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Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019

Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019

Par Fabien HERBERTJoséphine BOUCHERMaxime LEFEBVREPierre VERLUISE, le 8 mai 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Maxime Lefebvre est diplomate, Professeur en Questions internationales à Sciences Po et Professeur affilié à l’ESCP Europe. Auteur de nombreux ouvrages. 
Images et son : Fabien Herbert. Résumé : Joséphine Boucher. Une conférence organisée par Pierre Verluise Diploweb.

L’ Ambassadeur Maxime Lefebvre s’exprime à titre personnel. Il présente clairement l’évolution des relations franco-allemandes depuis 1945, conjuguant les approches géopolitique et historique. La vidéo (54’) est accompagnée d’un résumé.

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Joséphine Boucher pour Diploweb.com

L’intervention de M. Lefebvre identifie les traits structurants des relations franco-allemandes depuis 1945, conjuguant les approches géopolitique et historique. La rivalité franco-allemande a été structurante dans le système international et européen à partir de la formation de l’unité allemande. Dès 1871, Otto von Bismarck créé un système d’alliances pour isoler la France à travers un réseau d’alliances diplomatiques visant à empêcher une revanche française. Après le conflit franco-allemand de 1914 et à partir du système de Paris de 1919, l’Allemagne humiliée par le Traité de Versailles fait face à une France qui tente de maintenir sa position de prépondérance. Néanmoins, les années 1920 sont synonymes d’un rapprochement incarné à l’époque par Aristide Briand et Gustav Stresemann, respectivement ministres français et allemand des Affaires étrangères de 1925 à 1932 pour l’un et de 1923 à 1929 pour l’autre. Ils sont en fait les inventeurs du couple franco-allemand, partageant l’idée de promouvoir la paix. En 1945, la défaite de l’Allemagne d’Adolf Hitler marque le début d’une nouvelle période qui peut être divisée en six étapes.

Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019
Maxime Lefebvre
Diplomate, M. Lefebvre s’exprime ici à titre personnel

La première étape est celle de la réconciliation entre les deux pays et du lancement du projet communautaire. Avant 1949 et la création de deux Etats ouest-allemand et est-allemand, la première préoccupation française est d’empêcher la résurgence d’une menace allemande. Elle aboutit à deux traités dirigés contre le danger allemand, le traité franco-britannique de Dunkerque et un accord en 1948 pour souder l’Europe occidentale. La Guerre froide (1947-1990) correspond ensuite à un changement de contexte total. La menace principale devient l’Union soviétique et les Français initient la construction européenne avec la déclaration Schumann du 9 mai 1950 et la proposition de mettre en commun les industries du charbon et de l’acier des pays d’Europe de l’Ouest. Il s’agit alors de mutualiser des industries dédiées à l’origine à l’armement national et d’accomplir des réalisations concrètes créant des solidarités de fait. La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) naît en 1951 et, dans ce contexte de tensions, le plan Pleven proposé en 1950, signé en 1952 mais disparu en 1954 avait pour objet d’étendre la construction européenne à la défense en créant une communauté européenne de défense (CED). Il convient de noter que cette première Europe à 6 surnommée l’Europe carolingienne reste exclusivement occidentale et n’inclut que Allemagne de l’Ouest (RFA). La signature des traités de Rome en 1957 complète la CECA d’une Communauté économique européenne (CEE) et d’une Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom).

Zbigniew Brzezinski : « À travers la construction européenne, la France vise la réincarnation et l’Allemagne la rédemption. » Le Grand Echiquier (1997)

La deuxième phase correspond à la création d’un couple franco-allemand qui incarne une relation résumée par Zbigniew Brzezinski dans Le Grand Echiquier (1997) comme suit : « À travers la construction européenne, la France vise la réincarnation et l’Allemagne la rédemption. » La construction européenne semble être alors un levier de puissance pour la France et un moyen de reconstruire une souveraineté et une identité pour l’Allemagne. Ce couple si caractéristique est d’abord incarné par le Général C. de Gaulle et le chancelier K. Adenauer qui signent le traité de l’Elysée le 22 janvier 1963. Celui-ci établit un partenariat privilégié entre les deux pays. Malgré cela, il n’est pas le fondement d’une grande politique franco-allemande en raison des réticences allemandes à s’enfermer dans une relation bilatérale avec le voisin français.

Après le départ de C. de Gaulle, il est possible d’étendre la communauté au Royaume-Uni tout en solidifiant l’édifice européen. C’est la troisième phase, celle de l’élargissement et de l’approfondissement. C’est aussi la période de l’Ostpolitik et de Willy Brandt et Georges Pompidou. L’Allemagne fédérale mène alors sa propre politique vis-à-vis de l’URSS, elle veut détendre les relations avec l’Est et rapprocher les deux Allemagne selon une politique dite des transformations par le rapprochement. Cela aboutit à une détente dans le couple franco-allemand et à la reconnaissance des deux Etats allemands l’un par l’autre. Finalement, les changements sont à l’époque plus impulsés par l’Allemagne de l’Ouest que par le couple franco-allemand. Le premier élargissement nordique de 1973 au Danemark, au Royaume-Uni et à l’Irlande ouvre l’Europe communautaire à 9 Etats membres et s’accompagne de progrès avec la création d’une union politique européenne et d’une union monétaire via une coopération monétaire qui annonce la monnaie unique. De 1974 à 1982, deux leaders dominent le couple franco-allemand, ce sont le président Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) et le chancelier Helmut Schmidt (1974-1982). Les années 1980 sont celles d’un autre couple avec François Mitterrand à partir de 1981 et Helmut Kohl en 1982. Ils établissent une relation de confiance et un partenariat à travers la crise des euro-missiles, qui constitue un moment de solidarité important, et la commémoration de Verdun en 1984 dont la fameuse poignée de main est depuis intégrée dans le pathos franco-allemand. Ce sont les années de l’élargissement méditerranéen et de l’Europe à 12, mais aussi de la centralité française, qu’elle soit géographique ou d’influence. Les nouveaux progrès dans l’approfondissement sont marqués par l’accord de Schengen en 1985 qui ouvre la voie à la libre circulation des personnes entre la France, l’Allemagne et le Benelux. L’Acte unique de 1986 achève le marché intérieur et le passage d’un marché commun à un marché unique. Dans cette relation franco-allemande privilégiée, de nouvelles institutions apparaissent également : ce sont le Conseil franco-allemand économique et financier en 1988 et le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, et une chaîne de télévision commune et bilingue, Arte.

Maxime Lefebvre
Diplomate, M. Lefebvre s’exprime ici à titre personnel

La décennie suivante marque une nouvelle étape de la relation. La réunification allemande en 1990 signe la fin de la Guerre froide, le mur de Berlin est tombé, le communisme vit ses derniers jours à l’est et l’Europe de l’est entre dans une phase de démocratisation. C’est aussi un moment de méfiance entre la France et l’Allemagne surmonté par des progrès comme le traité de Maastricht signé en février 1992 et dont le point central est la monnaie unique, l’euro, mis en circulation le 1er janvier 2002. Par ailleurs, l’instauration d’une politique étrangère commune et d’une coopération en matière de justice et d’affaires intérieures permettent un nouvel élargissement de l’UE aux pays neutres, à savoir la Suède, la Finlande et l’Autriche en 1995. C’est à ce moment-là que le français devient minoritaire dans les institutions européennes au profit de l’anglais, dessinant une Europe plus nordique et plus anglophone. Gerhard Schröder, le successeur de Kohl en 1998 adopte un langage nouveau : il veut défendre les intérêts allemands et mène une politique de basculement vers l’est. La capitale allemande est déplacée de Bonn à Berlin et on constate un changement de l’équilibre géopolitique de l’Allemagne, qui fonde des liens commerciaux forts avec les pays de l’est européen.

Le rapprochement concerne aussi le refus de la guerre en Irak en 2002-2003, formant alors un axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou contraire à la politique unilatérale de Georges W. Bush.

Le début du XXIème siècle correspond à une période de tensions dans la relation franco-allemande avec des sommets dont celui de Nice en 2000. Les dirigeants lancent alors le processus de Blaesheim qui consiste à organiser des rencontres régulières, environ tous les deux mois, entre les chefs d’Etat et de gouvernement et les deux ministres des Affaires étrangères. À cette époque là, des dirigeants socialistes français proposent de créer une union franco-allemande, idée reprise en 2003 par Dominique de Villepin. À cette période de tensions en 1999-2000 suit une phase de rapprochement entre 2002 et 2004 qu’incarnent Jacques Chirac et Gerhard Schröder et des accords franco-allemands, notamment sur la Politique agricole commune et son financement en 2002. Celui-ci stipule à la fois un maintien du budget de la PAC et une augmentation progressive des aides aux agriculteurs de l’est. Le rapprochement concerne aussi le refus de la guerre en Irak en 2002-2003, formant alors un axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou contraire à la politique unilatérale de Georges W. Bush. En 2003, on parle même de Conseil des ministres franco-allemands. Par ailleurs, le projet de Constitution pour l’Europe pensé en 2004 est un autre moment de travail commun entre Français et Allemands. Cette proximité franco-allemande prend la forme d’une influence modératrice et positive de J. Chirac et G. Schröder auprès de V. Poutine lors de la première crise ukrainienne de 2004-2005. Pourtant, les divergences politico-économiques se développent à partir de 2002 suite aux réformes douloureuses de Schröder et à l’ascendant économique allemand qui fait face à une France qui s’enlise dans l’immobilisme. Malgré tout, le couple franco-allemand est toujours là : lors de la crise économique de 2008, le couple N. Sarkozy -A. Merkel tente de maintenir un équilibre entre solidarité avec les Grecs et responsabilité avec renforcement de la discipline à travers un pacte budgétaire conclu en 2012. Quand surgit une nouvelle crise ukrainienne en 2013-2014, François Hollande et Angela Merkel prennent l’initiative ensemble de créer le “format Normandie“ qui réunit la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie pour tenter de régler diplomatiquement la crise.

