Archives pour la catégorie Analyse

L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?

L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?


Par Ugo Bardi – Le 30 décembre 2019 – Source CassandraLegacy

Ces notes ne sont pas censées dénigrer ni exalter une entité dont l’histoire remonte à au moins deux millénaires. Comme tous les Empires, passés et présents, l’Empire Mondial Moderne a traversé la parabole de sa croissance et de sa gloire et il commence maintenant son déclin. Il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire à ce sujet, nous devons accepter que c’est ainsi que l’univers fonctionne. Sur ce sujet, voir aussi un de mes précédents billets « Pourquoi l’Europe a conquis le monde ?« .


Pour tout ce qui existe, il y a une raison et c’est vrai aussi pour cette chose gigantesque qu’on appelle parfois « l’Occident » ou peut-être « l’Empire américain », ou peut-être « la Globalisation ». Pour trouver cette raison, on peut remonter aux origines mêmes de l’empire moderne. Nous pouvons les trouver dans un empire plus ancien, mais déjà très avancé : l’Empire romain.

Comme quelqu’un a pu le dire (et peut-être que quelqu’un l’a fait, mais c’est sans doute un concept original pour moi), « la géographie est la mère des Empires ». Les Empires sont construits sur la disponibilité des ressources naturelles et sur la capacité de les transporter. Ainsi, les Romains ont exploité la géographie du bassin méditerranéen pour construire un empire basé sur le transport maritime. Rome était le centre d’une plaque tournante du commerce qui surpassait tous les autres États de la région occidentale de l’Eurasie et de l’Afrique du Nord. Ce système de transport était si important qu’il a même été déifié sous le nom de la déesse Annona. Sa cohésion était assurée par un système financier basé sur la monnaie, le latin comme lingua franca, un grand système militaire et un système juridique très avancé pour l’époque.

Mais comme tous les empires, celui de Rome portait en lui les germes de sa propre destruction. L’empire a atteint son apogée à un moment donné au cours du 1er siècle de notre ère, puis il a commencé à décliner. Il est le résultat d’une combinaison de facteurs connexes : l’épuisement des mines de métaux précieux qui a privé l’Empire de sa monnaie, la croissance de la route de la soie qui a siphonné les richesses romaines vers la Chine, la surexploitation de l’agriculture nord-africaine qui alimentait les villes romaines. Pas d’argent, pas de ressources, pas de nourriture : l’Empire ne pouvait que s’effondrer et c’est ce qui s’est produit.

L’ancien Empire romain a laissé une ombre fantomatique sur l’Europe, si persistante que pendant deux millénaires, on a essayé de le recréer d’une manière ou d’une autre [Charlemagne, Napoléon, Hitler, NdT]. Mais ce n’était pas possible, c’était encore une fois une question de géographie. L’agriculture intensive romaine avait tellement endommagé le sol nord-africain qu’il ne pouvait plus se rétablir – et c’est bien ce qui s’est passé. La perte du sol fertile sur la rive sud a divisé la mer Méditerranée en deux moitiés : la partie nord, verte et encore fertile, et la partie sud, sèche et stérile. Néanmoins, il y a eu plusieurs tentatives pour reconstruire l’ancienne unité économique et politique du bassin. Le califat arabe a construit un empire méditerranéen du sud basé sur l’arabe comme Lingua Franca et sur l’Islam comme terrain culturel commun. Mais l’expansion de l’Islam n’a jamais atteint l’Europe occidentale. Sa base économique était faible : l’agriculture nord-africaine ne pouvait tout simplement pas soutenir le niveau de population qui aurait été nécessaire pour contrôler l’ensemble du bassin méditerranéen. Le même destin s’est abattu, plus tard, sur l’Empire turc.

