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Le fantasmagorique lobby pétrolier

Le fantasmagorique lobby pétrolier

3 Mai 2020

Depuis une trentaine d’années, la cause est entendue chez les candides détracteurs de l’impérialisme américain : c’est le pétrole, ma bonne dame ! Quelques présidents texans, une pincée d’Halliburton voire, pour les plus cultivés, quelques gouttes de sauce aux Sept sœurs et vous avez la recette des guerres états-uniennes. Qui, c’est bien connu, ont invariablement lieu dans des pays producteurs aux réserves légendaires : Vietnam, Corée, Kosovo, Afghanistan, Syrie etc.

Un peu gênés, nos guérilleros de comptoir ont toutefois une dernière carte en main : le lobby pétrolier. Ah, le mot est lâché. Ce fameux lobby qui ourdit dans l’ombre les futures invasions US et tient dans sa main le Congrès, la Maison blanche, le Pentagone et – pourquoi pas après tout ? – la CIA. Plus on est de fous…

Si je force un peu le trait de manière caustique, il faut bien avouer que l’on retrouve cette légende urbaine dans une flopée de publications dites alternatives. Le fidèle lecteur sait, lui, que l’empire est au-dessus de ces enfantillages et qu’il s’agit avant tout de contrôle. Comme votre serviteur l’explique dans le livre :PUBLICITÉ

L’arme énergétique est une pièce maîtresse du Grand jeu. Les Américains ne sont pas de simples voleurs de poules ; il s’agit ici de haute stratégie, bien plus cynique et géniale. En contrôlant les routes des hydrocarbures, les Etats-Unis tentent de conserver leur statut de première puissance mondiale, de plus en plus mis à mal.

Pour dresser une comparaison quelque peu triviale, imaginez quatre ou cinq colocataires dans une maison ne disposant que d’un seul réfrigérateur, fermé au cadenas. Celui qui posséderait la clé obtiendrait soudain un pouvoir considérable sur les autres, obligés de lui demander la permission de manger. De même, Washington fait tout pour conserver la clé de la nourriture énergétique mondiale afin de garder « alliés » et concurrents dans un état de dépendance.

Ce que le vénérable Henry Kissinger résumait d’un laconique « Contrôlez le pétrole et vous contrôlez les nations ».

Quant au fameux lobby pétrolier, censé faire la pluie et le beau temps, il brille surtout par son opposition ou sa soumission aux intérêts stratégiques américains, qui vont souvent à l’encontre de ses propres intérêts économiques. Sanctions contre l’Iran (où les majors ne rêvent que de faire des affaires), contre la Russie (où Exxon a perdu un milliard de dollars), BTC hors de prix contre lequel s’élevaient les compagnies participant au projet… La liste des désaccords est longue.

Elle vient encore de s’allonger au Venezuela, où Chevron tient tête aux diktats de Washington. Si le géant pétrolier californien doit, bon gré mal gré, respecter les sanctions contre Caracas, il refuse d’obtempérer aux injonctions donaldiennes de réduire ses activités en vue de quitter le pays ; il entend, au contraire, maintenir coûte que coûte sa collaboration avec PDVSA, la compagnie nationale vénézuélienne. Preuve supplémentaire s’il en fallait que lobby pétrolier et Deep State font souvent deux.

Puisque l’on est dans la région, terminons sur le troc en or mis en place entre Téhéran et Caracas. Nous assistons en effet, depuis quelques semaines, à un ballet incessant d’avions iraniens apportant de l’aide technique et matérielle, et repartant chargés de métal précieux. Petit pied-de-nez à l’empire…Tag(s) : #Etats-Unis#Pétrole#Amérique latine

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/le-fantasmagorique-lobby-petrolier.html

La petite gazette des couacs impériaux

La petite gazette des couacs impériaux

20 Avril 2020

Si le coronavirus et la drôle de guerre pétrolière ont fait, ces derniers temps, la Une de l’actualité, d’autres nouvelles passées à peu près inaperçues sont venues quelque peu assombrir le ciel impérial. Rien de dramatique en soi, mais de menues épines dans le pied qui, additionnées, finissent par provoquer une petite douleur lancinante du côté de Washington…

Un dénominateur commun à presque toutes ces contrariétés : le Donald, parfois à son corps défendant. Qu’il persiste à résisterau marais ou qu’il se soit converti mais avec force bourdes, ou tout simplement qu’il tortille entre les deux voies, imposant quand il le peut ses volontés, Trumpinho continue, volontairement ou non, de faire couler de grosses gouttes de sueurs sur le front de son Deep State.

En Asie du Nord-Est, l’alliance militaire américano-sud-coréenne traverse des turbulences. L’on ne parle pas ici d’un changement tectonique qui verrait les troupes US quitter le Pays du matin calme, la case orientale de l’échiquier eurasiatique est beaucoup trop importante pour eux, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises :

C’est de haute géostratégie dont ils s’agit. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine (…) La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l’échiquier où l’empire maritime s’arc-boute afin de ne pas lâcher (…)

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Les troupes américaines ou les batteries THAAD en Corée du Sud sont officiellement tournées contre la Corée du Nord, officieusement la Chine. Et les turpitudes du trublion de Pyongyang sont un prétexte en or massif pour maintenir la présence militaire américaine dans la zone.

Que se passe-t-il donc du côté de Séoul pour que ce bel édifice soit, non pas menacé (ce serait exagéré), mais quelque peu ébréché ? Une histoire de gros sous, très prosaïquement. Déjà contraints, les Sud-Coréens ont proposé d’augmenter leur participation aux frais communs de défense à 13%.Businessman dans l’âme, le Donald les a envoyé bouler et réclame beaucoup plus. Or la Corée est dirigée par Moon Jae-in, beaucoup moins favorable aux vues américaines que ne pouvaient l’être ses prédécesseurs.

Le torchon finira-t-il par brûler entre les deux parties ? Sans doute pas. Des concessions seront vraisemblablement faites de part et d’autre et un accord sera finalement trouvé. Mais cette affaire est symptomatique : du temps de sa splendeur, l’empire US allongeait l’argent sans barguigner, ces dépenses étant anecdotiques par rapport aux gains stratégiques. Avec un endettement maintenant faramineux et un comptable à la Maison blanche, les choses ont bien changé…

De Corée, passons en Asie du Sud-Est où la décision du président philippin Duterte de mettre fin au Visiting Force Agreement, accord facilitant l’accès des troupes américaines à l’archipel, continue de faire des vagues. C’était le 11 février et, jusqu’ici, nous n’en avions pas parlé, trop conscient des incessants retournements de veste qui ont lieu dans ce domaine. Cette fois, ça paraît la bonne.

Jusqu’ici, Duterte ne lâche rien. Mais surtout, de l’autre côté du Pacifique, Trump n’en a que faire. En bon entrepreneur, il pense avant tout, comme dans le cas coréen, aux écus sonnants et trébuchants : « Ca ne me dérange pas vraiment car cela permettra d’économiser beaucoup d’argent. Je sais que mon opinion diffère en cela de celle des autres« .