Enfin, la dernière étape plus contemporaine du Brexit et le départ annoncé des Anglais signent un bouleversement géopolitique européen aussi marqué par le frein allemand. Les blocages actuels concernent la tendance allemande moins intégrationniste et favorable à une Europe supranationale qu’auparavant. Nos voisins d’outre-Rhin semblent plus attentifs à défendre leurs intérêts, plus immobilistes et moins aptes à renforcer le budget européen et à encourager une intervention militaire extérieure.

Alors, quel poids franco-allemand dans l’UE aujourd’hui ? Les deux pays représentent ensemble plus d’1/3 de la population de l’UE à 27 et forment 55% du PIB de la zone euro. Des divergences persistent sur les plans politique, culturel et économique et l’Allemagne reste la puissance centrale de l’Europe par rapport à une France qui semble moins performante et plus demandeuse dans la relation franco-allemande. En témoigne le récent traité d’Aix-la-Chapelle signé le 22 janvier 2019 qui rénove la relation et introduit des nouveautés comme la coopération transfontalière, une clause de défense collective et l’inscription que le but des deux pays est que l’Allemagne ait un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

Finalement, le risque d’une relation franco-allemande détériorée est celui d’une déconstruction européenne. Cette relation est le trait d’union qui permet l’unité européenne. Un véritable levier franco-allemand nécessite alors un besoin de confiance et de volonté mais il ne peut pas s’agir d’une relation exclusive.

Copyright pour le résumé Mai 2019-Boucher/Diploweb.com


Cette conférence de M. Lefebvre était organisée au bénéfice des étudiants d’Hypokhâgne de la CPGE de Blomet (Paris), découvrez son site et sa page Facebook Prépa Blomet


Plus

Quelques ouvrages de Maxime Lefebvre en relation avec le sujet de cette conférence :

Maxime Lefebvre, L’Union européenne peut-elle devenir une grande puissance ? éd. La documentation française

Maxime Lefebvre, La construction de l’Europe et l’avenir des nations, éd. Armand Colin

Maxime Lefebvre, La politique étrangère européenne, éd. PUF

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Emmanuel Macron assume une « confrontation féconde » avec Angela Merkel pour bâtir un « compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer »

RELATION CONFLICTUELLE ?
Emmanuel Macron assume une « confrontation féconde » avec Angela Merkel pour bâtir un « compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer »

Emmanuel Macron a indiqué ce mercredi ne croire « ni à la confrontation stérile ni à l’entente stérile » avec Angela Merkel mais à « la confrontation féconde » afin de « bâtir un compromis » au niveau européen.

Le président de la République s’est exprimé lors d’une conférence de presse à l’Elysée : 

« Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d’accord sur tout, pour construire un compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer« .

Il était interrogé suite à une déclaration sans langue de bois de la chancelière allemande qui  reconnaît des différences avec Emmanuel Macron. Angela Merkel a accordé un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. La chancelière souligne les « différences de mentalité » entre elle et le président français et des « différences dans leur compréhension des rôles« . Angela Merkel a reconnu avoir une « relation conflictuelle » avec Emmanuel Macron. La chancelière allemande considère que les deux dirigeants ont eu des « temporalités différentes« .

Ces propos sont issus d’une interview publiée ce mercredi par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung :

« Bien sûr, nous avons une relation conflictuelle. Il y a des différences de mentalité [entre moi et le président français et des] différences dans [notre] compréhension des rôles« .

La chancelière apporte néanmoins une note d’optimisme en soulignant les « énormes progrès » réalisés grâce au couple franco-allemand, notamment sur la question de la défense :

« Nous avons décidé de développer un avion de combat et un char ensemble. (…) C’est un signe de confiance que de compter davantage les uns sur les autres en matière de politique de défense ».

Les deux dirigeants ont également signé en janvier dernier le traité d’Aix-la-Chapelle sur la coopération et l’intégration franco-allemandes.

Angela Merkel a aussi abordé la question des élections européennes dans cet entretien. Selon elle, il s’agit d’un scrutin « d’une grande importance, une élection spéciale« . Elle considère que beaucoup sont « inquiets pour l’Europe, moi aussi« .

Vu sur : Le Figaro
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Pompeo en clandestin à Bagdad

Pompeo en clandestin à Bagdad

Brèves de crise

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1603

Pompeo en clandestin à Bagdad

Comme le notait le colonel Pat Lang, les autorités US ont craint ces jours derniers une attaque iranienne contre des militaires US (« On me dit que les Israéliens ont dit aux néoconservateurs (Bolton, Pompéo, etc.) que les Iraniens se préparent à attaquer le grand nombre de soldats américains en Irak… »). C’est dans le même sens et le même esprit de ces alertes qui touchent les divers services US que Patrick Buchanan développe son dernier commentaire, notant que Pompeo s’est rendu clandestinement à Bagdad, en Irak (au lieu de rencontrer Merkel), parce que les services de sécurité US craignaient une attaque iranienne contre le secrétaire d’État.

(Ainsi y avait-il peut-être dans la décision brutale d’annuler la rencontre avec Merkel un peu plus que le seul calcul initial d’une rebuffade, mais également l’idée des services de sécurité US de profiter de cette manœuvre anti-allemande pour camoufler la visite “clandestine” de Pompeo dans cette possession de l’empire…)
Buchanan : « En 2003, George W. Bush nous a amenés à la guerre pour libérer l’Irak du despotisme de Saddam Hussein et faire de cette nation un modèle de liberté et de prospérité au Moyen-Orient.
» Mardi, Mike Pompeo s’est rendu clandestinement à Bagdad, a rencontré le Premier ministre et est parti quatre heures plus tard, sur la pointe des pieds. La visite a été tenue secrète, pour éviter une attaque contre les Américains ou le secrétaire d’État.
» Question: Quel a été le succès de l’opération Liberté pour l’Irak, qui a coûté la vie à 4 500 de nos soldats, fait 40 000 blessés et coûté $1 000 milliards aux États-Unis si, 15 ans après notre victoire, notre secrétaire d’État doit, pour sa propre sécurité, se déplacer clandestinement dans la capitale irakienne ?
» Sujet de discussion entre Pompeo et le Premier ministre : Dans l’éventualité d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran, les Irakiens assureraient la protection des 5 000 soldats américains présents dans le pays, contre les dizaines de milliers de miliciens chiites formés et armés par les Iraniens… »
On souhaite bonne chance aux 5 000 soldats US en Irak, ainsi qu’aux 5 000 autres en Syrie, deux pays où les Iraniens directement ou indirectement, et leurs divers alliés (les milices chiites) sont extrêmement présents et remarquablement adaptés au terrain ;on leur souhaite également bonne chance pour ce qui est de la sécurité que peuvent leur apporter les soldats irakiens, moins du point de vue des capacités militaires de ces soldats que de leur zèle à protéger les forces armées US qu’ils n’aiment guère.

Ces alertes ont pris une dimension qui est très indicative de ce que pourrait être en vérité un conflit entre les USA et l’Iran, qu’on a toujours tendance à considérer en termes de puissance stratégique, et essentiellement navales et aériennes, selon les conceptions US (porte-avions, bombardiers, etc.) et l’avantage implicite ainsi affiché pour la puissance technologique occidentale. Vieux réflexe d’indéfectibilité extrêmement suprémaciste.

Il s’agirait essentiellement d’un conflit plusieurs fois hybride, ou hybride dans tous les sens, où les USA se trouveraient pris dans un tourbillon dont ils ont d’ailleurs eux-mêmes largement contribué à la création. Outre les forces, le nombre de bases US dans la région qui sont visibles, et donc vulnérables, est considérable et représente le revers de la puissance : toutes ces bases assurent la puissance stratégique US dans la région, mais elles constituent autant de cibles extrêmement vulnérables pour des attaques d’unités de combat de basse intensité bien rodées. Il faut avoir à l’esprit que, dans cette sorte de conflit, les Iraniens prendraient beaucoup moins de précautions que les Russes dans leurs attaques contre les forces US, et n’attendraient pas les bombes super-intelligentes, US et israéliennes (les Israëliens sont dans le même moule de pensée technologique.).

