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L’Armée des Etats-Unis d’Amérique est partout en Afrique alors qu’elle n’est pas en guerre en Afrique (SCF)

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L’Armée des Etats-Unis d’Amérique est partout en Afrique alors qu’elle n’est pas en guerre en Afrique (SCF)

par SCF 10 Octobre 2018, 12:00 Américafrique Armée US néocolonialisme Impérialisme USA Articles de Sam La Touch

L’Armée des Etats-Unis d’Amérique est partout en Afrique alors qu’elle n’est pas en guerre en Afrique (SCF)

Environ 7 500 membres du personnel militaire des Etats-Unis d’Amérique, dont 1 000 contractants, sont déployés en Afrique. À titre de comparaison, ce chiffre n’était que de 6 000 il y a à peine un an.

 

Environ 200 000 soldats des Etats-Unis d’Amérique sont déployés dans 177 pays du monde entier. Ces forces utilisent plusieurs centaines d’installations militaires. L’Afrique n’est pas une exemption. Le 2 août, le major général Roger L. Cloutier a pris le commandement de l’armée des Etats-Unis d’Amérique en Afrique, en promettant de «prendre les devants».

 

Les États-Unis d’Amérique ne mènent aucune guerre en Afrique, mais ils ont une présence significative sur le continent. Les Navy SEALs, les Bérets verts et d’autres opérations spéciales mènent actuellement près de 100 missions dans 20 pays africains, dans le cadre d’opérations secrètes de portée limitée. Selon le magazine Vice, les troupes des Etats-Unis d’Amérique mènent actuellement 3 500 exercices et engagements militaires en Afrique par an, soit une moyenne de 10 par jour – une augmentation stupéfiante de 1 900% depuis le lancement du commandement il y a 10 ans. De nombreuses activités décrites comme «conseiller et assister» sont en réalité impossible à distinguer du combat par toute définition de base.

 

Environ 7 500 membres du personnel militaire des Etats-Unis d’Amérique, dont 1 000 contractants, sont déployés en Afrique. À titre de comparaison, ce chiffre n’était que de 6 000 il y a à peine un an. Les troupes sont réparties sur tout le continent, dans 53 pays. Il y a 54 pays sur le «continent noir». Plus de 4 000 membres des services ont convergé vers l’Afrique de l’Est. Le nombre de soldats des Etats-Unis d’Amérique en Somalie a doublé l’année dernière.

Lors de la création d’AFRICOM, il n’était pas prévu d’établir des bases ni de poser des chaussures par terre. Aujourd’hui, un réseau de petites bases ou stations de rassemblement est apparu. Selon le journaliste d’investigation Nick Turse, «les bases militaires des Etats-Unis d’Amérique (y compris les sites d’opérations avancées, les sites de sécurité coopérative et d’urgence) comptent au moins une cinquantaine». Des troupes des Etats-Unis d’Amérique en danger en Algérie, au Burundi, au Tchad, au Congo et à Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Tunisie et l’Ouganda sont qualifiés pour un traitement supplémentaire.

 

Le commandement africain des Etats-Unis d’Amérique (AFRICOM) gère des programmes de surveillance par drones, des raids transfrontaliers et du renseignement. AFRICOM a revendiqué la responsabilité du développement, de la santé publique, de la formation professionnelle et en matière de sécurité, ainsi que d’autres tâches humanitaires. Des fonctionnaires des départements d’État, de la Sécurité intérieure, de l’agriculture, de l’énergie, du commerce et de la justice, entre autres agences, participent aux activités d’AFRICOM. Les attachés militaires sont plus nombreux que les diplomates dans de nombreuses ambassades en Afrique.

En octobre dernier, quatre soldats des Etats-Unis d’Amérique ont perdu leurs vies au Niger. La grande majorité des Américains ne savait probablement pas que les États-Unis d’Amérique avaient même des troupes participant à des missions de combat en Afrique avant l’incident. Un militaire aurait été tué en Somalie en juin. Le département de la Défense réfléchit à des projets visant à «dimensionner» les missions d’opérations spéciales en Afrique et à réaffecter des troupes dans d’autres régions, en alignant les efforts sur les priorités de sécurité définies par la Stratégie de défense nationale de 2018. Ce document donne la priorité à la grande concurrence du pouvoir au détriment des groupes terroristes dans les coins les plus reculés du monde. Environ 1 200 soldats des opérations spéciales en mission en Afrique envisagent un retrait. Mais cela n’a rien à voir avec le fait de laisser ou de réduire considérablement. Et le droit de retour unilatéral sera réservé. L’infrastructure est suffisamment étendue pour pouvoir accueillir des renforts importants. Les travaux de construction sont en cours. Les bases resteront opérationnelles et leur nombre ne cessera d’augmenter.

Une grande base de drones à Agadez, la plus grande ville du centre du Niger, serait en construction. L’installation accueillera des drones armés MQ-9 Reaper qui prendront finalement leur envol en 2019. Le MQ-9 Reaper a une portée de 1 150 milles, ce qui lui permet de fournir un soutien à la frappe et des capacités de collecte de renseignements à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord à partir de cette nouvelle base en dehors d’Agadez. Il peut transporter des bombes GBU-12 Paveway II. L’appareil est doté d’un radar à synthèse d’ouverture permettant l’intégration des munitions d’attaque directe conjointes GBU-38. La suite d’armement peut inclure quatre missiles anti-blindés et antipersonnel air-sol Hellfire. Il y aurait environ 800 soldats des Etats-Unis d’Amérique sur le terrain au Niger, ainsi qu’une base de drones et la base d’Agadez en construction. The Hill l’a qualifié de «plus grand projet de construction de tous les temps dirigé par l’US Air Force».

Selon Business Insider, «la présence militaire des Etats-Unis d’Amérique ici est la deuxième en Afrique derrière la seule base permanente des Etats-Unis d’Amérique sur le continent, dans la minuscule nation de Djibouti dans la Corne de l’Afrique». Quatre mille militaires des Etats-Unis d’Amérique sont stationnés à Camp Lemonnier (la base des Etats-Unis d’Amérique située près de la ville Djibouti) – une base stratégique essentielle pour l’armée des Etats-Unis d’Amérique en raison de son port et de sa proximité avec le Moyen-Orient.