Les autres, c’est l’Etat profond et les stratèges de Washington, qui s’arrachent littéralement les cheveux devant cet Harpagon des temps modernes susceptible de couler, volontairement ou non, les avancées stratégiques péniblement acquises durant des décennies. Le fidèle lecteur n’a en effet pas oublié l’importance des Philippines :

Dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elle est la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

La fin du Visiting Force Agreement ne signifie pas obligatoirement la fin de la coopération militaire entre Manille et Washington mais, selon tous les analystes, elle constituerait un coup de canif difficilement réparable. Qui plus est, elle pourrait avoir des conséquences dans toute la région comme l’analyse Radio Free Asia, média impérial qui craint que l’Asie du Sud-est ne se rapproche de Pékin en cas de retrait américain. Si la majorité des Etats de la zone craignent l’avancée du dragon en Mer de Chine méridionale, aucun n’est prêt à dégrader ses relations avec le grand voisin enaccueillant des bases de l’US Navy.

A 20 000 kilomètres de là, une autre mauvaise nouvelle a plissé un peu plus les fronts soucieux des stratèges états-uniens. Elle concerne l’ami Bolsonaro. Les déclarations emportées et irresponsables contre Pékin de la part de quelques membres de son gouvernement, dont le propre fils du président, ont créé un froid diplomatique.

Sous pression, et n’oubliant pas que la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil, Bolsonaro a appelé Xi pour faire amende honorable et rabibocher les deux capitales. Au passage, le rusé timonier lui a peut-être glissé un petit quelque chose à l’oreille… Trois petits jours après la conversation téléphonique, le vice-président brésilien annonçait en effet que Huawei serait autorisée à participer au réseau 5G du pays !

Quand on sait à quel point Trump et le Deep State US, pour une fois sur la même longueur d’onde, ont tout fait pour marginaliser le géant technologique chinois, on imagine le coup de poignard que constitue cette décision. Comment la « trahison » de Bolsonaro sera-t-elle prise à Washington ? Wait and see ou, pour faire local, espere e veja.

Terminons ce tour du monde des couacs impériaux par les Balkans où, à nouveau, l’occupant de la Maison blanche a fait des siennes. Direction, le petit Kosovo, sous les feux de l’actualité il y a une vingtaine d’années pour l’une des plus grosses opérations de propagande de l’histoire humaine : un génocide inventé de toute pièce par l’OTAN. Comme de bien entendu, l’habituelle basse-cour médiatique participa avec allégresse à l’énorme intox, sur laquelle revenait le Monde diplomatique quelques années plus tard :

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun – à de rares exceptions près – allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie… » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)…

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes – le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

(…)

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque – au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations – meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts – n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’ »indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo « Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

(…)

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (…) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (…) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font – pour les deux camps – la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)

On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?

A l’époque, la guerre du Kosovo n’était elle-même qu’un maillon d’un ensemble bien plus vaste :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

Vingt ans après, les mirages de Washington se sont écroulés les uns après les autres, mais l’armée américaine caserne toujours au Camp Bondsteel, sa deuxième plus grande base militaire en Europe, et le Kosovo est devenu une sorte de minuscule protectorat US. Qu’est-ce qu’a encore fait le Donald ?

Pour le coup, l’affaire est assez compliquée. Le Kosovo est aujourd’hui grosso modo divisé entre deux camps politiques et deux leaders : Thaci et Kurti. Le premier, président depuis 2016, est un ancien de l’UCK, la guérilla islamo-mafieuse qui luttait contre Belgrade en 1999 (les « rebelles modérés » de l’époque). Il traîne toutes les casseroles possibles et imaginables : crimes de guerre et vente d’organes de prisonniers serbes, corruption, pion de l’empire etc. Mais il est paradoxalement favorable aujourd’hui à un rapprochement avec la Serbie et veut enterrer la hache de guerre afin de normaliser les relations.

Le second était Premier ministre depuis deux mois quand il a été débarqué fin mars après une motion de censure du parlement. Champion du combat contre la corruption, il est très critique envers l’influence américaine sur son pays mais est également animé d’une serbophobie presque primaire. On le voit, les habituelles lignes de fracture sont ici brouillées…

Or l’administration Trump, qui souhaiterait un succès diplomatique (en l’occurrence un accord de paix entre Serbie et Kosovo) avant l’élection de novembre, a « stimulé » la destitution de Kurti, principal obstacle à l’accord. Rien de moins. L’establishment des affaires étrangères à Washington pousse les hauts cris tant il est vrai que les petits bidouillages de Donaldinho risquent encore de créer un maelstrom improbable.

Sur le plan humanitaire, cette crise est particulièrement malvenue en ces temps pandémiques. Sur le plan diplomatique, Paris et Berlin ont très mal pris la chose, creusant encore un peu plus l’écart entre les deux rives de l’Atlantique. Sur le plan intérieur, les professionnels du Département d’Etat sont excédés d’être court-circuités par des amateurs. Enfin, même si cela reste très hypothétique pour le moment, cela pourrait bien avoir des conséquences sur le plan stratégique ; à supposer que Kurti prenne un jour le pouvoir, ces manigances américaines pourraient éventuellement sonner le glas du Camp Bondsteel, refermant avec fracas la fenêtre ouverte en fanfare en 1999.

Un souci de plus pour le Deep State qui, décidément, doit attendre avec impatience une victoire de Biden pour ne plus avoir à se réveiller chaque matin en se demandant quelle catastrophe la Houppette blonde a encore provoquée…

Tag(s) : #Etats-Unis#Extrême-Orient#Amérique latine#Europe

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/04/la-petite-gazette-des-couacs-imperiaux.html

Pendant ce temps, dans la pampa…

Pendant ce temps, dans la pampa…

24 Mars 2020

Alors que plusieurs maires ou entreprises d’Italie retirent les drapeaux de l’euronouillerie pour les remplacer par ceux des pays qui ont lui apporté une aide considérable – Russie, Chine, Cuba – et qu’un journal anglais va jusqu’à prédire une sortie du pays de l’UE après la crise, partons aujourd’hui sous d’autres cieux.

Une nouvelle prédiction de nos Chroniques est en passe de se réaliser. A la fin de l’année dernière, nous évoquions à propos du sommet brésilien le…

… regain d’énergie des BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :PUBLICITÉ

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité face à un Macri qui, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%).

Si Cristina ne s’est pas finalement présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Nous y sommes. Fin février, la nouvelle ambassadrice argentine en Russie a demandé le soutien de Moscou pour favoriser l’entrée de son pays dans les BRICS. Si la pandémie coronavirarienne risque de retarder quelque peu les plans, la chose est dans les tuyaux, au grand dam de qui vous savez…

Et ce n’est pas la décision uruguayenne de quitter TeleSur qui consolera grandement les stratèges du Potomac. TeleSur, quézako ?

