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Corymbe, une mission à double facette (cap. vaisseau Tranchant)


Corymbe, une mission à double facette (cap. vaisseau Tranchant)

 Nicolas Gros-VerheydeGolfe de Guinéeopération CorymbePHA Tonnerre  6 min read

(B2) Avant la pause estivale, j’ai choisi de donner la parole au commandant du porte-hélicoptères Tonnerre, le capitaine de vaisseau Arnaud Tranchant, qui vient de boucler une présence dans le golfe de Guinée

Le CV Tranchant à bord du PHA Tonnerre (crédit : Marine nationale)

Déclenchée début juin, cette mission est désormais un classique pour la marine nationale. Depuis 1990, un bâtiment est présent dans la zone (1). Cette fois, avec des conditions d’exécution un peu différentes, compte-tenu de la crise du Covid-19.

Corymbe, c’est une mission à multiples facettes en fait ?

— On peut le dire. Notre présence a deux volets. Premièrement, assurer la sécurité des intérêts stratégiques français. Nous réalisons des patrouilles du fond du golfe de Guinée, dans la zone où nos opérateurs industriels sont présents, en interaction avec les forces françaises prépositionnées en Côte d’Ivoire et au Gabon. C’est un volet purement national. Deuxièmement, nous venons en appui aux marines du Golfe (Sénégal, Côté d’Ivoire, Bénin, Togo, Nigeria et Gabon). Nous faisons des patrouilles en commun ou effectuons des vols à leur profit avec notre hélicoptère de bord Caïman (2) pour surveiller la zone économique exclusive, ou lutter contre la piraterie et contre la pêche illégale. Nous faisons des entraînements conjoints et procédons à de multiples échanges.

Cette collaboration est un point important ?

— Bien sûr. Cela permet de partager l’appréciation de la situation. Ensuite le fait que la marine française soit présente régulièrement nous donne de la crédibilité, nous permet de tisser des liens fraternels assez intimes avec ces marines de manière à nous parler comme de vrais frères d’armes.

La crise du Covid-19 a-t-elle entraîné une modification du cours de la mission ?

— En effet. Cette mission a connu des modalités inédites avec six semaines de mer, en quasi autonomie. Nous avons fait juste deux escales de ravitaillement en gasoil à Dakar. Mais sans ravitaillement en vivres, ni en eau [Le Tonnerre est équipé pour produire sa propre eau potable]. C’était exigeant pour les équipages. Mais nous avons réussi à trouver des modalités, pour faire face à la fatigue induite par ces conditions.

Ce n’est pas la première fois que vous êtes dans la zone. La septième si j’ai bien compté. Quelle leçon en tirez-vous ?

— C’est ma septième mission en zone Corymbe. Il y a ici une densité en mer et une grande diversité des acteurs. Entre les pêcheurs locaux, les pêcheurs plus hauturiers, souvent asiatiques, la présence des plate-formes pétrolières, sans oublier les acteurs de la sécurité, privés ou étatiques, on voit bien ici la maritimisation du monde. Il y a énormément de monde sur l’eau. En vingt ans, j’ai pu assister à la densification des activités, avec du coup une évolution de la sécurité, liée à l’augmentation de ces activités, licites ou illicites.

Les marines locales sont-elles en état, à même de contrer cette menace ?

— Je ne porterai pas de jugement sur l’état des marines. Ce que je vois c’est qu’elles produisent des effets opérationnels. Elles ont déjà des capacités et montent en puissance. Elles naviguent, patrouillent, interviennent. Sur le plan du partage de l’information, le processus [de Yaoundé] produit de l’effet. Maintenant, l’intervention maritime reste un enjeu de taille. Il reste toujours des axes d’effort.

La crise du coronavirus a-t-elle aussi fait évoluer les modes d’action des pirates et bandits de mer ?

— La chute du cours de pétrole a produit une évolution du mode d’action des pirates, comme géographique. Le détournement de pétrole (bunkering) devenant moins rentable dans le golfe du Nigeria, ils se sont tournés vers la prise d’otages, lucratif avec les rançons. Les bunkerings étaient auparavant très concentrés dans les zones pétrolières. Mais cette activité d’otages se produit hors de ces zones, beaucoup plus loin des côtes. Ce qui augmente les zones à risque. Il faudra veiller à l’avenir si cette évolution persiste.

Ces attaques restent plutôt violentes, comparé avec ce qui se produit en Afrique de l’Est ?

— Le caractère très violent des actes pirates dans cette zone persiste. Cela n’a pas changé. Ce ne sont pas des pêcheurs reconvertis comme en Somalie. Ici, ce sont des organisations criminelles, organisées dans cet objectif, dont c’est le revenu principal, avec un impératif de résultat. Ce sont des attaques rapides. Ils montent à bord très vite, repartent avec des otages choisis très vite aussi, pour réintégrer leurs bases cachées [d’où ils négocient le versement d’une rançon]. Ils sont armés, avec des capacités d’autodéfense et d’agression importantes. Cela nous oblige à adapter nos modes : l’attaque étant rapide, il faut agir rapidement.

Vous êtes intervenus ?

— À chaque fois que nous avons pu apporter un appui, nous l’avons fait. Nous avons ainsi pu observer [à distance] trois attaques pirates (3). Toutes trois ont débouché sur des prises d’otages. Pour deux sur trois, nous étions trop loin pour intervenir. Une était davantage à portée. Nous avons déployé notre hélicoptère Caïman pour permettre le pistage de tous les navires à proximité. Les informations ont été transmises aux marines partenaires pour leur permettre d’agir. Nous nous sommes ensuite approchés du navire piraté, pour réconforter les marins, voir s’il y avait des blessés, recueillir les informations. C’est toujours utile pour connaître les modalités d’action des pirates.

Après Corymbe, quel est votre programme ?

— Retour à Toulon, où nous serons en alerte en métropole. En fin année, le navire connaitra un arrêt technique. Et l’année prochaine (2021), nous assurerons la mission ‘Jeanne d’arc’ de formation des jeunes officiers…

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien réalisé le 11 juillet 2020, par téléphone alors que le PHA Tonnerre était dans le Golfe de Guinée par une mer plutôt forte.


Le volet ‘coopération’ de la mission

La mission Corymbe a débuté par des entraînements conjoints avec les éléments français au Sénégal (EFS) et la marine sénégalaise. Fin juin, il s’est d’abord entraîné avec le patrouilleur ivoirien L’Emergence la lagune d’Abidjan, puis, dans le golfe de Biafra, avec les forces gabonaises avec, à la clé, entraînement amphibie, plongée et exercice anti-piraterie. L’hélicoptère Caïman a patrouillé ensuite à la demande du Nigéria et du Bénin pour repérer des navires. Après une seconde escale logistique à Dakar, sur le chemin du retour, le Tonnerre a mené un exercice de tenue de situation « surface » et un treuillage avec le patrouilleur sénégalais Fouladou. Au total, plus de 16.000 nautiques parcourus par le navire et 63 heures de vol pour l’hélicoptère Caïman, dont 12 missions de surveillance maritime.


  1. La France déploie au moins une fois par an dans la zone un grand navire amphibie ou porte-avions hélicoptères (Tonnerre, Mistral…).
  2. L’usage de l’hélicoptère a un gros avantage : augmenter l’allonge du navire. L’autonomie assez importante du Caïman lui permet d’intervenir dans un rayon de 100 nautiques environ (avec une demi-heure sur place et le trajet retour). Il est surtout doté d’un radar de veille surface « très performant » qui permet le recueil d’images de jour comme de nuit.
  3. Il y a un système de déclenchement d’alerte, à la fois sur radio VHF et satellite (doublée sur plusieurs fréquences). Cela permet à la fois aux navires publics d’intervenir comme aux navires marchands d’être informés et de se prémunir d’une attaque. Les centres de coordination mondiale sont aussi informés (via satellite), permettant de répercuter l’information sur tous les autres navires.

Lire aussi sur le sujet :

Et notre dossier Mica Center :

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l’université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir)

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Haftartelette et autres friandises libyennes

Haftartelette et autres friandises libyennes

29 Juillet 2020

Décidément, notre bon vieux BHL n’a pas de chance. Toutes les conditions étaient pourtant réunies afin que son séjour libyen se déroule sous les meilleurs auspices possibles : chaleur agréable lui permettant de déboutonner sa chemise immaculée, vent léger modelant sa chevelure aérodynamique… Las ! La grande expédition du guérillero de Saint-Germain-des-Prés s’est transformée en petite promenade écourtée par ses ex-protégés, bien ingrats pour l’occasion.

