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On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib

On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib


Par Steven Sahiounie − Le 3 mars 2020 − Source Mint Press News

Wassim Nasr, un journaliste spécialiste des réseaux djihadistes à FRANCE 24, s’est récemment entretenu via Skype avec le chef du groupe djihadiste Furkat-al-Ghuraba, une filiale d’Al-Qaïda à Idlib, et recruteur de djihadistes français, Omar Omsen.

De nombreux terroristes français se trouvent aujourd’hui à Idlib, luttant pour établir un État islamique à partir d’une petite partie de la Syrie laïque. Leur rêve est une utopie sunnite à la frontière turque, où ils peuvent bénéficier du plein soutien du président turc Erdogan, qui est à la tête du parti AKP, un parti des Frères musulmans qui domine la Turquie depuis une vingtaine d’années.

Le fait d’être à la frontière turque leur offre le luxe d’être nourris et habillés par des agences d’aide internationales, comme le Programme alimentaire mondial des Nations unies, et d’autres groupes humanitaires qui distribuent des fournitures aux civils, ainsi qu’à leurs fils, frères, époux ou père qui sont à la solde d’al-Qaïda, financé par le Qatar et certaines monarchies du Golfe arabe. Les groupes humanitaires, y compris les Nations unies, travaillent comme des facilitateurs, prolongeant la souffrance des innocents en continuant les approvisionnements. Si les besoins quotidiens des familles des terroristes avaient été coupés, ces derniers auraient été contraints de fuir en Turquie, et éventuellement en Europe, pour bénéficier d’une plus grande partie des avantages gratuits offerts par la « Mère Merkel », en référence au chancelier allemand Angela Merkel.

Les terroristes français ont été recrutés directement en France, et non par internet. Le réseau Sevran, un réseau de recrutement de terroristes installé à Sevran, près de Paris, opérait à partir d’une salle de prière informelle, car il ciblait des jeunes hommes avec un mélange sophistiqué de tactiques psychologiques et, selon certains, de tactiques d’hypnose acquises par al-Qaïda au cours des décennies passées en Afghanistan, pays qui est connu pour ses compétences en hypnose perfectionnées qui existaient avant que les agents de terrain de la CIA ne débarquent mais qui ont été utilisées par la CIA dans son programme de djihad pour contrer la présence soviétique sur place.

Le recruteur djihadiste français, Omar Omsen, a simulé la mort en août 2015, pour réapparaître des mois plus tard dans une interview télévisée. On ignore combien de terroristes ont simulé leur mort pour effacer leur identité et se réinventer plus tard en Europe ou aux États-Unis.

Une photo non datée du recruteur français de État Islamique, Omar Omsen

Le gouvernement français a commencé à soutenir les terroristes en Syrie à partir de 2011, lorsque la CIA a ouvert son premier bureau à Adana, en Turquie, juste à la frontière d’Idlib. Les présidents français, de Sarkozy à Hollande, en passant par Macron, ont tous suivi le projet de « changement de régime » ordonné par les États-Unis en Syrie. En 2017, le président américain Trump a mis fin au programme de soutien de la CIA à al-Qaïda en Syrie. Cependant, al-Qaïda est pleinement opérationnel à Idlib et bénéficie d’un soutien très évident au plus haut niveau, sous forme d’armes, de munitions, de missiles anti-aériens, de drones et de salaires.

Les rebelles modérés syriens

En septembre 2015, le président syrien Assad a imputé la crise des réfugiés en Europe au soutien de l’Occident aux terroristes. En référence à la photo virale en ligne d’un enfant syrien échoué sur une plage turque, il a déclaré : « Comment pouvez-vous être triste de la mort d’un enfant en mer et ne pas avoir de sentiments pour les milliers d’enfants qui ont été tués par les terroristes en Syrie ? Et, aussi pour les personnes âgées, pour les femmes et les hommes ? Ces doubles standards européens ne sont plus acceptables ». Il a ajouté : « L’Occident soutient les terroristes depuis le début de cette crise, lorsque celui-ci a déclaré qu’il s’agissait d’un « soulèvement pacifique » – comme ils l’ont appelé. Ils ont dit plus tard que c’était une opposition modérée et maintenant ils disent que ce sont des terroristes genre al-Nusra et ISIS ». Jibhat al-Nusra est la filiale d’Al-Qaïda en Syrie et contrôle Idlib.

