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Pipelineistan effréné

Pipelineistan effréné

Publié le 2 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Gaz, Etats-Unis, Russie, Moyen-Orient, Sous-continent indien

Irrésistible, infatigable, insatiable, le Grand jeu énergétique continue de plus belle…

Peu de gens devaient connaître le sieur Ryan Zinke, obscur secrétaire à l’Intérieur de l’administration Trump, avant sa sortie fracassante qu’il convient de citer :  « Les Etats-Unis ont la capacité, avec notre marine, de sécuriser les lignes maritimes, et, si nécessaire de mettre en place un blocus afin de s’assurer que les exportations d’énergie russes n’atteignent pas leurs marchés. »

Diantre. En réalité, il dit tout haut et avec violence ce que tous les stratèges américains et le Deep State pensent tout bas depuis des lustres. La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre : si les Américains franchissent le dangereux Rubicon, ce sera tout simplement une déclaration de guerre. Le liderisimo tchétchène Kadyrov en remet une couche, ridiculisant en passant les prétentions états-uniennes.

Que cette brusque diatribe impériale ait lieu maintenant est tout sauf un hasard. L’hystérie désespérée de Washington augmente à mesure que les pipelines russes étendent leurs tentacules sur l’Eurasie.

Le mois dernier, nous prévenions :

Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Il est là et, sauf rebondissement (toujours possible) de dernière minute, il est là pour durer. Le starter a tiré le départ et il a fait ses premiers mètres. Car en plus du golfe de Finlande, la construction a également commencé en Allemagne la semaine dernière : 30 km de tubes, 15 par ligne, ont été posés. Pas étonnant que l’ami Zinke ait pété une durite…

Rien n’y a fait, ni les menaces de l’empire, ni les bidouilleries de Bruxelles. Frau Milka, sourcilleuse dès qu’il s’agit des intérêts de son Deutschland über alles, y a veillé.

Autre info que le fidèle lecteur de nos Chroniques aura eu en exclusivité, l’IPI offshore prend de la consistance. Avant d’aller plus loin, retour sur le Grand jeu dans la case Sud-ouest de l’échiquier eurasien :

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Retour en octobre 2018. La Russie et le Pakistan viennent de signer un mémorandum d’entente sur l’IPI offshore, qui partira d’Iran et dont, selon toute logique, une branche rejoindra l’Inde et l’autre le Pakistan. Cela devrait peu ou prou ressembler à cela :

Certes, nous n’en sommes qu’au tout début, qui commence par une étude de faisabilité. Bien de l’eau peut passer sous les ponts et dans l’océan Indien avant que le projet ne se concrétise. Mais le fait même que ce projet existe et soit abordé sérieusement montre :

  1. que les menaces de sanctions US contre l’Iran ne fonctionnent pas avec des adversaires résolus du type Russie.
  2. que la tendance de fond est au grand rapprochement eurasien, cauchemar de l’empire maritime américain.
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Les conséquences néfastes de l’invasion de l’Afghanistan, de la Libye et de la Syrie sur l’Inde

Les conséquences néfastes de l’invasion de l’Afghanistan, de la Libye et de la Syrie sur l’Inde


Par Ekaterina Blinova – Le 5 août 2018 – Source Sputnik

Le terrorisme et les guerres civiles qui engloutissent l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord affectent sérieusement les intérêts stratégiques de l’Inde dans ces régions, selon Amrita Dhillon et Amit Sinha, deux observateurs des affaires internationales, qui ont expliqué à Sputnik comment les luttes armées en Syrie, en Libye et en Afghanistan ont nui à l’Inde et pourquoi New Delhi soutient Damas.

Les récents pourparlers entre les diplomates américains et les talibans « vont complètement à l’encontre de la politique de Washington de ne pas négocier avec les terroristes », a déclaré Amit Sinha, expert du Moyen-Orient et ancien consultant de l’Agence des Nations Unies pour les migrations.

« Parler aux représentants des talibans sera une erreur désastreuse de plus en ce qui concerne leur politique sur l’Afghanistan », a dit Sinha à Sputnik. « L’Inde soutient le gouvernement légitime de Kaboul et s’inquiète de l’ingérence d’Islamabad dans les politiques internes de Kaboul. Les talibans sont le seul allié du Pakistan parmi les acteurs politiques afghans. »

Le 25 juillet, le Wall Street Journal a annoncé qu’Alice Wells, sous-secrétaire adjointe pour l’Asie du Sud et centrale au département d’État américain, avait rencontré les représentants des talibans afghans au Qatar.

Les talibans afghans n’ont toujours pas été inclus dans la liste des organisations terroristes étrangères établie par Washington, bien que le département d’État américain ait catalogué son rejeton, Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP), organisation terroriste en 2010. Quelques années plus tôt, en 2002, un décret exécutif avait qualifié les talibans d’ « entité terroriste mondiale spécialement désignée ».

