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L’Allemagne et le partage nucléaire. Appel à un débat franc et nécessaire sur la stratégie de défense et de sécurité

L’Allemagne et le partage nucléaire. Appel à un débat franc et nécessaire sur la stratégie de défense et de sécurité

Tribune5 juin 2020Par Rolf Mützenich, président du groupe parlementaire du SPD au Bundestag

Au moment où l’Allemagne vient d’acheter des F-18 américains pour embarquer les armes nucléaires de l’OTAN, il nous a semblé utile de publier ce point de vue du député SPD Rolf Mützenich sur la question du partage de la décision d’emploi des armes nucléaires américaines avec l’Allemagne. Une publication proposée en partenariat avec la Friedrich Ebert Stiftung.

« Dans une précédente interview, il m’a été donné de m’exprimer contre une participation prolongée de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire et contre le remplacement par de nouvelles ogives atomiques des armes nucléaires américaines actuellement stationnées à Büchel. Les critiques ne se sont pas fait attendre, mais cette prise de position a également reçu un certain nombre de soutiens. Il s’agit d’engager avec franchise et en toute transparence un débat sur le bien-fondé du partage nucléaire. Ce débat est d’autant plus nécessaire qu‘un nouveau système de support balistique est en passe d’être adopté et que les États-Unis réfléchissent désormais à l’idée de riposter rapidement, en cas de guerre, avec des armes nucléaires dotées d’une charge explosive réduite. Voilà qui devrait tomber sous le sens dans un régime démocratique, y compris dans l’intérêt de nos alliés et partenaires au sein de l’OTAN.

Le SPD continue de défendre un renforcement des relations transatlantiques et de plaider en faveur d’une participation politique de l’Allemagne à la planification de la stratégie nucléaire au sein du Groupe des plans nucléaires (NPG) de l’OTAN. L’Allemagne se concerte au sein de ce groupe avec 25 autres États membres de l’OTAN ne disposant pas de l’arme atomique, et qui, pour une partie d’entre eux, ont d’ores et déjà exclu le stationnement d’armes nucléaires sur leur territoire en période de paix. Toutefois, le SPD n’ignore pas que la Bundeswehr doit trouver un nouvel avion de combat pour succéder aux vétustes Tornados et ne réclame pas une dénucléarisation séance tenante de l’OTAN. Le SPD réclame surtout la mise en œuvre d’initiatives nouvelles et l’ouverture de discussions relatives au désarmement et au contrôle des armements, à la manière dont le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’en est fait l’écho avec force d’engagement au sein des Nations Unies et dans le cadre de « l’initiative de Stockholm ».

Il ne fait aucun doute que le désarmement et le contrôle des armements ne peuvent être menés à bien qu’à la condition de prendre en compte plusieurs problématiques contradictoires, au-delà du seul démantèlement de l’arsenal nucléaire stationné en Allemagne. Conscient des risques sécuritaires et de la déstabilisation internationale qui en découle, le SPD ne se berce pas d’illusions quant aux ambitions russes. Le SPD ne ferme pas davantage les yeux devant le réarmement russe et en particulier l’important arsenal nucléaire tactique qui met l’Europe à immédiate portée de tir. C’est également la raison pour laquelle le SPD s’engage depuis plusieurs années en faveur d’un accord de désarmement sur les armes nucléaires tactiques en Europe. Le SPD ne fait donc pas du stationnement des armes nucléaires en Allemagne la seule et unique problématique sécuritaire à laquelle nous nous voyons confrontés.

Cependant, je récuse avec la plus grande fermeté le reproche selon lequel le SPD défendrait un pacifisme « à l’allemande », nouvel avatar de l’éternel Sonderweg allemand. Ce terme renvoie d’ordinaire au funeste cours emprunté par l’histoire allemande, à l’origine des deux guerres mondiales. Des millions d’individus en Europe et à travers le monde, tout comme nous autres sociaux-démocrates durant notre longue histoire, ont souffert de ce Sonderweg. Ce reproche infondé n’a donc manifestement pas d’autre but que celui d’étouffer toute tentative de débat sur le désarmement.

Dans ce débat sur l’évolution future du partage nucléaire, il s’agira en clair de savoir si le stationnement d’un arsenal nucléaire tactique en Allemagne et en Europe (Pays-Bas, Italie, Belgique, Grande-Bretagne et Turquie) accroît effectivement la sécurité de l’Allemagne et de l’Europe ou si au contraire ces armes nucléaires en provenance des États-Unis ne seraient pas entre-temps devenues obsolètes.

Il nous faut donc mener en Allemagne, et en concertation avec nos partenaires européens au sein de l’OTAN, un vaste débat public sur le bien-fondé ou au contraire l’inutilité de la dissuasion nucléaire et interroger ce faisant la capacité de l’Union européenne à s’imposer sur la scène internationale en matière de défense et de sécurité. Dans ces conditions, qui reste finalement aveugle à la nouvelle donne géopolitique ? Ceux qui réclament un désarmement progressif et la fin de la contribution opérationnelle de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire ? Ou bien ceux qui persistent naïvement à croire que le simple fait de pouvoir procéder à un tir nucléaire en cas de guerre, sur autorisation du président américain, nous accorderait un semblant d’influence sur la stratégie nucléaire américaine ? À l’époque de la guerre froide, déjà, cet argument avait prouvé sa grande fragilité. Y souscrire encore aujourd’hui tient désormais du déni de réalité.

À en croire les partisans du partage nucléaire, l’Allemagne disposerait d’une influence indirecte sur la stratégie nucléaire américaine. Si tel était le cas, encore faudrait-il pouvoir prouver quand et comment cette influence a pu s’exercer par le passé. Depuis la présidence de Georges W. Bush, nous assistons à un redéploiement des armes nucléaires dans la stratégie militaire. De la rupture de l’accord sur le nucléaire iranien et jusqu’à l’abrogation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, INF) sous l’administration Trump, aucune trace de la prétendue influence allemande sur la stratégie nucléaire américaine ne semble pouvoir être identifiée. Il nous faut nous rendre à l’évidence : il n’y a pas d’influence, et encore moins de droit de regard, des puissances non nucléaires sur la stratégie nucléaire des puissances disposant de l’arme atomique, et encore moins sur leur décision d’avoir recours à une frappe nucléaire. Croire à une telle influence illusoire n’est rien d’autre qu’un vœu pieux rabâché.

