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Fred Reed et la débandade militaire américaine

Fred Reed et la débandade militaire américaine


Par Nicolas Bonnal – Septembre 2019 – Source nicolasbonnal.wordpress.com

Nicolas Bonnal

L’effondrement de nos libertés accompagne notre déclin intellectuel moral, militaire, économique. Nous ne sommes bons qu’à détruire les restes de notre civilisation. Il n’y a plus de socialisme, plus de capitalisme, juste un système infect – un ultra-capitalisme bonimenteur et gaspilleur – bon à creuser des dettes immondes pour remplacer ses populations et saccager des vies. Notre hyper-apocalypse n’offre même pas la grandeur épique dont nous eussions rêvé en des temps plus reculés. C’est un environnement crade qui se contente de ruiner la qualité de la vie tout en doublant le prix de tout à chaque instant.

Il faudra écrire un livre sur le rôle de la technologie, arrogante, puérile, envahissante, dans le déclin de la civilisation technicienne occidentale. Déclin des transports, du nucléaire, de la construction, de la pharmacie, de l’espace, de l’alimentation… Depuis les années 70, la technologie américaine infantilise d’un côté (les jeux, « l’information ») et de l’autre elle rend vicieuse des élites qui copient les investisseurs qui ont remplacé l’industrie par l’agiotage. La technologie a tué le cinéma dont les effets spéciaux sont devenus ridicules, comme ceux des Marvel-Mossad comics. Et ce n’est pas avec des sabres laser que nos zélés infantilisés mettront au pas russes, iraniens, chinois ; déjà qu’on pleurniche avec le Yémen ou le Hezbollah…

Il faut évoquer les deux historiens impériaux Samuel Huntington et Victor Davis Hanson. Car on assiste à la fin du « monopole de la violence » occidentale, de sa « culture du carnage » qu’Hanson fait remonter aux guerres médiques. Mais Hanson oublie la victoire des Parthes contre Crassus (lisez sa vie par Plutarque) et la chance historique contre les mongols qui firent demi-tour (Batu khan) pour des raisons familiales avant de raser de près le petit cap asiatique. Quant à Huntington toujours mal lu, il affirmait que l’occident s’était imposé par sa violence organisée (« superiority in applying organized violence »), pas par la supériorité ontologique de sa civilisation…

Fred Reed s’est magnifiquement défoulé sur unz.com, alors on va le laisser parler. Fred Reed rappelle sa carrière :

Pendant quelques décennies, j’ai couvert les questions militaires pour diverses publications, comme le Washington Times et Harper’s, et j’ai tenu une chronique militaire pour le Universal Press Syndicate. Je suivais le principe bien connu des journalistes avisés : « Ne demandez pas ce que vous pouvez faire pour le journalisme, mais ce que le journalisme peut faire pour vous. » Vivre au rythme militaire était un excellent passe-temps, permettant de voler dans des avions de combat et de naviguer dans des sous-marins. Mais si vous prenez l’étude au sérieux, comme je l’ai fait, vous apprenez des choses intéressantes. Comme par exemple le fait qu’une guerre contre un « vrai » pays, comme la Russie, la Chine ou même l’Iran, serait une aventure insensée.

Reed évoque la sinistre fonction de l’armée US :

Les armées inutilisées se détériorent. La flotte américaine n’est plus entrée en guerre depuis 1945, ni l’armée de l’air depuis 1975, ni l’infanterie dans une vraie guerre depuis le Vietnam. Le bombardement de paysans sans défense, la principale fonction de l’armée américaine, n’est pas la guerre.

Sur la conscription, Reed souligne une débandade morale :

Les États-Unis ne peuvent pas mener une grande guerre terrestre, comme par exemple contre la Russie, la Chine ou l’Iran. Une telle guerre nécessiterait de recourir à la conscription. Le public ne l’accepterait pas. Les États-Unis ne jouissent plus du genre d’unité patriotique qu’ils avaient au début de la guerre contre le Vietnam. De lourdes pertes seraient intolérables. Les gens d’aujourd’hui sont beaucoup plus disposés à désobéir au gouvernement fédéral. Notez que de nombreux États ont légalisé le cannabis au mépris de la loi fédérale et que de nombreuses juridictions du pays refusent tout simplement d’aider les autorités fédérales en matière de lois sur l’immigration. Toute tentative d’envoyer des femmelettes au combat entraînerait une désobéissance civile généralisée.

Sur la marine US devenue invalide, il dit :

Un porte-avion est une vessie de carburéacteur enrobant de puissants explosifs. Les implications sont considérables. Un missile balistique hypersonique plongeant, guidé en phase terminale, perforant le poste de pilotage et explosant dans le pont du hangar, enverrait n’importe lequel d’entre eux dans les chantiers de réparation pour une année. Les Russes et les Chinois développent ou ont déjà mis au point des missiles spécifiquement conçus pour éliminer ces porte-avions. Notez que la portée de certains de ces missiles est beaucoup plus grande que le rayon de combat leurs avions. Oups.

Pour Reed, le soldat US devient une poule mouillée :

Jusqu’au Vietnam, les guerres américaines ont été menées par des jeunes hommes coriaces, souvent issus de milieux ruraux, connaissant bien les armes à feu et le travail physique pénible. Je le sais bien, ayant grandi et ayant servi avec eux dans la marine. La discipline, si elle n’est pas vraiment brutale, était très stricte. Les exigences physiques étaient élevées. En AIT (entraînement avancé d’infanterie), au Camp Lejeune, c’était «La compagnie S sur la route ! » à 3h30 du matin, suivie d’une course à pied et d’un entraînement intensif aux armes jusqu’à minuit. Oui, les vieux aiment se rappeler comment c’était à l’époque, mais c’était vraiment comme ça.

Aujourd’hui, l’Amérique a une armée corrompue par une politique de justice sociale. Les recrues ne sont plus taillés comme des bûcherons. L’obésité est commune. Le Pentagone a abaissé ses standards physiques, caché les problèmes raciaux, assoupli son entraînement. Les officiers ont peur du nombre grandissant de femmes militaires au sein des unités de combat. Une plainte pour sexisme et c’en est fini de votre carrière.

Trait important, il y a le pourrissement du corps des officiers :

En temps de paix prolongée, le corps des officiers se désintègre. Tous les officiers du second tour sont des politiciens, surtout au-dessus du lieutenant-colonel. On ne bénéficie pas de promotion en suggérant que les hauts gradés mentent pour des raisons politiques, mais en insistant sur le fait que la guerre en Afghanistan est en train d’être gagnée. Le temps de paix encourage les carriéristes qui avancent en ne faisant pas de vagues. Dans une grande guerre, de tels généraux d’éclat n’ayant fait le coup de feu que sur PowerPoint doivent être éliminés à un coût élevé en vies humaines.

L’armée d’aujourd’hui ne fera rien de bon dans un combat égal contre des Afghans, des Russes ou des Iraniens. L’armée américaine n’a pas réussi à vaincre les villageois afghans en dix-huit ans avec un immense avantage en termes de puissance aérienne, de cuirassés, de blindés, d’artillerie, de soins médicaux et d’équipement. Que pensez-vous qu’il arriverait s’ils devaient combattre les Talibans sur un pied d’égalité : sandales, fusils, lance-roquettes et pas grand-chose d’autre ?

Incompétence et corruption sont la norme :

Pourquoi donc construire ces armes ? Parce que Northrop-Grumman a tellement d’argent que ses lobbyistes utilisent des pelles à neige pour remplir les poches des membres du Congrès. À l’époque où je couvrais le Pentagone, chaque fois qu’une nouvelle arme était achetée, par exemple l’hélicoptère d’attaque AH-64, le contractant principal communiquait une liste de sous-traitants dans de nombreux États – dont les membres du Congrès soutiendraient l’arme afin d’obtenir les emplois. Tout est une question d’argent. Parfois, le Congrès oblige l’armée à acheter des armes qu’elle dit explicitement ne pas vouloir, comme un plus grand nombre de chars M1 de l’usine de Lima, dans l’Ohio. Pour les emplois.

En bref, de nombreuses armes sont achetées pour des raisons économiques et non pour une utilisation en temps de guerre. De mon temps, j’ai vu de nombreuses armes non utilisables. Le B1, B2, DIVAD, le véhicule de combat Bradley, le M16, le V-22, le LAW. Rien n’a changé.

Reed rappelle comme Philippe Grasset la nullité des nouveaux équipements :

Mais nous avons maintenant le F-35, le dernier chasseur à tout faire aux coûts grotesques. On dirait un coucou mal conçu et souffrant de problèmes infinis. Selon la presse technique, il s’agit d’une reine de hangar ayant des taux de sortie très bas, une préparation médiocre et nécessitant une maintenance électronique complexe, souvent à des échelons distants.

Alors l’efficacité est remplacée par la folie :

Supposons que Bolton [ou Pompeo] obtienne sa guerre contre l’Iran. Les conseillers lui disent qu’elle sera brève et facile, chirurgicale, une promenade de santé. Avons-nous déjà entendu cela ? La Marine affirmé qu’elle peut garder le détroit d’Ormuz ouvert, grrr, waf ! Mais s’il se trouve que l’Iran ne suit pas le scénario, ne se rend pas. Et que la marine, à sa grande surprise, ne trouve pas les missiles anti-navires profondément enterrés et transportés par camion qui continuent de frapper les pétroliers. Ceux-ci continuent à brûler. Bientôt, personne ne les assurera. Ils arrêtent de circuler. Trois semaines après le début de la guerre, le monde réclame du pétrole à grands cris, il n’y a pas de fin en vue, Trump ne peut admettre qu’il a fait une gaffe, et Bolton [ou Pompeo] veut lancer une bombe nucléaire contre Téhéran.

Ou Washington pousse trop fort dans la mer de Chine méridionale, une collision accidentelle se transforme en un échange de tirs, et les Bannonites Pompeo-Boltoniens ordonnent à la flotte de donner une leçon aux Chinetoques. Malheureusement, les missiles anti-navires chinois s’avèrent plutôt meilleurs que prévu, un porte-avion est détruit et trois destroyers transformés en tas de ferraille.

Que fait-on maintenant ? Les egos surdimensionnés et mal informés à Washington ne peuvent accepter la défaite. D’une part, cela mettrait fin à la crédibilité américaine en tant que puissance hégémonique, et tout le monde voudra acheter des missiles anti-navires chinois. La vanité joue un plus grand rôle dans les affaires mondiales que ne le disent les manuels. Washington, bêtement mais inévitablement, irait dans la surenchère et commencerait une guerre totale contre la Chine. À ce stade, les choses deviendraient imprévisibles.