Le voyage clandestin du ministre des affaires étrangères dans une possession de la plus grande puissance du monde est un symbole qui doit nous dire qu’en cas de conflit des USA avec l’Iran, derrière les rodomontades de la doublette des neocon-MAX, Bolton-Pompeo, se trouvent des bancs pesants et inquiétants de ce qu’on a coutume de désigner comme “le brouillard de la guerre” (“the fog of the war”), qui embarbouille les certitudes des guerres gagnées d’avance.

 

Mis en ligne le 11 mai 2019 à 13H40

http://www.dedefensa.org/article/pompeo-en-clandestin-a-bagdad

Le sommet de Sibiu ne ferme pas la porte aux Spitzenkandidaten

Le sommet de Sibiu ne ferme pas la porte aux Spitzenkandidaten

Donald Tusk et Jean-Claude Juncker au sommet de Sibiu. [European Council]

Les dirigeants européens ont accepté un sommet d’urgence juste après les élections, le 28 mai, à la demande de Donald Tusk, qui veut régler la question de la nomination des présidents de la Commission et du Conseil en juin.

« Mon intention est que le Conseil nomme la nouvelle direction de l’UE en juin. J’appelle tout le monde à prendre ses responsabilités pour rendre cela possible », a déclaré le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk, au sommet de Sibiu, en Roumanie. En 2014, il a fallu trois sommets et trois mois pour trouver un accord.

Quand les candidats sont présentés par les États membres, et non par le Parlement, les négociations sont potentiellement plus âpres. Donald Tusk a indiqué que la décision sera prise « conformément aux règles inscrites dans les traités », tout en tenant compte de facteurs comme la parité entre genres et la géographie. Le plus important, insiste-t-il, est « d’assurer l’efficacité des institutions », même si cela veut dire mettre la question au vote en cas d’absence de consensus.

L’unanimité n’est pas obligatoire pour une telle décision, même si les diplomates rappellent qu’elle est souhaitable. En 2014, les Premiers ministres hongrois et britanniques, Viktor Orbán et David Cameron, avaient tenté de bloquer la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission.

Les dirigeants devront décider qui dirigera l’exécutif, le Conseil et le Parlement (via le système des Spitzenkandidaten), ainsi que la Banque centrale européenne et le prochain Haut représentant aux affaires étrangères. Lors de sa conférence de presse, Emmanuel Macron a indiqué vouloir « éviter un compromis sur le moins bon candidat, comme ça a été le cas par le passé ». Une décision rapide ne sera donc peut-être pas possible.

Sibiu: la course aux postes clés démarre

Les dirigeants des pays de l’UE se retrouvent à Sibiu sans le Royaume-Uni, pour plancher sur leur « agenda stratégique » des cinq prochaines années, et ouvrir le bal des prétendants aux grands postes européens.

Les Spitzenkandidaten pas officiellement hors-jeu

Le système des Spitzenkandidaten – des candidats choisis par les groupes politiques du Parlement – qui a permis à Jean-Claude Juncker d’accéder à son poste, sera peut-être abandonné. Le sommet du 28 mai est en effet trop proche de l’élection pour fournir une vision lisible de son résultat.

Les traités européens indiquent seulement que le Conseil doit « tenir compte des élections parlementaires » pour nommer les dirigeants de l’UE. Il n’y a donc aucune garantie de voir le prochain président de l’exécutif choisi au sein du groupe majoritaire au Parlement. Le système est en effet décrié par plusieurs chefs d’État, qui estiment qu’il favorise le PPE.

Le président français a d’ailleurs immédiatement estimé que ce système n’était pas le bon. Malgré son « respect » pour le candidat du PPE, Manfred Weber, il ne « se sent pas lié par le principe des Spitzenkandidaten ».

La France ne prend plus l’Allemagne au sérieux

La classe politique allemande a fait montre d’un mépris professionnel arrogant envers les idées de réformes d’Emmanuel Macron. Le président français riposte. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

À son arrivée au sommet, le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a pour sa part jugé que les Spitzenkandidaten étaient « une erreur, dès le départ » et que ce processus ne pouvait fonctionner sans des listes transnationales. Une vision partagée par Emmanuel Macron.

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaitė, a également indiqué que le système était « un peu en dehors des traités et procédures démocratiques ».

Vu ces avis négatifs, les observateurs pensaient que le système serait enterré au sommet. Finalement, la décision ne sera pas prise avant le 28 mai.

Les Spitzenkandidaten ont cependant toujours des partisans au Conseil, en particulier parmi les dirigeants du PPE, qui devrait une fois de plus être en première position après les élections. Sebastian Kurz, Premier ministre autrichien, a quant à lui défendu le système de nomination et estime que sa suppression n’est pas démocratique.

Celui-ci venait d’assister au pré-sommet du PPE, où le groupe conservateur a réitéré son soutien à son candidat désigné, le Bavarois Manfred Weber. Cette semaine, ce dernier a été soumis à une pression accrue : il a été dominé dans un débat par son homologue socialiste, Frans Timmermans, a perdu le soutien de Viktor Orbán et a dû répondre à des questions gênantes sur une éventuelle candidature rivale de Michel Barnier, le négociateur du Brexit.

Cependant, le président du PPE, Joseph Daul, a déclaré que des membres proéminents du groupe, dont l’Allemande Angela Merkel, avaient « réitéré leur soutien indéfectible » au candidat officiel. À la fin du sommet, la chancelière allemande a de fait répété : « Je soutiens Manfred Weber, pour que ce soit très clair. »

Le sommet de mai révélera si ce soutien sera suffisant pour maintenir les espoirs du Bavarois de succéder à Jean-Claude Juncker ou non.

Le Conseil, ennemi commun des Spitzenkandidaten

Le deuxième débat entre les principaux candidats des quatre grandes familles politiques pro-européennes aux élections européennes a à nouveau été étrangement peu controversé.

Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 avril 2019

L’accord nucléaire iranien, dit Plan d’action global conjoint (JCPOA), limite les activités nucléaires de l’Iran pendant 15 ans. Passé ce délai, l’Iran serait toujours lié par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et son Protocole additionnel. Mais l’Iran serait libre de produire de l’uranium enrichi pour ses réacteurs nucléaires.

En octobre 2017, les États-Unis ont quitté le traité et réintroduit des sanctions économiques contre l’Iran. Mais les signataires européens, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont déclaré qu’ils respecteraient l’accord. Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, tweetait à cette époque :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:25 utc - 8 sept 2017 

La France ne soutient aucune renégociation du traité JCPOA, qui devrait être mis en œuvre tel quel.

La France et l’Allemagne ont créé une structure complexe pour permettre certaines transactions commerciales avec l’Iran tout en échappant aux menaces de sanctions américaines secondaires. Le Guide suprême iranien Khamenei a qualifié cette structure de « blague » car elle ne permettra guère un commerce sérieux.

La semaine dernière, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France ont également intensifié leurs pressions sur l’Iran au sujet de ses programmes de missiles balistiques. L’Iran rejette sévèrement (vidéo, recommandé) toute critique de ce genre. Elle a depuis longtemps volontairement limité la portée de ses missiles à 2 000 kilomètres. N’ayant pas d’armée de l’air moderne, les missiles sont le seul moyen de menacer les biens de ses ennemis au Moyen-Orient. Il ne les abandonnera jamais.

De son côté, l’Iran respecte le JCPOA. Il limite ses activités nucléaires tout en permettant à l’AIEA d’inspecter le pays. Alors que les sanctions américaines s’accumulent et que les Européens refusent de soutenir des échanges commerciaux réguliers et continuent leur pression sur le sujet des missiles balistiques iraniens, il devient de plus en plus difficile pour les politiciens iraniens de justifier l’accord. Si, de leur côté, les États-Unis et l’UE ne respectent pas l’accord, pourquoi l’Iran devrait-il le faire ?

Les Européens continuent de traîner les pieds. La semaine dernière, la poste britannique a déclaré qu’elle n’accepterait plus de colis à destination de l’Iran. Aucune raison valable n’a été donnée. Hier, Gérard Araud, qui défendait l’accord nucléaire en 2017, a voulu le remettre en cause :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:10 utc - 13 avr 2019

Il est faux de dire qu'à l'expiration du JCPOA, l'Iran sera autorisé à enrichir de l'uranium. En vertu du TNP et de son protocole additionnel, elle devra prouver, sous un contrôle strict, que ses activités nucléaires sont civiles.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:17 utc - 13 avr 2019

Comme nous le disions en 2002, l'enrichissement de l'uranium sans programme civil crédible est illégal en vertu du TNP, nous dirons la même chose en 2025 si nécessaire. Des sanctions ont été imposées. Des sanctions pourraient être réimposées. Il n'y aura pas de "trêve" après le JCPOA.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:20 utc - 13 avr 2019

La Russie fournit de l'uranium enrichi à la centrale nucléaire de Busheer. Il n'y aura donc aucune raison concevable pour l'Iran d'enrichir massivement de l'uranium après la fin du JCPOA.

L’Allemagne devrait cesser de construire le gazoduc Nord Stream II parce qu’il est supposé dangereux de dépendre des importations de gaz en provenance de Russie. Mais l’Iran devrait faire confiance à la Russie pour fournir de l’uranium à ses centrales nucléaires ? Pourquoi l’Allemagne est-elle autorisée à enrichir de l’uranium pour ses centrales nucléaires ? La Russie pourrait certainement lui en fournir aussi.

