Archives pour la catégorie Afrique

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique 'vivre ensemble'. »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 111 (mars 2019) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Le sentiment anti-français en hausse au Mali

En dépit de l’élimination par l’armée française le 21 février 2019 de l’Algérien Yahia Abou al-Hamman, chef de « l’émirat de Tombouctou », et qui était l’un des trois principaux chefs de la coalition jihadiste sahélienne GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), la situation se complique au Mali.

Le sentiment anti Français y a même explosé le 10 février 2019 quand, à Bamako, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans, l’imam wahhabite Mahmoud Dicko a déclaré : « Pourquoi c’est la France qui dicte sa loi ici ? Cette France qui nous a colonisés et continue toujours de nous coloniser et de dicter tout ce que nous devons faire. Que la France mette fin à son ingérence dans notre pays. » 

Un singulier remerciement pour tout ce que nos Armées ont fait pour son pays…

Les 3 erreurs de la France

La vérité est que, face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut triple :

1) En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance préalable par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale prenant véritablement en compte les spécificités nordistes, ce qui n’a pas été fait.

2) Au lieu de cela, Paris imposa une fois de plus l’aberrante solution électorale. Or, comme l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, la revendication touareg a donc été « démocratiquement » délégitimée..

3) Les autorités françaises ont refusé de voir que pour Bamako, l’ennemi principal est le séparatisme touareg et non l’islamo-jihadisme combattu par Barkhane.

Au lieu de partir du réel ethno-racial sahélien, aveuglés par leur idéologie, les dirigeants politiques français ont voulu imposer l’utopique « vivre ensemble ». Ils imaginaient sans doute que la fée électorale allait, d’un coup de baguette magique, faire accepter à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir des agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razziaient, et aux sudistes de cesser de prendre leur revanche sur ceux qui, avant la colonisation libératrice, réduisaient leurs ancêtres en esclavage.

Par la faute de nos gouvernants, Barkhane se trouve donc désormais prise entre le marteau et l’enclume avec des possibilités de manœuvre réduites en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés.

Certes, de brillantes opérations permettent de liquider les têtes du jihadisme mais il faut bien voir que, de plus en plus fixée sur des emprises coupées des populations, comment Barkhane dont l’essentiel des moyens est désormais utilisé à son auto-protection pourrait-elle répondre aux problématiques régionales millénaires ?

D’autant plus que ses cadres ne reçoivent plus de formation africaniste, depuis que les véritables enseignements en cette matière ont été supprimés, tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre…

Au sommaire du numéro :

Actualité
Algérie : derrière les élections, le naufrage économique

Dossier : Libye, le général Haftar maître du jeu
– Le coup de pied du général Haftar dans la fourmilière du Fezzan
– Haftar-Russie-Turquie contre Fayez el-Sarraj et les Occidentaux

Dossier : Le fragile verrou tchadien
– La terre, les hommes et leurs conflits
– Les nouvelles guerres du nord (2019)

Histoire et justice
Rwanda : un non-lieu valant accusation…

Bernard Lugan
12/03/2019

Source : L’Afrique Réelle

https://www.polemia.com/bernard-lugan-mali-dirigeants-francais-imposer-utopique-vivre-ensemble/

Publicités

Crash en Éthiopie : l’enquête se poursuit, jour de deuil à Addis-Abeba et Nairobi

POLITIQUE

Crash en Éthiopie : l’enquête se poursuit, jour de deuil à Addis-Abeba et Nairobi

11 mars 2019 à 04h00 | Par Jeune Afrique avec AFP

L’enquête se poursuivait lundi pour déterminer pourquoi le Boeing 787 flambant neuf d’Ethiopian Airlines s’est écrasé dimanche au sud d’Addis-Abeba, faisant 157 morts, une tragédie marquée en Ethiopie par un jour de deuil national.

Le Kenya était lui doublement endeuillé: avec 32 ressortissants à bord, c’est le pays le plus touché par la tragédie, et Nairobi est par ailleurs le hub régional des Nations unies, qui ont été durement affectées par la catastrophe.

Le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), qui a son siège dans la capitale kényane, ouvre lundi matin sa conférence annuelle qui réunit des centaines de délégués venus du monde entier. Nul doute que la tragédie sera dans toutes les têtes.

PUBLICITÉ

Selon le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino, dix-neuf employés de l’ONU ont péri dans le crash. Parmi les victimes figurent au moins un membre du PNUE, un autre du Programme alimentaire mondiale (PAM) et plusieurs autres du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Dès dimanche après-midi, des enquêteurs de l’Agence éthiopienne de l’aviation civile ont été à pied d’oeuvre sur les lieux du crash pour récolter le maximum de débris et d’indices et trouver les boîtes noires de l’appareil, ce qui n’a pas encore été fait, selon une source au sein de la compagnie. Ces enquêteurs devraient être prochainement rejoints par une équipe technique de Boeing.

Le PDG d’Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, a confirmé que l’enquête serait menée conjointement par des enquêteurs éthiopiens et américains. L’organisme américain chargé de la sécurité dans les transports (NTSB) a annoncé l’envoi d’une équipe d’inspecteurs chargés d’apporter leur aide dans l’enquête.

L’avion déjà en feu lorsqu’il s’écrase, selon un témoin

Le vol ET 302 avait décollé dimanche à 08H38 (05H38 GMT) d’Addis-Abeba et il a disparu des radars six minutes plus tard.

L’appareil, un Boeing 737-800 MAX livré courant 2018 à la compagnie, était piloté par Yared Getachew (8.000 heures de vol à son actif) et avait fait l’objet d’une maintenance le 4 février.