Lancée officiellement par Hugo Chavez le 24 juillet 2005, jour anniversaire de la naissance de Simon Bolivar, la chaîne « anti-impérialiste » est, vous l’aurez compris, très critique envers Washington. Elle constitue ainsi un thermomètre assez sûr des évolutions politiques du continent latino-américain.

Un gouvernement qui souhaite prendre ses distances avec les Etats-Unis aura tendance à entrer dans son capital (Cuba, l’Argentine de Kirchner et l’Uruguay de Vazquez lors de sa création en 2005 ; la Bolivie d’Evo quelques années plus tard). A l’inverse, que vienne au pouvoir un pion de l’empire et sa participation est remise en cause : sortie de l’Argentine de Macri en 2016 et, donc, de l’Uruguay il y a quelques jours.

Montevideo n’ayant pas le poids de Buenos Aires, le baume au cœur de Washington est tout relatif…

En Bolivie, la situation était dans la balance jusqu’à ce que les élections prévues pour le 3 mai soient reportées sine die pour cause de coronavirus. En attendant, quel est l’état des forces en présence ? Il y a deux semaines, un sondage établissait la hiérarchie suivante :

  1. MAS : 32,6 %
  2. Carlos Mesa : 19,2 %
  3. Jeanine Áñez (présidente de facto) : 18,2 %
  4. Luis Fernando Camacho et Marco Antonio Pumari : 12,5 %
  5. Chi Hyung Chung évangéliste d’origine sud-coréenne) : 8,6 %

Le parti d’Evo Morales est donc largement en tête mais ne regroupe qu’un tiers de la population, ce qui semble confirmer notre analyse qui en a irrité certains à la fin de l’année dernière :

Ce blog s’est toujours efforcé de faire la part des choses et de rapporter les faits tels qu’ils sont pour une meilleure compréhension des événements. Si l’empire américain et ses filiales s’y font régulièrement esquinter, ce n’est jamais aux dépens de la vérité. Ainsi, ce que nous écrivions le 12 novembre a pu causer une certaine gêne :

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

Quoi ? Rendre l’immaculé Evo Morales partiellement responsable de la situation ? Ne pas se lâcher en imprécations contre Bolsonaro mais, au contraire, lui reconnaître une évolution intéressante ? Vous n’y penser pas, voyons, cachez ce billet que je ne saurais voir. Et de fait, certains sites qui ont l’habitude de republier nos articles se sont curieusement abstenus cette fois-ci. Et pourtant…

Une très intéressante interview a été accordée par Andrónico Rodriguez, leader cocalero et héritier présomptif d’Evo. S’il ne se gêne pas pour appeler un chat, un chat (et un putsch, un putsch), il n’est pas tendre non plus envers le Movimiento Al Socialismo, son propre parti. Selon lui, une autocritique est absolument nécessaire car le MAS a perdu les masses (jeu de mot non voulu) : népotisme, copinage, conformisme, éloignement de la base… Et encore ne mentionne-t-il pas, ou seulement en filigrane, le non respect du référendum de 2016 et le viol flagrant de la Constitution par Evo.

Depuis, on a appris que le décompte des voix n’avait finalement pas connu de fraudes et que ce n’est pas Andrónico qui reprendrait le flambeau, mais le fond du problème reste le même. La scène politique bolivienne est extrêmement divisée. Si le MAS est en tête, il ne peut prétendre gouverner avec un tiers des votants. Quant à l’autre « camp », si tant est qu’il n’y en ait qu’un seul, il est éclaté et se crêpe régulièrement le chignon.

Si le corona a au moins le mérite de désamorcer temporairement la crise qui se prépare en renvoyant tout ce joli monde dans ses foyers, il suffira, le jour de l’élection, d’une étincelle pour que la Bolivie ne tombe dans le chaos…Tag(s) : #Amérique latine#Europe

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Confirmations

Confirmations

12 Décembre 2019

Ces derniers jours ont apporté leur lot de nouvelles intéressantes, dont plusieurs confirment ce que nous disons ici, parfois depuis longtemps et pas toujours en accord avec la doxa alternative qui, dans sa lutte contre le système impérial, a tendance à idéaliser tous ceux qui s’y opposent. Ce blog, lui, s’est toujours efforcé de faire la part des choses et de rapporter les faits tels qu’ils sont pour une meilleure compréhension des événements. Si l’empire américain et ses filiales s’y font régulièrement esquinter, ce n’est jamais aux dépens de la vérité. Petit florilège de nouvelles qui apportent de l’eau au moulin des Chroniques

Ce que nous écrivions le 12 novembre a pu causer une certaine gêne :

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

Quoi ? Rendre l’immaculé Evo Morales partiellement responsable de la situation ? Ne pas se lâcher en imprécations contre Bolsonaro mais, au contraire, lui reconnaître une évolution intéressante ? Vous n’y penser pas, voyons, cachez ce billet que je ne saurais voir. Et de fait, certains sites qui ont l’habitude de republier nos articles se sont curieusement abstenus cette fois-ci. Et pourtant…PUBLICITÉ

Une très intéressante interview a été accordée par Andrónico Rodriguez, leader cocalero et héritier présomptif d’Evo.

S’il ne se gêne pas pour appeler un chat, un chat (et un putsch, un putsch), il n’est pas tendre non plus envers le Movimiento Al Socialismo, son propre parti. Selon lui, une autocritique est absolument nécessaire car le MAS a perdu les masses (jeu de mot non voulu) : népotisme, copinage, conformisme, éloignement de la base… Et encore ne mentionne-t-il pas, ou seulement en filigrane, le non respect du référendum de 2016 et le viol flagrant de la Constitution par Evo.

Si la semi-junte qui a pris temporairement le pouvoir ne fait certes rien pour se faire aimer, les élections sont toujours programmées et personne n’a parlé d’une interdiction du MAS. Avec un candidat responsable tel l’ami Andrónico (quel nom !), le parti du président déchu peut parfaitement gagner le suffrage et refermer la page de ce vrai-faux coup d’Etat.

Toujours est-il que Morales a quitté le Mexique pour s’installer en Argentine afin de mieux coordonner la stratégie de son mouvement et peut-être même plus si l’on considère que les deux pays ont une frontière commune…

L’arrivée d’Evo dans la pampa a été permise par l’élection d’Alberto Fernández le mois dernier :

(…) le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Intronisé le 10 décembre à la plus grande joie de ses supporters, le nouveau président a eu pour premier geste d’accorder l’asile politique à Evo. Un geste fort à destination de Washington…

Quant à Bolsonaro, il prend chaque semaine ou presque la tangente vis-à-vis d’une administration Trump auparavant idolâtrée et qui n’a cessé de le décevoir. Les récentes promesses de la Maison Blanche d’imposer des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium ne sont que le dernier chapitre d’une longue liste de couleuvres à avaler pour le Brésil, dont le président lorgne de plus en plus vers Pékin. D’une sinophobie toute donaldienne à ses débuts, il en vient aujourd’hui à déclarer que les deux pays « sont nés pour marcher côte à côte ».

