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Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Publié par Gilles Munier sur 12 Juin 2019, 06:42am

Catégories : #Chine#Algérie

Par Nadjia Bouaricha (revue de presse : El Watan – 9/6/19)*

L’Algérie vient de signer un mémorandum d’entente avec la République populaire de Chine portant sur la coopération dans le cadre de l’initiative «La ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIe siècle».

Une initiative chinoise qui remet au goût du jour et sous de plus larges ambitions les anciennes routes de la soie. Avec son adhésion à ce projet, l’Algérie ouvre de nouvelles perspectives à ses échanges commerciaux et pourra prétendre à de nouveaux marchés. 1000 milliards de dollars pour près d’un millier de projets sont engagés par la Chine pour rendre réel un projet pharaonique de lancement de nouveaux itinéraires pour la route de la soie. Six ans que le projet existe et fait grincer des dents du côté des puissances occidentales qui y voient une «réelle menace».

Avec des mégaprojets d’infrastructures et de passages commerciaux, les nouvelles routes de la soie comptent la construction de nouveaux ports, des milliers de kilomètres de voies ferrées, des routes, des oléoducs reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et même des pays de l’Amérique latine. Il ne s’agira pas de la route empruntée par Marco Polo il y a 1000 ans, mais d’une multitude de connexions maritimes et terrestres et six corridors économiques devant faciliter les échanges commerciaux à partir et vers la Chine.

Le très ambitieux projet chinois prévoit un axe routier et ferroviaire de 10 000 kilomètres de long reliant l’ouest de la Chine à l’Europe, ainsi que des investissements dans des dizaines de ports de par le monde. Le projet gigantesque inclut même de nouvelles routes vers l’Arctique. 72 pays ont rallié le vaste programme d’investissement chinois hors de Chine, dont l’Italie en Europe.

Lancées depuis 2013 par le président Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie promettent de créer une nouvelle dynamique économique, notamment sur le plan de la consommation énergétique qui devrait tripler d’ici 2030, ce qui pourrait ouvrir à un pays exportateur d’hydrocarbures, comme l’Algérie, de nouveaux débouchés, surtout que son traditionnel marché qui est l’Europe présente certaines complications du fait de la concurrence. 25 milliards de dollars ont déjà été dépensés par la Chine dans plusieurs projets depuis 2013.

*Source : El Watan

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Le rejet de la démocratie représentative en Algérie

Le rejet de la démocratie représentative en Algérie


Par Stratediplo – Le 4 juin 2019 – Les alertes de Stratediplo

Quelle que soit la lenteur de son agonie, le destin de la démocratie représentative (ou république parlementaire) en Algérie semble scellé.

Tous les partis politiques algériens sans exception, du plus gros au plus petit, ont déclaré boycotter l’élection présidentielle. Si soixante-dix-sept formulaires de candidature ont paraît-il été retirés, seuls deux ont été remplis et déposés. C’est évidemment suite à une entente inter-partisane générale, et avec une assurance mutuelle de non participation, que chaque parti a pu décider de ne pas présenter de candidat en étant certain que les autres partis feraient de même. Cela ne les empêche cependant pas, aujourd’hui, de critiquer non seulement l’annonce d’un nouveau scrutin (évidemment) mais également l’annulation de l’élection du 4 juillet (bizarrement) faute de candidats. Les mêmes partis qui déclaraient hier qu’une élection était impossible et indésirable reprochent aujourd’hui au Conseil constitutionnel d’officialiser ce constat, et le caractérisent de reculade du« pouvoir ».

Avertissement de l'auteur 

Il ne faut pas voir dans ces lignes un plaidoyer en faveur de la démocratie mais une étude de cas de science politique.

Quand aux deux malheureux candidats non partisans, il est plus que vraisemblable qu’ils ne s’attendaient pas à être les seuls, mais ils ont été pris au piège puisque si leur candidature avait été agréée par le Conseil constitutionnel ils n’auraient pas pu la retirer jusqu’à la tenue du second tour. L’un d’entre eux aurait nécessairement été élu, car la loi organique électorale d’août 2016 ne dicte aucun quorum ou aucune participation minimum pour la validité d’une élection présidentielle. Ainsi quel que soit le taux de participation électorale, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue des suffrages au premier tour les deux candidats ayant réuni le plus de voix sont proposés au deuxième tour, où celui réunissant le plus de voix est alors élu, le retrait d’un candidat étant interdit après l’agrément de sa candidature. Une démission présidentielle n’aurait pu intervenir qu’après l’investiture, donc en août, et le nouveau président aurait été obligé de rester en fonction jusqu’à l’intronisation du prochain président (article 103 de la constitution).

Cette solution d’un président électoralement peu représentatif, bien qu’élu de la manière la plus régulière possible dans les conditions actuelles, aurait permis de remettre les partis politiques en face de leurs responsabilités nationales. Pour leur part les deux petits candidats inconnus au mandat suprême, entrepreneurs, chefs d’entreprise et déjà candidats à des mandats électifs, sont certainement des hommes responsables (quelles que soient leurs capacités politiques), conscients des devoirs d’un volontaire investi envers la collectivité, et qui n’ont certainement aucune leçon de civisme, ou de sens du service public, à recevoir des chefs de partis déserteurs. Il est vraisemblable qu’ils avaient chacun réuni les six cents parrainages d’élus ou soixante mille soutiens de citoyens, faute de quoi ils n’auraient pas déposé leur dossier, mais le Conseil constitutionnel a dû leur trouver un défaut de l’une des nombreuses conditions subsidiaires (conformité politique des parents…).

En annonçant ce 2 juin le rejet des deux candidatures, le Conseil constitutionnel a également enjoint au chef de l’État par intérim, le président du Sénat dit Conseil de la Nation, de convoquer de nouveau une élection présidentielle, en application de son mandat essentiel. Interprète suprême de la constitution, le Conseil constitutionnel juge donc que l’organisation d’une élection présidentielle valable prime sur le délai initialement accordé au chef de l’État par intérim pour ce faire, en l’occurrence quatre-vingt-dix jours. Abdelkader Bensalah ne saurait rentrer chez lui (ou au sénat) le 8 juillet en se lavant les mains du futur du pays, et tous ceux, chefs de partis irresponsables et journalistes ignares, qui jubilaient bruyamment de la prochaine chute de l’État par péremption de la légitimité de son chef intérimaire, peuvent tempérer leur empressement anarchiste. Comme disait Charles Maurras, la république gouverne mal mais elle se défend bien. La deuxième république algérienne, comme la vingtaine de nouveaux régimes français depuis un peu plus de deux siècles, ne peut advenir que par un véritable coup d’État contre le régime antérieur. C’est justement ce que n’ont pas compris, ou pas voulu assumer en 2017, les admirables et consciencieux constitutionnalistes constructeurs de la république catalane, capables de construire un État de droit imparable et accompli, mais incapables de prononcer la simple mais fondamentale phrase de déclaration de sécession de l’Espagne.