En s’écrasant, l’avion a creusé un impressionnant cratère, labourant la terre sur des dizaines de mètres de longueur. L’avion s’est désintégré à l’impact: on ne distinguait plus la forme de l’appareil mais seulement des morceaux de carlingue éparpillés.

Selon un témoin, Tegegn Dechasa, « l’avion était déjà en feu lorsqu’il s’est écrasé au sol », « l’avion était déjà en flammes à l’arrière juste avant le crash ».

« L’avion semblait vouloir tenter d’atterrir dans un champ à proximité mais il s’est écrasé avant de l’atteindre », a expliqué un autre témoin, Sisay Gemechu, un fermier.

Des victimes de différentes nationalités

Les victimes du crash étaient de 35 nationalités différentes, selon des chiffres provisoires de la compagnie. Celle-ci a notamment dénombré 32 Kényans, 18 Canadiens, neuf Ethiopiens, huit Italiens, huit Chinois, huit Américains, sept Français, sept Britanniques, six Égyptiens, cinq Allemands et quatre Indiens. Un passager voyageait avec un passeport onusien.

Les messages de condoléances aux victimes ont afflué toute la journée dimanche, du Premier ministre éthiopien au président kényan, de l’Union africaine au secrétaire général de l’ONU, en passant par le Premier ministre canadien et le président français Emmanuel Macron qui sera en visite officielle en Ethiopie mardi et mercredi puis au Kenya mercredi et jeudi.

Les détails concernant l’identité des passagers commençaient à émerger: un député slovaque, Anton Hrnko, a ainsi perdu son épouse et ses deux enfants. Parmi les huit Chinois décédés figuraient des touristes, des employés de sociétés et un membre du PNUE. Un architecte italien était aussi à bord.

La compagnie Ethiopian Airlines, détenue à 100% par l’Etat éthiopien, a connu une très forte expansion ces dernières années. Sa flotte compte plus de 100 appareils, ce qui en fait la plus importante en Afrique.

Le 29 octobre 2018, un Boeing 737-800 MAX appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air s’était abîmé au large de l’Indonésie, faisant 189 morts. Une des boîtes noires avait pointé des problèmes d’indicateur de vitesse, un coup dur pour cet avion, version modernisée du best-seller 737.

 

Le crash d’un avion en Éthiopie fait 157 morts dont 7 Français

Le crash d’un avion en Éthiopie fait 157 morts dont 7 Français

Éthiopie: sept Français parmi les 157 victimes du crash d’un avion d’Ethiopian Airlines
Sept Français figurent parmi les victimes. L’avion s’est écrasé six minutes après le décollage, le vol reliait Addis-Abeba en Éthiopie à Nairobi au Kenya. La compagnie aérienne a confirmé qu’il n’y avait aucun survivant.
Share
Pause

Mute

Current Time 0:32
Duration 1:25
Loaded: 100.00%

Quality Levels

Fullscreen

EN IMAGES – Le vol reliait Addis-Abeba en Éthiopie à Nairobi au Kenya. L’avion s’est écrasé six minutes après le décollage. Au moins 35 nationalités étaient présentes à bord.

Un avion d’Ethiopian Airlines qui reliait Addis-Abeba (Éthiopie) à Nairobi (Kenya) s’est écrasé dimanche matin 10 mars avec ses 149 passagers et ses huit membres d’équipage. Parmi eux, sept Français. «Le PDG du groupe (…) a le regret de confirmer qu’il n’y a pas de survivant», a indiqué la compagnie dans un communiqué, accompagné d’une photo de Tewolde GebreMariam au milieu d’un cratère provoqué par le crash et parsemé d’effets personnels et de débris. L’avion, un Boeing 737-800 MAX, s’est écrasé près de Bishoftu, à 62 km au sud-est d’Addis-Abeba, six minutes après le décollage, alors que le pilote évoquait des «difficultés» et avait demandé à faire demi-tour. Le Boeing s’est désintégré et les débris sont en grande partie calcinés, a constaté un journaliste de Reuters.

Ethiopian Airlines

@flyethiopian

Accident Bulletin no. 2
Issued on march 10, 2019 at 01:46 PM

2 363 personnes parlent à ce sujet

Les 157 personnes à bord de l’appareil sont originaires de 35 pays. Il y avait 32 Kényans, 18 Canadiens, 9 Ethiopiens, 8 Italiens, 8 Chinois, 8 Américains, 7 Français, 7 Britanniques, 6 Egyptiens, 5 Néerlandais, 4 Indiens, 4 Slovaques, 3 Autrichiens, 3 Suédois, 3 Russes, 2 Marocains, 2 Espagnols, 2 Polonais, 2 Israéliens, un Belge, un Somalien, un Togolais, un Ougandais et un Nigérian. Un centre d’information des passagers et un numéro de téléphone ont été mis en place. À Paris, le Quai d’Orsay a dit chercher à «vérifier si des ressortissants français figurent parmi la liste des victimes», précisant «ne pas avoir d’informations définitives à ce stade».

» LIRE AUSSI – Crash en Ethiopie: les nationalités des victimes

«Terribles nouvelles», a déploré le premier ministre canadien Justin Trudeau (18 morts). Les États-Unis (8 morts) ont annoncé l’envoi d’enquêteurs.

Des membres de la Croix-Rouge participent aux recherches.