D’autres voient également l’évolution du pays d’un œil atterré, avec des raisons sans doute plus valables que le simple égo blessé d’un philosophe de comptoir. Nous avons vu le mois dernier que l’inextricable enchevêtrement d’alliances et d’oppositions moyen-orientales était encore magnifié par la crise libyenne.

L’Iran soutient le GNA tendance Frères musulmans qu’il a pourtant combattus en Syrie ; a l’inverse, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis les combattent en Libye alors qu’ils les ont soutenus en Syrie et au Yémen ; quant à Israël, il est complètement perdu dans ce dossier, ne pouvant supporter ni le GNA (lié idéologiquement au Hamas) ni Haftar (allié à Assad).PUBLICITÉ

Dans cette macédoine, l’empire se retrouve lui aussi dans une position très inconfortable. A l’origine du catastrophique changement de régime ayant abattu Khadafi, il a ensuite pris ses distances d’avec les nouvelles autorités libyennes pour soutenir Haftar, très longtemps vu comme l’homme des Américains. Vision en réalité peut-être un peu trompeuse…

Il est vrai que le personnage a passé des années aux Etats-Unis et appelait régulièrement au renversement de Khadafi. Mais il ne faut pas oublier que le général, alors jeune officier, avait aussi, en pleine Guerre froide, été envoyé deux fois (1978, 1983) à Moscou pour se former dans les prestigieuses écoles de l’état-major soviétique. En a-t-il gardé quelque chose ?

« L’homme des Américains » semble en tout cas clairement échapper à son supposé protecteur. En juin, des officiels US se disaient déjà troublés par de curieux vols entre l’Est libyen, fief d’Haftar, et… Caracas ! Il se murmure que lui et Maduro ont mis en place un système d’échange or-dollar pour permettre au liderissimo vénézuélien de contourner le blocus financier décidé par Washington.

Certes, il faut toujours prendre ce genre d’infos avec recul, mais la suite semble confirmer le divorce. DC la Folle, qui accuse régulièrement Moscou d’envoyer armes et mercenaires à Haftar, menacerait maintenant carrément ce dernier de sanctions pour ses liens avec la Russie, notamment avec le fameux Groupe Wagner qui contrôle une partie des installations pétrolières du pays.

Les conséquences géopolitiques de la rupture américano-haftarienne sont également fort intéressantes. Elle place en effet Washington complètement en porte-à-faux avec certains de ses plus proches troupiers – Arabie saoudite, France, Emirats Arabes Unis, Egypte -, tous fervents soutiens du général. La dissociation du lien impérial, en Libye comme ailleurs…

Tag(s) : #Afrique#Russie#Etats-Unis

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/07/haftartelette-et-autres-friandises-libyennes.html

Les leçons de crise politique malienne

Les leçons de crise politique malienn

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16 juillet, 2020
NoteLeslie Varenne

Après l’élection présidentielle d’août 2018, les Maliens arpentaient la rue pour crier à la fraude et contester la victoire d’IBK. Ce qui se joue aujourd’hui au Mali n’est que la poursuite de cette crise postélectorale. Un cas d’école à méditer à l’aube de scrutins cruciaux en Afrique…

Manifestation à Bamako en août 2018 pour contester les résultats de l’élection présidentielle 

Le climat à Bamako et dans d’autres villes à l’intérieur du pays, comme Kayes, Ségou, Mopti ou Sikasso, est insurrectionnel, certaines routes sont coupées, les administrations tournent au ralenti. Le bilan officiel des manifestations demandant la démission du Président depuis le vendredi 10 juillet fait état de onze morts, plus d’une centaine de blessés, des infrastructures endommagées, comme l’Assemblée nationale et la télévision publique (ORTM). Cette situation rappelle celle qui avait précédé la chute du Président Moussa Traoré en 1991. À l’heure où ces lignes sont écrites, un calme précaire semble revenu, la manifestation prévue vendredi prochain a été annulée pour laisser place à un hommage aux morts. Une mission de bons offices de la Cedeao tente de trouver une sortie de crise. Toutefois, il est difficile de prédire l’avenir à très court terme. Le Président Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, arrivera-t-il à se maintenir au pouvoir ? Si oui, à quel prix ? Si non, qui sera en mesure de prendre la tête d’une transition ? 

Au nom de la démocratie

Cette crise politique qui engendre une déstabilisation d’un pays épicentre de la guerre au Sahel est la conséquence logique de l’élection présidentielle d’août 2018. En 2013, IBK avait été élu à la loyale dans des conditions de vote relativement crédibles et transparentes. Mais après cinq ans de mandat, où les Maliens avaient vu leurs conditions de vie, les situations politiques et sécuritaires, avec la naissance d’un nouveau foyer de violence dans le centre du Mali, se détériorer jour après jour, la réélection du Président sortant n’était pas acquise. Ce scrutin s’est déroulé dans des circonstances fort contestables, IBK a été déclaré vainqueur au deuxième tour avec 67% des voix, mais toute l’opposition s’est unie pour contester ces résultats. Malgré cela et la crise postélectorale qui commençait, les Présidents Emmanuel Macron et Macky Sall, le secrétaire général des Nations unies Antonio Gutterez, et le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian se sont précipités pour reconnaître la victoire d’Ibrahim Boubacar Keïta, avant même le verdict de la Cour constitutionnelle. Un malheur malien en chassant un autre, d’aucuns ont voulu croire que cette crise postélectorale était terminée, or il n’en était rien, le feu couvait toujours sous la cendre. IBK n’a jamais eu de réelle légitimité pour ce mandat-là. L’insurrection malienne ne devrait donc étonner ni les chancelleries occidentales ni les institutions internationales. 

À la veille de cinq élections présidentielles cruciales en Afrique de l’Ouest, les événements qui se déroulent actuellement au Mali devraient faire réfléchir cette « communauté internationale ». En validant des scrutins insincères et en choisissant la stabilité à court terme, celle-ci installe le désordre à moyen et long terme tout en piétinant, au passage, la démocratie à laquelle elle se dit pourtant si attachée.

Au nom du fils

En outre, sachant qu’il ne devait pas son fauteuil aux suffrages des Maliens mais à la bienveillance de ladite communauté internationale, IBK n’a ni pris en compte le carton rouge brandi par les électeurs ni écouté les récriminations de la rue. Il a continué à gouverner avec son clan, sans se préoccuper du sort des populations qui manquaient de tout. Les affaires de corruption se sont enchaînées, après l’histoire de l’achat des « avions qui ne volent pas », il y a eu celle des « blindés en carton ». Le Mali a vécu dans un état de crise permanent. Puis, le Président malien a tenu contre vents et marées à organiser les élections législatives alors que l’état sécuritaire du pays ne le permettait pas et que l’opposant Soumaïla Cissé avait été enlevé. Cerise sur le gâteau, la Cour constitutionnelle a changé les résultats des urnes en repêchant dix candidats du parti présidentiel. IBK a-t-il cru que la manœuvre allait passer une nouvelle fois ? Dans un premier temps, la communauté internationale s’est tue. Les Maliens, eux, n’ont pas supporté cette humiliation supplémentaire et ont ravivé le feu qui couvait sous la cendre.

Le Président Keïta a commis une autre erreur, celle de placer son fils au cœur du pouvoir, oubliant que les peuples détestent ces relents monarchiques et que cet « amour filial » précipite la chute des chefs d’État. Mouammar Kadhafi, Hosni Mubarak et Abdoulaye Wade l’ont appris à leurs dépens. Le 13 juillet, Karim Keïta a adressé une lettre à la nation dénonçant « l’ambiance délétère » autour de sa personne tout en regrettant que « rien ne lui ait été épargné ». Dans la foulée, il a démissionné de son poste à la présidence de la Commission Défense de l’Assemblée nationale. Il n’est pas certain que ce geste soit suffisant pour calmer les rancœurs de la population envers « le fils de… ». 

