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11/17 Actualité internationale Synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017

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11/17 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017

Par Axelle DEGANS, le 1er décembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment co-auteure chez Ellipses de Les 50 cartes à connaître, Coll. Atout concours, Paris, 2016 ; Histoire, Géographie, Géopolitique. Concours d’entrée aux grandes écoles, Coll. Atout concours, Paris, 2015.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (plus de 10 000 followers)

Le sort des urnes

Au Kenya, Uhuru Kenyatta a été réélu en novembre 2017 avec plus des 98 % des suffrages exprimés, mais un taux de participation inférieur à 40% (contre près de 80 % cet été) car l’opposition a appelé à boycotter cette élection.

Les dernières élections législatives en Allemagne fédérale n’ont pas donné de majorité confortable à un parti. La CDU-CSU d’Angela Merkel est arrivée en tête mais ne parvient pas à tisser une alliance courant novembre 2017 avec les Libéraux et les Écologistes – « coalition Jamaïque ». De son côté, le SPD reconnait avoir perdu les élections. L’Allemagne, avec des excédents de compte-courant, une croissance économique réelle et un taux de chômage qui en fait rêver plus d’un en Europe semble dans une impasse politique. Un terrible camouflet pour la chancelière qui était prête pour un nouveau mandat. Ses électeurs ne lui ont pas pardonné l’accueil de plus d’un million de réfugiés et l’inexplicable, et inexcusable, silence au lendemain des milliers d’agressions de femmes lors du réveillon de la nouvelle année. Ces difficultés d’A. Merkel pèsent sur les perspectives d’une relance de la construction européenne par une coopération entre Paris et Berlin, espérée voici quelques semaines.

Les anniversaires

En Russie, Vladimir Poutine a fêté en novembre 2017 le centenaire de la révolution bolchévique. Un exercice assez délicat. V. I. Lénine est devenu davantage un repère historique qu’une figure tutélaire. L’actuel chef du Kremlin n’entend pas non plus célébrer une révolte populaire… D’autant que le poids économique de la Russie dans le monde en 1913 était supérieur, d’après Angus Maddisson, à celui de la Russie dans le monde d’aujourd’hui.

11/17 Actualité internationale
Les 95 thèses de Luther, à l’origine du protestantisme

L’Allemagne célèbre les 500 ans des 95 thèses de Luther qui sont à l’origine du protestantisme. La chancelière Angela Merkel fait, à cette occasion, le lien entre christianisme et goût du travail. Ce n’est pas sans rappeler la thèse défendue par Max Weber dans « L’Éthique du protestantisme et l’esprit du capitalisme » (1904-1905).

Un nouveau scandale d’évasion fiscale

Les « Paradise papers », révélés par des journalistes indépendants, font écho au « Panama papers » d’il y a dix-huit mois. Ils dénoncent un vaste système d’optimisation fiscale, pour ne pas dire de dissimulation fiscale. Ce scandale éclabousse des proches du président américain, du premier ministre canadien, de grandes fortunes, de grandes entreprises, des sportifs de renommée internationale. Au cœur du scandale – comme de la mondialisation financière – on retrouve les paradis fiscaux. Les personnes les plus fortunées et les firmes multinationales cherchent à ne pas payer d’impôt, laissant aux classes moyennes le soin de le faire. En outre, les divergences d’intérêts sont grandissantes entre les plus riches et les plus pauvres dans un monde où les inégalités progressent.

Les tergiversations européennes

Le scandale des « Paradise papers » relance une énième fois le débat sur la « liste noire » des paradis fiscaux. Il est bien difficile de trouver un accord entre tous les membres de l’Union concernant ceux qui doivent apparaitre sur cette liste – le consensus est de ne trouver aucun pays européen inscrit sur une « liste noire » – ou même s’il faut les sanctionner – le Luxembourg est contre toute autre sanction que celle de figurer sur la dite liste noire – et sur les éventuelles mesures à prendre … Luxembourg étant lui-même un territoire de dissimulation fiscale, comme l’Irlande et quelques autres pays de l’UE.

De même les tergiversations concernant l’utilisation du glyphosate (herbicide toxique) dans l’agriculture ne font que souligner les puissantes fractures au sein de l’Union européenne. Elles renvoient à une certaine forme d’impuissance des Etats face au lobbying d’une multinationale.

Les attentats…

En novembre 2017, aux Etats-Unis, un attentat à Manhattan (N-Y) a provoqué la mort de huit personnes.

Au Nigéria, un nouvel attentat attribué à Boko Haram, fait une cinquantaine de victimes.

L’Egypte est de nouveau endeuillée après un attentat perpétré dans la région du Sinaï à l’encontre de la communauté soufie. Plus de trois cent morts parmi les fidèles venus participer à la célébration du vendredi. Le Caire peine à contrôler cette région du pays aux mains des djihadistes, en particulier de l’EI.

Les soubresauts catalans

Carles Puigdemont s’est, à la surprise de son entourage, enfui, en Belgique courant novembre 2017. Il ne s’est donc pas rendu à la convocation de la justice espagnole mais ne peut prétendre à un quelconque asile politique. Il veut « internationaliser » la crise catalane, en mettant dans l’embarras son pays hôte, jouant sur les divisions internes à la Belgique, voire de l’UE. Huit responsables de la région catalane ont été placés en détention provisoire pour « rébellion et sédition ». Les indépendantistes catalans sont aujourd’hui divisés.

La COP 23 se réunit à Bonn

Cette réunion pour lutter contre le réchauffement climatique s’ouvre sous de bien piètres auspices. Les progrès réalisés depuis la COP 21 de Paris sont bien minces. En outre la promesse des 100 milliards de dollars alloués chaque année aux pays pauvres à partir de 2020 pour les aider à maitriser leurs émissions de gaz à effet de serre a été rappelée aux pays européens par les pays du Sud, inquiets. L’Allemagne n’est pas en position de réduire de 40 % ses rejets en gaz à effet de serre d’ici 2020, du fait de la relance du charbon pour pallier à la sortie du nucléaire. Une décision en partie liée à l’accident de la centrale japonaise de Fukushima (2011).

Un reflux de la vague migratoire ?

Les entrées sur le sol italien entre l’été 2016 et l’été 2017 ont baissé de 75%. A cela plusieurs raisons. La première est une plus grande efficacité du dispositif européen Sophia qui vise à intercepter les bateaux en mer. La deuxième est une plus forte rétention des flux sur les côtes libyennes, on peut peut-être y voir le résultat du déplacement en Lybie de plusieurs dirigeants européens. La troisième est une action au niveau du Sahel, comme au Niger, pour essayer de limiter les départs.

Si l’Italie n’a enregistré « que » 100 000 entrées sur son territoire depuis janvier 2016, elle a déjà accueilli plus de 600 000 migrants en provenance de la côte libyenne. Ceux-ci, comme ceux qui choisissent la route des Balkans sont, d’après l’UNHCR, pour quatre cinquième des migrants économiques qui ne proviennent pas de régions en guerre ou en crise majeure : Bangladesh, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Mali, Sénégal…. Ils ne sont donc pas des réfugiés politiques.

La France d’E. Macron s’est engagée à accueillir quelques 10 000 réfugiés, notamment à partir de bases tchadiennes et nigériennes. La politique migratoire doit être repensée notamment à l’aune de l’actuelle équation démographique entre une Europe vieillissante – et la France n’y échappe pas – et une Afrique dont la population devait doubler d’ici la fin du XXIe siècle. La révélation récente du scandale des marchés aux esclaves en Lybie, des meurtres et viols pratiqués par les passeurs invite aussi l’Union européenne à se positionner clairement sur le problème migratoire. Ne rien faire par démagogie reviendrait à alimenter les mouvements politiques anti-immigrés.