Selon l’expert indien, le Pakistan continue d’offrir un refuge aux Talibans et à leur branche Haqqani au Pakistan :

« Islamabad a fourni du renseignement et de l’aide militaire aux deux groupes, ce qui a causé la mort de soldats américains et afghans et, surtout, de civils, et déstabilisé l’Afghanistan tout entier », a souligné l’ancien consultant de l’ONU. « Les États-Unis doivent s’opposer à Islamabad s’ils veulent éradiquer les groupes terroristes parrainés par le Pakistan et mettre fin à la guerre qui sévit depuis longtemps dans la région. »

New Delhi n’apprécie pas les manœuvres diplomatiques de Washington en Afghanistan et pour cause : Au cours des 17 dernières années, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont créé une « ceinture d’instabilité » qui s’étend de l’Asie centrale – toute proche de l’Inde – au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord, une région connue sous l’acronyme de MENA.

Selon Sinha, New Delhi attache une grande importance à la région MENA, mais la déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a également touché l’Inde :

« Tout d’abord, pour New Delhi l’intérêt national, c’est l’intérêt de ses citoyens », a expliqué l’expert. « L’immense diaspora indienne fait du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord un État supplémentaire de l’Inde… Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont des régions où les diasporas indiennes étaient florissantes. Les Indiens d’outre-mer faisaient du commerce, mais les troubles en Libye et en Syrie ont fait disparaître de nombreux jobs ».

Il a souligné que Tripoli et New Delhi entretiennent depuis longtemps des liens politiques et économiques :

« Si nous regardons les chiffres, même pendant la récession mondiale, deux économies (l’Inde et la Libye) ont vu leurs échanges commerciaux quintupler, passant de 221 millions de dollars en 2006-07 à 1,1 milliard de dollars en 2010-11, mais cette crise les a ramenés à 130 millions de dollars pour l’exercice 2015-16 ».

Selon l’expert indien les sanctions américaines imposées aux gouvernements « indésirables » frappent généralement les citoyens ordinaires et les expatriés.

« Deuxièmement », a-t-il ajouté, « les aspirations de l’Inde en matière de sécurité nationale augmentent lorsqu’il s’agit de ce qu’elle considère comme son voisinage étendu, l’océan Indien y compris. Le Moyen-Orient est stratégiquement lié à l’Asie du Sud et à l’Inde en particulier. »

Il y a une autre raison pour New Delhi de garder un œil sur les affaires du Moyen-Orient : la sécurité énergétique.

« L’énergie est l’une des questions clés pour l’Inde au Moyen-Orient. Si l’on prend l’exemple du pétrole, les importations nettes de pétrole de New Delhi sont passées de 42 % en 1990 à environ 71 % en 2012. Cela incite New Delhi à accroître son influence et à éviter que la Chine n’ait un effet de levier sur sa sécurité énergétique dans la région », a souligné l’ancien consultant de l’ONU. « De l’approche proactive du gouvernement actuel, la politique indienne ‘Link West’ (avoir des liens avec l’ouest) est devenue ‘Think West’ (s’impliquer à l’ouest) ».

Dans le même temps, l’Inde continue de mener une politique étrangère souveraine, indépendante de la stratégie des puissances occidentales à l’étranger : « Malgré les sanctions américaines, l’Inde a choisi de ne pas s’incliner ; elle a montré l’exemple en poursuivant courageusement ses affaires avec la Syrie », a fait remarquer M. Sinha.

L’Inde est prête à aider Damas à reconstruire la Syrie

Amrita Dhillon, analyste en politique étrangère et fondatrice-rédactrice du magazine en ligne indien The Kootneeti, confirme ce que dit Sinha : « L’Inde et la Syrie sont étroitement liées et aucune force extérieure ne pourrait affaiblir la détermination de l’Inde à mener sa propre politique au Moyen-Orient ou ailleurs ».

« L’Inde est contre toute forme d’intervention étrangère en Syrie. Elle soutient pleinement la volonté syrienne de reconstruire le pays et se tient aux côtés de la communauté syrienne », a-t-elle dit à Sputnik. « Récemment, le Premier ministre indien Modi a annoncé 1 000 bourses d’études pour les ressortissants syriens. L’Inde va envoyer une délégation gouvernementale et commerciale de haut niveau à la 60e foire commerciale de Damas qui va bientôt ouvrir ses portes. L’Inde est impatiente de reconstruire la Syrie. »

Dhillon a rappelé que le 1er août, dans une allocution aux médias indiens, S.E. Riad Kamel Abbas, ambassadeur de Syrie en Inde, avait « loué l’enthousiasme de l’Inde pour reconstruire la Syrie ».

« Il y a une longue liste d’entreprises indiennes publiques et privées qui aideront à reconstruire la Syrie, dont BHEL, ONGC Videsh », a souligné l’analyste.

