Archives pour la catégorie Algérie

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

mardi 30 avril 2019

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

Sommaire

Actualité :
Comprendre la question du Soudan

Dossier : Autopsie du « Système » algérien
– 1962 : la naissance du « Système »
– L’adaptabilité du « Système »
– Le pouvoir militaire

Rwanda :
Les responsabilités de l’ONU et du général Dallaire dans le génocide

Editorial de Bernard Lugan :

Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25% du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.
La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »… Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement.
Cette manœuvre n’ayant pas freiné la contestation populaire, c’est désormais du « Système » tout entier dont la rue veut se débarrasser. A commencer par le général Gaïd Salah et son clan familial incarné par Karim et Adel Gaïd Salah, ses deux fils qui règnent sur la ville d’Annaba où ils possèdent organes de presse, hôtels et sociétés d’import-export.
Face à la rue, le « Système » résiste en pariant sur la division de la contestation et sur un essoufflement espéré durant le prochain ramadan. Le tout dans l’attente de l’inévitable confrontation.
Au début du mois d’avril dernier, les medias déversant ad nauseam leurs habituels mensonges sur la prétendue responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, le président Macron crut devoir recevoir à l’Elysée des associations porte-voix du régime de Kigali. Par pur fait du prince, il leur annonça, sans le moindre débat contradictoire et sans la moindre consultation de la population, qu’en France, le 7 avril serait désormais jour de « commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda ». Reprenant le vocabulaire officiel rwandais, le président Macron a parlé de « génocide des Tutsi » et non pas de « génocide du Rwanda ».
Les Français vont donc devoir commémorer un génocide dans lequel leur pays ne porte pourtant aucune responsabilité. Sauf celle d’avoir accepté le diktat de Paul Kagamé qui était de retirer son contingent militaire du Rwanda, ce qui fut achevé au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide.
Les 400 Français furent alors remplacés par plus de 2600 casques bleus de l’ONU. Commandés par l’incompétent et fragile général canadien Roméo Dallaire, ils demeurèrent l’arme au pied, se terrant même parfois dans leurs casernements, laissant ainsi les génocidaires libres d’agir et les hommes de Paul Kagamé libres de conquérir le pays.
Mais c’est la France qui est mise en accusation… non l’ONU…
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Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

dimanche 5 mai 2019 à 19:40
Source de l’article : Algerie360.com

Le juge d’instruction militaire près le tribunal militaire de Blida a ordonné, dimanche, le placement en détention provisoire de Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika pour « atteinte à l’autorité de l’Armée » et « complot contre l’autorité de l’Etat », indique un communiqué de la Cour d’appel militaire de Blida, dont voici le texte intégral:

« Conformément aux dispositions de l’article 11, alinéa 3 du code de procédure pénale, et dans le cadre du strict respect de ses dispositions, M. le Procureur général militaire près la Cour d’appel militaire de Blida porte à la connaissance de l’opinion publique qu’une poursuite judiciaire a été ouverte ce jour, 5 mai 2019, à l’encontre des nommés Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika ainsi qu’à l’encontre de toute personne dont l’implication est établie par l’enquête, pour les chefs d’inculpation d’ »atteinte à l’autorité de l’Armée et complot contre l’autorité de l’Etat », des faits prévus et punis par les articles 284 du code de justice militaire et 77 et 78 du code pénal.

« Pour les besoins de l’enquête, le procureur militaire de la République près le Tribunal militaire de Blida a chargé un juge d’instruction militaire d’entamer la procédure d’instruction, et après mise eninculpation, ce dernier a rendu des mandats de placement en détention provisoire à l’encontre des trois prévenus ».

Pour rappel, l’article 284 du code de justice militaire stipule que « Tout individu coupable de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité du commandant d’une formation militaire, d’un bâtiment ou d’un aéronef militaire, ou à la discipline ou à la sécurité de la formation, du bâtiment

ou de l’aéronef, est puni de la réclusion criminelle de cinq (5) à dix (10) ans. Il y a complot dès que la résolution d’agir est concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs individus. Le maximum de la peine est appliqué aux militaires les plus élevés en grade et aux instigateurs dudit complot. Si le complot a lieu en temps de guerre, ou sur un territoire en état de siège ou d’urgence, ou dans toutes circonstances pouvant mettre en péril la sécurité de la formation, du bâtiment ou de l’aéronef, ou a pour but depeser sur la décision du chef militaire responsable, le coupable est puni de mort ».

Aps

Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Selon Reuters citant la chaîne privée algérienne Ennahar TV, trois pontes viendraient d’être arrêtés en Algérie. Il s’agirait de Saïd Bouteflika, influent frère et conseiller de l’ex-président, du général Médiène, dit «Toufik», et du général Tartag.

Saïd Bouteflika, le frère et conseiller de l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika ainsi que le général Mohamed Médiène, surnommé «Toufik» et le général Athmane Tartag auraient été arrêtés, selon plusieurs médias algériens. L’agence de presse Reuters, citant la chaîne privée algérienne Ennahar TV, rapporte également l’information.

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Ennahar Tv النهار

@ennaharonline

🔴🔴 l

توقيف كل من والجنرال مدين والجنرال بشير من قبل الاجهزة الأمنية

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Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

Analysis

Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

La grande purge continue en Algérie. Abdelmoumen Ould Kaddour, le président directeur général de la Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, a été limogé en ce mardi 22 avril 2019.

Le même sort à été réservé au patron d’Algérie Télécoms.

Le general-major Chentouf, impliqué dans un gigantesque réseau international de trafic de cocaïne, est parvenu à fuir le pays en activant des complicités au niveau de l’aéroport d’Oran. Il s’est dirigé vers la France.

Ces limogeages en série coïncident avec le très fameux discours hebdomadaire du chef d’état-major des Armées, le général major Ahmed Gaid Salah.

Chaque mardi, jour de Mars, ancien dieu de la guerre chez les anciens Romains dont l’influence est encore fort vivace dans les moeurs des Algériens, le chef de l’Armée délivre un message fort attendu, souvent en pleine manoeuvre militaire, qui détermine la vie politique dans ce pays.

https://strategika51.org/archives/62618

Algérie: des milliardaires proches de Bouteflika arrêtés

Algérie: des milliardaires proches de Bouteflika arrêtés

 

La purge anticorruption en Algérie n’est pas prête de s’arrêter. Selon la télévision algérienne, qui rapporte l’information ce lundi, cinq milliardaires, dont des proches d’Abdelaziz Bouteflika, ont été arrêtés.