Donald Trump imprime sa marque en politique

Courant novembre 2017, le président américain vient de remplacer, à la tête de la banque centrale américaine (la Fed) Janet Yellen par Jérôme Powell. Très riche ancien banquier d’affaire, il est classé comme républicain modéré et connait très bien la Fed dont il est l’un des gouverneurs depuis 2012. S’il s’inscrit dans la continuité de Janet Yellen, dont D. Trump a tenu à vanter les mérites, il n’en reste pas moins rarissime de ne pas reconduire dans ses fonctions le président sortant de la Fed. Le président américain D. Trump tient ici à faire un acte d’autorité en politique intérieure, alors que jusqu’à présent il est en difficulté sur de nombreux dossiers (réforme de l’Obama care ou manque de soutien dans les rangs républicains par exemple). La nomination de « Jay » Powell doit encore être entérinée par le Sénat.

Donald Trump entame en novembre 2017 une première tournée en Asie sur fond de fortes tensions avec la Corée du Nord. Il se rend au Japon, puis en Corée du Sud, en Chine au Vietnam et aux Philippines. Il s’agit pour lui d’affirmer une nouvelle fermeté diplomatique face à Pyongyang, mais aussi face à la Chine de Xi Jinping. Il resserre les liens avec les Philippines de Duterte.

Les inquiétudes

En novembre 2017, le Venezuela est au bord du défaut de paiement, comme l’avait été avant lui l’Argentine en 2001. L’Union européenne décide d’une sanction mesurée contre Caracas : un embargo sur les armes, sans geler les avoirs de personnalités vénézuéliennes. Il s’agit pour Bruxelles d’amener le président Nicolas Maduro à négocier avec l’opposition. Moscou a signifié sa solidarité avec Caracas en procédant à une restructuration de sa dette pour un montant de 3 milliards de dollars ce qui soulage le Venezuela, sans régler les problèmes de fonds.

Au Zimbabwe, le vice-président Emmerson Mnangagwa (74 ans) a préféré quitter le pays après avoir été évincé par son vieux compagnon de route, le président Robert Mugabe (93 ans) probablement conseillé par son épouse Grace à qui on prête de nouvelles ambitions politiques. Un putsch de l’armée, dont le vice-président est proche, écarte en novembre 2017 Robert Mugabe du pouvoir qu’il détenait depuis 37 ans. Son parti, la ZANU-PF confirme son éviction, alors que la population manifeste son ras-le-bol du système Mugabe. Il est remarquable que cette transition politique – non démocratique – se fasse sans effusion de sang, mais le retour de E. Mnangagwa – le « crocodile » – ne doit pas faire illusion. Il a représenté l’aile dure de son parti pendant des décennies, associé au pouvoir – inamovible ministre – et a contribué au naufrage économique de son pays. Un pays qui était le grenier de l‘Afrique australe, dont le sous-sol regorge de richesses (or, platine, diamants, nickel…) et qui a été mis en coupe-réglée par le pouvoir.

L’Argentine reste sans nouvelle depuis la mi-novembre 2017 d’un de ses sous—marins, le Ara San Juan, avec 44 marins. L’inquiétude est forte en raison de l’épuisement des réserves en oxygène. Fin novembre, leur disparition est entérinée.

Au Proche-Orient, l’étau se resserre autour de l’EI. Après avoir perdu Mossoul en Irak et sa capitale autoproclamée, Raqqa, l’armée syrienne, aidée par l’allié russe, vient de reprendre en novembre 2017 Deir ez-Zor. Il s’agit d’une victoire très importante pour le régime de Damas qui a toujours tenu certains quartiers de cette ville qui est une des portes d’accès à l’Irak voisin. Un axe vital pour l’EI vient donc d’être perdu pour lui. Cela annonce la fin du califat, mais certainement pas du djihadisme.


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Les enjeux de pouvoir au Moyen-Orient

Le nouveau prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, fils du roi Salman, procéde en novembre 2017 à une opération « mains propres » qui s’est traduite par l’arrestation de 38 anciens ministres et hommes d’affaires ainsi que onze princes et quatre ministres. Cette opération anticorruption, qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe dans la Chine de Xi Jinping, est aussi une « révolution de palais » qui permet au nouvel homme fort de Riyad – dont on dit que le père est malade – de mettre à l’écart de potentiels rivaux comme le richissime Walid Ben Talal (cinquième fortune mondiale) ou le prince Miteb. Cette purge est d’abord un moyen politique pour le prince héritier d’imprimer sa marque sur un royaume miné par une corruption endémique et handicapé par un cours du pétrole assez bas. Il a déjà entrepris une forme de diversification économique car son pays reste très dépendant de la rente de l’or noir.

Le premier ministre libanais sunnite, Saad Hariri – fils de Rafic Hariri assassiné en 2005 – annonce en novembre 2017 sa démission, depuis l’Arabie saoudite. La surprise est totale aussi bien parmi les siens qu’au niveau de la présidence libanaise car Michel Aoun n’a pas été prévenu. Autre source d’étonnement, Saad Hariri a fait part de sa démission alors qu’il se trouve à Riyad. Il faut savoir que S. Hariri est à la tète d’un gouvernement constitué après une longue crise institutionnelle, gouvernement qui comprend le Hezbollah chiite proche de l’Iran. Cette démission s’inscrit dans un nouveau bras de fer qui oppose l’Arabie saoudite et l’Iran pour le leadership régional, on peut comprendre cette démission comme une exigence de l’allié saoudien qui veut affaiblir le Hezbollah libanais, ce qui va dans le sens attendu par Tel Aviv.

Saad Hariri a été accueilli à Paris fin novembre 2017, après une visite du président français à Riyad. Une sortie de crise honorable pour tous. Il est retourné au Liban pour la fête nationale auprès du résident Aoun qui n’avait pas entériné sa démission.



Bonnes nouvelles

Le Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), qui juge les crimes perpétrés lors de la guerre civile en Yougoslavie, condamne en novembre 2017 Ratko Mladic à la prison à vie. Celui qui est surnommé le « boucher des Balkans » est reconnu coupable des massacres de Sarajevo et Srebrenica en Bosnie qui ont fait chacun plusieurs milliers de victimes.

En novembre 2017, la croissance économique se consolide en Union européenne. Elle devait s’établir autour de 2,4% pour la zone euro et de 1,8% pour l’année 2017 en France, les économistes sont assez optimistes pour 2018. La croissance économique européenne est plus élevée qu’aux États-Unis, une première depuis longtemps. Elle est tirée par la consommation des ménages.

Une ancienne start up française, YellowKorner, s’exporte à l’international avec à peine 10 ans d’existence. Désormais présente sur les cinq continents, elle emploie près de 250 salariés, elle vend les œuvres de 300 photographes. Les fondateurs Alexandre de Metz et Paul-Antoine Briat ont choisi de proposer des photographies d’art à des prix très raisonnables. Ils ont été aidés dans le projet par des business angels comme Pierre Kosciusko-Morizet.

