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Le retour des escadrons de la mort soutenus par la CIA en Afghanistan

Le retour des escadrons de la mort soutenus par la CIA en Afghanistan

ON: 31/10/2019  IN: ANALYSIS  WITH: 2 COMMENTS

Les publications reprennent.

Les disparitions forcées et les exécutions sommaires de civils afghans dans les zones rurales par des escadrons de la mort encadrés par la CIA alimentent la guérilla et renforcent le recrutement des Talibans.

La terreur n’est pas une stratégie fiable à long terme. L’usage des escadrons de la mort et de groupes de tueurs non identifiés dans des opérations d’intimidation de populations civiles vivant en milieu rural n’est pas une nouveauté. C’est une technique ancienne dont l’efficacité n’a jamais été prouvée.

La plupart des raids effectués par ces groupes paramilitaires secrets sont nocturnes et bénéficient des capacités de projection aérienne de la CIA. Les exactions et les atrocités commises à l’encontre des civils ont atteint un tel niveau que même Human Rights Watch commence à en parler publiquement.

Dans son dernier rapport, l’organisation non-gouvernementale Human Rights Watch évoque des crimes commis par des forces paramilitaires afghanes soutenues par la CIA, responsables d’exécutions sommaires et de graves violations « pouvant être assimilées à des crimes de guerre ».

L’usage de cette technique déjà utilisée par la CIA en Amérique latine (Honduras, Nicaragua, Bolivie, Colombie, etc. ) ainsi qu’en Irak n’a jamais permis de mettre un terme à une guérilla.

https://strategika51.org/2019/10/31/le-retour-des-escadrons-de-la-mort-soutenus-par-la-cia-en-afghanistan/

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Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

GÉOPOLITIQUE29.octobre.2019 // Les Crises

Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

OTANUSAMerci88Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat,

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.

Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 19-08-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/guerre-les-americains-sont-a-l-ouest-par-guillaume-berlat/

Les Talibans Ont Tenté De Décapiter Le Gouvernement Afghan


Analysis

Les Talibans Ont Tenté De Décapiter Le Gouvernement Afghan

Posted on 19/09/2019 AuthorStrategika51Comment(0)

Les deux attaques à l’explosif ayant ciblé un meeting électoral du président Afghan Ashraf Ghani à Parwan et l’ambassade américaine à Kaboul aurait causé la mort de plus de 128 personnes.

L’attaque de Parwan au nord de Kaboul visait précisément l’actuel président d’un pays en guerre totale et aurait été particulièrement meurtrière.

Une autre explosion a ciblé le même jour le centre de Kaboul, près des locaux hyperfortifiés de l’ambassade américaine et ceux de l’immense antenne de la CIA en Afghanistan. L’attaque aurait fait plus d’une cinquantaine de victimes.

A Zabul, un hôpital aurait été pris pour cible au milieu d’un raid aérien US revendiqué par le gouvernement afghan.

Les Talibans d’Afghanistan ont revendiqué les attaques ayant visé la décapitation de l’Etat afghan et l’ambassade US. Ils continuent à mener une vaste offensive militaire couvrant la plupart des provinces du pays tout en affirmant qu’ils restent disposés à reprendre les négociations de paix interrompus avec Washington

https://strategika51.org/archives/69136#respond.

L’Otan approvisionne en armes Daesh au Yémen

L’Otan approvisionne en armes Daesh au Yémen

RÉSEAU VOLTAIRE | 17 SEPTEMBRE 2019 ITALIANO

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Une enquête de Dilyana Gaytandzhieva, publiée par Arms Watch, établi documents à l’appui que la mission de l’Otan en Afghanistan (Resolute Support Mission) sert de couverture à un trafic d’armes états-unien pour approvisionner Daesh au Yémen.

L’enquête révèle au passage que les Forces spéciales US (Task Force Smoking Gun en Croatie) ont également acheminé des armes à Al-Qaïda (Front al-Nosra) en Syrie.

Quantité de sociétés sont impliquées dont Sierra Four Industries, Orbital ATK, Global Ordnance, et UDC aux États-Unis, ainsi que les gouvernements azéris, serbes et saoudiens.

La journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva s’était fait connaître, il y a deux ans, en publiant des documents attestant du plus grand trafic d’armes de l’Histoire, l’opération Timber Sycamore [1].

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 1. “Islamic State weapons in Yemen traced back to US Government : Serbia files” ;
 2. “US Task Force Smoking Gun smuggles weapons to Syria : Serbia files” ;
 3. “Leaked arms dealers’ passports reveal who supplies terrorists in Yemen : Serbia files”.
by Dilyana Gaytandzhieva, Arms Watch, September 15, 2019.

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="

[1] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

https://www.voltairenet.org/article207648.html

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GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.
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Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

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Rédacteur en chef : Richard Labévière
Rédaction: Michel Annequin, Jean-Claude Bainville, Bouchra Belguellil, Guillaume Berlat, Jacques-Marie Bourget,
Alain Chouet, Bernard Cornut, François Nicoullaud, Etienne Pellot, Bertrand Renouvin.


https://prochetmoyen-orient.ch/guerre-les-americains-sont-alouest/

Afghanistan : le pari perdant-perdant de TrumP

Afghanistan : le pari perdant-perdant de Trump

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07 aout, 2019
Note d’analysePatricia Lalonde

 9 Septembre 2001, 28 Juillet 2019 :

18 ans après l’assassinat d’Ahmed Shah Massoud par El Qaida, Amrullah Saleh, l’ancien puissant patron des services Afghans a été victime d’un attentat auquel il a échappé par miracle. Un attentat préparé minutieusement en plein cœur de Kaboul dans la permanence de son parti : « Green Trend« , un des lieux les plus sécurisés de Kaboul et qui fait une quarantaine de victimes.


                                    Amrullah Saleh

L’attentat n’a pas encore été revendiqué, les Talibans ne s’y risquent pas : en pleine négociation avec l’envoyé spécial des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad, cela ferait mauvais genre. Mais, les services Afghans ont informé Amrullah Saleh qu’ils en étaient bien les auteurs.

Amrullah Saleh était devenu encombrant et la négociation avec les Talibans indispensable pour les Américains afin de pouvoir plier bagage et retourner à la maison.

Amrullah Saleh, un Tadjik proche d’Ahmad Shah Massoud, avait été nommé ministre de l’intérieur du président Ashraf Ghani avant de démissionner pour le rejoindre dans son ticket présidentiel comme vice-président. Les élections qui devaient avoir lieu fin Juillet ont été repoussées au 28 Septembre, mais les Talibans n’en veulent pas et réclament la formation d’un gouvernement provisoire d’union nationale. Il fallait donc faire vite car le dernier round des négociations de paix avec les Talibans a eu lieu le 5 Août à Doha.

Les Américains sont à la manœuvre et ne compte pas y impliquer le gouvernement du président d’Ashraf Ghani. Le timing de l’attentat contre Saleh était donc parfait. Il était l’obstacle majeur pour les Pakistanais dans les négociations.

Mais le sort en a voulu autrement et on peut s’attendre à ce que Saleh, le miraculé, pèse de tout son poids afin que le gouvernement Afghan soit pleinement associé aux pourparlers de paix et que les élections aient bien lieu en septembre.

Alors que les talibans sont en embuscade pour prendre la vallée du Panjshir, l’attentat raté contre Saleh a sonné l’alerte et les anciens Moudjahidines sont dorénavant sur le pied de guerre pour défendre leur vallée.

L’histoire se répète : déjà en 2001, Ahmad Shah Massoud, surnommé le lion du Panjshir, était considéré par le Pakistan comme un empêcheur de tourner en rond et sa courageuse résistance face aux Talibans avait surpris le monde entier. C’est la raison pour laquelle il a été éliminé par les faux journalistes d’El Qaïda. Sans les attentats du World Trade Center, quelques jours après, les Américains ne seraient jamais intervenus dans cette « Terre d’Islam » et en Asie Centrale. Mais l’Amérique avait été attaquée et comble de l’ironie, par ceux-là mêmes qu’elle avait financé et armé contre les Soviétiques.

