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Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

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Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

© AFP 2019 BOUREIMA HAMAAFRIQUE15:38 15.01.2020(mis à jour 15:39 15.01.2020)URL courtePar Christine H. Gueye444S’abonner

Cheville ouvrière de la politique africaine d’Emmanuel Macron, s’appuyant sur l’implication des diasporas, Sira Sylla, députée LREM, estime que le sommet de Pau représente un tournant au Sahel. Invitée de Sputnik France, elle revient sur le Sommet G5 Sahel, le rôle de la France et de la Russie dans la région et sur son action pour la Francophonie.

«Ce sommet [à Pau, ndlr] a constitué un temps fort, puisque les États du G5 Sahel ont réaffirmé la nécessité de la force Barkhane. On peut aussi saluer la création de la Coalition Sahel qui va s’organiser autour de quatre piliers», s’est félicitée la députée LREM, Sira Sylla, au micro de Sputnik France.

Lors d’un entretien dans nos locaux le mardi 14 janvier, la parlementaire En Marche de la 4e circonscription de Seine Maritime a détaillé ces quatre piliers, avant d’expliquer son action avec les diasporas et dans le cadre de la Francophonie.

«La lutte contre le terrorisme, la formation des militaires sur place –donc le renforcement des capacités militaires–, la nécessité d’un retour de la présence de l’État –puisqu’il n’y en a plus– et le développement. Les États du G5 Sahel et la France ont réussi à s’unir sur ces quatre piliers et cela, c’est un signe encourageant.»

Réagissant aux décisions annoncées lors du sommet des chefs d’État du G5 Sahel, réunis à Pau le 13 janvier à la demande du président Emmanuel Macron, Sira Sylla, qui est d’origine sénégalaise, mais née à Rouen, s’est félicitée de la «remobilisation» des Etats du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) autour de la France sur ces quatre piliers.

Initialement prévu le 16 décembre pour «clarifier» la volonté des États sahéliens d’accueillir des troupes françaises chez eux, après les discours anti-français qui se sont fait entendre, notamment au Mali, ce sommet avait été reporté. Depuis l’attaque d’Inatès, au Niger, le 10 décembre, ayant causé la mort de 71 militaires nigériens, de nouveaux assauts des djihadistes se sont produits, provoquant à nouveau de nombreuses victimes dans la zone sensible, dite des trois frontières.

«Concernant le sentiment anti-français, c’est vrai [qu’il existe, ndlr], mais je préfère, pour ma part, répondre par la pédagogie. Il faut expliquer sur place ce que fait Barkhane, ce que font les différentes forces internationales. Il faut aussi que les Etats et les élus, là-bas, s’engagent sur le terrain [pour dire à quoi sert Barkhane, ndlr]. On ne peut pas laisser les pays du G5 Sahel dans une telle situation. Car si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi», a déclaré Sira Sylla au micro de Sputnik France.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron

© REUTERS / ERIC FEFERBERGMarine Le Pen soutient Macron sur ce pointCertains médias français répètent à l’envi que la Russie serait derrière les demandes de départ des troupes françaises du Mali. Moscou attiserait donc le sentiment anti-français grandissant au Sahel, parce qu’il viserait à prendre la place de Paris dans la région. Des allégations qui laissent Sira Sylla sceptique.

«Je ne prends pas pour argent comptant ce que les médias racontent sur les Russes. Je constate par rapport à ce que je vois et par rapport à ce que disent des ONG sérieuses qui se rendent souvent sur le terrain. On ne peut pas tout mettre sur le dos des Russes. Il vaut mieux être concret, aller sur le terrain et que tous les États avancent ensemble. Or, la Coalition Sahel, ça, c’est du concret», répond Sira Sylla sans détour.

S’unir pour contrer les djihadistes

Dans un communiqué publié lundi 13 janvier soir par l’Élysée à l’issue de la conférence de presse donnée par le Président de la République aux côtés de ses homologues du G5 Sahel, ceux-ci ont surtout insisté sur le besoin d’une «plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel» et d’un «engagement international renforcé» afin de combattre plus efficacement les groupes armés terroristes actifs dans cette zone.

Sira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

© PHOTO. ASSEMBLÉENATIONALEFRANÇAISESira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

«À cette fin, un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel appelé Coalition pour le Sahel, rassemblant les pays du G5 Sahel et la France à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer, est organisé autour de quatre piliers», précise le communiqué de l’Élysée.

Mali, opération Barkhane

© PHOTO. DAPHNE BENOITSahel: Macron annonce l’envoi de 220 soldats supplémentaires pour renforcer la force BarkhaneSur la base des décisions qui ont été arrêtées à Pau, c’est dans la région des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger) que les efforts vont désormais se concentrer «sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS*.»

De surcroît, toujours selon ce communiqué, le commandement conjoint de cette coalition accueillera «progressivement» l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé «Task Force Takuba», s’inscrivant dans ce premier pilier, celui de la lutte antiterroriste.

Sortir des liens néocolonialistes

Revenant sur l’annonce récente à Abidjan (Côte d’Ivoire), où elle a accompagné Emmanuel Macron, de la fin du franc CFA en faveur de l’ECO, Sira Sylla s’est également réjouie que ce soit des États africains qui aient demandé de mettre un terme au franc CFA. «Nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la France sorte des instances de décision», a-t-elle ajouté, se déclarant très fière d’avoir pu assister à ce moment «historique» empreint d’émotion.

Du coup, elle comprend mal les critiques dont le Président de la République continue de faire l’objet de la part de militants anti-CFA.

«Le handicap de la relation entre la France et l’Afrique, c’est que nous restons enlisés dans un passé post-colonialiste. Les Africains doivent prendre leur destin en main. Or, j’ai toujours l’impression qu’il y a un peu de schizophrénie. On voulait la fin du franc CFA. On l’a et c’est même annoncé. Mais on continue de pointer du doigt en direction d’Emmanuel Macron. Il n’est quand même pas tout seul dans cette affaire. Il y a bien une autre partie en face, qui est celle des chefs d’État africains de la zone franc», s’insurge la parlementaire LREM.

Même si elle ne nie pas que des questions «sensibles», comme l’augmentation subite des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, la Loi Asile et immigration ou la présence omnipotente de grands groupes français tels que Bolloré, voire Auchan, peuvent empoisonner la relation entre la France et l’Afrique, elle rejette catégoriquement les accusations d’hypocrisie à l’encontre de «son» Président.

Le plus important, pour elle, est de conserver intacte sa détermination à faire bouger les lignes en poursuivant son combat auprès des diasporas africaines, qu’elle veut de plus en plus impliquer dans la nouvelle politique africaine de la France et au sein de la Francophonie:

«C’est en tous cas le sens de mon engagement aux côtés d’Emmanuel Macron pour que les diasporas africaines s’impliquent davantage dans la co-construction de relations apaisées», confie Sira Sylla.