Le textile redémarre dans les Hauts de France, qui en a été un berceau lors de la première révolution industrielle, avec Fibres techniques et origine France. Cette renaissance se fait grâce aux textiles dits « intelligents », les textiles techniques utilisés dans l’habillement mais aussi dans d’autres secteurs comme la santé. Un nouveau label vient d’être créé en novembre 2017, « Nord terre textile ». Des emplois se recréent progressivement dans une branche réputée, il y a peu, pour être sans avenir ; un gage d’espoir donc.

Airbus signe un contrat record lors du salon de Dubaï de novembre 2017. Indigo Partners, fonds d’investissement américain, a commandé 430 moyen-courriers de type A320, et 90 autres appareils de même classe par CDB Aviation Lease Finance ( une commande de plus de 4 milliards d’euros).

Les découvertes archéologiques se multiplient en Égypte. Une nouvelle cavité vient d’être découverte au cœur de la grande pyramide de Gizeh. Le Caire espère que cette actualité archéologique, qui alimente le versant mystérieux de l’Égypte, aidera à relancer le tourisme, secteur essentiel pour l’économie du pays.

Copyright Décembre 2017-Degans/Diploweb.com

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Les avions américains planent sur l’Europe

Les avions américains planent sur l’Europe



Publié par Grégoire Athanase le 15 Novembre 2017


Début novembre, Marillyn Hudson, la présidente de Lockheed Martin, déclarait à Reuters que la compagnie américaine était sur le point de vendre à l’Allemagne ses controversés F-35. Pourtant en Juillet 2017 Berlin et Paris affirmaient leur volonté de développer un système de combat aérien européen. L’Allemagne s’est-elle laissé séduire par les Etats-Unis ?



Les avions américains planent sur l'Europe

Le 8 novembre 2017, un officier de l’aviation allemande déclarait que le F-35 américain est leur « choix préféré » pour remplacer leurs Panavia Tornado. Moins de six mois plus tôt, Angela Merkel rencontrait à Paris Emmanuel Macron et tenait avec lui un conseil franco-allemand de défense et de sécurité. A cette occasion les deux chefs d’État avaient pourtant convenu de développer un système de combat aérien européen. Le Président français déclarait même lors de la conférence de presse : « Notre souhait, c’est en effet de pouvoir avoir une nouvelle génération d’avions de combat communs. » Mais depuis, c’est le F-35 qui semble retenir les faveurs de l’armée de l’air allemande.

Le F-35 a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis le lancement de son programme en 1996. Donald Trump avait même critiqué ce programme dans un tweet de Décembre 2016 en disant que son coût était « hors de contrôle. » En dépit d’années de retard et de milliards de dollars de dépassement de budget, le F-35 a déjà séduit onze pays, dont cinq européens. Le général André Lanata, chef d’état-major de l’armée de l’Air française s’en inquiétait, prophétique, devant l’Assemblée nationale le 19 juillet 2017, déclarant : « Le F-35 va constituer rapidement un standard de référence dans les armées de l’air mondiales, pas uniquement aux États-Unis mais aussi chez nos principaux partenaires. Que l’on soit surclassé par les États-Unis n’est pas surprenant, que l’on commence à l’être par des partenaires équivalents est une autre affaire. » Le revirement de l’Allemagne semble lui donner raison.

Coup dur pour l’industrie européenne ? Pas vraiment, affirme le lieutenant-général Karl Muellner, commandant en chef des forces aériennes allemandes. En effet le programme de développement franco-allemand est « un projet à beaucoup plus long terme qui vise à remplacer l’Eurofighter à partir de 2045 » a-t-il précisé , tandis que les F-35 américains remplaceraient les Tornado de la Luftwaffe d’ici 2025. Les deux questions seraient donc disjointes officiellement.

Quoi qu’il en soit, d’autres facteurs, notamment économiques, sont certainement en jeux alors que les États-Unis ont le déficit commercial le plus important du monde. Ce contrat que serait sur le point d’emporter Lockheed Martin entre certainement dans une volonté des États-Unis de rééquilibrer la balance commerciale avec l’Allemagne, pays qui arrive à la troisième place de ceux avec lesquels les Etats-Unis ont le déficit commercial le plus déficitaire (après la Chine et le Japon). Dans un autre de ces fameux tweet le président américain fustigeait en effet l’Allemagne déclarant « Nous avons un énorme déficit commercial avec l’Allemagne […] cela va changer. »

On peut toutefois partager l’inquiétude du général Lanata de voir les principaux partenaires européens de la France préférer se doter d’avions américains alors que le projet franco-allemand n’a pas encore été officiellement lancé. Peut-être faut-il aussi voir derrière cette « capitulation » allemande une stratégie de riposte face au volontarisme renouvelé de la France sur la question d’une Europe de la Défense. Compte tenu du retrait programmé de la Grande-Bretagne de la scène européenne, la France est en effet en bonne position pour prendre le leadership de la défense européenne. Il est tout à fait possible que l’Allemagne, locomotive économique de l’Europe, ait voulu se rappeler au bon souvenir de la France sur cette question, en fragilisant d’emblée un projet qui laisse trop peu de place à l’Allemagne à son goût.


Maladroitement, l’Allemagne admet soutenir un changement de régime en Pologne

Une prise de bec diplomatique a enflé entre Berlin et Varsovie après que le ministre allemand de la Défense a déclaré que son pays devait soutenir la “résistance démocratique de la jeune génération” en Pologne.

Cette remarque scandaleuse du plus haut responsable militaire allemand a immédiatement suscité une réprimande ferme de la part du gouvernement polonais, qui a interprété à juste titre sa déclaration comme une menace implicite pour aider les révolutionnaires de couleur liés aux fondations Open Society dans leur quête d’un changement de régime dans ce pays d’Europe centrale.

Pour résumer, le parti conservateur Droit & Justice s’efforce de débarrasser la bureaucratie permanente de la Pologne, autrement dit son “État profond” des restes de ses prédécesseurs libéraux de la Plateforme civique, qu’ils avaient entassés à la va-vite dans les instances dirigeantes, dans une dernière tentative pour faire dérailler le programme législatif de leurs adversaires dans la perspective des prochaines élections. C’est très similaire à ce que les Démocrates font contre Trump, mais c’est justement pour cela que le PiS, qui est l’abréviation polonaise du parti Droit & Justice, est très populaire. Il a obtenu relativement plus de succès que son homologue chez son allié américain. Cela a justifié, en réponse, une augmentation proportionnelle du soutien étranger au mouvement de révolution colorée.

L’Allemagne déteste le PiS parce que l’idéologie « euro-réaliste » du leader du parti, Jaroslaw Kaczynski, contraste totalement avec le « libéralisme européen » de Merkel, de la crise des migrants à la future organisation de l’UE. Le PiS est même poursuivi par Bruxelles pour son refus d’accepter la délocalisation forcée d’un seul migrant musulman, et son ambitieuse Three Seas Initiative qui vise à consolider un nouveau bloc de pouvoir en Europe centrale et orientale afin de s’opposer aux initiatives de centralisation de l’après-Brexit dans l’UE, en faveur d’une approche plus neutre et réformée respectant la souveraineté nationale des membres du bloc. On soupçonne depuis longtemps Berlin de soutenir le mouvement antigouvernemental en Pologne, et les médias du pays en parlent depuis près de deux ans déjà, mais la déclaration désobligeante du ministre allemand de la Défense à la télévision semble confirmer clairement que c’est effectivement le cas.