Puis Reed rappelle que la guerre nucléaire envisagée par l’ahuri que le Donald a mis à la place du regretté Bolton n’est pas gagnable :

Les hommes d’une stupidité incalculable et d’une insuffisance sexuelle probable parlent d’une guerre nucléaire comme gagnable. Ils peuvent toujours rêver. Réfléchissez : les villes américaines ne peuvent pas se nourrir elles-mêmes. Trois jours sans envois de nourriture et les New-yorkais auront vidé les rayons des supermarchés. Une semaine et ils tueraient pour des conserves de thon. Deux semaines et ils se mangeraient les uns les autres. Un très petit nombre de bombes nucléaires sur les centres de transport empêcherait la distribution de nourriture pendant des mois. Même un plus petit nombre encore de bombes au cobalt, conçues pour produire un maximum de radiations persistantes, rendraient les zones fermières mortellement radioactives pour une décennie.

Les «intellectuels de la Défense», généralement tellement stupides qu’ils devraient vivre dans des arbres, discutent de la domination par l’escalade, du facteur d’intimidation et de la défense antimissile imperméable. Ils sont complètement fous. Ce dont ils ont vraiment besoin, c’est d’une coquille et d’un abonnement à Pornhub Premium.

Et Reed de conclure :

C’est la raison pour laquelle c’est vraiment une très mauvaise idée d’avoir un dingue psychopathe, deux chrétiens fanatiques et un fils-à-papa pathologiquement agressif en mesure de déclencher une guerre.

On a compris qu’il ne reste à ces élites technophiles infantiles, que le fanatisme théologique et messianique pour justifier le rôle princier que les hallucinés indices boursiers leur concèdent encore.

Il faudra le mettre au pas cet occident. Il lui reste son marché, ses dollars, ses marottes écolos ou humanitaires. Mais sa manière de s’auto-halluciner, un peu comme un dealer qui succombe à sa dope, le rend de plus en plus inopérant.

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

Sources

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T.C.-80 : Bye bye FDR

T.C.-80 : Bye bye FDR

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 17 septembre 2019

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T.C.-80 : Bye bye FDR

17 septembre 2019 – Trump marche sur des œufs et piétine l’Histoire… “Marcher sur des œufs”, c’est le moins qu’on puisse dire à propos de l’affaire de la très méchante et efficace attaque des installations de l’Aramco, comme un coup au cœur de l’Arabie dont le même Trump ne semble guère vouloir trop se préoccuper, et sans s’en dissimuler. Après que le chef de cabinet du vice-président, Marc Short, eût expliqué par ailleurs, en d’autre lieu et sur un ton apaisant que le tweet “locked and loaded” (“prêts et chargés”) de dimanche soir n’était nullement une menace de type militaire mais une image concernant la situation énergétique des USA face à des possibles remous de fournitures de pétrole après l’attaque, on a vu et entendu cette humeur apaisée hier lors d’une aimable rencontre du président avec la presse

Même si tout cela (l’attaque, etcetera) ressemble à l’Iran, gazouille le président, il est bien acquis que « Je ne veux pas faire la guerre à qui que ce soit» ; et il n’est pas question de représailles tant qu’il n’y a pas de « preuve définitive » (vaste programme) d’une éventuelle culpabilité de l’Iran, et alors on verra.

Ceci enfin, qui est historique n’est-ce pas, par rapport à ce qu’on sait et dit du “Pacte du Quincy” et de FDR-1945, ce président mourant qui vint sceller son legs ultime qui fit Empire de la Grande République, – et que Trump, ce va-nu-pieds, piétine de la sorte : « En outre, lorsqu’on lui a demandé s’il avait promis de protéger les Saoudiens, le président a répondu “Non, je n’ai pas promis cela aux Saoudiens…. Nous devons nous asseoir avec les Saoudiens et trouver une solution.” »

Non seulement ils ne peuvent plus, mais ils ne veulent plus (à moins qu’ils ne veuillent plus parce qu’ils ne peuvent plus ?)… Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.)

Tout cela se fait en douceur, avec grâce et comme sans y toucher, cette façon que l’Empire a de recevoir des directs en pleine poire (le drone abattu par les Iraniens, l’attaque contre l’Aramco) et de passer outre en sifflotant. Les Saoudiens, MbS en tête, ne s’y trompent pas une seconde, pour le cas il s’agit de noyer le poisson en douceur. L’officieux de la famille royale, Arab News, nous fait savoir qu’il y aura enquête sur l’attaque et sur les responsables, et comment, et encore avec experts venus de tous les horizons Inch Allah, et y compris de l’ONU mazette, et que, mon Dieu, l’on sera fixé alors, disons « dans des semaines, sinon des mois ». D’ici là, les poules auront des implants…

…Pendant ce temps, bien en verve et sur un ton assez léger ma foi, en pleine conférence de presse commune suivant un sommet d’importance sur la Syrie avec les présidents iranien et turc, Poutine a suggéré à l’Arabie, à l’aide d’une sidérante citation du Coran, d’acheter des S-300 ou des S-400 pour protéger ses biens si précieux, le sang noir de son or noir, – de cette façon on pourra exposer les Patriot de l’Empire ainsi démobilisés pour Alzheimer précoce au musée des technologies revues et incorrigibles…

« En ce qui concerne l’aide à l’Arabie saoudite, il convient de rappeler que le Coran sacré évoque l’inadmissibilité de toute sorte de violence autre que pour protéger les siens. Donc pour [qu’ils puissent] défendre les leurs et leur pays, nous sommes prêts à octroyer l’aide appropriée à l’Arabie saoudite. Il suffit que les autorités politiques saoudiennes adoptent une décision étatique sage comme celle prise par le passé par les dirigeants iraniens qui avaient acquis à l’époque des S-300 ou comme le Président Erdogan qui a acheté à la Russie les systèmes ultramodernes S-400. Ils protégeront solidement toute infrastructure saoudienne. »

Et le président iranien Rouhani, présent également, de se tourner vers Poutine pour lui demander lequel des deux systèmes il conseille aux Saoudiens de choisir pour mieux abattre les drones que lui-même, Rouhani, n’a certainement pas lancés contre l’Aramco ; et Poutine, diplomate-équilibriste comme toujours : « Qu’ils choisissent. » Et c’est sur ce ton léger, un peu tragédie-bouffe tout de même et certainement simulacre surréaliste, que s’achève le “tourbillon crisique” du jour (T.C.-bouffe)

Good Bye Lenin, disait le film ; bye bye FDR, dis-je pour mon compte. Ainsi s’ouvre, entre Offenbach et Wagner, le dernier chapitre de l’ultime phase de la partie finale de la Grande Crise d’Effondrement du Système

.https://www.dedefensa.org/article/tc-80bye-byefdr

L’homme de la com’

L’homme de la com’

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 septembre 2019

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L’homme de la com’

3 septembre 2019 – Il est bien difficile de se déprendre de l’empire exclusif d’un jugement catégorique ; pour ce qui concerne Macron, et pour ma part, il n’en a pas manqué ; et c’est d’ailleurs toujours le cas, je veux dire que ce jugement catégorique ne s’est pas complètement dissipé… Il est alors paradoxal d’examiner ses récentes activités avec un œil si indulgent, et envisager même des perspectives de bouleversements importants et créateurs pour disons “notre parti” sur cette question des relations entre la Russie et la France, celle-ci qui est devenue un sujet important ces deux dernières semaines, un sujet d’argumentation, de proclamation, de polémique, de désaccord c’est selon.

(Je ne parle pas ici des salons, des talk-shows et autres zombiesSystème qui ont fait de l’antirussisme le miel de leur intelligence toute entière saisie et pressée par l’affectivisme… Plus, divers privilèges, positions, renvois d’ascenseur et réputations, jusqu’au PC par terrorisation certes, mais l’affectivisme sans aucun doute et l’affectivisme en premier ; car l’affectivisme, cette curieuse maladie de l’esprit où l’émotion se fait prendre pour l’intelligence, l’affectivisme est bien là, j’en suis persuadé, et c’est leur façon d’être honnêtes avec eux-mêmes ; je crois qu’ils croient aux causes dont ils seront plus tard les premiers à déplorer les effets, cela pour citer par pur artifice analogique de grammaire un grand ancêtre qui fut souvent cité ces dernières années… Bref, ceux-là, aucun intérêt pour nous.)

… Non, je parle ici des segments divers qu’on trouve dans ce fourre-tout qu’on pourrait nommer “antiSystème”, ou bien “dissidence”, ou bien “marginaux” et ainsi de suite, pourvu qu’il s’agisse d’esprits indépendants par rapport aux moyens de pression habituels. Les désaccords bruissent et les jugements s’empilent et se répètent : Macron est un menteur, il est l’homme de la banque, il est arrogant, il est l’homme de Bruxelles et un globaliste indécrottable, etc. … Et par-dessus tout, bien entendu, Macron c’est de la com’, – d’abord de la com’, encore de la com’, toujours de la com’ !

Là, sans aucun doute nous sommes bien d’accord, il s’agit sans aucun doute d’une créature toute entière faite de cette chose, comme l’est un socle et un piédestal de pure communication, – mais où il faut savoir que l’on peut éventuellement poser des accessoires supplémentaires et possiblement intéressants. Il faut aussitôt ajouter, dans une sorte de “et alors ?” enjoué, que l’appréciation (“homme de la com’”) n’est pas nécessairement infamante disons d’un point de vue réaliste, dans une époque où la puissance principale, celle qui règle tout, celle qui déclenche des événements imprévus, c’est la puissance de la communication.

Ainsi peut-être s’agit-il bien de cela : son discours, ses grands plans de rapprochement avec la Russie, oui, c’est peut-être bien de la com’, dans une époque qui n’est faite que de com’, – ce qui nous laisse avec un grand blanc dans le scripte et cette même lancinante question : “Et alors ?”.

Il y a quelques temps, commentant un texte lui-même de commentaire de la visite de Poutine à Brégançon, se trouvait exposée l’idée que Macron serait peut-être bien obligé “de faire du de Gaulle”, parce que, en un sens, il ne lui restait que cela à faire. Et nous écrivions effectivement en commentaire de ce commentaire, invoquant la haute référence « du Général soi-même » (le 19 août 2019) :

« Monsieur Bigot a complètement et rationnellement raison tout au long de son texte, jusqu’à sa dernière phrase et y compris cette dernière phrase : “En 2019, Macron pourrait être acculé par la réalité à faire du de Gaulle malgré lui.” Sans aucun doute, c’est ce qu’il faudrait faire sauf que, aujourd’hui, dans le contexte que nous connaissons, même un de Gaulle ne pourrait plus faire ‘du de Gaulle’, – à moins de partir rejoindre le Londres de Churchill ou le Baden de Massu, si la chose existait encore… Et de nous la jouer : ‘Un antiSystème parle aux antiSystème’. »

Je suis bien prêt à compléter ce jugement que je trouve, rétrospectivement, ou trop sévère ou un peu trop court c’est selon, – et je dirais finalement “un peu trop court” en attendant les événements qui suivirent… Je suis prêt à compléter ce jugement par cette phrase nette et sans appel : ce qui m’importe aujourd’hui, ce qui m’apparaît essentiel, nécessaire et suffisant, irrésistible pour tout dire, c’est l’événement providentiel et nullement l’homme providentiel.