*L’État islamique au Grand Sahel (EIGS) est une organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/afrique/202001151042908570-pour-la-deputee-lrem-sira-sylla-si-lafrique-sombre-dans-le-terrorisme-leurope-sombrera-aussi/

Sortir du brouillard sahélien

Sortir du brouillard sahélien

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09 janvier, 2020
Note

Leslie Varenne

Le 4 décembre dernier, lors du sommet de l’OTAN, Emmanuel Macron avait convoqué de manière très peu diplomatique ses homologues du G5 Sahel en les appelant à clarifier leurs positions sur la présence de la force Barkhane dans la Bande sahélo-saharienne, une présence fortement décriée par leurs opinions publiques. Après un report, des remous, des tensions et des conciliabules, le sommet aura donc bien lieu le 13 janvier à Pau, les cinq chefs d’Etat ayant fini par accepter de s’y rendre. Ironie de l’histoire, si au départ, dans l’esprit du président français, cette réunion devait obliger les présidents du G5 Sahel à apporter des « réponses claires et assumées » sur la présence de Barkhane, finalement, ce sera à la France de se livrer à un nécessaire exercice de clarification pour sortir de sa confusion stratégique (1). Toutes les parties devront également jouer cartes sur table pour essayer, autant que faire se peut, de sortir le Sahel de la zone rouge dans laquelle il se trouve. 

Financement du terrorisme

Le financement du terrorisme est bien évidemment la première question qui doit être mise sur le tapis de Pau, si celle-ci n’est pas traitée, toutes les autres seront nulles et non avenues. En novembre dernier, le ministre nigérien de la Défense, Issoufou Katembé a déclaré : « Nous savons d’où viennent les financements des groupes terroristes. Il faut que les Etats qui sont derrière ces financements arrêtent » (2). Cette injonction à cesser d’alimenter les djihadistes de la zone n’a pas porté ses fruits, bien au contraire. Selon des informations obtenues par l’IVERIS, un émir d’AQMI basé dans la zone ouest du Mali, qui vient de quitter son organisation pour intégrer l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS), recrute actuellement à tour de bras, en distribuant des sommes conséquentes, 500 000 CFA et une Kalachnikov à toute personne qui rejoint ses rangs. A tel point que cette organisation est en train de supplanter AQMI et s’installe durablement dans la zone dite des trois frontières, où la présence de djihadistes étrangers est de plus en plus visible. A terme, l’instauration d’un califat dans cette région est à redouter, même si pour des raisons tactiques il n’est pas proclamé officiellement.

Cette augmentation de la capacité de nuisance des groupes armés terroristes n’est possible que grâce aux moyens conséquents dont ils disposent. Or comment gagner une guerre lorsque des Etats, qui, au passage sont vos alliés, sponsorisent vos ennemis ? Cette question concerne la France mais également tous les pays du G5 Sahel qui acceptent des fonds de la part de pays qui, dans le même temps, alimentent les responsables des drames quotidiens que subissent les populations et causent des pertes considérables dans les rangs des armées nationales (3).

En outre, un des plus grands dangers qui guette le Sahel actuellement est la mise en place d’une économie de guerre, avec en prime le narcotrafic, qui profite aux terroristes comme à certaines élites de ces Etats ; ce qui, compte tenu des dividendes engrangés, pourrait « éterniser » le conflit.

 Clarification française

 L’opération Takouba

Pour sortir de sa solitude sahélienne, la France a tenté de sonner le rappel des troupes en Europe en créant une nouvelle force militaire, une unité de forces spéciales, baptisée Takouba, qui aurait dû être opérationnelle ce mois. Problème, peu d’Européens se sont montrés enthousiastes. Les Allemands ont refuséla Belgique a accepté de dépêcher trois militairesles Estoniens enverront, eux, une quinzaine de membres de leur force spéciale, mais pas avant le deuxième trimestre 2020Reste la République tchèque qui se propose de déployer soixante hommes prochainement…

Que va faire la France ? Renoncer à cette mauvaise idée d’un empilement de forces, (il en existe déjà six, Takouba serait la septième) ? Revoir sa politique d’un tout sécuritaire qui a montré ses limites puisque les résultats ne sont pas au rendez-vous et que les groupes terroristes ne cessent de prendre de l’ampleur, tant par le nombre de combattants que par les attaques de plus en plus sophistiquées et meurtrières ? Va-t-elle enfin se doter d’une vision stratégique et politique de long terme au lieu de réagir au coup par coup, en créant à chaque fois de nouveaux mécanismes inutiles, comme Takouba ou le P3S ?

Désengagement des Etats-Unis dans le Sahel ?

Fin décembre, le New York Times a annoncé une réduction importante des troupes américaines en Afrique, notamment dans le Sahel. Le Pentagone aurait demandé à l’Africom de proposer un plan de retrait des troupes au cours du mois de janvier. Cette information a été reprise par de nombreux médias et considérée comme un fait déjà établi. Mais, compte tenu du grand désordre qui règne à Washington et des divergences de vues entre la Maison Blanche, le Pentagone, le Département d’Etat et la CIA, rien n’est moins sûr. A cette heure, aucun signe de désengagement n’est visible sur le terrain. Par ailleurs, ce retrait paraît assez peu envisageable, d’une part pour des raisons géopolitiques, les USA laisseraient un espace vacant qui pourrait être avantageusement occupé par la Chine et/ou la Russie ; d’autre part, à cause des investissements déjà réalisés, notamment avec la création de la base de drone d’Agadez qui devrait être inaugurée avant la fin du mois de janvier.

Cependant, si Donald Trump décidait réellement de se désengager du Sahel, au moins pendant le temps de sa campagne pour rassurer ses électeurs auxquels il avait promis de ramener les « boys » à la maison, que pourrait faire Barkhane, rester ou partir ? Faute de moyens et de volonté politique l’armée française n’est plus autonome pour ses opérations extérieures, au Sahel comme au Moyen-Orient, elle dépend du Pentagone en termes de logistique, de renseignement et de surveillance. Cette annonce est tombée à point nommé pour faire plier Paris, après les velléités d’Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN. Ceci explique, peut-être, pourquoi le Président français a rappelé sa solidarité sans faille avec Washington après l’assassinat du Général iranien Qassem Soleimani en Irak.  

En attendant de se désengager ou pas, les Etats-Unis s’apprêtent à nommer un émissaire pour le Sahel. Le profil de cet envoyé spécial pourrait rassurer, ou pas, la France sur la stratégie des USA dans la zone.

Stratégie régionale

Si désormais les Européens affichent une unité de façade pour dénoncer l’arrivée des forces militaires turques en Libye et les multiples ingérences extérieures, alors qu’ils y interviennent beaucoup eux-mêmes, ils n’en restent pas moins profondément divisés et se contentent de déclarations d’intentions inefficaces. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les Européens n’ont même pas pris la peine de mentionner que le prochain débarquement de forces turques en Libye a été précédé de combattants affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL) en provenance d’Idlib, faisant ainsi craindre une invasion du Sahel par des djihadistes de Syrie, dont Recep Tayyip Erdogan ne sait plus quoi faire. 

Sur ce dossier encore, la France doit clarifier sa position. Selon Kader Abderrahim : « Si officiellement, la France soutient le gouvernement Sarraj, reconnu par la communauté internationale, dans les faits, elle soutient le général Haftar. » En outre, ce chercheur à l’IRIS, spécialiste du monde arabe et de l’islamisme, note « la France devrait s’employer à faire respecter le droit international et appliquer un contrôle strict de l’embargo sur les armes, cela limiterait les combats. » (4) Il ajoute : « Depuis un siècle, toutes les résonnances violentes sont venues du Proche Orient, le Maghreb est resté assez stable. C’est la première fois qu’il y a un étau qui se resserre dans tout le monde arabe avec l’Iran à l’Est et la Libye à l’Ouest et qui pourrait provoquer l’instabilité dans toute la Méditerranée. »  Autant dire que la situation libyenne est grave et qu’elle pourrait embraser encore un peu plus le Sahel, car ces deux crises sont interdépendantes.

