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La Chine et l’Afrique

La Chine et l’Afrique


Par Pavel Nastine – Le 9 juillet 2018 – Source New Eastern Outlook

La Chine applique en Afrique une stratégie de politique étrangère qui à la fois fait partie intégrante de la doctrine de Beijing en la matière et s’y entremêle. Son objectif principal est de transformer le continent africain en un atout stratégique de la Chine, dont le but serait de renforcer la puissance économique et politique de la République populaire et de permettre à la Chine de se positionner comme une superpuissance. Aux yeux de Beijing, l’Afrique est riche de ressources de valeur et, avec sa population de 1.2 milliard d’habitants, est un grand et vaste marché pour ses marchandises ; le continent est aussi l’un des plus grands bénéficiaires des investissements chinois. Les projets à long terme comprennent la transformation de l’Afrique en une zone manufacturière où la Chine, qui a investi à grande échelle, pourrait déplacer son appareil de production afin d’être plus proche des sources de matières premières et de la main-d’œuvre. Enfin, cela permettra à la Chine de se libérer des anciennes technologies et d’ouvrir la voie à la quatrième vague d’innovation.

L’intérêt de la RPC à transformer l’Afrique en une zone pacifiée fait aussi partie de cette stratégie, parce que seul un tel scénario justifierait des investissements massifs sur ce continent et y assurerait des ventes constantes de marchandises chinoises.

Cette stratégie a été développée au début des années 2000 et elle a été systématiquement mise à jour depuis lors. Des Livres blancs sur la politique de la Chine en Afrique ont été publiés depuis 2006, et ils se focalisent de plus en plus sur la sécurité du continent et sur la lutte contre le terrorisme. Du point de vue de Beijing, la sécurité est étroitement liée à l’élimination de la pauvreté et du sous-développement, et ce sont des processus auxquels la Chine aimerait prendre part avec ses marchandises, ses technologies et ses investissements.

Pour la Chine, la sécurité et le développement sont interdépendants et priment sur les doctrines activement promues par l’Occident, qui lient les droits de l’homme à la démocratie ainsi qu’à une gestion appropriée au progrès économique. Guidée par sa propre expérience, Beijing ne souscrit pas à cette doctrine et passe son temps à promouvoir activement sa propre vision, basée sur la nécessité de soutenir le développement économique et d’assurer la sécurité, tout en ignorant pour l’essentiel les progrès accomplis par divers pays dans les domaines de la démocratie et des droits de l’homme.

En outre, la Chine pense qu’elle ne devrait pas s’immiscer dans les affaires internes de l’Afrique ou participer à des interventions militaires, comme le font les pays occidentaux afin d’atteindre leurs propres buts économiques et politiques. La priorité de la Chine est de sauvegarder ses intérêts en prenant part à de nombreuses missions de rétablissement de la paix sur le continent, garantissant ainsi la sécurité de ses investissements.

Dans la pratique, cela signifie que la Chine est devenue l’un des participants les plus actifs parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies dans les opérations de maintien de la paix en Afrique. Le 30 juin 2017, 2 515 soldats chinois ont participé à des opérations de rétablissement de la paix en Afrique. En 2015, le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, avait annoncé qu’il projetait d’augmenter le nombre de ses troupes de maintien de la paix à 8000 soldats. La vérité est que les Chinois ne prennent pas part aux opérations militaires et font plutôt partie des unités de ravitaillement. Pourtant, la présence militaire chinoise en Afrique a commencé en 2013, année où Beijing a envoyé une unité de 197 personnes en mission au Mali, et en 2015, 700 soldats ont été déployés au Soudan, où la Chine a d’importants intérêts pétroliers.

Au même moment, Beijing aidait l’Union africaine sur le plan de la sécurité régionale. En 2017, la Chine a accordé un don de 100 millions de dollars US à l’Union africaine, destiné à l’achat de matériel militaire pour ses troupes de maintien de la paix en Afrique. En outre, elle a aidé la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) à combattre les activités terroristes d’Al-Shabaab en dépensant des sommes importantes pour la préparation de la Force de défense du peuple ougandais et de la Force de défense du Kenya, qui participent activement à l’AMISOM.

La Chine apporte également une contribution importante à la lutte contre la piraterie. De 2008 à 2015, environ 16 000 marins chinois et 1 300 soldats de la Marine et des forces spéciales faisaient partie de convois armés.

En 2015, un contrat a été signé pour la construction de la première base militaire chinoise en Afrique, à Djibouti. Des militaires chinois y sont déjà stationnés depuis 2017. Selon le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, l’établissement de cette base « reflète le désir de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution des problèmes internationaux et régionaux et de créer des conditions plus sûres, plus stables pour ses activités à l’étranger ».

Les raisons de ces actions deviennent claires si on est conscient du fait qu’à l’heure actuelle, plus de 2 000 entreprises chinoises et plus d’un million de Chinois travaillent sur le continent africain et ont besoin d’assurer leur sécurité.

Certes, cette stratégie chinoise a, dans l’ensemble, porté ses fruits. Le chiffre d’affaires entre Beijing et le continent africain a atteint 180 à 200 milliards de dollars par an, tandis que les investissements chinois ont augmenté à 100 milliards de dollars depuis 2000. Les principaux partenaires de la Chine en Afrique sont l’Égypte ; le Nigeria ; l’Afrique du Sud ; l’Éthiopie ; la République démocratique du Congo ; la Zambie ; l’Angola ; le Maroc ; le Niger ; le Cameroun ;  le Tchad et quelques autres.

Pour promouvoir ses intérêts, Beijing utilise également des moyens tels que l’aide sous forme de dons, des prêts sans intérêt ou à faible intérêt, l’annulation de dette, des projets de construction caritatifs, l’exonération de taxes à l’importation pour certaines marchandises africaines, l’envoi de spécialistes aux pays africains, la création de centres de santé et la formation d’étudiants. Tout cela conduit à l’influence croissante de la Chine, la langue chinoise devenant même la langue de communication transnationale entre étudiants, comme c’est le cas au Kenya.

Pour donner vie à ses politiques ambitieuses, la Chine a créé un arsenal d’outils et de mécanismes. Sous les auspices des organismes d’État, les projets d’investissement sont stratégiquement mis en œuvre par la Banque chinoise de développement et la China Investment Corporation, qui est un fonds souverain.

Parmi les organismes d’aide spécialisés, il faut mentionner le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund), le Fonds pour le développement de capacités productives, le Fonds de développement des petites et moyennes entreprises, le Fonds Route de la soie, l’Institut Confucius et la Fondation pour le développement des sources humaines.

Le Fonds de développement Chine–Afrique se distingue des autres instruments utilisés par la Chine pour étendre son influence en Afrique. En 2007, la Banque chinoise de développement a fourni le capital nécessaire pour créer cette organisation, qui est un fonds d’investissement enregistré selon le droit privé de la RPC. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un fonds souverain, mais la part de son capital fourni par la Banque chinoise de développement permet à l’État de contrôler cette institution.

Contrairement à d’autres organisations chinoises similaires, le Fonds CAD n’accorde pas de lignes de crédit mais investit directement en Afrique en finançant des projets d’affaires dont le but est de collaborer avec les pays africains. Le fonds couvre généralement un tiers du capital nécessaire, jouant ainsi un rôle d’investisseur passif. Le reste est financé par des investisseurs chinois et étrangers.

Jusqu’à présent le Fonds CAD a investi 3.2 milliards de dollars dans 91 projets dans 36 pays africains sur une période de 10 ans. Au total, les investissements chinois en Afrique s’élèvent à 100 milliards de dollars.

En pratique, le Fonds investit du capital dans le secteur de l’énergie, les infrastructures, l’exploitation minière et la transformation des ressources naturelles, et l’agriculture. Ces types de projets chinois comprennent la construction de plus de 100 parcs industriels, dont plus de 40% sont déjà opérationnels. Fin 2016, 5 756 kilomètres de voies de chemin de fer, 4 335 km de routes, 9 ports, 14 aéroports, 34 centrales électriques ainsi que 10 grandes et des milliers de petites centrales hydroélectriques ont été construites !

Ainsi, la Chine a atteint des résultats impressionnants en Afrique au cours de ces 10 ou 12 dernières années. Ayant développé la bonne stratégie à long terme, soutenue par des instruments financiers et politiques efficaces ainsi que par des ressources financières, elle a développé la politique la plus fructueuse, qui réussit actuellement beaucoup mieux que celle d’autres pays. Et c’est quelque chose dont tout le monde devra tenir compte.

Pavel Nastine, observateur politique sur l’Asie et l’Afrique, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-chine-et-lafrique

 

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Les guerres secrètes des États-Unis mettent l’Afrique en danger

Les guerres secrètes des États-Unis mettent l’Afrique en danger


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 3 juillet 2018

Sous prétexte de « guerre contre le terrorisme », les forces spéciales étasuniennes dépensent beaucoup d’argent et s’appuient sur des décrets obscurs pour s’introduire dans le ventre de l’Afrique. Leurs opérations secrètes ne peuvent que provoquer une plus grande instabilité et mettre en danger les peuples d’Afrique et leurs gouvernements.

Dans une récente interview, Seymour Hersh a parlé (@2mn50) des opérations militaires américaines en Afrique :

« Nous avons d’importantes forces spéciales qui sont particulièrement actives en Afrique, dans beaucoup d’endroits. Je pense que le public n’en sait à peu près rien. Je ne pense pas que mon président en ait été informé. Je pense qu’il ne s’y intéresse pas ou qu’il n’est pas au courant. Je sais qu’il y a des gens dans l’armée, dans les hautes sphères de l’armée, au gouvernement, à Washington qui s’interrogent : ‘Qu’est-ce qu’elles font là-bas ? , qui est aux manettes ?’. Ces forces spéciales ne sont pas très contrôlées. Beaucoup d’entre elles se croient parties en croisade. Ils se prennent pour les Chevaliers de Malte combattant les infidèles au XIVe ou XIIIe siècle. Oui, c’est  de la folie.  C’est pourquoi, quand j’entends le commandement des opérations spéciales dire à propos du Mali : ‘Quatre gars sont morts. Voici quand et comment ça s’est passé.’ Je suis désolé, mais je pense qu’il ne nous dit pas tout, pas plus que sur les raisons de notre présence là-bas, mais il est très difficile de savoir ce qu’il en est vraiment ».

Les États-Unis n’ont que peu de soldats réguliers stationnés en Afrique. Mais il y a beaucoup de forces spéciales étasuniennes qui y œuvrent en secret. Elles sont censées être sous le contrôle d’AFRICOM, le commandement impérial étasunien pour ce continent.

En 2007, b real,  un commentateur de Moon of Alabama a rédigé une étude en trois parties,  « AFRICOM : Une description contextuelle du nouveau commandement militaire de l’Empire » qui explique comment et pourquoi AFRICOM a vu le jour :

« Début février 2007, la Maison Blanche a donné lecture d’une directive présidentielle visant à établir, d’ici septembre 2008, un nouveau commandement militaire unifié dont la zone de responsabilité était le continent africain exclusivement.