Au nom de Dieu

La coalition M5-RPF qui mène la contestation est un attelage hétéroclite dans lequel se retrouvent des hommes politiques et de la société civile de tous bords. Entre toutes ces personnalités, il n’y a aucune convergence politique ni idéologique, un seul mot d’ordre les unit : « IBK démission ». La figure de proue de cet aréopage est Mahmoud Dicko, un imam salafiste formé en Arabie saoudite. C’est lui le personnage charismatique qui déplace les foules, les autres forces se rangeant derrière lui en espérant bénéficier de sa popularité et de sa force de frappe. Pour autant, les Maliens ne manifestent pas au nom de Dieu ni de la charia, ils veulent vivre tout simplement : manger, se soigner, envoyer leurs enfants à l’école, avoir de l’eau et de l’électricité et ne plus se coucher en se demandant si le lendemain ils seront encore vivants. Ils veulent moins de corruption et plus de démocratie. Des demandes pour le moins raisonnables en ce XXIème siècle.

Que se passera-t-il si IBK n’arrive pas à calmer les manifestants et à se maintenir au pouvoir ? Qui dirigera une transition ? À cette heure, c’est encore une grande inconnue. Quoi qu’il arrive, l’imam Dicko est devenu un personnage incontournable sur la scène politique malienne et rien ne se fera sans lui. Il a acquis une stature en partie par sa gestion intelligente de cette crise, mais surtout à cause des multiples erreurs commises par le Président Keïta. Des annonces tardives et peu claires, comme la dissolution du Conseil constitutionnel et surtout la répression démesurée ont fait le lit du religieux. L’imam sait qu’il est scruté de près par la communauté internationale. Il n’était, très opportunément, pas présent à la manifestation du 10 juillet qui a dégénéré. Et le voilà aujourd’hui grand seigneur, à appeler au calme en chœur avec l’ONU, l’UA et l’UE.

Outre que personne ne connaît le véritable agenda de l’imam Dicko et de ses amis saoudiens et émiratis, l’importance qu’il prend au Mali ne sera pas sans poser de problèmes. Les autres communautés musulmanes, majoritairement soufies, risquent de se sentir menacées, ainsi qu’une grande partie de la société civile attachée à un État laïc. Les mêmes qui manifestent avec lui aujourd’hui risquent fort de défiler contre lui demain…

Leslie Varenne

Cette note d’analyse a été publiée sur le site du journal en ligne SputnikTags:
afriqueafrique de l’ouest; sahel;mali

https://www.iveris.eu/list/notes/506-les_lecons_de_crise_politique_malienne

Guerres virales

Guerres virales

Publié par: Badia Benjellounle: 11 juillet, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéImprimerEmail

Les études précliniques des médicaments et des éventuels vaccins menées pour le COVID-19 ont souffert jusqu’à présent du manque de modèles animaux valables. Idéalement, des animaux à reproduction rapide susceptibles de faire la même maladie que l’homme dans des conditions analogues permettent des essais en grand nombre et éliminent des candidats à l’évidence nocifs et/ou inefficaces. Ces essais précèdent l’expérimentation sur les primates non humains.

Apparu au mois de décembre 2019, le coronavirus touche désormais de plein fouet toute la planète.

Des souris humaines

Une équipe de l’Institut de Microbiologie et d’Epidémiologie de Pékin a mis au point une souris transgénique stable humanisée chez laquelle le gène ACE2 humain a été inséré de façon à éteindre la fonction du gène murin tout en étant sous le contrôle du promoteur du gène d’origine murine. L’ACE2 est l’enzyme de conversion de l’angiotensine de type 2 retrouvé à la surface de nombreuses cellules de l’organisme qui offre par une partie de sa structure externe par rapport à la membrane cellulaire le site de liaison du Sars-CoV-2. L’affinité de liaison pour l’ACE2 du coronavirus responsable de l’actuelle pandémie est 10 à 20 fois plus puissante que celle du virus de la pandémie de 2002-2003. Cet attachement va être suivie d’une fusion membranaire et de l’entrée du virus. Des travaux antérieurs avaient montré dès 2007 que des souris transgéniques exprimant l’ACE2 humaine étaient hautement susceptibles à l’infection par SARS-CoV. Ici la technologie dite CRISPR/Cas9 utilisant une protéine de coupe d’ADN trouvée chez une bactérie par une équipe de Berkeley en 2012 a permis une grande précision dans le lieu de l’insertion du gène humain.

Des lots de souris ainsi ACE2 humanisées, âgées de 4,5 semaines et de 30 semaines sont infectées par le SARS-CoV-2 par voie nasale versus des souris sauvages de même souche. Le sacrifice des souris à J6 montre une multiplication du virus dans le poumon, la trachée et le cerveau des hACE2 jeunes et âgées mais pas dans leurs autres organes. Le virus est resté indétectable chez les souris sauvages. L’examen anatomopathologique des organes infectés indique une analogie des lésions observées avec celles induites par le virus chez l’homme. Une administration du virus par voie digestive chez la souris hACE2 entraîne les mêmes lésions au niveau du tractus respiratoire que celles provoquées par l’instillation nasale.

On se la joue en bourse ?

La firme Moderna est engagée dans la production d’un vaccin contre le SARS-CoV-2 depuis plusieurs semaines grâce en particulier aux fonds publics d’un demi-milliard de dollars dispensés par les Instituts nationaux de santé étasuniens (NIH) et à des donations privées provenant de la fondation de Bill Gates. La conception de ce vaccin est issue de celle adoptée pour le vaccin contre le CMV (cytomégalovirus) actuellement en cours d’essai clinique en phase 2 par Moderna. Le CMV est à l’origine de malformations fœtales s’il est contracté par la femme enceinte jamais exposée auparavant, d’où son intérêt en santé publique et son futur succès commercial assuré. Le développement d’un vaccin anti-CMV financé en partie par Sanofi-Pasteur a été tenté en 2009 puis abandonné devant sa faible efficacité (50% de protection par le vaccin), laquelle n’a été confirmée que trois ans après les injections faites aux femmes volontaires.

Pour la première fois dans l’histoire de la fabrication des vaccins, des brins d’ARN codant pour des protéines significatives sont empaquetés dans une enveloppe lipidique, un liposome, et injectés pour faire produire au receveur les protéines de structures virales et provoquer une réponse immunitaire contre ces protéines. Les résultats intermédiaires pour la première phase du CMV ont été annoncés début janvier 2020. La phase deux enrôle un nombre de volontaires plus important (252 adultes sains) que la première, elle vérifie la non toxicité, la tolérance des doses essayées dans la phase précédente tout en commençant à établir les premiers éléments de l’efficacité au delà de la simple tolérance du produit. Les résultats sont escomptés pour fin 2020.

Ainsi, des sommes extravagantes ont été investies dans une technologie jusque-là jamais encore éprouvée de façon certaine. On pourrait tout aussi bien présenter au receveur la protéine virale et provoquer la réaction immune escomptée.

Une équipe pluridisciplinaire de l’Université de Pittsburgh a publié dès le 2 avril les résultats de sa fabrication de la protéine de pointe S, à la fois responsable de l’invasion virale et très immunogène. Elle a été produite sous une forme de trimère imitant la structure virale native et elle est administrable par voie transcutanée à l’aide d’un dispositif de micro-aiguilles un peu comme la voie par scarification qui fut utilisée pour la variole, modalité très reproductible.
Cependant, les investissements et les regards sont dirigés essentiellement sur Moderna alors que les résultats complets de la phase 1 impliquant 45 sujets sains ne sont pas encore connus. Il a suffi de l’annonce d’une réponse immunitaire chez 8 volontaires (sur 45) pour enflammer les investisseurs et faire grimper la valeur de l’action de +23%.

Peu de jours après cette valorisation, le responsable financier et le médecin chef de la firme ont vendu leurs stock options pour 30 millions de dollars. Une fois connue cette opération commise par des actionnaires de l’ « intérieur », l’action a chuté.
Il n’est en effet jamais de bon augure que des initiés se débarrassent de leur portefeuille d’actions. Le vaccin anti-CMV au stade actuel de son développement n’a peut-être pas donné les résultats espérés….

La souche murine ‘humanisée’ avec le gène hACE2 devrait permettre s’il se confirmait qu’elle était un bon modèle de la maladie humaine d’éviter des essais prématurés sur des humains, inutilement risqués et faussement prometteurs. Mais il est vrai qu’établir pas-à-pas des résultats solides empêcherait de folles spéculations sur les marchés boursiers, rentables uniquement pour quelques privilégiés.