 L’Afrique aux Africains…

Si la France doit clarifier ses positions vis-à-vis des pays du Sahel, c’est à l’Afrique elle-même de donner ses orientations. Jusqu’à présent, en guise d’unité africaine, ont coexisté plusieurs clubs de dirigeants s’auto-congratulant et demandant aux pays des autres continents des fonds et des armes. Mais les visées de la Turquie sur la Libye changent la donne, et il faut espérer que cela provoquera une réaction commune et forte de tous les pays africains. L’Union Africaine pourrait saisir l’occasion, le moment est opportun. C’est à cette organisation d’envoyer un émissaire auprès du président Erdogan pour lui dire de s’occuper de son pays et de ne pas changer de continent. C’est encore à elle de taper du poing sur la table des Etats qui remplissent les caisses des djihadistes…

Finalement, cette réunion de Pau, tant décriée, pourrait s’avérer utile si les vrais sujets y étaient évoqués.

Leslie Varenne

(1)https://www.iveris.eu/list/notes/474-cote_divoire_sahel__deux_rendezvous_a_hauts_risques
(2)https://www.agenceecofin.com/securite/2811-71576-nous-savons-d-o-viennent-les-financements-des-groupes-terroristes-ministre-de-la-defense-du-niger
(3)Selon l’ONU en 3 mois entre octobre et décembre 2019, 193 militaires maliens sont morts au combat.

 https://www.elwatan.com/edition/international/sahel-lonu-alerte-sur-linsecurite-croissante-au-mali-06-01-2020(4)Le Conseil de Sécurité n’a pas réussi à faire voter une seule résolution pour faire respecter l’embargo sur les armes mis en place en 2011. 
La semaine prochaine aura lieu la conférence de Berlin à laquelle les Algériens, qui sont tout de même parmi les premiers impactés par la crise libyenne n’avaient pas été conviés. Les Allemands ont récupéré in extrémis leur faute majeure…

https://www.iveris.eu/list/notes/479-sortir_du_brouillard_sahelien

Editorial de Bernard Lugan

L’Afrique Réelle N°121 – Janvier 2020

Sommaire

Actualité
– L’année 2019 en Afrique
– Les deux guerres du Sahel
– La Corne de l’Afrique entre déterminismes ethno-tribaux et  nouveaux équilibres géostratégiques

Dossier : La question peul
– La première expansion des Peul (XVe-XVIIIe siècles)
– L’islamisation du Sahel par les Peul (XVIII-XIXe siècles)
– La méthode peul

Editorial de Bernard Lugan :

Au Sahel, l’impasse actuelle a cinq principales causes :
1) Les Maliens et les Français n’ont pas le même ennemi. Pour les premiers ce sont les Touareg qui demandent la partition du pays alors que les islamo-trafiquants que Barkhane combat ne sont pas séparatistes ; de plus, ils irriguent l’économie souterraine du pays.
2) L’islamisme radical, donnée régionale de longue durée, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique (voir à ce sujet le dossier de ce numéro consacré à l’expansion des Peul). Aujourd’hui, il prospère sur des plaies antérieures à la période coloniale dont il n’est que la surinfection.
3) Le jihadisme est devenu un « ennemi de confort ». En réalité, nous n’avons face à nous que quelques centaines d’ « authentiques » religieux se mouvant avec opportunisme dans un vivier de plusieurs dizaines milliers de trafiquants abritant leur « négoce » traditionnel derrière l’étendard du Prophète et qui, à l’occasion, peuvent se joindre à une expédition armée. 
4) Pour les populations maliennes, la présence française relève du néocolonialisme et elles accusent même la France d’être « complice » (!!!) des jihadistes (voir mon communiqué du 8 décembre 2019). Une accusation singulièrement renforcée par l’insolite restitution du «_sabre d’el-Hadj Omar » (voir mon communiqué en date du 25 novembre 2019) perçue localement comme la reconnaissance par la France de la mémoire d’un conquérant jihadiste apparenté aux Peul qui mit en coupe réglée les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali et d’une partie de celle du Burkina Faso… 
5) Les dirigeants français qui s’obstinent à soutenir des Etats faillis, ne proposent à des populations antagonistes enfermées dans d’artificielles frontières qu’une seule solution politique, l’utopique « vivre ensemble ». Or, comment peuvent-ils imaginer que des nomades berbères, arabes ou peul accepteront de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs sédentaires que leurs ancêtres razziaient au seul motif qu’ils sont électoralement plus nombreux qu’eux ? 
Voilà identifiés les cinq principaux problèmes qui sont à la base des actuels conflits sahéliens. Or, comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours, ils sont insolubles dans les cadres politiques et institutionnels actuels. En effet, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la confrontation nomades-sédentaires, avec en arrière-plan la péjoration climatique et la suicidaire démographie, ne peuvent évidemment pas être réglées par Barkhane. D’autant plus que, placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. 
Sans une profonde remise en cause des définitions constitutionnelles des Etats sahéliens, les actuelles guerres sont donc sans solution. Imaginons en effet que les islamo-trafiquants et les divers groupes armés terroristes soient finalement éradiqués, les problèmes de fond que connaît le Sahel ne seraient pas réglés pour autant puisque les causes historiques et humaines des conflits résurgents n’y auraient pas été traitées.

Publié par Administrateur à 21:11

http://bernardlugan.blogspot.com/

#AIFA2019 – Stephen Decam (CIAN) : « C’est le moment d’aller en Afrique car plus on attendra, plus cela sera difficile et cher »

#AIFA2019 – Stephen Decam (CIAN) : « C’est le moment d’aller en Afrique car plus on attendra, plus cela sera difficile et cher »

7 décembre 2019

De gauche à droite : Pierre-Etienne Lorenceau, directeur de Leaders League, Ali Bamba, directeur général du ministère ivoirien du Plan et du Développement, Stephan Decam, secrétaire général du CIAN – Conseil français des investisseurs en Afrique. © JLALe Secrétaire général du CIAN – Conseil français des investisseurs en Afrique – a vivement incité les entrepreneurs français à investir sur le Continent, à condition qu’ils aient un savoir-faire, un bon produit et qu’ils prennent « un certain nombre de précautions ». Selon lui, « il faut y aller maintenant parce que plus le temps va passer, plus les places seront chères ».

Stephen Decam s’exprimait mercredi 4 décembre devant l’Africa Investments Forum & Awards 2019 (AIFA), un événement organisé par Leaders League (éditeur notamment de Décideurs Magazine), à Paris, au Pavillon d’Armenonville. Le forum a réuni plus de 700 leaders de premier plan des secteurs public et privé : PDG, DG, directeurs d’investissement, directeurs internationaux, experts et acteurs institutionnels, etc.

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Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

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Faut-il aller en Afrique ? Y aller vite, lentement ? Avec quel niveau de préparation investir en Afrique ? Comment choisir sa base d’implantation ? Comment choisir les investissements ?… À qui mieux qu’à Stephen DecamPierre-Etienne Lorenceau, directeur de Leaders League, pouvait-il poser ces questions pour lancer l’Africa Investments Forum & Awards 2019 (AIFA), l’événement qu’il organisait mercredi 4 décembre à Paris. Secrétaire général du CIAN – Conseil français des investisseurs en Afrique – et ancien Directeur général délégué du Groupe CFAO, Stephen Decam est né au Maroc et a fait toute sa carrière en Afrique, un continent qu’il a sillonné dans tous les sens.

