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L’Afrique Réelle n°117 – Septembre 2019

lundi 2 septembre 2019

L’Afrique Réelle n°117 – Septembre 2019

Sommaire
Actualité :– Algérie : la détresse économique- La tension entre le Rwanda et l’Ouganda- Libye, le général Haftar en difficulté
Archives :Faut-il abandonner l’Afrique à son destin ?

Editorial de Bernard Lugan

Avec certains des principaux patrons emprisonnés, des banquiers qui n’accordent plus de crédits et des transferts de fond problématiques, l’économie algérienne est en détresse. Les ¾ des entreprises sont ainsi incapables de verser les acomptes prévisionnels au titre de l’impôt sur les bénéfices pour l’année en cours. Quant aux faillites, elles ont eu pour résultat la mise au chômage de 200 000 travailleurs depuis le 1er janvier 2019… Dans un pays où le taux réel de chômage atteint déjà des records.
Seule source de revenus de l’Etat, le secteur des hydrocarbures décline année après année. Au 1er trimestre 2019, il a ainsi reculé de 7,7% en raison de la baisse de production due à l’épuisement des nappes pétrolières. Nous avons également là, la confirmation de ce que l’Afrique Réelle écrit depuis plusieurs années, à savoir que les réserves de l’Algérie ont été volontairement surestimées.
Résultat, les réserves de change n’étaient plus que de 72,6 milliards de dollars fin avril 2019, soit une baisse de 7,2% par rapport à décembre 2018 (source : Ministère des finances juillet 2019). Cette baisse est d’autant plus dramatique que le pays doit acheter à l’étranger les ¾ des matières premières et des équipements indispensables à ses entreprises, tant publiques que privées. Il doit également importer de quoi habiller, soigner et équiper ses 43 millions d’habitants.Avec une priorité qui est de les nourrir. Or, comme l’agriculture algérienne et ses dérivés ne permettant de satisfaire qu’entre 40 et 50% des besoins alimentaires du pays, il est donc nécessaire de faire de colossales importations. C’est ainsi que près de la moitié (40%) de la facture de tous les achats faits à l’étranger – soit le quart (!!!) des recettes tirées des hydrocarbures -, est consacrée à l’importation de produits alimentaires de base dont l’Algérie était exportatrice avant l’indépendance de 1962… N’en déplaise à l’ONM (Organisation nationale des Moudjahidine) qui, pour tenter de faire oublier sa colossale responsabilité dans la faillite de l’Algérie, ose demander le vote d’une loi criminalisant la colonisation française… (Voir mes communiqués des 18, 21 et 29 juillet 2019).
Vomis par la rue, les vampires du « Système » gavés de leurs détournements peuvent-ils encore refuser de reconnaître que si l’Algérie est désormais le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total annuel moyen de 12 milliards de dollars (Centre national de l’informatique et des statistiques-douanes-CNIS), cela est la conséquence à la fois de leur incompétence et de leurs détournements ? 
Les millions de manifestants qui, vendredi après vendredi, battent la chaussée, en sont, eux, parfaitement conscients et ils attendent de pouvoir leur faire rendre gorge. Or, c’est précisément parce qu’il sait qu’il est face à une véritable révolution et que la survie de ses membres est en jeu, que le « Système » fait la « sourde oreille ».

 Publié par Administrateur à 14:30

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Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

HomeSociété  Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

By La redaction de Mondafrique -28 août 2019

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La ville de Marseille a commémoré le 75 anniversaire de sa libération par des unités de Tirailleurs algériens, de Goumiers et de Tabors marocains composant la 3è D.I.A* commandée par le général de Monsabert , un des chefs de l’héroïque Armée d’Afrique .

Une chronique de Lounès CherifPUBLICITÉinRead invented by Teads

Le débarquement de Provence eut lieu le 15 août 1944 et avait vu déferler dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique, etc. Le mot d’ordre des combattants de cette armée dont mon père faisait parti était : «vive la France! ».

Le président Macron qui a prononcé des mots forts lors de la commémoration du 75è anniversaire du débarquement de Provence du 15 aout 1944 à Saint-Raphaël et ensuite à Bormes-les-Mimosas, a lancé à propos des combattants africains un appel aux «maires de France pour qu’ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes». Il s’agit de ne pas oublier le rôle imminent de l’Armée d’Afrique engagée dans de durs combats à Toulon et à Marseille face à une armée allemande lourdement équipée. 

Après le débarquement, l’Armée d’Afrique, dont les combattants étaient déjà aguerris par les batailles de Tunisie et d’Italie et la libération de la Corse en 1943, prend rapidement Toulon malgré une résistance acharnée des défenseurs allemands. Les régiments indigènes arrivent aux portes de Marseille le 23 août 1944. Après de terribles combats, notamment lors de la prise du mont de Notre Dame de la Garde le 25 août 1944 par les combattants musulmans de la 3è D.I.A et particulièrement les 3è et 7è Régiments de tirailleurs algériens, Marseille est enfin libérée le 28 août 1944. Devant une foule en liesse, un important défilé au son de la nouba se déroule le lendemain sur le Vieux-Port pour fêter la libération de la capitale du sud qui coïncide avec la libération de Paris.

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Des tirailleurs algériens pendant une messe à Notre Dame de la Garde qu’ils viennent de libérer. 

Ensuite, l’épopée des soldats indigènes va se poursuivre tout le long du Rhône, en Franche-Comté et en Alsace, jusqu’à la libération totale de la patrie. Ces hommes du sud traverseront le Rhin et livreront leurs derniers combats jusqu’au Danube. C’est ainsi qu’en hiver 1944 alors que le reste du pays libéré fête chaque jour la paix revenue, au lointain les combats font rage et les soldats africains s’y font toujours tuer. On y entend les récitations coraniques invoquant «Allah» qui accompagnent les rites funéraires des soldats musulmans morts aux combats. 

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Dans son ordre du jour numéro 9, le général de Lattre commandant la 1ère Armée Française écrira à ses soldats africains : «De toute mon âme, je vous dis ma gratitude.»**. Le général de Montsabert écrira de son côté : «C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté.»**.

Quant à Marseille, 75 ans après, il n’y a toujours pas de lieu dédié à l’Armée d’Afrique ni musée ni mémorial ni des noms de rues ou de places portant des noms de soldats musulmans qui ont libéré la citée phocéenne tel le sergent Messaoud Lassani qui fut le premier à se lancer à l’assaut de la colline de Notre Dame de la Garde. Lors de la commémoration du dimanche 25 août 2019, présidée par le sénateur-Maire M. Gaudin, non seulement le communiqué de presse de la ville indiquait le 29 au lieu du 28 août 1944 comme date de la libération de Marseille mais plusieurs élus n’étaient pas présents à ce rassemblement organisé aux pieds de la Basilique ni à la messe qui fut célébrée en hommage à ces combattants venus d’Afrique. Il manquait la présence du député M. Mélenchon et celle de la sénatrice Mme Ghali ainsi que celles d’autres élus locaux et nationaux marseillais. Ces derniers furent probablement excusés mais on notait aussi l’absence des acteurs et des représentants associatifs musulmans y compris ceux qui siègent à «Marseille Espérance» méconnaissant apparemment cette histoire qui les concerne pourtant en premier chef. Les élèves en tenue impeccable de l’Etablissement Lacordaire de Marseille représentaient les nouvelles générations avec à leur tête une jeune fille major de sa promotion portant une fourragère jaune. 