Et d’ajouter qu’il s’agit de Issad Rebrab, première fortune du pays, et quatre frères de la riche famille Kouninef réputée proche de l’ex-président algérien.

La semaine passée, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait affirmé que des hommes d’affaires proches de l’ancien pouvoir seraient jugés pour corruption.

Par ailleurs, le tribunal de Sidi Mhamed à Alger a convoqué samedi l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia et Mohamed Loukal, ministre des Finances et ex-gouverneur de la Banque d’Algérie. Ils sont accusés de “dilapidation des deniers publics et indus avantages”.

Selon la presse algérienne, il s’agit d’une première dans le pays, puisque jamais la justice n’avait convoqué un ministre des Finances en exercice et un ex-premier ministre en Algérie, un mois et demi après son limogeage du gouvernement.

Après la chute brutale de Bouteflika, plusieurs de ses proches et ex-collaborateurs se sont retrouvés sans protection.

S.L.

AfriqueLa démission de Bouteflika, « une nouvelle victoire » pour les Algériens

AfriqueLa démission de Bouteflika, « une nouvelle victoire » pour les Algériens

La presse mondiale ne voit pas dans le départ d’Abdelaziz Bouteflika la fin de la crise politique qui touche l’Algérie. Le peuple réclame un changement radical de système, pas simplement la démission de son leader. L’armée va-t-elle laisser le mouvement se poursuivre ?

“L’annonce était attendue mais représente néanmoins un stupéfiant retournement de situation”résume le Washington Post, au moment de commenter la démission d’Abdelaziz Bouteflik. Le désormais ex-président algérien devait quitter le pouvoir le 28 avril, au terme de son quatrième mandat. Il “s’incline” pourtant devant la pression populaire, “mettant une fin abrupte” à deux décennies au pouvoir, explique le Guardian.

Le chef d’Etat de 82 ans a fait part de sa décision dans une lettre, “son principal mode de communication depuis qu’il a subi une attaque cérébrale en 2013 et disparu de la vie publique”,note le National, quotidien des Emirats arabes unis.

“Six semaines de manifestations pacifiques en Algérie ont suffi” pour le faire renoncer, constateEl Pais“Les Algériens remportent une nouvelle victoire”se réjouit Le Soir. L’annonce de la démission a déclenché des scènes de joie dans le pays, l’agence Bloomberg observant “des célébrations spontanées” à Alger.

Si la rue a joué un rôle, la décision de M. Bouteflika fait aussi suite à la pression mise par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah dans un communiqué qualifié d’”extraordinairement direct” par le Washington Post. Le militaire s’est publiquement associé aux manifestants et a réclamé le départ du leader. “La décision est claire et irrévocable. Nous soutiendrons les gens jusqu’à ce que leurs demandes soient pleinement satisfaites “, a-t-il annoncé.

“L’armée passe à l’action”titre la Frankfurter Allgemeine Zeitung, précisant par ailleurs que les entrepreneurs et oligarques jusqu’ici proches de Saïd Bouteflika, le très influent frère du président, ont également pris leur distance avec le régime.

Le cinquième leader arabe chassé du pouvoir depuis 2011

Selon la Constitution, Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation, doit assurer la transition jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Ce qui fait dire à Middle East Eye que “le bras de fer est terminé”.

Ce n’est certainement pas ce que l’on peut lire sur Wakat Séra“Bouteflika dégagé, à quand le prochain rebondissement?”, demande le site burkinabé. “L’armée ayant sans doute flairé le danger de voir la situation dégénérer davantage, et surtout une déflagration dont elle ne sera pas épargnée, a voulu très vite reprendre les choses en main”, analyse le média africain. “Le déficit de confiance se creusant chaque jour un peu plus, entre le peuple avide de changement et  ses dirigeants qui s’accrochent à un pouvoir qui leur garantit survie et passe-droits, n’est pas pour ramener la sérénité dans une Algérie qui basculera dans le chaos si rien n’est fait”, prévient-il.

Les quelques mois jusqu’aux élections constituent “un délai trop court pour faire naître des institutions démocratiques sur les cendres d’une kleptocratie”, signale Le Soir. Que l’armée ait prévalu ne devrait pas surprendre les observateurs de la vie politique algérienne tant elle a joué un rôle central dans l’exercice du pouvoir depuis l’indépendance en 1962, rappelle le quotidien. Les Algériens “savent que leur combat pour l’émancipation ne fait que commencer (…) ils veulent conquérir leur liberté et asseoir une démocratie. Enfin !”, insiste le journal.

El Pais remarque toutefois que le mouvement, sans vrais leaders, commence à montrer des signes de divisions : “bien que certains dirigeants de la société civile se méfient de Gaid Salah et considèrent ces luttes entre clans comme étrangers aux intérêts de la population, d’autres saluent l’initiative de Gaid Salah”.

Adbelaziz Bouteflika est le cinquième leader arabe chassé du pouvoir par le peuple depuis 2011, rejoignant ses homologues égyptiens, tunisiens, libyens et yéménites, précise le siteVox. L’Europe suit avec attention ce qui se passe chez l’un de ses principaux fournisseurs d’énergie, un pays qui a été un “rempart contre le mouvement islamiste et l’immigration illégale”, indique Bloomberg. “Des troubles en Algérie pourraient avoir des conséquences bien au-delà de ses frontières”, ajoute l’agence.

Dans ce climat d’incertitudes, Abdelaziz Bouteflika pourra quant à lui profiter, “de sa retraite désormais officielle pour cultiver son jardin”, ironise Wakat Séra.

Vu d’AlgérieAbdelaziz Bouteflika, une fin sans gloire

Le président algérien a présenté sa démission mardi 2 avril, après vingt ans au pouvoir. Poussé vers la sortie par des centaines de milliers de manifestants et lâché par l’armée, Abdelaziz Bouteflika part “avec un bilan désastreux”, retracé par le site d’information Tout sur l’Algérie.

Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a dirigé l’Algérie pendant vingt ans. Il détient le record de longévité à la tête de l’État algérien. Il vient de démissionner de la présidence dans des conditions humiliantes, après avoir été sommé de le faire par l’état-major de l’armée. Bouteflika part avec un bilan désastreux.

