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Le “parti américain” dans les institutions Ue

L’art de la guerre

Le “parti américain” dans les institutions Ue

Manlio Dinucci

© Manlio Dinucci

Mardi 19 mars 2019

“La Russie ne peut plus être considérée comme un partenaire stratégique et l’Union européenne doit être prête à lui imposer d’ultérieures sanctions si elle continue à violer le droit international” : c’est ce qu’établit la résolution approuvée par le Parlement européen le 12 mars avec 402 voix pour, 163 contre et 89 abstentions. La résolution, présentée par la parlementaire lettone Sandra Kalniete, nie avant tout la légitimité des élections présidentielles en Russie, en les qualifiant de “non-démocratiques”, et en présentant ainsi le président Poutine comme un usurpateur.

Elle accuse la Russie non seulement de “violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie”, mais de l’”intervention en Syrie et de l’interférence dans des pays comme la Libye”, et, en Europe, d’interférence visant à influencer les élections et à attiser les tensions”. Elle accuse la Russie de “violation des accords de contrôle des armements”, en lui attribuant la responsabilité d’avoir fossoyé le Traité FNI. Elle l’accuse en outre d’ “importantes violations des droits de l’homme en Russie, y compris tortures et exécutions extra-judiciaires”, et d’”assassinats perpétrés par des agents de renseignement russes au moyen d’armes chimiques sur le sol européen”.

Au terme de ces accusations et d’autres, le Parlement européen déclare que le Nord Stream 2 -le gazoduc destiné à doubler la fourniture de gaz russe à l’Allemagne à travers la Mer Baltique- “accroît la dépendance européenne vis-à-vis de l’approvisionnement en gaz russe, menace le marché intérieur européen et ses intérêts stratégiques […] et qu’il doit donc y être mis fin”.

La résolution du Parlement européen répète fidèlement, non seulement dans ses contenus mais dans ses paroles mêmes, les accusations que les USA et l’Otan adressent à la Russie. Et chose plus importante, il répète fidèlement la demande de bloquer le Nord Stream 2 : objectif de la stratégie de Washington visant à réduire les fournitures énergétiques russes à l’Union européenne pour les remplacer par celles provenant des États-Unis ou en tous cas de compagnies étasuniennes.

Dans ce même cadre entre la communication de la Commission européenne aux pays membres, dont l’Italie, ayant l’intention d’adhérer à l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie : la Commission les prévient que la Chine est un partenaire mais aussi un concurrent économique et, chose de la plus haute importance, “un rival systémique qui promeut des modèles alternatifs de gouvernance”, en d’autres termes des modèles alternatifs à la gouvernance jusque là dominée par les puissances occidentales.
La Commission avertit qu’il faut avant tout “sauvegarder les infrastructures digitales critiques de menaces potentiellement sérieuses contre la sécurité”, dérivant de réseaux 5G fournis par des sociétés chinoises comme Huawei mise au ban par les États-Unis. La Commission européenne répète fidèlement l’avertissement des États-Unis aux alliés. Le Commandant Suprême Allié en Europe, le général étasunien Scaparrotti, a averti que les réseaux mobiles ultra-rapides de cinquième génération joueront un rôle de plus en plus important dans les capacités guerrières de l’Otan : de ce fait ne sont pas admises de “légèretés” de la part des alliés.

Tout cela confirme quelle influence exerce le “parti américain”, puissant camp transversal qui oriente les politiques de l’Union le long des lignes stratégiques USA/Otan.

En construisant la fausse image d’une Russie et d’une Chine menaçantes, les institutions Ue préparent l’opinion publique à accepter ce que les États-Unis sont en train de préparer pour “défendre” l’Europe : les États-Unis -a déclaré à CNN un porte-parole du Pentagone- se préparent à tester des missiles balistiques avec base à terre (interdits par le Traité FNI enterré par Washington), c’est-à-dire de nouveaux euromissiles qui feront à nouveau de l’Europe la base et en même temps la cible d’une guerre nucléaire.

Édition de mardi 19 mars 2019 de il manifesto
https://ilmanifesto.it/il-partito-americano-nelle-istituzioni-ue/
Traduit de l’italien par M-A P.

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.manlio_dinucci.190319.htm

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Kokopelli : graines de résistance


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Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent

Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent


Par Valentin Katasonov – Le 25 février 2019 – Source Fond Stratégique de la Culture

https://i1.wp.com/reosh.ru/wp-content/uploads/2019/02/26-%D1%85%D0%BE%D0%B7.jpg
À la pyramide des « maîtres de l’argent » – les actionnaires de la Réserve Fédérale Américaine – sont aujourd’hui branchées la plupart des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie.

Je crois que les lecteurs qui connaissent mes livres se font une bonne idée de l’architecture du système financier international moderne. Il peut être représenté sous la forme d’une pyramide, au sommet de laquelle se trouve la Réserve fédérale américaine, une société privée de type fermé. La Réserve fédérale américaine a des actionnaires, que j’appelle les « maîtres de l’argent ». Ils sont les bénéficiaires du système financier mondial mis en place, et la Réserve fédérale américaine en est le centre de contrôle. Je ne décrirai pas la structure de la pyramide tout entière, mais je noterai qu’au-dessous du sommet de la pyramide, on trouve une institution telle que la Banque centrale européenne (BCE), et qu’au niveau inférieur à celui de la BCE, se trouvent les banques centrales de la zone euro, membres de la BCE. Actuellement, les membres de la BCE sont les  banques centrales de 19 pays européens. Y compris la Banque d’Italie, dont il sera question ci-dessous.


J’ajouterai qu’aujourd’hui la majorité des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie, sont incluses dans la pyramide des « maîtres de l’argent ». Le contrôle des « maîtres de l’argent » sur les Banques centrales est très efficace car presque toutes ont le statut d’institutions « indépendantes » (indépendantes de leurs États). En dehors de cette pyramide, il n’y a que quelques rares Banques centrales, dont la plus grande est la Banque centrale de la République islamique d’Iran. En ce qui concerne la Banque populaire de Chine (Banque centrale de Chine), sa position dans le système financier mondial est particulière. Sans entrer dans les détails, je dirai que la BPC pour le moment est partiellement dépendante des « maîtres de l’argent ». La situation de la Banque centrale de Chine est instable et dangereuse (nous traiterons ailleurs de la BPC d’une manière ou d’une autre).

L’Argentine, la Hongrie, la Serbie sont en révolte contre les « maîtres de l’argent ».

En de nombreux pays, la pression exercée par les « maîtres de l’argent » par l’intermédiaire des Banques centrales qui leur sont subordonnées, devient très dure et insupportable. De temps à autre, certains États tentent de soustraire les Banques centrales situées sur leur territoire au contrôle des « maîtres de l’argent », et de les placer sous le contrôle des autorités nationales. Ces tentatives sont rares, on peut les compter sur les doigts d’une main. Il y a environ dix ans, la Présidente de l’Argentine de l’époque, Christina Kirchner, a tenté de prélever environ 1/7 des réserves de change de la Banque centrale (6,6 milliards de dollars) pour payer la dette publique extérieure. C’est ce que la Banque centrale d’Argentine lui a catégoriquement refusé, et les « maîtres de l’argent » ont organisé dans les médias une campagne frénétique de harcèlement à l’encontre d’une femme courageuse. L’affaire ne s’est pas limitée à des attaques de la part des médias. Par décision du tribunal américain, les réserves de la Banque centrale d’Argentine furent gelées. Autre cas : en 2011, le Premier ministre Hongrois, Viktor Orban, avait tenté de faire adopter des amendements par le parlement du pays, annulant le statut « indépendant » de la Banque centrale, en la mettant sous le contrôle du gouvernement. Le hurlement universel a de nouveau retenti, organisé par les médias contrôlés par les « maîtres de l’argent ». Bruxelles a organisé une pression sans précédent sur Viktor Orban, qui a dû faire machine arrière, en retirant les amendements. Les déclarations du Premier ministre Hongrois après sa défaite sont caractéristiques : « La bande de bandits, qui a pris le pouvoir dans l’Union Européenne, s’occupe de la banale mise en esclavage de tous ceux qu’elle a réussi à leurrer ! En Hongrie, ils l’ont compris et tentent de s’échapper. Mais la mafia financière internationale tient fermement les Hongrois à la gorge … ». Et voici une autre déclaration de V. Orban à propos de l’histoire de cette époque : « La Hongrie a été traitée comme une colonie ».

En 2012, la petite Serbie a osé établir un contrôle de l’État sur la Banque centrale (également en modifiant la loi, abolissant son « indépendance »). Elle a été traitée de manière encore plus expéditive que la Hongrie. Quelques jours après l’adoption des amendements limitant « l’indépendance » de la Banque centrale de Serbie, les principales agences de notation ont abaissé la cote de crédit du pays. Par exemple, Fitch a commenté son pronostic négatif comme suit : « Au lieu de se concentrer sur la correction des déficits publics croissants et de la dette publique, le nouveau gouvernement a modifié la loi sur la Banque centrale de manière à miner la confiance des investisseurs, et compliquer la conclusion d’un accord d’un nouveau prêt du FMI ».

Attaques contre les Banques centrales : la Turquie et les États-Unis

Voilà deux événements de la dernière année. L’an dernier, le Président Erdogan a été réélu en Turquie. Pendant la campagne électorale, il a déclaré son intention de pousser la Banque centrale à réduire son taux directeur, qui, en réponse à Erdogan, fut augmenté jusqu’à 17,75%, une semaine avant les élections. Erdogan avait également promis qu’il chercherait une meilleure sélection des cadres dirigeants de la Banque centrale. Les tentatives frontales d’Erdogan pour changer le statut « indépendant » de la Banque centrale  n’ont pas abouti. Cependant, il a essayé de renforcer le statut du Ministère des finances, et de le placer au-dessus de celui de la Banque centrale. La lutte continue.