Il est vrai aussi que chercher obstinément, dans l’ombre et humblement, en évitant d’ébruiter des résultats partiels, n’est bon ni pour la notoriété (momentanée et illusoire) ni pour les marchands de scoops ni non pour les mouvements spéculatifs. Il est aussi vrai que colliger des faisceaux d’arguments pour établir quelques donnée robuste prend du temps et que cette époque ne se satisfait que de l’instantané monolithique et sans nuance. Enfin, aider à faire apparaître ce qui demain pourra être remis en cause ne saurait être soumis à un tribunal populaire à l’instar de celui des téléréalités où les juges votent selon une humeur et non un avis éclairé.

Les ruses virales

Un agent viral devient pathogène pour l’hôte dès lors qu’il a subi une pression sélective pour déjouer la richesse et la complexité de sa défense immunitaire. Cette chose vivante qui n’a ni métabolisme propre ni sexualité n’a qu’une ‘ambition’ se multiplier sans cesse. Il utilise un minimum de matériau et chacun de ses composants a une fonction structurelle ou fonctionnelle précise, parfois par ‘économie de moyens’, il accomplit plusieurs fonctions dont certaines sont dédiées à détourner au profit de sa multiplication les outils qu’ils prélève chez l’hôte.

Il commence à émerger au bout de quelques mois depuis l’apparition du SARS-Cov-2 des hypothèses sérieuses d’une stratégie originale qui met en défaut le système immunitaire humain. Il bloque en intervenant à différents niveaux la synthèse et l’action des Interférons de type I et III. Les Interférons sont une famille de petites molécules qui interviennent en première ligne dans la réponse immune innée, non spécifique du pathogène. Ils induisent une résistance cellulaire et activent la réponse immunitaire adaptative spécifique au pathogène secondaire et plus tardive. Leur synthèse est induite par des molécules détectrices d’anomalies. La présence de matériel génétique inhabituel dans les cellules, typiquement un brin d’ARN avec un certain sens de lecture dans le cytoplasme cellulaire, est une anomalie repérée par des ‘détecteurs’ de forme qui vont activer la synthèse des interférons. Quatre voies sont adoptées pour accomplir cette mise en défaut.

Les coronavirus trompent les ‘détecteurs de forme’. Ils se multiplient à l’intérieur de vésicules à double membrane et ne sont pas libres dans le cytoplasme. La terminaison de leur ARN dissemblable de celle de l’hôte est camouflée par des adjonctions de radicaux qui simulent la terminaison d’un ARN natif et échappent ainsi à la surveillance.

Une protéine non structurale virale bloque la translocation des gènes qui codent pour les interférons.

Les coronavirus agissent à un troisième niveau en empêchant l’effectuation des Interférons par blocage de leurs récepteurs.

Enfin, ces virus parviennent à bloquer leur action en interdisant la fonction effectrice des gènes qu’ils mobilisent.

Il a été vérifié sur les cellules nasales infectées d’animaux comme chez le furet infecté l’absence de production des interférons mais une très forte sécrétion de cytokines pro-inflammatoires. Ce profil de transcription a été confirmé sur deux échantillons pulmonaires humains prélevés post mortem comparés à ceux de deux patients sains. De même, le dosage au niveau circulant chez les patients a confirmé que les patients infectés sont négatifs pour l’interféron alors qu’ils ont en surabondance des cytokines.

Il semble que l’on peut attribuer à ce déséquilibre, déficit en Interféron initial et excès de cytokines prématurément, un des mécanismes de la pathogénèse de l’infection.
Une voie thérapeutique est ouverte pour l’emploi d’interféron aux premiers stades de la maladie voire en préventif par instillation nasale. Ceci pose au moins un double problème. Quel interféron choisir ? Comment définir le stade précoce de la maladie dont on sait qu’elle peut revêtir des formes très atténuées et d’autres d’évolution plutôt foudroyante.

Le complot du complexe majeur d’histocompatibilité.

Les complexes majeurs d’histocompatibilité (MHC) sont des molécules de structure assez analogue à celle des anticorps que l’on retrouve à la surface des cellules. Celui de classe I est ubiquitaire présent sur toutes les cellules nucléées en dehors de celles de la lignée germinale. L’antigène du pathogène se loge dans une poche du MHC, lequel est identifié comme un Non Soi par un lymphocyte CD 8, inhibiteur ou tueur, cytotoxique. Une diminution de l’expression du MHC de classe I déclenche l’activité de cellules innées dites tueuses naturelles qui la détruisent, c’est le cas des cellules tumorales qui échappent cependant aux lymphocytes éduqués.

Le complexe de classe II se trouve sur les cellules dites présentatrices d’antigènes (APC), essentiellement les cellules du système immunitaire, macrophages, lymphocytes B et cellules dendritiques. Pour qu’un antigène soit pris en charge par le système immunitaire adaptatif, il faut qu’il lui soit présenté à la surface d’une cellule dite présentatrice d’antigène dans le contexte d’une MHC II après avoir subi un processus de transformations à l’intérieur de la cellule APC. Ceci déclenche la différenciation des lymphocytes T naïfs en cellules auxiliaires.
Le virus SARS-CoV-2 possède une molécule non structurelle ORF 8 de 121 acides aminés qui est responsable de la diminution du MHC I à la surface des cellules nucléées qu’il infecte, les rendant non identifiables comme cibles à éliminer pour les cellules T CD8 mais alors elles sont susceptibles d’être éliminées par les tueuses naturelles (NK pour natural killer).
L’étude de la variation entre les différentes souches de SARS-CoV-2, issues d’une bibliothèque partagée entre tous les virologues du monde, montre une très haute homologie entre elles, située entre 99,91% et 99,79%. La région qui montre le plus de variations concerne des zones non structurales dont cette protéine ORF 8. Les mutations subies par ORF 8 ne modifient en rien la pathogénicité virale ni sa transmission, comme si cette zone impliquant ORF 8 n’était pas essentielle pour le virus.

Cette disparition des molécules du MHC à la surface des cellules infectées est une stratégie également employée par les virus de l’herpès.

– Carte des pathogènes découverts ou ayant émergé à nouveau au cours de 50 dernières années. © United States National Institutes of Health, National Institute for Allergies and Infectious Diseases

L’HIV dispose de la protéine Nef essentielle pour sa pathogénicité qui exerce un très nombre de fonctions. Très bien étudiée, de structure parfaitement connue, elle entre en interaction par ses zones flexibles avec les molécules CD4 des lymphocytes T auxiliaires et le complexe MHC I et II en réduisant leur expression à la surface des cellules.

Ainsi, SARS-Cov-2, HIV et les virus de l’Herpès parviennent par le biais de protéines différentes à faire sous-exprimer les complexes majeurs d’histocompatibilité dans les cellules infectées chez l’hôte envahi.

Un même mécanisme partagé -mais pas les moyens de sa mise en œuvre- a suffi pour faire penser à certains, ignorant tout de la virologie et de l’immunologie, que le SARS-CoV-2 a une structure commune avec l’HIV. Donc, le SARS-Cov-2 résulterait bien d’une manipulation génétique humaine. Le site zerohedge.com s’enfonce dans des théories infondées et perd de sa crédibilité d’autant qu’il s’appuie pour étayer ses convictions sinophobes sur les dires farfelus de l’un des découvreurs de l’HIV qui a sombré dans le gâtisme.

L’HIV tue son hôte lentement parce qu’il détruit ses défenses contre les infections, parasitant et détruisant préférentiellement les lymphocytes auxiliaires, les T4 mais aussi en réduisant leur expression. L’inhibition de sa réplication par des molécules antivirales, anti protéases et analogues nucléotidiques, ont transformé le SIDA en maladie chronique.

Le SARS-CoV-2 tue rapidement son hôte probablement par des destructions tissulaires, pulmonaires surtout, une inflammation intense liée à l’orage des cytokines donnant toutes sortes de désordres comme une coagulation intravasculaire disséminée.
Les deux virus partagent (anecdotiquement) un moyen commun de faire échapper les cellules qu’ils infectent à la surveillance du système immun éduqué mais pas au système inné qui lui s’active quand apparaissent des cellules nues sans MHC. Cette modalité ne s’effectue pas grâce au même substrat moléculaire et n’emprunte sans doute pas les mêmes voies enzymatiques, tout ceci ne peut en aucun cas faire supposer une filiation entre eux.

Certains avaient parlé de guerre concernant la pandémie du COVID-19. L’analogie est à première vue emphatique et inappropriée.

Sauf pour l’une des victimes, la vérité, ici la vérité scientifique faite d’avancées, de reculs, d’hésitations, d’hypothèses et parfois d’une élaboration solide, vérifiée expérimentalement de façon circonscrite à une échelle temporelle donnée.