Bouteflika a pris ses fonctions de président de la République le 27 avril 1999 après avoir vécu pendant longtemps à l’étranger, loin de l’Algérie et de ses complexités. Il n’a pas été perturbé par le retrait des six autres candidats à la présidentielle.

Hocine Ait Ahmed, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Youcef Khatib s’étaient retirés le 14 avril 1999 pour dénoncer le non-respect par Liamine Zeroual, alors chef d’État, d’organiser “une élection libre et transparente”. “Nous décidons notre retrait collectif de l’élection présidentielle et la non-reconnaissance de la légitimité des résultats de ce scrutin”, ont-ils écrit dans une déclaration.

Cela n’a pas empêché Abdelaziz Bouteflika, présenté alors comme “le candidat du consensus”, de poursuivre la course pour être élu à 73,8 % des voix exprimées, selon les résultats officiels.

“Je n’aime pas les 99 %”

Installé avec une aile cassée au Palais d’El Mouradia, Abdelaziz Bouteflika a déclaré avoir “la légitimité populaire” malgré le boycott des autres candidats et les doutes de la population. “Que ce soit ici ou ailleurs, en France ou en Suède, 74 % des voix, c’est quand même respectable. Je n’aime pas les 99 %”, a-t-il déclaré lors de sa première et unique conférence de presse, au siège de sa permanence électorale à Hydra, à Alger.

Il adopte dès le départ le “style” du colonel Houari Boumediène [au pouvoir de 1965 à 1978] dans sa manière de s’adresser aux Algériens en haussant la voix et en tapant sur la table. Il ne se met pas en arrière du véhicule préférant se mettre à côté du conducteur comme le faisait l’ancien président, dont il était ministre des Affaires étrangères. Il préfère mettre des habits sombres refusant les costumes de couleurs claires pour se donner une certaine image de dureté.

Dès les premiers jours de son règne, il montre son rejet de la presse. Il critique ouvertement tous les médias algériens, les méprise au point de n’accorder ses premières interviews qu’aux organes de presse étrangers. Invité de la chaîne France 3, lorsqu’il était au Forum de Crans Montana, en Suisse, en juin 1999, Bouteflika a lancé :

Moi, je suis venu pour la paix. Si le peuple algérien soutient ma démarche dans le sens de la paix, c’est parfait […] Si par contre le peuple algérien ne suivait pas, je le dis pour la cinquième fois, je rentrerai chez moi, je ne suis pas venu pour un fauteuil, je suis venu remplir une mission.”

Il est resté sur ce fauteuil pendant vingt ans. A-t-il rempli cette “mission” ? Au départ, il était question de faire admettre à l’opinion publique le projet de l’armée de “réconciliation”. En septembre 1999, Bouteflika en “peace maker” organise un référendum sur “La concorde civile”. Une manière de “reconquérir” la légitimité après avoir été mal élu lors de la présidentielle d’avril 1999.

Une opacité totale à la tête de l’Algérie

Il en profite pour faire le tour du monde pour vendre cette image de “faiseur de paix”, ses relais s’étaient chargés de faire circuler l’idée de présenter la candidature de Bouteflika au Nobel de la Paix. Idée relancée en 2005 lors que Bouteflika décide d’organiser un second référendum sur la Charte pour “la paix et la réconciliation”. Une Charte qui a consacré l’impunité totale autant pour les terroristes que pour les militaires. Aucun bilan n’a été fait de l’application de cette charte à ce jour.

À la Présidence, Bouteflika, qui dit avoir été dans l’opposition à l’époque de Chadli Bendjedid [président de 1979 à 1992], installe les règles de l’opacité totale. Il garde pour lui et ses proches les rapports des commissions de réformes de l’École, de la Justice et des Missions de l’État qu’il installe en 1999. Les recommandations de ces commissions seront mises au placard.

Il ne publie pas les rapports de la Cour des Comptes, qu’il déteste parce qu’elle avait osé ouvrir une enquête et rendre un arrêt contre lui en août 1983 pour “détournement” au niveau des représentations consulaires. Pendant vingt ans Bouteflika a gelé la Cour des Comptes et bloqué tout mécanisme de contrôle sur les dépenses publiques.

Il a accepté à peine l’existence d’un Parlement. Il n’a jamais prononcé un discours devant les députés algériens, préférant s’adresser aux parlementaires tunisiens à l’époque de la dictature de Zine Albine Ben Ali. La Tunisie était, pour lui, un modèle de démocratie. Très sûr de lui et de sa personne, il n’aime pas être contredit, critiqué ou remis en cause, crie à la face de celui qui discute ses ordres à la Présidence, n’hésite à bousculer un enseignant universitaire lors d’une visite à Oran.

Il écarte tous ceux qui osent lui faire de l’ombre ou critiquer ses décisions. Abdelaziz Rahabi et Ahmed Benbitour, puis Ali Benflis furent ses premières victimes. Même ses proches conseillers passent à la trappe pour avoir émis des doutes sur ses choix économiques ou politiques, souvent discutables.

Ne se croyant pas obligé de rendre des comptes au Parlement, il change les gouvernements comme on change des chemises instaurant une déstabilisation durable au sein de l’État. À peine un ministre est installé à son poste qu’il est déjà désigné à un autre poste sans possibilité pour lui d’engager un plan de travail. En tout, Bouteflika a consommé vingt et un gouvernements en vingt ans, c’est-à-dire un gouvernement chaque année, ce qui est unique dans l’histoire politique contemporaine.

Cette gouvernance de l’à-peu-près a eu pour conséquences d’intensifier les flux de corruption, d’affaiblir le contrôle sur les projets de développement et de déstructurer les visions et les programmes dans tous les secteurs. La plupart des gouvernements sont partis sans présenter de bilan, l’argent public engagé a été perdu à tout jamais.

Un secret complet autour de lui

Durant sa guerre ouverte avec Ali Benflis, son ex-directeur de cabinet à la présidence de la République, en 2003-2004, Bouteflika montre toute l’étendue de son esprit revanchard en caporalisant le FLN [Front de Libération nationale] dont il avait un mépris historique et en instrumentalisant la justice pour invalider les résultats.

À cette époque, il ordonne en juin 2004 l’emprisonnement du journaliste Mohamed Benchicou pour avoir écrit un pamphlet contre lui Bouteflika, une imposture algérienne [éditions Le Matin]. Après son élection contestée en avril 2004, Bouteflika écarte sans aucune autre forme de procès tous les cadres de l’État soupçonné d’avoir des liens de près ou de loin avec Ali Benflis.