Un autre cas tout à fait sans précédent. Nous parlons d’une série d’attaques de la part de l’actuel Président des États-Unis, Donald Trump, contre la Réserve fédérale. Les attaques survinrent en réponse à la décision de la Réserve fédérale américaine de continuer à augmenter son taux directeur. Le 26 novembre, dans une interview auWall Street Journal, Trump déclara que « la Fed est devenue un problème beaucoup plus grave que la Chine ». À la fin de l’année dernière, Donald Trump a même menacé de demander la démission du président de la FED, Jerome Powell. Il est clair qu’aucune mesure pratique n’a été prise pour démettre J. Powell de ses fonctions de président de la FED. Mais l’événement est sans précédent. Pour la première fois depuis plus d’un siècle dans l’histoire de la Réserve fédérale américaine, le Président américain a parlé de manière aussi directe et franche de cette institution, qui était et reste le premier pouvoir en Amérique.

Les Euro-sceptiques italiens et la Banque d’Italie : la tension monte.

Et voici une autre « émeute à bord du navire ». Nous parlons de l’Italie. Au début de l’été de l’année dernière, après les élections législatives, un nouveau gouvernement a été formé au sein duquel des représentants des mouvements Cinq Étoiles et de la Ligue du Nord ont pris des positions clés. Ce sont des Euro-sceptiques qui cherchent à réviser sérieusement les relations entre Rome et Bruxelles. Et la condition pour qu’une telle révision ait lieu, est de rétablir l’ordre chez soi, en Italie. Non sans fondement, les Euro-sceptiques se représentent la Banque d’Italie comme un « cheval de Troie » grâce auquel Bruxelles mène sa politique à l’égard de Rome.

Afin de se battre contre la Banque centrale, les Euro-sceptiques italiens doivent obtenir le soutien de millions de citoyens ordinaires. Et, comme il leur semble, ce soutien ne manquera pas. Le fait est que le système bancaire italien est considéré comme l’un des plus faibles, si ce n’est de toute l’Union européenne, au moins à coup sûr de la zone Euro. Une vague de faillites de banques commerciales s’est produite dans le pays, entraînant de lourdes pertes pour des millions de déposants ordinaires. C’est à ces déposants, trompés et volés de la sorte, que les dirigeants du gouvernement euro-sceptique ont fait appel, en attirant leur attention sur le fait que les faillites étaient dues à la faute des dirigeants de la Banque d’Italie, chargée de surveiller les organismes de dépôt et de crédit. Les chefs des deux partis au pouvoir en Italie, les vice-premiers ministres Matteo Salvini (« Ligue du Nord ») et Luigi Di Maio (« Cinq étoiles »), se sont prononcés en faveur d’un changement de la direction de la Banque centrale du pays.

Di Maio (qui est également Ministre Italien du développement économique, du travail et de la politique sociale) a bloqué la nomination de l’un des directeurs généraux adjoints de la Banque, soulignant que la Banque centrale avait besoin d’un renouvellement radical de sa direction. Salvini (qui est en même temps le Ministre de l’intérieur) a pour sa part déclaré que la Banque centrale, dans son problème de personnel, avait besoin de faire « table rase », et non de permutations fragmentaires. Avant cela, les deux Vice-premiers ministres ont fait des allusions insidieuses selon lesquelles le statut de la Banque centrale devrait être radicalement changé, et qu’elle devait être privée de son « indépendance ». Le président du pays, Sergio Mattarella, préfère ne pas aborder ce sujet sensible. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte occupe à peu près la même position. Mais le Ministre des finances et de l’économie, Giovanni Tria, ne peut éluder la question, et doit exprimer sa position à ce sujet. Et il parle prudemment en faveur de la préservation de l’indépendance de la Banque centrale.

La Banque d’Italie doit rendre l’or au peuple

Un autre thème lié à la Banque d’Italie est l’or qui figure à son bilan. Une petite remarque : les réserves d’or de l’Italie sont depuis longtemps les quatrièmes plus importantes au monde après les États-Unis, l’Allemagne et le Fonds monétaire international (la France est le pays suivant l’Italie en termes de réserves d’or). Au cours des deux dernières décennies, le volume physique de ces réserves est resté inchangé – 2 451,8 tonnes. En janvier de cette année, la part de l’or dans le volume total des réserves de change italiennes était de 65,5% (l’un des taux les plus élevés, seuls ceux des États-Unis, de l’Allemagne et du Venezuela étant supérieurs). Dans les années 70, lors de la Conférence monétaire et financière internationale en Jamaïque, il avait été décidé de démonétiser le métal jaune. Par conséquent, l’or au bilan des Banques centrales a des allures d’« anachronisme ». Mais cet « anachronisme » est présent dans de nombreuses Banques centrales, et la Banque d’Italie est particulièrement remarquable à cet égard. Bien sûr, l’or peut être qualifié d’argent extraordinaire, et cette qualité ne saurait être annulée par quelque conférence internationale que ce soit. Mais dans ce cas, il serait plus naturel que le métal jaune ne soit pas au bilan de la Banque centrale, mais à celui du Ministère des finances, pour couvrir des dépenses budgétaires extraordinaires. C’est une vérité élémentaire, mais elle a depuis longtemps déjà été retirée des manuels d’économie, sur l’ordre des « maîtres de l’argent ».

Et curieusement, les deux Vice-premiers ministres de l’actuel gouvernement italien se sont souvenus de cette élémentaire vérité. À la fin de l’année dernière, Bruxelles exigea de Rome un budget plus ou moins équilibré. En soufflant à Rome qu’il était possible d’éliminer le déficit budgétaire en procédant à une réforme des retraites (comme celle qui est imposée à notre peuple russe aujourd’hui), et en augmentant les impôts (TVA). Rome a refusé de relever la TVA, et a promis au budget une éventuelle réduction de l’âge de la retraite, et l’introduction d’un revenu de base inconditionnel (d’un montant de 780 euros par personne et de 1 032 euros par famille). Sous la pression de Bruxelles, Rome a difficilement réduit le déficit budgétaire de 2,50 à 2,04% du PIB. Et ensuite, Rome a eu l’idée de liquider le déficit budgétaire en 2019, en vendant une partie de l’énorme réserve d’or de l’Italie (environ 20 milliards d’euros seraient nécessaires). Aux prix actuels, la réserve d’or en Italie est estimée à 103 milliards de dollars, ce qui est suffisant pour combler les déficits budgétaires pendant plusieurs années.

Il n’y a qu’un seul « mais » dans cette phrase. Le gouvernement ne peut pas utiliser l’or, car il figure au bilan de la Banque d’Italie, et cette Banque centrale « indépendante » n’a pas l’intention d’abandonner ce métal au profit du Ministère des finances. Le ballon d’essai a été lancé par les auteurs de l’idée en septembre 2018. Ensuite, un article de l’économiste Gabriele Gatozzi a été publié dans les médias italiens (la première publication a été faite sur le blog du fondateur du Mouvement cinq étoiles, Beppe Grillo). L’auteur a attiré l’attention sur la taille gigantesque de la réserve d’or italienne et sur le fait que, contrairement à de nombreux autres pays européens, l’Italie n’avait jamais vendu sa réserve depuis la Conférence de la Jamaïque de 1976. Il serait temps de tirer parti de cette réserve, surtout si Bruxelles s’attend à un budget équilibré de Rome. Deux mois après la parution de cet article, le chef de la Commission du budget de la Chambre des députés, Claudio Borgi, représentant la « Ligue », a présenté un projet de loi prévoyant l’élimination de l’« anomalie », à savoir la présence de la réserve d’or au bilan de la Banque d’Italie, qui devrait être sous le contrôle direct du gouvernement.

Le 11 février, lors d’une conférence de presse, Matteo Salvini a promis que le gouvernement était prêt à régler le problème de la réserve d’or, en l’amenant à sa bonne fin logique. Il a directement déclaré que les réserves de change du pays appartenaient à ses citoyens et non à la Banque centrale dans laquelle elles sont entreposées. Je soupçonne que cette déclaration a provoqué une véritable panique à Bruxelles, car l’Italie a fait savoir ce que les politiciens et les financiers ont tu pendant de nombreuses années. À savoir que les réserves de change devaient être utilisées dans les intérêts du peuple tout entier. C’est un véritable défi lancé aux « maîtres de l’argent ».

À qui appartiennent les réserves d’or de la Banque de Russie ? Il est temps d’y penser

On transpose involontairement les événements d’Italie dans notre vie russe. Les réserves de change de la Fédération de Russie augmentent à pas de géant. Ainsi, le 1er février 2019, elles s’élevaient à 475,9 milliards de dollars, et l’année précédente (le 1er février 2018) à 447,3 milliards de USD, pour une croissance annuelle de 28,6 milliards de dollars. À ce rythme, elles pourraient dépasser la barre des 500 milliards de dollars à la fin de cette année, et de temps à autre, les responsables de notre gouvernement annoncent fièrement ces chiffres, et d’autres chiffres similaires. Mais voilà, le gouvernement n’a rien à voir avec ces réserves. L’article 2 de la loi fédérale sur la Banque centrale de la Fédération de Russie dispose que :

« Conformément aux objectifs et aux procédures établis par la présente loi fédérale, la Banque de Russie exerce le pouvoir de posséder, d’utiliser et de disposer des actifs de la Banque de Russie, y compris des réserves en or et en devises de la Banque de Russie. Les retraits et les gages desdits biens sans le consentement de la Banque de Russie ne sont pas autorisés, sauf disposition contraire de la loi fédérale. L’État n’est pas responsable des obligations de la Banque de Russie et la Banque de Russie des obligations de l’État si elles ne les ont pas assumées ou si les lois fédérales ne le prévoient pas autrement. »

Il semble que tout soit clair. S’agissant de la situation des réserves de change de la Fédération de Russie, le dicton « l’œil voit, mais la dent est paralysée » peut être appliqué. Les nouvelles venant d’Italie concernant des initiatives visant à transférer au bilan du Ministère des finances, sinon toutes les réserves de change, du moins leur partie aurifère, devraient secouer les « Représentants du peuple » de la Douma. Au début de l’année 2019, le volume d’or détenu au bilan de la Banque centrale de Russie atteignait 67,9 millions d’onces, soit 2 112 tonnes. Cet or appartient toujours à la Banque de Russie, qui, en fin de compte, n’est pas « responsable des obligations de l’État ». Or, il fut gagné par le travail de millions de nos citoyens, et devrait appartenir à la population. Par conséquent, il devrait appartenir à l’État qui, selon la constitution de la Fédération de Russie, a pour vocation de servir le peuple. Espérons qu’il y aura des forces politiques en Russie qui, à l’instar des Euro-sceptiques italiens, essaieront finalement de museler la Banque centrale, et de la forcer à servir non pas les « maîtres de l’argent », mais le peuple.

