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Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Louis-Vincent Gave De Louis-Vincent Gave1 avril 2020 Dans AsieEconomie, énergies et entreprisesEurope 15 Minute de lectureLe masque, la solution à l’épidémie (c) Unsplash

Face à la pandémie de Covid-19, les politiciens des pays du monde entier – la Suède et le Japon sont parmi les rares exceptions – ont eu recours à la rhétorique martiale des dirigeants en temps de guerre et, dans de nombreux cas, ont invoqué des pouvoirs de guerre pure et simple. Les médias ont été mobilisés pour diffuser l’information selon laquelle le monde est en « guerre » contre ce nouveau fléau – une guerre totale qui ne permettra pas aux objecteurs de conscience ou aux réfractaires de s’enfuir et qui remodèlera les sociétés une fois la victoire remportée. Comme dans toute guerre totale, les contraintes monétaires et budgétaires ont été jetées par la fenêtre. La seule chose qui compte, c’est la victoire.

Par conséquent, dans les mois à venir, la plupart des pays enregistreront de nouveaux records en matière de dette publique et d’agrégats monétaires. Prenons l’exemple des États-Unis, où la dette publique a atteint 30 % du PIB pendant la guerre civile américaine, a diminué, est revenue à 30 % pendant la Première Guerre mondiale, puis a rebondi à 120 % du PIB pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, les semaines à venir devraient voir ce record de 120 % battu grâce aux mesures de relance déjà annoncées et à l’effondrement inévitable du PIB.

La logique des guerres est qu’elles détruisent d’énormes quantités de capitaux, ruinent des vies, renversent les structures politiques – la Première Guerre mondiale a vu la fin des empires russe, ottoman, allemand et austro-hongrois – et que quelqu’un finit généralement par gagner (même si c’est une victoire à la Pyrrhus). Par exemple, à la fin de la guerre de Trente Ans, le traité de Westphalie a consacré la domination de la France sur l’Europe pendant les 140 années suivantes, jusqu’à la Révolution française.

En 1815, après Waterloo, la perfide Albion s’est imposée comme la superpuissance qui allait dominer le monde entier tout au long du XIXe siècle. Et bien sûr, les deux guerres mondiales ont vu la Grande-Bretagne passer le flambeau aux États-Unis.

Qui sortira vainqueur ?

La guerre contre Covid-19 aura-t-elle donc un vainqueur ? Si nous acceptons que nous vivons dans un monde avec trois grandes puissances – les États-Unis, l’Europe et la Chine – alors la guerre contre Covid-19 pourrait avoir quatre gagnants potentiels : les trois superpuissances, plus l’idée générale de « mondialisation » – la notion que nous sommes tous dans le même bateau et que les problèmes mondiaux devraient être abordés par le biais d’échanges, d’une intégration et d’une bonne volonté accrus entre les trois grands blocs.

Hélas, si l’idée peut paraître sympathique sur le papier, il semble aujourd’hui que le monde s’éloigne rapidement de cet idéal. Aussi, par souci de concision, je vais écarter ce quatrième « gagnant » possible. À l’heure actuelle, la poursuite de l’intégration mondiale ne semble pas tant un scénario à faible probabilité qu’une chimère enfiévrée. Il reste donc trois gagnants potentiels.

L’Europe, un moment de Tchernobyl

La crise actuelle a mis à nu toutes les verrues de l’Europe. Premièrement, contrairement aux rêves des europhiles et des eurocrates, l’Europe n’est tout simplement pas une nation.

Au XIXe siècle, pour contrer les vues raciales prussiennes sur les origines de la nation, le savant français Ernest Renan a soutenu qu’une nation se définit avant tout par une « volonté de vivre ensemble ». Avec le temps, cela conduit à la création d’un État, qui assume le rôle de protéger les citoyens contre les ennemis, tant étrangers (par des moyens diplomatiques ou militaires) que nationaux (avec une force de police et le système judiciaire). Pour remplir ces fonctions « régaliennes », l’État conserve le monopole de l’usage légal de la violence et prélève des impôts dans sa propre monnaie – à l’intérieur de ses propres frontières. Et ces frontières ne sont essentiellement que les cicatrices de l’histoire et de la géographie.

Aujourd’hui, l’Europe, comme le reste du monde, est attaquée ; une attaque qui justifie une réponse gouvernementale. Si l’Union européenne était une nation, ses dirigeants seraient à l’avant-garde de la contre-offensive. Au lieu de cela, à part une vidéo du chef de la Commission européenne Ursula von der Leyen se lavant les mains en fredonnant l’Ode à la joie (l’hymne européen), la réponse des institutions européennes à la crise a été assourdissante dans son silence. Cela soulève plusieurs questions.

– Si les institutions européennes ne protègent pas les Européens contre quoi que ce soit et, à l’évidence, ne servent à rien en temps de crise, en particulier de crise internationale, à quoi servent-elles alors ?

– Si les institutions européennes ne remplissent pas ces fonctions régaliennes de base, pourquoi les nations européennes ont-elles abandonné à ces mêmes institutions la souveraineté sur leurs budgets, leurs frontières, leurs lois et leurs monnaies ?

– Et, bien sûr, pourquoi les Européens devraient-ils payer avec leurs impôts pour financer cette couche supplémentaire de gouvernement inutile ?

À quand la fin de l’euro ?

Avec un vide au centre de l’Europe, les gouvernements nationaux confrontés à l’Armageddon économique et social ont réagi en (i) reprenant le contrôle de leurs budgets (au diable le pacte fiscal), (ii) reprenant le contrôle de leurs frontières et (iii) reprenant le contrôle de leurs lois (par exemple, en interdisant l’exportation d’équipements médicaux essentiels, contre toute la législation européenne).

Cela soulève la question de savoir combien de temps il faudra pour qu’un ou plusieurs gouvernements européens décident de reprendre le contrôle de leurs monnaies. Si, comme l’a dit Rahm Emmanuel, il ne faut « jamais laisser une crise grave se perdre », alors quel meilleur moment pour instituer un long jour férié et réintroduire une monnaie nationale que lorsque l’économie nationale est de toute façon en panne, et l’année un effacement économique complet ? Comme l’a écrit William Shakespeare : « Quand le chagrin arrive, il ne vient pas d’espions isolés, mais de bataillons ».

Il y a quelques semaines, des experts occidentaux se demandaient si la mauvaise gestion de l’épidémie de Covid-19 pouvait être le « moment Tchernobyl » du Parti communiste chinois – le moment où l’homme et la femme de la rue perdent confiance dans leurs institutions gouvernementales. Oubliez la Chine. Il est beaucoup plus probable que ce soit le moment Tchernobyl de l’Europe qui se déroule sous nos yeux.

Si vous vouliez parier sur la structure politique la moins susceptible de survivre à la « guerre » actuelle, alors l’Union européenne serait sûrement la favorite des bookmakers. Aujourd’hui, il faudrait en effet un homme politique courageux pour affirmer que l’Union européenne est synonyme de force et que la poursuite de l’intégration européenne est la voie de la prospérité et du bonheur.

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Des systèmes médicaux à bout de souffle

Au lieu de cela, la question qui se pose déjà dans toute l’Europe est de savoir si la stricte austérité budgétaire imposée à l’Espagne, à l’Italie, au Portugal et à d’autres pays dans le sillage de la crise de l’euro de 2012-13 a semé les graines de la crise actuelle. Les gens se plaignent que pour sauver le sacro-saint euro, les budgets nationaux ont été réduits. Et comme il n’était plus possible de réduire les dépenses militaires, la réduction des budgets nationaux a entraîné une diminution des dépenses de santé. Dans toute l’Europe, des hôpitaux ont fermé (surtout dans les campagnes) et le nombre de lits d’hôpitaux par habitant a diminué malgré le vieillissement de la population. En conséquence, lorsque la pandémie a frappé, les systèmes médicaux déjà à bout de souffle se sont rapidement effondrés.

Cela m’amène à la vidéoconférence de jeudi dernier, qui a été organisée par les chefs de gouvernement européens. N’ayant pas réussi à faire preuve d’une quelconque unité européenne dans un style épique, les dirigeants européens se sont disputés sur l’idée que la crise actuelle devrait être la sage-femme de la naissance des obligations d’État paneuropéennes. De telles obligations sont constitutionnellement interdites en Allemagne (et un changement constitutionnel nécessiterait un vote des deux tiers au Bundestag). Pourtant, le Premier ministre italien a activement (et de manière compréhensible) fait pression en leur faveur. Pour l’instant, les dirigeants européens ont accepté de ne pas être d’accord et de se réunir à nouveau deux semaines plus tard. Toutefois, d’ici là, trois choses pourraient se produire.

– Le Premier ministre italien Giuseppe Conte se plie et accepte de faire appel au mécanisme européen de stabilité pour faire face à la crise. Mais pour ce faire, il placerait son pays sous la tutelle économique de Bruxelles. Dans le climat politique actuel de l’Italie, qui est très chargé émotionnellement en raison de l’impression (légitime) que ni Berlin ni Bruxelles n’ont fait quoi que ce soit pour aider l’Italie dans son heure de gloire, ce serait un suicide politique.

– La chancelière allemande Angela Merkel se plie et accepte de faire pression pour un changement de la constitution allemande et la création d’un marché paneuropéen des obligations souveraines. Cependant, il n’est pas du tout certain que les deux tiers du Bundestag (ou même son propre parti ?) suivraient Merkel dans cette voie.

– Les dirigeants nationaux européens, physiquement épuisés et émotionnellement vidés après deux mois pénibles, ne parviennent pas à trouver un compromis fonctionnel au cours de vidéoconférences qui durent toute une nuit, et l’Europe commence vraiment à imploser.

À ce stade, quel scénario semble le plus probable ?

Les États-Unis

Dans toute discussion sur les rapports de force relatifs, les États-Unis commencent généralement par des as de poche. Cependant, dans la crise actuelle des coronavirus, les choses ne vont pas très bien pour les États-Unis.

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  1. La façon dont le système de santé est organisé semble avoir entravé la réponse politique dans tout le pays. Avec le temps, cela va probablement accroître les appels à une nationalisation du secteur de la santé aux États-Unis – certainement un sujet brûlant lors de la prochaine élection présidentielle américaine ?
  1. Derrière la crise de Covid-19 se cache un autre défi : la faillite imminente de grandes sections du complexe énergétique américain. En termes simples, à 20 dollars US le baril de pétrole, les centaines de milliards de dollars US investis en des temps plus heureux dans les gisements de schiste américains devront être amortis. Cela causera une douleur considérable.
  1. La hausse de 30 signes du chômage aux États-Unis, elle-même une conséquence directe de la crise Covid-19, complique les tentatives de stabilisation économique du gouvernement pour la simple raison que les États-Unis ne disposent pas de beaucoup d’infrastructures d’indemnisation du chômage. En conséquence, le gouvernement américain est obligé de diriger son aide par l’intermédiaire des entreprises. Malheureusement, il y a peu de garanties que cet argent aidera ceux qui en ont le plus besoin. Au lieu de cela, l’aide finit par ressembler soit aux dépenses habituelles des porcs de Washington (la facture de la semaine dernière comprenait une subvention de 25 millions de dollars US pour le centre artistique Kennedy), soit à l’aide sociale habituelle des entreprises (la chaîne d’approvisionnement de Boeing a reçu une jolie somme de 60 milliards de dollars US).

La combinaison de ces facteurs fera en sorte que les élections de novembre seront encore plus chargées d’émotion que ce à quoi tout le monde s’attendait (et avant Covid-19, tout le monde s’attendait déjà à des élections plus chargées d’émotion que d’habitude). Il en résulte une incertitude encore plus grande pour les investisseurs.

Il y a trois mois, le large consensus parmi les investisseurs était que, dans un monde rempli d’incertitudes, les États-Unis étaient de loin le « pays le plus propre et le plus sale ». La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cette conviction a été ébranlée et si elle va commencer à s’effriter à mesure que Covid-19 s’impose dans tout le pays et que la politique intérieure américaine devient encore plus agressive et intransigeante.

Chine

La fiabilité des données fournies par les autorités est l’un des défis à relever pour tenter de surmonter la crise de Covid-19 en Chine. La Chine affirme avoir identifié son premier cas de Covid-19 le 17 novembre 2019 dans un hôpital de Wuhan. Cela pourrait bien être vrai, bien qu’il soit tout à fait possible que le virus se soit propagé dans le Hubei bien avant que le premier patient ne soit admis à l’hôpital et identifié comme ayant quelque chose d’ »atypique ».

Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que la Chine n’a pas fait grand-chose contre le virus jusqu’au 23 janvier 2020, date à laquelle Wuhan a été mis en quarantaine. Cela signifie que le virus a eu au moins deux mois, et peut-être plus, pour se propager sans contrôle dans toute la Chine centrale et au-delà.

C’est là que cela devient intéressant. Selon les chiffres officiels de la Chine, Covid-19 est responsable de 3 305 décès sur les 1,4 milliard d’habitants du pays. En termes absolus, cela représente moins d’un tiers des 11 591 décès subits en Italie, qui ne compte que 60 millions d’habitants.