Alors que les apparatchiks des partis politiques algériens croient se gagner les faveurs de « la rue » en refusant l’exercice de la démocratie représentative organisée, au prétexte de rejeter « le système » et sans réaliser qu’ils disqualifient irrémédiablement leurs partis, une poignée d’hommes d’État avisés et expérimentés ont tenté il y a deux mois de confier, anticonstitutionnellement certes, la direction de la nécessaire transition à un intérimaire aux pouvoirs limités mais exceptionnels. L’homme pressenti pour être investi de cette dictature de salut public, l’ancien président de la république Liamine Zéroual, a refusé ce mandat, puis le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, dernier rempart actuel de la légalité, a fait arrêter ces « comploteurs ». Ce fut d’ailleurs la plus grande faute du général Ahmed Gaïd Salah jusqu’à présent. Le général Mohamed Mediène, ancien homme le plus puissant d’Afrique bien que dénué d’ambition personnelle, n’a plus aucun pouvoir ou soutien et ne représentait certainement pas un danger pour l’Algérie, mais son trop facile déferrement devant la justice, sans protestation d’aucun défenseur, éteindra sûrement la vocation de tout homme providentiel qui aurait pu espérer trouver des soutiens pour tenter de sauver l’État pour le salut du pays.

La justice algérienne, de son côté, ne chôme pas. Contrairement aux accusations infondées, le chef d’état-major n’a pas pris le pouvoir et ne donne pas d’ordre à la justice. Mais celle-ci a été libérée du joug des gérontocrates corrompus du FLN, et a pu commencer à lancer une opération « mains propres » contre la nomenklatura dont les détournements saignaient le pays. Des dizaines de parasites voleurs, aux confins des milieux politique et économique, sont déjà sous les verrous. C’est d’ailleurs le signe principal montrant que l’oligarchie FLN est bien tombée et qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre la révolution jusqu’à la destruction de l’État et de la jeune démocratie. Le nettoyage judiciaire de la haute direction des entreprises publiques ou parapubliques n’a d’ailleurs pas entraîné, pour l’instant, l’arrêt immédiat du peu d’activité économique algérienne et l’arrêt du versement des salaires et des prestations sociales, nécessaire au déversement de la population par-delà la Méditerranée. Au contraire la réduction sensible de l’émigration, depuis le début du mouvement, semble indiquer que les Algériens ont une certaine foi en l’avenir de leur pays, et pas encore de sentiment d’insécurité. Les instigateurs discrets n’arrêteront donc pas le hirak (« mouvement ») avant l’épuisement des belles réserves financières du pays, et le désordre social complet.

Contrairement aux titres enflammés d’une certaine presse étrangère anglophone ou arabophone, il n’y a pas de répression en Algérie. Certes la police est parfois intervenue face aux provocateurs infiltrés pour déstabiliser par la violence les manifestations pacifiques, certes aussi la gendarmerie a parfois tenté d’empêcher l’entrée à Alger de manifestants amenés d’ailleurs en autobus (dont on ignore qui les a commandés), mais aucun pouvoir sécuritaire n’a cherché à faire appliquer l’interdiction légale de manifestation dans la capitale, dont les habitants sont ainsi de facto autorisés à manifester comme leurs concitoyens. Pour filmer de la violence provocatrice ou répressive quelque part entre Dunkerque et Tamanrasset, il est plus productif de couvrir les manifestations de quelques milliers de participants au nord de la Méditerranée que celles de plusieurs millions au sud.

L’un des derniers thèmes spontanément brandis par les manifestants du vendredi à la sortie de la mosquée consiste, sous des libellés divers, à refuser un pouvoir militaire et exiger un « État civil ». En réalité, le refus de toute tentative de transition ordonnée le montre bien, c’est tout forme d’État, civil ou pas, que les ressorts cachés du hirakrejettent. On a rejeté la proposition de conférence nationale constituante faite, sous discret parrainage international (onusien et panafricain), aux derniers jours de la présidence Bouteflika. On a rejeté l’idée de transition constituante sous régime d’exception préparée par Toufik. Et on rejette la solution constitutionnelle de changement démocratique de chef d’État puis de lancement du chantier constituant organisé, toujours soutenue par le chef d’état-major et dernier vrai ministre respecté. Et maintenant on accuse celui-ci de militarisation du régime, ce qui est bien la dernière de ses intentions. C’est aussi la dernière des aspirations d’une armée algérienne suffisamment occupée à protéger les frontières des infiltrations atlantico-islamistes, et dernièrement préoccupée par l’annonce du parachutage du chef de l’État Islamique (surnommé al-Baghdadi) en ex-Libye, après qu’il ait été exfiltré par ses protecteurs de sa précédente zone d’opérations, la Syrie orientale sous occupation états-unienne.

En fait il était évident, lorsque les chefs des trois principaux partis islamistes d’Algérie ont déclaré ne plus avoir confiance en aucune institution sauf l’Armée nationale populaire – et publiquement appelé celle-ci à diriger la transition, il y a un mois – qu’ils en attendaient bien sûr la liquidation de l’État, mais surtout l’incarnation d’un dernier représentant de la légalité, en l’occurrence le chef d’état-major, afin de le blâmer ensuite et disqualifier la dernière institution solide, si possible après l’avoir amenée à une confrontation violente avec « la rue ». On n’a pas réussi à faire mal réagir l’armée, mais on accuse le très légaliste général Gaïd Salah de despotisme et de dictature militaire, dont on aurait du mal à déceler la moindre trace dans les rues d’Algérie, certainement bien moins patrouillées que les lieux publics de France et de Navarre par exemple.