En juin 2015, le procès à Londres d’un Suédois, Bherlin Gildo, accusé de terrorisme en Syrie, s’est effondré après qu’il soit devenu clair que les services de renseignement britanniques avaient armé les mêmes groupes que ceux que l’accusé soutenait. L’accusation a abandonné l’affaire, apparemment pour éviter d’embarrasser les services de renseignements. Les agents des services de renseignement français travaillaient main dans la main avec les États-Unis et le Royaume-Uni en Syrie.

Un an après le début de la rébellion syrienne, les États-Unis et leurs alliés ne se sont pas contentés de soutenir et d’armer une opposition qu’ils savaient dominée par des groupes sectaires extrêmes ; ils étaient prêts à approuver la création d’une sorte d’ »État islamique« . L’habitude occidentale de jouer avec les groupes djihadistes, qui reviennent ensuite pour les mordre, remonte au moins à la guerre des années 1980 contre l’Union soviétique en Afghanistan, qui a favorisé la création d’al-Qaïda sous la tutelle de la CIA.

Sotchi 2018

L’accord exigeait que la Turquie évince les terroristes tels que Jibhat al-Nusra, en permettant à la Turquie de mettre en place 12 postes d’observation à Idlib pour séparer les terroristes des civils non armés. Cependant, près de deux ans après la conclusion de l’accord, la Turquie n’a pas respecté ses engagements et Moscou a ouvertement accusé la Turquie d’aider les terroristes. Cela a conduit à l’offensive de l’armée arabe syrienne à Idlib qui a commencé en décembre 2019 pour libérer les civils et éliminer tous les terroristes. Cette opération militaire est en cours et les Syriens, avec l’aide de la puissance aérienne russe, ont fait des progrès spectaculaires.

Les procès fantômes de la France

En janvier 2020, un tribunal parisien a jugé quelques terroristes français partis en Syrie, mais la majorité des accusés étaient déjà morts. Les médias français ont qualifié ce procès de « procès fantôme« .

Antoine Ory, l’un des avocats de la défense, a déclaré : « En France, en 2020, on refuse de rapatrier les vivants mais on juge les morts ». La France a pour politique de ne pas rapatrier ses terroristes, même s’ils sont des milliers en Syrie.

L’histoire de Hatay

La frontière entre la Syrie et la Turquie est une ligne relativement droite d’est en ouest jusqu’au fleuve Oronte, puis elle s’abaisse soudainement et se dirige vers le sud sur environ 80 miles. Ce morceau de terre manquant manifestement à la Syrie a été donné à la Turquie par la France en 1939 pour assurer que la Turquie se battrait pour la France contre l’Allemagne d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale.

Emmanuel Navon עמנואל נבון✔@emmanuelnavon - 28 mars 2019

La Turquie a arraché la province d'Alexandretta à la Syrie française en 1939 après un référendum truqué.

Le Conseil de sécurité de l'ONU va-t-il condamner ce changement territorial unilatéral ? #GolanHeights

Appelée Liwa Iskanderoun par les Syriens, la province est maintenant appelée Hatay, on y trouve les villes d’Antakya et d’Iskenderun, qui étaient auparavant connues sous les noms d’Antioche et d’Alexandretta. Cette région se trouve du côté turc d’Idlib.

