Archives pour la catégorie Aéronautique et Défense

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

20.mai.2018 // Les Crises

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Mardi soir, sans surprise, Donald Trump a donc annoncé que Washington quitterait l’accord sur le nucléaire iranien – signé le 14 juillet 2015 – également par la France, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Cet accord avait permis une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran, en échange du gel et de la supervision internationale du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Comme l’explique au cordeau Guillaume Berlat, cette décision n’est pas une surprise tant elle est conforme aux obsessions politiques et géopolitiques américaines : satisfaire l’électorat évangéliste et pro-israélien, satisfaire Tel-Aviv et Riyad, défier Moscou et impressionner Pékin…

Mais au-delà de ces effets de conséquences, la « cause efficiente » de cette décision, qui piétine le multilatéralisme et la paix, ramène en droite ligne à l’argent, – l’argent – l’obsession d’un homme d’affaire qui cherche à « faire du fric » par tous les moyens… Dynamitant ainsi l’ordre international et ses différents instruments élaborés au sortir de la Seconde guerre mondiale, le président américain prône le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort : celle de la main invisible d’Adam Smith et ses suiveurs classiques et néo-classique (Léon Walras, Vilfredo Pareto et consorts). Et comme les Américains ont l’art d’habiller leurs coups de force en « norme universelle », le Congrès doit encore avaliser la décision pour rendre conforme ce nouvel embargo avec la législation américaine dans un délai de trois à six mois.

Mais dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des sociétés américaines (et occidentales affiliées) et l’Iran. Pour les contrats existants, les sanctions seront rétablies à l’issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours. Autrement dit, toutes les compagnies étrangères ont entre trois et six mois pour « sortir » d’Iran. Quant aux groupes actuellement en négociation pour de futurs contrats, ils doivent y renoncer immédiatement. Par exemple, l’ambassadeur américain à Berlin a déclaré que les entreprises allemandes devaient cesser leurs activités en Iran « immédiatement ». Ceux qui ne respecteront pas les conditions imposées par Washington s’exposeraient à des mesures de rétorsion et à l’interdiction d’accès au marché américain.

Cette nouvelle manifestation de l’unilatéralisme américain perturbe, d’ores et déjà, nombre d’accords passés en Iran par plusieurs centaines de PME françaises depuis la fin 2015. De surcroît, ce coup de force remet en cause plusieurs projets de grandes d’importance prévus en Iran par des groupes français, à commencer par Total, Airbus, Renault et Peugeot. Les activités mondiales de ces sociétés pourraient être gravement mises en péril si elles continuent d’investir en Iran malgré le nouvel embargo.

TOTAL DANS L’ETAU AMERICAIN

Le groupe pétrolier français a fait son retour en Iran en juillet 2017, par la signature avec la National Iranian Oil Company (NIOC) d’un contrat pour développer la production de la « phase 11 » d’un immense champsgazier – South Pars. Par ce contrat, Total – opérateur du projet – est engagé sur 20 ans et détient une participation de 50,1% dans South-Pars-11. La première phase du projet représente un investissement de l’ordre de 2 milliards de dollars, avec un premier versement de plus d’un milliard de dollars.

Mais dès novembre 2017, Patrick Pouyanné – le PDG du pétrolier français – avait pondéré l’enthousiasme né de ces perspectives iraniennes, affirmant que Total réexaminerait ses options d’investissement en Iran si les Etats-Unis décidaient d’adopter de nouvelles sanctions contre ce pays. Il avait alors insisté sur l’importance du marché américain pour le groupe : « nous travaillons aux Etats-Unis, nous avons des actifs aux Etats-Unis, nous venons d’acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis… »

Le ministre iranien du pétrole avait répondu par cette mise en garde : « si Total, en dehors d’une décision du Conseil de sécurité, annonce qu’il a l’intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu, ni aucune somme transférée à cette entreprise ».

UNE CENTAINE D’AIRBUS POUR IRAN-AIR

Fin 2016, Airbus a reçu une commande de la compagnie nationale Iran-Air portant sur une centaine d’appareils, pour un montant-catalogue de 20,8 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). D’autres commandes iraniennes sont en négociation, notamment pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’hélicoptères.

Avec sa prudence habituelle, Airbus a réagi à l’annonce américaine de mardi soir en temporisant : « le groupe va examiner très précisément la décision du président américain avant de bouger », ajoutant que l’exercice prendrait « un certain temps ». Le responsable de la communication d’Airbus – Rainer Ohler – a déclaré : « nous analysons attentivement cette annonce et évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et dans le respect complet des sanctions et des règles de contrôle des exportations ».

De son côté, Boeing, le concurrent américain d’Airbus, a indiqué dès mardi soir qu’il se conformerait à la décision de la Maison blanche de rétablir les sanctions et à leurs modalités pratiques édictées par le Congrès. En décembre 2016, Boeing avait conclu la vente de 80 appareils à Iran-Air, d’une valeur-catalogue de 16,6 milliards de dollars. Mais la livraison des premiers appareils – initialement prévue fin 2018 – avait été reportée. L’avionneur américain avait aussi signé un contrat de 3 milliards de dollars pour la vente d’une trentaine d’appareils 737-Max à la compagnie iranienne Aseman.

PEUGEOT ET RENAULT AUSSI DANS LA TOURMENTE

Les deux constructeurs automobiles français – Peugeot et Renault – sont aussi dans la tourmente puisque très engagés sur le marché iranien où le taux d’équipement automobile demeure relativement bas. Actuellement estimé à 1 million de véhicules, le marché iranien pourrait tripler de volume durant les dix prochaines années. Afin de concrétiser ces perspectives prometteuses, Peugeot avait signé début 2016 son grand retour en Iran qu’il avait été contraint de quitter en 2012. Son partenaire de l’époque – l’américain General Motors – exigeait déjà que le Français applique l’embargo de Washington imposé à l’Iran !

En janvier 2016, Peugeot créait, à nouveau une joint-venture avec le groupe Iran Khodro avec lequel il travaillait avant son départ forcé d’Iran, L’objectif étant de produire, à terme, quelque 200.000 véhicules par an. La production a démarré en 2017.

Resté engagé dans le marché iranien malgré les sanctions, Renault a signé en 2016 un accord stratégique pour accélérer le développement de ses ventes dans le pays, via une nouvelle société commune avec IDRO (fonds d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran) et Parto Negin. Dans un premier temps, l’objectif était de produire 150.000 véhicules par an, venant s’ajouter aux capacités existantes d’une production annuelle de 200 000 véhicules.

CHINE ET RUSSIE EGALEMENT TOUCHEES

Depuis le 2 mai dernier, l’armée américaine a cessé de vendre dans les magasins de ses bases des téléphones portables chinois de marque Huawei et ZTE, invoquant des risques de sécurité. Cette décision s’inscrivait dans le cadre plus vaste de mesures visant à stopper ou limiter la pénétration des constructeurs chinois dans l’économie américaine. « Avec l’abrogation de l’accord sur le nucléaire iranien », explique l’économiste Hervé Juvin, spécialiste de l’extra-territorialité du droit américain1, « il sera encore plus facile pour les autorités américaines de contrer les concurrences chinoises ou russes sous prétexte que des composants de leurs différents produits sont de conception ou de fabrication américaines ».

Les sanctions américaines qui ont frappé dernièrement le patron de RUSAL, le « tsar de l’aluminium », et le groupe suisse Glencore s’inscrivent dans la même logique, faisant flamber le cours de ce métal de 12% en une semaine, « du jamais vu en une quarantaine d’année », expliquent les spécialistes de la branche. « Le prolongement du statu quo sur l’acier européen jusqu’en juin, n’empêchera pas l’adoption de mesures protectionnistes américaines très dures à l’encontre de nos industriels », ajoute Hervé Juvin.

« A force de multiplier les sanctions, on va se retrouver tout seul et détesté… » avait mis en garde Barak Obama, craignant que les Etats-Unis se mettent le monde à dos avant de quitter la Maison blanche. Donald Trump, qui prend résolument le contre-pied de son prédécesseur sur la plupart des dossiers, instrumentalise la lutte contre le terrorisme, la corruption et la prolifération des armes de destruction massive pour avantager les sociétés américaines et, ainsi, remettre en cause les principes de la libre concurrence défendus par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les institutions de Bretton-Woods. Dans ce contexte – et plus que jamais depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – la dernière décision unilatérale de Donald Trump impose de manière brutale au monde entier les normes américaines du droit des affaires.