Les politiciens déserteurs, relayés par la presse inconséquente, appellent maintenant à une « solution politique » ce qu’ils appelaient initialement « solution consensuelle », c’est-à-dire avant tout anticonstitutionnelle et anarchique. Cela ne les amène par pour autant à proposer le moindre schéma de nature politique, ni à s’engager personnellement, comme politiciens expérimentés dans la gestion de l’État ou dans la collecte des suffrages, dans le règlement de la crise. Tous n’ont comme référence que l’article 7 de la constitution (qu’ils rejettent pourtant), selon lequel « le peuple est la source de tout pouvoir », en omettant l’article 8 selon lequel sa souveraineté, et son pouvoir constituant, s’exercent « par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne […] par voie de referendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus ». Dans leurs discours consciemment révolutionnaires et inconsciemment anarchiques, le fameux rejet du système signifie le rejet de tout processus organisé de solution. Une soixantaine de coordinations estudiantines, syndicats de salariés et ordres professionnels tentent bien de se proclamer collectivement « société civile », mais il apparaîtra inévitablement qu’ils ne représentent que leurs adhérents, une fraction de la petite population active. Même s’ils arrivent à élaborer un schéma commun de sortie de crise ou de processus constitutionnel, d’abord ils seront à leur tour accusés de confiscation par les chefs islamistes, et ensuite et surtout ils n’arriveront pas à faire légitimer et valider leur projet par un plébiscite.

Les très irresponsables chefs de partis politiques ont réussi à discréditer non seulement le gouvernement déchu mais également tout processus électoral, qu’ils assimilent au « système », alors qu’un accord des partis d’opposition, voire mieux de tous les partis, aurait permis d’organiser et de superviser un scrutin libre d’ingérence gouvernementale. Lorsque des urnes existent, il ne se pose que la question de l’emplacement et de la sécurité des isoloirs, et du contrôle du vote libre et unique de chaque électeur. Mais en Algérie les hommes politiques de tout niveau ont, cette année, unanimement rejeté l’exercice de la démocratie représentative. Or, si la démocratie directe est possible à l’échelon d’une petite cité, aucune place publique d’Algérie ne peut accueillir vingt millions d’électeurs, et aucune personne physique ou morale n’a la capacité et la crédibilité (encore moins la légitimité) d’effectuer en temps réel le décompte du vote à main levée de millions de personnes.

Le 30 mai, par un communiqué très largement diffusé, l’association des Oulémas (dignitaires mahométans), silencieuse depuis l’explosion spontanée massive de la contestation à la sortie des mosquées le 22 février, a enfin publié sa préconisation. Les Oulémas veulent eux aussi une conférence nationale, mais moins pour rédiger une constitution que pour établir des règles contre le « pourrissement politique, économique, social et culturel ». Ensuite, comme tout le monde ils voient une période de transition politique, à commencer dès juillet, avant l’avènement du prochain régime. Ils demandent que cette transition soit dirigée par une « personnalité consensuelle »non élue, comme l’avaient déjà réclamé les chefs des partis islamistes début avril, en l’occurrence une personne non préalablement compromise dans la politique sous l’ancien régime. Ils estiment que le peuple s’est déjà assez exprimé, ou plus précisément que « le referendum fait par le peuple durant les vendredis du hirak se suffit à lui-même ». Après la période de transition, c’est une « compétition saine entre les acteurs de la scène politique » (pas un processus électoral) qui déterminera l’avenir du pays. À  ce stade des recommandations, les Oulémas ne précisent pas la procédure de détermination des acteurs de la scène politique, non compromis sous l’ancien régime, aptes à la saine compétition dans le futur contexte épuré de pourrissement politique, économique, social et culturel. Les Oulémas ne font pas non plus, pour l’instant, de suggestion quant à la personnalité à désigner comme chef de l’État, par un« consensus » non électoral entre des décideurs pour l’instant indéfinis.

À titre anecdotique on remarquera que la mobilisation des masses est entretenue avec des thèmes nouveaux chaque vendredi, spontanément exhibés à la sortie des mosquées. Tour à tour le rejet de la candidature de Bouteflika ; le rejet du scrutin du 18 avril ; le rejet de la conférence nationale constituante ; le rejet du gouvernement Bedoui ; le rejet (en Kabylie) du totalitarisme arabe ; le rejet du scrutin du 4 juillet ; le rejet du « pouvoir militaire » ; la libération de Louisa Hanoune ; la vérité sur le décès en prison de Kamal-Eddine Fekhar, et toujours bien sûr la mise à bas du système et le départ des politiciens. Mais tout cela reste informel et personne n’a présenté de processus fiable pour le décompte des manifestants du vendredi ou des opposants à telle ou telle option, aussi est-il facile de dire que le peuple refuse ceci ou cela, sans risquer de démenti. Si, vu d’hélicoptère, on peut estimer que quelques millions de personnes rejettent la politique du FLN, vu d’un balcon d’El Mouradia ou des Tagarins rien ne permet d’assurer que la majorité des vingt millions d’électeurs refusent tout processus démocratique représentatif.

Par ailleurs on notera aussi, après la désertion collective des politiciens (et l’absence du parlement dont les députés du peuple touchent pourtant leur salaire), l’écrasant silence du seul corps incontestablement élu, représentatif et proche des électeurs, à savoir les dizaines de milliers de maires et conseillers municipaux, seul corps qui serait pourtant capable, lorsque l’armée aura pris acte de la chute de l’État, d’organiser un chantier constituant national. Quant aux deux grands commis de l’étranger, discrètement retirés en mars, ils attendent peut-être qu’un carnage supérieur à celui de la décennie quatre-vingt-dix débouche, après effacement de l’armée algérienne, sur un mandat international.

Finalement, tout ce que l’on a anticipé ou exposé sur le sujet depuis octobre dernier se confirme, tant sur la décision de déstabilisation , que sur son déclenchement sans surprise et sur son apparente irréversibilité.

Pour sa part Algérie Patriotique, avait traduit et publié le 13 mars des révélations troublantes sur les préparatifs paramilitaires confiés par l’OTAN à Otpor au Maroc.

Stratediplo

https://lesakerfrancophone.fr/le-rejet-de-la-democratie-representative-en-algerie

Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées

Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées


Jeudi 6 Juin 2019 modifié le Samedi 8 Juin 2019 – 08:21





Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées
De l’Algérie, dont l’armée et son chef d’état-major sont redevenus les véritables centres de décision, au Soudan, où la dispersion sanglante du sit-in de la contestation fait craindre une spirale de violence, rappel des étapes de ces nouvelles révoltes dans le monde arabe.

En 2011, de nombreux pays arabes avaient été secoués par des mouvements de protestation, qui ont notamment provoqué la chute des présidents Zine el Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte.

