Archives pour la catégorie Algérie

L’impasse algérienne

Editorial de Bernard Lugan
L’impasse algérienne
Trente-six semaines après le début de la protestation – le hirak -, alors que des dizaines d’opposants au régime militaire ont rejoint en prison des dizaines de notables du clan Bouteflika et que la police pourchasse les porteurs du drapeau berbère, le général Gaïd Salah a décidé que, coûte que coûte, les élections présidentielles auraient lieu le 12 décembre prochain.
En 2019, la candidature de la momie d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat a mis le feu aux poudres. La rue algérienne s’est alors massivement mobilisée, faisant oublier l’incroyable résilience dont elle avait fait preuve jusque-là. Or, ce mouvement n’était pas une simple contestation, mais une claire volonté de refondation en profondeur des institutions algériennes dans l’esprit du « congrès de la Soummam ». Fin août 1956, en Kabylie, les représentants de 4 des 5 wilayas de l’intérieur avaient en effet discuté de l’avenir de la future Algérie indépendante. L’accord s’était fait sur trois grands points : primauté du politique sur le militaire, primauté des combattants de l’intérieur sur les structures politico-militaires de l’extérieur et refus de tout projet théocratique islamique. Le résultat fut qu’une guerre fratricide éclata à l’intérieur du mouvement nationaliste, ceux qui étaient réfugiés au Caire et à Tunis accusant les congressistes de la Soummam d’avoir réalisé un coup de force berbère. Ils rejetèrent donc ses conclusions et son concepteur, Abane Ramdane fut étranglé par les tenants de la ligne arabo-islamiste. Puis, ces derniers firent un coup de force durant l’été 1962. Aujourd’hui, leurs héritiers qui forment le cœur du « Système » ne veulent pas lâcher le pouvoir et ses « avantages » car ils craignent de devoir rendre des comptes.
Dans un premier temps, le « Système » a utilisé le mouvement pour éliminer à la fois le clan Bouteflika et le clan du DRS. En d’autres termes, au sein du « Système », le clan composé par le haut état-major, utilisa la rue pour se débarrasser de deux clans rivaux et concurrents. Petits « Machiavel », ils avaient cru qu’en mettant au cachot des personnalités honnies, les manifestants allaient s’estimer satisfaits et qu’il allaient leur donner quitus.Puis, ils comprirent que la rue ne se satisfaisait pas de la mise en prison de plusieurs dizaines de dignitaires du clan Bouteflika, car, ce n’était  pas la fin d’un clan dont elle voulait, mais celle de TOUS les clans composant le « Système ». A  commencer par son cœur, celui des hauts gradés.
Le « Système » est donc dans une impasse. Comme il considère, du moins pour le moment, que les temps ne sont pas à l’épreuve de force, il n’a qu’un moyen pour tenter de sortir du piège dans lequel il est entré : organiser coûte que coûte une élection présidentielle, même parodique, afin de ne plus apparaître en première ligne face à la rue. Or, cette dernière ne veut pas de cette élection et comme le « Système » ne peut pas céder à ses revendications, au risque d’ouvrir les vannes de la révolution, il y a donc désormais casus belli.Publié par Administrateur à 19:52

http://bernardlugan.blogspot.com/

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Le DRS choisira», dixit un spécialiste et tifoso de la FrançAlgérie

«Le DRS choisira», dixit un spécialiste et tifoso de la FrançAlgérie

24 vues•29 sept. 201910PARTAGERENREGISTRERAlgeriaSon10,8 k abonnésABONNÉ«Le DRS choisira», dixit un spécialiste très très laudateur de la FrançAlgérie

https://youtu.be/yGZfpJ_8p6EPLUShttps://www.youtube.com/watch?v=RhmqxWf2QnE&feature=push-sd&attr_tag=49srZD6MmDzptPy8%3A6

La députée LFI Mathilde Panot interpellée en Algérie et placée en séjour surveillé

La députée LFI Mathilde Panot interpellée en Algérie et placée en séjour surveillé

2 oct. 2019, 10:36

La députée LFI Mathilde Panot interpellée en Algérie et placée en séjour surveillé

© LUCAS BARIOULET / AFPMathilde Panot (La France insoumise) prend la parole à l’Assemblée nationale le 4 juin 2019 à Paris (image d’illustration).

La France insoumise s’est insurgée de l’interpellation de la vice-présidente du groupe insoumis à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, et de ses accompagnateurs. Ils se trouvaient en Algérie pour y rencontrer des personnalités politiques locales.

«Le groupe parlementaire insoumis proteste contre l’interpellation à Bejaïa en Algérie de sa co-présidente Mathilde Panot et de ses accompagnateurs. Dix heures plus tard ils sont placés en séjour surveillé à Alger sans connaître les intentions pour la suite de ceux qui les ont contraints à ce retour sous escorte», annonce La France insoumise dans un communiqué publié sur son site le 2 octobre.

Mathilde Panot participait, en Algérie, à un «programme de rencontres» avec des personnalités politiques locales. «Je suis en Algérie depuis hier […] Plus que jamais, nous devons exprimer notre solidarité avec le peuple algérien !», avait-elle posté sur Twitter le 30 septembre.

Mathilde Panot@MathildePanot

« Je suis en Algérie depuis hier […] Plus que jamais, nous devons exprimer notre solidarité avec le peuple algérien ! »
Retrouvez sur Facebook ma première note concernant mon séjour sur le territoire algérien

https://www.facebook.com/411320859261065/posts/908425606217252?sfns=mo …

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29622:09 – 30 sept. 2019 · Algiers, AlgeriaInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité198 personnes parlent à ce sujet

Dans une publication sur Facebook, la députée détaillait les raisons de sa présence dans ce pays, secoué depuis plusieurs mois par un mouvement de manifestations. «En tant que militante de la révolution citoyenne, je suis venue avec mon suppléant Mourad Tagzout rencontrer les acteurs et actrices du mouvement populaire pour comprendre, apprendre et exprimer notre solidarité à cette révolution du sourire. Je voulais ici vous écrire une partie de ces discussions avec les femmes et les hommes qui se battent avec courage pour que le système dégage »», témoignait la femme politique.Lire aussiAlgérie : les candidats déclarés à la présidentielle dans le collimateur de la rue

Dans son message, elle dénonçait notamment «une répression et une volonté d’effrayer le peuple pour arrêter un mouvement révolutionnaire historique et pacifique».

Sur place, elle a notamment rencontré des députés du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), du Parti Socialiste des Travailleurs (PST), et du Mouvement Démocratique et Social (MDS).

Le groupe insoumis a ajouté qu’il demandait la garantie de «sûreté» des individus interpellés et de «leur liberté de circuler».

France

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/france/66413-deputee-lfi-mathilde-panot-interpellee-bejaia-algerie?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

«Le lobby sioniste est très actif en Algérie»

«Le lobby sioniste est très actif en Algérie»

Publié par: Ahmed Bensaadale: 10 mai, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_AfriqueActualité_MaghrebGéopolitiqueImprimerEmail

Interview – Ahmed Bensaada

Algeriepatriotique : Vous avez publié une étude intitulée «Huit ans après la printanisation de l’Algérie». Pouvez-vous nous en faire un résumé ?

Ahmed Bensaada : Mon article traite de l’idéologie de «résistance individuelle non violente» qui s’est avérée très efficace dans la chute de nombreux gouvernements depuis une vingtaine d’années. Cette idéologie, théorisée par le professeur américain Gene Sharp, a été appliquée avec succès dans différents pays.