Pour la majorité des Afghans, la question, n’est plus de savoir s’il faut négocier avec les Talibans ou non, mais avec lesquels ? Ahmad Shah Massoud, lui-même, avait toujours souhaité négocier avec les Talibans afghans au nom de la réconciliation nationale entre toutes les ethnies. Mais négocier avec les Talibans armés, soutenus par les puissants services pakistanais, l’ISI, qui cherchent à imposer un diktat pachtoune à tous les Afghans, revient à pactiser avec les soutiens du terrorisme et avec les réseaux les plus extrémistes comme celui du groupe Haqqani. Il semblerait que l’envoyé spécial Américain, Zalmay Khalilzad, se satisfasse des promesses des Talibans : la rupture définitive avec El Qaïda et Daesh et l’assurance que l’Amérique ne sera plus attaquée, si les troupes US quittent l’Afghanistan.

C’est ce que Trump cherche à faire car, dit-il, « l’Amérique n’ a rien à faire en Afghanistan »

Pas sûr que les combattants d’El QaÏda et ceux de Daesh ne sacrifient leur djihad international aux négociations entre les Talibans et les Américains, et qu’un nouveau 11 Septembre ne vienne pas réveiller l’Amérique à nouveau. Les Afghans auront été ainsi vendus aux Talibans et les Etats-Unis après 18 années de présence en Afghanistan auront été obligés de fuir… 

Patricia Lalonde
ancienne députée européenne
Chercheur à l’ISPE

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/436-afghanistan__le_pari_perdantperdant_de_trump

La Russie n’a jamais été aussi proche des Talibans

La Russie n’a jamais été aussi proche des Talibans

Dans un revirement dont l’histoire seule a le secret, la Russie de Vladimir Poutine a encore accentué son rapprochement avec les Talibans, 30 ans après le retrait des troupes soviétiques stationnées en Afghanistan. Nés de la résistance islamique à l’intervention soviétique (1979-1989), les Talibans ont trouvé en Moscou un partenaire non seulement prêt à jouer le rôle d’entremetteur mais dont les intérêts sont de plus en plus alignés avec les leurs. La Russie a toujours affirmé chercher une solution de compromis pour restaurer la paix. Elle semble désormais pencher de plus en plus en faveur des Talibans, au détriment du gouvernement de Kaboul.

Notables afghans hostiles au gouvernement officiel et Talibans réunis à Moscou en mai 2019.
Représentants des Talibans et politiques afghans à Moscou

Le 27 mai dernier avait lieu le centenaire des relations diplomatiques russo-afghanes. A cette occasion, représentants des Talibans et politiques afghans se sont retrouvés à Moscou en l’absence d’envoyés officiels de Kaboul. L’ancien président Hamid Karzai était présent. Si le gouvernement du président Ghani s’est empressé de dénoncer cette rencontre, elle témoigne de l’influence faiblissante du gouvernement démocratique afghan, tenu à bout de bras par une coalition occidentale.

Alors que la Russie avait depuis 2016 parrainé des négociations selon le format de Moscou, incluant le Pakistan, l’Inde, la Chine, l’Iran et l’Afghanistan, elle a, pour la première fois en février 2019, accueilli des représentants des Talibans et des notables afghans extérieurs au gouvernement. Un tel format met en cause la légitimité du gouvernement d’Ashraf Ghani, qui ne contrôle déjà plus que 40% du territoire afghan.

Des liens de plus en plus resserrés

Ce nouveau positionnement de la Russie s’inscrit dans une évolution plus vaste. Les échanges entre Talibans et officiels russes remonteraient à 2005, alors que les Talibans n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Les discussions visaient à réduire l’activisme de militants islamistes dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, en particulier en Ouzbékistan. Le regain de puissance des Talibans pouvait servir les intérêts de Moscou dans un contexte de tensions croissantes avec Washington. La crainte d’activités terroristes incitait cependant à la circonspection.