Envie d’Afrique

« Il y a une envie d’Afrique, a observé ce responsable du CIAN. Beaucoup de gens réalisent que la croissance, ce n’est pas en Europe et ses marchés matures qu’ils vont la trouver ». Or l’Afrique est «  aujourd’hui une des seules terres d’aventure à portée de main », a-t-il ajouté, détaillant les avantages qu’il y voit : « La proximité, le même fuseau horaire, la même langue dans la moitié du Continent ».
« Il semble évident d’aller en Afrique aujourd’hui, a souligné Stephen Decam, parce que c’est là que se trouve le marché, parce que plus le temps passera, plus les places seront chères, car la concurrence va se mettre en place. Si on a un savoir-faire, un produit que l’on maîtrise bien et que l’on prend un certain nombre de précautions, c’est effectivement le moment d’y aller : plus on attendra, plus cela sera difficile, plus ce sera cher ».

Mise en garde

Ce qui ne veut pas dire que ce sera « simple  », a mis en garde cet expert de l’Afrique. Tout d’abord, plutôt que d’exporter les produits, il recommande de produire localement, si « vous voulez être compétitifs en termes de coûts », et transférer les processus en les adaptant aux spécificités locales. Mais attention, on peut rencontrer « un certain nombre de difficultés » car transporter des processus, cela fonctionne mais à condition qu’à l’autre bout, on dispose « des fondamentaux pour faire de l’industrie ».
S’il n’y a pas d’électricité et que l’on est obligé de travailler avec des groupes électrogènes 24h/24, « c’est de la folie », comme cela lui est arrivé au Nigeria. « Si l’on veut industrialiser l’Afrique, a-t-il martelé, il faut commencer par mettre en place les bases nécessaires en termes d’énergie, de transports, d’infrastructures »…

Moins cher que moins cher

Et puis, il faut « franchir les barrières à l’entrée » qui peuvent être « coûteuses  », mais se révéler aussi « positives  » car elles peuvent par la suite « protéger des concurrents ». « Si vous franchissez ces barrières, a expliqué cet ancien DG de la CFAO, vous vous retrouvez dans un espace que vous maîtrisez avec une concurrence qui aura du mal à s’installer.
Une position intéressanteà condition que vous maîtrisiez votre processus de production et que vous soyez leader sur le marché, parce que si vous allez en Afrique pour vendre des sardines ou des pâtes, à mon avis, vous avez peu de chances de réussir, parce que votre démarche n’aura rien d’innovant par rapport aux producteurs locaux, car ils font toujours… moins cher que moins cher ! »

Le souci, c’est que ces barrières à l’entrée « ne sont pas indolores », a-t-il noté, avant d’énumérer : la sécurité, en particulier dans les pays aujourd’hui à risque ; la « mal gouvernance » – surtout « si vous avez un jour besoin de faire appel à la justice qui, par définition, va vous « flinguer“ » – et la corruption. Celle-ci n’est certes « pas une spécificité africaine », mais c’est « une réalité et un piège car quand vous rentrez dedans, il est très difficile d’en sortir ». « Pour résister à la corruption, a estimé Stephen Decam, il faut être soit un grand groupe très costaud, soit avoir les reins très solides ».

Créer des hubs

Encore faut-il savoir où investir en Afrique, dans quel pays ? « Il faut s’appuyer sur la sous-région, a insisté le secrétaire général du CIAN, car, pris individuellement, les marchés nationaux sont trop petits. Il faut créer des hubs ».
À ses yeux, le hub pour l’Afrique de l’Ouest, c’est la Côte d’Ivoire, le Cameroun pour l’Afrique centrale, le Kenya pour l’Afrique de l’Est et le Maroc pour l’Afrique du Nord. « Ah oui ! La Côte d’Ivoire ! », s’est exclamé sans surprise Ali Bamba, directeur général du ministère ivoirien du Plan et du Développement : « Nous sommes la porte d’entrée d’un marché de plus de 300 millions de consommateurs, la CEDAO ! »

Avantages concurrentiels

Les avantages concurrentiels de la Côte d’Ivoire sont « manifestes  » : sa stabilité économique, ses infrastructures « de premier plan« , y compris son réseau routier et les grands ports d’Abidjan et de San Pedro, une vision du développement porté par un plan national décliné en projets et programmes, ainsi que plusieurs réformes structurelles mises en place « pour améliorer l’environnement des affaires et la bonne gouvernance ».

« Aujourd’hui, a insisté Ali Bamba, investir en Côte d’Ivoire, c’est la garantie d’un retour sur investissement important. La Côte d’Ivoire arrive à lever des financements en eurobonds sur les marchés internationaux, ce qui montre une crédibilité de la signature de l’État ivoirien ».

Concurrence déloyale

Beaucoup d’entrepreneurs français se plaignent cependant de la concurrence de certains pays, notamment la Chine, jugée « déloyale  ». « Les règles de concurrence qui s’appliquent localement ne sont pas égales pour tout le monde », a constaté avec amertume Stephen Decam.
Les entreprises de la zone OCDE sont tenues de respecter un certain nombre de règles, sociales, sociétales et environnementales entre autres, dont leurs concurrents chinois ou indiens n’ont que faire, selon ce dirigeant du CIAN. « On le voit bien dans le secteur des travaux publics. Les entreprises françaises ont des règles de RSE qu’elles n’abandonnent pas en traversant la Méditerranée. Si en face, vous avez des gens qui n’appliquent pas ces règles, vous avez un problème concurrentiel », a-t-il expliqué avant de dénoncer la mauvaise qualité des routes construites par les Chinois.

Abandon de créances

« Quant aux marchés de gré à gré que les Chinois utilisent volontiers, a-t-il longuement expliqué, leurs investissements sont payés avec des prêts chinois consentis aux États. Le jour où la Chine va vouloir récupérer ses dettes sur l’Afrique, soit elle va se tirer une balle dans la tête, soit elle va être obligée de faire un abandon de créances et cela va leur coûter très, très cher. En Europe et en France, nous avons connu avec le Club de Paris et de Londres des abandons de dettes en Afrique pour des montants considérables. Regardez ce qui se passe au Venezuela aujourd’hui, c’est la plus grosse dette extérieure de la Chine et les Chinois ne sont pas près de la récupérer ! »

 » La concurrence, une très bonne chose « 

Un point de vue que Ali Bamba n’a pas du tout partagé : « La concurrence, c’est une très bonne chose. Cela offre des solutions à l’Afrique car les besoins en investissements sont tellement importants que la France et l’Union européenne ne pourront pas les satisfaire tous. Le fait que d’autres pays interviennent, c’est bien, à condition d’encadrer ces investissements et de s’assurer que la concurrence se fait sur des bases saines ».

Construire une route à un milliard…

Quant à la mauvaise qualité des infrastructures, le responsable ivoirien a raconté : « Lorsque nous échangeons avec des investisseurs chinois, ils nous disent : « Si vous me demandez de construire une route à un milliard, alors que le coût est de 15 milliards, on va vous donner quelque chose pour un milliard“.
Tout dépend donc de ce que vous voulez. Il faut qu’il y ait un échange plus important entre les entreprises et les gouvernements, pour bien expliquer ce qui est en train d’être fait, et avoir des investissements durables tenant compte des besoins des populations
 ».