En 1939, la région était composée d’un mélange de nationalités, avec des Turcs, des Turkmènes, des Arabes sunnites, des Alaouites, des Arméniens et des Grecs. Leurs descendants parlent encore aujourd’hui l’arabe, contrairement au reste de la Turquie qui ne parle que le turc. Avant 2011, le président turc Erdogan et le président syrien Assad avaient une relation très étroite et un accord a été signé pour construire un barrage de l’amitié syro-turque de 28 millions de dollars sur le fleuve Oronte. Hatay a été transformé en un lieu de rassemblement pour les terroristes internationaux, y compris des Français, qui ont afflué en Syrie pour participer à l’attaque des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE contre la Syrie en vue d’un « changement de régime », et aujourd’hui le monde assiste à une possible guerre ouverte.

Steven Sahouni est un analyste politique et écrivain syrien indépendant basé au Liban

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/on-trouve-des-empreintes-de-la-france-partout-chez-les-groupes-terroristes-didlib

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Edgar VAUQUELIN 29 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme. 

Partie II : Les groupes proches du djihadisme

Le groupe Jaych al-Islam combat aujourd'hui aux côtés de l'armée de la Turquie en Syrie.
Des combattants de Jaych al-Islam dans la Ghouta orientale, en 2017.

En plus des combattants issus de l’Armée syrienne libre, la Turquie a également coopté, depuis 2016, plusieurs groupes de combattants proches du djihadisme. Cela a d’ailleurs suscité des remous au sein même de la sphère islamiste. Nous tenterons ici de dresser un tableau des plus importants de ces groupes.

Ahrar al-Cham

Dès les premières années du conflit syrien et jusqu’en 2017, le groupe Harakat Ahrar al-Cham constitue l’un des principaux groupes salafistes en Syrie. Il compte entre 10 000 et 20 000 hommes fin 2013. Ahrar al-Cham est créé en janvier 2012 par des militants djihadistes libérés de la prison de Seydnaya par le régime. Le groupe a longtemps entretenu des liens étroits avec Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaida. Les deux organisations envisagent même un temps une fusion. Entre mars 2015 et janvier 2017, la collaboration entre Arhar al-Cham et Al-Nosra permit notamment à la rébellion de s’emparer de la ville d’Idlib. Jusqu’à la fin de l’année 2016, Ahrar al-Cham est constamment tiraillé entre une faction dure de ses dirigeants, favorables à une alliance avec Al-Nosra, et une faction plus modérée, favorable à une entente avec la Turquie et les pays du Golfe.

En septembre 2016, Ahrar al-Cham apporte son soutien à l’intervention turque au Nord de la Syrie, ce qui provoque des tensions avec Al-Nosra, opposé à toute influence étatique. Finalement, en janvier 2017, une guerre ouverte éclate entre les frères ennemis salafistes. Le conflit tourne en juillet à l’avantage d’Al-Nosra (alors rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham, après une fusion avec d’autres groupes rebelles). Affaibli par cette défaite, Ahrar al-Cham fusionne, en février 2018, avec la Harakat Nour al-Din al-Zenki, autre groupe islamiste radical. La Harakat Ahrar al-Cham et Zenki rejoignent officiellement la coalition pro-Turquie au sein du FNL le 1er août 2018.

Ahrar al-Charkiya

Ahrar al-Charkiya est une organisation à la trajectoire complexe. Début 2016, Abou Marya Qahtani, ancien cadre de Daech, fonde officiellement ce groupe. Il est aujourd’hui dirigé par Abou Hatem Chakra, ancien membre d’Ahrar al-Cham. Les combattants qui le composent sont pour beaucoup issus des rangs de Daech ou d’Al-Nosra. En octobre dernier, il participe à l’Opération Source de Paix, aux côtés de l’armée turque. Le groupe commet alors de nombreuses exactions, rapportées par les ONG.

Ahrar al-Charkiya s’est notamment fait remarquer par des chants djihadistes, la destruction de magasins d’alcool et des pillages. Ces débordements, que le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU qualifie de “crimes de guerre“, visent notamment les populations kurdes. Ils posent ainsi la question de la responsabilité de la Turquie dans ces exactions, puisque les groupes agissent sous son contrôle. D’autant que certaines analyses prêtent au Président Erdogan une volonté de nettoyage ethnique à l’encontre des kurdes au Nord de la Syrie. Cela servirait son objectif d’empêcher une continuité territoriale entre les populations kurdes de Syrie et de Turquie.

