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SécuritéLes États-Unis vont retirer près de 12 000 militaires d’Allemagne

SécuritéLes États-Unis vont retirer près de 12 000 militaires d’Allemagne

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Environ 6 400 soldats seront rapatriés aux États-Unis, tandis que les 5 600 autres seront repositionnés dans d’autres pays de l’Otan, a fait savoir le chef du Pentagone mercredi. “Nous ne voulons plus être les pigeons”, a expliqué Donald Trump, qui reproche à Berlin de ne pas contribuer assez au budget de l’Otan. 

“Les États-Unis vont retirer ou déplacer plus de troupes en Allemagne que ce qui était prévu”, titre sobrement Deutsche Welle : Washington va réduire de près de 12 000 le nombre de ses militaires dans le pays, a indiqué le ministre américain de la Défense, Mark Esper, lors d’une conférence de presse mercredi 29 juillet. Soit une réduction d’“environ un tiers” de la présence américaine, relève la radio allemande. Alors qu’“au début de ce mois”, rappelle l’article, “le Pentagone avait déclaré que le président Donald Trump avait approuvé un plan de retrait d’“environ 9 500 soldats américains d’Allemagne”.

Sur les quelque 34 500 militaires américains qui y sont actuellement déployés, environ 6 400 seront rapatriés aux États-Unis tandis que les 5 600 autres seront repositionnés dans d’autres pays de l’Otan, notamment la Belgique et l’Italie, a détaillé le chef du Pentagone. Washington envisage aussi de repositionner des forces en Pologne et dans les États baltes, si un accord est trouvé avec ces pays sur leur statut. Ce “réarrangement” de troupes “devrait être le plus important en Allemagne depuis la guerre froide”, décrypte la Deutsche Welle.

Pays “délinquant”

En annonçant, en juin, vouloir réduire les troupes américaines en Allemagne, Donald Trump avait “pris de court ses alliés à la fois à l’intérieur et à l’étranger”retrace de son côté l’édition Europe de Politico. Cette décision, que le président américain “avait liée à l’échec de Berlin à atteindre l’objectif non contraignant de l’Otan de dépenser 2 % de son PIB pour la défense”, avait alors été interprétée comme “une punition des dirigeants allemands” – le gouvernement allemand a déclaré qu’il s’attendait à y consacrer 1,37 % du PIB cette année, souligne la Deutsche Welle.

Mercredi, Mark Esper s’est efforcé de présenter ce projet comme nécessaire stratégiquement, expliquant que consolider les alliances américaines en Europe renforcerait la capacité de l’Otan à dissuader les agressions russes. Mais il a aussi réitéré les critiques précédemment formulées par l’occupant du Bureau ovale, déclarant que l’Allemagne, “pays riche”“peut et doit payer plus pour sa défense”.

Plus tard, face à des journalistes dans la matinée, Donald Trump a lui expliqué que les États-Unis ne veulent “plus être les pigeons” et a qualifié le pays de “délinquant” :

Ils [les soldats] sont là pour protéger l’Europe. Ils sont là pour protéger l’Allemagne, n’est-ce pas ? Et l’Allemagne est censée payer pour cela. L’Allemagne ne paye pas pour ça. Nous ne voulons plus être les pigeons. Donc nous réduisons la force parce qu’ils ne paient pas leurs factures. C’est très simple, ils sont délinquants.”

“Un cadeau au Kremlin”

Pour le général américain à la retraite Ben Hodges, interrogé par la Deutsche Welle, ce plan constitue “un cadeau au Kremlin”. Endommageant la relation des États-Unis avec l’Allemagne, il a été délivré sans réduction des agressions russes, déplore-t-il.

“L’ironie de la chose, c’est que le retrait de l’accord fera peser un fardeau plus lourd sur le budget de la défense américaine”, commente pour sa part Slate. “Des économies seraient réalisées si M. Trump dissolvait ces unités militaires.” Mais ce n’est pas l’option choisie, et “la construction ou l’extension de nouvelles structures et installations” dans les autres pays de l’Otan “coûtera” – des milliards de dollars, à en croire Mark Esper mercredi. “Une autre ironie révélatrice : l’Italie et la Belgique ne paient pas non plus pour la défense autant que Trump voudrait qu’elles le fassent”, pointe le site américain, pour qui “il s’agit simplement d’une vengeance contre Merkel”.

“Reste à voir si le Congrès approuvera les fonds nécessaires à une délocalisation aussi majeure”, écrit le Wall Street Journal. Le quotidien relate par ailleurs qu’un porte-parole de Joe Biden a fait savoir que le plan du Pentagone serait révisé si le candidat démocrate remportait la présidentielle américaine.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1981454/article/1981475

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

Le diable se cache dans les détails, a-t-on coutume de dire lorsque l’on parvient au stade de la conclusion d’une négociation internationale ardue, encore plus lorsque vient le temps de sa mise en œuvre. Nous en tenons un exemple concret avec l’accord au forceps1 sur un plan de relance massif de l’économie européenne malmenée par la pandémie2 auxquels sont parvenus les chefs d’État et de gouvernement, réunis en live à Bruxelles le 21 juillet 2020. Consensus obtenu à l’issue d’un marathon diplomatique éprouvant de quatre jours, le plus long de ces dernières décennies3. Consensus obtenu après des échanges de noms d’oiseaux entre « pays frugaux » et autres conduits par un Emmanuel Macron déchaîné (il aurait tapé du poing sur la table comme un enfant mal appris)4. Telle est la réalité dans ce qu’elle a de plus crue dans une Europe qui manque de plus en plus d’affectio societatis. Qu’en est-il du contenu même de l’accord à vingt-sept ?

Comme toujours, il y a loin de la coupe (les 500 milliards d’euros de subventions proposés par Berlin, Paris et la Commission européenne, relayé par le Conseil européen5) aux lèvres (les 390 milliards d’euros consentis par les « radins », dont 40 milliards d’euros pour la France6, au prix d’autres concessions). C’est ce que l’on appelle un compromis diplomatique. Reconnaissons que nous ne disposons pas encore du texte intégral de l’accord pour en apprécier tous les détails, surtout ceux qui ont leur importance. Nous en saurons plus dans les semaines à venir. Le battage médiatique auxquels se sont livrés les décideurs français relayés par nos perroquets à carte de presse avant cette rencontre n’a pas permis de répondre entièrement aux promesses de l’accord franco-allemand du 18 mai 2020. Les « États frugaux » ont tenu la dragée haute au couple Macron-Merkel qui ne fait plus la loi à Bruxelles. Même s’il a le mérite d’exister, le résultat n’est pas entièrement à la hauteur des attentes françaises. Ne s’agirait-il qu’un plan pour sauver la face ?7

UN INDÉCENT BATTAGE MÉDIATIQUE FRANÇAIS EX ANTE

Comme souvent, la diplomatie jupitérienne excelle dans une pratique significative de l’arrogance à la française, celle qui consiste à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Conséquence de la déception inhérente à cette approche, les responsables français sont conduits à perdre patience et son calme.

Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

Dans les semaines précédant le sommet des 17 et 18 juillet 2020 (durée théorique du sommet), nous avons été soumis à un tir de barrage des communicants de l’Élysée sur le caractère historique du sommet européen avant même que les Vingt-Sept ne se soient mis d’accord sur son contenu. Et cela alors même que des États comme la Pologne et la Hongrie ont rappelé qu’il ne pourrait être question de conditionner le versement de fonds européens au respect de l’État de droit (la fameuse « Europe des valeurs »). Et cela alors même que les « États frugaux » (Autriche, Danemark, Pays-Bas8, Suède auxquels est venue se joindre la Finlande) ont fait part de leurs fortes réserves à l’égard d’un mécanisme de solidarité qui bénéficierait notamment à l’Espagne et à l’Italie9, pays considérés comme des cigales indécrottables. Ce qui devait arriver arriva. Ces derniers n’entendaient pas se faire tordre le bras tant sur le montant de l’enveloppe allouée que sur sa répartition entre subventions et prêts et sur les garanties attendues des cigales10. Il était évident, dans ces conditions, que la bataille serait rude et que la proposition franco-allemande ne serait pas adoptée en l’état.

Perdre patience et son calme

C’est ce qui fut le cas : cinq jours de bataille des chiffonniers révélatrices d’une crise profonde de l’Union européenne. Des batailles de communiqués de presse peu utiles si ce n’est pour amplifier l’étendue du dissensus. « Un accord est possible et un accord est nécessaire » à Bruxelles entre Etats européens sur le plan de relance, après trois jours de négociations jusqu’ici sans issue, estime le 20 juillet 2020 le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire. « L’enjeu de la négociation qui se joue aujourd’hui à Bruxelles c’est la présence de l’Europe parmi les grandes puissances mondiales au 21ème siècle, ou non », a-t-il aussi mis en garde sur RMC-BFMTV. « C’est l’avenir de l’Europe au 21ème siècle qui se joue dans les heures qui viennent à Bruxelles », a insisté le ministre français, alors que le président Emmanuel Macron est sorti de ses gonds pour dénoncer dimanche la mauvaise volonté de certains de ses homologues. « Si nous ne sortons pas plus forts de cette crise économique en rassemblant nos forces, en ayant ces 500 milliards de subventions européennes qui vont permettre aux économies de redémarrer, nous prendrons un tel retard que nous ne le rattraperons jamais », a encore averti Bruno Le Maire. Cet ex-diplomate ne sait toujours pas qu’une négociation est un exercice de patience, de compréhension de la position de ses opposants, non un combat de cour d’école. Il ne faut jamais aller plus vite que la musique. Rien ne sert d’élever la voix. Le plus souvent, cela s’avère contreproductif et contribue à compliquer les choses et à figer les positions antagonistes. Le Conseil européen qui s’achève le démontre, s’il en était encore besoin. Autre sujet à l’ordre du jour, le budget européen à long terme de l’Union européenne (2021-2027), de plus de 1.000 milliards d’euros, dont la plupart des dépenses sont destinées aux agriculteurs et aux pays d’Europe de l’Est.