«Il est trop tôt pour avancer une cause de l’accident, et une enquête sera menée pour en trouver la cause», a déclaré le PDG d’Ethiopian Airlines Tewolde GebreMariam. «Le pilote a mentionné qu’il avait des difficultés et qu’il voulait rentrer» et «il a eu l’autorisation» de faire demi-tour et de repartir vers Addis Abeba, a-t-il ajouté. L’avion avait décollé ce dimanche matin de l’aéroport Bole d’Addis-Abeba. Six minutes plus tard, l’aéroport avait «perdu le contact» avec l’appareil. Le site suédois flightradar24, qui offre des informations en temps réel sur les vols, avai noté une «vitesse ascensionnelle instable après le décollage». Les conditions météorologiques étaient bonnes dimanche matin à Addis Abeba.

Inquiétude pour les proches des passagers à Nairobi.

«Le bureau du premier ministre, au nom du gouvernement et du peuple éthiopien, exprime ses plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu ce matin des êtres chers lors du vol d’un Boeing 737 des Ethiopian Airlines à destination de Nairobi», a déclaré sur Twitter Abiy Ahmed, le premier ministre éthiopien.

Office of the Prime Minister – Ethiopia

@PMEthiopia

The Office of the PM, on behalf of the Government and people of Ethiopia, would like to express it’s deepest condolences to the families of those that have lost their loved ones on Ethiopian Airlines Boeing 737 on regular scheduled flight to Nairobi, Kenya this morning.

7 463 personnes parlent à ce sujet

Le chef de l’État français Emmanuel Macron a adressé ses condoléances aux familles des victimes. «J’adresse mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes du vol d’Ethiopian Airlines, dont plusieurs étaient françaises. Je partage leur tristesse. La France se tient aux côtés des peuples kenyan et éthiopien et leur témoigne son entière solidarité», a-t-il écrit sur Twitter:

Emmanuel Macron

@EmmanuelMacron

J’adresse mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes du vol d’Ethiopian Airlines, dont plusieurs étaient françaises. Je partage leur tristesse. La France se tient aux côtés des peuples kenyan et éthiopien et leur témoigne son entière solidarité.

342 personnes parlent à ce sujet

Ethiopian Airlines jouit pourtant d’une bonne réputation. Elle est classée à la 40e place (et 1re en Afrique) du classement Skytrax 2018 qui recense les 100 meilleures compagnies au monde. Son dernier accident, survenu à Beyrouth peu après un décollage, remontait à janvier 2010. Quatre-vingt-trois passagers et sept membres d’équipages avaient été tués.

L’avion qui s’est écrasé, un Boeing 737-800 MAX, dernier né de la gamme 737 du constructeur américain, est du même type que celui de la compagnie indonésienne Lion Air qui s’est abîmé en mer en octobre dernier, 13 minutes après avoir décollé de Jakarta, faisant 189 morts.

Les secouristes sont sur place.

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

Comment la contrebande du pétrole libyen saigne le pays à blanc

Lire

Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

La France est-elle un médiateur sincère dans le conflit libyen ?
Guma el-Gamaty

Lire

Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis par Emmanuel Macron, a été décerné ce vendredi 8 mars à Aissa Doumara Ngatansou pour récompenser son engagement contre les mariages forcés.

Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier "Prix Simone Veil"
Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier « Prix Simone Veil »Crédit : Thibault Camus / POOL / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte 

et AFP

Aissa Doumara Ngatansou, militante camerounaise engagée contre les mariages forcés, a reçu le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis ce vendredi 8 mars à l’Élysée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Ce prix a été remis par Emmanuel Macron en présence  de la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de son homologue en charge des Solidarités, Agnès Buzyn.

Devant l’Assemblée nationale, la secrétaire d’État avait précisé mardi 5 mars que ce prix avait été créé pour récompenser « des actions partout dans le monde en faveur des droits des femmes ». Selon son entourage, il serait également doté d’une récompense de 100.000 euros.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la « diplomatie féministe » de la France, « contre les violences sexistes et sexuelles, l’excision, les mariages forcés, pour l’accès à l’éducation des filles et des garçons, pour l’émancipation économique des femmes », avait ajouté Marlène Schiappa devant l’Assemblée nationale.

À lire aussi

Les inégalités femmes-hommes touchent le parlement de  Papouasie-Nouvelle-GuinéeINTERNATIONAL

La Papouasie : la fin d’un parlement exclusivement masculin ?

Dans ce cadre, le gouvernement a réservé une enveloppe de 120 millions d’euros, portée par l’Agence française de développement, pour « soutenir les actions des ONG féministes et pour l’égalité femmes-hommes, partout dans le monde et particulièrement dans les pays du Sud ».

Selon notre sondage BVA, publié dimanche 3 mars, l’ancienne ministre Simone Veil, décédée en 2017, arrive en tête des personnalités qui « incarnent le plus le féminisme » aux yeux des Français, devant Michelle Obama et Simone de Beauvoir.

LA RÉDACTION VOUS RECOMMANDE
Égalité hommes-femmesPolitiqueSimone Veil

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

L’Afrique Réelle N°110 – Février 2019

Sommaire

Dossier : Sahel

– Quel ennemi combattons-nous au Sahel ?

– Qui sont les jihadistes du Macina et de la région des trois frontières ?

– Mali : Dogon contre Peul, jihadisme ou guerre ethnique ?

Controverse :

Afrique du Sud : à qui appartient la terre ?

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

Qui sont les GAT (groupes armés terroristes) sahéliens que combattent nos forces ?

– Des jihadistes animés par des motifs religieux ?
– Des trafiquants utilisant le jihadisme pour brouiller les pistes ?
– Des militants porteurs de revendications ethniques, sociales ou politiques revêtues du voile religieux ?
– Des combattants « multi-cartes » pouvant être les trois à la fois selon les circonstances et les opportunités ?