Les meilleurs du monde

En fait, le choix entre Européens, Français et Chinois « dépend de ce que vous voulez faire, a rétorqué Stephen Decam. Si vous voulez une usine de fers à repasser ou d’outillages, il n’y a pas une entreprise française capable de faire ces produits à des prix africains. Donc, ce sera l’affaire des Chinois. En revanche, la France, puisqu’on parle de la France, a des savoir-faire qui, à mon avis, sont les meilleurs du monde », comme dans les infrastructures urbaines et les services aux municipalités. « Aujourd’hui, a-t-il pointé, la population de l’Afrique est de 1,2 milliard d’habitants ; dans 30 ans elle sera de 2,5 milliards, dont la moitié des urbains. C’est formidable, mais cela peut être une catastrophe si la bonne option » n’est pas choisie…

Une terre d’avenir

Alors faut-il vraiment, malgré tout, aller en Afrique ?, a interrogé Pierre-Etienne Lorenceau, le directeur de Leaders League. « Si on va en Afrique, c’est comme chez Total, on n’y va pas par hasard, a conclu a conclu Stephen Decam paraphrasant une pub du groupe pétrolier. Il faut y aller parce que vous avez un marché, un produit, un savoir-faire. Et si ’on maîtrise son business plan qui mesure les risques, les opportunités et les coûts, alors oui, l’Afrique est une terre d’avenir ».

◊ ◊ ◊

LIRE AUSSI :

– #AIFA 2019 – Jean-Louis Guigou (IPEMED) : « Le modèle de développement en grappe des villes est transférable à l’Afrique »

– #AIFA 2019 – Karim Zine-Eddine (Paris Europlace) : « L’Afrique a de nombreux défis à relever pour attirer des investisseurs de longue durée dans ses infrastructures »

https://www.africapresse.paris/AIFA2019-Stephen-Decam-CIAN-C-est-le-moment-d-aller-en-Afrique-car-plus-on

2020 : Fin de l’Accord de Cotonou et nouvelle forme de coopération ?

2020 : Fin de l’Accord de Cotonou et nouvelle forme de coopération ?

Marie-Christine BIDAULT 3 décembre 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAfrique subsaharienneEurope Leave a comment

Les relations entre les pays africains et l’Europe sont anciennes. Elles reposent sur un passé colonial important, des liens économiques et politiques forts, des échanges culturels et commerciaux nombreux. Aujourd’hui, l’Afrique est confrontée au double défi de la croissance démographique et du changement climatique. L’Europe, partenaire historique, se doit de répondre présente pour l’accompagner dans la voie de la croissance économique. Elle devra intégrer le fait que des pays émergents y déploient une nouvelle forme de coopération qui n’est plus basée sur une aide au développement. La renégociation de l’Accord de Cotonou pourrait ouvrir la porte vers une nouvelle forme de coopération.

Avec l'Accord de Cotonou, l'Europe et l'Afrique doivent redéfinir leur coopération.
Une coopération ancienne à redéfinir

Une coopération d’abord basée sur des accords de préférences commerciales

La coopération entre les deux continents s’est tout d’abord matérialisée par des politiques commerciales et d’aide au développement. En 1963, la Communauté économique européenne et les 18 États africains et malgaches associés signent la première Convention de Yaoundé. Valable pour cinq ans, celle-ci confirme l’association Europe-Afrique grâce à une liberté d’échanges commerciaux. Elle met également en place une aide financière de la CEE envers les pays de l’EAMA. En 1975, la CEE signe, avec 46 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (pays ACP) la Convention de Lomé. Les signataires renouvelleront ensuite cet accord de coopération commerciale en 1979 (57 pays), 1984 (66), 1990 (70) et 1995 (70).

En 2000, l’Accord de Cotonou remplace la Convention de Lomé. L’Union Européenne et 79 pays ACP sont signataires de cet accord pour une durée de 20 ans. L’une des nouveautés majeures de cet accord concernait le volet commercial, dissocié pour la première fois de l’aide au développement. Il instaurait des zones de libre-échange entre l’UE et les pays ACP, appelés Accords de Partenariats Économiques (APE).

Dès les premières négociations, les contestations ont été nombreuses de la part des pays ACP. Ceux-ci mettaient le doigt sur les conséquences sur leurs économies fragiles, et notamment sur le budget, la balance des paiements, les maigres flux commerciaux régionaux, et la production agricole et industrielle. Pour la première fois les Etats africains ont, dans leur grande majorité, remis en cause le partenariat proposé par l’Europe. Ils semblent de plus en plus tentés d’établir des relations commerciales avec des pays émergents, tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Accord de Cotonou : une coopération à redéfinir

Le cinquième sommet Union Européenne – Afrique s’est tenu en novembre 2017 à Abidjan. L’enjeu principal de celui-ci était une refonte des relations entre les deux continents à l’approche de l’expiration de l’Accord de Cotonou en 2020. Les États ont fixé quatre priorités communes et stratégiques pour les années à venir : éducation et formation ; paix, sécurité et gouvernance ; investissements et croissance économique ; et enfin migration et mobilité.

Ce sommet a permis de mettre en exergue le fait que de nombreux points de l’Accord de Cotonou n’étaient plus adaptés au contexte actuel. Un partenariat spécifique doit être établi avec le continent africain et un autre avec les régions des Caraïbes et du Pacifique car les deux zones sont très hétérogènes. Le nouveau contexte d’industrialisation à partir des matières premières du continent impose que le secteur privé soit sollicité et s’engage. Les aides bilatérales ou multilatérales ont une efficacité de plus en plus contestée.

Une coopération pour un rapport gagnant – gagnant

Dans son rapport spécial n°20/2018, la Cour des comptes européenne a estimé que l’appui de l’Union Europénne à l’Afrique a peu d’effet. Les accords commerciaux souvent à l’avantage des pays européens contraignent ceux-ci à dédommager les pays africains par des aides qui génèrent corruptions et mécontentements. Il faut davantage de cohérence dans les politiques européennes, et donner la priorité aux investissements et au développement industriel. La renégociation des Accords de Cotonou a formellement commencé le 28 septembre 2018. D’autres domaines prioritaires sont apparus tels que la démocratie et les droits de l’homme, le changement climatique, ou l’éradication de la pauvreté.

Ces nouvelles discussions pourraient être une occasion unique de façonner un partenariat plus ambitieux et mieux adapté aux réalités actuelles. L’Union européenne mature, vieillissante et menacée de stagnation se confronte à une Afrique jeune, dynamique et en pleine extension. L’Europe recherche des relais de croissance au sud et veut ainsi limiter les migrations définitives au profit de la mobilité professionnelle. L’Afrique veut quitter l’économie de rente, s’industrialiser à partir de ses matières premières et modifier ses modes de gouvernance. Les priorités ne sont pas les mêmes mais les intérêts peuvent se rejoindre.Share

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About Marie-Christine BIDAULT

Marie-Christine Bidault est étudiante à l’IRIS Sup’ en Géopolitique et Prospective. Par ailleurs Ingénieur en agriculture, elle s’intéresse fortement aux questions de géopolitiques agricole et alimentaire.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42294-2020-fin-accord-cotonou-nouvelle-forme-cooperation

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

jeudi 28 novembre 2019

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

Les pertes cruelles que viennent de subir nos Armées -et qui ne seront hélas pas les dernières-, ont donné à certains l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la présence militaire française au Sahel. Cette démarche est légitime, mais à la condition de ne pas sombrer dans la caricature, les raccourcis ou l’idéologie.
J’ai longuement exposé l’état de la question sur ce blog, notamment dans mon communiqué en date du 7 novembre 2019 intitulé « Sahel : et maintenant quoi faire ?» , ainsi que dans les colonnes de l’Afrique Réelle et dans mon  livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours qui replace la question dans sa longue durée historique et dans son environnement géographique. Je n’y reviens donc pas. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1) Dupliquées d’un logiciel datant des années 1960-1970, les accusations de néocolonialisme faites à la France sont totalement décalées, inacceptables et même indignes. Au Sahel, nos Armées ne mènent  en effet pas la guerre pour des intérêts économiques. En effet :