Les troubles en Syrie, qui s’inscrivent dans le vaste mouvement des printemps arabes, ont débuté en 2011 et se sont transformés en une guerre civile impliquant des acteurs régionaux et étrangers ainsi que divers acteurs non étatiques et des organisations terroristes. Les États-Unis se sont mêlés du conflit syrien en 2014, sans accord officiel du gouvernement légitime de la Syrie ni de l’ONU. En septembre 2015, la Russie est intervenue à la demande de Damas et a changé la donne de ce long conflit.

Plus tôt, en 2011, la Libye est tombée dans le chaos, suite à l’invasion de l’OTAN. Le pays est maintenant un État failli, avec deux gouvernements rivaux et des terroristes opérant sur le terrain.

L’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001 s’est transformée en la plus longue guerre de l’histoire américaine. Le gouvernement afghan s’efforce toujours de rétablir la paix et l’ordre dans un pays déchiré par divers groupes terroristes, dont les talibans, Al-Qaïda, Daesh (ISIS/ISIL) 1 et leurs affiliés.

Amrita Dhillon est analyste en politique étrangère. Elle dirige la rédaction de The Kootneeti, une publication multilingue de New Delhi sur les relations internationales et la diplomatie qu’elle a créée.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Daesh (ISIS/ISIL/IS/IS/EI), Al-Qaïda, Taliban – sont des organisations terroristes interdites en Russie

 

Afghanistan : les Talibans s’essaient à l’assaut des capitales provinciales

Afghanistan : les Talibans s’essaient à l’assaut des capitales provinciales

En dépit du blocus médiatique, la guerre d’Afghanistan ressemble de plus en plus à la débâcle de Saigon d’avril 1975. Le symbolisme est fort, les Talibans, une guérilla médiévale en lutte contre les forces des États-Unis et l’ensemble de l’OTAN depuis plus de dix-sept ans, courent les rues de Ghazni, une ancienne capitale d’où a surgi un redoutable empire, et ne se privent plus a partir à l’assaut des capitales provinciales, après avoir dominé la totalité du monde rural de ce pays montagneux et rude, devenu un véritable cimetière des empires.

Dans le district de Ghazni, à deux heures de route de Kaboul, l’ensemble des unités des forces spéciales, représentant moins de 8 % des effectifs pléthoriques de l’Armée Nationale Afghane (ANA) ont été mises en déroute par les Talibans, ce qui a nécessité l’intervention énergique d’unités aériennes de la 101 ème division aéroportée US, d’unités de bérets verts, d’unités spéciales d’hélicoptères d’attaque avancés (AH 64 Apache) aux côtés du 203ème Corps de l’Armée afghane et de seize unités spéciales relevant des renseignements pour empêcher la chute du centre urbain de Ghazni, laissant aux Talibans le contrôle absolu des périphéries rurales et des routes d’approvisionnement.

Des drones MQ-9 Reapers, des avions d’attaque A-10 Warthog et des hélicoptères Ah64 tentent de contenir l’assaut des Talibans comme à Farah dans l’ouest du pays mais les Talibans ont manifestement appris à s’adapter et ont réussi à pénétrer les zones urbaines sans se faire repérer. Si les officiels afghans continuent à se rassurer en répétant que les Talibans sont repoussés, les populations plient bagage et un exode a commencé vers la capitale Kaboul.

L’Afghanistan est une guerre perdue d’avance.

Afghanistan: Dostum est rentré à Kaboul, explosion sur son passage

Afghanistan: Dostum est rentré à Kaboul, explosion sur son passage

Kaboul – Une forte explosion s’est produite dimanche à Kaboul au passage du général Abdul Rashid Dostum, chef de guerre redouté du nord de l’Afghanistan et premier vice-président, qui a regagné son pays après un an d’exil, accueilli en héros.

L’avion spécialement affrété par le gouvernement afghan pour le ramener d’Ankara s’est posé sur l’aéroport international de Kaboul à 16H30 (midi GMT), attendu sur le tapis rouge par une haie d’officiels et de partisans enthousiastes.

Alors que Dostum quittait l’aéroport à bord d’un convoi de blindés, entouré de sa garde personnelle, une forte explosion a retenti.

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur Najib Danish joint par l’AFP, l’attentat est « probablement dû à un kamikaze ».

« Des victimes sont à déplorer », a-t-il ajouté sans autre précision alors que les ambulances se ruaient sur les lieux. Le général Dostum est lui indemne, a affirmé son porte-parole.

Dostum, qui doit reprendre ses fonctions de vice-président malgré les accusations de viol qui l’avaient poussé au départ en mai 2017, a été immédiatement assailli par la foule, en majorité des membres de la communauté ouzbèke en habits traditionnels, à sa descente d’avion.

Il est apparu sur la passerelle en costume de ville, chemise blanche et cravate rouge, entouré de sa garde personnelle et s’est frayé un difficile chemin jusqu’à un énorme 4 x 4 blindé noir pour gagner ses bureaux de vice-président, devant lesquels des centaines de partisans l’attendent également.