Officiellement, le camp est la seule base des Etats-Unis d’Amérique sur le continent ou, comme l’appelle AFRICOM, «un site d’exploitation avancé» – les autres sont des «lieux de sécurité coopératifs» ou «des lieux d’urgence non durables». Le Camp Lemonnier est la plaque tournante d’un réseau de bases de drones des Etats-Unis d’Amérique en Afrique, utilisées pour des attaques aériennes contre des insurgés au Yémen, au Nigeria et en Somalie, ainsi que pour exercer un contrôle sur le détroit de Bab-el-Mandeb. En 2014, les États-Unis d’Amérique ont signé un nouveau bail de 20 ans avec le gouvernement de Djiboutien et ont engagé plus de 1,4 milliard de dollars pour moderniser et agrandir les installations dans les années à venir.

 

En mars, les Etats-Unis d’Amérique et le Ghana ont signé un accord militaire décrivant les conditions de la présence militaire des Etats-Unis d’Amérique dans ce pays, y compris ses activités de construction. La nouvelle a suscité des protestations à l’intérieur du pays.

Il convient de noter que les attaques de drones régulièrement lancées en Afrique violent le droit des Etats-Unis d’Amérique. L’autorisation d’utilisation de la force militaire (AUMF), adoptée après le 11 septembre 2001, dispose que le président est autorisé à utiliser la force contre les planificateurs de ces attaques et contre ceux qui les hébergent. Mais cet acte ne s’applique pas aux groupes rebelles opérant en Afrique.

Il est difficile de croire que la présence des Etats-Unis d’Amérique sera véritablement réduite et il n’y a aucun moyen de le savoir, car trop d’aspects de celle-ci sont dissimulés dans le secret et il n’y a que des «fuites» qui apparaissent de temps à autre. Il convient de noter que les documents obtenus par TomDispatch en vertu de la loi des Etats-Unis d’Amérique sur la liberté d’information contredisent les déclarations officielles d’AFRICOM sur l’ampleur des bases militaires des Etats-Unis d’Amérique dans le monde, y compris 36 bases AFRICOM dans 24 pays africains qui n’avaient pas été divulguées auparavant dans des rapports officiels.

 

L’empreinte des Etats-Unis d’Amérique en Afrique est forte. Elle est presque omniprésente. Certains grands sites en construction permettront aux États-Unis d’Amérique d’accueillir de gros aéronefs et d’accueillir des forces substantielles et leur matériel. Tout cela soulève la question encore sans réponse – « Où les États-Unis d’Amérique ont-ils des troupes en Afrique et pourquoi? » Une chose est sûre — Tout en menant une guerre intensive contre les drones, les États-Unis d’Amérique construisent une vaste infrastructure militaire pour une guerre terrestre à grande échelle sur le continent.

Top Photo | Forces aériennes des Etats-Unis d’Amérique, des soldats de la Force de réaction pour l’Afrique de l’Est (EARF) quittent un C-130 Hercules de l’armée de l’air des Etats-Unis d’Amérique à Juba, au Soudan du Sud, le 21 décembre 2013 (Tech. Sgt. Micah Theurich, Force aérienne)

Traduction : MIRASTNEWS

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Un jeune milliardaire enlevé à Dar es Salaam

Un jeune milliardaire enlevé à Dar es Salaam

L’homme d’affaires tanzanien Mohammed Dewji, enlevé jeudi à Dar es Salaam, dans son bureau le 23 avril 2015 dans la capitale économique de Tanzanie. / © AFP/Archives / Khalfan SAID HASSAN

L’homme considéré comme le plus jeune milliardaire du continent africain, le businessman tanzanien Mohammed Dewji, a été enlevé jeudi par des hommes armés à Dar es Salaam, ont indiqué des sources officielles.

Dirigeant à 43 ans du groupe METL présent dans une dizaine de pays dans les domaines de l’agriculture, de l’assurance, des transports, de la logistique ou de l’agroalimentaire, M. Dewji a été kidnappé alors qu’il entrait dans la salle de sport d’un hôtel de la capitale économique du pays, ont précisé les autorités administratives et policières.

« Les premières informations indiquent qu’il a été enlevé par des Blancs venus à bord de deux véhicules », a déclaré à la presse le gouverneur de la région de Dar es Salaam, Paul Makonda, soulignant que « ce type d’incident est nouveau ».

Le chef de la police à Dar es Salaam, Lazaro Mambosasa, a précisé que des étrangers avaient « tiré en l’air avant de faire entrer de force » Dewji dans leur véhicule.

« Trois personnes ont déjà été arrêtées mais nous ne pouvons divulguer leur identité à ce stade »; a ajouté le responsable.

Né en Tanzanie, Mohammed Dewji a fait ses études à l’université de Georgetown aux Etats-Unis. En 2013, il est devenu le premier Tanzanien à faire la couverture du magazine Forbes et en 2015 il a été décrété Personne de l’année par Forbes Afrique. Selon le magazine, il occupe la 17ème position sur la liste des milliardaires africains avec une fortune évaluée à 1,54 milliard de dollars (1,29 milliard d’euros).

Député de 2005 à 2015, il est aussi le principal actionnaire du club de football Simba FC. Marié et père de trois enfants, il s’était engagé en 2016 à faire don d’au moins la moitié de sa fortune en faveur de causes philanthropiques, selon Forbes.

(©AFP / (11 octobre 2018 16h48)

https://www.romandie.com/news/Un-jeune-milliardaire-enlev-Dar-es-Salaam/961282.rom

Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes, prix Nobel de la paix

Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes, prix Nobel de la paix

Denis Mukwege, chirurgien, gynécologue obstétricien Prix Nobel de la Paix en 2018

Le prix Nobel de la paix 2018 vient d’être décerné au gynécologue congolais Denis Mukwege, un homme qui répare les femmes violées dans le cadre du conflit en République démocratique du Congo (RDC) et œuvre pour mettre fin à l’impunité. Il partage ce prix avec la militante irakienne yézidie rescapée du groupe Etat islamique Nadia Murad. Le prix Nobel de la paix récompense «leurs efforts pour mettre fin à l’usage de la violence sexuelle comme une arme de guerre».