Cette joute diplomatique va probablement bientôt disparaître, mais les dommages qu’elle a causés aux relations bilatérales ne disparaîtront probablement pas tant que le PiS continuera à gouverner la Pologne, ce qui pourrait être le cas dans un avenir prévisible vu comment il a obtenu en 2015 la plus grand victoire électorale de l’ère post-communiste. Varsovie est plus motivée que jamais pour continuer à renforcer ses relations avec ses partenaires des “Trois Mers”, en particulier la Hongrie, mais peut-être même l’Autriche sous la direction de Sebastian Kurz. En outre, le PiS a vu son analyse validée aux yeux du peuple polonais pour avoir apparemment toujours eu raison sur l’ingérence allemande dans les affaires politiques intérieures de son pays. Cela va permettre à ses partisans de s’enhardir et pourrait même convaincre certains de ses détracteurs les moins radicaux de reconsidérer leur position.

Cet épisode controversé est également très curieux car il est arrivé juste au moment ou la Pologne mettait fin à sa ligne de crédit flexible avec le FMI. Reuters a lancé une attaque dans les médias contre le pays en suggérant de manière provocante que le boom de l’emploi en Pologne alimentait l’inflation, ce qui est une menace voilée du ministre de la Défense, calibrée comme un “coup de sifflet”, pour coïncider avec une nouvelle offensive de changement de régime asymétrique contre Varsovie.

Andrew Korybko

Article original en anglais :

Germany Clumsily Admits to Supporting Regime Change in Poland

Oriental Review, le 11 novembre 2017

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone :  La dernière phrase peut probablement être développée comme une menace pour délocaliser les usines allemandes actuellement en Pologne vers d’autres pays plus souples. Mais la Pologne étant l’allié le plus russophobe des USA au sein de l’OTAN, pas touche Frau Merkel.

Le “Brexit allemand”, ou la dissolution accélérée

Le “Brexit allemand”, ou la dissolution accélérée

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Le “Brexit allemand”, ou la dissolution accélérée

L’origine du proverbe “le poisson pourrit par la tête” se perd, selon certains commentateurs, dans la nuit des temps. Le président Mao en fit si grand usage qu’on affirma qu’il était chinois (le proverbe). L’antique sagesse grecque réclame le droit de l’antériorité, avec son proverbe « Dans le poisson, c’est d’abord la tête qui se gâte ». Quoi qu’il en soit, on comprend ce que l’on veut dire, et l’on comprend également qu’il nous importe de le proposer en ouverture à ce texte qui choisit comme thème celui qui, à notre sens, s’impose de plus en plus : la dissolution accélérée des divers pouvoirs, – les “têtes” en question, – au sein du bloc-BAO pris dans son sens le plus large, associés et copains inclus. Le dernier cas à s’imposer, qui n’est pas des moindres ni la moindre surprise, est celui d’Angela Merkel en Allemagne.

Nous ne résistons pas une seconde à l’attrait du catastrophisme parce qu’il n’est pas un mode de pensée mais d’une façon beaucoup plus logique parce qu’il est devenu un mode de fonctionnement, le modus vivendi du Système désormais. C’est RT-français qui, notamment, nous en donne sa version (texte ci-dessous) en annonçant que le 19 novembre 2017 marque “la plus grave crise politique de l’Allemagne depuis 1945”, – ou, pour être plus juste, le début de “la plus grave crise…”

Quelle que soit l’issue de l’actuelle crise, quel que soit le résultat des efforts faits pour tenter de sauver Merkel (comme l’a annoncé le président allemand), le pouvoir allemand est désormais en lambeaux, d’une fragilité et d’une vulnérabilité considérables, à l’image de la chancelière, éventuellement future ex-chancelière. Hier encore, ou disons il y a deux mois, les analystes-Système s’appuyaient confortablement et triomphalement sur la puissance et la stabilité de l’Allemagne, c’est-à-dire de son pouvoir, pour suggérer de continuer à penser que la puissance du bloc-BAO restait intacte, et l’UE restant malgré tout sur une voie triomphale même si déjà terriblement cabossée et pleine d’affreux cahots. Aujourd’hui, c’est le (la) porte-drapeau de ce triomphe qui est elle-même un de ces cahots cabossés, si bien que la voie triomphale de l’UE pourrait arriver à se composer des seuls cahots et cabossages.

Le texte de RT-français se termine par un rayon d’une lumière d’espoir en suggérant que la chute en piqué de Merkel qui est aujourd’hui dans toutes les perceptions pourrait finalement profiter à la France pour s’imposer comme leader de l’Europe : « Les répercussions sur le couple franco-allemand pourraient compliquer la tâche d’Emmanuel Macron, qui trouvait en Angela Merkel une alliée de poids. Mais elles pourraient également lui permettre d’exercer le leadership européen et d’occuper un espace politique et médiatique désormais dégagé. » Nous serions tentés de dire qu’“on peut toujours rêver” tout en reconnaissant que cette idée ne déplairait pas à un grand président qui serait également un grand Français. Macron est-il celui-là ? Là aussi, on pourrait répéter, comme dans un balbutiement qui est aussi l’indice d’une certaine lucidité, qu’“on peut toujours rêver”.

Le vrai est que cette perspective ne peut être pour nous qu’une hypothèse mineure, quelle que soit notre proximité extrême de la France. Cette position vient de ceci que nous apprécions la possibilité/perspective d’un effondrement possible/probable de Merkel comme un élément d’une dynamique qui transcende toutes les nations, toutes les références rationnelles, toutes les politiques volontaristes si cela existe encore. Cette dynamique, on s’en doute, est directement liée à la Grande Crise d’Effondrement du Système qui s’opérationnalise dans le “tourbillon crisique” réservant désormais une place de choix à cette Allemagne ; celle-là qui, il y a deux ans encore, brandissait le scalp de la Grèce comme la formule de la sauvegarde du monde… Hypothèse mineure pour la France donc ; mais soit, – hypothèse quand même.

Nous placerions beaucoup plus volontiers le sort du pouvoir allemand si bien représenté par Merkel dans ce courant de dissolution qui marque désormais fortement, – et à quelle vitesse, et avec quelle résilience, – quelques-uns des grands centres du bloc-BAO & associés. Pour nous, même si les circonstances sont très différentes, de même que les causes et les effets aux niveaux nationaux, régionaux et même par rapport à la structure globalisée que nous nous sommes imposés, la dynamique est bien similaire. Le sort malheureux d’une dissolution considérable qui touche notamment et parmi d’autres les pouvoirs américaniste, britannique, saoudien, espagnol et aujourd’hui allemand, doit être perçu effectivement comme venu d’une même cause si on les aligne en fonction de la dynamique dont nous parlons plus haut, et dans le mouvement absolument déstructurant et dissolvant du “tourbillon crisique”.

(Mais certes, de même que notre “tourbillon crisique” est décrit comme un artefact antiSystème, la déconstruction et la dissolution qui sont les armes principales d’un Système voué à l’entropisation sont ici retournées contre ce même Système. En nous accordant bien volontiers à la logique générale de l’inversion qui règne sur notre époque postmoderne et de la modernité-tardive d’après le “déchaînement de la Matière”, cette déconstruction et cette dissolution attaquent directement les principaux points d’appui du Système et s’avère dans ce cas comme absolument vertueuses.)