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Les élèves de l’Etablissement Lacordaire 

Lors de la messe, sans la présence notoire de citoyens musulmans hormis la mienne, le fanion de la 3è D.I.A portant un symbole de l’islam formé de 3 Croissants (bleu, blanc, rouge) fut exposé sur l’autel durant toute la cérémonie. Le père Pierre Brunet, vicaire général, prononça une homélie dans laquelle résonnaient les mots de paix et de fraternité et il invoqua avec solennité le rôle et le sacrifice «des Goumiers, des Spahis, des Tabors, des Tirailleurs d’Afrique Noire et d’Afrique du Nord parmi les troupes alliées qui avaient été les principaux artisans de cette libération.».

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Monsieur Gaudin, maire de Marseille, devant le fanion de la 3è D.I.A

La Nation, tout entière liée par les sacrifices consentis pour sa liberté, doit enseigner et évoquer régulièrement l’histoire et le souvenir de l’Armée d’Afrique. 

L’auteur de cet article, Lounès Chérif, ancien réserviste membre honoraire de l’armée, est le fils d’un ancien combattant de l’Armée d’Afrique blessé en Belgique en 1940 et qui participera au débarquement de Provence et à la campagne de la libération jusqu’au Rhin-Danube 

*D.I.A : Division d’Infanterie Algérienne

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, sous la direction du Général R. Huré. Editeur Charles Lavauzelle. Paris 1972

https://mondafrique.com/le-28-aout-1945-la-liberation-de-marseile/ 

Algérie, l’ancien attaché militaire à Paris en prison à Blida

Algérie, l’ancien attaché militaire à Paris en prison à Blida

By Nicolas Beau -23 août 2019

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L’ancien attaché militaire à Paris en 2018 et 2019, Tarek Amirat, a été placé en détention par la justice militaire, accusé d’avoir caché à sa hiérarchie, sous la présidence de Bouteflika, des réunions secrètes avec la DGSE française.

La nomination d’un simple officier, à la fin 2017, comme attaché militaire à Paris en avait surpris plus d’un. Tarek Amirat était en effet un simple commandant venu de l’ambassade d’Algérie en Italie et censé, dans ses nouvelles fonctions à Paris, diriger quelques colonels nommés à Paris.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Ce militaire devait en fait sa nomination à ce poste exposé à sa proximité avec le général Tartag, aujourd’hui emprisonné mais qui à l’époque dirigeait, depuis la Présidence et à son service, les services secrets algériens.

Des réunions disrètes avec la DGSE

Lorsque les mobilisations populaires, cet hiver, se sont multipliées en Algérie, des réunions se tenaient à Paris entre les services français de la DGSE et l’attaché militaire algérien. Comment sauver le soldat Bouteflika? Telle était en substance le principal sujet de préoccupation de ces discrets colloque. Quitte à encourager les projets de Said Bouteflika de décréter l’état d’urgence et de pousser vers la sortie le chef d’état major, Gaïd Salah.

Autant de plans séditieux qui valent aujourd’hui à Said Bouteflika et au général Tartag d’être poursuivis pour complot contre la sécurité de l’Etat. Le malheureux attaché militaire, qui avait commis la faute de transmettre ses rapports au seul général Tartag, sans en informer également la DCSA (renseignement militaire algérien) devait être rappelé au printemps en Algérie pour être finalement poursuivi par la justice militaire et emprisonné désormais à Blida.2.5KPARTAGES2.5K37

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Jeep28 août 2019

Nicolas BeauAncien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (Paris 8) et l’auteur de plusieurs livres: « Les beurgeois de la République » (Le Seuil) « La maison Pasqua »(Plon), « BHL, une imposture française » (Les Arènes), « Le vilain petit Qatar » (Fayard avec Jacques Marie Bourget), « La régente de Carthage » (La Découverte, avec Catherine Graciet) et « Notre ami Ben Ali » (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

https://mondafrique.com/algerie-lancien-attache-militaire-a-paris-en-prison-a-blida/

Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah


Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah

By Nicolas Beau -17 août 2019970PARTAGES95020

Mondafrique a réalisé un entretien avec un haut gradé, aujourd’hui à la retraite, mais resté très proche de l’entourage de Gaïd Salah, le patron de l’armée algérienneIl en ressort que l’institution militaire algérienne n’avance pas à l’aveugle, mais selon un projet et un calendrier parfaitement identifiés et assumés.

« LE HIRAK EST UNE FIERTE POUR L’ALGERIE »

Mondafrique. On assiste à un « turn  over’ impressionnant au sein de l’encadrement de l’armée algérienne où de nouvelles nominations sont régulièrement annoncées. Quelles sont les raisons de ces changements incessants qui peuvent apparait comme des signes de faiblesse? Pourquoi ce renouvellement brutal de génération qui voit de simples colonels accéder à des postes de première importance?

En 2007, l’actuel chef de l’État Major, Gaïd Salah, avait émis le souhait de restructurer profondément les services de renseignement et surtout de donner un coup d’accélérateur en faveur du renouvellement des  officiers supérieurs, et cela à tous les niveaux de l’institution militaire. Hélas, le président Bouteflika n’avait pas donné suite à ces projets pour des raisons « politiques », qui tenaient à la cohabitation de son régime avec les hommes de l’ex DRS (services secrets algériens) .

C’est seulement en 2013 que le chef d’État Major a réussi à imposer une professionnalisation accrue. Il a surtout convaincu la Présidence de la nécessité de revoir l’organisation du DRS et de l’urgence de sa restructuration. Il fallait que cessent la tutelle des services algériens sur la société et leur intrusion dans les affaires politiques. Ces services doivent se consacrer à leur mission qui est celle du renseignement. Il leur faut lutter contre les réseaux terroristes et préserver le pays des dangers qui nous guettent. Depuis, les observateurs neutres ont relevé les succès enregistrés dans la lutte antiterroriste.

Mondafrique. Dans quel état se trouvent désormais les réseaux du DRS, qui a officiellement disparu en 2015? La détention du général Toufik qui en fut le chef incontesté pendant un quart de siècle, signe-t-elle la fin véritable de son influence?

 L’ancien chef du DRS, le général Toufik, qui a érigé un État à l’intérieur de l’État, a transformé un service qui devait être au service de la nation en un instrument de contrôle du pays  et surtout en un outil de chantage sur les cadres de l’État. Il a ainsi installé ses pions dans la plupart des institutions étatiques.

L’ex DRS qui regroupait des compétences et des spécialistes dans diverses disciplines, est devenu un tremplin pour des opportunistes, doublés d’ affairistes.

Sous l’égide du général Tartag le successeur de Toufik en 2015, l’ex DRS est passé sous la tutelle de la présidence. Le frère du président, Saïd Bouteflika, qui exerçait officiellement la fonction de conseiller à la Présidence mais en était l’âme damnée, a instrumentalisé les services pour le compte d’une bande qui s’est accaparé les deniers de l’État.

Aujourd’hui les réseaux qui gravitent autour des deux chefs déchus et emprisonnés pour complot contre l’autorité de l’État, tentent de manipuler l’opinion publique en transformant les revendications légitimes du Hirak  en slogans hostiles à l’institutions militaires. C’est cette opération de diversion que les observateur ne voient pas ou ne veulent pas voir compte tenu de liens que l’ex DRS avait créé dans de nombreuses capitales étrangères, notamment à Paris.

Mondafrique. Vous parlez des « revendications légitimes » des manifestants, dont beaucoup ont pourtant le sentiment que Gaïd Salah et les siens restent sourds à leurs exigences et veulent imposer leurdiktats

Pas du tout, l’union entre l’institution militaire et le peuple algérien reste très forte. Ce sont les militaires qui ont imposé leur veto à la volonté des anciens dirigeants du pays d’imposer l’état d’urgence ou même l’état d’exception. Simplement, Gaïd Salah a mis en garde contre les « aventuriers ». A savoir certains manipulateurs qui ont entamé une compagne de désinformation pour faire croire que le discours du chef de l’État major concerne les manifestants pacifiques , alors qu’il ,e vise que des forces obscures qui cherchaient à semer le désordre et à justifier une réponse autoritaire aux conséquences désastreuses.