Jaych al-Islam

Parmi les autres groupes islamistes radicaux cooptés par la Turquie, l’on peut également citer Suqour al-Cham ou Jaych al-Islam. Ce dernier fut longtemps l’entité rebelle la plus puissante dans la région de Damas, avant d’en être expulsé en 2018. Le groupe était dirigé par la famille Allouche, proche de l’Arabie saoudite. Son chef charismatique, Zahran Allouche, est tué en 2015 par un raid des forces loyalistes. Il était le tenant d’un discours salafiste très hostile aux minorités religieuses, notamment alaouite et chiite. Son cousin, Mohammed Allouche, était l’un des représentants de l’opposition syrienne lors des négociations internationales tenues à Astana en 2017. L’expulsion du groupe du Sud de la Syrie a permis à la Turquie de l’intégrer parmi ses supplétifs.

Tous ces groupes sont donc tenants d’un islam radical, et avaient initialement pour objectif d’appliquer la charia en Syrie. Ils se distinguent néanmoins de groupes comme Daech ou Al-Qaida par le fait qu’ils n’appellent pas au djihad au niveau international, du moins dans leurs déclarations officielles.Share

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About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42255-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-2

L’ARMÉE SYRIENNE REPREND SES OPÉRATIONS AU SOL DANS LE SUD-EST D’IDLIB ET S’EMPARE DE LA VILLE

#FROMTHEFRONT #SYRIA 24.11.2019 – 805 vues    4.8 ( 6 votes)

L’ARMÉE SYRIENNE REPREND SES OPÉRATIONS AU SOL DANS LE SUD-EST D’IDLIB ET S’EMPARE DE LA VILLE

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Très tôt le 24 novembre, l’armée arabe syrienne (ASA) a repris ses opérations terrestres dans le sud-est d’Idlib, lançant une attaque acharnée sur la ville de Misherfah.

Les unités de l’armée ont pris d’assaut la ville en quelques heures et ont réussi à la sécuriser complètement à la suite de violents affrontements avec Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), affilié à Al-Qaïda, et le Front national de libération (NFL) soutenu par la Turquie.

L'armée syrienne reprend ses opérations au sol dans le sud-est d'Idlib et s'empare de la ville

Cliquez pour voir la carte en taille réelle. Source: (@Suriyakmaps) sur Twitter.

HTS et la NFL ont lancé une contre-attaque pour reprendre la ville. Cependant, la tentative a échoué, les deux groupes ayant subi davantage de pertes.

Plusieurs militants de HTS et de la NFL auraient été tués ou blessés alors qu’ils tentaient de conserver leurs positions à Misherah.

Plus tôt cette semaine, la SAA a pris d’assaut la ville. Cependant, une contre-attaque de HTS et de la NFL a forcé les unités de l’armée à se retirer en quelques heures.

Le SAA pourrait progresser davantage dans le sud-est d’Idlib dans les prochaines heures. Des avions de combat russes et syriens ont déjà lancé des frappes aériennes sur plusieurs villes de la région.

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Déclin impérial, cas d’école

Déclin impérial, cas d’école

Publié le 10 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-Orient

C’est un grand classique de l’Histoire auquel nous sommes en train d’assister. Le monde a beau entrer dans le troisième millénaire, la technologie être partout et les intellectuels spéculer sur le post-modernisme, certaines choses ne changeront jamais…

On sait que le propre de tout empire est de satisfaire les éléments qui le composent. Ce réflexe naturel s’accentue à mesure que la tête impériale décline, dans des proportions parfois telles qu’elles en accélèrent la chute. Washington vient encore de prouver cet axiome en envisageant de placer les Frères musulmans sur sa liste des organisations terroristes. A première vue, cela n’a rien d’illogique et montre le poids qu’ont, sur l’actuelle administration américaine, l’Arabie saoudite, Israël, les Emirats Arabes Unis ou encore l’Egypte, tous horrifiés par la confrérie créée par Hassan el-Banna au début du XXème siècle.