Il est assuré que l’Allemagne va devenir une de nos préoccupations majeures dans les semaines et les mois qui viennent, à nous Européens, et que l’Europe et l’UE, et les principaux pays de cet ensemble vont fortement s’agiter autour de cette question. Il n’est nullement interdit de penser que certains, dans divers pays, ne doivent pas être si mécontents de voir cette chute perçue comme catastrophique du pouvoir politique allemand qui a si souvent oublié de prendre des gants dans ses rapports avec eux. Si cette chute se confirme et se poursuit, nous devons être assurés que ses effets vont aussitôt affecter gravement les positions économiques, culturelles, sociétales et même bureaucratiques de l’Allemagne tant la communication est aujourd’hui le vecteur qui porte tous les virus et toutes les infections que fait naître le moindre revers du Système pour lui-même.

C’est ainsi, aujourd’hui, que passent, à la vitesse de l’éclair, les artefacts de convenance si précieux pour notre hybris d’“Empire” et de “Reich ; juste le temps d’un tourbillon du système de la communication. Mais au-delà de ces péripéties, la somme nette de l’essentialité de l’événement, qui ne cesse de confirmer la tendance générale, est un affaiblissement et un recul constant du Système.

Le texte que nous avons choisi pour illustrer cet événement, du réseau russe RT en français, nous offre une large vision de la crise allemande, que certains désignent désormais comme “le Brexit allemand”. (Texte du 20 novembre 2017, sous le titre complet suivant : « L’Allemagne en crise : vers de nouvelles élections et une probable démission d’Angela Merkel ».)

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article/le-brexit-allemand-ou-la-dissolutionacceleree

Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond

Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond

18 novembre 2017 / Marie Astier (Reporterre)

La COP23 s’est achevé vendredi 17 novembre sur la déception. Déstabilités par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, les États n’ont pratiquement pas avancé sur la mise en oeuvre de ce traité.

« Une COP d’étape », « décevante », « sans leadership politique » : c’est avec peu d’enthousiasme que ceux qui ont suivi la COP23 la décrivent. La 23e Conférence des parties de l’ONU sur le climat, qui a réuni 196 pays ainsi que l’Union européenne, s’est close hier vendredi 17 novembre à Bonn, en Allemagne.

L’objectif de ces deux semaines de négociations était, selon les mots de l’ONU, « d’accélérer la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris », adopté il y a deux ans, et qui fixe comme objectif une limitation du changement climatique à 1,5 °C. Or, pour l’instant, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncés par les États aboutissent à un réchauffement de 3 °C.

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne se réduisent pas, malgré les engagements pris (source : UNEP)

Aucune décision importante n’était attendue cette année, mais cette COP devait poser les bases pour qu’en 2018, les pays relèvent leurs promesses en faveur de l’atténuation du changement climatique.

« Cette COP a fait le travail et a posé les bases d’un dialogue entre les États sur ce sujet », assure Lucile Dufour, ‎responsable négociations internationales et développement au Réseau action climat (RAC) France. En effet, les 197 parties se sont engagées à poursuivre le « dialogue de Talanoa » pendant toute l’année 2018, afin d’arriver avec des propositions concrètes à la prochaine COP. Contrairement à ce que certains craignaient, la délégation officielle états-unienne n’a pas empêché d’avancer. Les observateurs la décrivent comme « discrète » et « constructive ».

« Des annonces fondées sur la politique des petits pas »

Mais les discussions ont achoppé sur plusieurs points, en particulier sur la question du financement de l’aide consentie par les pays développés à l’égard des pays en développement. « Alors que l’année 2017 a été marquée par des événements climatiques exceptionnels, il n’y a pas eu d’avancées concrètes pour aider les populations les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique », dit Armelle Lecomte, membre de la délégation de l’ONG Oxfam à Bonn.

L’Accord de Paris prévoit que les « financements climat » s’élèvent à 100 milliards de dollars par an en 2020. « Or, en incluant les investissements privés, on arriverait pour l’instant officiellement à 67 milliards. Selon nos calculs, c’est même moins, entre 18 et 34 milliards de dollars seulement. Pourtant les pays développés sont arrivés les mains vides », note Armelle Lecomte. Un point essentiel des négociations, car si les pays développés ne tiennent pas leurs engagements financiers, les pays en développement refuseront de faire plus d’efforts.

Ce sujet a ainsi « accaparé les discussions », selon David Levaï, directeur du programme climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Or, ces discussions devaient plutôt porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, avec la définition de règles communes pour, par exemple, comptabiliser les efforts de chaque pays de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, ou encore les moyens apportés à la lutte contre le changement climatique. Les négociations n’ont « pas autant avancé qu’on l’aurait espéré. Cela laisse beaucoup de travail pour l’an prochain », explique le chercheur. Une situation qu’il estime due à un « manque de leadership gouvernemental. C’est très bien que Angela Merkel et Emmanuel Macron soient venus, notamment parce que le leadership européen pourrait combler la perte de celui des États-Unis. »

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Bonn, lors de la COP23.

Mais cela n’a pas été suffisant. « La plupart des États se sont cachés derrière des postures de négociation, et ont utilisé l’argument du retrait des États-Unis pour ne pas aller plus loin, analyse de son côté Lucile Dufour. Il y a eu un décalage entre une reconnaissance de l’urgence dans les discours des chefs d’État — notamment celui d’Emmanuel Macron — et à côté des annonces fondées sur la politique des petits pas », poursuit-elle. « Par exemple, il a annoncé des crédits pour le Giec [groupe intergouvernemental d’experts sur le climat], mais c’est une toute petite partie des financements nécessaires pour le climat. »

Le « in » de la COP — c’est-à-dire l’espace dédié aux négociations officielles entre gouvernements — a donc déçu beaucoup d’acteurs. « Pour la première fois, le cœur de la COP n’était pas du côté réservé aux négociations gouvernementales, mais dans l’espace du “off”, où les acteurs exposent leurs actions concrètes en faveur de la lutte contre le changement climatique. Il y avait une dichotomie renforcée entre des négociations au ralenti, et une action climatique boostée », observe David Levaï.

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes

Parmi les initiatives remarquées, celle de l’« Alliance globale pour la sortie du charbon », lancée par le Royaume-Uni et le Canada, et rassemblant une vingtaine d’États. L’Angola, la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, les îles Marshall, le Portugal, le Salvador, mais aussi plusieurs États américains et canadiens (Washington, Alberta, Vancouver…) l’ont rejointe.

Le « off » accueillait également une délégation états-unienne nombreuse : représentants des villes, États de la fédération et de la société civile sont venus montrer leur engagement pour le climat et leur désaccord avec la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de retirer son pays de l’Accord de Paris. « Ils étaient très présents et la moitié des délégués états-uniens portaient un badge “We Are Still In” [“nous en faisons toujours partie”], pour montrer qu’ils étaient présents et adresser un message politique à Washington », raconte David Levaï.

Manifestation à Bonn contre l’exploitation du charbon en marge de la COP23.

Un dynamisme bienvenu, mais « qui ne doit pas faire oublier que la responsabilité incombe aux États, rappelle Lucile Dufour. C’est à eux de donner des signaux à l’ensemble de la société, aux entreprises, pour aller plus loin dans les engagements en faveur du climat. »

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes. Le 12 décembre, un sommet à Paris doit discuter des financements pour le climat. Puis en 2018, un rapport du Giec très attendu dessinera le climat que nous promettent les engagements actuels des pays en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et les efforts supplémentaires à effectuer pour tenir l’engagement de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Tout cela devrait permettre de préparer la COP24, qui sera « la prochaine étape cruciale », souligne Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS. « Si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord l’an prochain pour augmenter les contributions des pays à la réduction des gaz à effet de serre, comme le prochain rendez-vous est fixé en 2023, ce sera trop tard pour atteindre des objectifs ambitieux », note-t-elle.