Mondafrique. Depuis quand Gaïd Salah était informé des projets funestes de la Présidence algérienne alliée au général Toufik?

L’État Major était informé de la situation depuis que la décision de faire briguer au président malade un cinquième mandat avait été prise. Les manigances et les conciliabules de certains responsables ou anciens responsables étaient connus.

Mondafrique. Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas opposé son veto à ce projet jugé calamiteux du cinquième mandat?

L’armée en institution régalienne et républicaine a pris l’engagement publique depuis la nomination de l’actuel chef de L’État major en 2004 de ne pas s’impliquer dans le jeu politique, mais de se consacrer totalement à sa mission définie par la constitution.

L’institution militaire a retenu les leçons de l’Histoire. Il faut se souvenir des conséquences désastreuses de la politique de l’ancien ministre la Défense, le général Khaled Nezzar, qui avait utilisé la force brutale contre des jeunes manifestants en octobre 1988. L’implication directe des militaires dans l’arrêt du processus électoral a laissé des traces. Il n’est plus question de commettre à nouveau de pareilles erreurs. 

Mondafrique. Quel jeu politique joue aujourd’hui le général Nezzar? Dans quelle mesure est-il coupable d’avoir couvert les malversations financières de son clan?

Le général Nezzar qui avait la liberté totale de s’exprimer à partir de son pays après le départ de Bouteflika ne s’en est pas privé. L’institution militaire à ce stade lui a laissé toute liberté, y compris sur le site « Algérie Patriotique » qu’il contrôle avec son fils. Lorsqu’il a compris que les investigations sur ses affaires se faisaient plus menaçantes, il a préféré, ainsi que son fils, quitter le territoire sans que personne là encore ne l’en empêche. Les enquêteurs en effet n’avaient pas mis encore la main sur des éléments qui auraient donné aux juges la possibilité de lui interdire la sortie du territoire.

Depuis, les preuves sont là de son implication dans le complot contre l’autorité de l’État même s’il prétend avoir conseillé à Saïd Bouteflika de ne pas toucher à la cohésion de l’armée. Comment le croire? Son implication directe dans la déstabilisation de nos institutions et ses frasques financières sont désormais avérées.

Mondafrique. Passons au volet politique, si vous voulez bien. On a l’impression que la situation su ce plan là avance peu et que les exigences populaires ne sont pas prises en compte. Il est vrai que la faible structuration des mobilisations rend difficile la recherche d’interlocuteurs valables. Comment évaluez vous la situation? 

La classe politique algérienne a été surprise par l’ampleur de la mobilisation populaire, mais elle n’arrive pas à s’imposer comme une émanation de ce mouvement, Les manifestants qui revendiquent le changement ne son pas sur la même longueur d’onde qu’elle. Le règne de Bouteflika a réussi à disqualifier l’ensemble des corps intermédiaires.

Les élites politiques couvrent un champ très large qui va des vestiges de l’ancien Front Islamique de Salut (FIS) aux laïques et aux « républicains » qui, pour certains, ont été des acteurs de la tragédie de la décennie noire. Sans parler de ces millions de jeunes qui jusqu’aux récentes mobilisations semblaient en désintérêt total avec l’objet politique 

Une certitude donc, la majorité des manifestants ne se reconnaît pas dans les partis politiques même s’il y’a une convergence apparente dans les revendications exprimées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les partis politiques de s’approprier le Hirak, L’impératif du dialogue doit primer pour l’intérêt suprême de la Nation

Mondafrique; A quelle échéance pourrait avoir lieu l’élection présidentielle. Sur quelles forces l’Etat Major peut s’appuyer?

L’urgence de la situation n’exclut pas le consensus. L’institution militaire incite au dialogue que certains refusent avec obstination, tout en critiquant la composition des commissions qui ont vu le jour. Certaines personnalités respectables et capables de garantir le sérieux du dialogue, ont préféré s’abriter dernière des excuses fallacieuses au détriment des intérêts du pays. Etranges postures alors alors qu’elles ont été parfois les serviteurs du système qui a engendré la situation actuelle…

L’État major, via son chef ,a exprimé à maintes reprises  qu’il ne coopte aucun parti ni aucune personnalité, La tenue d’une constituante n’est pas une idée absurde, sauf que les fractures qui existent au sein de notre société risquent de nous plonger dans des débats interminables. Libre au nouveau président légitiment élu d’appeler à un référendum sur les questions de son choix, mais à son rythme et sans palabres inutiles!

Mondafrique. Quel rôle donner à la mouvance islamiste dont il faut rappeler que lors du «  »printemps algérien » entre 1988 et 1992 elle a obtenu la majorité des suffrages lors des municipales d’abord et lors d’un premier tour des élections législatives ensuite?

Le fondamentalisme salafiste est encore une réalité sociologique, mais en nette régression au profit d’un islamisme piétiste et non politisé. La question n’a pas été réglée en profondeur. Les partis islamistes légaux encouragés sous Bouteflika se trouvent dans une posture d’attentisme et d’opportunisme, mais n’ont aucune véritable offre politique à faire valoir. 

Mondafrique. -La France exerce-t-elle des pressions sur les autorités algériennes pour favoriser une sortie de crise qui aurait sa préférence?

Que la France s’intéresse à ce que se passe chez nous est logique vu nos relations basées sur le respect et l’indépendance mutuelles, Mais d’ingérence, il n’y en a point!

Mondafrique. L’homme d’affaires kabyle Issad Rebrab compte de nombreux soutiens en France, dont le président français, Emmanuel MacronDes messages sont-ils parvenus à Alger le concernant?

Que des personnalités françaises indépendantes expriment leur sympathie pour Rebrab est possible, mais c’est un non événement pour nos institutions. Les officiels français n’ont pas à se mêler des dossiers traités par la justice algérienne 

Nos amis étrangers doivent comprendre que le Hirak est une fierté pour l’Algérie. L’’image d’un peuple pacifique et civilisé donne du baume au cœur. Personne ne souhaite un épilogue autre que celui qui garantira le choix populaire pour une Algérie nouvelle, 970PARTAGES95020

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Nicolas BeauAncien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (Paris 8) et l’auteur de plusieurs livres: « Les beurgeois de la République » (Le Seuil) « La maison Pasqua »(Plon), « BHL, une imposture française » (Les Arènes), « Le vilain petit Qatar » (Fayard avec Jacques Marie Bourget), « La régente de Carthage » (La Découverte, avec Catherine Graciet) et « Notre ami Ben Ali » (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Publié par: brahimle: 09 août, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Le président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation revient dans l’entretien qu’il nous a accordé, sur le contexte qui entoure la mission du panel. Revue de presse.

Propos recueillis par Said Boucetta

L’expression : L’Instance nationale de dialogue et de médiation, a, comme son intitulé l’indique, une mission de dialogue et de médiation, mais quelle pourrait être sa définition politique compte tenu des circonstances de sa naissance ?


Ammar Belhimer : Le Panel est une structure dédiée à la médiation en vue d’un dialogue devant conduire les acteurs civils et politiques à sortir du vide institutionnel ouvert par la démission du président sortant.


C’est une structure ad hoc, donc provisoire, qui active le temps d’une mission; elle est indépendante et plurielle – à ce titre, elle s’appuie sur l’engagement bénévole et résolu de personnalités en vue de la société civile – et n’a pas d’autre ambition que de réunir le consensus requis pour une élection présidentielle qui réunisse toutes les garanties de transparence et d’intégrité.