(…)

Le U.S. African Command (AFRICOM) prendra en charge, à leur place, la zone de responsabilité de trois autres commandements militaires (il y en a maintenant six au total) actuellement en charge de différentes zones géographiques du deuxième plus grand continent, à la seule exception du U.S. Central Command (CENTCOM) qui conservera la zone de responsabilité de l’Égypte. Les détails des opérations n’ont pas été rendus publics, à l’exception des points de presse habituels et de la formation d’une équipe de transition, bien qu’il ne soit pas difficile de comprendre  le rôle qu’Africom jouera dans l’avenir pour, à la fois, les États-Unis et l’Afrique. »

L’Afrique est immense avec une population relativement faible de 1,2 milliard d’habitants, soit moins que l’Inde ou la Chine. Ses 54 pays possèdent différents types de richesses naturelles. À côté du pétrole, du gaz et de l’uranium, il existe tous les types de minéraux et de métaux stratégiques, du cobalt nécessaire pour les batteries rechargeables aux terres rares utilisées dans l’électronique.

Pour agrandir

La Chine se fait des amis en Afrique en investissant dans les infrastructures pour favoriser le développement et le commerce. Elle construit des ports, des chemins de fer et des réseaux de télécommunication. Elle essaie de monter des projets gagnant-gagnant qui profitent à la fois à la Chine et au pays.

Pour contrer la Chine, les États-Unis utilisent leurs outils de « changement de régime » et leurs opérations militaires secrètes en place et lieu de coopération économique. Ils affirment que les missions militaires des soldats américains ont pour but de «  former, conseiller et assister » et absolument pas de faire la guerre, mais la réalité est bien différente. De récents efforts pour attraper le contrebandier/insurgé local Doundoun Cheffou dans la zone frontalière entre le Niger et le Mali se sont terminés par la mort de quatre soldats nigériens, quatre soldats étasuniens et un traducteur nigérien. Le groupe insurgé local prétendait faire partie d’État islamique (EI), mais rien n’indique qu’il ait jamais communiqué avec l’EI central ou qu’il ait été accepté comme membre de l’EI.

L’incident a obligé l’armée à dévoiler que l’opération était sous le contrôle direct des forces spéciales américaines qui ont (ab)usé l’armée nigériane dans le cadre d’un programme secret d’« auxiliaires loués ».

Deux documents récents se penchent sur le contexte juridique obscur et sur les conséquences de telles opérations. Joe Penny publie dans la World Politics Review un article intitulé : « Les ‘mythes et les mensonges’ derrière la présence croissante des États-Unis en Afrique » :

« L’armée américaine dissimule la nature de ses actions en Afrique sous un langage ambigu et un secret absolu. Elle limite la quantité d’information disponible sur le but de ses opérations, la façon dont ces opérations sont menées, les installations qu’elle utilise et la façon dont elle établit des partenariats avec les gouvernements de la région. Cela a parfois impliqué de subvertir les processus démocratiques dans les pays partenaires, une démarche qui va à l’encontre d’années d’engagement diplomatique dont l’objectif officiel était de renforcer les institutions de gouvernance.

(…)

Aujourd’hui, les États-Unis ont une présence militaire dans presque tous les pays d’Afrique et mènent des missions ‘de conseil et d’assistance’ auprès d’unités locales de lutte contre le terrorisme au Niger, au Cameroun, au Tchad, en Ouganda, en République centrafricaine, en Somalie, en Libye et peut-être ailleurs. Officiellement, cependant, les États-Unis n’ont jamais mené ni conduit unilatéralement une mission ‘capturer ou tuer’ dans le Sahel, la région semi-aride au sud du désert du Sahara qui comprend le Niger ; la mission ciblant Cheffou a été prétendûment dirigée par les Nigériens. »

L’armée américaine prétend que toutes les missions en Afrique, comme celle qui a échoué au Niger, sont sous le commandement des forces locales. Mais il s’agit d’un stratagème. Les rapports indiquent clairement que les soldats nigériens, ainsi que les forces d’autres pays, étaient sous le commandement direct des États-Unis. On est devant un stratagème similaire lorsque la base de drones étasunienne d’Agadez est appelée base aérienne nigérienne 201.

Il y a deux décrets juridiques que l’armée américaine utilise pour opérer en Afrique en abusant la société civile : 10 USC 333 couvre les missions de conseil et d’assistance et le financement des forces étrangères :

« Le secrétaire à la Défense est autorisé à mener ou à participer à un ou plusieurs programmes de formation et d’équipement des forces de sécurité nationale d’un ou de plusieurs pays étrangers dans le but de renforcer leurs capacités… »

Il y a aussi le 10 USC 127e qui autorise les programmes classifiés à louer des forces étrangères ou des milices engagées dans des opérations contrôlées par des forces spéciales américaines :

« Le secrétaire à la Défense peut, avec l’accord du chef de mission concerné, dépenser jusqu’à 100 millions de dollars de son budget annuel pour soutenir des forces étrangères, des forces irrégulières, des groupes ou des individus engagés dans le soutien ou la facilitation d’opérations militaires des forces  spéciales des États-Unis pour combattre le terrorisme. »

Le 127e fournit de l’argent pour les pots-de-vin, pour payer des mercenaires et pour lancer des insurrections ou les combattre. Deux unités américaines ont été impliquées dans l’incident du Niger. Le groupe attaqué était en mission de « conseil et d’assistance » en vertu de 10 USC 333. Mais il avait été appelé à l’appui de la mission de « capturer ou tuer » d’une autre unité sous commandement officiel des États-Unis menée en vertu du 10 USC 127e.

Selon Penny, ces unités sont interchangeables dans la pratique. En fait, toutes ces missions sont dirigées par les forces spéciales américaines. Il souligne le danger de ces programmes secrets :

« Le pari que le public, tant en Amérique qu’en Afrique, ne découvrira pas ces opérations clandestines et n’aura pas les moyens de les contester s’il les découvre, devient de plus en plus risqué. De plus, l’engagement du Pentagone en Afrique – du Niger et du Ghana à Djibouti et à la Somalie – s’intensifie au détriment d’une stratégie diplomatique et économique cohérente pour le continent, une situation qui nuit à la fois aux intérêts américains et africains. »

Dans Politco, Wesley Morgan donne plus de détails sur (l’absence de) différences entre ces programmes : « Derrière la guerre secrète des États-Unis en Afrique » :

« Dans des déclarations publiques, les porte-parole militaires répètent que le rôle des Américains en Afrique se limite à ‘conseiller et assister’ d’autres armées. Mais depuis au moins cinq ans, les Bérets verts, les SEALs de la Marine et autres commandos opérant sous couvert d’un décret juridique peu clair ont planifié et contrôlé certaines missions, dans lesquelles ils dirigeaient les forces partenaires africaines.

(…)

Le décret [127e] permet de financer des programmes classifiés dans le cadre desquels les gouvernements africains louent essentiellement des unités de leurs armées aux équipes de commando américaines pour leur servir de substituts dans la chasse aux combattants identifiés comme des menaces potentielles pour les citoyens ou les ambassades américaines. Au lieu de demander aux commandos américains d’aider les troupes africaines à atteindre leurs propres objectifs comme le font d’autres équipes d’opérations spéciales américaines en Afrique. »

Il existe 21 programmes dans le monde entier, gérés en secret au titre du décret 127e. Pour les pays hôtes, ils ont le même inconvénient que les autres missions étasuniennes d’entraînement de militaires étrangers. Le jour où ces missions se terminent, les commandos américains partent et les groupes de combattants bien entraînés, bien équipés, que les autorités locales ne peuvent plus payer, sont alors libres de faire pour leur compte ce qu’ils ont appris à faire. De telles unités peuvent facilement développer des activités criminelles ou organiser un coup d’État. Une étude de 2015 a révélé (pdf) que la formation et le commandement de troupes étrangères mettent en danger la stabilité du gouvernement étranger :

« La formation (…) modifie l’équilibre des forces entre l’armée et le régime, ce qui accroît la propension au coup d’État. En utilisant des données provenant de 189 pays de 1970 à 2009, nous montrons que le nombre d’officiers militaires formés par les programmes américains International Military Education and Training (IMET) et Countering Terrorism Fellowship (CTFP) augmente la probabilité d’un coup d’État militaire.

(…)

Dans tous les pays qui n’ont reçu aucune formation des États-Unis pour une année donnée, 2,7 % ont connu un coup d’État. Dans les années/pays où il y a eu de la formation, le pourcentage est de 5,3 %, soit près du double. »

Un gouvernement qui laisse les troupes étasuniennes entraîner et/ou commander ses militaires locaux double le risque d’un coup d’État. Les missions étasuniennes, en particulier les missions secrètes, ont également tendance à opposer une partie de la population d’un pays à d’autres. L’armée étasunienne est connue pour son manque de connaissance du tissu social et des modes de vie des populations étrangères.

Les gouvernements en Afrique (et ailleurs) seraient bien avisés de rejeter la formation de leurs forces par les États-Unis. Ils ne devraient jamais accepter de missions de « conseil et d’assistance » ni de missions secrètes encore plus dangereuses de « contre-terrorisme » qui aggravent généralement ce qu’elles prétendent combattre. L’intention des États-Unis derrière ses offres de formation « généreuses » est évidente.

Il y a onze ans, b real est arrivé à la conclusion suivante :

« Nouveau bras armé de l’empire le plus puissant que la planète ait jamais connu, Africom se verra confier la mission de parvenir à une domination totale de l’Afrique mère pour le pétrole. Fonctionnant à la fois comme service de protection de l’énergie et comme front stratégique de la guerre froide, le commandement unifié disposera de toutes les forces militaires nécessaires pour maintenir les feux de l’Empire allumés. La question de savoir si AFRICOM réussira sa mission n’est pas importante, car si la fin peut justifier les moyens pour l’élite au pouvoir qui sert ses propres intérêts sous couvert d’intérêt national, ce sont toujours et en tout temps les gens ordinaires qui paient le prix fort. Et il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal ou une grande imagination pour deviner ce que la militarisation accrue du continent par le biais d’Africom apportera aux peuples d’Afrique. »

Les missions secrètes d’opérations spéciales ne sont que le début des efforts des États-Unis pour soumettre toute l’Afrique à leur volonté et contrôler ses ressources. Il faut que les peuples et les gouvernements d’Afrique s’y opposent de toutes leurs forces.

Traduction : Dominique Muselet

 

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Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie


Dimanche 1 Juillet 2018 modifié le Lundi 2 Juillet 2018 – 18:27


Des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés dimanche par une attaque « terroriste » à Gao au Mali, qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, en plein sommet de l’Union africaine (UA) en Mauritanie voisine qui doit également se pencher sur les questions sécuritaires.




Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

A Paris, l’état-major français des armées a annoncé dimanche soir que quatre soldats français de la force Barkhane ont été blessés dans l’attaque. Il y a eu « quatre blessés chez Barkhane » et au moins deux morts et une vingtaine de blessés chez les civils, a indiqué l’état-major à l’AFP.

« Le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali ». « Des civils ont perdu la vie et des militaires français sont blessés », a tweeté la ministre française des Armées, Florence Parly.