L’incertitude sur les mobiles, les intentions et les possibilités d’action des puissances nucléaires constitue presque une condition sine qua non de l’esprit et de la philosophie même qui président à la dissuasion nucléaire, lesquels font notoirement l’objet d’une abondante littérature scientifique. La revendication portée par Helmut Schmidt d’un nouveau déploiement d’armes nucléaires sur le territoire allemand est traditionnellement évoquée pour donner un exemple de l’influence directe de la République fédérale d’Allemagne sur la stratégie nucléaire des États-Unis. Mais cette influence n’a pu s’exercer qu’à partir du moment où Washington s’est mis à partager l’analyse de la menace soviétique défendue par le chancelier allemand. Cette revendication a donné lieu, comme chacun sait, à la « double décision » de l’OTAN sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Le processus de négociations qui a mené à la « double décision » ne vaut pas uniquement pour les États-Unis, mais est en vigueur pour tous les États détenteurs de l’arme atomique, car c’est bien à Londres que sont prises les décisions portant sur l’arsenal nucléaire britannique, à Moscou celles portant sur l’arsenal nucléaire russe, à Pékin enfin celles portant sur l’arsenal chinois. En conséquence, il convient justement, aujourd’hui comme hier, de ne pas s’illusionner sur « l’offre » de la France d’associer l’Allemagne aux décisions nucléaires, voire d’européaniser sa « force de frappe[1]». Aucun président de la République française ne partagera jamais son autorité sur les codes nucléaires.

Au cours des dernières années, la dégradation de la situation internationale a laissé peu d’espoir à ceux en Europe qui souhaitent exercer un droit de regard sur l’utilisation des armes nucléaires stationnées en Europe, rendant ainsi déterminante l’exigence d’un retrait des bombes atomiques stationnées en Allemagne. En février 2018, l’administration Trump faisait passer en force une nouvelle stratégie nucléaire (Nuclear Posture Review, NPR) prévoyant de poursuivre le développement des mini-nukes[2] et défendant une utilisation rapide et flexible des armes nucléaires. Au cours des prochaines années, l’administration Trump entend en outre remplacer l’intégralité des systèmes balistiques américains, doter les ogives nucléaires d’une charge explosive réduite, augmenter la portée des missiles de croisière, étendre l’arsenal nucléaire aux systèmes stratégiques navals jusqu’ici non nucléaires – des mesures que les administrations Bush et Obama avaient pourtant retirées en signe d’ouverture à l’égard des autres puissances nucléaires. La concurrence géopolitique croissante entre puissances disposant de l’arme atomique, le développement de nouvelles armes, l’association de moyens de dissuasion à la fois conventionnels et nucléaires, sans oublier la constante modernisation et diversification des arsenaux nucléaires, mènent à une nouvelle course aux armements constituant une menace concrète pour l’Allemagne et l’Europe.

La question du partage nucléaire est lourde de symboles, puisqu’elle pose par procuration celle de la crédibilité du parapluie nucléaire américain. Pour parvenir à une évaluation politique de cette crédibilité, une seule interrogation s’impose : suffit-il, aujourd’hui et demain, de s’appuyer exclusivement sur le parapluie nucléaire américain et le dispositif du partage nucléaire tels qu’ils existent aujourd’hui ou bien n’avons-nous pas bien davantage besoin de nouveaux objectifs en matière de désarmement et de contrôle des armements, sans se soucier de savoir qui de Donald Trump ou de Joe Biden sera le prochain président des États-Unis ?

À une heure où le budget de l’État fédéral en Allemagne atteint un niveau record de déficit dans le contexte de crise sanitaire, à une heure où les contraintes budgétaires sont particulièrement fortes, à une heure où apparaît au grand jour l’urgence d’investir dans le système de santé, le développement du réseau internet, la protection de l’environnement, ou encore les infrastructures publiques, la moindre dépense publique étrangère à la lutte contre la pandémie du covid-19 doit pouvoir faire l’objet d’un examen scrupuleux.

C’est en ce sens que les financements à hauteur de plusieurs milliards d’euros alloués à l’acheminement et à l’entretien d’avions américains, dont le seul et unique objectif consiste à lancer des bombes nucléaires américaines, doivent reposer sur une solide justification, quand bien même l’acheminement et l’entretien de ces avions feraient partie intégrante de l’architecture de sécurité de l’OTAN et de la stratégie de dissuasion nucléaire. À supposer que la dissuasion fondée sur les armes nucléaires américaines demeure une garantie indispensable face aux nouvelles menaces, cette dissuasion est d’ores et déjà assurée grâce aux missiles intercontinentaux, à la flotte de bombardiers américains, sans oublier la flotte américaine de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, le stationnement de soldats américains et le maintien de capacités logistiques et de bases militaires en Europe ne servent pas seulement les intérêts européens, mais tout autant les intérêts américains.

Un retrait des armes nucléaires tactiques du territoire allemand ne mettrait ni fin à la garantie nucléaire américaine apportée à l’Allemagne, pas plus qu’il ne mettrait fin au droit de regard – quoique jusqu’ici purement formel – de l’Allemagne sur la stratégie nucléaire au sein de l’OTAN, puisque l’Allemagne conserverait ce droit de regard en qualité de membre du Groupe sur les plans nucléaires. Disons-le : si le lien en matière de sécurité et de défense entre l’Europe et les États-Unis ne devait tenir qu’au seul stationnement d’armes nucléaires tactiques américaines en Europe, il faudrait alors en conclure à un appauvrissement de la qualité et de l’avenir des relations transatlantiques, ainsi que de l’évolution future de la communauté de sécurité et de valeurs pourtant clamée haut et fort à longueur de discours.