Le second vice-président Sarwar Danish et l’ex vice-président Ahmad Zia Massoud, frère du défunt commandant Ahmad Shah Massoud, plusieurs fois trahi par Dostum, étaient présents ainsi que l’autre figure du nord, Atta Mohammad Noor, et le leader de la communauté hazara chiite, Mohammad Mohaqiq.

Atta, Massoud et Mohaqiq sont les figures de proue de l’opposition au président Ashraf Ghani.

Dostum est le deuxième chef de guerre afghan à regagner la capitale avec les honneurs après Gulbuddin Hekmatyar, surnommé par la presse « le boucher de Kaboul », rentré en mai 2017 après vingt ans d’exil.

(©AFP / 22 juillet 2018 12h47)

https://www.romandie.com/news/Afghanistan-Dostum-est-rentr-Kaboul-explosion-sur-son-passage/938698.rom

 

 

 

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Par Alain LAMBALLE , Fabien HERBERT, Jérémie ROCQUES, Pierre VERLUISE, le 19 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialisé sur l’Asie du Sud. Il est docteur en sociologie politique et diplômé d’hindi et d’ourdou. Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer et de l’équipe de recherche Asie 21 du groupe Futuribles. Alain Lamballe vient de publier « Les Pachtouns. Un grand peuple sans pays » (VA Press). Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert.

Géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud, le général de brigade (cr) Alain Lamballe pointe les grandes idées à retenir au sujet de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan. Il aborde notamment les conséquences possibles des élections du 25 juillet 2018 au Pakistan. Il répond aux questions de Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

Alain Lamballe pointe à la fin de cet entretien les conséquences possibles des élections de juillet 2018 au Pakistan et les risques à moyen terme de la région parfois appelée AfPak.

QUESTIONS :
. Quelles sont les principales idées fausses à propos de l’Inde ?
. L’Inde est-elle un pays émergent ou une puissance mondiale ?
. Dans les prochains mois quels sont les signaux faibles à surveiller ?
. Qui sont les Pachtouns, à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l'Inde, du Pakistan et de l'Afghanistan
Le général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud
Le général A. Lamballe à l’occasion d’une conférence co-organisée par Diploweb.com et GEM, le 2 mai 2018. Crédit photographique : Pierre Verluise

Bonus

Vidéo de la conférence complète d’Alain Lamballe : « L’Inde, pays émergent ou puissance mondiale ? »

 

Afghanistan: les talibans refusent de prolonger le cessez-le-feu

Afghanistan: les talibans refusent de prolonger le cessez-le-feu

Un combattant taliban afghan dans une rue de Jalalabad le 16 juin 2018, pour célébrer le cessez-le-feu de trois jours dont les talibans viennent d’annoncer qu’il ne serait pas prolongé / © AFP / NOORULLAH SHIRZADA

Les talibans ont rejeté dimanche un appel du président afghan Ashraf Ghani à prolonger un cessez-le-feu inédit à l’occasion de la fin du mois de ramadan, décevant les espoirs de paix d’une population épuisée par des décennies de conflit.

L’annonce des talibans a été suivie peu après par un attentat suicide dans une province de l’est du pays qui a fait au moins 18 morts et une cinquantaine de blessés, selon un responsable local.

« Le cessez-le-feu se termine ce soir et nos opérations reprendront si Dieu le veut. Nous n’avons aucune intention de prolonger le cessez-le-feu », a déclaré le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid dans un message transmis à l’AFP, suggérant ainsi une reprise des combats dès lundi.

Le porte-parole n’a fait aucune allusion directe à l’appel du président Ashraf Ghani, qui avait annoncé samedi une prolongation du cessez-le-feu côté gouvernemental et appelé les talibans à en faire autant. Cette annonce avait reçu l’appui de la communauté internationale.

La mission de l’Otan en Afghanistan et les forces armées américaines ont indiqué qu’elles respecteraient l’annonce de prolongation du président Ghani. L’Union européenne avait pour sa part qualifié la trêve « d’historique ».

Dans un tweet dimanche, un porte-parole du président Ghani a indiqué que le cessez-le-feu était prolongé de dix jours mais que les forces de sécurité se défendraient si elles étaient attaquées.

L’attentat suicide, qui s’est produit dimanche à l’extérieur du bureau du gouverneur de la province de Nangarhar dans la ville de Jalalabad, est le deuxième en deux jours dans la province orientale de Nangarhar.

Il a fait au moins 18 morts et 49 blessés, selon le directeur pour la province des services de santé, Najibullah Kamawal.

Selon le porte-parole du gouverneur provincial, Attaullah Khogyani, le kamikaze, à pied, a visé des talibans, des civils et des anciens qui quittaient le complexe abritant le bureau du gouverneur après un événement célébrant la fête de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois de ramadan.

L’attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat.