– La zone CFA dans sa totalité, pays du Sahel inclus,  représente à peine plus de 1% de tout le commerce extérieur de la France, les pays du Sahel totalisant au maximum le quart de ce 1%. Autant dire que le Sahel n’existe pas pour l’économie française.
– Quant à l’uranium du Niger, que de fadaises et de contre-vérités entendues à son sujet puisqu’en réalité, il ne nous est pas indispensable. Sur 63.000 tonnes extraites de par le monde, le Niger n’en produit en effet que 2900…C’est à meilleur compte, et sans nous poser des problèmes de sécurité que nous pouvons nous fournir au Kazakhstan qui en extrait  22.000 tonnes, soit presque dix fois plus, au Canada (7000 t.), en Namibie (5500 t.), en Russie (3000 t.), en Ouzbékistan (2400 t.), ou encore en Ukraine (1200 t.) etc..
– Pour ce qui est de l’or du Burkina Faso et du Mali, la réalité est qu’il est très majoritairement extrait par des sociétés canadiennes, australiennes et turques.
2) Militairement, et avec des moyens qui ne lui permettront jamais de pacifier les immensités sahéliennes, mais là n’était pas sa mission, Barkhane  a réussi à empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées. Voilà pourquoi, pariant sur notre lassitude, les islamistes attaquent les cadres civils et les armées locales, leur objectif étant de déstructurer administrativement des régions entières dans l’attente de notre départ éventuel, ce qui leur permettrait de créer autant de califats. Notre présence qui ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.
3) Nous sommes en réalité en présence de deux guerres :

– Celle du nord ne pourra pas être réglée sans de véritables concessions politiques faites aux Touareg par les autorités de Bamako. Egalement sans une implication de l’Algérie, ce qui, dans le contexte actuel semble difficile. Si ce point était réglé, et si les forces du général Haftar ou de son futur successeur tenaient effectivement le Fezzan, les voies libyennes de ravitaillement des jihadistes  auxquelles Misrata et la Turquie ne sont pas étrangères, seraient alors coupées. Resterait à dissocier les trafiquants des jihadistes, ce qui serait une autre affaire…- Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi notre effort doit porter sur le soutien au bloc ethnique mossi. Aujourd’hui comme à l’époque des grands jihad peul du XIXe siècle ( là encore, voir mon livre sur les guerres du Sahel), il constitue en effet un môle de résistance. Le renforcement des défenses du bastion mossi implique d’engager à ses côtés les ethnies vivant sur son glacis et qui ont tout à craindre de la résurgence d’un certain expansionnisme peul abrité derrière le paravent du jihadisme. Cependant, si les jihadistes régionaux sont majoritairement Peul, tous les Peul ne sont pas jihadistes. Ceci fait que, là encore, il sera nécessaire de « tordre le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. Car, et comme je l’ai écrit dans un ancien numéro de l’Afrique Réelle « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». Il y a donc urgence.

Par-delà les prestations médiatiques des « experts », une chose est donc claire : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul. Tout le reste découle de cette réalité. Dans ces conditions, comment contraindre les gouvernements  concernés à prendre en compte cette double donnée qui est la seule voie pouvant conduire à la paix ?
Bernard LuganPublié par Administrateur à 11:352  

http://bernardlugan.blogspot.com/

Moscou en roue libre

Moscou en roue libre

24 Novembre 2019

Il est des périodes bénies des Dieux où tout ou presque fonctionne, où les fondamentaux géopolitiques et l’événementiel concordent pour aller dans la direction voulue. C’est ce qu’est en train de vivre le Kremlin. Une flopée de bonnes nouvelles pour Moscou, soigneusement cachées par notre chère MSN, a en effet fleuri ces derniers temps…

En Ukraine, le rapprochement entre le nouveau président et la Russie, que nous avons évoqué à plusieurs reprises, inquiète les officines médiatiques occidentales. Le nom d’Igor Kolomoiski n’est pas inconnu des lecteurs de nos Chroniques : autrefois grand argentier des bataillons nationalistes, il avait au fil du temps mis de l’eau dans son bortsch, comme en mai dernier où, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Il a remis ça il y a dix jours, au grand dam du New York Times qui s’en étrangle de rage : « Les Russes sont plus forts, nous devons améliorer nos relations avec eux. Les gens veulent la paix et une bonne vie, ils ne veulent plus être en guerre. Et vous, Américains, vous nous forcez à être en guerre, sans même nous en donner les moyens. Vous [l’UE et l’OTAN] ne nous aurez pas, il n’y a aucun intérêt à perdre du temps en discussions vides. Les prêts du FMI pourraient facilement être remplacés par des prêts russes. Nous prendrons 100 milliards de dollars de la Russie, je pense qu’elle serait ravie de nous les donner aujourd’hui (…) S’ils sont intelligents avec nous, nous irons du côté des Russes. Leurs tanks seront positionnés près de Varsovie, votre OTAN chiera dans son froc et devra acheter des Pampers. » Clair et sans ambages…

On ne peut tout à fait exclure un coup de pression vis-à-vis de l’empire pour obtenir plus d’argent, mais le ton et le fait que ces sorties commencent à se répéter ne trompent pas. Le « paradis » post-maïdanite est un merdier sans fond qui en a dégrisé plus d’un. Aux Russes de faire effectivement preuve d’intelligence ; six ans après le putsch US, ils disposent d’une fenêtre afin de récupérer l’Ukraine en douceur ou, du moins, de la neutraliser durablement. Les discussions actuelles sur l’or bleu entre Gazprom et Naftogaz pourraient éventuellement servir ce dessein.

Puisque l’on parle énergie, le moins que l’on puisse dire est que ça gaze pour Moscou. Le Turk Stream en est aux derniers réglages et les premiers flux gaziers devraient circuler le mois prochain… au moment même où, de l’autre côté de l’Eurasie, le Sila Sibirii entrera en fonction. Deux gazoducs sinon rien, et c’est soudain l’échiquier de Brzezinski qui se met à trembler.

Il se passe des choses extrêmement intéressantes en Asie du Sud-est, symbolisant à merveille la lente mais sûre passation de pouvoir entre l’empire américain déclinant et la multipolarité menée par la Russie. Sur l’exemple du Vietnam, le fougueux président philippin Duterte a profité de son voyage à Moscou, début octobre, pour inviter Rosneft à s’établir en Mer de Chine méridionale afin d’y explorer les richesses énergétiques.

On connaît l’importance de ces zones maritimes dans le Grand jeu :PUBLICITÉ

En mer de Chine méridionale, la dispute tourne autour de deux archipels inhabités mais stratégiquement de la plus haute valeur : les Paracels et surtout les Spratleys, également revendiqués par le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et le gouvernement chinois nationaliste de Taïwan. En mer de Chine orientale, on se rappelle la dangereuse querelle sino-japonaise des îles Senkaku/Dyaoshu, culminant en 2012-2013 mais toujours latente.

Si les journaux ont narré l’événement, certains faisant même parfois un effort pour « comprendre » la situation, analysant la lutte pour le contrôle de l’une des routes maritimes les plus stratégiques du globe, la toile de fond est malheureusement totalement occultée. Elle explique pourtant tout…

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La lutte de Pékin contre Washington dans les mers de Chine a pour effet secondaire d’effrayer les autres pays riverains qui, s’ils n’ont pas d’appétence particulière pour l’aigle américain, ne veulent pas non plus voir le dragon débouler jusqu’à eux. C’est notamment le cas du Vietnam ou des Philippines, et nous en revenons à Duterte : ses appels du pied à Rosneft sont une manière de contrer la convoitise chinoise.

