions et de détruire des systèmes ABM terrestres spécifiques ou des plateformes de chaîne logistique.

C’est une stratégie défensive qui a le potentiel de stopper la marine américaine, et de lui dénier la suprématie aérienne, deux piliers de la façon dont les États-Unis planifient leurs guerres. Pas étonnant que des groupes de réflexion à Washington et des généraux à quatre étoiles commencent à sonner l’alarme sur les armes hypersoniques.

Federico Pieraccini

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-course-a-la-suprematie-aerienne-est-terminee

 

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

20.mai.2018 // Les Crises

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Mardi soir, sans surprise, Donald Trump a donc annoncé que Washington quitterait l’accord sur le nucléaire iranien – signé le 14 juillet 2015 – également par la France, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Cet accord avait permis une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran, en échange du gel et de la supervision internationale du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Comme l’explique au cordeau Guillaume Berlat, cette décision n’est pas une surprise tant elle est conforme aux obsessions politiques et géopolitiques américaines : satisfaire l’électorat évangéliste et pro-israélien, satisfaire Tel-Aviv et Riyad, défier Moscou et impressionner Pékin…

Mais au-delà de ces effets de conséquences, la « cause efficiente » de cette décision, qui piétine le multilatéralisme et la paix, ramène en droite ligne à l’argent, – l’argent – l’obsession d’un homme d’affaire qui cherche à « faire du fric » par tous les moyens… Dynamitant ainsi l’ordre international et ses différents instruments élaborés au sortir de la Seconde guerre mondiale, le président américain prône le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort : celle de la main invisible d’Adam Smith et ses suiveurs classiques et néo-classique (Léon Walras, Vilfredo Pareto et consorts). Et comme les Américains ont l’art d’habiller leurs coups de force en « norme universelle », le Congrès doit encore avaliser la décision pour rendre conforme ce nouvel embargo avec la législation américaine dans un délai de trois à six mois.

Mais dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des sociétés américaines (et occidentales affiliées) et l’Iran. Pour les contrats existants, les sanctions seront rétablies à l’issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours. Autrement dit, toutes les compagnies étrangères ont entre trois et six mois pour « sortir » d’Iran. Quant aux groupes actuellement en négociation pour de futurs contrats, ils doivent y renoncer immédiatement. Par exemple, l’ambassadeur américain à Berlin a déclaré que les entreprises allemandes devaient cesser leurs activités en Iran « immédiatement ». Ceux qui ne respecteront pas les conditions imposées par Washington s’exposeraient à des mesures de rétorsion et à l’interdiction d’accès au marché américain.

Cette nouvelle manifestation de l’unilatéralisme américain perturbe, d’ores et déjà, nombre d’accords passés en Iran par plusieurs centaines de PME françaises depuis la fin 2015. De surcroît, ce coup de force remet en cause plusieurs projets de grandes d’importance prévus en Iran par des groupes français, à commencer par Total, Airbus, Renault et Peugeot. Les activités mondiales de ces sociétés pourraient être gravement mises en péril si elles continuent d’investir en Iran malgré le nouvel embargo.

TOTAL DANS L’ETAU AMERICAIN

Le groupe pétrolier français a fait son retour en Iran en juillet 2017, par la signature avec la National Iranian Oil Company (NIOC) d’un contrat pour développer la production de la « phase 11 » d’un immense champsgazier – South Pars. Par ce contrat, Total – opérateur du projet – est engagé sur 20 ans et détient une participation de 50,1% dans South-Pars-11. La première phase du projet représente un investissement de l’ordre de 2 milliards de dollars, avec un premier versement de plus d’un milliard de dollars.

Mais dès novembre 2017, Patrick Pouyanné – le PDG du pétrolier français – avait pondéré l’enthousiasme né de ces perspectives iraniennes, affirmant que Total réexaminerait ses options d’investissement en Iran si les Etats-Unis décidaient d’adopter de nouvelles sanctions contre ce pays. Il avait alors insisté sur l’importance du marché américain pour le groupe : « nous travaillons aux Etats-Unis, nous avons des actifs aux Etats-Unis, nous venons d’acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis… »

Le ministre iranien du pétrole avait répondu par cette mise en garde : « si Total, en dehors d’une décision du Conseil de sécurité, annonce qu’il a l’intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu, ni aucune somme transférée à cette entreprise ».

UNE CENTAINE D’AIRBUS POUR IRAN-AIR

Fin 2016, Airbus a reçu une commande de la compagnie nationale Iran-Air portant sur une centaine d’appareils, pour un montant-catalogue de 20,8 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). D’autres commandes iraniennes sont en négociation, notamment pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’hélicoptères.

