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Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité

Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité

 

    Auteur du Manuel stratégique de l’Afrique, Saïd Bouamama analyse les manifestations populaires qui secouent l’Algérie. A travers le rejet d’un cinquième mandat de Bouteflika, c’est tout un système qui est visé par le mouvement de protestation. Comment ce “système” s’est-il mis en place ? Pourquoi la révolte survient-elle maintenant ? Quelles alternatives s’offrent aux Algériens ? Saïd Bouamama analyse les enjeux de la révolte, soulignant ses forces pleines d’espoir, mais pointant aussi les dangers qui la guettent. (IGA)


    Les manifestations populaires du 22 février 2019 qui se déroulent de manière simultanée dans la plupart des grandes villes algériennes mais aussi dans de très nombreuses villes moyennes  constituent indéniablement l’ouverture d’une nouvelle séquence historique dans l’histoire politique algérienne. Elles marquent l’entrée sur la scène politique d’une nouvelle génération socialisée au cours des deux dernières décennies c’est-à-dire après le traumatisme qu’a constitué la décennie noire[i]. Celles-ci se caractérisent en effet sur le plan économique par la polarisation croissante entre une minorité sociale cliente de l’Etat rentier en enrichissement scandaleux et une grande majorité en paupérisation continue du fait des politiques libérales de désindustrialisation, de privatisation et de casse du service public[ii]. Elles se caractérisent sur le plan politique par l’absence d’alternative crédible du fait de la tentative d’imposition par l’Etat algérien et les classes qu’il représente d’un jeu binaire que n’ont pas remis en cause les partis « d’opposition » en raison de leur adhésion à la libéralisation économique engagée par l’Etat à marche forcée : le chaos ou la résignation[iii].  Elles se caractérisent sur le plan « identitaire » par l’intégration du courant de « l’islam politique » au sein de l’appareil d’Etat et de la bourgeoisie compradore[iv]. Elles se caractérisent sur le plan sociologique par une urbanisation croissante, une pyramide des âges gardant une base très large, un taux de scolarisation élevé et une ouverture sur le monde par le biais des réseaux sociaux[v]. Elles se caractérisent enfin sur le plan des expériences de vie de cette jeunesse par la restriction du champ des possibles à la débrouille et la « haraga[vi] ». C’est ce cocktail explosif qui arrive à maturité avec l’annonce du cinquième mandat faisant de celui-ci le prétexte conjoncturel qui exprime une causalité systémique à l’image d’une digue qui explose après l’accumulation continue et invisible d’une pression au cours des deux dernières décennies.

     

    Le règne des charognards

    L’excellent ouvrage de l’économiste Abdelatif Rebah, Le développement national contrarié[vii]restitue l’histoire du vaste processus de « réformes économiques » qui conduira à la situation économique actuelle. Ce processus inauguré par le président Chadli  Bendjedid et poursuivi par ses successeurs est conduit avec la bénédiction des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale). Il conduit à l’émergence d’une classe de charognards[viii] sous l’action de trois procédés. Le premierest appelé officiellement la « cession des biens de l’Etat » mais est dans les faits une véritable opération de vol à grande échelle des biens de la nation. Les dignitaires du régime s’accaparent des milliers de villas de maîtres et autres résidences à des prix ridicules au regard de la valeur de ces biens. « Le différentiel entre le prix de cession par l’Etat et le prix de revente sur le marché est de 1 à 10, selon des évaluations. Dans le contexte du monopole immobilier de l’Etat, des plus-values de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de dinars vont être réalisées par des particuliers les projetant à la tête de fortunes appréciables sans aucun effort productif[ix] » résume l’économiste Abdelatif Rebah. « Le problème majeur de cette décision historique réside dans le fait que le parc de villas de maître, parfois classifiables comme monuments historiques, a été bradé à vil prix à des dignitaires du régime et à leurs proches[x] » confirme le politologue Rachid Tlemçani.

    Le second procédé est celui de la privatisation du secteur public qui selon les chiffres publiés en 2003 par le ministère de la Participation et de l’Investissement a touché 1200 entreprises.  A l’image des villas et maisons de maître les entreprises publiques sont bradées à une bourgeoisie parasitaire souligne Rachid Tlemçani :

    L’opération de dissolution-privatisation ne vise pas à se débarrasser des canards boiteux, souligne le ministre Mourad Benachenhou, pour ne conserver que les entreprises performantes. Mêmes les entreprises rentables et solvables seront vendues dans le futur. […] La bourgeoisie algérienne, de nature rentière et spéculative, ne sera pas intéressée à acheter des entreprises au prix du marché. D’ailleurs, le législateur a prévu cette éventualité. Au terme de deux appels à la concurrence requis par la loi, le gouvernement est autorisé à les céder de gré à gré, ouvrant ainsi la voie du bradage, tant redoutée par l’opinion publique[xi].    

    Le troisième procédé fut la destruction progressive du monopole d’Etat sur le commerce extérieur avant d’être tout simplement aboli en 1989 dans le cadre des accords dit de « Stand-by » négociés et signés avec le FMI (mai 1989 et juin 1990). La loi des finances complémentaire de 1990 autorise ainsi « les concessionnaires et grossistes agréés à importer des produits de consommation, de biens d’équipement et des biens de consommation industriels pour les revendre en l’état » rappelle l’économiste Mehdi Abbas en soulignant que « cette loi est à l’origine de l’émergence d’un nouveau groupe socio-économique concentré autour des activités d’import et d’export, que nous qualifions de commercialiste[xii]. » Malgré des périodes de ré-étatisation partielle du commerce extérieur (sous le gouvernement Belaïd Abdessllam de juillet 1992 à octobre 1993 par exemple) le modèle ne changera plus et même sera renforcé par l’accord signé avec l’Union Européenne en 2002.  De nombreux acheteurs d’entreprises publiques cessent toute activité productive et se transforment en importateurs et en spéculateurs.

    Ce vaste mouvement de redistribution des richesses nationales en faveur d’une minorité spéculative s’accélère au cours de la décennie noire pendant que le peuple algérien est entré sur des préoccupations de survie. Les éléments constitutifs du « système » comme disent les manifestants algériens sont réunis et peuvent se résumer comme suit :

    Les positions de monopole sur les centres de décision se sont mues en sources de « rentes régalienne » impulsant par le haut un mécanisme à la fois incitatif et sélectif d’accumulation de fortunes dispensées de contrôle et de réglementation. Ce qu’on ne désigne plus désormais que par l’appellation de « système » va ainsi abriter un vaste mécanisme irrigué par les revenus pétroliers, de transfert de valeur du secteur étatique vers le secteur privé, des activités productives vers celles du commerce et la spéculation, des salariés vers les spéculateurs, du travail productif vers la contrebande et l’informel[xiii].  

    C’est dans ce contexte qu’il faut situer la lutte acharnée des différentes fractions de la bourgeoisie pour le contrôle de l’Etat et en conséquence les difficultés à trouver un successeur à Bouteflika.  La guerre féroce qu’elles se livrent pour mettre chacune leur homme à la tête de l’Etat est à la hauteur des sommes faramineuses que redistribue cet Etat en faveur « des grands gagnants de l’accaparement des rentes régaliennes, de la nomenklatura civile et militaire reconvertie dans les affaires d’importation, dans l’immobilier de rente et de luxe, des patrons du secteur privé, des petits entrepreneurs de l’économie souterraine grise ou noire et des élites mondialisées dites de transition-basculement qui ont travaillé à la légitimation des nouveaux rapports sociaux[xiv] ».

    C’est également ce contexte qui explique que la fraction de la bourgeoisie, encore plus libérale que le pouvoir actuel, tente d’instrumentaliser l’inédit mouvement populaire de contestation pour accéder au pouvoir. Elle compte pour ce faire sur l’absence de débouché politique à court terme pour se présenter comme une alternative face à un pouvoir détesté et à sa clientèle tout aussi honnie. C’est ce que résument les syndicalistes du bastion ouvrier de Rouïba, apportant leur soutien total au mouvement populaire contre le cinquième mandat tout en alertant sur les manœuvres des ultralibéraux, et en précisant l’orientation à donner à la rupture avec le système pour que celle-ci ne se limite pas à un changement de propriétaire pour le mieux et à une aggravation du pillage pour le pire :

    Sur insistance des travailleurs et des sections syndicales, l’Union locale UGTA de la zone Industrielle Rouiba/Reghain, s’est réunie en date du 06 Mars 2019 pour débattre de la situation actuelle que traverse l’Algérie et du mouvement populaire en cours. Ne pouvant rester en marge des aspirations populaires profondes qui s’expriment, nous joignons nos voix pour dire oui à un changement de système. Un système qui préserve la propriété inaliénable du peuple sur les richesses naturelles de la nation, réhabilite le rôle de l’Etat dans le développement économique et social et la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Un système qui se démarque des oligarchies et revalorise la valeur du travail et qui place l’homme au centre du développement. Un système qui garantit les libertés individuelles, collectives et le libre exercice du droit syndical[xv]

    Les slogans criés lors des manifestations populaires indiquent une réelle conscience politique  du contexte qui s’approfondie avec l’inscription dans la durée du mouvement. Au slogan initial de « non au cinquième mandat » s’ajoute désormais celui de « système dégage ». D’autres slogans dénoncent les « sérakin » (voleurs) du pouvoir. D’autres enfin répondent au chantage au chaos en clamant que « l’Algérie n’est pas la Syrie ».  Ces slogans indiquent que derrière le déclencheur qu’a été le refus du cinquième mandat, c’est bien une causalité systémique qui est visée par la colère populaire.