Cela a motivé la mise en place du format de Moscou. Celui-ci devait servir un quadruple objectif : affirmer la position de Moscou comme intermédiaire entre Kaboul et les Talibans, renforcer le rôle de l’Organisation de Coopération de Shanghai dans la région, s’imposer comme un entremetteur entre les Talibans et les Etats-Unis, endiguer les ambitions de la Chine en Afghanistan.

Les Talibans, gage de sécurité pour Moscou

Malgré ce positionnement, les accusations de vente d’armes aux Talibans ont été nombreuses ces dernières années, bien que ces ventes aient vraisemblablement été également destinées à d’autres groupes. Le retournement de Moscou en faveur des Talibans repose sur trois piliers. Le premier est la puissance militaire et politique croissante de ces derniers. Leurs nombreuses offensives contre les forces régulières afghanes ont démontré leur capacité à s’imposer.

Le second pilier est la lutte contre l’État Islamique, présent en Afghanistan comme dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Aux yeux des russes, les Talibans se sont avérés être les plus aptes à le combattre. De surcroît, les autorités russes considèrent que les Talibans seront plus à même de contrôler les trafics de drogues. L’Afghanistan est en effet l’une des plaques tournantes du trafic mondial de drogue et l’un des principaux centres de production. Bien que les Talibans bénéficient du trafic d’héroïne à hauteur de 100 à 300 millions de dollars par an, la Russie pense pouvoir infléchir leur position sur ce sujet.

Moscou pourrait ainsi accélérer les négociations en cours entre Washington et les Talibans. En renforçant la position de ces derniers face au gouvernement officiel de Kaboul, elle pourrait accentuer la pression sur les négociateurs américains, confrontés à une guerre sans issue. Ironie de l’histoire, les Talibans pourraient revenir au pouvoir grâce au soutien russe, alors même que le soutien américain aux moudjahidines lors de l’invasion soviétique avait permis l’ascension des Talibans dans les années 1990. Pour autant, il ne faut pas oublier le morcèlement assez important du mouvement taliban en factions plus ou moins rivales. Si Moscou tire parti de ces rivalités pour imposer son calendrier, un Afghanistan contrôlé par un régime taliban faible pourrait devenir un nouveau havre terroriste.

Sources :

RAMANI Samuel, “Russia’s Falling Out With Kabul”, The Diplomat, 6 juin 2019 – https://thediplomat.com/2019/06/russias-falling-out-with-kabul/

RAMANI Samuel, “Russia and the Taliban: A Closer Look”, The Diplomat, 29 décembre 2016 – https://thediplomat.com/2016/12/russia-and-the-taliban-a-closer-look/

ENGEL RASMUSSEN Sune, “Russia accused of supplying Taliban as power shift creates Strange bedfellows”, The Guardian, 22 octobre 2017 – https://www.theguardian.com/world/2017/oct/22/russia-supplying-taliban-afghanistan

About Adrien VILLARD

La Russie n’a jamais été aussi proche des Talibans

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Voici Comment Les Incidents Techniques Affectent Les Hélicoptères En Afghanistan

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Voici Comment Les Incidents Techniques Affectent Les Hélicoptères En Afghanistan/Here’s How Aircraft Technical Incidents Occur In Afghanistan

Depuis le début de la guerre en Afghanistan, des dizaines, voire des centaines d’aéronefs et d’hélicoptères appartenant soit à la coalition internationale soit à des organisations privés se sont abîmés dans les montagnes de ce pays enclavé d’Asie. Officiellement, tous ces appareils volants ont été endommagés ou perdus suite à un ou plusieurs incidents techniques. Ce que l’on sait peu est que dans la plupart des cas, ce fameux “incident technique” est une roquette RPG, des tirs de mitrailleuse lourde ou un missile Sam portatif comme celui, très vraisemblablement un 9K32 Strela, qui apparaît dans cette vidéo d’anthologie.

Les incidents techniques ont succédé aux mauvaises conditions météorologiques, deux causes assez vraisemblables susceptibles de causer le crash d’aéronefs. Plus récemment, les aéronefs de combat les plus avancés ont eu maille à partir avec des… oiseaux migrateurs.