Mais là où les choses prennent une tournure étonnante, c’est que c’est désormais à la Russie et non plus aux Etats-Unis qu’on fait appel. Fut un temps pas si lointain où n’importe quel président philippin aurait encouragé Exxon ou une autre major anglo-saxonne à prospecter ces mers, avec l’US Navy pour sécuriser le tout. L’empire a vécu et c’est maintenant vers Moscou que les regards se tournent.

Les Russes engrangent les dividendes d’une politique qui, bien loin des effets de com’ à l’occidentale, ne transige ni sur ses valeurs ni sur ses alliés, tout en ne fermant la porte à personne (Iraniens, Saoudiens, Palestiniens ou Israéliens passent par exemple leur temps à Sochi). Il y a quatre ans, nous résumions cette approche par une parabole quelque peu exotique :

La pensée russe en matière de stratégie extérieure fait penser à un rhinocéros qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, avançant lentement mais fermement, inexorablement, et finissant par mettre tout le monde d’accord.

De fait, à l’opposé des simagrées américains qui suscitent le doute y compris parmi les composantes impériales, l’inamovible ours russe inspire la confiance. On l’a vu en Syrie, on le voit maintenant jusqu’en Asie du Sud-est.

Reste à savoir quelle sera la réaction du Kremlin qui, assurément, prendra la chose avec des pincettes. Contrarier la Chine est en effet hors de question. La symbiose entre les deux poids-lourds eurasiatiques est telle que Stratfor va jusqu’à évoquer l’Entente cordiale du début du XXème siècle entre la France et l’Angleterre, assez solide pour survivre aux deux guerres mondiales. Début octobre, Poutine a même lâché une bombe lors de la seizième édition du toujours intéressant Club Valdaï : « Nous sommes en train d’aider nos collègues chinois à créer un système d’alerte précoce pour la défense antimissile. Cela va fondamentalement, drastiquement muscler la défense de la République populaire. Aujourd’hui, il n’y a que les États-Unis et la Russie qui disposent de ce type de système. »

De quoi mettre encore plus sur les nerfs les stratèges de Washington, déjà passablement inquiets du partenariat sino-russe. Les kriegspiel simulés du Pentagone se terminent invariablement par une déculottée américaine face à l’une ou l’autre de ses bêtes noires et Foreign Policy s’alarme : avec leurs nouvelles technologies (dont les fameux missiles hypersoniques), Russes et Chinois mettent fin à deux siècles d’American way of war, basé sur l’attaque à partir de points invulnérables.

Pour en finir sur les questions d’armement, Vladimirovitch vient de lever un (petit) coin du voile sur la mystérieuse explosion du 8 août sur une base militaire du grand Nord russe : les scientifiques tués travaillaient à une arme « sans équivalent ». Si l’hypothèse de plusieurs observateurs se révèle juste, il s’agit du développement d’un missile à propulsion nucléaire, c’est-à-dire un projectile à portée illimitée car mû par un moteur dit éternel.« Une autonomie qui pourrait lui permettre de prendre des trajectoires inattendues, de faire des détours et de sortir des schémas de déplacement prévisibles », comme l’explique un spécialiste de l’université de Princetown. Les Américains s’y étaient bien essayé dans les années 60 mais avaient, devant l’inextricable complexité de la chose, rapidement abandonné le projet…

En Iran, Moscou est également vue comme une planche de salut. Décision de se passer du SWIFT pour les échanges inter-bancaires en septembre, accords commerciaux avec l’Union Economique Eurasienne en octobre, prêt de quelques milliards à l’Iran en novembre. La Russie, dont la santé financière insolente ravit d’ailleurs jusqu’à Wall Street, fait tout pour maintenir son allié à flot et pourrait peut-être en être récompensée dans les énormes projets pétroliers du South Pars.

Or noir toujours au Venezuela, qui a vu sa production bondir de manière étonnante en octobre. Le Kremlin n’y est évidemment pas étranger, comme nous l’expliquions il y a deux mois :

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux et les sanctions impériales sont contournées…

Le pauvre auto-proclamé en est tout retourné. Celui qui se voyait devenir président par la grâce de Bolton n’y arrive décidément plus, ses appels à manifester étant une suite de flops retentissants :

À peine une centaine de personnes ont manifesté lundi à Caracas contre le président socialiste Nicolas Maduro, à l’appel du chef de l’opposition Juan Guaido, qui peine à mobiliser. Malgré les drapeaux jaune, bleu et rouge du Venezuela, les slogans, ou les panneaux affichant des messages comme « Rue sans retour », le cœur n’y est plus. « On n’arrive à rien avec ça », se lamente Antonio Figueroa, en référence aux rassemblements contre le chef de l’État. Samedi, quelque 5000 personnes, selon l’AFP, ont manifesté dans les rues de Caracas, soit bien moins que les dizaines de milliers de personnes que Juan Guaido réunissait juste après s’être proclamé président par intérim le 23 janvier.   

On imagine les dents grincer du côté de Washington, qui voit désormais ses manigances presque systématiquement et partout contrées par l’ours. Comme si cela ne suffisait pas, le sommet Russie-Afrique, le premier du genre, a marqué tous les esprits. Il y a un mois, quarante-trois chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement de Sochi, qui devient une véritable plaque-tournante mondiale. Si aucune annonce majeure n’a été faite, le sommet a été un succès diplomatique indéniable et symbolise l’entrisme russe sur le continent auquel on assiste depuis quelques années, y compris dans le pré carré français comme en Centrafrique.

Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Afrique… Défendant bec et ongles ses alliés, retournant ceux de l’empire, profitant de l’inexorable reflux américain, le provoquant parfois, jouant habilement de la diplomatie, de l’énergie ou de la guerre, Moscou donne le la de la politique internationale et se pose de plus en plus en patron.Tag(s) : #Russie#Ukraine#Gaz#Pétrole#Extrême-Orient#Chine#Etats-Unis#Moyen-Orient#Amérique latine

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/moscou-en-roue-libre.html

Place désormais à la Russafrique

Place désormais à la Russafrique

By Nicolas Beau -24 octobre 201953PARTAGES467

Le sommet qui a réuni les dirigeants russes et quarante chefs d’état africain à Sotchi les 23 et 24 octobre témoigne des avancées spectaculaires de la Russie en Afrique

Du Congo Brazzaville à Madagascar, à la Libye ou à l’Egypte , l’offensive de Vladimir Poutine en Afrique se fait au pas de charge. L’ex Union Soviétique qui profite des foucades de la diplomatie américaine, des frilosités françaises et de la discrétion chinoise sur les dossiers purement politiques.

Lors de l’inauguration du sommet qui se tient à Sotchi, la complicité semblait totale totale entre le russe Poutine et l’Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l’Union africaine. Le style Poutine passe bien chez les dictateurs africains. Voici un vrai chef, volontiers anti occidental, qui ne s’embarrasse ni de démocratie, ni des droits de l’homme.

Des accords sécuritaires à la pelle

A Sotchi, on aura parlé de l’essentiel. A savoir de business, d’armement et de lutte contre les terroristes. Lesquels englobent à peu près tous ceux qui veulent remettre en cause la grande confrérie des dictateurs.