     

    L’absence d’alternative à court terme

    Le caractère inédit du mouvement social actuel ne doit cependant pas occulter les difficultés auxquelles les aspirations populaires sont confrontées. Les partis d’opposition ne sont pas en mesure de constituer un débouché politique à la contestation populaire. Pour les plus importants, ils partagent les choix libéraux du pouvoir et ne jurent que par l’économie de marché qu’ils promettent de réguler. En ne prenant pas en compte le combat contre les orientations économiques et sociales du pouvoir, ils se sont progressivement mis en décalage avec l’immense majorité des classes populaires. Composés essentiellement de membres des couches moyennes et intermédiaires, ils n’apparaissent pas comme une alternative crédible aux yeux de ceux qui foulent les pavés des villes algériennes.

    Par ailleurs l’ampleur du pillage de ces trois dernières décennies ne pouvait se réaliser qu’en corsetant par la répression toute tentative d’émergence de nouvelles forces politiques populaires autonomes du pouvoir. Les conditions drastiques pour la création d’un parti, l’interdiction des manifestations avec la mise en avant de prétextes sécuritaires, l’instrumentalisation et la récupération de leaders de luttes sociales, la répression des mouvements sociaux, le contrôle de l’information, etc., sont autant de facteurs qui ont contribués à la production d’une carence d’expression politique en dépit d’une colère sociale populaire massive.

    Le pluripartisme de façade masque la monopolisation du champ politique par les partisans du libéralisme économique qui est la véritable cause de la situation actuelle. Le rejet massif des forces politiques soutenant le pouvoir comme de celles prétendant s’y opposer se traduit dès lors dans l’abstention massive. Cette dernière ne doit pas s’interpréter comme un signe de dépolitisation mais au contraire comme un mode de contestation politique souligne pertinemment la politologue Louïsa Dris-Aït Amadouche :

    L’expérience du multipartisme et des élections plurielles en Algérie est récente. Or, l’abstention qui marque de façon de plus en plus frappante les scrutins constitue un comportement électoral révélateur d’une profonde crise de confiance. L’abstention est d’abord liée à un système qui a réformé ses procédures sans changer ses logiques de fonctionnement. Il en résulte un code électoral dissuasif, des résultats officiels suspects et une présomption de culpabilité en matière de fraude électorale. L’abstention est, ensuite, directement liée à l’offre politique. Son personnel, ses propositions et ses résultats conduisent les électeurs à se désintéresser sinon de la chose politique, tout au moins de la chose électorale. L’abstention est, enfin, la conséquence d’un électorat échaudé, démobilisé, suspicieux et exigeant. En 1990, les Algériens ont massivement voté contre les symboles du régime FLN. En 1995, ils se sont massivement rendus aux urnes pour rejeter le terrorisme. Dans les deux cas, le vote était accompagné d’un espoir de changement. Depuis, les électeurs ne votent plus « contre » des idées ou « contre » des personnes, ils s’abstiennent[xvi].

    Le constat est encore renforcé par la jeunesse de la population algérienne. Si toutes les générations sont présentes dans les manifestations, la part de la jeunesse y est prépondérante. Ces jeunes qui sont pour les 16-24 ans à près de 30 % au chômage n’ont connu que le pouvoir de Bouteflika et de sa clientèle.  Ils ont été les témoins de retournements, de négociations de ralliements, de créations artificielles de partis, d’instrumentalisations de leaders et de luttes, les tentatives d’achat de la paix sociale par la distribution d’aides et de subventions quand les recettes pétrolières sont à la hausse, etc., les conduisant à un rapport sceptique à l’offre politique quand ce n’est pas à un rejet radical.

    Le vide politique voisine donc avec une maturation et une prise de position politique résultant à la fois d’un long héritage et de l’expérience concrète des deux dernières décennies. L’aspiration à l’égalité sociale investit par la paysannerie et les travailleurs algériens dans la lutte de libération nationale s’est transmis en dépit de l’instrumentalisation de celle-ci par les tenants du pouvoir afin de se légitimer. En témoigne la place de l’hymne national dans les manifestations. En témoigne également l’accueil fait à l’héroïne de la résistance qu’est Djamila Bouhired lorsqu’elle est venue apporter son soutien aux manifestants. La maturation est également issue de l’expérience récente marquée par la mise en évidence de l’impasse que constituent les forces se revendiquant de « l’islam politique » mais aussi par le spectacle des soubresauts des dites « révolutions arabes ».  Comme le souligne la sociologue Fatma Oussedik :

    Les personnes de référence ne sont donc plus Ali Benhadj et Abassi Madani, vêtus de djellabas, se revendiquant du seul texte religieux. Depuis les années 1990, ce courant a donné naissance à une « bourgeoisie pieuse », voire une petite bourgeoisie qui a voyagé, qui n’a pas que l’Arabie Saoudite comme horizon. Avec les dérives syrienne et libyenne, les voyages en Turquie, les islamistes algériens ont connu un relooking. Ils ont des intérêts matériels sur les marchés informels d’El Eulma, de Jolie-Vue. Ils craignent des ruptures trop brutales. Certes, il demeure des courants plus plébéiens, mais les directions des partis islamistes sont tenues par ces islamistes New look. Cette évolution a signé la fin de la mosquée comme seul centre de formation à la contestation[xvii].

    Cette expérience récente a trouvé ses lieux de socialisation dans la rue, dans les associations et collectifs informels, au café mais aussi dans les stades de foot comme en témoigne la reprise des airs des chants de supporters comme support des slogans des dernières manifestations. En témoigne également la présence des femmes, portant le voile ou non, jeunes ou plus âgées dans les cortèges. Cette maturation politique ne change cependant rien au fait qu’il n’existe pas de forces politiques crédibles susceptibles de servir de relais au mouvement social. Le manque d’une force politique populaire est une donne essentielle de la situation actuelle. Comme le souligne l’économiste Omar Benderra avant le déclenchement du mouvement populaire : « Face au libéralisme mafieux imposé par la dictature, la population oppose une tradition d’égalitarisme et de justice très ancrée, fort éloignée des dogmes et des idéologies. En attendant l’inévitable recomposition du champ politique, il ne reste donc « de gauche » que ce que le peuple, dans ses profondeurs, a conservé en termes de refus de l’injustice et de l’arbitraire, de résistance au diktat impérialiste en Palestine et d’opposition à l’alignement sur l’Occident[xviii]. »

    Le paradoxe d’une conscientisation politique en progrès voisinant avec un vide d’offre politique crédible caractérise la situation algérienne actuelle. Si la rupture avec le système est le mot d’ordre commun de tous les manifestants, ceux-ci appartenant à des classes sociales différentes (des chômeurs à certains chefs d’entreprise en passant par la petite bourgeoisie), un des enjeux clef réside dans le contenu mis à cette rupture. Comme le souligne le journaliste Hocine Bellaloufi en se référant à la définition de Lénine[xix] sur les conditions d’une situation révolutionnaire : « Il est clair désormais que ceux d’en bas ne veulent plus. Ils l’on exprimé clairement et massivement de toutes les façons possibles, en particulier dans la rue. Mais en dépit des défections qui se multiplient et s’accélèrent à mesure que le mouvement populaire se développe, ceux d’en haut peuvent encore[xx]. »

     

    Un contexte géostratégique à haut risque

    L’enjeu algérien est également à resituer également dans son contexte international qui est celui d’une séquence historique mondiale marquée par une exacerbation sans précédent dans l’histoire récente des contradictions entre grandes puissances impérialistes pour la maîtrise des sources d’énergies et des matières premières stratégiques, pour le contrôle des zones géostratégiques et pour entraver l’accès des concurrents (et en particulier des économies émergentes) à ces ressources et zones. La fin des équilibres issus de la Seconde guerre mondiale avec la disparition de l’URSS a ouvert cette séquence qui est loin d’avoir encore montré toutes ses conséquences.

    Une des conséquences les plus dramatiques pour les peuples est la multiplication des guerres entre ces puissances par pays interposés ou par intervention directe. Comme pour comprendre la situation algérienne, il convient désormais de prendre le réflexe analytique consistant à rechercher systématiquement la cause réelle qui se cache derrière le prétexte apparent. Pour les besoins de légitimation de ces guerres tous les prétextes possibles sont et seront mobilisés : défense d’une minorité opprimées, droits des femmes, lutte contre un dictateur, lutte contre le terrorisme, etc. Si nécessaire la logique du « pompier pyromane » peut même être mobilisée comme en témoigne la situation au Mali où après avoir freiné les capacités d’intervention de l’armée malienne, la France s’est présenté en sauveur face à la menace des rebelles sur la capitale. En témoigne également la situation au Venezuela où les sanctions économiques des USA tentent d’instaurer la pénurie pour pouvoir arguer de la nécessité d’une intervention militaire pour aider un peuple en danger. Des luttes et des revendications justes et légitimes peuvent ainsi faire l’objet de stratégie de récupération et d’instrumentalisation à des fins prédatrices.

    L’Algérie et les richesses qu’elle représente n’échappaient pas à ce contexte dans le passé et n’y échappent pas plus aujourd’hui. Ce fut le cas lors de la décennie noire au cours de laquelle les USA comme l’Union européenne ont conforté certaines forces rebelles à certains moments puis les ont lâchées à d’autres en fonction des concessions du pouvoir et des accords avec lui.  De même les puissances occidentales tentent depuis des années d’amener l’armée algérienne (la seconde armée en Afrique du Nord après l’Egypte) à participer à ses interventions en Afrique subsaharienne. Si jusqu’à présent la réponse fut négative, la tentation d’utilisation de la crise politique actuelle pour imposer un changement de cap soit en soutenant un pouvoir plus conciliant, soit en épaulant les tenants actuels n’est pas à exclure. Nul doute que les chancelleries des grandes puissances élaborent (et modifient ceux-ci en fonction de l’évolution de la situation) les différents scénarios leur permettant de sauvegarder leurs intérêts ou de les développer en marginalisant le concurrent en place.