Cela a commencé avec les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques et qui ont été qualifiées de «révolutions colorées». La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizstan (2005) en sont quelques exemples. Depuis la fin de l’année 2010, cette théorie a été mise en pratique dans les pays arabes et c’est ce qui a donné le mal nommé «printemps» arabe.

Je vous rappelle que j’ai consacré des dizaines d’articles à l’étude de ces révoltes ainsi que deux ouvrages.

En analysant le hirak algérien et en comparant son modus operandi avec celui de cet éventail de cas, on remarque des similitudes frappantes. C’est ce qui nous amène à penser que la lutte non violente qui se déroule actuellement dans les rues de notre pays ne représente qu’un continuum qui a débuté par les «révolutions colorées» et qui s’est poursuivi par le «printemps» arabe. Il s’agit de ce que j’ai nommé la «printanisation» de l’Algérie.

Dénoncer les complots ourdis par des officines secrètes est systématiquement interprété comme une paranoïa. Comment convaincre les sceptiques, selon vous ?

Il n’y a rien de secret dans le rôle des organismes d’«exportation» de la démocratie. Leurs missions sont clairement affichées sur leurs sites et explicitement énoncées dans les discours de leurs responsables.

En plus, leurs relations avec le département d’Etat et leur alignement à la politique officielle de leur pays ne font aucun doute. Certaines d’entre elles, comme la NED, publient des rapports annuels détaillés qui mentionnent les ONG locales bénéficiaires, leurs mandats et les montants alloués à chacune d’entre elles.

D’autre part, le rôle de ces organismes dans les «révolutions colorées» et le «printemps» arabe a été scrupuleusement étudié et est maintenant bien documenté.

Mais à chaque fois qu’une révolte non violente voit le jour quelque part dans le monde, les mêmes réactions apparaissent : «la révolte est spontanée», «la jeunesse nous guide vers un avenir radieux», «la main de l’étranger ? C’est du complotisme ! Pourquoi infantiliser le peuple ? Vous protégez les dictateurs !»

Il existe deux explications à ces réactions. La première peut provenir de personnes ou de groupes financés par l’étranger et qui font le nécessaire pour le dissimuler afin de préserver la «pureté» de la cause. Cela est relayé par la puissante machine des médias mainstream qui utilisent le mensonge par omission, invitent toujours les mêmes pseudo-analystes et maintiennent la porte grand ouverte aux activistes.

La seconde, plus naturelle, émane de sentiments profondément humains liés au «romantisme révolutionnaire», à la capacité intrinsèque du peuple à se libérer de tout joug oppressif. L’incrédulité de certains est ainsi humainement compréhensible. En effet, rien ne vaut une belle révolte spontanée et populaire pour l’imaginaire collectif qui n’a aucune idée de ce qui se trame dans les coulisses. La révolte de David contre Goliath, du faible contre le puissant, du petit peuple armé de sa foi contre le tyran omnipotent. Dans ce cas, toute analyse critique cartésienne se heurte à une inévitable levée de boucliers.

C’est d’ailleurs ce qui fait la force de cette idéologie de «résistance individuelle non violente».

Algeriepatriotique a été catalogué comme «site complotiste» pour avoir mis à nu plusieurs fois les manœuvres du lobby sioniste, notamment. Quel rôle ce dernier joue-t-il dans ce qui se passe en Algérie actuellement ?

Depuis l’avènement des TIC (technologies de l’information et de la communication), les médias mainstream, qui sont la propriété d’une poignée de grands groupes industriels, ont vu leur influence dans l’opinion publique sérieusement malmenée par les nouveaux médias numériques. Pour contrecarrer cet effet, les médias mainstream ont créé ce concept de site «conspirationniste» ou «complotiste» dans lequel ils ont, certes, catalogué de vrais sites farfelus mais, aussi, des sites d’information sérieux mais dont la ligne éditoriale s’éloigne du mainstream. «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage», dit l’adage.

Pour revenir au lobby sioniste, il est certain qu’il est fortement actif car l’Algérie est un des derniers bastions du «Front de la fermeté». Il n’y a qu’à voir le nombre de drapeaux palestiniens qui sont déployés dans les marches du hirak pour comprendre l’intensité du lien affectif qui lie l’Algérie à la Palestine.

Néanmoins, il faut préciser que cette nébuleuse agit généralement de manière indirecte. En effet, ce lobby est très présent dans les organismes d’«exportation» de la démocratie. Ainsi, Carl Gershman, avant d’accéder à la présidence de la NED, avait travaillé dans le département de recherche de l’Anti-Defamation League du B’nai B’rith et a été membre du Conseil d’administration du Congrès juif américain.

Gershman est un grand défenseur de la politique raciste et belliqueuse d’Israël. Dans un récent discours au Forum juif de Kiev (6-8 mai 2019), Karl Gershman a défendu l’état hébreu, tout en comparant ses crimes à la situation de l’Algérie d’avant le hirak.

Il reprit d’abord les déclarations du rabbin Lord Jonathan Sacks lors d’un débat sur l’antisémitisme à la Chambre des Lords britannique «C’est pourquoi Israël – la seule démocratie au Moyen-Orient pleinement opérationnelle avec une presse libre et un pouvoir judiciaire indépendant – est régulièrement accusé des cinq péchés capitaux contre les droits de l’Homme : racisme, apartheid, crimes contre l’humanité, purification ethnique et tentative de génocide».

Il ajouta ensuite : «Un exemple de cette évolution effroyable est que le 18 mars [2019], au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, Israël a été agressé dans sept rapports biaisés et cinq résolutions hostiles. Rien n’a été présenté au Conseil sur aucun autre pays du monde – pas sur l’Algérie, où les manifestations qui ont abouti au renversement du régime corrompu et répressif de Bouteflika avaient commencé un mois plus tôt […].»

En 2004, Gershman avait participé à une conférence qui s’était tenue à Rome et qui avait pour thème «L’antisémitisme, une menace pour la démocratie». Il y révéla des motivations pro-israéliennes quant à la promotion de la démocratie au Moyen-Orient : «Quelles que soient leurs différences, les baâthistes et les islamistes partagent une haine viscérale des valeurs libérales qui trouve sa plus grande expression dans la diffamation d’Israël et du peuple juif.»

Ce lobby procède aussi par un travail de fond en adoubant, par exemple, des mouvements comme le MAK qui a repris du poil de la bête à l’occasion du hirak. Dans un travail de plus longue haleine, des voyages sont organisés à des «intellectuels bien de chez nous» comme Sansal, Dilem ou Akkouche pour fouler le sol des Territoires occupés en vue de paver la route à une politique de normalisation bien entamée par d’autres pays arabes.

De manière plus insidieuse, le lobby sioniste a réussi à infiltrer le réseau des activistes et cyberactivistes arabes à travers le forum «Fikra». Ce forum, qui prétend «soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes», est une création du lobby américain pro-israélien, géré et financé par ses soins. Parmi les nombreux participants provenant d’une dizaine de pays arabes, notons la présence d’activistes algériens.

Les Algériens ont convergé vers les grandes places le 22 février pour exiger le départ du système. Certains disent que c’est l’entêtement de Bouteflika qui a poussé les Algériens à se révolter, d’autres estiment que c’est Facebook qui a rassemblé les Algériens autour d’une seule et même revendication. Qu’en est-il, selon vous ?

Loin d’être spontanées, les révoltes non violentes se préparent longtemps à l’avance. Dans mon livre Arabesque$, j’explique que les activistes arabes ont été préparés des années avant le début du «printemps» arabe.