Ce lent retournement de Bolsonaro va sans doute en indisposer certains qui, empreints d’un manichéisme surrané, préfèreraient rejeter définitivement le trublion dans le camp impérial, mais il était en réalité dans les tuyaux depuis un certain temps. Ca ne veut pas dire que le sieur Jair ait définitivement embrassé la cause de la multipolarité ni qu’il ne retombera pas, à l’occasion, dans ses travers américanolâtres, mais cela montre simplement que le monde est un peu plus compliqué qu’un film hollywoodien en noir et blanc…

A 10 000 kilomètres de là, l’Ukraine est revenue sous les feux de l’actualité. La première rencontre entre Poutine et Zelinsky, à Paris pour les discussions dites du « format Normandie », a envoyé des ondes de choc dans le Deep State. Aucune avancée spectaculaire bien sûr, c’est impossible en l’état actuel des choses, mais l’important est ailleurs. Le gel du conflit du Donbass inquiète les officines de l’empire qui commencent à évoquer l’idée d’abandonner purement et simplement l’Est de l’Ukraine afin que le reste du pays prenne résolument le chemin de l’euro-atlantisme.

Tiens tiens, mais n’est-ce pas exactement ce que nous expliquons depuis des années, parfois dans l’incompréhension générale ?

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi !). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

  • récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.
  • créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire ! Son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats. Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir en Vladimirovitch un chevalier blanc angélique défendant les russophones, sa stratégie vise avant tout à préserver la Russie en stoppant net l’expansion de l’OTAN vers le Heartland. Stratégie géniale mais aussi, il faut le reconnaître, cynique. Ces Chroniques l’ont tout de suite vu, les think tanks impériaux commencent tout juste à s’en apercevoir, confirmant en creux ce que le fidèle lecteur sait depuis le début…Tag(s) : #Amérique latine#Ukraine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/confirmations.html

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

7 Septembre 2019

Alors que la situation se réchauffe en plusieurs points du globe, le bras de fer énergétique entre l’empire et ses adversaires irréconciliables n’est pas en reste. Au vu des dernières nouvelles fort intéressantes, un état des lieux s’impose mais, auparavant, un rappel fondamental n’est peut-être pas inutile pour les nouveaux lecteurs du blog :

Pipelineistan ou la guerre des tubes

En plus d’être le pivot du monde, le point névralgique du globe, l’Eurasie est également terre de richesses, d’immenses richesses. Les soieries, le jade, les épices, les tapis persans ou le caviar ont été remplacés par les hydrocarbures, pétrole et gaz, principalement en Russie et autour de la Caspienne

Aussi important sinon plus que les ressources elles-mêmes, c’est leur acheminement par les gazoducs et oléoducs et le moyen d’influence qui en découle qui cristallise les tensions et les grandes manœuvres, ce que d’aucuns nomment la géopolitique des tubes. Complétant la pensée de Mackinder, un nouvel axiome est apparu : « Qui contrôle les sources et les routes d’approvisionnements énergétiques mondiales contrôle le monde. » C’est particulièrement vrai pour les Etats-Unis dont les stratèges sont conscients de l’inévitable déclin américain : le monde est devenu trop vaste, trop riche, trop multipolaire pour que les Etats-Unis puissent le contrôler comme ils l’ont fait au XXème siècle. Du Projet pour un nouveau siècle américain des néo-conservateurs au Grand échiquier de Brzezinski, une même question prévaut en filigrane : comment enrayer ce déclin, comment le retarder afin de conserver aux Etats-Unis une certaine primauté dans la marche du monde ? La réponse, qui n’est certes pas ouvertement explicitée, passe par le contrôle de l’approvisionnement énergétique de leurs concurrents. « Contrôle les ressources de ton rival et tu contrôles ton rival », Sun Tzu n’aurait pas dit autre chose. Et c’est toute la politique étrangère américaine, et subséquemment russe et chinoise, de ces vingt-cinq dernières années qui nous apparaît sous un jour nouveau.

Les pipelines jouent ainsi un rôle crucial, leur tracé étant la matérialisation sur le terrain des objectifs stratégiques de leur promoteur. Les tubes russes sont autant de flèches visant à percer le Rimland afin de gagner les marchés de consommation européen ou asiatique. Ceux promus par les Américains courent le long de ce même Rimland et tentent d’isoler la Russie tout en contrôlant l’approvisionnement énergétique de leurs « alliés », européens notamment, pour garder un levier de pression sur eux.

La bataille pour les sources et les routes énergétiques combinée à la domination du Heartland et du Rimland, sont les éléments constitutifs de ce nouveau Grand jeu qui définira les rapports de force mondiaux pour les siècles à venir.

Ceci posé, que nous offrent ces derniers jours ? Un florilège de nouvelles importantes…

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Il ne doit pas non plus être fou de joie d’apprendre que les Russes vont construire, en coopération avec les Sud-Coréens de Samsung, une flotte de 17 méthaniers brise-glace pour transporter le GNL arctique de la péninsule de Yamal. Un nom qui n’est pas inconnu du fidèle lecteur :

L’eldorado gazier actuel s’appelle Yamal, en Sibérie arctique :

Total par exemple y mène un projet GNL pharaonique et financé par les banques russes et chinoises pour cause de sanctions occidentales – titre de l’épisode : Les euronouilles ou comment se tirer une balle dans le pied. Le tour de table est intéressant : outre la major française, on retrouve Novatek (second producteur russe derrière Gazprom), le géant chinois CNPC et le Silk Road Fund (Fonds de la Route de la Soie).

On le voit, le plan est bien ficelé et englobera l’Eurasie grâce au transport par méthaniers brise-glace, dont le premier (intelligemment appelé par les Russes Christophe de Margerie en hommage au PDG de Total tué en 2014) vient d’être livré.

Tout cela fait dire à Vladimirovitch que la Russie deviendra bientôt le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié. Mais le GNL ne constitue qu’une partie du trésor d’or bleu du Yamal : plus de 26 000 Mds de m3 de réserves de gaz et une production qui pourra atteindre 360 Mds de m3. Brzezinski en a des sueurs dans le dos…

Le fait que Samsung participe à la construction de cette nouvelle flotte n’est pas anecdotique. Coréens et Japonais sont très intéressés par le gaz naturel liquéfié du Yamal, région de plus en plus stratégique pour Moscou qui y prévoit d’ailleurs des investissements colossaux et installe ses S-400. Les compagnies chinoises ne sont pas en reste, même si Pékin recevra également l’or bleu russe par pipeline.