Cependant, le mouvement pacifiste doit lui aussi reconnaître que le retrait des 20 armes nucléaires tactiques stationnées à Büchel ne sonne pas l’avènement de la paix mondiale et qu’en dépit de la victoire symbolique d’une Allemagne débarrassée d’armes nucléaires, la course au désarmement est encore loin d’être gagnée. Face aux milliers d’armes nucléaires tactiques stationnées en Russie, et notamment les missiles balistiques Iskander dont la portée viole les dispositions de l’INF, le désarmement et le contrôle des armements sont en effet plus que jamais une impérieuse nécessité. Nous avons besoin d’un nouveau traité de type INF ainsi que d’un démantèlement complet des armes nucléaires tactiques.

Même si les partisans d’un atlantisme forcené dressent le tableau caricatural d’un Sonderweg « à l’allemande » suscitant les inquiétudes des voisins européens de l’Allemagne, la question se pose de savoir ce qui inquiète le plus ces derniers : un débat ouvert sur une participation prolongée de l’Allemagne au dispositif du partage nucléaire, ou bien les ratiocinations des représentants chrétiens-démocrates et chrétiens-sociaux sur le développement d’une capacité nucléaire allemande. N’oublions pas : la CDU et la CSU avaient également réclamé le retrait des armes nucléaires stationnées en Allemagne, au sein du gouvernement de coalition avec le FDP (entre 2009 et 2013), sans que ne leur soient reproché d’emprunter un Sonderweg ni même de manquer aux engagements de l’Allemagne vis-à-vis de ses alliés.

La pandémie du covid-19 montre avec insistance que c’est bien en bâtissant un service de santé publique efficace, en luttant contre le changement climatique, en nous efforçant d’atteindre les Objectifs de développement durable établis par l’ONU, et non en modernisant ou en renouvelant les arsenaux nucléaires, que nous répondrons aux défis du futur. Une nouvelle course aux armements nucléaires n’aurait pas seulement le tort d’engloutir d’énormes quantités d’argent nécessaires à d’autres investissements ; elle réactiverait de nouvelles menaces assorties de conséquences potentiellement catastrophiques. »


[1] En français dans le texte.

[2] Terme anglais qui désigne une arme nucléaire tactique à faible charge explosive, dotée d’une ogive nucléaire miniaturisée.

https://www.iris-france.org/147607-lallemagne-et-le-partage-nucleaire-appel-a-un-debat-franc-et-necessaire-sur-la-strategie-de-defense-et-de-securite/

Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne

Doctrine nationale de Défense

Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne

 Nicolas Gros-VerheydeAllemagneArmes nucléairesDissuasion nucléaireSPD  2 min read

(B2) Deux poids lourds du parti social-démocrate (SPD) viennent, coup sur coup de se déclarer contre la présence d’armes nucléaires en Allemagne et leur emport par des avions allemands

La décision du gouvernemental fédéral d’opter pour le Boeing F-18 pour une raison principale, l’emport possible par des avions allemands de la bombe nucléaire américaine (lire : Eurofighter nouvelle génération et F-18 pour remplacer les Tornados allemands. Une nécessité nucléaire), a mis le feu aux poudres.

Pas de sécurité avec le nucléaire, au contraire

« Il est temps que l’Allemagne exclut la possibilité qu’ils [les armes nucléaires américaines] soient stationnés ici à l’avenir » a déclaré Rolf Mützenich dans la quotidien Tagesspiegel. « Les armes nucléaires sur le sol allemand ne renforcent pas notre sécurité, bien au contraire ».

Pas d’achat d’appareils prêts à emporter la bombe

Le coprésident du parti social-démocrate Norbert Walter-Borjans a enfoncé le clou dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, se disant contre « l’achat de chasseurs de remplacement pour transporter des bombes nucléaires. Ma position est claire : ils ne doivent pas être stationnés [en Allemagne], être mis à disposition et, bien sûr, utiliser des armes nucléaires. »

Effet Donald Trump

Pour les socio-démocrates, la présence de Donald Trump à la Maison blanche et la miniaturisation des bombes nucléaires font qu’il n’est plus exclu que ces armes puissent servir dans le futur de façon tactique.

Commentaire : effet électoral ou un sentiment plus profond ?

L’effet campagne…

On peut voir dans ces deux annonces simultanées, l’effet de la campagne électorale pour les élections de 2021. La présence des Verts devant le SPD, ou à égalité selon les sondages, soumet le vieux parti allemand à rude épreuve. S’il veut garder ses chances de faire partie d’un gouvernement de coalition après 2021, il doit durcir son discours. Mais il ne faut pas s’y tromper.

… ne doit pas faire oublier un sentiment profond

Il y a, encore plus que jamais, en Allemagne un sentiment pacifique aigü. Une bonne partie des sociaux-démocrates allemands sont depuis plusieurs années sur cette ligne, en adéquation avec ce qu’ils ressentent de leur électorat.

Pour ceux (comme B2) qui avaient suivi attentivement les débats sur le fonds européen de défense (1) au Parlement européen, en 2018 et 2019, ce sentiment est bien réel. Les plus farouches opposants à ce fonds, utilisant toutes sortes d’arguments — de l’argument d’efficacité économique à celui de l’éthique — venaient des bancs des socio-démocrates allemands (2).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Et son prédécesseur, le programme de développement industriel de la défense (EDIDP ou PEDID).
  2. Et plus généralement germaniques et nordiques.
  3. http://Doctrine nationale de Défense Le nucléaire non merci. Le débat sur l’arme nucléaire ressurgit en Allemagne 5 mai 2020 Nicolas Gros-Verheyde Allemagne, Armes nucléaires,.

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Coronavirus : Israël impose la quarantaine aux voyageurs revenant de France, Allemagne, Espagne, Suisse et Autriche (Netanyahu)

Coronavirus : Israël impose la quarantaine aux voyageurs revenant de France, Allemagne, Espagne, Suisse et Autriche (Netanyahu)

Publié le : 04/03/2020 – 15:56

https://www.france24.com/fr/urgent/20200304-coronavirus-isra%C3%ABl-impose-la-quarantaine-aux-voyageurs-revenant-de-france-allemagne-espagne-suisse-et-autriche-netanyahu?xtor=EPR-300-[Breaking]-20200304-[contenu]-1044053310412

Les ambitions allemandes au Proche-Orient élargi

Les ambitions allemandes au Proche-Orient élargi

par Thierry Meyssan

75 ans après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne entend redevenir une puissance sur la scène internationale. Elle a choisi de faire son retour au Proche-orient élargi. Mais il est difficile et dangereux pour elle de se hisser à ce niveau sans aucune expérience autre qu’historique.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 28 JANVIER 2020 عربيITALIANOROMÂNĂ

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Conformément au plan rédigé par Volker Perthes en 2013, l’Allemagne se prépare à remplacer les soldats US au Proche-Orient élargi. Elle piaffe d’impatience après avoir été privée durant 75 ans du rôle international qui lui revient. C’est pour elle une question d’honneur national.