En Afghanistan, les aéronefs tombent si fréquemment que les bergers des régions reculés de ce pays croient que c’est un phénomène naturel et qu’il en est ainsi.

Un jour, on saura réellement combien d’avions et d’hélicoptères ont été abattus durant la désastreuse guerre d’Afghanistan. Pour le moment, c’est un sujet plus que tabou, puisqu’il n’existe pas.

https://strategika51.org/archives/62764

Beijing, Moscou et Washington s’accordent en secret sur l’Afghanistan

Beijing, Moscou et Washington s’accordent en secret sur l’Afghanistan

  

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Des négociations entre les États-Unis et leurs ennemis Talibans se sont tenues au Qatar, en l’absence de représentants du gouvernement afghan. Sur pression du Pentagone, le président Trump a dû revenir sur son intention de retirer sans attendre les troupes US d’Afghanistan. Tandis que des consultations entre factions afghanes sous présidence russe se sont tenues en Russie.

En définitive, les États-Unis, la Russie et la Chine ont débuté en mars 2019 des consultations trilatérales pour ramener la paix en Afghanistan.

Selon le dernier rapport trimestriel de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Unama), le nombre de victimes imputables au gouvernement afghan est désormais plus élevé que celui des victimes imputables aux insurgés [1].

Après une première réunion à Washington, une seconde réunion tripartite s’est tenue à Moscou, le 25 avril 2019. Y participaient Deng Xijun (Chine), Zalmay Khalilzad (États-Unis) et Zamir Kabulov (Russie).

Entre les deux réunions, le département d’État US a débuté une réorganisation de son ambassade à Kaboul. Celle-ci abritait 1 500 collaborateurs et devrait diminuer de moitié son personnel dans les semaines qui suivent. Washington n’a pas cherché à justifier cette réduction auprès de la presse.

Le communiqué final de la réunion de Moscou [2] souligne que les trois Grands s’accordent
- à encourager les Talibans à lutter contre les organisations terroristes internationales (principalement Daesh, Al-Qaïda et le Mouvement islamique du Turkestan oriental) et contre la production de drogues.
- à participer à des négociations non seulement avec les États-Unis pour un retrait progressif des forces étrangères, mais aussi avec le gouvernement afghan.

Ces réunions tripartites sont actuellement les seules organisées sur ce format. Aucune photographie officielle n’a été diffusée.

[1Afghanistan Protection of Civilians in Armed Conflict Quarterly Report — 1 January to 31 March 2019, Unama, 24 April 2019.

[2] “Consensus on Afghan Peace Process by Russia, China and the United States”, Voltaire Network, 25 April 2019.

https://www.voltairenet.org/article206322.html

Voici à quoi ressemblera l’Afghanistan post-étasunien multipolaire

Voici à quoi ressemblera l’Afghanistan post-étasunien multipolaire


Par Andrew Korybko – Le 31 janvier 2019 – source eurasiafuture.com

andrew-korybkoL’Afghanistan dispose d’une opportunité unique : il peut devenir, à l’issue du possible retrait étasunien fin 2020, le composant vital et irremplaçable de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires. Mais il n’atteindra sa destinée géostratégique que si ses nombreux partenaires régionaux partagent cette vision de l’avenir.

Échec après échec après échec

La possibilité très concrète d’un retrait étasunien d’Afghanistan à la fin 2020 présente une chance de changer du tout au tout le paradigme géostratégique régional, en direction de la multipolarité ; il s’agirait d’un changement d’une importance historique sans égale. De nombreux facteurs motivaient la guerre étasunienne contre l’Afghanistan, et les raisons géopolitiques figuraient en tête de liste ; viser à établir une base trans-régionale aux croisements de l’Asie centrale, de l’Asie du Sud, et de l’Asie de l’Ouest, base de laquelle les USA pourraient dès lors exporter leur influence par divers moyens : Révolutions de couleur, guerres non-conventionnelles à tête de pont terroriste, ou une combinaison de celles-ci avec des guerres hybrides. Les USA ont échoué par trois fois à établir cette base : les deux premières fois lors de leurs tentatives de catalyser un « Printemps centre-asiatique » en 2005 et 2010, puis la troisième en essayant d’utiliser Daesh contre les États voisins à partir de 2015.