A ce propos, le Sila Sibirii, chantier pharaonique bien connu de nos lecteurs, est quasiment terminé et Gazprom commence à y faire ses premiers essais. La coopération entre les deux géants eurasiatiques dans la région touche également l’industrie pétrochimique, à grands coups de milliards. Et l’on apprend que le forum de Vladivostok dont nous avons parlé dans le dernier billet a déjà accouché d’une bombe : un autre gazoduc reliant les deux géants eurasiatiques et passant par la Mongolie est peut-être dans les tuyaux. Au même moment, et ce n’est sans doute pas un hasard, une délégation de Gazprom était à Pékin pour discuter entre autres de la « route Ouest », c’est-à-dire le tracé d’un second tube…

La grande kermesse énergétique du continent-monde, qui donne tant de vertiges aux stratèges de Washington, ne serait pas complète sans les Indiens. Ca tombe bien, Modi (invité d’honneur à Vladivostok) et Poutine en ont longuement discuté et des pré-accords ont déjà été signés. Une sorte de « Route de la Soie maritime » russo-indienne s’additionnant aux voies chinoises pour arrimer encore un peu plus Heartland et Rimland.

A l’Ouest, du nouveau. Si, cette année, les exportations d’or bleu russe à destination de l’Europe vont échouer à quelques longueurs du record absolu de l’année dernière, Gapzrom, qui engrange d’ailleurs de jolis bénéfices, n’a pas à se plaindre. Malgré les atermoiements dus à la valse danoise, le Nord Stream II est aux trois-quarts construit et le consortium insiste sur le fait qu’il sera terminé dans les délais (en fait, avec un peu de retard par rapport aux plans initiaux). Il se pourrait même que les gogoleries du Donald à propos du Groenland poussent Copenhague à se ranger finalement du côté russe.

Zelinsky peut bien pousser l’habituelle chansonnette sur le « danger » du Nord Stream II pour conserver à Kiev quelques royalties sur le passage du gaz russe, le président ukrainien en est réduit à quémander quelques gouttes de GNL américain bien plus cher et transitant par la Pologne.

Bon prince, l’ours pourrait tendre la main à son turbulent voisin et lui lâcher un peu de lest lors des négociations gazières tripartites UE-Russie-Ukraine prévues plus tard dans le mois. L’échange inédit de prisonniers entre Kiev et Moscou, qui doit bien faire grincer quelques dents du côté de Washington et du baby Deep State ukrainien, est clairement à mettre au crédit de Zelinsky. Celui-ci a largement dévié de la ligne fanatiquement russophobe de son prédécesseur, ayant même dû lutter contre son propre Ministère des Affaires étrangères pour pouvoir passer son premier appel téléphonique à Poutine il y a quelques semaines !

Fin juillet, nous nous posions une question fondamentale à la fin de notre billet sur l’arraisonnement d’un bateau russe sur le Danube :

En Ukraine, pièce centrale du grand échiquier de Brzezinski et de tout stratège américain digne de ce nom, le mois d’avril fut un petit séisme. L’élection de Zelensky et la gifle monumentale reçue par Tapiocachenko ont quelque peu rebattu la donne et marqué la fin d’une époque. Nous l’expliquions alors :

Russophone, proposant un référendum conditionnant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN ou l’UE (entrée qui n’est de toute façon qu’hypothétique), ne promettant rien sur la Crimée ou le Donbass, Zelensky semble plus disposé à reprendre langue avec Moscou.

Cependant, il ne faut pas exagérer la portée de l’élection du comédien. D’abord parce que, comme chacun sait, il officiait sur les plateaux-télé de Kolomoiski. On se rappelle que cet oligarque s’était certes retourné contre Chocochenko dès 2015, mais que cela ne l’empêchait pas de financer certains bataillons néo-nazis férocement russophobes. Bref, un personnage bien peu recommandable dont l’ombre plane au-dessus du néo-président, même si l’on ne connaît pas tout à fait le niveau réel de leurs relations…

Ensuite parce que le nouveau venu n’a pas de plateforme politique. Il vient de créer, le mois dernier, un parti attrape-tout portant le même nom que la série télévisée dans laquelle il joue. Pas sûr que cela suffise pour gagner la Rada en octobre. Or, le baby Deep State ukrainien mis en place par Washington après le Maïdan y tient les rênes du pouvoir et s’est d’ailleurs précipité, juste après l’élection, pour passer une loi renforçant l’usage de l’ukrainien. Même le Figaro, inhabituellement objectif, voit la grossière manœuvre :

Le Parlement ukrainien a adopté ce jeudi une loi renforçant l’usage de la langue ukrainienne, au risque de crisper des populations russophones du pays au moment où le président élu Volodymyr Zelensky dit vouloir leur tendre la main. Le but, évident : savonner la planche du nouveau président et torpiller toute possibilité de rapprochement.

Bingo ! Nous ne pouvions pas mieux pressentir l’avenir, le schéma des événements s’étant presque déroulé comme prévu.

Zelensky lui-même n’est sans doute pas un mauvais bougre et l’a montré d’emblée, le 8 mai, en honorant les vétérans soviétiques de la Seconde Guerre Mondiale. Son prédécesseur, Poroclown, aurait préféré voire fondre ses palais en chocolat plutôt que de serrer la main d’un vieillard décoré du ruban de Saint-Georges…

Au fil des semaines, un certain dégel des relations a vu le jour (…) Le fait que Zelensky ait passé sa vie d’acteur sur les plateaux de la télé de Kolomoiski ne semble pas non plus avoir joué un grand rôle, finalement. Comme beaucoup, l’oligarque est d’ailleurs revenu de ses mirages maïdanites, rompant dès 2015 avec Porochenko. Fin mai, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Aussi, c’est avec une fébrilité de plus en plus grande que le système impérial a assisté au lent rapprochement entre Moscou et Kiev, la conversation téléphonique du 11 juillet entre les deux présidents ayant même fait couler quelques gouttes de sueur du côté du Deep State US ou de son avorton ukrainien. Il faut dire que Zelensky a fait montre d’une certaine indépendance d’esprit (…) Sans surprise, certains think thanks de l’empire tentent, déjà (!), de discréditer Zelensky, le montrant sous un jour pusillanime. Des cris d’orfraie assurent le bon public que cette conversation est une victoire de Poutine qui ouvre la voie au plan de Moscou : un Donbass rattaché formellement à l’Ukraine mais avec une grande autonomie, empêchant l’intégration de l’Ukraine dans la communauté euro-atlantique (…)

Quoi qu’en disent les habituelles officines, dont la paranoïa atteint des niveaux étonnants, ce n’est certes pas un simple appel téléphonique qui règlera le conflit. Mais il symbolise, il est vrai, une (très) relative normalisation des relations interrompues depuis le putsch de 2014. Il matérialise également le désir de paix, très majoritaire (69%) dans la population ukrainienne qui en a assez des excès guerriers de la junte post-Maïdan. On imagine les signaux d’alarme clignoter frénétiquement sur l’écran de contrôle impérial…

La vieille garde maïdanite, qui a tout de même récemment réussi à empêcher une prometteuse émission intitulée « Nous devons nous parler », organisée par des chaînes ukrainienne et russe, est d’autant plus sur les nerfs que les élections législatives, initialement prévues pour octobre, viennent d’avoir lieu. Nous le disions, la marge de manœuvre de Zelensky restait forcément réduite jusqu’à ce vote crucial. L’éclatante victoire de son parti lui donne désormais les mains libres ; du fait d’un mode de scrutin particulier, celui-ci obtient même la majorité absolue, une grande première dans l’histoire de la Rada.