Alors et dans ce cas, que m’importe que Macron ne soit point vertueux comme nous le voudrions, qu’il mente à tour de bras, qu’il soit de fausse culture et de culture maigrelette, qu’il n’entende rien à la géopolitique dont tous les experts-antiSystème font si grand cas en roulant de grands yeux. (… Parfois d’une manière un peu fatigante tant elle est impérative, cette manière de faire si grand cas, – il y a quelque chose de l’impératif-Système chez certains antiSystème, savez-vous ?)

Du moment qu’il a pris ce train en marche, Macron, il est bien et fort possible qu’il ait mis le doigt, ou disons la langue pour faire exotique, dans un terrible engrenage. Sa perspective, en effet, croise celle, absolument terrifiante, des fous de “D.C.-la-folle”, les ‘Staches’ Bolton et les Mark Esper, les poches bardées de fusées qu’ils espèrent bien fourguer à leurs employés européens pour les braquer sur Moscou séance trenante. Et là, vous pouvez m’en croire, au souvenir même de ce que fut la crise des euromissiles que je vécus si intensément entre 1979 et 1983 (*), nous entrons dans une terra incognita qui secouera l’Europe dans un bruit de tonnerre.

(Pardonnez-moi, mais je suis positivement stupéfait de l’absence complète d’inquiétude ou de précisions préoccupées à cet égard. Plus personne ne semble se souvenir de ce que furent ces années folles et fiévreuses, finalement une sorte de crise des missiles de Cuba s’étendant sur quatre années et enveloppant toute l’Europe de ses perspectives de tonnerre et de feu. Personne ne semble comprendre que la liquidation du traité FNI par les USA à l’automne 2018 est l’événement déstructurant essentiel de l’architecture de containment du risque suprême de la Guerre froide.)

… Alors voici : si les choses continuent comme la com’ nous en indiquent le chemin, avec la porte de l’hôpital psychiatrique d’outre-Atlantique qui n’est même pas fermée à clef et qui est même ouverte à tous les vents, – ce sera un événement providentiel, même si Macron n’est pas notre homme providentiel !

… Car il nous faut un événement providentiel, au risque le plus terrible qu’on puisse imaginer, car il faut que les forces puissantes qui nous accompagnent tranchent enfin le nœud gordien. Car il nous faut ceci : “Levez-vous, orages désirés !” Ce que nous devons attendre des événements en cours et en-marche, ce n’est pas tant une amélioration des relations franco-russes que la montée à son paroxysme de la crise de la présence US en Europe, de l’occupation de l’Europe par les USA.

Peut-être bien remercierons-nous un jour le Ciel et les dieux qui s’y trouvent en pleine rigolade d’avoir eu un Macron qui n’est rien que de la com’, car cela signifie avoir l’esprit court et ne pas penser à toutes les conséquences. Inconscient du danger et poussé par la com’ et la lumière qu’elle dispense, peut-être est-ce ainsi que l’on se précipite pour déclencher des événements providentiels… Pour un événement providentiel de cette sorte, il faut un homme qui ne le soit pas, une cervelle d’oiseau, une légèreté inconséquente, un de ceux qui ne mesurent pas les conséquences de ces actes tout entiers dictés par la com’ ; un homme de son temps, quoi…

Note

(*) La crise va en fait de 1977 (alerte du chancelier Schmidt concernant le déploiement de SS-20 soviétiques) à décembre 1987 (signature du traité FNI). 1979-1983, c’est la phase d’une extrême tension, d’une tension inouïe, où la possibilité d’un conflit était quotidienne.

https://www.dedefensa.org/article/lhomme-de-la-com

Ressusciter l’économie américaine

Ressusciter l’économie américaine


Par Dmitry Orlov – Le 27 Août – Source Club Orlov

Donald Trump a récemment ordonné à des sociétés américaines de déplacer leur production hors de Chine vers les États-Unis. Plus facile à dire qu’à faire ! Ou plutôt à défaire. Le transfert de la production en Chine (et, dans le cas des technologies de l’information, en Inde) a permis aux entreprises américaines de profiter de l’écart salarial important et d’un environnement réglementaire moins strict afin d’être plus rentables. Elles ont dépensé ces profits excédentaires en rachetant leurs propres actions, en versant de généreux dividendes à leurs actionnaires et en utilisant leurs cours artificiellement gonflés pour justifier les salaires et primes exorbitants des dirigeants.


En cours de route, ils ont appauvri les travailleurs américains en les privant d’une base d’emplois bien rémunérés, érodé la base de compétences de la population américaine et, ce qui est peut-être le plus important, détruit la demande pour leurs produits parce que de plus en plus d’Américains ne peuvent plus se le permettre. Au fur et à mesure que ces tendances se sont manifestées, rendant la Chine prospère et les États-Unis de plus en plus affligés et appauvris, avec près de 100 millions de personnes en âge de travailler sans emploi permanent, les entreprises américaines ne pouvaient plus profiter de leur production délocalisée dans la même mesure, et elles ont donc profité des faibles taux d’intérêt pour emprunter des sommes énormes et continuer à les utiliser pour acheter leurs propres actions, payer des dividendes et continuer à payer des rémunérations exorbitantes à leurs cadres.

À l’heure actuelle, bon nombre des grandes sociétés américaines sont des zombies financiers qui attendent une hausse des taux d’intérêt pour être acculées à la faillite. Et ce sont ces zombies qui sont chargés de ramener la production aux États-Unis. Bonne chance avec ça ! Ce qui veut dire qu’il est très peu probable qu’un tel effort puisse réussir. Mais même si cela pouvait réussir, est-ce que cela résoudrait le problème, à savoir que les États-Unis dégénèrent progressivement en un pays du tiers monde en faillite ? Peut-être pas, parce que, voyez-vous, toute la théorie de « Rendre sa grandeur à l’Amérique«  est basée sur une erreur, à savoir que la Chine est devenue la plus grande économie du monde (en parité de pouvoir d’achat) et l’usine du monde simplement parce que les entreprises américaines y ont délocalisé leur production.

Non, le succès retentissant de la Chine tient principalement à sa planification économique et à sa gouvernance sociale supérieures. Appelez ça le stalinisme 2.0. Sous Staline, l’URSS a été en mesure de produire des taux de croissance réguliers à deux chiffres grâce à une combinaison de planification centrale et de mécanismes de marché. Il y avait aussi quelque 4 millions de prisonniers politiques, ce qui, pour un pays de 200 millions d’habitants, semble un peu exagéré, mais c’est de la politique, pas de l’économie. Lorsqu’il s’agit de gérer l’économie, le stalinisme, et en particulier le stalinisme 2.0 – sa version chinoise moderne – a été et est un succès retentissant. Fondamentalement, c’est une recette pour construire le socialisme en utilisant des moyens capitalistes (principalement capitalistes d’état) avec les éléments du marché que l’on juge efficaces.

Le simple fait de ramener la production de Chine ne sauverait pas les États-Unis. Pour obtenir des résultats comparables à ceux de la Chine, les États-Unis devraient procéder à certains changements afin de s’aligner davantage sur le stalinisme 2.0. Je vais maintenant esquisser quelques-uns de ces changements, pour vous donner une idée de ce que cela impliquerait.

Tout d’abord, le système politique américain est un désastre. Il y a deux partis politiques qui s’entendent sur un certain nombre de choses – une guerre sans fin, des emprunts sans fin – et qui se disputent tout le temps. C’est une perte de temps improductive. Éliminez-les et remplacez-les par un seul parti. Appelez ça le parti communiste, si vous voulez ; cela n’a pas d’importance, puisque personne ne sait ce qu’est le communisme ou ne s’en soucie de toute façon. Le but de ce parti unique est de transmettre les décisions prises au niveau fédéral jusqu’au dernier habitant et de s’assurer qu’elles sont respectées. Vous ne voulez pas que l’Amérique retrouve sa grandeur ? OK, alors, vous devez être un terroriste. Bienvenue au Goulag ! Il y a aussi le problème des États : ils sont trop nombreux et chacun a son propre pouvoir législatif, son pouvoir exécutif, son propre système judiciaire, etc. Éliminez tout cela, regroupez les États en régions et transformez les autorités régionales en ministères fédéraux : Département du Nord-Est, Département de l’Ouest, etc.

Ensuite, il faut faire quelque chose au sujet des frais juridiques exorbitants. Les États-Unis comptent plus d’avocats par habitant que tout autre pays au monde et la profession juridique est privatisée et autogérée – essentiellement elle écrit ses propres lois. Pire encore, le système juridique est un mélange de lois fédérales, étatiques et locales. Enfin, les tribunaux peuvent fonder leurs décisions sur des précédents, ce qui est scandaleux, car cela leur permet de réinterpréter les lois et de contester les législateurs. Les avocats devraient soit travailler directement pour le gouvernement et être rémunérés selon un horaire unique, soit ne pas être autorisés à travailler du tout. La jurisprudence devrait être complètement supprimée et remplacée par seulement deux ensembles de lois : un code criminel et un code civil, tous deux de niveau fédéral. Les jurys devraient être éliminés et remplacés par des collèges de juges et, pour les affaires plus courantes, par des magistrats.

Le système médical américain représente un quart de l’économie, et c’est un gaspillage monstre. Cuba dépense environ 5 % par habitant pour les soins médicaux par rapport à ce que les États-Unis dépensent, et ses résultats en matière de santé sont bien meilleurs. La pratique médicale devrait être traitée comme un service public et déprivatisée. Les priorités médicales devraient être établies en fonction des priorités nationales, la priorité la plus élevée étant accordée au maintien d’une main-d’œuvre saine et productive. À cette fin, les soins de santé des enfants devraient être prioritaires, car les enfants en bonne santé constituent la base de la future main-d’œuvre, tandis que les retraités et les inactifs devraient bénéficier d’un minimum de soins principalement palliatifs afin de maintenir le moral du public. La médecine gériatrique aux États-Unis représente actuellement 35 % de toutes les dépenses médicales ; ce pourcentage doit être ramené à environ 2 %.

Étant donné qu’une grande partie de la base industrielle des États-Unis est soit obsolète, soit a été démantelée et vendue à mesure que la production était délocalisée, elle doit être plus ou moins reconstruite à partir de zéro. À cette fin, le gouvernement fédéral devrait saisir de vastes étendues de terres, les déclarer zones fédérales de développement économique et y construire des grappes industrielles, ainsi que des logements pour les travailleurs, des écoles, des cliniques et autres ressources. Les logements devraient être des logements à haute densité, sous la forme d’immeubles d’habitation de grande hauteur, et desservis par les transports en commun. Les sites de ces zones devraient être choisis en fonction de la proximité des ressources et de la logistique. De grandes sections de l’étalement suburbain actuellement utilisées comme logements de banlieue peuvent être rasées au bulldozer pour leur faire de la place.