Certes, les révoltes qui ont balayé la rue arabe sont une conséquence de l’absence de démocratie, de justice sociale et de confiance entre les dirigeants et leur peuple. Richesses mal distribuées, manque de libertés, régimes autocratiques, hogra, corruption, etc. Tout ceci constitue donc un «terreau fertile» à la déstabilisation. Ce terreau est constitué de femmes et d’hommes qui ont perdu confiance en leurs dirigeants dont la pérennité maladive ne laisse entrevoir aucune lueur d’espoir.

Mais cela n’est pas suffisant : une «étincelle» qui fédère le peuple est nécessaire. Dans le cas de la Tunisie, c’était la mort de Mohamed Bouazizi, alors que celui de l’Algérie, c’était le cinquième mandat.

Et c’est à ce moment que la formation des cyberactivistes est importante. Dans le cas de l’Algérie, Facebook et les autres médias sociaux ont eu un rôle très important. L’organisation, la mobilisation, les appels à manifester, la synchronisation et la diversité des actions à mener sur le terrain n’auraient jamais été possibles de manière aussi efficace sans les nouvelles technologies.

Mais cela n’est pas nouveau. Rappelons-nous qu’en Egypte la révolte de la Place Tahrir avait été surnommée «Révolution Facebook» ou «Révolution 2.0» et qu’Israa Abdel Fattah, la cofondatrice du Mouvement du 6 Avril (financé par des organismes américains), fer de lance de la contestation égyptienne, était connue sous le nom de «Facebook Girl».

Comment les officines auxquelles vous faites référence dans votre étude interviennent-elles dans le hirak algérien ?

Les organismes d’«exportation» de la démocratie fonctionnent de façon similaire, quel que soit le pays. Ils s’occupent du financement des ONG locales, de la formation des activistes et, pour plus de synergie, s’occupent de leur réseautage.

En ce qui concerne le financement, nous avons montré que de nombreuses ONG algériennes ont été financées bien avant le début du «printemps» arabe. Et cela n’a jamais cessé depuis, comme expliqué dans mes deux récents articles. Comme par hasard, ces ONG sont toujours au premier rang de la contestation. Elles l’étaient également avec le défunt CNCD, en 2011.

Le financement ne provient pas uniquement de la bourse de l’Oncle Sam. Des organismes européens, comme les Stiftungs allemands et d’autres moins évidents à identifier, sont mis à contribution. Les documents publiés par mon ami Mohamed Bouhamidi sont très éloquents à ce sujet.

Pour la petite histoire, notons que la structure de la NED (créée en 1983 par le président R. Reagan) s’est inspirée de celle des Stiftungs allemands et, comme la CIA collaborait avec ces organismes allemands pour financer des mouvements à travers le monde bien avant la création de la NED, les relations sont restées solides jusqu’à nos jours. Ainsi, à titre d’exemple, le mouvement pro-européen Euromaïdan, qui a secoué l’Ukraine fin 2013 début 2014, a aussi bien été aidé et soutenu par l’IRI et le NDI (deux des quatre satellites de la NED) que par le Konrad Adenauer Stiftung (lié au CDU allemand).

Dans le volet formation, nous savons que des jeunes Algériens ont été formés à la «résistance individuelle non violente» par les Serbes de Canvas. Cela a été confirmé par un des dirigeants du Mouvement du 6 Avril, l’Egyptien Mohamed Adel, qui a reconnu s’être rendu en Serbie avec quatorze autres militants algériens et égyptiens.

En matière de maîtrise du cyberespace et de réseautage, les noms de cyberactivistes algériens figurent dans les listes de participants aux formations dispensées à la «Ligue arabe du Net» par les organismes d’«exportation» de la démocratie.

Finalement, des indices montrent que certaines figures visibles du hirak algérien ont suivi des formations dans des pays européens après le «printemps» arabe. Des investigations sont en cours.

Quels sont les indices de leur implication ?

Comme expliqué dans mon article, les révoltes non violentes suivent un pattern bien établi portant, sur le terrain, le sceau de Canvas. L’utilisation de campagnes de communications dites positives et négatives, la fraternisation avec l’«ennemi», l’utilisation du poing d’Otpor, la présence d’individus ou de groupes financés par les officines étrangères en tête des manifestations, la proposition comme leader de personnalités auparavant inconnues du grand public ainsi que l’usage des «méthodes d’action non violente» parmi les 199 figurant dans le manuel élaboré par Canvas en sont quelques exemples.

D’autre part, la coordination des actions à mener sur le terrain, le partage d’informations en temps réel, la transmission d’instructions pour que les manifestations soient conformes aux principes de base de la lutte non violente, le timing des évènements et ce, à travers tout le territoire national, prouvent une utilisation efficiente du cyberespace qui ne peut être acquise que par une solide formation.

Que cherchent ces officines, Canvas, NDI, NED, etc. en Algérie ? Quel type de régime veulent-elles «imposer» ?

Tout d’abord, une petite mise au point. Il ne faut pas classer Canvas avec la NED et ses homologues. Canvas n’est qu’une école serbe de «révolutionnaires en herbe» utilisée par les organismes d’«exportation» de la démocratie comme la NED, Freedom House et autres, pour former des activistes.

Le rôle de la NED a été clarifié dans le discours inaugural de cette «fondation».

Le 16 octobre 1983, le président Reagan déclara : «Ce programme ne restera pas dans l’ombre. Il s’affirmera avec fierté sous le feu des projecteurs. (…) Et, bien sûr, il sera cohérent avec nos intérêts nationaux.»

Selon le journaliste américain William Blum : «Les programmes de la NED incarnent généralement la philosophie de base selon laquelle les travailleurs et les autres citoyens sont mieux servis dans un système de libre entreprise […], d’intervention minimale du gouvernement dans l’économie et d’opposition au socialisme sous toutes ses formes. Une économie de marché est synonyme de démocratie, de réforme et de croissance et l’accent est mis sur les avantages des investissements étrangers dans leur économie.» «[…] En bref, les programmes de la NED sont en harmonie avec les besoins et objectifs de base de la mondialisation économique du Nouvel Ordre mondial, tout comme les programmes sont sur la même longueur d’onde que la politique étrangère des Etats-Unis.»

Ainsi, les Etats-Unis, à travers des organismes spécialement conçus, utilisent la démocratie et le droit-de-l’hommisme pour exporter des politiques néolibérales à travers le monde.

Cette politique est encore plus claire avec le milliardaire et spéculateur américain George Soros dont la fondation Open Society (Société ouverte) travaille de concert avec la NED et les autres organismes d’«exportation» de la démocratie.

Selon Leandra Bernstein, «l’action et l’argent de George Soros sont devenus des instruments pour démanteler la souveraineté nationale des Etats, en remplissant les caisses d’organisations ‘’philanthropiques’’ ou ‘’droit-de-l’hommistes’’». Pour Soros, «si une nation voulait contrôler ses propres ressources naturelles» ou «développer son économie et sa force de travail à l’aide de tarifs douaniers et de régulations», elle était considérée comme société fermée. En fait, «toute nation qui rejette la mondialisation (c’est-à-dire l’impérialisme du libre-échange) est condamnée à ce titre et fera l’objet d’attaques de la part des organisations de Soros».

On voit bien que l’«exportation» de la démocratie qui se fait à travers des changements de régime menés à bien grâce aux principes de la lutte non violente a des visées économiques et hégémoniques.

Dans les conflits armés, des personnes autochtones sont choisies pour préserver les intérêts de la puissance victorieuse. Souvenons-nous des cas Ahmed Chalabi en Irak ou Hamid Karzai en Afghanistan. Il en est de même dans les révoltes non violentes qui s’accompagnent de l’apparition de certaines figures qu’on cherche à imposer en les drapant d’une «bénédiction» populaire.