Le Panel n’a pas vocation à être le porte-parole d’une institution civile ou militaire, de partis ou d’associations ; de même qu’il ne prétend ni représenter le Mouvement populaire né de l’opposition résolue au 5e mandat du président déchu ni parler en son nom ; avec le Hirak, il partage les revendications fondamentales de protection des droits et des libertés individuelles et collectives et des garanties requises pour un scrutin crédible.

Et pour répondre à votre question, je dirais que le Panel aspire à l’unité des forces patriotiques et démocratiques pour qu’éclose le génie libérateur du peuple algérien au service de l’édification d’un État de droit assis sur une économie sociale de marché qui consacre le mérite tout en protégeant les plus démunis.

Mais entre afficher des intentions et les réaliser, il y a du chemin à faire. Quel est, à ce propos, l’état d’esprit des membres de ce Panel ? 

Les membres du Panel sont conscients des limites de leur action, dans un contexte critique, voire cataclysmique, porteur de toutes les menaces sur les institutions, l’ordre et la stabilité, l’intégrité et la souveraineté nationales. La mission de médiation est d’autant plus difficile que nous assistons, depuis 2012, à une érosion des espaces de débats. Cela m’amène à évoquer les aspects problématiques de la situation que vit le pays. Le fait est que c’est dommage qu’on ait fait le vide sur ce terrain car la médiation fait partie du nouveau paradigme de la régulation sociale. L’étendue et la force de la médiation sociale est tributaire de l’état de la société civile. Les trois étapes du processus qui mènent à la formation de la société civile sont l’existence d’associations libres (la condition juridique), la formation d’un mouvement associatif (condition sociale) et l’émergence d’une société civile (condition politique). Or, force est de constater que le cadre juridique de la médiation sociale est inefficient. 

Au libéralisme confirmé par la loi de 1990 succède le tour de vis de 2012. Le nouveau cadre d’exercice de l’action associative est la loi n°12-06 du /12/01/2012 relative aux associations.
On s’attendait à ce que la levée de l’état d’urgence, se répercute avec force sur la nouvelle loi, il exprimera au contraire un tour de vis sur les associations. D’où tous les travers vécus depuis ce fâcheux tournant qui s’est matérialisé par la désignation qui prévaudra sur le suffrage, l’absence de contre-pouvoirs, le libre cours à l’arbitraire et autres dépassements et atteintes aux droits de l’homme, et le risque d’atomisation de la société sur des bases sectaires, ethniques, et autres.

Votre constat est très juste, mais la loi que vous citez n’a pas de prise sur les partis politiques, dont la mission est justement de faire la jonction entre la société et les gouvernants…


Justement, même cette médiation politique que vous évoquez et qui est assumée par les partis, les personnalités et autres autorités, est elle aussi déficiente. L’érosion de la médiation politique est illustrée par la prégnance du discours national-populiste et les appréhensions à l’endroit de l’institution partisane. Si les partis politiques sont le premier levier de la médiation politique qui vient à l’esprit, leur évolution récente atteste de leur érosion continue dans la production de la médiation. Un sondage de l’association Rassemblement actions jeunesse (RAJ), réalisé juste après les élections législatives du 4 mai 2017, entre le 25 mai et le 15 juin, sur un échantillon de 1462 jeunes âgés entre 18 et 35 ans, à travers 41 wilayas, révèle de façon inquiétante la désaffection de la jeunesse de la pratique de la politique.
Les résultats de ce sondage donnent une participation quasiment nulle des jeunes à la vie politique : seulement 1% parmi les sondés se déclarent adhérents à un parti politique et 3% à avoir déjà participé à une activité partisane.

Pour ce qui est des syndicats, les jeunes sont 0,2% à affirmer avoir adhéré à une organisation syndicale alors que s’agissant du mouvement associatif le taux des jeunes adhérents est estimé à 2,5%.Ceci quand bien même, les jeunes sondés auraient majoritairement une opinion plutôt positive sur les associations, avec un taux de 62% contre 12% à se faire une opinion négative, et les syndicats avec 39% d’opinions positives contre 26,3% des jeunes à penser négativement sur le travail syndical. Ce qui est loin d’être cas vis-à-vis du politique : ils sont plus de 43% à avoir une opinion négative sur les partis politiques alors que 30% des sondés n’ont pas souhaité rendre une réponse, manière, on ne peut mieux, de justifier leur désintérêt total de la vie politique du pays.

A travers le tableau que vous dépeignez, il reste une très faible marge à la médiation. Comment votre Panel peut-il colmater toutes ces brèches dans l’édifice social et politique du pays ?

L’absence de leviers est tempérée par le recours récurrent au dialogue dans la gestion des conflits internes. Ces conflits sont consécutifs à l’effondrement du système totalitaire, de parti unique et à la réparation des dommages générés par les vagues intégristes destructrices d’obédience principalement — et pas seulement – wahhabite.

A l’expérience, la parenthèse algérienne tient des deux cas de figure précédents : une violence accompagnant la transition d’un régime totalitaire, de parti unique, vers une économie sociale de marché, associée à l’avènement d’un terrorisme islamiste d’essence interne et externe.
Tout compte fait, nous sommes toujours dans «l’apprentissage démocratique» du vivre ensemble, requis pour une sortie définitive du totalitarisme quelle que soit son inspiration. Cet «apprentissage» aurait pu se faire «dans la peur» du lendemain (les islamistes accédant au pouvoir pour installer une dictature théocratique indécrottable). Ce risque a été jugé inacceptable. 

«L’apprentissage» s’est alors fait «dans la douleur» (l’approche sécuritaire ayant prévalu, sans toutefois élaguer complètement la caution judiciaire).
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Le Panel pour le dialogue et la médiation entame ce mercredi 7 août ses consultations avec les représentants des partis politiques, des associations, des syndicats et des citoyens en vue de réunir la conférence nationale qui doit élaborer les textes régissant l’instance de surveillance et de contrôle de l’élection présidentielle.

Propos recueillis par Said Boucetta (L’Expression)

https://www.lexpressiondz.com/nationale/il-y-a-menace-sur-les-institutions-319286

*Ammar Belhimer, l’actuel président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation en Algérie, est un juriste et géopoliticien de renommée internationale. Professeur de droit public à l’Université d’Alger et directeur de la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques, il est  également fondateur et directeur de plusieurs journaux, notamment La Nation, qui sera interdit par les autorités dans les années 1990. Il est un des animateurs du Mouvement des journalistes algériens, premier syndicat indépendant de la presse. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont :

  • Les voies de la paix : Rahma, Concorde et Réconciliation dans le monde » publié par les Éditions ANEP, (2018) ;
  • Les Dix Commandements de Wall Street, Éditions ANEP (2017) ;
  • Les printemps du désert, Éditions ANEP (2016) ;
  • Histoire de la pensée économique, Ed. Juris-com (2007) ;
  • La dette extérieure de l’Algérie : une analyse critique des politiques d’emprunts et d’ajustement, Éditions Casbah (1998).
  • http://www.afrique-asie.fr/ammar-belhimer-il-y-a-menace-sur-les-institutions-en-algerie/

Algérie : « tout change pour que rien ne change »

jeudi 1 août 2019

L’Afrique Réelle n°116 – Août 2019

Sommaire du n°116 (août 2019)

Actualité :
– Le brouillard libyen
– Les fragilités du Niger
– La malédiction éthiopienne

Dossier : Algérie 
– Le général Gaïd Salah, le drapeau amazigh et la « légitimité » du « Système »
– 1962 : La victoire des arabo-islamistes sur les berbéristes et les maquis, acte fondateur du « Système » algérien
– Le « Système » cherche un dérivatif à la contestation populaire en attaquant la France

Editorial de Bernard Lugan

Algérie : « tout change pour que rien ne change »

En Algérie la rue n’a donc pas eu raison du « Système ». Plus de quatre mois après le départ du président Bouteflika, en dehors de la démission d’un président moribond et d’un report des élections, les millions de manifestants algériens n’ont en effet rien obtenu. Pour le moment ?