Pour nos Armées, la réponse à ces interrogations est évidemment essentielle. Etant bien entendu que les tendances lourdes, à savoir la démographie, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la question de l’ethno-mathématique électorale ne pourront pas être réglées par leur intervention.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou des ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Leur action s’inscrit donc dans une nébuleuse à l’intérieur de laquelle tout classement géométrique « à l’européenne » est une illusion, et plus encore, un danger.

Comment en serait-il autrement tant la réalité du terrain est faite d’alliances pragmatiques et ponctuelles, de loyautés mouvantes et d’allégeances conjoncturelles dont les véritables objectifs ne sont en réalité, et contrairement à ce qui est constamment affirmé, qu’accessoirement religieux ?

Face à ce brouillard, mettre par principe une étiquette « jihadiste » ou « GAT », sur tous ceux qui n’entrent pas dans les classifications définies à Paris est une facilité. Elle aboutit à désigner un « ennemi de confort », ce qui revient à éluder les questions complexes que nos états-majors n’ont que quelques mois pour appréhender avant leur projection.

Un exemple : considérer comme jihadiste l’actuelle alliance de circonstance nouée entre orpailleurs, trafiquants et irrédentistes toubou dans la région de Miski-Kouri Bougoudi dans le nord du Tchad pourrait avoir trois conséquences désastreuses :

1) Favoriser la coagulation de groupes aux intérêts contradictoires alors que la priorité est à leur division.

2) Permettre aux jihadistes d’entrer dans le jeu en proposant leur soutien au « comité d’autodéfense » actuellement ciblé par l’armée tchadienne, alors que tout devrait être fait pour assurer le confinement du conflit.

3) Provoquer la déstabilisation de l’irrédentiste Tibesti, région au contact du puzzle tribalo-politique de Libye et des zones Toubou du nord-est du Niger, alors que l’urgence est d’éviter l’embrasement régional.

L’approfondissement de la connaissance des dynamiques locales est donc une priorité pour nos Armées. Tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre et au niveau le plus élevé du commandement.

Publié par Administrateur à 00:19

http://bernardlugan.blogspot.com/

https://ombre43.com/2019/03/08/editorial-de-bernard-lugan-sahel-bien-identifier-lennemi/

«Blaxit»: de nombreux Noirs américains quittent les États-Unis pour le Ghana et l’Afrique du Sud

«Blaxit»: de nombreux Noirs américains quittent les États-Unis pour le Ghana et l’Afrique du Sud

Jusqu’à 5 000 Noirs américains sont rentrés au Ghana – et des milliers d’autres dans d’autres pays africains – au cours des dernières années dans le cadre d’un mouvement grandissant visant à vivre dans une société dans laquelle ils se disent capables de vivre dans un monde quels sont les noirs sont en charge. « 

 

Le mouvement croissant de «retour en Afrique» a été mis en évidence dans un article récent du service de presse Al Jazeera intitulé «Pourquoi certains Afro-Américains s’installent en Afrique ».

L’article – qui, bien sûr, blâme les Blancs pour tous les maux affectant les Noirs – s’articule autour d’une interview avec Muhammida el-Muhajir, une spécialiste du marketing numérique de New York, qui a quitté son travail pour s’installer à Accra, la capitale du Ghana. .

«Ils viennent des grandes villes de San Francisco, Chicago et New York. Des milliers d’entre eux. Et beaucoup refusent de rentrer », écrit l’article, affirmant qu’une« nouvelle vague d’Afro-Américains échappe au racisme et aux préjugés incessants aux États-Unis. Du Sénégal et du Ghana à la Gambie, des communautés émergent en défiant la sagesse conventionnelle voulant que l’Afrique soit un continent que tout le monde essaie de quitter. ”

L’article poursuit en disant qu’il est estimé qu’entre 3 000 et 5 000 Noirs américains vivent dans la seule capitale ghanéenne. (Le Ghana, rappelons-le, a une loi sur le «droit de résidence», semblable à la «loi sur le retour» d’Israël. Cette loi sur le droit de résidence accorde la résidence et la citoyenneté du Ghana à toute personne d’ascendance raciale noire .)

«Ce sont des enseignants dans des petites villes de l’ouest ou des entrepreneurs dans la capitale et ils affirment que même si vivre au Ghana n’est pas toujours facile, ils se sentent libres et en sécurité», poursuit l’article.

El-Muhajir dit avoir déménagé, « parce que malgré son éducation et son expérience, elle a toujours été conçue pour se sentir comme une citoyenne de deuxième classe. »

Déménager, a-t-elle déclaré, était «une occasion de réaliser son potentiel» et «d’éviter d’être la cible de violences raciales».

Cette dernière raison est évidemment absurde, car toutes les preuves montrent qu’aux États – Unis, les Blancs sont beaucoup plus la cible de violences raciales que les Noirs et que les crimes contre les Noirs constituent de loin la plus grande menace pour les Noirs en Amérique .

Même si la perception de «violence blanche» par El-Muhajir est fausse – générée sans aucun doute par les médias contrôlés -, sa première raison est véridique: à savoir qu’en concurrence ouverte et sur un pied d’égalité, les Noirs sont presque toujours perdants contre le QI plus élevé les Blancs et les Asiatiques en Amérique.

«J’ai grandi à Philadelphie, puis à New York. Je suis allé à Howard, qui est une université historiquement noire », a déclaré El-Muhajir.

«Je dis aux gens que le Ghana est comme Howard dans la vraie vie. C’était comme un microcosme du monde. À l’université, ils nous disent que le monde n’est pas noir, mais il y a des endroits où c’est le monde réel. Howard vous prépare à un monde où les Noirs sont aux commandes, ce qui est une expérience complètement différente de celle des personnes qui ont fréquenté des universités à prédominance blanche. « 

Elle a ensuite expliqué qu’elle ne se sentait plus comme une « étrangère » en Afrique, une expérience qu’elle avait toujours vécue en Amérique.