Ironie du sort, si les Etats-Unis franchissent le pas, ils rejoindront dans le club des pays qui ont mis les Frères musulmans sur liste noire, non seulement leurs chers alliés sus-cités, mais aussi la Syrie et la Russie ! Et là, ça risque d’être assez drôle. Comment, par exemple, continuer à financer et appuyer publiquement les White Helmets et autres barbus modérément modérés de l’Idlibistan s’ils sont formellement blacklistés ? Ces considérations n’ont certes jamais empêché la CIA de soutenir des groupes insoutenables (Al Qaïda), mais on parle ici d’opérations clandestines, pas de politique officielle. Cela risque de créer un véritable casse-tête dans les corridors impériaux tandis qu’on imagine déjà le fabuleux retournement de veste des bobos hollywoodiens, en adoration devant les Casques blancs il y a peu encore. L’état-major russe, lui, est mort de rire…

Mais la joie de l’ours va bien au-delà. En satisfaisant leurs alliés les plus proches, les Américains risquent de se couper du reste. En effet, le nombre de gouvernements influencés à des degrés divers par les Frères musulmans est considérable au Moyen-Orient et au-delà. Parmi eux, des pays-clé, théoriquement alliés, qui risquent de très mal prendre la décision américaine et de s’éloigner encore plus de l’orbite impériale sur laquelle ils ont déjà de plus en plus de mal à rester. Vous l’avez compris, on parle ici de la Turquie et du Qatar…

La crise du Conseil de Coopération du Golfe va bientôt entrer dans sa troisième année et ce que nous écrivions il y a 23 mois est toujours d’actualité :

Notre bon vieux Moyen-Orient ne changera donc jamais. Rebondissements, renversements, retournements de veste… une vraie telenovela brésilienne.

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

D’abord un coup d’oeil sur les pays qui viennent de rompre avec Doha : outre Riyad, l’on trouve principalement l’Egypte, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis. Point commun : ces pays sont excédés du soutien qatari bien réel aux Frères musulmans, à la pointe rappelons-le des « printemps arabes » libyen, égyptien et syrien.

Pour le reste, c’est une auberge espagnole qui mêle allègrement farce et réalité. Oui, le Qatar a soutenu l’Etat Islamique et Al Qaeda en Syrak comme nous l’avons montré à plusieurs reprises sur ce blog ; mais voir les Saoudiens l’en accuser est à pleurer de rire étant donné qu’ils ont fait exactement la même chose.

Oui, le Qatar a paradoxalement de bonnes relations avec l’Iran, ce qui passe très mal à Ryad mais aussi à Bahreïn (en proie au printemps chiite passé sous silence dans la MSN occidentale). De même, le Qatar voit d’un mauvais oeil le front américano-israélo-saoudien qui se met en place. Mais est-ce suffisant pour expliquer la soudaine crise ? Sans doute pas, car c’est un véritable noeud gordien auquel nous avons affaire (…)

Cette crise tue dans l’oeuf le projet d’OTAN arabe évoqué par le Donald il y a quinze jours. Soit il aime se tirer des balles dans le pied (pas impossible), soit il n’est pas réellement derrière cette rupture.

Le Qatar accueille la principale base US au Moyen-Orient ; le Pentagone ainsi que le Département d’Etat sont loin d’être aussi ravis que leur commandant en chef. Par le biais de son porte-parole, le Pentagone a d’ailleurs remercié le Qatar et refusé de commenter les déclarations trumpiennes. Quant à Tillerson, il est bien embarrassé, qui appelle les membres du Conseil de Coopération du Golfe à « rester unis » (…)

Car le CCG est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus le CCG (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire (…)

Officiellement, le Kremlin ne prend pas position. Mais si un coin durable peut être enfoncé entre l’axe américano-saoudo-israélien et la paire turco-qatarie, c’est du pain béni pour Moscou ainsi que pour Téhéran.