De l’autre côté de la mer Méditerranée, l’Europe était une région que les Romains de l’Antiquité avaient toujours considérée comme une périphérie. Avec la disparition de l’Empire romain, l’Europe du Nord a été libérée pour se développer par elle-même. C’était la période que nous appelons « l’âge des ténèbres », un terme impropre s’il en est. Les âges « sombres » étaient une nouvelle civilisation qui a exploité certaines des structures culturelles et technologiques héritées de Rome mais qui a également développé des structures originales. Le manque d’or et d’argent a rendu impossible pour les Européens de maintenir l’unité de l’Europe par des moyens militaires. Ils ont dû se fier à des méthodes plus subtiles et plus sophistiquées qui, néanmoins, ont été modelées sur les vieilles structures romaines. L’unité culturelle était assurée par le christianisme, l’Église créant même une nouvelle forme de monnaie basée non pas sur des métaux précieux mais sur les reliques d’hommes et de femmes saints. L’Église était également le gardien du latin, la vieille langue romaine qui est devenue la Lingua Franca européenne, le seul outil qui a permis aux Européens de se comprendre.

De cette façon, les Européens ont créé une civilisation apaisée et sophistiquée. Ils ont pu maintenir la primauté du droit et ils ont redonné aux femmes certains des droits qu’elles avaient perdus pendant l’Empire romain. Les bûchers de sorcières, endémique dans l’Empire romain, n’ont pas pu être complètement abolis, mais leur fréquence a été réduite à presque zéro. L’esclavage a été officiellement aboli, bien qu’il n’ait jamais réellement disparu. La richesse matérielle a été réduite au profit de la richesse spirituelle, l’art et la littérature ont prospéré autant que possible dans une région pauvre comme l’Europe l’était à cette époque. Les guerres ne disparurent pas, mais le début du Moyen Âge fut une période relativement calme, l’Église conservant un certain contrôle sur les pires excès des seigneurs de la guerre locaux. Le cycle arthurien mettait l’accent sur la façon dont les chevaliers errants se battaient pour accomplir de bonnes actions et pour défendre les faibles. Il n’a été mis par écrit qu’à la fin du Moyen Âge, mais il faisait partie du paysage européen fantasmé depuis des temps bien plus anciens.

Mais les choses ne s’arrêtent jamais. Au Moyen Âge, la population et l’économie européennes se développaient ensemble en exploitant un territoire relativement intact. Bientôt, la civilisation apaisée du début du Moyen Âge a cédé la place à quelque chose qui ne l’était plus. Au tournant du millénaire, l’Europe était surpeuplée et les Européens ont commencé à chercher des zones où s’étendre. Les croisades ont commencé au XIème siècle et ont constitué une nouvelle tentative de réunification du bassin méditerranéen. L’Europe s’est même dotée de structures internationales qui auraient pu régir le nouvel empire méditerranéen : les ordres chevaleresques. Parmi ceux-ci, les Templiers constituaient une structure particulièrement intéressante : en partie une société militaire, mais aussi une banque et un centre culturel, tous basés sur le latin comme Lingua Franca. L’idée était que le nouvel empire méditerranéen serait gouverné par une organisation supranationale, un peu comme l’ancien Empire romain.

Mais les croisades ont été un échec coûteux. L’effort militaire devait être soutenu par les principales ressources économiques de l’époque : les forêts et les terres agricoles. Ces deux ressources ont été fortement sollicitées et le résultat fut une époque de famines et de pestes qui réduisit presque de moitié la population européenne. C’est un nouvel effondrement qui a eu lieu au cours du XIVème siècle. C’était assez grave pour que l’on puisse imaginer que les descendants de Salah ad-Din auraient pu revenir et conquérir l’Europe, s’ils n’avaient pas été poignardés dans le dos par l’Empire mongol en expansion.

La population européenne : graphique de William E Langer, « The Black Death » Scientific American, février 1964, p. 117 — notez comment la croissance est plus rapide après l’effondrement qu’elle ne l’était avant.