A ce jour, la Tunisie fait exception, en poursuivant sa transition démocratique. En Egypte, le pouvoir est entre les mains d’Abdel Fattah al-Sissi depuis le renversement par l’armée, dont il est issu, du président islamiste Mohamed Morsi en 2013.

Dans d’autres pays, comme la Syrie, le Yémen et la Libye, les révoltes contre les pouvoirs en place ont dégénéré en guerres toujours en cours.

Algérie

Le 10 février 2019, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies et affaibli depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, annonce qu’il briguera un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.

Le 22, des milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes contre un 5e mandat du chef de l’Etat, premier vendredi d’une contestation inédite toujours en cours.

Le 10 mars, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, qui avait quelques jours plus tôt présenté l’armée comme la « garante » de la stabilité, déclare que l’institution « partage » les « mêmes valeurs » que le peuple. Deux semaines plus tard, il demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir ou qu’il démissionne.

M. Bouteflika va être lâché par ses plus fidèles soutiens, face à une mobilisation populaire qui ne faiblit pas.

Le 2 avril, il démissionne, cédant à un ultimatum de l’armée.

Mais les Algériens continuent à descendre tous les vendredis en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser de l’ensemble du « système » au pouvoir.

Le 20 mai, le général Gaïd Salah rejette deux principales demandes de la contestation: le report de la présidentielle destinée à élire un successeur à M. Bouteflika et le départ des figures du « système politique ». Devenu de fait le véritable détenteur du pouvoir, il multiplie les discours.

Le 31, les manifestants défilent de nouveau nombreux pour le 15e vendredi consécutif, notamment à Alger et malgré de nombreuses arrestations. « Ni dialogue ni élections, mais une (Assemblée) constituante », peut-on lire sur une pancarte dans la capitale.

Le 2 juin, le Conseil constitutionnel annule de facto la présidentielle prévue le 4 juillet après avoir invalidé les deux seuls dossiers de candidature.

« Le report de cette élection est une victoire pour la rue, mais une victoire à haut risque », estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

C’est « un défi pour le hirak (mouvement de contestation) et la classe politique, qui sont ainsi privés d’un facteur de taille pour se mobiliser », dit-il.

Soudan

Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais manifestent après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un contexte de crise économique et de mesures d’austérité. Dès le lendemain, les manifestants réclament la fin du régime.

Le 22 février 2019, au lendemain d’une marche réprimée, le président Omar el-Béchir décrète l’état d’urgence et limoge le gouvernement.

Le 6 avril, la contestation –dont certains meneurs disent être revigorés par la démission de M. Bouteflika à Alger– prend la forme d’un sit-in devant le siège de l’armée à Khartoum.

Le 11, les militaires destituent le général Béchir, après trente ans de pouvoir, remplacé par un « Conseil militaire de transition ». Mais des milliers de manifestants restent devant le QG de l’armée pour réclamer le transfert immédiat du pouvoir aux civils.

Le 20 mai, après des avancées, les négociations entre les généraux au pouvoir et les chefs de la contestation s’achèvent sans accord sur la composition d’un Conseil souverain. Chaque partie réclamait de diriger ce Conseil chargé de mener une transition sur trois ans.

Une grève générale est observée les 28 et 29 mai, pour tenter de faire plier le pouvoir militaire.

Fin mai, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, se rend au Caire et à Abou Dhabi. Il y rencontre les dirigeants de ces pays foncièrement hostiles aux soulèvements dans la région.

« Lors de sa visite dans le Golfe, la situation en Libye et au Yémen a été rappelée au général » Burhane, avec l’idée qu’elle était le « résultat du manque de détermination des dirigeants », déclare Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris-VIII et spécialiste du monde arabe.

Le 3 juin, le sit-in devant le QG de l’armée est dispersé dans le sang. La contestation dénonce un « massacre » perpétrée par des « milices » du Conseil militaire.

Selon un comité de médecins proche des manifestants, la répression a fait depuis lundi plus de 100 morts, essentiellement lors de la dispersion du sit-in à Khartoum.

Le 5, les chefs de la contestation rejettent l’appel des généraux à la tenue d’élections sous neuf mois et l’offre de dialogue en dénonçant un « putsch ».

Jeudi 6 Juin 2019 – 15:29


Algérie : le « Système » dans l’impasse

samedi 25 mai 2019

Algérie : le « Système » dans l’impasse

Cette analyse peut être reprise à condition d’en citer la source 

La lecture des évènements  algériens doit se faire à deux niveaux, le visible et l’invisible.

Les apparences

Après plusieurs semaines de manifestations, le Ramadan n’ayant pas démobilisé la rue, le mouvement de contestation ne s’essouffle pas,

Face à cette réalité, la stratégie du « Système »[1] actuellement incarné par le général Ahmed Gaïd Salah a échoué. Elle avait pour but de gagner du temps et de diviser les contestataires à travers la manipulation d’une justice spectacle illustrée par une vague d’arrestations de «corrompus ». Mais les Algériens ne furent pas dupes car  ils savent bien que c’est tout le « Système » qui est corrompu. A commencer par le général Gaïd Salah dont l’affairisme familial à Annaba fut dénoncé par l’opposante Louisa Hanoune… qui a donc été jetée en prison…

Entre la rue et le « Système », les positions sont inconciliables :

-Les manifestants exigent une période de «transition »  menée par des personnalités indépendantes,

-Le général Gaïd Salah veut, à travers l’élection présidentielle prévue le 4 juillet 2019, faire élire un candidat désigné par lui. Or, ce scrutin paraissant impossible à organiser, à l’issue des 90 jours de présidence intérimaire prévus par la Constitution,  le général va se trouver face à un vide institutionnel.

… et derrière les apparences

La lecture d’El Djeich, la revue de l’armée permet d’aller au-delà des apparences. Depuis plusieurs semaines, y est en effet dénoncé l’existence d’un « complot », ce qui confirme que la guerre est bien ouverte à l’intérieur de la caste militaire.

Or, depuis 1962, l’armée avait toujours réglé ses comptes  à huis-clos, s’abritant derrière un pouvoir civil de façade délégué au FLN. De plus, jusqu’à aujourd’hui, en dépit de leurs oppositions, les différents clans militaires n’avaient  à aucun moment transgressé l’ultime tabou qui était de  ne jamais aller jusqu’à mettre en danger la pérennité du « Système ». L’incarcération de plusieurs généraux dont Mediene « Toufik » et Tartag, montre que les haines claniques et personnelles ont pris le dessus sur le consensus indispensable à la survie commune.