Selon une source militaire occidentale, « des militaires français de la force Barkhane (4.000 hommes, NDLR) sont tombés ce dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem ».

« C’est une patrouille de l’opération Barkhane qui a été visée par une voiture piégée conduite par un kamikaze (…) de Gao », a déclaré de son côté une habitante de la ville. « Très vigilant, un blindé lui a barré la voie et le véhicule kamikaze s’est fait exploser », a déclaré Fatouma Wangara.

« Le véhicule bourré d’explosifs a fait beaucoup de dégâts », selon une source hospitalière à Gao, principale ville du nord du Mali.

D’autre part, un véhicule du Mouvement pour le salut de l’Azawad, (MSA, issu de l’ex-rébellion à dominante touareg) « a sauté sur une mine (dimanche) dans le village de Talataye (nord du Mali). Le bilan est de quatre morts et trois blessés », a écrit le MSA sur sa page Facebook.

Présents sur la frontière entre le Mali et le Niger, le GATIA (Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés, pro-Bamako) et le MSA participent à des opérations de sécurisation aux côtés de la force Barkhane et de l’armée malienne.

Ces attaques soulignent la situation sécuritaire fragile qui prévaut au Mali qui se prépare pour une élection présidentielle le 29 juillet.

Elle a eu lieu alors que le sommet de l’UA est entré dans le vif des débats dimanche à Nouakchott, deux jours après un attentat suicide perpétré vendredi à Sévaré, dans le centre du Mali, contre le QG de la force conjointe du G5 Sahel lancée en 2017.

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer lundi à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA, ses homologues du G5 Sahel, une organisation régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

En fin de sommet, M. Macron discutera avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France, qui conduit dans la région l’opération Barkhane, soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par les troupes de la force conjointe, basée au Mali.

Pour le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, l’attentat perpétré vendredi contre le QG de la force du G5 Sahel démontre qu’il « y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ». L’attaque, qui avait fait trois morts, dont deux militaires de la force du G5 Sahel, « touche le coeur de notre système de sécurité, l’état-major (de la force conjointe du G5 Sahel) installé (à Sévaré). C’est un message envoyé par les terroristes en ce moment précis, moment où nous nous organisons pour stabiliser, sécuriser notre région ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a revendiqué l’attentat de Sévaré.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire française.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et internationales, régulièrement visées par des attaques meurtrières, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

Dimanche 1 Juillet 2018 – 23:27


afp

La grande stratégie de la Russie en Afrique et en Eurasie

La grande stratégie de la Russie en Afrique et en Eurasie


Et ce qui pourrait mal se passer


Par Andrew Korybko – Le 7 mai 2018 – Source Oriental Review

Russia Iran Azerbaijan summit
Sommet de l’Iran, de la Russie et de l’Azerbaïdjan à Téhéran en 2017

La grande stratégie de la Russie au XXIe siècle consiste à devenir la force suprême d’équilibre en Afrique et en Eurasie grâce à la gestion diplomatique habile des multiples conflits de l’hémisphère. Le plus grand danger de cette vision ne provient pas des guerres hybrides américaines mais de la Russie si ses représentants de la communauté diplomatique et ses experts ne saisissent pas cette occasion pour expliquer correctement cette stratégie aux masses.


La Russie semble être devenue l’un des sujets de prédilection de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la politique internationale, et apparemment tout le monde a une opinion sur la grande stratégie du pays. Ceux qui sont enclins à croire les médias occidentaux traditionnels soutiennent généralement deux positions contradictoires en croyant à tort que la Russie est soit acharnée à conquérir militairement le monde ou à quelques années d’un effondrement total à la suite de la mauvaise gestion systémique du pays. D’autre part, de nombreux adeptes des médias alternatifs pensent à tort que la Russie a une mission autoproclamée de sauver le monde de l’unipolarité dirigée par les Américains dans toutes ses manifestations et que le grand maître des échecs, Poutine, remporte victoire sur victoire. Ces trois courants de pensée ne parviennent malheureusement pas à rendre compte de la grande stratégie de la Russie, qui se résume à essayer de devenir la force d’équilibre suprême du XXIe siècle en Afrique et en Eurasie grâce à une gestion diplomatique habile des conflits de l’hémisphère.

Du « pivot vers l’Oumma » au « cercle d’or »

Cette vision ambitieuse doit ses origines à la faction « progressiste » de l’« État profond » russe (ses bureaucraties militaires, de renseignement et diplomatiques permanentes) qui a courageusement décidé de se débarrasser des chaînes soviétiques du passé et d’entamer des rapprochements révolutionnaires avec des partenaires non traditionnels tels que la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Azerbaïdjan et le Pakistan dans ce qu’on peut appeler familièrement le « Pivot vers l’Oumma ». Ces pionniers de la politique étrangère « ont comblé le fossé (géographique) » laissé par leurs prédécesseurs après avoir « encadré » l’Eurasie avec leurs propres rapprochements de l’après-guerre froide avec l’Allemagne à l’ouest et la Chine à l’est. Le temps devait finalement venir pour la Russie de regarder vers le sud, vers les pays à majorité musulmane qui bordent cette partie du Rimland eurasiatique. Pendant ce temps, la Chine dévoilait sa vision globale de la Nouvelle route de la soie, « Une ceinture, une route », qui fournit les bases infrastructurelles permettant de relier ces nœuds géopolitiques disparates et de jeter les bases structurelles de l’émergence de l’ordre mondial multipolaire.

Après avoir été repoussée en Eurasie occidentale par les sanctions anti-russes de l’UE que les États-Unis ont poussé à mettre en œuvre, Moscou a « rééquilibré » son orientation européenne et diversifié ses efforts diplomatiques grâce à son « Pivot vers l’Oumma », créant deux nouveaux partenariats trilatéraux. Le premier est centré sur la Syrie et concerne la Russie, la Turquie et l’Iran, tandis que le second concerne l’Afghanistan et implique la Russie, le Pakistan et la Chine. Le potentiel géostratégique combiné de ces cinq grandes puissances multipolaires générant un « cercle de chariots » [Référence au Far West, NdT] pour protéger le noyau super-continental eurasien est ce « Cercle d’Or », qui représente l’objectif intégrateur ultime du XXIe siècle et qui symboliserait l’union institutionnelle d’un grand nombre des plus importantes puissances continentales à l’Est de cet hémisphère. De la plus haute importance stratégique, l’accomplissement du Cercle d’Or permettrait à ses membres de commercer les uns avec les autres via les routes de la Route de la soie à venir qui évitent de façon cruciale la domination de la Marine américaine le long de la région eurasienne.

Problèmes périphériques

Néanmoins, la périphérie maritime super-continentale est toujours très importante en raison de la dépendance de la Chine aux routes maritimes pour le commerce avec l’Afrique, dont le futur est étroitement lié à la République populaire car cette dernière a absolument besoin que ce continent devienne suffisamment robuste pour acheter la surproduction de biens chinois. Les plus grands concurrents de Pékin dans l’espace afro-pacifique sont Washington et sa coalition « dirigée dans l’ombre » du « Quad », qui ont dévoilé le soi-disant « Corridor de croissance Asie-Afrique » (AAGC) pour contrer la Nouvelle route de la soie. La Chine et les quatre autres grandes puissances du Cercle d’Or doivent se préparer à répondre aux conflits d’identité provoqués de l’extérieur dans les États de transit géostratégiques de la Route de la soie (guerres hybrides), tandis que le noyau eurasien peut plus ou moins compter sur les solutions multilatérales à ces défis, via l’OCS ou toute autre structure connexe. L’Afrique n’a pas de telles options de sécurité.

La Chine est donc obligée de renforcer les capacités militaires de ses partenaires de la Route de la soie et peut même déployer ses porte-avions le long de la côte,  dans le pire des cas pour aider les populations locales à contrer les campagnes de guerres hybrides. Mais il est intéressant à ce stade de voir que la Russie pourrait jouer un rôle crucial dans le rétablissement de la stabilité en Afrique. Moscou expérimente déjà une nouvelle politique consistant à utiliser des « mercenaires » pour soutenir le gouvernement de la République centrafricaine, reconnu internationalement, mais encore jeune, dans sa quête pour relever ce pays, déchiré par une guerre civile, des mains d’une myriade de bandes de militants qui occupent la grande majorité du pays. Le succès de la version russe de sa propre stratégie du « diriger dans l’ombre » serait une « preuve de concept » nécessaire pour convaincre le reste de l’Afrique et la Chine que Moscou pourrait fournir des services de sécurité indispensables pour protéger leurs projets de la Route de la soie.

L’angle africain

Comme expliqué dans l’analyse ci-dessus, l’implication de la Russie dans les processus de résolution des conflits africains pourrait passer de la phase militaire initiale à une phase diplomatique secondaire pour faire de Moscou un acteur clé dans tout règlement politique à venir. Cela lui fournira un accès privilégié garanti au marché et aux ressources de ladite nation. Ce compromis gagnant-gagnant pourrait séduire les élites africaines et leurs partenaires chinois, qui n’ont pas l’expérience du combat réel ou diplomatique que la Russie a acquise grâce à sa campagne anti-terroriste en Syrie et le processus de paix d’Astana pour gérer les défis de guerre hybride à venir. Tant que la Russie fait preuve de prudence et évite de tomber dans des bourbiers potentiels, elle peut continuer à « faire plus avec moins » en « nettoyant » les nombreux dégâts qui devraient se produire dans toute l’Afrique dans un futur proche.

À la dimension militaire de cette stratégie d’« équilibrage » vient s’ajouter sa dimension diplomatique traditionnelle, que la Russie pratique déjà dans une certaine mesure avec les rivaux indo-japonais de la Chine. Le renforcement et l’amélioration des relations bilatérales avec chacune de ces grandes puissances alignées sur l’Amérique sont à la fois avantageux pour la Russie et même pour la Chine car cela pourrait permettre à Moscou d’exercer une influence « modératrice » sur chacun d’entre eux au cas où les États-Unis provoqueraient une crise avec Pékin. Pour aller plus loin encore, la Russie devrait explorer les possibilités de devenir un membre à part entière de l’AAGC afin de « se greffer » sur les progrès de ces deux pays beaucoup plus entreprenants en Afrique, surtout quand on considère que la Chine n’aide pas la Russie à accéder à ce marché (bien que cela puisse changer si elle devient le partenaire de sécurité stratégique de Pékin sur le continent). « Équilibrer » entre les deux « blocs » économiques serait le premier avantage de la Russie, et cela pourrait même profiter à ses régions sous-développées de l’Extrême-Orient et de l’Arctique.