La métaphore guerrière rencontre une résonnance aussi en ce que se déploie la poursuite d’une guerre froide à coups de tweets émis par des matamores.

Enfin, une guerre permanente se perpétue, celle contre les Gueux, sous la forme insidieuse d’un Etat d’urgence sanitaire – véritable état d’exception où se dissolvent les derniers droits.

Badia Benjelloun
30 Mai 2020.

Références :

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1931312820303024?via%3Dihub

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17974127/

https://markets.ft.com/data/announce/detail?dockey=600-202003031601BIZWIRE_USPRX____BW6007-1

https://www.huffingtonpost.fr/entry/vaccin-coronavirus-test-positif-moderna_fr_5ec28a2ec5b637e3d2d328d1

Moderna, Inc.

https://www.coinspeaker.com/organizations/moderna/embed/#?secret=Rl0ymXXo9z

https://www.zerohedge.com/markets/moderna-shares-tumble-68-insiders-caught-running-exits

https://blogs.sciencemag.org/pipeline/archives/2020/05/21/there-may-be-a-unique-coronavirus-immune-response

http://www.theses.fr/2006NICE4002

http://www.theses.fr/2006NICE4002

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/jmv.25762

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11463741/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1083955/

http://www.afrique-asie.fr/guerres-virales/

Royal Air Maroc apporte des précisions sur les vols spéciaux pour le retour des Marocains à l’étrange

about:blankÉCONOMIE ET FINANCE

Royal Air Maroc apporte des précisions sur les vols spéciaux pour le retour des Marocains à l’étranger

LE 9 JUILLET 2020
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Faisant suite au communiqué du gouvernement marocain autorisant le déplacement par voies aérienne et maritime entre le Maroc et le reste du monde sous certaines conditions, Royal Air Maroc annonce dans un communiqué qu’elle mettra en place un nouveau programme de vols qui sera adapté aux conditions imposées par le gouvernement dans le cadre de cette opération.PUBLICITÉAds by Teads

La Compagnie Nationale tient à signaler qu’il s’agira de vols spéciaux qui seront programmés, en parfaite coordination avec les autorités marocaines concernées. Ils concerneront un nombre limité de destinations, composé en partie de routes déjà desservies par Royal Air Maroc. Aussi, le programme devrait être finalisé pour un début de commercialisation avant la fin de cette semaine, et dès lors les modalités de vente des billets seront communiquées. 

Par ailleurs, et conformément aux recommandations des pouvoirs publics et aux normes internationales, Royal Air Maroc a mis en place des mesures de sécurité sanitaire afin de garantir la santé et la sécurité de ses clients et de son personnel. A cet effet, la Compagnie Nationale tient à préciser que le port du masque est obligatoire sur l’ensemble de ses vols et que seuls les sacs à main et les sacs pour enfants et pour ordinateurs sont autorisés à bord comme bagages cabine. Royal Air Maroc rappelle également que ses services procèdent, entre autres, à la désinfection régulière des avions et de tous les espaces empruntés par les passagers depuis l’enregistrement jusqu’à l’embarquement. De même, les mesures de sécurité sanitaire sont extrêmement respectées durant l’opération d’embarquement comme le respect de la distanciation dans la zone d’embarquement, dans les bus de transfert et dans les escabeaux et les passerelles.

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LNT avec CdP

https://lnt.ma/royal-air-maroc-apporte-des-precisions-sur-les-vols-speciaux-pour-le-retour-des-marocains-a-letranger/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=Newsletter_jeudi_9_juillet_2020_alerte&utm_medium=email

À Nouakchott, la conjonction des planètes a mis l’Europe au diapaso

À Nouakchott, la conjonction des planètes a mis l’Europe au diapason

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03 juillet, 2020
NoteLeslie Varenne

Le seul événement marquant du sommet G5 Sahel de Nouakchott a été la participation de Guiseppe Conté et Pedro Sanchez ainsi que celle d’Angela Merkel. Pour une fois, le Sahel a mis l’UE au diapason. Pour le reste, ce fut une simple mise à jour des décisions prises à Pau en janvier dernier.

Malgré la frilosité des présidents du G5 Sahel qui auraient préféré une visioconférence pour cause de pandémie, Emmanuel Macron souhaitait que ce sommet ait lieu en présentiel. Ce premier déplacement à l’étranger en dehors du continent européen depuis le coronavirus, ce mardi 30 juin, lui a permis de sortir de deux séquences douloureuses pour son gouvernement et sa majorité : la gestion de la crise sanitaire et les élections municipales. Lors de sa première déclaration devant la presse à Nouakchott, le Président français a réitéré les propos optimistes tenus le 11 juin dernier : « Nous avons, ces six derniers mois, connu de vrais succès. » Mais après tout, lorsqu’un État est engagé dans un conflit, il est de bonne guerre d’affirmer qu’il le gagne… 

Agenda européen

Dans cette même déclaration, il n’a ni masqué son contentement quant à la participation des trois Européens Guiseppe Conté, Pedro Sanchez et Angela Merkel, ni manqué de rappeler que c’est la volonté qu’il porte depuis un peu plus de trois ans. « Quand la France s’engage, c’est l’Europe qui s’engage avec elle », a-t-il formulé, ajoutant : « C’est une volonté d’européaniser la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. »

Sur ce dossier, Emmanuel Macron bénéficie d’un très bon alignement des planètes. L’Allemagne vient de prendre la présidence tournante de la Commission européenne et ne veut apparaître en retrait ni sur le Sahel ni sur les questions de sécurité en général. En outre, la chancelière –profondément agacée par les décisions, sans préavis, de l’allié américain de transférer ses troupes stationnées en Allemagne vers la Pologne, et par les nouvelles sanctions des États-Unis concernant le gazoduc North Stream 2– semble commencer à trouver ne serait-ce qu’un peu de mérite à l’idée (toujours défendue par la France) de pouvoir opérer sérieusement entre États de l’Union européenne (UE) sans la participation de l’OTAN. Lors d’un entretien au groupe de réflexion du Conseil de l’Atlantique, la ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré que l’UE pourrait soutenir de nouvelles initiatives de lutte contre le terrorisme en Afrique soi-disant pour « diminuer le besoin d’une présence américaine », ce qui en dit long sur la dépendance du monde politique allemand à la drogue douce du parapluie militaire américain !

Après avoir croisé le fer avec la France sur la question libyenne, Rome et Paris ont trouvé un terrain d’entente. L’Italie, déjà présente au Sahel par le biais d’un accord bilatéral avec le Niger et des programmes européens, semble aussi avoir envie de prendre plus de place dans le dispositif. Pour ce pays, la région est stratégique en raison du contrôle des flux migratoires et de sa proximité avec la Libye, où l’ancienne puissance coloniale a encore beaucoup d’intérêts. Cela explique la présence de Guiseppe Conté à Nouakchott. Par ailleurs, il ne déplaît pas au président du Conseil des ministres italien de faire plaisir à Emmanuel Macron puisqu’il aura besoin du soutien de la France lors des négociations sur le plan de relance de 750 milliards d’euros porté par l’exécutif européen. 

Quant à la présence de Pedro Sanchez à Nouakchott, elle correspond à son agenda africain. Il joue la carte de son pays qui est très actif dans le contrôle des flux migratoires au travers de l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), en Mauritanie notamment, et sait bien que ces flux sont aussi ceux du terrorisme et de la drogue. En Espagne, ce voyage a été perçu comme une tentative de peser dans cette partie de l’Afrique.

Les principaux pays européens présentent donc un front uni malgré leurs divergences. Mais si le Sahel semble mettre tout le monde d’accord, c’est seulement parce que les intérêts et les calendriers coïncident. Emmanuel Macron profite d’une conjonction d’égoïsmes nationaux pour tenter de donner corps à son rêve d’une Europe « unie et solidaire ». Cela ne signifie pas pour autant que l’Espagne et l’Allemagne s’engageront dans l’opération Takouba, ni à quel horizon, l’Italie, elle, hésite encore. La présence des Européens doit se lire aussi dans le cadre de la situation libyenne. La « syrianisation » de l’ancienne Jamahiriya crée un contexte chaotique et dangereux aux portes sud de l’Europe.

Le Sahel toujours aux Sahéliens ?