La crise au sein de l’institution militaire est donc profonde et la multiplication des slogans dirigés contre sa personne montre que le  général Gaïd Salah se trouve désormais seul face à la population.

De plus en plus nombreux sont donc ceux qui se demandent si l’impopularité de leur chef ne va pas finir par provoquer un divorce entre l’armée et le peuple. Le risque serait alors de voir la lame de fond contestataire emporter l’institution militaire avec le « Système ».

Selon des rumeurs qui commencent à se faire insistantes, plusieurs de ses pairs tiendraient le général Gaïd Salah pour responsable de l’impasse politique actuelle. Le seul obstacle à son éviction serait que les généraux ne se seraient pas encore  accordés sur le nom d’un successeur. Compte tenu du climat actuel, la difficulté est en effet de trouver un général s’étant tenu au-dessus des intrigues du sérail et donc susceptible de rétablit le consensus interne à l’armée, ce qui passe par  la redéfinition de la place de chacun de ses clans.

Loin de l’agitation de la rue, mais en ayant le regard constamment tourné vers elle, les janissaires marchandent  donc afin de trouver parmi eux celui qui pourra  sauver le « Système ».  Le proche avenir dira s’ils ont réussi à trouver l’ « oiseau rare ». Mais en ont-ils encore la possibilité ?
Bernard Lugan

[1] Voir le dossier consacré au « Système » algérien dans le numéro du mois de mai 2019 de l’Afrique Réelle.

Publié par Administrateur à 10:41 Aucun commentaire: 

http://bernardlugan.blogspot.com/

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

mardi 30 avril 2019

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

Sommaire

Actualité :
Comprendre la question du Soudan

Dossier : Autopsie du « Système » algérien
– 1962 : la naissance du « Système »
– L’adaptabilité du « Système »
– Le pouvoir militaire

Rwanda :
Les responsabilités de l’ONU et du général Dallaire dans le génocide

Editorial de Bernard Lugan :

Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25% du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.
La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »… Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement.
Cette manœuvre n’ayant pas freiné la contestation populaire, c’est désormais du « Système » tout entier dont la rue veut se débarrasser. A commencer par le général Gaïd Salah et son clan familial incarné par Karim et Adel Gaïd Salah, ses deux fils qui règnent sur la ville d’Annaba où ils possèdent organes de presse, hôtels et sociétés d’import-export.
Face à la rue, le « Système » résiste en pariant sur la division de la contestation et sur un essoufflement espéré durant le prochain ramadan. Le tout dans l’attente de l’inévitable confrontation.
Au début du mois d’avril dernier, les medias déversant ad nauseam leurs habituels mensonges sur la prétendue responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, le président Macron crut devoir recevoir à l’Elysée des associations porte-voix du régime de Kigali. Par pur fait du prince, il leur annonça, sans le moindre débat contradictoire et sans la moindre consultation de la population, qu’en France, le 7 avril serait désormais jour de « commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda ». Reprenant le vocabulaire officiel rwandais, le président Macron a parlé de « génocide des Tutsi » et non pas de « génocide du Rwanda ».
Les Français vont donc devoir commémorer un génocide dans lequel leur pays ne porte pourtant aucune responsabilité. Sauf celle d’avoir accepté le diktat de Paul Kagamé qui était de retirer son contingent militaire du Rwanda, ce qui fut achevé au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide.
Les 400 Français furent alors remplacés par plus de 2600 casques bleus de l’ONU. Commandés par l’incompétent et fragile général canadien Roméo Dallaire, ils demeurèrent l’arme au pied, se terrant même parfois dans leurs casernements, laissant ainsi les génocidaires libres d’agir et les hommes de Paul Kagamé libres de conquérir le pays.
Mais c’est la France qui est mise en accusation… non l’ONU…

Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

dimanche 5 mai 2019 à 19:40
Source de l’article : Algerie360.com

Le juge d’instruction militaire près le tribunal militaire de Blida a ordonné, dimanche, le placement en détention provisoire de Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika pour « atteinte à l’autorité de l’Armée » et « complot contre l’autorité de l’Etat », indique un communiqué de la Cour d’appel militaire de Blida, dont voici le texte intégral:

« Conformément aux dispositions de l’article 11, alinéa 3 du code de procédure pénale, et dans le cadre du strict respect de ses dispositions, M. le Procureur général militaire près la Cour d’appel militaire de Blida porte à la connaissance de l’opinion publique qu’une poursuite judiciaire a été ouverte ce jour, 5 mai 2019, à l’encontre des nommés Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika ainsi qu’à l’encontre de toute personne dont l’implication est établie par l’enquête, pour les chefs d’inculpation d’ »atteinte à l’autorité de l’Armée et complot contre l’autorité de l’Etat », des faits prévus et punis par les articles 284 du code de justice militaire et 77 et 78 du code pénal.

« Pour les besoins de l’enquête, le procureur militaire de la République près le Tribunal militaire de Blida a chargé un juge d’instruction militaire d’entamer la procédure d’instruction, et après mise eninculpation, ce dernier a rendu des mandats de placement en détention provisoire à l’encontre des trois prévenus ».

Pour rappel, l’article 284 du code de justice militaire stipule que « Tout individu coupable de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité du commandant d’une formation militaire, d’un bâtiment ou d’un aéronef militaire, ou à la discipline ou à la sécurité de la formation, du bâtiment

ou de l’aéronef, est puni de la réclusion criminelle de cinq (5) à dix (10) ans. Il y a complot dès que la résolution d’agir est concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs individus. Le maximum de la peine est appliqué aux militaires les plus élevés en grade et aux instigateurs dudit complot. Si le complot a lieu en temps de guerre, ou sur un territoire en état de siège ou d’urgence, ou dans toutes circonstances pouvant mettre en péril la sécurité de la formation, du bâtiment ou de l’aéronef, ou a pour but depeser sur la décision du chef militaire responsable, le coupable est puni de mort ».

Aps

Saïd Bouteflika et les généraux Tartag et Toufik risquent jusqu’à 10 ans de prison !

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Algérie : Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag auraient été arrêtés, selon Ennahar TV

Selon Reuters citant la chaîne privée algérienne Ennahar TV, trois pontes viendraient d’être arrêtés en Algérie. Il s’agirait de Saïd Bouteflika, influent frère et conseiller de l’ex-président, du général Médiène, dit «Toufik», et du général Tartag.