L’EXTRA-TERRITORIALITE DU DROIT AMERICAIN

Hervé Juvin : « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises et des banques européennes. Cette même pression vise à attaquer Sanofi, Airbus, Safran et bien d’autres. Elle prend pour prétexte la lutte anti-corruption, le respect des embargos américains et le combat anti-terroriste. Le prétendu objectif est l’efficacité économique, la moralisation des affaires, l’établissement des conditions d’une concurrence libre, ouverte et équitable partout dans le monde. Tout cela, en réalité, à l’appui d’un impérialisme juridique grandissant, tout cela au seul bénéfice de l’intérêt national américain. L’extra-territorialité du droit américain se propage à la faveur de l’abandon du droit international, de la faiblesse du régalien et de la négation de la souveraineté des pays Europe. Elle constitue un élément majeur de la stratégie de « Global Constraint » – « contrainte globale » – qui renouvelle la stratégie de l’empire américain ».

Désormais, nous devons regarder la réalité en face. Au nom de la lutte contre la corruption, au nom du combat légitime contre les pratiques abusives, c’est la lutte contre la diversité humaine et contre la liberté des peuples à décider de leurs lois et de leurs principes qui devrait s’imposer. C’est une colonisation américaine d’un nouveau type – soft et smart colonisation – qui s’affirme au fur et à mesure que la croissance économique (totem de la mondialisation) signifie moins la volonté de répondre aux besoins que l’obsession de tuer ses concurrents par tous les moyens. Cette nouvelle colonisation s’immisce jusqu’au cœur de notre vite quotidienne en affectant l’emploi des Français, des autres Européens et de tous les pays en développement.

« Cette position n’est pas acceptable » pour le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire qui a déploré mercredi matin la position de « gendarme économique de la planète » de Donald Trump. « En deux ans, la France avait multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran », a-t-il expliqué lors d’un entretien à France Culture, jugeant que la décision américaine aurait des « conséquences » dommageables pour plusieurs fleurons français. Il a affirmé qu’il aurait « un entretien téléphonique d’ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin » pour étudier avec lui les possibilités d’éviter ces sanctions.

A l’évidence, Bruno Le Maire croit encore au Père Noël ! Le jour où l’Union européenne et les pays européens – dont la France – auront le courage politique d’appliquer des mesures de réciprocité, sinon de représailles envers les Etats-Unis, nous en reparlerons ! Dans l’immédiat, des mesures symboliques pourraient être prises à l’encontre des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des MacDo et autres Starbucks-cafés qui détruisent nos restaurants, cafés et centre-ville !

Dans la bouche de Donald Trump, « America first » signifie « par ici la monnaie ». Premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du sud de 1890 à 1896 et l’un des inspirateurs du système d’apartheid, Cecil Rhodes disait : « l’argent, c’est le sang des autres… ». Nous y sommes jusqu’au cou…

Richard Labévière
14 mai 2018

1 Hervé Juvin : La guerre du droit pénal américain aura-t-elle lieu ? Cap sur le nouveau système de corruption mondialisé. Editions de l’Observatoire EUROGROUP-CONSULTING, mai 2016.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

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« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

L’enquête de 18 médias internationaux, réunis par l’organisation Forbidden stories, sur la corruption à Malte révèle qu’une banque suspecte a permis l’entrée en Europe de capitaux liés à la dictature azerbaïdjanaise. Une partie de ces fonds a servi à acheter trois entreprises en France.

Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l\'établissement bancaire, à Malte.
Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l’établissement bancaire, à Malte. (MONTAGE A PARTIR DE LA PHOTO DE DARRIN ZAMMIT LUPI / REUTERS)

Comment une fabrique de porcelaine de Limoges (Haute-Vienne), un atelier de linge de maison de Cambrai (Nord) et un fabricant de figurines de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) ont-ils pu tomber dans l’escarcelle d’une famille d’oligarques parmi les plus puissantes d’Azerbaïdjan sans que personne ne le sache ? La réponse passe par Malte.

L’enquête menée par les 45 journalistes du Projet Daphne, qui ont poursuivi le travail de la journaliste Daphne Caruana Galizia, mène à la Pilatus Bank. Cette banque maltaise, ouverte à La Valette en décembre 2013, a été créée par Ali Sadr Hashemi Nejad. Fils d’un milliardaire iranien, il n’aurait jamais dû pouvoir ouvrir une banque en raison des sanctions qui frappent son pays. Il a contourné ce problème en acquérant cinq passeports de Saint-Kitts-et-Nevis. Le petit État des Caraïbes s’est fait une spécialité d’en délivrer en échange de quelques centaines de milliers d’euros.

Deux ou trois clients représentaient 80% des actifs.Maria Efimova
ex-salariée de la Pilatus Bank

La Pilatus Bank ne dispose que d’une centaine de clients. D’après Maria Efimova, ancienne salariée de l’établissement, Ali Sadr lui aurait dit que la banque avait été créée selon la règle des « 3F : friends, family and fools ! » (« les amis, la famille et les idiots »). Cette jeune femme russe est aujourd’hui considérée comme une lanceuse d’alerte par plusieurs députés européens qui connaissent bien le contexte maltais. Après son renvoi de la banque, elle a contacté Daphne Caruana Galizia.

Maria Efimova raconte à la journaliste maltaise que la Pilatus Bank aurait hébergé le compte d’une société offshore, dénommée Egrant, récipiendaire d’un virement d’un million d’euros en provenance d’Azerbaïdjan. Selon l’ex-salariée, la véritable bénéficiaire de cette société serait Michelle Muscat, la femme du Premier ministre maltais Joseph Muscat. Daphne Caruana Galizia publie cette information le 20 avril 2017.

Des soupçons de blanchiment d’argent

Joseph Muscat a immédiatement démenti les révélations de Daphne Caruana Galizia. À ce jour, aucune preuve formelle n’a été publiée selon laquelle Michelle Muscat serait la bénéficiaire d’Egrant. « Si tel était le cas, je démissionnerais », assure Joseph Muscat.

En revanche, la Pilatus Bank est soupçonnée d’avoir blanchi des capitaux douteux en provenance d’Azerbaïdjan. D’après des informations obtenues par les journalistes du Projet Daphne, la banque abriterait au moins une vingtaine de comptes liés à des sociétés suspectées d’appartenir aux familles Aliyev et Heydarov. Il s’agit des deux plus puissantes du pays. Ilham Aliyev vient d’être réélu président de la République dans des conditions contestées. Kamaladdin Heydarov, son « ministre des situations d’urgence », règne quant à lui sur un empire allant de la production de jus d’orange à l’immobilier.

Un rapport pointe des irrégularités à la Pilatus Bank

En mars 2016, un rapport de l’Agence anti-blanchiment maltaise (FIAU) dénonce de graves irrégularités au sein de la Pilatus Bank. Il pointe notamment le fait que la banque accepte des clients à risque et ne semble pas se soucier de vérifier l’origine des fonds. Des agissements contraires à la réglementation de l’Union européenne, dont fait partie Malte. Ce rapport, comme tous les autres, est transmis à la police. Peu après l’avoir lu, le chef de la police maltaise démissionne sans engager de poursuites. En mai 2016, le rapport fuite sur le blog de Daphne Caruana Galizia. En septembre, la FIAU annonce qu’une nouvelle inspection a conclu à l’absence de griefs contre la Pilatus Bank. Sa licence est maintenue. Un mois plus tard, Daphne Caruana Galizia est assassinée.

Le 20 mars 2018, Ali Sadr est arrêté et emprisonné aux États-Unis. Le banquier est accusé d’avoir organisé le transfert de 115 millions de dollars du Venezuela vers l’Iran, via la Suisse et la Turquie. Cela constitue une violation des sanctions américaines. Il risque 125 ans de prison. Sous la pression, l’autorité bancaire maltaise annonce le gel des transactions de la Pilatus Bank.

Trois entreprises françaises rachetées par la société Héritage Collection

L’autorité bancaire européenne s’en mêle et lance à son tour une enquête. « Nous savons que les Azerbaïdjanais cherchent des relais pour blanchir des fonds en Europe », affirme l’eurodéputée écologiste et ancienne juge d’instruction Eva Joly. La Pilatus Bank offrait un paravent efficace. C’est sans doute pour cela que les dirigeants de trois sociétés françaises se demandent depuis des mois qui est leur véritable propriétaire.

À Saint Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), la maison Coquet s’enorgueillit d’avoir Bill Gates, Bernard Arnault ou des émirs du Golfe comme clients. Pourtant, cette fabrique de porcelaine haut de gamme a bien failli disparaître en 2014, à cause de la crise. Elle est alors rachetée par Héritage Collection. Dirigée par l’homme d’affaires Philippe Nguyen, cette société annonce avoir 50 millions d’euros à sa disposition pour créer un groupe de sociétés du patrimoine à fort savoir-faire. En 2015, elle rachète également les Ateliers Porthault, référence dans le linge de maison installée à Cambrai (Nord). Elle reprend ensuite la société Leblon Delienne, spécialisée dans les figurines, à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime).