Mais les Européens ont été têtus. Malgré l’effondrement du XIVème siècle, ils n’ont pas abandonné et ils ont continué à utiliser le même truc qu’avant : reconstruire après une catastrophe en modelant de nouvelles structures sur les anciennes. Les Européens étaient de bons guerriers, des constructeurs navals compétents, d’excellents marchands et toujours prêts à prendre des risques pour gagner de l’argent. S’ils ne pouvaient pas s’étendre à l’Est, eh bien, pourquoi ne pas s’étendre plus à l’Ouest, de l’autre côté de l’océan Atlantique ? C’était une idée qui a eu un succès fou. Les Européens ont importé de Chine la technologie de la poudre à canon et l’ont utilisée pour construire des armes redoutables. Avec leurs nouvelles compétences en matière d’artillerie, ils ont créé un nouveau type de navire, le galion armé de canons. C’était une arme de domination : un galion pouvait naviguer partout et faire exploser toute opposition sur la mer, puis débarquer des armées pour s’emparer des terres. Un siècle après la grande peste, la population européenne augmentait à nouveau, plus vite qu’avant. Et, cette fois, les Européens se lançaient à la conquête du monde.

Pendant quelques siècles, les Européens se sont comportés comme des maraudeurs dans le monde entier : explorateurs, marchands, pirates, colons, bâtisseurs d’empire, etc. Ils naviguaient partout et partout où ils naviguaient, ils dominaient la mer. Mais qui étaient-ils ? L’Europe n’a jamais gagné une unité politique ni ne s’est engagée dans un effort pour créer un empire politiquement unifié. Tout en combattant les populations non-européennes, les Européens se battaient aussi entre eux pour le butin. La seule entité supranationale de gouvernement qu’ils avaient était l’Église catholique, mais c’était un outil obsolète pour les temps nouveaux. Au XVIème siècle, l’Église catholique n’était plus une gardienne de reliques, elle était elle-même une relique. Le coup de grâce lui a été donné par l’invention de la presse à imprimer qui a énormément réduit le coût des livres. Cela a conduit à un marché pour les livres écrits en langue vernaculaire et ce fut la fin du latin comme Lingua Franca européenne. Le résultat fut la réforme de Martin Luther, en 1517 : le pouvoir de l’Église catholique fut brisé à jamais. Maintenant, les États européens avaient ce qu’ils voulaient : les mains libres pour s’étendre où ils voulaient.

Comme vous l’avez peut-être imaginé, le résultat de cette phase historique de « bataille royale » a été un nouveau désastre. Les États européens se sautèrent à la gorge en s’engageant dans la « guerre de 30 ans » (1618 – 1648). La moitié de l’Europe fut dévastée, les fléaux et les famines réapparurent, la production alimentaire s’effondra et avec elle la population. Les Européens ne se battaient pas seulement les uns contre les autres sous la forme d’États en guerre. Les hommes européens se battaient contre les femmes européennes : c’est l’époque de la chasse aux sorcières, des dizaines de milliers de femmes européennes innocentes furent emprisonnées, torturées et brûlées sur les bûchers. Avec ses forêts coupées et ses terres agricoles érodées par la surexploitation, il devint fort possible d’imaginer que l’âge de l’empire mondial européen soit à jamais révolu. Ce ne fut pas le cas.

Tout comme un coup de chance avait sauvé l’Europe après le premier effondrement du XIVème siècle, un autre événement presque miraculeux a sauvé l’Europe de l’effondrement du XVIIIème siècle. Ce miracle avait un nom : le charbon. C’est un économiste européen du XIXème siècle, William Jevons, qui avait noté qu’« avec le charbon, tout est facile ». Et avec le charbon, les Européens pouvaient résoudre la plupart de leurs problèmes : le charbon pouvait être utilisé à la place du bois pour fondre les métaux et fabriquer des armes. Cela a sauvé les forêts européennes (mais pas celle de l’Espagne, qui n’avait pas de charbon bon marché et dont l’empire s’effondrait lentement). Ensuite, le charbon pouvait être transformé en nourriture grâce à une technologie indirecte mais efficace. Le charbon était utilisé pour fondre le fer et produire des armes. Avec les armes, de nouvelles terres étaient conquises et leurs habitants réduits en esclavage. Les esclaves cultivaient alors des plantations et produisaient des aliments qui étaient expédiés en Europe. C’est à cette époque que les Britanniques ont pris l’habitude de prendre le thé l’après-midi : le thé, le sucre et la farine pour les gâteaux étaient tous produits dans les plantations britanniques d’outre-mer.