Examen stratégique

Passant en revue la grande stratégie exposée jusqu’ici, le rejet de la Russie par l’Europe à la suite des pressions américaines a motivé Moscou à lancer le « Pivot vers l’Oumma » en consolidant le noyau eurasien grâce à deux partenariats trilatéraux interconnectés qui forment collectivement la base du « Cercle d’or », le nexus des grandes puissance associées. En tirant parti de sa position centrale en Eurasie, la Russie ambitionne de devenir l’État de transit irremplaçable de la plupart des entreprises de connectivité continentale, ainsi qu’un « équilibreur » neutre pour résoudre le chaos hybride que les États-Unis ont provoqué dans toute la région et devenir le muscle diplomatique de cette stratégie. Au-delà du noyau eurasien et dans le Rimland, les relations multi-vectorielles de la Russie avec l’Inde et le Japon peuvent être utilisées pour acquérir une présence commerciale en Afrique qui complèterait sa présence militaire non-officielle par des « mercenaires » et lui donnerait une chance d’« équilibrer » les affaires de ce continent aussi.

Pas de récit, pas de chance

Aussi intéressante que cette approche puisse paraître, elle comporte beaucoup de risques, en particulier en ce qui concerne les guerres hybrides encouragées par les Américains dans le Heartland Eurasien et les opérations de guerre de l’information du « diviser pour régner » conçues pour briser ce « Cercle d’or ». Mais ils peuvent toujours être gérés à un niveau d’État à État avec assez de coordination et de confiance multilatérales. Plus difficiles à gérer, cependant, sont les conséquences des « faiblesses » du soft power russe qui « échoue » traditionnellement à expliquer correctement sa stratégie « d’équilibrage » aux masses populaires, conduisant ainsi au mécontentement et à la confusion, ce qui fournit en retour un environnement fertile pour les opérations des ONG qui ont pour but de semer la discorde entre une société et ses élites. La Russie communique assurément ses intentions « d’équilibrage » à chacun de ses homologues « profonds », comme elle a l’habitude de le faire, mais la Fédération de Russie n’a pas été en mesure d’égaler l’URSS pour faire passer son message à la moyenne des gens dans chacun de ces pays.

Armenia protests
Manifestation en Arménie, Révolution de velours, avril 2018

L’Arménie est un exemple parfait de ce qui n’a pas fonctionné avec la stratégie de soft power de la Russie et cela mérite d’être analysé de manière concise en tant qu’étude de cas. La « diplomatie militaire » de la Russie, qui consiste à vendre des armes à l’Arménie et à son voisin l’Azerbaïdjan, est une stratégie solide au sens géopolitique, mais risquée en ce qui concerne l’image de la Russie dans l’esprit de chacune des populations de ses deux partenaires. Les Azerbaïdjanais ne s’en soucient guère puisque la Russie était considérée comme étant plus proche de leur ennemi jusqu’à récemment, mais les Arméniens furent naturellement contrariés quand ils ont appris que leur allié de défense mutuelle de l’OTSC armait aussi leur adversaire. Même si la majorité de ses citoyens ne « devait jamais changer d’opinion de fond » en voyant la Russie dans cette situation, Moscou aurait pu au moins investir assez de ressources et d’efforts pour essayer d’expliquer ses grandes intentions stratégiques dans ce contexte, mais elle ne l’a pas fait. Cela a alimenté le mouvement de « protestation » de Pashinyan contre les autorités arméniennes au pouvoir.

Ce n’est pas seulement l’Arménie car beaucoup de partenaires traditionnels de la Russie sont inquiets de ses nouvelles relations « d’équilibre » avec leurs rivaux historiques. Les Serbes, les Syriens, les Iraniens et les Indiens préféreraient que la Russie ne coopère pas aussi étroitement avec la Croatie, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Pakistan, mais comme c’est déjà le cas, la « moindre des choses » que Moscou pourrait faire, et beaucoup le ressentent, serait d’essayer de leur expliquer pourquoi cela se produit, même si ces pays ne finissent pas finalement par être d’accord. Malheureusement, cela ne se produit pas du tout, et les conséquences de cette « incompétence » en terme de soft power sont que les gens perdent confiance en la Russie. Au lieu d’avoir l’occasion de considérer ce pays comme un joueur habile sur l’« échiquier des grandes puissances au sens du XIXe siècle » pour l’« équilibrer » et ainsi contrecarrer les effets déstabilisateurs de la politique étrangère américaine, le pays renvoie une image négative, trop « intéressé », « indigne de confiance », et superficiellement « pas vraiment différent des États-Unis ».

Risques globaux

Les stratèges et les décideurs politiques russes adhèrent en effet au paradigme néo-réaliste des relations internationales. Mais le grand intérêt de leur pays à maintenir la stabilité dans la région afro-eurasie et à sécuriser les nouvelles routes de la soie qui devraient former la base de l’émergence de l’ordre mondial multipolaire, chevauchent les intérêts de chacun de ses partenaires. Tous devraient accepter que chaque partie doit « faire des compromis » sur quelque chose afin d’atteindre les « accords » négociés par Moscou pour concrétiser cet avenir gagnant-gagnant. Cette réalité « dérangeante » n’est peut-être pas populaire auprès de leurs publics, mais c’est pourtant ce qui doit se passer pour que le modèle russe réussisse. Le problème se pose lorsque les dirigeants de ces pays n’en rendent pas compte à leur population qui en entend parler soudainement aux infos ou perçoit des rumeurs (vraies ou pas) que leur pays pourrait être sur le point de « sacrifier » quelque chose qui leur est cher.

Si le « pré-conditionnement » et la « gestion de la perception » avaient été mis en œuvre avant cela, les États-Unis ou d’autres tiers hostiles ne pourraient pas exploiter ce potentiel sentiment en agitant des troubles comme en Arménie après les accords répétés de ventes d’armes entre la Russie et l’Azerbaïdjan. Il y aurait au moins un récit « construit » déjà disponible pour contrer la version destructive nouvellement créée et « armée » par les ennemis de Moscou. Malheureusement, parce que la Russie préfère traiter principalement avec les « États profonds » de ses partenaires quand il s’agit de ces questions, elle tend à « négliger » l’opinion publique dans ces pays. Cette vulnérabilité est maintenant présente dans toute l’Afro-Eurasie et attend d’être exploitée par les États-Unis, qui exercent une influence beaucoup plus forte en gagnant les « esprits et les cœurs » au niveau local, même s’ils doivent recourir à des moyens indirects (des ONG) pour le faire. Les partenaires de la Russie, en particulier ceux qui ont un système nominalement « démocratique », courent donc le risque d’être « soumis au chantage » par des messages démagogiques.

Réflexions finales

On ne saurait trop insister sur l’importance pour la grande vision stratégique de la Russie d’équilibrer les affaires afro-eurasiennes et de clairement les faire expliquer par ses représentants de la communauté diplomatique, experte en la matière, afin d’empêcher les États-Unis d’armer une « pression publique » contre eux dans chacune des populations de ses partenaires. Des questions sensibles telles que les livraisons d’armes à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan ou la coopération avec la Turquie dans le nord de la Syrie doivent être discutées au niveau local et pas seulement avec l’État profond de chaque partenaire traditionnel, afin de maintenir la confiance du public avec au moins quelques efforts pour essayer d’expliquer ces politiques aux masses. L’absence de tout discours de la part de la Russie à cet égard, conduit à un vide informationnel rapidement comblé par les États-Unis et leurs alliés unipolaires, qui met en péril la pérennité des efforts d’« équilibrage » de Moscou en raison du risque que ses partenaires pourraient céder à une « pression publique » manipulée de l’extérieur (Révolutions de couleurs).

Aussi ambitieux que cela puisse paraître, il est certainement possible que la Russie réalise sa stratégie pour réparer les dommages que les États-Unis ont causés dans tout l’hémisphère (surtout dans ses parties non-européennes), mais seulement en déployant des mesures égales entre les « États profonds » et la confiance du public dans ses initiatives. Personne, et encore moins les gens moyens, ne devraient jamais avoir de fausses impressions sur les motivations de la Russie, qui sont avant tout de défendre ses propres intérêts, mais aussi de les faire coïncider avec ceux de chacun de ses nombreux partenaires en ce qui concerne sa politique générale. L’objectif est de promouvoir la multipolarité, mais de fausses attentes quant à l’« engagement » de Moscou à leur égar ne peut que conduire à un sentiment de déception qui, avec le temps, sera inévitablement capitalisé par son adversaire américain. Dans le même ordre d’idée, si les peuples ne comprennent rien à ce que fait la Russie, cela est tout aussi dangereux, car cela pourrait également entraîner le même résultat perturbateur.

Par conséquent, la Russie doit accorder la priorité à ses activités de soft power et doit faire des efforts urgents par l’intermédiaire de ses représentants diplomatiques et experts pour communiquer ses intentions « équilibrantes » au-delà des « États profonds » de ses partenaires. Les citoyens ordinaires doivent être sensibilisés à la vision globale de la Russie pour ne pas être manipulés aussi facilement par l’Amérique à travers l’exploitation du vide narratif existant et/ou des faux espoirs qui en découlent. Il faut néanmoins accepter que tout le monde ne soit pas d’accord avec l’« équilibrage » de Moscou, indépendamment de ses intentions. C’est tout à fait vrai parce que l’importance est de faire connaître le récit afin que les efforts ultérieurs en terme de soft power puissent être investis dans la promotion auprès du public. C’est pourquoi une première étape doit être entreprise immédiatement pour sensibiliser les gens à ce message. Le suivi des plans devrait être mis en œuvre par avance dans le futur pour renforcer cette grande vision stratégique à tous les niveaux de la société afro-eurasienne.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Liens

Retrouvez ici l’analyse de Karine Bechet-Golovko sur l’Arménie.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-grande-strategie-de-la-russie-en-afrique-et-en-eurasie

 

Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?

mercredi 30 mai 2018

L’Afrique Réelle N°102 – Juin 2018

Sommaire :

Actualité
Comment la France a perdu une RCA dont Vladimir Poutine est peut-être en passe de prendre le contrôle

Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?
– Le Kamerun allemand
– Le premier conflit mondial
– La rébellion de l’UPC (1957-1958)
– Le Cameroun indépendant (1960-2018)
– L’ethno-politique camerounaise
– 2018, l’année de tous les dangers

Editorial de Bernard Lugan :