    Sur cet aspect également la maturité des manifestants est notable comme en témoigne l’insistance des manifestants sur le caractère pacifique de leur mouvement. Sur cet aspect également ils sont appris des guerres qui ont endeuillées le monde ces dernières années. Cela étant dit personne ne peut, en l’état de la situation prédire l’avenir et la vigilance doit rester de mise.

     

     

    SOURCE: Investig’Action

     

    NOTES:

    [i] Si les évaluations des victimes de cette décennies ne font l’objet d’aucun consensus, le caractère massif des dégâts humains est indéniable : des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de traumatisés et d’handicapés, des milliers de femmes violées, des milliers d’exilés, des milliers de disparus, des millions de déplacés. Ne pas prendre en compte le traumatisme collectif que constitue une telle expérience de vie et de mort s’est se condamner aux conclusions erronées sur les réactions populaires algériennes qui fleurissent dans la presse française : pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas connue de « printemps arabe » ?, la soi-disant dépolitisation de la société algérienne, la pseudo absence de contestations sociales signant une toute aussi illusoire atonie des classes populaires, etc.

    [ii] Pour ne citer qu’un indicateur rappelons que 14 millions d’algérien vivent sous le seuil de pauvreté c’est-à-dire 35 % de la population et que 10 % des algériens détiennent 80 % des ressources du pays. Ces données sont fournies par une enquête de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) datant de 2015 : https://www.algerie-focus.com/2015/10/14-millions-de-pauvres-en-algerie10-dalgeriens-detiennent-80-des-ressources-du-pays/. Si les chiffres officiels indiquent un écart considérablement moindre, ils convergent néanmoins pour souligner une augmentation importante incontestable de l’écart des richesses : les données de l’Office National des Statistiques indiquent ainsi que 20 % des ménages s’accaparent 40 % des dépenses globales du peuple algérien en 2013 : https://algeria-watch.org/?p=13682.

    [iii] La dernière déclaration du président Bouteflika du jeudi 7 mars indique que le pouvoir tente toujours d’imposer cette logique binaire en dépit de l’ampleur des manifestations : «   Nous nous devons d’appeler à la vigilance et à la prudence quant à une éventuelle infiltration de cette expression pacifique par une quelconque partie insidieuse, de l’intérieur ou de l’extérieur, qui pourrait (…) susciter la Fitna (discorde) et provoquer le chaos avec tout ce qu’ils peuvent entraîner comme crises et malheurs. », https://www.rtl.fr/actu/international/algerie-abdelaziz-bouteflika-met-en-garde-contre-un-risque-de-chaos-7797151460.

    [iv] Le compromis qui a mis fin à la décennie noire s’est développé par l’intégration au sein du clientélisme d’Etat d’une partie des leaders « religieux » et par l’émergence d’une petite bourgeoisie et d’une bourgeoisie commerciale issues de cette origine en échange de la fameuse « réconciliation ».

    [v] Dans un excellent article en date du 7 mars, la sociologue Fatma Oussedik résume comme suit les principales données caractérisant la population algérienne : 70 % de la population est urbaine, le taux de croissance de cette population reste élevé avec un taux de croissance de 2.89 % par an, les moins de 15 ans représentent 29.7 % de la population et les moins de 30 ans comptent pour 54 %. Ramenant le nombre de manifestants à la population active, elle souligne : « Les 3 millions qui ont manifesté représentent, selon nous, environ 25% de la population en âge de manifester, quelles que soient les corrections apportées en comptant les enfants et les retraités présents. », https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019.

    [vi] Le terme « haraga » signifie littéralement «ceux qui brulent ». Il désigne l’acte de risquer sa vie en tentant la traversée de la méditerranée sur des embarcations de fortune. Le président de la région de Sardaigne en Italie évaluait ainsi à 1106 le nombre d’algériens débarqués sur la seule côte sud-ouest de l’île en 2016, https://www.algeriepatriotique.com/2017/09/27/recrudescence-inquietante-de-migration-algeriens-vers-litalie/.

    [vii] Abdelatif Rebah, Le Développement national contrarié, Alger, INAS, 2011.

    [viii] Nous empruntons ce terme au politologue Rachid Tlemçani : Etat, Bazar et globalisation. L’aventure de l’Infitah en Algérie, El Hikma, Alger, 1999.

    [ix] Abdelatif Rebah, Le Développement national contrarié, op.cit., pp. 65-66.

    [x] Rachid Tlemçani, : Etat, Bazar et globalisation. L’aventure de l’Infitah en Algérie, op. cit., p. 96.

    [xi] Ibid, p. 95.

    [xii] Mehdi Abbas, L’ouverture commerciale de l’Algérie. Apports et limites d’une approche en termes d’économie politique du protectionnisme, Revue Tiers-Monde, n° 210, avril-juin 2012, p. 60.

    [xiii] Abdelatif Rebah, Le Développement national contrarié, op.cit., p. 66.

    [xiv] Abdelatif Rebah, Un élan populaire pour une alternative de progrès social, El Watan du 6 mars 2019, https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-elan-populaire-pour-une-alternative-de-progres-social-06-03-2019.

    [xv] Déclaration de l’Union Locale UGTA de la zone industrielle de Rouiba/ReghaÎa du 6 mars 2019, https://www.algerie-eco.com/2019/03/06/ugta-zone-industrielle-rouiba-reghaia-soutiennent-marches-contre-5e-mandat/.

    [xvi] Louïsa Dris-Aït Hamadouche, L’abstention en Algérie : un autre mode de contestation politique,L’année du Maghreb, 2009, p. 263.

    [xvii] Fatma Oussedik, Un peuple de trois millions dans les rues des villes du pays : qui sommes nous ?, El Watan du 7 mars 2019, https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019.

    [xviii] Omar Benderra, Que reste-t-l de la gauche en Algérie, Assafirarabi du 27 novembre 2018, http://assafirarabi.com/fr/23427/2018/11/27/que-reste-t-il-de-la-gauche-en-algerie/.

    [xix] Lénine, La maladie infantile du communisme (le “gauchisme”) : « La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du XX° siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque “ceux d’en bas” ne veulent plus et que “ceux d’en haut” ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. »

    [xx] Hocine Belalloufi, Algérie : d’une crise de régime à une crise politique, Contretemps, 7 mars 2019, https://www.contretemps.eu/algerie-crise-regime/.

     

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    Le report des élections algériennes et la bombe Brahimi

    Le report des élections algériennes et la bombe Brahimi

    En 1992, une nouvelle équipe s’empara du pouvoir en Algérie pour faire face, à sa manière, au terrorisme islamiste. Aujourd’hui, acculée par les manifestations populaires, elle tente de se maintenir en créant un étau entre d’un côté Lakhdar Brahimi qui l’aida à accéder au pouvoir et, de l’autre, les terroristes du FIS qui justifièrent son coup d’État.

     | ALGER (ALGÉRIE)  

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    Lakhdar Brahimi fut un des 10 membres du Haut Conseil de Sécurité qui, en 1992, destitua le président Chadli Bendjedid qui avait instauré le multipartisme, annula les élections locales que les islamistes venaient d’emporter, et plaça au pouvoir Abdelaziz Bouteflika. Aujourd’hui âgé de 85 ans, il vient d’être nommé par le même Bouteflika, 82 ans, pour présider la Conférence nationale qui mènera la transition démocratique, annoncée depuis vingt ans et impatiemment attendue par la jeunesse.

    Contrairement à la réalité, des agences de presse et des chaînes de télévision algériennes et internationales ont diffusé des images de joyeux manifestants, dans la rue algérienne, satisfaits, suite à la récente « lettre » attribuée au président Abdelaziz Bouteflika [1], annonçant son retrait de la course présidentielle, le report de l’élection, et un remaniement ministériel.

    En réalité, des milliers d’Algériens n’ont pas pu attendre vendredi pour participer à des manifestations contre « la lettre », et ont envahi les rues, pas pour exprimer leur joie, mais pour protester.

    De nouveau ce président —dont, selon sa presse, sa santé est satisfaisante et qui est revenu de Genève après des tests « de routine »— n’est pas apparu. Bouteflika a adressé au peuple un message écrit de près de 1 000 mots, précisant :

    - Ne pas briguer un cinquième mandat en raison de son âge et de son état de santé ;
    - Qu’il n’y aura pas d’élections présidentielles le 18 avril 2019 ;
    - Préparer un remaniement gouvernemental ;
    - Organiser une conférence national incluant tous les courants politiques afin de préparer des reformes et un « changement du régime » ;
    - Convoquer des élections nationales à une dates non précisée ;
    - Former un gouvernement de compétences nationales.

    La ruse du report des élections

    Nous remarquons dans cette lettre que Bouteflika assure qu’il n’avait pas l’intention de briguer un cinquième mandat. Cela soulève des questions sur ceux qui ont mené une campagne en son nom, sur la collecte de « six millions » de signatures, et sur le dépôt de sa candature.

    Il a déclaré que son âge et son état de santé ne lui permettaient pas de se présenter aux élections, ce qui contredit des dizaines de déclarations de ministres et de hauts fonctionnaires de l’État et du corps diplomatique et des chefs d’État étrangers, qui ont assuré aux Algériens à plusieurs reprises que Bouteflika était en bonne santé, pouvant exercer ses fonctions (ce qu’Emmanuel Macron, par exemple, a confirmé lors de sa récente visite en Algérie).

    Mais le point le plus important est que le report de l’élection a été annoncé un jour avant que le Conseil constitutionnel ne se prononce sur la validité des dossiers des candidats.