Le G5 Sahel a été créé à l’initiative de la Mauritanie en 2014, il comprenait comme aujourd’hui les cinq pays –Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso et Tchad. Dès l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la France a préempté cette organisation avec l’assentiment des chefs d’État africains qui voyaient là un moyen de faire payer leur guerre par des « partenaires » internationaux. Si les promesses de dons ont afflué, les résultats espérés sont restés lettre morte. Au passage, dans le communiqué final du sommet de Nouakchott, il est une nouvelle fois demandé que le G5 soit placé sous le chapitre VII des Nations unies. Cette supplique devient un marronnier. Elle est systématiquement reposée sur la table après chaque réunion. Cela n’a pourtant aucune chance d’aboutir, les États-Unis ayant toujours mis leur veto, il n’y a aucune raison pour que ce non ferme et définitif se transforme en un oui.

La Coalition pour le Sahel a, elle, été créée par la France en avril 2020. C’est une nouvelle structure qui élargit encore le champ de compétence du G5 dans l’espoir de recruter plus de parrains, si possible bienveillants et prêts à richement doter la mariée. Cette coalition repose sur quatre piliers : la lutte contre le terrorisme (un aspect particulier de la mission militaire du G5), le renforcement des capacités des forces armées et de sécurité du Sahel, la restauration de l’autorité des États et l’aide au développement. Avec un agenda aussi large, l’intérêt était acquis. De fait, cette nouvelle structure ressemble, pour l’instant, à une auberge espagnole, tous ceux qui veulent s’engager dans le Sahel y sont les bienvenus. La première rencontre, qui a eu lieu le 12 juin dernier, réunissait derrière les écrans de la visioconférence le G5, presque tous les pays européens, la Cedeao, les Nations unies, sans oublier l’Union africaine. 

Questions : le G5 résistera-t-il à toutes ces injonctions contradictoires ? Est-il soluble dans cette coalition ? Ce qui reviendrait à dissoudre totalement cette force africaine dans un ensemble d’intérêts hétéroclites tout en internationalisant encore un peu plus ce conflit. Vu de l’Élysée, c’est une « internationalisation nécessaire de la crise ». Est-ce un non-dit pour mieux diluer sa responsabilité et faciliter son exfiltration ? Vu du Sénégal par le journaliste Yoro Dia, c’est « le confinement des souverainetés » qui survient lorsque les États « ont choisi de sous-traiter leur sécurité à la France et à l’ONU ».

Des présidences affaiblies

Lors de cette réunion, l’accent a également été mis pour organiser le redéploiement des administrations, des services publics, justice, police, dans les territoires « reconquis » par la force militaire, notamment dans les pays les plus fragiles : Mali et Burkina Faso. Ce retour de l’État sera sans aucun doute difficile, voire impossible, à mettre en œuvre dans la situation sécuritaire actuelle avec en prime des Présidents très affaiblis. En outre, les campagnes électorales pour les présidentielles qui s’ouvrent au Burkina Faso et au Niger risquent fort de les déstabiliser encore un peu plus car les promesses électorales et les surenchères vont pleuvoir. 

Propos optimistes, discours volontaristes, méthode Coué ne suffisent pas toujours à gagner les guerres, le Sahel n’est pas sorti de l’auberge… espagnole !

Leslie Varenne

Cette note d’analyse a été publiée dans le journal en ligne SputnikTags:
afriqueafrique de l’ouest; sahel; union européenne

https://www.iveris.eu/list/notes/505-a_nouakchott_la_conjonction_des_planetes_a_mis_leurope_au_diapason

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

07 mai, 2020
NoteLeslie Varenne, Union européenne; Etats Unis,

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

Cette note d’analyse a été publiée dans le journal en ligne Sputnik

Comme l’ONU et l’OMS, ils ont été nombreux à prophétiser le pire en Afrique. Mélinda Gates, l’épouse de Bill, a déclaré à CNN, avec l’air compassé de ces dames patronnesses d’un autre siècle, qu’elle n’en dormait pas la nuit, elle imaginait les cadavres gisant dans les rues. Mais qui leur a soufflé ce scénario apocalyptique ? Probablement les mêmes qui ont annoncé aux dirigeants français et britannique que leurs États dénombreraient chacun, dans le pire des cas, 500.000 décès : l’impérial Collège de Londres et son mentor Neil Fergusson –qui s’était pourtant déjà lourdement trompé lors de la crise de la vache folle et de la grippe aviaire.

Le logiciel de la bêtise

L’Occident vieillissant continue de prêter attention à des modélisations, à des probabilités mathématiques vides de sens. X décès pour un pays de X habitants, multiplié par 55 États, égale des millions et des millions de morts, dixit Antonio Guterrez. En avril, le très sérieux think tank, Africa Center for Strategic Studies, l’institution universitaire pour l’Afrique du Pentagone, a publié une étude, non moins sérieuse, sur les facteurs de risque liés au coronavirus sur le continent. Ils ont choisi des critères aussi différents que l’âge médian, la liberté de la presse, la transparence gouvernementale, l’état des structures sanitaires. Puis ils ont passé torchons et serviettes au mixeur. Que croyez-vous qu’il en soit ressorti ? Des confettis… Le pays qui aurait dû être le plus impacté est le Soudan du Sud, qui dénombre à ce jour 46 cas, alors que l’Afrique du Sud, qui est en tête du nombre de personnes infectées par le coronavirus (7.220), se retrouve à la 28e place de ce classement. 

C’est un peu comme si un « scientifique » avait calculé le nombre probable de contaminés dans l’Hexagone en fonction de la capacité des Français à subir un confinement draconien sur la base de la popularité de leur Président ! Et pourtant ils l’ont fait…

Pour une fois, Dieu est noir…

L’Afrique subsaharienne francophone se réjouit d’avoir déjoué de si aberrantes et si sombres prédictions. Pour une fois, ce n’est pas sur elle que la foudre est tombée, mais sur la tête des pays riches avec leurs systèmes de santé perfectionnés.

Il fut un temps pas si lointain, en avril 2019, où l’OTAN pressait ses alliés de jouer un plus grand rôle en Afrique pour, entre autres, se prémunir des menaces sanitaires en provenance de ce continent. Mais personne, absolument personne, n’avait envisagé le scénario inverse. 

Bien sûr, il reste une part de méfiance et de doute quant au devenir de l’épidémie. Difficile encore d’appréhender la réalité des chiffres. Dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, certains États gonflent le nombre de cas pour toucher la « rente Covid », d’autres les minorent par manque de tests et/ou pour jouer les bons élèves. D’autres encore pratiquent un savant alliage : un peu mais point trop… Cependant, force est de constater que le virus reste circonscrit dans le milieu des élites et n’atteint pas ou très peu les quartiers populaires densément peuplés. À tel point que les populations se demandent: « Mais où est ce corona ? » Quel est donc ce virus qui ne s’en prend qu’aux grandes puissances et aux nantis de leurs pays ?

Ici et là, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, des révoltes éclatent un peu partout pour en finir avec les restrictions des libertés prises pour lutter contre la pandémie. Les manifestants demandent la réouverture des marchés, des lieux de culte et l’abrogation des couvre-feux. L’exaspération est telle que les chefs d’État se voient dans l’obligation de lever une à une les mesures liberticides.

L’effet « Mira »

À cette colère s’en ajoute une autre, celle déclenchée par les propos du chef de service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris, Jean-Paul Mira, qui a émis l’idée de tester des vaccins sur les Africains. Elle a été encore renforcée par la volonté affichée de l’OMS, de Bill Gates et du GAVI (une organisation internationale qui promeut la vaccination), tous deux importants bailleurs de cette institution, de vacciner toute la planète avec le concours de l’Union européenne qui a lancé un téléthon pour financer les recherches. S’il s’avérait que le SARS-COV-2 soit un virus saisonnier et qu’il ne survive pas à l’été, comme le pensent certains scientifiques, ce serait une absurdité, une de plus. Qu’importe, le ridicule ne tue plus…

Le 3 avril, aux côtés de Mike Hamer, l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa, le monsieur Ebola de la République démocratique du Congo annonçait fièrement qu’un vaccin contre le SARS-COV-2 serait testé en été et que son pays avait été choisi pour ces essais cliniques. Quelques jours plus tard, devant la levée de boucliers de ses compatriotes, penaud, le docteur Muyembé rétropédalait.