Des investisseurs très discrets

Philippe Nguyen quitte la direction du groupe en 2017. Nous l’avons eu au téléphone. Il a promis de rappeler, mais ne l’a jamais fait. L’actuel dirigeant d’Héritage Collection, Frédéric Saint-Romain, a répondu. Il nous a expliqué ignorer l’identité des investisseurs qui se trouvent derrière la société qu’il dirige. Trois jours plus tard, nous recevions une lettre de ses avocats nous enjoignant de ne plus contacter de salariés du groupe. Ils ont quand même répondu. Nous leur avons appris qui étaient leurs véritables propriétaires : Nijat et Tale Heydarov. Ce sont les deux fils du ministre le plus riche d’Azerbaïdjan.

Héritage Collection est en réalité propriété d’une société luxembourgeoise, elle-même propriété d’une société maltaise officiellement dirigée par un certain Robert Baker. Tout en haut de la pyramide se trouve un trust situé en Nouvelle-Zélande. Officiellement, il est dirigé par des gestionnaires anglo-saxons. Les informations que nous avons obtenues permettent d’affirmer qu’il agissait en réalité pour le compte des frères Heydarov. D’après nos sources, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, Tracfin, avait été alertée sur un virement suspect à Héritage Collection, fin 2017. Les vérifications ayant montré que l’opération était justifiée, l’affaire en était restée là.

Cette révélation n’a qu’à moitié étonné Laurent Buob, le patron de Leblon Delienne. « J’ai souvent demandé qui étaient les investisseurs à Philippe Nguyen, raconte-t-il, mais on m’a toujours répondu qu’ils étaient à l’étranger et qu’on ne pouvait pas les voir. » Quant à Christian Le Page, PDG de la fabrique de porcelaine Coquet, il a eu vent un jour « d’héritiers du pétrole ».

J’ai fouillé, la secrétaire du comité d’entreprise également, et nous pensions que c’était le prince héritier d’Arabie saoudite.Christian Le Page
PDG de Coquet

D’après nos informations, les frères Heydarov auraient investi 10 millions d’euros dans les trois sociétés. Leblon Delienne a déposé le bilan et cherche un repreneur pour ses quatre salariés. Coquet et Porthault ne sont guère rentables. Les oligarques azerbaïdjanais auraient-ils été abusés sur les perspectives réelles qu’offraient ces investissements ? Leur paravent maltais devenant de moins en moins opaque, l’avenir de leur aventure dans le patrimoine industriel français paraît aujourd’hui très incertain.

« Projet Daphne » : 18 médias internationaux, 45 journalistes, réunis dans l’organisation Forbidden Stories ont poursuivi les enquêtes de Daphne Caruana Galizia. Parmi eux, trois médias français : la Cellule investigation de Radio France, Le Monde et France Télévisions à travers la société de production Premières Lignes. Leurs révélations sont à retrouver sur franceinfo.fr, les antennes de Radio France, dans les médias partenaires et dans « Envoyé spécial », jeudi 19 avril, sur France 2.

La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens

La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens (V3)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris *), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques ». La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques à l’ouest de Homs », une ancienne base de missiles, situé à 15 miles de la ville. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». Les troisième et quatrième cibles étaient « une installation de stockage d’armes chimiques et un important poste de commandement ».

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, des bombardiers B1 et au moins un navire basé en mer rouge ont été mobilisés (avec sans doute des missiles Tomahawh).

Du côté français, une des trois « frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée », a assuré le tir a confirmé le ministère des Armées français. Ces bâtiments étaient escortés par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine et un bateau ravitailleur. En l’air, 5 avions de combat Rafale et 4 Mirage 2000-5, « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par 6 avions ravitailleurs et 2 avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

Le  annonce le tir  depuis l’une des trois frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée. 20 à 30 minutes après ce tir, selon l’état-major des armées,  frappait à son tour .

Une répartition des cibles

Chaque pays et chaque moyen avait reçu une cible précise. Les avions britanniques se chargeaient du site de stockage de Homs avec des missiles Storm Shadow (version britannique du missile Scalp-EG. Une des trois frégates FREMM a tiré trois « missiles de croisière naval » contre le « site de production d’armes chimiques » (NB : celui de Barzah). Ce qui représente une première en termes technique. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. « 20 à 30 minutes après ce tir », c’était au tour des avions Rafale et Mirage d’opérer, assurant le tir de neuf missiles Scalp-EG.

Plus d’une centaine de tirs

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions ou de bateaux a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés en sécurité à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé Florence Parly.

Eviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus ?

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez limitée de Moscou, pour l’instant.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 10h et 14h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés

http://www.bruxelles2.eu/2018/04/14/frappes-sur-la-syrie/

Le Pentagone interrompt la livraison des F-35 en raison d’un conflit financier

Le Pentagone interrompt la livraison des F-35 en raison d’un conflit financier

Un F-35
Un F-35 – © JACK GUEZ – AFP
Belga

 

Le ministère américain de la Défense a interrompu la livraison des avions F-35 de Lockheed Martin Corp à la suite d’un litige quant à la responsabilité des coûts engendrés par un défaut de production. Les F-35 sont l’une des options envisagées pour remplacer les F-16 belges.

Le constructeur a confirmé mercredi l’arrêt des livraisons pour une question contractuelle, sans donner davantage de détails. Lockheed Martin se dit néanmoins confiant quant à son objectif de livraison de 91 appareils pour 2018.

Le Pentagone avait déjà suspendu les livraisons de F-35 pendant 30 jours l’an dernier, après l’apparition d’un défaut de production concernant plus de 200 avions.

Selon Reuters, le conflit entre l’entreprise et la Défense repose sur la responsabilité du coût de la réparation, qui nécessite l’intervention de techniciens du monde entier. Des clients étrangers seraient également concernés par l’arrêt des livraisons, selon l’agence de presse britannique.

Le F-35 est, avec l’Eurofighter, l’une des principales options envisagées pour remplacer les F-16 belges. Le dossier suscite la polémique depuis l’apparition d’une note issue du cabinet du ministre de la Défense Steven Vandeput laissant penser que le choix des F-35 a été entériné depuis 2015.

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_le-pentagone-interrompt-la-livraison-des-f-35-en-raison-d-un-conflit-financier?id=9890593

Airbus accélère la montée en cadence de la production de l’A320

Airbus accélère la montée en cadence de la production de l’A320

Par Fabrice Gliszczynski  |   |  602  mots
(Crédits : photo by Fixion/© Airbus S.A.S 2)
La direction d’Airbus a envoyé un courrier aux fournisseurs pour leur indiquer une accélération de la montée en cadence de production de l’A320. En avril 2019, celle-ci passera, non pas à 60 appareils comme prévu initialement, mais à 63 contre 50 aujourd’hui. L’avionneur travaille par ailleurs sur une cadence de 70 à 75 A320 par mois à terme. Reste à savoir si les motoristes sont en mesure de suivre le rythme.

Montée en cadence, acte 1. Après avoir annoncé mi-février qu’elle planchait sur une forte hausse de la production d’A320 pour la prochaine décennie, Airbus passe à l’acte. Dans un courrier envoyé par Klaus Richter, le directeur des achats du groupe Airbus et de sa principale entité, Airbus Commercial Aircraft, l’avionneur a informé, il y a une quinzaine de jours, ses fournisseurs de sa décision d’accélérer les cadences en passant en avril 2019, non pas à une production mensuelle de 60 A320 comme cela était prévu initialement, mais à une production de 63 appareils, contre 50 aujourd’hui.

Production de 70 à 75 A320 NEO par mois à terme

Derrière, comme l’avait indiqué, fin mars, le président Tom Enders aux Matins HEC-Challenges, Airbus envisage de fabriquer à terme jusqu’à 70-75 appareils par mois. Des rythmes impressionnants qui se traduisent par des productions annuelles allant de 840 à 900 pour les seuls A320. Le calendrier n’est pas fourni. Selon certaines sources, après le passage à la cadence 63, une nouvelle étape d’augmentation de la production, pourrait avoir lieu à partir de fin 2020-début 2021.

Raccourcir les délais de livraison pour gagner des contrats

Cette volonté d’augmenter le rythme est dictée par la nécessité d’accélérer les livraisons afin d’écouler la production plus rapidement et de pouvoir proposer aux compagnies aériennes des créneaux de livraisons plus rapprochés qu’ils ne le sont aujourd’hui, en raison du nombre très élevé d’appareils dans le carnet de commandes (plus de 6.000).

«Il faut aller vite, explique une source interne, il y a de grosses campagnes de renouvellement de flotte moyen-courrier qui se profilent, et nous risquons de les manquer faute de créneaux de livraisons. Aujourd’hui, nous ne pouvons proposer que des livraisons à  partir de 2023-2024 ».

Le passage à 63 appareils par mois dès avril 2019 permettrait de récupérer un peu de marge de manœuvre, mais reste insuffisant pour répondre à la demande.

Les motoristes pourront-ils suivre?