Le docteur Denis Mukwege, lauréat 2013 du Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits et du Prix Sakharov 2014 vient de recevoir le prix Nobel de la Paix. En République Démocratique du Congo, il vient en aide aux femmes victimes de violences sexuelles, devenues un arme de guerre pour les milices qui sévissent dans le Kivu.

La distinction rend hommage à son engagement auprès des femmes victimes de violences sexuelles, des violences érigées en arme de guerre en République Démocratique du Congo notamment dans le Kivu, l’est du pays. Le docteur Denis Mukwege a crée l’hôpital Panzi en 1999 pour secourir les femmes victimes de viols et autres mutilations sexuelles. En moyenne, 300 femmes se rendent chaque mois dans ce centre hospitalier. Il a reçu de multiples distinctions, dont le prix des Nations unies pour les droits de l’Homme. Le gynécologue obstétricien risque sa vie au quotidien. Fin 2012, il a même fait l’objet d’une tentative d’assassinat dont il a réchappé grâce à l’un de ses gardiens, qui s’est sacrifié.

« Le combat courageux, précieux du Dr Mukwege dans sa quête de justice pour les victimes oubliées du conflit en RDC est aujourd’hui récompensé », témoigne Clément Boursin, Responsable des programmes Afrique de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). « Ce combat est essentiel car les espoirs d’une paix durable en RDC ne pourront aboutir que si justice est rendue. L’impunité des criminels passés constitue un véritable fardeau pour la pacification du pays.»

Dans ce but, le Docteur Mukwege et l’ACAT œuvrent pour que soit levé l’embargo sur les documents identifiant les présumés auteurs et responsables de 617 incidents violents commis entre 1993 et 2003, documentés dans le rapport mapping des Nations Unies de 2010 et pour que soient enfin sanctionnés leurs responsables. Le rapport « Mapping » accusait notamment des officiers de l’armée congolaise, ainsi que sept autres pays impliqués dans les conflits armés en RDC.

« Depuis sa publication en octobre 2010, le Rapport mapping a été oublié par la communauté internationale. Huit ans plus tard , les recommandations du rapport ne sont pas suivies d’effet et l’impunité demeure. Il faut que la reconnaissance du docteur Mukwege, symbole du soutien international aux victimes congolaises, s’accompagne de mesures véritables pour rétablir enfin la justice dont les Congolais ont tant besoin » témoigne Clément Boursin.

 

https://www.afrik.com/denis-mukwege-l-homme-qui-repare-les-femmes-prix-nobel-de-la-paix

Le retour de la Russie en Afrique

lundi 1 octobre 2018

L’Afrique Réelle n°106 – Octobre 2018

Sommaire :

Actualité :
– Nord Mali : Une guerre qui n’est pas d’abord religieuse
– Afrique du Sud : La récession

Dossier : Quelle stratégie poursuivent les Russes en Afrique ?
– L’URSS et l’Afrique (1960-1991)
– La nouvelle politique africaine de la Russie
– La méthode russe : les ventes d’armes
– Comment le quai d’Orsay a offert la Centrafrique à la Russie

Editorial de Bernard Lugan :

Le retour de la Russie en Afrique

De la Libye à la Centrafrique et du Burkina Faso au Mozambique, après plus de deux décennies d’absence, la Russie fait aujourd’hui son grand retour en Afrique. Avec méthode, mais également fracas. Evgeny Korendyasov, le directeur des études russo-africaines, a en effet déclaré à l’Académie des Sciences de Russie : « Il y aura une bataille pour l’Afrique ».
Pourquoi ce soudain intérêt russe pour le continent africain ?
La question est au cœur des interrogations des dirigeants des pays de l’OTAN.
Quant aux responsables français, littéralement sidérés et enfermés dans leurs présupposés idéologiques, ils ne peuvent que constater  l’ « intrusion » de Moscou dans le « pré carré » africain.
Leur vision économique des rapports humains les rendant incapables de se mettre « dans la tête des Russes », ils font donc fausse route quand ils analysent la politique de ces derniers comme une volonté de contrôle des matières premières africaines. A la différence de la Chine, l’immense Russie en regorge.
La politique africaine de Moscou est clairement géostratégique mais, pour le comprendre, il est nécessaire de raisonner comme les Russes. Or, ces derniers se sentent agressés après avoir été repoussés par des Européens obéissant quasi servilement aux sanctions imposées par  Washington. L’immixtion de l’OTAN en Ukraine, puis la dénonciation du rattachement de la Crimée et la volonté de faire tomber l’allié syrien, le tout accompagné d’incessantes campagnes de dénigrement dans le monde occidental, sont autant d’arguments venant conforter l’impression d’un complot ourdi contre la Russie.
Prise dans le cercle hostile que l’OTAN referme chaque jour un peu plus sur elle – le président Trump a même parlé d’installer une base militaire permanente en Pologne -, la Russie a donc décidé de briser son isolement en traçant son propre cercle dans lequel elle va chercher à enfermer ceux qui l’encerclent.
Voilà pourquoi elle s’installe en Afrique, continent disposant de plus de 50 voix à l’ONU. Mais alors que la Chine s’y implante en endettant ses partenaires-créanciers, la Russie investit le secteur militaire et sécuritaire avec ses livraisons d’armement (voir  pages 14 et 15) accompagnées d’« instructeurs ».
Cette stratégie de désencerclement englobe déjà la Turquie, l’Iran, la Chine et l’Inde. A terme, plus de six des sept milliards d’habitants de la planète pourraient  graviter autour d’elle.
Que pèsera alors le petit milliard restant (essentiellement Etats-Unis, UE et peut-être Japon), qui aura perdu à la fois l’initiative stratégique et le pouvoir économique ?
Prisonnière de la politique étrangère américaine, l’UE qui sera la grande perdante de cette recomposition planétaire risquera alors de sortir de l’histoire.  Avant de devenir le déversoir d’une Afrique surpeuplée.