Comme le disait le très spirituel Michel Jobert, ancien ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou : « Au rythme où vont les choses, la politique africaine de la France va bientôt se réduire à Barbès-Rochechouart… »
Le naufrage français en Centrafrique illustre parfaitement cette remarque. Entre repentance, spasmes moraux et credo démocratique, les cerveaux à nœuds du Quai d’Orsay ont en effet réussi le tour de force d’exclure la France de ce pays qui a longtemps constitué une pièce essentielle de son dispositif militaire.
Fin observateur, Vladimir Poutine a laissé les diplomates français aller au terme de leurs gesticulations militaro-humanitaires puis, quand ils se furent eux-mêmes enferrés dans leurs contradictions, il décida une intervention surprise.
Et cette dernière changea la situation. Non seulement en RCA, mais dans toute la région, l’objectif de Moscou étant de tourner le pays vers le nord Soudan comme nous l’expliquons dans ce numéro de l’Afrique Réelle.
Après le Mali et la RCA, le Cameroun ?
Dans les mois qui viennent, le Cameroun va à son tour entrer dans une période de fortes turbulences. Le diktat démocratique en sera la cause. Comme d’habitude…
Quatre élections vont en effet s’y tenir dans la seconde moitié de l’année 2018, celles du président, des sénateurs, des députés et des maires. Il est donc à craindre qu’à ces occasions, les fractures de ce pays fragile réapparaissent au grand jour.
Si le Cameroun est un apparemment pays stable, c’est  parce qu’il n’a pas connu la valse électorale qui a emporté la plupart des pays africains.
Sa chance est en effet de n’avoir eu que deux présidents depuis l’indépendance, Ahmadou Ahidjo, un nordiste musulman d’ethnie peul (de 1958 à 1982) et Paul Biya, un sudiste catholique d’ethnie beti, depuis cette date.
Agé de 85 ans cette année, le président Biya qui est donc au pouvoir depuis 36 ans, va probablement briguer un nouveau mandat en 2018. En 2011, il fut  réélu pour 7 années avec un score de 79% des suffrages contre 72% en  2004.
La permanence au pouvoir est certes un atout. Elle peut également se révéler un handicap quand les vieux présidents n’ont pas préparé leur relève.
C’est le cas au Cameroun où se pose avec une cruelle intensité le problème de la fracture générationnelle entre des dirigeants âgés et une population majoritairement composée de jeunes gens. Tout le système politique camerounais connaît ce problème et non pas le seul clan présidentiel puisque le principal leader de l’opposition, John Fru Ndi, qui est âgé de 76 ans fut par trois fois candidat contre Paul Biya.
Si nous ajoutons à cette donnée la situation qui prévaut dans les provinces anglophones de l’ouest, dans celles de l’est limitrophes de la Centrafrique et dans le septentrion gangréné par le wahhabisme et menacé par Boko Haram, le risque est donc de voir les prochains résultats électoraux devenir les détonateurs d’une crise aux conséquences imprévisibles compte tenu de la situation géographique du Cameroun.

La France veut que l’avenir soit Eurasie contre Eurafrique

La France veut que l’avenir soit Eurasie contre Eurafrique


Par Andrew Korybko – Le 18 mai 2018 – Source Oriental Review

Dominique de VillepinUn ancien Premier ministre français a dévoilé un plan détaillé et très ambitieux pour former un axe eurafricain dans la nouvelle guerre froide comme un moyen de « rééquilibrage » Est-Ouest, mais ce qu’il réclame vraiment, c’est une politique de migration de remplacement « contrôlée » couplée à des modèles politiques et économiques néo-impériaux raffinés pour faire de la France l’Hégémon africain « manquant ».

Dominique de Villepin, diplomate de carrière et ancien Premier ministre français de 2005 à 2007, a dévoilé un plan détaillé et très ambitieux pour former un axe eurafricain en s’exprimant à l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) en début de semaine. Sa proposition stratégique mérite d’être examinée en profondeur en raison de l’importance générale qu’elle revêt dans le contexte de la nouvelle guerre froide, en particulier en ce qui concerne ce qu’il dit être ses plus grandes motivations à la suggérer.

Ses remarques liminaires incluaient même l’affirmation provocatrice selon laquelle « il croit que la capacité de l’Amérique et de l’Asie à éviter une confrontation à grande échelle qui pourrait détruire l’ordre mondial dépend d’une solide épine dorsale euro-africaine ». Il a ensuite précisé que « l’Asie » est fondamentalement un euphémisme pour la Russie et la Chine, qui poursuivent un « modèle fondé sur l’autorité, le nationalisme, la planification économique d’État et la défense stricte de la souveraineté des États en matière de politique étrangère ». Il pense que cela justifie le document de stratégie de sécurité nationale des États-Unis (« The Trump Doctrine ») les qualifiant de « Pouvoirs révisionnistes ».

Dominique de Villepin
Dominique de Villepin s’exprimant à l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA)

Sur la base de cette compréhension révélée dans son discours, il ne fait aucun doute qu’il envisage un avenir où les grandes puissances eurasiennes de Russie et de Chine (et par extension leurs partenaires du Pakistan, d’Iran et de Turquie de la Ceinture dorée) rivaliseront avec le nouvel axe euro-africain pour la domination dans l’hémisphère oriental, bien qu’il l’énonce de façon hypocrite en tentant de déguiser ce face-à-face par une rhétorique trompeuse sur ce dernier arrangement comme étant la « logique de la multipolarité » qui « ne concurrencera pas, encore moins affrontera, les initiatives de l’Amérique, de la Russie ou de la Chine ».

En réalité, l’axe euro-africain n’est vraiment qu’une manifestation longitudinale massive de la stratégie américaine de « diriger dans l’ombre » pour adapter l’unipolarité à la multipolarité à travers la formation de coalitions complexes, bien que dans ce contexte le partenaire français « si spécial » des Américains prenne la tête en pionnier d’une prise de contrôle continentale néo-impériale. L’ancien Premier ministre déplore qu’« il n’existe pas de pouvoir hégémonique naturel pour tout le continent », laissant entendre que son pays pourrait remplir ce rôle afin de construire « l’organe de gouvernance dédié » dont il estime le besoin pour gérer les relations UE-Afrique.

Parlant très franchement, il a déclaré que « le partenariat Afrique-Europe sera conduit par la gestion des crises », soulignant les conflits du Sahel, du Congo et de la Corne de l’Afrique qui s’étendent de la côte atlantique de l’Afrique à celle de l’océan Indien et contribuent à former ce que j’ai récemment qualifié de « Crise des Migrants 2.0 ». Outre les implications évidentes sur la sécurité que cela suppose pour une présence militaire française indéfinie et probablement étendue sur tout le continent (sans parler de la présence actuelle des États-Unis à travers l’AFRICOM), il existe aussi une dimension d’intégration économique conçue pour concurrencer officieusement la Route de la soie chinoise.

Villepin exprime le regret que l’Afrique fournisse actuellement « un manque de rendement financier suffisant » malgré le fait que la France contrôle les économies de plus d’une douzaine de pays à travers les francs ouest-africains et centre-africains émis par Paris (franc CFA). Ce à quoi il fait probablement allusion, c’est le retour sur investissement relativement long que les entrepreneurs « moyens » européens (français) attendent en Afrique et qui leur fait penser que ces investissements n’en valent pas la peine et sont risqués. La solution, estime Villepin, est « un véhicule public et collectif pour promouvoir l’investissement et se prémunir contre les risques, notamment (sic) contre les risques politiques ».

Continental Free Trade Area all across Africa
Zone de libre-échange continentale partout en Afrique

L’ancien Premier ministre français a salué l’initiative du Rwanda le mois dernier de déployer une « zone de libre-échange continentale » semblable à l’UE dans toute l’Afrique, qui serait grandement améliorée par un partenariat trilatéral « entre la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la European Investment Bank » afin de contrer l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) que la Chine a fondée pour financer ses projets de Route de la soie. Cela devrait à son tour permettre la construction d’une « infrastructure de transport transnationale », qui cherchera à nouveau à contrecarrer officieusement la Chine en Afrique.

Considérant à quel point la France et ses alliés sont loin derrière en Afrique, il est plus que probable que Paris devra activer le « Hex » (le « Quad » plus le Vietnam et la France) et exhorter ses membres à lancer des quantités massives de ressources dans le « couloir de croissance Asie-Afrique » indo-japonais le plus tôt possible afin d’avoir une chance quelconque de creuser une brèche dans la domination du développement de la Chine sur le continent. Néanmoins, choisir prudemment d’investir aussi dans les « personnes d’abord » (infrastructure douce) et la création d’un « conseil culturel spécial » (contrôlé par la France) traitant des films, de l’art et de l’éducation pourrait donner au « Hex » un léger levier de pouvoir et donner des dividendes de gestion d’une perception positive de cet effort.

Dans l’ensemble, Villepin cherche à vendre l’axe euro-africain aux Européens pour qu’il permette de s’engager dans une « migration de remplacement contrôlée » par la création d’un « mécanisme de gestion de crise » à long terme, qu’il espère également « vendre » aux Africains en raison de sa dimension « développement », même si l’ensemble de la proposition est essentiellement une refonte de la politique néo-colonialiste de Paris appelée la « Françafrique », mais cette fois à l’échelle continentale et qualitativement renforcée par la participation active des « Hex ». L’annonce de cette structure gargantuesque pour « diriger dans l’ombre » annonce donc une nouvelle époque de « troubles pour l’Afrique » qui devrait aboutir à une série de points chauds de type guerre hybride alors que la nouvelle guerre froide continue sans relâche.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-france-veut-que-lavenir-soit-eurasie-contre-eurafrique

Le panafricanisme, clé de la libération de l’Afrique

Le panafricanisme, clé de la libération de l’Afrique


Par John Wight – Le 25 mai 2018 – Source Sputnik

Il y a des idées qui ne mourront jamais, malgré le temps qui passe ; leur force et leur portée sont trop grandes. L’une de ces idées est le panafricanisme.

La Journée de la libération de l’Afrique rappelle, célèbre et réaffirme chaque année l’idée, l’histoire et la vision du panafricanisme. En 2018, elle tombe le vendredi 25 mai. Ce jour-là, les communautés africaines, non seulement dans l’Afrique elle-même, mais aussi dans les Caraïbes, en Europe et en Amérique du Nord, se réunissent pour honorer les grands héros du panafricanisme – Haile Selassie, Julius Nyerere, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Ben Bella, Kwame Toure, Muammar Kadhafi, ainsi que Marcus Garvey, W E DuBois et Malcolm X qui appartenaient à la diaspora africaine au sens large.

Cette célébration les encourage à poursuivre la lutte pour l’unité, la liberté et la dignité de l’Afrique sous une seule bannière panafricaine. Pour les partisans du panafricanisme, une telle unité – qui transcende les clivages tribaux et nationalistes – représente le seul espoir réel de libérer un continent qui porte encore les stigmates de l’oppression et de l’exploitation coloniales.

Les débuts du mouvement

L’histoire moderne du mouvement panafricain commence au tournant du XXe siècle – en 1900, plus précisément avec la convocation de la première Conférence panafricaine à Londres. Selon les termes du révolutionnaire africain et premier président du Ghana post-colonial, Kwame Nkrumah, l’événement « se faisait l’écho des aspirations des masses d’Africains à la recherche de l’idéologie et de la forme organisationnelle qui mèneraient à la libération ».

Près de deux décennies se sont cependant écoulées avant le rassemblement suivant du mouvement panafricain qui a eu lieu cette fois en 1919, à Paris, avec la création du tout premier Congrès panafricain. L’événement a été présidé par le célèbre intellectuel afro-américain W.E DuBois, qui a joué, jusqu’en 1945, un rôle clé dans cinq autres rassemblements du mouvement panafricain organisés à divers endroits en Amérique du Nord et en Europe.

