Archives pour la catégorie Afrique

Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

International

Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

le 5 septembre 2018

Le Maroc est un « acteur incontournable » pour faire face aux divers défis sécuritaires dans la région du Sahel et du Sahara et assurer sa stabilité et sa prospérité, a indiqué, mercredi à New Delhi, M. Mohamed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques.

« Le Maroc reste le seul pays stable dans cette zone pleine de turbulences grâce à son adoption d’une approche sécuritaire proactive basée sur le développement humain, la restructuration du champ religieux, la formation des imams mourchidines et mourchidates, la gouvernance sécuritaire et la bonne analyse stratégique », a souligné M. Benhammou dans une intervention lors d’une conférence internationale tenue sous le thème « changer le paradigme de la sécurité en Asie de l’Ouest: Réponses régionales et internationales ».

Après les attentats terroristes de Casablanca, le 16 mai 2003, le Royaume a adopté une approche sécuritaire qui lui a permis de faire face à plusieurs défis aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et d’occuper une place de choix sur l’échiquier continental », a-t-il dit.

Ainsi, le Maroc a choisi de focaliser ses efforts sur la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en lançant l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), qui constitue un projet de grande envergure visant à éliminer toute forme de marginalisation et de vulnérabilité.

Le spécialiste marocain a indiqué que le Royaume a aussi décidé la restructuration de la réforme du champ religieux pour barrer la route à l’extrémisme et à la radicalisation, à travers notamment l’encadrement et la formation des prédicateurs.

Pour promouvoir un Islam tolèrent et du juste milieu dans le monde, notamment en Afrique, le Maroc s’est engagé à partager son expérience « inédite » et dispenser des formations adéquates aux imams issus de différents pays, a-t-il poursuivi.

M. Benhammou a souligné, lors de son intervention sur le thème « les nouveaux défis sécuritaires en Afrique du Nord: L’approche marocaine » que la région de l’Afrique du Nord reste fragile après le « printemps arabe » qui a donné lieu à l’émergence de groupes terroristes et des milices, aux bouleversements politiques, conflits civils et aux violences sectaires, mais aussi à la croissance de l’immigration clandestine et du trafic d’armes.

Organisée par l’Institut indien d’études et d’analyses de la défense (IDSA), la conférence a pour objectifs d’examiner et d’analyser les dynamiques de sécurité émergentes dans le monde, notamment en Asie d’Ouest, et de formuler des réponses à tous les défis et menaces qui guettent ces régions et visent leur sécurité et stabilité.

Cette conférence de trois jours est marquée par la participation de plusieurs personnalités politiques internationales, des médias et des experts et académiciens appartenant à des centres de recherche et d’analyse très prestigieux.

LNT avec Map

https://lnt.ma/sahel-sahara-maroc-acteur-incontournable/

Publicités

N°20 > Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains ?

N°20 > Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains ?

– IPEMED

Télécharger

La Chine est devenue un partenaire écono­mique incontournable de l’Afrique, laquelle est partiellement englobée dans l’ambitieux programme chinois « One Belt One Road ». Son engagement sur le continent africain prend des formes très diverses suivant les sous-régions et les pays considérés comme prioritaires.

La percée chinoise suscite un engouement médiatique et la presse multiplie les annonces de projets dont certains ne sont que des promesses. Citons, par exemple, la construction par le groupe chinois Haite d’une « nouvelle cité industrielle et résidentielle [au Maroc] de 2 000 hectares ».

Ce foisonnement demande à prendre du recul.

Qu’en est-il de l’activité chinoise en Afrique ? La stratégie chinoise contribue-t-elle efficacement au développement industriel des pays concernés ? Les zones économiques spéciales « chinoises » sont-elles adaptées au contexte africain ? Des scénarios alternatifs sont-ils envisageables ?

Le présent document a pour but de décrire les tendances des 15 dernières années, de mettre en perspective certaines idées reçues et de proposer des éléments de réflexion qui contrebalancent, parfois infirment, les trop nombreux effets d’an­nonce.

Auteurs principaux :

Jean-Raphaël CHAPONNIERE, Observatoire Europe-Afrique 2020
Christian DELAVELLE, ‎Observatoire Europe-Afrique 2020
Avec les contributions de :
Jean-Claude BERTHELEMY, Université Panthéon Sorbonne
Imène BASRIRE, IPEMED
Pierre BECKOUCHE, IPEMED
Jean-Louis GUIGOU, IPEMED
Thierry PAIRAULT, CNRS – EHESS
Paulette POMMIER, IPEMED
Kelly ROBIN, IPEMED

S O M M A I R E

  • Chine – Afrique : enjeux économiques et tendances lourdes
  • La Chine en Afrique : une stratégie essentiellement commerciale et une politique d’investissement prudente
  • Les « zones économiques spéciales chinoises » : une solution émergente, qui pour l’instant ne s’avère pas être à la hauteur des enjeux
  • CONCLUSION – Prospective Chine-Afrique : Plusieurs enjeux majeurs et beaucoup d’incertitudes
Partagez cet article

« En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent à la guérilla »

« En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent à la guérilla »

ENTRETIEN – Jeudi 23 août, Daech a revendiqué une attaque au couteau à Trappes en France, faisant deux morts. Bien qu’affaiblie, cette organisation est plus difficile à cibler qu’en 2014 car ses membres sont géographiquement dispersés, explique Myriam Benraad, politologue et spécialiste de l’Irak.

La politologue française spécialiste de l’Irak et du monde arabe Myriam Benraad, janvier 2016.

ZOOM

La politologue française spécialiste de l’Irak et du monde arabe Myriam Benraad, janvier 2016. / Nicolas Kovarik/IP3 PRESS/MAXPPP

La Croix : Daech a-t-il toujours les moyens d’attaquer l’Europe ?

Myriam Benraad : L’organisation a moins de moyens et a perdu beaucoup de ses réseaux. En Irak et en Syrie, les djihadistes sont aussi moins puissants. En France, depuis la vague d’attentats de 2015, il y a eu une mise à niveau des dispositifs de renseignement et de lutte antiterroriste. Les réseaux djihadistes sont plus facilement identifiés et un certain nombre a d’ailleurs été démantelé. On ne peut pas nier, plus largement, que l’Europe s’est mis à jour en matière de lutte antiterroriste.

i Pourquoi lire La Croix ?

  • La Croix vous explique, avec pédagogie et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.

+

Maintenant ce n’est pas qu’une affaire de moyens et de réseaux. Certains vont décider, par exemple, de prendre un couteau après avoir écouté un message comme celui que le « calife » de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, a diffusé mercredi 22 août. Ces messages auront toujours un impact symbolique fort sur les combattants et sympathisants. À chaque discours d’Abou Bakr al-Baghdadi, on observe un regain de zèle et de violence parmi ceux qui soutiennent l’organisation terroriste.