Valentin Katasonov

Traduit du russe par Carpophoros, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-banques-centrales-au-service-des-maitres-de-largent

 

Tristes épigones, espoir et sabotages

Tristes épigones, espoir et sabotages

Publié le 13 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisAmérique latine

Lorsque Alexandre le Grand mourut à Babylone, les généraux et compagnons qui avaient participé à l’épopée se disputèrent sa succession. Appelés Diadoques, ils étaient souvent déchirés entre deux visions. Ils avaient été membres à part entière de la formidable aventure et en gardaient une réelle nostalgie, un certain panache, tout en se préparant au nouveau monde qui émergeait : la division de l’empire et la constitution sur ses décombres de royaumes neufs, bien plus modestes. Leurs fils et successeurs, les Épigones, n’avaient pas ces scrupules. Jeunes premiers nés dans la pourpre, n’ayant pas connu la gloire de la conquête alexandrine, ils ne pensaient qu’à se tailler une part raisonnable de l’empire finissant. Cela donna, entre autre, le royaume ptolémaïque d’Egypte, qui finira tout de même en beauté avec la fameuse Cléopâtre.

Il arrive encore parfois que les termes diadoque ou épigone soient utilisés pour analyser une situation politique contemporaine. Cela sous-tend presque toujours une sorte de jugement de valeur, l’épigone n’étant que l’écume du diadoque, lui-même pâle comparaison d’Alexandre. Pour schématiser : De Gaulle > Pompidou > Sarkozy, ou Mitterrand > Jospin > Hollande. Plus dure est la chute…

Le système impérial américain n’est pas exempt de cet abâtardissement et l’actualité nous en donne chaque jour des preuves. Les Chroniques se sont souvent penchées sur le cas de deux des plus grandes âmes damnées de l’empire : Brzezinski, l’éminence grise, et le sénateur McCainistan. On retrouve ces pendards cyniques et géniaux dans tous les mauvais coups de Washington, du soutien aux djihadistes afghans à ceux de Syrie, du rapprochement avec les Khmers rouges au torpillage du South Stream, en passant par un nombre incalculables de guerres, d’invasions et de coups d’Etat. S’ils brûlent sûrement en enfer désormais, ils peuvent toutefois se targuer d’avoir infatigablement mis leur maestria diabolique au service de l’hégémonie US.

Apparemment, le passage de génération a été cruel pour les deux familles… Leurs épigones restent certes sur la même ligne néo-impériale que papa, mais le talent semble s’être complètement évaporé. Nous sommes passés d’une superproduction hollywoodienne, irritante mais bien ficelée, à un navet de troisième partie de soirée.

Mika est la fille de Brzezinski. N’ayant pas la carrure de son père pour élaborer les dangereuses et ingénieuses stratégies de Washington, elle se contente d’être un simple outil de propagande pour la MSN. Présentatrice sur MSNBC, l’un des plus éclatants fleurons de la presstituée, elle s’est fait connaître par un lapsus révélateur il y a deux ans. Alors qu’elle se lançait dans une énième tirade contre le grand méchant Donald, elle n’a pu s’empêcher de laisser échapper : « Trump croit qu’il contrôle ce que pensent les gens, mais ça, c’est notre boulot » :

Meghan McCain est elle aussi partie intégrante des rouages médiatiques. Elle a fait la Une il y a quelques jours en jouant la nunuche éplorée devant les « intolérables » propos d’une députée Démocrate, Ilhan Omar pour ne pas la nommer, sur la puissance du lobby pro-israélien à Washington. De quoi faire couler de chaudes et crocodilesques larmes sur le visage de la fifille McCain :

A pleurer… de rire ! Si les pères n’ont rien à redire sur le fond ressassé par leur progéniture (campagne anti-Trump, soutien à Israël et, en toile de fond, évidemment, russophobie primaire et constante), ils doivent quand même se prendre la tête à deux mains devant une telle niaiserie et un manque de brio aussi flagrant.

Tout comme ils doivent sentir les gouttes de sueur perler sur leur front devant la montée en puissance de Tulsi. Nous avons plusieurs fois évoqué la Représentante d’Hawaï et ses déclarations tonitruantes propres à faire enrager le Deep State. Elle vient de remettre ça en déclarant tout de go et publiquement que la CIA a utilisé l’argent public pour équiper Daech et Al Qaida en Syrie ! Regardez la tête du journalope, ça vaut le détour…

Le pire, c’est que la belle semble sur la pente ascendante. Elle est dans le trio de tête chez les électeurs sans affiliation politique et gagne des points pour la primaire Démocrate, même si elle est encore en retard. Mais quand on sait que le Donald est parti à 2% avant de remporter la manche Républicaine puis, donné perdantface à l’hilarante, a finalement réussi à entrer à la Maison Blanche, l’espoir reste de mise.

Reste à savoir si, même dans l’éventualité qu’elle soit élue, elle pourra résister à l’Etat profond. Ca, c’est une autre paire de manches et l’actuel occupant du Bureau ovale en est une preuve vivante. S’il fait souffler le chaud et l’effroi dans les travées du Deep State, il a indéniablement dû donner des gages à ce dernier. Le cas vénézuélien en est la meilleure illustration.

Il semble que Washington ait passé la vitesse supérieure dans sa tentative de prise de pouvoir à Caracas. C’est très vraisemblablement un sabotage électromagnétique qui a provoqué l’énorme coupure de courant qui a touché le pays en fin de semaine dernière. Chose intéressante, Pékin, qui propose d’ailleurs d’aider Maduro à restaurer l’électricité, parle ouvertement d’attaque cybernétique et accuse indirectement les Etats-Unis. Le plan était d’ailleurs dans les tuyaux du Pentagone depuis quelques années.

Et maintenant, ce sont des usines de retraitement d’eau et des terminaux pétroliers qui, par le plus grand des hasards bien évidemment, se mettent à exploser. Les Follamour de Washington ont une explication toute faite : c’est la corruption des années Maduro qui est responsable de cette « dégradation ». Douce coïncidence, ces catastrophes ont lieu simultanément, les usines, centrales électriques et dépôts pétroliers s’étant sans doute donné le mot pour arrêter de fonctionner en même temps !

La guerre semble déclarée. Après le flop de la pression « humanitaire », les bras cassés américains ont passé la vitesse supérieure et entrepris une campagne de sabotage, tactique quelque peu suicidaire s’ils veulent installer l’auto-proclamé au pouvoir. La ficelle est en effet tellement grosse que leur pion risque de voir sa légitimité torpillée dans la population vénézuélienne. Même les euronouilles, l’air gêné, préfèrent regarder ailleurs, c’est dire…

***

Un immense merci à tous ceux, très nombreux, qui ont eu l’extrême gentillesse de faire un don et de l’accompagner d’ailleurs de messages très touchants. Cela représente beaucoup plus que de l’argent, c’est une reconnaissance magnifique de, j’ose le mot, la qualité des Chroniques. Soyez-en, du fond du cœur, remerciés, chers amis et lecteurs.

Les “strange 24 hours” de ZeroHedge.com

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Les “strange 24 hours” de ZeroHedge.com

Le texte ci-dessous a été mis en ligne par le site ZeroHedge.com hier à 19H59, dans la nuit (à 02H59) pour nous. Comme nous faisons pour certains textes qui nous semblent assez aisément compréhensibles et qu’il nous paraît important de publier rapidement dans leur forme originale, c’est-à-dire autant par manque de temps pour les traduire que parce qu’il est d’un certain intérêt de respecter cette forme originale, nous le reprenons tel que. Il s’agit d’une étrange et très rapide odyssée à laquelle a été contraint le site ZeroHedge.comdu fait du tout-puissant Facebook dont le comportement s’est révélé, cette fois d’une manière évidente et révélatrice, à la fois arbitraire, aveugle et primaire, et complètement erratique.

Le récit, forme vertueuse de ce que nous désignons d’habitude comme narrativeest pour ce cas simple et sans équivoque possible, – sinon dans les intentions, certes. Lundi matin, sans avoir eu un mot d’explication, sans qu’aucun contact préalable ou courant n’ait été pris, ZeroHedge.com apprenait que ses références, citations, URL, etc. avaient été bannis depuis deux jours des mises en ligne de Facebook ; il s’agissait d’un simple avis de Facebook à ses utilisateurs, selon lequel ZeroHedge.com diffusait du matériel éditorial contrevenant aux “standards de la communauté Facebook” (« lequel standard, au mieux de notre connaissance, dont ni nous ni quiconque d’autre n’a la moindre idée de ce qu’ils sont », commente ZeroHedge.com). Après publication d’un premier texte de ZeroHedge.com, la journée de lundi vit un flot de tweets de soutien (les autres “grands” de la dictature de l’internet n’étant pas concernés) de nombre de personnalités, y compris du fils du président Trump. (Quel que soit l’avis qu’on entretient à son propos, ZeroHedge.com est l’un des plus importants sinon le plus important site d’information financière et géopolitique alternatif/de la presse antiSystème.) « Et soudain, dans la matinée de mardi, tout redevint normal, que ce soit la conséquence de prudence devant la puissance des réactions négatives, ou vraiment une erreur de Facebook… » Effectivement, Facebook a publié un communiqué alambiqué où il est question d’une erreur de la “réaction automatique” de Facebook lorsqu’un spam (un “méchant” en langage courant) est détecté, cette “réaction automatique” étant complété par une intervention humaine qui semble cette fois avoir été assez languissante et inattentive dans l’incident.