Elle entend utiliser son armée pour établir la paix quelque part, elle qui dut supporter le poids des guerres perdues du nazisme.

Elle a d’abord espéré entrer victorieuse dans Damas aux côtés des braves « démocrates » d’Idleb. Làs ! ce ne sont que des jihadistes ! Puis, elle a espéré remplacer les GI’s au Nord de la Syrie lorsque le président Donald Trump annonça, pour la seconde fois, leur retrait. Malheureusement, cédant au Pentagone, il fit demi-tour. Elle s’est abstenue d’intervenir lors de l’opération turque contre le PKK/YPG compte tenu de sa forte population immigrée turque et kurde. Elle a alors imaginé couvrir ses agissements derrière un alibi humanitaire, déposant un projet de résolution au Conseil de sécurité et suscitant les vétos indignés de la Russie et de la Chine.

Aussi a-t-elle discrètement envoyé, en octobre 2019, des experts tâter le terrain auprès du président égyptien, Abd al-Fattah al-Sissi, et de l’émir du Qatar, cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani. En définitive, elle s’est fixée sur la Libye et a organisé, le 19 janvier 2020, la conférence de Berlin.

Là encore, ce fut un coup d’épée dans l’eau. Les deux principaux rivaux, Fayez el-Sarraj et Khalifa Haftar, ne s’adressèrent même pas la parole. Mais la chancelière Merkel reçut à cette occasion le soutien unanime de sa classe dirigeante pour « s’investir pour la paix ». Le communiqué final expose cette vision imaginaire d’un cessez-le-feu dont personne ne veut et d’une armée allemande qui le fait respecter.

C’est qu’il n’est pas facile de comprendre le Proche-Orient élargi après 75 ans d’absence, non seulement ici mais sur la scène internationale.

Peut-être l’Allemagne trouvera-t-elle une nouvelle occasion avec son allié militaire de toujours, la Turquie. Ce n’est pourtant pas gagné d’avance : l’Union européenne a un retard de paiement de 2,6 milliards d’euros sur le Pacte des migrations, a révélé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. Berlin et Ankara n’ont cessé de se disputer depuis la tentative de coup d’Etat de 2016 et le demi-million d’arrestation qui a suivi, dont 59 citoyens allemands toujours en détention. Et ils se battent à nouveau à propos de l’exploitation du gaz en Méditerranée.

Mais il y a aussi beaucoup de liens historiques entre les deux pays, pour le meilleur et pour le pire (Rudolf Höss participa au génocide des non-musulmans perpétré par les Jeunes Turcs, puis devint quelques années plus tard directeur du camp d’extermination d’Auschwitz, avant d’être condamné à mort par le Tribunal de Nuremberg). Des liens humains aussi puisque la plus importante communauté turque expatriée réside en Allemagne depuis la Guerre froide. La République fédérale a également accueilli des leaders des Frères musulmans depuis la tentative de coup d’Etat de Hama, en 1982 et leur a consacré un bureau spécial au ministère des Affaires étrangères, au début de la guerre contre la Syrie.

La chancelière Angela Merkel s’est donc rendue à Istanbul pour l’inauguration d’un nouveau campus de l’université germano-turque. Elle a à nouveau dit la volonté de son pays d’« aider » la région. Elle a par exemple proposé de construire 10 000 logements pour les personnes arrivant d’Idleb. Mais parlait-elle de civils ou de jihadistes ?Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

https://www.voltairenet.org/article207491.html

Le réarmement du monde

Le réarmement du monde

Matteo Gruszewski 

17 janvier 2020 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du NordAsie et OcéanieChineEuropeFranceGéopolitique & Relations InternationalesIndeInternationalProche et Moyen-OrientRussieSituations décryptées Leave a comment

En 2018, à la conférence de Munich sur la sécurité, Sigmar Gabriel (alors ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne), déclare : « Les Européens sont les derniers végétariens dans un monde de carnivores géopolitiques ». Le monde post Guerre Froide, apaisé, que les Européens avaient idéalisé s’avère être une chimère. La paix entre les nations est une lointaine utopie, et le monde se réarme.

cartographie du commerce d'armements réarmement
Plus grands exportateurs de matériel de défense et leur principaux clients (SIPRI, 2017)

Le retour au réarmement

Depuis son élection, Donald Trump a annoncé son intention de se désengager globalement des traités internationaux signés par ses prédécesseurs.  Après l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis du Traité sur le commerce des armes (ATT) en avril 2019. Ce traité, adopté par l’ONU en 2013, vise à réguler le commerce licite tout en luttant contre le commerce illicite des armes conventionnelles.

En juillet 2019, les Etats-Unis sortent ensuite du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF).  Ils accusent la Russie de ne pas respecter ses engagements, privant ainsi le monde d’un traité de désarmement historiquement fondamental. En 1987, sa signature par Mikhaïl Gorbatchev consacrait ainsi la fin de la crise des euromissiles amorcée en 1976. Si l’attitude américaine traduit un retour à l’unilatéralisme, il n’empêche qu’elle s’appuie sur un argument sécuritaire : faire face au réarmement du monde.