À lire aussi

Deux morts à Trappes : l’homme présentait le profil d’un « déséquilibré »

Quelle est aujourd’hui l’importance du réseau médiatique de l’État islamique ?

M. B. : Au niveau de la production officielle, les médias de Daech sont moins puissants. Ils se voient de surcroît systématiquement pris pour cibles en ligne et un certain nombre de personnes impliquées dans la diffusion de leurs contenus ont été arrêtées. Mais si l’on se penche sur la production « dérivée » d’individus sympathisants de Daech, celle-ci peut être tout aussi forte quant au message véhiculé. Le discours djihadiste s’est en quelque sorte banalisé par le biais des réseaux sociaux.

Dans les années 1990-2000, ce discours était encore marginal et les supports de propagande ne dépassaient pas certains cercles restreints. Les communiqués et autres écrits étaient diffusés en arabe ; à présent, ils sont traduits et diffusés dans toutes les langues en touchant un public large. Aussi, Daech réinvestit d’autres endroits comme le réseau de partage de photos et de vidéos Instagram, et opère un retour partiel sur Twitter et Facebook où il se redéploie. Tous les nouveaux réseaux sont également des cibles.

À lire aussi

Daech, une menace qui a changé de visage

Au Moyen-Orient, Daech perd du terrain mais est-ce pour autant qu’il est plus affaibli ?

M. B. : La mise en place d’un proto-État djihadiste sur près de 40 % du territoire irakien et sur une partie importante du territoire syrien, fut un énorme succès en 2014. La perte de ce territoire a été un coup dur pour les djihadistes. Il y a eu des défections importantes car beaucoup ont fini par comprendre que le projet de califat global porté par le groupe, n’était pas viable.

En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent donc à la guérilla, à l’action clandestine. Leur objectif est d’empêcher la stabilisation et la normalisation de ces pays. Ils s’en prennent à l’armée, aux forces de l’ordre. Ils sabotent les infrastructures et font en sorte d’empêcher toute reconstruction de long terme. C’est une situation insupportable pour les civils qui sont pris pour cibles dans les attentats depuis de longues années.

À lire aussi

En Syrie, Daech n’a pas fini de nuire

Daech est plus difficile à cibler qu’en 2014 car ses membres sont géographiquement dispersés. Les frappes ciblées se poursuivent, mais les djihadistes se cachent ou se fondent dans la population. C’est une insurrection très éparpillée, qui touche de nombreux endroits.

Au-delà du Moyen-Orient, les djihadistes sont présents en Égypte, en Libye, en Afrique, en Afghanistan, en Asie. Daech est une insurrection mondiale dotée de sections actives aux quatre coins du monde.

Recueillis par Audrey Parmentier

Accord Chine-Inde-Plus-Un : vers une convergence d’OBOR et d’AAGC en Afrique ?

Accord Chine-Inde-Plus-Un : vers une convergence d’OBOR et d’AAGC en Afrique ?


Pékin propose le format « Chine-Inde-Plus-Un » pour les coopérations avec New Delhi en Afrique.


Par Andrew Korybko – Le 7 août 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybko

Geng Shuag, ministre chinois des Affaires étrangères, a dévoilé la semaine dernière ce cadre de travail, en annonçant : « Nous espérons que la C/2018/08/07/china-india-plus-one-could-see-obor-and-the-aagc-converge-in-africa/chine et l’Inde vont activement développer une coopération Chine-Inde plus un, ou Chine-Inde-X, conformément au consensus atteint par les deux pays. Nous en tirerons des bénéfices mutuels, et une coopération gagnant-gagnant entre la Chine, l’Inde et d’autres pays », clairement en écho aux visites officielles chinoises et indiennes récentes et conjointes sur le continent africain, en préparation du 10e sommet des BRICS à Johannesburg.

Longtemps considérées comme rivales, en particulier au travers de la dualité route de la soie [« One Belt One Road » – OBOR, NdT] – couloir de développement Asie-Afrique [« Asia-Africa Growth Corridor », AAGC, NdT], les deux grandes puissances ont à présent la possibilité de coopérer l’une avec l’autre en Afrique de manière constructive, afin de profiter de leurs complémentarités développementales dans la construction d’un siècle africain.

La Chine comme l’Inde ont besoin de ressources, de force de travail et des marchés africains pour soutenir leur propre croissance, et il faudra à leurs partenaires en Afrique des milliards de dollars d’investissements pour répondre à ces besoins, d’où une symbiose stratégique en croissance entre les pays africains et asiatiques du « grand sud ». Ainsi, l’approche chinoise a été de soutenir des couloirs de connectivités impressionnants dans la corne de l’Afrique et en Afrique de l’est, constituant les passerelles la reliant au cœur de l’Afrique, riche en matières premières ; et la république populaire a également diversifié son approche stratégique plus récemment, l’étendant des domaines d’infrastructure et économiques vers une coopération militaire. En parallèle de ces initiatives, l’Inde et le Japon essaient de prendre pied dans les projets dits « d’infrastructure douce » tels que l’éducation, la formation professionnelle, la santé et les services administratifs, pour répondre aux besoins créés par le centrage chinois sur les projets d’infrastructure dure.

Si la Chine et l’Inde joignent leurs efforts et coordonnent leurs politiques de développements vers quelque pays africain, ou même vers des zones entières du continent, elles suppriment à la racine tout gaspillage ou redondance entre leurs politiques et améliorent leur efficacité dès le départ. En théorie, ceci peut engendrer des retombées positives pour toutes les parties, l’État africain ciblé pouvant connaître une croissance digne de celle d’un pays asiatique, tandis que les deux grandes puissances asiatiques pourraient s’intégrer dans un niveau d’interdépendance complexe avec ce pays, les rendant parties prenantes du succès du pays, et diminuant les chances qu’une « compétition amicale » entre elles ne crée la voie à des conséquences déstabilisantes. Dans l’idéal, cette stratégie Chine-Inde-Plus-Un [« China-India-Plus-One », CIPO, NdT] se verrait maintenue de manière encore plus forte si la Russie, partenaire commun des deux pays, se voyait également invitée à prendre part l’initiative, et œuvrait à maintenir l’« équilibre » stratégique entre toutes les parties.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur sputnik news le vendredi 3 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/accord-chine-inde-plus-un-vers-une-convergence-dobor-et-daagc-en-afrique

 

L’Asian African Growth Corridor : dernier avatar de la course à la puissance en Asie

L’Asian African Growth Corridor : dernier avatar de la course à la puissance en Asie

En marge de la tournée impériale de Xi Jinping en Afrique, Narendra Modi s’est rendu au Rwanda, en Ouganda et en Afrique du Sud. Le choix de ces trois pays, tout autant que le moment choisi pour effectuer ces visites, révèle les ambitions géopolitiques indiennes sur le continent africain. Le projet « Asia-Africa Growth Corridor » (AAGC), conçu avec le Japon, doit permettre de contrecarrer l’influence grandissante de la Chine sur ce nouveau théâtre de la course à la puissance asiatique.    