Après un marathon homérique, l’annonce de l’accord est tombée dans la matinée du 21 juillet 2020. Alléluia ! « Deal » tweetait aux premières heures du jour, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel suivi d’un « we did it », tout cela en français dans le texte. Bravo pour la pratique de la langue française en perdition face à l’anglais au sein de l’Union européenne ! Ce qui en dit long sur l’influence réelle de la France dans cette structure vénérée par nos fédéralistes indécrottables et aveugles.

UN REPLI DIPLOMATIQUE FRANCO-ALLEMAND EN ORDRE EX POST

Passons en revue les points d’accord, la mise en garde du parlement européen, les réactions du couple franco-allemand à la manœuvre dans ce marathon diplomatique avant d’en venir aux réserves qu’inspire cet accord en trompe-l’œil si l’on veut bien y regarder de plus près.

Les points d’accord

Quels sont les principaux points de consensus obtenus à l’issue du Conseil européen le 21 juillet 2020 ? Les « pays frugaux » ont obtenu une nouvelle répartition entre prêts et subventions dans l’enveloppe globale de 750 milliards d’euros pour le plan de relance qui viendra abonder le budget communautaire 2021-2027 de plus de 1000 milliards d’euros. La part des subventions est ramenée à 390 milliards d’euros. Ils ont engrangé une clause de conditionnalité. Les dirigeants de l’UE ont, pour la première fois, décidé de conditionner l’octroi de financements européens au respect des principes démocratiques dans l’accord. « C’est la première fois dans l’histoire de l’Europe que le budget est lié aux objectifs climatiques et au respect de l’Etat de droit pour l’octroi des financements », a affirmé Charles Michel. « La Commission européenne a proposé un instrument pour prendre des mesures à la majorité qualifiée en cas de violations de l’Etat de droit », a précisé sa présidente, Ursula von der Leyen. « Un engagement très clair a été pris pour protéger les intérêts financiers de l’Union européenne et contrôler plus strictement les fonds européens », a-t-elle ajouté. Or, on ne trouve aucune référence, si ce n’est une référence ambigüe11, de ce lien dans les conclusions du Conseil européen12. En un mot, accroissement des rabais (ils ont progressé de 43 à 56 milliards d’euros pour les sept années à venir), État de droit sur lequel les avis divergent, climat, de nombreuses concessions ont été consenties pour arracher un compromis à l’arraché des « pays frugaux » qui sont parvenus à faire bloc contre Berlin et Paris. Tout accord présente des contreparties ! Notons que pour bénéficier des subventions européennes, les États membres devront soumettre leur programme de relance à la majorité qualifiée des Vingt-Sept. Ce qui confère aux « pays frugaux un levier d’action non négligeable pour la suite, y compris pour la France. Ils ne manqueront pas d’en jouer, le moment venu. Ce dont ne parlent pas notre clergé médiatique qui répète la voix de son maître.

La mise en garde du Parlement européen

Nous sommes en présence d’un compromis a minima qui devra être approuvé par le parlement européen et par les parlements nationaux. Le président du Parlement européen, David Sassoli rappelle les priorités de son assemblée : la fin des rabais, le développement des ressources propres et le respect de l’État de droit. Dès le 23 juillet 2020, es eurodéputés ont adopté une résolution critique de l’accord européen sur le budget, à rebours des célébrations du début de semaine13. Ils contestent notamment les fortes coupes dans la santé ou la recherche. Même si le scénario est très improbable, les élus, qui sont co-décisionnaires sur les questions budgétaires, peuvent encore bloquer l’ensemble du « deal » à l’automne. Avec la résolution au ton musclé qu’il a adoptée, le Parlement européen envoie un signal clair : rien n’est encore fait pour obtenir son feu vert. En vérité, les élus ont abandonné l’idée de peser sur la structure du plan de relance de 750 milliards d’euros, et sa répartition entre prêts et subventions, qui a déjà fait l’objet d’une âpre bataille entre capitales. Mais ils veulent revoir l’architecture du budget européen sur les sept prochaines années, chiffré à 1 074 milliards d’euros, qu’ils « contestent » en l’état – un terme particulièrement raide, pour des résolutions d’ordinaire plus lisses. L’institution « ne cautionnera pas un fait accompli et est prêt à refuser de donner son approbation », lit-on dans la résolution. Dans la ligne de mire des élus : certaines des coupes décidées en début de semaine, dans les secteurs stratégiques comme la santé, la recherche ou l’éducation (Erasmus+), l’absence de garanties sur les « ressources propres » (des impôts qui permettent à l’Union européenne de se financer, indépendamment des contributions des États au budget de l’Union européenne) ou encore la mollesse de certains compromis, par exemple sur le respect de l’État de droit par les pays membres14. Nous sommes loin d’un accord « historique ».

Les réactions du couple franco-allemand

Quelles sont les réactions du couple franco-allemand ? La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont salué mardi une journée « historique » pour l’Union européenne lors d’une conférence de presse commune à Bruxelles. « C’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro », a estimé Emmanuel Macron. « Une étape majeure a été franchie ». « En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité », s’est-il félicité. Plus sobre, Angela Merkel s’est dite « très soulagée » qu’après des négociations difficiles, l’Europe ait montré qu’elle peut encore agir ensemble ». Il s’agit d’« un signal important qui va au-delà de l’Europe », « une réponse à la plus grande crise de l’Union européenne depuis sa création », a-t-elle affirmé. Le couple franco-allemand estime avoir sauvé l’essentiel, le principe d’un endettement commun, au prix de concessions importantes. À contre-courant, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen a qualifié le plan de relance de l’Union européenne de « pire accord pour la France de toute l’histoire de l’UE », le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon déplorant lui que le président Emmanuel Macron ait, selon lui, « tout cédé ». Toutes les critiques des deux extrêmes de l’échiquier politiques ne sont pas à ignorer. Parfois, elles sont pleines de bon sens, celui qui manque à notre élite énarchique. Sans parler de celles de Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) qui stigmatise : « L’Europe des petites cuisines et des grandes dépendances »

Les réserves à l’égard de cet accord

Quelles sont les réserves que l’on peut formuler sur la base de l’expérience de ces sommets sans parler de la pratique française15 ? Tout ceci est bel et bien beau dans l’absolu mais dans le relatif, la situation est plus contrastée. Rappelons que pour sauver l’enveloppe de subventions, il a aussi fallu accepter un budget communautaire contraint : réduction de la PAC16, du Fonds pour une transition juste et stabilisation de la cohésion. L’on a déshabillé Pierre pour habiller Paul. Tel est le constat d’une majorité de parlementaires européens ! Pense-t-on un seul instant que les « pays frugaux » se priveront de la possibilité de bloquer l’attribution de subventions aux pays cigales si les projets ne sont pas conformes aux critères qu’ils ont posés ? S’ils n’ont pas obtenu de droit de veto, ils ont engrangé un droit de regard des Vingt-Sept (à la majorité qualifiée) sur la manière dont les pays bénéficiaires des subventions les dépenseront. Pense-t-on un seul instant que l’on va contribuer à la relance des économies européennes par un accroissement de l’endettement et sans réforme structurelles des États comme l’Espagne17, l’Italie18 sans parler de la France ?19 Dépenser n’est pas relancer !20 Pense-t-on un seul instant que l’on va pouvoir poursuivre sur cette voie sans une harmonisation fiscale que l’on nous promet depuis des décennies ?21

Les fissures, les déchirures, qui se sont accentuées au cours de ce marathon diplomatique, ne s’effaceront pas d’un coup de baguette médiatique quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur TF1 à 20 heures le 21 juillet 2020 (il nous dresse un tableau idyllique de ses exploits diplomatiques tout en maquillant grossièrement la réalité objective)22. Elles demeureront quoi qu’en disent certains. La solidarité européenne n’est toujours pas un acquis communautaire en dépit de toutes les pétitions de principe en ce sens. Comme dans beaucoup de domaines, la pandémie a agi comme un révélateur des fragilités existantes. Elle ne les a pas réduites contrairement à ce que certains Candide voudraient nous faire croire23.

LA DÉFAITE EN CHANTANT24

Méfions-nous de l’inflation des qualificatifs (« sommet historique », « journée historique », « plan de relance historique »25, « changement historique pour notre Europe », « plan Marshall » …) qui agrémente les déclarations finales, venant des participants (reprise par les médias ou par quelques experts qui n’ont jamais participé à la moindre négociation26) souhaitant démontrer à leurs concitoyens sceptiques à l’égard du mantra d’une Europe qui les protège que tel est bien le cas (Cf. les déclarations du président du Conseil italien) !