Ainsi, la Chine, avec une population beaucoup plus importante, une densité de population beaucoup plus élevée et un système de santé publique bien inférieur, n’a subi qu’une fraction des décès en Italie, en Espagne et maintenant très probablement en France. Comment expliquer cette différence spectaculaire ?

  1. Au cours de son voyage, le virus a peut-être muté en des formes plus mortelles. C’est une pensée inquiétante.
  1. Les décès en Chine sont peut-être massivement sous-déclarés, soit par les autorités locales qui n’osent pas être porteuses de mauvaises nouvelles, soit simplement par les hôpitaux ruraux qui ne s’attardent pas trop sur les causes de décès de leurs patients âgés. Il s’agit là d’une possibilité bien réelle. Mais il est intéressant de noter que chez les voisins de la Chine (où les données sont fiables), le bilan des décès dus à la maladie de Covide-19 est loin d’être aussi lourd qu’en Europe. La Corée du Sud a enterré 158 âmes, le Japon a enregistré 54 décès (bien que son économie soit restée largement ouverte aux affaires), la Malaisie 37, Hong Kong quatre et Singapour trois. Chaque décès est une tragédie. Mais dans toute l’Asie, tout comme en Chine, le virus semble être beaucoup moins mortel qu’en Europe.
  1. Il se pourrait que les sociétés asiatiques soient tout simplement mieux préparées à faire face à une pandémie comme celle de Covid-19 que les pays occidentaux. Les aéroports asiatiques disposent depuis longtemps de dispositifs de surveillance de la température, les gouvernements ont rapidement suivi les contacts potentiels avec les transporteurs grâce aux données des téléphones portables. Depuis l’épidémie de SRAS en 2003, les hôpitaux sont bien équipés en matériel de protection et les gens portent des masques dès qu’ils toussent ou qu’ils ont le nez qui coule.

Cette explication est logique. Il faut toutefois noter que le virus a pu se propager sans contrôle pendant au moins 10 semaines avant que les autorités chinoises et asiatiques n’entrent en action. Même alors, tous ne l’ont pas fait. Le Japon a, dans l’ensemble, continué à vivre normalement et n’a jusqu’à présent connu ni une augmentation du nombre de décès ni un afflux de patients qui ont submergé son système de santé – même si, en termes démographiques, c’est le pays le plus « ancien » du monde.

  1. Il est concevable que l’exposition au Sars-CoV, le coronavirus qui a causé le SRAS en 2003, et à d’autres coronavirus ait conféré aux populations asiatiques un élément d’immunité au Sars-CoV-2, le coronavirus qui cause le Covid-19. Au risque de l’hyperbole, dans ce scénario, Covid-19 s’apparenterait à l’apparition de la variole dans le Nouveau Monde, mais cette fois ce sont les Européens qui se trouvent dans la position des Amérindiens. Il s’agit bien sûr d’une exagération ; Covid-19 n’anéantira pas 90% de la population européenne, et contrairement au monde du XVIe siècle, le monde actuel – et beaucoup de ses germes – est déjà globalisé. Néanmoins, les Européens pourraient peut-être regarder d’un œil méfiant les cadeaux de couvertures gratuites en provenance de Chine ?
  1. L’écart entre les taux de mortalité en Asie et en Europe pourrait refléter le sous-financement et la préparation inadéquate des systèmes de soins de santé européens. Ou du moins, certains d’entre eux – jusqu’à présent, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie semblent avoir été beaucoup moins touchés que l’Italie, l’Espagne et la France (même si la Suède a continué à mener une vie à peu près normale). Cette divergence intra-européenne pourrait simplement être une question de minutage ; l’Italie l’a eu en premier, et l’Allemagne devrait suivre. Ou pourrait-elle refléter des échecs de politiques publiques à l’échelle épique en Italie, en Espagne et en France ?

Si l’on examine ces explications possibles de la divergence des taux de mortalité entre l’Europe et l’Asie, il me semble que les trois dernières politiques mises en œuvre dans les pays asiatiques, une meilleure immunité des troupeaux en Asie et des systèmes de santé inadéquats dans les pays occidentaux aboutissent toutes à la même conclusion : les investisseurs devraient déployer plus de capitaux en Asie et moins en Europe.

La bonne performance des actifs asiatiques

Cela m’amène à une simple observation : c’est la première fois de ma carrière qu’en pleine crise, les prix des actifs asiatiques sont non seulement surperformants (généralement en période de récession, les prix des actifs asiatiques sont battus comme une mule louée), mais ils le sont aussi avec une volatilité beaucoup plus faible que les actifs occidentaux.

Prenons l’exemple de la dette en renminbi. Dans cette crise, les obligations en renminbi se sont avérées être l’actif « anti-fragile » que nous avons toujours espéré qu’elles seraient. Bien sûr, elles ont été moins performantes que les obligations du Trésor américain. Mais les obligations en renminbi ont surpassé les obligations d’entreprises américaines, les obligations d’État de la zone euro et les obligations japonaises. Mieux encore, elles continuent d’offrir un minimum de rendement positif – qui soit promet des gains en capital futurs soit amortira au moins le coup si les rendements ailleurs dans le monde recommencent à augmenter.

Plus intéressant encore, alors que la corrélation entre les obligations d’État américaines et les marchés d’actions américains a changé de manière spectaculaire en février et mars (voir Quatre paniers pour quatre quadrants), les obligations chinoises ont continué à offrir des rendements non corrélés.

Une fois la poussière retombée après une crise où les corrélations croisées entre les actifs sont devenues encore plus fortes, la capacité quasi unique du marché obligataire chinois à tracer sa propre voie attirera probablement l’attention des réparateurs d’actifs du monde entier. Et ce sera d’autant plus vrai que, contrairement à 2008 ou 2016, et contrairement à d’autres gouvernements en 2020, Pékin n’a pas réagi à la crise actuelle en plongeant tête baissée dans une expansion budgétaire massive et dans l’expansion des agrégats monétaires.

En bref, face à cette crise :

– Les réponses politiques en Asie ont été supérieures aux réponses politiques en Occident.

– Le niveau de préparation à la pandémie en Asie a été supérieur à celui de l’Occident.

– Le niveau d’incertitude politique en Occident est maintenant bien plus élevé que celui de l’Asie. L’Union européenne survivra-t-elle à cette crise ? Sous quelle forme ? L’élection présidentielle américaine entraînera-t-elle la nationalisation du système de santé américain ? Les États-Unis peuvent-ils se permettre d’apporter des réponses politiques ?

– Le coût humain de la crise semble être beaucoup moins important en Asie qu’en Occident.

– La mise en œuvre des réponses de politique économique a été beaucoup plus conventionnelle en Asie qu’en Occident.

Compte tenu de tout cela, faut-il s’étonner que les actifs asiatiques soient désormais plus performants que les actifs occidentaux ? Et y a-t-il une raison pour que cette surperformance ne se poursuive pas ?

Conclusion

En 1944, le dramaturge juif français Tristan Bernard est arrêté par la Gestapo à son domicile à Paris. Traîné par la police secrète nazie, il enjoint à sa femme désemparée de le suivre : « Ne pleure pas. Nous vivions dans la peur. Mais désormais, nous vivrons dans l’espoir ».

Aujourd’hui, il y a beaucoup de raisons d’avoir peur.

– Une maladie qui semble particulièrement dangereuse pour les personnes de plus de 60 ans

– Un bouleversement économique tel que le monde en a rarement connu auparavant en temps de paix.

– Des points d’interrogation sur l’avenir de l’Union européenne et sur l’existence de l’euro.

– Les menaces qui pèsent sur la poursuite de la mondialisation, l’un des principaux moteurs des gains de productivité de ces dernières décennies.

La liste pourrait s’allonger encore. Mais si les lecteurs ne se sentent pas aussi angoissés que Mme Bernard, il est peu probable qu’ils dansent de joie. Néanmoins, au milieu de ce désastre, nous devrions nous rappeler ces points:

– Pour certains pays européens, notamment l’Italie, les 20 dernières années d’union monétaire européenne ont été un exercice d’autoflagellation, désormais interdit par l’Église catholique. Le vieux proverbe allemand « mieux vaut une fin avec horreur qu’une horreur sans fin » n’a certainement jamais été aussi applicable qu’à l’expérience économique de l’Italie en tant que membre de l’euro. Dans cette optique, les investisseurs pourraient commencer à dresser une liste des actifs européens susceptibles de faire des achats intéressants de l’autre côté d’un effondrement de la zone euro.

– Si l’euro implose, les Européens devront encore trouver un logement pour leurs économies. La destination initiale évidente serait le dollar américain. Mais la Réserve fédérale a clairement indiqué qu’elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la hausse du dollar américain. Ainsi, une implosion de l’euro pourrait déclencher une explosion encore plus importante du bilan de la Fed. Une telle poussée pourrait contribuer à mettre un plancher sous les marchés financiers partout.

– Une autre destination pourrait être les autres monnaies européennes, que ce soit le franc suisse (qui pousse la Banque nationale suisse à acheter encore plus d’actions américaines ?), la livre (qui reste grotesquement sous-évaluée) ou les monnaies scandinaves (également sous-évaluées).

– Par ailleurs, certaines économies européennes à la recherche de rendements intéressants pourraient se diriger vers les monnaies des marchés émergents, que ce soit le peso mexicain, très sous-évalué et à haut rendement, le renminbi, très stable, ou peut-être même le dollar canadien (je sais que ce n’est pas une monnaie des marchés émergents, mais le huard ne l’est évidemment pas, car il continue à se comporter comme tel).

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Tags:ChineEpidémie

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave est cofondateur de Gavekal Resarch, il vit et travaille à Hong Kong depuis de nombreuses années. Il est l’auteur de six livres dont Clash of Empires : Currencies and Power in a Multipolar World (2019).

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Conflits, pollution, délinquance… les bonnes surprises du coronavirus

Conflits, pollution, délinquance… les bonnes surprises du coronavirus

Le coronavirus fait des ravages dans les populations et met l’économie des principales puissances mondiales à genoux. Sur une touche plus positive, il occasionne des bouleversements que diplomates, politiciens, syndicats, manifestants et ONG n’avaient jamais obtenus.

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Les premières cartes tirées des données satellitaires du réseau Copernicus, diffusées vendredi par l’Agence spatiale européenne, montrent une chute spectaculaire de la pollution au dioxyde d’azote au-dessus des grandes métropoles européennes, notamment à Paris, Rome et Madrid. (ESA/Cover Images/SIPA)Par Catherine ChatignouxPublié le 30 mars 2020 à 10h16Mis à jour le 30 mars 2020 à 14h34

Il est minuscule mais terriblement toxique. On le voit à l’oeuvre depuis quelques semaines, déversant son flot de malades dans les hôpitaux du monde entier débordés par l’ampleur de sa nocivité. Il a déjà assigné à résidence 3 milliards d’êtres humains, mis à l’arrêt des milliers d’usines et semble déterminé à plonger la planète dans une dépression économique sans précédent.

Mais à toute chose malheur est bon : l’irruption du Covid-19 a aussi déclenché des bouleversements aussi surprenants qu’inédits. Ce que ni la diplomatie, ni la politique, ni les syndicats, ni les manifestations populaires, ni même les guerres n’ont obtenu ces dernières décennies, Covid 19 le fait, avec une radicalité et une efficacité toute scientifiques.

Une spectaculaire chute de la pollution

On pensait la planète arrivée en ce début 2020 à un point de non-retour. Les catastrophes naturelles se multipliaient, un pays continent, l’Australie, brûlait, des centaines d’espèces animales s’éteignaient, les villes devenaient irrespirables. Greta Thunberg mobilisait la jeunesse pour qu’elle contraigne les gouvernements à l’action, les candidats à la mairie de Paris fantasmaient sur la fin de la voiture dans les grandes villes. Le coronavirus a apporté la solution : plus une voiture ou presque ne circule dans les grandes artères, et les usines à l’arrêt ont cessé d’émettre dioxyde d’azote et particules fines.