Pour autant, Airbus n’est pas seul dans cette affaire. La chaîne des fournisseurs doit être en mesure de suivre le rythme et en particulier les motoristes, Pratt & Whitney, qui a subi une série de déboires sur son moteur PW110G GTF (après avoir été arrêtées, les livraisons de moteurs reprennent), mais aussi CFM International, l’entreprise commune de General Electric et de Safran, laquelle, en plus d’avoir rencontré quelques retards, doit également gérer une production largement supérieure à celle de son rival. Contrairement à Pratt & Whitney, en effet, CFM fournit également son moteur LEAP au B737MAX de Boeing, l’appareil concurrent de l’A320 NEO, ainsi qu’au C919 de Comac, même si aujourd’hui les livraisons sont insignifiantes en raison de la campagne d’essais laborieuse de l’appareil.

«CFM peut craindre que Boeing décide de suivre la montée en cadence d’Airbus. Or, comme CFM est le seul motoriste du B737, et détient aujourd’hui plus 60% de parts de marché sur l’A320, il y a un risque d’exécution », explique un observateur, pour qui le reste des fournisseurs n’auraient pas trop de difficulté à suivre les demandes d’Airbus.

Airbus est donc dépendant du couple GE-Safran pour cette montée en cadence.

«CFM a besoin de garanties, ne serait-ce que sur le maintien des cadences 70-75 pendant un certain temps », ajoute le même observateur.

En février, la direction de Safran a indiqué étudier la faisabilité industrielle d’une nouvelle hausse de cadence du moteur LEAP, mais ne comptait pas s’engager immédiatement. Une cadence 70 exige plusieurs centaines de millions d’euros pour le motoriste. Et ce, dès 2018 et 2019 pour supporter cette nouvelle hausse des cadences en 2021.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/airbus-accelere-la-montee-en-cadence-de-la-production-de-l-a320-774690.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180410

Deux échecs embarrassants en une seule journée – La défense antimissile ne veut pas fonctionner

Deux échecs embarrassants en une seule journée – La défense antimissile ne veut pas fonctionner


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 26 mars 2018

Dans le cadre du nouveau budget de défense de 700 milliards de dollars, le Congrès américain a alloué davantage de fonds à la défense antimissile étasunienne :

Le Pentagone dépenserait 1 milliard de dollars supplémentaires pour deux des systèmes de défense antimissile de Lockheed, ce qui porterait à 11,5 milliards de dollars le total des crédits alloués à l’Agence de défense antimissile.

Plus d’argent du contribuable américain va aussi être débloqué pour le développement du bouclier antimissile israélien et la production de missiles en Israël :

Le Congrès a ajouté au budget des programmes israéliens de défense antimissile la somme considérable de 148 millions de dollars afin d’inclure le développement en cours du Dôme de fer et des intercepteurs Arrow 3.

« Je suis très heureux d’annoncer que le Congrès américain vient de voter un budget plus important que jamais pour le programme de défense antimissile d’Israël : 705 millions de dollars en 2018 ! », a annoncé lundi le ministre de la Défense Avigdor Liberman.

Deux incidents survenus la nuit dernière montrent une fois de plus que la défense antimissile est du gaspillage. Ça ne marche presque jamais. La défense antimissile stratégique, que les États-Unis fabriquent, pour détruire les missiles intercontinentaux, ne protègera jamais personne contre les nouvelles armes que la Russie et d’autres pays développent actuellement. L’armée étasunienne l’avoue elle-même. Après que Poutine a présenté les nouveaux systèmes d’armement russes, l’administration Trump a hissé le drapeau blanc et a soudain appelé au renouvellement du dialogue sur le contrôle des armements.

Hier soir, l’armée yéménite a lancé (vidéo) sept missiles balistiques contre l’Arabie saoudite. Trois d’entre eux visaient la capitale Riyad, quatre visaient des cibles militaires et des infrastructures. A Riyad, les forces saoudiennes ont tiré un certain nombre de missiles surface-air Patriot et ont affirmé que ces derniers avaient intercepté avec succès les missiles yéménites. Le système Patriot Advanced Capabilities-2 (PAC-2) saoudien est fabriqué par la société étasunienne Raytheon, qui emploie également d’anciens soldats américains comme « techniciens de terrain des batteries Patriot » pour actionner et entretenir les systèmes saoudiens.

Les premières allégations saoudiennes d’interceptions réussies se sont avérées fausses. Les petites ogives des missiles yéménites se séparent du gros corps des missiles et sont difficiles à repérer. Les systèmes fournis par les États-Unis ciblent les gros corps vides des missiles.

Cette fois-ci, plusieurs vidéos en provenance de Riyad montrent qu’au moins sept missiles intercepteurs ont été tirés contre les trois missiles entrants. Au moins deux des intercepteurs sont complètement passés à côté de leur cible. Les cinq autres semblent s’être autodétruits en altitude. Il n’y a aucun signe de la moindre interception véritable.

L’un des intercepteurs Patriot a explosé prématurément pendant la phase de lancement. Ses débris incandescents sont retombés et ont enflammé le sol.

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Un autre intercepteur Patriot a fait demi-tour et est revenu frapper le sol à une centaine de mètres d’un groupe de gens qui contemplaient par hasard le spectacle:

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Cela n’a pas manqué de susciter quelques commentaires caustiques :

Jeffrey Lewis @ArmsControlWonk

Lorsque votre PAC2 se radicalise et se retourne contre vous….

Haykal Bafana @BaFana3

Même les missiles #Patriot saoudiens savent qui est le véritable ennemi : ils reviennent en boomerang bombarder l’Arabie Saoudite.

agitpapa @agitpapa

Voilà comment un vrai Patriot devrait fonctionner, en tuant les gars responsables du 11 septembre au lieu de les servir.

Les autres missiles de défense semblent s’être autodétruits, probablement après avoir perdu le contact avec la cible. Chacun de ces missiles Patriot MIM-104C a coûté entre 2 et 3 millions de dollars.

Les Saoudiens disent qu’un homme a été tué et que deux ont été blessés lors de l’attaque yéménite. Il est probable que ces personnes aient été victimes du système de défense antimissile et non des missiles attaquants.

Lors d’un autre incident nocturne de défense antimissile, Israël a tiré une vingtaine de ses intercepteurs Iron Dome payés par les États-Unis contre des soi-disant missiles en provenance de la bande de Gaza :

Le bouclier antimissile Iron Dome d’Israël a intercepté un certain nombre de roquettes tirées depuis la bande de Gaza dimanche, ont rapporté les médias israéliens, après que des sirènes d’avertissement ont retenti autour du territoire palestinien contrôlé par le Hamas.

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Cela s’est avéré être une fausse nouvelle. Plusieurs vidéos montrent que les missiles de défense ont explosé dans un flash de lumière en altitude. De telles explosions sont souvent interprétées comme une interception réussie mais c’est généralement seulement l’autodestruction programmée pour que les carcasses de missiles ne tombent sur les gens en dessous. En réalité, aucun des missiles tirés par l’armée israélienne n’a détruit la moindre cible, car il n’y en avait tout simplement pas :

Plusieurs fausses alarmes de code rouge ont été déclenchées dans les conseils régionaux de Hof Ashkelon et Sha’ar HaNegev et dans la ville méridionale de Sderot dimanche soir, quand la défense antimissile Iron Dome a confondu des balles tirées depuis la bande de Gaza avec des tirs de roquettes.

Les conseils régionaux ont commencé par expliquer qu’on leur avait dit que le système antimissile Iron Dome avait intercepté toutes les roquettes. Toutefois, l’armée israélienne a déclaré par la suite qu’aucune salve n’avait été tirée sur Israël.

« Aucune salve n’a été tirée sur le territoire de l’État d’Israël. La situation dans la région de Gaza est normale. Les interceptions par le système Iron Dome ont été activées en raison de tirs de balles provenant de la bande de Gaza. Rien n’est tombé en territoire israélien. On vérifie s’il y a eu ou pas des mortiers ou des roquettes de tirés », peut-on lire dans la déclaration.

Avant la clarification de l’armée, les conseils régionaux avaient demandé aux habitants du sud de rester dans les abris.

Chaque missile de l’Iron Dome coûte au moins 50 000 dollars. L’armée israélienne vient de dépenser 1 000 000 de dollars des contribuables étasuniens parce que son système « un peu trop sensible » a confondu des tirs d’armes à feu qui ne visaient pas Israël avec des missiles.

La défense antimissile stratégique étasunienne est conçue pour arrêter les missiles à longue portée. Les systèmes Patriot d’Arabie saoudite sont censés stopper les missiles balistiques de moyenne portée. Les systèmes israéliens du Dôme de fer devraient défendre le pays contre les attaques de missiles à courte portée.

Aucun des trois systèmes n’est de toute évidence capable de remplir sa mission. Tous les trois prouvent que la défense antimissile a un coût prohibitif. Le coût de chaque missile intercepteur de défense antimissile est infiniment plus élevé que le coût du missile attaquant. Le nombre d’intercepteurs est limité et les systèmes peuvent être submergés par des attaques en essaim de faux missiles bon marché suivies d’une attaque réelle.