Souvenons-nous de ce qui est advenu du discours historique sur la refondation de l’Europe d’Emmanuel Macron à l’automne 2017 à la Sorbonne !27 Ce n’est qu’à l’usage que nous pourrons mesurer la pertinence de tels jugements de valeur. Dans le cas d’espèce, il faudra attendre plusieurs mois pour mesurer l’impact des décisions adoptées à Bruxelles le 21 juillet 2020 et avant de parler de « revanche de l’Europe »28. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Surtout après la faillite européenne sur la gestion de la crise du coronavirus. C’est sur le temps long de la raison et non sur le temps court de l’émotion que se jugera objectivement la portée de cet accord. Emmanuel Macron, dont la côte de popularité n’est pas au beau fixe, avait bien besoin de ce succès à mettre à son crédit, lui qui procède à un remaniement de son équipe à l’Élysée (surtout la cellule communication) pour préparer l’échéance présidentielle de mai 202029.
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Replaçons cet accord dans son contexte plus global. Il se situe à la veille de la reprise des négociations sur le Brexit alors que les Britanniques sont toujours aussi inflexibles et que la Commission européenne semble moins flamboyante qu’elle ne l’était au départ. Le négociateur européen Michel Barnier juge le 23 juillet 2020 « peu probable » à ce stade que les Vingt-Sept et le Royaume-Uni parviennent à un accord commercial dans le cadre des négociations sur leur relation post-Brexit. Un sénateur italien, Gianluigi Paragone, ex-membre du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et ancien journaliste de télévision, a lancé le même jour « l’Italexit », parti souverainiste qui vise à sortir son pays de l’Union européenne sur le mode du Brexit britannique. « L’adhésion (au mouvement) ne fera que croître, au même rythme que les mensonges que l’Europe nous raconte », a-t-il déclaré. Ce accord du 21 juillet 2020 se situe juste après que la Grande Chambre de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) ait invalidé, dans un arrêt du 6 juillet 2020, la décision 2016/1250 de la Commission déclarant l’ « adéquation » de la protection des données assurée par l’accord Privacy Shield.30  Nouvel exemple de soumission face aux États-Unis31. Ce sommet européen, c’est bien l’été de tous les dangers

Guillaume Berlat
27 juillet 2020

1 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Négociations au forceps à Bruxelles, Le Monde, 21 juillet 2020, pp. 1-2-3.
2 Cécile Bouthelet/Thomas Wieder, Pourquoi Merkel s’est converti au plan de relance, Le Monde, 18 juillet 2020, pp. 1-2-3.
3 Camille Neveux, À Bruxelles, la relance dans la souffrance, JDD, 19 janvier 2020, p. 8.
4 Christophe Nobili, Marché conclu après quatre jours et quatre nuits de tumulte. Merkel à Macron : « Alors, euro ? ». Accord et à cri, Le Canard enchaîné, 22 juillet 2020, p. 1.
5 Virgnie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Plan de relance : un sommet de crise pour Charles Michel et l’UE, Le Monde, 17 juillet 2020, p. 4.
6 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Une percée pour aider les États affaiblis par le virus. L’Italie devra toucher 70 milliards d’euros, l’Espagne une soixantaine, et la France, 40 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
7 Martine Orange, Europe : un plan de relance pour sauver la facewww.mediapart.fr , 21 juillet 2020.
8 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Mark Rutte, l’homme du bras de fer avec l’UE, Le Monde, 18 janvier 2020, p. 2.
9 Cécile Bouthelet, L’Allemagne soucieuse d’aider les pays dont dépend son industrie, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 3.
10 Laurent Marchand, Démocraties européennes, Ouest-France, 17 juillet 2020, p. 1.
11 Guillaume Berlat, Diplomatie : du bon usage de l’ambiguïté…www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
12 Jean-Baptiste Chastand, Hongrie et Pologne crient victoire. Un compromis ambigu a été négocié sur le respect de l’État de droit, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
13 Virginie Malingre, UE : parcours d’obstacle pour le plan de relance, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 3.
14 Ludovic Lamant, Budget de l’UE : le Parlement européen menace de rejeter l’accordwww.mediapart.fr , 23 juillet 2020.
15 Emmanuel Lévy, La note qui dézingue le plan de relance français, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 19.
16 Laurence Girard, Le budget de la politique agricole commune, satisfait les agriculteurs, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 7.
17 Sandrine Morel (propos recueillis par), Pablo Iglesias : « Un renoncement historique de l’Europe à l’austérité », Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
18 Jérôme Gautheret, Retour triomphal à Rome de Giuseppe Conte, Le Monde, 24 juillet 2020, p. 5.
19 Patrick Arthus, L’expansion monétaire ne fait que commencer…, Le Monde, 19-20 juillet 2020, p. 27.
20 Nicolas Baverez, « Dépenser n’est pas relancer », www.lefigaro.fr , 19 juillet 2020.
21 Éditorial, La fiscalité européenne reste à harmoniser, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 28.
22 Claire Gatinois/Audrey Tonnelier, Emmanuel Macron vante son action européenne, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 6.
23 Jacques Myard, Accord de Bruxelles : une bombe à retardement !, http://www.comite-valmy.org/spip.php?article12035
24 Natacha Polony, La défaite en chantant, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 3.
25 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Europe : un plan de relance historique. L’Europe arrache un plan de 750 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, pp. 1-2.
26 Sylvain Kahn, L’Union européenne est maintenant un État, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 24.
27 Europe : le mensonge par omission du président-Cupidonhttps://www.les-crises.fr/europe-le-mensonge-par-omission-du-president-cupidon/ , 21 juillet 2020.
28 Éditorial, La revanche de l’Europe, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 26.
29 Olivier Faye, Le chef de l’État continue de remanier son équipe à l’Élysée, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
30 Roseline Letteron, Le Privacy Shield enterré par la CJUEwww.libertescheries.blogspot.com , 19 juillet 2020.
31 Sébastien Grob, Et à la fin c’est le dumping qui gagne, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 25.

https://prochetmoyen-orient.ch/sommet-europeen-laborieux-reduction-de-la-pac-et-de-la-defense/

Lecture d’été et faits d’hiver

Lecture d’été et faits d’hiver

22 Juillet 2020

Un fort aimable compte-rendu du livre de votre serviteur par la respectée revue Conflits est l’occasion de vous encourager, chers amis, à faire passer le mot autour de vous. Les vacances d’été sont généralement un temps privilégié de lecture et de réflexion ; en cette exaltante ère de changements tectoniques, c’est même plus nécessaire que jamais afin de savoir ce qui nous attend demain.

Monde post-Covid, élections cruciales aux Etats-Unis, bouleversements au Moyen-Orient, affrontement américano-chinois exacerbé, grandes manœuvres pétrolières, Union européenne en perdition, course à l’armement… l’année 2020 restera assurément dans les annales et beaucoup n’auront sans doute pas la chance de comprendre ce qui se passe vraiment. Je ne m’avance pas beaucoup en affirmant que ce sera leur rendre un grand service que de leur conseiller (ou offrir) Le Grand jeu.

Après cet amical conseil de lecture estivale, penchons-nous rapidement aujourd’hui sur quelques nouvelles glaciales pour le système impérial.PUBLICITÉ

  • Hiver transatlantique

Décidément, pour faire suite à notre dernier billet, le Nord Stream II continue de semer la discorde. C’est au tour du puissant Bundesverband der Deutschen Industrie, principale organisation de l’industrie allemande regroupant plus de 100 000 entreprises, de se lâcher en imprécations contre les sanctions américaines.

Le BDI, qui ne dit habituellement pas un mot plus haut que l’autre, est cette fois très remonté, qualifiant les menaces US de « contraires au droit international » et de « sérieuse tension pour les relations transatlantiques ». Un officiel du gouvernement allemand en rajoute une couche sur ces « Etats-Unis [qui] utilisent les sanctions sans vergogne », affirmant que les relations entre l’Europe et l’Amérique « ont touché le fond ». Diantre.

Pour l’instant, le Donald cristallise un peu facilement toutes les rancœurs européennes. Rappelons cependant que les Démocrates, pourtant bien plus amènes envers leurs vassaux qui le leur rendent bien, sont tout aussi fanatiquement « streamophobes ». Une victoire en novembre de Biden et sa poursuite, dans ce dossier, de la politique de Trump marqueraient une rupture colossale dans le lien transatlantique…

  • Congélation schisteuse

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, rien ne s’arrange pour l’or noir américain. Halliburton, connue pour avoir fait quelques profits après l’invasion de l’Irak par Bush & Co, veut se détacher progressivement du schiste, qui n’a de toute façon jamais été rentable et qui est maintenant considéré comme une cause perdue.

Endetté jusqu’au cou, le secteur voit se multiplier les faillites, la production n’en finit pas de chuter et l’activité s’effondre :

  • Hibernation du pétrodollar ?

On sait que la possible yuanisation du Seoud, c’est-à-dire la vente de l’or noir moyen-oriental en yuans chinois et non plus en dollars, est dans les tuyaux depuis quelques années. Le jour où Riyad et ses petite sœurs pétromonarchiques franchiront le Rubicon et saperont le pétrodollar, l’empire vacillera. On sait également que cette décision se révélera fort dangereuse pour le royaume wahhabite et ses voisins, tonton Sam ne pouvant accepter de voir disparaître l’un des piliers de sa puissance.

Or, une nouvelle très intéressante nous est parvenue. Les principaux géants chinois de l’or noir sont en discussion pour mettre sur pied un cartel afin de peser de tout leur poids sur le marché pétrolier. Cette centrale d’achat sera un véritable mastodonte, important 5 millions de barils par jour et constituant tout simplement le plus gros acheteur de la planète.

Pression sur les prix et sur les livraisons bien sûr, rien que de très logique et qui n’entre pas dans notre champ d’analyse géopolitique. Mais peut-être aussi, et c’est là que les choses deviennent sérieuses, sur la monnaie de transaction, c’est-à-dire le remplacement du dollar par le yuan. Certains salivent déjà devant ce tremblement de terre. Wait and see…Tag(s) : #Pétrole#Chine#Etats-Unis#Europe#Moyen-Orient

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/07/lecture-d-ete-et-faits-d-hiver.html

BON POUR L’EUROPE, DONC BON POUR L’ALLEMAGNE !

Proche&Moyen-Orient.ch

Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

BON POUR L’EUROPE, DONC BON POUR L’ALLEMAGNE !

« Ne plus dépendre des autres, ne plus se laisser intimider, et ré-entraîner l’Europe à partir sur une nouvelle base moins chimérique, plus volontaire »1Tel est l’objectif que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine propose aux autorités françaises pour préparer le monde d’après. Objectif réaliste et pragmatique à cent lieues des envolées lyriques du président de la République sur la construction européenne comme celle du discours refondateur de la Sorbonne du 27 septembre 2017 qui a fait pschitt2. Depuis cette date, les choses sont allées de mal en pis pour une Union européenne qui apparaît de plus en plus divisée, épuisée, impuissante à relever les immenses défis du monde du XXIe siècle. Que peut-on faire pour la remettre sur les rails ?