Elle n’attendait pas énormément de cette COP23 : « Dans les négociations climat, on avance par paquets de décisions qui constituent ensemble un compromis. On n’a pas avancé parce que cette COP n’avait pas prévu de prendre un paquet de décisions. » Espérons donc qu’en matière de négociation climat, les États fonctionnent comme des élèves qui procrastinent, et se mettent au travail quand l’échéance devient toute proche et irrémédiable.

 

https://reporterre.net/Fin-de-la-COP-23-la-planete-brule-les-diplomates-tournent-en-rond

 

Une COP23 pour quoi faire ?

Une COP23 pour quoi faire ?

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Depuis le Sommet de la Terre de 1992 de Rio de Janeiro qui a porté sa création, la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques réunit annuellement depuis 1995 les « parties » du monde dans une COP (Conference of the Parties) pour organiser la lutte contre le changement climatique.

Les COP s’appuient sur trois grands piliers qui fondent ses négociations : le financement des actions et des engagements, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. La COP23 qui a démarré à Bonn (Allemagne) le 6 novembre doit permettre d’aller de l’avant dans la mise en œuvre des engagements pris lors de l’Accord de Paris (COP21), qui a abouti en décembre 2015 à la signature du premier accord universel contre le changement climatique dans le but de limiter à 2°C maximum le réchauffement climatique à l’horizon 2100 – et d’essayer de le contenir à 1,5°C.

Un contexte alarmant

La COP23 s’est ouverte dans un contexte marqué par le retrait des Etats-Unis [1], qui a réaffirmé son soutien aux énergies fossiles (charbon, gaz), de l’Accord de Paris. Devant à l’origine être assez « technique », cette COP23 redevient un moment « politique », d’autant que six jours avant le début de la COP, le président de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, Edgar Gutierrez-Espeleta, annonçait un écart « catastrophique » entre les promesses des Etats dans la limitation des gaz à effet de serre et les réductions qu’il faudrait opérer.

Fidji et Allemagne, deux symboles contradictoires

Présidée par les îles Fidji, la COP23 est organisée par l’Allemagne, pays hôte de l’événement. Entre un pays déjà victime des conséquences du réchauffement climatique [2] et le responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne, la COP23 illustre deux extrêmes : un symbole des conséquences du changement climatique et l’un de ses plus grands contributeurs mondiaux, recourant massivement au charbon, principale source d’émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique.

Et le nucléaire dans tout ça ?

Technologie bas carbone mature et disponible aujourd’hui, l’énergie nucléaire reste largement absente des négociations climatiques. Symbole fort, l’United Nations Environmental Program (UNEP) a rejeté l’aide financière de la World Nuclear Association (WNA) pour le 8ème Forum sur l’innovation durable (SIF : Sustainable Innovation Forum) organisé au sein de la COP23. L’UNEP s’est défendue en expliquant « prioriser la révolution des énergies renouvelables, telles que l’éolien et le solaire. » Un choix surprenant alors que l’organisation onusienne a accepté le sponsoring d’entreprises. En refusant certaines options technologiques, l’UNEP, et d’autres acteurs climatiques de haut rang, telle la Commission européenne, privilégie les moyens (les énergies renouvelables), à la finalité (la réduction des émissions de gaz à effet de serre).

Le nucléaire reste toutefois présent à travers Nuclear for Climate. Réunissant plus de 150 associations scientifiques de l’énergie nucléaire de part le monde, l’initiative donnera voix à cette solution technologique.

Le One Planet Summit, l’autre événement climatique de l’année
Le 12 décembre, un autre sommet devrait marquer la scène climatique. Organisé à l’initiative de la France, le « One Planet Summit » se tiendra à Boulogne-Billancourt. Il réunira un large panel d’acteurs dépassant le cadre restreint des Etats, pour l’élargir à celui des entreprises, de la société civile, des collectivités (mairies, régions, Etats fédérés, etc.), des scientifiques, avec pour ambition de favoriser le financement des actions à entreprendre et la construction de coalitions d’acteurs.
1.Retrait qui rappelle celui du Protocole de Kyoto par George W. Bush Jr. en 2001, peu après son élection.

2.En 2012, le village de Vunidogoloa a été le premier village à être relocalisé sur des terres plus haute en raison de l’élévation du niveau de la mer.

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/une-cop23-pour-quoi-faire

Le président allemand s’est rendu à Moscou pour promouvoir le dialogue entre la Russie et l’Occident

Le président allemand s’est rendu à Moscou pour promouvoir le dialogue entre la Russie et l’Occident


Par Alex Gorka – Le 27 octobre 2017 – Source Strategic Culture

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré que l’Allemagne et la Russie avaient besoin d’améliorer leurs relations bilatérales qui étaient très endommagées. Il a rencontré le président russe Vladimir Poutine, à Moscou, le 25 octobre. Il s’agissait de la première visite en Russie d’un président allemand depuis 2010. M. Steinmeier a souligné qu’il était « très important » d’établir un dialogue avec Moscou, contrastant ainsi avec les déclarations des précédentes années. « Nous vivons ensemble en Europe et il est de notre devoir envers notre peuple de continuer à entretenir un lien malgré les désaccords existants », a-t-il déclaré, ajoutant : « Ces relations sont trop importantes pour les laisser sans dialogue ». Selon Steinmeier, le moment est venu de « trouver un moyen de sortir de cette spirale négative ».

Le président allemand estime que les contacts doivent être maintenus malgré certaines disputes au sujet de l’Ukraine. Les discussions ont porté sur les liens économiques, les conflits en Ukraine et en Syrie ainsi que d’autres crises internationales. Le président Poutine a pour sa part déclaré que Moscou était prêt à développer ses relations avec l’Allemagne, ajoutant que les entreprises allemandes étaient intéressées à étendre leur présence en Russie. « Malgré certaines difficultés politiques, les relations russo-allemandes ne sont pas bloquées », a-t-il ajouté.

Les investissements directs allemands en Russie augmentent pour atteindre 312 millions de dollars au premier trimestre 2017. Ils ont déjà largement dépassé le volume total des investissements allemands de 2016, qui s’élevait à 225 millions de dollars. Plus de 5 500 entreprises à capitaux allemands opèrent en Russie.

Steinmeier demande depuis longtemps que les relations avec Moscou soient améliorées, et a préconisé l’assouplissement des sanctions de l’UE envers la Russie à propos des événements en Ukraine. Le président allemand est également à l’origine d’une initiative de désarmement destinée à pousser la Russie et les États-Unis à réduire leurs arsenaux d’armes conventionnelles. En novembre 2016, il a présenté une proposition visant à lancer des discussions avec la Russie sur un nouvel accord de contrôle des armements. L’idée a été soutenue par quinze autres membres de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Avant cela, il a critiqué l’OTAN pour « ses bruits de bottes et ses cris de guerre », c’est à dire ses activités militaires provocatrices à proximité des frontières de la Russie.

Steinmeier n’est pas le seul politicien en Allemagne à demander que les relations avec Moscou s’améliorent. Christian Lindner, le dirigeant du Parti libéral démocrate (PLD), candidat probable pour rejoindre une coalition au pouvoir, a appelé à mettre de côté les problèmes liés à l’Ukraine pour faire progresser les relations avec la Russie. Selon lui, « la sécurité et la prospérité de l’Europe dépendent de ses relations avec Moscou ». La présidente du Parti socialiste au parlement allemand [en réalité du groupe parlementaire die Linke, NdT], Sahra Wagenknecht, soutient Lindner dans sa demande de rapprochement avec la Russie. « Nous devrions revenir à une politique de détente dans nos relations avec la Russie afin de préserver la paix et la sécurité en Europe », a déclaré Wagenknecht.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, préconise également de meilleures relations entre l’Occident et la Russie. Il estime que l’Europe doit améliorer ses relations avec la Russie, et ne plus suivre les décisions de Washington. Les pays d’Europe centrale et orientale (ECO) demandent aussi à ce que la politique européenne vis-à-vis de la Russie change.