L’année dernière, les Saoudiens ont été poussés par l’administration Trump à acheter le nouveau système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) :

Le contrat de vente de vendredi comprendrait 44 lanceurs THAAD, 360 intercepteurs, 16 groupes de stations tactiques mobiles de conduite de tir et de communications THAAD et sept radars AN/TPY-2 THAAD, ainsi que les équipements de soutien et la formation connexes.

Ce nouveau système est censé défendre l’Arabie saoudite contre les missiles balistiques iraniens. Mais selon une analyse sud-coréenne, le système de défense antimissile THAAD a le même problème que le système Patriot. Il peut facilement être berné par des leurres bon marché, et il a tendance à cibler le corps de missile entrant et à manquer la tête séparée qui poursuit alors tranquillement sa route vers la cible.

Lorsque le prince héritier saoudien s’est rendu à Washington la semaine dernière, le président américain a lourdement plaisanté (vidéo) au sujet de la vente. Le système THAAD, qui ne sert pratiquement à rien, va coûter environ 15 milliards de dollars aux Saoudiens. « C’est une bagatelle pour toi », a rigolé Trump. Mais les citoyens saoudiens risquent de ne pas trouver la plaisanterie aussi drôle. En tout cas elle n’a pas fait rire le prince héritier.

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Mais que peut-il faire ? S’il cesse d’acheter des armes américaines inutiles, le Borg 1 de Washington l’éjectera par un vif « changement de régime ».

La défense antimissile actuelle n’est pas économiquement viable. Les limites de la physique la rendent facile à vaincre. Mais les systèmes ont quand même leur raison d’être.

Pour les politiciens étasuniens, c’est une façon commode de transférer l’argent des contribuables vers les propriétaires de l’industrie de la défense. Pour le gouvernement israélien, il s’agit d’un outil psychologique (payé par les États-Unis) pour empêcher son peuple de protester contre les conséquences du vol de terres par les sionistes. Pour les Saoudiens, c’est une rançon inévitable.

Les échecs publics d’hier des défenses antimissiles mettent en danger ces objectifs. Si le grand public venait à penser que la défense antimissile ne fonctionne pas, toute l’arnaque s’effondrerait. La seule solution est de conditionner les futures ventes à la promesse de ne jamais utiliser le système acheté.

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Les Borgs ou le Collectif Borg sont, dans l’univers de fiction de Star Trek, des races de créatures cybernétiques — en partie organique, en partie mécanique. Ils sont connus pour être impitoyables et particulièrement difficiles à éliminer. « Nous sommes les Borgs. Abaissez vos boucliers et rendez-vous sans condition. »

http://lesakerfrancophone.fr/deux-echecs-embarrassants-en-une-seule-journee-la-defense-antimissile-ne-veut-pas-fonctionner

 

Les missiles hypersoniques de la Russie n’ont pas surpris l’Amérique…

Les missiles hypersoniques de la Russie n’ont pas surpris l’Amérique…


… mais ils ont impressionné le monde


Par Andrew Korybko – Le 13 mars 2018 – Source Oriental Review

Russian hypersonic missileLe président Poutine a dévoilé la réponse hypersonique de la Russie au soi-disant « bouclier antimissile » des États-Unis et rétabli l’équilibre nucléaire stratégique entre les deux grandes puissances.

Cette annonce dramatique a été faite lors de son discours annuel sur l’état de la nation qui comprenait cette fois plusieurs vidéos présentant chacun des systèmes d’armes qu’il a décrits dans son discours. Cependant, le président Poutine a clairement indiqué que ces armements avaient des objectifs défensifs et qu’ils avaient été créés en réponse à l’abandon en 2002 par les États-Unis du Traité antimissile balistique (ABM) signé en 1972, bouleversant ainsi complètement la parité d’autrefois qui avait stabilisé leurs relations.


Maintenant, cependant, l’avantage que les États-Unis espéraient obtenir sur la Russie en neutralisant probablement sa dissuasion nucléaire avec le temps, pour faire finalement chanter Moscou et le reste du monde, a été annulé et l’équilibre est revenu aux plus hauts niveaux des relations internationales. La réaction internationale à cette prise de conscience fut immédiate, les médias officiels  ont décontextualisé des extraits clés du discours du président Poutine pour les faire apparaitre comme l’annonce d’une nouvelle course aux armements. Les médias alternatifs ont été beaucoup plus justes dans leur description de la révolution russe dans les affaires militaires en rapportant avec précision les intentions pacifiques et stabilisatrices du pays du fait du dévoilement de son armement hypersonique à la fine pointe de la technologie.

Pour quelque raison que ce soit, les deux publics ont eu la nette impression que ce développement a complètement surpris les États-Unis, mais rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Il est inconcevable que les agences de renseignement américaines n’aient aucune idée que la Russie développait ces armements, surtout après que Moscou eut annoncé ses intentions il y a dix ans, comme le rappelait le président Poutine. Ce fait démystifie le récit dominant, avancé pour différentes raisons par les médias traditionnels et alternatifs, comme quoi les États-Unis ont été surpris par la révélation de la Russie. Au lieu de cela, il indique que le président Poutine a mis en œuvre une stratégie ingénieuse de soft power pour améliorer l’image de son pays dans le reste du monde.

Lui et ses conseillers ont sagement calculé que ce serait le meilleur moment pour annoncer ces développements militaires à la communauté internationale, surtout après la déception éprouvée avec Trump quand il s’est agi de restaurer les relations bilatérales en raison de la férocité de l’État profond à entretenir une « guerre civile » pour le neutraliser. En outre, l’excellent travail que les forces aérospatiales russes ont accompli en Syrie a rendu leur matériel mondialement célèbre, ce qui laisse supposer qu’il y aura une forte demande pour les exportations d’armes hypersoniques de ce pays à l’avenir.

Après tout, la récente vague de ventes de S400 à une multitude de pays, y compris des partenaires non traditionnels tels que la Turquie et l’Arabie saoudite, change totalement l’équation militaire stratégique et érode encore la domination militaire américaine dans le domaine des capacités offensives aériennes et de missiles. Il en découle logiquement que la Russie aurait également intérêt à saper les capacités défensives des États-Unis à cet égard. Il faudra encore attendre quelques années avant que la Russie envisage même de vendre cette technologie, mais elle va inévitablement proliférer avec le temps, tout comme les drones et toutes les autres avancées qui ont changé la donne.

Les États-Unis s’attendaient certainement à ce que cela se produise mais ne s’attendaient probablement pas à être humiliés sur la scène mondiale après que le président Poutine eut exposé la futilité des milliards de dollars que les contribuables américains ont investis dans le soi-disant « bouclier antimissile » de leur pays. Trump pourrait bientôt planifier la propre annonce de son gouvernement afin de « sauver la face » et convaincre le monde que sa politique militariste « America First » va effectivement « rendre l’Amérique plus grande encore ».

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-missiles-hypersoniques-de-la-russie-nont-pas-surpris-lamerique

 

 

Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

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Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

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Cette semaine, plus de vingt pays dont de nombreux états membres de l’UE ont annoncé l’expulsion de diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal. Toutefois, il y a des pays qui n’ont pas rejoint ce flashmob qualifié par Moscou de provocation.

Lancée par le Royaume-Uni, la campagne d’expulsions de diplomates russes à la suite de l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni dure depuis deux jours. Certains pays se sont prononcés contre cette méthode de communication avec la Russie ou se sont abstenus.Autriche

Vienne a pris la décision de ne pas procéder à des expulsions. Le chancelier Sebastian Kurz a noté que l’Autriche était un pays neutre et souhaitait dialoguer avec la Russie.

«Il faut poursuivre le dialogue surtout en ces temps difficiles. L’expulsion des diplomates doit être décidée par chaque État au niveau bilatéral. Les pays de l’UE ont pris des décisions différentes. Nous avons décidé de ne pas prendre cette mesure», a déclaré mardi la ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl sur les ondes de radio Ö1.

Slovénie

La Slovénie s’est prononcée contre l’expulsion de membres des missions diplomatiques russes.

«Le Premier ministre par intérim Miro Cerar a déclaré que Ljubljana n’expulserait aucun diplomate et ne prendra pas d’autres mesures» dans le cadre de l’affaire Skripal, a annoncé lundi le site Delo.

Slovaquie

Le ministère slovaque des Affaires étrangères a convoqué mardi l’ambassadeur de Russie Alexeï Fedotov pour lui annoncer que Bratislava n’avait pas l’intention d’expulser des diplomates avant la fin de l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal.

«Nos partenaires slovaques ont déclaré qu’ils agissaient dans un esprit de solidarité européenne, mais qu’ils n’allaient pas prendre de mesures concrètes avant la fin de l’enquête», a indiqué un représentant de l’ambassade de Russie en Slovaquie.

Luxembourg

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn a annoncé mardi que son pays n’expulserait pas de diplomates russes.