De nombreux autres changements, plus mineurs, devraient également être apportés. Par exemple, le système impérial obsolète des poids et mesures, toujours en usage au Liberia, au Myanmar et, plus curieusement, aux États-Unis, doit être supprimé. Tout recours aux mesures impériales devrait être interdit. Les malades mentaux, qui sont actuellement autorisés à errer dans les rues des États-Unis, doivent être enfermés. Pour améliorer la cohésion sociale, l’utilisation de langues autres que l’anglais devrait être interdite. Des programmes de rééducation obligatoires devraient être mis en place pour ceux qui ne respectent pas le code vestimentaire, se comportent de manière impolie ou utilisent une mauvaise grammaire ou un langage grossier. Et ainsi de suite….

Mais peut-être plus important encore, il faut comprendre que le rapatriement de la production aux États-Unis et le redéploiement de la base industrielle ne seront pas une entreprise rentable, du moins au départ. D’entrée de jeu, et pour au moins la durée du premier plan quinquennal, il fera perdre certainement de l’argent. L’emprunter est une mauvaise idée ; le gouvernement fédéral a déjà une dette de 21 000 milliards de dollars. Au lieu de cela, cet argent doit être confisqué au 1% de la population qui possède près de 40% de la richesse du pays. Cela rapportera environ 50 000 milliards de dollars, soit plus qu’il n’en faut pour financer ce projet. Le mieux est de le faire dans le cadre d’une révolution culturelle : rassembler ce 1%, leur faire porter des bonnets d’âne et les faire marcher dans les rues en les lapidant de peaux de fruits et de légumes et en leur infligeant des insultes verbales. Oh, prendre tout leur argent et les condamner à une vie de service public gratuit.

Ces changements peuvent sembler importants, et ils le seraient effectivement. Mais il y a des raisons de croire que s’ils sont faits et que le stalinisme 2.0 est imposé aux États-Unis et suivi fidèlement, alors il y a une chance que l’Amérique puisse effectivement retrouver sa grandeur. Alors, bonne chance et que Dieu vous bénisse !

Les cinq stades de l'effondrement

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, relu par San pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/ressusciter-leconomie-americaine

Regarder le monde tel qu’il est

Regarder le monde tel qu’il est. Editorial n°23

Jean-Baptiste Noé

 De Jean-Baptiste Noé31 août 2019 Dans Éditoriaux 3 Minute de lectureRegarder le monde tel qu’il est. Editorial n°23

« Premier numéro, grandes ambitions » écrivait Pascal Gauchon en ouverture du premier numéro de Conflits en avril 2014. Trente-deux numéros plus tard, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes : regarder le monde tel qu’il est. Depuis cinq ans, Conflits s’est imposé comme une revue de référence, défendant une vision réaliste et critique de la géopolitique. Réaliste, parce que nous prenons en compte tous les éléments dans nos analyses : politiques et militaires, mais aussi énergétiques, culturels, religieux, criminels et artistiques. Critique, parce que Conflits se veut une revue ouverte à la liberté de penser et d’analyser, et de déranger aussi parfois nos lecteurs dans leurs certitudes. Conflits veut donner la parole aux auteurs et aux universitaires confirmés et reconnus, et nous remercions ceux qui nous ont précédés de s’y exprimer régulièrement. Mais nous souhaitons aussi faire émerger la génération intellectuelle de demain, faire connaître de nouveaux talents, ouvrir de nouveaux horizons de la recherche et de l’investigation. C’est ce que fit Pascal Gauchon au printemps 2014 en ouvrant ses colonnes à des auteurs alors peu connus. Dans ce numéro où nous prenons la suite de cette aventure humaine et intellectuelle, nous souhaitons lui exprimer notre reconnaissance pour cette audace. On dit la presse en crise. Pourtant, nous ne manquons pas de talents pour exprimer simplement, mais avec précision, les soubresauts du monde. Nous ne manquons pas non plus de lecteurs désireux de comprendre, de voyager, de découvrir. Conflits se veut résolument une revue de vulgarisation, c’est-à-dire une passerelle entre le monde de la recherche et l’université et le monde des professionnels, des étudiants, des professeurs. La géopolitique est la culture générale de notre temps ? Eh bien aidons-la en portant notre regard sur le monde entier et sur tout le monde, sur ce qui plaît et sur ce qui déplaît. La France dispose d’une longue et riche tradition intellectuelle dans les domaines de la géographie, de l’histoire, de la réflexion militaire, de la pensée des relations internationales. Avec Conflits, c’est un maillon de cette longue chaîne que nous souhaitons sculpter.

            La géopolitique est une méthode d’analyse qui part du terrain et qui traite des réalités. Nous nous enracinons dans le temps long et nous portons notre regard vers les horizons lointains. Nous reconnaissons l’existence des identités et des cultures, qui œuvrent pour leur survie et leur développement.

Notre géopolitique est celle du conflit. « Le véritable sujet d’étude de la géopolitique, c’est l’antagonisme sous toutes ses formes, les plus innocentes, les plus sournoises, mais aussi les plus brutales, ainsi que les équilibres que ces rivalités finissent par générer et qui restent toujours fragiles[1]» Nos militaires morts au combat, les civils tués lors des attentats, les régions qui sombrent dans la guerre civile et les guerres larvées témoignent du fait que la paix n’est jamais acquise ni gagnée. Nous ne nous appelons pas Conflits parce que nous aimons la guerre, mais parce que nous souhaitons la paix véritable. « Sans aimer l’affrontement en tant que tel, mais parce que ceux qui veulent vraiment la paix et la stabilité se doivent de connaître toutes les menaces[2]. »

C’est pourquoi nous souhaitons ouvrir la revue à des auteurs étrangers amis de la France, afin de vous faire découvrir les débats intellectuels qui agitent nos alliés, les livres qui suscitent la réflexion. De même, Conflits est ouvert à tous les continents et à toutes les thématiques, la géopolitique se devant d’aborder de nombreux champs du savoir pour saisir la complexité du monde. Après 32 numéros, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes pour répondre à vos besoins et votre curiosité. Il n’y a pas de revue sans ses lecteurs. Que ce premier éditorial soit aussi l’occasion de vous remercier pour votre fidélité et votre soutien, que vous lisiez Conflits depuis le numéro 1 ou depuis des numéros plus récents. Vous êtes la partie essentielle de cette histoire humaine et intellectuelle.

Editorial du numéro 23. Dossier : « La guerre du droit ».

Notes

[1] Éditorial, no1, 2014.

[2] Idem.Tags:Conflitséconomiegéopolitiqueguerre économiqueJean-Baptiste Noé

https://www.revueconflits.com/jean-baptiste-noe-guerre-du-droit-editorial-numero23-conflits/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=conflits_n023_la_guerre_du_droit_les_dernieres_mises_en_ligne&utm_term=2019-09-03

De la profondeur de l’“État-profond”

De la profondeur de l’“État-profond”

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   samedi 31 août 2019

   Forum

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   Imprimer 1960

De la profondeur de l’“État-profond”

31 août 2019 – Dans l’intense agitation diplomatique qu’a suscitée le président français Macron au moins depuis le 19 août (visite de Poutine à Brégançon), parmi les divers points remarquables mis en évidence l’un des plus insolites est l’emploi de l’expression “État profond” par Macron, et le brouhaha fait autour de cela. Les réseaux “fakenewsistes” russes ont deux textes intéressants là-dessus, Spoutnik-France le 27 août 2019 avec un texte de Hakim Salek interviewant le spécialiste français des relations internationales Romain Mielcarek, et RT-France le 29 août 2019, avec un texte reprenant toute cette “affaire” sémantique et ses significations politiques (« Emmanuel Macron face au défi de “l’État profond” »).

Fort justement, on nous avertit que cette expression a été popularisée disons “officiellement” aux USA par Donald Trump, qui fait en permanence fort grand fracas de sa “guerre” contre le DeepState ; il n’en reste pas moins que l’emploi de l’expression par un président français, comme l’a fait Macron, constitue un événement certes sémantique, mais aussi et d’abord un événement de communication qui a une forte résonnance politique. Il y a d’abord un point important qui est le phénomène de la reprise, dans la séquence politique actuelle, de cette expression par les plus hautes instances officielles ; le texte de RT-France cite un intervenant sur tweeter qui fait cette remarque :

« Par ailleurs, avant d’être utilisée par [Trump, l’expression] l’était par les milieux dits ‘complotistes’, ce que n’ont pas manqué de souligner plusieurs internautes. “Il faudra quand même m’expliquer comment un parti prétend lutter contre les ‘fausses nouvelles’ et la désinformation quand le Président lui-même (et du coup les députés LREM) reprennent et normalisent un vocabulaire complotiste comme ‘État profond’ », s’inquiétait l’un d’entre eux sur Twitter. »

… Là-dessus, j’introduis une réserve en précisant qu’à mon point de vue, “État profond” n’est pas une expression des “complotistes”, ou disons pas des seuls “complotistes”. C’est d’abord une expression de “dissidents” plus ou moins antiSystème, parmi lesquels des gens sérieux et honorables comme Peter Dale Scott et Philip Geraldi ; et parmi ces “dissidents”, l’on peut effectivement mettre des “complotistes”, là aussi avec cette expression délibérément fourre-tout puisqu’on y trouve des sérieux, des farfelus, des crédibles, des schizophrènes, etc., et plus récemment des officiels eux-mêmes car les hypothèses et accusations de “complots” contre le Système lancés à l’encontre de divers événements et mouvements (la Russie, les Gilets-Jaunes, etc.) n’ont pas manqué ces 3-4 dernières années.