Dans une prose aussi claire que brillante, DuBois, a clairement exprimé, dans son essai Les mains de l’Éthiopie, sa position sur l’exploitation de l’Afrique par le colonialisme européen :

« L’Afrique a de sérieux motifs d’incriminer l’Europe. Pendant quatre cents ans, l’Europe blanche a été le principal soutien du commerce d’êtres humains qui a privé l’Afrique noire de cent millions d’êtres humains, bouleversé sa vie sociale, subverti toute forme d’organisation gouvernementale, détruit l’industrie ancestrale et éteint les lumières du développement culturel. »

En 1949, Paul Robeson, une autre voix noire radicale et éminente de la diaspora africaine, défendait la cause de l’unité africaine : « L’utilisation des ressources vastes mais encore inexploitées de l’Afrique au profit des peuples africains, et même de toute l’humanité, est un objectif noble et élevé », a-t-il dit, avant de souligner que « cela peut seulement être l’œuvre des Africains eux-mêmes, et seulement après qu’ils se soient assez débarrassés des chaînes du colonialisme pour pouvoir développer librement leur propre pays ».

Faire de l’idée du panafricanisme une réalité concrète

Le défi, quand il s’agit d’une idée, c’est bien sûr de la mettre en pratique. Et étant donné les obstacles évidents à l’unité africaine, le défi à relever est d’une ampleur monumentale.

Néanmoins, dans les années 1950 et 1960, pendant la période tumultueuse où le colonialisme européen et occidental a subi des défaites historiques dans le monde en développement, des leaders africains, forgés dans la lutte anticoloniale, sont arrivés sur la scène internationale avec l’unité africaine comme ligne directrice.

Des dirigeants africains d’une grande force de caractère, comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Julius Nyerere et Ben Bella, étaient déterminés à profiter de l’élan de la période anti-coloniale et post-coloniale pour faire du continent un phare de liberté, de développement et de justice.

Ainsi, Nkrumah, le leader révolutionnaire emprisonné au début des années 1950 par le régime colonial britannique est devenu le premier président de l’État africain indépendant nouvellement établi du Ghana en 1960, et a entrepris de tracer la route. « Nous ne regardons ni l’Est ni l’Ouest : nous regardons l’avenir », a-t-il déclaré, sans oublier que la lutte anticoloniale qu’il avait menée s’était opérée dans le creuset de la guerre froide 1.

« Il est clair que nous devons trouver une solution africaine à nos problèmes, et que cela ne peut se faire que dans l’unité africaine. Divisés, nous sommes faibles ; unis, l’Afrique pourrait devenir l’une des grandes forces bénéfiques du monde »

Julius Nyerere (d’abord Premier ministre d’un Tanganyika indépendant en 1961, puis président de l’État nouvellement créé de Tanzanie en 1964) partageait la vision de Nkrumah :

« L’unité ne nous rendra pas riches, mais il sera plus difficile d’ignorer et de mépriser l’Afrique et les peuples africains s’ils sont unis. Et cela augmentera par voie de conséquence l’efficacité des décisions que nous prenons et que nous essayons de mettre en œuvre pour notre développement. »

Nkrumah, Nyerere, Lumumba (le premier Premier ministre de la République démocratique du Congo) et Ben Bella (premier président de l’Algérie) ont rapidement été contraints de prendre en compte la dure réalité du néo-colonialisme, où le capital européen et occidental remplaçait les soldats et les administrateurs coloniaux pour exercer le contrôle sur le continent, ses ressources et ses économies.

Nkrumah comprenait bien la nature de ce monstre spécifique : « Un État qui se trouve sous l’emprise du néocolonialisme n’est pas maître de sa propre destinée. C’est ce facteur qui fait du néo-colonialisme une telle menace pour la paix dans le monde. »

La menace panafricaine à la domination occidentale

Les efforts de Kwame Nkrumah, Julius Nyerere, Patrice Lumumba et Ben Bella pour construire l’unité africaine sur des bases d’autodétermination, d’indépendance et de planification socialiste ont été considérés comme une grave menace pour l’Occident, et par conséquent Nkrumah a été renversé et emprisonné, Lumumba a été renversé et assassiné, Ben Bella a été contraint à l’exil, et seul Julius Nyerere a pu se maintenir au pouvoir, jusqu’à sa démission en 1985.

Dans la postface de l’ouvrage classique de Walter Rodney, Comment l’Europe a sous-développé l’Afrique, Abdulrahman Mohamed Babu écrit :

« Il n’y a que Nyerere que l’Afrique a engendré et maintenu au pouvoir, nous avons assassiné Lumumba et enfermé ou exilé des dirigeants comme Ben Bella et Nkrumah pour satisfaire des impérialistes qui étaient nos donateurs, nos bailleurs de fonds, nos mécènes, nos patrons, nos maîtres, nos partenaires commerciaux. »

Malheureusement, cette tendance s’est poursuivie au XXIe siècle avec le renversement et l’assassinat brutal de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011, un crime perpétré avec le soutien actif et concret de l’Occident par le biais de l’OTAN.

Le dirigeant libyen avait joué un rôle clé dans la création de l’Union africaine en 2001 – l’organe panafricain qui a succédé à l’Organisation de l’unité africaine, créée en 1963 à Addis-Abeba.

M. Kadhafi avait repris le flambeau de l’unité africaine et du panafricanisme pour qu’il éclaire le XXIe siècle. Il voulait créer une monnaie panafricaine indépendante, un passeport panafricain et même une force de défense commune ; il était guidé par la vision de futurs États-Unis d’Afrique, et il investissait une part significative de la richesse pétrolière de la Libye dans différents projets de développement sur tout le continent africain. Kadhafi n’était pas un imbécile. Il était bien conscient du potentiel de l’Afrique :

« Ce sont eux qui ont besoin de l’Afrique – ils ont besoin de ses richesses. Cinquante pour cent des réserves mondiales d’or se trouvent en Afrique, un quart des ressources mondiales d’uranium se trouve en Afrique et 95 % des diamants du monde se trouvent en Afrique. Un tiers du chrome se trouve également en Afrique, tout comme le cobalt. Soixante-cinq pour cent de la production mondiale de cacao se trouve en Afrique. L’Afrique compte 25 000 km de rivières. L’Afrique est riche en ressources naturelles inexploitées, mais nous sommes obligés de vendre ces ressources à bas prix pour obtenir des devises fortes. Et cela doit cesser. »

Au tribunal de l’Histoire, ceux qui luttent pour la libération et l’unité sont vénérés, tandis que ceux qui tuent dans le but d’exploiter et de dominer d’autres peuples sont condamnés. Qui plus est on peut tuer des hommes, mais on ne peut jamais tuer une idée.

C’est pourquoi, en 2018, l’idée du panafricanisme est toujours vivante,

Traduction : Dominique Muselet

Note du Saker Francophone

La grille de lecture d'une "Europe Blanche" esclavagiste est réductrice. La vaste majorité des blancs en Europe étaient de petits paysans quittant rarement leur village. Pour éviter de s'enfermer dans le piège du bouc-émissaire, il serait beaucoup plus utile de comprendre l'esclavage comme un outil au service d'une logique économique qui perdure actuellement, et c'est fort justement dit, sous la forme d'un néocolonialisme "financier" qui ne se limite plus à l'Afrique puisque c'est la terre entière qui est menacée par cette guerre de la techno-sphère contre l'humanité.

Voici une vidéo de Dany Colin qui explique parfaitement certaines limites du panafricanisme.

Note

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Par Djiby SOW, le 20 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Djiby Sow est chercheur indépendant. Il s’intéresse aux questions de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest en particulier. Djiby Sow est l’auteur de La légalité de l’intervention militaire française au Mali. Contribution à l’étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international (L’Harmattan, 2016) et contribue régulièrement à l’analyse de divers sujets de géopolitique et d’actualité internationale. Djiby Sow est diplômé de l’Université de Montréal en science politique et en droit international public. Contact : djiby.sow@umontreal.ca

Cette étude inédite présente le concept stratégique de la FC-G5S comme une concession au réalisme, puis le G6 du Sahel ou l’interdépendance stratégique franco-sahélienne. Cette page présente d’abord une synthèse de l’étude, puis l’étude complète au format PDF.

SYNTHÈSE

Le 6 février 2017, les États du G5 Sahel ont lancé une force conjointe de 5000 hommes (la « FC-G5S » ou la « Force ») mandatée pour lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic d’êtres humains. La FC-G5S est dotée d’un concept d’opérations dual et évolutif dont la première phase consiste en la sécurisation des espaces transfrontaliers de l’espace G5. Ce volet procède de cinq (5) années d’opérations militaires conjointes transfrontalières (OMCT) avec la France, dans le cadre du partenariat militaire conjoint transfrontalier (PMCT). Dans une seconde phase peu élaborée, la FC-G5S devrait muter en une force d’intervention antiterroriste appelée à conduire des opérations dans d’autres zones de l’espace G5.

Les représentations de la FC-G5S dans la littérature oscillent entre la conception d’une création française et celle d’une initiative si authentiquement sahélienne que parler d’appropriation dans le contexte de son opérationnalisation relèverait du fallacieux. L’idée maitresse de cette contribution est que l’identité française ou sahélienne de l’architecte de la FC-G5S importe moins que (i) les déterminismes stratégiques et opérationnels ayant forgé le concept d’opérations de la Force ainsi que (ii) les pesanteurs de son cadre stratégique plus large, dont la combinaison dicte in fine la marge d’appropriation sécuritaire des États du G5 Sahel.

Une marge d’appropriation limitée

Quatre grandes contraintes stratégiques viennent réduire les ambitions de la FC-G5S et consolider le dispositif dans sa dimension transfrontalière :

. Le pilier sécuritaire du G5 Sahel souffre d’une absence de dynamique interne franche et fondée sur une perception commune de la menace. Des équations sécuritaires individuelles et des degrés d’exposition variables au terrorisme et à l’extrémisme violent sont à l’origine de postures stratégiques différenciées. La création de la force multilatérale de sécurisation du Liptako Gourma (janvier 2017) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger en réponse à la dégradation sécuritaire dans cette région aura matérialisé la réalité d’un G3 au sein du G5 et sédimenté la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière. En octobre 2017, période initialement envisagée pour le plein déploiement de la Force, aucun consensus ne semblait encore avoir été trouvé par les États membres sur les modalités de transition entre les phases du concept d’opérations ;

. Le nord et le centre du Mali ont vocation à constituer la zone de déploiement prioritaire du dispositif dans sa configuration de force d’intervention. La coexistence d’éléments de terrorisme et d’une situation de conflit armé interne soulève toutefois des difficultés juridiques qui imposent aux États du G5 Sahel l’obtention d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). En particulier eu égard aux cibles de l’emploi de la force : (i) à côté des groupes terroristes, prolifèrent des groupes armés protégés par le droit international (dont certains sont parties au processus de paix inter-malien) et a priori exclus des cibles légales de la FC-G5S et des autres forces offensives qui opèrent au Sahel ; (ii) la plupart des groupes armés actifs dans l’espace G5 participent aux trafics que la FC-G5S a mandat de combattre ;

. Le déploiement de la force d’intervention sahélienne au nord Mali pose la question de son rôle dans un environnement stratégique caractérisé par une forte présence internationale. L’armée française joue déjà le rôle de force d’intervention rapide en soutien de la MINUSMA et mène des opérations antiterroristes, seule ou en coopération avec l’armée malienne et/ou des milices d’autodéfense. La question de la coordination se pose avec moins d’acuité dans le schéma transfrontalier de la FC-G5S : (i) s’inscrivant dans la droite ligne des OMCT, les opérations de la Force reposeront sur une coordination étroite avec Barkhane ; (ii) le déploiement de la FC-G5S intervient dans une logique de complémentarité soulignée par le CSNU et renforcée par la mise en place de mécanismes appropriés de coordination et d’échange de renseignements ;

. D’importantes difficultés financières et opérationnelles obèrent quasi fatalement la montée en puissance de la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière, a fortiori dans sa configuration de force d’intervention. La perspective d’un déblocage au compte-goutte des 420m. d’euros réunis en contributions volontaires fait craindre un engagement en pointillés, oscillant entre les OMCT traditionnelles et des opérations labélisées FC-G5S conduites au gré des saisons de la menace. Au plan opérationnel, exception faite de la Mauritanie, redondance avec les effectifs sahéliens de la MINUSMA et surexploitation de ressources limitées sont la règle. Les moyens matériels et techniques des armées du G5 Sahel restent aussi en deçà des exigences d’une pleine opérationnalisation de la FC-G5S quel qu’en soit le volet, malgré une tendance générale à la modernisation observée ces dernières années.