Mikheil Saakachvili, après la révolution des Roses en Géorgie (2003) ; Viktor Iouchtchenko, après la révolution Orange en Ukraine (2004) ou la tentative avortée de placer Mohamed El-Baradei après la révolution du Lotus en Egypte (2011) sont des exemples de candidats pro-américains.

En Algérie, le hirak a aussi très rapidement produit les noms de personnes susceptibles de diriger le sort du pays après l’éviction du président Bouteflika. Et le battage médiatique n’a pas encore cessé pour certains.

Les visées économiques et hégémoniques ne s’appliquent pas uniquement aux Etats-Unis, bien au contraire. Les pays européens, en particulier la France, histoire coloniale et doctrine Monroe obligent, ont des intérêts en Algérie.

D’autre part, l’alignement de l’Algérie sur la Russie pour l’approvisionnement en matériel militaire et sur la Chine pour les grands projets nationaux laissent espérer des contrats juteux en cas de changement de paradigme politique.

Avec ses énormes richesses, son immensité territoriale et son importante position géostratégique, il est clair que l’Algérie attise la convoitise de nombreuses puissances.

Qui du peuple ou de ces officines auront eu raison du système, selon vous ? Autrement dit, qui a fait tomber Bouteflika ?

C’est la combinaison des deux qui a fait tomber le président Bouteflika. L’application judicieuse des principes de la lutte non violente permet de fédérer le «peuple» contre le «tyran» autour d’une exigence : le départ du «tyran». Elle fait passer la peur du camp du «peuple» vers celui du «tyran».

Cette synergie n’enlève rien au mérite et à la bravoure du peuple qui est sorti comme un seul homme pour demander le départ d’un système usé par le pouvoir, les affaires et la corruption.

Il faut être clair : la grande majorité des manifestants n’a rien à voir avec les officines et ignore certainement tout de leur existence mais sort dans la rue pour des causes nobles. Ce sont ceux qui sont en haut de la pyramide du hirak qui organisent, orientent et dirigent. Et cela est un autre point fort de l’idéologie de «résistance individuelle non violente».

L’efficacité de cette combinaison permet d’expliquer pourquoi les émeutes antérieures au «printemps» arabe ont toutes été violemment étouffées comme celles de Gafsa (Tunisie, 2008) ou celles d’Al-Mahalla (Egypte, 2008) alors que, quelques mois plus tard, (et surtout quelques formations plus tard), le «peuple» a vaincu le «tyran».

Comment voyez-vous les perspectives du mouvement populaire pacifique en Algérie à court terme ?

Le mouvement populaire est resté très pacifique, c’est le signe très positif d’une réelle maturité politique. Le seul problème vient de l’inflation des revendications émanant de certaines voix du hirak. A un certain moment, il faut savoir raison garder et passer à la table des négociations car la confrontation est mauvaise conseillère et peut avoir de fâcheuses conséquences. En Algérie, nous en savons quelque chose.

Pour celles et ceux qui craignent que le système perdure, il faut les convaincre que la situation politique algérienne ne sera jamais pareille dans l’avenir et que la vigilance du peuple est garante du changement.

Quant aux personnes ou aux groupes qui ont reçu des subsides d’organismes «démocratisants» étrangers, il faut impérativement qu’elles placent l’intérêt de leur pays, l’Algérie, avant celui des autres. L’histoire nous montre que dans les mouvements de ce type, les activistes pro-occidentaux disparaissent une fois la «révolution» achevée. Au sujet des «révolutions colorées», le journaliste Hernando Calvo Ospina écrivit : «[…] La distance entre gouvernants et gouvernés facilite la tâche de la NED et de son réseau d’organisations, qui fabriquent des milliers de ‘’dissidents’’ grâce aux dollars et à la publicité. Une fois le changement obtenu, la plupart d’entre eux, ainsi que leurs organisations en tout genre, disparaissent, sans gloire, de la circulation.» On aurait pu écrire exactement la même chose sur les «dissidents» du «printemps» arabe.

Nul doute que notre peuple sera à la hauteur de la gravité et des exigences de l’heure et fera de ce mouvement un vrai printemps arabe (sans guillemets), d’où bourgeonnera l’unité d’une nation, à jamais soudée contre le despotisme, la corruption et la hogra.

Interview réalisée par Karim B. et Mohamed El-Ghazi

http://www.afrique-asie.fr/le-lobby-sioniste-est-tres-actif-en-algerie/

L’Afrique Réelle n°117 – Septembre 2019

lundi 2 septembre 2019

L’Afrique Réelle n°117 – Septembre 2019

Sommaire
Actualité :– Algérie : la détresse économique- La tension entre le Rwanda et l’Ouganda- Libye, le général Haftar en difficulté
Archives :Faut-il abandonner l’Afrique à son destin ?

Editorial de Bernard Lugan

Avec certains des principaux patrons emprisonnés, des banquiers qui n’accordent plus de crédits et des transferts de fond problématiques, l’économie algérienne est en détresse. Les ¾ des entreprises sont ainsi incapables de verser les acomptes prévisionnels au titre de l’impôt sur les bénéfices pour l’année en cours. Quant aux faillites, elles ont eu pour résultat la mise au chômage de 200 000 travailleurs depuis le 1er janvier 2019… Dans un pays où le taux réel de chômage atteint déjà des records.
Seule source de revenus de l’Etat, le secteur des hydrocarbures décline année après année. Au 1er trimestre 2019, il a ainsi reculé de 7,7% en raison de la baisse de production due à l’épuisement des nappes pétrolières. Nous avons également là, la confirmation de ce que l’Afrique Réelle écrit depuis plusieurs années, à savoir que les réserves de l’Algérie ont été volontairement surestimées.
Résultat, les réserves de change n’étaient plus que de 72,6 milliards de dollars fin avril 2019, soit une baisse de 7,2% par rapport à décembre 2018 (source : Ministère des finances juillet 2019). Cette baisse est d’autant plus dramatique que le pays doit acheter à l’étranger les ¾ des matières premières et des équipements indispensables à ses entreprises, tant publiques que privées. Il doit également importer de quoi habiller, soigner et équiper ses 43 millions d’habitants.Avec une priorité qui est de les nourrir. Or, comme l’agriculture algérienne et ses dérivés ne permettant de satisfaire qu’entre 40 et 50% des besoins alimentaires du pays, il est donc nécessaire de faire de colossales importations. C’est ainsi que près de la moitié (40%) de la facture de tous les achats faits à l’étranger – soit le quart (!!!) des recettes tirées des hydrocarbures -, est consacrée à l’importation de produits alimentaires de base dont l’Algérie était exportatrice avant l’indépendance de 1962… N’en déplaise à l’ONM (Organisation nationale des Moudjahidine) qui, pour tenter de faire oublier sa colossale responsabilité dans la faillite de l’Algérie, ose demander le vote d’une loi criminalisant la colonisation française… (Voir mes communiqués des 18, 21 et 29 juillet 2019).
Vomis par la rue, les vampires du « Système » gavés de leurs détournements peuvent-ils encore refuser de reconnaître que si l’Algérie est désormais le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total annuel moyen de 12 milliards de dollars (Centre national de l’informatique et des statistiques-douanes-CNIS), cela est la conséquence à la fois de leur incompétence et de leurs détournements ? 
Les millions de manifestants qui, vendredi après vendredi, battent la chaussée, en sont, eux, parfaitement conscients et ils attendent de pouvoir leur faire rendre gorge. Or, c’est précisément parce qu’il sait qu’il est face à une véritable révolution et que la survie de ses membres est en jeu, que le « Système » fait la « sourde oreille ».