Une fois de plus, Hubert Védrine trace un chemin réaliste lorsqu’il écrit : « Je ne peux que redire ma conviction :’Europe doit sortir de l’impuissance et de la dépendance face aux puissances ; il faut qu’elle accepte de se métamorphoser en puissance. Ce n’est pas une question de traité, ni de procédure, ni d’intégration, mais de mental et de courage »3. Alors que l’Allemagne va prendre la présidence semestrielle tournante de l’Union européenne à compter du 1er juillet 2020, la chancelière allemande accorde un entretien spécial aux journaux du réseau Europa4. Cette prise de position, assez rare sous cette forme, donne l’occasion à Angela Merkel de préciser sa position alors que l’Europe traverse une crise existentielle sans précédent. Elle est marquée au sceau du pragmatisme – c’est une marque de fabrique pérenne – et de la solidarité – c’est une nouveauté dans la sphère financière – de la part d’une chancelière que la crise de la Covid-19 a plus renforcé sur la scène allemande que son homologue français dans l’hexagone. Il y a quelques mois encore, elle était donnée partante car peu crédible par nos Pic de la Mirandole des questions allemandes.

LE CONTEXTE EUROPÉEN : CRISE EXISTENTIELLE ET PRÉSIDENCE ALLEMANDE

La crise mondiale de la Covid-19 a laissé des traces dans les esprits tant par sa gravité que par les lacunes de l’Union européenne et le manque de solidarité de ses États membres. Pour répondre aux nombreux défis que soulève cet évènement, la présidence allemande de l’Union se veut solidaire entre Nord et Sud, Ouest et Est.

Une crise sanitaire qui a laissé des traces

Contrairement aux affirmations sur l’unité des pays européens la crise sanitaire que nous vivons a montré en vraie grandeur, pour ceux qui l’ignoraient, que tous les Etats pratiquent le chacun pour soi y compris dans l’achat des matériels et des produits5. Nous n’avons pas d’amis, nous n’avons que des alliés ou des ennemis disait Churchill. C’est le plus fort, le plus riche ou le plus agressif qui emporte la mise.  Ceux qui ont anticipé ont un avantage réel car ils ont pu se préparer et agir tandis que les autres essaient de réagir au jour le jour et la sanction économique et sociale est brutale. Comme le savent bien les militaires, la solidarité n’existe que dans les troupes entrainées qui partagent des valeurs et des objectifs. L’Europe s’est révélée incapable de répondre à la crise par des actions communes. L’OTAN non plus d’ailleurs. La fourmi nordique a géré au mieux quand la cigale méditerranéenne a sombré dans le chaos. En réalité chacun s’est débrouillé comme il a pu, en fonction de ses moyens, entre ceux qui ont considéré qu’il fallait laisser faire la nature quoi qu’il en coûte et ceux qui ont cherché à éviter la contamination par des mesures allant de l’identification des malades au confinement général. Au plan des entreprises la crise a fait découvrir pour beaucoup et confirmer pour certains les limites de la mondialisation, l’importance du patriotisme économique, et les conséquences du principe de précaution. L’économie libérale basée sur les échanges à l’échelle planétaire et la création de valeur pour l’actionnaire a montré ses limites. Les ruptures d’approvisionnement en amont ou en aval ont montré que la délocalisation pour raisons financières étaient dramatiques en cas de crise et qu’il fallait disposer de sources proches pour répondre aux imprévus. Tout en développant son niveau d’exportation, le président Trump, adepte de la doctrine de Monroe, y trouvera une raison de plus pour l’appliquer et privilégier son marché intérieur. Le président Xi Jinping fera de même pour continuer le recentrage économique de la Chine sur son propre territoire. Espérons que la France et ses industriels sauront en tirer les enseignements6. Les citoyens européens se sont tournés vers l’Etat et non vers l’Union européenne pour répondre à leurs demandes pressantes de sécurité sanitaire.

Une présidence allemande qui se veut solidaire

Ce n’est qu’un hasard – un hasard heureux, peut-être. Aujourd’hui, l’avenir de l’Union européenne est entre les mains de deux Allemandes. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté, le 27 mai 2020, sa proposition pour le prochain « cadre financier pluriannuel » (CFP) du budget de l’UE (2021-2027)7. Cette proposition sera bien différente de celle qu’elle avait avancée avant la crise du coronavirus et qui n’avait pas réussi à convaincre les chefs d’Etat et de gouvernement, qui doivent en décider. Angela Merkel, qui va assumer, à partir du 1er juillet, la présidence tournante des conseils des ministres, aura la charge d’orchestrer la prise de décision définitive avant la fin de l’année. Avec Charles Michel, le président du Conseil européen, elle tente de convaincre chacun de ses homologues d’ouvrir la voie pour sortir l’ensemble de l‘Union européenne de la crise et d’organiser une relance économique durable qui prenne en compte les défis écologiques, technologiques et sociaux devant lesquels se trouvent tous les Etats membres de l’Union. Emmanuel Marcon a-t-il trouvé, enfin, des réponses à ses initiatives européennes depuis presque trois ans ? « L’initiative franco-allemande pour la relance européenne face à la crise du coronavirus », rendue publique le 18 mai 2020, est bien plus ambitieuse que ce que semble indiquer le titre. Elle est le contraire de la proposition pour une « aide d’urgence », présentée le 23 mai par « les Quatre Économes », comme s’appelle un groupe d‘Etats membres composé de l‘Autriche, le Danemark, la Suède et les Pays Bas (appelés « les Quatre Radins » ou « Quatre Frugaux » par d’autres). L’initiative franco-allemande vise un effort commun bien au-delà de la crise actuelle, causée par la pandémie, qui a freiné, voire interrompu beaucoup d’activités économiques8.

Elle cherche à préparer une relance qui assure une modernisation profonde de nos économies et non pas seulement une compensation des pertes subies et un retour à l’état des affaires d’avant la crise. Ainsi, l’initiative franco-allemande ne vise pas seulement à venir à l’aide des pays membres qui ont le plus souffert de la crise. Elle a l’ambition d’améliorer le mode de fonctionnement de l’Union pour qu’elle puisse mieux faire face aux défis futurs ainsi qu‘aux exigences d’un système international en plein changement.

La crise actuelle du coronavirus ne met pas seulement en exergue les faiblesses de la construction européenne d’aujourd’hui ; elle amplifie la concurrence entre les grandes puissances, les États-Unis et la Chine, pour la place de première puissance mondiale et, par conséquent, elle renforce le besoin pour l’Europe de choisir la place qu’elle compte occuper au niveau global. La proposition franco-allemande se situe explicitement dans le cadre de la « conférence sur l’avenir de l’Europe » lancée pour mener un grand débat démocratique sur le projet européen, ses réformes et ses priorités. Le « fonds de relance » proposé n’en est qu’une partie, bien que fondamental.

En tête de la liste des propositions se trouve l’ambition pour l’Union européenne d’établir une « souveraineté sanitaire stratégique », la santé étant une matière qui ne fait pas partie des compétences de l‘Union.

Français et Allemands proposent donc d’établir une coordination des politiques européennes en la matière, ainsi que des capacités en commun, des règles et des normes pour faire face, ensemble, aux futures épidémies – et de réduire la dépendance de l’UE par rapport aux industries sanitaires extérieures9.

Après le tableau clinique et la réponse franco-allemande, comment transformer l’essai au plan des Vingt-Sept ? Tournons-nous vers les réponses qu’apporte la chancelière allemande à la veille de la présidence allemande !

LE CONTEXTE ALLEMAND : PRAGMATISME ET SOLIDARITÉ

Au cours de cet entretien, Angela Merkel aborde différentes thématiques avec le calme, la pondération et le réalisme qui la caractérisent. Une sorte de vaste panorama sur l’état de l’Europe et du monde. Nous allons les reprendre successivement pour nous permettre de nous faire une idée sur sa stratégie au moment où elle prend la présidence semestrielle de l’Union.

Une succession de crises depuis 2007

La chancelière allemande indique qu’elle aborde cette présidence avec sérénité tant elle a connu de crises depuis 2007, date à laquelle elle a assumé sa première présidence de l’Union : rejet du traité constitutionnel par le peuple français en 2007, crise financière de 2008, turbulences de l’euro, crise des réfugiés en 2015… L’Europe a démontré qu’elle n’était pas encore assez résistante aux crises.

Aujourd’hui, la crise de la Covid-19 nous place devant un défi inédit. C’est pourquoi, Angela Merkel invite les États membres à éviter de se poser trop de questions existentielles. Elle les encourage à travailler pour maintenir le marché unique européen10 et présenter un front uni sur la scène internationale. Elle mise sur le fait que, dans ces circonstances exceptionnelles, les États membres ont un intérêt marqué à se concentrer sur les points communs.

Surtout dans un temps où « l’heure du multilatéralisme a sonné ». Il nous appartient de lutter contre le protectionnisme. Si l’Europe veut être entendue, elle doit donner le bon exemple. Toutefois, la chancelière ne se fait guère d’illusion tant les négociations à venir (en particulier celles sur l’adoption du plan de relance franco-allemand) seront difficiles. Sans parler de la conclusion du Brexit, de la relation avec la Chine ou du lancement de la conférence sur l’avenir de l’Europe qui doit aboutir au premier semestre 2022, sous présidence française.11

Une proposition de fond de relance post-Covid

Nous nous trouvons au cœur de l’action de la présidence allemande du second semestre 202012. Elle en précise d’entrée de jeu l’objectif : apporter de l’aide, nous montrer solidaires dans la mesure où les Vingt-Sept sont touchés de manière différente (adoption d’une clé de répartition différente de celle du budget ordinaire). Mais elle rajoute aussitôt qu’il reste encore beaucoup d’effort à faire par les États eux-mêmes, signifiant ainsi que la générosité allemande ne saurait être sans limites. Elle résume parfaitement sa démarche : « la recette du succès est donc que nous fassions tous du bon travail dans nos pays respectifs, et que nous augmentions en même temps la convergence dans l’UE ».