«Le premier pays où je suis allé était le Kenya. J’avais 15 ans et voyagé avec un groupe d’enfants. J’étais l’un des deux enfants noirs. J’ai vu très tôt que je pouvais m’intégrer et n’était pas un outsider.

«Soudain, ça a basculé, je venais d’Amérique où j’étais un outsider, mais en Afrique, je ne me sentais plus comme ça. J’ai fait des études supérieures au Ghana en 2003 et je suis retourné à New York, puis au Ghana en 2014. »

Elle a ensuite expliqué comment ce dilemme de ne jamais être la première  s’est  résolu par  lui-même lorsqu’elle a déménagé en Afrique:

«En Amérique, vous essayez toujours de faire vos preuves. Je n’ai pas besoin de me prouver aux normes de quelqu’un d’autre ici. Je suis une championne, j’ai couru et suis allé à l’université et j’aime gagner. Je refuse donc de me retrouver dans une situation où je ne gagnerai jamais. ”

«Il y a des commodités auxquelles je me suis habituée chez moi à New York – comme les fêtes, les bars ouverts et la mode, alors quand j’ai réalisé que je pouvais faire les mêmes choses en Afrique que chez moi aux États-Unis, j’ai été vendue. Il y a aussi un grand festival d’art de rue ici, et c’était la différence par rapport à ma venue [en tant qu’étudiante]. J’ai vu ce que j’aime chez moi ici, alors j’ai décidé que le moment était venu.

El-Muhajir a même réalisé un documentaire intitulé «Blaxit» sur les Noirs qui se déplacent en Afrique.

«J’ai créé Blaxit à cause de cette vague d’afro-américains qui s’installent en Afrique. Cette tendance a commencé à se produire autour de l’indépendance des pays africains, mais la nouvelle vague [comprend] des personnes qui viennent dans des endroits comme celui-ci. Ce nouveau groupe a un accès certain en Amérique et vient ici pour avoir ce style de vie en Afrique », a-t-elle déclaré.

«À notre insu, nous vivons la vision que le politicien et révolutionnaire ghanéen Kwame Nkrumah a exposée pour nous, de ce pays constituant la porte d’entrée de la diaspora noire en Afrique.

«Je ne veux pas que les gens pensent que l’Afrique est cette utopie magique dans laquelle tous vos problèmes disparaîtront. C’est juste que certaines des choses auxquelles vous pourriez être confronté en Amérique en tant que personne noire – vous ne devrez pas souffrir avec ces choses ici. « 

Lorsqu’on lui a demandé si elle pensait que le mouvement «de retour en Afrique» gagnerait de la vitesse et augmenterait en nombre, elle a conclu en disant: «Je pense que davantage viendra quand ils commenceront à y voir une alternative viable. Mais ce n’est pas facile et ce n’est pas bon marché. Je ne peux pas dire que ce qui se passe en Amérique aujourd’hui est pire que ce qui s’est passé à un autre moment. Je pense que le moment est venu où les gens commencent à voir qu’ils peuvent vivre ailleurs. »

* Le mouvement original de «retour en Afrique» en Amérique remonte à l’époque de l’American Colonization Society (ACS), dont les membres les plus remarquables comprenaient des membres notables de l’American Colonization Society, dont Thomas Buchanan, Thomas Jefferson, James Monroe et Abraham Lincoln. James Madison, Daniel Webster, John Marshall et Francis Scott Key.

L’ACS est l’organisation qui a fondé l’État africain du Libéria en 1847, après avoir transféré plus de 15 000 Noirs des États-Unis sur leur continent. La constitution et le drapeau libériens ont été modelés directement sur ceux des États-Unis.

Marcus Garvey

De nombreux autres Noirs ont également essayé de renvoyer leurs compatriotes africains en Afrique, le plus célèbre étant Marcus Garvey, qui dans les années 1920 avait rassemblé au moins quatre millions de Noirs américains qui avaient adhéré à son organisation pour promouvoir un déménagement en Afrique. Les efforts de Garvey se sont effondrés après qu’il ait été reconnu coupable de fraude postale en raison d’un manque de contrôle sur la vente d’actions dans une compagnie de transport qu’il a commencé à transporter des noirs en Afrique.

En 1937, un groupe de rivaux de Garvey appelé le Peace Movement of Ethiopia collabora avec Theodore Bilbo, sénateur des États-Unis du Mississippi, et Earnest Sevier Cox  dans la promotion d’un programme de rapatriement présenté au Congrès américain sous le nom de Greater Liberia Act.

Bilbo a proposé le 6 juin 1938 un amendement au projet de loi fédéral sur l’allègement du travail, proposant de financer le déplacement de 12 millions de Noirs au Libéria aux frais du gouvernement, sujet traité dans son célèbre ouvrage intitulé Take Your Choice, Separation or Mongrelization .

 

 

 

Libye : les interférences extérieures « compliquent une situation déjà compliquée » (UA)

Libye : les interférences extérieures « compliquent une situation déjà compliquée » (UA)

11 février 2019 à 12h28 | Par

Lors du 32e sommet de l’Union africaine (UA), le commissaire pour la paix et la sécurité de l’institution panafricaine, l’Algérien Smaïl Chergui, a fait une série d’annonces sur la Libye et la situation au Sahel.