La main mise de la Chine en Afrique 

Narendra Modi et Shinzo Abe

La Chine dispose d’une influence grandissante en Afrique. Tout d’abord ses besoins en matières premières en font une des principales importatrices des produits du continent. Elle compte ainsi pour 10% des exportations africaines. D’autre part, elle participe a des nombreux projets de création d’infrastructures. A titre d’exemple, elle a offert son siège à l’Union africaine en 2012. Enfin, son modèle économique est repris par de nombreux pays. Le Rwanda notamment s’est rallié au Consensus de Pékin qui défend une émergence économique grâce à un modèle politique autoritaire. L’Afrique symbolise donc la prise de poids géopolitique chinoise.

L’histoire du corridor 

Par conséquent, l’Inde et le Japon entendent concurrencer leur rival asiatique sur ce nouveau terrain de jeu. Le projet de l’Asia-Africa Growth Corridor est donc évoqué en 2017  afin de proposer une alternative à l’initiative OBOR chinoise. Il ambitionne de valoriser des routes maritimes, seule interface entre les puissances asiatiques et l’Afrique. Ainsi, les ports indiens et ceux en Asie du Sud-Est où l’Inde et le Japon détiennent des parts stratégiques seront reliés avec les ports africains sur la façade Pacifique. Pour cela, les deux puissances asiatiques proposent de financer des réseaux industriels en Afrique afin de mieux desservir les ports. Le projet concernerait en priorité l’agriculture, la santé et la gestion des risques.

Deux approches complémentaires 

La force du potentiel partenariat indo-japonais réside dans sa combinaison de deux apports stratégiques. Le Japon dispose d’une part d’un savoir faire reconnu pour la construction d’infrastructures. Il possède donc à la fois un savoir-faire et une importante capacité de financement. D’autre part, l’Inde connait particulièrement bien les marchés africains grâce à la diaspora indienne présente sur le continent. Elle utilise en outre un levier historique. L’Inde a en effet constamment soutenu la démocratie contre le colonialisme, ce qui lui assure un certain écho. Dès lors, les deux rivaux asiatiques de la Chine exploitent une opportunité : ils associent leurs forces afin de compter sur les marchés émergents africains.

Des projets concrets

L’AAGC s’appuierait ainsi sur plusieurs réalisations. Il concernerait d’abord les ports de Chabahar en Iran et de Dawai au Myanmar. Ces deux ports sont respectivement financés par des groupes indiens et japonais. Ils constituent, de fait, une réponse au « collier de perle » chinois. En outre, plusieurs corridors ferroviaires ont déjà été construits grâce à l’aide japonaise en Afrique. C’est notamment le cas du Nacala Corridor au Mozambique.

Si l’AAGC en est encore au stade de projet, il n’aura certainement pas la même ampleur que l’initiative OBOR du rival chinois. Toutefois, il témoigne de la volonté indo-japonaise de s’associer afin de compter dans la course à la puissance en Asie. Alors que le multilatéralisme semble en panne, ce type d’initiatives, centrées sur la connexion à l’aide d’infrastructures pourrait donc s’imposer comme l’avenir des relations commerciales.

 

About Hugo CARRIE

Étudiant à HEC Paris, en double diplôme à l’Ensae ParisTech, après deux années en classe préparatoire au lycée Sainte Geneviève. Européen convaincu, passionné par les enjeux géopolitiques de l’innovation technique et des infrastructures d’échange.

L’Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2

’Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2

Nous avons abordé dans la partie précédente les causes profondes de la guerre civile sud-soudanaise (2013-en cours), ainsi que les éléments déclencheurs de l’embrasement. L’analyse a démontré que le conflit était avant tout motivé par une quête de pouvoir et de contrôle des zones pétrolifères, et non par d’irrémédiables tensions interethniques. A l’été 2015, l’accord d’Addis-Abeba mettait fin aux premières années de guerre. Or, quelques mois plus tard, les hostilités reprennent. Quelles en sont les raisons ? Que se déroule-t-il entre le déclenchement des nouveaux heurts et l’accord de partage du pouvoir conclu le 5 août 2018 ? Ce dernier est-il viable ? C’est ce que nous analyserons dans cette deuxième partie.

L’accord d’Addis-Abeba, un accord mort-né

L'illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2
Les dix Etats du Soudan du Sud [WikiMedia.org]

En décembre 2015, quelques mois après la signature de l’accord de paix d’Addis-Abeba, Salva Kiir change l’organisation administrative du pays. Auparavant divisé en 10 Etats, il décide de le séparer en 28, sans consultation préalable des populations. Cette décision a pour conséquence d’attribuer les principaux territoires pétrolifères à sa communauté, les Dinka. Bien que les tensions ethniques ne soient pas à l’origine même de la guerre civile[1], ce choix ne fait que renforcer les divisions intercommunautaires.

Suite à cette décision, des raids de l’armée ont lieu dans plusieurs territoires du sud et de l’est du pays. C’est notamment le cas dans les Etats de Greater Equatoria – qui regroupe Western, Central et Eastern Equatoria – et dans ceux d’Unity, Upper Nile et Jonglei[2]. Plusieurs groupes, qui s’étaient vus dépossédés de leurs terres, avaient en effet décidé de prendre les armes pour faire valoir leurs droits. L’accord d’Addis-Abeba aura été de courte durée : les affrontements, de moyenne intensité, se poursuivent jusqu’à l’été 2016.

Un anniversaire d’indépendance sanglant

Le 7 juillet, deux jours avant le cinquième anniversaire de l’indépendance du pays, la situation se dégrade : la capitale est le théâtre de nouvelles violences. Des partisans de Salva Kiir auraient bombardé des hommes de Machar. La situation s’embrase immédiatement : en quatre jours, les affrontements font 300 morts et 42 000 déplacés[3]. Sous la pression des Nations Unies, un cessez-le-feu est déclaré le 11 juillet, mais les combats ne cessent pas pour autant.

Riek Machar fuit alors le pays avec 600 hommes, pour se réfugier en République Démocratique du Congo (RDC). L’arrivée des combattants sud-soudanais en RDC, déjà en proie à des violences internes, est vue comme une menace sécuritaire supplémentaire. La mission de l’ONU au Congo (MONUSCO) prend alors la décision d’exfiltrer Riek Machar en Afrique du Sud. Le reste des troupes est désarmé, et rapatrié à la lisière de la frontière sud-soudanaise[4].