En Chine, des images satellite de la Nasa ont montré une baisse significative de la pollution liée à l’arrêt des automobiles et des centrales thermiques. Même constat du satellite du réseau Copernicus dans le nord de l’Italie, particulièrement frappée par le virus, où la concentration de dioxyde d’azote a reculé de moitié lors de la première quinzaine de mars. Les eaux de Venise sont transparentes, à nouveau. A Paris enfin, Airparif a relevé dès la première semaine de confinement « une amélioration de la qualité de l’air de l’ordre de 20 % à 30 % » dans la capitale et ses environs.NASA Earth@NASAEarth

Airborne Nitrogen Dioxide Plummets Over China https://earthobservatory.nasa.gov/images/146362/airborne-nitrogen-dioxide-plummets-over-china … #NASAAirborne Nitrogen Dioxide Plummets Over ChinaNO2 amounts have dropped with the coronavirus quarantine, Chinese New Year, and a related economic slowdown.earthobservatory.nasa.gov21,2 kInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité12,8 k personnes parlent à ce sujet

L’apaisement des conflits dans le monde

Le Covid19 sape aussi l’énergie des guerriers. Des cessez-le-feu ont été proclamés ou au moins évoqués ces derniers jours dans la guérilla qui ensanglante les Philippines depuis des décennies, au Cameroun, voire en Syrie, le conflit le plus sanglant de la planète depuis son déclenchement il y a neuf ans. Cible d’une nouvelle offensive meurtrière de Damas depuis décembre, la région d’Idleb, dernier grand bastion djihadiste et rebelle du pays, bénéficie d’un calme précaire depuis début mars grâce à une trêve parrainée par Moscou et Ankara. Le premier cas de Covid-19 y a été enregistré cette semaine. Les rebelles houthis au Yémen et le gouvernement envisagent aussi de faire taire les armes temporairement. L’ONU s’est félicité jeudi de ces différentes avancées. Le processus de paix lancé entre talibans et le gouvernement afghan avant, il est vrai, la pandémie, avance aussi, avec de premières libérations réciproques de prisonniers d’ici mardi et une rencontre prochaine, pour la première fois, entre le gouvernement du président Ashraf Ghani et les insurgés.

Enfin, la peur du virus a promptement refermé le couvercle sur la crise migratoire qui menaçait à la frontière gréco-turque. Le 18 mars, la peur de la contagion a convaincu Recep Tayyip Erdogan, le président turc, de boucler les postes frontières avec la Grèce qu’il avait ouverts quinze jours plus tôt , appelant des dizaines de milliers de migrants et demandeurs d’asile bloqués en Turquie à passer en Europe. Le coronavirus a vaincu l’un des dirigeants les plus autoritaires de la région.

L’Etat prend la main sur le marché

Face au choc économique inédit qui s’abat sur eux, les Etats ont réagi comme jamais auparavant. Les crises sont souvent l’occasion de recourir à l’Etat providence. Cette fois, c’est Noël au printemps. Les gouvernements du monde entier rivalisent à coups de centaines de milliards pour éviter la dépression qui s’annonce.

La France ouvre grand les coffres de l’Etat. Elle en a l’habitude mais cette fois les montants engagés sont sans précédent : 45 milliards d’aides budgétaires directes aux entreprises et aux salariés et 300 milliards de garanties pour des aides bancaires aux entreprises. Emmanuel Macron a annoncé un plan massif pour l’hôpital et des primes pour les soignants, réclamés à cor et à cri depuis des années. L’Allemagne, c’est totalement inédit, met de côté sa sacro-sainte rigueur budgétaire et annonce un plan de 1.000 milliards d’euros. Berlin a même accepté que le Pacte de stabilité soit suspendu, autorisant tous les Etats de la zone euro à s’endetter sans limite. Ni Bruxelles, ni Paris ni l’opposition sociale-démocrate ni les menaces sur l’euro n’avaient permis un tel sacrilège. Inouï.

Les patronats européens n’ont même pas eu à le réclamer : sous la pression du coronavirus, les pouvoirs publics ont autorisé les entreprises à reporter les échéances des impôts et des charges, à étaler leurs loyers et ont pris en charge, quasiment sans limite, le financement du chômage partiel.

Les pays les plus libéraux ne sont pas en reste, Ils siphonnent eux aussi leurs finances publiques. La Maison Blanche vient de dégainer un programme de 2.000 milliards de dollars pour soutenir entreprises et salariés, l’équivalent de la moitié du budget fédéral, dont 500 milliards versés directement aux Américains

Une facture sociale sans limite

Les gilets jaunes et les syndicats ont trouvé bien plus performant qu’eux. En quelques semaines, le Covid-19 n’a pas seulement obtenu la peau du pacte de stabilité , bête noire de biens des manifestants de l’hiver 2019, et de tous les autres totems de rigueur européens, il a aussi contraint l’Elysée à repousser sine die la réforme des retraites et celle de l’assurance chômage, et obligé les trésors publics à faire leurs fonds de poches pour aider les salariés et entrepreneurs indépendants à surmonter la période de chômage qu’ils vont affronter.Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a promis il y a une dizaine de jours de mettre en place le système d’indemnisation chômage « le plus généreux d’Europe ». En Italie, l’Etat a même interdit les licenciements et, avec un touchant souci du détail, offre une prime de 600 euros aux baby-sitters volontaires pour garder les enfants.

Aux Etats-Unis, Bernie Sanders s’attendait à tout du président républicain mais pas qu’il renforce la protection sociale. L es indemnités chômage seront accrues et prolongées dans le temps. Un chèque de 1.200 dollars sera envoyé à chaque américain touchant moins de 75.000 dollars par an, plus 500 dollars par enfant. Au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson s’apprête à payer, pour une durée de trois mois minimum, 80 % du salaire des personnes gagnant jusqu’à 2.500 livres (2.720 euros) sur le point de perdre leur emploi. La Russie de Vladimir Poutine a mis en place une semaine chômée à partir du 30 mars mais elle sera compensée pour tous les salariés. Du jamais vu.

Des effets collatéraux surprenants

Le virus a joué d’autres tours à notre monde survolté. Il a contribué au report d’une série d’élections, dont les primaires américaines de Louisiane et de Georgie, la présidentielle en Bolivie et les législatives en Serbie qui devaient se tenir au printemps. Les fêtes de Pâques et le ramadan qui débute le 23 avril, se dérouleront à huis clos, sans rassemblement.

Le trafic de drogue est ralenti par la fermeture des frontières et du fait des mesures de confinement et des contrôles de police. Le nombre de cambriolages se réduit et les couvre-feux coupent l’herbe sous le pied des voleurs à la tire. Plusieurs milliers de détenus en fin de peine vont être remis en liberté pour éviter leur contamination en prison. Enfin les pangolins et les chauves-souris, fortement soupçonnés d’être à la source du Covid-19, sont désormais interdits de vente sur les marchés chinois et devraient être laissés en paix. La boucle ainsi sera bouclée.

Catherine Chatignoux 

https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/conflits-pollution-deliquance-les-bonnes-surprises-du-coronavirus-1190152?fbclid=IwAR2wKBCRK4h0FNSk4Qd-MPi8SXUCgC9uzW04dwgpP8tNGfHvMyw-12QyqIo

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Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

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Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

24 MARS 2020 | MICHEL GEOFFROY

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, Emmanuel Macron a affirmé que du fait de l’épidémie de coronavirus, « beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent ». Mais il n’a pas précisé lesquelles, comme à son habitude, ce qui ne nous avance pas beaucoup.
On se permettra donc ici d’éclairer la lanterne présidentielle en proposant cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie.


1er enseignement – Les régimes autoritaires d’Asie, la Russie et les « démocraties illibérales » de l’Est européen se sortent manifestement mieux de l’épidémie que les États postdémocratiques occidentaux comme la France, l’Italie ou l’Espagne.

Pourquoi ?

Parce que les postdémocraties occidentales restent engluées dans leur carcan idéologique, leurs prétendues « valeurs » : ne pas fermer les frontières, ne pas discriminer les porteurs potentiels du virus, accueillir les migrants, laisser faire-laisser passer. Alors que les despotismes éclairés d’Asie ont été beaucoup plus pragmatiques et ont immédiatement fermé les frontières, pris des mesures drastiques de confinement et mobilisé massivement les professions de santé.

L’épidémie montre que les postdémocraties ne sont pas capables de décisions rapides et impopulaires, comme on l’a vu en France où, élections municipales obligent, le gouvernement a tardé à prendre les mesures de confinement nécessaires et a multiplié les injonctions contradictoires : « Allez voter mais restez chez vous ! Travaillez et consommez mais restez confinés ! »

Les politiciens postdémocratiques parlent beaucoup et souvent : ils « communiquent » et font de la « pédagogie » à tour de bras. Mais leur capacité à agir ne suit pas. C’est bien la « classe discutante » contre laquelle Donoso Cortés mettait en garde au XIXe siècle !

Nos gouvernants se plaignent enfin du manque de civisme de nos concitoyens face aux consignes de confinement, renversant habilement les responsabilités. Mais cela fait plus de 30 ans qu’ils ont méthodiquement déconstruit, au nom de l’idéologie libérale libertaire et du cosmopolitisme, la citoyenneté et les devoirs qui vont avec dans les postdémocraties occidentales.

Les élites occidentales prétendaient bâtir une société d’individus, libérés de toute entrave : on voit aujourd’hui qu’il ne s’agissait que d’un oxymore affreux, débouchant sur la guerre de tous contre tous avec pour carburant l’égoïsme fanatique.

On pensera à Bossuet pour qui « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… Alors que les autres sociétés d’Asie, de Russie ou de l’Est européen, beaucoup plus holistes, ont un meilleur sens du bien commun que nous.

2e enseignement – En Occident, l’épidémie du coronavirus démontre que, comme dans le conte d’Andersen, « le roi est nu ». Plus exactement, l’État est nu.

Les préfets montrent leurs casquettes quand il s’agit de matraquer les Gilets jaunes ou de pourchasser les automobilistes autochtones. Ils sont déjà moins pressés d’assurer l’ordre dans les banlieues de l’immigration et les 1 500 zones de non-droit qui pullulent maintenant en France du fait du chaos migratoire.

Mais quand il faut relever un vrai défi vital on n’est plus du tout à la hauteur. Pas de masques pour la population, pas assez de matériels de dépistage, hôpitaux en surcharge, police sous-équipée, défense passive inexistante. Où sont nos fameux « stocks stratégiques » ?

Comme le faisait remarquer avec justesse Éric Zemmour, pour faire la guerre il faut une industrie : mais justement on n’a plus d’industrie en France ou, en tout cas, on en a de moins en moins, délocalisations obligent. La majorité des principes actifs des médicaments vendus en France proviennent ainsi de l’étranger. Le coronavirus met en lumière l’incroyable dépendance dans laquelle se trouvent notre pays et l’Europe, notamment depuis que la Chine, l’Asie et l’Inde sont devenues l’atelier du monde.

Nous sommes en train de vivre concrètement le fameux adage : « Quand tout sera privatisé, on sera privé de tout. »

Le président Erdogan faisait d’ailleurs remarquer lors d’une conférence de presse que la crise du coronavirus mettait en lumière les carences des systèmes de protection et de santé occidentaux ; selon lui, « les pays occidentaux ne se sont pas occupés de leurs citoyens pendant des années, après avoir donné les services d’État de base au secteur privé. En réalité, cela a été fait pour fuir leurs propres responsabilités envers leurs citoyens [1] ».

Même « le quotidien de référence » du Système, le journal Le Monde, doit concéder que « les autorités tentent de masquer les carences logistiques par des arguments scientifiques à géométrie variable [2] ».

Le coronavirus montre que l’État n’est plus capable d’assurer correctement sa mission régalienne essentielle : protéger les Français.

On imagine évidemment ce qui se passerait en cas de vraie guerre : civile, nucléaire, bactériologique ou les trois à la fois. On nous dirait sans doute de mettre en œuvre, encore, les fameux « gestes barrière » !

3e enseignement – L’épidémie du coronavirus achève de confirmer l’incapacité de l’Union européenne de faire face à quoi que ce soit de vital.

Il n’y a plus qu’Emmanuel Macron, naufragé de l’européisme, pour feindre de croire en l’UE. Laquelle vient d’accoucher laborieusement d’une douteuse fermeture des frontières extérieures de l’Union, après tout le monde, et alors que nombre de pays membres ont déjà fermé les frontières intérieures, sauf la France bien entendu.

Cette incapacité européenne tient au fait que, comme le rappelait Hubert Védrine, l’UE n’a pas l’idée de puissance dans son ADN. Privée de son Big Brother américain, elle ne sait rien faire, elle ne peut rien faire, à part déconstruire l’identité européenne. Comme elle n’a, pour toute réplique au chantage aux migrants de son souteneur turc, que de payer rançon sur rançon.

« L’union fait la force » : ce n’est pas l’UE qui le démontre, c’est ce que les Chinois ont inscrit, non sans ironie, sur les stocks médicaux qu’ils envoient au secours de l’Europe !

L’UE n’est pas un État et ne dispose d’aucun des attributs d’une puissance publique. Les transferts de souveraineté opérés à son profit tombent dans un gouffre sans fond et ne profitent qu’aux lobbies.

Or, quand une crise vitale survient, seuls les États peuvent agir, pas les « machins » où l’on parlote à 27. L’épidémie du coronavirus marque l’acte de décès du rêve mondialiste de Jean Monnet.

4e enseignement – L’épidémie de coronavirus prouve que le monde est en train de changer radicalement, et cela aux dépens des Européens.

Car les Européens ont perdu ce qui faisait autrefois leur supériorité face aux autres civilisations : une forte démographie, une économie prospère, la maîtrise de la science et des armes, la confiance en eux-mêmes.

Comme l’a bien analysé Samuel Huntington, le monde s’est modernisé sans s’occidentaliser pour autant.