Peu importent les causes et les intentions de l’incident, ils ne nous apprendraient rien que nous ne sachions déjà sur la mentalité de Facebook. Par contre, on peut se risquer à quelques remarques et hypothèses générales, portant sur le comportement et l’opérationnalité du monde des GAFA, qui se sont institués gardien de la moraline-Système au nom de vertus telles que l’arbitraire monopolistique, la puissance de l’argent, la servilité au service du pouvoir exerçant les diktat du Système, le goût quasi-pathologique de la censure.

On est conduit à observer que se vérifie de plus en plus une loi étonnamment contradictoire, caractéristique de la situation et des tendance du Système (à la fois surpuissance et autodestruction). Le Système fonctionne, pour son influence, son embrigadement, sa manipulation, essentiellement grâce à la surpuissance du système de la communication qui pourrait sembler pouvoir réduire toutes les oppositions et toutes les résistances parce qu’il est sous le contrôle des puissances politiques et d’argent qui travaillent avec et pour le Système.

Cette surpuissance du système de la communication a besoin, pour se manifester, de la participation active de tous, simplement parce que dans ces “tous” se trouvent tous ceux que le Système doit influencer, manipuler, embrigader par ce canal de la communication. A cause de cette nécessité de dynamisme généralisé et non sélectif au départ, la surpuissance du système de la communication fonctionne “en aveugle” pour l’amont, obligé d’attendre la faute et sa communication pour tenter de la bloquer. Le système de la communication ne peut rien prévoir des effets qu’engendre sa surpuissance, qu’il répercute aussi bien et dont il fait caisse de résonnance ; cela, alors qu’il s’agit souvent, de plus en plus souvent dans une situation crisique générale en constante aggravation, de réactions des utilisateurs empruntant la voie de la contestation et de la protestation jusqu’à faire craindre des réactions organisées. Pour tenter de parer à cette regrettable évolution, il est apparu nécessaire d’instaurer une censure qui est très délicate parce qu’elle se situe après la diffusion des avis et des informations qu’il faut bloquer, après qu’il ait fallu identifier et distinguer ce qu’il faut bloquer, etc., dans un monde où existe une multitude de sources et où les positions et les avis sont souvent confus et difficiles à cataloguer selon l’habituelle subtilité du censeur, – entre “gentils” et “méchants”. Tout cela se fait, délicatesse suprême, dans des conditions de quasi-illégalité au regard de la liberté d’expression, dans ce Système qui entend par-dessus tout conserver une apparence respectable, c’est-à-dire un simulacre de respect de la liberté d’expression.

Le système de la communication et la toile monstrueuse qu’il a créé avec l’internet constituent, pour le Système qui entendait après avoir favorisé son développement jusqu’à la surpuissance en faire son outil principal “d’influence, d’embrigadement et de manipulation”, un monstre qui a totalement échappé à son contrôle. L’“effet-Janus” est lui-même à son maximum de surpuissance, lui-même totalement incontrôlable.

Puisqu’il est impossible pour le Système de se passer du système de la communication qui conditionne sa puissance économique et ses entreprises d’entropisation, il (le Système) en est réduit à des expédients censureurs où s’expriment sans la moindre retenue l’amateurisme, l’inculture, les hasards catastrophiques de l’automatisation, l’inintelligence artificielle, – tous caractères qui sont la marque des GAFA, des Zuckerberg & Cie. D’où des erreurs catastrophiques de mettre en cause des acteurs quasiment-“intouchables” même si de tendance antiSystème, parce que très connus, considérés comme sérieux, ayant un lectorat important, une réputation, etc., – comme vient de le démontrer l’épisode ZeroHedge.com qui, dans l’aventure, gagne un supplément de publicité et de notoriété, de nouveaux visiteurs et ainsi de suite.

Cela fait désormais vingt ans exactement, – depuis la guerre du Kosovo, dont on fêtera le triste vingtième anniversaire dans dix jours, – que le Système est en campagne pour censurer et liquider l’opposition alternative, devenue antiSystème, qui se nourrit des immenses possibilités d’internet. La mésaventure de ZeroHedge.com, à l’égal par exemple des obsessions tout autant censureuses du gang-Macron et de son FakeNewsisme, nous instruit sur l’avancement du programme.

Le texte de ZeroHedge.com a été publié hier soir sur son site. Le titre complet est : « Facebook Reverses Zero Hedge Ban, Says It Made A “Mistake” »

dedefensa.org

 

http://www.dedefensa.org/article/les-strange-24-hours-dezerohedgecom

Et le sujet fantôme de la campagne des européennes est…

POKER MENTEUR
Et le sujet fantôme de la campagne des européennes est…

Atlantico : Les 6 et 7 mars derniers, Cecilia Malmström, Commissaire européenne au commerce, et Martin Selmayr, secrétaire général de la Commission européenne, se rendaient à Washington dans le cadre de la négociation commerciale qui oppose les deux ensembles. D’un côté, les Etats-Unis menacent d’imposer des tarifs douaniers sur le secteur automobile, tout en demandant, en échange, l’intégration de l’agriculture dans les négociations commerciales. Une solution qui serait a priori rejetée par les européens, mais principalement par la France. Au regard de la complexité de la situation, divisant les intérêts européens entre la préservation du secteur automobile allemand d’une part, et de l’agriculture française d’autre part, comment imaginer le règlement d’un tel dossier dans le cas où les Etats-Unis ne céderaient pas sur leurs exigences ?

Christophe Bouillaud : Il est difficile d’imaginer que les dirigeants européens cèdent sur l’ensemble des dossiers agricoles. Il faut déjà se rappeler la mobilisation populaire pan-européenne qui a pu s’opérer contre le CETA, l’Accord de libre-échange avec le Canada, où, justement, la crainte pour l’agriculture et l’élevage, et plus généralement pour l’agro-alimentaire, européens s’est exprimé à plein. C’est un front très large qui s’était formé contre ce traité, qui ne concerne pourtant qu’un partenaire commercial de moindre importance.Je doute donc que les dirigeants européens sous la pression de leurs opinions publiques, à quelques mois des élections européennes en plus,soient prêts par exemple à céder sur leurs normes de qualité alimentaire.La seule ouverture possible serait que l’Union européenne continue à importer encore plus de soja par exemple, d’entrants pour la filière animale, autrement dit de produits qui se trouvent le plus loin possible du consommateur final.  Après cette considération qui vaut pour tous les Européens qui ne considèrent pas la qualité de l’alimentation à l’américaine comme souhaitable, je vois très mal les dirigeants français, quel qu’ils soient, accepter de sacrifier encore le secteur agricole, alors même que ce dernier connait déjà actuellement de graves difficultés.
Par contre, il y a sans doute des accords possibles en matière de biens industriels. On pourrait imaginer par exemple d’acheter beaucoup plus de matériels d’armement aux Etats-Unis.  Après tout, c’est l’un de leurs points forts en matière technologique. Et, vu le coût unitaire exorbitant de tels biens d’armement, ils auront rapidement le rééquilibrage souhaité des échanges commerciaux – mais, bien sûr, cela suppose que les Européens acceptent qu’ils ne peuvent pas avoir un équilibre budgétaire comme le souhaiterait les dirigeants allemands, et aussi que les industries européennes de défense partagent le gâteau du réarmement avec les industries nord-américaines. Cela limiterait aussi l’autonomie stratégique de l’UE en matière militaire que la France recherche par ailleurs.

Jean-Marc Siroën : Plutôt que de lancer la lourde machine de négociation d’un traité commercial, une solution « simple » aurait été, par exemple, d’aligner les droits de douane des deux pays : l’UE abaissait ses tarifs pour les automobiles et les États-Unis pour les camions. Mais, les règles de l’OMC – la clause de la « nation la plus favorisée » – auraient imposé d’étendre cette baisse au reste du monde -dont la Chine- sans contrepartie de leur part. C’est pour résoudre ce genre de problèmes que des négociations multilatérales avaient été ouvertes en 2002 -le Cycle de Doha- mais elles ne se sont jamais conclues, notamment parce que les États-Unis s’en étaient désintéressés.
L’alternative a alors été de négocier un traité de libre-échange qui éviterait l’obligation d’étendre la baisse des tarifs aux pays tiers (sachant que des pays exportateurs d’automobile comme la Corée du Sud et maintenant le Japon bénéficient déjà d’un tel accord).
Pourtant, ce serait une grave erreur de croire qu’un traité de libre-échange avec les États-Unis abriterait l’Union européenne des sanctions américaines. La preuve : malgré l’accord sur le nouvel ALENA, les États-Unis n’ont pas levé leurs sanctions sur l’acier et l’aluminium qui frappent toujours le Canada et le Mexique.
Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker s’est sans doute avancé un peu vite en acceptant le principe d’un traité commercial pour apaiser les États-Unis. À ma connaissance, ce serait en effet la première fois qu’on s’engagerait dans la négociation d’un traité commercial pour régler un problème sectoriel, en l’occurrence l’automobile. En effet, les traités de libre-échange doivent prévoir la suppression des droits de douane sinon sur l’ensemble des biens, du moins sur leur plus grande part. Assez souvent, les secteurs épargnés sont l’énergie et l’agriculture considérés comme sensibles. Même si l’agriculture était épargnée, le traité devrait ouvrir un très grand nombre de secteurs aux importations américaines et pas seulement à l’automobile.
Le projet, pour ce qu’on en connait, serait en rupture avec la tendance même des traités commerciaux récents qui non seulement concernent la quasi-totalité des biens, mais surtout ne se limitent pas aux droits de douane. Ils ouvrent aussi, notamment, les services, les investissements (y compris les très controversées règlement des différends firmes-États), les marchés publics, le e-commerce. Ils traitent des domaines plus ou moins liés à l’échange (travail, concurrence, environnement, normes, etc.). C’est d’ailleurs la négociation d’un tel accord dit de la « nouvelle génération » qui avait déjà été engagée avec les États-Unis (le TTIP pour Transatlantic Trade and Investment Partnership) avant d’être suspendu en 2016.