    Le pouvoir ne se souciait pas des millions de personnes qui ont manifesté. Il attendait que le Conseil constitutionnel —notoirement soumis à sa volonté— accepte la candidature de Bouteflika, pour annoncer que « les urnes » auraient le dernier mot, en s’appuyant sur ses compétence frauduleuses.

    Les manifestants ont faire preuve d’une grande volonté lors de la grève générale, dimanche dernier. Cependant, ils n’auraient pu influencer le pouvoir si les magistrats ne les avaient pas rejoints.

    Après que les avocats se soient réunis devant le Conseil constitutionnel, environ 1 000 juristes se sont joints aux manifestations. Ils ont dénoncé les violations persistantes de la Constitution et ont promis de n’accepter aucune décision non conforme aux lois et à la Constitution.

    Cette position a changé le rapport de force. Un cinquième mandat serait une nouvelle violation de la Constitution, il implique également des représailles contre tous les cadres nationaux qui ont accompagné le mouvement. Cela ne se fera pas sans la complicité des juges.

    Ce qui est également remarquable, c’est que le « régime » de Bouteflika a continué à ignorer la Constitution. Il a décidé de reporter les élections sans préciser de date. Le même jour, il a désigné un nouveau Premier ministre : Noureddine Bedoui, l’architecte du cinquième Mandat, le falsificateur de six millions de signatures.

    Il a créé également un nouveau poste qui n’existait pas auparavant : vice-Premier ministre. Il l’a attribué au ministre des Affaires étrangères, Ramtan Lamamra. Pour les observateurs avertis, il y a deux clans au pouvoir, qui ne parvenaient pas s’entendre pour désigner le Premier ministre.

    Auparavant, le clan au pouvoir empêchait, à Genève, les journalistes de s’approcher du président. Il a diffusé des images du départ de son convoi de l’hôpital suisse, et de son arrivée en Algérie, jusqu’à la résidence présidentielle à Zeralda sans qu’il apparaisse personnellement.

    Des images seront bientôt révélées : l’avion qui a décollé de l’aéroport de Genève n’est pas celui qui est arrivé en Algérie, les photos de son arrivée provenaient de l’aéroport international d’Alger, tandis que son avion privé avait atterri à l’aéroport militaire de Boufarik, selon des sources. La presse a été expulsée de la scène.

    Le système a continué de générer des informations sur la télévision An Nahar, outil de Saïd Bouteflika. Une astuce a été utilisée en diffusant d’anciennes images montrant le président Bouteflika recevant le général Gaid Saleh (chef d’état-major), Ahmed Ouyahia (chef de gouvernement) et Lakhdar Brahimi (l’ancien diplomate). Ces images, filmées le 18 octobre 2017, selon des connaisseurs, ont été rediffusées comme si elles avaient été prises le 11 mars 2019.

    Bouteflika n’a pas de prérogatives constitutionnelles pour arrêter le processus électoral. Le but de cette « lettre » est d’abolir le processus électoral et de prolonger le 4ème mandat, sans passer ni par le Parlement, ni par les urnes.

    La bombe Brahimi

    Le régime de Bouteflika ne partira pas avant d’engloutir l’Algérie. Lakhdar Brahimi —connu dans les médias arabes sous le nom de el-Ibrahimi— a été convoqué par le régime, pour satisfaire les masses. Beaucoup de gens pensent qu’il est issu de la respectée famille El-Ibrahimi ; une famille militante qui a porté le flambeau de l’éducation et de la réforme en Algérie, dans les années cinquante.

    Mais Lakhdar Brahimi n’a rien à voir avec cette ascendance prestigieuse. Il est le fils d’une famille collaboratrice du colonialisme français, son oncle —qui porte le même nom, Lakhdar Brahimi— a été a l’origine du massacre de Dèchemia, en avril 1948. Des militants indépendantistes concurrents de cet oncle, candidat de l’administration coloniale aux élections truquées par le célèbre Marcel-Edmond Naegelen, y furent assassinés.

    Ce faux passé révolutionnaire et une réputation diplomatique internationale usurpée devraient permettre au pouvoir d’absorber la colère du peuple et de lui faire accepter un homme qui sert Abdelaziz Bouteflika, même après sa renonciation.

    En ce qui concerne les relations internationales, Brahimi est l’homme des États-Unis. Il a joué un rôle de diversion pendant la destruction de la Syrie par les Occidentaux et les arabes du Golfe [2]. Au contraire, Ramtan Lamamra est un homme « de confiance » du président Macron.

    Les deux garantissent la préservation des intérêts de la France et des USA, les plus grands bénéficiaires économiques de l’Algérie.

    Le ministre français des Affaires étrangères n’a pas tardé à exprimer sa satisfaction pour « la lettre » attribuée à Abedlaziz Bouteflika. Avant cela, Emmanuel Macron qualifiait cette décision de « raisonnable ».

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    En août 2014, le chef opérationnel de la banche armée du FIS, Madani Mezrag, a été autorisé à tenir un camp de formation en Algérie. En 2016, il avait été reçu officiellement par Ahmed Ouyahia (juste avant que celui-ci ne soit nommé Premier ministre), puis il disparut des médias. Il est aujourd’hui de retour avec l’accord du président Bouteflika.

    Ce que beaucoup d’Algériens ne savent pas, c’est que le président Bouteflika a donné au parti islamiste radical, le Front islamique du salut —FIS— (qui a pris les armes contre l’État et le peuple au début des années 1990) des privilèges spéciaux, ainsi que ceux accordés par la « Réconciliation nationale ».

    Ce parti est une bombe à retardement que Bouteflika a cachée toutes ces années, pour intimider tout mouvement qui s’opposerait à son règne. Le choix se résume ainsi : soit son régime, soit le terrorisme, c’est-à-dire la peste ou le choléra.

    La « Réconciliation nationale » prévoit l’amnistie des terroristes islamistes. Ils sont autorisés à retourner à la vie civile, mais pas à la politique.

    Madani Mezrag, l’un des dirigeants de l’Armée islamique du salut (AIS) —c’est-à-dire de la branche armée du FIS— a déclaré que le président Bouteflika l’a autorisé, en vertu d’un accord particulier, à exercer des activités politiques, bien que son parti ne soit légal.

    Il existe de nombreux partis politiques —tous fidèles au régime et actifs sous sa protection— qui le cautionnent même lors ce qu’il viole les lois. Ces partis ont de nombreux membres, mais le régime ne compte sur aucun d’entre eux : son arme active secrète reste le FIS.

    Mezrag assure qu’il se fout des lois, tant qu’il existe un accord entre lui et le président Bouteflika. Il affirme que cet accord est supérieur à la loi de réconciliation nationale. Il a déclaré qu’il ne regrettait pas d’avoir porté les armes dans les années 1990, disant que son parti était une victime, et qu’il se battait pour « défendre des droits volés », soulignant qu’il est prêt à continuer si son parti était empêché de revenir à la vie politique.

    C’était il y a 4 ans, cependant, il n’a pas reformé son parti et n’a pas engagé de démarche officielle.

    Il attend le bon moment… Peut-être que celui-ci est venu, surtout que la loi —jusqu’à aujourd’hui— est la dernière chose à respecter en Algérie.

    [1] « Message attribué à Abdelaziz Bouteflika prolongeant son mandat », par Abdelaziz Bouteflika, Réseau Voltaire, 11 mars 2019.

    [2] « Le Plan Brahimi », par Thierry Meyssan, El-Ekhbar (Algérie) , Réseau Voltaire, 28 août 2012.

     

     

    https://www.voltairenet.org/article205644.html

    Algérie, en route vers l’inconnu !

    INTERNATIONAL

    Algérie, en route vers l’inconnu !

    LE 13 MARS 2019

    L’Algérie ne connaît pas de retour à la normale depuis l’annonce officielle, lundi dernier, qu’Abdelaziz Bouteflika renonçait à briguer un cinquième mandat présidentiel.

    Bien au contraire, c’est avec vigueur et détermination que partout dans ce pays voisin, des cortèges parcourent avenues et boulevards pour clamer leur rejet de cette « solution » qui n’est rien d’autre qu’un subterfuge pour la pérennisation du « Système » que les Algériens, de plus en plus nombreux, rejettent avec colère.

    Car, c’est bien à ce niveau que la question se pose. Chacun comprend parfaitement que le clan Bouteflika ne veut rien lâcher du pouvoir qu’il occupe depuis 1999 et « l’offre » de Bouteflika est appréhendée comme une manœuvre dilatoire, anticonstitutionnelle de surcroît, puisque Bouteflika repousse sine die la date des élections et propose une « conférence nationale » à la fin de la présente année, laquelle devrait déboucher, à une date indéterminée pour l’instant, sur une nouvelle Constitution.

    Tel est pris qui croyait prendre

    Mais, très visiblement, la ficelle est trop grosse pour les Algériens, et notamment les jeunes, fer de lance du mouvement généralisé de contestation.

    Ce que certains appellent déjà « La Révolution » dépasse largement, de fait, le seul refus du cinquième mandat présidentiel !

    Il en va désormais de l’avenir proche de l’Algérie car, comme devrait le confirmer la très forte mobilisation attendue dans les rues de ce pays vendredi 15 mars prochain, la tentative de coup d’État institutionnel a d’ores et déjà échoué parce que les citoyens ont très vite compris qu’à leur mot d’ordre de « dégage », le Pouvoir répondait par « on ne lâche rien ».

    On en voudra pour preuve le simple ravalement de façade opéré par le clan présidentiel après l’annonce de la renonciation officielle, celui d’un remaniement gouvernemental qui s’est opéré au profit des caciques et affidés les plus proches du président actuel.