La retraite étasunienne face aux Talibans

Actant leur échec à exploiter la position de l’Afghanistan comme tremplin de déstabilisation pour l’espace trans-régional, le seul recours raisonnable qu’il reste aux USA est d’essayer de conclure un accord pragmatique avec les Talibans, qui pourrait conserver aux sociétés étasuniennes le privilège d’extraire des ressources naturelles du pays, en échange d’un retrait total. Côté Talibans, il se raconte que le « compromis » qu’il pourraient acter serait d’accepter l’autorité du gouvernement de Kaboul et de renoncer à leurs souhaits passés d’établir un monopole du pouvoir à l’avenir. Si les USA se retirent véritablement d’Afghanistan et que les Talibans tiennent parole et fonctionnent dans le respect des structures de l’État (chose qui reste incertaine, car rien n’est confirmé et beaucoup de choses peuvent encore se produire d’ici fin 2020), on pourrait voir le pays ouvrir une nouvelle page de son histoire.

Il est probable que les USA essayeront de mettre en œuvre un « plan B », comme par exemple déployer des mercenaires à la place de leurs soldats, positionner des forces spéciales de « réaction rapide » dans un pays voisin, tel l’Ouzbékistan de plus en plus favorable aux USA, et/ou conserver le droit de lancer des frappes de missiles contre les bases suspectées des groupes terroristes internationaux que les Talibans ne voudraient ou ne pourraient pas détruire (cela pourrait être prévu dans leur pacte de paix avec les USA). Cela étant dit, le milliardaire qui tient le rôle de président des USA semble avoir compris que l’heure a sonné de mettre fin aux coûts prohibitifs engendrés par ce conflit pour son pays, et de se retirer de ce bourbier pour mettre à profit les ressources de son gouvernement ailleurs et plus efficacement, d’autant plus que sa campagne de ré-élection l’an prochain promet d’être tendue. Les USA pourraient donc bel et bien décider de panser leurs plaies de ce conflit, et mettre en œuvre un vrai retrait.

Garantir la stabilité au travers d’une connectivité vers l’OCS

Si tel était le cas, et si les Talibans apportaient des gages d’une coopération pragmatique avec Kaboul, il reviendrait à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) de trouver son chemin jusqu’à l’Afghanistan et de contribuer à la stabilisation du pays, en apportant toute l’aide socio-économique dont le pays aura grand besoin dans cette phase de transition sensible. Parmi les nombreux pays membres de l’OCS, trois présentent une influence directe sur ce théâtre : le Pakistan, la Russie et l’Iran, et chacun d’entre eux présente des intérêts de sécurité nationale dépendants de la stabilité de l’Afghanistan. Aucun d’entre eux ne veut voir l’Afghanistan se transformer en nid à terroristes – à l’image de l’Irak juste après le retrait étasunien de ce conflit ; et aucun des trois pays ne veut non plus « aller s’enliser » en répondant par soi-même aux menaces du terrain. Il est donc probable qu’il essayeront d’établir un « équilibre » dans leurs coopérations avec les Talibans et Kaboul, pour parvenir à ces fins.

L’Afghanistan et son proche environnement régional. Source : wikipedia

Tant que l’Afghanistan ne glisse pas en arrière vers une guerre civile intense comme celle des années 1990, il n’aura pas trop à se soucier des menaces terroristes ou de nature asymétriques, telles que des « Armes de migrations massives » venant affluer à leurs frontières. L’opportunité devrait être belle de construire le chemin de fer RuPak, (reliant la Russie et le Pakistan, comme son nom l’indique) en passant par l’Asie centrale et l’Afghanistan, et étendre l’influence économique de l’Iran sur son voisin au travers du couloir de Chabahar, mis en œuvre par l’Inde, et qui constitue la branche orientale du couloir de transport Nord-Sud [North–South Transport Corridor (NSTC), NdT]. Quant au Pakistan voisin, l’Inde ne présente pas d’autre intérêt stratégique en Afghanistan que de jouer l’encerclement stratégique de son rival, et d’y contrer l’influence des Routes de la soie chinoises ; il serait donc possible, en théorie, que les intérêts des deux grandes puissances asiatiques convergent ici au lieu de se tenir en compétition. Voilà le scénario idéal, qui est loin d’être garanti, mais nous tenions ici à centrer notre présentation sur les bénéfices de ces projets de connectivités pour toutes les parties.