Avec sa prudence habituelle, Airbus a réagi à l’annonce américaine de mardi soir en temporisant : « le groupe va examiner très précisément la décision du président américain avant de bouger », ajoutant que l’exercice prendrait « un certain temps ». Le responsable de la communication d’Airbus – Rainer Ohler – a déclaré : « nous analysons attentivement cette annonce et évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et dans le respect complet des sanctions et des règles de contrôle des exportations ».

De son côté, Boeing, le concurrent américain d’Airbus, a indiqué dès mardi soir qu’il se conformerait à la décision de la Maison blanche de rétablir les sanctions et à leurs modalités pratiques édictées par le Congrès. En décembre 2016, Boeing avait conclu la vente de 80 appareils à Iran-Air, d’une valeur-catalogue de 16,6 milliards de dollars. Mais la livraison des premiers appareils – initialement prévue fin 2018 – avait été reportée. L’avionneur américain avait aussi signé un contrat de 3 milliards de dollars pour la vente d’une trentaine d’appareils 737-Max à la compagnie iranienne Aseman.

PEUGEOT ET RENAULT AUSSI DANS LA TOURMENTE

Les deux constructeurs automobiles français – Peugeot et Renault – sont aussi dans la tourmente puisque très engagés sur le marché iranien où le taux d’équipement automobile demeure relativement bas. Actuellement estimé à 1 million de véhicules, le marché iranien pourrait tripler de volume durant les dix prochaines années. Afin de concrétiser ces perspectives prometteuses, Peugeot avait signé début 2016 son grand retour en Iran qu’il avait été contraint de quitter en 2012. Son partenaire de l’époque – l’américain General Motors – exigeait déjà que le Français applique l’embargo de Washington imposé à l’Iran !

En janvier 2016, Peugeot créait, à nouveau une joint-venture avec le groupe Iran Khodro avec lequel il travaillait avant son départ forcé d’Iran, L’objectif étant de produire, à terme, quelque 200.000 véhicules par an. La production a démarré en 2017.

Resté engagé dans le marché iranien malgré les sanctions, Renault a signé en 2016 un accord stratégique pour accélérer le développement de ses ventes dans le pays, via une nouvelle société commune avec IDRO (fonds d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran) et Parto Negin. Dans un premier temps, l’objectif était de produire 150.000 véhicules par an, venant s’ajouter aux capacités existantes d’une production annuelle de 200 000 véhicules.

CHINE ET RUSSIE EGALEMENT TOUCHEES

Depuis le 2 mai dernier, l’armée américaine a cessé de vendre dans les magasins de ses bases des téléphones portables chinois de marque Huawei et ZTE, invoquant des risques de sécurité. Cette décision s’inscrivait dans le cadre plus vaste de mesures visant à stopper ou limiter la pénétration des constructeurs chinois dans l’économie américaine. « Avec l’abrogation de l’accord sur le nucléaire iranien », explique l’économiste Hervé Juvin, spécialiste de l’extra-territorialité du droit américain1, « il sera encore plus facile pour les autorités américaines de contrer les concurrences chinoises ou russes sous prétexte que des composants de leurs différents produits sont de conception ou de fabrication américaines ».

Les sanctions américaines qui ont frappé dernièrement le patron de RUSAL, le « tsar de l’aluminium », et le groupe suisse Glencore s’inscrivent dans la même logique, faisant flamber le cours de ce métal de 12% en une semaine, « du jamais vu en une quarantaine d’année », expliquent les spécialistes de la branche. « Le prolongement du statu quo sur l’acier européen jusqu’en juin, n’empêchera pas l’adoption de mesures protectionnistes américaines très dures à l’encontre de nos industriels », ajoute Hervé Juvin.

« A force de multiplier les sanctions, on va se retrouver tout seul et détesté… » avait mis en garde Barak Obama, craignant que les Etats-Unis se mettent le monde à dos avant de quitter la Maison blanche. Donald Trump, qui prend résolument le contre-pied de son prédécesseur sur la plupart des dossiers, instrumentalise la lutte contre le terrorisme, la corruption et la prolifération des armes de destruction massive pour avantager les sociétés américaines et, ainsi, remettre en cause les principes de la libre concurrence défendus par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les institutions de Bretton-Woods. Dans ce contexte – et plus que jamais depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – la dernière décision unilatérale de Donald Trump impose de manière brutale au monde entier les normes américaines du droit des affaires.