​«En ce qui concerne le Luxembourg, nous comptons un nombre très limité de diplomates russes et, malgré tous nos efforts, on ne peut pas prouver qu’un espion ou une personne travaille contre les intérêts luxembourgeois», a expliqué M.Asselborn sur les ondes de la radio RTL.

Il a noté que le Luxembourg était «à 100% solidaire avec la Grande-Bretagne».

Israël

L’État hébreu a pris ses distances vis-à-vis de l’action coordonnée des pays ayant décidé d’expulser des diplomates russes après l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.Israël préfère appliquer sa politique de non-participation aux campagnes antirusses de l’Occident pour ne pas exposer la coopération bilatérale en matière de sécurité nationale, a déclaré à Sputnik l’ex-ambassadeur israélien à Moscou Zvi Magen.

Chypre

Selon le porte-parole du gouvernement chypriote Prodromos Prodromou, Nicosie n’expulsera pas de diplomate russe dans le cadre de la campagne actuelle.

«Chypre se trouve parmi les pays qui ne prendront pas de telles mesures. C’était aussi la position de Chypre au COREPER, que nous sommes en accord [avec les conclusions et décisions de l’UE, ndlr], mais que notre pays n’est pas en mesure de prendre des mesures contre les pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies», a indiqué M.Prodromu cité par les médias.

Bosnie-Herzégovine

«Nous n’allons certainement pas prendre des mesures comme l’expulsion de diplomates», a déclaré mardi le ministre bosniaque des Affaires étrangères du pays, Igor Crnadak, d’après les médias locaux.

​Il a noté que les pays membres de l’UE n’étaient pas unanimes concernant la décision d’expulser des diplomates russes.

Selon M.Crnadak, les institutions bosniaques suivaient de près l’évolution de cette affaire, mais qu’elles n’avaient pas de demandes officielles d’adopter des sanctions.

Bulgarie

Sofia ne compte pas expulser des diplomates russes, a annoncé lundi le ministère bulgare des Affaires étrangères à la radio nationale BNR. Mardi, le gouvernement bulgare a annoncé avoir rappelé son ambassadeur à Moscou pour consultations.

Malte

Malte ne figure pas non plus parmi les pays qui expulsent des diplomates russes.

Selon le porte-parole du gouvernement maltais Kurt Farrugia, la mission diplomatique de ce pays en Russie est «trop petite» et cette mesure, qui entraînera une réaction symétrique de la part de Moscou, risque de «mettre fin aux relations diplomatiques» entre les deux pays.

Turquie

Ankara s’est montré ferme en refusant d’expulser des diplomates ou de prendre d’autres mesures contre Moscou malgré la campagne d’expulsions initiée par le Royaume-Uni et appuyée par les États-Unis.

«La Turquie et la Russie ont actuellement de bonnes relations. Dans cette optique, la Turquie n’envisage pas de prendre des décisions contre la Russie», a indiqué lundi le vice-Premier ministre turc Bekir Bozdag devant les journalistes après une réunion du gouvernement.

Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a déclaré qu’elle n’arrivait pas à trouver des espions russes pour les expulser. La Première ministre néozélandaise Jacinda Ardern et le ministre des Affaires étrangères Winston Peters ont fait des déclarations en ce sens.

«Alors que d’autres pays ont annoncé qu’ils expulsaient des agents de renseignement russes non déclarés, nos responsables ont indiqué qu’il n’y avait personne ici en Nouvelle-Zélande qui correspond à ce profil. S’il y en avait, nous aurions déjà pris des mesures», a déclaré Mme Ardern.

Portugal

Les autorités portugaises ont déclaré avoir «pris note» de la position conjointe de plusieurs pays européens et du Royaume-Uni qui expulsent des diplomates russes, sans toutefois exprimer leur propre position à ce sujet, ont annoncé les médias portugais.

Selon le ministre portugais des Affaires étrangères Augusto Santos Silva, le gouvernement du pays réfléchit sur la décision à prendre sur l’affaire Skripal, pour défendre «les intérêts nationaux, européens et de l’Otan», mais aussi pour faire preuve d’«autonomie, de prudence et de fermeté».

Grèce

Les autorités grecques n’ont pas encore pris de décision concernant l’expulsion de diplomates russes en lien avec l’attaque de Salisbury du 4 mars.

Monténégro

Le Monténégro se prononcera mardi ou mercredi sur les mesures à prendre à l’égard des diplomates russes sur fond de l’affaire Skripal, a déclaré le Premier ministre de la république Dusko Markovic. Intervenant mardi devant les journalistes à Bar, le Premier ministre n’a pas pu bien indiquer la ville britannique où ont été retrouvés l’ex-agent double Sergueï Skripal et sa fille. Toutefois, il a rappelé que le Monténégro avait des engagements vis-à-vis de l’Otan en tant que candidat à l’adhésion.

Un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, Sergueï Skripal, et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients le 4 mars dernier aux abords d’un centre commercial de Salisbury. Une semaine plus tard, la Première ministre britannique, Theresa May, a accusé la Russie d’être derrière l’empoisonnement des Skripal, sans toutefois présenter de preuves tangibles pour appuyer ses allégations, avant d’expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni.

https://fr.sputniknews.com/international/201803271035699915-expulsion-diplomates-campagne-abstentions/

Le F-35 Monad face au USS Leibnitz : l’Unité suprême

Le F-35 Monad face au USS Leibnitz : l’Unité suprême

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Le F-35 Monad face au USS Leibnitz : l’Unité suprême

18 mars 2018 – Ceci ne vous apprendra rien de nouveau mais il est intéressant de mettre en confrontation amicale mais totalement impuissante deux systèmes spécifiquement développés pour opérer l’un avec l’autre, et qui ne marchent ni l’un ni l’autre pour les opérations conjointes envisagées.

Tout le monde devrait bien savoir que le premier porte-avions de la classe USS Gerald Ford (100 000 tonnes, bien plus de $20 milliards l’unité sans qu’on puisse déterminer un prix précis) possède un système d’opérationnalisation des avions embarqués (catapulte et barrières d’arrêt) qui ne fonctionne pas. Tout le monde sait bien que le modèle d’avion embarqué qui doit équiper les porte-avions US désormais est le F-35C (*), version embarquée du JSF/F-35, et qu’il n’est pas dans l’état actuel des choses apte aux opérations embarquées selon les pilotes de l’US Navy. (Pour approcher la vérité-de-situation fiscale, je dirais que le prix actuellement débattu selon les impératifs de communication du temps du F-35C (*), que je fixerais arbitrairement mais presque précisément, se situerait selon ma vieille calculette à autour de 180-220 $millions l’exemplaire.)

C’est ce que William S. Lind désigne comme une “monade leibnitzienne” technologique, ou si vous voulez un enfermement si parfait de deux technologies complémentaires grâce à leurs imperfections et impuissances respectives et équivalentes, que les deux choses arrivent à une sorte de transmutation absolue qui finit elle-même par former une sorte d’ « Unité parfaite qui est le principe absolu […] l’unité suprême ». Ainsi, le F-35C (*) et le USS Gerald S. Ford ne font plus qu’un, comme notre civilisation globalisée elle-même si vous voulez ; ainsi apparaît dans le monde métaphysique ce phénomène exceptionnel de la monade technologique. Pendant ce temps et fort-bien heureusement, les experts vous affirment qu’on résoudra ces problèmes parce que les experts sont là pour dire cela, ou disons plus justement, parce qu’ils sont payés pour dire cela et qu’ils ont une haute conscience, une croyance élevée, une foi dans le progrès dans le même sens, tout cela à hauteur de leur salaire mais ce n’est qu’une coïncidence.

Cela ne présage de rien, ou dit plus lestement “cela ne mange pas de pain” de dire cela, – de la part des experts préciserais-je, qui disent, et disent, et disent depuis deux décennies que le JSF est unique dans son excellence, à l’égal de la classe USS Gerald Ford. Lequel USS finira bien un jour par catapulter quelque chose, ne serait-ce qu’une pierre comme Goliath le fit contre David (version postmoderne du fait-divers, réécrite pour ne pas se montrer anti-démocratique et inégalitaire vis-à-vis de la minorité sociétale des géants).