Prenant la parole à la suite du Conseil OTAN-Russie du 26 octobre, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’alliance, a déclaré : « Notre dialogue n’est pas facile, mais c’est exactement la raison pour laquelle notre dialogue est si important. » Le chef de l’OTAN a décrit la dernière session du Conseil OTAN-Russie comme étant une « discussion franche et ouverte » sur l’Ukraine, l’Afghanistan, la transparence et la réduction des risques. C’était la troisième réunion du conseil pour cette année. Malgré la détérioration des relations avec la Russie, l’Occident réalise le besoin de dialogue.

La Russie et l’Allemagne ont une longue histoire de relations spéciales. L’initiative de contrôle des armes de Steinmeier ne devrait pas être balayée sous le tapis. Les contours d’un document possible peuvent être élaborés. Le dialogue russo-allemand pourrait contribuer à l’élaboration de mesures progressives visant à résoudre les problèmes de sécurité européenne et à rétablir un climat de confiance et de coopération mutuelles.

Des experts non officiels russes et de l’OTAN pourraient explorer les grandes lignes de la future architecture de sécurité euro-atlantique et les moyens d’en relever les défis. Ils pourraient proposer un programme d’allègement progressif des tensions actuelles. Ils pourraient également discuter de la manière dont le Document de Vienne de l’OSCE pourrait inclure un programme plus élargi.

Avec État islamique en déroute, le problème de l’avenir de la Syrie est mis en évidence. La situation en Libye et ailleurs peut dicter la nécessité d’une action conjointe. La Russie et l’OTAN doivent coopérer en Afghanistan. Compte tenu de la volonté des pays d’Europe centrale et orientale d’améliorer leurs relations avec la Russie, il serait intéressant d’examiner la possibilité d’une zone dénucléarisée en Europe centrale (et orientale).

La Russie et l’OTAN pourraient lancer des discussions sur la transparence sous-régionale et les mesures de confiance, en particulier en mer Noire et dans la région baltique, où les tensions sont fortes. Les pourparlers pourraient se concentrer sur le développement de nouvelles mesures pour prévenir des incidents, établir des canaux de communication constants entre les militaires, et développer de nouvelles règles de conduite pour empêcher les activités militaires dangereuses. Pas d’exercice militaire ou de force stationnaire proche de la frontière de l’autre pourrait également être ajouté au programme de sécurité. Le fait même que le processus de discussion soit lancé devrait stabiliser la situation en Europe.

La Russie reste un élément indispensable de la sécurité européenne. Qu’on le veuille ou non, elle restera un État européen clé et donc un partenaire et un interlocuteur incontournable pour l’OTAN, malgré tous les problèmes persistants dans leurs relations. Il y a une prise de conscience croissante de cette réalité en Occident. La visite de M. Steinmeier et la reprise des réunions régulières du Conseil OTAN-Russie confirment ce fait.

Alex Gorka

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-president-allemand-sest-rendu-a-moscou-pour-promouvoir-le-dialogue-entre-la-russie-et-loccident

 

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Karl de Meyer / Rédacteur en chef Les Echos Week-End |
image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/09/20/2115713_allemagne-ces-dynasties-industrielles-richissimes-web-tete-030590071796_1000x300.jpg

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes ©FRANK RUMPENHORS/dpa/abaca / DR / Ib/action press/Shutter/SIPA

SPECIAL ALLEMAGNE – C’est une liste qui en dit beaucoup sur l’économie allemande : les plus grands patrimoines s’y sont construits sur des décennies, dans des industries « traditionnelles » : l’automobile, la mécanique, la chimie, la grande distribution, la boulonnerie…Tour d’horizon des familles les plus puissantes d’Allemagne, alors que le pays se prépare cette semaine pour les élections législatives du 24 septembre.

Les Schwarz, philanthropes

Le groupe Schwarz, fondé par Josef, père de Dieter, en 1930, comprend les deux méga-réseaux de distribution Lidl et Kaufland et dégage un chiffre d’affaires annuel combiné de plus de 94 milliards d’euros qui le classe au quatrième rang mondial. Dieter Schwarz, qui l’a dirigé de 1977 à 1999, a eu la joie de réaliser son rêve : dépasser l’archi-rival Aldi ! A 77 ans, il est aujourd’hui à la tête du plus gros patrimoine jamais détenu par un Allemand. Ses dividendes sont largement consacrés à des projets caritatifs ou éducatifs. La fondation Dieter Schwarz soutient par exemple des projets de recherche scientifique et a inauguré en 2011 un campus universitaire à Heilbronn, non loin de l’Alsace, qui comprend entre autres une école de management et une formation en droit. Ces activités ont valu à Dieter Schwarz une pluie de médailles et de récompenses, qu’il se garde bien d’exhiber : il passe pour l’entrepreneur le plus secret d’Allemagne. On ne connaît que deux photos de lui et même à Heilbronn, il peut circuler en ville sans crainte d’être reconnu.

Fortune totale : 37 milliards d’euros

Participations : Lidl, Kaufland (grande distribution)

Base : Heilbronn (Bade-Wurtemberg)

Les Quandt, polyvalents

L’énorme bénéfice 2016 de BMW (6,9 milliards d’euros) a permis à Susanne Klatten et à son frère Stefan Quandt, qui contrôlent à eux deux 46,7 % du constructeur munichois hérités de leur père Herbert, de se partager un dividende de plus d’un milliard d’euros. Et de consolider leurs avoirs, après le coup de mou du dieselgate qui a frappé le secteur automobile allemand en 2015. Susanne Klatten, 55 ans, avec une fortune estimée à 18,5 milliards de dollars, est la femme la plus riche d’Allemagne et, selon Forbes, la 38ème personne la plus riche du monde, son frère devant se contenter de la 47ème place. Susanne Klatten n’est pas qu’une héritière, c’est une femme d’affaires très active : elle siège au conseil de surveillance de BMW, du groupe chimique Altana et du producteur de graphite et de carbone SGL. Victime d’une tentative d’enlèvement à l’âge de 16 ans, elle a vécu à certains moments de sa vie sous une fausse identité. Plus que discrète, elle a été néanmoins prise dans un tourbillon médiatique en 2007 quand son amant suisse la fit chanter avec des vidéos de leurs ébats – il a fini en prison. Stefan Quandt, via sa holding Aqton SE, a des participations dans l’authentification et la sécurisation électroniques (Gemalto), le photo-voltaïque et les réseaux intelligents. Il pourrait un jour présider le conseil de surveillance de BMW.

Fortune totale :36,5 milliards d’euros

Participations :BMW, Altana, SGL Carbon, Gemalto

Base :Francfort -Munich.