De son côté, demeuré maître du temps, le « Système » peut, tout à sa guise, embrouiller la situation, diviser les contestataires, isoler les jusqu’au-boutistes et tenter toutes les provocations. Y compris celles qui pourraient conduire à un bain de sang afin de lui permettre d’apparaître comme le garant de l’ordre public.
Quant à la magistrature, qui, hier, prenait ses ordres à la Présidence, elle le fait maintenant à l’état-major de l’armée qui l’utilise pour emprisonner les « corrompus », nuage de fumée à l’abri duquel le « Système » tente de reprendre le total contrôle du pays.

Comment en est-on arrivé là ?

Mis au pouvoir par l’armée en 1999, le président Bouteflika a voulu se dégager de son encombrante tutelle. Il le fit de deux façons :

1) En privant peu à peu l’armée de son pouvoir économique par la création d’une caste d’oligarques civils bâtissant leurs fortunes en dehors des réseaux militaires.
2) En divisant le corps des officiers par l’exacerbation des haines entre ses clans. Pour mener cette politique, il s’appuya sur un officier général de médiocre stature, le général Ahmed Gaïd Salah, qu’il hissa au sommet de la hiérarchie, en en faisant le chef d’Etat-major et le vice-ministre de la Défense.
Cet homme lige mit en marche le processus de division de l’armée à partir de 2013 en opposant ses deux grandes composantes, à savoir le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dirigé par le général Mohamed Lamine Médiène dit « Toufik » depuis 1990, et l’état-major (EM) de l’Armée nationale populaire (ANP).

Mais, tirant les leçons de la vague de fond contestataire, et afin de se sauver, et le « Système » avec lui, le 2 avril 2019, et alors que, jusque-là, il lui avait publiquement clamé sa totale loyauté, le général Ahmed Gaïd Salah trahit le   président Bouteflika.

Un problème demeurait cependant car, totalement lié au régime Bouteflika, le général devait, d’une manière ou d’une autre, montrer qu’il n’était pas l’héritier du clan qui avait dilapidé et détourné les ressources de l’Etat.
Le cœur du « Système », à savoir l’Odjak des janissaires, autrement dit les deux ou trois dizaines des plus hauts responsables de l’armée, se refirent alors une « vertu » à bon compte en donnant au peuple les têtes d’affairistes particulièrement détestés, les « oligarques ». Une manœuvre qui, en même temps, masquait la reprise en main de la « vie économique » du pays par la caste militaire.

La rue n’est pas dupe. Mais comment pourrait-elle venir à bout d’un « Système » honni qui, ayant le dos au mur, n’hésitera devant aucun moyen pour se sauver ? Le cataclysme économique qui s’annonce changera-t-il le rapport des forces ?
Les semaines qui viennent nous le diront

.Publié par Administrateur à 21:44

http://bernardlugan.blogspot.com/

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Publié par Gilles Munier sur 12 Juin 2019, 06:42am

Catégories : #Chine#Algérie

Par Nadjia Bouaricha (revue de presse : El Watan – 9/6/19)*

L’Algérie vient de signer un mémorandum d’entente avec la République populaire de Chine portant sur la coopération dans le cadre de l’initiative «La ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIe siècle».

Une initiative chinoise qui remet au goût du jour et sous de plus larges ambitions les anciennes routes de la soie. Avec son adhésion à ce projet, l’Algérie ouvre de nouvelles perspectives à ses échanges commerciaux et pourra prétendre à de nouveaux marchés. 1000 milliards de dollars pour près d’un millier de projets sont engagés par la Chine pour rendre réel un projet pharaonique de lancement de nouveaux itinéraires pour la route de la soie. Six ans que le projet existe et fait grincer des dents du côté des puissances occidentales qui y voient une «réelle menace».

Avec des mégaprojets d’infrastructures et de passages commerciaux, les nouvelles routes de la soie comptent la construction de nouveaux ports, des milliers de kilomètres de voies ferrées, des routes, des oléoducs reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et même des pays de l’Amérique latine. Il ne s’agira pas de la route empruntée par Marco Polo il y a 1000 ans, mais d’une multitude de connexions maritimes et terrestres et six corridors économiques devant faciliter les échanges commerciaux à partir et vers la Chine.

Le très ambitieux projet chinois prévoit un axe routier et ferroviaire de 10 000 kilomètres de long reliant l’ouest de la Chine à l’Europe, ainsi que des investissements dans des dizaines de ports de par le monde. Le projet gigantesque inclut même de nouvelles routes vers l’Arctique. 72 pays ont rallié le vaste programme d’investissement chinois hors de Chine, dont l’Italie en Europe.

Lancées depuis 2013 par le président Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie promettent de créer une nouvelle dynamique économique, notamment sur le plan de la consommation énergétique qui devrait tripler d’ici 2030, ce qui pourrait ouvrir à un pays exportateur d’hydrocarbures, comme l’Algérie, de nouveaux débouchés, surtout que son traditionnel marché qui est l’Europe présente certaines complications du fait de la concurrence. 25 milliards de dollars ont déjà été dépensés par la Chine dans plusieurs projets depuis 2013.

*Source : El Watan

Le rejet de la démocratie représentative en Algérie

Le rejet de la démocratie représentative en Algérie


Par Stratediplo – Le 4 juin 2019 – Les alertes de Stratediplo

Quelle que soit la lenteur de son agonie, le destin de la démocratie représentative (ou république parlementaire) en Algérie semble scellé.

Tous les partis politiques algériens sans exception, du plus gros au plus petit, ont déclaré boycotter l’élection présidentielle. Si soixante-dix-sept formulaires de candidature ont paraît-il été retirés, seuls deux ont été remplis et déposés. C’est évidemment suite à une entente inter-partisane générale, et avec une assurance mutuelle de non participation, que chaque parti a pu décider de ne pas présenter de candidat en étant certain que les autres partis feraient de même. Cela ne les empêche cependant pas, aujourd’hui, de critiquer non seulement l’annonce d’un nouveau scrutin (évidemment) mais également l’annulation de l’élection du 4 juillet (bizarrement) faute de candidats. Les mêmes partis qui déclaraient hier qu’une élection était impossible et indésirable reprochent aujourd’hui au Conseil constitutionnel d’officialiser ce constat, et le caractérisent de reculade du« pouvoir ».

Avertissement de l'auteur 

Il ne faut pas voir dans ces lignes un plaidoyer en faveur de la démocratie mais une étude de cas de science politique.

Quand aux deux malheureux candidats non partisans, il est plus que vraisemblable qu’ils ne s’attendaient pas à être les seuls, mais ils ont été pris au piège puisque si leur candidature avait été agréée par le Conseil constitutionnel ils n’auraient pas pu la retirer jusqu’à la tenue du second tour. L’un d’entre eux aurait nécessairement été élu, car la loi organique électorale d’août 2016 ne dicte aucun quorum ou aucune participation minimum pour la validité d’une élection présidentielle. Ainsi quel que soit le taux de participation électorale, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue des suffrages au premier tour les deux candidats ayant réuni le plus de voix sont proposés au deuxième tour, où celui réunissant le plus de voix est alors élu, le retrait d’un candidat étant interdit après l’agrément de sa candidature. Une démission présidentielle n’aurait pu intervenir qu’après l’investiture, donc en août, et le nouveau président aurait été obligé de rester en fonction jusqu’à l’intronisation du prochain président (article 103 de la constitution).