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l'appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Djiby Sow
Chercheur, diplômé de l’Université de Montréal.

Le paradoxe de l’appropriation dans la dépendance

Un second ordre de difficultés découle du cadre stratégique global de la FC-G5S et restreint de façon significative la marge d’appropriation sécuritaire. D’une part, celle-ci est paradoxalement tributaire de la coopération militaire avec la France :

. Annoncée en novembre 2015 et créée en février 2017, c’est à la faveur des difficultés rencontrées par Paris au Sahel que la FC-G5S voit son opérationnalisation s’accélérer. La nette dégradation de la situation sécuritaire régionale sous la garde de Barkhane expose les angles morts de l’antiterrorisme français. Elle s’ajoute au fardeau financier du dispositif et aux problèmes découlant de son élongation sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. L’opérationnalisation accélérée du projet stagnant de force conjointe apparaît comme l’élément clé d’une correction stratégique d’ensemble visant à : (i) réduire l’exposition excessive de Barkhane par le transfert d’une partie du fardeau politique de la sécurité régionale aux États du G5 Sahel ; (ii) permettre une ré-articulation du dispositif français par son recentrage sur le Mali et la boucle du Niger ainsi qu’une réduction des effectifs ;

. Si l’assistance de la France aux armées du G5 Sahel est largement perçue comme l’appui exogène d’une entité à l’autre, les forces françaises exécutent leur mission de renforcement des capacités et de soutien opérationnel, non de l’extérieur mais de l’intérieur d’un édifice de sécurité ad hoc dont elles constituent, par leur centralité et leur prépondérance dans le PMCT, les murs porteurs. L’autonomie opérationnelle de la FC-G5S est dès lors inenvisageable dans l’avenir prévisible : (i) aucun des cinq États du cœur sahélien ne possède les capacités militaires, l’influence et la volonté politiques nécessaires pour se substituer à la France ; (ii) les difficultés de coordination et de logistique mises en lumière par l’opération Hawbi confirment l’invraisemblance du scénario initialement envisagé d’un rôle en retrait de Barkhane dans les opérations de la FC-G5S ;

D’autre part, la coopération avec la France constitue à certains égards un obstacle structurel à une appropriation poussée :

. Nonobstant ses handicaps financiers et opérationnels, le volet de force d’intervention de la FC-G5S entre a priori en conflit avec la mission et le rôle de Barkhane. Les États du G5 Sahel demeurent silencieux là où l’Union africaine, à travers le Processus de Nouakchott, envisageait explicitement une force d’intervention ayant notamment mandat d’« intervenir à l’appui d’éléments de la MINUSMA, en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général des Nations unies » [1], une mission dévolue aux forces françaises par le CSNU depuis juillet 2013 ;

. En considérant l’appropriation non plus à travers le prisme des moyens militaires mais par celui de leur finalité, à savoir la stabilisation régionale par la pacification prioritaire du Mali, la marge d’appropriation des États du G5 Sahel devient aussi fonction du concours indispensable de l’Algérie. Toutefois, en dépit de coopérations bilatérales relativement soutenues avec ses États membres, la principale puissance régionale se refuse à toute participation directe aux efforts militaires du G5 Sahel : (i) Alger perçoit l’organisation comme un projet français destiné à maintenir des bases militaires françaises à ses frontières ; (ii) le discours officiel préconise une solution afro-africaine aux problèmes de la région et privilégie le cadre fixé par le Processus de Nouakchott à cette fin, ce qui revient en pratique à l’exclusion de la France des initiatives régionales de stabilisation ou, à tout le moins, à sa marginalisation ;

. La France est dans une large mesure une puissance africaine. Elle entend le rester en raison des impératifs stratégiques globaux qui sont les siens et qui ont érigé sa présence en Afrique en constante et priorité de politique étrangère depuis les indépendances. En 2018, « la France a de fait des responsabilités parce qu’elle a des moyens sur place. C’est l’existence de ces moyens qui crée la responsabilité et les demandes d’empire » [2]. De cette réalité fondamentale à la base de l’interdépendance stratégique entre la France et l’Afrique francophone découle le constat que les moyens français et leur fonction de béquille sécuritaire pour les États de la région sont au nombre des facteurs qui grèvent plus largement l’appropriation sécuritaire, en combinaison avec les défaillances « par construction politique » [3] des appareils de défense et de sécurité nationaux (surveillance de l’opposition politique, gardes prétoriennes, mauvaise gouvernance, clientélisme, ethnicisation, etc.).

Le nécessaire élargissement du paradigme sécuritaire

Les perspectives limitées au plan militaire enjoignent les États du G5 Sahel à élargir le champ de l’appropriation sécuritaire. La re-politisation intégrale des problèmes sahéliens et de l’approche de la question sécuritaire apparaissent comme le véritable enjeu.

À brève échéance, le renforcement du traitement politique du problème terroriste est un impératif. Sans prétendre à l’exhaustivité, un espace considérable existe, par exemple, en matière de lutte contre l’extrémisme violent : le Mali est depuis peu le seul des États du G5 Sahel à disposer d’un plan national formel de lutte en la matière. De même, sans constituer une politique officielle de reflux de l’influence religieuse des monarchies du golfe, la position du Tchad à cet égard se démarque, le gouvernement ayant révoqué par le passé les chartes d’organisations et associations d’obédience salafiste [4]. Dans le cas spécifique du Mali, la dégradation continue de la situation sécuritaire impose l’exploration de modes alternatifs de résolution de conflit. À cet égard, l’exercice par le gouvernement de ses prérogatives souveraines, à l’abri des ingérences extérieures, est primordial. Tout particulièrement en ce qui concerne l’option du dialogue avec les groupes armés maliens se revendiquant de l’Islam.

À plus long terme, la logique d’appropriation sécuritaire ne peut faire l’économie d’une refonte des modalités de gouvernance des États et de la réinvention de mécanismes politiques au sein de projets de citoyenneté inclusifs et en cohérence avec les spécificités politiques, historiques et culturelles des sociétés sahéliennes. L’ouverture d’un tel chantier implique notamment d’aller au delà du nexus sécurité-développement et de ré-appréhender la problématique de la sécurité sur une base nationale. À des degrés variables selon le pays considéré, le sous-développement des régions périphériques sahéliennes est l’expression du délitement de l’État. Il constitue l’ancrage le plus puissant du terrorisme, de l’extrémisme violent et des trafics, ainsi qu’un amplificateur des conflits locaux. Mais la faillite de l’État se traduit également par une série de graves dysfonctionnements dans les les centres urbains et politiques (extrême pauvreté, explosion des prix des produits de première nécessité, chômage endémique, défaillance ou inaccessibilité des infrastructures de santé et d’éducation, etc.) et fait le lit d’une défiance ouverte et croissante à l’égard des pouvoirs publics.

À la veille de l’échéance présidentielle 2018, le Mali fait figure de cas d’école en matière de généralisation de la contestation de l’État, mais les forces centrifuges qui travaillent le pays ont leurs abcès de fixation dans les États voisins, qu’il s’agisse de la révolution bloquée au Burkina, de la question identitaire en Mauritanie, de la gouvernance politique du Niger ou du rejet de la personnalisation du pouvoir au Tchad. C’est dans cette très forte tension sur les appareils politiques sahéliens que se situe la principale menace pour la sécurité, la paix et la stabilité régionales et internationales. Elle exige une réponse politique de fond que seules les collectivités sahéliennes ont la responsabilité et la légitimité d’apporter.


Plus : L’étude complète au format PDF. Djiby Sow, « Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens »

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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Une étude de Djiby Sow pour Diploweb.com. Ce document pdf présente la version intégrale (26 pages)

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CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

Par CSFRS, GEOSTRATEGIA, le 3 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS) a pour objet le soutien, la coordination et l’ animation des efforts développés en matière de recherche et de formation stratégiques dans les domaines de la sécurité et de la défense de façon à permettre l’ élaboration et l’actualisation d’instruments de référence de niveau international. En cohérence avec la finalité et l’ensemble des actions menées par le CSFRS, Geostrategia est un site web collaboratif qui vise à soutenir la formation et la recherche stratégiques nationales et à contribuer à la l’émergence d’une communauté stratégique nationale.
Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

Le CSFRS et GeoStrategia présentent « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche », première session des Rendez-vous de la Réflexion Stratégique (Paris, École militaire, 11 avril 2018). Les Rendez-vous de la Réflexion Stratégique visent à valoriser la recherche soutenue par le CSFRS et à créer des synergies avec les partenaires de GeoStrategia.
Cette première session s’appuie sur divers articles et études mis en ligne sur Geostrategia (www.geostrategia.fr) et issus de la Revue Défense Nationale, de l’European Council on Foreign Relations, des Cahiers de l’Orient et du CSFRS.

Par ordre d’apparition, les intervenants :

Olivier Caron, directeur général du CSFRS.
Jean-Marc Châtaignier, Ambassadeur « Envoyé spécial pour le Sahel »
Serge Michailof, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Paris
Thierry Hommel, Économiste, enseignant associé à l’École des ponts et chaussées
Andrew Lebovich, Chercheur associé à l’European Council on Foreign Relations
Salim Chena, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Bordeaux.
Yvan Guichaoua, Chercheur et enseignant à la Brussels School of International Studies.
Anne De Luca, Chercheure associée au centre Thucydide.

Résumé

La question sahélienne est complexe, et le paysage stratégique associé englobe tant le Sahara que ses deux rives : l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Les sept intervenants en abordent les différents aspects interdépendants : sécurité, gouvernance, développement.

La crise de l’espace sahélien dépasse donc le Mali, même si ce problème malien est majeur et déborde sur le Niger et le Burkina. Par ailleurs, le Nord-Nigéria, le sud-est du Niger et le sud du Tchad constituent un deuxième foyer de tension majeure, avec le phénomène Boko Haram.