Angela Merkel explicite les raisons des évolutions de la posture allemande (avoir quitté le groupe des « frugaux », Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède qui rejettent le principe de subventions proposé par la Commission européenne) à l’égard des pays les plus touchés par la pandémie : « la pandémie a entraîné un énorme fardeau pour l’Italie et l’Espagne, par exemple, tant sur le plan économique et médical que, en raison de nombreux décès, sur le plan émotionnel. Dans ces circonstances, l’Allemagne ne peut pas seulement penser à elle-même, mais doit aussi être prête à faire un geste de solidarité extraordinaire. C’est dans ce sens qu’Emmanuel Macron et moi-même avons fait notre proposition »13.

Mais, pour Angela Merkel, il est important de maintenir le programme dans le cadre des traités existants. Le fond de relance ne peut pas résoudre tous les problèmes de l’Europe. Ne pas l’avoir les aggraverait. « Les menaces contre la démocratie seraient alors plus grandes. Pour que l’Europe survive, son économie doit aussi survivre ». Il y a urgence à répondre à une situation exceptionnelle tout en étant prudent sur le plan institutionnel. C’est pourquoi, plus tard, viendra la question du changement ou non des traités actuels.

Une femme à la tête de l’Eurogroupe

Tout en rappelant qu’il ne lui appartenait pas de décider en lieu et place des ministres des Finances de la zone euro, Angela Merkel a souligné que la candidate espagnole, Nadia Calvino bénéficiait du soutien allemand en raison de ses qualités reconnues mais du souci de voir des postes politiques de premier plan au sein de l’Union à des femmes.

Une Europe confrontée à l’autoritarisme

Nous n’avons pas suffisamment compris le traumatisme que représentait encore la dictature pour les pays appartenant au Pacte de Varsovie qui avaient rejoint l’Union. Leur attachement à une certaine forme d’identité nationale en est le reflet. « Nombre de pays qui ont adhéré récemment à l’Union européenne partagent à la fois l’enthousiasme suscité par l’œuvre de paix de l’Union européenne et un certain scepticisme vis-à-vis de l’Europe. Il nous faut faire preuve de compréhension face à cela. Je vois ma mission dans le fait d’œuvrer en faveur d’une Europe indépendante, libérale et caractérisée par les droits individuels fondamentaux ». La chancelière est d’autant plus sensible à ce sujet qu’elle a vécu en ex-RDA14.

Une séparation avec le Royaume Uni

Angela Merkel manifeste le désir de voir conclu un accord de séparation entre Londres et Bruxelles. Mais cela suppose que les deux parties le veuillent. Avec son pragmatisme habituel, la chancelière souligne que « Ce ne sont pas nos souhaits qui comptent mais exclusivement la réalité, c’est-à-dire, tout d’abord, ce que veut le Royaume-Uni ».

Un « no deal » ne serait dans l’intérêt de personne. Elle poursuit en rappelant qu’il revient à Boris Johnson de définir la posture britannique et d’en assurer les conséquences, en particulier si les normes n’évoluent pas de façon parallèle.

Angela Merkel invite les partenaires à se défaire de l’idée que ce sont les Vingt-Sept qui définissent ce que le Royaume-Uni devrait vouloir.

Une relation à refonder avec la Chine

Dans la perspective du sommet Union européenne/Chine initialement prévu en septembre 2020 mais reporté en raison de la pandémie, il appartient aux Vingt-Sept de définir une position commune vis-à-vis de la Chine (« Ce n’est pas si facile », précise Angela Merkel).

Outre les sujets possibles de coopération sur lesquels existent des intérêts communs (protection du climat, politique de développement en Chine, accord sur la protection des investissements toujours bloqué), il existe de nombreux points de désaccords (intérêts et valeurs, état de droit, avenir de Hongkong. Face aux menées chinoises, les Vingt-Sept doivent tout faire pour mettre en œuvre leur « capacité de résistance » en étant solidaires. Faute de quoi, l’Union s’affaiblit.

La Chine est à la fois un partenaire de coopération économique et de lutte contre le changement climatique mais aussi un concurrent au système politique différent. « En tout cas, ne pas parler ensemble, ne saurait être une bonne idée » souligne la chancelière.

Une Amérique en retrait des affaires européennes

En réponse à une question sur l’annonce d’un retrait des troupes américaines du sol allemand, Angela Merkel rappelle la doctrine classique de son pays. « Nous croyons que l’OTAN a une grande valeur pour chacun de ses États membres. En Allemagne, nous savons que nous devons davantage pour la défense et nous avons atteint d’ailleurs des augmentations considérables, ce que nous allons poursuivre pour nos capacités militaires. Les troupes américaines servent aussi bien à la protection de l’Allemagne et de la partie européenne de l’OTAN que les intérêts des États-Unis d’Amérique ».

Manière indirecte de répondre aux critiques de Donald Trump. Elle poursuit ainsi « Regardez le monde, regardez la Chine ou l’Inde : il existe d’excellentes raisons de continuer à miser sur une communauté de défense transatlantique et sur le bouclier nucléaire commun. Mais il faut bien sûr que l’Europe apporte une contribution plus importante que pendant la guerre froide. Nous avons grandi avec la certitude que les États-Unis voulaient être la première puissance mondiale. Si les États-Unis, de leur propre chef, abandonnaient désormais ce rôle, il nous faudrait mener une réflexion de fond ».

On comprend que, sur la question de la défense européenne autonome, l’Allemagne ne partage pas la vision d’Emmanuel Macron.

Une Russie avec laquelle il faut dialoguer

En dépit du constat de l’utilisation des moyens de guerre hybride par Moscou (campagnes de désinformation, de déstabilisation, meurtre du Tiergarten à Berlin…), Angela Merkel estime qu’il y a « de bonnes raisons de toujours poursuivre un dialogue constructif avec la Russie. En Syrie ou en Libye, deux pays directement voisins de l’Europe, la Russie a une influence stratégique. C’est pourquoi, je reste attachée à la coopération ». On ne saurait être plus clair.

Il n’est pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir. Rien n’est vraiment acquis avant que tout ne soit acquis, disent les diplomates dans la dernière ligne droite d’une négociation. En un mot « tout » signifie un accord à Vingt-Sept, s’agissant du plan de relance post Covid-19. Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a encore beaucoup de travail diplomatique de persuasion des sceptiques à faire pour parvenir à cet objectif. Mais, Angela Merkel n’est jamais aussi brillante que lorsqu’elle est dans la tourmente15. Telle Lazare, elle renaît toujours de ses cendres plus déterminée et plus sereine que jamais. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle tire sa force et sa crédibilité sur la scène internationale du fait que sa politique, sa diplomatie sont imaginées et exécutées dans la durée et non dans le temps court médiatique et émotionnel. Elle sait garder, en toutes circonstances, ses qualités de lucidité, de pondération, d’équilibre et de bon sens, excluant le lyrisme arrogant à la française. Une belle leçon de Realpolitik pour Emmanuel Macron et sa joyeuse troupe de Pieds Nickelés.

Souvenons-nous de ce qu’écrit André Comte-Sponville : « Les Français adorent donner des leçons au monde entier sans en recevoir de personne ». Aujourd’hui, l’heure est au règlement des urgences et non aux propositions de mécanos institutionnels dont les Français sont si friands tant ils aiment galoper dans les nuages au lieu de revenir sur la terre ferme. L’important est de coopérer de manière pragmatique pour éviter les controverses stupides qui mènent toujours droit dans le mur.
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La Chancelière l’a bien compris, elle qui sait parfaitement défendre l’intérêt de l’Allemagne et celui de l’Union européenne. Angela Merkel résume parfaitement sa pensée à propos du plan de relance franco-allemand : « Ce faisant bien sûr, nous agissons aussi dans notre propre intérêt. Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que nous ayons un marché unique fort, que l’Union européenne devienne de plus en plus unie et qu’elle ne s’effondre pas. Ce qui était bon pour l’Europe était et demeure bon pour nous ».

Guillaume Berlat
6 juillet 2020

1 Hubert Védrine, Et après ?, Fayard, 2020, p. 133.
2 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlaswww.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
3 Hubert Védrine, précité, p. 129.
4 Thomas Wieder (propos recueillis par), Le plaidoyer proeuropéen d’Angela Merkel. Angela Merkel : « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’UE ne s’effondre pas », Le Monde, 28-29 juin 2020, pp. 1-2-3.
5 Scott Greer/Holly Jarman/Sarah Rosenblum, « L’Europe de la santé » que le président de la République appelle de ses vœux, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 28.
6 Ancien Directeur du renseignement à la DGSE de 2002 à 2003, Alain Juillet a ensuite occupé jusqu’en 2009 les fonctions de Haut responsable à l’intelligence économique, rattaché au Premier Ministre. Conseiller au Cabinet Orrick Rambaud Martel, il est également Président de l’Académie d’Intelligence Economique, mai 2020.
7 Pierre Avril/Anne Rovan, Von der Leyen l’ex-dauphine de la chancelière en voie d’émancipation, Le Figaro, 1er avril 2020, pp. 2-3.
8 Isabelle Lasserre, Le moteur franco-allemand a retrouvé sa puissance, Le Figaro, 1er juin 2020, p. 3
9 Detlef Puhl, Le plan « Merkron » peut-il sauver l’Union européenne ?, AFP/The Economist, 29 mai 2020.
10 Philippe Gélie, Charité bien ordonnée, Le Figaro, 1er juillet 2020, p. 1.
11 Anne Rovan, Relance, Brexit : les dossiers empoisonnés de la présidence allemande, Le Figaro,1et juillet 2020, p. 3.
12 Daniela Schwarzer, Les défis de la présidence allemande de l’Union européenne, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 28.
13 Thomas Wieder, Au château de Meseberg, le duo Merkel-Macron affiche sa proximité, Le Monde, 1er juillet 2020, p. 6.
14 Sylvie Kauffmann, L’Europe face au doute démocratique, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 30.
15 Pierre Avril, Dernier rendez-vous avec son destin européen pour Angela Merkel, Le Figaro, 1er juillet 2020, pp. 2-3

.https://prochetmoyen-orient.ch/bon-pour-leurope-donc-bon-pour-lallemagne/

Le National Interest démonte un mythe sur l’AK-47

Fusil d'assaut AK-47 (image d'illustration)

Le National Interest démonte un mythe sur l’AK-47

© CC BY 2.0 / brian.chINTERNATIONAL15:50 06.07.2020URL courte2214S’abonner

Contrairement à une idée largement répandue, le fusil d’assaut russe AK-47 n’est pas une arme «autonettoyante», selon la revue américaine National Interest.