Cette solution d’un président électoralement peu représentatif, bien qu’élu de la manière la plus régulière possible dans les conditions actuelles, aurait permis de remettre les partis politiques en face de leurs responsabilités nationales. Pour leur part les deux petits candidats inconnus au mandat suprême, entrepreneurs, chefs d’entreprise et déjà candidats à des mandats électifs, sont certainement des hommes responsables (quelles que soient leurs capacités politiques), conscients des devoirs d’un volontaire investi envers la collectivité, et qui n’ont certainement aucune leçon de civisme, ou de sens du service public, à recevoir des chefs de partis déserteurs. Il est vraisemblable qu’ils avaient chacun réuni les six cents parrainages d’élus ou soixante mille soutiens de citoyens, faute de quoi ils n’auraient pas déposé leur dossier, mais le Conseil constitutionnel a dû leur trouver un défaut de l’une des nombreuses conditions subsidiaires (conformité politique des parents…).

En annonçant ce 2 juin le rejet des deux candidatures, le Conseil constitutionnel a également enjoint au chef de l’État par intérim, le président du Sénat dit Conseil de la Nation, de convoquer de nouveau une élection présidentielle, en application de son mandat essentiel. Interprète suprême de la constitution, le Conseil constitutionnel juge donc que l’organisation d’une élection présidentielle valable prime sur le délai initialement accordé au chef de l’État par intérim pour ce faire, en l’occurrence quatre-vingt-dix jours. Abdelkader Bensalah ne saurait rentrer chez lui (ou au sénat) le 8 juillet en se lavant les mains du futur du pays, et tous ceux, chefs de partis irresponsables et journalistes ignares, qui jubilaient bruyamment de la prochaine chute de l’État par péremption de la légitimité de son chef intérimaire, peuvent tempérer leur empressement anarchiste. Comme disait Charles Maurras, la république gouverne mal mais elle se défend bien. La deuxième république algérienne, comme la vingtaine de nouveaux régimes français depuis un peu plus de deux siècles, ne peut advenir que par un véritable coup d’État contre le régime antérieur. C’est justement ce que n’ont pas compris, ou pas voulu assumer en 2017, les admirables et consciencieux constitutionnalistes constructeurs de la république catalane, capables de construire un État de droit imparable et accompli, mais incapables de prononcer la simple mais fondamentale phrase de déclaration de sécession de l’Espagne.

Alors que les apparatchiks des partis politiques algériens croient se gagner les faveurs de « la rue » en refusant l’exercice de la démocratie représentative organisée, au prétexte de rejeter « le système » et sans réaliser qu’ils disqualifient irrémédiablement leurs partis, une poignée d’hommes d’État avisés et expérimentés ont tenté il y a deux mois de confier, anticonstitutionnellement certes, la direction de la nécessaire transition à un intérimaire aux pouvoirs limités mais exceptionnels. L’homme pressenti pour être investi de cette dictature de salut public, l’ancien président de la république Liamine Zéroual, a refusé ce mandat, puis le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, dernier rempart actuel de la légalité, a fait arrêter ces « comploteurs ». Ce fut d’ailleurs la plus grande faute du général Ahmed Gaïd Salah jusqu’à présent. Le général Mohamed Mediène, ancien homme le plus puissant d’Afrique bien que dénué d’ambition personnelle, n’a plus aucun pouvoir ou soutien et ne représentait certainement pas un danger pour l’Algérie, mais son trop facile déferrement devant la justice, sans protestation d’aucun défenseur, éteindra sûrement la vocation de tout homme providentiel qui aurait pu espérer trouver des soutiens pour tenter de sauver l’État pour le salut du pays.

La justice algérienne, de son côté, ne chôme pas. Contrairement aux accusations infondées, le chef d’état-major n’a pas pris le pouvoir et ne donne pas d’ordre à la justice. Mais celle-ci a été libérée du joug des gérontocrates corrompus du FLN, et a pu commencer à lancer une opération « mains propres » contre la nomenklatura dont les détournements saignaient le pays. Des dizaines de parasites voleurs, aux confins des milieux politique et économique, sont déjà sous les verrous. C’est d’ailleurs le signe principal montrant que l’oligarchie FLN est bien tombée et qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre la révolution jusqu’à la destruction de l’État et de la jeune démocratie. Le nettoyage judiciaire de la haute direction des entreprises publiques ou parapubliques n’a d’ailleurs pas entraîné, pour l’instant, l’arrêt immédiat du peu d’activité économique algérienne et l’arrêt du versement des salaires et des prestations sociales, nécessaire au déversement de la population par-delà la Méditerranée. Au contraire la réduction sensible de l’émigration, depuis le début du mouvement, semble indiquer que les Algériens ont une certaine foi en l’avenir de leur pays, et pas encore de sentiment d’insécurité. Les instigateurs discrets n’arrêteront donc pas le hirak (« mouvement ») avant l’épuisement des belles réserves financières du pays, et le désordre social complet.

Contrairement aux titres enflammés d’une certaine presse étrangère anglophone ou arabophone, il n’y a pas de répression en Algérie. Certes la police est parfois intervenue face aux provocateurs infiltrés pour déstabiliser par la violence les manifestations pacifiques, certes aussi la gendarmerie a parfois tenté d’empêcher l’entrée à Alger de manifestants amenés d’ailleurs en autobus (dont on ignore qui les a commandés), mais aucun pouvoir sécuritaire n’a cherché à faire appliquer l’interdiction légale de manifestation dans la capitale, dont les habitants sont ainsi de facto autorisés à manifester comme leurs concitoyens. Pour filmer de la violence provocatrice ou répressive quelque part entre Dunkerque et Tamanrasset, il est plus productif de couvrir les manifestations de quelques milliers de participants au nord de la Méditerranée que celles de plusieurs millions au sud.

L’un des derniers thèmes spontanément brandis par les manifestants du vendredi à la sortie de la mosquée consiste, sous des libellés divers, à refuser un pouvoir militaire et exiger un « État civil ». En réalité, le refus de toute tentative de transition ordonnée le montre bien, c’est tout forme d’État, civil ou pas, que les ressorts cachés du hirakrejettent. On a rejeté la proposition de conférence nationale constituante faite, sous discret parrainage international (onusien et panafricain), aux derniers jours de la présidence Bouteflika. On a rejeté l’idée de transition constituante sous régime d’exception préparée par Toufik. Et on rejette la solution constitutionnelle de changement démocratique de chef d’État puis de lancement du chantier constituant organisé, toujours soutenue par le chef d’état-major et dernier vrai ministre respecté. Et maintenant on accuse celui-ci de militarisation du régime, ce qui est bien la dernière de ses intentions. C’est aussi la dernière des aspirations d’une armée algérienne suffisamment occupée à protéger les frontières des infiltrations atlantico-islamistes, et dernièrement préoccupée par l’annonce du parachutage du chef de l’État Islamique (surnommé al-Baghdadi) en ex-Libye, après qu’il ait été exfiltré par ses protecteurs de sa précédente zone d’opérations, la Syrie orientale sous occupation états-unienne.