Le Sahel est une zone fragile sur les plans environnemental, politique, démographique. Le rôle de la communauté internationale ne consiste pas à donner des leçons, à exporter des « recettes », mais à proposer un véritable support à une politique définie par les Sahéliens eux-mêmes. D’où l’accent porté sur l’importance du dialogue avec les partenaires locaux, sur la compréhension de leurs besoins comme de leurs aspirations.

Au Mali, les difficultés du gouvernement et les attaques successives contre les troupes régulières soulignent la difficulté stratégique à laquelle nous faisons face. Les élections de juillet 2018 offrent une opportunité pour construire un appareil d’État capable de rétablir l’ordre dans le pays, ce que les forces françaises et onusiennes ne peuvent faire seules. Les organisations non-gouvernementales (ONG) ne peuvent également pas à elles seules ramener le Mali sur la voie du développement. L’urgence est donc au rétablissement de l’appareil régalien. Pourtant, malgré leurs discours sur l’importance du développement pour la sécurité et inversement, les ONG jugent trop délicat et politiquement sensible d’intervenir dans ce sens. Or, il faut améliorer les conditions de vie pour ramener la paix dans les villages. Il faut donc pouvoir coordonner l’aide internationale de façon plus efficace. Dans le cas contraire, cette aide risque d’accroitre la désorganisation et la dégradation économique du territoire, nonobstant la perte financière. Ainsi, tant qu’il y aura un vide étatique, l’impact des interventions dans ces régions enclavées sera toujours limité par les difficultés des populations à accéder à certains services essentiels comme l’éducation, la santé, l’énergie.

Certaines représentations faussent la compréhension de la crise sahélienne. L’Algérie est ainsi plus active qu’on ne le pense. Même si son histoire et sa Constitution l’empêchent d’intervenir en dehors de ses frontières, elle coopère avec des partenaires, régionaux, européens et américains. Par ailleurs, les causes sociologiques et politiques sont essentielles pour comprendre les raisons qui poussent aux révoltes armées au Sahel. La croissance du djihadisme n’est-elle pas liée à un désengagement de l’État ? S’il existe une volonté de transformer un système politique en accord avec des références religieuses, il faut impérativement prendre en compte la dimension locale. Le djihadisme prospère en effet sur des territoires fragmentés, au sein de communautés ayant des comptes à régler avec l’État. Il faut également être attentif aux interférences externes de la France et de l’ONU et aux risques qu’elles portent sur la cohésion sociale et politique au Sahel. Enfin, il faut se défier des idées reçues sur la dimension religieuse et sur les textes (Coran…) associés, auxquels on prête beaucoup de significations plus ou moins erronées. Il est nécessaire d’apporter des réponses argumentées et construites aux interrogations légitimes des opinions publiques, via une meilleure connaissance de ces textes.

Plus : le site du CSFR https://www.csfrs.fr/ et GeoStrategia https://www.geostrategia.fr

Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

https://www.diploweb.com/CSFRS-et-GeoStrategia-Repenser-l-approche-de-la-question-sahelienne-par-la-recherche.html

Les implications stratégiques d’une éventuelle base russe au Somaliland

http://lesakerfrancophone.fr/les-implications-strategiques-dune-eventuelle-base-russe-au-somaliland


Par Andrew Korybko – Le 6 avril 2018 – Source Oriental Review

Somaliland flagSi l’on en croit les rapports non confirmés sur une éventuelle base russe dans la région sécessionniste du Somaliland, Moscou bande enfin ses muscles militaires au-delà de l’Eurasie et signale son désir de retourner en Afrique.
 
Le portail d’information des média alternatifs, généralement digne de confiance, South Front, a republié des déclarations qui circulaient depuis quelques jours sur une éventuelle base militaire russe dans la région sécessionniste du Somaliland, un développement qui a d’abord pris au dépourvu de nombreux observateurs. Mais il n’y a rien d’inexplicable si cela se confirme. Le rapport allègue que Moscou a entamé des pourparlers avec les autorités autoproclamées de Hargeisa pour construire une petite installation aérienne et navale polyvalente dans la ville frontalière de Zeila, à Djibouti, en échange de la reconnaissance officielle de « l’indépendance » de la région. Les EAU construisent déjà leur propre base à Berbera − bien qu’ils ne reconnaissent pas officiellement le Somaliland − mais l’État du Golfe est une puissance militaire montante avec beaucoup plus d’argent pour arroser le terrain que la Russie et n’est donc probablement pas soumis aux mêmes conditions que Moscou juste pour cette simple raison pécuniaire.

Somaliland map

Le contexte du Somaliland

Le Somaliland était une colonie britannique réunie avec ses frères somaliens en 1960, après quoi elle s’est séparée de cet état somalien « croupion » après le renversement du président Barre et la guerre civile multidimensionnelle qui a suivi et qui a englouti le pays. Le gouvernement de facto du Somaliland estime que la politique anti-insurrectionnelle de Barre à la fin de la guerre froide envers sa région a constitué ce qu’il a appelé le « génocide Isaaq » et l’a donc convaincu de faire sécession pour des raisons de sécurité. Quelle que soit la légitimité de cette démarche, le fait incontesté est que la position géostratégique du  Somaliland est restée fonctionnellement celle de l’indépendance et d’une posture en grande partie pacifique depuis lors, ce qui, selon Hargeisa, devrait renforcer sa revendication de reconnaissance internationale de son indépendance. Mogadiscio, cependant, maintient que la région devrait revenir sous son contrôle formel, avec la garantie que le nouveau système « fédéral » selon elle, empêchera les abus passés de se reproduire.

Importance géostratégique

Le Somaliland, tout comme le Sud-Yémen tout aussi méconnu mais également souverain, s’est rangé du côté des Émirats arabes unis dans la guerre du Yémen et héberge aujourd’hui un complexe militaire émirati à Berbera qu’Abou Dhabi envisage d’associer à ses installations existantes d’Aden et des iles Socotra pour en faire la « porte d’entrée » de Bab El Mandeb pour le commerce maritime UE-Chine. Ce processus se déroule parallèlement à l’extension de la guerre froide du Golfe à la Corne de l’Afrique et à la militarisation internationale de la mer Rouge, faisant de la région l’un des points chauds les plus exposés aux conflits dans le monde aujourd’hui. C’est dans ce contexte que la Russie pourrait envisager une base navale et aérienne au Somaliland à quelques kilomètres de celle des États-Unis à Djibouti, qui, si elle était construite, complèterait de manière stratégique celle de la Chine à l’ouest du Camp Lemonnier des Américains.

Le « pivot vers l’Afrique » de la Russie

Somaliland Foreign Minister Dr. Saad Ali Shire meets with Russian diplomat Yury Kourchakov
Le ministre des Affaires étrangères du Somaliland, Dr. Saad Ali Shire (centre droit) rencontre le diplomate russe Yury Kourchakov (centre) en 2017

La base possible de la Russie au Somaliland serait bien plus qu’un crachat à la face des Américains car elle ferait partie du projet de « pivot vers l’Afrique » de Moscou qui a été annoncé à la fin de l’année dernière, suite à l’aide militaire fournie à la République centrafricaine et l’offre par le Soudan de mettre à la disposition des Russes une installation militaire sur sa côte de la mer Rouge. En relation avec ces deux développements, il y a aussi eu des signes au début de cette année que tout pivot africain pourrait voir Moscou s’appuyer davantage sur les mercenaires comme force d’avant-garde pour stabiliser les pays déchirés par les conflits et créer les conditions pour équilibrer les intérêts intra-étatiques et les affaires internationales, à travers le continent par conséquence. Dans ce cas, la Russie pourrait potentiellement servir de médiateur entre le Somaliland et la Somalie proprement dite et ensuite « équilibrer » les relations entre eux et leur voisine beaucoup plus enclavée qu’est l’Éthiopie.

L’Éthiopie et les Émirats arabes unis

À cet égard, il convient de rappeler aux observateurs les relations de longue date entre la Russie et l’Éthiopie qui ont jeté les bases de leur rapprochement en cours après près de trois décennies de négligence après la fin de la guerre froide. L’Éthiopie est le premier partenaire de la Chine en Afrique et le chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba (DAAR) récemment construit pour devenir le cœur d’un « CPEC africain ». Compte tenu du « surpeuplement » militaire dans la minuscule Djibouti et de la distance relativement longue entre Port Soudan et l’Éthiopie, la Russie aurait pu décider de construire une base au Somaliland comme « porte dérobée » pour l’Éthiopie, avec laquelle Hargeisa est alliée. En outre, le développement conjoint par l’Éthiopie d’un port à Berbera avec les Émirats arabes unis et les relations croissantes de la Russie avec ces deux grandes puissances émergentes indiquent des motivations économiques et stratégiques derrière la décision éventuelle de Moscou de construire une base poche de Zeila, pour « tuer plusieurs oiseaux d’une seule pierre » en renforçant les liens de la Russie avec les trois parties.

L’échiquier de la grande puissance du XIXe siècle

Néanmoins, tout mouvement dans cette direction serait sans aucun doute considéré comme une « trahison » de la Somalie par son ancien soutien pendant la Guerre froide, malgré la participation décisive de la Russie aux côtés de l’Éthiopie pendant la guerre Ogaden de 1978-79 et le fait d’avoir « vendu » Mogadiscio à Addis-Abeba lors d’un échange sans précédent d’alliés régionaux avec les États-Unis. Tout comme à l’époque, les calculs néo-réalistes seraient au cœur de cette décision, bien que cette fois-ci basés sur « l’équilibre » de « l’Échiquier des Grandes Puissances du XIXe siècle » devenu infiniment plus complexe avec l’émergence de l’Ordre mondial multipolaire que durant les « bons vieux jours » de la bipolarité. Comme preuve de cette politique en action dans un contexte africain, il suffit de regarder la nouvelle politique de la Russie à l’égard de la Libye qui considère maintenant le renversement de Kadhafi comme une « affaire interne » même si c’est elle qui a attiré l’attention de la communauté internationale sur les débuts de la Révolution colorée nommée « Printemps arabe » à l’échelle du théâtre du grand Moyen-Orient.

Réflexions finales

Les fondements de la politique étrangère russe contemporaine complètement non-idéologiques et axés sur les intérêts contrastent fortement avec le récit dogmatique des démagogues des médias alternatifs qui prétendent que Moscou ne peut que s’opposer par principe à des alliés des américains, c’est-à-dire que la Russie « ne contribuerait jamais » (délibérément ou non) à la « balkanisation » de la Somalie en construisant une base dans le Somaliland à côté de celle de la « petite Sparte » des États-Unis et à proximité d’un pays enclavé qui est son bras droit régional. Les temps ont certainement changé, prouvant que la Nouvelle Guerre froide n’a rien à voir avec la première version et que la Fédération de Russie d’aujourd’hui ne ressemble en rien à l’Union soviétique du passé en ce qui concerne ses « principes » de politique étrangère. Ce n’est pas nécessairement une « mauvaise » chose mais seulement un reflet de la réalité internationale dans laquelle la Russie est obligée de bouger si elle veut faire avancer ses intérêts face à une pression américaine asymétrique considérable et multidimensionnelle.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-implications-strategiques-dune-eventuelle-base-russe-au-somaliland