– « Pas intéressés » –

Un blessé est transporté vers l’hôpital, après un attentat suicide le 16 juin 2018 à Jalalabad, revendiqué par l’Etat islamique / © AFP / NOORULLAH SHIRZADA

Annoncé initialement pour huit jours côté gouvernemental et trois jours côté taliban, le cessez-le-feu avait donné lieu ces derniers jours à d’inédites scènes de fraternisation entre combattants talibans, civils et membres des forces de sécurité, qui ont été vus se donnant l’accolade et se prenant en photo ensemble.

Mais il a été terni dès samedi par un attentat suicide qui a fait 36 morts et 65 blessés parmi une foule célébrant la cessation des combats dans le district de Rodat dans la province orientale de Nangarhar, selon un nouveau bilan rendu public dimanche par les autorités locales.

L’attaque a été revendiquée dimanche par le groupe Etat islamique, qui n’est pas inclus dans le cessez-le-feu, qui ne concerne que les talibans.

Dès l’annonce initiale du cessez-le-feu, les analystes s’étaient montrés prudemment optimistes, estimant qu’il pourrait potentiellement renforcer la confiance entre les parties et constituer une base menant à l’ouverture de pourparlers de paix entre les belligérants après quasiment 17 ans de conflit.

Mais l’annonce du refus taliban de prolonger la trêve n’a pas surpris certains diplomates occidentaux en poste à Kaboul.

« S’ils prolongent le cessez-le-feu, ils seront obligés de négocier, ce à quoi je pense qu’ils ne sont pas intéressés. Ils cherchent une véritable victoire », a déclaré à l’AFP l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.

Après l’attentat de samedi, les talibans avaient ordonné à leurs combattants d’éviter de se mêler aux forces de sécurité afghanes et aux civils.

« Afin d’éviter tout tort aux civils (par notre présence), tous les commandants devront empêcher les moudjahidines de participer à de tels rassemblements », a annoncé le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid sur Twitter.

Certains chefs talibans ont pour leur part déclaré à l’AFP qu’ils voyaient d’un mauvais œil leurs combattants se rendre dans des zones contrôlées par le gouvernement et sympathiser avec les forces de sécurité.

(©AFP / 17 juin 2018 19h24)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Afghanistan-les-talibans-refusent-de-prolonger-le-cessez-le-feu/928383.rom

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or


Par Andrew Korybko – Le 30 mai 2018 – Source Oriental Review

Les États-Unis ont rejeté les avertissements de la Russie selon lesquels Daech se rassemblait dans le nord de l’Afghanistan et s’apprêtait à constituer une menace pour l’Asie centrale.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov, a attiré l’attention sur cette menace lors d’un discours dans la capitale tadjike de Douchanbé pendant la conférence de deux jours sur le « contre-terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent ». Le colonel Kone Faulkner l’a qualifié de « propagande » et a insisté sur le fait que la Russie « ne fait pas assez pour s’attaquer au problème de la radicalisation et du recrutement terroriste à l’intérieur de ses frontières », bien que Syromolotov ait parlé précisément de ces efforts anti-terroristes lors d’une autre conférence de l’OSCE sur le contre-terrorisme, il y a deux semaines.

L’approche américaine autour de la présence accrue de Daech en Afghanistan est restée cohérente, niant continuellement que le groupe grandit et tente de mettre le doute sur tous les avertissements de la Russie afin de montrer que Moscou manipule cette menace terroriste à des fins géostratégiques. Les États-Unis n’aiment pas que les États d’Asie centrale travaillent plus étroitement avec la Russie à travers le traité de défense mutuelle de l’OTSC et avec la Chine via l’OCS afin de contrer cette menace car Washington veut être le seul « fournisseur de sécurité » de cette région.

Les États-Unis tentent déjà de relancer leur partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan après que son nouveau président s’est rendu aux USA pour rencontrer Trump la semaine dernière, mais le dirigeant pragmatique de Tachkent ne fera rien qui mettrait en péril les perspectives de connectivité régionale de son pays auxquelles il a travaillé si dur lors cette dernière année et demie pour permettre leurs développements. Cela conduit au scénario cynique où les objectifs stratégiques des États-Unis pourraient être mieux servis en voyant Daech fonctionner comme un moyen de diviser pour mieux régner et indirectement pour semer les graines du chaos régional en Asie centrale et du Sud, comme cela a été fait en Asie occidentale.

Pour l’expliquer plus en détail, l’un des objectifs fondamentaux de la guerre hybride est de provoquer des conflits identitaires sur quelque chose d’aussi polarisant que la religion, par exemple, pour perturber les initiatives connectives transnationales multipolaires telles que les institutions d’intégration comme l’OCS ou les infrastructures comme le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan (CPEC). Cela a permis à Daech de se servir de l’Afghanistan comme base pour lancer des campagnes de déstabilisation axées sur le nord et le sud, respectivement, contre ces deux institutions. Tous les voisins de l’Afghanistan ainsi que la Russie sont bien conscients de cette menace, ce qui renforce leur suspicion à l’égard des motifs de l’Amérique d’en nier l’évidence.

10 membres de Daech et 5 membres des talibans capturés par les autorités afghanes.