Cette fois, avec ou sans agriculture, le traité envisagé devrait aller beaucoup moins loin. Il aurait été en effet étrange que Donald Trump propose un type d’accord qu’il avait violemment condamné et je doute que la Commission européenne ait envie de revivre cet épisode malheureux qui n’est pas si ancien !
La négociation devrait donc porter sur un traité « à l’ancienne » dont l’objet principal serait la diminution des droits de douane. Cette ambition rabaissée n’implique pourtant pas que la négociation soit plus facile. En effet, trop limiter le champ de négociation réduit aussi le « grain à moudre » et les négociateurs ne pourront pas éviter le dilemme suivant : constater l’échec ou rechercher en équilibre en introduisant d’autres sujets même si ceux-ci n’avaient pas été envisagés avant. C’est d’ailleurs comme cela qu’il faut comprendre la volonté américaine d’étendre la négociation à l’agriculture alors qu’il n’en était initialement pas question. De plus le monde agricole commence à souffrir des représailles chinoises et, dans la perspective de sa réélection, Donald Trump doit satisfaire leur attente…
Le mandat de négociation risque de devenir une muraille perméable à ces dérives s’il n’est pas clairement formulé. L’expérience montre que les négociations mal engagées et mal préparées ont peu de chance de réussir. Le moins qu’on puisse dire, est que si la négociation s’ouvrait dans les prochaines semaines, ce qui m’étonnerait, elle ne se déroulerait pas sous les meilleurs auspices…

 

Selon le cadre institutionnel européen, Cecilia Malmström devrait obtenir un mandat du Conseil européen afin de pouvoir négocier un accord commercial avec les Etats-Unis dans les prochaines semaines. D’un point de vue intérieur, et au regard de la forte opposition que pourrait générer un nouveau mandat de négociation commerciale avec les Etats-Unis, dans quelle mesure Emmanuel Macron pourrait tenter de retarder une telle échéance alors que la campagne électorale européenne s’anmettre tout son argent dans ses pneus.

 

Christophe Bouillaud : A moins que notre Président cherche à perdre les élections européennes de mai prochain, il est souhaitable que le mandat de négociation commerciale avec les Etats-Unis  soit le plus protecteur possible des intérêts européens. Emmanuel Macron ne peut pas, d’un côté, promouvoir, y compris dans sa récente tribune, une « Europe qui protège » pendant sa campagne électorale et, de l’autre côté, accepter un mandat qui laisserait de quelque manière que ce soit les Européens à découvert devant l’offensive nord-américaine, surtout venant d’un Donald Trump. De plus, en raison du poids politique du monde agricole en France, tout mandat de négociation devrait être extrêmement restrictif sur l’agriculture.
Mais, surtout, au-delà des termes mêmes du mandat, il me parait évident que l’annonce même de l’ouverturede cette négociation commerciale avec les Etats-Unis  ne peut que gêner Emmanuel Macron dans sa campagne électorale. Tous les partis d’opposition sans exception, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par le PS et les Républicains, trouveront quelque chose à y redire. En effet, comme l’opinion publique française, dans sa majorité, est désormais hostile à la mondialisation, tous les partis d’opposition voudront monopoliser l’expression de cette hostilité pour augmenter leur score électoral. On risque dans ce cadre de voir une concurrence acharnée dans la critique de ce mandat « scélérat » entre le RN, DLF, FI, voire EE-les Verts, Génération(s), le PCF, ou même le PS et les Républicains. Au pire du pire, si le sujet finit par attirer l’attention des grands médias, s’il finit par donner lieu à des rumeurs plus ou moins fondés, on pourrait se trouver à transformer l’élection européenne en référendum anti-accord avec les Etats-Unis de Donald Trump, où Emmanuel Macron se retrouverait seul d’un côté contre tous les autres partis.
Il faut aussi rappeler que, selon les sondages de ces dernières semaines, LREM/MODEM est effectivement en tête devant le RN, et que les commentateurs, y compris des collègues du CEVIPOF,en ont visiblement conclu, suivant la logique du premier tour de la présidentielle, que c’est là que se jouer le sens de l’élection européenne : qui arrive en tête ? Or l’écart entre le score du LREM/MODEM et celui du RN n’est pas si large que la liste de la majorité présidentielle puisse se permettre de donner un argument parfait de mobilisation électorale pour le RN, un parti qui ne néglige pas la détresse paysanne et rurale, et qui aura beau jeu de réviser ses gammes contre le « mondialisme ». Emmanuel Macron a donc tout intérêt à ce que ce possible accord avec les Etats-Unis ne fasse pas partie des données du contexte électoral. Pour lui, il est vraiment urgent d’attendre. Du côté allemand, une hausse des taxes américaines sur les importations de voitures allemandes n’aura pas non plus des effets très agréables pour la popularité du pouvoir en place, mais, vu la popularité de la CDU-CSU, et l’interprétation possible du scrutin outre-Rhin en termes proportionnels, les risques politiques paraissent moindres.

Jean-Marc Siroën : La Commissaire au commerce doit en effet recevoir des directives du Conseil avant de négocier « légitimement » un traité. On en est donc aujourd’hui au stade des « discussions » pas de la négociation qui serait plus formelle. Il n’y a pas d’échéance autre que la menace de sanctions américaines à laquelle l’Union européenne n’est pas obligée de céder. Et sur le plan commercial, le rapport de force n’est pas nécessairement en défaveur de l’Union européenne.

La menace américaine de surtaxer rapidement les automobiles européennes est contradictoire avec la réalité des traités. Au-delà des grands principes, sur lesquels les deux parties ne sont déjà pas d’accord, il reste une multitude de détails dans lesquels, on le sait, se cache le diable. À supposer, par exemple, qu’on se mette d’accord pour supprimer (ou égaliser) les droits de douane sur les automobiles, quid des camions taxés à 25% aux États-Unis ? A quelle condition une automobile américaine exportée vers l’Europe sera-t-elle considérée comme contenant suffisamment de valeur ajoutée américaine pour être exonérée des droits (et réciproquement) ? Les États-Unis exigeront-ils le même type de règles d’origine ubuesques à savoir 75% de la valeur des composants d’origine nord-Américaine et 40 à 45% du travail incorporé rémunéré à au moins 16 $ (plus que le SMIC français !). Et comment situer l’ALENA (USA, Canada, Mexique) alors que le Canada et le Mexique ont eux aussi des accords de libre-échange avec l’Union européenne…  Ces règles d’origine ne sont qu’un des exemples de ces vilains détails qui compliqueront et prolongeront la négociation, si négociation il y a.

Aujourd’hui, un traité USA-UE ce serait donc comme tuer un moustique avec un marteau piqueur…sans supprimer tous les moustiques.
Les élections européennes ne concernent pas que la France. Je pense que l’Union Européenne ne devra s’engager sur rien avant cette échéance. Emmanuel Macron a souvent affiché une certaine méfiance à l’égard des traités commerciaux. Je serais étonné qu’il accélère le processus et qu’il prenne aujourd’hui le risque de réveiller les inquiétudes qu’avait suscité le TIPP même si le projet devait être moins ambitieux. Le mandat de négociation était alors resté longtemps secret. Espérons que le Conseil ne renouvellera pas cette erreur qui avait attisé l’hostilité de la société civile.
De fait, je pense que personne, du côté européen, n’a très envie d’accélérer les choses.  Soit le mandat sera très minimaliste au prix d’être irréaliste, soit il sera adressé à la Commission après les élections. Je doute que les éventuelles négociations débutent avant l’automne ou l’hiver prochain. C’est alors une nouvelle Commission qui sera aux affaires, ce qui ne laisse pas augurer une accélération de la démarche…

 

Comment interpréter la situation actuelle ? Faut-il y voir une certaine rationalité économique de la part des Etats-Unis, ou une volonté politique de division des intérêts du couple franco-allemand ?

Christophe Bouillaud : Bien sûr, depuis des décennies, les Etats-Unis critiquent la Politique agricole commune (PAC). Cela vaut aussi bien pour la concurrence entre agriculteurs sur les marchés tiers que pour l’accès au marché intérieur européen. Dans le monde idéal des dirigeants nord-américains, leurs produits agricoles, subventionnés, devraient inonder le monde. Ils font d’ailleurs des pressions identiques sur le Japon ou la Chine. Rappelons déjà que la naissance de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), à la suite du GATT, au début des années 1990 correspond déjà à des concessions en matière agricole de la part de l’Union européenne, et de fait, de la France, au profit, entre autres, des producteurs agricoles du Nouveau Monde.
Après, pour le cas présent, on peut soupçonner que cela arrange bien Donald Trump de semer la zizanie dans le camp européen, en particulier dans le partenariat franco-allemand. Si finalement, faute de négociation commerciale, des tarifs douaniers punitifs sont imposés par les Etats-Unis aux automobiles allemandes, notre partenaire allemand sera en difficulté et pourra nous enattribuer la faute. Et, si le Conseil européen accepte le mandat de négociation, avec un peu trop d’agriculture dedans, cela sera le partenaire français qui se verra mal parti. Il faut ajouter que ce jeu de Donald Trump est tellement transparent que cela laisse une petite chance aux Européens de le déjouer. Il n’est pas interdit non plus aux Européens d’essayer de jouer la montre, en acceptant de négocier tout en espérant faire traîner les choses en longueur.