La revue bimestrielle américaine National Interest a consacré un article aux mythes liés au fusil d’assaut le plus célèbre au monde, l’AK-47.

La revue signale que l’«avtomat» de Kalachnikov – le terme russe pour les fusils d’assaut à tir sélectif, dont les modes de tir automatique – est en effet une arme peu exigeante en termes d’entretien.

La notion d’arme à feu «autonettoyante» existe depuis des décennies, probablement parce que les soldats détestent tout simplement nettoyer leurs armes, même si celles qui ne sont pas nettoyées régulièrement sont très sujettes à des problèmes de fonctionnement.

«Le même mythe relatif à l’ »auto-nettoyage » concerne l’AK-47, et bien que cette arme puisse fonctionner dans des conditions difficiles, si elle n’est pas entretenue, elle deviendra rapidement aussi efficace qu’une matraque de bois et de métal», signale la revue.

L’AK-47 n’est pas une copie du StG44 allemand

Un fusil AK-47

© CC BY 2.0 / BRIAN.CH / AK-47 ASSAULT RIFLELes cinq armes soviétiques que le National Interest juge les plus meurtrièresUn autre mythe consiste en le fait que de nombreux historiens et experts affirment que la Kalachnikov est une copie du fusil allemand StG44.

Malgré des ressemblances apparentes, à l’intérieur il existe des différences notables dans le fonctionnement. Chaque arme possède des mécanismes de tir distincts, ainsi que des configurations montage/démontage différentes.

«Autrement dit, l’AK n’est en aucun cas une copie directe de l’arme allemande. C’est un mythe que de suggérer que l’AK-47 est simplement une version soviétique du StG44», déclare le National Interest.

La revue rappelle cependant qu’Hugo Schmeisser, qui a effectivement aidé à développer le StG44, a travaillé dans la ville russe d’Ijevsk après la Seconde Guerre mondiale. Il est largement entendu aujourd’hui qu’il a au moins joué un rôle non négligeable dans le développement de l’AK-47

.https://fr.sputniknews.com/international/202007061044063134-le-national-interest-demonte-un-mythe-sur-lak-47/

Libye : le chef de l’ONU dénonce une « interférence étrangère »

Libye : le chef de l’ONU dénonce une « interférence étrangère »

Antonio Guterres a exprimé son inquiétude sur le regroupement de forces militaires autour de la ville de Syrte, située à mi-chemin entre Tripoli à l’ouest et Benghazi à l’est.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 01h15, mis à jour à 07h40

Temps deLecture 2 min.

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Les forces du Gouvernement d’union libyen (GNA) en direction de Syrte, à Tripoli, le 6 juillet.
Les forces du Gouvernement d’union libyen (GNA) en direction de Syrte, à Tripoli, le 6 juillet. AYMAN AL-SAHILI / REUTERS

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé, mercredi 8 juillet, une « interférence étrangère ayant atteint des niveaux sans précédent » en Libye, avec « la livraison d’équipements sophistiqués et le nombre de mercenaires impliqués dans les combats ».

S’exprimant lors d’une visioconférence ministérielle du Conseil de sécurité, Antonio Guterres a notamment exprimé son inquiétude sur le regroupement de forces militaires autour de la ville de Syrte, située à mi-chemin entre Tripoli à l’ouest et Benghazi à l’est.Article réservé à nos abonnés Lire aussi 

 En Libye, le pari perdu de la France

Les forces du gouvernement d’accord national (GAN), basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, « avec un soutien externe significatif, continuent leur avance vers l’est et sont maintenant à 25 km à l’ouest de Syrte », a-t-il relevé. Dans le passé, les forces du GAN ont tenté à deux reprises de prendre la ville, a précisé le chef de l’ONU.

« Plus de mensonges »

Soutenu par la Turquie, le GAN est opposé aux forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, notamment appuyé par l’Egypte et les Emirats arabes unis.

« Nous sommes très préoccupés par la concentration militaire alarmante autour de la ville et le haut niveau d’interférence étrangère directe dans le conflit en violation de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU, les résolutions du Conseil de sécurité et les engagements pris par les Etats membres à Berlin » en janvier, a insisté Antonio Guterres. Il n’a désigné aucun pays en particulier.

Le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, a aussi dénoncé les violations de l’embargo sur les armes imposé pour la Libye en 2011. « Pendant que le monde entier ferme ses frontières, les navires, les avions et les camions avec des armes et des mercenaires continuent d’arriver dans les villes libyennes », s’est-il insurgé. Il a demandé à ce que cela cesse : « Plus d’avions, plus de chars, plus de camions ou navires chargés d’armes. Et plus de mensonges », a lancé Heiko Maas.

Son homologue du Niger, Kalla Ankourao, a aussi critiqué les ingérences étrangères, comme l’ont fait, lors de la session du Conseil de sécurité, plusieurs autres intervenants, dont la France qui a réaffirmé son impartialité dans le conflit. « La Libye n’a pas besoin d’armes supplémentaires, n’a pas besoin de mercenaires » mais « a besoin de réconciliation », a fait valoir Kalla Ankourao.Lire aussi 

 Libye : Paris, Rome et Berlin appellent à la fin de « toutes les ingérences » étrangères

Démilitariser Syrte et Al-Djoufra

La présence en Libye de mercenaires russes et syriens (affiliés au régime syrien pour ceux combattant avec les troupes de Haftar, et relevant de l’opposition pour ceux présents au côté des forces du GAN) a été souvent évoquée depuis le début de l’année.

Le secrétaire général de l’ONU a indiqué que les discussions menées par la mission onusienne en Libye avec des représentants militaires des deux parties portaient notamment sur « le départ des mercenaires étrangers », une « coopération antiterroriste », un « désarmement et une démobilisation », ainsi que sur « la possibilité d’un mécanisme de cessez-le-feu ». Il a aussi évoqué sans détails la possibilité de créer une « zone démilitarisée », dont le contrôle serait confié à la mission de l’ONU présente en Libye.

Heiko Maas a suggéré comme premier pas vers un cessez-le-feu de prévoir une démilitarisation « pour Syrte et Al-Djoufra »« Nous appelons les parties en Libye et vous tous [membres de l’ONU] à vous unifier derrière cette idée », a déclaré le ministre allemand.

Les dernières activités militaires au sud de Tripoli et dans la région de Tarhouna se sont traduites par la fuite de près de 30 000 personnes, portant le nombre de déplacés internes en Libye à plus de 400 000, a aussi déploré le chef de l’ONU.Libye, nouvelle Syrie ?

L’escalade des ingérences étrangères en Libye présente des similitudes avec la crise syrienne. « Le Monde » publie une série en six volets.

Le Monde avec AFP

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/07/09/libye-le-chef-de-l-onu-denonce-une-interference-etrangere_6045656_3212.html

L’Allemagne et le partage nucléaire. Appel à un débat franc et nécessaire sur la stratégie de défense et de sécurité

L’Allemagne et le partage nucléaire. Appel à un débat franc et nécessaire sur la stratégie de défense et de sécurité

Tribune5 juin 2020Par Rolf Mützenich, président du groupe parlementaire du SPD au Bundestag

Au moment où l’Allemagne vient d’acheter des F-18 américains pour embarquer les armes nucléaires de l’OTAN, il nous a semblé utile de publier ce point de vue du député SPD Rolf Mützenich sur la question du partage de la décision d’emploi des armes nucléaires américaines avec l’Allemagne. Une publication proposée en partenariat avec la Friedrich Ebert Stiftung.

« Dans une précédente interview, il m’a été donné de m’exprimer contre une participation prolongée de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire et contre le remplacement par de nouvelles ogives atomiques des armes nucléaires américaines actuellement stationnées à Büchel. Les critiques ne se sont pas fait attendre, mais cette prise de position a également reçu un certain nombre de soutiens. Il s’agit d’engager avec franchise et en toute transparence un débat sur le bien-fondé du partage nucléaire. Ce débat est d’autant plus nécessaire qu‘un nouveau système de support balistique est en passe d’être adopté et que les États-Unis réfléchissent désormais à l’idée de riposter rapidement, en cas de guerre, avec des armes nucléaires dotées d’une charge explosive réduite. Voilà qui devrait tomber sous le sens dans un régime démocratique, y compris dans l’intérêt de nos alliés et partenaires au sein de l’OTAN.

Le SPD continue de défendre un renforcement des relations transatlantiques et de plaider en faveur d’une participation politique de l’Allemagne à la planification de la stratégie nucléaire au sein du Groupe des plans nucléaires (NPG) de l’OTAN. L’Allemagne se concerte au sein de ce groupe avec 25 autres États membres de l’OTAN ne disposant pas de l’arme atomique, et qui, pour une partie d’entre eux, ont d’ores et déjà exclu le stationnement d’armes nucléaires sur leur territoire en période de paix. Toutefois, le SPD n’ignore pas que la Bundeswehr doit trouver un nouvel avion de combat pour succéder aux vétustes Tornados et ne réclame pas une dénucléarisation séance tenante de l’OTAN. Le SPD réclame surtout la mise en œuvre d’initiatives nouvelles et l’ouverture de discussions relatives au désarmement et au contrôle des armements, à la manière dont le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’en est fait l’écho avec force d’engagement au sein des Nations Unies et dans le cadre de « l’initiative de Stockholm ».