Contrairement à ce que nous font croire les médias, les « valeurs » de la postmodernité ne se répandent pas dans le monde mais elles se cantonnent au monde occidental, c’est-à-dire à une part déclinante de la population mondiale. Celle qui feint de croire que les races n’existent pas, que les femmes sont des hommes comme les autres, que les homosexuels doivent se « marier », qu’il faut abandonner le contrôle de l’économie aux forces du marché ou supprimer les frontières.

Le monde ne s’occidentalise pas ; le coronavirus montre que c’est plutôt l’Europe qui se tiers-mondialise [3], avec ses services publics qui fonctionnent de moins en moins, ses trains qui n’arrivent plus à l’heure, ses hôpitaux où les malades s’entassent dans les couloirs, ses écoles où l’on n’apprend plus rien, son insécurité urbaine, ses violences ethniques et ses politiciens corrompus qui fraudent le fisc.

Dans certaines églises catholiques, on a vidé les bénitiers par peur de la contamination : le virus aurait-il déjà triomphé de Dieu en Occident ? Pas dans les mosquées en tout cas.

Dans les années soixante, on faisait encore la quête en Europe pour nourrir les petits Chinois. Aujourd’hui, les Chinois nous apportent le matériel médical qui nous manque. Quel symbole du déclin européen !

5e enseignement – L’épidémie de coronavirus dissipe les nuées dans lesquelles les Européens vivaient confortablement.

Finies les querelles byzantines sur la mondialisation heureuse, la quête du développement durable, les énergies renouvelables, la PMA-GPA, la lutte contre « la haine en ligne » et les trottinettes ! Même Emmanuel Macron affirme suspendre ses réformes pour cause d’épidémie !

Les nuées cèdent la place à la convergence des catastrophes qu’avait prévue il y a 15 ans l’essayiste Guillaume Faye [4], et qui s’abattent désormais sur une Europe mal préparée à tout.

Car, à la catastrophe migratoire, aux risques climatiques et à l’effondrement démographique, s’ajoutent désormais la catastrophe sanitaire et la crise économique qui s’abattent sur une Europe ouverte à tous les mauvais vents. Le tout sur fond de défiance abyssale entre les peuples européens de l’Ouest et leurs élites. C’est 1929 en pire qui s’annonce.

Le progressisme officiel, qui n’avait rien vu venir une fois encore, voit sa crédibilité s’effondrer aussi vite que l’épidémie se diffuse en Europe. C’est une bonne nouvelle.

L’histoire est bien « le lieu de l’imprévu », comme l’affirmait Dominique Venner ! Le coronavirus l’a fait revenir.

Michel Geoffroy
24/03/2020

[1] Sputnik news du 19 mars 2020.

[2] Le monde.fr du 19 mars 2020.

[3] Selon l’expression de Bernard Conte.

[4] Corvus (Guillaume), La Convergence des catastrophes, DIE éditions, 2004.

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue

”.https://www.polemia.com/cinq-premiers-enseignements-a-tirer-de-lepidemie-de-coronavirus/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=la_lettre_de_polemia&utm_term=2020-03-25

Où est passé Joe ?

Où est passé Joe ?

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 23 mars 2020

   Forum

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Où est passé Joe ?

23 mars 2020 – Nous nous évertuons, me semble-t-il, à situer notre démarche dans le plan que nous jugeons le plus haut, qui est celui du Système dans son destin catastrophique, et considérant avec une argumentation souvent et depuis si longtemps développée sur ce site que tout se joue du sort du Système aux USA, qui sont sa courroie de transmission et son bras opérationnel. Un très-aimable et très-érudit habitué du Forum, “J.C.” que je salue ici, extrayait une phrase d’un texte d’hier, – que je peux citer parce qu’elle résume bien ce propos d’introduction :

« Nous avons toujours estimé que l’Amérique et le “modèle américaniste” constituaient  la clef de voûte du Système, et donc que lorsqu’une crise menacerait directement l’un et l’autre ce serait le Système lui-même qui serait en cause. »

Cela explique notre intérêt sur ce site, et mon intérêt dans ces pages, pour les événements qui secouent les USA et son idéologie globalisante de l’américanisme, – et Dieu sait qu’il n’en manque pas, de ces événements, et qu’ils sont bien mal relayés et encore plus analysés en Europe. Je pense que le suivi de ces événements, surtout depuis que l’Amérique est soudainement, depuis à peine quelques jours, frappée par la panique-Covid19, est bien plus important que l’enquête constante et soupçonneuse sur les causes de la pandémie et les ambitions dictatoriales des pays du bloc-BAO (dont la France, certes) cachées derrière ou supposées apprêtées à s’en saisir, qu’on nous expose sans arrêt ni le moindre repos depuis le Patriot Act de l’automne 2002.

Sur ce point, et plutôt que me répéter ou même nous citer, j’extrais un passage d’un texte d’un commentateur US sérieux, pas trop hystérique, bien documenté et sérieusement antiSystème, qui dit parfaitement ce que je pense et fais depuis longtemps, sur l’importance essentielle des effets quelles que soient les causes, sur l’importance essentielle de la perception quelle que soit la réalité-désintégrée, – c’est-à-dire sur la nécessité du maniement de l’inconnaissance pour libérer la pensée des contingences annexes (qui a fait cela et dans quel but ?) et la concentrer sur l’essence des choses extraordinaires en cours (il se passe “cela” avec des effets extraordinaires).

Voici donc cette remarque de  Tom Luongo : 

« Peu importe ce que vous pensez des origines de COVID-19, arme biologique ou non, “juste la grippe” ou le nouveau fléau, la réalité est là. La réponse qu’on lui apporte est réelle et les dommages que cela cause à l’économie mondiale sont réels.
» Peu importe à l’heure actuelle si la réponse est la bonne ou la mauvaise. Car à une époque où la perception est plus importante que la réalité et ce depuis si longtemps, nous n’avons pas de véritable cadre de référence pour guider nos conclusions. »

Tout cela étant dit dans une fort longue introduction, passons au plat de résistance qui est cette bouffonne et en apparence anecdotique interrogation sur Joe Biden, dont l’intérêt pour mon compte se justifie dans la mesure où elle concerne directement l’événement qu’on peut qualifier de formidable dans le contexte actuel, de l’élection présidentielle USA-2020. Car, en effet, voilà qu’il s’avère ceci que Joe a disparu !

Je parle de Joe Biden, candidat démocrate désigné-d’avance, dont l’état mental ne cesse d’inquiéter les fins stratèges du système de l’américanisme, et qu’on n’a pas vu ni entendu depuis une semaine. C’est effectivement un peu étrange, puisque cette semaine, qui voit par ailleurs les primaires démocrates se poursuivre, est celle où le virus Covid-19 a frappé l’Amérique au cœur. On s’inquiète donc de l’absence de Joe :

« Les gens se demandent pourquoi l’ancien vice-président Joe Biden est resté silencieux la semaine dernière alors que la nation est aux prises avec l’urgence nationale COVID-19.
» Selon “une source étant informée de la campagne Biden”, l’équipe du candidat démocrate a campagne de Biden travaille “à développer[une infrastructure adéquate] et doit prendre en compte les réalités de la maison de Biden à Wilmington, – comme le fait qu’il n’y a pas de plafonds particulièrement élevés, ce qui peut rendre l’éclairage difficile”. »

On imagine (?) que “l’infrastructure” concerne la mise en place des conditions permettant de filmer Biden pour des interventions télévisées essentielles et décisives bien entendu, et alors l’explication relève du  bouffe qui reste partout présent dans une situation pourtant tragique. Imaginez Biden et son équipe dans une cellule monastique de 2mx2m avec ce satané 1,50m de plafond, tentant d’installer un projecteur ici, un micro là… Bien entendu, ZeroHedge.com, d’où vient cet extrait, le fait suivre d’une succession de photos de la luxueuse maison de Biden, de son intérieur si confortable avec de vastes et hauts plafonds, etc., que divers internautes tweeteurs n’ont pas manqué de diffuser en cascade.

Et ZeroHedge.com de conclure : « Samedi, nous avions rapporté que Biden avait prévu d’organiser des “shadow briefings” réguliers dès lundi afin de dénoncer les “mensonges et les échecs” du président Trump dans sa réponse à la crise COVID-19.
» Nous espérons que ses plafonds bas n’entraveront pas sa capacité à s’adapter à la situation et à délivrer son message. »

…Tandis que Sanders, qui existe toujours paraît-il, tweetait que « Biden et son équipe ne sont pas PRÊTS à diriger le pays ».

Du côté de Trump, les choses ne sont pas si roses qu’on pourrait croire à la pensée qu’il aura un adversaire de la carrure de Joe Biden, enfermé dans sa cellule monastique.  Christina Wilkie, de CNBC, observe que les trois axes majeurs de la campagne de Trump sont aujourd’hui extrêmement fragilisés sinon complètement anéantis :

» • La campagne de réélection du président Trump avait été conçue en partant du principe que l’économie serait très forte jusqu’en novembre, mais ce n’est plus du tout le cas.
» • Trump avait également prévu de faire du socialisme un point central de ses attaques. Mais sans Bernie Sanders comme adversaire, cet argumen tperd toute sa puissance.
» • Trump a fait campagne pour “drainer le cloaque” de Washington et réduire l’interventionnisme du gouvernement. Il veut maintenant que les Américains fassent confiance à l’action gouvernementale pour combattre le coronavirus et sauver l’économie. »

Tout cela s’est produit en un peu moins de deux mois (Wilkie situe le pinacle de la puissance politique de Trump et donc de ses chances de réélection au 4 février, lors de son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès). Cette rapidité est évidemment stupéfiante, surtout pour l’effondrement de l’économie qui s’est précisée tragiquement en quelques jours. Il s’agit bien sûr de l’explosion de la crise Codiv-19 et de son effet de détonateur sur le GCES, tout cela étant ressenti de plein fouet par les USA depuis une semaine, avec accélération ce week-end. (*)

Les conditions générales aux USA, comme elles doivent être décrites désormais, vont bien entendu influer sur la campagne présidentielles dans un sens absolument impossible à prévoir, et avec une force comme sans doute aucun autre événement auparavant dans une campagne présidentielle. (**) Cela, au moment où les deux candidats probables sont, quant à leurs comportements et dans les conditions où on les voit, les plus improbables du monde. Là aussi, j’estime avec la plus grande force qu’aucune prévision n’est possible, et cette imprévisibilité touchant le fait même de la tenue de l’élection de novembre prochain.

Les contours décisifs de la tragédie nommée Grande Crise de l’Effondrement du Système se mettent en place décisivement. Ce sont les USA qui en seront le champ de bataille, et Codiv-19 en sera un acteur essentiel, sinon l’acteur essentiel, détruisant tout sur son passage des fragiles structures économiques et sociales de cette hyperpuissance de carton-pâte.

Notes

(*) De WSWS.org ce 23 mars 2020 : « Les cas de coronavirus officiellement confirmés aux États-Unis ont augmenté de près de 14 000 au cours du week-end pour atteindre 32 356, et le nombre de décès a plus que doublé, passant de 158 à 414. Au niveau mondial, 60 000 nouveaux cas ont été enregistrés ces deux derniers jours, ce qui porte le total à plus de 335 000, avec un peu moins de 15 000 décès. Les États-Unis sont maintenant en tête du monde pour le nombre de nouveaux cas et sont en troisième position, après la Chine et l’Italie, pour le nombre de patients infectés par la COVID-19. »

(**) Il y a bien sûr l’élection de 1860 conduisant à l’élection de Lincoln et à la Guerre de Sécession et celle de 1932, au fond de la Grande Dépression, menant à l’élection de Roosevelt. Mais même dans ces deux cas, il s’agit d’événements certes essentiels mais très fortement “intériorisés” et méthodologiquement maîtrisés, c’est-à-dire susceptibles d’être pris en main, pour le meilleur ou pour le pire, par l’establishment politique. Aujourd’hui, le désordre américaniste lui-même hors de contrôle reçoit de plein fouet le chaos extérieur d’une puissance extraordinaire et contre lequel il ne peut évidemment rien. Il en résulte une totale impuissance d’un establishment politique américaniste par ailleurs gangrené par la corruption, la rapacité et une perte totale de perception de la réalité, et l’incapacité de rechercher une  vérité-de-situation.

https://www.dedefensa.org/article/ou-est-passe-joe

» Coronavirus : la plus grande crise économique de tous les temps… ou pas. Car les armes existent pour la contreR.

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Décryptages » Coronavirus : la plus grande crise économique de tous les temps… ou pas. Car les armes existent pour la contrerECONOMIE23 mars 2020© ReteursCORONA-KRACH

Coronavirus : la plus grande crise économique de tous les temps… ou pas. Car les armes existent pour la contrer

Les armes économiques en question pourraient même aider à sortir enfin de la crise précédente. Mais les généraux maîtrisant leur utilisation existent-ils ?AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN252131Avec Mathieu Mucherie

Au risque de passer pour des prétentieux auto-satisfaits, ou pour des êtres insensibles aux travaux des infirmiers et des urgentistes, nous soutenons que cette crise de Corona-virus confirme nos analyses délivrées depuis 2011 dans ces colonnes d’Atlantico, et remet au gout du jour la plupart de nos préconisations (souvent jugées « imprudentes » par ceux-là mêmes qui ont crée un ordre économique et monétaire en tout point imprudent) : pour faire court, la croisade pour une détente monétaire à outrance.