Voici donc William S. Lind, mon cher spécialiste dans le domaine de Guerre de la 4ème Génération, dans Traditionnal Right, le 14 mars 2018 :

« Les États-Unis construisent actuellement le premier porte-avions de la classe Ford, qui ne marche pas… Les catapultes et les dispositifs d’arrêt d’appontage, de nouvelles conceptions et de haute technologie, ne fonctionnent pas ; ils ne peuvent pas être remplacés par les catapultes à vapeur classiques d’un usage éprouvé sur les autres porte-avions parce que la centrale du navire ne peut pas fournir la pression de vapeur requise. La marine américaine a parié sur un navire dont ce système n’avait pas été testé et elle a perdu. Peut-être est-ce aussi bien. Le principal appareil de combat dont le Ford doit être équipé, le F-35B, a été jugé “impropre aux opérations à partir de porte-avions” par les pilotes d’essai de la Marine. Nous avons donc la monade parfaite de Leibnitz : un avion [conçu pour les porte-avions] qui ne peut pas être utilisé à partir d’un porte-avion pour un porte-avions qui ne peut pas catapulter ou récupérer des avions [conçus pour les porte-avions]. Mais ne vous inquiétez pas : le Congrès a déjà approuvé deux autres navires de la classe Ford. L’argent continuera à couler, même si c’est dans les chiottes. »

 

Note

(*) Absolument, monsieur Lecinq, qui nous faut parvenir un commentaire (voir Forum), a complètement raisison. J’avais écrit F-35B et c’est F-35C qu’il fallait, comme rectifié. Mea affreusement maxima culpa. Le F-35B des Marines se contente de griller le pont de certains porte-aéronefs des susdit Marines quand il se pose, avec la tuyère de son énorme réacteur tournée vers le bas et en pleine PC pour freiner l’appontage vertical de la chose

http://www.dedefensa.org/article/le-f-35-monad-face-au-uss-leibnitz-lunite-supreme

Les Russes ont-ils besoin d’un chasseur de cinquième génération ?

Les Russes ont-ils besoin d’un chasseur de cinquième génération ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par The Saker – Le 2 mars 2018 – Source thesaker

Lorsque j’ai reçu un courriel d’un ami me disant qu’une paire de Su-57 a été vue atterrir à la base des Forces aérospatiales russes à Kheimim, en Syrie, j’ai immédiatement rejeté cela comme un faux. La liste des raisons pour lesquelles cela ne pourrait pas être vrai prendrait des pages. Je le savais, alors j’ai simplement répondu : « C‘est un faux » et je l’ai oublié.

Mais au cours des deux jours suivants, cette histoire a été reprise par divers sites Web et blogueurs, et cela n’avait toujours aucun sens. Pourtant, ce qui me rendait vraiment perplexe, c’était que les sources officielles russes ne rejetaient pas l’histoire, mais choisissaient de garder le silence. Ensuite, deux autres Su-57 ont été signalés. Et puis, soudainement, les médias russes ont été inondés d’histoires sur la façon dont les Su-57 ont été envoyés en Syrie en « représailles » pour le meurtre de PMC [mercenaires sous contrat] russes par les États-Unis ; que les Su-57 avaient totalement rasé la Ghouta orientale en tuant environ « 2000 Américains ». C’était vraiment un non-sens total donc j’ai décidé de découvrir ce qui s’est vraiment passé et, jusqu’ici, voici ce que j’ai découvert.

Tout d’abord, assez bizarrement, les rapports sur les Su-57 en Syrie sont vrais. Certains disent deux avions, d’autres disent quatre (sur un total actuel de 13). Peu importe vraiment, ce qui importe, c’est que le déploiement de quelques Su-57 en Syrie est un fait et que cela représente un changement radical par rapport à la pratique russe (et soviétique) normale.

Présentation du Sukhoi 57, chasseur multi-rôle de 5e génération

Le Su-57 (aka PAK-FA, aka T-50) est le premier véritable avion multi-rôle de 5e génération produit par la Russie. Tous les autres avions russes multi-rôles et de supériorité aérienne précédemment déployés en Syrie (tels que le Su-30SM et le Su-35S) sont des avions de 4e ++ génération, pas de 5e génération. On pourrait être pardonné de penser que 4 ++ est terriblement proche de 5e, mais ce n’est vraiment pas le cas. Les avions de 4 ++ sont en réalité des avions de 4e génération mis à niveau avec un certain nombre de systèmes et de capacités typiquement associés à une 5e génération, mais ils manquent tous de plusieurs composants clés d’un véritable avion de 5e génération tels que :

  • Une faible signature radar (« furtif ») ;
  • La capacité de voler à des vitesses supersoniques sans utiliser la post-combustion ;
  • La capacité de porter des armes à l’intérieur d’une baie d’armes spéciale (par opposition à l’extérieur, sous ses ailes ou son corps) ;
  • Une capacité avancée de « reconnaissance de la situation » (réseau-centrique) (capteurs et fusion des données externes).

Pour faire court, la différence entre les avions de 4e et 5e génération est vraiment énorme et ne nécessite pas un, mais plusieurs sauts technologiques très complexes, en particulier dans les intégrations de nombreux systèmes sophistiqués.

Le seul pays qui dispose actuellement d’un véritable chasseur de 5e génération sont les États-Unis avec leur F-22. En théorie, les États-Unis ont également un autre chasseur de 5génération, le F-35, mais ce dernier est vraiment mal conçu et a d’immenses problèmes, nous pouvons pratiquement l’ignorer pour notre analyse. Pour le moment, le F-22 est le seul vrai candidat : testé en profondeur et entièrement déployé en nombre substantiel.

Le Su-57 russe est encore à des années d’être en mesure de l’égaler, car il n’a pas été testé en profondeur ni déployé en nombre substantiel. Cela ne veut pas dire que les Russes ne rattrapent pas très vite, ils le font, mais pour le moment, le Su-57 n’a fait que terminer la première phase de tests.

La procédure soviétique/russe normale aurait dû être à ce moment d’envoyer quelques avions à la base des Forces aérospatiales russes (RAF) à Lipetsk pour familiariser les équipages militaires avec l’avion et continuer les essais tout en recevant les commentaires, non pas des pilotes d’essai mais des instructeurs de combat aérien réel. Cette deuxième phase de tests pourrait facilement durer six mois ou plus et révéler un très grand nombre de problèmes mineurs dont beaucoup pourraient avoir des conséquences très graves dans un déploiement en combat réel.

En d’autres termes, le Su-57 est encore très brut et nécessite probablement beaucoup de réglages avant de pouvoir être envoyé au combat. Comment ça, brut ? Juste un exemple : à ce jour, seul l’un des Su-57 actuellement disponibles vole avec les nouveaux moteurs supercruise [capables de se passer de post-combustion], tous les autres utilisent un moteur de 4e génération. Ce n’est pas un gros problème, mais cela montre que beaucoup de travail reste à faire sur cet appareil avant qu’il ne devienne complètement opérationnel.

L’idée que les Russes ont envoyé le Su-57 en Syrie pour rivaliser avec les F-22 ou participer autrement au combat est ridicule. Alors que, sur le papier, le Su-57 est encore plus avancé et capable que le F-22, en réalité, le Su-57 ne représente aucune menace crédible pour les forces américaines en Syrie (si les Russes voulaient vraiment effrayer les Américains, ils auraient pu, par exemple, décider de garder une paire de MiG-31BM en patrouille aérienne de combat 24/7 sur la Syrie).

Les rapports russes sur ces avions pilonnant la Ghouta ou tuant des milliers d’Américains ne sont rien de plus qu’une propagande bon marché et incendiaire de nationalistes russes ignorants qui ne semblent pas réaliser que l’anéantissement des centres urbains n’est même pas la mission théorique du Su-57. En fait, dès que ces rapports loufoques sont apparus, les analystes russes les ont immédiatement rejetés comme des absurdités.

Mais, par ailleurs, l’absurdité n’est pas le monopole des nationalistes russes. Les gens du National Interest [magazine néocon US bimensuel sur les affaires internationales] ont publié un article (initialement publié sur le blog The War is Boring) qui a essentiellement discrédité le Su-57 comme un projet raté et mort, et son déploiement en Syrie comme une farce (je devrais tirer mon chapeau aux commentateurs de cet article de National Interest, qui ont immédiatement démasqué la nature totalement ridicule de cet article et se sont demandés si Lockheed avait payé pour cela).

D’un autre côté, dans le spectre de la folie occidentale, nous avons le Daily Express du Royaume-Uni qui a écrit que Vladimir Poutine avait envoyé son « redoutable Su-57 à la pointe de la technologie » dans la zone de guerre syrienne. Tout comme avec le Kouznetsov [porte-avion russe], les médias sionistes ne peuvent pas décider si un matériel russe est un tas de ferraille désuet et inutile ou une menace terrifiante qui devrait empêcher le monde entier de dormir. Peut-être les deux en même temps ? Avec les narcissiques paranoïaques, vous ne pouvez pas savoir.

Enfin, l’idée que Poutine a (personnellement ?) envoyé ces quatre avions en Syrie pour l’aider dans sa campagne de réélection (colportée par les russophobes de Ha’aretz) est également dépourvue de toute vérité et me fait me demander si ceux qui écrivent cela, ce genre de merde, sont même au courant des chiffres de popularité de Poutine.

Alors que se passe-t-il vraiment ?