L’avant-garde pakistano-russo-iranienne

La situation géographique de l’Afghanistan lui accorde l’opportunité unique d’entrer en tant que composant vital dans le fonctionnement de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires : un processus de stabilisation continu du pays garantira le succès de cette vision d’intégration ambitieuse entre la Russie, la Chine, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, ainsi que les Républiques d’Asie centrale (et l’Inde, si celle-ci parvient à percer en termes d’infrastructures jusque cet espace trans-régional, et ne « tombe » pas entièrement dans le camp étasunien). Mais pour voir cette intégration réussir, tout ces peuples doivent devenir parties prenantes de cette vision, chose qui ne peut se produire qu’en suite de réformes politiques (potentiellement aussi radicales que la « décentralisation ») et de progrès socio-économiques. Ces progrès pourront être réalisés grâce aux projets de connectivité que nous avons mentionnés ci-avant (chemin de fer RuPak, couloir de Chabahar, Route de la soie). Avant tout, la sécurité de l’Afghanistan doit être garantie, et c’est là que le Pakistan, la Russie et l’Iran ont un rôle clé à jouer.

Chacune de ces trois grandes puissances d’Eurasie, de par le rôle d’avant garde qu’elle a à jouer en raison de sa situation de voisin (situation indirecte dans le cas de la Russie, le Tadjikistan étant membre de l’alliance de défense mutuelle qu’est l’Organisation du traité de sécurité collective – OTSC), a le droit à des partenariats privilégiés avec Kaboul et les Talibans – c’est également le cas de l’Ouzbékistan et du Turkménistan, dans une moindre mesure. La Chine travaille déjà en forte proximité avec les deux partis au pouvoir en Afghanistan, mais s’est jusqu’ici interdite toute coopération avancée en terme de sécurité dans le pays par crainte des risques d’« enlisement ». Il relève donc du partenariat stratégique russo-pakistanais de joindre l’Iran à ses rangs, comme partenaire multilatéral en Afghanistan. Cela amènera à l’implantation de solutions de sécurité dans le pays de la part de ces trois pays, mais donnera également à Téhéran une raison d’« équilibrer » son centrage stratégique vers l’orient, face aux nouveaux défis du « Machrek ».

Conclusion

La perspective très réaliste de voir les USA se retirer d’Afghanistan fin 2020 constituerait un événement de bouleversement s’il a lieu, qui ouvrirait la possibilité de renforcer la multipolarité dans le cœur géostratégique de l’Eurasie, sous réserve que la paix et la sécurité puissent être assurées dans ce pays ravagé par la guerre après le départ des USA. Pour garantir ces conditions, la Russie et le Pakistan devront prendre la direction d’une sécurisation des zones périphériques Nord et Sud du pays depuis l’extérieur, avant d’intégrer l’Iran dans une matrice de sécurité régionale qui pourrait dès lors servir de cadre au développement socio-économique qui s’ensuivra. La Chine constitue un partenaire économique naturel de l’Afghanistan, ce qui n’est pas le cas de l’Inde ; mais il reviendra en fin de compte au choix souverain des instances qui auront le pouvoir en Afghanistan de décider ou non de l’inclure dans leur cadre de développement multipolaire. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que la Russie et le Pakistan seront les forces déterminantes dans l’Afghanistan post-USA ; leur projet de chemin de fer RuPak représente le projet le plus prometteur pour l’Afghanistan d’après guerre.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/voici-a-quoi-ressemblera-lafghanistan-post-etasunien-multipolaire