En effet, de 2017 à 2018, les dépenses de défense ont augmenté de 2,6% pour s’élever à 1800 milliards de dollars selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). De plus, on observe sur la période 2012-2016 une augmentation de 8,4% des ventes d’armes par rapport aux cinq années précédentes (2011-2015)

Un réarmement qui se généralise

Cette tendance au réarmement n’est pas seulement alimentée par les États-Unis et la Chine. Certes, les deux pays représentent respectivement 36% et 9% des dépenses militaires mondiales. La Chine poursuit une militarisation effrénée et fulgurante. Pékin dispose déjà de deux porte-avions, alors qu’un troisième est en construction. L’Empire du Milieu a également dévoilé un destroyer de 4e génération type 055 entièrement made in China.

Le reste du monde s’arme aussi. L’Inde se hisse désormais à la quatrième place des puissances militaires mondiales, dépassant ainsi la France selon le power index de Global Fire Power. La commande des 36 Rafales en 2016 à Dassault Aviation illustre clairement les ambitions indiennes. Arabie Saoudite, Algérie, Émirats-Arabes Unis, Turquie, Corée du Sud, la liste des puissances militaires en ascension est encore longue.

Cette dilution de la puissance de feu dans l’espace mondial, bien qu’il soit encore largement dominé par les États-Unis, la Chine et dans une moindre mesure l’Europe, met en exergue la complexification de l’ordre mondial et ses recompositions. Le réarmement dénote de deux phénomènes intimement liés. Premièrement, de plus en plus de pays s’affirment et pèsent dans le jeu géopolitique régional voire mondial. La Turquie en est un parfait exemple. Deuxièmement, ces stratégies de défense expriment de forts sentiments d’insécurité régionaux, comme c’est le cas pour la Corée du Sud ou pour les Émirats Arabes Unis.

Le champ de bataille se transforme

réarmement des armes nouvelles
Les drones de combat, nouvelles armes du XXIe siècle

Outre la dimension quantitative du réarmement mondial, les caractéristiques de ce dernier évoluent aussi, et de deux manières. Les moyens se métamorphosent dans l’innovation, et le champ de bataille se déplace. Concernant l’innovation, les armes s’améliorent et changent. La Russie a annoncé en décembre 2019 le déploiement de son missile hypersonique Avangard, « pratiquement invincible » selon Vladimir Poutine. De plus, les drones ou l’introduction de l’intelligence artificielle dans des armes autonomes transforment totalement la réalité du terrain.

L’autre mutation du champ de bataille, c’est qu’il va maintenant du cyberespace jusqu’à l’espace. Les dangers de la cyberguerre ont notamment conduit la Chine et la Russie (avec le « Runet ») à lancer des politiques d’« internet souverain » pour fonctionner de manière indépendante des réseaux internationaux. Parallèlement est en train de se jouer une deuxième saga de la « Guerre des Etoiles » reaganienne, avec une « arsenalisation » sino-russo-américaine de l’espace. Si Mac Mahan était né au XXIe siècle, « qui contrôle l’espace contrôle le monde » aurait pu être sa nouvelle maxime.

Conclusion : et l’Europe dans tout ça ?

Entourée d’un « cercle de feu » composé de crises, de menaces et de conflits, comment l’Europe se situe-t-elle ? On remarque une volonté grandissante de consolider une pensée stratégique, encore absente hier de la politique européenne. « Europe must also learn the language of power », déclare la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen. Des initiatives sont à relever, comme la Coopération Structurée Permanente de 2017 (CSP ou PESCO) ou le Fonds Européen de Défense prévu pour 2021. Dans un contexte de crise de l’OTAN et de montée de menaces, la défense européenne fait son nid. Ces initiatives suffiront-elles ? Et surtout, parviendront-elles à dépasser les innombrables divisions européennes ?

Sources :

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17 janvier 2020 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du NordAsie et OcéanieChineEuropeFranceGéopolitique & Relations InternationalesIndeInternationalProche et Moyen-OrientRussieSituations décryptées Leave a comment

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/international/42710-le-rearmement-du-monde

Paris, Berlin et Londres déclenchent un mécanisme pour contraindre l’Iran sur le nucléaire

urgent

Paris, Berlin et Londres déclenchent un mécanisme pour contraindre l’Iran sur le nucléaire

© Sputnik .INTERNATIONAL12:29 14.01.2020(mis à jour 12:52 14.01.2020)URL courte18650S’abonner

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont annoncé, mardi 14 janvier, leur décision de saisir la commission mise en place dans le cadre du mécanisme de résolution des différends créé par l’accord de Vienne, afin de contraindre l’Iran à respecter ses engagements.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont annoncé, mardi 14 janvier, leur décision de saisir la commission mise en place dans le cadre du mécanisme de résolution des différends créé par l’accord de Vienne, afin de contraindre l’Iran à respecter ses engagements.

«Nous n’avons plus d’autre choix, étant donné les mesures prises par l’Iran, que de faire part aujourd’hui de nos préoccupations quant au fait que l’Iran ne respecte pas ses engagements au titre du JCPoA et de saisir la Commission conjointe dans le cadre du mécanisme de règlement des différends, conformément aux dispositions du paragraphe 36 du JCPoA», indique un communiqué commun des ministères français, allemand et britannique des Affaires étrangères.

Le communiqué souligne que, malgré cette décision, les pays «ne rejoignent pas la campagne visant à exercer une pression maximale contre l’Iran»:

«Nous agissons en toute bonne foi avec l’objectif primordial de préserver l’accord et dans l’espoir sincère de trouver une solution pour sortir de l’impasse par le biais d’un dialogue diplomatique constructif, tout en restant dans son cadre. Nous espérons ramener l’Iran au plein respect de ses engagements au titre du JCPoA».

https://fr.sputniknews.com/international/202001141042901242-paris-berlin-et-londres-declenchent-un-mecanisme-pour-contraindre-liran-sur-le-nucleaire/

UNE EUROPE CONVALESCENTE ?

UNE EUROPE CONVALESCENTE ?


François CHAUVANCY

FRANÇOIS CHAUVANCY9 JUILLET 2019

François CHAUVANCY

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FRANÇOIS CHAUVANCY

Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014.
Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012.
Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone.
Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités.
Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d’influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque.
Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale.
Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.

DES DISPARITIONS

Helmut Kohl, un des symboles de la construction européenne, est décédé le 16 juin 2017. Il rappelait fréquemment l’anecdote suivante. Jeune écolier au lendemain de la guerre, il arrachait les poteaux frontières entre le Palatinat et la France ! Le couple franco-allemand Mitterrand-Kohl se créa donc aisément notamment sur la question de la défense de l’Europe et sur son unité.