 

Deux partenaires improbables se sont rendu compte du jeu et ont utilisé leurs intérêts communs pour contrecarrer le scénario chaotique des États-Unis comme base de leur rapprochement rapide et complet, la Russie et le Pakistan. Les deux pays ont depuis courageusement enterré leur relation de méfiance l’un envers l’autre dans une toute nouvelle ère de rapports stratégiques qui a commencé en Afghanistan. Depuis, des perspectives passionnantes se sont développées autour de ces implications continentales pour aboutir finalement à l’Anneau d’or des grandes puissances eurasiennes. L’axe russo-pakistanais avait jusqu’ici été le maillon le plus faible du grand consortium de ces deux pays plus la Chine, l’Iran et la Turquie, mais il est aujourd’hui l’un des plus prometteurs.

En niant la présence croissante de Daech en Asie centrale, les États-Unis ont involontairement renforcé l’Anneau d’Or qu’ils voulaient initialement voir perturbé par les terroristes. Les conséquences de ce retour en arrière sont même pires que ce que le « regretté » Brzezinski pouvait craindre. L’écrivant dans son livre de stratégie-planification maintenant tristement célèbre, le Grand Échiquier, il a dit que les États-Unis devaient faire tout leur possible pour empêcher la Russie et la Chine d’unir leurs forces contre l’Amérique, mais après la débâcle de Washington avec Daech dans sa guerre de l’information en Afghanistan, la patrie d’adoption du penseur polonais doit maintenant se confronter à la perspective de voir ces deux grandes puissances eurasiennes partenaires du CENTO multipolaire des musulmans en Turquie, en Iran et au Pakistan via l’Anneau d’Or.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-refus-americain-de-voir-la-menace-daesh-en-asie-centrale-ne-fera-que-renforcer-lanneau-dor

 

[Vidéo] Rony Brauman: «Les mensonges des guerres humanitaires»

Source : Mediapart, Rony Brauman, 27-01-2018

Somalie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye… Qu’est-ce qui peut définir une guerre « juste » ? Comment le mensonge et la propagande des États ont-ils permis de s’émanciper de toute légalité et de tordre le droit international ? Ancien président de MSF, Rony Brauman publie un essai, Guerres humanitaires ? Mensonges et intox. Entretien.

Ancien président de l’ONG Médecins sans frontières dont il a été l’un des fondateurs, spécialiste des engagements humanitaires et des conflits, Rony Brauman publie aux éditions Textuel un court essai : Guerres humanitaires ? Mensonges et intox.

Somalie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye… Qu’est-ce qui peut définir une guerre « juste » ? Comment le mensonge et la propagande des États ont-ils permis de s’émanciper de toute légalité ou de tordre le droit international ? Quelles ont été les machines à propagande construites pour justifier les guerres d’Irak ou de Libye ? Rony Brauman s’en explique dans cet entretien.

Source : Mediapart, Rony Brauman, 27-01-2018

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La Russie et le Pakistan se rapprochent dans les nouvelles conditions de la guerre froide

La Russie et le Pakistan se rapprochent dans les nouvelles conditions de la guerre froide


Les États-Unis veulent une présence militaire à durée indéterminée dans la région pour tenter d’éloigner les « stans » d’Asie centrale de la Russie. Moscou contrecarre en engageant le Pakistan



2015-03-19_14h09_03Par M. K. Bhadrakumar – Le 26 février 2018 – Source Russia Insider

C’est sans doute l’Afghanistan qui a amené le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Khawaja Asif  à Moscou pour une « visite de travail » le 20 février dernier. C’était la seconde rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov au cours des cinq derniers mois. Ils s’étaient rencontré à New York en marge de la session de l’assemblée générale des nations unies en septembre.

Le ministère russe a eu du mal à mettre en relief la visite d’Asif. Une visite de travail coupe court aux fioritures du protocole et va droit au business. Pourtant, Moscou a fait une exception en procédant à un brillant lever de rideau pour saluer la venue de Asif. Elle devait avoir de bonnes raisons de le faire. La toile de fond régionale est en effet tumultueuse. La nouvelle guerre froide s’abat sur les steppes de l’Hindou Kouch et de l’Asie centrale et la géographie du Pakistan retrouve sa criticité en termes stratégiques, rappelant les années 1980.

Les déclarations russes sont devenues très critiques à l’égard des stratégies régionales américaines dans la région Afghanistan-Pakistan. Moscou a conclu que les États-Unis étaient déterminés à maintenir une présence militaire illimitée dans la région. D’un autre côté, la Russie est tenue à distance du problème afghan. Au contraire, Washington sollicite directement les États d’Asie centrale, en contournant la Russie, y compris au niveau militaire. Clairement, Washington travaille dur pour miner le rôle de leadership de Moscou dans la région pour la lutte contre le terrorisme et pour défier le rôle de la Russie comme fournisseur de la sécurité des anciennes républiques soviétiques voisines de l’Afghanistan.