Le commissaire de l’Union africaine (UA) pour la paix et la sécurité, qui a à plusieurs reprises appelé au règlement prioritaire de la crise libyenne, s’est félicité qu’à l’issue de la réunion de dimanche, l’UA et les Nations unies ont décidé de renforcer leur coopération sur le dossier libyen.


>>> À LIRE – Libye : le maréchal Haftar avance dans le sud-ouest et inquiète Tripoli


Parmi les présents à cette réunion de haut niveau sur la Libye les ministres des Affaires étrangères égyptien, algérien, tunisien, l’émissaire de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé et le vice-Premier ministre libyen Abdelsalam Kajman. La séance était dirigée par le chef de l’État du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso, président du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye, accompagné de Moussa Faki, président de la commission de l’UA, et donc de Smaïl Chergui.

Ce dernier a dénoncé les nombreuses interférences extérieures sur le dossier libyen « qui compliquent une situation déjà compliquée ». « Je peux vous dire qu’il y a aujourd’hui un accord total entre l’UA et l’ONU pour travailler main dans la main pour promouvoir et organiser la conférence de réconciliation nationale. Cette dernière devrait être la plus inclusive possible », a-t-il ajouté.

Conférence nationale libyenne début juillet ?

Le commissaire à la paix et à la sécurité a également fait valoir que la crise libyenne touchait tous les pays de la région, comme en témoigne l’attaque des rebelles tchadiens depuis le Sud de la Libye. « Le temps est venu pour la communauté internationale de soutenir l’initiative conjointe de l’Union africaine et de l’ONU dans le but de sécuriser les échanges entre les Libyens », a notamment déclaré Smaïl Chergui.

La conférence nationale sera suivie d’une possible date pour la tenue des élections. Tout cela doit intervenir cette année

Interrogé par Jeune Afrique sur la tenue de la Conférence nationale, Smaïl Chergui a annoncé qu’une date serait arrêtée dans l’après-midi (du lundi 11 février). Selon nos informations, elle devrait se tenir début juillet. « Elle sera suivie d’une possible date pour la tenue des élections. Tout cela doit intervenir cette année », a indiqué le commissaire. Avant de saluer l’action de Ghassan Salamé, l’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye : « Ce qu’il est important de noter, c’est qu’un nouveau départ a été donné, et que nous nous rejoignons avec l’ONU sur ce problème (…). Les interférences non nécessaires doivent cesser immédiatement », a insisté le commissaire.

Toujours selon nos informations, l’Égypte s’opposerait toutefois à ce que le gouvernement de Tripoli présidé par Fayez al-Sarraj désigne les invités à la conférence de réconciliation nationale. Laquelle pourrait se tenir au Caire. Quant aux élections, le Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye espère qu’elles seront organisées en octobre 2019.

https://www.jeuneafrique.com/733046/politique/libye-les-interferences-exterieures-compliquent-une-situation-deja-compliquee-ua/

Déclaration de Bamako : à la recherche d’une « alternative crédible » au franc CFA

Déclaration de Bamako : à la recherche d’une « alternative crédible » au franc CFA

19 février 2019 à 15h13 | Par – à Bamako

À l’initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, des « États généraux du F CFA » se sont déroulés à Bamako les 16 et 17 février. Objectif : trouver une monnaie qui pourrait remplacer l’ancienne monnaie coloniale et « servir l’intérêt général »

À Bamako, les 16 et 17 février, se sont relayés à la tribune l’économiste camerounais Martial Ze Belinga, l’ancien ministre togolais des Finances Kako Nubukpo, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne Mamadou Koulibaly, le philosophe malien Issa N’diaye ou encore l’altermondialiste malienne Aminata Dramane Traoré, tous bien connus pour leur opposition au franc CFA.


>>> À LIRE : Franc CFA : vous avez dit « Afrexit » ?


« La monnaie, ce n’est pas que l’argent, elle a des dimensions politiques, économiques et culturelles. Le CFA vient d’une ancienne puissance coloniale, et qui descend du temps du colonialisme », ont estimé les intervenants lors des « États généraux du F CFA », dans le mythique mémorial Modibo-Keita, du nom du premier président du Mali indépendant, qui avait retiré son pays de la zone CFA avant que le dictateur Moussa Traoré ne l’y ramène, en 1968.

« Nous sommes dans une phase de sensibilisation », a expliqué à Jeune Afrique l’économiste Kako Nubukpo.

Pas de transformation structurelle des économies

À l’instar du Modibo Keita, d’autres dirigeants ont poussé leurs pays à s’affranchir du franc CFA, comme l’Algérie, la Tunisie ou encore Madagascar. « Il n’y a que l’Afrique noire qui est restée dans la zone CFA », a ainsi rappelé Mamadou Koulibaly, pour qui « la parité, la garantie de comptabilité, le mouvement de l’économie vers l’Europe profitent essentiellement aux entreprises françaises ».


>>> À LIRE : Quand DSK se lance dans le débat sur le franc CFA…


Les participants ont constitué un Comité provisoire de coordination des états généraux du franc CFA et des alternatives et proposé une déclaration dite de Bamako, lue à la tribune par Kako Nubukpo. « Cette monnaie n’a pas permis la transformation structurelle des économies qui l’utilisent et les échanges intra-communautaires dans les zones CFA demeurent de l’ordre de 15 % contre plus de 60 % dans la zone euro », dit ce texte, qui pointe aussi « la double répression monétaire et financière du fait de la prééminence de l’objectif de défense du taux de change fixe avec l’euro, au détriment du financement de l’économie intérieur en zone franc CFA ».