Après la fin du moratoire de 15 ans imposé par le JCPOA, l’Iran est bien sûr libre de produire son propre uranium pour ses propres centrales nucléaires. Rien dans les lois internationales n’exige que l’Iran continue de l’acheter à la Russie. La déclaration d’Araud n’a aucun sens.

Ce matin, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a répondu à Araud :

Seyed Abbas Araghchi @araghchi - 9:02 utc - 14 avr 2019

Si les tweets de @GerardAraud représentent la position française, nous sommes confrontés à une violation majeure de l'objet et du but du JCPOA et de la résolution 2231 des Nations Unis. Besoin d'une clarification immédiate par Paris, ou nous agirons en conséquence.

Il semble que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France aient tendance à rendre de plus en plus difficile pour l’Iran le respect de l’accord JCPOA. Ils font le jeu des néocons américains qui veulent que l’Iran se retire de l’accord pour ensuite prétendre avoir des raisons de l’attaquer [pour le compte d’Israël, NdT].

Comme dans le cas de la guerre contre la Syrie, ce sont les Européens qui souffriraient d’un conflit entre les États-Unis et l’Iran. Pourquoi jouent-ils ce jeu ?

Mise à jour.

Il semble que Gérard Araud ait reçu un appel urgent du Quai d’Orsay ou du Palais de l’Elysée et qu’on lui ait demandé de supprimer ses tweets :

Mohammad Ali Shabani @mashabani - 15:46 utc - 14 avr 2019

L'ambassadeur de France aux États-Unis (récemment à la retraite) a supprimé les tweets reniant les fondations de la JCPOA et impliquant la réimposition de sanctions si l'Iran poursuit l'enrichissement (comme autorisé par la JCPOA) après 2025.

Espérons une nouvelle approche française face à l’Iran. L’actuel est un navire en train de couler.

Je ne savais pas qu’Araud avait pris sa retraite. Sa fête d’adieu était le 3 avril. Sa biographie sur Twitter le désigne cependant toujours comme ambassadeur actuel.

Alors pourquoi tweeterait-il ça ? Le contenu était-il correct mais publié prématurément ? Ou est-ce que ces tweets étaient fait pour favoriser sa candidature à un poste bien payé dans tel ou tel groupe de réflexion va-t-en-guerre ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-leurope-tente-t-elle-de-saboter-laccord-nucleaire-iranien

Merkel n’autorisera pas Macron à devenir Napoléon

Merkel n’autorisera pas Macron à devenir Napoléon


Par Serguey Latyshev – Le 18 mars 2019 – Source Katehon.com

L’Allemagne a répondu aux propositions de la France pour une réforme radicale de l’Union européenne. Le point clé est que les Allemands ne laisseront pas les Français mettre la main dans leurs poches et ne veulent pas que l’Union européenne devienne un super-État centralisé.

Le 4 mars, le Président français E. Macron a adressé aux Européens une lettre ouverte de nature très émotionnelle, publiée à grande échelle dans les médias des 28 pays de l’UE au même moment. Elle proposait de partager une ambitieuse vision de Paris sur les réformes cardinales de l’UE à mener dans les domaines des politiques étrangère, économique et sociale.

Six jours après, Berlin a pris la parole sur le même sujet à son tour. L’article-programme dans le journal Welt am Sonntag était une réponse adressée au chef de l’État français par la présidente de la CDU (Union démocratique chrétienne), Annegret Krump-Karrenbauer, dont la Chancelière allemande, Angela Merkel, a fait son successeur officiel. Comme le nom de cette personne est difficile à écrire et à prononcer, même pour les Allemands, on la désigne en Allemagne par l’acronyme AKK.

Blague à part, l’Allemagne et la France sont les deux piliers et le « moteur » d’une Europe unie, c’est-à-dire les pays qui décidèrent principalement  de son devenir dans les décennies passées, déterminent le cours et le rythme de l’intégration européenne. C’est pourquoi il vaut la peine d’observer de près le dialogue de Macron avec AKK.

Le niveau et la forme de la réponse choisis par Berlin ont semé la confusion dans les cercles dirigeants français, qui se sont trouvés symboliquement dépréciés. Les explications données par les Allemands tiennent en trois points. D’abord, A. Merkel approuve le contenu de cet article. Ensuite, AKK est désignée pour lui succéder. Troisièmement, la lettre ouverte d’E. Macron est en fait son programme pour les élections du parlement européen en mai prochain, alors qu’en Allemagne, la campagne n’est pas dirigée par des membres du gouvernement, mais par les partis et leurs dirigeants. C’est pourquoi la réponse à Paris est adressée par AKK, dirigeante de la CDU, et par conséquent, elle doit être considérée comme officielle.

Ce qui réunit Berlin et Paris

Comparons la lettre de Macron et l’article d’AKK, et alors il devient évident qu’il y a en même temps des convergences et des divergences de vue entre Paris et Berlin sur la manière de réformer l’UE.

Commençons par le début. AKK soutient les propositions du Président français visant à renforcer l’efficacité de la politique étrangère de l’UE, son influence dans l’arène internationale, la défense de ses frontières extérieures. Selon Annegret Kramp-Karrenbauer, « il faut commencer par vérifier aux frontières extérieures de la zone Schengen si un migrant a des raisons valables d’y demander l’asile, s’il a le statut de réfugié ou une autre raison d’y rentrer. »

À partir de la réponse faite à Macron, il est clair qu’à Berlin on a réalisé qu’il n’est pas possible d’obliger, par la grâce de contraintes et de menaces, d’autres pays européens à accueillir des immigrants illégaux, surtout ceux qui arrivent de pays musulmans. Par conséquent, AKK propose une autre manière de prouver la « solidarité » : contribuer à une solution réaliste pour résoudre le problème autrement, par exemple en allouant des gardes-frontières chargés de surveiller les frontières extérieures de l’EU, ou de l’argent pour maintenir les migrants potentiels chez eux.

En fait, c’est ce que font déjà la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie. C’est à cause d’une telle politique qu’elles ont été récemment critiquées ; certains autres pays de l’UE, au départ la France et l’Allemagne, avaient menacé de les sanctionner. On peut donc dire que le groupe de Visegrad a remporté la partie.

Par ailleurs, AKK a très chaudement approuvé l’initiative de Macron dans les domaines de la politique militaire et de la défense. Elle en a profité pour inviter d’autres pays de l’UE à rejoindre le développement franco-allemand d’un nouvel avion de combat. Elle a aussi plaidé pour la co-construction d’un « porte-avion européen » que Merkel avait déjà proposée pour « renforcer le rôle global de de l’UE comme force de soutien à la paix et la sécurité ».

Ce qui divise Berlin et Paris

Dans le même temps, AKK a désigné comme une fausse route « le centralisme européen, l’étatisme européen, la mise en commun des dettes, la mise à l’échelle européenne des systèmes sociaux et le salaire minimum » que Macron défend, plaidant démagogiquement pour une « relance européenne ». Pour cela, on prétend avoir besoin du côté français d’un « système de sécurité sociale pan-européen de base » et d’un « salaire égal à travail égal, à l’échelle européenne », ainsi que d’un salaire minimum ajusté aux conditions de chaque pays. De son côté, AKK reste convaincue que chaque État membre de l’UE doit traiter ces questions de son côté, en fonction de ses capacités et de ses ressources.

Elle a aussi dénoncé la proposition de Macron de créer un budget européen et de  poste de ministre des finances de l’Eurozone, car ce que le Président français propose implicitement aux Allemands, c’est de devenir un « donateur » de l’UE.

AKK a proposé la notion de « responsabilité indépendante » des États nationaux, s’opposant ainsi explicitement à l’émergence d’un « super-État européen ».

Bien sûr, la raison de cette position n’est pas seulement la ladrerie allemande, mais aussi la prise en compte des autres pays européens, particulièrement aux frontières occidentales de l’Allemagne, qui craignent de perdre leur identité, de se dissoudre dans un super-État et donc de perdre leur droit de vote. Puisque le leader informel de l’UE est toujours l’Allemagne, et non la France, Berlin est tout simplement obligée d’intégrer d’autres opinions à la sienne.

Pour résumer

La réponse est donc loin de ce que Paris souhaitait, qui proposait seulement aux Allemands d’accepter puis de remplir le canevas d’un super-État européen avec leur substance, de partager leur prospérité avec tout le monde, de manière à ce qu’ensuite des politiciens interventionnistes comme Macron puissent diriger l’ensemble par-dessus la tête des Allemands et des autres Européens.

Il est ainsi devenu clair que, si Berlin est favorable au renforcement de l’intégration européenne, c’est en commençant par les politiques étrangères et de défense alors que de son côté, Paris insiste sur les domaines financier et social. Et même si les deux souhaitent réformer l’UE, ils voient cette réforme d’une manière entièrement différente, notamment pour ce qui concerne l’addition finale du banquet. La France, généreuse aux dépens des autres, pense que les Allemands la paieront. Les Allemands, que chacun paiera pour soi.