Sur le terrain sécuritaire, la Russie a signé une vingtaine d’accords de coopération militaire avec des pays africains depuis 2017. Plusieurs d’entre eux appartiennent au pré carré français, qu’il s’agisse du Congo Brazzaville, du Burkina ou de la Centrafrique. La Russie a également aidé le maréchal Haftar en Libye dans sa tentative de s’emparer par la force des commandes du pays au grand dam de la France qui est favorable à une solution diplomatique sous l’égide de l’ONU, .

La mainmise militaire de la Russie sur la Centrafrique, réussie en à peine deux ans, témoigne plus que partout ailleurs de ce retour en force. Moscou a livré des armes à Bangui fin 2017. Quelques mois plus tard, le président centrafricain Touadera recrutait un conseiller russe pour les dossiers touchant à la sécurité. Dans la foulée, des dizaines de mercenaires russes débarquaient dans le pays pour former officiellement l’armée centrafricaine et sécuriser les activités minières. Enfin les Russes ont largement favorisé les accords à Khartoum entre le pouvoir centrafricain et les groupes armés du nord du pays.

Sur le terrain économique, le président russe souhaite « au minimum doubler » ses échanges économiques avec le continent africain d’ici à cinq ans. Pour l’instant, ces transactions qui ne s’élèvent qu’à 17,9 milliards de dollars, loin derrière la Chine (200 milliards) ou la France (quelque 50 milliards), portent notamment sur le secteur de l’armement. Dans le domaine du nucléaire civil en revanche, Vladimir Poutine a promis plus qu’il n’avait tenu

Des ex gangsters à la manoeuvre

Au regard des profils des intermédiaires russes, les héritiers de la Françafrique font figure de petits joueurs. L’homme clé des échanges de la Russie avec le continent n’est autre qu’un ancien gangster condamné à douze ans de prison dans le passé, Evgueni Prigojine, officiellement à la tète d’une entreprise de restauration collective. Son groupe travaille officiellement, à hauteur d’un milliard de chiffre d’affaires par an pour l’armée et les cantines scolaires. Les actions violentes dans lesquelles le nom de ce dernier apparait sont nombreuses, qu’il s’agisse du meurtre de trois journalistes russes trop curieux en Centrafrique ou de l’assassinat du mari d’une opposante au maitre de la Russie..

Or c’est ce même Prigojine qui dirige en effet en sous main le groupe de sécurité Wagner qui intervient aussi bien en Syrie et en Ukraine qu’en Afrique. C’est lui aussi qui envoie dans une vingtaine de pays des conseillers « media » ou des consultants politiques pour favoriser les intérèts russes. De là à prétendre que la présence russe dans ces pays sera durable, il y a un pas qu’il ne faut sans soute pas franchir. Les revers que la Russie a connu au Soudan et en Afrique du Sud doivent tempérer l’impression que la Russafrique irait de succès en succès.

En compagnie du très décomplexé Vladimir Poutine à Sotchi, les chefs d’état africains vieillissants connaissent une inespérée cure de viagra.

https://mondafrique.com/place-desormais-a-la-russafrique/

L’oeil de Moscou au sein de l’Union Africaine


L’oeil de Moscou au sein de l’Union Africaine

By Nicolas Beau -19 octobre 2019

106PARTAGES979

D’après le site « Africa Intelligence », l’Algérien Smaïl Chergui, un des hommes forts de l’Union Africaine à la tète de la puissante commission « Paix et Sécurité « , est mis en cause par Djibouti pour ses liens avec la Russie.

Ancien ambassadeur de l’Algérie en Russie, Smaïl Chergui a conservé au sein de l’Union Africaine où il anime la puissante commission « Sécurité et Paix » des liens étroits avec Moscou. Les accusations du pouvoir de Djibouti ne sont pas une surprise. C’est Chergui qui dans les coulisses a favorisé encore récemment les accords de Khartoum où on a vu, sous l’égide de la diplomatie russe, les groupes armés centrafricains signer des accords avec le pouvoir de Bangui.PUBLICITÉinRead invented by Teads

L’offensive diplomatique russe

Malgré les mises en cause actuelles, ce diplomate brillant a peu de chances de voir sa position réellement menacée. Même affaiblis en raison des incertitudes politiques de leur pays, les Algériens feraient du départ éventuel du diplomate de l’Union Africaine un « casus belli ».

L’activisme récent de Vladimir Poutine en Afrique, de la Centrafrique au Mozambique, assure également à ce diplomate algérien une solide assurance vie au sein de l’Union Africaine. On peut imaginer que lors du sommet Afrique-Russie qui se réunit à Sotchi la semaine prochaine que Chergui sera encore omniprésent.

https://mondafrique.com/union-africaine-smail-chergui-critique-pour-ses-liens-avec-la-russie/

Kurdes, le président Erdogan contre attaque sur l’Afrique

Kurdes, le président Erdogan contre attaque sur l’Afrique

By La redaction de Mondafrique -23 octobre 2019

Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a avancé que derrière une grande partie des crises et conflits qui éclatent en Afrique se trouvent les sociétés occidentales d’armes et de pétrole.

Le préisdent Erdogan a déclaré, samedi, lors du 3ème Sommet des Leaders religieux musulmans d’Afrique, que ceux qui imposent un embargo sur les armes à la Turquie en raison de l’opération Source de Paix, livrent des armes aux terroristes au Rwanda. 

42 ambassades en Turquie

Recep Tayyip Erdogan a d’abord voulu rappeler la vision de la Turquie en Afrique.Il a souligné que depuis l’arrivée de son parti au pouvoir en 2002, le nombre d’ambassades turques sur le continent africain est passé de 12 à 42, faisant de la Turquie l’un des pays les mieux représentés en Afrique.

Le président turc a également donné l’exemple des jeunes africains choisissant de poursuivre leurs études supérieures en Turquie. »10 480 étudiants qui ont étudié en Turquie travaillent aujourd’hui pour nos frères africains en tant qu’ambassadeurs de coeur de la Turquie », a-t-il dit.

Massacres, invasion et colonisation

Erdogan a également exprimé son souhait de voir le volume des échanges commerciaux Turquie-Afrique passé de 24 milliards de dollars aujourd’hui à 50 milliards de dollars dans les prochaines années. »Les pays occidentaux ne veulent pas le développement de l’Afrique, que son potentiel immense soit exploité et que l’ensemble du continent vive en paix », a-t-il lancé, ajoutant : « Ceux qui veulent nous donner des leçons aujourd’hui ont, pratiquement tous, un passé entaché de massacres, d’invasions et de colonisation ».

Pour Erdogan, nombre de malheurs en Afrique sont le résultat des politiques colonialistes des Occidentaux. Pour cela, il a rappelé la tragédie du Rwanda.

« Vous savez sans doute mieux que nous tous quels pays colonisateurs se cachent derrière le génocide au Rwanda. L’Occident et l’ONU se sont contentés, pendant exactement 3 mois, d’observer sans agir le massacre de 800 mille personnes au Rwanda », a-t-il dénoncé.

Pour le président turc, il ne s’agit là que d’un des tout derniers exemples. Car pour lui, « derrière une grande partie des crises et conflits qui éclatent en Afrique se cachent les sociétés occidentales d’armes et de pétrole ».

Le Chef de l’Etat turc a terminé son intervention en soulignant une nouvelle fois que la Turquie n’a jamais et ne partagera jamais cette approche des pays occidentaux.

« Notre pays et notre peuple n’ont jamais couru derrière le but de détourner les ressources d’un autre pays, quitte à faire couler le sang, pour sa propre prospérité », a-t-il conclu.

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