En 2008, il amende la Constitution sans consultation populaire pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Il fait en sorte que le secret complet soit instauré autour de sa maladie et de sa famille.

Impliqué dans la guerre d’indépendance

Fils d’Ahmed Bouteflika et Mansouriah Ghezlaoui, Bouteflika grandit au Maroc avec ses frères et sœur Zhor, Abdelghani, Nacer (surnommé Abderrahim), Mustapha et Said avant de rejoindre à l’âge de 19 ans “l’armée des frontières” au sein de l’Armée de libération nationale (ALN) après un appel lancé aux étudiants par le FLN [pour se soulever contre la France].

Il a obtenu un bac de français en poursuivant des études au lycée Abdelmoumen d’Oujda, où il s’activait déjà au sein d’une cellule du parti marocain Al Istiqlal d’Allal Al Fassi. Deux ans plus tard, en 1958, il entre dans le cercle de Houari Boumediene pour devenir son secrétaire particulier. Boumediène fait l’ascension du poste de commandement de la wilaya V à celui de l’état-major de l’Ouest puis de chef de l’état-major. Envoyé en mission en 1960 à la frontière Sud du pays, il acquiert le surnom de “Abdelkader el-Mali”.

En 1962, il est nommé à l’âge de 25 ans ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme de l’Algérie indépendante dans le gouvernement d’Ahmed Ben Bella. Il siège à l’Assemblée Constituante en tant que député de Tlemcen. Il devient ensuite ministre des Affaires étrangères. Il joue un rôle central dans le coup d’État militaire de 1965 contre Ahmed Ben Bella qui voit Houari Boumediene devenir chef de l’État sans aucune élection.

Membre du Conseil de la Révolution, Bouteflika occupe le poste de chef de la diplomatie pendant treize ans supplémentaires, jusqu’au décès de Boumediene en décembre 1978. Dans les années 1970, il était souvent critiqué pour ses séjours prolongés à l’étranger, notamment en Espagne et au Maroc, en négligeant sa mission au ministère des Affaires étrangères. Ces absences ont obligé Boumediene à gérer lui-même certains dossiers internationaux.

La traversée du désert

Pressenti pour devenir le nouveau président de l’Algérie, c’est finalement Chadli Bendjedid qui est désigné à la tête de l’État en 1979 parce qu’il était le militaire le plus âgé au grade le plus élevé. Bouteflika n’a jamais accepté sa mise à l’écart par le régime Chadli et par les militaires, car il se voyait comme “le digne” successeur de Boumediène.

Nommé ministre d’État par Chadli, Bouteflika est peu à peu écarté du pouvoir avant d’être poursuivi par la Cour des comptes, accusé d’avoir détourné l’équivalent de 60 millions de francs français sur les trésoreries des différentes chancelleries algériennes à l’étranger. S’ensuit une traversée du désert et un exil de six ans.

Abdelaziz Bouteflika rentre en Algérie à la fin des années 1980. Il décline plusieurs propositions pour devenir ministre et refuse une première fois une proposition d’accéder aux fonctions de chef de l’État, ouvrant la voie à la désignation de Liamine Zeroual, en 1994. À la fin de l’année 1998, il se présente candidat aux présidentielles d’avril 1999 avec l’idée qu’il ne sera pas “un trois quart de président”.

Après son AVC, une disparition progressive

Annoncé partant aux élections présidentielles de 2004, il est réélu à son poste pour cinq années supplémentaires avec près de 85 % des voix. Sa présidence est marquée par un contexte de forte hausse des cours du pétrole renflouant massivement les caisses de l’Algérie et permettant de lancer de nombreux projets. Alors que la Constitution ne l’autorise pas à se présenter que pour deux mandats successifs, le président Bouteflika fait sauter le verrou constitutionnel et est réélu en avril 2009 avec 90.24 % des voix.

Le troisième mandat de Bouteflika est marqué par un accident cérébral (AVC) en 2013 qui le fait disparaître de la scène publique, une année après avoir dit lors d’un discours à Sétif que sa génération avait fait son temps. Bouteflika est malgré tout présenté pour un quatrième mandat et est réélu en avril 2014 avec 81.53 % des suffrages sans avoir mené sa campagne ni parlé aux Algériens. Absent de la vie politique depuis six ans, ne s’exprimant à la nation que par messages lus en son nom, le président Bouteflika annonce le 11 février 2019 son intention de se porter candidat pour un cinquième mandat consécutif à la présidence de l’Algérie avant de se raviser un mois plus tard suite à des contestations de rue exigeant le départ du régime.

Contesté par le peuple qui manifeste, Bouteflika a fini par perdre son principal soutien, l’armée. Ce soir, il a annoncé son départ, sans même avoir réussi à protéger ses proches.

Cet article a été publié dans sa version originale le 02/04/2019.

Vu d’AlgérieLa démission de Bouteflika, tout sauf une sortie de crise

Vu d’AlgérieLa démission de Bouteflika, tout sauf une sortie de crise

Lundi 1er avril, la présidence algérienne a annoncé qu’Abdelaziz Bouteflika allait quitter le pouvoir “d’ici le 28 avril prochain”. Attention, avertit le site d’information Tout sur l’Algérie, ce départ ne résoudra pas la crise et pose question sur la gestion de la transition.

Après avoir annoncé, lundi 11 mars, qu’il renonçait à un cinquième mandat présidentiel, Abdelaziz Bouteflika a cette fois assuré qu’il quitterait le pouvoir “d’ici le 28 avril prochain”, au terme de sa présidence. “La décision n’a rien d’une surprisecommente Makhlouf Mehheni dansTout sur l’Algérie (TSA)Elle était même attendue depuis l’annonce de la composition du nouveau gouvernement”, dimanche 31 mars.

Pour le site d’information algérien, “l’annonce de la démission de Bouteflika ne résout pas la crise”. Il s’agirait plutôt du signe d’un “compromis” trouvé entre l’armée et l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika. Le 26 mars, le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah a demandé l’application de l’article 102 de la Constitution algérienne, qui prévoit la destitution du président pour raisons médicales. Malgré son acte, le général reste dans le gouvernement comme vice-ministre de la Défense :

La solution consensuelle est donc la démission du président avec quelques réajustements dans les institutions en prévision de la transition. Les deux parties avaient sans doute le souci de sortir un plan qui ne risquerait pas d’être perçu par le peuple qui manifeste depuis le 22 février comme une énième manœuvre pour vider ses revendications de leur substance.”