Bien sûr, on a été agacé à Paris, alors que c’est exactement la réponse qu’on pouvait attendre de Berlin. C’est pourquoi Macron a fait mine de trahir Merkel au sujet de la construction du pipe-line North Stream 2, en se positionnant soudain du côté des critiques envers l’Allemagne, avant de reprendre le cours de son soutien habituel à Berlin au dernier moment.

Certes, fin janvier, des dirigeants français et allemands ont signé à Aix-la-Chapelle un accord global sur une extension de la coopération bilatérale, dans le but de parler d’une seule voix et d’agir de conserve en Europe et dans le monde. La réalité, cependant, c’est que la création d’une nouvel « empire de Charlemagne » par les deux pays n’est pas une perspective si proche, et s’avèrera peut-être irréalisable, se résumant à des efforts isolés, menés à des vitesses et des cadences différentes. Et pour cause : les signataires n’ont pas trouvé de consensus sur l’ordre des priorités.

Serguey Latyshev

Traduit par Michel pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/merkel-nautorisera-pas-macron-a-devenir-napoleon

Ventes d’armes: États-Unis contre Russie (1950-2017)

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Ventes d’armes: États-Unis contre Russie (1950-2017)

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https://player.vimeo.com/video/286751571?byline=0&portrait=0

Ventes d’armes: États-Unis contre Russie (1950-2017)

Entre d’innombrables guerres par procuration et la menace croissante d’une catastrophe nucléaire, la guerre froide a créé un climat géopolitique sans précédent.

Pendant près d’un demi-siècle, les deux plus grandes superpuissances du monde se sont ruées l’une sur l’autre, par tous les moyens nécessaires. C’était une tension qui a tout déclenché, de la course à l’espace aux rivalités sportives, l’impact s’étendant souvent aux pays voisins.

Les États-Unis et l’Union soviétique ont non seulement bravé toutes les courses de l’armement, mais ils ont également étendu leur influence en vendant des armes à l’extérieur de leurs frontières. Fait intéressant, cette dernière course se poursuit jusqu’à aujourd’hui, près de trois décennies après la chute du rideau de fer.

Visualiser les ventes d’armes

L’animation d’aujourd’hui provient du spécialiste des données, Will Geary , qui retrace l’historique des ventes d’armes internationales provenant des États-Unis et de l’Union soviétique (plus tard de la Russie) de 1950 à 2017.

Plus spécifiquement, en utilisant les données de la base de données sur les transferts d’armes du SIPRI, l’animation montre le mouvement géographique des armes d’un pays à l’autre ainsi que l’évolution de la part du commerce des armes détenue par les pays respectifs. La vidéo est également agréablement soutenue par un son qui représente la musique de chaque décennie, allant de Buffalo Springfield à The Clash.

Dominance des armes

Si vous regardez le graphique à secteurs dans le coin supérieur gauche de l’animation, vous verrez que le début des années 1960 marque l’apogée de la domination des Etats-Unis et de l’Union soviétique – à ce stade, à peu près au même moment que la crise des missiles cubains, puis Assassinat de JFK, les deux superpuissances combinées représentent 80% des ventes mondiales d’armes.

Dans les années 1960, les principaux clients des armes américaines étaient l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon, tandis que les Soviétiques envoyaient le plus grand nombre d’armes à l’Égypte, à la Pologne et à l’Allemagne de l’Est.

Chute du mur

Dans les années 1980, le commerce mondial des armes a commencé à se dissiper, les dirigeants soviétiques tels que Gorbatchev se concentrant sur les réformes intérieures et, éventuellement, sur la perestroïka.

Plus tard, l’Union soviétique s’est dissoute et les ventes d’armes ont continué à plonger jusqu’en 2001:

Exportations d'armes par année

Depuis lors, les ventes d’armes ont de nouveau augmenté – et aujourd’hui, elles sont revenues à des niveaux jamais vus avant la chute du mur de Berlin.

L’époque moderne

Qui vend le plus d’armes, d’après les données des 10 dernières années?

Ventes d'armes par pays

Même si la guerre froide est finie depuis longtemps, les États-Unis et la Russie ont conservé leur héritage de ventes d’armes internationales jusqu’au 21ème siècle.

Aujourd’hui, les deux pays réalisent environ 60% des ventes d’ armes. Les principaux fabricants d’armes américains, tels que Lockheed Martin et Raytheon, obtiennent une grande part de ce gâteau.

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Photos : Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu

Photos : Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 05/04/2019 14:14

Le train de fret arrivera à Chengdu dans quinze jours, en traversant l’Allemagne, la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. – Photo : Zheng Huanso.

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à DudelangeLancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange, au Luxembourg, le 4 avril 2019

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

https://chine.in/actualite/photos-lancement-premier-train-fret_118176.html

Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri

Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri

Alors que la presse occidentale annonce l’imminente inculpation de dirigeants du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban, la revue russe Odnako remet en cause l’ensemble de l’enquête réalisée par les Nations Unies. Selon Thierry Meyssan, l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri aurait été assassiné avec une arme fournie par l’Allemagne. L’ancien procureur allemand et premier responsable de l’enquête onusienne, Detlev Mehlis, aurait falsifié un indice pour masquer la responsabilité de son pays. Ces révélations embarrassent le Tribunal et renversent la donne au Liban.

 | MOSCOU (RUSSIE)  

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Les multiples conflits du Proche-Orient se cristallisent désormais autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL). La paix et la guerre dépendent de lui. Pour les uns, il doit permettre de démanteler le Hezbollah, de soumettre la Résistance et d’instaurer la Pax Americana. Pour les autres, il bafoue le droit et la vérité pour assurer le triomphe d’un nouvel ordre colonial dans la région.

Ce tribunal a été créé, le 30 mai 2007, par la Résolution 1757 du Conseil de sécurité pour juger les commanditaires supposés de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Dans le contexte de l’époque, cela signifiait ni plus, ni moins, juger les présidents syrien et libanais en exercice Bachar el-Assad et Emile Lahoud, les bêtes noires des néoconservateurs. Cependant il s’avéra que cette piste ne reposait sur aucun élément concret et qu’elle avait été alimentée par de faux témoins. N’ayant plus personne à juger, le Tribunal aurait pu disparaître dans les limbes de la bureaucratie lorsqu’un coup de théâtre le plaça à nouveau au cœur des conflits politiques régionaux. Le 23 mai 2009, le journaliste atlantiste Erich Follath révéla dans le Spiegel Online que le procureur s’apprêtait à inculper de nouveaux suspects : des dirigeants militaires du Hezbollah. Depuis 18 mois, son secrétaire général, Hassan Nasrallah clame l’innocence de son parti. Il affirme que cette procédure vise en réalité à décapiter la Résistance pour offrir la région à l’armée israélienne. De son côté, l’administration états-unienne se pose soudain en défenseur du droit et assure que nul ne saurait se soustraire à la Justice internationale.

Quoi qu’il en soit, la mise en accusation —que tous s’accordent à dire imminente— de leaders chiites pour l’assassinat d’un leader sunnite est de nature à enflammer la fitna, c’est-à-dire la guerre civile musulmane, plongeant la région dans de nouveaux soubresauts sanglants.

En visite officielle à Moscou, les 15 et 16 novembre, Saad Hariri —actuel Premier ministre et fils du défunt— a répété que la politisation du tribunal risquait d’enflammer une nouvelle fois son pays. Le président Medvedev lui a répondu que la Russie voulait que la Justice passe et réprouvait tout effort pour discréditer, affaiblir ou retarder le travail du tribunal. Cette position de principe repose sur la confiance accordée a prioripar le Kremlin au TSL. Or celle-ci sera sûrement ébranlée par les révélations d’Odnako.

En effet, nous avons souhaité faire le point sur l’assassinat de Rafiq Hariri. Les éléments que nous avons découverts font apparaître une nouvelle piste dont on se demande pourquoi elle n’a jamais été explorée jusqu’ici. Au cours de notre longue enquête, nous avons rencontré de nombreux protagonistes, trop sans doute, de sorte que nos investigations se sont ébruitées et ont affolé ceux pour qui la piste de la Résistance armée libanaise est une bonne aubaine. Tentant de nous intimider, le Jerusalem Post a lancé une attaque préventive, le 18 octobre, sous la forme d’un long article consacré à notre travail. De manière purement diffamatoire, il y accuse l’auteur de cet article d’être payé un million de dollars par l’Iran pour disculper le Hezbollah.

Venons-en aux faits, le convoi de Rafiq Hariri a été attaqué à Beyrouth le 14 février 2005. L’attentat à fait vingt-trois morts et une centaine de blessés. Un rapport préliminaire diligenté par le Conseil de sécurité souligne les réactions peu professionnelles des policiers et magistrats libanais. Pour y pallier le Conseil missionne ses propres enquêteurs et leur fournit des moyens très importants dont le Liban ne dispose pas. Dès le départ de ces investigations, il a été admis que l’attentat avait été perpétré par un kamikaze qui conduisait un camionnette bourrée d’explosifs.