Lorsque l’expression “État profond” avait fait sa réapparition “dans la séquence politique actuelle” (son origine remonte aux années 1990 et à la Turquie, mais très largement confinée à ce pays), un texte avait été publié sur ce site pour tenter d’établir une définition de la chose (le 10 août 2015 : « L’“État profond” selon Bhadrakumar, et définition »). On y faisait le constat que l’expression désigne assez logiquement une sorte de continuité structurelle de l’État qui n’est pas nécessairement mauvaise, bien au contraire, et notamment dans le cas français où l’État a toujours été particulièrement structuré. (C’était d’ailleurs le sens de la remarque prise comme argument de départ du texte, du commentateur indien M.K. Bhadrakumar, parlant de l’“État profond” russe qui avait permis à la Russie de survivre pendant les années 1990 à la désintégration puis au dépeçage de l’URSS.) Mais le cas qui nous occupe, venu de l’expression américaniste du DeepState a une forme complètement péjorative, et cela correspondant à la vérité-de-situation métahistorique des USAsi différente des nations structurée comme l’est la France… Je fais là une citation de ce texte, où est expliquée la “différence américaniste”, ce qui justifie cette “forme complètement péjorative” :

« Une remarque essentielle selon nous, que nous répétons souvent, doit dominer cette discussion : la différence fondamentale existant entre les USA et les notions historiques de “nation” et d’“État“, – avec les notions principielles liées à ces grands concepts politiques, dont la France qualifiée d’ailleurs de “Grande Nation” fut (et reste malgré tout au regard de l’Histoire) l’exemple de référence de leur application. Pour nous, les USA ne sont pas une “nation” dans le sens identitaire qui contribue à la légitimité et à la souveraineté de l’entité politique évoquée et ne disposent pas d’un État dans le sens régalien du terme contribuant lui aussi “à la légitimité et à la souveraineté de l’entité politique évoquée”. La cause en est que les USA n’ont explicitement pas été conçus comme une “nation” au sens historique, – et, pour nous, au  sens métahistorique  par conséquent, – et cela dès l’origine… 
[…]
» De ce fait, l’on comprend et l’on doit juger logique, à partir de la vérité métahistorique montrée par les évènements, que les auteurs US qui emploient le terme “État profond” soient en général des “dissidents” contestataires du régime actuel, et qu’ils donnent bien entendu une connotation absolument négative à sa définition, et cette définition effectivement réduite à cette connotation négative. A Washington qui produit aujourd’hui cette “politiqueSystème” infâme, ce qui se prétend État ne peut être qu’une imposture, avec un dessein caché, subversif, etc., et pire encore lorsqu’il s’agit d’organisations cachées émanant de ce non-État. A Washington n’existe qu’un gouvernement, une administration, qui est un pouvoir parmi d’autres pouvoirs, son action devant être la résultante la plus efficace et la mieux équilibrée des intérêts de ces autres pouvoirs. Plus précisément, le gouvernement est l’organe exécutif, qui n’a pas d’intérêt propre, qui est chargé de la gestion des intérêts des autres pouvoirs qui sont en fait des centres de pouvoir représentant eux-mêmes des intérêts en général privés, ou dans tous les cas sectoriels. Il n’y a pas d’État au sens principiel, donc il n’y a pas de bien public, donc il n’y a pas d’intérêt général. Celui qui crée ce qui est nommé “État profond” ne cherche pas à assurer une continuité du bien public et de l’intérêt général, mais au contraire à dissimuler disons au pseudo-contrôle démocratique, notamment au quatrième pouvoir qu’est la presse, le fonctionnement normal du système de l’américanisme… En ce sens, on pourrait dire que l’expression d’“État profond” est stricto sensu un non-sens pour les USA puisque ce qui n’existe pas ne peut avoir une émanation secrète plus “profonde” que lui, – mais dans ce cas, l’usage justifie l’emploi de l’expression, à condition qu’on en comprenne parfaitement la définition… »

Le temps a passé depuis 1788 et même depuis 2015, et cette distinction n’a plus guère lieu d’être aujourd’hui, dans cette si étrange époque, parce que les pouvoirs politiques sont partout atrophiés et impuissants, leurs légitimités réduites aux souvenirs, leur continuité semblable à une sorte d’encéphalogramme plat et au plus bas, ne transmettant qu’une absence d’ontologie. Par conséquent, et ceci comme un avatar logique de notre américanisation qui est en fait une entropisation, c’est bien la compréhension américaniste de l’expression, extrêmement péjorative, qui fait partout autorité.

L’expression est d’autant plus péjorative qu’elle s’est forgée, aux USA, dans un renforcement constant depuis la Guerre froide de la parcellisation des pouvoirs, de l’affirmation des bureaucraties et des intérêts particuliers, qui ont renforcé le néant régalien du pouvoir washingtonien. Sur ce point, je pense que l’on peut mettre en évidence des événements que l’histoire officielle n’a pas retenus, qui ont marqué une des dernières batailles du pouvoir politique US pour reprendre la main contre le DeepState, qui a eu lieu dans les années 1985-1990, comme une sorte de “miroir” des événements qui se déroulaient en URSS où Gorbatchev était occupé, – selon moi et malgré tout ce que peuvent dire ses détracteurs, – à attaquer le DeepState soviétique, et notamment son complexe militaro-industriel, – alors que survécut, comme l’a noté Bhadrakumar, un “État profond” de la nation russe comme survécut (ou réapparut) la Russie elle-même. Un passage d’un autre texte du site (du 7 janvier 2015) décrit ces événements “que l’histoire officielle n’a pas retenus” par le sous-titre « Coup d’État “à-la-Gorbatchev” de Bush-père » (Quelques mois auparavant ce “Coup d’État”, en décembre 1988, Gorbatchev avait annoncé le retrait unilatéral de 13 divisions de l’Armée Rouge de Tchécoslovaquie et de Hongrie.) :

« Concernant cet épisode, – il y en eut de multiples de cette sorte pendant la période, – il y eut une “réplique sismique” six mois plus tard. On voit à quel point l’action de Gorbatchev bousculait absolument tout, – non seulement la position soviétique, mais aussi la position occidentale et, bien entendu, la situation des relations Est-Ouest et par conséquent la situation du reste du monde.
» A la fin mai 1989, le président Bush (Bush-père) proposa lors d’un sommet de l’OTAN un désarmement des armes nucléaires de courte portée et des avions de combat affectés à cette tâche. Cette décision était annoncée unilatéralement, sans consultation d’aucune sorte, y compris de tous les alliés. La chose éclata comme une bombe et fut aussitôt interprétée comme une “réponse” aux initiatives-Gorbatchev de décembre 1988, pour tenter de tenir le rythme. Un mois plus tôt, en avril, une réunion des ministres de la défense de l’OTAN avait montré que la bureaucratie travaillait à pleine vitesse, et semblait devoir triompher, pour décider de la modernisation de ce type d’armements qui resteraient évidemment déployées, – le contraire de la proposition-Bush le mois suivant.
» Que s’était-il passé ? Bush-père avait simplement fait un coup d’État bureaucratique. Il avait saisi le dossier de ces armes des griffes de la bureaucratie, balancé aux orties le discours lénifiant qu’on lui proposait, rassemblé autour de lui un petit groupe d’experts (son conseiller de sécurité nationale Scowcroft, le secrétaire d’État Baker, l’amiral Crowe, président du comité des chefs d’état-major, etc.) pour travailler sur une décision exactement inverse et entrer dans le jeu de Gorbatchev. Ensemble, ils firent le discours-bombe du sommet de l’OTAN. La bureaucratie US/OTAN était furieuse mais tant pis pour elle.
» Un commentateur fit cette observation absolument fondamentale que “Bush menait désormais contre sa bureaucratie la même bataille que Gorbatchev contre la sienne”. (Une chose semblable, quoique moins élaborée, s’était produite en 1987. Reagan avait forcé à la signature d’un traité FNI [Force Nucléaires Intermédiaires/de Théâtre] avec l’URSS à un niveau zéro-zéro, – suppression complète de ces forces, – contre l’avis forcené de sa bureaucratie qui voulait conserver un seuil minimal de telles forces en Europe et voulait un accord à un chiffre réduit par rapport au nombre de systèmes déployés. Sorte de coup d’État bureaucratique, là aussi.) Il s’avérait alors que la “révolution-Gorbatchev” touchait l’Ouest également, où les directions politiques commençaient à se révolter contre leurs bureaucraties du temps de la Guerre froide, comme Gorbatchev avait pulvérisé la sienne. La lecture vraie de la situation politique d’alors balayait tous les antagonismes courants, les intérêts nationaux apparents immédiats, etc. C’était une vérité de situation sans précédent. »

Ce passage, dont je tiens certains détails de cette époque, appris par moi à cette époque à partir de sources extrêmement sûres, met en évidence des épisodes restés à peu près inconnus et qui mettent diablement à mal la narrative d’aujourd’hui selon laquelle les USA épuisèrent l’URSS dans une course aux armements échevelée, – alors qu’en fait, la course échevelée se faisait, à partir de 1986 après Tchernobyl, pour désarmer. Les dirigeants US étaient de la partie, et Reagan lui-même qui avait personnellement et en toute inconscience imposé le zéro-zéro du traité FNI qui paniquait sa bureaucratie, – je veux dire, pour retrouver mon sujet, qui paniquait son DeepState… Car ce qui est décrit là est bien une bataille entre la direction politique et le DeepState de la bureaucratie de sécurité nationale.

Ainsi peut-on voir que l’expression “État profond”, telle que nous l’utilisons aujourd’hui, correspond à une situation d’urgence où le pouvoir politique se trouve soudain devant la possibilité, sinon la nécessité d’une politique créative de rupture. Dans le cas évoqué, cette situation d’urgence créée par Gorbatchev que personne n’avait vu venir tel qu’en lui-même ; et dans ce cas, le pouvoir politique soudainement devenu ennemi du DeepState parce que ce représentant du Système, c’est-à-dire le pouvoir politique US ici, devenant soudainement vertueux à cause des événements et de l’accélération extraordinaire de l’Histoire. Il faut comparer les circonstances actuelles (Trump, Macron & Cie) avec cette circonstance d’il y a 30 ans et plus.

Pour clore cet épisode : finalement le DeepState, aidé par les neocon qui commençaient à éructer furieusement, reprit la main avec la chute du Mur de novembre 1989 et la perte de contrôle des événements par Gorbatchev. Il transforma une formidable coopération forcée par l’Histoire en une remise en ordre progressive, avec la narrative qui convient et qu’on nous sert aujourd’hui (les USA forçant Gorbatchev “dans une course aux armements échevelée”, et “remportant la victoire” dans la Guerre froide) (*). Cette narrative, à partir de la Guerre du Golfe provoquée par un montage du département d’État, enchaînant sur l’élargissement de l’OTAN jusqu’à la Russie, la guerre du Kosovo, l’exploitation before & after du 11-septembre, etc., est responsable de la politique de destruction et de déstructuration des USA telle que nous l’avons vécue depuis. Bush-père, un moment touché par la grâce, était vite revenu aux conditions qui allaient accoucher la “politiqueSystème”, les autres présidents suivant le train en marche, jusqu’à l’apparition de l’écueil inattendu de la candidature-bouffe de Donald Trump et le dérapage en plein hôpital psychiatrique de “D.C.-la-folle” et du DeepState lui-même.

En 1985-1989, personne ne parlait ni de DeepState ni d’“État profond”. Aujourd’hui, trente ans et presqu’autant de catastrophes plus tard, tout le monde en parle ; mais il s’agit de la même chose, de cette espèce de force maléfique qui se forme et se reforme selon des composants différents, dans des conditions différentes, pour conduire aux politiques catastrophiques que nous subissons. A la lumière de ces divers éléments, quelques réflexions en guise de conclusion :

D’abord, je crois impossible de définir ce qui est par définition indéfinissable (“cette espèce de force maléfique”) malgré l’expression dont on l’affuble, – DeepState ou “État profond” selon l’entendement d’aujoiurd’hui, – pour avoir l’air cohérent et l’air d’y comprendre quelque chose ;
Ensuite, je crois effectivement qu’il existe une force en marche dont l’origine et la composition dépassent l’entendement humain, et qui est à la source de cette époque catastrophique que nous vivons, – mais avec le secret espoir, moi, et même l’espoir souvent affirmé que cette force surpuissante est également autodestructrice ;
Enfin, je crois qu’à partir du moment où elle est nommée comme c’est le cas aujourd’hui, le domaine officiel adoptant une dialectique de “dissident”, et bien sûr quel que soit son nom, – DeepState ou “État profond” cela fait l’affaire, – cette force perd son principal atout qu’était sa dissimulation derrière les diverses machinations qu’élaborent nos esprits enfiévrés et imaginatifs, et qu’elle entre effectivement dans sa phase autodestructrice.