On imagine aisément que le classement des Frères musulmans comme organisation terroriste n’arrangera rien. On se demande d’ailleurs dans ces conditions ce que deviendrait la base US au Qatar…

Quant à la Turquie, ses brouilles avec tonton Sam depuis le putschinho de juillet 2016 pourrait remplir une pleine encyclopédie : soutien US aux Kurdes syriens, achat des S-400 russes et même une querelle pastorale ! On imagine la réaction de l’AKP d’obédience frériste si Washington passe à l’acte.

L’empire se retrouve à la croisée des chemins, en pleine quadrature du cercle. Déclinant, il n’a d’autre ressource que de s’arc-bouter sur ses bases et de satisfaire son dernier carré d’alliés. Ce faisant, il s’isole, est en passe de perdre le reste de ses associés et… accélère son déclin.

 

Les nouveaux territoires de Daesh

Les nouveaux territoires de Daesh

Bien qu’il n’y ait plus de raison d’être à la division des jihadistes entre Al-Qaïda et Daesh, les deux organisations perdurent à la guerre au Moyen-Orient élargi. Paradoxalement, c’est désormais Al-Qaïda qui gère un pseudo-État, le gouvernorat d’Idleb, et Daesh qui organise des attentats hors des champs de bataille, au Congo et au Sri Lanka.

 | DAMAS (SYRIE)  

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La libération de la zone administrée par Daesh en tant qu’État n’a pas signifié la fin de cette organisation jihadiste. En effet, si celle-ci est une création des services de Renseignement de l’Otan, elle incarne une idéologie qui mobilise les jihadistes et peut lui survivre.

Al-Qaïda était une armée supplétive de l’Otan que l’on a vu se battre en Afghanistan, puis en Bosnie-Herzégovine, et enfin en Irak, en Libye et en Syrie. Ses principales actions sont des actes de guerre (sous la dénomination des « Moujahhidines », de la « Légion arabe », ou d’autres encore), et subsidiairement mais plus ouvertement, des opérations terroristes comme à Londres ou à Madrid.

Oussama Ben Laden, officiellement considéré comme l’ennemi public numéro 1 vivait en réalité en Azerbaïdjan, sous protection US, ainsi qu’en a témoigné une lanceuse d’alerte du FBI [1]

Rappelons que les attentats du 11-Septembre à New York et Washington n’ont jamais été revendiqués par Al-Qaïda, qu’Oussama Ben Laden a déclaré ne pas s’y être impliqué, et que la vidéo où il se contredit n’a été authentifiée que par son employeur, le Pentagone, mais a été jugée fausse par tous les experts indépendants.

Alors qu’Oussama Ben Laden serait mort en décembre 2001 selon les autorités pakistanaises et que le MI6 était représenté à son enterrement, des individus jouèrent son rôle jusqu’en 2011, date où les États-Unis prétendirent l’avoir assassiné, mais ne montrèrent jamais son corps [2].

La mort officielle d’Oussama Ben Laden a permis de réhabiliter ses combattants égarés par leur méchant leader, de sorte que l’Otan a pu, en Libye et en Syrie, s’appuyer visiblement sur Al-Qaïda, comme il l’avait fait en Bosnie-Herzégovine [3].

Daesh au contraire est un projet d’administration d’un territoire, le Sunnistan ou Califat, qui devait séparer l’Iraq de la Syrie, tel qu’expliqué cartes à l’appui par une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, avant la création de cette organisation [4]. Il fut directement financé et armé par les États-Unis lors de l’opération « Timber Sycamore » [5]. Il frappa les esprits en installant une loi toute prête, la Charia.

Si les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh ont été vaincus en Iraq et en Syrie, c’est d’abord grâce au courage de l’Armée arabe syrienne, puis de l’armée de l’Air russe qui a utilisé des bombes pénétrantes contre les installations souterraines des combattants, et enfin de leurs alliés. Mais si la guerre militaire [6] s’est achevée, c’est grâce à Donald Trump qui a empêché que l’on continue d’emmener de nouveaux jihadistes des quatre coins du monde, principalement de la péninsule arabique, du Maghreb, de Chine, de Russie et finalement de l’Union européenne.