Toutes ces pitreries risquent fort d’avoir des effets délétères en faisant naître une défiance portant sur l’ensemble des vaccins, dont certains sont pourtant absolument nécessaires comme la fièvre jaune, le BCG, etc. Finalement, le ridicule peut tuer…

Comme en 40

À cette exaspération envers les prophètes de la collapsologie s’est donc ajoutée une violente réaction contre tous ceux qui prônent ce vaccin « miracle et obligatoire ». Le baromètre de la confiance envers les institutions internationales OMS, ONU, de l’Union européenne et de la France, qui n’était déjà pas au beau fixe, a viré à l’avis de tempête. Mais comme d’habitude, les concernés, sûrs d’eux-mêmes, ne mesurent pas l’intensité du rejet et ne changent surtout rien.

Ces signaux forts viennent se greffer à d’autres, plus faibles mais qui pourraient avoir des conséquences majeures à plus ou moins long terme. La « séquence coronavirus » a été le révélateur des fragilités des grandes puissances. L’Afrique francophone a vu ses anciens colonisateurs, français et belges, compter leurs morts chaque soir, elle a vu leurs doutes, leurs hésitations et les comportements incohérents de leurs dirigeants.  Elle a vu leurs citoyens subir des incarcérations volontaires et des pénuries. Au passage, en Afrique, il y a des masques « grand public » disponibles partout et pour tout le monde.

Dans les esprits, cela rappelle la guerre de 14-18, lorsque le doute s’est installé quant à l’invincibilité du colonisateur. Un doute qui s’est transformé en conviction avec la défaite de 1940, quand l’occupant est devenu l’occupé… Dès lors, les indépendances devenaient inéluctables.

Les premières pierres d’un début de changement de paradigme sont déjà posées. L’épidémie a permis au Maroc de déployer une intense diplomatie sanitaire, en livrant des masques et des médicaments à d’autres pays du continent. Le Sénégal s’est affiché en pointe sur les recherches et les traitements. Le Président malgache, Andry Rajoelina, a joué un joli coup avec sa potion Covid-Organics qui fait fureur dans toute l’Afrique. La Guinée-Bissau a même affrété un airbus pour transporter le produit afin de le distribuer aux 14 pays de la Cedeao.

Des débats, qui ne sont certes pas nouveaux, sur la dette et l’efficacité de l’aide au développement sont appréhendés à la lumière de l’impuissance qu’ont montrée les grandes puissances et de ce qui est vécu comme le passage d’une époque à une autre. Dans un entretien récent, l’ancien Premier ministre burkinabè, Tertius Zongo, a déclaré : « À plus long terme, il nous faudra raisonner différemment le monde. La crise va donner l’opportunité à une forme, sans doute pas de déglobalisation, mais tout du moins de raisonnement en termes de blocs. » Ce qui signifierait la fin de l’hyperpuissance américaine et celle de l’hégémonie occidentale. Le coronavirus aurait ainsi accéléré l’avènement d’un monde multipolaire. Il n’est pas encore interdit d’être optimiste…

Leslie VarenneTags:
afriquefrance

https://www.iveris.eu/list/notes/494-en_afrique_limage_de_loccident_sort_tres_abimee_de_la_crise_sanitaire

Livre – Géopolitique des investissements marocains en Afrique

Livre – Géopolitique des investissements marocains en Afrique

Eugène Berg De Eugène Berg6 mai 2020 Dans AfriqueAfrique subsaharienneEconomie, énergies et entreprisesLivresMaghreb 2 Minute de lectureRencontre entre Mohammed VI et des dignitaires nigérians à Rabat, le 15 mai 2017, Auteurs : Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22053389_000006.Imprimer l’article

Oasis de stabilité en Afrique, le Maroc déploie sa stratégie commerciale sur l’ensemble du continent. Par de nombreux investissements directs à l’étranger, Rabat entend s’investir pleinement en Afrique subsaharienne pour peser véritablement dans un espace stratégique pour son avenir. 

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De nos jours, les investissements directs à l’étranger (IDE) jouent un rôle souvent décisif dans le développement qualitatif des pays récepteurs. Mais ils sont parfois instrumentalisés par les États, pays d’origine d’IDE, dans l’optique de provoquer une dépendance économique extérieure des pays d’accueil. En tout cas, l’Afrique, terre avide d’investissements tous azimuts, voit les flux d’IDE considérablement intensifiés depuis deux décennies, tant ses besoins d’équipement, de production et de distribution sont immenses.

A lire aussi: Le Maroc stratégique, sous la direction de Bouchra Rahmouni Benhida

Professeur et chercheur en relations internationales, fondateur du think tank « Centre de recherches internationales et stratégiques », Ahmed Iraqi passe en revue la géopolitique des investissements marocains en Afrique. Tous les indices indiquent indéniablement que le royaume cherche à s’ériger ardemment en puissance régionale après avoir mis de son côté toutes les variables pour s’assurer la réussite de sa stratégie africaine. Plus spécifiquement, c’est grâce aux investissements marocains envers l’Afrique que la réorientation de la politique continentale du royaume peut être économiquement explicitée, étant donné que les IDE marocains à destination de l’Afrique ne se sont nettement multipliés qu’entre les périodes 2000 et 2015. Ainsi entre 2003 et 2013, 85% des flux totaux d’IDE et 51% du stock total d’IDE marocain étaient à destination de l’Afrique.

A lire aussi: Podcast – L’Afrique, terrain de lutte entre la Chine et les Etats-Unis

Par ailleurs, d’un point de vue commercial, la part de marché des biens marocains en Afrique subsaharienne a plus que doublé, passant de 0,23 % en 2003 à 0,48% en 2013. De plus, en dépit de la concurrence étrangère et africaine, le Maroc devient, en 2016, le premier investisseur africain en Afrique dépassant ainsi l’Afrique du Sud avec un investissement global atteignant les 5 milliards USD dans 22 projets implantés aux quatre coins du continent. C’est tout naturellement en Afrique de l’Ouest que se concentrent ces investissements, alors qu’ils sont plus rares en Afrique australe et de l’Est. Signe d’une politique conçue et mise en œuvre au plus haut niveau, depuis l’aube de la nouvelle décennie, le roi Mohammed VI a effectué 53 visites dans 29 pays africains et signé plus de 1000 accords et conventions de partenariat. Le Maroc est désormais un partenaire stratégique en Afrique.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

Tags:Afrique subsaharienneinvestissements directs à l’étrangerMaroc

Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

https://www.revueconflits.com/maroc-afrique-subsaharienne-investissements-directs-a-l-etranger-eugene-berg/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=revue_conflits_les_dernieres_mises_en_ligne&utm_term=2020-05-06

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Eugène Berg 

De Eugène Berg25 avril 2020 

Dans AfriqueAnalyse et théorieConflits armésFranceLivres 6 Minute de lectureUne guerre de perdue, la France au Sahel, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, JC Lattès, 2020 ,312 pagesImprimer l’article

Le Sahel est devenu un théâtre d’opération pour les armées européennes qui, malheureusement, s’y embourbent. La résolution du conflit et des complexités qui l’entourent semblent ne plus être d’actualité. Mais si la France a perdu une bataille, la guerre, elle, n’est pas terminée. 

Acheter le livre

Juste au moment où, à la demande d’Emmanuel Macron, les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), se réunissaient à Pau, afin de fixer un cadre plus large dans lequel devrait s’inscrire l’opération Barkhane, paraissait  « Une guerre perdue » du chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos,  directeur de recherche à l’IRD, et chercheur associé au Peace Research Institute , à Oslo. Voilà des années qu’il étudie, en se rendant longuement dans les zones touchées, les guerres et les conflits en Afrique. On lui doit notamment « L’ Afrique, nouvelle frontière du djihad ? » aux éditions La Découverte. À ses yeux, au terme d’une étude complète de la situation sur le terrain, il estime que l’ « on a confié à l’armée française une mission impossible » et que « l’opération Barkhane” prolonge la vie de régimes corrompus ».