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique


Par Andrew Korybko – Le 10 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, a salué les relations de son pays avec l’Érythrée et a fait part au monde des projet de Moscou d’y construire un centre logistique.

C’est à Sotchi, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre bilatérale, qu’il a pris la parole aux côtés de son homologue érythréen, et indiqué que les discussions avaient notamment porté sur la construction de couloirs de transports régionaux, d’oléoducs, et d’ouvrir un département russophone dans l’une des universités d’Asmara. Lavrov a également déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Érythrée, imposées en 2009 après des rapports indiquant que le pays soutenait Al-Shaabab en Somalie, devraient à présent être levées. Il a félicité l’Érythrée pour l’ensemble de ses actions ces derniers mois en faveur de la paix dans la région, et pour son rapprochement rapide de l’Éthiopie, qui a complètement modifié la situation géopolitique de la corne de l’Afrique.

Avec plus de recul, la Russie semble très désireuse de faire de l’Érythrée sa passerelle vers le géant régional que constitue l’Éthiopie, deuxième pays africain en population, et son économie à croissance rapide. Le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie verra Addis Abeba diversifier ses accès au reste du monde, s’affranchissant de sa dépendance historique de Djibouti en la matière, si bien que l’on peut également s’attendre à voir le rôle de l’Érythrée croître en importance en termes de connectivité. Les investissements que la Russie entend mener en Érythrée montrent en outre le sérieux de sa démarche de « pivot vers l’Afrique » et la réalité de son désir d’établir une présence dans la région de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, suite aux bruits qui courent de l’offre qui lui aurait été faite d’ouvrir une base navale au Soudan voisin, et d’autres échos non confirmés qui auraient signalé qu’elle étudiait également la possibilité d’en ouvrir une dans la région dissidente du Somaliland.

Un autre point à garder à l’esprit est que les Émirats arabes unis (EAU) constituent le premier partenaire international de l’Érythrée, et sont responsables non seulement d’avoir rompu l’isolement international du pays en y construisant une base soutenant la guerre contre le Yémen, mais également pour le rôle de facilitateur qu’ils ont joué dans le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie. Abou Dabi constitue donc un pouvoir transrégional en croissance, qui cultive en même temps des liens plus forts que jamais avec Moscou, les deux parties ayant signé une Déclaration officielle de partenariat stratégique début juin, à l’issue de la rencontre dans la capitale russe entre le prince de la couronne Mohammed Bin Zayed et le président Poutine. Les liens entre la Russie et les Émirats vont donc converger en Érythrée, et possiblement également même en Éthiopie peu après.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe a rencontré Osman Saleh, ministre des Affaires étrangères érythréen, le 31 août 2018, à Sochi, en Russie

Loin des regards, le partenariat stratégique russo-émirati se montre étonnamment solide, sans le moindre conflit d’intérêt entre les deux parties dans la corne de l’Afrique. Les deux pays ont conclu un accord de défense de quasiment 2 milliards de dollars en février 2017, et se sont engagés à coopérer dans les sphères de la cybersécurité et de l’énergie. En outre, la pompe à pétrole des émirats s’intéresse aux voitures et motos électriques russes, ainsi qu’à la marque Aurus de berlines de luxe, popularisée il y a peu par le président Poutine. En fait, la coopération entre Russie et Émirats promet littéralement de monter plus haut que le ciel, Moscou se préparant à propulser prochainement les cosmonautes de son partenaire jusqu’à la station spatiale internationale.

Somme toute, l’importance stratégique des relations entre Russie et Érythrée réside dans le potentiel qu’elles présentent, non seulement pour faciliter le « pivot vers l’Afrique » de Moscou dans la corne de l’Afrique, notablement en Éthiopie, mais également en ce qu’elles vont renforcer le partenariat déjà fluide et solide entre la Russie et les EAU, au travers du pays du tiers monde dans lequel ils ont tant d’intérêts en commun. Et une concrétisation réussie du concept selon lequel une coopération russo-émirati apporte des dividendes concrets et positifs dans d’autres pays comme l’Érythrée pourrait également ouvrir la porte à Abu Dabi pour inviter Moscou au Sud-Yémen, où les Russes exerçaient une influence à l’ère soviétique, ce qui pourrait permettre à la Russie de contribuer à la reconstruction de la société, ravagée par la guerre, et de consolider sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/au-travers-de-lerythree-et-des-eau-la-russie-se-tourne-vers-la-corne-de-lafrique

 

L’Afrique au secours du Brexit ?

L’Afrique au secours du Brexit ?

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L’Afrique au secours du Brexit ?

En 1948, lorsque les ministres irlandais réfléchissaient aux besoins en investissements pour le développement des colonies africaines, l’accent n’était pas mis sur les besoins de ces pays, mais sur la manière dont ces colonies pourraient soutenir l’économie britannique. Il y avait aussi un calcul politique. En effet, après le rééquilibrage du pouvoir mondial en 1945, le gouvernement a estimé que seul le renforcement de l’empire africain lié à l’Europe pourrait lui permettre de rivaliser avec les blocs américains et soviétiques. Aujourd’hui, 70 ans après, l’Afrique semble être, pour les politiciens britanniques, un moyen de conserver l’influence mondiale de la Grande-Bretagne.

Une tournée s’inscrivant dans la tradition britannique

La récente tournée très médiatisée de Theresa May en Afrique (Afrique du Sud, Kenya et Nigéria) a été présentée comme un moyen d’approfondir les liens économiques entre la Grande-Bretagne et la région. Mme May n’a pas caché ses ambitions de faire de son pays  le plus grand investisseur du G7 en Afrique d’ici à 2022. Les investissements directs du gouvernement britannique, d’une valeur de 4 milliards de livres, seront accompagnés d’investissements privés (une ambition relativement modeste). Le Premier ministre s’est engagé à défendre le niveau de l’aide britannique (malgré les vives critiques des conservateurs et des médias qui souhaitent le réduire), tout en proposant une réorientation de ces dépenses d’aide de manière à soutenir l’économie britannique post-Brexit.