Les mathématiciens nous disent que s’il y a bien une chose que l’esprit humain a du mal à appréhender, c’est la fonction exponentielle. On l’a vu au cours de cette guerre éclair de coronavirus, où les courbes épidémiques ont provoqué une vaste sidération. On l’a vu naguère en Grèce et on risque de le revoir prochainement partout avec les crises monétaires, avec en particulier l’effet boule de neige des dettes, du fait de la violence des intérêts composés, de l’écartèlement en spirale entre des créances qui s’envolent et une base productive qui s’étiole.

Au départ, vers 2008 : une fantastique destruction monétaire (destruction de quasi-monnaies, disparition d’acteurs du crédit, réduction de la taille du bilan des banques…), un manque de collatéral de qualité, des conditions monétaires présentées comme accommodantes mais en réalité restrictives, puis une succession de chocs qui auraient pu être inflationnistes à une autre époque mais qui de nos jours sont tous déflationnistes. La crise des bilans a été traitée comme une crise des comptes d’exploitation, puis au cours d’une décennie perdue « on » a organisé la circulation du mistigri (du bilan des banques au bilan de l’Etat, du bilan des ménages et des entreprises au bilan de l’Etat, de ce dernier au bilan de la BCE, etc.), sans que ces transferts de dettes sans collatéraux ne ressuscitent la circulation monétaire de jadis. Le marché interbancaire par exemple est sous respirateur BCE depuis l’été 2007, ce qui en dit long sur nos chances de médaille aux JO de la procrastination.

Ces dettes métastasées de 2008 pèsent bien souvent sur des bases productives qui ont disparu, et comme elles ne sont plus écrêtées comme jadis par l’inflation ou par les guerres alors elles s’accumulent, pèsent sur le moral, jusqu’à rendre le travail vide de sens pour les plus jeunes. En ce sens, ces dettes là sont illégitimes, et léonines, mêmes facturées à des « taux bas » ; d’ailleurs elles ne rémunèrent plus un risque depuis fort longtemps, au contraire elles rendent service au système financier qui s’en sert pour canaliser la volatilité de ses portefeuilles (pour un investisseur institutionnel, une obligation investment grade devient une assurance, ce n’est plus un titre de dette). D’où les taux d’intérêt négatifs en plein recours à l’autofinancement, ou les courbes de taux inversées en pleines fièvres courtermistes, et autres symptômes contradictoires : l’organisme se défend comme il peut, dans la pagaille. Et cela ne va pas aller en s’améliorant, avec ce Covid-Krach qui provoquera une nouvelle flambées de dettes privées et publiques non couvertes par des actifs ou par des promesses de croissance. Il est à craindre que la solution préférée de nos économistes français du Massachussetts (un impôt sur les sociétés mieux réparti sur tout l’espace européen) ne soit pas tout à fait suffisante. Pour éviter un avenir à la Sisyphe, et conjurer quelques sous-produits néfastes (populisme, protectionnisme), il va falloir un plus gros bateau, comme on dit dans Les dents de la mer.

D’où l’importance d’un moratoire, ou mieux d’une remise, d’un mécanisme d’égout collecteur, d’un bouton Reset… Ce que je propose depuis des années, à la suite des travaux de Gerard Thoris : revenir à l’essentiel : la tradition judéo-chrétienne, la doctrine sociale de l’Eglise, la pratique des jubilés. En termes plus opérationnels : faire pression sur la BCE pour qu’elle loge au fond de son bilan un certain nombre de dettes privées et publiques surnuméraires ; et puis, elle les annulera, petit à petit. C’est déjà un peu ce qu’elle fait avec les achats d’actifs (QE) couplés à des taux négatifs, mais trop lentement, et en catimini, ce qui ne permet pas aux acteurs économiques de franchement compter dessus.

Cette croisade pour la remise des dettes, qui ne coûte rien à personne (ce sont des dettes achetées à leur prix, sur le marché secondaire) en dehors de l’orgueil de quelques banquiers centraux, et qui n’est pas dangereuse (il n’y a plus d’inflation ! la cible officielles de 2%/an est un désert des Tartares !), aurait été la meilleure réponse à une crise du type « gilets jaunes », et elle me parait juste indispensable dans le contexte de déferlante des déficits de 2020-2022. On nous répond, depuis le début : aléa moral. Mais c’est surestimer les Etats, qui secrètent des déficits comme une glande secrète une hormone, sans guère d’observance du contexte financier en général et du niveau des taux d’intérêt en particulier. On nous objecte aussi : création de nouveaux problèmes, de bulles, d’effets secondaires. Mais depuis des années nous ne sommes pas dans le pétrin à cause des (rares) initiatives monétaires, de même que la Normandie de 1944 n’était pas à proprement parler en souffrance à cause des bombardements américains. Le coût du bombardement monétaire doit être comparé au coût de l’anorexie monétaire, et puis la charge de la preuve devrait être inversée. Les apprentis sorciers et les hétérodoxes ne sont pas ceux que l’on croit, et l’apocalypse du Corona-virus servira de révélateur.

Un gros quart de la dette publique de la zone euro est déjà détenue aujourd’hui par la BCE. Rien ne s’oppose plus à ce que cette proportion augmente : c’est juridiquement reconnu depuis que Benoit Coeuré a dit « The limits are ours » en 2019, et c’est déjà engagé avec le QE2 en cours ; et, surtout, à part l’Allemagne, personne ne s’opposerait à ce que la BCE orchestre un « write off » plus ou moins explicite sur ces titres. C’est la prochaine étape, qu’il faudra expliquer à ceux qui croient qu’une banque centrale est soumise aux arcanes de la comptabilité privée, à ceux qui ignorent que de nombreuses banques centrales ont fonctionné impunément pendant des années en equity negative.    

Bien sûr, l’idéal aurait été d’écouter, avant le virus, les bons auteurs que nous mettons en avant depuis une décennie, comme Scott Sumner et sa proposition de cible de croissance du PIB nominal : parce qu’il vaut mieux réfléchir à un objectif que multiplier les solutions dans l’urgence, parce que cet objectif est au fond l’esprit et la lettre du Traité européen, et parce qu’en théorie économique nous savons que cet objectif de stabilisation du PIB nominal est très atteignable par un banquier central déterminé. Maintenant que l’urgence économique est là, nous devons improviser, mais en gardant à l’esprit cette cible globale qui a plus de sens qu’une cible d’inflation polluée par les prix pétroliers et par de nombreux biais.

Une alternative consisterait à activer ce que Jacques Rueff appelait « l’égout collecteur des droits non gagnés », c’est-à-dire le taux de change : une dévaluation de l’euro. Le mot dépréciation suffirait puisque nous sommes en changes flexibles avec le reste du monde, et serait très légitime tant que nous sommes loin de la cible de la BCE comme de la cible de Scott Sumner. Mais on nous objectera que ce n’est pas une voie très collaborative à un moment où toutes les banques centrales sont tentées de l’emprunter. Gardons tout de même à l’esprit que les maillons les plus faibles de la zone (l’Italie en particulier) ne se relèveront pas tant que l’euro restera au dessus de la parité avec le dollar.     

Et, au risque de nous répéter, il faut reparler ici de la monnaie hélicoptère, d’une hausse continue de la base monétaire sans contrepartie. Cette monnaie hélico est forcément archi-puissante : quand on imprime et que l’on distribue aux ménages, du point de vue de la banque centrale, cette monnaie est comme une obligation qui ne mature jamais et qui ne paye pas d’intérêts ; par définition une telle obligation a pour elle une valeur présente de zéro. Dans la perspective du ménage qui reçoit, un billet de 10 euros a une valeur présente de 10 euros. On a donc crée de la richesse à partir de rien. On comprend les réticences à utiliser une arme aussi puissante, et qui n’ajoute rien à la dette nationale ; mais notre Président a dit que nous étions en guerre : et à la guerre comme à la guerre ?

Tout cela nous entraînait jusqu’ici loin du troupeau budgétariste et structuraliste, mais c’est ce dernier qui devra céder dans le cadre d’une récession qui s’annonce historique. Avant le Covid19, le consensus dans la zone euro semblait être qu’une politique budgétaire plus expansionniste permettrait que la politique monétaire soit moins expansionniste  ; ce consensus (qui nous a coûté un bras) était insensé : d’une part notre politique monétaire n’était pas « expansionniste » si les mots ont un sens (puisqu’on ne se rapprochait nullement de la cible d’inflation de la BCE), et elle l’est encore moins désormais (faire 1 quand il fait faire 3 ou 5 n’est pas « expansionniste »)  ; et d’autre part il faudra un jour expliquer aux keynésiens qui s’ignorent que la politique budgétaire ne fait pas le poids : elle est lente, pleine de trous, il faudra la payer par des impôts distordants pendant une décennie au moins, sans compter qu’elle n’est pas juste (elle privilégie les acteurs et les secteurs les plus proches du pouvoir). Il ne faudrait pas que ce consensus revienne, nous transformant en Sisyphe fiscaux pour tout le XXIe siècle. Une collaboration monétaire/budgétaire serait plus judicieuse, et bien moins coûteuse (cf les travaux de William Nordhaus, pour ne prendre qu’un exemple), dut-elle sacrifier la sacro-sainte indépendance de la BCE, et dut-elle ne pas plaire à quelques analystes de banques à court terme.

Nos propositions supposent toutes en effet la fin d’une conception maximaliste de l’indépendance du banquier central, et au passage la fin des liens trop suspects et corporatistes qui unissent la banque centrale aux banques commerciales.

A l’époque lointaine de la démocratie libérale, l’indépendance d’une institution la condamnait à un pouvoir vigoureusement borné. On n’accordait une indépendance étendue à la banque centrale que dans un régime monétaire où sa marge de manœuvre était très limitée (par exemple, à l’époque pas si lointaine où elle ne s’occupait ni des taux de changes, ni de la supervision bancaire, ni ne faisait pression pour des réformes budgétaires ou structurelles à son goût). Tant qu’on se lie à plus de 15 pays disparates à une monnaie fort peu flexible, confiée à un banquier central qui n’est pas économiste et qui ne rend de comptes véritables à personne (début février quand Christine Lagarde s’exprime devant le Parlement européen à Strasbourg, une quarantaine de députés seulement sont présents…), et qui fait semblant de suivre (il a violé sa propre cible depuis 2012…) la plus mauvaise mesure de l’inflation, rien de bon ne peut arriver. Mario Draghi soutenait encore fièrement, en juin 2019 (juste avant un magnifique et énième retournage de veste) : “Il n’existe aucune probabilité de déflation, une très faible probabilité de récession, et pas de menace de désancrage des anticipations d’inflation”. On se demande en effet où était le problème, mise à part la baisse de la croissance en 2018 et 2019, mis à part le ralentissement continu du commerce international, et des taux d’intérêt en apnée. La complaisance aura été la première victime macroéconomique du virus. Maintenant que la déflation et la récession sautent aux yeux (on ne place pas impunément un demi milliard de travailleurs en chômage technique), et maintenant que les anticipations sont encore plus désancrées (les marchés pricent une inflation autour de 0,8%/an en moyenne au cours des 5 prochaines années…), il faut innover, agir vite et massivement.

Ceux qui critiquent nos idées imparfaites ne proposent pratiquement RIEN. Ils se disent chrétiens, ou juifs, mais ils sont contre l’annulation d’une partie des dettes, même quand elle ne leur coûterait pas. Ils sont contre la japonisation, certes, mais hostiles à toutes les formes d’activisme monétaire. Ils veulent des résultats, mais atteints avec l’apparente facilité des Dieux ; sans se mouiller, sans déroger. Ils me font penser à ceux qui déplorent les 10000 euros du mètre carré à Paris mais qui ne font pas le lien avec les freins à la construction, avec les restrictions foncières. « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Alors, à part procrastiner, ils multiplient les diversions (un plan vert pour 2080), les mesures lilliputiennes (report des charges sociales au mois suivant), les transferts à des experts indépendants (pasmafautisme) et les saupoudrages budgétaires. Ils ne gèrent pas le pays, ils réagissent. Ou alors, ils pensent. Comme notre Président, en rendez-vous ce soir avec les représentants du culte pour discuter du sens de la mort dans notre société (j’espère qu’un curé lui expliquera la parabole du gérant trompeur…). Et, une fois encore, la BCE discute du sexe des anges pendant que les barbares sont à nos portes : si vous avez aimé sa « review méthodologique » en pleine chute de l’activité, vous aimerez son QE2 tout mou égrené sur 10 mois, et les liquidités offertes aux banques dans une 6e ou 7e version pas du tout consanguine des LTRO. Les espoirs de début de mandat, même basés sur des formules maladroites (« On sera plus content d’avoir un emploi plutôt que d’avoir une épargne protégée », Christine Lagarde, octobre 2019), sont en train de s’évanouir.