Saïd Bouteflika, le frère et conseiller de l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika ainsi que le général Mohamed Médiène, surnommé «Toufik» et le général Athmane Tartag auraient été arrêtés, selon plusieurs médias algériens. L’agence de presse Reuters, citant la chaîne privée algérienne Ennahar TV, rapporte également l’information.

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Ennahar Tv النهار

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توقيف كل من والجنرال مدين والجنرال بشير من قبل الاجهزة الأمنية

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Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

Analysis

Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

La grande purge continue en Algérie. Abdelmoumen Ould Kaddour, le président directeur général de la Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, a été limogé en ce mardi 22 avril 2019.

Le même sort à été réservé au patron d’Algérie Télécoms.

Le general-major Chentouf, impliqué dans un gigantesque réseau international de trafic de cocaïne, est parvenu à fuir le pays en activant des complicités au niveau de l’aéroport d’Oran. Il s’est dirigé vers la France.

Ces limogeages en série coïncident avec le très fameux discours hebdomadaire du chef d’état-major des Armées, le général major Ahmed Gaid Salah.

Chaque mardi, jour de Mars, ancien dieu de la guerre chez les anciens Romains dont l’influence est encore fort vivace dans les moeurs des Algériens, le chef de l’Armée délivre un message fort attendu, souvent en pleine manoeuvre militaire, qui détermine la vie politique dans ce pays.

https://strategika51.org/archives/62618

Algérie: des milliardaires proches de Bouteflika arrêtés

Algérie: des milliardaires proches de Bouteflika arrêtés

 

La purge anticorruption en Algérie n’est pas prête de s’arrêter. Selon la télévision algérienne, qui rapporte l’information ce lundi, cinq milliardaires, dont des proches d’Abdelaziz Bouteflika, ont été arrêtés.

Et d’ajouter qu’il s’agit de Issad Rebrab, première fortune du pays, et quatre frères de la riche famille Kouninef réputée proche de l’ex-président algérien.

La semaine passée, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait affirmé que des hommes d’affaires proches de l’ancien pouvoir seraient jugés pour corruption.

Par ailleurs, le tribunal de Sidi Mhamed à Alger a convoqué samedi l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia et Mohamed Loukal, ministre des Finances et ex-gouverneur de la Banque d’Algérie. Ils sont accusés de “dilapidation des deniers publics et indus avantages”.

Selon la presse algérienne, il s’agit d’une première dans le pays, puisque jamais la justice n’avait convoqué un ministre des Finances en exercice et un ex-premier ministre en Algérie, un mois et demi après son limogeage du gouvernement.

Après la chute brutale de Bouteflika, plusieurs de ses proches et ex-collaborateurs se sont retrouvés sans protection.

S.L.

AfriqueLa démission de Bouteflika, « une nouvelle victoire » pour les Algériens

AfriqueLa démission de Bouteflika, « une nouvelle victoire » pour les Algériens

La presse mondiale ne voit pas dans le départ d’Abdelaziz Bouteflika la fin de la crise politique qui touche l’Algérie. Le peuple réclame un changement radical de système, pas simplement la démission de son leader. L’armée va-t-elle laisser le mouvement se poursuivre ?

“L’annonce était attendue mais représente néanmoins un stupéfiant retournement de situation”résume le Washington Post, au moment de commenter la démission d’Abdelaziz Bouteflik. Le désormais ex-président algérien devait quitter le pouvoir le 28 avril, au terme de son quatrième mandat. Il “s’incline” pourtant devant la pression populaire, “mettant une fin abrupte” à deux décennies au pouvoir, explique le Guardian.

Le chef d’Etat de 82 ans a fait part de sa décision dans une lettre, “son principal mode de communication depuis qu’il a subi une attaque cérébrale en 2013 et disparu de la vie publique”,note le National, quotidien des Emirats arabes unis.

“Six semaines de manifestations pacifiques en Algérie ont suffi” pour le faire renoncer, constateEl Pais“Les Algériens remportent une nouvelle victoire”se réjouit Le Soir. L’annonce de la démission a déclenché des scènes de joie dans le pays, l’agence Bloomberg observant “des célébrations spontanées” à Alger.

Si la rue a joué un rôle, la décision de M. Bouteflika fait aussi suite à la pression mise par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah dans un communiqué qualifié d’”extraordinairement direct” par le Washington Post. Le militaire s’est publiquement associé aux manifestants et a réclamé le départ du leader. “La décision est claire et irrévocable. Nous soutiendrons les gens jusqu’à ce que leurs demandes soient pleinement satisfaites “, a-t-il annoncé.

“L’armée passe à l’action”titre la Frankfurter Allgemeine Zeitung, précisant par ailleurs que les entrepreneurs et oligarques jusqu’ici proches de Saïd Bouteflika, le très influent frère du président, ont également pris leur distance avec le régime.

Le cinquième leader arabe chassé du pouvoir depuis 2011

Selon la Constitution, Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation, doit assurer la transition jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Ce qui fait dire à Middle East Eye que “le bras de fer est terminé”.

Ce n’est certainement pas ce que l’on peut lire sur Wakat Séra“Bouteflika dégagé, à quand le prochain rebondissement?”, demande le site burkinabé. “L’armée ayant sans doute flairé le danger de voir la situation dégénérer davantage, et surtout une déflagration dont elle ne sera pas épargnée, a voulu très vite reprendre les choses en main”, analyse le média africain. “Le déficit de confiance se creusant chaque jour un peu plus, entre le peuple avide de changement et  ses dirigeants qui s’accrochent à un pouvoir qui leur garantit survie et passe-droits, n’est pas pour ramener la sérénité dans une Algérie qui basculera dans le chaos si rien n’est fait”, prévient-il.

Les quelques mois jusqu’aux élections constituent “un délai trop court pour faire naître des institutions démocratiques sur les cendres d’une kleptocratie”, signale Le Soir. Que l’armée ait prévalu ne devrait pas surprendre les observateurs de la vie politique algérienne tant elle a joué un rôle central dans l’exercice du pouvoir depuis l’indépendance en 1962, rappelle le quotidien. Les Algériens “savent que leur combat pour l’émancipation ne fait que commencer (…) ils veulent conquérir leur liberté et asseoir une démocratie. Enfin !”, insiste le journal.

El Pais remarque toutefois que le mouvement, sans vrais leaders, commence à montrer des signes de divisions : “bien que certains dirigeants de la société civile se méfient de Gaid Salah et considèrent ces luttes entre clans comme étrangers aux intérêts de la population, d’autres saluent l’initiative de Gaid Salah”.