L’EXTRA-TERRITORIALITE DU DROIT AMERICAIN

Hervé Juvin : « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises et des banques européennes. Cette même pression vise à attaquer Sanofi, Airbus, Safran et bien d’autres. Elle prend pour prétexte la lutte anti-corruption, le respect des embargos américains et le combat anti-terroriste. Le prétendu objectif est l’efficacité économique, la moralisation des affaires, l’établissement des conditions d’une concurrence libre, ouverte et équitable partout dans le monde. Tout cela, en réalité, à l’appui d’un impérialisme juridique grandissant, tout cela au seul bénéfice de l’intérêt national américain. L’extra-territorialité du droit américain se propage à la faveur de l’abandon du droit international, de la faiblesse du régalien et de la négation de la souveraineté des pays Europe. Elle constitue un élément majeur de la stratégie de « Global Constraint » – « contrainte globale » – qui renouvelle la stratégie de l’empire américain ».

Désormais, nous devons regarder la réalité en face. Au nom de la lutte contre la corruption, au nom du combat légitime contre les pratiques abusives, c’est la lutte contre la diversité humaine et contre la liberté des peuples à décider de leurs lois et de leurs principes qui devrait s’imposer. C’est une colonisation américaine d’un nouveau type – soft et smart colonisation – qui s’affirme au fur et à mesure que la croissance économique (totem de la mondialisation) signifie moins la volonté de répondre aux besoins que l’obsession de tuer ses concurrents par tous les moyens. Cette nouvelle colonisation s’immisce jusqu’au cœur de notre vite quotidienne en affectant l’emploi des Français, des autres Européens et de tous les pays en développement.

« Cette position n’est pas acceptable » pour le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire qui a déploré mercredi matin la position de « gendarme économique de la planète » de Donald Trump. « En deux ans, la France avait multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran », a-t-il expliqué lors d’un entretien à France Culture, jugeant que la décision américaine aurait des « conséquences » dommageables pour plusieurs fleurons français. Il a affirmé qu’il aurait « un entretien téléphonique d’ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin » pour étudier avec lui les possibilités d’éviter ces sanctions.

A l’évidence, Bruno Le Maire croit encore au Père Noël ! Le jour où l’Union européenne et les pays européens – dont la France – auront le courage politique d’appliquer des mesures de réciprocité, sinon de représailles envers les Etats-Unis, nous en reparlerons ! Dans l’immédiat, des mesures symboliques pourraient être prises à l’encontre des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des MacDo et autres Starbucks-cafés qui détruisent nos restaurants, cafés et centre-ville !

Dans la bouche de Donald Trump, « America first » signifie « par ici la monnaie ». Premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du sud de 1890 à 1896 et l’un des inspirateurs du système d’apartheid, Cecil Rhodes disait : « l’argent, c’est le sang des autres… ». Nous y sommes jusqu’au cou…

Richard Labévière
14 mai 2018

1 Hervé Juvin : La guerre du droit pénal américain aura-t-elle lieu ? Cap sur le nouveau système de corruption mondialisé. Editions de l’Observatoire EUROGROUP-CONSULTING, mai 2016.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens

La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens (V3)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris *), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques ». La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques à l’ouest de Homs », une ancienne base de missiles, situé à 15 miles de la ville. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». Les troisième et quatrième cibles étaient « une installation de stockage d’armes chimiques et un important poste de commandement ».

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, des bombardiers B1 et au moins un navire basé en mer rouge ont été mobilisés (avec sans doute des missiles Tomahawh).

Du côté français, une des trois « frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée », a assuré le tir a confirmé le ministère des Armées français. Ces bâtiments étaient escortés par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine et un bateau ravitailleur. En l’air, 5 avions de combat Rafale et 4 Mirage 2000-5, « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par 6 avions ravitailleurs et 2 avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

Le  annonce le tir  depuis l’une des trois frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée. 20 à 30 minutes après ce tir, selon l’état-major des armées,  frappait à son tour .

Une répartition des cibles

Chaque pays et chaque moyen avait reçu une cible précise. Les avions britanniques se chargeaient du site de stockage de Homs avec des missiles Storm Shadow (version britannique du missile Scalp-EG. Une des trois frégates FREMM a tiré trois « missiles de croisière naval » contre le « site de production d’armes chimiques » (NB : celui de Barzah). Ce qui représente une première en termes technique. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. « 20 à 30 minutes après ce tir », c’était au tour des avions Rafale et Mirage d’opérer, assurant le tir de neuf missiles Scalp-EG.

Plus d’une centaine de tirs

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions ou de bateaux a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés en sécurité à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé Florence Parly.

Eviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus ?

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez limitée de Moscou, pour l’instant.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 10h et 14h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés

http://www.bruxelles2.eu/2018/04/14/frappes-sur-la-syrie/