Il ne fait aucun doute que le désarmement et le contrôle des armements ne peuvent être menés à bien qu’à la condition de prendre en compte plusieurs problématiques contradictoires, au-delà du seul démantèlement de l’arsenal nucléaire stationné en Allemagne. Conscient des risques sécuritaires et de la déstabilisation internationale qui en découle, le SPD ne se berce pas d’illusions quant aux ambitions russes. Le SPD ne ferme pas davantage les yeux devant le réarmement russe et en particulier l’important arsenal nucléaire tactique qui met l’Europe à immédiate portée de tir. C’est également la raison pour laquelle le SPD s’engage depuis plusieurs années en faveur d’un accord de désarmement sur les armes nucléaires tactiques en Europe. Le SPD ne fait donc pas du stationnement des armes nucléaires en Allemagne la seule et unique problématique sécuritaire à laquelle nous nous voyons confrontés.

Cependant, je récuse avec la plus grande fermeté le reproche selon lequel le SPD défendrait un pacifisme « à l’allemande », nouvel avatar de l’éternel Sonderweg allemand. Ce terme renvoie d’ordinaire au funeste cours emprunté par l’histoire allemande, à l’origine des deux guerres mondiales. Des millions d’individus en Europe et à travers le monde, tout comme nous autres sociaux-démocrates durant notre longue histoire, ont souffert de ce Sonderweg. Ce reproche infondé n’a donc manifestement pas d’autre but que celui d’étouffer toute tentative de débat sur le désarmement.

Dans ce débat sur l’évolution future du partage nucléaire, il s’agira en clair de savoir si le stationnement d’un arsenal nucléaire tactique en Allemagne et en Europe (Pays-Bas, Italie, Belgique, Grande-Bretagne et Turquie) accroît effectivement la sécurité de l’Allemagne et de l’Europe ou si au contraire ces armes nucléaires en provenance des États-Unis ne seraient pas entre-temps devenues obsolètes.

Il nous faut donc mener en Allemagne, et en concertation avec nos partenaires européens au sein de l’OTAN, un vaste débat public sur le bien-fondé ou au contraire l’inutilité de la dissuasion nucléaire et interroger ce faisant la capacité de l’Union européenne à s’imposer sur la scène internationale en matière de défense et de sécurité. Dans ces conditions, qui reste finalement aveugle à la nouvelle donne géopolitique ? Ceux qui réclament un désarmement progressif et la fin de la contribution opérationnelle de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire ? Ou bien ceux qui persistent naïvement à croire que le simple fait de pouvoir procéder à un tir nucléaire en cas de guerre, sur autorisation du président américain, nous accorderait un semblant d’influence sur la stratégie nucléaire américaine ? À l’époque de la guerre froide, déjà, cet argument avait prouvé sa grande fragilité. Y souscrire encore aujourd’hui tient désormais du déni de réalité.

À en croire les partisans du partage nucléaire, l’Allemagne disposerait d’une influence indirecte sur la stratégie nucléaire américaine. Si tel était le cas, encore faudrait-il pouvoir prouver quand et comment cette influence a pu s’exercer par le passé. Depuis la présidence de Georges W. Bush, nous assistons à un redéploiement des armes nucléaires dans la stratégie militaire. De la rupture de l’accord sur le nucléaire iranien et jusqu’à l’abrogation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, INF) sous l’administration Trump, aucune trace de la prétendue influence allemande sur la stratégie nucléaire américaine ne semble pouvoir être identifiée. Il nous faut nous rendre à l’évidence : il n’y a pas d’influence, et encore moins de droit de regard, des puissances non nucléaires sur la stratégie nucléaire des puissances disposant de l’arme atomique, et encore moins sur leur décision d’avoir recours à une frappe nucléaire. Croire à une telle influence illusoire n’est rien d’autre qu’un vœu pieux rabâché.

L’incertitude sur les mobiles, les intentions et les possibilités d’action des puissances nucléaires constitue presque une condition sine qua non de l’esprit et de la philosophie même qui président à la dissuasion nucléaire, lesquels font notoirement l’objet d’une abondante littérature scientifique. La revendication portée par Helmut Schmidt d’un nouveau déploiement d’armes nucléaires sur le territoire allemand est traditionnellement évoquée pour donner un exemple de l’influence directe de la République fédérale d’Allemagne sur la stratégie nucléaire des États-Unis. Mais cette influence n’a pu s’exercer qu’à partir du moment où Washington s’est mis à partager l’analyse de la menace soviétique défendue par le chancelier allemand. Cette revendication a donné lieu, comme chacun sait, à la « double décision » de l’OTAN sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Le processus de négociations qui a mené à la « double décision » ne vaut pas uniquement pour les États-Unis, mais est en vigueur pour tous les États détenteurs de l’arme atomique, car c’est bien à Londres que sont prises les décisions portant sur l’arsenal nucléaire britannique, à Moscou celles portant sur l’arsenal nucléaire russe, à Pékin enfin celles portant sur l’arsenal chinois. En conséquence, il convient justement, aujourd’hui comme hier, de ne pas s’illusionner sur « l’offre » de la France d’associer l’Allemagne aux décisions nucléaires, voire d’européaniser sa « force de frappe[1]». Aucun président de la République française ne partagera jamais son autorité sur les codes nucléaires.

Au cours des dernières années, la dégradation de la situation internationale a laissé peu d’espoir à ceux en Europe qui souhaitent exercer un droit de regard sur l’utilisation des armes nucléaires stationnées en Europe, rendant ainsi déterminante l’exigence d’un retrait des bombes atomiques stationnées en Allemagne. En février 2018, l’administration Trump faisait passer en force une nouvelle stratégie nucléaire (Nuclear Posture Review, NPR) prévoyant de poursuivre le développement des mini-nukes[2] et défendant une utilisation rapide et flexible des armes nucléaires. Au cours des prochaines années, l’administration Trump entend en outre remplacer l’intégralité des systèmes balistiques américains, doter les ogives nucléaires d’une charge explosive réduite, augmenter la portée des missiles de croisière, étendre l’arsenal nucléaire aux systèmes stratégiques navals jusqu’ici non nucléaires – des mesures que les administrations Bush et Obama avaient pourtant retirées en signe d’ouverture à l’égard des autres puissances nucléaires. La concurrence géopolitique croissante entre puissances disposant de l’arme atomique, le développement de nouvelles armes, l’association de moyens de dissuasion à la fois conventionnels et nucléaires, sans oublier la constante modernisation et diversification des arsenaux nucléaires, mènent à une nouvelle course aux armements constituant une menace concrète pour l’Allemagne et l’Europe.

La question du partage nucléaire est lourde de symboles, puisqu’elle pose par procuration celle de la crédibilité du parapluie nucléaire américain. Pour parvenir à une évaluation politique de cette crédibilité, une seule interrogation s’impose : suffit-il, aujourd’hui et demain, de s’appuyer exclusivement sur le parapluie nucléaire américain et le dispositif du partage nucléaire tels qu’ils existent aujourd’hui ou bien n’avons-nous pas bien davantage besoin de nouveaux objectifs en matière de désarmement et de contrôle des armements, sans se soucier de savoir qui de Donald Trump ou de Joe Biden sera le prochain président des États-Unis ?

À une heure où le budget de l’État fédéral en Allemagne atteint un niveau record de déficit dans le contexte de crise sanitaire, à une heure où les contraintes budgétaires sont particulièrement fortes, à une heure où apparaît au grand jour l’urgence d’investir dans le système de santé, le développement du réseau internet, la protection de l’environnement, ou encore les infrastructures publiques, la moindre dépense publique étrangère à la lutte contre la pandémie du covid-19 doit pouvoir faire l’objet d’un examen scrupuleux.

C’est en ce sens que les financements à hauteur de plusieurs milliards d’euros alloués à l’acheminement et à l’entretien d’avions américains, dont le seul et unique objectif consiste à lancer des bombes nucléaires américaines, doivent reposer sur une solide justification, quand bien même l’acheminement et l’entretien de ces avions feraient partie intégrante de l’architecture de sécurité de l’OTAN et de la stratégie de dissuasion nucléaire. À supposer que la dissuasion fondée sur les armes nucléaires américaines demeure une garantie indispensable face aux nouvelles menaces, cette dissuasion est d’ores et déjà assurée grâce aux missiles intercontinentaux, à la flotte de bombardiers américains, sans oublier la flotte américaine de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, le stationnement de soldats américains et le maintien de capacités logistiques et de bases militaires en Europe ne servent pas seulement les intérêts européens, mais tout autant les intérêts américains.

Un retrait des armes nucléaires tactiques du territoire allemand ne mettrait ni fin à la garantie nucléaire américaine apportée à l’Allemagne, pas plus qu’il ne mettrait fin au droit de regard – quoique jusqu’ici purement formel – de l’Allemagne sur la stratégie nucléaire au sein de l’OTAN, puisque l’Allemagne conserverait ce droit de regard en qualité de membre du Groupe sur les plans nucléaires. Disons-le : si le lien en matière de sécurité et de défense entre l’Europe et les États-Unis ne devait tenir qu’au seul stationnement d’armes nucléaires tactiques américaines en Europe, il faudrait alors en conclure à un appauvrissement de la qualité et de l’avenir des relations transatlantiques, ainsi que de l’évolution future de la communauté de sécurité et de valeurs pourtant clamée haut et fort à longueur de discours.