L’accord de partage du pouvoir du 5 août …

Durant deux ans, les combats se poursuivent, ponctués par des cessez-le-feu rapidement violés et une multiplication des factions armées. Riek Machar restera en résidence surveillée en Afrique du Sud jusqu’au printemps 2018. Le 20 juin, l’ancien vice-président et Salva Kiir se rencontrent à Addis-Abeba afin d’entamer des pourparlers de paix, pour la première fois depuis les violences qui mirent le feu à Juba à l’été 2016.

De gauche à droite: R. Machar, Museveni, el-Bechir et S. Kiir lors de la signature de l’Accord le 5 août [AFP]

Plusieurs réunions de négociations ont lieu entre les deux hommes durant le mois de juillet, pour déboucher sur la signature d’un accord de partage du pouvoir et un cessez-le-feu permanent le 5 août, à Khartoum. Salva Kiir garde son poste de président, et Riek Machar se voit attribuer le poste de premier vice-président, le temps d’une période transitoire de trois ans. Celle-ci doit déboucher sur des élections générales en 2021.

… signé sous la pression de puissances extérieures

Cependant, et c’est un point crucial, les deux rivaux ne sont pas à l’origine de cette initiative : c’est sous la menace de nouvelles sanctions des Nations unies, de la Commission de l’Union africaine et de l’IGAD que cet accord est ratifié[5]. Les médiations sont dirigées par les présidents kenyan, ougandais et éthiopien, ainsi que par le président soudanais Omar el-Bechir. Tous sont impliqués, directement ou non, dans cette guerre. Ce dernier a un intérêt précis dans la conclusion de cet accord puisque son économie, exsangue, repose en majorité sur la production du pétrole sud-soudanais[6]. L’accalmie chez son voisin du sud lui permettrait de régler en partie ses problèmes internes, qui persistent depuis 2011.

Les grandes puissances internationales, comme la Chine et les Etats-Unis, ont elles aussi des intérêts non négligeables à ce que l’accord soit respecté. La Chine est solidement implantée au Soudan du Sud depuis son indépendance, et a investi des milliards dans de nombreux secteurs[7]. Les Etats-Unis sont pour leur part les premiers donateurs d’aide humanitaire, et Donald Trump est lassé des innombrables cessez-le-feu et accords systématiquement avortés.

Un chèque en blanc …

L'Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2
Une famille de réfugiés sud-soudanais à Lamwo (Ouganda) le 5 avril 2017 [Reuters]

Quelques jours à peine avant sa signature, l’accord ne faisait pas consensus auprès des parties concernées. Certains groupes de l’opposition, notamment la South Sudan Opposition Alliance (SSOA) et les Former Detainees (FD), refusaient catégoriquement de le ratifier du fait de désaccords profonds concernant le partage du pouvoir[8]. Sous pression des médiateurs régionaux, et à la surprise générale, l’accord a finalement été signé par tous[9]. Que valent vraiment ces signatures lorsqu’elles sont apposées sous la contrainte ?

S’ajoutant à cela, le texte ne suscite que peu d’espoir pour les experts du conflit sud-soudanais. En effet, le pouvoir est de nouveau confié aux mêmes seigneurs de guerre, rongés par la soif de pouvoir et peu préoccupés par le sort de leur population[10]. Les forces loyales à S. Kiir et R. Machar ont toutes deux commis des actes qualifiés de crimes de guerre : pillages, disparitions forcées, tortures, viols, exécutions extrajudiciaires. Ainsi, il est fort probable que la population sud-soudanaise ne soutienne pas l’accord, et que de nouvelles contestations apparaissent.

… qui ne propose pas d’issue concrète au conflit

Enfin, et comme son nom l’indique, l’accord se concentre sur la répartition du pouvoir entre les parties en conflit. Au-delà du nombre pléthorique de vice-présidents -5- et de ministres -35- afin que chacun y trouve son compte, à aucun moment le texte n’évoque une quelconque résolution des causes profondes de la guerre. Le problème de répartition des richesses et de marginalisation politique et économique de la majorité de la population n’est aucunement traité. Ainsi, malgré les pressions internationales continues et les tentatives de médiations régionales, le conflit au Soudan du Sud ne sera pas résolu de sitôt.

La stabilité ne peut en effet être imposée de l’extérieur, sans réelle volonté politique des parties en conflit. Et quand bien même Salva Kiir et Riek Machar s’entendraient de manière concrète et durable quant au partage du pouvoir, la suite sera complexe. Nous avons en effet choisi, par soucis de clarté, de focaliser l’analyse sur les tensions entre le gouvernement et le SPLA/M, principal mouvement d’opposition. Or, d’innombrables groupes aux intérêts variés, armés ou non, alimentent et prolongent le conflit. Trouver un terrain d’entente commun se révèle pour le moins houleux pour les années à venir.

[1] Voir L’Illusion de la Paix au Soudan du Sud 1/2
[2] The Conversation, The failure of forced peace: South Sudan apprehensive future, 15/01/2017
[3] Tirkthankar Chanda, Guerre civile au Soudan du Sud : Chronologie d’une crise, RFI, 18/07/2016
[4] Joan Tilouine, Les soldats sud-soudanais et Riek Machar égarés dans l’Est du Congo-Kinshasa, Le Monde, 30/01/2017
[5] J. Hursh, Squandered opportunity? Despite New Agreement, South Sudan’s Civil War Continues, 09/07/2018
[6] Ahmed H. Adam, Why is Omar al-Bashir mediating South Sudan peace talks?, Al Jazeera, 05/07/2018
[7] Aru Kok, China chases Africa’s ressources, The Strategist, 06/08/2018
[8] R. Alfred Yoron Modi, Five Contentious Issues in the South Sudan Peace Process, Sudan Tribune,28/07/2018
[9] President Kiir, opposition groups sign South Sudan governance agreement, Sudan Tribune, 06/08/2018
[10] South Sudan Economy, Global Security, 01/03/2018

About Amélie METEL

Etudiante en master 2 coopération internationale à l’université Grenoble Alpes. Passionnée par la géopolitique, elle se spécialise dans l’analyse des conflits armés et la diplomatie

/ Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 103 (juillet 2018) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Alors qu’ils sont inscrits dans la longue durée, les conflits africains sont paradoxalement analysés à travers une trilogie idéologique étroitement contemporaine : « déficit de développement », absence de « bonne gouvernance » et manque de démocratie.

Prisonniers de ces trois concepts européocentrés, journalistes et « experts » sont incapables de prendre la véritable mesure des crises africaines. Emblématiques à cet égard, les exemples de l’Ituri et du Mali sont étudiés dans ce numéro de l’Afrique Réelle.

En Ituri, le 13 juillet 2018, l’ONU a dénoncé des « violences barbares » commises, entre autres, par les miliciens Lendu.