Un an de débats

Au sujet des réserves de change déposées au Trésor public français, « censées en théorie assurer la stabilité du système, empêchent les États de réinvestir dans leur propre économies dont nombre sont défaillants. Ainsi les pays qui utilisent le Franc CFA sont aujourd’hui en queue de peloton des indicateurs de développement humain (IDH) même si certains pays affichent des taux de croissance au-delà des 5 % » mentionne le même document.


>>> À LIRE : Franc CFA : tout changer pour que rien ne change


Pour ses auteurs, l’idée n’est pas avoir une monnaie juste pour se débarrasser d’une autre, mais de « trouver une monnaie qui va servir l’intérêt général, ce qui ne nous semble pas le cas du franc CFA, eu égard à un certain nombre de facteurs historiques et institutionnels », précise à Jeune Afrique Kako Nubukpo.

L’économiste togolais et ses cosignataires préconisent une année « de débats contradictoires féconds » dans chacun des 14 pays concernés pour « établir un bilan sérieux de cette monnaie », avec une rencontre à mi-mandat, au Mali ou ailleurs.

[Tribune] L’Afrique peut combler ses faiblesses dans ses négociations avec la Chine

Économie

[Tribune] L’Afrique peut combler ses faiblesses dans ses négociations avec la Chine

13 février 2019 à 18h18 |
Par Folashade SouleAssociée de recherche principale à l’Université d’Oxford

Si les gouvernements africains semblent avoir une marge d’action limitée dans le processus de négociation avec la Chine, ils peuvent apprendre les uns des autres, à condition de respecter quatre points.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de The Conversation.

« On ne négocie pas avec la Chine ! » Voilà les premières réponses des diplomates et fonctionnaires africains lorsqu’on les a interrogés dans le cadre d’un projet de recherche en cours sur les pratiques de négociation avec la Chine quand il s’agit projets d’infrastructures. Il existe en effet une perception partagée selon laquelle les conditions imposées par les entreprises et banques de développement chinoises sont peu ou pas négociables, de peur que l’offre de financement n’aille ailleurs.

La Chine est actuellement le premier pourvoyeur de financement d’infrastructures sur le continent – comme l’a encore illustré un récent engagement de 60 milliards de dollars pris lors du Forum Chine-Afrique de septembre 2018. Les grands projets prévus comprennent des centrales hydroélectriques en Angola et en Guinée, ou encore une raffinerie de pétrole au Nigeria et la construction d’une ville nouvelle en Égypte.


>>> À LIRE – Que cherche la Chine en investissant autant en Afrique ?


Une marge d’action possible dans les négociations avec les Chinois

Pourtant, une observation de plus près sur le terrain révèle que certains gouvernements africains sont bien meilleurs que d’autres pour négocier avec les Chinois. Les projets de chemin de fer en Afrique de l’Est semblent en être un bon exemple : au Kenya, le standard gauge railway est le plus grand projet d’infrastructure depuis l’indépendance du pays en 1963.

La China Eximbank a fourni la plus grande partie du financement sous forme de prêt de la Phase 1 (472 km de voie entre Nairobi et Mombasa) pour un coût de 3,2 milliards de dollars. Chez le voisin éthiopien, une ligne de train électrique plus moderne reliant Addis-Abeba à Djibouti, qui est également financée par la Chine, a ouvert il y a deux ans.

Le coût de ce dernier est de 3,4 milliards de dollars (pour 756 kilomètres). Le gouvernement kenyan défend cette différence de coût par des critères techniques liés au terrain et à la nécessité de transporter des volumes de fret plus importants.

Pourtant, des révélations récentes confirment que des dysfonctionnements majeurs ont eu lieu en amont notamment dans le processus de négociation. En apparence, les gouvernements africains semblent avoir une marge d’action limitée. Pourtant, ils peuvent apprendre les uns des autres. Malgré des clauses contractuelles initiales très contraignantes, un contrat favorisant la création d’emplois (notamment pour les travailleurs qualifiés), le transfert de connaissances et de technologies, le respect des normes environnementales et de construction, et l’utilisation de matériaux de qualité, reste possible. Ceci dépend de quatre conditions :

1. Éviter les négociations fragmentées

Généralement, après des réunions bilatérales ou multilatérales sino-africains et les engagements financiers qui s’en suivent, des contractants chinois provinciaux ou nationaux, soutenus par la mission économique et commerciale chinoise et l’ambassade de Chine dans les pays africains, établissent des contacts initiaux avec le cabinet du premier ministre, les ministères stratégiques (notamment ceux des Affaires étrangères, des Finances, et de la Planification) et les ministères techniques (notamment ceux des Transports et travaux publics, de l’Agriculture, ou du Logement) à la recherche de projets d’infrastructures internes prioritaires.

Dans certains pays comme le Togo et le Cameroun, ces ministères clés prennent la tête des processus de négociation, tandis que d’autres, comme le Bénin et le Kenya, permettent aux ministères techniques de poursuivre des négociations décentralisées.

Lorsque tous les ministères concernés sont impliqués dans une négociation, le processus est plus cohérent

Cependant, dans ce deuxième cas de figure, afin d’accélérer le processus, ministères techniques et contractants chinois (toujours appuyés par les représentants politiques et économiques sur place) peuvent être amenés à contourner ces ministères stratégiques et autres acteurs clés et à engager des cycles de négociations parallèles et décentralisées, souvent sans expérience de négociation préalable avec les Chinois. En pratique, de tels accords peuvent être moins bénéfiques pour les pays africains et favorisent les pratiques de corruption. Une enquête pour corruption a par exemple été ouverte dans le cadre du projet de chemin de fer au Kenya. Il est désormais avéré que ce contrat, très coûteux et peu avantageux, est également lié à des problèmes de coordination et de contournement d’acteurs clés (Kenya Railways en particulier) pendant les négociations.