Helmut Kohl défendra la position américaine dans la crise des euromissiles, c’est à dire du déploiement de missiles de croisière et de fusées Pershing-II en réponse à l’installation des missiles SS-20 soviétiques pointés sur l’Europe occidentale. En janvier 1983, à l’occasion du 20ème anniversaire du traité de l’Elysée, François Mitterrand lui apporte son soutien et déclare : « Les missiles sont à l’Est et les pacifistes à l’Ouest ». En 1984, F. Mitterrand saisit la main d’Helmut Kohl à l’ossuaire de Douaumont devant un cercueil recouvert des drapeaux français et allemand. La photo restera gravée dans les mémoires.

Le 9 novembre 1989, survient un autre événement : la chute du Mur de Berlin. La question de l’unité allemande est de nouveau d’actualité. Le 28 novembre, H. Kohl présente au Bundestag un programme en dix points pour le dépassement de la division de l’Allemagne et de l’Europe. Malgré la défiance de ses alliés européens, il obtient le soutien des Douze au Conseil européen de Strasbourg présidé par François Mitterrand. En contrepartie, il accepte la mise en route de l’Union économique et monétaire qui débouche sur la création de l’euro. Helmut Kohl a été donc au cœur de la construction de l’Europe d’aujourd’hui.

Le 30 juin 2017, Simone Veil disparaissait à son tour. Figure emblématique de la classe politique française, rescapée des camps de la mort, première présidente du parlement européen, elle a été un exemple pour les Français et leur classe politique. La France lui a rendu hommage aux Invalides par une cérémonie digne de la République. Son entrée au Panthéon accompagnée de son époux a été décidée par le président Macron. Enfin, une décision rapide sans polémique, lourdeurs administratives, débats sans fin …

UNE EUROPE FRÉMISSANTE ?

Cependant, qu’en-est-il aujourd’hui de l’Europe ? Une étude de l’institut Chatham House, « L’avenir de l’Europe. Une comparaison des positions du public et des élites », a été menée dans dix pays (Autriche, Belgique, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne, Espagne et Royaume-Uni) en décembre 2016 et en janvier 2017, en interrogeant séparément un échantillon de 10 000 personnes représentatives et un autre échantillon de près de 2 000 personnes représentatives des « élites ».

Publiée le 20 juin 2017 (Le Monde du 21 juin), elle montre de nouvelles lignes de fracture et une frustration certaine quant aux bénéfices tirés de la construction européenne mais aussi une communauté de vues sur sa nécessaire fonction de solidarité, son caractère démocratique, l’existence d’une identité européenne. Cependant, une proportion équivalente de citoyens est opposée à l’avènement d’Etats-Unis d’Europe, dotés d’un gouvernement central soit pour 47% des élites et 41% du public.

Ce consensus se brise sur la perception des bénéfices que tirent les citoyens de leur appartenance à l’Union européenne. Les élites sont à 71% conscientes des bénéfices qu’elles ont tirés de l’intégration européenne contre un tiers des personnes représentatives alors qu’un autre tiers des personnes représentatives considère que cela ne lui a apporté aucun bénéfice. Près de la moitié (47%) des personnes représentatives estime que l’élargissement de l’Union européenne est allé trop loin alors que 58% des élites soutiendraient l’adhésion de nouveaux membres. La question de l’adhésion de la Turquie, en revanche, ne recueille la majorité ni auprès des élites (opposées à 49%) ni au sein du public (62%).

UNE EUROPE QUI PROTÈGE

Une possible convalescence de l’Europe a été engagée par le Conseil européen du 22 juin à Bruxelles avec cette ligne politique défendue par le président Macron d’une « Europe qui protège » pour répondre à l’inquiétude des peuples.

Concernant la sécurité intérieure et le terrorisme, la coopération sera renforcée pour combattre la propagation de la radicalisation en ligne, prévenir et combattre « l’extrémisme violent », lutter contre l’idéologie qui le sous-tend. L’effort sera fait pour protéger le cyberespace mais aussi combattre la protection que celui-ci offre aux terroristes et aux criminels.

Je remarque que l’islamisme radical n’est pas évoqué et comme d’habitude les gouvernements européens ont repris le terme relativement neutre « extrémisme violent » pour l’évoquer. On évite de dire ce qui est et on se voile la face … presque intégralement devant la réalité. Or, la radicalisation et le terrorisme sont bien aujourd’hui les expressions de l’islamisme radical et non d’un quelconque mouvement armé « extrémiste violent »

La finalisation avant fin 2017 d’un système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS) renforcera le contrôle des frontières extérieures et la sécurité intérieure. Surtout, le Conseil a appelé à gérer la menace par un meilleur partage du renseignement sur « les combattants terroristes étrangers » et les « individus radicalisés qui ont grandi à l’intérieur de nos frontières ».

Concernant la sécurité extérieure et la défense, la relation transatlantique et la coopération entre l’Union européenne et l’OTAN restent fondamentales pour une sécurité globale que ce soit contre les cybermenaces, les menaces hybrides ou le terrorisme. Un « centre d’excellence » européen pour la lutte contre les menaces hybrides a été créé à Helsinki et salué par le Conseil européen.

Surtout, le Conseil a soutenu la création par la Commission du Fonds européen de la défense. Il comporte un volet « recherche » et un volet « capacités ». L’objectif est en particulier de doter l’industrie de défense européenne d’une base compétitive, innovante et équilibrée à l’échelle de l’Union européenne, y compris par une coopération transnationale et une participation des PME.

Enfin, une coopération structurée permanente a été jugée nécessaire. A cet effet, les Etats membres devraient établir dans un délai de trois mois une liste commune de critères et d’engagements contraignants. Pour renforcer le dispositif de réaction rapide de l’Union européenne, peu concluant à ce jour car il n’a jamais servi, le déploiement des groupements tactiques (un groupement correspond à 1500 hommes) devrait être pris en charge de façon permanente en tant que coût commun par le mécanisme Athéna.