La commission des Nations unies ayant été créée pour apporter le professionnalisme qui manquait aux Libanais, on s’attend à ce qu’elle ait suivi scrupuleusement les procédures criminelles classiques. Or, il n’en est rien. L’analyse de la scène du crime, en se basant sur sa topographie qui est intacte et sur les photos et vidéos du jour, n’a pas été réalisée en détail. Les victimes n’ont pas été exhumées et autopsiées. Pendant longtemps, rien n’a été entrepris pour vérifier le modus operandi. Après avoir écarté l’hypothèse d’une bombe enfouie dans le sol, les enquêteurs ont considéré comme certaine la version de la camionnette sans la vérifier.

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Pourtant, cette version est impossible : chacun peut observer sur la scène du crime un profond et vaste cratère qu’une explosion en surface ne peut creuser. Devant l’insistance des experts suisses qui refusent d’avaliser la version officielle, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a procédé à une reconstitution à huis clos, le 19 octobre dernier. Elle ne s’est pas tenue au Liban, ni même aux Pays-Bas où siège le TSL, mais en France, un des principaux Etats à financer le Tribunal. Les bâtiments de la scène du crime y ont été reconstruits et de la terre de Beyrouth y a été transportée. Le convoi a été reconstitué y compris avec une voiture blindée. Il s’agissait de démontrer que la hauteur des immeubles en béton avait confiné l’explosion, de sorte que le souffle avait pu creuser le cratère. Les résultats de cette coûteuse expérience n’ont pas été divulgués.

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Ce qui frappe en regardant les photos et les vidéos prises juste après l’attentat, c’est d’abord l’incendie. Partout des carcasses de voiture et des objets de toutes sortes brûlent. Puis, ce sont les corps des victimes : ils sont carbonisés d’un côté et intacts de l’autre. C’est très étonnant et cela n’a rien à voir avec ce que provoquent des explosifs classiques.

La théorie d’un mélange de RDX, PETN et TNT dans la camionnette du kamikaze n’explique pas ces dégâts.

Si l’on observe de près les photos du cadavre de Rafiq Hariri, on remarque d’étranges détails : sa riche montre en or massif a fondu sur son poignet, au contraire, le col en tissu raffiné de sa chemise de luxe est intact autour de son cou.

Que s’est-il donc passé ?

L’explosion a dégagé un souffle d’une chaleur exceptionnellement intense et d’une durée exceptionnellement brève. Ainsi, les chairs exposées au souffle ont été instantanément carbonisées, tandis que l’envers des corps n’a pas été brûlé.

Les objets à forte densité (comme la montre en or) ont absorbé cette chaleur et ont été détruits. Au contraire, les objets à faible densité (comme le linge fin du col de chemise) n’ont pas eu le temps d’absorber la chaleur et n’ont donc pas été touchés.

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La dépouille de Rafiq Hariri.

Sur les vidéos, on voit également que des membres de certains cadavres ont été sectionnés par l’explosion. Curieusement, les coupes sont nettes, comme s’il s’agissait de statues de calcaire. On ne voit pas d’os brisés et proéminents, ni de chairs arrachées. C’est que l’explosion a absorbé l’oxygène et déshydraté les corps qui sont devenus friables. Plusieurs témoins, présents à proximité de l’attentat, ont d’ailleurs fait état de troubles respiratoires dans les heures qui suivirent. A tort, les autorités ont interprété cela comme la somatisation d’un traumatisme psychologique.

Ces constatations sont le b. a.-ba de toute enquête criminelle. Il fallait commencer par cela, mais elles ne figurent pas dans les rapports des « professionnels » au Conseil de sécurité.

Lorsque nous avons demandé à des spécialistes militaires quels explosifs pouvaient provoquer ces dégâts, ils ont évoqué un nouveau type d’arme qui fait l’objet de recherches depuis des décennies et de compte rendus dans des revues scientifiques. En combinant des connaissances nucléaires et nanotechnologiques, on parvient à créer une explosion dont on contrôle précisément la puissance. On programme l’arme pour qu’elle détruise tout dans un périmètre donné, calculé au centimètre près.

Toujours selon nos spécialistes militaires, cette arme provoque aussi d’autres dégâts : elle exerce une forte pression sur la zone de l’explosion. Lorsque celle-ci s’interrompt, les objets les plus lourds sont projetés vers le haut. Ainsi, des voitures se sont élevées dans les airs.

Un détail ne trompe pas : cette arme utilise une nano quantité d’uranium enrichi dont les radiations sont mesurables. Or, un passager de la voiture blindée de Rafiq Hariri a survécu. L’ancien ministre Bassel Fleyhan a été transporté dans un prestigieux hôpital militaire français pour y être soigné. Les médecins ont constaté avec étonnement qu’il avait été en contact avec de l’uranium enrichi. Personne n’a fait le lien avec l’attentat.

Techniquement, cette arme prend la forme d’un petit missile de quelques dizaines de centimètres de long. Il doit être tiré depuis un drone. En effet, plusieurs témoins ont assuré avoir entendu un aéronef survolant la scène du crime. C’est pourquoi les enquêteurs ont demandé aux Etats-Unis et à Israël qui disposent de satellites d’observation positionnés en permanence de leur transmettre les clichés dont ils disposent. Les Etats-Unis avaient également déployé des avions AWACS sur le Liban ce jour-là. Ces enregistrements permettraient de vérifier la présence d’un drone et peut-être même de suivre son trajet. Mais Washington et Tel-Aviv —qui ne cessent d’exiger la coopération judiciaire de tous avec le TSL— ont refusé ce service.

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Le Hezbollah a intercepté et publié des vidéos des drones israéliens effectuant des repérages des habitudes de Rafiq Hariri et de la scène du crime.

Lors d’une conférence de presse, le 10 août dernier, Hassan Nasrallah a projeté des vidéos tournées selon lui par des drones israéliens et interceptées par son organisation. Ils auraient observé durant des mois les déplacements de Rafiq Hariri, avant de concentrer leur surveillance sur le virage où l’attentat a eu lieu. Tel-Aviv aurait donc réalisé les repérages préalables à l’assassinat. Ce qui, ainsi que le souligne M. Nasrallah, ne veut pas dire qu’il l’ait perpétré.

Qui donc a tiré le missile ?

C’est là que les choses se compliquent. Selon les experts militaires, en 2005, seule l’Allemagne était parvenue à maîtriser cette nouvelle technologie. C’est donc Berlin qui aurait fourni et programmé l’arme du crime.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’ancien procureur berlinois Detlev Mehlis —un magistrat très controversé au sein de sa profession— a tenu à présider la Commission d’enquête onusienne. Il est en effet notoirement lié aux services secrets allemands et états-uniens. Chargé en 1986 d’élucider l’attentat contre la discothèque berlinoise La Belle, il n’avait pas hésité à masquer les implications israélienne et états-unienne pour accuser mensongèrement la Libye et justifier le bombardement du palais de Mouammar Khadafi par l’US Air Force. Au début des années 2000, M. Mehlis a été grassement rémunéré comme chercheur par le Washington Institute for Near East Policy (le think-tank du lobby pro-israélien AIPAC) et par la Rand Corporation (le think-tank du complexe militaro-industriel états-unien). Autant d’éléments qui jettent un doute sur son impartialité dans l’affaire Hariri et auraient dû le faire récuser.

Mehlis était assisté du commissaire Gehrard Lehmann. Cet officier est lui aussi un agent notoire des services secrets allemands et états-unien. Il a été reconnu formellement par un témoin comme participant au programme d’enlèvement, de séquestration et de tortures, mis en place en Europe par l’administration Bush. Son nom est cité dans le rapport ad hocdu Conseil de l’Europe. Cependant, il a échappé à toute poursuite judiciaire grâce à un alibi aussi solide que peu crédible, fourni part ses collègues de la police allemande.

Mehlis et Lehmann ont promu la thèse du kamikaze et de sa camionnette bourrée d’explosifs afin d’écarter toute investigation sur l’arme allemande qui a servi à commettre le crime.

Des échantillons de terre ont été prélevés sur la scène du crime. Après avoir été mélangés, ils ont été divisés en trois bocaux qui ont été envoyés à trois laboratoires différents. Les deux premières analyses n’ont trouvé aucune trace d’explosif. Le troisième bocal a été pris par Mehlis et Lehmann, et envoyé par leur soin au troisième laboratoire. Celui-ci y a trouvé les traces d’explosifs recherchés. En principe, si l’on décide de recourir à trois experts judiciaires, c’est qu’en cas de désaccord entre eux, on se reportera à l’avis majoritaire. Que nenni ! Mehlis et Lehmann ont violé les protocoles. Ils ont considéré que seul leur bocal était fiable et ont emmené le Conseil de sécurité sur une fausse piste.

Le caractère profondément malhonnête des investigations du duo Mehlis-Lehman n’a plus besoin d’être démontré. Leurs successeurs l’ont reconnu à demi-mots et ont annulé des pans entiers de procédure.

Parmi leurs manipulations, la plus célèbre est celle des faux témoins. Cinq individus ont prétendu avoir été témoins de la préparation de l’attentat et ont mis en cause les présidents Bachar el-Assad et Emile Lahoud. Alors que ces imputations faisaient chauffer le chaudron de la guerre, leurs avocats démontrèrent qu’ils mentaient et l’accusation se dégonfla.