    C’est Noureddine Bedoui, jusque-là ministre de l’Intérieur, fidèle d’entre les fidèles, qui prend la Primature, tandis que le sieur Ramtane Lamamra, bien connu chez nous pour sa très forte phobie anti-marocaine, reprend le portefeuille des Affaires étrangères, accolé d’un poste de vice-Premier ministre.

    Mais, ce faisant, Bouteflika et ses proches s’enferment dans leur propre piège. En effet, la Rue algérienne récuse et récusera de plus en plus fortement tous les scenarii « alternatifs » proposés parce que, désormais, elle ne proclame qu’une seule revendication, celle de l’éviction du pouvoir actuel, la chute du régime et l’entrée dans une nouvelle ère, faite de démocratie et de respect des libertés.

    Ce qui, bien évidemment, est inconcevable pour ceux qui dirigent en fait l’Algérie depuis 1962 !

    On s’aperçoit ainsi que d’un coup, ce pays est entré dans une phase réellement révolutionnaire en ce sens que les institutions officielles, les corps constitués, la représentation parlementaire, les partis politiques, y compris ceux qui sont censés être dans l’opposition, sont totalement décrédibilisés et rejetés par les Algériens.

    Voilà pourquoi on imagine mal que le calme va revenir et la mobilisation décroître rapidement, d’autant que la parole est désormais libérée et les Algériens, avec une maturité qui impressionne et qui ravit à la fois, font montre d’un esprit de responsabilité et d’une volonté de lutte remarquables.

    On peut donc gager que la mobilisation contre le « Système » va aller en grandissant, ce qui pourrait signifier, à Dieu ne plaise, des moments plus difficiles pour l’Algérie…

    Car une inconnue est encore bien présente dans tous les esprits, celle de la réelle capacité du Pouvoir algérien de contenir la révolte qui gronde.

    La tentation de la répression

    Le président Bouteflika, qui n’a guère montré jusqu’à présent une velléité de partir, ira-t-il jusqu’à ordonner et organiser la répression contre son peuple ?

    Et, auquel cas, quelles seront les forces qui accepteront que le mouvement actuel se transforme en bain de sang ?

    Ces questions méritent d’être posées, même s’il est peu vraisemblable que les unités de maintien de l’ordre s’engagent, dans l’état actuel des choses, à faire ce « sale boulot ».

    Reste donc « la grande muette », qui, par la voix du chef d’État-major, le général Ahmed Gaïd Salah, a récemment déclaré que « l’armée était avec le Peuple ».

    Les militaires, et notamment la haute hiérarchie, iront-ils jusqu’à provoquer, ou, du moins, encourager le départ de Bouteflika dans les jours à venir afin de contenir la révolte en donnant quelques gages aux Algériens ?

    Resteront-ils l’arme au pied, en simples spectateurs, en cas d’aggravation de la situation du fait notamment de la multiplication des appels à la grève générale et la poursuite des manifestations anti-Bouteflika ?

    Un pourrissement de la situation pourrait donc entraîner une intervention de l’armée, non dans un sens répressif, mais pour l’application du mot d’ordre le plus populaire aujourd’hui en Algérie « dégage » !

    Et les généraux algériens prendraient alors les choses en main pour éviter que la contestation ne les touche à leur tour…

    A ce stade, ainsi, une seule chose paraît sûre, c’est que l’Algérie, dont le peuple vit des moments aussi intenses qu’historiques, va tout droit vers l’inconnu !

    Fahd YATA  

    Bouteflika et un cinquième mandat à moitié plein!

    Bouteflika et un cinquième mandat à moitié plein!

     

    Mardi 12 Mars 2019 modifié le Mardi 12 Mars 2019 – 12:30

     

    par Mustapha Tossa


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    Capture d'écran

    Capture d’écran
    Pour commenter la dernière trouvaille du clan Bouteflika afin de maintenir au pouvoir, les formules fusent dans les réseaux sociaux. « Vous ne voulez pas d’un cinquième mandat, le quatrième sera prolongé ». Avec cette nette impression que le pouvoir s’est livré à un micmac institutionnel pour s’éviter les grandes ruptures portées et exigées pacifiquement par les manifestations populaires algériennes. A défaut d’annoncer son retrait pure et simple de la vie politique, Bouteflika, lourdement handicapé par la maladie, se propose de gérer une période transitoire et d’organiser lui-même sa succession.

    Cette insistance à rester aux commandes du pays malgré les grands obstacles qui se dressent devant lui donne raison à tous ceux qui affirmaient que sa principale motivation dans ce dernier combat est son inébranlable volonté de mourir président de la république et bénéficier ainsi de funérailles internationales. Ce caprice obsessionnel domine tout le reste, quitte à faire courir aux pays les risques de grandes déchirures. Avant les manifestations, ce dessin allait de soi en se disant que ceux qui ont accepté le quatrième avaleront facilement la couleuvre du cinquième,. Après l’explosion populaire, le clan Bouteflika s’est trouvé dans l’obligation de ruser pour maquiller une sorte de crise. Ce fut fait en deux temps majeurs qui décrivent les peurs et les fissures du système censé porter les fondations de cette stratégie.

    Le premier acte fut un engagement de Bouteflika fut un engagement de Bouteflika à participer à ces élections présidentielles et une promesse qu’au bout d’un certains temps d’organiser une conférence nationale autour d’une nouvelle constitution et des élections présidentielles anticipées. Bouteflika s’engage fermement à ne pas y participer. Ce que les Algériens avec leur légendaire humour noir ont traduit dans les réseaux sociaux par cette formule lapidaire « Donnez moi un cinquième mandat et je m’engage à mourir avant le sixième ».

    Le second acte intervient avec le retour mis en scène de Bouteflika en Algérie après deux semaines de soins dans un hôpital suisse. Avant la date fatidique du 14 mars, date de validation par le conseil constitutionnel des candidatures, Bouteflika sort de sa manche une carte maîtresse. Son retrait de cette élection présidentielle, le report de celle ci doublé d’un grand remaniement gouvernemental. Il renonce à son cinquième mandat mais s’impose comme le grand ordonnateur de la transition qui peut aussi bien durer quelques mois ou quelques année. La promesse d’une nouvelle constitution soumise à un référendum, autant d’actes politiques destinés à donner l’illusion que la succession s’organise dans une atmosphère apaisée et sous contrôle. Mais tout cela se passe alors que Bouteflika conserve son poste de président et s’octroie au passage une prolongation de mandat pas forcément constitutionnelle.

    Bouteflika a donné cette impression de céder certes sous le poids des manifestations populaires et déterminées mais aussi à cause des dissensions de sa clientèle de base qui commence à s’effriter et à prendre ses distances. Les structures de représentations des Moujahidines, des patrons, des juges, des avocats, des journalistes, des syndicats notamment le plus influent l’UGTA, ont tous par leurs hésitations participer à peser sur la balance du retrait. Même l’armée, d’habitude si taciturne, a eu quelques états d’âmes comme en témoigne le dernier discours de son patron, Ahmed Gaid Salah, qui après avoir formulé des menaces claires s’est mué en grand séducteur du peuple au point d’annoncer qu’il comprend ses préoccupations.

    À l’international, la France, qui s’était distinguée tout au long de ces manifestations aux allures de « dégagisme » face à un système corrompu et népotique par un silence hésitant, contrainte qu’elle était dans son expression à l’égard de l’Algérie par sa relation complexe et effervescente avec ce pays, a été la première à se féliciter de l’abandon de Bouteflika du cinquième mandat et à souhaiter que la feuille de route proposée puisse assouvir les désirs des Algériens.

    « Je salue la décision du président Bouteflika qui signe une nouvelle page » dans l’histoire de l’Algérie, n’a pas manqué de réagir le président français Emmanuel Macron depuis Djibouti, appelant à une « transition d’une durée raisonnable ».

    Aujourd’hui, la grande inconnue de cette équation algérienne réside dans l’ampleur que prendront les manifestations des Algériens: Vont-ils se contenter de ce recul en trompe l’œil opéré par le régime de Bouteflika pour mieux se maintenir au pouvoir où vont-ils donner un coup d’accélérateur à leurs revendications et exiger que Bouteflika quitte le pouvoir à la fin légale de son mandat? De la nature même de ces comportements dépendra les réactions de l’armée et des forces de l’ordre. Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est ni plus ni moins que la paix civile en Algérie.

    Mardi 12 Mars 2019 – 10:02

     

    Le président Bouteflika pris en otage, le Peuple algérien emprisonné

    Le président Bouteflika pris en otage, le Peuple algérien emprisonné

    Ni la presse algérienne, ni même les médias internationaux ne rapportent ce qui se passe vraiment en Algérie. Pourtant, un président presque totalement paralysé est censé diriger un pays de 42 millions d’habitants. Un Pouvoir opaque y mène en son nom une campagne électorale ubuesque en violation des lois et de la Constitution. Tandis que le Peuple descend en masse dans les rues contre cette mascarade.

     | ALGER (ALGÉRIE)  

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    Saïd Bouteflika (photo) a profité de la maladie de son frère pour s’emparer du pouvoir. Il exerce la présidence à la place du président élu, presque totalement paralysé.

    L’Algérie affronte aujourd’hui une scène politique tragi-comique : d’un coté : des manifestations de masse contre la candidature illégale d’un président à moitié mort, en tous cas paralysé, de l’autre coté, un système qui ignore les revendications populaires et insiste pour l’imposer le président Bouteflika, même si cela viole la Constitution et les lois.

    Pour la troisième fois, le système algérien a annoncé la candidature du président Bouteflika, pour un cinquième mandat. Pourtant, la constitution n’autorise pas plus de deux mandats consécutifs. Les Algériens protestent depuis deux semaines, par des manifestations de masse à travers le pays, pour la première fois dans l’histoire du pays.