Le fait qu’une liste pro-russe arrive en deuxième position met encore plus de sel sur la plaie du McCainistan qui croit deviner, sans rire, la main de Moscou. Quant aux chouchous de l’Occident, mis en place par lui au lendemain en 2014, ils sont humiliés, même s’ils arrivent quand même à passer la barre symbolique des 5%. Les années en 9 sont décidément maudites pour Washington : en 2009, Yanukovitch remporte les élections et met fin à la première « révolution de couleur » organisée par Bush & Co. En 2019, la victoire de Zelensky enterre le Maïdan, fomenté par qui vous savez.

En mai, le petit gang des ONG made in Soros/USAID/NED, inquiet des premiers pas du néo-président, l’avait déjà averti de manière surréaliste d’un certain nombre de lignes rouges à ne pas franchir. Entre autres joyeusetés : mener des négociations bilatérales avec la Russie sans la participation des « partenaires occidentaux, retarder ou saboter la marche à l’OTAN, initier un processus qui pourrait mener à la levée des sanctions contre Moscou…

On a vu que ce singulier avertissement, qui confine presque à une menace de renversement, n’a pas empêché Zelensky d’appeler Poutine. Avec sa victoire de dimanche, il est largement conforté dans son choix, au grand dam de la clique impériale qui doit trouver d’autres expédients. Est-ce tout à fait un hasard si, juste avant la mise en place du nouveau gouvernement, la junte de Kiev a arraisonné un bateau russe sur le Danube ?

Cet acte de piraterie ne trompe personne, surtout pas à Moscou : il s’agit d’une ultime provocation de la vieille garde sur le départ visant à savonner la planche de la nouvelle direction ukrainienne et tenter de torpiller tout rapprochement avec la Russie. Un grand classique, quoique désespérément routinier : Obama avait fait la même chose avant d’être remplacé par Trump, de même que la Rada avec sa loi linguistique provocatrice juste après l’élection de Zelensky… Le Deep State, démocratiquement balayé, mine d’avance le chemin de l’équipe qui lui succède. Après moi, le déluge. Si on repassera pour l’originalité de la manœuvre, qu’en sera-t-il de son efficacité ?

Si l’on en croit l’échange de prisonniers et l’optimisme de Zelensky de parvenir à un accord de paix, la manœuvre a échoué. Au Kremlin, maintenant, d’éviter de mettre le pas-si-comique-que-ça président ukrainien en difficulté et de laisser un peu de gaz russe transiter par l’Ukraine en guise d’ouverture. D’autant que le Turk Stream entre, lui, dans sa phase terminale et que la Serbie a déjà construit une partie des branches du tube qui irriguera les Balkans.

Les concurrents sont, comme nous l’avons expliqué maintes fois, illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? Découverte historiqueRéserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

On ne peut pas en dire autant de l’Iran, géant des hydrocarbures harcelé par l’empire. Après avoir versé dans la piraterie du côté de Gibraltar, les petits génies de Washington n’ont pas peur de sombrer dans le ridicule en proposant de corrompre les capitaines des pétroliers iraniens afin d’amener leur bateau dans des ports où il pourra être saisi. Même Barbe-Noire n’avait pas pensé à ça…

Le degré d’exaspération impuissante des Américains, obligés de s’abaisser à ce genre de manigance pathétique, laisse rêveur et Téhéran a beau jeu de moquer ces méthodes de gangsters. Toujours est-il que les Iraniens ne se démontent pas, continuant à affirmer leur stature de patron du Golfe en saisissant un tanker transportant du pétrole de contrebande. Relâché de Gibraltar, l’Adryan Darya I a tranquillement débarqué ses millions de barils en Syrie, ce pour la plus grande rage de Bolton.

Mais c’est dans l’arc chiite lui-même que des choses fort intéressantes se passent. Les habitués de nos Chroniques connaissent la valeur stratégique du poste d’Al Bukamal/Al Qaïm, que nous expliquions notamment début mai :

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an I, nous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

Nous y sommes. Après cinq ans, Bagdad et Damas vont rouvrir le poste-frontière dans les heures qui viennent. Plusieurs officines occidentales s’alarment, sans doute à juste titre pour le coup, de la construction d’une grande base iranienne en ce lieu stratégique entre tous de l’arc chiite.

Comme par magie, un projet de pipeline revient sur le devant de la scène, accompagnant les évolutions géostratégiques sur le terrain. Vous l’avez deviné, il s’agit de l’oléoduc Iran-Irak-Syrie, dont l’acceptation par Assad au détriment des tubes pétromonarchiques fut une des principales raisons du conflit syrien.

Enterré dans les cartons pour cause de guerre et de sunnistan daéchique, le projet est remis au goût du jour par Téhéran qui tente de convaincre les Irakiens de son bien-fondé. Une nouvelle fois, beaucoup sinon tout se jouera dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, où Iraniens et Américains ont engagé depuis longtemps une sourde lutte d’influence et s’affrontent par factions interposées.

Pour compliquer encore un peu les choses, la fameuse province d’Anbar, dans l’Ouest irakien, possède des réserves non négligeables de pétrole et de gaz. Il y a un mois et demi, cette région revenait sous les feux de l’actualité :

Alors que les Iraniens ont mis en ligne la spectaculaire vidéo de l’arraisonnement du pétrolier britannique dans le Golfe persique, il se passe des choses intéressantes dans la province d’Anbar, fondamentale pour la reconstitution de l’arc chiite :

Un coup de théâtre a éclaté début juillet, le commandant militaire de la région, le général Falahi, étant pris la main dans le sac en train de fournir à la CIA des renseignements sur les bases des Unités de Mobilisation Populaire chiites pro-iraniennes de la zone. Ces informations servaient à orienter les raids aériens US qui, de temps en temps, frappent les milices de la région sans aucun rapport avec l’amusante « guerre contre Daech ». La trahison de Falahi a déclenché un tollé et est remontée jusqu’à Bagdad, où le ministre de la Défense a ordonné l’ouverture d’une enquête officielle.

Relation de cause à effet ? Les forces américaines se seraient (conditionnel de mise) retirées de la base de Rutba, en plein désert d’Anbar et à 175 km à l’Est de la fameuse Al Tanaf, bien connue des lecteurs.