T. May est la dernière en date d’une longue lignée de Premiers ministres ayant évoqué le potentiel de l’Afrique à leurs propres fins politiques : de Tony Blair et Gordon Brown, qui considéraient l’aide internationale comme un moyen de mettre en évidence le leadership moral de la Grande Bretagne dans le monde, jusqu’à la visite de David Cameron en 2011 (dont la viste de May est un écho), qui a appelé à utiliser l’aide pour créer de futurs consommateurs de produits et services britanniques.

Ce qui interpelle le plus dans les déclarations de T. May, c’est l’odeur du désespoir. Il y a beaucoup de bonnes raisons pour approfondir les liens commerciaux dans la région et pour établir de meilleures relations entre la Grande-Bretagne et les gouvernements africains. Mais, présenter cette solution comme un remède à d’éventuels problèmes économiques post-Brexit en Grande-Bretagne semble, au mieux peu inspiré, au pire une grossière erreur.

De vives critiques se lèvent contre T. May qui affiche clairement sa volonté de recentrer l’aide au service des intérêts nationaux et diplomatiques britanniques. Elle souhaite substituer la création d’emplois à la stratégie de réduction de la pauvreté à court terme. Lorsqu’elle évoque le renforcement de la sécurité et le soutien aux États africains fragiles, sa motivation réelle semble bien être la réduction de la migration vers l’Europe et singulièrement la Grande-Bretagne. Elle souhaite désormais utiliser l’aide comme outil de soutien à la création d’accords commerciaux hors des blocs européens. Cependant, l’aide britannique a toujours porté sur les intérêts britanniques: politique, économique et diplomatique. En effet, le premier acte qui a établi l’aide britannique, la loi de 1929 sur le développement des colonies, a été adoptée alors que le monde était confronté à la crise économique mondiale et à la dépression. Son objectif explicite était de stimuler l’économie et les emplois britanniques. Il est clair que cette stratégie perdure.

Aide au commerce?

Des années 40 aux années 90, l’aide, sous les gouvernements tant des travailleurs que des conservateurs, était «conditionnée» à des dépenses en équipement et en experts britanniques. L’aide a toujours été considérée comme un outil de politique étrangère tout autant qu’une obligation morale d’aider les régions les plus pauvres du monde à se développer. La Grande-Bretagne n’est pas la seule à faire cela: les exigences de «l’aide conditionnée» restent courantes malgré leur piètre bilan en matière de réduction de la pauvreté. En 2002, le gouvernement de Blair a rendu l’aide « conditionnée » illégale. Elle est malgré tout restée un élément essentiel de l’arsenal diplomatique du Royaume-Uni. C’est avant tout un moyen d’assurer une influence mondiale (utile, par exemple, pour défendre l’adhésion permanente du Royaume-Uni au Conseil de Sécurité des Nations Unies).

En 2009, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat sous la présidence de Barack Obama, avait évoqué l’utilisation de l’aide comme moyen de lutter contre la pauvreté et l’insécurité dans les régions pauvres du monde et aussi comme un moyen de protéger les intérêts nationaux. Elle devait être un pilier central de la politique étrangère américaine. La France quant à elle est relativement ouverte dans sa relation entre l’aide et la promotion de ses propres intérêts africains.

Le recentrage promis par May n’est pas non plus vraiment nouveau. Sous le gouvernement de coalition, l’aide devait être recentrée sur la création d’emplois, avec la promesse que cela serait bon pour les entreprises britanniques. Priti Patel, au cours de sa période désastreuse à la tête du Département pour le développement international, a affirmé à plusieurs reprises que l’objectif de l’aide britannique était de bien de servir l’intérêt national du Royaume-Uni. Elle relie régulièrement les dépenses d’aide à de futures relations et/ou accords commerciaux.

Ainsi, la «nouvelle approche» de T. May n’a pas vraiment changé, malgré son nouvel emballage luisant. C’est bien un outil au service du gouvernement britannique qui sera bien utile pour amortir un Brexit incertain.

Michael Jennings est chef du département de l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres. Article initialement publié en anglais par African Liberty – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 26 septembre 2018.

http://www.libreafrique.org/Michael-Jennings-afrique-au-secours-du-Brexit-260918

A la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron évoque les grands dossiers africains

Afrique

A la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron évoque les grands dossiers africains

media Le président français Emmanuel Macron à la tribune de l’AG de l’ONU, le 25 septembre 2018 à New York. REUTERS/Shannon Stapleton

Pour son deuxième passage en tant que président français à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron s’est lancé dans un discours fleuve, mardi 25 septembre 2018, pour se poser en défenseur du multilatéralisme et en champion de l’alliance avec l’Afrique. Il avait promis à Ouagadougou ne pas se poser en donneur de leçons avec le continent, mais il l’a fait avec le reste du monde.

Avec notre envoyée spéciale à New York,  Sonia Rolley

« Face à certaines crises, nous devons repenser notre organisation avec les organisations régionales et tout particulièrement avec l’Union africaine. Face à ces crises, ce sont les troupes africaines qui sont les plus à même d’intervenir rapidement et avec efficacité. Ce sont aussi celles qui sont le plus directement concernées par un rétablissement de la stabilité. » Propos signés Emmanuel Macron à l’ONU.

« Nous devons faire toute sa place à l’Afrique, estime le président français, pour que son rôle soit moteur et central dans la recomposition du système international. » L’une des raisons invoquées par le chef de l’Etat ? Ce serait sur le continent africain que l’on retrouve « les plus grands défenseurs du multilatéralisme », assure-t-il, en référence à la vision des relations internationales qu’il défend.

« Parce que n’oubliez jamais que les génocides qui ont fait que vous êtes là aujourd’hui », a hurlé Emmanuel Macron à la tribune de l’Assemblée générale ce mardi, sont notamment dus au délitement du droit international. Et de citer le droit des peuples à choisir leurs propres dirigeants, ou la défense des droits de l’homme contenue dans la Déclaration universelle de 1948.

Libye, G5 Sahel, lac Tchad… Macron sur tous les fronts

Le chef de l’Etat français dit vouloir défendre le multilatéralisme en Libye, pays qui « devient le terrain de confrontations des influences étrangères » selon lui. Il fait référence à l’engagement pris à Paris par les acteurs libyens d’organiser rapidement des élections et appelle à ce que ce processus soit engagé sous l’égide des Nations unies, en partenariat avec l’Union africaine.