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Le président de la Commission d’enquête de l’ONU, Detlev Mehlis, a violé les règles de procédure pénale, fabriqué de fausses preuves et utilisé de faux témoignages, pour disculper l’Allemagne et accuser la Syrie.

Sur la base de ces faux témoignages, Detlev Mehlis arrêta, au nom de la Communauté internationale, quatre généraux libanais et les fit incarcérer durant quatre ans. Pénétrant avec ses cow-boys au domicile de chacun, sans mandat de la justice libanaise, il interpella également les membres de leur entourage. Avec ses assistants —qui s’expriment entre eux en hébreu— il tenta de manipuler les familles. Ainsi, au nom de la Communauté internationale, il présenta des photos truquées à l’épouse d’un des généraux pour le convaincre que son mari non seulement lui cachait son implication dans le meurtre, mais la trompait. Simultanément, il tenta une manoeuvre similaire auprès du fils du « suspect », mais cette fois pour essayer de le convaincre que sa mère était une femme légère et que son père, désespéré, venait de sombrer dans une sorte de folie meurtrière. L’objectif était de provoquer un crime d’honneur au sein de la famille et de ternir ainsi l’image de gens respectables et respectés.

Plus incroyable encore, Lehmann proposa à un des quatre généraux incarcérés de le libérer s’il acceptait de porter un faux témoignage contre un dirigeant syrien.

Par ailleurs, le journaliste allemand Jürgen Cain Külbel mit en évidence un détail troublant : il était impossible de provoquer l’explosion avec une télécommande ou d’utiliser une balise sur la cible sauf à désactiver le puissant système de brouillage dont le convoi de Rafiq Hariri était équipé. Un système parmi les plus sophistiqués au monde, fabriqué… en Israël.

Külbel fut sollicité par un militant pro-palestinien connu, le professeur Said Dudin, pour promouvoir son livre. Mais Dudin, en multipliant les déclarations outrancières, s’appliqua surtout à le saboter. Külbel, ancien officier de police criminelle d’Allemagne de l’Est, ne tarda pas à découvrir que Dudin était connu de longue date pour être un agent de la CIA infiltré dans la gauche allemande. Il publia d’anciens rapports est-allemands attestant du fait et fut alors condamné pour divulgation illégale de documents et brièvement incarcéré ; tandis que Dudin s’installait à l’ambassade d’Allemagne à Beyrouth et tentait d’infiltrer les familles des quatre généraux.

Passé inaperçu au Proche-Orient le rôle de l’Allemagne dans cette région doit être souligné. La chancelière Angela Merkel a envoyé un contingent très important pour participer à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) après la guerre entreprise par Israël contre le pays du Cèdre à l’été 2006. Les 2 400 soldats allemands contrôlent de dispositif maritime pour empêcher l’approvisionnement en armes de la Résistance via la Méditerranée. A cette occasion, Mme Merkel a déclaré que la mission de l’armée allemande était de défendre Israël. Ce discours a provoqué un vent de fronde parmi les officiers. Par centaines, ils lui ont écrit pour lui rappeler s’être engagés pour défendre leur patrie et non un Etat étranger, fusse t-il allié.

Fait sans précédent, le 17 mars 2008 à Jérusalem et le 18 janvier 2010 à Berlin, les gouvernements allemand et israélien ont tenu un conseil des ministres commun. Ils y ont adopté des programmes divers, notamment en matière de défense. A ce stade, il n’y a plus beaucoup de secrets entre Tsahal et la Bundeswehr.

L’enquête de Detlev Mehlis a sombré non seulement dans le ridicule des faux témoins, mais dans l’illégalité de l’arrestation des quatre généraux. Au point que le Groupe de travail sur les détentions arbitraires du Conseil des droits de l’homme de l’ONU est intervenu pour condamner fermement cet excès de pouvoir.

Toutefois, l’opprobre qui frappe le travail de M. Mehlis ne doit pas éclabousser le Tribunal spécial pour le Liban qui n’est aucunement responsable de ses manipulations. Mais, là encore, les choses se compliquent. La crédibilité du TSL dépend de sa capacité à réprimer en premier lieu tous ceux qui ont tenté de masquer la vérité et d’accuser mensongèrement les présidents Bachar el-Assad et Emile Lahoud pour provoquer une guerre. Or, le Tribunal refuse de juger les faux témoins, donnant l’impression qu’il couvre les manipulations de la période Mehlis et poursuit des objectifs politiques similaires (cette fois contre le Hezbollah, peut-être demain contre d’autres). Pis, le Tribunal refuse de remettre, à Jamil Sayyed (un des quatre généraux illégalement emprisonné), les procès-verbaux d’audition des personnes qui l’ont accusé, lui interdisant ainsi de demander réparation et donnant l’impression qu’il couvre quatre années de détention arbitraire.

De manière plus prosaïque, le Tribunal fuit ses responsabilités. D’un côté, il doit juger les faux témoins pour dissuader de nouvelles manipulations et pour manifester son impartialité ; d’un autre il ne veut pas se lancer dans une opération « mains propres » au cours de laquelle il lui faudrait peut-être arrêter le procureur Mehlis. Cependant, les révélations d’Odnako sur la piste allemande rendent cette stratégie intenable. D’autant qu’il est déjà bien tard : le général Jamil Sayyed a déposé une plainte en Syrie et un juge d’instruction syrien a déjà inculpé le procureur Detlev Mehlis, le commissaire Gerhard Lehman et les cinq faux témoins. On imagine la confusion qui s’abattra sur le TSL si la Syrie saisit Interpol pour les faire arrêter.

De même que la commission Mehlis devait apporter le professionnalisme qui manquait aux forces de l’ordre libanaises, de même le TSL devait apporter l’impartialité qui risquait de faire défaut aux juridictions libanaises. On est loin du compte et ceci soulève la question de la légitimité de cette institution.

Kofi Annan souhaitait que le Tribunal pour le Liban ne soit pas une juridiction internationale, mais un tribunal national libanais à caractère international. Il aurait été régi par le droit libanais tout en étant composé pour moitié de juges internationaux. Cela n’a pas été possible car la négociation a tourné court. Ou plutôt, un accord a été trouvé avec le gouvernement libanais de l’époque, présidé par Fouad Siniora, l’ancien fondé de pouvoir des entreprises Hariri, mais n’a pas été ratifié ni par le Parlement, ni par le président de la République. Du coup, cet accord a été avalisé unilatéralement par le Conseil de sécurité (Résolution 1757 du 30 mai 2007). Par conséquent, le TSL est hybride et fragile.

Ainsi que l’a précisé Kofi Annan, ce tribunal n’est comparable à aucun des tribunaux mis en place jusqu’ici par les Nations Unies. « Il n’est pas un organe subsidiaire de l’ONU, ni un élément de l’appareil judiciaire libanais », c’est tout juste « un organe conventionnel » entre l’exécutif des Nations Unies et l’exécutif libanais. Si l’on se réfère à l’exigence internationale de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la Justice face à l’Exécutif, on ne peut pas considérer le TSL comme un véritable tribunal, juste comme une commission disciplinaire conjointe des exécutifs libano-onusiens. Quelque soient ses décisions, elles seront donc frappées de suspicion.

Pis, à tout moment, n’importe quel gouvernement libanais peut y mettre fin, puisque l’accord n’ayant pas été ratifié n’engageait que l’ancien gouvernement. Du coup, l’actuel gouvernement de coalition libanais s’est transformé en champ de bataille entre partisans et adversaires du tribunal. Tentant de préserver la stabilité gouvernementale, le président de la République, Michel Sleimane, dissuade semaine après semaine le Conseil des ministres de passer au vote sur toute question relative au TSL. Ce barrage ne tiendra pas éternellement.

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, la suspicion atteint maintenant le président du TSL, Antonio Cassese. Ce spécialiste réputé du droit international fut président du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie. Or M. Cassese est un fervent partisan de la colonisation juive de la Palestine. Ami personnel d’Elie Wiesel, il a reçu et accepté un prix honorifique de sa main. Il aurait donc dû se récuser et démissionner lorsque Hassan Nasrallah a révélé que des drones israéliens avaient repéré durant des mois les habitudes de la victime et la scène du crime.

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Selon le président du Tribunal spécial pour le Liban, Antonio Cassese, la Résistance armée en Palestine, Liban, Irak et Afghanistan doit être jugée pour « terrorisme ».

Plus grave, le juge Cassese incarne une conception du droit international qui fait clivage au Proche-Orient. Bien qu’il ait retiré ce point de son curriculum vitae officiel, il participa en 2005 aux négociations entre les Etats membres de l’Union européenne et ceux de la Méditerranée (« Processus de Barcelone »). Sa définition du terrorisme bloqua les discussions. Selon lui, le terrorisme est exclusivement le fait d’individus ou de groupes privés, jamais d’Etats. Il s’ensuit que la lutte contre une armée d’occupation ne saurait être considérée comme de la « résistance », mais comme du « terrorisme ». Dans le contexte local, cette position juridique relève de l’ordre colonial et disqualifie le TSL.