Ce dernier point est certes l’essentiel parce qu’il est immédiatement opérationnel. De ce point de vue, et après que le bouffon-Trump ait fait une moitié de chemin (l’emploi de l’expression par un bouffon, même président, lui donne un crédit bien insuffisant), l’adoption de l’expression par un président très comme-il-faut (Macron, certes) constitue un événement important sinon décisif. Cela indique, comme ce fut le cas en 1986-1989, que des directions qu’on jugeait inoxydables-Système pourraient être tentées, sinon (et plutôt) emportées par un courant de quasi-dissidence qui les conduirait à une position plus très éloignée de l’antiSystème. Tout cela, bien entendu, se fait, – sans rire et comme de coutume, – “à l’insu de leur plein gré”, sans que ni les uns ni les autres non seulement ne sachent ce qu’il se passe, mais plus encore ne sachent précisément ce qu’ils font.

Note

(*) Il y a beaucoup de textes comme celui-cisur le site allant résolument et radicalement contre cette thèse, qui viennent notamment de l’expérience de l’auteur, PhG soi-même, dans une période vécue “en temps réel” sur la question des rapports des dépenses de défense USA-URSS et le rôle de ces dépenses dans la période Gorbatchev. Le même auteur se permet de citer un extrait de son livre Le monde malade de l’Amérique, publié en 1999, – une note à l’introduction concernant cette thèse développée après-coup de l’effet soi-disant décisif de l’effort d’armement US sur l’économie de l’URSS. (Depuis, des archives déclassifiées ont montréla réalité à cet égard, et l’absence complète d’efforts soviétiques supplémentaires de défense durant la période Gorbatchev, par conséquent l’imposture de faire de l’effondrement de l’URSS la conséquence de dépenses de défense forcées par les USA, – narrative totale, narrative de fin de siècle pour un siècle nouveau…)

Extrait du livre Le Monde malade de l’Amérique :

« L’appréciation classique est que l’effort d’armement de Reagan (la SDI essentiellement, ou  »Guerre des étoiles ») a obligé l’URSS à suivre, et amené son effondrement. La thèse vint des milieux conservateurs américains (Richard Perle, Kristoll, etc.), mais elle est aujourd’hui servie presque unanimement en Occident. Elle permet de réchauffer avec ponctualité l’argument structurel des dépenses massives du Pentagone (face à d’autres éventuels  »ennemis »). Elle a pour premier but historique de justifier rétrospectivement l’effort américain de 1981-85, qui fut la cause conjoncturelle principale du déficit et du chaos budgétaire américain des années qui suivirent. Trois choses nous en font douter :
» (1) l’économie soviétique se caractérisait non par sa faiblesse ou sa force en termes occidentaux, mais par son irréalité. La fabrication d’armement n’était pas un choix pesant pour l’économie, c’était la structure même du fonctionnement  »non-économique » de l’URSS. Certains aménagement massifs mais statistiquement non reconnus (par exemple, le marché noir faisant 20% du volume des échanges) permettaient à la population de vivre. La thèse selon laquelle l’économie soviétique a été  »étouffée » (par son propre effort) nous paraît inappropriée : si elle avait continué comme elle faisait dans les années soixante et soixante-dix, c’est-à-dire en augmentant indéfiniment la production d’armements par ailleurs inemployés et déficients, elle aurait continué à les empiler sans autre forme de problème, et les lois de l’économie n’auraient pas été écornées puisqu’il n’y en avait pas ; le commerce occidental avec l’Est, trop intéressant pour les capitalistes, aurait continué à faire l’appoint.
» (2) Il y a eu une volonté de réforme interne à l’URSS, mais elle est née dans l’armée (qui voulait une meilleure qualité des technologies) puis dans les sphères du KGB (Andropov, dont Gorbatchev était proche), à la fin des années mil neuf cent soixante-dix, bien avant la SDI de Reagan. Bientôt (en 1981-82, toujours avant la SDI) fut fait le constat global de la complète irréalité, et de l’inefficacité en termes de qualité de production et de production même, de l’économie soviétique.
» (3) Tout aussi rapidement devant la situation d’irréalité, certains dirigeants admirent que la réforme ne pourrait être qu’économique, qu’elle devrait d’abord être politique (cela fut dit à Leslie Gelb par le maréchal Ogarkov, alors chef d’état-major général soviétique, lors d’un entretien en mars 1983 à Genève, quelques jours avant que Reagan ne fasse son discours sur la SDI). On aurait pu déjà comprendre que Gorbatchev privilégierait la glasnost sur la perestroïka, parce que c’était d’elle qu’on pouvait attendre le changement (politique) amenant les modifications économiques, que cette glasnost devrait donc être une sorte de  »révolution culturelle » où le citoyen et le cadre du Parti seraient invités à faire pression sur la nomenklatura bureaucratique pour exiger une meilleure gestion de l’économie, et donc une réforme fondamentale. Les analystes américains (et européens pour suivre fidèlement) continuent à expliquer l’effondrement soviétique par désorganisation d’une économie évident dès 1986-87, par des décisions de dépenses massives en URSS (pour contrer le programme SDI américain lorsqu’il commença à se concrétiser) qui n’auraient pu être prise qu’en 1984-85 au mieux, et plus raisonnablement en 1985-86. C’est un peu rapide chronologiquement pour l’économie d’une Menace de la taille de l’URSS, en tout cas d’après ce qu’on nous en servit, et un peu court pour le raisonnement. L’effondrement de l’économie soviétique nous paraît être plutôt dû à la modification des comportements suscitée par la glasnost, entraînant désorganisation puis désordre, en même temps qu’apparaissait l’irréalité économique et politique du monde soviétique : cela peut effectivement être obtenu en un temps très court, au contraire d’un effondrement sous la pression budgétaire. »

https://www.dedefensa.org/article/de-la-profondeur-de-letat-profond

Tout Va Bien Madame La Marquise

Tout Va Bien Madame La Marquise

Posted on 02/09/2019 AuthorStrategika51Comments(4)

La destruction d’un véhicule blindé de transport de troupe ou d’un véhicule blindé d’infanterie est un simple fait divers au même titre que la destruction d’un véhicule automobile de tourisme lors d’un accident routier. Ce fait ne relève en aucun cas ni de la tactique militaire et encore moins d’une quelconque campagne stratégique.

C’est un non-événement. Tout comme le fut le petit cirque du G7 qui ne représente plus rien et dont les pseudo chefs d’État, véritables simulacres de marionnettes désarticulées, n’ont aucun pouvoir de décision réel au sein de leur propres pays.

En Afghanistan, un commando de l’élite des forces spéciales aéroportées US est mort des “suites de blessures infligées au combat” près de Zabul. Le militaire fort expérimenté en était à son troisième déploiement dans ce pays dont on entend presque plus rien ou si :  les Talibans Afghans s’attaquent pour la deuxième fois de leur histoire à une grande ville en guise de réponse à la volonté de Washington de maintenir pour plus de cinquante ans un peu plus de 12 000 soldats dans ce merveilleux poste d’observation de l’Asie centrale, la Chine, le Sous-Continent indien et la Russie. Les négociations de paix (excusez du terme) ne sont au mieux qu’un expédient pour gagner du temps.  

Ce petit événement passé sous silence mobilise l’ensemble des forces spéciales US du CentCom mais également celles du Commandement Pacifique. La 101e division aéroportée est devenue une unité dédiée à la défense des villes afghanes et ceci est un fort mauvais présage.

Le théâtre grec antique avait plus de prestance.

Le site change de vocation. On vit dans le plus parfait des mondes possibles et tout y est parfait. Le paraître est réel et il n’y a rien d’autre au-delà de l’apparence. La science est superflue de nos jours. La société de consommation et l’escroquerie sont des valeurs géniales. Le mensonge est la valeur suprême. C’est l’âge de l’ignorance 2.0.

Un jour un méga trou noir, du genre de ceux qui avalent des étoiles à neutrons et des pulsars en quart de rotation, finira bien par dévorer notre système solaire.

On change d’enseigne. On va vendre des freluches et des paillettes contrefaites. Cela nous changera un peu de ce monde trop parfait, tellement parfait où tout est bien et tout est beau. Tout va bien Madame la Marquise ! Continuons à manger des brioches. Le monde va bien. Il s’est débarrassé de tout esprit critique et de toute forme de résistance. On est sauvés

.https://strategika51.org/archives/67934

La communication, seul enjeu du sommet du G-7 à Biarritz

La communication, seul enjeu du sommet du G-7 à Biarritz

par Thierry Meyssan

Le G7, qui était originellement un lieu d’échange entre dirigeants occidentaux pour mieux comprendre les points de vue respectifs, est devenu un enjeu de communication. Loin d’exposer à huis clos le fond de leur pensée, les invités sont devenus des acteurs d’un show médiatique où chacun essaye de faire bonne figure. Le pire aura été la surprise concoctée par Emmanuel Macron pour les journalistes et contre son invité états-unien.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 27 AOÛT 2019 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEРУССКИЙENGLISHPORTUGUÊS

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Un club, pas une organisation décisionnaire

Lors de sa création en 1976, par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, le G-6 était un groupe de discussion informelle. Le président français et le chancelier allemand entendaient échanger avec leurs homologues pour cerner leurs pensées dans le contexte de la crise du dollar qui résultat de la fin de la guerre contre le Vietnam. Il ne s’agissait pas de prendre des décisions, mais de réfléchir sur l’avenir de l’économie occidentale. Les invités étaient les mêmes que ceux réunis par le Trésor états-unien, pour la même raison, un peu plus tôt. Cependant la réunion ne rassemblait pas cette fois les ministres des Finances, mais les chefs d’État ou de gouvernement et l’Italie avait été ajoutée. L’année suivante, le Canada a également été invité.

Avec la dissolution de l’Union soviétique et la fin de la division du monde en deux camps, le G-7 a abordé des questions politiques, puis a associé la Russie à ses discussions informelles. Mais lorsque Moscou s’est relevé, s’est opposé à l’Otan en Syrie et a refusé le coup d’État en Ukraine, la confiance fut brisée et les Occidentaux décidèrent de se réunir à nouveau entre eux. Cet épisode clôt toute velléité de faire participer la Chine.

Les derniers G-7 ont produit quantité de Déclarations et de Communiqués. Cette littérature n’a acté aucune décision, mais élaboré un discours commun, d’autant plus verbeux que la politique intérieure US était dominée par le « politiquement correct ». Comme toujours lorsque l’on n’a pas conscience d’avoir de contre-pouvoirs, la séparation entre la réalité et ce discours n’a cessée de croître.