 Publié par Administrateur à 14:30

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Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

HomeSociété  Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

By La redaction de Mondafrique -28 août 2019

68PARTAGES608

La ville de Marseille a commémoré le 75 anniversaire de sa libération par des unités de Tirailleurs algériens, de Goumiers et de Tabors marocains composant la 3è D.I.A* commandée par le général de Monsabert , un des chefs de l’héroïque Armée d’Afrique .

Une chronique de Lounès CherifPUBLICITÉinRead invented by Teads

Le débarquement de Provence eut lieu le 15 août 1944 et avait vu déferler dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique, etc. Le mot d’ordre des combattants de cette armée dont mon père faisait parti était : «vive la France! ».

Le président Macron qui a prononcé des mots forts lors de la commémoration du 75è anniversaire du débarquement de Provence du 15 aout 1944 à Saint-Raphaël et ensuite à Bormes-les-Mimosas, a lancé à propos des combattants africains un appel aux «maires de France pour qu’ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes». Il s’agit de ne pas oublier le rôle imminent de l’Armée d’Afrique engagée dans de durs combats à Toulon et à Marseille face à une armée allemande lourdement équipée. 

Après le débarquement, l’Armée d’Afrique, dont les combattants étaient déjà aguerris par les batailles de Tunisie et d’Italie et la libération de la Corse en 1943, prend rapidement Toulon malgré une résistance acharnée des défenseurs allemands. Les régiments indigènes arrivent aux portes de Marseille le 23 août 1944. Après de terribles combats, notamment lors de la prise du mont de Notre Dame de la Garde le 25 août 1944 par les combattants musulmans de la 3è D.I.A et particulièrement les 3è et 7è Régiments de tirailleurs algériens, Marseille est enfin libérée le 28 août 1944. Devant une foule en liesse, un important défilé au son de la nouba se déroule le lendemain sur le Vieux-Port pour fêter la libération de la capitale du sud qui coïncide avec la libération de Paris.

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Des tirailleurs algériens pendant une messe à Notre Dame de la Garde qu’ils viennent de libérer. 

Ensuite, l’épopée des soldats indigènes va se poursuivre tout le long du Rhône, en Franche-Comté et en Alsace, jusqu’à la libération totale de la patrie. Ces hommes du sud traverseront le Rhin et livreront leurs derniers combats jusqu’au Danube. C’est ainsi qu’en hiver 1944 alors que le reste du pays libéré fête chaque jour la paix revenue, au lointain les combats font rage et les soldats africains s’y font toujours tuer. On y entend les récitations coraniques invoquant «Allah» qui accompagnent les rites funéraires des soldats musulmans morts aux combats. 

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Dans son ordre du jour numéro 9, le général de Lattre commandant la 1ère Armée Française écrira à ses soldats africains : «De toute mon âme, je vous dis ma gratitude.»**. Le général de Montsabert écrira de son côté : «C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté.»**.

Quant à Marseille, 75 ans après, il n’y a toujours pas de lieu dédié à l’Armée d’Afrique ni musée ni mémorial ni des noms de rues ou de places portant des noms de soldats musulmans qui ont libéré la citée phocéenne tel le sergent Messaoud Lassani qui fut le premier à se lancer à l’assaut de la colline de Notre Dame de la Garde. Lors de la commémoration du dimanche 25 août 2019, présidée par le sénateur-Maire M. Gaudin, non seulement le communiqué de presse de la ville indiquait le 29 au lieu du 28 août 1944 comme date de la libération de Marseille mais plusieurs élus n’étaient pas présents à ce rassemblement organisé aux pieds de la Basilique ni à la messe qui fut célébrée en hommage à ces combattants venus d’Afrique. Il manquait la présence du député M. Mélenchon et celle de la sénatrice Mme Ghali ainsi que celles d’autres élus locaux et nationaux marseillais. Ces derniers furent probablement excusés mais on notait aussi l’absence des acteurs et des représentants associatifs musulmans y compris ceux qui siègent à «Marseille Espérance» méconnaissant apparemment cette histoire qui les concerne pourtant en premier chef. Les élèves en tenue impeccable de l’Etablissement Lacordaire de Marseille représentaient les nouvelles générations avec à leur tête une jeune fille major de sa promotion portant une fourragère jaune. 

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Les élèves de l’Etablissement Lacordaire 

Lors de la messe, sans la présence notoire de citoyens musulmans hormis la mienne, le fanion de la 3è D.I.A portant un symbole de l’islam formé de 3 Croissants (bleu, blanc, rouge) fut exposé sur l’autel durant toute la cérémonie. Le père Pierre Brunet, vicaire général, prononça une homélie dans laquelle résonnaient les mots de paix et de fraternité et il invoqua avec solennité le rôle et le sacrifice «des Goumiers, des Spahis, des Tabors, des Tirailleurs d’Afrique Noire et d’Afrique du Nord parmi les troupes alliées qui avaient été les principaux artisans de cette libération.».

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Monsieur Gaudin, maire de Marseille, devant le fanion de la 3è D.I.A

La Nation, tout entière liée par les sacrifices consentis pour sa liberté, doit enseigner et évoquer régulièrement l’histoire et le souvenir de l’Armée d’Afrique. 

L’auteur de cet article, Lounès Chérif, ancien réserviste membre honoraire de l’armée, est le fils d’un ancien combattant de l’Armée d’Afrique blessé en Belgique en 1940 et qui participera au débarquement de Provence et à la campagne de la libération jusqu’au Rhin-Danube 

*D.I.A : Division d’Infanterie Algérienne

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, sous la direction du Général R. Huré. Editeur Charles Lavauzelle. Paris 1972

https://mondafrique.com/le-28-aout-1945-la-liberation-de-marseile/ 

Algérie, l’ancien attaché militaire à Paris en prison à Blida

Algérie, l’ancien attaché militaire à Paris en prison à Blida

By Nicolas Beau -23 août 2019

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L’ancien attaché militaire à Paris en 2018 et 2019, Tarek Amirat, a été placé en détention par la justice militaire, accusé d’avoir caché à sa hiérarchie, sous la présidence de Bouteflika, des réunions secrètes avec la DGSE française.

La nomination d’un simple officier, à la fin 2017, comme attaché militaire à Paris en avait surpris plus d’un. Tarek Amirat était en effet un simple commandant venu de l’ambassade d’Algérie en Italie et censé, dans ses nouvelles fonctions à Paris, diriger quelques colonels nommés à Paris.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Ce militaire devait en fait sa nomination à ce poste exposé à sa proximité avec le général Tartag, aujourd’hui emprisonné mais qui à l’époque dirigeait, depuis la Présidence et à son service, les services secrets algériens.

Des réunions disrètes avec la DGSE

Lorsque les mobilisations populaires, cet hiver, se sont multipliées en Algérie, des réunions se tenaient à Paris entre les services français de la DGSE et l’attaché militaire algérien. Comment sauver le soldat Bouteflika? Telle était en substance le principal sujet de préoccupation de ces discrets colloque. Quitte à encourager les projets de Said Bouteflika de décréter l’état d’urgence et de pousser vers la sortie le chef d’état major, Gaïd Salah.