Adbelaziz Bouteflika est le cinquième leader arabe chassé du pouvoir par le peuple depuis 2011, rejoignant ses homologues égyptiens, tunisiens, libyens et yéménites, précise le siteVox. L’Europe suit avec attention ce qui se passe chez l’un de ses principaux fournisseurs d’énergie, un pays qui a été un “rempart contre le mouvement islamiste et l’immigration illégale”, indique Bloomberg. “Des troubles en Algérie pourraient avoir des conséquences bien au-delà de ses frontières”, ajoute l’agence.

Dans ce climat d’incertitudes, Abdelaziz Bouteflika pourra quant à lui profiter, “de sa retraite désormais officielle pour cultiver son jardin”, ironise Wakat Séra.

Vu d’AlgérieAbdelaziz Bouteflika, une fin sans gloire

Le président algérien a présenté sa démission mardi 2 avril, après vingt ans au pouvoir. Poussé vers la sortie par des centaines de milliers de manifestants et lâché par l’armée, Abdelaziz Bouteflika part “avec un bilan désastreux”, retracé par le site d’information Tout sur l’Algérie.

Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a dirigé l’Algérie pendant vingt ans. Il détient le record de longévité à la tête de l’État algérien. Il vient de démissionner de la présidence dans des conditions humiliantes, après avoir été sommé de le faire par l’état-major de l’armée. Bouteflika part avec un bilan désastreux.

Bouteflika a pris ses fonctions de président de la République le 27 avril 1999 après avoir vécu pendant longtemps à l’étranger, loin de l’Algérie et de ses complexités. Il n’a pas été perturbé par le retrait des six autres candidats à la présidentielle.

Hocine Ait Ahmed, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Youcef Khatib s’étaient retirés le 14 avril 1999 pour dénoncer le non-respect par Liamine Zeroual, alors chef d’État, d’organiser “une élection libre et transparente”. “Nous décidons notre retrait collectif de l’élection présidentielle et la non-reconnaissance de la légitimité des résultats de ce scrutin”, ont-ils écrit dans une déclaration.

Cela n’a pas empêché Abdelaziz Bouteflika, présenté alors comme “le candidat du consensus”, de poursuivre la course pour être élu à 73,8 % des voix exprimées, selon les résultats officiels.

“Je n’aime pas les 99 %”

Installé avec une aile cassée au Palais d’El Mouradia, Abdelaziz Bouteflika a déclaré avoir “la légitimité populaire” malgré le boycott des autres candidats et les doutes de la population. “Que ce soit ici ou ailleurs, en France ou en Suède, 74 % des voix, c’est quand même respectable. Je n’aime pas les 99 %”, a-t-il déclaré lors de sa première et unique conférence de presse, au siège de sa permanence électorale à Hydra, à Alger.

Il adopte dès le départ le “style” du colonel Houari Boumediène [au pouvoir de 1965 à 1978] dans sa manière de s’adresser aux Algériens en haussant la voix et en tapant sur la table. Il ne se met pas en arrière du véhicule préférant se mettre à côté du conducteur comme le faisait l’ancien président, dont il était ministre des Affaires étrangères. Il préfère mettre des habits sombres refusant les costumes de couleurs claires pour se donner une certaine image de dureté.

Dès les premiers jours de son règne, il montre son rejet de la presse. Il critique ouvertement tous les médias algériens, les méprise au point de n’accorder ses premières interviews qu’aux organes de presse étrangers. Invité de la chaîne France 3, lorsqu’il était au Forum de Crans Montana, en Suisse, en juin 1999, Bouteflika a lancé :

Moi, je suis venu pour la paix. Si le peuple algérien soutient ma démarche dans le sens de la paix, c’est parfait […] Si par contre le peuple algérien ne suivait pas, je le dis pour la cinquième fois, je rentrerai chez moi, je ne suis pas venu pour un fauteuil, je suis venu remplir une mission.”

Il est resté sur ce fauteuil pendant vingt ans. A-t-il rempli cette “mission” ? Au départ, il était question de faire admettre à l’opinion publique le projet de l’armée de “réconciliation”. En septembre 1999, Bouteflika en “peace maker” organise un référendum sur “La concorde civile”. Une manière de “reconquérir” la légitimité après avoir été mal élu lors de la présidentielle d’avril 1999.

Une opacité totale à la tête de l’Algérie

Il en profite pour faire le tour du monde pour vendre cette image de “faiseur de paix”, ses relais s’étaient chargés de faire circuler l’idée de présenter la candidature de Bouteflika au Nobel de la Paix. Idée relancée en 2005 lors que Bouteflika décide d’organiser un second référendum sur la Charte pour “la paix et la réconciliation”. Une Charte qui a consacré l’impunité totale autant pour les terroristes que pour les militaires. Aucun bilan n’a été fait de l’application de cette charte à ce jour.

À la Présidence, Bouteflika, qui dit avoir été dans l’opposition à l’époque de Chadli Bendjedid [président de 1979 à 1992], installe les règles de l’opacité totale. Il garde pour lui et ses proches les rapports des commissions de réformes de l’École, de la Justice et des Missions de l’État qu’il installe en 1999. Les recommandations de ces commissions seront mises au placard.

Il ne publie pas les rapports de la Cour des Comptes, qu’il déteste parce qu’elle avait osé ouvrir une enquête et rendre un arrêt contre lui en août 1983 pour “détournement” au niveau des représentations consulaires. Pendant vingt ans Bouteflika a gelé la Cour des Comptes et bloqué tout mécanisme de contrôle sur les dépenses publiques.

Il a accepté à peine l’existence d’un Parlement. Il n’a jamais prononcé un discours devant les députés algériens, préférant s’adresser aux parlementaires tunisiens à l’époque de la dictature de Zine Albine Ben Ali. La Tunisie était, pour lui, un modèle de démocratie. Très sûr de lui et de sa personne, il n’aime pas être contredit, critiqué ou remis en cause, crie à la face de celui qui discute ses ordres à la Présidence, n’hésite à bousculer un enseignant universitaire lors d’une visite à Oran.

Il écarte tous ceux qui osent lui faire de l’ombre ou critiquer ses décisions. Abdelaziz Rahabi et Ahmed Benbitour, puis Ali Benflis furent ses premières victimes. Même ses proches conseillers passent à la trappe pour avoir émis des doutes sur ses choix économiques ou politiques, souvent discutables.