D’ici le 28 avril, Abdelaziz Bouteflika et ses proches vont tenter de gérer la transition politique, relate TSA : “Il a encore quatre semaines pour tenter de sauver le plan de sortie de crise du pouvoir, d’autant plus que ses prérogatives constitutionnelles lui laissent une certaine marge de manœuvre dans ce sens.”

Des “vives tensions” toujours au cœur du pouvoir algérien

Le pouvoir peut notamment effectuer des nominations politiques qui auront un impact essentiel sur la période de transition. Malgré le changement de gouvernement dimanche 31 mars, celui-ci n’est pas immuable, estime le journal algérien : “Bouteflika est toujours en poste et il peut toujours placer une personnalité indépendante à la tête du gouvernement.” Une hypothèse toutefois jugée peu probable par TSA, sauf “si le peuple demeure intransigeant dans son refus de voir [le Premier ministre Noureddine] Bedoui gérer l’exécutif de la transition” :

Pour convaincre de sa bonne foi, Bouteflika pourra aussi effectuer des changements au niveau de certaines institutions importantes, comme les médias publics, la Banque d’Algérie…”

TSA ne se fait pourtant pas d’illusions : “les événements qui s’accélèrent laissent penser que la crise est loin de connaître son épilogue.” Des hommes d’affaires proches du pouvoir sont inquiétés par la justice et il existe “de vives tensions” dans les cercles du pouvoir algérien, relève la publication, avant de conclure que “le consensus est très fragile”.

Source
Tout sur l’Algérie
ALGER
Le titre, créé en 2007, se présente comme le premier quotidien électronique algérien. Sérieux et professionnel, il regorge d’informations souvent reprises par la presse nationale.

SoulèvementAlgérie : lâché par l’armée, “Bouteflika n’aura pas sa sortie honorable”

SoulèvementAlgérie : lâché par l’armée, “Bouteflika n’aura pas sa sortie honorable”

Le chef de l’état-major algérien a demandé que soit enclenchée une procédure de destitution du président. D’après la presse algérienne, le départ d’Abdelaziz Bouteflika n’est désormais plus qu’une question de temps.

Après un mois de manifestations populaires, “l’armée lâche Bouteflika”, annonce le HuffPost Maghreb en lettres capitales ce mardi 26 mars. Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah a demandé l’application de l’article 102 de la Constitution algérienne, qui prévoit la destitution du président pour raisons médicales. “Maintenant que l’institution militaire a fait connaître son avis, le reste ne devrait être qu’une simple formalité”, estime Tout sur l’Algérie (TSA) :

L’état d’empêchement pour raisons médicales sera déclaré et Bouteflika doit quitter le pouvoir avant même l’expiration de son mandat, qui arrive à terme le 28 avril. Il n’aura pas sa sortie honorable. Il partira destitué, après s’être accroché au pouvoir contre l’avis de son peuple sorti par millions demander son départ.”

Le site d’information prévient toutefois que, “officiellement, il ne s’agit pas d’une destitution décidée par l’armée”, car c’est au Conseil constitutionnel d’activer ou non la procédure. Un scénario qui devrait se dérouler rapidement, selon Maghreb Émergent, puisque “la procédure d’empêchement préserve transitoirement toutes les institutions de la République, sauf le poste de président de la République”.

D’après le site d’information, “il y a donc de fortes chances pour que, invités pour cela par l’armée via le Conseil constitutionnel, les présidents des deux chambres acceptent de se réunir en séance du Parlement pour prononcer l’empêchement après constatation de la vacance du pouvoir”.

Qui pour gérer la transition ?

Mais, souligne Maghreb Émergent, “tant que le Conseil constitutionnel ne s’est pas réuni et n’a pas appelé le Parlement à prononcer l’empêchement, le président de la République peut encore sévir, par entourage interposé”. Un autre risque souligné par le site d’information est la possibilité qu’Ahmed Gaïd Salah ait fait cette annonce afin de “garder la main sur le processus de la transition que réclame le mouvement populaire”.

Les manifestants devraient continuer de défiler, assure Maghreb Émergent, car la partie est loin d’être gagnée :

La ‘rue’ algérienne demande le départ du système et refuse que ce soit des personnalités du régime de Bouteflika qui président à la transition vers de nouvelles élections. Le recours à l’article 102, s’il aboutit, les mettra dans quelques jours en face [au président du Conseil de la nation] Abdelkader Bensalah. Il impliquera également que le gouvernement Bedoui-Lamamra conduira le processus électoral.”

TSA juge que le pays doit d’urgence mettre en place les solutions pour sortir de la crise politique et entamer la transition : “Aux partis, aux animateurs du mouvement populaire et à la société civile de les trouver et à l’armée de garantir leur mise en œuvre. Elle vient de prouver qu’elle en a l’autorité.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1920469/article/1920514

Le « Hirak » en Algérie, entre spontanéité et manip : l’analyse « glaçante » du Général français Dominique Delawarde

Le « Hirak » en Algérie, entre spontanéité et manip : l’analyse « glaçante » du Général français Dominique Delawarde

Le général DELAWARDE, ancien chef «situation-renseignement-guerre électronique» à l’état-major interarmées de planification opérationnelle, nous a adressé ce texte dans lequel il répond à nombre de ses amis qui lui ont demandé ce qu’il fallait penser des événements survenus en Algérie ces trois dernières semaines.

Pour avoir beaucoup travaillé sur le dossier algérien lorsque j’étais en fonction et pour ne pas avoir cessé de le suivre depuis, je vais tenter de vous donner mon analyse de la manière la plus claire possible en répondant à trois questions : Pourquoi ? Quoi ? Comment ?

Pourquoi ?

La réponse à cette question se trouve, de mon point de vue, dans un contexte géopolitique qui dépasse largement les frontières de l’Algérie. Pour simplifier à l’extrême, le monde est aujourd’hui coupé en deux camps qui s’opposent.

Il y a celui qui s’accommode parfaitement d’une organisation de la communauté internationale telle qu’elle a été conçue et construite au sortir de la 2ème guerre mondiale : FMI, OMC, Banque Mondiale, dollar, et prééminence US quasi absolue depuis 1990. Les idéologues néoconservateurs de ce camp dérivent aujourd’hui peu à peu vers un objectif de « mondialisation heureuse (pour eux) », unipolaire, sous dominance occidentale (en fait, sous dominance US-OTAN).