Jean-Marc Siroën : L’administration américaine poursuit plusieurs buts. Protéger l’industrie américaine surtout lorsqu’elle est localisée dans des régions électoralement sensibles, réduire le déficit commercial en forçant l’entrée du marché européen aux produits américains, affaiblir l’Europe en attisant les divisions, contourner l’OMC pour démontrer que les États-Unis peuvent s’en passer. Si l’agriculture, l’automobile et l’acier cochent toutes les cases, cela fait quand même beaucoup d’objectifs pour des instruments finalement assez limités et peu maniables, ce qui laisse augurer bien des difficultés.
Jusqu’à maintenant, les tentatives de Donald Trump d’attiser les différends européens et diviser le couple franco-allemand l’a surtout conduit à se fâcher avec Angela Merkel et Emmanuel Macron. Il a même réussi à se brouiller avec Theresa May ! Utiliser l’agriculture comme facteur de division n’est pas une tactique inaugurée par Donald Trump, c’est même un peu l’histoire des relations commerciales entre les deux puissances depuis le Traité de Rome ! Dans le camp agricole, la France conserve ses alliés et le départ du Royaume-Uni, qui n’a pas d’agriculture à protéger, réduit encore les risques d’un clash sur cette question. Certes, l’Allemagne serait le pays le plus touché par la surtaxe sur les automobiles importées, mais il n’est pas certain qu’un traité commercial, du moins tel que les États-Unis le conçoivent, rassure complètement Mme Merkel sur la volonté américaine de signer l’armistice.
Sans doute faudra-t-il imaginer autre chose pour apaiser le contentieux avec les États-Unis.

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Les Démocrates continuent leur campagne…pour la réélection de Trump

Les Démocrates continuent leur campagne…pour la réélection de Trump


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 5 mars 2019

Il y a quelques semaines, Moon of Alabama écrivait que le Russiagate se terminait :

 

Rien, zéro, nada n'a été trouvé pour soutenir cette théorie du complot. Le bureau de campagne de Trump ne s’est pas acoquiné avec la Russie. Quelques larbins ont été inculpés pour des questions fiscales sans rapport avec l’affaire et pour avoir menti aux enquêteurs au sujet de quelques détails mineurs. Mais rien ne vient étayer les allégations dramatiques de collusion qui sont lancées depuis le début de l'affaire. ...

Dans un monde juste, des gens qui, pendant plus de deux ans, auraient fait toute une histoire d’une théorie complotiste et causé tant de dommages, seraient chassés de leurs positions publiques. Malheureusement, cela ne se produira pas. Ils s’embarqueront dans le prochain train complotiste et continueront sur la même voie.

Il semble que c’est trop demander à ceux qui croient au Russiagate. Ces gens sont incapables d’élaborer une nouvelle théorie du complot par eux-mêmes. Au lieu de cela, ils vont essayer de pêcher quelque chose qu’ils pourraient utiliser pour continuer à avoir l’air scandalisé :

Le Comité judiciaire de la Chambre des représentants a envoyé plus de 80 lettres réclamant toutes les communications autour d'une série de controverses entourant Trump, alors qu’un groupe d'experts est en train d’enquêter pour savoir si le président et son administration ont fait obstruction à la justice, sont corrompus et ont abusé de leur pouvoir.
Mais plutôt qu'une approche ciblée, la demande de lundi ratissait large, ciblant les membres actuels et anciens du personnel de campagne, les hauts responsables de la Trump Organization, et même les documents et communications de la National Rifle Association et de la société de conseil britannique Cambridge Analytica. 

L'enquête porte sur un large éventail de sujets, depuis les relations d'affaires du président avec la Russie jusqu'au renvoi de l'ancien directeur du FBI, James B. Comey, en passant par des paiements secrets faits à des femmes. Bon nombre de ces questions sont déjà examinées par le conseiller juridique spécial Robert S. Mueller et les procureurs fédéraux du district sud de New York - sans parler des autres comités de la Chambre. ...

Pendant des mois, les Démocrates de la Chambre ont déclaré qu'ils se tourneraient vers les conclusions de Mueller pour déterminer s'il fallait procéder à des audiences de destitution. Mais la demande de Nadler démontre que les Démocrates se préparent à aller bien au-delà de l'ingérence de la Russie dans les élections.

Les Démocrates essaient de trouver quelque chose qui montrerait Trump sous un mauvais jour. Je suis sûr qu’il y a eu beaucoup d’affaires louches conclues par Trump au cours de sa vie. Mais les choses qu’il fait en ce moment, sous les yeux du Congrès, sont bien pires.

Au lieu de se concentrer sur ce que Trump fait actuellement en déréglementant tout ce qu’il peut, en remplissant les tribunaux de jeunes juges conservateurs et par sa mauvaise gestion de la politique étrangère, les Démocrates préfèrent attirer l’attention du public sur des sujets du passé qui n’ont aucune pertinence pour la vie quotidienne de leurs électeurs, ni pour leur futur.

C’est une stratégie politique autodestructrice. Au lieu de promouvoir des questions politiques susceptibles d’attirer les électeurs, ils attirent l’attention sur leur campagne anti-Trump. Cette tactique a déjà été essayée et a échouée, en 2016. Il y a de fortes chances qu’elle échoue également en 2020. Trump pourrait bien être réélu malgré toutes les saletés que les Démocrates découvriront au cours de ces enquêtes bidon.

Le refus des Démocrates d’avoir une véritable discussion politique est également visible dans leur tentative de soumettre les nouveaux jeunes membres de l’Assemblée qui ont présenté de nouvelles propositions et idées concrètes. L’utilisation du lobby sioniste AIPAC et les fausses allégations d’ »antisémitisme » contre eux sont particulièrement scandaleuses :

Lorsque la représentante Ilhan Omar a obtenu un siège tant convoité à la Commission des affaires étrangères de la Chambre, Stephen Fiske a commencé à faire sonner les téléphones du Capitole.

Alarmé par des messages qu'il considérait comme antisémites et par le soutien de Mme Omar au mouvement Boycott-Israël, M. Fiske, un militant de longue date du Comité des affaires publiques entre Israël et les États-Unis, a commencé à envoyer des SMS et à appeler ses amis du Congrès pour se plaindre. Il espère que les militants de l'AIPAC puniront Mme Omar, une jeune démocrate du Minnesota, avec un défi majeur en 2020.

Mercredi, les dirigeants Démocrates à la Chambre des représentants prononceront une forme de punition : stimulés par l'indignation suscitée par les derniers propos de Mme Omar, qui laissent entendre que les militants pro-israéliens "poussent pour faire allégeance à un pays étranger", ils vont déposer une résolution condamnant l'antisémitisme à l’intérieur de la Chambre des représentants.

« Antisémitisme », dans le faux sens que lui donnent l’AIPAC et les dirigeants Démocrates qui lui sont liés, est appliqué à tout ce qui n’est pas 100% en faveur de l’État raciste d’Israël et de l’idéologie sioniste.

La résolution s’adresse au député Ilhan Omar, qui a laissé entendre que cette double loyauté automatique est un problème. Cela prouve aussi qu’elle a raison :

Ilhan Omar @IlhanMN - 20:01 utc - 3 mars 2019

On me dit tous les jours que je suis anti-américaine si je ne suis pas pro-israélienne. Je trouve cela problématique et je ne suis pas la seule. Il se trouve que je suis prête à en parler et à répondre aux attaques.

Ilhan Omar ne sera pas la seule à être visée de cette manière. Le Lobby en veut à deux autres personnes :

En Floride, M. Fiske a déclaré qu'il était temps pour les "voix pro-juives de parler contre" Mme Omar et deux autres nouvelles Démocrates qui ont critiqué Israël : Les représentantes Rashida Tlaib du Michigan et Alexandria Ocasio-Cortez de New York. 

Et il a fait une prédiction : "Ce sont trois personnes qui, à mon avis, ne seront plus là dans quelques années."

La direction Démocrate ne cherche même pas à défendre ces trois nouveaux membres qui ont prouvé qu’ils pouvaient attirer et motiver les jeunes électeurs. Elle aide activement le Lobby à les évincer. Les nouvelles politiques défendues par ces nouveaux arrivants seront également rejetées.

Les Démocrates semblent penser que leurs électeurs potentiels n’ont nulle part où aller. Ils se trompent. Dans ce système dualiste, les élections sont remportées par le taux de participation. Si les Démocrates ne prouvent pas qu’ils ont de bonnes politiques et des politiciens attrayants, leurs électeurs potentiels resteront simplement chez eux. Près de la moitié d’entre eux le font déjà.

S’en prendre à Trump, après l’échec désastreux du Russiagate, pourrait aider CNN à faire quelques gros titres. Mais ce n’est pas un substitut à une lutte politique bien acharnée. Tuer la prochaine génération de politiciens prometteurs pour quelques billets de 100$ de plus éloignera les jeunes électeurs qui sont attirés par leurs opinions.

Prises ensemble, ces mesures donnent à penser que les Démocrates n’ont ni stratégie, ni volonté réelle de gagner. Ils ne feront qu’aider Trump à gagner un second mandat.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/les-democrates-continuent-leur-champagne-pour-la-reelection-de-trump

 

Les Carnets de Nicolas Bonnal

• La série des “Carnets” abrite, dans dedefensa.org, les écrits de commentaires personnels d’invités du site. • Sur ce qu’on nomme “les réseaux” ou “la toile”, il s’agit  de ce qu’on désignerait en général comme un blog. • Les “Carnets”, ce sont donc les blogs des invités de dedefensa.org dont nous jugeons, en plein accord avec eux et à l’avantage et à la satisfaction de chacune des parties, qu’ils peuvent devenir des collaborateurs réguliers du site. • Il n’y a pas de limites aux sujets abordés et pas de sujets précisément assignés à ces collaborateurs : les seules exigences concernent la forme et la décence du propos, la responsabilité dans le développement du propos. • Sur le point très important du fond des textes, nous disons que dedefensa.org donne comme règle de ces “Carnets” une orientation générale des domaines abordés trouvant ses aises dans celle dont le site fait à la fois l’usage et la promotion. • Pour autant, il y a une règle impérative qui domine toutes les autres. • Il n’est pas assuré que tous les propos des invités soient dans le sens de ce qu’écrit et pense dedefensa.org, et il ne peut en aucun cas y avoir assimilation, de ce qu’écrivent nos invités avec la signature du site : l’invité est seul responsable intellectuellement de ses propos. • Il s’ensuit, cela va de soi et selon la formule consacrée, que les propos dont nous parlons n’engagent en rien et en aucune façon dedefensa.org, essentiellement bien sûr dans ce domaine intellectuel et de l’opinion. • Ces éventuelles différences et divergences ne seraient pas nécessairement signalées mais elles le seraient en cas de publicité dans ce sens ou de toute autre nécessité, avec conséquences ou pas c’est selon. • Le site décide, espérons-le en bon accord avec ses invités, des conditions diverses et de l’application des règles énoncées ci-dessus de publication de leurs écrits. (Précision technique enfin valant pour toutes nos collaborations extérieures, qui est un classique de la collaboration extérieure à un média : titres et intertitres sont de la seule responsabilité de la rédaction. Les auteurs proposent titres et inter-titres et la rédaction se réserve de les modifier dans leur formulation, bien entendu sans en déformer le sens.)