Si elle continue d’avancer à l’aveugle, sans vraie cible et sans doctrine moderne, l’Europe va tomber dans l’oubli. Sa stratégie des bras ballants donne toujours les mêmes résultats, en 2020 comme en 1992 ou en 2008. A Francfort, c’est la reproduction d’une procédure connue, rassurante bien que totalement défaillante ; chaque fiasco y a été présenté comme une victoire, et ce sont ceux qui n’ont rien compris à la japonisation du continent qui ont été systématiquement promus. Ma prévision, si aucun sursaut n’arrive ? Vous verrez qu’à la fin ce sera la faute des jeunes pas assez qualifiés, comme dans les publications de Patriiiick Artus ou dans le Wall Street Journal qui, dès 2010, invoquait l’addiction aux jeux vidéo pour expliquer les difficultés de recrutement des entreprises. L’esprit de Munich a dominé le XXe siècle, disait Alexandre Soljenitsyne : il est bien parti pour dominer le XXIe. 

De même qu’une balle dans la tête dès le début aurait été la meilleure réponse face aux virus européens du passé (Hitler, Milosevic), la crise économique qui commence devrait être confinée tout de suite par un engagement implacable et cohérent dans le temps en faveur de la stabilisation des perspectives nominales, au besoin par des méthodes aptes à frapper les imaginations et à ré-ancrer les anticipations : monnaie hélicoptère, débasement durable de l’euro, rachats inconditionnels de tous les nouveaux déficits par la BCE, cible d’inflation temporairement portée à 4%/an, etc. Cela ne résoudra pas le choc d’offre de court terme, mais nous évitera un long cancer de la demande. Les Chinois l’ont compris, et semble-t-il aussi les Américains depuis quelques jours s’ils concrétisent les envois de chèques directement aux ménages avec l’idée (encore trop implicite) que la FED pourvoira. Mais si nous écoutons encore nos bons docteurs de Francfort, de Karlsruhe et de Berlin, avec leur médecine bancaire traditionnelle du XIXe siècle (Bagehot s’exprimait à l’époque de l’étalon-or !), nous allons tous mourir guéris. A mort l’homéopathie des baisses de taux de 0,25%, des mécanismes abscons et des nationalisations rampantes. Vive l’euro à 0,8 contre le dollar. Vive l’annulation de la moitié de la dette italienne. Vive le renouveau de l’Europe une fois débarrassée des règles de l’euro.   Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :coronaviruscrise économiqueBCEcriseThématiques :INTERNATIONAL

https://www.atlantico.fr/decryptage/3588229/coronavirus–la-plus-grande-crise-economique-de-tous-les-temps–ou-pas-car-les-armes-existent-pour-la-contrer-mathieu-mucherie

Nouvel Ordre Mondial:Des missiles anti-avion turcs arrivent en Libye. Il y aurait complot contre l’Algérie

Michelduchaine

Défenseur de la Terre/Defender of the Earth

Nouvel Ordre Mondial:Des missiles anti-avion turcs arrivent en Libye. Il y aurait complot contre l’Algérie

 ~ MICHEL DUCHAINELes appels à la solution diplomatique en Libye que tient à lancer l’Algérie passe parfaitement inaudible, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés de l’OTAN dont ;la Turquie ayant pour mission de faire prolonger les 10 ans de leur guerre « mondiale » perdue en Syrie par une autre, celle qui se déroule en Libye.

Cette semaine alors même que la Turquie d’Erdogan a été menée par la force Résistance-Russie à céder le contrôle de M4 à l’État syrien, on a vu des hordes des HTC (al-Qaïda) et de l’ASL singer des « désobéissants civils » en incendiant des pneus afin de barrer la route aux patrouilles russes. Or ces mêmes terroristes quittent en ce moment même par centaines Idlib et Alep pour aller débarquer à Tripoli. C’est le porte-parole des forces pro-Haftar, Ahmed al-Mesmari, qui le confirme en accusant  Erdogan, de « transfert des centaines de mercenaires depuis la Syrie vers l’ouest de la Libye ». Cité par El Nashra, l’intéressé affirme que  » la Turquie envoie en moyenne chaque semaine 300 à 400 mercenaires dans l’ouest de la Libye  en soutien au gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj. »

« Les terroristes sont transférés par des avions de ligne protégés en vertu de la loi internationale et des navires civils dont certains battant pavillon étranger. Nous suivons de près les navires battant pavillon libanais », a-t-il indiqué renvoyant à plus de 10 ans d’activités déstabilisatrices d’Erdogan en Syrie où il a fait de son pays une voie de transit de terroristes et de la Syrie son vivier. Mais en Libye, le Frère Erdogan a aussi d’autres projets : installer un réseau de DCA sur les frontières algériennes avec missiles et rampes de lancement appropriés et tout ceci sous prétexte d’avoir à abattre des MiG russes de Haftar.Le général de brigade Ahmed al-Mesmari l’a d’ailleurs évoqué en affirmant que les missiles en question « devraient être déployés non loin de Misrata et de Mitiga, dans le nord-ouest « . Pour ceux des analystes qui ont suivi depuis 10 ans les vicissitudes du couple USA/Turquie en Syrie, la Libye dont le gaz est déjà entre leurs mains , le principal objectif est de déployer aux portes de l’Algérie et de la Tunisie voisines, des missiles capables de faire face à la chasse made in Russia de l’Algérie. D’ailleurs cela fait longtemps que l’armée de l’air algérienne équipée d’appareils majoritairement russes pose problème aux Américains et à l’OTAN qui ne perdent aucune occasion, même la plus cynique ( crash d’avion)  pour s’en moquer. Cette tendance s’est accentuée depuis qu’Alger a décidé de commander des avions stratégiques furtifs Su-57 en septembre 2019.  A cette même époque, les Forces aériennes algériennes ont conclu deux autres contrats relatifs à l’acquisition de 14 bombardiers à long rayon d’action Su-34 et de 14 appareils de domination aérienne Su-35. Selon les prévisions, en 2025, l’Armée de l’air algérienne sera en mesure de déployer deux escadrons de Su-30MKA, un autre de Su-57, un de Su-35 et un de MiG-29M2. Et tout ceci ne pourrait laisser indifférent le camp atlantiste.

Le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Saïd Chanegriha, passe en revue les troupes lors d’un exercice militaire en janvier 2020

Surtout qu’Alger, note un expert, semble avoir opté pour une ligne clairement anti-Empire, en multipliant les contacts avec la Syrie dans le cadre de la lutte contre l’expansion territoriale turque en Libye. Les batteries de missiles otaniens que la Turquie veut déployer à Misrata ne se borderont sans doute pas à viser les MiG-29 de Haftar mais aussi  les MiG-29 algériens à en juger le comportement expansionniste d’Ankara. Le choix de rallier la coalition Résistance-Russie en Syrie est sans doute le meilleur choix stratégique d’Alger ait pu faire après plus d’un an d’efforts de déstabilisations US/Israël/monarchie arabe la visant, estime un expert. Alger avertit l’axe Israël/Émirats/France, l’ANP met en gardeC’est inouï et rare par sa clarté  : le ministre algérien de l’Intérieur vient de dénoncer dans les termes les plus clairs le couple Israël/Émirats, aidé par l’OTAN, pour avoir cherché à déstabiliser l’Algérie : « Il y a des éléments connus et qui sont soutenus par certaines régimes étrangers, à l’instar d’Israël, un État européen et un État arabe aussi qui tenteraient à travers le Hirak de détruire l’Algérie », a déclaré le ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Kamel Beldjoud.

« Ces parties étrangères soutiennent des éléments connus aux intentions claires et œuvrent par leur biais à détruire le pays, le faire retourner aux années précédentes et de le plonger dans d’infinis problèmes. Il existe encore des éléments qui veulent détruire ce à quoi est parvenu le Hirak populaire et sortent les mardi et vendredi avec les manifestants œuvrant pour l’escalade », a-t-il précisé avant de mettre bien les points sur les i : « L’Algérie est bien entrée dans l’ère de la Nouvelle République dans laquelle le président Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à concrétiser toutes les revendications du Hirak. » Le ministre a voulu ainsi faire comprendre au camp d’en face que l’Algérie reste droite dans ses bottes et qu’il est hors de question de céder aux manœuvres de déstabilisation israélo-émiraties. Mais qu’est-ce qui a motivé cette sortie anti-israélienne du ministre? Le 5 mars, la presse israélienne a fait état de l’arrestation par les services de sécurité algériens de deux Algériens qui auraient été en contact avec « un ressortissant étranger » (Israël), au poste frontalier d’Oum Teboul, « alors qu’ils s’apprêtaient à quitter le territoire national ». L’information reprise par Echourouk, cite « des sources sûres ».

« Pour les services de sécurité, il y aurait eu tout un plan d’espionnage exécuté par le ressortissant étranger, aidé dans sa mission par les deux Algériens, avec pour objectif d’entrer en contact avec un pays étranger, porter atteinte à la défense nationale et à la sécurité nationale. »

Et le rapport d’ajouter : « Le ressortissant étranger aurait participé à des marches dans les différentes villes du pays, avant de quitter le territoire national », rapporte la même source qui ajoute que « des drones », qualifiés « d’appareils d’espionnage », ont été retrouvés sur les deux personnes arrêtées ». Israël et ses amis franco-émiratis préparent-ils un conflit ouvert contre l’Algérie après plus d’un an d’efforts inlassables mais stériles pour mettre l’Algérie sens dessus dessous ? L’attentat du 10 février contre une base de l’armée algérienne en aurait été le prélude.
Toujours est-il que les deux personnes ont été présentées devant le tribunal d’El-Qala qui les a placées en détention provisoire pour plusieurs chefs d’accusation dont « trahison », « espionnage » et « non-signalement d’activités de nature à porter préjudice à la défense nationale». Un mandat d’arrêt international a été également délivré contre le ressortissant étranger pour les chefs d’accusation d’espionnage, complot contre la défense nationale et d’atteinte au moral de l’armée algérienne.

Les propos du ministre algérien de l’Intérieur ressemblent bien à un avertissement : que l’axe Israël-Émirats-France et Cie se détrompe ; la Libye qu’il a embrasée, le Mali qu’il déstabilise pour pouvoir déclencher une guerre sur les frontières algériennes, ne sauront prendre de court l’Algérie. Le 13 janvier et moins d’une semaine après l’attaque terroriste revendiquée par Daech qui a ciblé un détachement de l’armée algérienne à Bordj Badji Mokhtar, l’ANP a procédé aux manœuvres tactiques avec munitions réelles « Hoggar-2020 », à In Guezzam, dans le sud du pays pour signifier que la sécurité algérienne est non négociable.
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Publié par Michel Duchaine

Born in 1953,I am the founder of the Defenders of the Earth in October 10 ,2007. We try to proposed an alternative of the New World Order and a new vision of life. We consider that the Humanity must live in harmony with all forms of life and abolish the neoliberalism for preserve the human life and continue the Earthlians adventure. We consider that we are not alone and we will receive an ultimatum in few time. 

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https://michelduchaine.com/2020/03/17/nouvel-ordre-mondialdes-missiles-anti-avion-turcs-arrivent-en-libye-il-y-aurait-complot-contre-lalgerie/

A nulle autre pareille…

A nulle autre pareille…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   dimanche 08 mars 2020

   Forum

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A nulle autre pareille…

8 mars 2020 – Cette qualification (“à nulle autre pareille”) vaut aussi bien pour la pandémie Covid-19 elle-même que pour la crise dont cette pandémie est manifestement le détonateur. Covid-19 est comme une pichenette cosmique donnée au Système déjà si vivement secoué par ses excès et qui, soudain, nous apparaît tel qu’en lui-même, – château de cartes s’effondrant, lignes de dominos s’entraînant les uns les autres, – et plus simplement vu : “le roi est nu”…

Je retrouve quelques intervention ici et là rencontrant le sentiment que j’ai déjà exprimé, d’être devant une épidémie qui, malgré des caractéristiques largement similaires sinon moins violentes que dans de nombreux cas précédents qu’on a connus (que j’ai connus) dans les soixante-dix dernières années, – de la “grippe asiatique” de 1957 à la SRAS de 2003 ou la grippe aviaire H1N1 de 2009, – produit des effets que l’on n’aurait jamais imaginés possibles pour ces divers cas de pandémies équivalentes, dont le centième, dont le millième ne s’en est nullement manifesté.

(Enfin, qu’importent ici ces interrogations sur le détail et la comparaison avec des précédents… “A nulle autre pareille”, est-il écrit de l’événement lui-même.)

L’impact civilisationnel qui semble se dessiner et que je ne fais ici qu’esquisser, de cette pandémie Covid-19 et de la crise qu’elle a déclenchée, pourrait bien commencer à rappeler les terribles bouleversements que contribua à apporter la non moins terrible “Peste Noire” au cœur du non moins terrible  XIVème siècle  marquant le commencement de l’agonie du Moyen-Âge ; mais cela, cet éventuel “impact civilisationnel” de Covid-19 et du reste, tellement plus rapidement, tellement plus radicalement et pour une maladie tellement plus bégnine que l’affreuse maladie de la “Black Death”, comme les Anglais nommèrent cette peste (taux de mortalité de 30% à 60%).