    Les citoyens algériens se posent de nombreuses questions :
    - L’Algérie deviendra-t-elle une nouvelle Libye ?
    - Le Pouvoir a-t-il réellement l’intention d’utiliser la force pour imposer le président Bouteflika, bien qu’il soit paralysé, que ce soit contraire à la Constitution et malgré le rejet populaire ?
    - Pourquoi la France et les États-Unis sont-ils indifférents à ce qui se passe en Algérie, alors qu’ils y sont les plus avantagés ?
    - Pourquoi les médias internationaux ignorent-ils le mouvement populaire en Algérie ?
    - Le pays connaîtra-t-il un sort similaire à celui de Bahreïn au début du « Printemps arabe » ?
    - Pourquoi les gens manifestent-ils à ce moment précis ?
    - Ces manifestations sont-elles spontanées ?
    - Pourquoi les élites soutiennent-elles les deux parties en même temps ?
    - Pourquoi la presse se range-t-elle derrière le Pouvoir et déforme-t-elle la réalité des événements ?
    - Pourquoi l’un des dirigeants du Parti islamiste a-t-il soudain interdit de parler et de blanchir son image ?
    - Pourquoi l’armée est-elle neutre alors que tous les indicateurs mettent en garde contre une crise sécuritaire ?
    - Pourquoi tous les partis d’opposition se retirent-ils de la compétition électorale, en faveur du Pouvoir, comme en 1999 ?

    Beaucoup de questions restent sans réponses. Que se passe-t-il maintenant ?

    Depuis presque deux semaines, les Algériens de toutes les régions descendent dans les rues afin d’empêcher le gouvernement de violer à nouveau la Constitution et de nommer un président qui ne peut ni tenir un stylo, ni répondre aux salutations. Incapable de mener une vie normale, comment peut-il assumer les fonctions d’un chef d’État ?

    Un système illégitime

    Le système actuel, étrangement arrivé au pouvoir en 1999, a perdu sa légitimité juridique depuis 2009, après avoir violé ouvertement la Constitution. Le président Bouteflika a passé deux mandats officiels, comme stipulé par la loi (malgré la fraude électorale qui a été avouée par vainqueur lui-même). Il aurait dû se retirer en avril 2009, mais il a duré dix ans de plus et a apporté plusieurs modifications à la Constitution pour se légaliser, même si ces modifications n’ont pas été approuvées par référendum.

    Au cours des dix dernières années, le Pouvoir a été transféré de facto à Saïd Bouteflika, le frère du président élu. Après l’accident vasculaire cérébral du président, en 2013, le Pouvoir a affaibli ou détruit les institutions officielles qui pourraient constituer une menace pour lui. Ainsi le DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité) a été démantelé, puis rattaché à la présidence de la République. Il ne s’occupe plus de l’information, de la communication, de la sécurité de l’armée et de certains pouvoirs de police judiciaire.

    Les agents du Renseignement qui ont enquêté sur les affaires de corruption ont été évincés d’une manière ou d’une autre. Les hauts fonctionnaires des ministères travaillant pour les services de Renseignement ont été poursuivis et emprisonnés.

    Les « hommes de Bouteflika » corrompus n’ont pas été inquiétés, ceux qui étaient accusés ont tous été acquittés (Sonatrach1 et 2, Autoroute est-ouest… entre autres). La direction du Renseignement, qui était chargée d’enquêter sur la corruption et le pillage de fonds publics, a été apurée, les dossiers ont été clos, les responsables ont été acquittés.

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    Général Ahmed Gaïd Salah

    L’armée est l’institution la plus sensible du pays : tous ceux qui ne sont pas favorables a une réélection du président Bouteflika ont été démis de leurs fonction, ou mis à la retraite, au motif qu’ils ont atteint les 60 ans. Mais, proche de Saïd Bouteflika, le général Ahmed Gaïd Salah (79 ans) a été promu chef d’état-major.

    Cela explique les procès, très médiatisés, intentés à certains officiers généraux et supérieurs, puis leur acquittement. Le but de cette opération était d’intimider les opposants à une présidence à vie. C’était une mise en garde aux opposants. Le Parlement et la presse sont devenus des outils aux mains du Pouvoir.

    Un président otage

    La dernière fois que le président a parlé à son peuple, c’était en mai 2012. Il a alors déclaré qu’il n’était plus la personne que les gens attendaient. Abdelaziz Bouteflika savait que sa santé commençait à se dégrader. Un an plus tard, il a eu une attaque cérébrale. Il a été hospitalisé au Val-de-Grâce, l’hôpital militaire français, pendant près de 80 jours. N’étant plus apte physiquement et mentalement, l’article 88 de la Constitution stipule que la vacance doit être annoncée, qu’un intérim doit être organisé durant 45 jour, et que l’on doit procéder à l’élection de son successeur.

    Des manifestation contre un quatrième mandat, exigeant l’application de l’article 88, ont été réprimées par les forces de police. Rien n’y a fait. Il a continué à occuper ses fonctions. Alors qu’il perdait ses facultés physiques et mentales, il y avait toujours quelqu’un pour parler en son nom.

    Encore une fois, en 2014, la Constitution (qui interdit au président de briguer plus de deux mandats consécutifs) a été violée et Abdelaziz Bouteflika a été « élu » président pour la quatrième fois, sans le consentement du peuple. Il a prêté serment, épuisé, incapable de lire.

    Depuis son AVC en 2013, les Algériens avaient remarqué que la santé de leur président —que l’on aperçoit très rarement à la télévision— se détériorait de plus en plus : il ne pouvait plus bouger les membres inférieurs, il ne peut plus désormais bouger la tête, ni les bras. Il ne peut pas bouger plus d’une main, sans pouvoir lever la tête pour voir qui le salue ou lui parle. Il est toujours accompagné. Une personne parle et signe en son nom. Au cours des deux dernières années, il s’est totalement éclipsé. Seulement quelques personnalités —dont le président français, Emmanuel Macron— se sont affichés à coté de lui, pour prendre une photo.

    Le président n’est apparu que quelques fois en six ans. Il n’a eu de cesse d’annoncer que ce serait son dernier mandat et que tout autre que lui ne serait pas autorisé à exercer plus de deux mandats.

    Au cours des cinq dernières années, usurpées de 2014 à 2019, le système a persisté en violant la constitution au risque de provoquer le chaos.

    Tout indique que le véritable dirigeant actuel de l’Algérie est son frère, Said Bouteflika, celui qui l’avait amené à l’hôpital du Val-de-Grâce et interdit à quiconque de le voir. Depuis, il place ses hommes aux endroits stratégiques et liquide tous ceux qui ne servent pas ses objectifs.

    Après cette date, personne n’a revu le président. Les ministres, les gouverneurs et les hauts fonctionnaires de l’État ont été nommés par de simples lettres portant son cachet. En ce qui concerne l’armée, Saïd a gardé le général Ahmed Gaïd Salah et s’en est servi pour dégager les généraux nationaux et tous ceux qui soutenaient la loi.

    Les Algériens ne se sentent plus en sécurité et craignent une guerre civile. Gaïd Salah ne jouissait pas d’une bonne réputation au sein des armées, dont il avait déjà été expulsé. Il a été nommé chef d’état-major en remplacement du général Mohamed al-Amari, qui s’était opposé à la reconduction du président Abdelaziz Bouteflika.

    Saïd s’est efforcé d’être invisible. Il n’apparaît pas dans les médias, tandis que tout ce qui arrive est attribué à son frère. Toutes les correspondances administratives et officielles sont estampillées au nom du président élu, tandis que des chaînes de télévision ont été créées pour le glorifier et tout lui attribuer.

    Le Peuple emprisonné

    Pourquoi le Pouvoir insiste-t-il à porter la candidature d’Abdelaziz Bouteflika malgré sa paralysie physique et mentale ? Pourquoi ne lui trouve-t-il pas de successeur ? Une lettre a certes été publiée (bien sûr au nom d’Abdelaziz Bouteflika) promettant aux Algériens de nombreuses réformes. Son langage suggère qu’il va gagner.

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    Abdelmalek Salal

    Le Pouvoir a tenté de paraître démocratique, ne réprimant pas les marches pacifiques contre cette mascarade. En même temps, il n’a pas oublié d’utiliser le langage de l’intimidation contre le peuple qui a souffert de la dégradation continue de son niveau de vie pendant les quatre derniers mandats. Un appel téléphonique entre deux des hommes les plus puissants du pays, a été divulgué : Abdelmalek Salal, ancien Premier ministre et directeur de campagne du président jusqu’à son limogeage la semaine dernière, s’entretient avec Ali Haddad, le milliardaire qui préside le patronat algérien, sur la possibilité de recourir de l’utilisation de Kalachnikovs.

    Les observateurs estiment que cet appel a été délibérément publié pour d’intimider les manifestants qui entendent occuper la rue jusqu’au retrait de la candidature du « cadavre ».

    De son coté, le Premier ministre Ahmed Ouyahia (favorable à l’arabisation du pays) a déclaré que les manifestations actuelles peuvent conduire au même scénario qu’en Libye et en Syrie… un discours enraciné par le Pouvoir depuis le début du « Printemps arabe ».

    Des foules de manifestants ont réagi, vendredi, lors d’un grand rassemblement dans la capitale, en scandant : « L’Algérie n’est pas la Syrie ».

    Les Algériens ont beaucoup souffert depuis 1990, le terrorisme islamique a détruit la plupart des institutions et anéanti presque complètement la vie économique. Les mandats successifs d’Abdelaziz Bouteflika n’ont pas changé grand-chose.