Quinze ans après l’opération française Artemis (juin à septembre 2003), en dépit de la présence de plusieurs milliers de casques bleus, et après les procès devant la CPI de La Haye de chefs miliciens impliqués dans les massacres des années 2000, tout a donc recommencé…

Comment aurait-il d’ailleurs pu en être autrement quand les tueries inter-ethniques y sont d’abord la reprise de mouvements précoloniaux ? La lutte pour les richesses naturelles n’est en effet pas la cause des actuels massacres, mais un facteur aggravant se surimposant à la longue durée historique régionale.

Voilà donc pourquoi aucun intervenant extérieur ne pourra régler la question de l’Ituri puisque c’est celle des relations séculaires entre les Lendu, les Héma, les Alur et les Bira. Voilà également pourquoi le « remède » électoral y sera sans effet.

Au Mali, les jihadistes ont perdu leurs sanctuaires sous les coups de boutoir de l’armée française.

Contraints de réduire leurs capacités d’action, pourchassés nuit et jour et incapables de lancer des opérations coordonnées d’ampleur notable, il ne leur reste plus que le terrorisme.

Ayant échoué à constituer un califat régional, eux qui voulaient dépasser les ethnies, sont tout au contraire contraints d’enraciner leur survie sur elles. Mais, ce faisant, ils ont réveillé les chaînes de solidarités et d’inimitiés séculaires dont ils se trouvent désormais prisonniers…

A supposer que les jihadistes soient définitivement éliminés, aucune paix durable ne sera pour autant instaurée au Mali puisque le problème de fond, celui de l’incompatibilité nord-sud, n’y sera pas réglé. Tous semblent avoir oublié qu’en 2012, c’est en effet sur la permanence de l’irrédentisme touareg que s’est opportunément greffé l’islamo-jihadisme.

En Ituri comme au Mali et en bien d’autres parties de l’Afrique, les interventions étrangères sont sans issue. Parce qu’elles ne sont pas en mesure de régler la question de la cohabitation de populations que tout sépare et qui sont condamnées à vivre ensemble dans des Etats artificiels. Elles peuvent donc éteindre des incendies, mais, comme elles sont incapables de s’attaquer à leurs causes, tout est donc toujours à recommencer…

Bernard Lugan
08/08/2018

Source : L’Afrique Réelle

Crédit photo : Domaine public, via PixaBay

https://www.polemia.com/bernard-lugan-en-afrique-tout-est-toujours-a-recommencer/

La Chine et l’Afrique

La Chine et l’Afrique


Par Pavel Nastine – Le 9 juillet 2018 – Source New Eastern Outlook

La Chine applique en Afrique une stratégie de politique étrangère qui à la fois fait partie intégrante de la doctrine de Beijing en la matière et s’y entremêle. Son objectif principal est de transformer le continent africain en un atout stratégique de la Chine, dont le but serait de renforcer la puissance économique et politique de la République populaire et de permettre à la Chine de se positionner comme une superpuissance. Aux yeux de Beijing, l’Afrique est riche de ressources de valeur et, avec sa population de 1.2 milliard d’habitants, est un grand et vaste marché pour ses marchandises ; le continent est aussi l’un des plus grands bénéficiaires des investissements chinois. Les projets à long terme comprennent la transformation de l’Afrique en une zone manufacturière où la Chine, qui a investi à grande échelle, pourrait déplacer son appareil de production afin d’être plus proche des sources de matières premières et de la main-d’œuvre. Enfin, cela permettra à la Chine de se libérer des anciennes technologies et d’ouvrir la voie à la quatrième vague d’innovation.

L’intérêt de la RPC à transformer l’Afrique en une zone pacifiée fait aussi partie de cette stratégie, parce que seul un tel scénario justifierait des investissements massifs sur ce continent et y assurerait des ventes constantes de marchandises chinoises.

Cette stratégie a été développée au début des années 2000 et elle a été systématiquement mise à jour depuis lors. Des Livres blancs sur la politique de la Chine en Afrique ont été publiés depuis 2006, et ils se focalisent de plus en plus sur la sécurité du continent et sur la lutte contre le terrorisme. Du point de vue de Beijing, la sécurité est étroitement liée à l’élimination de la pauvreté et du sous-développement, et ce sont des processus auxquels la Chine aimerait prendre part avec ses marchandises, ses technologies et ses investissements.

Pour la Chine, la sécurité et le développement sont interdépendants et priment sur les doctrines activement promues par l’Occident, qui lient les droits de l’homme à la démocratie ainsi qu’à une gestion appropriée au progrès économique. Guidée par sa propre expérience, Beijing ne souscrit pas à cette doctrine et passe son temps à promouvoir activement sa propre vision, basée sur la nécessité de soutenir le développement économique et d’assurer la sécurité, tout en ignorant pour l’essentiel les progrès accomplis par divers pays dans les domaines de la démocratie et des droits de l’homme.

En outre, la Chine pense qu’elle ne devrait pas s’immiscer dans les affaires internes de l’Afrique ou participer à des interventions militaires, comme le font les pays occidentaux afin d’atteindre leurs propres buts économiques et politiques. La priorité de la Chine est de sauvegarder ses intérêts en prenant part à de nombreuses missions de rétablissement de la paix sur le continent, garantissant ainsi la sécurité de ses investissements.

Dans la pratique, cela signifie que la Chine est devenue l’un des participants les plus actifs parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies dans les opérations de maintien de la paix en Afrique. Le 30 juin 2017, 2 515 soldats chinois ont participé à des opérations de rétablissement de la paix en Afrique. En 2015, le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, avait annoncé qu’il projetait d’augmenter le nombre de ses troupes de maintien de la paix à 8000 soldats. La vérité est que les Chinois ne prennent pas part aux opérations militaires et font plutôt partie des unités de ravitaillement. Pourtant, la présence militaire chinoise en Afrique a commencé en 2013, année où Beijing a envoyé une unité de 197 personnes en mission au Mali, et en 2015, 700 soldats ont été déployés au Soudan, où la Chine a d’importants intérêts pétroliers.

Au même moment, Beijing aidait l’Union africaine sur le plan de la sécurité régionale. En 2017, la Chine a accordé un don de 100 millions de dollars US à l’Union africaine, destiné à l’achat de matériel militaire pour ses troupes de maintien de la paix en Afrique. En outre, elle a aidé la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) à combattre les activités terroristes d’Al-Shabaab en dépensant des sommes importantes pour la préparation de la Force de défense du peuple ougandais et de la Force de défense du Kenya, qui participent activement à l’AMISOM.

La Chine apporte également une contribution importante à la lutte contre la piraterie. De 2008 à 2015, environ 16 000 marins chinois et 1 300 soldats de la Marine et des forces spéciales faisaient partie de convois armés.

En 2015, un contrat a été signé pour la construction de la première base militaire chinoise en Afrique, à Djibouti. Des militaires chinois y sont déjà stationnés depuis 2017. Selon le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, l’établissement de cette base « reflète le désir de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution des problèmes internationaux et régionaux et de créer des conditions plus sûres, plus stables pour ses activités à l’étranger ».