Autant de plans séditieux qui valent aujourd’hui à Said Bouteflika et au général Tartag d’être poursuivis pour complot contre la sécurité de l’Etat. Le malheureux attaché militaire, qui avait commis la faute de transmettre ses rapports au seul général Tartag, sans en informer également la DCSA (renseignement militaire algérien) devait être rappelé au printemps en Algérie pour être finalement poursuivi par la justice militaire et emprisonné désormais à Blida.2.5KPARTAGES2.5K37

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Jeep28 août 2019

Nicolas BeauAncien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (Paris 8) et l’auteur de plusieurs livres: « Les beurgeois de la République » (Le Seuil) « La maison Pasqua »(Plon), « BHL, une imposture française » (Les Arènes), « Le vilain petit Qatar » (Fayard avec Jacques Marie Bourget), « La régente de Carthage » (La Découverte, avec Catherine Graciet) et « Notre ami Ben Ali » (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

https://mondafrique.com/algerie-lancien-attache-militaire-a-paris-en-prison-a-blida/

Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah


Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah

By Nicolas Beau -17 août 2019970PARTAGES95020

Mondafrique a réalisé un entretien avec un haut gradé, aujourd’hui à la retraite, mais resté très proche de l’entourage de Gaïd Salah, le patron de l’armée algérienneIl en ressort que l’institution militaire algérienne n’avance pas à l’aveugle, mais selon un projet et un calendrier parfaitement identifiés et assumés.

« LE HIRAK EST UNE FIERTE POUR L’ALGERIE »

Mondafrique. On assiste à un « turn  over’ impressionnant au sein de l’encadrement de l’armée algérienne où de nouvelles nominations sont régulièrement annoncées. Quelles sont les raisons de ces changements incessants qui peuvent apparait comme des signes de faiblesse? Pourquoi ce renouvellement brutal de génération qui voit de simples colonels accéder à des postes de première importance?

En 2007, l’actuel chef de l’État Major, Gaïd Salah, avait émis le souhait de restructurer profondément les services de renseignement et surtout de donner un coup d’accélérateur en faveur du renouvellement des  officiers supérieurs, et cela à tous les niveaux de l’institution militaire. Hélas, le président Bouteflika n’avait pas donné suite à ces projets pour des raisons « politiques », qui tenaient à la cohabitation de son régime avec les hommes de l’ex DRS (services secrets algériens) .

C’est seulement en 2013 que le chef d’État Major a réussi à imposer une professionnalisation accrue. Il a surtout convaincu la Présidence de la nécessité de revoir l’organisation du DRS et de l’urgence de sa restructuration. Il fallait que cessent la tutelle des services algériens sur la société et leur intrusion dans les affaires politiques. Ces services doivent se consacrer à leur mission qui est celle du renseignement. Il leur faut lutter contre les réseaux terroristes et préserver le pays des dangers qui nous guettent. Depuis, les observateurs neutres ont relevé les succès enregistrés dans la lutte antiterroriste.

Mondafrique. Dans quel état se trouvent désormais les réseaux du DRS, qui a officiellement disparu en 2015? La détention du général Toufik qui en fut le chef incontesté pendant un quart de siècle, signe-t-elle la fin véritable de son influence?

 L’ancien chef du DRS, le général Toufik, qui a érigé un État à l’intérieur de l’État, a transformé un service qui devait être au service de la nation en un instrument de contrôle du pays  et surtout en un outil de chantage sur les cadres de l’État. Il a ainsi installé ses pions dans la plupart des institutions étatiques.

L’ex DRS qui regroupait des compétences et des spécialistes dans diverses disciplines, est devenu un tremplin pour des opportunistes, doublés d’ affairistes.

Sous l’égide du général Tartag le successeur de Toufik en 2015, l’ex DRS est passé sous la tutelle de la présidence. Le frère du président, Saïd Bouteflika, qui exerçait officiellement la fonction de conseiller à la Présidence mais en était l’âme damnée, a instrumentalisé les services pour le compte d’une bande qui s’est accaparé les deniers de l’État.

Aujourd’hui les réseaux qui gravitent autour des deux chefs déchus et emprisonnés pour complot contre l’autorité de l’État, tentent de manipuler l’opinion publique en transformant les revendications légitimes du Hirak  en slogans hostiles à l’institutions militaires. C’est cette opération de diversion que les observateur ne voient pas ou ne veulent pas voir compte tenu de liens que l’ex DRS avait créé dans de nombreuses capitales étrangères, notamment à Paris.

Mondafrique. Vous parlez des « revendications légitimes » des manifestants, dont beaucoup ont pourtant le sentiment que Gaïd Salah et les siens restent sourds à leurs exigences et veulent imposer leurdiktats

Pas du tout, l’union entre l’institution militaire et le peuple algérien reste très forte. Ce sont les militaires qui ont imposé leur veto à la volonté des anciens dirigeants du pays d’imposer l’état d’urgence ou même l’état d’exception. Simplement, Gaïd Salah a mis en garde contre les « aventuriers ». A savoir certains manipulateurs qui ont entamé une compagne de désinformation pour faire croire que le discours du chef de l’État major concerne les manifestants pacifiques , alors qu’il ,e vise que des forces obscures qui cherchaient à semer le désordre et à justifier une réponse autoritaire aux conséquences désastreuses.

Mondafrique. Depuis quand Gaïd Salah était informé des projets funestes de la Présidence algérienne alliée au général Toufik?

L’État Major était informé de la situation depuis que la décision de faire briguer au président malade un cinquième mandat avait été prise. Les manigances et les conciliabules de certains responsables ou anciens responsables étaient connus.

Mondafrique. Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas opposé son veto à ce projet jugé calamiteux du cinquième mandat?

L’armée en institution régalienne et républicaine a pris l’engagement publique depuis la nomination de l’actuel chef de L’État major en 2004 de ne pas s’impliquer dans le jeu politique, mais de se consacrer totalement à sa mission définie par la constitution.

L’institution militaire a retenu les leçons de l’Histoire. Il faut se souvenir des conséquences désastreuses de la politique de l’ancien ministre la Défense, le général Khaled Nezzar, qui avait utilisé la force brutale contre des jeunes manifestants en octobre 1988. L’implication directe des militaires dans l’arrêt du processus électoral a laissé des traces. Il n’est plus question de commettre à nouveau de pareilles erreurs. 

Mondafrique. Quel jeu politique joue aujourd’hui le général Nezzar? Dans quelle mesure est-il coupable d’avoir couvert les malversations financières de son clan?

Le général Nezzar qui avait la liberté totale de s’exprimer à partir de son pays après le départ de Bouteflika ne s’en est pas privé. L’institution militaire à ce stade lui a laissé toute liberté, y compris sur le site « Algérie Patriotique » qu’il contrôle avec son fils. Lorsqu’il a compris que les investigations sur ses affaires se faisaient plus menaçantes, il a préféré, ainsi que son fils, quitter le territoire sans que personne là encore ne l’en empêche. Les enquêteurs en effet n’avaient pas mis encore la main sur des éléments qui auraient donné aux juges la possibilité de lui interdire la sortie du territoire.

Depuis, les preuves sont là de son implication dans le complot contre l’autorité de l’État même s’il prétend avoir conseillé à Saïd Bouteflika de ne pas toucher à la cohésion de l’armée. Comment le croire? Son implication directe dans la déstabilisation de nos institutions et ses frasques financières sont désormais avérées.

Mondafrique. Passons au volet politique, si vous voulez bien. On a l’impression que la situation su ce plan là avance peu et que les exigences populaires ne sont pas prises en compte. Il est vrai que la faible structuration des mobilisations rend difficile la recherche d’interlocuteurs valables. Comment évaluez vous la situation? 

La classe politique algérienne a été surprise par l’ampleur de la mobilisation populaire, mais elle n’arrive pas à s’imposer comme une émanation de ce mouvement, Les manifestants qui revendiquent le changement ne son pas sur la même longueur d’onde qu’elle. Le règne de Bouteflika a réussi à disqualifier l’ensemble des corps intermédiaires.