Emmanuel Macron a aussi plaidé pour un soutien aux solutions régionales africaines – G5 Sahel, force multinationale mixte des pays du bassin du lac Tchad… « Nous devons soutenir cette initiative de l’Union africaine pour une meilleure coopération » avec l’ONU, insiste-t-il. Education, climat, migrations, inégalités, le président français dit vouloir être à la pointe de tous les combats.

Et pour ce faire, il faut revoir selon M. Macron le « modèle historique » des opérations de maintien de la paix. Son constat : « Nous assistons aujourd’hui à des théâtres où nous avons des opérations des Nations unies qui n’ont ni le mandat ni les capacités d’imposer la paix, mais qui bénéficient du plein soutien international, et de l’autre côté, des opérations africaines aux mandats robustes, mais qui ont toutes les peines du monde à mobiliser quelque soutien. »

Sa suggestion : « Il est de notre intérêt d’accompagner les réformes engagées par l’Union africaine pour progresser vers une prise en charge par les Africains de leur sécurité collective. Cela implique d’avancer ensemble vers un financement prévisible des opérations africaines. » Car aux yeux de numéro un français, la « dichotomie » actuelle crée « une concurrence inutile et inefficace ».

► Lire aussi : Quel financement pour le maintien de la paix ?

Envoyée spéciale
Je crois profondément à la souveraineté des peuples et dans le même temps à une coopération renforcée
A la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron à la rescousse du multilatéralisme 26/09/2018 – par Valérie Gas Écouter

Centrafrique : Le Drian estime qu’il n’y a pas de place pour l’initiative de paix menée par la Russie

Centrafrique : Le Drian estime qu’il n’y a pas de place pour l’initiative de paix menée par la Russie

25 septembre 2018 à 08h54 | Par Jeune Afrique avec AFP

Aux yeux du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, il n’existe « aucune alternative » à l’initiative de paix menée par l’Union africaine en Centrafrique, où Moscou tente d’initier un processus concurrent.

« Il n’y a aucune alternative, ni souhaitable, ni susceptible de réussir », a déclaré Jean-Yves Le Drian lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Des déclarations qui interviennent alors que la Russie est de plus en plus présente diplomatiquement et militairement – ainsi que par mercenaires interposés – dans ce pays.

L’ingérence de Moscou

Moscou s’est notamment ingérée dans la complexe médiation avec les groupes armées qui contrôlent la majorité du territoire. Une rencontre sous son égide a notamment été organisée fin août à Khartoum entre différents groupes en parallèle de la médiation officielle menée par l’Union africaine (UA).

De leur côté, les autorités centrafricaines ont déclaré soutenir la médiation de l’UA, qui tente depuis juillet 2017 de faire s’asseoir autour de la table de négociations les groupes armés et le gouvernement.

Une situation sécuritaire « préoccupante »

« L’initiative de paix portée par l’Union africaine pose le seul cadre crédible et approuvé par l’ensemble de la communauté internationale à une sortie de crise durable », a estimé Jean-Yves Le Drian. »Celle-ci passe par le désarmement des groupes armés et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire », a-t-il ajouté en rappelant que « la situation (sécuritaire) rest(ait) préoccupante ».

Début 2018, cinq officiers militaires et 170 instructeurs civils sont arrivés de Russie à Bangui, où ils ont aidé au redéploiement de soldats centrafricains hors de la capitale. Moscou a par ailleurs livré des armes à l’armée nationale après avoir obtenu une exemption à l’embargo de l’ONU.

https://www.jeuneafrique.com/634154/politique/centrafrique-le-drian-

Le Royaume-Uni à la conquête de l’Afrique ? Par Bernard Lugan

Le Royaume-Uni à la conquête de l'Afrique ? Par Bernard Lugan

Le Royaume-Uni à la conquête de l’Afrique ? Par Bernard Lugan

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 105 (septembre 2018) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Afrique : le retour des Britanniques

Mardi 28 août, Madame Thereza May, Premier ministre britannique, a débuté une tournée africaine qui devait la conduire en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya. Trois pays qui furent, en leur temps, les trois points d’appui de la politique coloniale anglaise au sud du Sahara.

Si l’Afrique ne compte pas pour l’économie britannique, le continent dans son ensemble représentant environ à peine 3% des exportations et des importations britanniques – dont plus de 50% avec deux pays, l’île Maurice et l’Afrique du Sud -, un tel voyage s’explique dans le contexte du Brexit. Londres cherche en effet à s’ouvrir de nouveaux marchés et de nouveaux débouchés en opérant un retour à ses fondamentaux historiques.

Le pays est d’autant plus fondé à le faire qu’il n’existe pas de contentieux majeur avec l’Afrique car, l’habilité des dirigeants britanniques fut d’avoir décolonisé avant même que la demande leur en soit faite. Puis, une fois la décolonisation opérée, de tourner définitivement la page. Voilà pourquoi nul ne fait à la Grande-Bretagne le reproche d’avoir prolongé la période coloniale à travers une « françafrique » au demeurant largement fantasmée.

Jacques Berque avait parfaitement résumé l’originalité britannique d’une phrase : « Dans l’entreprise impériale anglaise, j’admire profondément le sens du mouvement, et plus encore que le crescendo, le génie du decrescendo, du pouvoir absolu au départ absolu. Admirable dextérité. » 

Et pourtant, en 1940, l’empire colonial africain britannique s’étendait en Afrique de l’Ouest (Gold Coast – l’actuel Ghana -, Sierra Leone, Nigeria et Gambie, plus une partie du Togo et du Cameroun) ; en Afrique de l’Est (Kenya, Uganda, Zanzibar, plus l’ancien Tanganyika allemand sur lequel elle exerçait une Tutelle) ; en Afrique australe (Nyassaland, – l’actuel Malawi -, Rhodésie du Nord – l’actuelle Zambie -, Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, plus les protectorats du Bechuanaland – l’actuel Botswana -, du Basutoland – l’actuel Lesotho – et du Swaziland). La Grande-Bretagne exerçait également sa souveraineté sur le Soudan-anglo-égyptien.