(L’autre différence est que l’agonie du Moyen-Âge se faisait sous la poussée non encore identifiée d’un Nouveau Temps, dont l’on ignorait qu’il se révélerait sur le terme comme une terrible malédiction que l’on ne nommait pas encore “Modernité”. Nous, aujourd’hui, en 2020 et à l’âge de Covid-19, ce serait plutôt l’agonie de la Modernité sous la poussée de l’insupportabilité de la Modernité, – et pour le reste à suivre l’on verra bien, – mais qu’est-ce donc qui pourrait être pire ? Covid-19 est bien “à nulle autre pareille”.)

La violence cosmique de cette pandémie de 2020 n’est donc pas due à la maladie elle-même mais à la perception d’elle qui nous affecte, – et je parle à peine de perception consciente, et pour l’essentiel de perception inconsciente. Je veux dire par là que les deux principaux outils de propagation de la pandémie dans son éventuel impact civilisationnel qui ne serait autre qu’un effondrement civilisationnel du cadre où nous vivons, où nous sommes enfermés (le Système), ce sont la communication de l’information et essentiellement de la représentation (comme l’on parle d’une pièce de théâtre) de l’information d’une part ; et d’autre part la psychologie comme outil récepteur essentiel de cette “représentation”. Si l’on veut, je proposerais l’image symbolique selon laquelle la crise Covid-19 serait un simulacre gigantesque d’événement civilisationnel, mais dans le sens vertueux du concept si utilisé de “simulacre”, et si gigantesque et si vertueux qu’il parvient très rapidement à déclencher tous les mécanismes d’effondrement qui transforment le simulacre qu’il était au départ en l’événement lui-même.

Je veux dire par là que la communication sur la possibilité d’une pandémie du virus Covid-19 a aussitôt été si massive, si insaisissable et si perverse, si chaotique et si furieuse, si orientée dans tous les sens, si parfaitement inscrite dans les courants de communication qui font s’affronter le Système et les diverses résistances et réactions antiSystème, qu’elle a aussitôt pris la forme d’une communication concernant un événement colossal du type d’un impact civilisationnel. Finalement et pour poursuivre en les mêlant l’analogie historique et l’image symbolique, cela est comme si la “Peste Noire” telle qu’elle est perçue dans l’histoire comme cette terrifiante pandémie se serait constituée et présentée à ses futures victimes en un mois, et comme si le XIVème siècle se serait concentré en cette année 2020 qui ouvre la décennie des Roaring Twenties-2.0.

Ce qui est également remarquable, c’est la rapidité et l’absence de stupéfaction que montrent les psychologies devant l’évocation implicite, sinon inconsciente, devant l’hypothèse que cet événement ressemble à s’y méprendre à l’épisode final de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Tout ce passe comme si les psychologies s’y étaient préparées, et même comme si elles appelaient de leurs vœux ce dénouement, – qui est également un épisode car il faut voir ce qui suivra, – simplement parce que la tension de la psychologie allant de l’hystérie faussement allumée à la sombre dépression demandait d’une façon si impérative que notre équilibre mental en dépendait, une justification à son existence, une cause à son déploiement, une confirmation bien plus qu’historique, – métahistorique certes.

Je nous rassure ou vous l’assure, et à moi le premier : tout cela n’est que pure spéculation de ma part. De même, pour la maladie elle-même, qui n’est encore qu’une épidémie ou qui est déjà une pandémie. Certains y croient, d’autres pas… Nous payons chèrement, actuellement, la façon dont, ces dernières années, nous avons achevé de désintégrer la réalité pour la remplacer par nos chères narrative. Mais peut-être cette inconnaissance des détails de l’événement et de son avenir, au profit de l’intuition de la chute définitive du Système, peut-être est-ce la seule voie pour reconnaître qu’il s’agit de la chute du Système, – disons, pour ceux qui explorent la possibilité de l’extension du domaine de la dissidence et de la résistance antiSystème ?

Alors, peut-être l’énigme est-elle en train de se découvrir pour nous donner accès à sa résolution.https://www.dedefensa.org/article/a-nulle-autre-pareille

Raconte …

Raconte …


L’alliance multipolaire implique l’autodestruction de Rumpelstiltskin – le nain tracassin


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© Photo: Flickr / sofi01
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Par Matthew Ehret – Le 4 mars 2020 – Source Strategic Culture

Il existe plusieurs versions de l’ancien conte populaire allemand de Rumpelstiltskin. L’histoire commence avec un roi cupide à qui un vieux meunier stupide raconte qu’une jeune fille – la sienne – avait la capacité de tresser la paille en fils d’or.

Lorsque la pauvre fille fut enfermée dans une tour avec des balles de paille, un métier à tisser et l’ordre de tout transformer en or sous peine de mort, un lutin apparaît, sorti de nulle part, et propose un accord à la jeune fille : il utilisera son pouvoir magique pour tisser la paille en fil d’or à condition que la fille donne au lutin son premier enfant. Le roi cupide est satisfait de cette richesse venue de nulle part, et la vie de la fille est sauvé. Malheureusement, le jour arrive finalement pour elle d’abandonner son enfant – qui se trouve être aussi le fils du roi, que la jeune fille avait épousé entre temps – et le lutin avec une joie sadique répond à ses larmes implorantes en lui donnant trois chances d’annuler le contrat. Elle n’a qu’à deviner son nom … Pour faire court, la jeune file découvre son nom et le lutin se déchire littéralement en morceaux dans une folle crise de rage.

Je pense que cette histoire illustre assez bien l’auto-cannibalisation de l’État profond aux États-Unis ces dernières années.

Il est apparu pendant un certain temps que l’oligarchie gérant le système financier mondial, et la communauté du renseignement militaire au sommet, étaient capables de faire des tours de magie. S’ils voulaient le renversement d’une nation ou la disparition d’un président démocratiquement élu, un simple claquement de doigts était tout ce qu’il fallait. De l’or avec de la paille ? Ils pouvaient aussi faire ça ! Il suffit de regarder la mise de 1,5 quadrillion de dollars sur les produits dérivés qui est apparue comme si de rien n’était en l’espace de trente ans ! Sérieusement, en 1990, ces actifs fictifs – sorte de paris pour la couverture des dettes titrisées – s’élevant à un peu plus de 2 000 milliards de dollars dix ans auparavant, n’avaient quasiment aucune existence. Maintenant … ils représentent plus de vingt fois le PIB mondial ! Comment cela a-t-il été possible alors que l’économie réelle – capital agro-industriel et infrastructurelle qui soutient la vie réelle – s’est atrophiée pendant ce même laps de temps ? La magie !

Tels sont les pouvoirs du Rumpelstiltskin d’aujourd’hui.

Les rois idiots ne manquaient pas non plus dans notre histoire moderne. La kleptocratie a pris de l’importance en Occident à une échelle jamais vue dans l’histoire humaine. Des spéculateurs milliardaires, des gestionnaires de fonds spéculatifs et d’autres nouveaux riches parasitaires dépourvus de toute capacité productive réelle se sont élevés à des postes de pouvoir et de prestige, sous ce nouveau système de globalisation, et ont utilisé leur richesse et leur influence pour régir le système qui leur a donné leur argent et leur statut. Les Bloomberg de ce monde étaient plus qu’heureux d’accepter, sans se poser de questions, l’idée qu’ils «méritaient» leurs milliards, et sont devenus allègrement des voyous et des mini-tyrans pour la matrice. Tout était magique … mélangé à une bonne dose d’arrogance bien sûr.

Mais un jour, la magie a cessé de fonctionner.

Le système bancaire a commencé à se fissurer et les baguettes magiques ont dû être utilisées plus souvent. Plus de renflouements, plus de prêts repo au jour le jour pour les spéculateurs en faillite – atteignant aujourd’hui 100 milliards de dollars par nuit – plus d’argent fabriqué avec du vent, et plus de dette à reporter jusqu’au prochain trimestre sans intention de la rembourser. Peu de temps après que la paille a cessé de se transformer en or, le pouvoir divins des changement de régime a également cessé de fonctionner. En Libye, cela a fonctionné, bien sûr, quand elle a été renvoyée comme par magie à l’âge de pierre, rejoignant l’Irak et l’Afghanistan… mais l’Ukraine a été plus difficile à gober, et la Syrie suivie du Venezuela encore plus. Pourquoi la formule magique a-t-elle cessé de fonctionner ?

La réponse en bref : la Russie et la Chine ont toutes deux découvert le nom du lutin.

Une fois que le nom a été proclamé à haute voix, l’empire a été de plus en plus exposé et tous ont compris que se faire passer pour Dieu depuis si longtemps n’était que du bluff. Découvrir le nom de l’empire était comme une pommade spirituelle pour beaucoup de ceux qui craignaient les créatures inconnues et innommables des ombres lugubres. Démasqué comme l’ombre qu’il était, ce lutin a cessé d’exercer l’influence qu’il voulait garder sur les esprits et les cœurs de ses victimes… et l’image de toute-puissance qu’il a tant travaillé à projeter sur le monde s’est avérée n’être justement qu’une projection et rien de plus.

Le président Poutine a démontré comment il est possible avec un dixième des dépenses de l’armée américaine de détruire État islamique en Syrie par la simple réalisation de l’ intention de le faire. Cette intention était toujours absente de l’esprit des géopoliticiens occidentaux qui préféraient en fait avoir un réseau croissant de terroristes mercenaires répartis au Moyen-Orient et en Afrique. Les terroristes ont non seulement déstabilisé les États-nations gênants dans une forme de guerre asymétrique, mais ont également fourni une excuse commode pour bombarder des gouvernements ciblés par un changement de régime.

La Chine a emboîté le pas en investissant massivement dans le développement économique – tout comme l’Occident l’avait fait pendant des années – mais avec une très grande différence : l’intention. La Chine a investi en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et au-delà dans le but de créer réellement de la prospérité, des infrastructures, tout en laissant leur indépendance économique aux pays bénéficiaires de ses prêts. Elle n’a pas utilisé la magie, mais s’est simplement assurée que l’argent serait investi dans de véritables projets de construction nationale déconnectés de toute exigence de profit usuraire.

Avec l’ingrédient important de l’intention de mettre réellement fin au terrorisme, à la faim, aux maladies et à la pauvreté, inclu dans l’élaboration des politiques mondiales de la Russie et de la Chine, les Rumpelstilskins ont perdu plus de leur pouvoir. L’empire s’est toujours appuyé sur l’illusion de nobles fins mais jamais sur la substance ou les moyens de les réaliser. Cette substance se situe entièrement dans le domaine de l’intention.

À l’ouest, la créature fantôme a reçu un nom : État profond. Avec ce nom, une identité et un modus operandi ont été identifiés.

Avec cette identification, une résistance a commencé à émerger de manière organique lorsque les nations ont trouvé le courage de prendre position, préférant travailler avec des partenaires honnêtes comme la Russie, la Chine et sa Belt and Road Initiative [Nouvelle route de la soie] plutôt que de s’accrocher au Titanic du système occidental en perdition.

En Amérique, Rumpelstiltskin a explosé de rage et de désespoir lorsqu’un président est arrivé au pouvoir en vantant les relations amicales avec la Russie et la Chine. Cette rage a d’abord produit un Russiagate bâclé, puis  un Ukrainegate tout aussi bâclé … mais cela n’a pas fonctionné. Que ce soit sous la forme de socialistes de gauche ou de nationalistes oranges, la magie utilisée autrefois pour détruire facilement ces expressions de patriotisme gênantes en Amérique a cessé de fonctionner aussi vite que leurs pouvoirs de renflouement financier, ou les tour de passe-passe des changement de régime.

Lorsque vous regardez les débats des primaires démocrates aujourd’hui et que vous vous moquez du fanatisme désinvolte des champions Rumpelstiltskins de gauche qui s’entre-dévorent dans le processus, ou alors que vous voyez la bave des Rumpelstilskins de droite en colère contre «l’empire» tyrannique de la Belt and Road Initiative chinoise, gardez à l’esprit que le jeu, comme on dit, est vraiment terminé. Le nom a été découvert, le lutin est en train de s’autodétruire et, à la surprise de beaucoup qui avaient perdu tout espoir il y a seulement quelques années, cette histoire pourrait finalement avoir une fin heureuse.

Matthew Ehret

Traduit par jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/raconte

Quatrième Temps Crisique

Quatrième Temps Crisique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 mars 2020

   Forum

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Quatrième Temps Crisique

3 mars 2020 – Je voudrais faire part à celui qui me lit d’un sentiment général qui me semble devoir beaucoup à ce phénomène, à la fois mystérieux et insaisissable mais où l’on devine une puissance cachée et formidable, qui se nomme “intuition”. C’est dire s’il ne faut pas attendre de démonstration, mais plutôt une escapade aventureuse et pleine d’exhortations. Pour autant, je suis assuré, je ne sais comment ni par quelle machination, que l’escapade n’est pas inutile.