Les élites politiques couvrent un champ très large qui va des vestiges de l’ancien Front Islamique de Salut (FIS) aux laïques et aux « républicains » qui, pour certains, ont été des acteurs de la tragédie de la décennie noire. Sans parler de ces millions de jeunes qui jusqu’aux récentes mobilisations semblaient en désintérêt total avec l’objet politique 

Une certitude donc, la majorité des manifestants ne se reconnaît pas dans les partis politiques même s’il y’a une convergence apparente dans les revendications exprimées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les partis politiques de s’approprier le Hirak, L’impératif du dialogue doit primer pour l’intérêt suprême de la Nation

Mondafrique; A quelle échéance pourrait avoir lieu l’élection présidentielle. Sur quelles forces l’Etat Major peut s’appuyer?

L’urgence de la situation n’exclut pas le consensus. L’institution militaire incite au dialogue que certains refusent avec obstination, tout en critiquant la composition des commissions qui ont vu le jour. Certaines personnalités respectables et capables de garantir le sérieux du dialogue, ont préféré s’abriter dernière des excuses fallacieuses au détriment des intérêts du pays. Etranges postures alors alors qu’elles ont été parfois les serviteurs du système qui a engendré la situation actuelle…

L’État major, via son chef ,a exprimé à maintes reprises  qu’il ne coopte aucun parti ni aucune personnalité, La tenue d’une constituante n’est pas une idée absurde, sauf que les fractures qui existent au sein de notre société risquent de nous plonger dans des débats interminables. Libre au nouveau président légitiment élu d’appeler à un référendum sur les questions de son choix, mais à son rythme et sans palabres inutiles!

Mondafrique. Quel rôle donner à la mouvance islamiste dont il faut rappeler que lors du «  »printemps algérien » entre 1988 et 1992 elle a obtenu la majorité des suffrages lors des municipales d’abord et lors d’un premier tour des élections législatives ensuite?

Le fondamentalisme salafiste est encore une réalité sociologique, mais en nette régression au profit d’un islamisme piétiste et non politisé. La question n’a pas été réglée en profondeur. Les partis islamistes légaux encouragés sous Bouteflika se trouvent dans une posture d’attentisme et d’opportunisme, mais n’ont aucune véritable offre politique à faire valoir. 

Mondafrique. -La France exerce-t-elle des pressions sur les autorités algériennes pour favoriser une sortie de crise qui aurait sa préférence?

Que la France s’intéresse à ce que se passe chez nous est logique vu nos relations basées sur le respect et l’indépendance mutuelles, Mais d’ingérence, il n’y en a point!

Mondafrique. L’homme d’affaires kabyle Issad Rebrab compte de nombreux soutiens en France, dont le président français, Emmanuel MacronDes messages sont-ils parvenus à Alger le concernant?

Que des personnalités françaises indépendantes expriment leur sympathie pour Rebrab est possible, mais c’est un non événement pour nos institutions. Les officiels français n’ont pas à se mêler des dossiers traités par la justice algérienne 

Nos amis étrangers doivent comprendre que le Hirak est une fierté pour l’Algérie. L’’image d’un peuple pacifique et civilisé donne du baume au cœur. Personne ne souhaite un épilogue autre que celui qui garantira le choix populaire pour une Algérie nouvelle, 970PARTAGES95020

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Nicolas BeauAncien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (Paris 8) et l’auteur de plusieurs livres: « Les beurgeois de la République » (Le Seuil) « La maison Pasqua »(Plon), « BHL, une imposture française » (Les Arènes), « Le vilain petit Qatar » (Fayard avec Jacques Marie Bourget), « La régente de Carthage » (La Découverte, avec Catherine Graciet) et « Notre ami Ben Ali » (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Publié par: brahimle: 09 août, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Le président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation revient dans l’entretien qu’il nous a accordé, sur le contexte qui entoure la mission du panel. Revue de presse.

Propos recueillis par Said Boucetta

L’expression : L’Instance nationale de dialogue et de médiation, a, comme son intitulé l’indique, une mission de dialogue et de médiation, mais quelle pourrait être sa définition politique compte tenu des circonstances de sa naissance ?


Ammar Belhimer : Le Panel est une structure dédiée à la médiation en vue d’un dialogue devant conduire les acteurs civils et politiques à sortir du vide institutionnel ouvert par la démission du président sortant.


C’est une structure ad hoc, donc provisoire, qui active le temps d’une mission; elle est indépendante et plurielle – à ce titre, elle s’appuie sur l’engagement bénévole et résolu de personnalités en vue de la société civile – et n’a pas d’autre ambition que de réunir le consensus requis pour une élection présidentielle qui réunisse toutes les garanties de transparence et d’intégrité.


Le Panel n’a pas vocation à être le porte-parole d’une institution civile ou militaire, de partis ou d’associations ; de même qu’il ne prétend ni représenter le Mouvement populaire né de l’opposition résolue au 5e mandat du président déchu ni parler en son nom ; avec le Hirak, il partage les revendications fondamentales de protection des droits et des libertés individuelles et collectives et des garanties requises pour un scrutin crédible.

Et pour répondre à votre question, je dirais que le Panel aspire à l’unité des forces patriotiques et démocratiques pour qu’éclose le génie libérateur du peuple algérien au service de l’édification d’un État de droit assis sur une économie sociale de marché qui consacre le mérite tout en protégeant les plus démunis.

Mais entre afficher des intentions et les réaliser, il y a du chemin à faire. Quel est, à ce propos, l’état d’esprit des membres de ce Panel ? 

Les membres du Panel sont conscients des limites de leur action, dans un contexte critique, voire cataclysmique, porteur de toutes les menaces sur les institutions, l’ordre et la stabilité, l’intégrité et la souveraineté nationales. La mission de médiation est d’autant plus difficile que nous assistons, depuis 2012, à une érosion des espaces de débats. Cela m’amène à évoquer les aspects problématiques de la situation que vit le pays. Le fait est que c’est dommage qu’on ait fait le vide sur ce terrain car la médiation fait partie du nouveau paradigme de la régulation sociale. L’étendue et la force de la médiation sociale est tributaire de l’état de la société civile. Les trois étapes du processus qui mènent à la formation de la société civile sont l’existence d’associations libres (la condition juridique), la formation d’un mouvement associatif (condition sociale) et l’émergence d’une société civile (condition politique). Or, force est de constater que le cadre juridique de la médiation sociale est inefficient. 

Au libéralisme confirmé par la loi de 1990 succède le tour de vis de 2012. Le nouveau cadre d’exercice de l’action associative est la loi n°12-06 du /12/01/2012 relative aux associations.
On s’attendait à ce que la levée de l’état d’urgence, se répercute avec force sur la nouvelle loi, il exprimera au contraire un tour de vis sur les associations. D’où tous les travers vécus depuis ce fâcheux tournant qui s’est matérialisé par la désignation qui prévaudra sur le suffrage, l’absence de contre-pouvoirs, le libre cours à l’arbitraire et autres dépassements et atteintes aux droits de l’homme, et le risque d’atomisation de la société sur des bases sectaires, ethniques, et autres.

Votre constat est très juste, mais la loi que vous citez n’a pas de prise sur les partis politiques, dont la mission est justement de faire la jonction entre la société et les gouvernants…


Justement, même cette médiation politique que vous évoquez et qui est assumée par les partis, les personnalités et autres autorités, est elle aussi déficiente. L’érosion de la médiation politique est illustrée par la prégnance du discours national-populiste et les appréhensions à l’endroit de l’institution partisane. Si les partis politiques sont le premier levier de la médiation politique qui vient à l’esprit, leur évolution récente atteste de leur érosion continue dans la production de la médiation. Un sondage de l’association Rassemblement actions jeunesse (RAJ), réalisé juste après les élections législatives du 4 mai 2017, entre le 25 mai et le 15 juin, sur un échantillon de 1462 jeunes âgés entre 18 et 35 ans, à travers 41 wilayas, révèle de façon inquiétante la désaffection de la jeunesse de la pratique de la politique.
Les résultats de ce sondage donnent une participation quasiment nulle des jeunes à la vie politique : seulement 1% parmi les sondés se déclarent adhérents à un parti politique et 3% à avoir déjà participé à une activité partisane.