Eh bien, franchement, c’est difficile à dire, et les responsables russes s’en moquent. Pourtant, divers analystes russes bien informés ont proposé des hypothèses éclairées quant à ce qui se passe. La version courte est la suivante : les Su-57 n’ont été envoyés en Syrie que pour tester leur avionique dans un environnement de combat riche en ondes électromagnétiques. La version plus détaillée serait quelque chose comme ceci : le Su-57 dispose d’une suite avionique extrêmement complexe et entièrement intégrée qui comprendra trois radars à balayage électronique actif à bande X (8-12 GHz) (AESA) (un principal, deux latéraux), deux autres radars à balayage électronique actif à bande L (1-2 GHz) dans les extensions de bord d’attaque de l’aile, plus un système de localisation électro-optique intégré (travaillant dans les fréquences infrarouges, visibles et ultraviolettes).

Tous ces capteurs sont fusionnés (5 radars, 2 bandes et une optique passive) et les données reçues sont ensuite combinées par le logiciel de guerre électronique avancé du Su-57 avec les données cryptées en provenance d’une liaison à haute vitesse connectant l’avion à d’autres aéronefs, ainsi qu’à des capteurs au sol. Ce n’est pas sans rappeler ce que les États-Unis tentent de réaliser avec le F-35, mais à un niveau encore plus complexe (même si, en théorie, le F-35 est un avion relativement plus simple et beaucoup moins performant).

On peut être intéressé à tester tout ce matériel dans un environnement riche en radiations comme le ciel syrien où les Russes ont des systèmes avancés (S-400, A-50U, etc.) et où les USA et Israël produisent également beaucoup de signaux très intéressants (y compris les AWACS américains et israéliens, les F-22 et les F-35, etc.).

Recréer un tel environnement riche en radiations en Russie serait très difficile et peut-être même impossible. La question est de savoir si cela vaut le risque.

Les risques de ce déploiement en Syrie sont très réels et très graves. Autant que je sache, il n’y a pas encore d’abri anti-bombes et la Russie a récemment perdu un certain nombre d’avions (certains pas totalement, d’autres totalement) lorsque les bons terroristes ont utilisé des mortiers contre la base de Khmeimim. Alors maintenant, nous avons quatre Su-57 (sur combien en tout, peut-être 12 ou 13 ?), Chacun vaut 50 à 100 millions de dollars et se trouve à ciel ouvert dans une zone de guerre ! Qu’en est-il de la sécurité opérationnelle ? Qu’en est-il de la sécurité de la base ?

Il y a aussi un risque politique. Il est bien connu que les États-Unis ont exercé une immense pression politique sur l’Inde pour qu’elle se retire du développement conjoint avec la Russie du programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft) ou PMF (Perspective Multi-Role Fighter). Pour aggraver les choses, l’Inde a actuellement trop de programmes d’avions en parallèle et il y aurait, semble-t-il, des désaccords entre les Russes et les Indiens sur les caractéristiques de conception. Avec le désastre apparemment sans fin du F-35, la dernière chose dont les États-Unis ont besoin est un concurrent russe de 5e génération qui se présente partout dans le monde (en particulier celui qui a le potentiel de surpasser de loin le succès du F-22 et le F-35 désastreux). On peut facilement imaginer ce que fera la machine de propagande anglo-sioniste même si un problème mineur arrive au Su-57 en Syrie (lisez l’article sur National Interest cité ci-dessus pour voir ce qu’est l’esprit en Occident) !

Le Su-57 a aussi des concurrents redoutables à l’intérieur de la Russie : l’avion de génération 4 ++ mentionné ci-dessus, en particulier le Su-35S. Ici nous avons une dynamique similaire à celle du F-22. Alors que sur le papier le Su-57 est nettement supérieur au Su-35S, dans le monde réel le Su-35S est un système bien testé et déployé qui, contrairement au F-22, se trouve être aussi beaucoup moins cher que le Su-57 (le F-22 étant au moins deux fois plus cher que le Su-57). Cette question est particulièrement pertinente pour le marché intérieur russe. La vraie question pour l’armée de l’air russe (RAF) est simple : la Russie a-t-elle vraiment besoin du Su-57 et, si oui, combien ?

C’est une question très complexe, techniquement et politiquement, et même tenter d’y répondre est difficile. Beaucoup d’hypothèses très discutables doivent être faites sur le genre de menaces auxquelles la RAF devra faire face à l’avenir et sur le type de missions qui lui seront confiées. Le plus gros problème pour les Russes est qu’ils disposent déjà d’une panoplie d’avions de combat extrêmement performants, notamment le Su-35S et le redoutable Su-34. La Russie devrait-elle en déployer davantage ou devrait-elle mettre d’énormes ressources dans un nouvel avion très complexe et avancé ? La plupart des analystes russes seraient probablement d’accord sur le fait que la Russie doit être en mesure de déployer un nombre minimal de vrais avions de combat de la 5e génération, mais ils seraient probablement en désaccord sur ce que devrait être exactement ce nombre minimal. Les avions de génération 4 ++ actuels sont très réussis et plus que des rivaux pour leurs homologues occidentaux, à l’exception possible du F-22. Mais est-il probable que les Russes et les Américains vont vraiment déclencher une guerre ?

En outre, le résultat réel d’un face à face théorique du Su-35S et du F-22 (sur lequel tant de blogueurs aiment spéculer) dépendra beaucoup plus de la tactique et des scénarios d’engagement que des capacités réelles de ces avions. En outre, si les Su-35 et les F-22 devaient même être utilisés agressivement l’un contre l’autre, beaucoup dépendrait de ce qui se passe réellement autour d’eux et où exactement cet engagement aurait lieu. De plus, même pour étudier théoriquement ce problème, nous aurions besoin de comparer non seulement l’avion mais aussi ses armes. Je soutiens que le résultat de tout engagement Su-35S contre F-22 serait impossible à prévoir (à moins que vous ne soyez un patriote agitant des drapeaux, auquel cas vous serez, bien sûr, absolument certain que votre camp gagnera). Si je ne me trompe pas, cela signifie qu’il n’y a aucun argument convaincant pour dire que la Russie a besoin de déployer des Su-57 en grand nombre ou que la combinaison de supériorité aérienne du Su-30SM et du Su-35S est plus que suffisant pour dissuader les Américains.

Aparté : 
C'est un problème récurrent pour les armes et systèmes d'armes russes : être tellement bons qu'il y a peu d'intérêt à produire quelque chose de nouveau. Le meilleur exemple en est la célèbre AK-47 Kalachnikov qui a été modernisée à quelques reprises, comme l'AKM-74, mais qui attend encore d'être remplacée par un fusil d'assaut fondamentalement nouveau et vraiment différent. Il y a beaucoup de bons candidats pour cela, mais à chaque fois on doit se demander si la différence de prix en vaut la peine. L'original Su-27 (introduit en 1985) a été un tel succès qu'il a servi de base à une longue série de variantes extrêmement réussies, y compris celles que nous voyons maintenant en Syrie, le Su-30SM, le Su-35S et même l'incroyable Su-34 (qui n'a encore aucun équivalent dans le monde). Parfois, une arme ou un système d'arme peut même être trop efficace et créer un problème pour les futurs efforts de modernisation.

Quoi qu’il en soit, l’avenir du Su-57 est loin d’être garanti et cela pourrait aussi, en partie, expliquer la décision d’envoyer quelques-uns d’entre eux en Syrie : non seulement pour tester sa suite avionique, mais aussi pour marquer un succès de relations publiques en augmentant sa visibilité et, surtout, le rôle symbolique de l’avion.

Les autorités russes ont admis que le déploiement en Syrie devait coïncider avec la célébration de la journée du « Défenseur de la patrie ». Ce genre de mouvement rompt avec les procédures soviétiques/russes normales et je dois admettre que je suis très mal à l’aise avec cette idée et même si je n’irais pas jusqu’à l’appeler une « farce » (comme dans l’article de National Interest) ça ressemble à une acrobatie de relations publiques pour moi. Et je me demande : si les Russes prennent un tel risque, qu’est-ce qui conduit à un tel sentiment d’urgence ? Je ne crois pas que quiconque en Russie pense sérieusement que les États-Unis seront dissuadés ou même impressionnés par ce déploiement franchement hâtif. Je soupçonne donc que ce développement est lié à l’incertitude de l’avenir du programme d’approvisionnement du Su-57. Heureusement, les risques seront payants et le Su-57 effectuera tous les tests d’avionique dont il a besoin, et obtiendra tous les contrats de financement et d’exportation dont il a besoin.

Addendum : Au moment où j’écrivais ces mots, les Russes ont annoncé (voir ici et ici ) que les images satellites israéliennes étaient fausses, que les Su-57 sont restés seulement deux jours en Syrie et qu’ils ont été rapatriés en Russie. Deux jours ? Franchement, je marche pas. Pour moi ça ressemble à une action de relations publiques qui a maintenant entraîné un retour de flamme, y compris dans les médias sociaux russes, et que la Russie a décidé de ramener ces avions à la maison. Maintenant ça me semble une bonne idée.

The Saker

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-russes-ont-ils-besoin-dun-chasseur-de-cinquieme-generation