POUR CONCLURE

Triste ironie de l’histoire, deux grands européens nous ont quittés alors que l’Europe semble se réveiller. Le couple franco-allemand se recrée après une longue absence avec l’objectif de revenir à « l’esprit de coopération qui existait jadis entre Mitterrand et Kohl », dans la poursuite de cette volonté de réconciliation prônée très tôt par Simone Veil.

https://theatrum-belli.com/une-europe-convalescente/

CyberguerreEurope de la DéfenseGuerre hybrideHistoireOTANsondage

En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie…

En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie 12 déc. 2019, 09:22 © Alexander Nemenov Source: AFP Le Kremlin, Moscou. (image d’illustration)

La diplomatie russe a annoncé que Moscou allait expulser deux diplomates de l’ambassade d’Allemagne. Une réponse symétrique après que Berlin a expulsé deux diplomates russes dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien dans la capitale. Moscou a annoncé ce 12 décembre l’expulsion de deux diplomates allemands, en représailles à la décision de l’Allemagne début décembre de renvoyer deux russes après le meurtre commandité, selon Berlin, d’un Géorgien d’origine tchétchène dans la capitale allemande.

Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué ce même jour l’ambassadeur allemand Géza Andreas von Geyr pour lui signifier que «deux collaborateurs de l’ambassade d’Allemagne avaient été déclarés persona non grata et avaient sept jours pour quitter» la Russie.

La diplomatie russe a également fait savoir espérer que ces expulsions – «symétriques» et constituant une réponse «inévitable» de la Russie – ne détérioreront pas les liens diplomatiques bilatéraux entre les deux pays.

La partie allemande a dit regretter la réaction de la Russie, évoquant par la voix de son ministère des Affaires étrangères une expulsion «injustifiée» et un «mauvais signal».

Dans un communiqué, Berlin annonce se réserver «le droit de prendre d’autres mesures dans cette affaire à la lumière des enquêtes» en cours.

Lire aussi Deux diplomates russes expulsés d’Allemagne, Moscou promet une réponse Le 4 décembre, Berlin avait sommé deux membres de l’ambassade russe en Allemagne de quitter le pays, «avec effet immédiat», accusant Moscou de n’avoir pas «suffisamment coopéré» dans l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien à Berlin.

 Le même jour, le parquet fédéral allemand, compétent en matière d’espionnage, avait déjà décidé de se saisir de cette enquête, évoquant un «contexte politique». «Vous avez expulsé nos diplomates, nous expulsons les vôtres. C’est tout», a déclaré le président russe Vladimir Poutine répondant à des questions de journalistes sur ce sujet après un sommet au «format Normandie» qui s’est tenu à Paris le 9 décembre.

C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou Interrogé au sujet de l’affaire par un journaliste allemand, le chef de l’Etat russe s’est également exprimé sur l’identité et les antécédents de la victime, un Géorgien d’origine tchétchène, nommé Tornike K. et identifié comme étant Zelimkhan Khangochvili.

Vladimir Poutine a affirmé que ce dernier avait «participé à des activités séparatistes» et était recherché par les services russes. «C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou», a déclaré Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas précisé de quel attentat il s’agissait mais Moscou a connu une série d’explosions meurtrières à partir de 1996. Les attentats dans le métro de la capitale russe ont fait, au total, 106 morts et 520 blessés dans la période entre 1996 et 2010. 

Le ministère russe des Affaires étrangères, de son côté, avait évoqué un acte «injustifié» concernant la mesure allemande et promis des représailles. «Nous considérons que les déclarations faites par la partie allemande concernant l’expulsion de deux employés de l’ambassade de Russie à Berlin sont hostiles et sans fondement. Une approche politisée de questions relatives à une enquête est inadmissible.

Nous sommes contraints de prendre une série de mesures de rétorsion», avait déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova. Un Géorgien tué par balle au beau milieu d’un parc à Berlin Le 23 août, en plein jour, dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays et identifié comme Tornike K., a été tué de trois balles tirées d’une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une «exécution».

Tornike K. avait participé à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant d’entrer dans une unité anti-terroriste du ministère géorgien de l’Intérieur, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche. Il était considéré par Moscou comme terroriste.

Déjà visé par plusieurs tentatives d’assassinat, il avait émigré quelques années avant sa mort en Allemagne. Selon le parquet fédéral allemand, chargé des affaires d’espionnage, le meurtre aurait été commis «soit pour le compte d’entités étatiques de la Fédération de Russie, soit pour le compte de la République autonome tchétchène». Le meurtrier présumé est un Russe, depuis emprisonné à Berlin où il garde le silence.

 Cet homme aurait été détenteur de papiers d’identité au nom de Vadim Sokolov, 49 ans, qui ne figurent pas dans les bases de données russes. Il était entré en Allemagne, en passant par la France, deux jours avant le meurtre.

Lire aussi : Selon Poutine, le Géorgien tué en Allemagne était «un combattant, très cruel et sanguinaire» International

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Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s’engagent à stabiliser l’est ukrainien 9 déc. 2019

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s’engagent à stabiliser l’est ukrainien 9 déc. 2019, 23:53 © REUTERS/Charles Platiau/Pool Les quatre dirigeants du sommet au format Normandie, le soir du 9 décembre à Paris.

Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu ce 10 décembre, de mettre en œuvre des mesures de soutien au cessez-le-feu pour l’est de l’Ukraine, afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. A l’issue du sommet au «Format Normandie» qui s’est tenu ce 9 décembre à Paris, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu, via un communiqué, des mesures pour stabiliser la situation dans la zone de conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dans le détail, il s’agit de «mesures de soutien au cessez-le-feu» pour l’est de l’Ukraine afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. Le retrait de forces dans trois zones disputées devrait être opéré d’ici fin mars 2020.  «Nous avons avancé sur le désengagement, les échanges de prisonniers, le cessez-le-feu et l’évolution politique» et «nous avons demandé pour les quatre mois à venir à nos ministres de travailler […] en vue d’organiser des élections locales, avec l’objectif d’un nouveau sommet dans quatre mois», a précisé le président français, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse avec les trois autres dirigeants qui concluait le sommet parisien.