Compte tenu de l’expérience en Syrie – où les États-Unis encouragent secrètement ISIS et ses affiliés à mener la vie dure à la Russie et à créer de nouveaux faits accomplis sur le terrain, affaiblissant l’unité syrienne – Moscou se montre de plus en plus lasse des intentions américaines vis-à-vis d’État islamique en Afghanistan. Sans aucun doute, la présence croissante de ce dernier dans les régions du nord et de l’est de l’Afghanistan faisant face à la région d’Asie centrale inquiète profondément la Russie. Moscou a laissé entendre à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient faciliter le transfert des combattants d’État islamique de Syrie et d’Irak vers l’Afghanistan. Mais les Américains continuent leur chemin, ignorant les critiques russes. Le modèle de la Syrie se répète.

Lavrov a soulevé le lien US-ISIS dans les discussions avec Asif. La partie russe a émis l’idée que la structure antiterroriste régionale de l’Organisation de coopération de Shanghai peut être utilisée « pour élaborer des mesures pratiques visant à réduire l’influence de ISIS en Afghanistan et à empêcher qu’elle ne se propage en Asie centrale ».

À partir des remarques de Lavrov à la suite de ses pourparlers avec Asif, il semble que le sommet de l’OCS, qui doit se tenir à Qingdao (Chine) en juillet, pourrait prendre des mesures/initiatives sur le problème afghan. L’année dernière, la Russie a donné un nouveau souffle au groupe de contact SCO-Afghanistan. La Chine accueillera la prochaine réunion de ce groupe. Le fait est qu’avec l’admission du Pakistan et de l’Inde en tant que membres à part entière, le SCO représente maintenant tous les principaux voisins de l’Afghanistan.

Lors de la conférence de presse après les pourparlers avec Asif, Lavrov a souligné que la Russie et le Pakistan ont des intérêts communs en ce qui concerne la situation en Afghanistan. L’exégèse du ministère pakistanais des Affaires étrangères a montré que les deux ministres « ont convenu de se coordonner étroitement dans tous les processus liés à l’Afghanistan pour une solution régionale du conflit afghan ».

En effet, les protagonistes des deux côtés, concernant les pourparlers à Moscou  mardi, suggèrent que la Russie et le Pakistan ont l’intention de travailler en étroite collaboration pour coordonner leurs approches de la situation afghane. La Russie a promis de renforcer son soutien militaire aux opérations anti-terroristes du Pakistan. De manière significative, conformément à une décision prise plus tôt, une nouvelle commission sur la coopération militaro-technique entre les deux pays est en cours de mise en place. Bien sûr, cela se produit à un moment où l’armée pakistanaise se prépare à faire face à une interruption de l’aide militaire américaine.

On peut être assuré que les pourparlers à Moscou ont eu lieu dans les nouvelles conditions de la guerre froide. La différence critique aujourd’hui, par rapport aux années quatre-vingt, serait, comme le ministre russe des Affaires étrangères l’a dit en lever de rideau :

« Aujourd’hui, le Pakistan est devenu un partenaire important de la politique étrangère de la Russie. Les deux pays coopèrent de manière productive avec les organisations internationales, en particulier avec l’ONU et ses agences. La coopération entre Moscou et Islamabad repose sur des positions convergentes ou similaires sur la plupart des problèmes auxquels la communauté internationale est confrontée, y compris le terrorisme et l’extrémisme religieux. 

Les opportunités de travail conjoint se sont considérablement élargies après que le Pakistan a rejoint l’OCS en tant que membre à part entière en juin 2017 (…)

La lutte contre le terrorisme est un domaine clé de la coopération (…) La situation en Afghanistan suscite des préoccupations communes. Nous sommes particulièrement préoccupés par l’influence croissante du groupe terroriste État islamique en Afghanistan et par ses efforts pour consolider ses positions dans le nord et l’est du pays. Nous préconisons une approche régionale pour résoudre la situation en République islamique d’Afghanistan. Nous attendons des participants au format de consultation de Moscou sur la question afghane et au Groupe de contact du SCO-Afghanistan  qu’ils travaillent de manière productive. »

On peut s’attendre à ce que la convergence annoncée concernant l’Afghanistan crée une synergie pour une expansion et un approfondissement complets des relations entre la Russie et le Pakistan. Lavrov a présenté un compte rendu optimiste de la relation telle qu’elle se présente aujourd’hui. L’intérêt de la Russie réside dans le renforcement du courage et de la capacité du Pakistan à résister aux pressions américaines. Fait intéressant, Lavrov et Asif ont également discuté de la Syrie, où les États-Unis ont récemment adopté un mode offensif contre la Russie. (Voir sur mon blog : La rivalité entre les États-Unis et la Russie augmente en Syrie.) Encore une fois, Asif a exprimé l’opposition du Pakistan aux sanctions contre la Russie.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-et-le-pakistan-se-rapprochent-dans-les-nouvelles-conditions-de-la-guerre-froide

 