    L’exportation d’hydrocarbures, l’importation de produits essentiels et de luxe se sont développés. Mais quelques années plus tard, l’échappatoire financière a pris fin, des milliards de dinars ont disparu, les gouvernements ont annoncé la faillite et l’austérité, le pouvoir d’achat des citoyens a été réduit au minimum, les hôpitaux et les structures de base du pays ont été restreints.

    Pendant le règne de Bouteflika, le taux de criminalité a atteint un niveau élevé, tout comme le nombre de toxicomanes, l’état des hôpitaux s’est détérioré, l’éducation a perdu sa valeur après un certain nombre de programmes éducatifs infructueux, ce qui s’applique au reste de la vie. En Algérie, une seule chose a réussi : la corruption sous toutes ses formes.

    Aujourd’hui, le peuple ne peut plus supporter cette situation. Les médias algériens ne lui permettent pas de s’exprimer, tandis que les médias internationaux le traitent superficiellement. Le Pouvoir ignore la loi et la Constitution de manière claire et flagrante, et désigne pour la cinquième fois un « mort-vivant » sans être dénoncé par quiconque, ni à l’intérieur du pays, ni à l’extérieur.

    Les détails sont pleins d’étrangetés et de contradictions : la loi stipule que le candidat doit déposer lui-même son dossier de candidature auprès du Conseil constitutionnel. Le président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), Abdulouahab Darbal, a répété que les candidats à l’élection présidentielle devaient se rendre à son siège pour déposer leurs dossiers. Mais l’avion du président, qui l’a amené à Genève pour se faire soigner, est revenu vide…

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    Abdelghani Zaalane

    Abdelmalek Sellal, directeur de campagne du président a été limogé. Le ministre des Transports, Abdelghani Zaalane, lui a succédé. Il a présenté les documents de Bouteflika au Conseil constitutionnel, bien que la loi l’interdise. Il a déclaré à la presse qu’il a déposé le dossier au nom d’Abdelaziz Bouteflika, car son état de santé l’empêche de le faire lui-même, puis a souligné sans honte qu’il a joint un certificat médical attestant que le président est en bonne santé. En outre, il a déposé au moins 3 millions de signatures pour soutenir la candidature, sans que l’on sache comment il les a obtenues

    Les Algériens n’ont pas été surpris par cette attitude : pendant 20 ans, ils ont constaté que la loi s’appliquait de manière rigoureuse aux opposants, tandis que les Bouteflika et leurs alliés faisaient ce qu’ils voulaient au grand jour, sans que personne ne les oblige à rendre de compte.

    Abdelaziz Bouteflika peut-il vraiment gouverner l’Algérie pendant encore cinq ans,malgré son état de santé ?

    Le journal suisse La Tribune de Genève a confirmé que le président algérien était toujours présent dans le complexe hospitalier de Genève et qu’il n’y avait aucune indication qu’il se préparait à quitter la Suisse.

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    En cette période difficile, le médecin algérien, Hussein Bouraoui, a délivré au Conseil constitutionnel un document médical, daté du 3 mars 2019, attestant l’incapacité totale de Bouteflika à exercer ses fonctions,

    Ce médecin lui a déjà fait passer des tests précis et a confirmé dans sa dernière lettre que Bouteflika est totalement inapte à gouverner.

    La presse ne peut dire la vérité, elle doit toujours choisir entre les menaces ou les pots de vin… plus de 10 millions de citoyens sont descendus dans les rues de différentes villes pour réclamer le respect de la loi. Tandis que les journaux ont écrit que seulement quelques centaines de personnes sont sorties dans la rue pour exiger des réformes politiques.

    Les gens échangent sur Facebook et tentent de briser le siège : ils ont appelé à un boycott définitif de la presse. Les ventes de journaux ont drastiquement diminué et les propriétaires de presse paniquent.

    Le pouvoir réel en Algérie s’approprie la protestation populaire en l’orientant vers son idéologie

    Le pouvoir réel en Algérie s’approprie la protestation populaire en l’orientant vers son idéologie

    La vraie fausse crise politique en Algérie serait terminée.

    Le pouvoir réel s’y est approprié la protestation populaire et organise lui-même les manifestations contre un cinquième mandat du président Bouteflika.

    Pour les tenants de la faction gauchiste caviar du pouvoir réel Algérien, tout serait acceptable sauf les anciens militants du FIS (Front Islamique du Salut-dissous) et les anciens militaires déchargés et particulièrement remontés contre les autorités.

    Le pouvoir réel tente de mobiliser les étudiants et surtout les femmes pour orienter la protestation vers un modèle précis en s’inspirant des fausses marches « spontanées » appelant à la sauvegarde du pays après l’annonce des résultats des élections législatives de 1991 et dont l’interruption avait provoqué un long et coûteux conflit civil.

    La manipulation de la manipulation bat son plein en Algérie au point où très peu de chancelleries Occidentales et Arabes arrivent à comprendre ce qui ce passe réellement.

    En réalité, le pouvoir réel à déjà conclu sa quête du futur président et est en train d’utiliser les protestations à des fins de diversion tout en vendant la même image promue des décennies durant d’un pays aspirant aux idées de la Gauche française caviar et pratiquant un libéralisme sauvage à la colombienne assailli par les menaces de la régression islamiste. Un cliché proto-colonial que Paris et Alger ne cessent de promouvoir mais cette image cache une autre réalité que personne ne veut voir.

    La transition du pouvoir en Algérie est enclenchée en raison d’un aléa biologique rendant impossible la continuité d’un paravent. Le pouvoir réel s’approprie la protestation grâce à sa grande expérience des manipulations de masse. L’idéologie en Algérie continue à être un problème majeur empêchant tout développement au-delà d’un certain stéréotype imposé et accepté comme tel par les élites locales.

    L’Algérie est un autre Maroc, un peu plus difficile à manier certes, mais paradoxalemt plus ouvert aux manipulations.

    https://strategika51.org/2019/03/07/le-pouvoir-reel-en-algerie-sapproprie-la-protestation-populaire-en-lorientant-vers-son-ideologie/

    Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

    Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

    Par Michel Cabirol  |   |  478  mots
    Berlin a autorisé de nouvelles licences d'exportation vers Ryad en 2018
    Berlin a autorisé de nouvelles licences d’exportation vers Ryad en 2018 (Crédits : Reuters)
    Alors que la France et l’Allemagne doivent coordonner leur politique d’exportation d’armes dans le cadre du nouveau traité franco-allemand, Berlin joue un drôle de jeu avec l’Arabie Saoudite.

    Les exportations d’armes allemandes souffrent. La valeur des licences individuelles pour des matériels autorisés à l’exportation a très nettement baissé en 2018, passant de 6,2 milliards d’euros à 4,62 milliards d’euros, selon une estimation du gouvernement fédéral en réponse en janvier à une question posée en décembre par la députée Agnieszka Brugger (Vert). Soit une chute de près de 30 %. Pour autant, faut-il mettre ce fort recul sur le compte d’une politique beaucoup plus restrictive vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et de ses alliés, qui mènent une guerre au Yémen depuis 2015 ? Pas sûr…

    Parmi les quinze principaux pays bénéficiaires de ces licences en 2018, figure en bonne place l’Arabie Saoudite en quatrième position avec 416 millions d’euros, devant le Pakistan (7e avec 174,38 millions) et le Qatar (13e avec 96,38 millions). L’Algérie est au premier rang des pays où les industriels allemands ont l’autorisation d’exporter (818 millions d’euros) tandis que la France arrive en quinzième position (85,76 millions).

    Durcissement de la position allemande mais…

    Il est toutefois indéniable que depuis l’affaire Khashoggi, le gouvernement allemand a durci mi-novembre sa position vis-à-vis de l’Arabie Saoudite en gelant toute nouvelle licence d’exportation vers ce pays. En revanche, Berlin n’a pas interdit la livraison des matériels, qui avaient déjà reçu une autorisation d’exportation. En théorie, les industriels pourraient donc poursuivre leurs livraisons mais, faute d’un soutien du gouvernement, ils ne veulent pas prendre le risque de le faire. Conséquence, 2,5 milliards d’euros d’équipements, dont des patrouilleurs de Lürssen, resteraient en stand-by. Des patrouilleurs que Lürssen essaie de recaser à la police maritime allemande.

    Les industriels pourraient traîner le gouvernement devant les tribunaux mais Berlin prépare de très importants appels d’offres (frégates, corvettes, sous-marins, défense sol-air…). D’où la tiédeur des protestation des industriels… à l’exception de Rheinmetall dont l’un de ses anciens haut dirigeants est PDG de la SAMI (Saudi Arabian Military Industrie) qui coordonne l’industrie d’armement saoudienne. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Rheinmetall entend exiger des indemnités.

    Comment Rheinmetall contourne l’interdiction

    Les groupes allemands, notamment Rheinmetall, contournent l’interdiction du gouvernement allemand. Ainsi, l’usine de munitions d’Al-Kharj en Arabie Saoudite, construite par Rheinmetall via sa filiale sud-africaine, Rheinmetall Denel Munition (RDM), continue de produire des munitions. Inaugurée en mars 2016 par le président sud-africain Jacob Zuma et le prince héritier saoudien Mohamed bin Salman, cette usine est spécialisée dans la fabrication d’obus et de bombes aéroportées pesant jusqu’à 2 000 livres, continue à tourner… Elle a la capacité de produire 300 obus d’artillerie et 600 obus de mortier par jour.

    Selon le magazine Stern et le magazine-télé Report München, Rheinmetall continue à livrer des armements à Ryad par l’intermédiaire de ses filiales étrangères situées en Italie et en Afrique du Sud malgré l’interdiction explicite du gouvernement allemand.