Minoritaire en nombre d’États et en population (quarante à cinquante États, un milliard d’habitants) ce camp dispose, pour quelques années encore, de la puissance économique (plus de 60% du PIB mondial) et, d’une supériorité militaire (OTAN qu’il utilise sans modération). Un quarteron d’États s’active, sur la scène internationale (ou en coulisse), pour mobiliser ce camp et faire valoir ses intérêts : Les USA, le Royaume-Uni, la France et Israël. L’influence majeure est, dans les faits, exercée par un duo : USA et Israël. Ce camp se regroupe sous la bannière de la « coalition occidentale » et s’autoproclame souvent, à lui seul : «communauté internationale».

De l’autre côté du grand échiquier, un autre camp s’est organisé peu à peu sous la houlette de la Russie et de la Chine. Aujourd’hui, ce camp monte rapidement en puissance avec, entre autres, des organisations internationales créées en ce début de XXIème siècle : les BRICS et l’OCS pour ne citer qu’elles. Il souhaite remettre en cause l’ordre et les règles de la gouvernance mondiale établis au sortir de la guerre, au profit des occidentaux, pour évoluer vers un monde multipolaire. Il regroupe, autour de la Russie et de la Chine, de grands pays tels l’Inde ou le Pakistan (puissances nucléaires) et surtout de nombreux «fans». Ce camp, fans compris, est majoritaire tant en nombre d’États qu’en population (une centaine d’États et plus de quatre milliards d’habitants) mais il est encore à la traîne en terme de puissance économique (moins de 40% du PIB mondial).

L’Algérie est un grand pays. Avec une superficie de 2,4 millions de km2, c’est à la fois le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen. Sous la gouvernance de Bouteflika, elle a su rester un pays indépendant, contrairement à de nombreux pays arabes qui se sont, peu ou prou, rapprochés de la coalition occidentale, en application du proverbe: « Baise la main que tu ne peux trancher».

Aux yeux de la « coalition occidentale » précédemment décrite, la gouvernance Bouteflika a commis cinq « fautes impardonnables » :

1 – Elle entretient de trop bonnes relations avec la Russie, pays dans lequel elle forme les officiers de son armée depuis fort longtemps et auquel elle achète beaucoup de matériels militaires majeurs (dont les fameux S 400).

2 – Elle entretient de trop bonnes relations avec l’Iran, ennemi désigné des USA et d’Israël, et, par conséquent, pas vraiment ami de la France et du Royaume-Uni… France et Royaume-Uni, derrière des discours hypocrites et trompeurs, n’ont rien fait d’efficace pour remplir leurs engagements dans l’accord sur le nucléaire iranien.

3 – Contrairement à la gouvernance de plusieurs pays arabes (dont le docile Maroc, son voisin), l’Algérie de Bouteflika a refusé de rejoindre la grande coalition saoudienne, soutenue par les occidentaux, dans son intervention armée au Yémen pour mater la révolution populaire d’Ansar Allah. Cette opération militaire visait, à l’évidence, à contrer l’extension de l’influence iranienne au Moyen-Orient, et cela au profit de l’État hébreu.

4 – En outre, depuis le début du conflit syrien la gouvernance Bouteflika a entretenu de bonnes relations avec celle de Bachar el Assad en Syrie et refusé de participer à la curée et au démembrement de ce pays programmé par les occidentaux et certains de leurs alliés arabes au profit de l’État hébreu.

5 – Enfin, l’Algérie de Bouteflika reste l’un des derniers bastions arabes dans la défense de la cause palestinienne. Chacun peut comprendre que cette position indispose l’État hébreu et son puissant allié US qui peuvent y voir un obstacle sérieux au « deal du siècle ».

La réponse à la question : «Pourquoi les événements sont-ils aujourd’hui ce qu’ils sont en terre algérienne ?» tient, pour une large part, dans les points évoqués ci dessus.

Quoi ?

Les indices ne manquent pas dans la crise algérienne qui font furieusement penser à une opération de « Regime Change » (changement de régime), dont les occidentaux sont particulièrement friands (révolutions colorées, Ukraine, Libye, Printemps arabes, Syrie, Venezuela, Brésil…), qu’ils réussissent parfois (Maïdan, Libye, Brésil) et dont ils gardent jalousement «les secrets de fabrication».

Il y a, bien-sûr, les déclarations enflammées, à l’attention du peuple algérien, de l’inénarrable BHL qui constituent, à elles toutes seules, un marqueur indiscutable qu’une opération de «Regime Change» est en cours. Il faut se souvenir de son engagement constant et toujours théâtral dans ce type d’opération : Bosnie, Kosovo, Libye, Maïdan, révolutions colorées, Syrie, et même Venezuela dernièrement… etc.

Ses appels à la révolution (chez les autres, pas chez nous) relèvent désormais du grand classique autant que du meilleur comique troupier. Elles pourraient même devenir contre-productives en révélant, à l’avance, le dessous des cartes aux observateurs les plus avertis.

Il y a aussi la teneur des déclarations des grands leaders de la coalition occidentale sur cette affaire algérienne, qui montre clairement, jour après jour, qu’ils apprécieraient un changement de gouvernance en Algérie et l’avènement d’un nouveau pouvoir qui leur serait plus favorable. A chacun de s’y référer et d’interpréter les propos tenus.

Il y a, encore, la lecture des journaux du quarteron d’États dirigeant « la coalition occidentale ». L’ampleur, la teneur et le ton des réactions médiatiques sur ce qui devient, peu à peu, la «crise algérienne» et qui pourrait être baptisé dans quelques jours: «le printemps algérien», sont particulièrement révélateurs. La lecture du New York Time et du Washington Post aux USA, du journal Le Monde et des reportages de BFMTV en France, des journaux israéliens, Haaretz et Jerusalem post, est édifiante et facile à décrypter pour un bon spécialiste du renseignement.

Enfin, il y a la méthode, les techniques et les moyens utilisées pour organiser un chaos de plus ou moins grande ampleur, préalable indispensable à l’avènement d’un nouveau régime. Ils constituent également de précieux indices.

Comment ?

Comme dans toutes les opérations de « Regime Change », il faut, pour réussir, respecter plusieurs règles de base et disposer de gros moyens financiers :

1 – Choisir le bon moment pour déclencher l’opération.