Ce que nous écrivions en mai 2017, après le bombardement par l’USAF d’une colonne chiite qui se dirigeait vers Al Tanaf et avant que les loyalistes syriens n’aient rejoint la frontière, n’a pas perdu une ride :

Empêcher la jonction chiite à la frontière syro-irakienne a toujours été le grand but des principaux alliés de l’empire – Israël, Saoudie, Turquie, Jordanie même – et le Donald n’a jamais caché sa sympathie pour au moins l’un d’entre eux (le premier cité). Il n’aura également échappé à personne que cette attaque intervient deux jours après la rencontre Trump-Erdogan, même si celui-ci est plus préoccupé par le soutien US aux YPG kurdes.

Quoi qu’il en soit, la course pour le contrôle de la frontière syro-irakienne est le nouveau chapitre important du grand et interminable livre de la guerre syrienne et c’est évidemment dans ce contexte qu’il faut replacer ce bombardement. Et peut-être un autre d’ailleurs, si l’info est confirmée : des avions américains auraient attaqué des Unités de Mobilisation Populaire irakiennes chiites de l’autre côté de la frontière.

Le conditionnel reste de mise car, pour l’instant, un seul média irakien en parle ; de plus, le lieu évoqué (« près d’Al Boukhamal ») est difficilement possible, Daech contrôlant la zone. Toutefois, cela collerait parfaitement avec le tableau général : empêcher Bagdad et Damas de reconstituer l’arc terrestre chiite. Coïncidence, cela intervient au moment même où un envoyé irakien discute avec Assad de « coopération dans la lutte anti-terroriste », c’est-à-dire évidemment de la reprise du territoire de l’EI qui sépare encore les deux pays.

Si les Américains persistent à vouloir remplacer Daech par leurs hommes de paille et couper l’axe Damas-Bagdad, ils prennent le risque d’entrer en collision directe avec l’Iran, ce dont s’inquiète jusqu’à The Atlantic. C’est en effet la politique de Téhéran, non de Moscou, de reconstituer l’arc chiite et la poussée loyaliste vers la frontière est plus d’obédience perse que russe.

Dix jours plus tard, Moon of Alabama allait dans le même sens, ajoutant d’ailleurs que les Américains avaient confié à une compagnie privée de sécurité, héritière de la sinistre Blackwater, la mission de sécuriser l’autoroute Bagdad-Amman qui traverse la province d’Anbar et dont une branche court jusqu’à Al Tanaf. Le but, évident : couper l’arc chiite, problématique principale de la guerre syrienne.

Comme souvent, les plans disneylandiens des stratèges de Washington se sont fracassés sur la réalité. Les UMP chiites restent fortement présentes à Anbar, au grand dam de la CIA qui doit débaucher des généraux irakiens pour en savoir plus (voir plus haut), et Soleimani se permet régulièrement des visites impromptues et provocatrices. Selon un bon observateur, s’il est confirmé, le retrait US de Rutba pourrait, dans le contexte particulier de scandale suite à la haute trahison de Falahi, signifier le renoncement des Américains devant l’inexorable avancée iranienne.

Si peu d’informations nous parviennent des sables d’Anbar et s’il est quelque peu difficile de savoir où en sont exactement les forces américaines, les réserves en hydrocarbures de la province attirent un nouvel acteur dans la danse, sous forme de pied de nez à Washington. Le ministre du Pétrole irakien a en effet décidé de confier l’exploration et le développement d’un bloc pétrolier et gazier prometteur à… une société russe !Tag(s) : #Pétrole#Gaz#Russie#Etats-Unis#Amérique latine#Europe#Ukraine#Moyen-Orient#Sous-continent indien#Extrême-Orient#Chine

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Les Carnets de Nicolas Bonnal

• La série des “Carnets” abrite, dans dedefensa.org, les écrits de commentaires personnels d’invités du site. • Sur ce qu’on nomme “les réseaux” ou “la toile”, il s’agit  de ce qu’on désignerait en général comme un blog. • Les “Carnets”, ce sont donc les blogs des invités de dedefensa.org dont nous jugeons, en plein accord avec eux et à l’avantage et à la satisfaction de chacune des parties, qu’ils peuvent devenir des collaborateurs réguliers du site. • Il n’y a pas de limites aux sujets abordés et pas de sujets précisément assignés à ces collaborateurs : les seules exigences concernent la forme et la décence du propos, la responsabilité dans le développement du propos. • Sur le point très important du fond des textes, nous disons que dedefensa.org donne comme règle de ces “Carnets” une orientation générale des domaines abordés trouvant ses aises dans celle dont le site fait à la fois l’usage et la promotion. • Pour autant, il y a une règle impérative qui domine toutes les autres. • Il n’est pas assuré que tous les propos des invités soient dans le sens de ce qu’écrit et pense dedefensa.org, et il ne peut en aucun cas y avoir assimilation, de ce qu’écrivent nos invités avec la signature du site : l’invité est seul responsable intellectuellement de ses propos. • Il s’ensuit, cela va de soi et selon la formule consacrée, que les propos dont nous parlons n’engagent en rien et en aucune façon dedefensa.org, essentiellement bien sûr dans ce domaine intellectuel et de l’opinion. • Ces éventuelles différences et divergences ne seraient pas nécessairement signalées mais elles le seraient en cas de publicité dans ce sens ou de toute autre nécessité, avec conséquences ou pas c’est selon. • Le site décide, espérons-le en bon accord avec ses invités, des conditions diverses et de l’application des règles énoncées ci-dessus de publication de leurs écrits. (Précision technique enfin valant pour toutes nos collaborations extérieures, qui est un classique de la collaboration extérieure à un média : titres et intertitres sont de la seule responsabilité de la rédaction. Les auteurs proposent titres et inter-titres et la rédaction se réserve de les modifier dans leur formulation, bien entendu sans en déformer le sens.)

• Les Carnets de Nicolas Bonnal sont tenus par l’écrivain, essayiste et commentateur dont on peut trouver une présentation dans le Journal-dde.crisis de Philippe Grasset, le 2 octobre 2016. • Les livres de Nicolas Bonnal sont disponibles sur sa page Kindle/Amazon à l’adresse URL suivante:

https://www.amazon.fr/Nicolas-Bonnal/e/B001K7A4X0

De Che Guevara à Guaido  ……

  mercredi 06 mars 2019

Pour comprendre ce qui se passe en Amérique du sud, j’aimerais avoir recours au dernier Tintin, celui qui se passe chez les Picaros et qui décrit si opportunément une révolution orange menée par des guérilleros grimés en touristes (à moins que ce ne soit l’inverse, avec ce Séraphin Lampion qui exprime dans les derniers albums le dernier homme nietzschéen, triomphant et crétin…). Cette révolution se veut du reste non-violente, comme le charivari médiatique de Guaido, promu Quisling rédimé et putschiste d’honneur par les médias azimutés, hallucinés et surtout infatigables de notre temps ! Et elle aboutit, cette révolution menée par un Tintin mué en ingénieur social, au même maintien de la misère que partout ailleurs. Récemment je voyais un programme espagnol qui m’annonçait que le coût du logement dans la  Bolivie de l’indéboulonnable leader socialiste-nationaliste-populiste-indigéniste Morales est aussi cher que dans le centre de Madrid. Un ingénieur doit payer pour se loger dans le désert d’Uyuni 1800 euros par mois. Et moi qui ai vécu dix mois dans ce pays à raison de cent euros par semaine…

Vive les réformes et la croissance économique décidément.