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Afin de comprendre le fil de sa pensée il convient de revenir à janvier 2013, aux origines de l’intervention militaire française au Mali, destinée à lutter contre l’expansion de groupes djihadistes. François Hollande avait annoncé que la France n’interviendrait pas au Mali. L’objectif était seulement d’appuyer une éventuelle opération de paix des Nations-Unis pour rétablir l’ordre à Bamako où des mutins avaient pris le pouvoir. Un mois plus tard l’armée française est tout de même intervenue. Cette opération qui aurait dû être courte, s’est éternisée avec des effets dévastateurs. Les fondements de l’intervention au Mali font donc débat. Le récit officiel veut que, le 7 janvier 2013, des pickups chargés de djihadistes se soient ébranlés en direction de Konna. Les combattants viennent du Nord du Mali où ils se sont emparés de Tombouctou, Gao et Kidal quelques mois plus tôt. Il faut agir, disait-on alors en haut lieu, sinon Bamako pourrait tomber et puis Niamey, Ouagadougou, Nouakchott… Tout le « Sahélistan  » serait aux mains des fous de Dieu. La France est la seule à pouvoir intervenir.  Alors, le déploiement des troupes françaises avait débuté avec deux grands objectifs : empêcher l’enracinement des groupes djihadistes dans le nord du Mali et restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire. Sept ans plus tard, une période presque aussi longue que la guerre d’Algérie, aucun de ces objectifs n’a été atteint. Le pays reste coupé en deux. Dans le nord, des groupes rebelles, souvent Touaregs taxent les populations, les services publics ne fonctionnent pas, ou peu, les rares autorités locales ont déserté le terrain. Le résultat est que les groupes dits djihadistes, qui étaient fragmentés, se sont regroupés autour d’un ennemi commun : la France, dont la présence militaire leur donne une légitimité et leur procure aide et appui de l’extérieur. Mais surtout, spécialistes de la guerre asymétrique, ils se sont dispersés dans ce vaste territoire que forme la Bande sahélo-saharienne, qui couvre près de 5 millions de km2. Profitant de l’impéritie des armées locales, les plus pauvrement dotées du monde, ils ont émergé dans des zones où ils ne se trouvaient pas avant, comme le nord du Burkina Faso, dont ils contrôlent désormais près du tiers du territoire ou le Macina, dans le centre du Mali. Est-ce à dire, comme le soutient Marc-Antoine Pérouse de Monclos que l’armée française se retrouve prise « dans une sorte de piège, qui pourrait devenir notre Afghanistan »,  et donc que la France devrait « annoncer un désengagement ». En fait pour lui on s’est trompé sur le diagnostic : l’usage du qualificatif de « terroriste » introduit beaucoup de confusion. Les rebelles tiennent des bouts de territoire, mais aucun n’a démontré sa capacité à gouverner d’où le fait que la menace d’un nouvel Etat islamique paraît chimérique. Certes,  les divers groupes se revêtissent d’un vernis religieux mais en fait comme  « seigneurs de la guerre, ils poursuivent une logique mafieuse. La motivation religieuse à rejoindre ces groupes n’est d’ailleurs pas déterminante. La plupart des enjeux sont locaux : conflits de bétail d’accès à la terre, à l’eau.

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Mais le problème de fond, c’est l’inanité de cette intervention. Comment la France peut-elle réussir à sauver cette partie de l’Afrique en s’appuyant sur des armées défaillantes. Certes, comme l’a exprimé à plusieurs reprises le chef d’état major des armées, le général Lecointre, l’opération « Barkhane », se situe dans le temps long, un de ses objectifs étant de former les armées locales afin que celles-ci prennent la relève. C’est sur ce  « pari » que repose en grande partie l’engagement français. La France fait de la coopération militaire en Afrique, depuis les années 1960, mais force est de dire que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les armées nationales manquent de moyens et de  professionnalisme, et se livrent trop souvent à des actions punitives visant les populations civiles, sans le soutien desquelles aucun succès ne saurait être durable. Marc-Antoine de Montclos poursuit sa démonstration en affirmant que la présence militaire française ne sert pas seulement à lutter contre le terrorisme, elle garantit aussi aux gouvernements en place qu’il n’y aura pas de coups d’Etat contre eux. Les forces françaises n’ont-elles pas bombardé une colonne de rebelles tchadiens venant de Libye, en février 2019, pour sauver Idriss Déby, présenté comme l’élément de stabilité de la région? Or à ses yeux le Tchad, est un pays fragile, sur lequel il est difficile de s’appuyer.  Finalement, avec l’appui que leur offre l’armée française, les régimes du G5 Sahel -hors Mauritanie- n’ont aucune incitation à se réformer. Ce constat étant fait, à nuancer ou à relativiser, l’auteur hésite à donner des conseils et des orientations précises, ce qui ne relève après tout pas de son ressort. Il admet pourtant que dans ces guerres asymétriques, il faut une réponse militaire. À ses yeux la seule issue possible est celle d’une solution politique que seule une négociation entre toutes les parties concernées permettra de mettre en œuvre. Pour le moment, la France ne s’oriente pas en direction d’un dégagement progressif de ses forces au Sahel, elle vient de recevoir l’appui militaire de l’Estonie, du Danemark, de la Suède et la Grande-Bretagne. Son action s’inscrit également dans le cadre plus large de la coalition pour le Sahel, où actions militaires et actions de développement s’appuieront.  L’ouvrage franc et direct de Marc-Antoine Pérouse de Monclos est contribue intelligemment à ce débat, où il ne s’agit pas seulement de la France, mais de la sécurité de l’Europe et de la stabilité sur le long terme d’une bonne partie de l’Afrique, dont on ne peut séparer le destin du nôtre.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

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Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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L’économie française est en perdition, mais Emmanuel Macron demande l’annulation de la dette de l’Afrique !

mercredi 15 avril 2020

L’économie française est en perdition, mais Emmanuel Macron demande l’annulation de la dette de l’Afrique !

Le président Macron appelle à effacer la dette africaine, étape selon lui « indispensable pour aider le continent africain à travers la crise du coronavirus ». Les PME, les TPE, les professions libérales et les commerçants français qui vont, eux, devoir rembourser  les emprunts qu’ils vont être contraints de faire pour tenter de survivre, apprécieront !!!
Trois remarques :
1) Si une telle mesure était réellement prise pour aider l’Afrique à lutter contre la pandémie, l’on pourrait la juger comme légitime. Mais, au moment où cette unilatérale proposition présidentielle était faite, et fort heureusement, le continent africain était quasiment épargné par le coronavirus.
2) Depuis des décennies, les pays « riches » ne cessent de consentir à l’Afrique des allègements et des suppressions de dette. Au début des années 2000, les PPTE (Pays pauvres très endettés) ont ainsi bénéficié de considérables remises par les créanciers bilatéraux. Or, à peine sauvés du gouffre de l’endettement, ils y ont replongé…
3) En plus des remises de dette, l’Afrique engloutit année après année, des sommes colossales versées au titre de l’APD (Aide pour le Développement). De 1960 à 2018, le continent a ainsi reçu en dons, au seul titre de l’APD,près de 2000 milliards de dollars (pour une dette d’environ 400 milliards de dollars dont entre 180 et 200 milliards de dollars de dette chinoise), soit en moyenne 35 milliards de dollars par an.En dollars constants, le continent a donc reçu plusieurs dizaines de fois plus que l’Europe du lendemain de la guerre avec le plan Marshall.
Or, ces prêts, ces allègements de dette, ces aides et ces dons n’ont servi à rien car, en plus de sa suicidaire démographie, le continent est paralysé par son immobilisme. En effet, en dehors du don de la nature constitué par le pétrole et les minerais contenus dans son sous-sol, l’Afrique ne produit rien, sa part de la valeur ajoutée mondiale dans l’industrie manufacturière est en effet de moins de 2% dont les 9/10e sont réalisés par deux pays sur 52, l’Afrique du Sud et l’Egypte…
L’annulation de la dette proposée par le président Macron ne changera donc rien à cet état des lieux. D’autant plus que la Chine, prédatrice souriante, est désormais à la manœuvre. Mue par le seul moteur du profit, elle endette chaque jour un peu plus le continent à travers des prêts généreusement octroyés.Ces derniers font replonger les pays bénéficiaires dans la spirale de l’endettement dont ils commençaient tout juste à sortir après les considérables allègements consentis dans les années 2000 aux PPTE par les Occidentaux. Comme ces prêts ne pourront jamais être remboursés, Pékin va mettre la main sur les grandes infrastructures données en garantie par ses débiteurs. Ainsi en Zambie où le gouvernement,  après avoir été contraint de céder à la Chine la ZNBC, la société radio-télévision, s’est vu contraint d’engager des discussions de cession concernant l’aéroport de Lusaka et la ZESCO, la société  nationale d’électricité.
Morale de l’histoire : quand la Chine endette l’Afrique, la France propose de renoncer à sa propre créance…
Bernard LuganPublié par Administrateur à 16:54

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