Ne se croyant pas obligé de rendre des comptes au Parlement, il change les gouvernements comme on change des chemises instaurant une déstabilisation durable au sein de l’État. À peine un ministre est installé à son poste qu’il est déjà désigné à un autre poste sans possibilité pour lui d’engager un plan de travail. En tout, Bouteflika a consommé vingt et un gouvernements en vingt ans, c’est-à-dire un gouvernement chaque année, ce qui est unique dans l’histoire politique contemporaine.

Cette gouvernance de l’à-peu-près a eu pour conséquences d’intensifier les flux de corruption, d’affaiblir le contrôle sur les projets de développement et de déstructurer les visions et les programmes dans tous les secteurs. La plupart des gouvernements sont partis sans présenter de bilan, l’argent public engagé a été perdu à tout jamais.

Un secret complet autour de lui

Durant sa guerre ouverte avec Ali Benflis, son ex-directeur de cabinet à la présidence de la République, en 2003-2004, Bouteflika montre toute l’étendue de son esprit revanchard en caporalisant le FLN [Front de Libération nationale] dont il avait un mépris historique et en instrumentalisant la justice pour invalider les résultats.

À cette époque, il ordonne en juin 2004 l’emprisonnement du journaliste Mohamed Benchicou pour avoir écrit un pamphlet contre lui Bouteflika, une imposture algérienne [éditions Le Matin]. Après son élection contestée en avril 2004, Bouteflika écarte sans aucune autre forme de procès tous les cadres de l’État soupçonné d’avoir des liens de près ou de loin avec Ali Benflis.

En 2008, il amende la Constitution sans consultation populaire pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Il fait en sorte que le secret complet soit instauré autour de sa maladie et de sa famille.

Impliqué dans la guerre d’indépendance

Fils d’Ahmed Bouteflika et Mansouriah Ghezlaoui, Bouteflika grandit au Maroc avec ses frères et sœur Zhor, Abdelghani, Nacer (surnommé Abderrahim), Mustapha et Said avant de rejoindre à l’âge de 19 ans “l’armée des frontières” au sein de l’Armée de libération nationale (ALN) après un appel lancé aux étudiants par le FLN [pour se soulever contre la France].

Il a obtenu un bac de français en poursuivant des études au lycée Abdelmoumen d’Oujda, où il s’activait déjà au sein d’une cellule du parti marocain Al Istiqlal d’Allal Al Fassi. Deux ans plus tard, en 1958, il entre dans le cercle de Houari Boumediene pour devenir son secrétaire particulier. Boumediène fait l’ascension du poste de commandement de la wilaya V à celui de l’état-major de l’Ouest puis de chef de l’état-major. Envoyé en mission en 1960 à la frontière Sud du pays, il acquiert le surnom de “Abdelkader el-Mali”.

En 1962, il est nommé à l’âge de 25 ans ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme de l’Algérie indépendante dans le gouvernement d’Ahmed Ben Bella. Il siège à l’Assemblée Constituante en tant que député de Tlemcen. Il devient ensuite ministre des Affaires étrangères. Il joue un rôle central dans le coup d’État militaire de 1965 contre Ahmed Ben Bella qui voit Houari Boumediene devenir chef de l’État sans aucune élection.

Membre du Conseil de la Révolution, Bouteflika occupe le poste de chef de la diplomatie pendant treize ans supplémentaires, jusqu’au décès de Boumediene en décembre 1978. Dans les années 1970, il était souvent critiqué pour ses séjours prolongés à l’étranger, notamment en Espagne et au Maroc, en négligeant sa mission au ministère des Affaires étrangères. Ces absences ont obligé Boumediene à gérer lui-même certains dossiers internationaux.

La traversée du désert

Pressenti pour devenir le nouveau président de l’Algérie, c’est finalement Chadli Bendjedid qui est désigné à la tête de l’État en 1979 parce qu’il était le militaire le plus âgé au grade le plus élevé. Bouteflika n’a jamais accepté sa mise à l’écart par le régime Chadli et par les militaires, car il se voyait comme “le digne” successeur de Boumediène.

Nommé ministre d’État par Chadli, Bouteflika est peu à peu écarté du pouvoir avant d’être poursuivi par la Cour des comptes, accusé d’avoir détourné l’équivalent de 60 millions de francs français sur les trésoreries des différentes chancelleries algériennes à l’étranger. S’ensuit une traversée du désert et un exil de six ans.

Abdelaziz Bouteflika rentre en Algérie à la fin des années 1980. Il décline plusieurs propositions pour devenir ministre et refuse une première fois une proposition d’accéder aux fonctions de chef de l’État, ouvrant la voie à la désignation de Liamine Zeroual, en 1994. À la fin de l’année 1998, il se présente candidat aux présidentielles d’avril 1999 avec l’idée qu’il ne sera pas “un trois quart de président”.

Après son AVC, une disparition progressive

Annoncé partant aux élections présidentielles de 2004, il est réélu à son poste pour cinq années supplémentaires avec près de 85 % des voix. Sa présidence est marquée par un contexte de forte hausse des cours du pétrole renflouant massivement les caisses de l’Algérie et permettant de lancer de nombreux projets. Alors que la Constitution ne l’autorise pas à se présenter que pour deux mandats successifs, le président Bouteflika fait sauter le verrou constitutionnel et est réélu en avril 2009 avec 90.24 % des voix.

Le troisième mandat de Bouteflika est marqué par un accident cérébral (AVC) en 2013 qui le fait disparaître de la scène publique, une année après avoir dit lors d’un discours à Sétif que sa génération avait fait son temps. Bouteflika est malgré tout présenté pour un quatrième mandat et est réélu en avril 2014 avec 81.53 % des suffrages sans avoir mené sa campagne ni parlé aux Algériens. Absent de la vie politique depuis six ans, ne s’exprimant à la nation que par messages lus en son nom, le président Bouteflika annonce le 11 février 2019 son intention de se porter candidat pour un cinquième mandat consécutif à la présidence de l’Algérie avant de se raviser un mois plus tard suite à des contestations de rue exigeant le départ du régime.

Contesté par le peuple qui manifeste, Bouteflika a fini par perdre son principal soutien, l’armée. Ce soir, il a annoncé son départ, sans même avoir réussi à protéger ses proches.

Cet article a été publié dans sa version originale le 02/04/2019.
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Revue de presse nationale et internationale.

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