     

    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/exportations-d-armes-vers-l-arabie-saoudite-les-hypocrisies-de-l-allemagne-804544.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190130

    L’Algérie veut « donner un contenu économique beaucoup plus grand » à ses relations avec la Russie –

    L’Algérie veut « donner un contenu économique beaucoup plus grand » à ses relations avec la Russie – JeuneAfrique.com

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    L’Algérie veut « donner un contenu économique beaucoup plus grand » à ses relations avec la Russie – JeuneAfrique.com:

    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, était en visite jeudi 24 janvier à Alger, dans le cadre d’un déplacement plus large au Maghreb. Les questions du développement des relations bilatérales et de la coopération économique et commerciale entre les deux pays ont été au cœur des discussions.

    « Nous nous félicitons du niveau de cette coopération entre la Russie et l’Algérie dans les domaines politique, économique et militaire », a déclaré Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel. Il a affirmé l’importance pour les deux pays de « coordonner leurs efforts et leurs actions dans le domaine de l’énergie, y compris au sein du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) ».

    Abdelkader Messahel a, de son coté, affirmé avoir discuté avec son homologue de la « nécessité de donner un contenu économique beaucoup plus grand » et de diversifier ainsi les domaines de coopération, en initiant des projets qui « répondent aux attentes des deux peuples et des deux gouvernements ».

    >>> À LIRE – Armement : l’Algérie, premier client africain de la Russie

    « Nous avons tracé des voies concrètes pour mettre en œuvre les objectifs qui ont été fixés dans la déclaration commune sur le partenariat stratégique », a-t-il précisé, en référence à l’accord signé en avril 2001 entre l’Algérie et la Russie, suite à la visite d’Abdelaziz Bouteflika à Moscou.

    « Aujourd’hui, nous nous sommes mis d’accord pour appuyer les contacts directs entre les milieux d’affaires », a déclaré Lavrov, cité par l’agence de presse officielle APS. Le chef de la diplomatie russe a en outre déclaré que les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Russie « ont déjà dépassé 4,5 milliards de dollars » (environ 4 milliards d’euros), et que cette rencontre était l’occasion d’examiner de « nouvelles décisions » qui pourraient « contribuer à porter ce chiffre à la hausse ». « Ces possibilités seront examinées lors de la prochaine session de la Commission mixte économique algéro-russe, prévue à Moscou du 28 au 30 janvier 2019 », a-t-il ajouté.

    Vers la suppression des visas ?

    Les deux ministres ont échangé leurs points de vue sur les différents conflits comme celui sur le Sahara occidental, ainsi que leurs analyses respectives des crises yéménite et syrienne.

    « Nous avons relevé une convergence de vues sur le principe du respect de la souveraineté des peuples, le respect de l’intégrité territoriale, le respect des décisions des Nations unies et leur mise en œuvre, notamment en ce qui concerne la Palestine et le Sahara occidental », a déclaré Abdelkader Messahel. Avant d’ajouter qu’il « n’y a pas d’autre alternative que la solution basée sur le respect de la volonté des peuples et sur le respect du droit international ».

    EN QUITTANT JEUDI SOIR L’ALGÉRIE, SERGUEÏ LAVROV ÉTAIT ATTENDU AU MAROC ET EN TUNISIE POUR LA SUITE DE SA MINI-TOURNÉE RÉGIONALE

    Quant à la question de la suppression des visas entre les deux pays, le ministre russe s’est dit prêt à examiner cette proposition avec son homologue.

    Cette visite s’inscrit dans un contexte plus général de coopération entre la Russie et les pays du Maghreb. En quittant jeudi soir l’Algérie, Sergueï Lavrov était attendu au Maroc et en Tunisie pour la suite de sa mini-tournée régionale.

    from Tumblr https://reseau-actu.tumblr.com/post/182344971830

    Sahara occidental : l’Algérie réitère son soutien au Polisario

    Diplomatie

    Sahara occidental : l’Algérie réitère son soutien au Polisario

    03 décembre 2018 à 18h35 | Par Jeune Afrique

    À quelques jours d’une réunion à Genève sur le Sahara occidental, Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation algérien, a réitéré le soutien « constant » de son pays au Polisario, lors d’un entretien avec le chef du Front Brahim Ghali.

    La discussion s’est tenue à 9 000 kilomètres de Rabat. Plus précisément à Mexico, où Abdelkader Bensalah, deuxième personnage de l’État algérien, représentait Abdelaziz Bouteflika pour l’investiture samedi du nouveau président du Mexique Andrés Manuel López Obrador.

    En marge de la cérémonie, le président du Conseil de la nation (le Sénat algérien) s’est entretenu avec Brahim Ghali, lui aussi présent. Au chef du Front Polisario, Abdelkader Bensalah a réitéré « le soutien constant de l’Algérie au peuple sahraoui pour le recouvrement de ses droits, conformément à la légalité internationale et aux résolutions des Nations unies », selon le communiqué diffusé par l’agence officielle algérienne APS.

    La déclaration d’Abdelkader Bensalah est la première réaction publique d’un responsable algérien depuis la main tendue de Mohammed VI

    La déclaration d’Abdelkader Bensalah est la première réaction publique d’un responsable algérien sur cette question depuis la main tendue de Mohammed VI. De son côté, Brahim Ghali « a salué la position de l’Algérie en faveur de la cause sahraouie ».

    Un message à forte portée symbolique

    La date de cette rencontre – et le rappel de ce « soutien » – ne doivent rien au hasard. Une réunion onusienne sur la question sahraouie doit se tenir mercredi et jeudi à Genève, afin d’ « ouvrir un nouveau chapitre dans le processus politique », comme l’indique la lettre d’invitation envoyée par l’émissaire de l’ONU Horst Köhler au Maroc, au Polisario, à la Mauritanie et à l’Algérie.

    Rabat rejette toute solution autre qu’une autonomie sous sa souveraineté, invoquant la nécessité de préserver la stabilité régionale. Le 6 novembre dernier, le roi Mohammed VI a proposé « la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation » avec l’Algérie. Cette dernière s’est bien gardée de répondre directement à cette proposition – qualifiée en off de « non-événement ». La diplomatie algérienne a en revanche proposé d’organiser au plus vite une réunion du Conseil des ministres de l’Union du Maghreb arabe (UMA), mais en prenant soin d’éluder la question du Sahara occidental.


    >>> À LIRE – L’Algérie prête à dialoguer avec le Maroc, mais selon ses propres conditions


    L’Algérie a aussi indiqué fin octobre qu’elle se rendait à Genève « en qualité d’État voisin », convaincue qu’ « une négociation directe, franche et loyale entre le royaume du Maroc et le Front Polisario, est de nature à conduire à une solution définitive de la question du Sahara occidental ». Le dernier cycle de négociations directes lancé par l’ONU en mars 2007 s’est enlisé en mars 2012, le Maroc et le Polisario campant sur des positions inconciliables concernant le statut et le référendum d’autodétermination.

    https://www.jeuneafrique.com/677305/politique/sahara-occidental-lalgerie-reitere-son-soutien-au-polisario/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-04-12-18

    Algérie : deux nouveaux accords entre Total et Sonatrach

    Pétrole & Gaz

    Algérie : deux nouveaux accords entre Total et Sonatrach

    08 octobre 2018 à 12h53 | Par

    Deux ans et demi après l’action intentée par le géant français contre son partenaire algérien devant la Cour internationale d’arbitrage de Genève, les deux sociétés confirment leur réconciliation autour de deux projets, dans le gaz naturel et la pétrochimie.

    Le 7 octobre, Total et Sonatrach ont annoncé la signature de deux accords « dans le cadre de leur partenariat global annoncé en 2017 ». Le premier concerne l’exploitation pour vingt-cinq ans du champ gazier d’Erg Issaouane, dans le centre-est de l’Algérie, dont les réserves sont estimées à plus de 100 millions de barils équivalent pétrole et qui devrait entrer en production à partir de fin 2021.

    Les deux partenaires se sont engagés à investir 406 millions de dollars (environ 352 millions d’euros) pour extraire et transporter la production (gaz sec, GPL et condensat) jusqu’aux installations de traitement existantes.

    Le deuxième accord vise à créer la joint-venture Sonatrach Total Entreprise Polymères (Step), dont Sonatrach serait actionnaire à 51 % et Total à 49 %. Cette entreprise sera chargée de mener à bien le projet pétrochimique d’Arzew (à 400 km à l’ouest d’Alger), qui prévoit la construction de deux usines pour « valoriser le propane disponible localement en grande quantité en le transformant en polypropylène, un plastique dont la demande est en très forte croissance », explique chacune des deux entreprises dans leur communiqué respectif.

    Règlement amiable d’une brouille datant de 2006

    Ce projet, esquissé en décembre 2016, a amorcé la réconciliation entre les deux sociétés, après la brouille qui a suivi l’instauration en 2006 en Algérie d’une « taxe sur les profits exceptionnels ». Total et son partenaire Repsol avaient alors accusé Alger, et par ricochet l’entreprise publique Sonatrach, avec qui ils collaboraient depuis 1952, de changer les règles du jeu alors même qu’ils étaient censés bénéficier d’une clause de stabilité fiscale.

    Fin juin 2016, Total avait même porté l’affaire devant la Cour internationale d’arbitrage de Genève, avant d’y renoncer officiellement, un an plus tard, avec la conclusion du partenariat global entre les deux sociétés et l’esquisse de nouveaux projets.

    En 2012, Sonatrach avait déjà réglé à l’amiable le contentieux qui l’opposait à l’américain Anadarko et au danois Maersk Oil en versant 4,4 milliards de dollars au premier et 920 millions au second.

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    Revue de presse nationale et internationale.

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