En fait il était évident, lorsque les chefs des trois principaux partis islamistes d’Algérie ont déclaré ne plus avoir confiance en aucune institution sauf l’Armée nationale populaire – et publiquement appelé celle-ci à diriger la transition, il y a un mois – qu’ils en attendaient bien sûr la liquidation de l’État, mais surtout l’incarnation d’un dernier représentant de la légalité, en l’occurrence le chef d’état-major, afin de le blâmer ensuite et disqualifier la dernière institution solide, si possible après l’avoir amenée à une confrontation violente avec « la rue ». On n’a pas réussi à faire mal réagir l’armée, mais on accuse le très légaliste général Gaïd Salah de despotisme et de dictature militaire, dont on aurait du mal à déceler la moindre trace dans les rues d’Algérie, certainement bien moins patrouillées que les lieux publics de France et de Navarre par exemple.

Les politiciens déserteurs, relayés par la presse inconséquente, appellent maintenant à une « solution politique » ce qu’ils appelaient initialement « solution consensuelle », c’est-à-dire avant tout anticonstitutionnelle et anarchique. Cela ne les amène par pour autant à proposer le moindre schéma de nature politique, ni à s’engager personnellement, comme politiciens expérimentés dans la gestion de l’État ou dans la collecte des suffrages, dans le règlement de la crise. Tous n’ont comme référence que l’article 7 de la constitution (qu’ils rejettent pourtant), selon lequel « le peuple est la source de tout pouvoir », en omettant l’article 8 selon lequel sa souveraineté, et son pouvoir constituant, s’exercent « par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne […] par voie de referendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus ». Dans leurs discours consciemment révolutionnaires et inconsciemment anarchiques, le fameux rejet du système signifie le rejet de tout processus organisé de solution. Une soixantaine de coordinations estudiantines, syndicats de salariés et ordres professionnels tentent bien de se proclamer collectivement « société civile », mais il apparaîtra inévitablement qu’ils ne représentent que leurs adhérents, une fraction de la petite population active. Même s’ils arrivent à élaborer un schéma commun de sortie de crise ou de processus constitutionnel, d’abord ils seront à leur tour accusés de confiscation par les chefs islamistes, et ensuite et surtout ils n’arriveront pas à faire légitimer et valider leur projet par un plébiscite.

Les très irresponsables chefs de partis politiques ont réussi à discréditer non seulement le gouvernement déchu mais également tout processus électoral, qu’ils assimilent au « système », alors qu’un accord des partis d’opposition, voire mieux de tous les partis, aurait permis d’organiser et de superviser un scrutin libre d’ingérence gouvernementale. Lorsque des urnes existent, il ne se pose que la question de l’emplacement et de la sécurité des isoloirs, et du contrôle du vote libre et unique de chaque électeur. Mais en Algérie les hommes politiques de tout niveau ont, cette année, unanimement rejeté l’exercice de la démocratie représentative. Or, si la démocratie directe est possible à l’échelon d’une petite cité, aucune place publique d’Algérie ne peut accueillir vingt millions d’électeurs, et aucune personne physique ou morale n’a la capacité et la crédibilité (encore moins la légitimité) d’effectuer en temps réel le décompte du vote à main levée de millions de personnes.

Le 30 mai, par un communiqué très largement diffusé, l’association des Oulémas (dignitaires mahométans), silencieuse depuis l’explosion spontanée massive de la contestation à la sortie des mosquées le 22 février, a enfin publié sa préconisation. Les Oulémas veulent eux aussi une conférence nationale, mais moins pour rédiger une constitution que pour établir des règles contre le « pourrissement politique, économique, social et culturel ». Ensuite, comme tout le monde ils voient une période de transition politique, à commencer dès juillet, avant l’avènement du prochain régime. Ils demandent que cette transition soit dirigée par une « personnalité consensuelle »non élue, comme l’avaient déjà réclamé les chefs des partis islamistes début avril, en l’occurrence une personne non préalablement compromise dans la politique sous l’ancien régime. Ils estiment que le peuple s’est déjà assez exprimé, ou plus précisément que « le referendum fait par le peuple durant les vendredis du hirak se suffit à lui-même ». Après la période de transition, c’est une « compétition saine entre les acteurs de la scène politique » (pas un processus électoral) qui déterminera l’avenir du pays. À  ce stade des recommandations, les Oulémas ne précisent pas la procédure de détermination des acteurs de la scène politique, non compromis sous l’ancien régime, aptes à la saine compétition dans le futur contexte épuré de pourrissement politique, économique, social et culturel. Les Oulémas ne font pas non plus, pour l’instant, de suggestion quant à la personnalité à désigner comme chef de l’État, par un« consensus » non électoral entre des décideurs pour l’instant indéfinis.

À titre anecdotique on remarquera que la mobilisation des masses est entretenue avec des thèmes nouveaux chaque vendredi, spontanément exhibés à la sortie des mosquées. Tour à tour le rejet de la candidature de Bouteflika ; le rejet du scrutin du 18 avril ; le rejet de la conférence nationale constituante ; le rejet du gouvernement Bedoui ; le rejet (en Kabylie) du totalitarisme arabe ; le rejet du scrutin du 4 juillet ; le rejet du « pouvoir militaire » ; la libération de Louisa Hanoune ; la vérité sur le décès en prison de Kamal-Eddine Fekhar, et toujours bien sûr la mise à bas du système et le départ des politiciens. Mais tout cela reste informel et personne n’a présenté de processus fiable pour le décompte des manifestants du vendredi ou des opposants à telle ou telle option, aussi est-il facile de dire que le peuple refuse ceci ou cela, sans risquer de démenti. Si, vu d’hélicoptère, on peut estimer que quelques millions de personnes rejettent la politique du FLN, vu d’un balcon d’El Mouradia ou des Tagarins rien ne permet d’assurer que la majorité des vingt millions d’électeurs refusent tout processus démocratique représentatif.

Par ailleurs on notera aussi, après la désertion collective des politiciens (et l’absence du parlement dont les députés du peuple touchent pourtant leur salaire), l’écrasant silence du seul corps incontestablement élu, représentatif et proche des électeurs, à savoir les dizaines de milliers de maires et conseillers municipaux, seul corps qui serait pourtant capable, lorsque l’armée aura pris acte de la chute de l’État, d’organiser un chantier constituant national. Quant aux deux grands commis de l’étranger, discrètement retirés en mars, ils attendent peut-être qu’un carnage supérieur à celui de la décennie quatre-vingt-dix débouche, après effacement de l’armée algérienne, sur un mandat international.

Finalement, tout ce que l’on a anticipé ou exposé sur le sujet depuis octobre dernier se confirme, tant sur la décision de déstabilisation , que sur son déclenchement sans surprise et sur son apparente irréversibilité.

Pour sa part Algérie Patriotique, avait traduit et publié le 13 mars des révélations troublantes sur les préparatifs paramilitaires confiés par l’OTAN à Otpor au Maroc.

Stratediplo

https://lesakerfrancophone.fr/le-rejet-de-la-democratie-representative-en-algerie

Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées

Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées


Jeudi 6 Juin 2019 modifié le Samedi 8 Juin 2019 – 08:21





Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées
De l’Algérie, dont l’armée et son chef d’état-major sont redevenus les véritables centres de décision, au Soudan, où la dispersion sanglante du sit-in de la contestation fait craindre une spirale de violence, rappel des étapes de ces nouvelles révoltes dans le monde arabe.

En 2011, de nombreux pays arabes avaient été secoués par des mouvements de protestation, qui ont notamment provoqué la chute des présidents Zine el Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte.

A ce jour, la Tunisie fait exception, en poursuivant sa transition démocratique. En Egypte, le pouvoir est entre les mains d’Abdel Fattah al-Sissi depuis le renversement par l’armée, dont il est issu, du président islamiste Mohamed Morsi en 2013.