• Les Carnets de Nicolas Bonnal sont tenus par l’écrivain, essayiste et commentateur dont on peut trouver une présentation dans le Journal-dde.crisis de Philippe Grasset, le 2 octobre 2016. • Les livres de Nicolas Bonnal sont disponibles sur sa page Kindle/Amazon à l’adresse URL suivante:

https://www.amazon.fr/Nicolas-Bonnal/e/B001K7A4X0

De Che Guevara à Guaido  ……

  mercredi 06 mars 2019

Pour comprendre ce qui se passe en Amérique du sud, j’aimerais avoir recours au dernier Tintin, celui qui se passe chez les Picaros et qui décrit si opportunément une révolution orange menée par des guérilleros grimés en touristes (à moins que ce ne soit l’inverse, avec ce Séraphin Lampion qui exprime dans les derniers albums le dernier homme nietzschéen, triomphant et crétin…). Cette révolution se veut du reste non-violente, comme le charivari médiatique de Guaido, promu Quisling rédimé et putschiste d’honneur par les médias azimutés, hallucinés et surtout infatigables de notre temps ! Et elle aboutit, cette révolution menée par un Tintin mué en ingénieur social, au même maintien de la misère que partout ailleurs. Récemment je voyais un programme espagnol qui m’annonçait que le coût du logement dans la  Bolivie de l’indéboulonnable leader socialiste-nationaliste-populiste-indigéniste Morales est aussi cher que dans le centre de Madrid. Un ingénieur doit payer pour se loger dans le désert d’Uyuni 1800 euros par mois. Et moi qui ai vécu dix mois dans ce pays à raison de cent euros par semaine…

Vive les réformes et la croissance économique décidément.

On est donc passé de Che Guevara à Guaido, commis-voyageur des pronunciamientos occidentaux. Cela nous fait penser à Guy Debord et son analyse de nos modèles dégénérés. Je cite un texte sur les nouveaux « chercheurs » et autres experts et commentateurs :

(Suite)

Yockey et la machine américaine à uniformiser….

  dimanche 03 février 2019

René Girard a parlé de l’Amérique comme puissance mimétique. Sur cette planète de crétins en effet tout le monde veut devenir américain, y compris quand il s’agit de payer des études à quarante mille euros/an, des opérations à 200 000 euros, de devenir obèse et même abruti par la consommation de médias et d’opiacés…

L’affaire est déjà ancienne et René Guénon a bien évoqué après Tocqueville ou Beaumont la médiocrité industrielle de la vie ordinaire/américanisée qu’on nous impose depuis les bourgeoises révolutions…

Un des américains à avoir le mieux parlé de cette uniformisation, après Poe ou Hawthorne, fut Francis Parker Yockey. Je laisse de côté ses vues politiques totalement aberrantes et je prends en compte ses observations sociologiques qui, comme celles de Louis-Ferdinand Céline, sont souvent justes ou/et intéressantes. Voici ce qu’il observe à l’époque de Bogart, quand tout le monde là-bas mène une vie gris Hopper, clope sans arrêt, boit son whisky au petit-déjeuner, imite les criminels en se couvrant d’un chapeau et d’une ridicule gabardine :

(Suite)……

http://www.dedefensa.org/blog/les-carnets-de-nicolas-bonnal-1

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Voici à quoi ressemblera l’Afghanistan post-étasunien multipolaire

Voici à quoi ressemblera l’Afghanistan post-étasunien multipolaire


Par Andrew Korybko – Le 31 janvier 2019 – source eurasiafuture.com

andrew-korybkoL’Afghanistan dispose d’une opportunité unique : il peut devenir, à l’issue du possible retrait étasunien fin 2020, le composant vital et irremplaçable de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires. Mais il n’atteindra sa destinée géostratégique que si ses nombreux partenaires régionaux partagent cette vision de l’avenir.

Échec après échec après échec

La possibilité très concrète d’un retrait étasunien d’Afghanistan à la fin 2020 présente une chance de changer du tout au tout le paradigme géostratégique régional, en direction de la multipolarité ; il s’agirait d’un changement d’une importance historique sans égale. De nombreux facteurs motivaient la guerre étasunienne contre l’Afghanistan, et les raisons géopolitiques figuraient en tête de liste ; viser à établir une base trans-régionale aux croisements de l’Asie centrale, de l’Asie du Sud, et de l’Asie de l’Ouest, base de laquelle les USA pourraient dès lors exporter leur influence par divers moyens : Révolutions de couleur, guerres non-conventionnelles à tête de pont terroriste, ou une combinaison de celles-ci avec des guerres hybrides. Les USA ont échoué par trois fois à établir cette base : les deux premières fois lors de leurs tentatives de catalyser un « Printemps centre-asiatique » en 2005 et 2010, puis la troisième en essayant d’utiliser Daesh contre les États voisins à partir de 2015.

La retraite étasunienne face aux Talibans

Actant leur échec à exploiter la position de l’Afghanistan comme tremplin de déstabilisation pour l’espace trans-régional, le seul recours raisonnable qu’il reste aux USA est d’essayer de conclure un accord pragmatique avec les Talibans, qui pourrait conserver aux sociétés étasuniennes le privilège d’extraire des ressources naturelles du pays, en échange d’un retrait total. Côté Talibans, il se raconte que le « compromis » qu’il pourraient acter serait d’accepter l’autorité du gouvernement de Kaboul et de renoncer à leurs souhaits passés d’établir un monopole du pouvoir à l’avenir. Si les USA se retirent véritablement d’Afghanistan et que les Talibans tiennent parole et fonctionnent dans le respect des structures de l’État (chose qui reste incertaine, car rien n’est confirmé et beaucoup de choses peuvent encore se produire d’ici fin 2020), on pourrait voir le pays ouvrir une nouvelle page de son histoire.

Il est probable que les USA essayeront de mettre en œuvre un « plan B », comme par exemple déployer des mercenaires à la place de leurs soldats, positionner des forces spéciales de « réaction rapide » dans un pays voisin, tel l’Ouzbékistan de plus en plus favorable aux USA, et/ou conserver le droit de lancer des frappes de missiles contre les bases suspectées des groupes terroristes internationaux que les Talibans ne voudraient ou ne pourraient pas détruire (cela pourrait être prévu dans leur pacte de paix avec les USA). Cela étant dit, le milliardaire qui tient le rôle de président des USA semble avoir compris que l’heure a sonné de mettre fin aux coûts prohibitifs engendrés par ce conflit pour son pays, et de se retirer de ce bourbier pour mettre à profit les ressources de son gouvernement ailleurs et plus efficacement, d’autant plus que sa campagne de ré-élection l’an prochain promet d’être tendue. Les USA pourraient donc bel et bien décider de panser leurs plaies de ce conflit, et mettre en œuvre un vrai retrait.

Garantir la stabilité au travers d’une connectivité vers l’OCS

Si tel était le cas, et si les Talibans apportaient des gages d’une coopération pragmatique avec Kaboul, il reviendrait à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) de trouver son chemin jusqu’à l’Afghanistan et de contribuer à la stabilisation du pays, en apportant toute l’aide socio-économique dont le pays aura grand besoin dans cette phase de transition sensible. Parmi les nombreux pays membres de l’OCS, trois présentent une influence directe sur ce théâtre : le Pakistan, la Russie et l’Iran, et chacun d’entre eux présente des intérêts de sécurité nationale dépendants de la stabilité de l’Afghanistan. Aucun d’entre eux ne veut voir l’Afghanistan se transformer en nid à terroristes – à l’image de l’Irak juste après le retrait étasunien de ce conflit ; et aucun des trois pays ne veut non plus « aller s’enliser » en répondant par soi-même aux menaces du terrain. Il est donc probable qu’il essayeront d’établir un « équilibre » dans leurs coopérations avec les Talibans et Kaboul, pour parvenir à ces fins.

L’Afghanistan et son proche environnement régional. Source : wikipedia

Tant que l’Afghanistan ne glisse pas en arrière vers une guerre civile intense comme celle des années 1990, il n’aura pas trop à se soucier des menaces terroristes ou de nature asymétriques, telles que des « Armes de migrations massives » venant affluer à leurs frontières. L’opportunité devrait être belle de construire le chemin de fer RuPak, (reliant la Russie et le Pakistan, comme son nom l’indique) en passant par l’Asie centrale et l’Afghanistan, et étendre l’influence économique de l’Iran sur son voisin au travers du couloir de Chabahar, mis en œuvre par l’Inde, et qui constitue la branche orientale du couloir de transport Nord-Sud [North–South Transport Corridor (NSTC), NdT]. Quant au Pakistan voisin, l’Inde ne présente pas d’autre intérêt stratégique en Afghanistan que de jouer l’encerclement stratégique de son rival, et d’y contrer l’influence des Routes de la soie chinoises ; il serait donc possible, en théorie, que les intérêts des deux grandes puissances asiatiques convergent ici au lieu de se tenir en compétition. Voilà le scénario idéal, qui est loin d’être garanti, mais nous tenions ici à centrer notre présentation sur les bénéfices de ces projets de connectivités pour toutes les parties.