Mais, à partir de 1942, la difficile situation des armées britanniques face aux Japonais obligea Londres à demander de plus fortes contributions à ses colonies africaines. En échange, d’importantes réformes y furent introduites, notamment au Nigeria et en Gold Coast.

La politique britannique de décolonisation fut ensuite très différente de celle suivie par la France. Londres ayant admis très tôt que le mouvement des indépendances était inéluctable, il lui importait donc de ne pas se laisser acculer à des situations conflictuelles, tout en organisant la transition au mieux de ses intérêts. De plus, et encore à la différence de la France, il y eut en Grande-Bretagne un consensus de toute la classe politique.

Les indépendances furent donc acquises sans heurts, sans ruptures majeures et au terme d’une évolution constitutionnelle contrôlée de bout en bout. Les seules exceptions furent le Kenya où, en 1952, éclata la révolte des Mau-Mau, et la Rhodésie du Sud où la minorité blanche proclama unilatéralement son indépendance en novembre 1965.

Au sommaire de ce numéro

Actualité :

  • Ethiopie-Erythrée : un retour à la realpolitique ?
  • Djibouti victime du rapprochement Ethiopie-Erythrée ?
  • Le port de Djibouti

Dossier :

  • Le Mozambique, nouveau foyer jihadiste ?
  • Nigeria : le conflit oublié du Middle Belt

Histoire :

  • La dimension islamique de la guerre d’Algérie

Bernard Lugan
20/09/2018

Source : L’Afrique Réelle

Crédit photo : Institut Iliade

https://www.polemia.com/royaume-uni-afrique-bernard-lugan/

Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

Finance

Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

Malgré le chaos politique et sécuritaire dans leur pays, les dirigeants officiels de la Libyan Investment Authority se démènent pour restructurer et redynamiser les actifs du fonds souverain sur le continent.

C’est le leitmotiv de Hassan Bouhadi depuis quelques mois : reprendre la main sur les nombreux investissements réalisés par le fonds souverain libyen en Afrique durant le règne de Mouammar Kadhafi et qui, depuis la chute de ce dernier, sont en souffrance ou repris par certains États. Nommé en octobre 2014 à la tête de la Libyan Investment Authority (LIA) par le gouvernement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre dernier, il est contesté par le gouvernement de Tripoli. Actuellement basé à Malte pour des raisons de sécurité, cet ingénieur formé à Londres est, selon son entourage, déterminé et prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour recouvrer les avoirs libyens.

Alors qu’une grande partie de l’ensemble des actifs détenus par la LIA, valorisés à 67 milliards de dollars (62,4 milliards d’euros), sont encore sous sanction, gelés par les Nations unies, les dirigeants du fonds assurent que ceux situés sur le continent sont toujours opérationnels. Les équipes de toutes ses filiales actives en Afrique sont ainsi mobilisées avec pour objectif de « revoir leur approche et de faire en sorte que leurs investissements soient gérés le plus efficacement possible », nous indique-t-on dans l’entourage de Hassan Bouhadi. Alors que la Libye semble plongée dans le chaos politique et sécuritaire, Jeune Afrique fait le point sur ce que deviennent les investissements de son fonds souverain sur le continent, dans quatre secteurs-clés.

Télécoms

C’est notamment dans ce secteur que la LIA a récemment mené l’offensive. En juillet, elle a lancé des actions contre quatre pays africains – le Rwanda, le Tchad, la Zambie et le Niger – qui ont nationalisé ses filiales dans les télécoms. « Des procédures sont en cours », nous confie sans plus de détails une source proche du dossier qui soutient que ces procédures ont été soit lancées auprès de la justice des pays concernés, soit ouvertes sous forme de programmes de règlement de contentieux.

D’après nos informations, au Niger, le différend porte sur la reprise de la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel) par l’opérateur libyen LAP GreenN et pour laquelle un accord avait été conclu en janvier 2011. La Libye devait payer un bonus de 31 milliards de F CFA (environ 47,3 millions d’euros) au Niger dans les quarante-cinq jours suivant la signature de l’accord et mettre en place un programme d’investissement de 55 milliards de F CFA sur cinq ans.

Faisel Gergab, le président de LPTIC s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA

Mais, en février, le soulèvement contre le régime de Kadhafi a empêché la Libye de tenir ses engagements, obligeant le Niger à reprendre le contrôle de la société. « Aujourd’hui, les Libyens mettent en avant un cas de force majeure, comme le prévoit une clause de l’accord conclu en janvier 2011, pour réclamer la reprise de Sonitel », nous explique un conseiller à la présidence du Niger, qui avait participé aux négociations.

Depuis quelques mois, la LIA tente de relancer l’opérateur de téléphonie mobile LAP GreenN, aujourd’hui actif dans trois pays. En août, elle a ainsi cédé les actions détenues dans cette entreprise par sa filiale Libya Africa Investment Portfolio (LAP) à la Société libyenne des postes, des télécommunications et des technologies de l’information (LPTIC). Fin septembre, par exemple, Faisel Gergab, le président de LPTIC et par ailleurs membre du comité de direction de la LIA mené par Hassan Bouhadi, s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA.

LAP GreenN, qui, pénalisé par les troubles politiques en Libye, n’a pas pu passer à la 3G en Côte d’Ivoire, cherche ainsi à se mettre en règle vis-à-vis des autorités du pays. Son objectif : se donner toutes les chances de décrocher la quatrième licence globale pour laquelle l’État a lancé un appel d’offres.

Hôtellerie & immobilier

D’après nos informations, Hassan Bouhadi et son équipe ont mis en place un groupe de travail pour revoir les investissements de la LIA dans certains pays, comme la Tunisie, ou le fonds souverain détient des actifs dans le tourisme et l’immobilier. Sur le continent, c’est sans doute dans ces deux secteurs que la Libye de Kadhafi avait le plus investi via la Libyan Foreign Investment Company (Lafico), une autre filiale du fonds souverain.