Une dérive a eu lieu en 2005, au Royaume-Uni, où le Premier ministre britannique Tony Blair attira l’attention de tous en assurant que le G8 qu’il présidait allait annuler la dette des 18 pays les plus pauvres d’Afrique. En réalité, cette annonce était gratuite : le G8 ne prit jamais cette décision. Par la suite, 14 pays acceptèrent les conditions léonines de la Grande-Bretagne, puis s’en mordirent les doigts. 4 autres refusèrent ce piège. Cette mise en scène a laissé l’impression fallacieuse que le G7/8 était une sorte de gouvernement mondial.

Il est essentiel qu’il ne prenne pas de décision : ce serait constituer un cartel au sein de l’Assemblée générale de l’Onu et violer le principe de l’égalité entre chaque État quelle que soit sa puissance. Il existe déjà un privilège, reconnu aux principaux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, de siéger de manière permanente au Conseil de sécurité et d’y détenir un droit de veto. Privilège qui découle du réalisme : aucune majorité d’État ne peut imposer sa volonté à de si grandes puissances.

Le sommet 2019

Quoi qu’il en soit, l’importance de cette réunion informelle se mesure à la puissance cumulée de ses invités. Il convient d’abord d’observer que le G-7 réunit 9 personnalités : le président de la Commission européenne et celui du Conseil européen y sont invités. Il se trouve que pour des raisons de santé, Jean-Claude Juncker manquera à l’appel. Observons ensuite que, depuis 2015, le président tournant du G7 a invité des hôtes étrangers. Emmanuel Macron en a choisi 8, dont 3 l’avaient déjà été l’année dernière : deux des BRICS (l’Inde et l’Afrique du Sud), l’Australie (qui y a été invitée comme le Canada en tant que dominion britannique et devrait adhérer dans quelques années à l’Otan et y constituer une force anti-Chinoise avec le Japon), et des « clients » (l’Égypte, le Burkina-Faso, le Chili, le Rwanda et le Sénégal). Ces États participeront à certaines réunions, mais pas à toutes.

Le président Macron a rappelé la possibilité de réintroduire la Russie dans ce cercle fermé, en 2020 (évoquée par le président Trump qui présidera alors ce club). Cela supposerait d’abord que la Syrie soit libérée et que l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie soit reconnue. En outre, pour que la participation de Moscou ait un sens, il faudrait que la Russie se mette à parler comme les Occidentaux. Sergueï Lavrov a déjà poliment répondu qu’il examinerait cette proposition (saugrenue) lorsqu’elle serait formulée.

Après le fiasco du G-7 de 2018, où l’on ne parvint pas à élaborer un discours commun, Emmanuel Macron a fait le choix de chercher un discours plus large et plus général qui fait toujours recette et ne menace personne, un sujet sociétal et surtout pas social : la « lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes ». Précautionneusement, il a prévenu qu’il n’y aurait pas cette fois de texte final.

Au plan économique, les conséquences de la guerre douanière livrée par les États-Unis à la Chine sont la principale source de préoccupation des membres du G7. N’ayant aucunement l’intention d’être à nouveau placé en situation d’accusé comme il le fut l’an dernier, le président Trump a choisi l’attaque en dénonçant les taxes françaises sur Google/Apple/Facebook/Amazon. C’est en effet le point faible de son partenaire. La France a choisi d’attaquer les Gafa au plan fiscal, mais ne réagit pas à deux questions plus importantes : leur position monopolistique et leurs violations des libertés individuelles. Ce point devrait être réglé en marge de la réunion de Biarritz par les ministres des Finances français et états-unien et renvoyé à l’OCDE.

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Emmanuel Macron adolescent et sa professeure de théâtre, sa future épouse, Brigitte Trogneux.

Une pièce de théâtre d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron et son ancienne professeure de théâtre, son épouse Brigitte Trogneux-Macron, avaient prévu une mise en scène particulière pour ce sommet. Nul ne peut en nier la qualité scénique et les rebondissements.

Le président a fait précéder le sommet d’une courte adresse télévisée [1] au cours de laquelle il avait annoncé diverses initiatives spectaculaires et s’était engagé à en présenter un bilan le 26 août au soir.

Dans les jours qui ont précédé ce sommet, des médias européens ont massivement relayé une campagne d’intoxication selon laquelle la totalité de la forêt amazonienne serait en feu. Sa destruction priverait la Terre d’oxygène et accélérerait le réchauffement climatique. Or, ce n’est pas la forêt qui brûle, mais les zones déforestées soumises à la technique de défrichage par brûlis ; et l’Amazonie ne fournit qu’une très petite partie de l’oxygène de l’atmosphère. En réalité, certains membres du G7 espèrent contourner l’OTCA (Organisation du Traité de coopération amazonienne) afin de pouvoir exploiter les fabuleuses richesses minérales, pharmaceutiques et boisières de cette région. Déjà Emmanuel Macron a autorisé l’exploitation de plusieurs mines aurifères en Guyane française à un consortium franco-canadien au plus grand mépris de la forêt et de ses habitants. C’est à juste titre que le président brésilien Jair Bolsonaro a dénoncé le caractère colonial de l’entreprise du G7. Les mensonges d’Emmanuel Macron seront lourds de conséquences.

Autre sujet et non des moindres : le président a lui-même prétendu qu’il avait reçu un « mandat » du G7 pour négocier avec l’Iran. C’est évidemment impossible non seulement parce que le G7 ne donne pas de mandat, mais aussi parce que jamais les États-Unis ne délèguent ce pouvoir à un pays tiers. Après que la presse internationale a repris les yeux fermés cette ineptie et que le président Trump a eu un coup de sang, Emmanuel Macron a reconnu une méprise. Sur ce, il a invité le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, qui est immédiatement arrivé à Biarritz et qu’il a rencontré. Il était impossible de faire plus spectaculaire, mais c’est au prix d’une insulte publique à son invité, Donald Trump, et d’un inconfort pour ses autres invités.

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Les conseillers de l’Élysée assurent que le président états-unien avait donné son accord, mais à quoi ? Mohammad Javad Zarif n’a pas été autorisé à entrer dans l’hôtel du Palais où se tient le sommet. Il a été accueilli durant trois heures par son homologue Jean-Yves Le Drian et le ministre des Finances, Bruno Lemaire, à la mairie de Biarritz. Emmanuel Macron a abandonné ses invités pour se joindre à ses deux comparses durant une demi-heure. L’entretien s’est tenu en présence de conseillers britannique et allemand. Cette visite impromptue ne fera pas avancer le conflit irano-US, mais braquera les États-Unis à la fois contre l’Iran et contre la France. Ce scénario est la première grave faute internationale d’un président dont l’inclinaison sociopathique est connue depuis bien avant son élection. Par sociopathie nous entendons une tendance générale à l’indifférence vis-à-vis des normes sociales et des droits d’autrui doublée d’un comportement impulsif.

Conclusion

Le président Donald Trump considère le « discours politiquement correct » comme le symptôme de la mainmise de l’oligarchie globaliste sur son pays. Selon le Washington Post, il se serait bien passé d’aller perdre son temps à Biarritz. A l’évidence, l’arrivée en ville d’un hôte qu’il ne voulait pas voir a transformé son ennui en colère. Ses têtes à têtes avec son homologue français se sont délicieusement passés assurent les conseillers de l’Élysée mais ont été odieux selon les siens — et ceci dès le petit-déjeuner—. Selon sa conseillère, Kelly Ann Shaw, le président souhaiterait donc que la prochaine réunion, en 2020 aux États-Unis, fixe de nouveaux objectifs.

La Déclaration finale du sommet de Biarritz [2] n’est qu’un bref catalogue des points d’accord entre ses participants. Tout le monde constatera que, malgré l’autosatisfaction du président Macron et la vénération que lui porte une certaine presse, elle aurait pu être écrite longtemps à l’avance : aucun sujet listé n’a évolué. Personne n’a forcé la main de personne.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).

https://www.voltairenet.org/article207410.html

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[1] « Adresse d’Emmanuel Macron avant le G7 », par Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 24 août 2019.

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[2] « Déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7 », Réseau Voltaire, 26 août 2019.

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Gaffe nucléaire de l’OTAN

Gaffe nucléaire de l’OTAN

Par Manlio DinucciMondialisation.ca, 09 août 2019ilmanifesto.itRégion : États-UnisL’EuropeThème: Guerre USA OTANMilitarisationAnalyses: Nucléaire (guerre et énergie)

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Que les États-Unis gardent des bombes nucléaires dans cinq pays de l’OTAN -Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Turquie- est prouvé depuis longtemps (en particulier par la Fédération des scientifiques américains – FAS). Mais l’OTAN ne l’a jamais admis officiellement. Cependant quelque chose vient de déraper.

Dans le document “A new era for nuclear deterrence ? Modernisation, arms control and Alien nuclear forces”, publié par le sénateur canadien Joseph Day pour le compte du Comité Défense et Sécurité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, le “secret” a été révélé. À travers la fonction “copié-collé”, le sénateur a par mégardereporté dans son document le paragraphe suivant (numéro 5), extrait d’un rapport OTAN réservé :

 “Dans le contexte OTAN, les États-Unis ont déployé dans des positions avancées en Europe environ 150 armes nucléaires, spécifiquement les bombes de gravità B61. Ces bombes sont stockées dans six bases étasuniennes et européennes – Kleine Brogel en Belgique, Buchel en Allemagne, Aviano et Ghedi-Torre en Italie, Voikel en Hollande et Incirlik en Turquie.

Dans l’hypothétique scénario où elles seraient nécessaires, les bombes B61 peuvent être transportées par des avions USA ou européens à double capacité”.

Accusant la Russie de garder dans son propre arsenal de nombreuses armes nucléaires tactiques, le document affirme que les armes nucléaires déployées par les USA dans des positions avancées en Europe et Anatolie (c’est-à-dire à proximité du territoire russe) servent à “assurer l’ample implication des Alliés dans la mission nucléaire de l’OTAN et la confirmation concrète de l’engagement nucléaire USA pour la sécurité des alliés européens de l’OTAN”.

Dès que le document du sénateur Joseph Day a été publié en ligne, l’OTAN est intervenue en l’effaçant et en le re-publiant ensuite en version amendée. Trop tard cependant. Certains sites (avant tout le belge De Morgen) l’avaient déjà enregistré dans sa version originale complète. En ce point l’imprudent auteur a couru aux abris, en écrivant sur The Washington Post qu’il s’agissait simplement d’une ébauche pour la rédaction d’un rapport de l’Assemblée parlementaire OTAN qui sera publié en novembre. Mais il n’a pas pu nier ce qui avait été écrit dans le paragraphe reporté dans le rapport réservé OTAN.

Ceci confirme ce que depuis des années nous documentons dans il manifesto [16 Decembre  2015]: à Aviano (Province de Pordenone) des chasseurs USA F-16C/D sont prêts à l’attaque nucléaire avec 50 bombes B61 (nombre estimé par la Fédération des scientifiques américains) ; à Ghedi Torre (Province de Brescia) des Tornado PA-200 italiens sont prêts à l’attaque nucléaire sous commandement étasunien avec 20  bombes B61. À partir de 2020 les B61 seront remplacées par les B61-12, destinées notamment aux nouveaux chasseurs F-35.