Dans d’autres pays, comme la Syrie, le Yémen et la Libye, les révoltes contre les pouvoirs en place ont dégénéré en guerres toujours en cours.

Algérie

Le 10 février 2019, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies et affaibli depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, annonce qu’il briguera un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.

Le 22, des milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes contre un 5e mandat du chef de l’Etat, premier vendredi d’une contestation inédite toujours en cours.

Le 10 mars, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, qui avait quelques jours plus tôt présenté l’armée comme la « garante » de la stabilité, déclare que l’institution « partage » les « mêmes valeurs » que le peuple. Deux semaines plus tard, il demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir ou qu’il démissionne.

M. Bouteflika va être lâché par ses plus fidèles soutiens, face à une mobilisation populaire qui ne faiblit pas.

Le 2 avril, il démissionne, cédant à un ultimatum de l’armée.

Mais les Algériens continuent à descendre tous les vendredis en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser de l’ensemble du « système » au pouvoir.

Le 20 mai, le général Gaïd Salah rejette deux principales demandes de la contestation: le report de la présidentielle destinée à élire un successeur à M. Bouteflika et le départ des figures du « système politique ». Devenu de fait le véritable détenteur du pouvoir, il multiplie les discours.

Le 31, les manifestants défilent de nouveau nombreux pour le 15e vendredi consécutif, notamment à Alger et malgré de nombreuses arrestations. « Ni dialogue ni élections, mais une (Assemblée) constituante », peut-on lire sur une pancarte dans la capitale.

Le 2 juin, le Conseil constitutionnel annule de facto la présidentielle prévue le 4 juillet après avoir invalidé les deux seuls dossiers de candidature.

« Le report de cette élection est une victoire pour la rue, mais une victoire à haut risque », estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

C’est « un défi pour le hirak (mouvement de contestation) et la classe politique, qui sont ainsi privés d’un facteur de taille pour se mobiliser », dit-il.

Soudan

Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais manifestent après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un contexte de crise économique et de mesures d’austérité. Dès le lendemain, les manifestants réclament la fin du régime.

Le 22 février 2019, au lendemain d’une marche réprimée, le président Omar el-Béchir décrète l’état d’urgence et limoge le gouvernement.

Le 6 avril, la contestation –dont certains meneurs disent être revigorés par la démission de M. Bouteflika à Alger– prend la forme d’un sit-in devant le siège de l’armée à Khartoum.

Le 11, les militaires destituent le général Béchir, après trente ans de pouvoir, remplacé par un « Conseil militaire de transition ». Mais des milliers de manifestants restent devant le QG de l’armée pour réclamer le transfert immédiat du pouvoir aux civils.

Le 20 mai, après des avancées, les négociations entre les généraux au pouvoir et les chefs de la contestation s’achèvent sans accord sur la composition d’un Conseil souverain. Chaque partie réclamait de diriger ce Conseil chargé de mener une transition sur trois ans.

Une grève générale est observée les 28 et 29 mai, pour tenter de faire plier le pouvoir militaire.

Fin mai, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, se rend au Caire et à Abou Dhabi. Il y rencontre les dirigeants de ces pays foncièrement hostiles aux soulèvements dans la région.

« Lors de sa visite dans le Golfe, la situation en Libye et au Yémen a été rappelée au général » Burhane, avec l’idée qu’elle était le « résultat du manque de détermination des dirigeants », déclare Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris-VIII et spécialiste du monde arabe.

Le 3 juin, le sit-in devant le QG de l’armée est dispersé dans le sang. La contestation dénonce un « massacre » perpétrée par des « milices » du Conseil militaire.

Selon un comité de médecins proche des manifestants, la répression a fait depuis lundi plus de 100 morts, essentiellement lors de la dispersion du sit-in à Khartoum.

Le 5, les chefs de la contestation rejettent l’appel des généraux à la tenue d’élections sous neuf mois et l’offre de dialogue en dénonçant un « putsch ».

Jeudi 6 Juin 2019 – 15:29


Algérie : le « Système » dans l’impasse

samedi 25 mai 2019

Algérie : le « Système » dans l’impasse

Cette analyse peut être reprise à condition d’en citer la source 

La lecture des évènements  algériens doit se faire à deux niveaux, le visible et l’invisible.

Les apparences

Après plusieurs semaines de manifestations, le Ramadan n’ayant pas démobilisé la rue, le mouvement de contestation ne s’essouffle pas,

Face à cette réalité, la stratégie du « Système »[1] actuellement incarné par le général Ahmed Gaïd Salah a échoué. Elle avait pour but de gagner du temps et de diviser les contestataires à travers la manipulation d’une justice spectacle illustrée par une vague d’arrestations de «corrompus ». Mais les Algériens ne furent pas dupes car  ils savent bien que c’est tout le « Système » qui est corrompu. A commencer par le général Gaïd Salah dont l’affairisme familial à Annaba fut dénoncé par l’opposante Louisa Hanoune… qui a donc été jetée en prison…

Entre la rue et le « Système », les positions sont inconciliables :

-Les manifestants exigent une période de «transition »  menée par des personnalités indépendantes,

-Le général Gaïd Salah veut, à travers l’élection présidentielle prévue le 4 juillet 2019, faire élire un candidat désigné par lui. Or, ce scrutin paraissant impossible à organiser, à l’issue des 90 jours de présidence intérimaire prévus par la Constitution,  le général va se trouver face à un vide institutionnel.

… et derrière les apparences

La lecture d’El Djeich, la revue de l’armée permet d’aller au-delà des apparences. Depuis plusieurs semaines, y est en effet dénoncé l’existence d’un « complot », ce qui confirme que la guerre est bien ouverte à l’intérieur de la caste militaire.

Or, depuis 1962, l’armée avait toujours réglé ses comptes  à huis-clos, s’abritant derrière un pouvoir civil de façade délégué au FLN. De plus, jusqu’à aujourd’hui, en dépit de leurs oppositions, les différents clans militaires n’avaient  à aucun moment transgressé l’ultime tabou qui était de  ne jamais aller jusqu’à mettre en danger la pérennité du « Système ». L’incarcération de plusieurs généraux dont Mediene « Toufik » et Tartag, montre que les haines claniques et personnelles ont pris le dessus sur le consensus indispensable à la survie commune.

La crise au sein de l’institution militaire est donc profonde et la multiplication des slogans dirigés contre sa personne montre que le  général Gaïd Salah se trouve désormais seul face à la population.

De plus en plus nombreux sont donc ceux qui se demandent si l’impopularité de leur chef ne va pas finir par provoquer un divorce entre l’armée et le peuple. Le risque serait alors de voir la lame de fond contestataire emporter l’institution militaire avec le « Système ».

Selon des rumeurs qui commencent à se faire insistantes, plusieurs de ses pairs tiendraient le général Gaïd Salah pour responsable de l’impasse politique actuelle. Le seul obstacle à son éviction serait que les généraux ne se seraient pas encore  accordés sur le nom d’un successeur. Compte tenu du climat actuel, la difficulté est en effet de trouver un général s’étant tenu au-dessus des intrigues du sérail et donc susceptible de rétablit le consensus interne à l’armée, ce qui passe par  la redéfinition de la place de chacun de ses clans.

Loin de l’agitation de la rue, mais en ayant le regard constamment tourné vers elle, les janissaires marchandent  donc afin de trouver parmi eux celui qui pourra  sauver le « Système ».  Le proche avenir dira s’ils ont réussi à trouver l’ « oiseau rare ». Mais en ont-ils encore la possibilité ?
Bernard Lugan

[1] Voir le dossier consacré au « Système » algérien dans le numéro du mois de mai 2019 de l’Afrique Réelle.

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