Agression masquée en guerres civiles

Agression masquée en guerres civiles

Si l’on veut bien prendre un peu de recul, on constatera que les différents conflits qui ont ensanglanté depuis seize ans tout le Moyen-Orient élargi de l’Afghanistan à la Libye n’ont pas été une succession de guerres civiles, mais l’application de stratégies régionales. Rappelant les objectifs et les tactiques de ces guerres depuis le « Printemps arabe », Thierry Meyssan observe la préparation des suivantes.

| Damas (Syrie)

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Fin 2010, débutait une série de guerres initialement présentées comme des soulèvements populaires. Successivement, la Tunisie, l’Égypte, la Libye, la Syrie et le Yémen étaient emportés par ce « Printemps arabe », réédition de la « Grande révolte arabe de 1915 », initiée par Lawrence d’Arabie à la seule différence qu’il ne s’agissait plus cette fois de s’appuyer sur les Wahhabites, mais sur les Frères musulmans.

Tous ces événements avaient été minutieusement planifiés par le Royaume-Uni à partir de 2004, ainsi qu’en attestent les documents internes du Foreign Office révélés par le lanceur d’alerte britannique Derek Pasquill [1]. À l’exception du bombardement de Tripoli (Libye), en août 2011, ils ressortaient non pas uniquement des techniques de déstabilisation non-violentes de Gene Sharp [2], mais aussi de la guerre de 4ème génération de William S. Lind [3]

Mis en œuvre par les armées US, le projet britannique de « Printemps arabe » se superposa avec celui de l’état-major états-unien : la destruction des sociétés et des États à une échelle régionale, telle que formulée par l’amiral Arthur Cebrowski, popularisée par Thomas Barnett [4], et illustrée par Ralph Peters [5].

Les événements semblaient s’apaiser au second trimestre 2012, de sorte que les États-Unis et la Russie convenaient ensemble à Genève d’un nouveau partage du Moyen-Orient, le 31 juin.

Pourtant les États-Unis ne respectaient pas leur signature. Une seconde guerre débutait en juillet 2012, en Syrie, puis en Irak. Aux petits groupes et aux commandos succédaient de vastes armées de Terre composées de jihadistes. Il ne s’agissait plus d’une guerre de 4ème génération, mais d’une classique guerre de position, adaptées aux techniques d’Abou Bakr Naji [6].

Cette fois, conformément aux travaux de Robin Wright [7], la volonté de prévenir la réouverture de la « route de la soie » se superposa aux deux objectifs précédents lorsque la Chine dévoila son ambition.

Les événements semblèrent à nouveau s’apaiser au dernier trimestre 2017 après la chute de Daesh, mais les investissements dans ces conflits avaient été tels qu’il paraissait impossible pour les partisans de la guerre de renoncer sans atteindre leurs buts.

On assista alors à une tentative de relance des hostilités avec la question kurde. Après un premier échec en Irak, ce fut un second en Syrie. Dans les deux cas, la violence de l’agression avait poussé la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie à s’unir contre l’ennemi extérieur.

En définitive, le Royaume-Uni a décidé de poursuivre son objectif initial de domination via les Frères musulmans et vient de constituer pour cela le « Petit groupe », révélé par Richard Labévière [8]. Cette structure secrète comprend l’Arabie saoudite, les États-Unis, la France et la Jordanie.

De leur côté, les États-Unis, appliquant le « Pivot vers l’Asie » de Kurt Campbell [9], viennent de décider de concentrer leurs forces contre la Chine. Pour cela, ils reforment avec l’Australie, l’Inde et le Japon, le Quadriennal Security Dialogue.

Pendant ce temps, l’opinion publique occidentale croit que l’unique conflit qui a déjà dévasté tout le Moyen-Orient élargi, de l’Afghanistan à la Libye, est une succession de guerres civiles pour la démocratie.

[1] When Progressives Treat with Reactionaries. The British State’s flirtation with radical Islamism, Martin Bright, Policy Exchange, September 2004. “I had no choice but to leak”, Derek Pasquill, New Statesman, January 17, 2008.

[2] Making Europe Unconquerable : The Potential of Civilian-based Deterrence and Defense, Gene Sharp, Taylor & Francis, 1985.

[3] “The Changing Face of War : Into the Fourth Generation”, William S. Lind, Colonel Keith Nightengale, Captain John F. Schmitt, Colonel Joseph W. Sutton, Lieutenant Colonel Gary I. Wilson, Marine Corps Gazette, October 1989.

[4] The Pentagon’s New Map, Thomas P.M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

[5] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[6] The Management of Savagery : The Most Critical Stage Through Which the Umma Will Pass, Abu Bakr Naji, 2005. English version translated by William McCants, Harvard University, 2006.

[7] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, 28 septembre 2013.

[8] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la « stratégie occidentale » », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[9] The Pivot : The Future of American Statecraft in Asia, Kurt M. Campbell, Twelve, 2016.

 

http://www.voltairenet.org/article199833.html