Tout cela en violation du Traité de non-prolifération, ratifié aussi bien par les USA que par l’Italie. Pendant que le Parlement se déchire sur le TAV mais pas sur la Bombe, que tacitement il approuve à l’unanimité.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Gaffe nucleare della Nato

Édition de vendredi 9 août 2019 de il manifesto

Traduit de italien par Marie-Ange PatrizioLa source originale de cet article est ilmanifesto.itCopyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

https://www.mondialisation.ca/gaffe-nucleaire-de-lotan/5635966

Une terrasse pour arène

Une terrasse pour arène

Les Carnets de Badia Benjelloun

   jeudi 22 août 2019

   Forum

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Une terrasse pour arène

L’élève du professeur de théâtre, bien appliqué à tourner ses phrases, parle des massacres d’innocents à Idlib par le ‘régime’. Poutine répond qu’il faut débarrasser la région des terroristes takfiristes (*). Régler la question de l’Ukraine, maintenant dirigé par un amuseur public préféré à l’ancien fabricant de confiseries, oui dans le cadre du format Normandie c’est-à-dire en l’absence des Usa. Avec cependant la référence explicite à l’autonomie du Donbass. L’appui de Moscou aux séparatistes de l’Est du pays, russophones, dépendant entièrement de leurs échanges économiques avec la Russie ne s’est jamais matérialisé par l’envoi de chars mais davantage par l’accueil de plus d’un million d’ émigrés. D’ailleurs le Kremlin n’a réagi que peu lorsque Alexandre Zakharchenko, principal chef militaire et politique des séparatistes a été  assassiné en août dernier.

Faire cesser les conflits entre bandes armées dans une Libye, prospère et stabilisatrice de l’Afrique sub-sahélienne sous Kadhafi et transformée en État failli par l’intervention de la France et désormais pourvoyeuse de migrants et d’esclaves pour l’Europe. L’Asiate au regard bleu s’est abstenu de commenter la responsabilité du pays hôte et l’inefficacité de l’agitation française commise par l’entregent d’un  Ghassan Salamé.

Quand le verbeux Napoléon de pacotille cite dans une élocution laborieuse Dostoïevski, le fils de prolétaire, lettré selon les normes élevées de l’enseignement en Urss, oppose la guerre patriotique dont la commémoration est toujours fervente, qui a permis de délivrer l’Europe du nazisme. Le sacrifice de 23 millions de Soviétiques est une dette de sang et un titre qui peuvent fonder l’européanité de la Russie bien supérieur à un quelconque passage littéraire. Sur la question des tensions dans le Golfe arabo-persique et de l’Iran, l’invité est moins laconique. Il est vrai que la France a reçu des remontrances des Affaires étrangères étasuniennes quand elle a pris langue avec la diplomatie iranienne au plus fort de la crise du détroit d’Ormouz tout en refusant d’appuyer l’idée d’un contrôle occidental de mers et détroits dépendant d’une souveraineté nationale légalement reconnue. 

 Le contre-sommet des Usa

Mais sa préoccupation première est l’extinction du traité interdisant les missiles nucléaires de portée intermédiaire par la dénonciation unilatérale étasunienne.  Toute la structure de désescalade qui avait mis un terme relatif à la course aux armements entre les ‘ex deux Grands’ de la Guerre Froide s’effondre. Bush avait signé l’abandon du traité sur les ABM en 2001 et Trump, plus faucon qu’à son tour, n’est pas de reste en sortant de celui sur les FNI en août. Le jour même de la conférence de presse tenue dans une terrasse du fort de Brégançon, les Usa testaient un missile sol-sol d’une portée supérieure à 500 km au large de la Californie. Le choix de la date, le missile dérivé d’un Tomahawk et son système de lancement étaient prêts depuis un moment, se veut bien être une acclamation vigoureuse de la rencontre entre les deux chefs d’État. 

Les Usa ont également choisi cette date pour annoncer que  leur base d’Agades  au Niger, obtenue grâce à l’abnégation de l’armée française au Mali et au Niger, est fonctionnelle partiellement. Des vols à vue, de type cargo de transport Hercules C-130 ont été effectués. Accessoirement, ce même 19 août, l’administration de Trump  signe l’autorisation  de la vente de 66 chasseurs F16 à Taiwan pour un petit montant de 8 milliards de dollars. 

L’intervention qui se voulait impertinente de la journaliste de l’oligarque Patrick Drahi (BFMTV) à propos des manifestations à Moscou où les protestataires sont conviés à se rassembler pour quelques kopecks  apermis à l’homme aux pommettes saillantes une petite sortie sur la répression des Gilets Jaunes. Le propos presque embarrassé témoignait d’une certaine résistance à émettre des jugements sur la politique intérieure d’un pays tiers de surcroît hôte.

Le Monarque mangeur de pizza s’est égaré dans son hommage à l’Europe des Lumières, la sienne donc. Elle aurait inventé la croyance en l’homme libre et rationnel. Il se propose de faire partager cette foi en la liberté (limitée par et pour la propriété privée de la production socialisée) et la rationalité (celle attribuée à l’immanente volonté du Marché) avec cette Russie de moujiks à moitié serfs et slaves.

La rationalité de Poutine s’est limitée à citer le chiffre de 500 entreprises françaises qui opèrent en Russie ainsi que le poids des échanges entre les deux pays.

Mais l’essentiel a été tout de même dit.

Le Monarque a été sommé de justifier l’invitation faite à son hôte devant les aboyeurs de la bienpensance en forme de plumes ou d’hommes troncs des oligarques français.

L’équilibre de ce monde de plus en plus multipolaire connaît des changements de façon accélérée. Un certain degré de pragmatisme diplomatique devient nécessaire.

Lourde ardoise

 Car après tout, comment ne pas s’apercevoir que toutes les questions proposées en préambule par l’élève du professeur de théâtre ont été amorcées par les ingérences occidentales ? Et surtout que leur maître d’œuvre une fois qu’il a installé son chaos ‘créateur’ s’en est retiré.

C’est le cas en Afghanistan. Après 18 ans d’occupation et de narcotrafic, les anciens maîtres du monde négocient leur départ avec les Talibans. Les Chinois de leur côté y sont présents depuis plus de deux ans pour y (re)construire une infrastructure routière et geler l’activité favorite des opérations spéciales étasuniennes au travers des djihadistes séparatistes ouighours.

C’est le cas en Irak, réduit à un monceau de ruines, devenu grâce aux néoconservateurs bellicistes et pourvoyeurs de fonds au CMI l’arrière-pays de l’Iran.

C’est le cas en Syrie où la lutte contre les terroristes financés par les Occidentaux et les pétro-monarques prend l’allure d’un conflit avec la Turquie.  

C’est le cas en Libye. Le « maréchal » Haftar  (ancien) agent américain dialogue avec Moscou pour achever sa conquête de Tripoli.

Jamais aucun Président étasunien n’a autant été pro-israélien et jamais avec les énormes concessions faites à l’entité sioniste avec le résultat qu’il a rallié l’opinion contre ce traitement de faveur pour une colonisation atroce.

Le désinvestissement des Usa au Moyen-Orient est désormais perceptible même chez les pétro-monarques à l’entendement légendairement obtus qui  orientent différemment  leurs alliances.  

 Nuages et éclaircies

 En Asie,  l’hégémonie militaire des Usa est profondément remise en cause, au point que l’Australie doute sérieusement  du parapluie étasunien. Sur la ligne de front dans la lutte Chine-Usa dans cette région, Canberra évalue les risques à être la tête de pont d’une alliance militaire peu convaincante. La Chine est de plus un partenaire commercial éminent pour l’économie australienne. Cette rupture de confiance et d’équilibre laisse redouter une nucléarisation de l’Australie mais aussi bien celle  du Japon.

Poutine n’arborait pas son habituel sourire intérieur qui rendait malicieux son regard.

Fatigué de tant d’années au pouvoir ?

Fatigué de sa vigilance toujours en alerte et de la lutte qu’il mène face à ses ennemis qu’il croise dans les couloirs mêmes du Kremlin ?

Usé d’avoir porté jusqu’à ce point le redressement d’une grande nation qu’il a sortie des poubelles de l’histoire où l’avait plongée l’effondrement de l’URSS et les gangsters des Chicago Boys ?

Sous sa direction patiente et résolue, la Russie a reconquis un statut international. Ses enfants mangent de nouveau à leur faim, sont vaccinés même si l’école est de moins en moins gratuite.  Trop d’incertitudes liées à un capitalisme de plus en plus difficile à brider pèsent sur une démographie qui peinera à remplacer les générations antérieures.

Il faut éteindre un nouveau foyer d’incendie au Cachemire car il risque d’emporter dans ses flammes le Pakistan et l’Inde et de réduire à néant les efforts de la consentis pour la ceinture et des routes de la Soie.

Oui le monde change de plus en plus, quelle platitude ce serait si on ne la complétait pas.

1.) L’Allemagne ne sera plus bientôt la première base américaine en Europe. Les Usa se déplacent par commodité en Roumanie et en Pologne.

2.) L’Italie verra aussi les bases américaines se dégarnir en faveur de l’Afrique. Les drones tueurs prendront leur envol depuis Agades. Les mouvements sociaux actuels en Algérie peuvent être un bon mode d’entrée dans cette ancienne forteresse aux mains de l’armée et des renseignements algéro-français.

L’Europe se dénude. La volonté allemande et française de se réarmer dans un cadre européen et non plus dans l’OTAN est une tentative de réponse à cette nouvelle configuration. La Russie est la cible de l’intégration des ex pays satellites de l’Urss dans l’Union européenne et dans l’Otan. Les peuples des pays vassaux, singulièrement d’Italie, de France et d’Allemagne ont payé par l’austérité et la réduction de leurs droits la colonisation de l’Est européen par les Usa.

Lesquels Usa portent maintenant leur fer en Afrique d’où la France est en voie d’être expulsée. L’affrontement entre Chine et Usa aura lieu sur ce continent à la croissance soutenue et aux ressources minières indispensables. Par ailleurs, seule la démographie africaine est en mesure de limiter la chute libre de celle des pays occidentaux, de la Chine et du Japon. Comment se représenter une population française ou allemande  dans 30 ans  avec 70% de ses indigènes âgés de plus de 60 ans ? 

L’une des inquiétudes du Kremlin est aussi en lien  avec le déclin  de la population russe.

L’insouciance du préposé de l’oligarchie française à l’Élysées ne peut que contraster avec le front obscurci de tant de préoccupations du Tsar (**) de Moscou.

Notes

(*) Livrés clé en main par les puissances occidentales et ayant transité par la Turquie.

(**) Appellation affectueuse, respectueuse  et un tantinet ironique de Poutine par ses proches collaborateurs.

https://www.dedefensa.org/article/une-terrasse-pour-arene