Cependant, le mouvement pacifiste doit lui aussi reconnaître que le retrait des 20 armes nucléaires tactiques stationnées à Büchel ne sonne pas l’avènement de la paix mondiale et qu’en dépit de la victoire symbolique d’une Allemagne débarrassée d’armes nucléaires, la course au désarmement est encore loin d’être gagnée. Face aux milliers d’armes nucléaires tactiques stationnées en Russie, et notamment les missiles balistiques Iskander dont la portée viole les dispositions de l’INF, le désarmement et le contrôle des armements sont en effet plus que jamais une impérieuse nécessité. Nous avons besoin d’un nouveau traité de type INF ainsi que d’un démantèlement complet des armes nucléaires tactiques.

Même si les partisans d’un atlantisme forcené dressent le tableau caricatural d’un Sonderweg « à l’allemande » suscitant les inquiétudes des voisins européens de l’Allemagne, la question se pose de savoir ce qui inquiète le plus ces derniers : un débat ouvert sur une participation prolongée de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire, ou bien les ratiocinations des représentants chrétiens-démocrates et chrétiens-sociaux sur le développement d’une capacité nucléaire allemande. N’oublions pas : la CDU et la CSU avaient également réclamé le retrait des armes nucléaires stationnées en Allemagne, au sein du gouvernement de coalition avec le FDP (entre 2009 et 2013), sans que ne leur soient reproché d’emprunter un Sonderweg ni même de manquer aux engagements de l’Allemagne vis-à-vis de ses alliés.

La pandémie du covid-19 montre avec insistance que c’est bien en bâtissant un service de santé publique efficace, en luttant contre le changement climatique, en nous efforçant d’atteindre les Objectifs de développement durable établis par l’ONU, et non en modernisant ou en renouvelant les arsenaux nucléaires, que nous répondrons aux défis du futur. Une nouvelle course aux armements nucléaires n’aurait pas seulement le tort d’engloutir d’énormes quantités d’argent nécessaires à d’autres investissements ; elle réactiverait de nouvelles menaces assorties de conséquences potentiellement catastrophiques. »


[1] En français dans le texte.

[2] Terme anglais qui désigne une arme nucléaire tactique à faible charge explosive, dotée d’une ogive nucléaire miniaturisée.

https://www.iris-france.org/147607-lallemagne-et-le-partage-nucleaire-appel-a-un-debat-franc-et-necessaire-sur-la-strategie-de-defense-et-de-securite/

Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne

Doctrine nationale de Défense

Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne

 Nicolas Gros-VerheydeAllemagneArmes nucléairesDissuasion nucléaireSPD  2 min read

(B2) Deux poids lourds du parti social-démocrate (SPD) viennent, coup sur coup de se déclarer contre la présence d’armes nucléaires en Allemagne et leur emport par des avions allemands

La décision du gouvernemental fédéral d’opter pour le Boeing F-18 pour une raison principale, l’emport possible par des avions allemands de la bombe nucléaire américaine (lire : Eurofighter nouvelle génération et F-18 pour remplacer les Tornados allemands. Une nécessité nucléaire), a mis le feu aux poudres.

Pas de sécurité avec le nucléaire, au contraire

« Il est temps que l’Allemagne exclut la possibilité qu’ils [les armes nucléaires américaines] soient stationnés ici à l’avenir » a déclaré Rolf Mützenich dans la quotidien Tagesspiegel. « Les armes nucléaires sur le sol allemand ne renforcent pas notre sécurité, bien au contraire ».

Pas d’achat d’appareils prêts à emporter la bombe

Le coprésident du parti social-démocrate Norbert Walter-Borjans a enfoncé le clou dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, se disant contre « l’achat de chasseurs de remplacement pour transporter des bombes nucléaires. Ma position est claire : ils ne doivent pas être stationnés [en Allemagne], être mis à disposition et, bien sûr, utiliser des armes nucléaires. »

Effet Donald Trump

Pour les socio-démocrates, la présence de Donald Trump à la Maison blanche et la miniaturisation des bombes nucléaires font qu’il n’est plus exclu que ces armes puissent servir dans le futur de façon tactique.

Commentaire : effet électoral ou un sentiment plus profond ?

L’effet campagne…

On peut voir dans ces deux annonces simultanées, l’effet de la campagne électorale pour les élections de 2021. La présence des Verts devant le SPD, ou à égalité selon les sondages, soumet le vieux parti allemand à rude épreuve. S’il veut garder ses chances de faire partie d’un gouvernement de coalition après 2021, il doit durcir son discours. Mais il ne faut pas s’y tromper.

… ne doit pas faire oublier un sentiment profond

Il y a, encore plus que jamais, en Allemagne un sentiment pacifique aigü. Une bonne partie des sociaux-démocrates allemands sont depuis plusieurs années sur cette ligne, en adéquation avec ce qu’ils ressentent de leur électorat.

Pour ceux (comme B2) qui avaient suivi attentivement les débats sur le fonds européen de défense (1) au Parlement européen, en 2018 et 2019, ce sentiment est bien réel. Les plus farouches opposants à ce fonds, utilisant toutes sortes d’arguments — de l’argument d’efficacité économique à celui de l’éthique — venaient des bancs des socio-démocrates allemands (2).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Et son prédécesseur, le programme de développement industriel de la défense (EDIDP ou PEDID).
  2. Et plus généralement germaniques et nordiques.
  3. http://Doctrine nationale de Défense Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne 5 mai 2020 Nicolas Gros-Verheyde Allemagne, Armes nucléaires,.

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Coronavirus : Israël impose la quarantaine aux voyageurs revenant de France, Allemagne, Espagne, Suisse et Autriche (Netanyahu)

Coronavirus : Israël impose la quarantaine aux voyageurs revenant de France, Allemagne, Espagne, Suisse et Autriche (Netanyahu)

Publié le : 04/03/2020 – 15:56

https://www.france24.com/fr/urgent/20200304-coronavirus-isra%C3%ABl-impose-la-quarantaine-aux-voyageurs-revenant-de-france-allemagne-espagne-suisse-et-autriche-netanyahu?xtor=EPR-300-[Breaking]-20200304-[contenu]-1044053310412

Les ambitions allemandes au Proche-Orient élargi

Les ambitions allemandes au Proche-Orient élargi

par Thierry Meyssan

75 ans après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne entend redevenir une puissance sur la scène internationale. Elle a choisi de faire son retour au Proche-orient élargi. Mais il est difficile et dangereux pour elle de se hisser à ce niveau sans aucune expérience autre qu’historique.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 28 JANVIER 2020 عربيITALIANOROMÂNĂ

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Conformément au plan rédigé par Volker Perthes en 2013, l’Allemagne se prépare à remplacer les soldats US au Proche-Orient élargi. Elle piaffe d’impatience après avoir été privée durant 75 ans du rôle international qui lui revient. C’est pour elle une question d’honneur national.

Elle entend utiliser son armée pour établir la paix quelque part, elle qui dut supporter le poids des guerres perdues du nazisme.

Elle a d’abord espéré entrer victorieuse dans Damas aux côtés des braves « démocrates » d’Idleb. Làs ! ce ne sont que des jihadistes ! Puis, elle a espéré remplacer les GI’s au Nord de la Syrie lorsque le président Donald Trump annonça, pour la seconde fois, leur retrait. Malheureusement, cédant au Pentagone, il fit demi-tour. Elle s’est abstenue d’intervenir lors de l’opération turque contre le PKK/YPG compte tenu de sa forte population immigrée turque et kurde. Elle a alors imaginé couvrir ses agissements derrière un alibi humanitaire, déposant un projet de résolution au Conseil de sécurité et suscitant les vétos indignés de la Russie et de la Chine.

Aussi a-t-elle discrètement envoyé, en octobre 2019, des experts tâter le terrain auprès du président égyptien, Abd al-Fattah al-Sissi, et de l’émir du Qatar, cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani. En définitive, elle s’est fixée sur la Libye et a organisé, le 19 janvier 2020, la conférence de Berlin.

Là encore, ce fut un coup d’épée dans l’eau. Les deux principaux rivaux, Fayez el-Sarraj et Khalifa Haftar, ne s’adressèrent même pas la parole. Mais la chancelière Merkel reçut à cette occasion le soutien unanime de sa classe dirigeante pour « s’investir pour la paix ». Le communiqué final expose cette vision imaginaire d’un cessez-le-feu dont personne ne veut et d’une armée allemande qui le fait respecter.

C’est qu’il n’est pas facile de comprendre le Proche-Orient élargi après 75 ans d’absence, non seulement ici mais sur la scène internationale.

Peut-être l’Allemagne trouvera-t-elle une nouvelle occasion avec son allié militaire de toujours, la Turquie. Ce n’est pourtant pas gagné d’avance : l’Union européenne a un retard de paiement de 2,6 milliards d’euros sur le Pacte des migrations, a révélé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. Berlin et Ankara n’ont cessé de se disputer depuis la tentative de coup d’Etat de 2016 et le demi-million d’arrestation qui a suivi, dont 59 citoyens allemands toujours en détention. Et ils se battent à nouveau à propos de l’exploitation du gaz en Méditerranée.

Mais il y a aussi beaucoup de liens historiques entre les deux pays, pour le meilleur et pour le pire (Rudolf Höss participa au génocide des non-musulmans perpétré par les Jeunes Turcs, puis devint quelques années plus tard directeur du camp d’extermination d’Auschwitz, avant d’être condamné à mort par le Tribunal de Nuremberg). Des liens humains aussi puisque la plus importante communauté turque expatriée réside en Allemagne depuis la Guerre froide. La République fédérale a également accueilli des leaders des Frères musulmans depuis la tentative de coup d’Etat de Hama, en 1982 et leur a consacré un bureau spécial au ministère des Affaires étrangères, au début de la guerre contre la Syrie.

La chancelière Angela Merkel s’est donc rendue à Istanbul pour l’inauguration d’un nouveau campus de l’université germano-turque. Elle a à nouveau dit la volonté de son pays d’« aider » la région. Elle a par exemple proposé de construire 10 000 logements pour les personnes arrivant d’Idleb. Mais parlait-elle de civils ou de jihadistes ?Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

https://www.voltairenet.org/article207491.html