On est donc passé de Che Guevara à Guaido, commis-voyageur des pronunciamientos occidentaux. Cela nous fait penser à Guy Debord et son analyse de nos modèles dégénérés. Je cite un texte sur les nouveaux « chercheurs » et autres experts et commentateurs :

(Suite)

Yockey et la machine américaine à uniformiser….

  dimanche 03 février 2019

René Girard a parlé de l’Amérique comme puissance mimétique. Sur cette planète de crétins en effet tout le monde veut devenir américain, y compris quand il s’agit de payer des études à quarante mille euros/an, des opérations à 200 000 euros, de devenir obèse et même abruti par la consommation de médias et d’opiacés…

L’affaire est déjà ancienne et René Guénon a bien évoqué après Tocqueville ou Beaumont la médiocrité industrielle de la vie ordinaire/américanisée qu’on nous impose depuis les bourgeoises révolutions…

Un des américains à avoir le mieux parlé de cette uniformisation, après Poe ou Hawthorne, fut Francis Parker Yockey. Je laisse de côté ses vues politiques totalement aberrantes et je prends en compte ses observations sociologiques qui, comme celles de Louis-Ferdinand Céline, sont souvent justes ou/et intéressantes. Voici ce qu’il observe à l’époque de Bogart, quand tout le monde là-bas mène une vie gris Hopper, clope sans arrêt, boit son whisky au petit-déjeuner, imite les criminels en se couvrant d’un chapeau et d’une ridicule gabardine :

(Suite)……

http://www.dedefensa.org/blog/les-carnets-de-nicolas-bonnal-1

http://www.dedefensa.org/blog/les-carnets-de-nicolas-bonnal-1

L’Effroyable Imposture suivi de Le Pentagate

L’Effroyable Imposture suivi de Le Pentagate Agrandir l’image

L’Effroyable Imposture suivi de Le Pentagate

Référence 978-2-917112-15-1

État : Nouveau produit

Nouvelle réédition, entièrement réactualisée et annotée, des 2 ouvrages les PLUS CONTROVERSÉS AU MONDE : Osez lire ce livre !

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 Préface du général Léonid IVASHOV, chef d’état-major des armées russes le jour des attentats.

L’auteur : Thierry MEYSSAN

Thierry Meyssan

 Thierry MEYSSAN, analyste politique français, est le président-fondateur du Réseau Voltaire, une association internationale qui fédère des agences de presse et des médias non-alignés en Europe, en Amérique latine et dans le monde arabe. Ses ouvrages sur les attentats du 11-Septembre, traduits en 26 langues, ont inspiré la politique de nombreux États et ont bouleversé les relations internationales. À lire également, L’Effroyable Imposture 2 – Manipulations et désinformations, et son dernier ouvrage paru (2017): Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump.
 

PRÉSENTATION

 Lorsqu’il parut en mars 2002, L’Effroyable Imposture fit l’effet d’une bombe. Premier ouvrage sur les attentats du 11-Septembre remettant en cause la version officielle, qui pointait la responsabilité de ben Laden et d’al-Qaïda, il a atteint une très vaste audience partout dans le monde. Le nombre de traductions en langues étrangères indique bien en effet que son succès ne s’est pas limité au seul monde arabe, comme les médias en France ont tenté de le faire croire… Ostracisé, ridiculisé, voire démonisé par l’ensemble de la presse hexagonale, Thierry MEYSSAN n’a plus été invité à s’exprimer sur quelque sujet que ce soit dans notre pays. Pourtant, d’innombrables personnalités de par le monde l’ont écouté et sont convaincues que ses analyses sont bien plus proches de la vérité que ne l’est le récit officiel.

 Il est impossible de dresser la liste complète des hommes d’influence qui ont développé un discours reprenant tout ou partie des « thèses » du politologue français. Des hommes politiques (députés, sénateurs, ministres et jusqu’à des chefs d’État) ont publiquement soutenu ses idées sur le 11-Septembre : les présidents Hugo CHAVEZ, Fidel CASTRO, Mahmoud AHMADINEJADE, entre autres. Moins connu est le fait que le conseiller Fujita a repris par deux fois les points mis en avant par l’auteur dans l’enceinte du sénat japonais, dans le cadre du débat sur le soutien de son pays à la guerre en Afghanistan ; M. FUJITA n’est pas membre d’une formation politique marginale puisqu’il appartient au parti démocrate japonais, au pouvoir depuis les élections législatives en 2009.

 Ces deux livres réunis en un seul ouvrage ne se résument pas à la question de savoir ce qui a frappé le Pentagone : bien plus riches, ils décryptent la politique étrangère états-unienne de la « guerre contre la terreur », qui continue, affublée d’un nouveau nom, sous l’administration Obama. Vous aussi, comprenez maintenant, avec le recul, le dessous des cartes d’une imposture effroyable aux dimensions et enjeux planétaires…

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 « Un scénario possible pour un affrontement militaire avec l’Iran implique que l’échec irakien atteigne les limites américaines ; suivi par des accusations américaines rendant l’Iran responsable de cet échec ; puis, par quelque provocation en Irak ou un acte terroriste sur le sol américain qui serait imputé à l’Iran. Ceci pourrait culminer avec une action militaire américaine « défensive » contre l’Iran qui plongerait une Amérique isolée dans un profond bourbier englobant l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan »

– Zbigniew BRZEZINSKI, conseiller à la sécurité nationale
pendant toute la présidence de M. Jimmy CARTER,
le 1er février 2007 devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

 Vous avez bien lu ! M. BRZEZINSKI, un des plus hauts responsables de l’administration Carter, spécialiste de la géopolitique et homme toujours influent, a évoqué la possible organisation par l’administration Bush d’un attentat sur le sol des États-Unis qui serait faussement attribué à l’Iran pour provoquer une guerre. L’hypothèse de Thierry MEYSSAN — selon laquelle les attentats du 11 Septembre auraient été perpétrés par une faction du complexe militaro-industriel pour provoquer les guerres d’Afghanistan et d’Irak — quitte soudainement le domaine du tabou pour être discutée publiquement par les élites de Washington. Pendant ce temps, en France…

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 « Le terrorisme international n’existe pas » affirme, dans sa préface, le général Leonid IVASHOV qui était le chef d’état-major des armées russes au moment des attentats du 11 Septembre 2001. Ayant vécu les événements de l’intérieur, il nous en donne une analyse très différente de celle de ses homologues états-uniens. « Ce que nous voyons n’est qu’un terrorisme instrumentalisé par les grandes puissances et qui n’existerait pas sans elles.»

 

https://www.librairie-voltairenet.org/fr/livres-en-francais/42-leffroyable-imposture-suivi-de-le-pentagate.html