Les Reimann, accros à la caféine

Vous n’avez probablement jamais entendu leur nom mais très certainement déjà utilisé des produits issus de leur empire, qu’il s’agisse d’un parfum Calvin Klein, d’une pastille de Calgon, d’un soin capillaire Wella ou…d’un préservatif Durex. La holding JAB, basée au Luxembourg et contrôlée à plus de 95 % par quatre demi-frères et soeur -Wolfgang Reimann, Matthias Reimann-Andersen, Stefan Reimann-Andersen et Renate Reimann-Haas – a des participations dans le géant des produits d’entretien Reckitt Bensicker, le parfumeur Coty et surtout le géant du café Jacob Douwe Egberts. JAB a investi plus de 30 milliards de dollars en cinq ans pour mettre la main sur les chaînes américaines Peet’s Coffee&Tea et Caribou Coffee, le néerlandais DE Master Blenders (maison du Café, l’Or) et l’activité café de l’américain Mondelez (Jacobs). La famille descend du chimiste Ludwig Reimann, qui a crée au début du XIXème siècle une société avec Johann Adam Bensicker, dont il a épousé une des filles.

Fortune totale :Autour de 30 milliards d’euros

Participations :Reckitt Bensicker, Coty, Jacob Douwe Egberts

Base :Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat)

Les Schaeffler, apôtres du transatlantique

A l’origine de la fortune familiale : les « roulements à aiguilles guidés par cage » inventés par Georg Schaeffler en 1949… et très appréciés par l’industrie automobile. Le groupe, basé dans la même petite ville de Franconie que Puma et Adidas, va vite grandir jusqu’à devenir le deuxième producteur mondial de roulements au début des années 2000. Après la mort de Georg en 1996, c’est sa femme Maria-Elisabeth et son fils Georg qui reprennent le flambeau. Ensemble, ils prennent le contrôle de l’équipementier Continental, en difficulté, en 2009. Ils ont confié les rênes de l’entreprise à Klaus Rosenfeld en 2013 mais Maria-Elisabeth Scheffler reste très active dans les milieux d’affaires : elle a reçu de nombreux prix pour son engagement social et sa promotion des liens entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle s’est remariée en 2014 avec Jürgen Thumann, ancien patron du BDI, le patronat allemand.

Fortune totale :25,5 milliards d’euros

Participations :Schaeffler, Continental

Base :Herzogenaurach (Bavière)

Les Albrecht, rois du discount

Karl Albrecht junior et sa soeur Beate Heiser, qui pèsent ensemble plus de 23 milliards d’euros, sont les enfants de Karl Hans Albrecht. Ce dernier, avec son frère Theo, de deux ans son cadet, a repris en 1945 l’épicerie fine montée par leur mère. A eux deux, ils transforment vite l’affaire en un géant de la distribution qu’ils se partagent en 1961. A Karl, sous la structure Aldi Süd, les établissements du sud de l’Allemagne, d’Amérique et du Royaume-Uni. A Theo les magasins du nord de l’Allemagne et de l’Europe continentale. Leur coup de génie consiste à s’orienter vers le superdiscount. A sa mort en 2014, à 94 ans, Karl Hans Albrecht était l’homme le plus riche d’Allemagne. Les héritiers de Theo sont un peu moins bien dotés (autour de 18,5 milliards d’euros) et se sont déchirés l’an dernier sur le contrôle d’Aldi Nord. Leur dispute était si violente qu’elle s’est retrouvée, phénomène rarissime, à la une de la presse économique.

Fortune totale :23 milliards d’euros

Participations :Aldi SüdBase :Région de Essen (Ruhr)

Les Würth, collectionneurs passionnés

Reinhold Würth est entré dans l’entreprise de fabrication de vis de son père en 1949, à l’âge de 14 ans, en tant qu’employé numéro deux. Il doit reprendre l’affaire dès 1954, à 19 ans, quand son père décède brusquement. En livrant directement ses produits sur les sites de construction et les ateliers spécialisés, il conquiert d’importantes parts de marché. Aujourdhui, le groupe Würth, spécialiste des matériels de montage et des fixations, réalise des ventes supérieures à 11 milliards d’euros. Reinhold, à 82 ans, a passé la main mais sa fille Bettina préside le conseil de surveillance. Le patriarche est connu pour avoir amassé une impressionnante collection d’art, entamée en 1964 avec un Emil Nolde – elle compte aujourd’hui plus de 17.000 pièces. En 2011, il a déboursé 68 millions d’euros pour « la Madone au manteau de grâce » de Hans Holbein le jeune. En 2015, Markus Würth, 50 ans, fils handicapé mental de Reinhold, a été enlevé pendant quelques heures, avant que ses ravisseurs ne perdent leur sang froid et ne révèlent à la police l’endroit où le trouver.

Fortune totale :15,1 milliards d’euros

Participations :Groupe

WürthBase :Künzelsau (Bade-Wurtemberg)

Les Otto, champions de la VPC

L’histoire du groupe de vente par correspondance recoupe celle du Wirtschaftswunder. Créée en 1949, année de la fondation de la RFA, par Werner Otto, l’entreprise propose dans son premier catalogue une sélection de 28 modèles de chaussures. Elle grandit vite, accepte les commandes par téléphone dès 1963. A partir de 1980, Michael, le fils de Werner, prend les manettes et va assurer l’internationalisation du groupe. En 1993, il fonde la fondation qui porte son nom et défend des actions en faveur de la protection de l’environnement. En 1995, le groupe se lance dans le commerce en ligne. Les ventes en ligne totalisent aujourd’hui 7 milliards d’euros par an, plus de la moitité du chiffre d’affaires total de 12,5 milliards d’euros. Mais la société semble mal positionnée pour contrer les appétits du géant américain Amazon ou des petits génies berlinois de Zalando. Le fils de Michael, Benjamin, 42 ans, n’a pas souhaité relever le défi, et a préféré siéger au conseil de surveillance avec son père. Même si l’empire périclite, la famille est à l’abri du besoin, étant assise sur un patrimoine immobilier gigantesque en Amérique du nord : des millions de mètres carrés de bureaux, notamment à San Francisco et New York, et des milliers d’appartements, notamment à Toronto.

Fortune totale : 9,2 milliards d’euros

Participations :Otto-Gruppe, immobilier

Base :Hambourg

Les Kühne, sans descendant

Enfant unique sans héritiers, Klaus-Michael Kühne, 80 ans, survivra à travers sa fondation, la Kühne Stiftung, qui transmettra les valeurs héritées du fondateur de la dynastie, August Kühne. Lequel a créé avec Friedrich Nagel, en 1890 à Brême, une société de transport qui deviendra au fil des décennies un géant mondial de la logistique, fournissant des services de fret maritime, aérien et ferroviaire. Klaus-Michael a rejoint l’entreprise familiale dès 1958, en a pris les commandes en 1966 et l’a fait prospérer jusqu’en 1999. En 2003, il a lancé en partenariat avec la « ville libre et hanséatique de Hambourg » une univeristé dédiée à la logistique. Il soutient aussi financièrement la célèbre école polytechnique ETHZ de Zurich. Klaus-Michael Kühne est résident suisse, ce qui lui vaut des critiques en Allemagne. Il se partage entre le port hanséatique, les montagnes suisses et l’île de Majorque où il a transformé un château vieux de six siècles en hôtel. A Hambourg aussi, il a investi beaucoup d’argent (175 millions d’euros) pour construire un hôtel de luxe, The Fontenay. Il se passionne pour le foot : il est entré au capital du HSV de Hambourg, dont les résultats en Bundesliga laissent cependant à désirer.

Fortune totale :9,2 milliards d’euros

Participations :Kühne&Nagel, Hapag-Lloyd

Base :Hambourg, Schindellegi (Suisse)

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