Le bon moment, c’est celui où le régime auquel on s’attaque est fragilisé (crise économique ou sociale, gouvernance usée et affaiblie, population divisée). Une échéance électorale peut constituer une excellente opportunité permettant d’éviter trop de dommages collatéraux pouvant aller jusqu’à la guerre civile…

Tous les feux sont au vert pour déclencher, en mars 2019, ce type d’opération de « Regime Change » en Algérie, avec quelques espoirs de succès.

2 – Diaboliser le camp à abattre, puis promouvoir celui qu’on veut aider à triompher.

Ce sont les techniques de base utilisées avec grand succès par Cambridge Analytica dans plus de 200 campagnes électorales entre Septembre 2013 et Mars 2018. Ces techniques sont toujours utilisées aujourd’hui.

Dans le cas de l’Algérie, l’incapacité physique de Bouteflika à gouverner le pays est mise en avant. On dénonce les résultats de sa gouvernance, évidemment qualifiés de désastreux (chômage, inégalité, résultats économiques). On dénonce son entourage et la corruption. On s’appuie sur une diaspora algérienne nombreuse et fortement influencée par les médias mainstream occidentaux pour chauffer à blanc l’opinion et la rue.

3 – Utiliser les moyens modernes de communication et d’échange entre les citoyens.

Facebook et Twitter, outils sous contrôle occidental, sont utilisés au maximum pour manipuler et chauffer les foules et pour organiser très rapidement de grands rassemblements protestataires. Là encore, il s’agit de méthodes expérimentées avec succès par Cambridge Analytica dans un passé récent, notamment en Amérique du Sud.

Ceux qui contrôlent ces opérations «numériques» ne résident pas toujours dans le pays objet de l’ingérence. L’opération peut être contrôlée à partir du territoire d’un pays occidental (généralement les USA). Il suffit de disposer d’un groupe d’individus de bon niveau maîtrisant parfaitement la langue du pays objet de l’ingérence. Ces individus existent évidemment en grand nombre dans la diaspora algérienne mais aussi dans la diaspora séfarade. De telles actions contrôlées à partir de l’étranger ont déjà été observées dans les cas tunisien, libyen et égyptien…

Ces opérations numériques constituent un complément utile et efficace à l’action des médias traditionnels (TV et journaux mainstream) qui agissent en meute, avec une belle unanimité, ce qui n’a rien d’étonnant lorsqu’on connaît la connivence de leurs propriétaires et les règles de « la guerre de l’information ».

4 – Corrompre un maximum de politiques, d’organisations d’influence, d’hommes importants dans l’appareil d’état (Armée, Justice, élus…).

Il s’agit d’organiser d’abord le lâchage du régime en place et dans un deuxième temps le soutien du candidat à promouvoir : encore une méthode éprouvée de « Cambridge Analytica ». Elle nécessite beaucoup d’argent, mais l’État qui imprime le papier «dollar» n’en manque pas.

L’argent et les promesses de positions avantageuses dans le nouveau régime viennent généralement à bout des plus coriaces…

Pour savoir qui aura gagné de la coalition occidentale ou du camp «BRICS-OCS», il sera très utile d’étudier le passé, les soutiens et l’entourage de l’homme qui émergera lorsque le régime en place aura passé la main … Il sera très instructif d’observer les premières mesures prises par le nouveau pouvoir. Une normalisation des relations avec le Maroc et un rapprochement avec les pays du Golfe constitueraient des indices intéressants.

Je ne pense évidemment pas qu’on aille jusqu’à une normalisation des relations avec Israël, à une visite officielle à Tel Aviv ou à l’établissement d’une ambassade d’Algérie à Jérusalem. Pour les non initiés, ces trois derniers gestes ont été observés dans le « regime change » brésilien et indiquent de manière claire le rôle éminent joué par la diaspora pro-israélienne au Brésil dans l’affaire Bolsonaro. Ce rôle existe aussi dans l’affaire Vénézuélienne, si l’on en croit les promesses enflammées de Guaïdo de transférer son ambassade à Jérusalem, s’il parvient à prendre le pouvoir. Ce genre de promesses a l’immense intérêt de désigner clairement les sponsors financiers du président élu brésilien et du « président autoproclamé » du Venezuela et d’expliquer le soutien de la « coalition occidentale » à ces individus.*

En conclusion, vous l’aurez compris, je ne crois pas à la spontanéité de tous les événements qui agitent aujourd’hui la rue algérienne.

Aucun des deux grands camps qui s’opposent aujourd’hui dans le monde ne peut être indifférent à ce qui se passe en Algérie. L’ingérence étrangère y est donc plus que probable. Le contraire serait surprenant.

Ceux qui s’ingèrent sont ceux qui y ont un intérêt et qui en ont les moyens. Ils s’appuient très habilement sur la triple opportunité qui leur est offerte : l’usure du pouvoir en place et de son chef, l’indéniable crise économique et sociale imputée à la gouvernance Bouteflika et l’échéance électorale prévue par la Constitution. Ils s’appuient aussi sur les moyens techniques (réseaux sociaux), et les moyens financiers et humains dont ils disposent.

Bien sûr, les tenants du clan « occidental » vont hurler «au complotisme » à la lecture de cette analyse. C’est une technique désormais bien connue pour discréditer les individus dont les points de vue s’écartent des positions officielles. Mais cela n’empêchera pas ceux qui réfléchissent encore par eux-mêmes de se poser les bonnes questions.

Quant à savoir comment va tourner cette affaire, je me garderai bien d’émettre le moindre pronostic. La rue algérienne n’a probablement aucune idée de la manipulation dont elle est l’objet. La gouvernance en place et ses services de renseignements disposent certainement d’informations précises qui peuvent constituer un facteur de force. Mais de là à en déduire qui va l’emporter, c’est encore impossible aujourd’hui. On ne peut dire qu’une chose : « Bonne chance l’Algérie »!

Dominique Delawarde

PS : Trois documents intéressants viennent à l’appui de mon propos pour ceux qui veulent aller au fond des choses :

– Un article intéressant du 13 mars 2019 relevé sur le site « les alertes de Stratediplo » sous le titre «déstabilisation de l’Algérie».

– Une dépêche de l’agence sputnik du 19 mars 2019 sous le titre: «La diplomatie algérienne transmettra à Poutine une lettre de Bouteflika».

– Une dépêche de l‘agence russe RT du 19 mars 2019 sous le titre: «La Russie met en garde contre toute ingérence étrangère en Algérie.»

(Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place).