Mais plus de quatre ans après la chute du dictateur, un nombre important de ces actifs connaissent des difficultés et de nombreux projets ont été gelés. Au Mali, autrefois considéré comme la principale terre d’accueil des investissements de Tripoli en Afrique subsaharienne, sur quatre établissements hôteliers libyens, seul l’hôtel de l’Amitié fonctionne aujourd’hui. Et ce grâce notamment à la Minusma, qui paie environ 800 000 millions de F CFA par mois pour y loger ses troupes.

J.A.

Et, au Togo, les autorités ont dû employer la manière forte pour reprendre le contrôle de l’hôtel du 2-Février, autrefois géré par Sofitel. Laico avait repris cet établissement en 2006 en transformant en actions un prêt de 15 millions de dollars accordé au gouvernement de ce pays quelques années plus tôt. Mais la filiale du fonds souverain libyen n’a pu respecter son engagement de rénover cet établissement de 36 étages et de relancer rapidement son exploitation. Les bouleversements en Libye et l’instabilité qui y règne depuis n’ont rien arrangé.

Après avoir confié une étude sur l’opportunité juridique de la manœuvre à des avocats locaux et français, le Togo fait voter une loi de nationalisation le 6 novembre 2014, qui prévoit néanmoins l’indemnisation des actionnaires libyens. Après des mois de négociations et parfois de descentes musclées des forces de l’ordre sur le site ou étaient installés les bureaux locaux de Laico, les deux parties trouvent finalement un accord. L’hôtel du 2-Février est aujourd’hui à 100 % la propriété de l’État togolais, qui a confié sa rénovation au groupe sud-africain ZPC. Et son exploitation – à partir de décembre – au mauricien Kalyan Hospitality Development Limited, sous la marque Radisson Blu.

La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, indique Abdellatif Kabbaj

Désormais, la LIA semble miser davantage sur l’Afrique du Nord, où la situation est plus favorable. « Cinq de nos dix hôtels appartiennent au fonds souverain libyen, avec qui nous travaillons depuis 2009 dans le cadre d’un partenariat signé pour quinze ans, indique Abdellatif Kabbaj, président du groupe Kenzi Hotels, basé à Marrakech. La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, qui consiste essentiellement à lui régler des loyers pour les établissements que nous gérons et dont elle est propriétaire. C’est la même équipe qui est en place depuis le début de notre collaboration. »

Énergie

Alors qu’une libéralisation des prix des produits pétroliers est en cours au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, le fonds souverain libyen incite sa filiale OilLibya à se renforcer dans ces pays. Gérée depuis Dubaï, cette dernière est l’une des rares entreprises libyennes qui se portent plutôt bien sur le continent. Au Maroc, l’un de ses principaux marchés (elle y est quatrième en termes de part de marché), la société a vu ses revenus passer de 4 milliards de dirhams (environ 355,8 millions d’euros) au cours de l’année précédant la révolution libyenne à 6 milliards en 2014.

Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso

Entièrement détenu par OilInvest Group (qui lui-même est une filiale de la LIA), OilLibya est dirigé par le Franco-Libyen Ibrahim Bugaighis. Et est aujourd’hui présent dans 18 pays sur le continent, où il compte 1 022 stations-service et emploie plus de 1 500 personnes. Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso, avant de poursuivre sa croissance par des acquisitions. Il a ainsi racheté successivement, entre 2004 et 2008, les filiales de Shell au Niger, au Tchad, à Djibouti, en Éthiopie et au Soudan, et celles d’ExxonMobil au Niger, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Cameroun, au Kenya, en Tunisie et au Maroc.

Agriculture

Selon nos informations, dans le domaine de l’agriculture, l’Afrique du Nord semble être la priorité de Hassan Bouhadi et de ses équipes de la LIA. Et notamment l’Égypte, un des principaux exportateurs africains de fruits et légumes. La Libye y a fait des investissements dans ce secteur, en particulier dans l’une des plus grandes fermes du pays.

En Afrique subsaharienne, la plupart des projets sont en souffrance ou tout simplement abandonnés, comme le projet public-privé Malibya. Lancé en 2008 au Mali, il prévoyait l’aménagement, pour un coût d’environ 56 milliards de FCFA, de plus de 100 000 hectares de terres au sein des vastes périmètres rizicoles de l’Office du Niger, la rice belt malienne, située dans la région de Ségou, quatrième du pays.


 

Un fonds, deux patrons

Qui dirige vraiment le fonds souverain libyen ? La réponse à cette question est loin d’être évidente. À l’instar du pays lui-même, la Libyan Investment Authority est divisée entre deux patrons. Hassan Bouhadi, nommé par le gouvernement reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre, est certes le plus actif sur le front de la reprise du contrôle des investissements libyens à l’étranger. Mais sa légitimité est loin de faire l’unanimité.

Légitimité surtout contestée par Abdulmagid Breish, son rival, basé à Tripoli mais qui révendique son indépendance vis-à-vis du gouvernement qui y est installé. Cet ancien banquier, qui a travaillé à la Libyan Arab Foreign Bank et à l’Arab Banking Corporation, avait été nommé à la tête du fonds souverain en juin 2013, lorsque le pays avait un seul gouvernement. Mais accusé d’avoir collaboré avec le régime de Kadhafi, il affirme avoir choisi de se retirer de ses fonctions dans le soucis de respecter la loi sur l’isolation politique et administrative. Blanchi à la suite d’un procès en appel, il revendique ce poste depuis avril dernier.

En attendant que cette bataille des chefs soit résolue, les deux hommes ont accepté en juillet de mettre de côté leur différend et de donner la priorité aux intérêts du fonds libyen. Via leurs avocats respectifs, ils ont nommé BDO, le cabinet international d’audit et de conseil, en tant que récepteur et gestionnaire des dossiers litigieux du fonds souverain libyen concernant l’Europe.

En Afrique, les deux parties ne sont pas forcément d’accord. Tandis que Hassan Bouhari et ses équipes n’hésitent pas à engager des procès pour récupérer les actifs libyens, Mohsen Derregia, le patron de Libya Africa Investment Portfolio (LAP), proche de Abdulmagid Breish, soutient : « Une action en justice ne devrait pas être notre première approche. D’autant que dans certains cas les États nous ont restitué nos actifs après la révolution. »