Les raisons de ces actions deviennent claires si on est conscient du fait qu’à l’heure actuelle, plus de 2 000 entreprises chinoises et plus d’un million de Chinois travaillent sur le continent africain et ont besoin d’assurer leur sécurité.

Certes, cette stratégie chinoise a, dans l’ensemble, porté ses fruits. Le chiffre d’affaires entre Beijing et le continent africain a atteint 180 à 200 milliards de dollars par an, tandis que les investissements chinois ont augmenté à 100 milliards de dollars depuis 2000. Les principaux partenaires de la Chine en Afrique sont l’Égypte ; le Nigeria ; l’Afrique du Sud ; l’Éthiopie ; la République démocratique du Congo ; la Zambie ; l’Angola ; le Maroc ; le Niger ; le Cameroun ;  le Tchad et quelques autres.

Pour promouvoir ses intérêts, Beijing utilise également des moyens tels que l’aide sous forme de dons, des prêts sans intérêt ou à faible intérêt, l’annulation de dette, des projets de construction caritatifs, l’exonération de taxes à l’importation pour certaines marchandises africaines, l’envoi de spécialistes aux pays africains, la création de centres de santé et la formation d’étudiants. Tout cela conduit à l’influence croissante de la Chine, la langue chinoise devenant même la langue de communication transnationale entre étudiants, comme c’est le cas au Kenya.

Pour donner vie à ses politiques ambitieuses, la Chine a créé un arsenal d’outils et de mécanismes. Sous les auspices des organismes d’État, les projets d’investissement sont stratégiquement mis en œuvre par la Banque chinoise de développement et la China Investment Corporation, qui est un fonds souverain.

Parmi les organismes d’aide spécialisés, il faut mentionner le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund), le Fonds pour le développement de capacités productives, le Fonds de développement des petites et moyennes entreprises, le Fonds Route de la soie, l’Institut Confucius et la Fondation pour le développement des sources humaines.

Le Fonds de développement Chine–Afrique se distingue des autres instruments utilisés par la Chine pour étendre son influence en Afrique. En 2007, la Banque chinoise de développement a fourni le capital nécessaire pour créer cette organisation, qui est un fonds d’investissement enregistré selon le droit privé de la RPC. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un fonds souverain, mais la part de son capital fourni par la Banque chinoise de développement permet à l’État de contrôler cette institution.

Contrairement à d’autres organisations chinoises similaires, le Fonds CAD n’accorde pas de lignes de crédit mais investit directement en Afrique en finançant des projets d’affaires dont le but est de collaborer avec les pays africains. Le fonds couvre généralement un tiers du capital nécessaire, jouant ainsi un rôle d’investisseur passif. Le reste est financé par des investisseurs chinois et étrangers.

Jusqu’à présent le Fonds CAD a investi 3.2 milliards de dollars dans 91 projets dans 36 pays africains sur une période de 10 ans. Au total, les investissements chinois en Afrique s’élèvent à 100 milliards de dollars.

En pratique, le Fonds investit du capital dans le secteur de l’énergie, les infrastructures, l’exploitation minière et la transformation des ressources naturelles, et l’agriculture. Ces types de projets chinois comprennent la construction de plus de 100 parcs industriels, dont plus de 40% sont déjà opérationnels. Fin 2016, 5 756 kilomètres de voies de chemin de fer, 4 335 km de routes, 9 ports, 14 aéroports, 34 centrales électriques ainsi que 10 grandes et des milliers de petites centrales hydroélectriques ont été construites !

Ainsi, la Chine a atteint des résultats impressionnants en Afrique au cours de ces 10 ou 12 dernières années. Ayant développé la bonne stratégie à long terme, soutenue par des instruments financiers et politiques efficaces ainsi que par des ressources financières, elle a développé la politique la plus fructueuse, qui réussit actuellement beaucoup mieux que celle d’autres pays. Et c’est quelque chose dont tout le monde devra tenir compte.

Pavel Nastine, observateur politique sur l’Asie et l’Afrique, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-chine-et-lafrique

 

Les guerres secrètes des États-Unis mettent l’Afrique en danger

Les guerres secrètes des États-Unis mettent l’Afrique en danger


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 3 juillet 2018

Sous prétexte de « guerre contre le terrorisme », les forces spéciales étasuniennes dépensent beaucoup d’argent et s’appuient sur des décrets obscurs pour s’introduire dans le ventre de l’Afrique. Leurs opérations secrètes ne peuvent que provoquer une plus grande instabilité et mettre en danger les peuples d’Afrique et leurs gouvernements.

Dans une récente interview, Seymour Hersh a parlé (@2mn50) des opérations militaires américaines en Afrique :

« Nous avons d’importantes forces spéciales qui sont particulièrement actives en Afrique, dans beaucoup d’endroits. Je pense que le public n’en sait à peu près rien. Je ne pense pas que mon président en ait été informé. Je pense qu’il ne s’y intéresse pas ou qu’il n’est pas au courant. Je sais qu’il y a des gens dans l’armée, dans les hautes sphères de l’armée, au gouvernement, à Washington qui s’interrogent : ‘Qu’est-ce qu’elles font là-bas ? , qui est aux manettes ?’. Ces forces spéciales ne sont pas très contrôlées. Beaucoup d’entre elles se croient parties en croisade. Ils se prennent pour les Chevaliers de Malte combattant les infidèles au XIVe ou XIIIe siècle. Oui, c’est  de la folie.  C’est pourquoi, quand j’entends le commandement des opérations spéciales dire à propos du Mali : ‘Quatre gars sont morts. Voici quand et comment ça s’est passé.’ Je suis désolé, mais je pense qu’il ne nous dit pas tout, pas plus que sur les raisons de notre présence là-bas, mais il est très difficile de savoir ce qu’il en est vraiment ».

Les États-Unis n’ont que peu de soldats réguliers stationnés en Afrique. Mais il y a beaucoup de forces spéciales étasuniennes qui y œuvrent en secret. Elles sont censées être sous le contrôle d’AFRICOM, le commandement impérial étasunien pour ce continent.

En 2007, b real,  un commentateur de Moon of Alabama a rédigé une étude en trois parties,  « AFRICOM : Une description contextuelle du nouveau commandement militaire de l’Empire » qui explique comment et pourquoi AFRICOM a vu le jour :

« Début février 2007, la Maison Blanche a donné lecture d’une directive présidentielle visant à établir, d’ici septembre 2008, un nouveau commandement militaire unifié dont la zone de responsabilité était le continent africain exclusivement.