Source BREIZH INFO

https://www.breizh-info.com/2019/03/22/114808/algerie-revolte-spontanee-ou-destabilisation-premeditee-et-organisee-lagora

Sahara marocain, quand M. Bourita se met enfin à table…

POLITIQUE

Sahara marocain, quand M. Bourita se met enfin à table…

LE 26 MARS 2019

« Il » a consenti à parler !
« Il », c’est M. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Royaume du Maroc, qui, hormis quelques confidences et informations réservées à des « happy few », se suffit trop souvent des dépêches MAP et de leur contenu convenu pour informer l’opinion publique sur la question nationale.

M. Bourita, pourtant, n’ignore pas que cette dernière motive et intéresse au plus haut point l’ensemble des Marocains à qui il est demandé, depuis plusieurs décennies, de défendre et soutenir la marocanité des provinces du Sud.

M. Bourita ignore encore moins que le Droit à l’Information est proclamé par la Constitution de juillet 2011, mais il estime sans doute que son agenda chargé l’empêche de remplir un des devoirs d’un responsable public, celui d’être au service des citoyens…

Mais, las !
Ne faisons pas la fine bouche puisqu’à l’occasion de la récente réunion à Marrakech de « la conférence ministérielle africaine sur l’appui de l’Union Africaine au processus politique des Nations Unies sur le différend régional au sujet du Sahara marocain » (ouf, quel titre !), notre ministre des AE, dans son incommensurable mansuétude, a consenti à répondre aux questions des journalistes présents.

Du concret pour l’opinion publique

Et sa prestation a été des plus intéressantes puisqu’à son terme, nous savons enfin à quoi nous en tenir sur les deux rounds de discussions quadripartites qui se sont tenus à Genève (ou ses environs) sous l’autorité de M. Horst Köhler, envoyé spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

On retiendra notamment que le premier round a surtout servi de « tour de chauffe » afin que les participants, Maroc, Algérie, Mauritanie et polisario, prennent langue dans des conditions de pleine civilité et de respect mutuel, notamment dans l’objectif de montrer à tous (surtout les membres du Conseil de Sécurité), qu’ils étaient conscients de la nécessité de se conformer aux desiderata de la communauté internationale afin de parvenir à un règlement politique, pacifique et négocié du « différend » sur le Sahara occidental marocain.

Le second round, qui a eu lieu la semaine dernière, a incontestablement été plus animé en ce sens que les quatre délégations ont pu développer leurs perceptions sur les questions fondamentales qui déterminent ce différend. Mais, il n’y a pas eu d’avancées notables parce que les parties sont restées sur leurs positions traditionnelles et connues de tous.

Le Maroc a déroulé les principaux points de son argumentation en faveur de plan d’autonomie élargie tandis que l’Algérie et ses obligés de Tindouf reprenaient leur fantasmagorique et indécrottable proposition du référendum d’autodétermination.

On notera néanmoins que cette sempiternelle rengaine a été très mal perçue par l’envoyé spécial Köhler qui est tenu, dans son mandat, d’amener les parties à placer leur discours dans le cadre strict déterminé par les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité.

Or, comme chacun sait, ces différentes et successives résolutions appellent à des solutions de compromis à partir de propositions pertinentes et de négociations marquées au sceau de la bonne foi. Ce qui veut dire que l’ONU, son Conseil de Sécurité et ceux qui le contrôlent récusent par avance la seule solution mise en avant par les mercenaires et Alger, celle du référendum.

Et c’est bien pour cela, au demeurant, que M. Bourita, au terme de sa conférence de presse à Marrakech, a clairement mis en garde les autres parties dans la perspective d’un troisième round de négociations qui pourrait se tenir l’été prochain.

En effet, dixit le ministre des AE, le Maroc n’ira pas plus loin que le troisième round si durant son déroulement, les participants n’entraient pas dans le vif du sujet, c’est-à-dire les discussions sur le compromis censé mettre un terme à ce « différend sur le Sahara marocain ».

Le meilleur pour la fin

Le Maroc, clairement dit, ne souhaite pas tenir des réunions dans le seul objectif de rencontrer les parties adverses, mais pour faire avancer le processus définitif de règlement de cette question.

Faute de quoi, il cessera d’y participer !

Une position ferme et claire que devront comprendre les mercenaires du polisario et leurs maîtres algériens sous peine de mettre en échec le processus voulu par M. Guterres et le Conseil de Sécurité.

Car il faut bien comprendre qu’en l’occurrence, le Royaume est droit dans ses bottes, bénéficiant du soutien actif de son opinion publique, des partis et autres forces vives de la Nation, mais aussi de l’adhésion massive des populations du Wadi Eddahab et de la Saquiat Al Hamra, tandis que le drapeau national flotte majestueusement de Tanger à Lagouira (ou presque…).

En acceptant d’aller au fond des choses, en participant réellement à la recherche d’un compromis politique et négocié, le polisario aura peut-être un autre destin que celui de finir dans les poubelles de l’Histoire.

C’est donc avec une sérénité impavide que l’on attendra les traditionnelles réunions de la fin du mois d’avril, précédées du rapport annuel du secrétaire général de l’ONU sur la question du Sahara marocain, et clôturées par le vote de la résolution prorogeant le mandat de la Minurso.

Une assurance incontestablement renforcée par l’annonce toute récente par le Département américain de la Défense de la conclusion du « contrat d’armement du siècle » avec le Maroc.

Notre pays et ses forces armées, en effet, se doteront de 25 nouveaux avions F16 version V, et de divers armements pour un montant de 3,778 milliards de dollars et consacreront 985,2 millions de dollars supplémentaires à la modernisation des 23 F16 actuellement en service.

Une annonce assortie d’un communiqué du même département qui précise que :
« Cette vente contribuera à la politique étrangère et à la sécurité nationale des États-Unis en contribuant à améliorer la sécurité d’un important allié non membre de l’OTAN, qui continue d’être une force importante pour la stabilité politique et le progrès économique en Afrique du Nord… »

Un communiqué qui prend tout son poids alors que notre voisin, l’Algérie, connaît les soubresauts que l’on sait et qui, sans doute, prouve que M. John Bolton, conseiller à la Sécurité Nationale du président Trump, tempèrera à l’avenir ses ardeurs anti-marocaines…

Fahd YATA

https://lnt.ma/sahara-marocain-m-bourita-se-met-enfin-a-table/

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Revue de presse nationale et internationale.

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