L’avant-garde pakistano-russo-iranienne

La situation géographique de l’Afghanistan lui accorde l’opportunité unique d’entrer en tant que composant vital dans le fonctionnement de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires : un processus de stabilisation continu du pays garantira le succès de cette vision d’intégration ambitieuse entre la Russie, la Chine, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, ainsi que les Républiques d’Asie centrale (et l’Inde, si celle-ci parvient à percer en termes d’infrastructures jusque cet espace trans-régional, et ne « tombe » pas entièrement dans le camp étasunien). Mais pour voir cette intégration réussir, tout ces peuples doivent devenir parties prenantes de cette vision, chose qui ne peut se produire qu’en suite de réformes politiques (potentiellement aussi radicales que la « décentralisation ») et de progrès socio-économiques. Ces progrès pourront être réalisés grâce aux projets de connectivité que nous avons mentionnés ci-avant (chemin de fer RuPak, couloir de Chabahar, Route de la soie). Avant tout, la sécurité de l’Afghanistan doit être garantie, et c’est là que le Pakistan, la Russie et l’Iran ont un rôle clé à jouer.

Chacune de ces trois grandes puissances d’Eurasie, de par le rôle d’avant garde qu’elle a à jouer en raison de sa situation de voisin (situation indirecte dans le cas de la Russie, le Tadjikistan étant membre de l’alliance de défense mutuelle qu’est l’Organisation du traité de sécurité collective – OTSC), a le droit à des partenariats privilégiés avec Kaboul et les Talibans – c’est également le cas de l’Ouzbékistan et du Turkménistan, dans une moindre mesure. La Chine travaille déjà en forte proximité avec les deux partis au pouvoir en Afghanistan, mais s’est jusqu’ici interdite toute coopération avancée en terme de sécurité dans le pays par crainte des risques d’« enlisement ». Il relève donc du partenariat stratégique russo-pakistanais de joindre l’Iran à ses rangs, comme partenaire multilatéral en Afghanistan. Cela amènera à l’implantation de solutions de sécurité dans le pays de la part de ces trois pays, mais donnera également à Téhéran une raison d’« équilibrer » son centrage stratégique vers l’orient, face aux nouveaux défis du « Machrek ».

Conclusion

La perspective très réaliste de voir les USA se retirer d’Afghanistan fin 2020 constituerait un événement de bouleversement s’il a lieu, qui ouvrirait la possibilité de renforcer la multipolarité dans le cœur géostratégique de l’Eurasie, sous réserve que la paix et la sécurité puissent être assurées dans ce pays ravagé par la guerre après le départ des USA. Pour garantir ces conditions, la Russie et le Pakistan devront prendre la direction d’une sécurisation des zones périphériques Nord et Sud du pays depuis l’extérieur, avant d’intégrer l’Iran dans une matrice de sécurité régionale qui pourrait dès lors servir de cadre au développement socio-économique qui s’ensuivra. La Chine constitue un partenaire économique naturel de l’Afghanistan, ce qui n’est pas le cas de l’Inde ; mais il reviendra en fin de compte au choix souverain des instances qui auront le pouvoir en Afghanistan de décider ou non de l’inclure dans leur cadre de développement multipolaire. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que la Russie et le Pakistan seront les forces déterminantes dans l’Afghanistan post-USA ; leur projet de chemin de fer RuPak représente le projet le plus prometteur pour l’Afghanistan d’après guerre.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/voici-a-quoi-ressemblera-lafghanistan-post-etasunien-multipolaire

 

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp


Par Andrew Korybko – Le 28 janvier 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoDes manifestants émeutiers ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le week-end dernier, tâchant par là d’éveiller la conscience publique à la campagne de changement de régime qui sévit dans le pays suite à la ré-élection du président Biya, qui a ainsi entamé son septième mandat consécutif fin 2018. La France pourrait se trouver réduite à choisir son camp et mettre son poids en faveur ou bien de celui qui fut son mandataire au Cameroun depuis des décennies, ou bien de ses opposants anti-gouvernementaux.

L’« assaut parfait »

Le président Paul Biya

L’événement est passé inaperçu dans la plupart des médias mondiaux, mais le week-end dernier, des manifestants, opposés au gouvernement, ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun de Paris et de Berlin, dans l’objectif de faire prendre conscience aux opinions publiques de la campagne de changement de régime en cours contre le président en exercice depuis longtemps, qui vient d’être ré-élu pour son septième mandat l’an dernier. Le pays d’Afrique de l’Ouest connaît ces temps-ci un climat de soulèvement de Guerre hybride ; secoué par des offensives de la part de séparatistes anglophones et de la part des islamistes de Boko Haram, tout en se défendant d’un mouvement de Révolution de couleur en cours de fermentation. L’« assaut parfait » est en train d’arriver à maturation, mais n’a encore fait l’objet d’une attention sérieuse de la part d’aucune grande puissance, principalement en raison du fait que le président Biya maintient une immense loyauté à l’égard de ses protecteur français ; et ce malgré son partenariat avec les routes de la soie chinoises, mais les événements du week-end dernier sont de nature à changer la donne à cet égard.

Origines de la Guerre hybride

Même en considérant que la Guerre hybride contre le Cameroun a pour double objectif de perturber la Route de la soie transcontinentale de la Chine (Soudan-Tchad-Cameroun) et de créer les conditions pour que le Nigeria, grande puissance en éveil juste à côté, puisse se voir plus facilement contrôlé, aucune grande puissance n’a à ce stade jeté tout son poids (même sur le plan purement diplomatique) derrière cette campagne de déstabilisation. Cela peut constituer un signe que cette dernière constitue un « début », un « essai » pour évaluer la résilience des structures de sécurité régionales, ou une tactique de pression à court terme visant à arracher quelques concessions politiques à Yaoundé. Il est également possible qu’une bonne partie de ces processus de Guerre hybride constituent des « occurrences naturelles non provoquées de l’extérieur », résultant des lignes de fractures très nombreuses dans le pays. Quoi qu’il en soit, certains membres de la diaspora ont visiblement l’intention de modeler la situation en leur faveur.

Deux poids, deux mesures

En temps ordinaire, la prise d’assaut coordonnée de deux ambassades du même pays le même week-end devrait constituer un événement médiatique mondial, mais cela n’a pas été le cas pour le Cameroun, les diplomates de ce pays africain de taille moyenne ne recevant que peu de respect de la part de l’Occident. Si la même occurrence était arrivée à une grande puissance telle la France, les réactions auraient été bien différentes. Mais dans l’instance qui nous intéresse ici, en l’objet le Cameroun, c’est bel et bien l’implication d’une grande puissance, qui aurait jeté son poids derrière les mouvances de changement de régime, qui aurait pu éveiller l’attention des médias. Il se pourrait que cet état de fait se voie modifié prochainement, si la déstabilisation de Douala, le plus grand port du pays, pénalise les importations du Tchad et de la République centrafricaine : ces deux États enclavés en dépendent et verraient les coûts de divers biens augmenter, ce qui pourrait soulever par rebond une crise socio-économique dans chacun des deux pays.

Les États rivaux se bagarrent en Afrique centrale

La République centrafricaine connaît depuis peu d’importantes influences russes, Moscou ayant reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU fin 2017 de déployer des « mercenaires » dans le cadre d’un programme d’aide et d’encadrement, qui vise à soutenir l’armée naissante du pays ; ce pays central tâche de restaurer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, riche en ressources naturelles. Quant au Tchad, il glisse régulièrement dans la guerre civile, et doit de temps à autre repousser des militant soudanais et libyens hébergés par d’autres États, mais le pays reste une puissance militaire régionale considérable, capable de se déployer vers l’Ouest jusqu’au Mali. Chose intéressante, N’Djamena a récemment rétabli des relations avec Tel Aviv – on a vu une visite de Netanyahu au Tchad la semaine dernière – ce qui a contribué à un état intéressant des affaires régionales de l’Afrique centrale : dans cette zone, un pays est sous influence « israélienne », un autre (la République centrafricaine) connaît depuis peu une influence russe, et le troisième (le Cameroun) est sous influence chinoise ; tout ceci malgré le fait qu’officieusement ces trois États appartiennent encore à la Françafrique néocoloniale.

L’heure des choix

Même si la France contrôle encore les monnaies de ces trois pays, et d’une dizaine d’autres États africains, par l’entremise du franc CFA, elle perd lentement mais sûrement son influence géopolitiques sur ses anciennes colonies. Irritée du fait qu’elle ne parviendra plus à reprendre ses positions stratégiques passées en Centrafrique après que la Russie s’y soit installée pour stabiliser la situation, et sans doute de même au Gabon avec le déploiement de soldats étasuniens le mois dernier avant le putsch, la France pourrait se sentir obligée de s’accrocher à son partenaire camerounais, malgré les pressions du « bas » qu’elle subit, visant à le trahir. Ceci étant dit, si la situation semble changer dans la direction d’un changement de régime « inévitable », il faudrait s’attendre à voir Paris lâcher son homme, dans une dernière tentative de conserver son influence sur le pays, au lieu de le laisser tomber sous influence étasunienne ou anglaise, chose qui ne manquerait pas d’arriver si le changement de régime se produisait sans solution de rechange française préparée.

L’heure de vérité pour la Françafrique ?

À l’égal de l’Empire Ottoman, qui fut considéré comme l’« homme malade de l’Europe » dans les périodes qui précédèrent sa chute, la France pourrait se voir désignée comme l’« homme malade de l’Afrique » si ses possessions de la Françafrique continuent de tomber l’une après l’autre dans l’escarcelle d’autres puissances. Le franc CFA a peut-être encore de belles années devant lui, mais la dominance géopolitique française sur cet espace trans-régional pourrait échapper à la France si elle ne parvient pas à reprendre contrôle de ses mandataires, après les avancées russes en République centrafricaine, le pivot du Tchad vers Israël et l’accueil surprise de soldats étasuniens par le Gabon. L’influence de la Chine est également en train de tisser sa toile dans l’ensemble de la Françafrique, et Paris pourrait prochainement se sentir obligée de prendre position en Afrique centrale, ou bien en soutenant ou bien en désavouant le président camerounais, selon son évaluation du « sens du vent ». Dans un sens ou dans l’autre, les assauts du week-end dernier sur les ambassades du Cameroun pourraient forcer la France à enfin arbitrer ce choix.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

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