Un «pas important» pour Vladimir Poutine Ce sommet au format Normandie constitue un «pas important» vers une désescalade, s’est félicité le chef d’Etat russe Vladimir Poutine, affirmant que des bases avaient été posées pour «croire en un processus de paix qui va dans la bonne direction». Le président russe a insisté à de nombreuses reprises sur le fait que l’Ukraine devait modifier sa Constitution afin d’accorder un statut spécial pour le Donbass, conformément aux accords de Minsk.

Interrogé par la presse sur une possible souplesse sur les accords de Minsk, le chef d’Etat russe a fait valoir qu’il convenait de ne pas toucher aux engagements déjà adoptés par les parties du format Normandie. C’est d’ailleurs l’un des points de divergence bien palpable lors de ce sommet. Sous pression de l’opinion publique dans son pays, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine n’accepterait pas une «fédéralisation» et ne permettra à personne d’«influer son vecteur de développement».  Ne pas oublier «les gens ordinaires» «Nous devons nous assurer qu’il n’y a pas de queues interminables, que les milliers de gens ordinaires qui vivent dans cette zone puissent passer aisément», a également déclaré Vladimir Poutine, à propos de la ligne de contact entre les territoires sous contrôle des rebelles est-ukrainiens et le reste de l’Ukraine. «N’oublions pas les gens ordinaires qui y vivent. Tous nos accords doivent améliorer leurs vies, non pas dans le futur, mais maintenant.»

En outre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé un important échange de prisonniers avec les rebelles de l’Est ukrainien en décembre. Il a également fait savoir son accord sur un élargissement du mandat de l’OSCE dans le processus de règlement du conflit et lui a accordé un accès total à la zone de conflit. Le chef d’Etat ukrainien a pour autant jugé les avancées issues de ce sommet trop limitées : «Beaucoup de questions ont été abordées, mes homologues ont dit que c’est un très bon résultat pour une première rencontre. Pour moi, je le dis honnêtement, c’est très peu : je voudrais résoudre un plus grand nombre de problèmes», a-t-il déclaré. Un nouveau sommet dans quatre mois

Enfin, la chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé qu’un autre sommet devrait se tenir dans quatre mois entre les représentants des quatre pays.

Le chef d’Etat français a d’ailleurs rappelé, lors de la conférence de presse, que le «format Normandie» constituait le seul format diplomatique permettant de mettre en œuvre les accords de paix de Minsk. Le «format Normandie» a été conçu en 2014 pour tenter d’arrêter le conflit dans l’est de l’Ukraine. Les combats entre les autorités ukrainiennes et deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont ​​éclaté après un coup d’Etat à Kiev, qui a renversé le président Victor Ianoukovitch. Les pourparlers ont finalement abouti à un plan de paix, connu sous le nom d’«accords de Minsk», début 2015. Lire aussi : «Format Normandie» à Paris : un sommet pour tenter de mettre fin au conflit ukrainien  International

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Deux diplomates russes expulsés d’Allemagne, Moscou promet une réponse 4 déc. 2019, 12:57 © JOHN MACDOUGALL Source: AFP Ambassade russe à Berlin Estimant que la Russie n’a pas «suffisamment coopéré» dans l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien à Berlin, l’Allemagne a décidé d’expulser deux diplomates russes.

Le parquet fédéral s’est saisi de l’enquête. Moscou dénonce un acte «injustifié». Berlin a sommé deux membres de l’ambassade russe en Allemagne de quitter le pays, «avec effet immédiat», le 4 décembre, accusant Moscou de n’avoir pas «suffisamment coopéré» dans l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien à Berlin.

 Cette annonce fait suite à la décision mercredi du parquet fédéral allemand, compétent en matière d’espionnage, de se saisir de cette enquête en évoquant un «contexte politique». «Nous ne sommes absolument pas au courant de cet incident» Le ministère russe des Affaires étrangères, de son côté, évoque un acte «injustifié» et promet des mesures de représailles.

«Nous considérons que les déclarations faites par la partie allemande concernant l’expulsion de deux employés de l’ambassade de Russie à Berlin sont hostiles et sans fondement. Une approche politisée vis-à-vis de questions d’enquête est inadmissible. Nous sommes contraints de prendre une série de mesures de rétorsion.», a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Ce sont des hypothèses absolument sans fondement Egalement interrogé sur cette affaire, le Kremlin a fait savoir le 4 décembre ne rien savoir du meurtre d’un Géorgien à Berlin l’été dernier. « Nous ne sommes absolument pas au courant de cet incident », a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

«L’enquête est en cours en Allemagne (…) Nous n’avons aucune information ici». «Ce sont des hypothèses absolument sans fondement », a-t-il ajouté, indiquant que le «sujet est en quelque sorte monté en épingle par les médias allemands» et indiquant qu’en l’absence de «soupçons sérieux» cette affaire ne pèserait pas sur la rencontre prévue le 9 décembre à Paris entre les dirigeants russe, ukrainien, allemand et français.

Un Géorgien tué par balle au beau milieu d’un parc à Berlin Le 23 août, en plein jour dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays et identifié comme Tornike K., a été tué de trois balles par une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une «exécution».  Tornike K. avait participé dans le camp tchétchène à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant de passer dans une unité anti-terroriste du ministère de l’Intérieur géorgien, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche.

Moscou le considère comme un terroriste. Visé déjà par plusieurs tentatives d’assassinat, celui qui était jusqu’ici présenté dans la presse sous le nom de Zelimkhan Khangochvili avait émigré ces dernières années en Allemagne.

  Selon le parquet fédéral allemand, chargé des affaires d’espionnage, le meurtre avait été commis «soit pour le compte d’entités étatiques de la Fédération russe, soit pour le compte de la République autonome tchétchène». Quant au meurtrier présumé, un Russe, est depuis emprisonné à Berlin où il garde le silence. Cet homme aurait été détenteur de papiers d’identité au nom de Vadim Sokolov, 49 ans, qui ne figurait pourtant pas dans les bases de données russes.

 Il était entré en Allemagne, en passant par la France, deux jours avant le meurtre.

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