J’ai pris mon temps avant de mesurer l’importance phénoménale, avec une cascade d’effets extérieurs au domaine, – j’en ai déjà beaucoup parlé, – de cette  crise-Covid-19. Je mesure également l’inattention que j’ai montrée sur l’instant à la force des symboles qui font correspondre cette crise à un changement de décade dont plus d’une plume ont signalé la référence centenaire et si fortement significative : les Roaring Twenties menant à la Grande Dépression, et nous, un  siècle plus tard exactement, avec ce Covid-19, l’assassinat métahistorique de Soleimani débouchant dans la même zone de tension sur une quasi-guerre Russie-Turquie mesurée, elle, à la folie mégalomaniaque d’un Erdogan.

Pour compléter  le tableau, on cite l’éruption sans fin de “D.C.-la-folle” ; je veux dire, pour rassembler les principaux événements crisiques, tout cela qui me fait croire que nous avons basculé, au changement de décennie, dans un nouveau temps crisique. Il est vrai que, dans les esprits et dans les psychologies, dans une période crisique si abyssale où la raison est  si suspecte de tant de dévergondages de subversion jusqu’à l’inversion de ce qu’elle prétend être, le symbolisme est d’une capitale importance. Il s’impose alors de faire un classement où les événements terrestres ne seront pas les ordonnateurs, mais le simples conséquences en même temps que les marqueurs de notre avancée générales, par étapes et bonds successifs au cœur des ténèbres de ces Derniers Temps.

Il y a eu à partir de notre Jour de Grâce, notre 11-septembre, un premier Temps Crisique qui est la première étape dans cet espace de temps des Derniers Temps qui englobe ce que je désigne avec une fougue et un optimisme roboratifs la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Ce premier Temps Crisique fut celui de l’effarement secret et indicible devant les considérables évènements qui se produisirent, et le peu de sens qu’on pouvait leur trouver malgré la joyeuse et roborative  ivresse américaniste, et pourtant la plupart d’entre nous toujours soumis à la fascination de cet artefact qui rythme la modernité, qu’est l’Amérique : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité… ».
La deuxième étape, deuxième Temps Crisique, commence avec la fracture de l’automne 2008, le spasme de la folie du monde financier cherchant à se défausser de ses excès en déclenchant un tourbillon crisique qui va accumuler le chaos dans son domaine et lancer de grandes entreprises démocratiques pour justifier nos prétentions mondiales et cosmiques, à peu près comme Mao lançait sa Campagne des Cent-Fleurs (le “printemps arabe”, ou les Cent-Fleurs du Système). Il s’agissait de renouveler le suprémacisme anglo-saxon (plutôt que “blanc”) une fois l’hypercapitalisme superbement purgé et ressourcé par cette énorme crise, et par conséquent plus “hyper” que jamais.
La troisième étape, je la situe en 2014-2015, en liant la crise ukrainienne et la crise du système de l’américanisme (Trump à partir de 2015, engendrant la haine antiTrump, USA-2016, Russiagate, etc.). Son caractère principal est une explosion absolument chaotique de la communication, un amoncellement affolant de narrative de plus en plus lourdes à porter et supporter avec leurs exigence de  déterminisme-narrativiste, une perte totale du sens de la réalité, voire plus encore, du sens de la nécessité de la réalité, la transformation de la politique en une sorte de gomme mollassonne et qu’on peut mâcher à souhait sans en rien faire sortir, le refuge dans le simulacre du simulacre du simulacre…

Ainsi en vient-on à la quatrième période, notre quatrième Temps Crisique,  du tournant précis des deux décennies et notre entrée dans nos Roaring Twenties du XXIème siècle. Avec le recul de quelques semaines, cette nouvelle décennie apparaît comme une rupture formidable et absolument naturelle, comme une tension trop forte qui se rompt avec quelle brutalité ! Et s’ouvrent effectivement nos “Vingtièmes rugissantes”, comme les marins des légendes d’antan baptisèrent les mers furieuses entre les  “Quarantièmes rugissants”  et les “Cinquantièmes hurlants” des latitudes correspondantes vers le Sud extrême des étendues glacées où jamais le vent ne s’arrête de souffler et la mer de déferler, où les marins disent qu’au-delà vers l’au-delà du Sud Dieu n’est plus.

J’ai tenté de dire tous les événements formidables caractérisant ce passage à 2020 mais, après tout, on pourrait me dire qu’il ne s’agit que  de quelques crises monstrueuses de plus, et là rien de vraiment nouveau, je veux dire ontologiquement, dans un temps qui est crisique par définition. Pourtant non, un événement colossal sans nul doute, ontologique lui, bien que dans le domaine de la perception, – c’est la fin du rêve de la globalisation, – la fin de la globalisation comme rêve de notre avenir. 

Ce poison s’est instillé partout et partout vous le sentez progresser, ce doute terrible face à cette globalisation, laquelle est l’évidente coupable de la crise-Covid-19 qui nous dévaste psychologiquement en faisant entrevoir les mécanismes de l’effondrement, d’une économie-monde qui se défait comme un Meccano mal vissé, qui bascule comme une portée de dominos en rang d’oignons, inarrêtable, inéluctable. Il se dit que le virus envahit notre monde-globalisé par ce qu’il y a de plus globalisant, de plus post-postmoderne, la très-pollueuse et très-luxueuse aviation de transport civil qui relie les capitales, les continents et les régions les plus lointaines, dans le vrombissement élégant des Airbus faisant la courte échelle au virus d’un aéroport l’autre (les Boeing, c’est moins sûr, on sait pourquoi, et Covid-19 s’en méfie comme de la peste si j’ose dire).

Il me semblerait même que cela (le rêve fracassé de la globalisation) explique la folie qui a transformé Washington D.C. en “D.C.-la-folle”, tandis qu’apparaît le second événement qui marque cette rupture rugissante… L’outil fantastique de puissance, qui semblait au service de la globalisation, qui chaque jour la trahit un peu plus ! Le système de la communication triomphant signe son empire sur le monde en apparaissant comme un Janus qui poignarde la globalisation dans le dos, répandant partout les alertes et les fantasmes de Coved-19, remplaçant le chaos de 2014-2015 par l’attaque de la contagion, cette Grande Peur des Ancien Temps retournée contre la globalisation de l’hypermodernité elle-même. Les talk-shows et le reste de  la caravane médiatique, fleuron du système de la communication plongé dans la dissection sans fin de la pandémie qui nous assaille et de la panique qu’il ne faut pas éprouver, a développé une pandémie pire que Coved-19, – et ainsi a-t-il mis, ce fleuron de la communication, en état d’accusation impitoyable la globalisation elle-même… La globalisation gémissant de douleur et rugissant de fureur !

On sent bien alors, sans y réfléchir longtemps, mais prenant plutôt le phénomène avec son intuition, comme une chose allant de soi, on sent bien qu’on se trouve emporté dans une mécanique, un enchaînement qui porte en lui la mort du Système… Je dis bien “enchaînement” comme avec une chaîne : la folie de la surpuissance de ce que nous nommons ici “déchaînement de la Matière”, qui nous a emportés jusque dans ces affreuses convulsions de sa folie destructrice, nous conduisant enfin, comme l’on se débarrasse d’un simulacre qui pourrait être un masque, à l’emprisonnement qu’est l’enchaînement de l’effondrement et de la chute, c’est-à-dire à l’autodestruction.

Pour ce qui est de ces “Quarantième rugissants” et de ces “Cinquantièmes Hurlants” que j’ai évoqués à propos de nos “Vingtièmes”, un vieux dicton des vieux marins des Temps Anciens disait de ces terribles latitudes d’un Sud ressemblant à l’Enfer glacé : « Sous les 40 degrés, il n’y a plus de loi, mais sous les 50 degrés, il n’y a plus de Dieu. » C’est comme si nous étions arrivés au terme de nos tempêtes qui balaient le cap ultime de la modernité battu par les vents, ayant brisé les lois et chassé Dieu, et que nous nous retrouvions plongés dans la tempête ultime mais aussi suprême, celle qui nous place devant nous-mêmes et devant l’alchimie saccagée de notre simulacre d’ “œuvre au noir” si diaboliquement cochonnée, pour balayer tout cela et toutes nos illusions, et enfin nous balayer nous-mêmes selon ce que nous avons fait pitoyablement de nous-mêmes.

https://www.dedefensa.org/article/quatrieme-temps-crisique

Coronavirus : une affaire géopolitique

L’ÉDITO DE PASCAL BONIFACEAccueilAnalysesCoronavirus : une affaire géopolitique

Coronavirus : une affaire géopolitique

Édito18 février 2020Le point de vue de Pascal Boniface

L’épidémie de Coronavirus a déjà fait près de 2 000 morts et continue à se répandre. Par son ampleur, les craintes et les réactions qu’elle suscite, elle n’est pas seulement une affaire médicale, elle prend une tournure géopolitique.

Comment expliquer la force des angoisses qu’elle a provoquées ? Les rumeurs les plus folles ont couru. On a vu des gens changer de direction dans la rue pour éviter de croiser des Chinois, de peur d’être contaminé, suggérant que tout Chinois était devenu contagieux. L’épidémie a provoqué des réactions tout à fait irrationnelles.  Comme si l’humanité avait une mémoire collective de la peur de la grande peste du XIVe siècle qui avait, elle, réduit la population de l’Europe de 25 à 50 %. Elle était venue par bateaux commerciaux d’Asie, un tiers des Chinois en était mort. La grippe espagnole avait fait entre 50 et 100 millions de victimes entre 1918 et 1920. Les populations et les médias réagissent aujourd’hui comme si des épidémies de cette importance pouvait de nouveau frapper l’humanité.

Or, en s’intéressant aux grandes pandémies les plus récentes, on constate que les proportions ne sont plus du tout les mêmes. Le SRAS, lui aussi parti de Chine en 2003, a fait moins de 1 000 morts. L’épidémie d’Ebola en 2014 a fait 12 500 victimes. Les systèmes de santé sont aujourd’hui bien plus performants pour lutter contre les maladies.

Pourquoi cette épidémie de coronavirus fait-elle plus peur que celle de la grippe qui fait chaque année des milliers de morts sans susciter le même effet de panique ? En 2017, ce sont 60 000 Américains qui sont morts d’un virus de la grippe particulièrement actif. La particularité du coronavirus est qu’il s’agit d’une maladie nouvelle dont on connaît encore mal les modes de propagation. C’est comme cela que la peur de l’autre ressurgit.

A l’heure de la mondialisation, l’intensification et la rapidité des échanges, ainsi que les voyages, multiplient les risques de contamination. Mais le nombre de victimes des dernières pandémies devrait aussi faire réfléchir. S’ils ont été limités (mise à part l’épidémie de SIDA, qui a fait 32 millions de victimes depuis 1981), c’est entre autres grâce au travail de l’Organisation mondiale de la santé. Le multilatéralisme, dans sa forme la plus concrète, fonctionne. À l’heure où il est de bon ton de critiquer les institutions internationales en général, et l’ONU en particulier, on constate que l’OMS – qui est une institution spécialisée de l’ONU – a bien rempli sa mission. La gestion à l’échelle globale de l’épidémie montre qu’elle n’est pas utile, mais indispensable. Sans elle, le bilan serait déjà beaucoup plus lourd. Sans elle, le SRAS et Ebola auraient tué bien plus de personnes. Une fois de plus, il est prouvé que face à une menace globale, seule une réponse multilatérale peut être à la hauteur. Il est regrettable que ce constat, accepté au niveau fonctionnel et médical, ne le soit pas au niveau stratégique.

On se demande également si cette épidémie ne va pas stopper l’ascension de la Chine, qui semblait jusqu’ici irrésistible ? Ceux qui parient sur une telle tendance pourraient en être pour leurs frais. Déjà lors de l’épidémie de SRAS, certains avaient émis l’idée que la Chine ne s’en relèverait pas. Elle a marqué un ralentissement provisoire avant de reprendre son rythme infernal vers la croissance. Elle représentait en 2003 4% du PIB mondial. Elle en représente aujourd’hui 17 %. Cela veut dire entre autres qu’une crise chinoise affecterait l’ensemble de l’économie mondiale. La Chine a représenté à elle seule 70 % de la croissance économique mondiale l’an dernier. Le Japon et les États-Unis craignent déjà d’être affectés eux aussi par un ralentissement de l’économie chinoise. Donc même les pays qui ont des relations compliquées, pour ne pas dire de rivalité avec Pékin, ne peuvent se réjouir de voir la Chine en panne, car cela à des conséquences négatives directes sur eux. La Chine devrait ralentir sa croissance cette année pour probablement la reprendre très vite.

On peut dire qu’aujourd’hui, lorsque la Chine attrape un rhume, c’est le monde entier qui éternue.

https://www.iris-france.org/144420-coronavirus-une-affaire-geopolitique/