Pour ce qui est des syndicats, les jeunes sont 0,2% à affirmer avoir adhéré à une organisation syndicale alors que s’agissant du mouvement associatif le taux des jeunes adhérents est estimé à 2,5%.Ceci quand bien même, les jeunes sondés auraient majoritairement une opinion plutôt positive sur les associations, avec un taux de 62% contre 12% à se faire une opinion négative, et les syndicats avec 39% d’opinions positives contre 26,3% des jeunes à penser négativement sur le travail syndical. Ce qui est loin d’être cas vis-à-vis du politique : ils sont plus de 43% à avoir une opinion négative sur les partis politiques alors que 30% des sondés n’ont pas souhaité rendre une réponse, manière, on ne peut mieux, de justifier leur désintérêt total de la vie politique du pays.

A travers le tableau que vous dépeignez, il reste une très faible marge à la médiation. Comment votre Panel peut-il colmater toutes ces brèches dans l’édifice social et politique du pays ?

L’absence de leviers est tempérée par le recours récurrent au dialogue dans la gestion des conflits internes. Ces conflits sont consécutifs à l’effondrement du système totalitaire, de parti unique et à la réparation des dommages générés par les vagues intégristes destructrices d’obédience principalement — et pas seulement – wahhabite.

A l’expérience, la parenthèse algérienne tient des deux cas de figure précédents : une violence accompagnant la transition d’un régime totalitaire, de parti unique, vers une économie sociale de marché, associée à l’avènement d’un terrorisme islamiste d’essence interne et externe.
Tout compte fait, nous sommes toujours dans «l’apprentissage démocratique» du vivre ensemble, requis pour une sortie définitive du totalitarisme quelle que soit son inspiration. Cet «apprentissage» aurait pu se faire «dans la peur» du lendemain (les islamistes accédant au pouvoir pour installer une dictature théocratique indécrottable). Ce risque a été jugé inacceptable. 

«L’apprentissage» s’est alors fait «dans la douleur» (l’approche sécuritaire ayant prévalu, sans toutefois élaguer complètement la caution judiciaire).
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Le Panel pour le dialogue et la médiation entame ce mercredi 7 août ses consultations avec les représentants des partis politiques, des associations, des syndicats et des citoyens en vue de réunir la conférence nationale qui doit élaborer les textes régissant l’instance de surveillance et de contrôle de l’élection présidentielle.

Propos recueillis par Said Boucetta (L’Expression)

https://www.lexpressiondz.com/nationale/il-y-a-menace-sur-les-institutions-319286

*Ammar Belhimer, l’actuel président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation en Algérie, est un juriste et géopoliticien de renommée internationale. Professeur de droit public à l’Université d’Alger et directeur de la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques, il est  également fondateur et directeur de plusieurs journaux, notamment La Nation, qui sera interdit par les autorités dans les années 1990. Il est un des animateurs du Mouvement des journalistes algériens, premier syndicat indépendant de la presse. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont :

  • Les voies de la paix : Rahma, Concorde et Réconciliation dans le monde » publié par les Éditions ANEP, (2018) ;
  • Les Dix Commandements de Wall Street, Éditions ANEP (2017) ;
  • Les printemps du désert, Éditions ANEP (2016) ;
  • Histoire de la pensée économique, Ed. Juris-com (2007) ;
  • La dette extérieure de l’Algérie : une analyse critique des politiques d’emprunts et d’ajustement, Éditions Casbah (1998).
  • http://www.afrique-asie.fr/ammar-belhimer-il-y-a-menace-sur-les-institutions-en-algerie/

Algérie : « tout change pour que rien ne change »

jeudi 1 août 2019

L’Afrique Réelle n°116 – Août 2019

Sommaire du n°116 (août 2019)

Actualité :
– Le brouillard libyen
– Les fragilités du Niger
– La malédiction éthiopienne

Dossier : Algérie 
– Le général Gaïd Salah, le drapeau amazigh et la « légitimité » du « Système »
– 1962 : La victoire des arabo-islamistes sur les berbéristes et les maquis, acte fondateur du « Système » algérien
– Le « Système » cherche un dérivatif à la contestation populaire en attaquant la France

Editorial de Bernard Lugan

Algérie : « tout change pour que rien ne change »

En Algérie la rue n’a donc pas eu raison du « Système ». Plus de quatre mois après le départ du président Bouteflika, en dehors de la démission d’un président moribond et d’un report des élections, les millions de manifestants algériens n’ont en effet rien obtenu. Pour le moment ?

De son côté, demeuré maître du temps, le « Système » peut, tout à sa guise, embrouiller la situation, diviser les contestataires, isoler les jusqu’au-boutistes et tenter toutes les provocations. Y compris celles qui pourraient conduire à un bain de sang afin de lui permettre d’apparaître comme le garant de l’ordre public.
Quant à la magistrature, qui, hier, prenait ses ordres à la Présidence, elle le fait maintenant à l’état-major de l’armée qui l’utilise pour emprisonner les « corrompus », nuage de fumée à l’abri duquel le « Système » tente de reprendre le total contrôle du pays.

Comment en est-on arrivé là ?

Mis au pouvoir par l’armée en 1999, le président Bouteflika a voulu se dégager de son encombrante tutelle. Il le fit de deux façons :

1) En privant peu à peu l’armée de son pouvoir économique par la création d’une caste d’oligarques civils bâtissant leurs fortunes en dehors des réseaux militaires.
2) En divisant le corps des officiers par l’exacerbation des haines entre ses clans. Pour mener cette politique, il s’appuya sur un officier général de médiocre stature, le général Ahmed Gaïd Salah, qu’il hissa au sommet de la hiérarchie, en en faisant le chef d’Etat-major et le vice-ministre de la Défense.
Cet homme lige mit en marche le processus de division de l’armée à partir de 2013 en opposant ses deux grandes composantes, à savoir le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dirigé par le général Mohamed Lamine Médiène dit « Toufik » depuis 1990, et l’état-major (EM) de l’Armée nationale populaire (ANP).

Mais, tirant les leçons de la vague de fond contestataire, et afin de se sauver, et le « Système » avec lui, le 2 avril 2019, et alors que, jusque-là, il lui avait publiquement clamé sa totale loyauté, le général Ahmed Gaïd Salah trahit le   président Bouteflika.

Un problème demeurait cependant car, totalement lié au régime Bouteflika, le général devait, d’une manière ou d’une autre, montrer qu’il n’était pas l’héritier du clan qui avait dilapidé et détourné les ressources de l’Etat.
Le cœur du « Système », à savoir l’Odjak des janissaires, autrement dit les deux ou trois dizaines des plus hauts responsables de l’armée, se refirent alors une « vertu » à bon compte en donnant au peuple les têtes d’affairistes particulièrement détestés, les « oligarques ». Une manœuvre qui, en même temps, masquait la reprise en main de la « vie économique » du pays par la caste militaire.

La rue n’est pas dupe. Mais comment pourrait-elle venir à bout d’un « Système » honni qui, ayant le dos au mur, n’hésitera devant aucun moyen pour se sauver ? Le cataclysme économique qui s’annonce changera-t-il le rapport des forces ?
Les semaines qui viennent nous le diront

.Publié par Administrateur à 21:44

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