Autant Al-Qaïda est une force paramilitaire supplétive de l’Otan, autant Daesh est une armée de Terre alliée.

Paradoxalement, alors que Daesh a perdu le territoire pour lequel il avait été formé, c’est Al-Qaïda qui en administre un, alors qu’il s’opposait à ce type de charge. Les Syriens ont repoussé les différents foyers jihadistes chez eux et ont enkystés la maladie dans le gouvernorat d’Idleb. Incapables de rompre avec ce type d’alliés de circonstance, l’Allemagne et la France les ont pris en charge, en termes humanitaires de nourriture et de santé. Ainsi lorsque les Européens parlent aujourd’hui de l’aide qu’ils apportent aux réfugiés syriens, il faut comprendre leur soutien aux membres d’Al-Qaïda qui ne sont généralement ni des civils, ni des Syriens. Au demeurant le retrait des soldats US de Syrie ne change pas grand-chose tant qu’ils maintiennent leurs mercenaires d’Al-Qaïda à Idleb.

Daesh ayant été privé de son territoire, ses survivants ne peuvent plus jouer le rôle qui leur était dévolu par les Occidentaux, mais uniquement une fonction comparable à celle d’Al-Qaïda : celle d’une milice terroriste. Au demeurant, de son vivant l’État islamique pratiquait déjà le terrorisme hors du champ de bataille comme on l’a vu en Europe dès 2016.

Les attentats qu’il a effectués récemment, le 16 avril au Congo [7] ou le 21 avril au Sri Lanka [8] n’avaient été anticipés par personne, y compris par nous. Ils auraient pu en outre être attribués indifféremment à l’une ou à l’autre organisation. Le seul avantage de Daesh sur Al-Qaïda est son image barbare, encore que cela ne pourra durer.

Si Daesh a pu subitement surgir en République démocratique du Congo, c’est en confiant son drapeau aux combattants des « Forces démocratiques alliées » d’Ouganda.

S’il est parvenu à agir de manière spectaculaire au Sri Lanka, c’est que les services de Renseignement étaient entièrement tournés contre la minorité hindoue et ne surveillaient pas les musulmans. C’est peut-être aussi parce que ces services avaient été formés par Londres et Tel-Aviv, ou encore à cause de l’opposition entre le président de la République, Maithripala Sirisena, et le Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, qui entravait la circulation du Renseignement.

Le Sri Lanka est particulièrement vulnérable parce qu’il s’imagine trop raffiné pour pouvoir produire une telle bestialité. Ce qui est faux : le pays n’a toujours pas éclairci la manière dont plus de 2 000 Tigres Tamouls ont été exécutés alors qu’ils avaient été vaincus et s’étaient rendus en 2009. Or chaque fois que l’on refuse de regarder en face ses propres crimes, on s’expose à en provoquer de nouveaux en se croyant plus civilisés que les autres.

Quoi qu’il en soit, les drames du Congo et du Sri Lanka attestent que les jihadistes ne désarmeront pas et que les Occidentaux continueront à les utiliser hors du Moyen-Orient élargi.

[1Classified Woman : The Sibel Edmonds Story : A Memoir, Sibel Edmonds, 2012

[2] « Réflexions sur l’annonce officielle de la mort d’Oussama Ben Laden », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 mai 2011.

[3Comment le Djihad est arrivé en Europe, Jürgen Elsässer, Préface de Jean-Pierre Chevènement, Xénia, 2006.

[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[5] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[6] L’auteur distingue la guerre par la voie militaire de la celle menée aujourd’hui par la voie économique. NdlR.

[7] « RDC : Daesh et les ADF se rapprochent au Nord-Kivu », Christophe Rigaud, Afrikarabia, 21 avril 2019.

[8] « Attacks carried out by suicide bombers, Govt. Analyst confirms », Ada Derana, April 22, 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206342.html