(…)

Le U.S. African Command (AFRICOM) prendra en charge, à leur place, la zone de responsabilité de trois autres commandements militaires (il y en a maintenant six au total) actuellement en charge de différentes zones géographiques du deuxième plus grand continent, à la seule exception du U.S. Central Command (CENTCOM) qui conservera la zone de responsabilité de l’Égypte. Les détails des opérations n’ont pas été rendus publics, à l’exception des points de presse habituels et de la formation d’une équipe de transition, bien qu’il ne soit pas difficile de comprendre  le rôle qu’Africom jouera dans l’avenir pour, à la fois, les États-Unis et l’Afrique. »

L’Afrique est immense avec une population relativement faible de 1,2 milliard d’habitants, soit moins que l’Inde ou la Chine. Ses 54 pays possèdent différents types de richesses naturelles. À côté du pétrole, du gaz et de l’uranium, il existe tous les types de minéraux et de métaux stratégiques, du cobalt nécessaire pour les batteries rechargeables aux terres rares utilisées dans l’électronique.

Pour agrandir

La Chine se fait des amis en Afrique en investissant dans les infrastructures pour favoriser le développement et le commerce. Elle construit des ports, des chemins de fer et des réseaux de télécommunication. Elle essaie de monter des projets gagnant-gagnant qui profitent à la fois à la Chine et au pays.

Pour contrer la Chine, les États-Unis utilisent leurs outils de « changement de régime » et leurs opérations militaires secrètes en place et lieu de coopération économique. Ils affirment que les missions militaires des soldats américains ont pour but de «  former, conseiller et assister » et absolument pas de faire la guerre, mais la réalité est bien différente. De récents efforts pour attraper le contrebandier/insurgé local Doundoun Cheffou dans la zone frontalière entre le Niger et le Mali se sont terminés par la mort de quatre soldats nigériens, quatre soldats étasuniens et un traducteur nigérien. Le groupe insurgé local prétendait faire partie d’État islamique (EI), mais rien n’indique qu’il ait jamais communiqué avec l’EI central ou qu’il ait été accepté comme membre de l’EI.

L’incident a obligé l’armée à dévoiler que l’opération était sous le contrôle direct des forces spéciales américaines qui ont (ab)usé l’armée nigériane dans le cadre d’un programme secret d’« auxiliaires loués ».

Deux documents récents se penchent sur le contexte juridique obscur et sur les conséquences de telles opérations. Joe Penny publie dans la World Politics Review un article intitulé : « Les ‘mythes et les mensonges’ derrière la présence croissante des États-Unis en Afrique » :

« L’armée américaine dissimule la nature de ses actions en Afrique sous un langage ambigu et un secret absolu. Elle limite la quantité d’information disponible sur le but de ses opérations, la façon dont ces opérations sont menées, les installations qu’elle utilise et la façon dont elle établit des partenariats avec les gouvernements de la région. Cela a parfois impliqué de subvertir les processus démocratiques dans les pays partenaires, une démarche qui va à l’encontre d’années d’engagement diplomatique dont l’objectif officiel était de renforcer les institutions de gouvernance.

(…)

Aujourd’hui, les États-Unis ont une présence militaire dans presque tous les pays d’Afrique et mènent des missions ‘de conseil et d’assistance’ auprès d’unités locales de lutte contre le terrorisme au Niger, au Cameroun, au Tchad, en Ouganda, en République centrafricaine, en Somalie, en Libye et peut-être ailleurs. Officiellement, cependant, les États-Unis n’ont jamais mené ni conduit unilatéralement une mission ‘capturer ou tuer’ dans le Sahel, la région semi-aride au sud du désert du Sahara qui comprend le Niger ; la mission ciblant Cheffou a été prétendûment dirigée par les Nigériens. »

L’armée américaine prétend que toutes les missions en Afrique, comme celle qui a échoué au Niger, sont sous le commandement des forces locales. Mais il s’agit d’un stratagème. Les rapports indiquent clairement que les soldats nigériens, ainsi que les forces d’autres pays, étaient sous le commandement direct des États-Unis. On est devant un stratagème similaire lorsque la base de drones étasunienne d’Agadez est appelée base aérienne nigérienne 201.

Il y a deux décrets juridiques que l’armée américaine utilise pour opérer en Afrique en abusant la société civile : 10 USC 333 couvre les missions de conseil et d’assistance et le financement des forces étrangères :

« Le secrétaire à la Défense est autorisé à mener ou à participer à un ou plusieurs programmes de formation et d’équipement des forces de sécurité nationale d’un ou de plusieurs pays étrangers dans le but de renforcer leurs capacités… »

Il y a aussi le 10 USC 127e qui autorise les programmes classifiés à louer des forces étrangères ou des milices engagées dans des opérations contrôlées par des forces spéciales américaines :

« Le secrétaire à la Défense peut, avec l’accord du chef de mission concerné, dépenser jusqu’à 100 millions de dollars de son budget annuel pour soutenir des forces étrangères, des forces irrégulières, des groupes ou des individus engagés dans le soutien ou la facilitation d’opérations militaires des forces  spéciales des États-Unis pour combattre le terrorisme. »

Le 127e fournit de l’argent pour les pots-de-vin, pour payer des mercenaires et pour lancer des insurrections ou les combattre. Deux unités américaines ont été impliquées dans l’incident du Niger. Le groupe attaqué était en mission de « conseil et d’assistance » en vertu de 10 USC 333. Mais il avait été appelé à l’appui de la mission de « capturer ou tuer » d’une autre unité sous commandement officiel des États-Unis menée en vertu du 10 USC 127e.

Selon Penny, ces unités sont interchangeables dans la pratique. En fait, toutes ces missions sont dirigées par les forces spéciales américaines. Il souligne le danger de ces programmes secrets :

« Le pari que le public, tant en Amérique qu’en Afrique, ne découvrira pas ces opérations clandestines et n’aura pas les moyens de les contester s’il les découvre, devient de plus en plus risqué. De plus, l’engagement du Pentagone en Afrique – du Niger et du Ghana à Djibouti et à la Somalie – s’intensifie au détriment d’une stratégie diplomatique et économique cohérente pour le continent, une situation qui nuit à la fois aux intérêts américains et africains. »

Dans Politco, Wesley Morgan donne plus de détails sur (l’absence de) différences entre ces programmes : « Derrière la guerre secrète des États-Unis en Afrique » :

« Dans des déclarations publiques, les porte-parole militaires répètent que le rôle des Américains en Afrique se limite à ‘conseiller et assister’ d’autres armées. Mais depuis au moins cinq ans, les Bérets verts, les SEALs de la Marine et autres commandos opérant sous couvert d’un décret juridique peu clair ont planifié et contrôlé certaines missions, dans lesquelles ils dirigeaient les forces partenaires africaines.