Les méthodes du Tribunal spécial ne diffèrent guère de celles de la Commission Mehlis. Ses enquêteurs ont collecté des fichiers de masse : sur les étudiants libanais, les bénéficiaires de la Sécurité sociale, les abonnés d’Electricité du Liban et de l’Office des eaux. Le 27 octobre, ils ont même tenté, hors de la présence de magistrats libanais, de s’emparer par la force des dossiers médicaux d’une clinique gynécologique fréquentée par les épouses de membres du Hezbollah. Toutes ces investigations sont évidemment sans lien avec l’assassinat de Rafiq Hariri. Tout porte les Libanais à croire que ces informations sont destinées à Israël dont le TSL n’est à leurs yeux qu’une simple émanation.

Tous ces problèmes avaient été parfaitement anticipés par le président Poutine qui avait vainement proposé, en 2007, une autre rédaction de la résolution instituant le Tribunal spécial. L’ambassadeur Vitaly Churkin avait dénoncé les « lacunes juridiques » du système. Il s’était indigné que le Conseil de sécurité menace de recourir à la force (Chapitre VII) pour créer unilatéralement cet « organe conventionnel ». Il avait souligné que le Tribunal devait œuvrer à la réconciliation des Libanais, mais était conçu de sorte qu’il les opposerait un peu plus. En définitive, la Russie — comme la Chine— avait refusé d’approuver la Résolution 1757.

Reste que la vérité émerge peu à peu. Les interceptions de vidéos de drones israéliens, rendues publiques par le Hezbollah, montrent une préparation israélienne du crime. Les faits révélés par Odnako montrent l’usage d’une arme allemande sophistiquée. Le puzzle est presque complet.

Source
Оdnako (Russie)

Cet article est initialement paru dans Odnako du 29 novembre 2010.

Thierry Meyssan

Thierry MeyssanConsultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).

Bassam Tahhan: «Je crains que l’on se dirige vers une guerre généralisée au Moyen-Orient»

Donald Trump et Benjamin Netanyahou

Bassam Tahhan: «Je crains que l’on se dirige vers une guerre généralisée au Moyen-Orient»

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Fabien Buzzanca
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La décision de Washington de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan a été timidement critiquée par les alliés des États-Unis, y compris au sein des pays arabes. Quelles conséquences géopolitiques et pour le processus de paix israélo-palestinien? Le politologue franco-syrien Bassam Tahhan livre son analyse à Sputnik France.

Le Golan est un «territoire arabe occupé».

La timide réaction de l’Égypte le 22 mars au lendemain de l’annonce par Donald Trump de la «reconnaissance» de la souveraineté d’Israël sur le Golan est à l’image de celles de ses pairs alliés des États-Unis. La décision de Washington concernant cette portion du territoire syrien conquis par Israël en 1967 et annexé en 1981 met dans l’embarras nombre de pays. Plusieurs résolutions de l’Onu font en effet du plateau situé au sud de la Syrie un «territoire occupé» illégalement.

​Pour cette raison, une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu a eu lieu le 27 mars à la demande de la Syrie. Un rassemblement où flottait un étrange air de malaise, où l’ambassadeur américain s’est fait représenter par son conseiller politique. Alors que Russes et Syriens ont fortement critiqué ce qu’ils considèrent comme un «mépris du droit international», Christophe Heusgen, ambassadeur allemand après de l’organisation internationale, a qualifié la réunion de «cynique alors que le gouvernement syrien viole les résolutions de l’Onu». Selon lui, Damas «a bombardé des écoles et des hôpitaux», «utilisé des armes chimiques» contre son peuple.

​Des questions se posent également sur les conséquences de la décision américaine sur le processus de paix israélo-palestinien, la géopolitique de la région ainsi que sur l’éventuelle carte à jouer de l’Iran. En tant que politologue franco-syrien, Bassam Tahhan est touché par cette affaire. Il a fait part de son analyse à Sputnik France et ne mâche pas ses mots. Entretien.

Sputnik France: Comment réagissez-vous par rapport à cette décision américaine de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan?

Bassam Tahhan: «Cette décision est illégale, illégitime et contraire au droit international. C’est-à-dire que le Président américain se substitue carrément à toutes les instances des Nations unies et décide lui-même des frontières dans le monde en reconnaissant à Israël une souveraineté sur un territoire annexé. C’est à la fois drôle et tragique. Cela montre la totale impunité de certains responsables, que ce soit Donald Trump ou d’autres.»

Sputnik France: Cette affaire intervient un an et demi après la reconnaissance par la Maison-Blanche de Jérusalem en tant que capitale d’Israël. Qu’est-ce qui a motivé Donald Trump à faire ces choix?

Bassam Tahhan: «La première raison est à chercher du côté des prochaines élections en Israël. Donald Trump veut aider son ami Netanyahou à conserver le pouvoir. L’autre concerne l’éclatement de la Syrie voulu par les Occidentaux. Commencer par reconnaître l’annexion du Golan donnera d’autres idées à propos d’un détachement du territoire syrien situé à l’est de l’Euphrate, par exemple. Mais cela peut aller plus loin. Le danger est là. Aujourd’hui, les États-Unis reconnaissent la souveraineté d’Israël sur le Golan, mais demain cela pourra être sur la Cisjordanie ou la bande de Gaza.»

Sputnik France: Lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’Onu demandée par la Syrie, les pays alliés des États-Unis ont timidement critiqué la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Golan. On sentait du malaise. L’ambassadeur allemand aux Nations unies, Christoph Heusgen a déclaré que le fait que la Syrie ait demandé cette réunion d’urgence est «cynique alors que le gouvernement syrien viole les résolutions de l’Onu», «a bombardé des écoles et des hôpitaux», «utilisé des armes chimiques» contre son peuple. Le fait que ce soit la Syrie qui soit victime de la décision américaine semble peser dans la balance…

Bassam Tahhan: «Tout d’abord, je tiens à préciser que l’attitude du représentant allemand est inadmissible. Il fait des raccourcis et avance des affirmations infondées. De plus, je rappelle qu’Israël est l’un des champions du non-respect du droit international et des résolutions de l’Onu, et ce depuis des décennies. Pour en revenir à cette réunion du Conseil de sécurité, il faut noter que la majorité des membres en veut aujourd’hui à la Syrie et à ses alliés russe et iranien. Leur attitude n’est pas surprenante.»

Sputnik France: La réaction des pays arabes alliés des États-Unis a été plus que mesurée. Quelles conséquences géopolitiques cette décision américaine peut-elle avoir sur le Moyen-Orient?

Bassam Tahhan: «Ce n’est pas étonnant. Je crains fort que nous nous orientions vers une guerre généralisée au Moyen-Orient entre Israël et l’axe composé par l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et la Syrie. Au vu du nombre de missiles dont dispose ce dernier et du fait qu’Israël ait l’arme nucléaire, c’est une situation très grave qui conduirait à un conflit atroce. Je rappelle que l’État hébreu a encore mené un raid aérien dans le nord de la Syrie près d’Alep dans la nuit du 27 au 28 mars. Cela illustre l’agressivité du gouvernement Netanyahou. Je pense que le monde arabe va vivre des divisions, avec un camp qui sera pour la guerre contre Israël. La création de l’État d’Israël a été favorisée par le Royaume-Uni, qui avait un mandat sur la Palestine. Aujourd’hui, c’est à nouveau du camp anglo-saxon avec les États-Unis que vient une décision défavorable à un pays arabe, en l’occurrence la Syrie. Cela pourrait raviver les rancœurs. Cette situation est très dommageable. Je croyais à titre personnel à la paix avec Israël, mais le gouvernement de Netanyahou fait tout pour qu’elle ne devienne pas réalité.»

Sputnik France: Quid du processus de paix israélo-palestinien?

Bassam Tahhan: «Les conséquences sont clairement importantes. Cette décision est une menace. Israël montre qu’elle peut annexer des territoires conquis avec l’aval de la première puissance du monde sans aucun problème. Comme je l’ai dit précédemment, aujourd’hui il s’agit du Golan, demain cela pourrait être le tour de la Cisjordanie ou de la bande de Gaza.»

Sputnik France: Pensez-vous que la décision américaine pourrait renforcer la position de l’Iran dans la région? Téhéran pourrait s’appuyer sur cet événement pour mettre en avant son argumentaire qui veut qu’Israël et les États-Unis aient une attitude colonialiste dans la région…

Bassam Tahhan: «Cela peut renforcer les Iraniens, mais également avoir une incidence sur la position des Turcs. Même si Erdogan joue sur tous les tableaux, je ne vois pas comment il pourrait se défiler devant cette décision américaine face à son peuple. Cela pourrait aussi affaiblir des pays comme l’Arabie saoudite, qui misait beaucoup sur les bonnes relations avec l’État hébreu. Cela devient difficile de maintenir une telle position avec l’attitude d’Israël qui annexe, exige et ne respecte pas le droit international.»

https://fr.sputniknews.com/international/201903291040544580-guerre-moyen-orient-etats-unis-israel/