Lorsque tous les ministères concernés sont impliqués dans une négociation, cela peut en effet prendre plus de temps. Le processus est toutefois plus cohérent et le projet résultant moins susceptible d’enfreindre les réglementations nationales.

2. Renforcer le pouvoir des négociateurs africains

Deuxièmement, un résultat (dés)avantageux pour les gouvernements africains dépend des formes d’intervention du cabinet présidentiel au cours du processus de négociation. Souvent guidée par des motivations politiques et par la nécessité de respecter les promesses électorales, notamment en ce qui concerne la construction des infrastructures, la présidence peut être amenée à intervenir pendant le processus sous forme de pression sur les fonctionnaires. Cela aboutit généralement à un manque d’application de la réglementation nationale.

Au Bénin, par exemple, lors de négociations sur l’axe interrégional routier Akassato-Bohicon en 2010, les entrepreneurs chinois mécontents de certaines conditions imposées par les fonctionnaires et experts du ministère des Travaux publics se sont plaints directement auprès du président Yayi Boni qui a accepté d’intervenir – aboutissant ainsi au contournement des réglementations nationales en matière de construction et d’emploi.

Pourtant, l’intervention présidentielle peut s’avérer utile lorsqu’elle consiste à fournir une expertise spécifique aux entités gouvernementales pendant les négociations. Au Bénin, sous l’actuelle présidence, au Togo, au Sénégal et en Tunisie, la présidence a été amenée à solliciter des cabinets d’avocats internationaux dont les experts disposaient d’une expérience professionnelle au sein de ministères stratégiques chinois tels que le ministère des Affaires étrangères, le ministère du Commerce et les banques de développement (dont la China Eximbank). Ces experts fournissaient ensuite des conseils techniques et judiciaires pour mieux comprendre le fonctionnement de ces institutions et leurs différents critères et conditions de prêt.

Les négociateurs chinois adoptent souvent une approche à prendre ou à laisser

Une expertise supplémentaire peut donc avoir un impact à la table de négociation en faveur des gouvernements africains, si elle n’est pas ponctuelle, mais fait partie d’une stratégie institutionnalisée sur le long terme. En effet, la disparité des acteurs à la plupart des tables de négociation Afrique-Chine conduit à des styles de négociation différents. Les négociateurs africains sont en grande partie composés de chefs de division et de fonctionnaires dotés de compétences plus ou moins techniques, de ministres et parfois du président.

Du côté chinois, la présence combinée de représentants d’ambassades, de missions économiques et commerciales, et de représentants d’entreprises publiques est un indicateur de cette double logique politico-économique où le marché et l’État négocient d’une seule voix pour l’optimisation des profits – aboutissant souvent à des tactiques de négociation agressives auxquels les négociateurs africains ne sont pas habitués.

Les négociateurs chinois adoptent souvent une approche à prendre ou à laisser. Pourtant les gouvernements africains n’intègrent pas suffisamment que la Chine dispose d’un surplus de matières premières, et de construction, qu’ils cherchent à écouler. Ils ont donc besoin des marchés africains. Une autre technique de négociation serait de confronter plus régulièrement la Chine à d’autres pays comme la Turquie, les Émirats arabes unis et la Corée du Sud qui cherchent à financer des projets d’infrastructures sur le continent.


>>> À LIRE – « La Chine n’est pour rien dans les crises africaines de la dette »


3. Intégrer les préoccupations de la société civile

Troisièmement, le succès des négociations dépend de la responsabilité des gouvernants vis-à-vis des préoccupations des populations et des sociétés civiles africaines. Malgré la perception généralement positive des Africains envers la Chine, tel que démontrée par une enquête Afrobarometer, effectuée sur 54 000 enquêtés dans 35 pays africains, une perception négative de la Chine en Afrique existe également.

Elle est due à la mauvaise qualité des produits chinois, au manque de transparence autour des contrats, à la perception croissante selon laquelle la présence chinoise en Afrique se traduit par une suppression d’emplois, ainsi qu’à la suspicion de corruption des élites africaines. Si les gouvernements africains ne tiennent pas compte de ces perceptions, les organisations de la société civile et les médias dénonceront à juste titre le favoritisme de leurs gouvernants envers la Chine, comme ce fut le cas au Kenya.

Plusieurs gouvernements mettent en place des plans d’action et négocient des marges de manœuvre

4. Partager et accroître les connaissances

Négocier avec la Chine est une pratique relativement nouvelle pour les gouvernements africains. Ils devraient saisir toutes les occasions pour effectuer un partage d’expérience et de bonnes pratiques. Un rôle existe également pour les universités africaines : malgré la présence d’instituts culturels et linguistiques mais aussi de l’apprentissage bientôt obligatoire du mandarin dès l’école primaire dans certains pays africains, le nombre de centres d’études asiatiques dans les universités africaines reste trop limité. Ils devraient créer plus de centres d’études asiatiques pour combler l’écart en matière d’information et de connaissances.

Certains ont fait valoir par le passé que les gouvernements africains échouaient dans la négociation avec les Chinois parce qu’ils manquaient de stratégie. Ceci n’est que partiellement avéré : plusieurs gouvernements mettent en place des plans d’action et négocient des marges de manœuvre. Mais ce qui est requis est une approche plus coordonnée et cohérente – ce sur quoi la Chine a considérablement avancé de son côté. Pour les gouvernements africains, une absence d’accord reste en effet généralement préférable à un mauvais accord.

https://www.jeuneafrique.com/734581/economie/tribune-lafrique-peut-combler-ses-faiblesses-dans-ses-negociations-avec-la-chine/