(…)

Le décret [127e] permet de financer des programmes classifiés dans le cadre desquels les gouvernements africains louent essentiellement des unités de leurs armées aux équipes de commando américaines pour leur servir de substituts dans la chasse aux combattants identifiés comme des menaces potentielles pour les citoyens ou les ambassades américaines. Au lieu de demander aux commandos américains d’aider les troupes africaines à atteindre leurs propres objectifs comme le font d’autres équipes d’opérations spéciales américaines en Afrique. »

Il existe 21 programmes dans le monde entier, gérés en secret au titre du décret 127e. Pour les pays hôtes, ils ont le même inconvénient que les autres missions étasuniennes d’entraînement de militaires étrangers. Le jour où ces missions se terminent, les commandos américains partent et les groupes de combattants bien entraînés, bien équipés, que les autorités locales ne peuvent plus payer, sont alors libres de faire pour leur compte ce qu’ils ont appris à faire. De telles unités peuvent facilement développer des activités criminelles ou organiser un coup d’État. Une étude de 2015 a révélé (pdf) que la formation et le commandement de troupes étrangères mettent en danger la stabilité du gouvernement étranger :

« La formation (…) modifie l’équilibre des forces entre l’armée et le régime, ce qui accroît la propension au coup d’État. En utilisant des données provenant de 189 pays de 1970 à 2009, nous montrons que le nombre d’officiers militaires formés par les programmes américains International Military Education and Training (IMET) et Countering Terrorism Fellowship (CTFP) augmente la probabilité d’un coup d’État militaire.

(…)

Dans tous les pays qui n’ont reçu aucune formation des États-Unis pour une année donnée, 2,7 % ont connu un coup d’État. Dans les années/pays où il y a eu de la formation, le pourcentage est de 5,3 %, soit près du double. »

Un gouvernement qui laisse les troupes étasuniennes entraîner et/ou commander ses militaires locaux double le risque d’un coup d’État. Les missions étasuniennes, en particulier les missions secrètes, ont également tendance à opposer une partie de la population d’un pays à d’autres. L’armée étasunienne est connue pour son manque de connaissance du tissu social et des modes de vie des populations étrangères.

Les gouvernements en Afrique (et ailleurs) seraient bien avisés de rejeter la formation de leurs forces par les États-Unis. Ils ne devraient jamais accepter de missions de « conseil et d’assistance » ni de missions secrètes encore plus dangereuses de « contre-terrorisme » qui aggravent généralement ce qu’elles prétendent combattre. L’intention des États-Unis derrière ses offres de formation « généreuses » est évidente.

Il y a onze ans, b real est arrivé à la conclusion suivante :

« Nouveau bras armé de l’empire le plus puissant que la planète ait jamais connu, Africom se verra confier la mission de parvenir à une domination totale de l’Afrique mère pour le pétrole. Fonctionnant à la fois comme service de protection de l’énergie et comme front stratégique de la guerre froide, le commandement unifié disposera de toutes les forces militaires nécessaires pour maintenir les feux de l’Empire allumés. La question de savoir si AFRICOM réussira sa mission n’est pas importante, car si la fin peut justifier les moyens pour l’élite au pouvoir qui sert ses propres intérêts sous couvert d’intérêt national, ce sont toujours et en tout temps les gens ordinaires qui paient le prix fort. Et il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal ou une grande imagination pour deviner ce que la militarisation accrue du continent par le biais d’Africom apportera aux peuples d’Afrique. »

Les missions secrètes d’opérations spéciales ne sont que le début des efforts des États-Unis pour soumettre toute l’Afrique à leur volonté et contrôler ses ressources. Il faut que les peuples et les gouvernements d’Afrique s’y opposent de toutes leurs forces.

Traduction : Dominique Muselet

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-guerres-secretes-des-etats-unis-mettent-lafrique-en-danger

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie


Dimanche 1 Juillet 2018 modifié le Lundi 2 Juillet 2018 – 18:27


Des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés dimanche par une attaque « terroriste » à Gao au Mali, qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, en plein sommet de l’Union africaine (UA) en Mauritanie voisine qui doit également se pencher sur les questions sécuritaires.




Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

A Paris, l’état-major français des armées a annoncé dimanche soir que quatre soldats français de la force Barkhane ont été blessés dans l’attaque. Il y a eu « quatre blessés chez Barkhane » et au moins deux morts et une vingtaine de blessés chez les civils, a indiqué l’état-major à l’AFP.

« Le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali ». « Des civils ont perdu la vie et des militaires français sont blessés », a tweeté la ministre française des Armées, Florence Parly.

Selon une source militaire occidentale, « des militaires français de la force Barkhane (4.000 hommes, NDLR) sont tombés ce dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem ».

« C’est une patrouille de l’opération Barkhane qui a été visée par une voiture piégée conduite par un kamikaze (…) de Gao », a déclaré de son côté une habitante de la ville. « Très vigilant, un blindé lui a barré la voie et le véhicule kamikaze s’est fait exploser », a déclaré Fatouma Wangara.

« Le véhicule bourré d’explosifs a fait beaucoup de dégâts », selon une source hospitalière à Gao, principale ville du nord du Mali.

D’autre part, un véhicule du Mouvement pour le salut de l’Azawad, (MSA, issu de l’ex-rébellion à dominante touareg) « a sauté sur une mine (dimanche) dans le village de Talataye (nord du Mali). Le bilan est de quatre morts et trois blessés », a écrit le MSA sur sa page Facebook.

Présents sur la frontière entre le Mali et le Niger, le GATIA (Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés, pro-Bamako) et le MSA participent à des opérations de sécurisation aux côtés de la force Barkhane et de l’armée malienne.

Ces attaques soulignent la situation sécuritaire fragile qui prévaut au Mali qui se prépare pour une élection présidentielle le 29 juillet.

Elle a eu lieu alors que le sommet de l’UA est entré dans le vif des débats dimanche à Nouakchott, deux jours après un attentat suicide perpétré vendredi à Sévaré, dans le centre du Mali, contre le QG de la force conjointe du G5 Sahel lancée en 2017.

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer lundi à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA, ses homologues du G5 Sahel, une organisation régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

En fin de sommet, M. Macron discutera avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France, qui conduit dans la région l’opération Barkhane, soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par les troupes de la force conjointe, basée au Mali.

Pour le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, l’attentat perpétré vendredi contre le QG de la force du G5 Sahel démontre qu’il « y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ». L’attaque, qui avait fait trois morts, dont deux militaires de la force du G5 Sahel, « touche le coeur de notre système de sécurité, l’état-major (de la force conjointe du G5 Sahel) installé (à Sévaré). C’est un message envoyé par les terroristes en ce moment précis, moment où nous nous organisons pour stabiliser, sécuriser notre région ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a revendiqué l’attentat de Sévaré.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire française.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et internationales, régulièrement visées par des attaques meurtrières, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

Dimanche 1 Juillet 2018 – 23:27


afp