Et le cycle continua. La population européenne a recommencé à croître au cours du XVIIIème siècle et, à la fin du XIXème siècle, l’exploit de conquérir le monde était presque terminé. Le XXème siècle a vu la consolidation de ce que nous pouvons aujourd’hui appeler « l’Empire occidental », le terme « Occident » désignant une entité culturelle qui n’était plus seulement européenne : elle comprenait les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud et quelques autres États – y compris même des pays asiatiques tels que le Japon qui, en 1905, a gagné un espace parmi les puissances mondiales par la force des armes, battant à plates coutures une puissance européenne traditionnelle, la Russie, lors de la bataille navale de Tsushima [financée pour le Japon par des banques occidentales, NdT]. D’un point de vue militaire, l’Empire d’Occident était une réalité. Il restait à le transformer en une entité politique. Tous les empires ont besoin d’un empereur, mais l’Occident n’en avait pas, pas encore.

La phase finale de la construction de l’Empire d’Occident a eu lieu avec les deux guerres mondiales du XXème siècle. C’étaient de véritables guerres civiles pour la domination impériale, semblables aux guerres civiles de la Rome antique à l’époque de César et d’Auguste. De ces guerres, un vainqueur évident est sorti : les États-Unis. Après 1945, l’Empire avait une monnaie commune (le dollar), une langue commune (l’anglais), une capitale (Washington DC) et un empereur, le président des États-Unis. Plus que tout cela, ils s’étaient doté d’une puissante machine de propagande, celle que nous appelons aujourd’hui « fabrication du consensus ». Elle a construit un récit qui décrivait la Seconde Guerre mondiale comme un triomphe du bien contre le mal — ce dernier étant représenté par l’Allemagne nazie. Ce récit reste aujourd’hui le mythe du financement de l’Empire d’Occident. Le seul empire rival restant, l’Empire soviétique, s’est effondré en 1991, laissant l’Empire américain comme seule puissance dominante du monde. Cela aussi a été considéré comme une preuve de la bonté inhérente de l’Empire américain. C’est à cette époque que Francis Fukuyama a écrit son livre « La fin de l’histoire » (1992), décrivant correctement les événements dont il était témoin. Tout comme lorsque l’empereur Octavianus a inauguré l’âge de la « Pax Romana », ce fut le début d’un nouvel âge d’or : la « Pax Americana ».

Hélas, l’histoire ne finit jamais et, comme je l’ai mentionné au début de cet essai, tous les empires portent en eux les graines de leurs propres destructions. Quelques décennies seulement se sont écoulées depuis l’époque où Fukuyama avait revendiqué la fin de l’histoire et la Pax Americana semble déjà terminée. La domination du monde occidental avait été basée d’abord sur le charbon, puis sur le pétrole, et maintenant on essaie de passer au gaz, mais ce sont toutes des ressources finies qui deviennent de plus en plus chères à produire. Tout comme le déclin de Rome avait suivi celui de ses mines d’or, l’Occident suit le déclin des puits qu’il contrôle. Le dollar perd son rôle de monnaie de réserve mondiale et l’Empire est menacé par un nouveau système commercial. Tout comme l’ancienne route de la soie a été un facteur de l’effondrement de l’Empire romain, l’initiative naissante de la « Nouvelle route de la soie » qui reliera l’Eurasie en une seule région commerciale pourrait donner le coup de grâce à la domination mondialisée de l’Occident.

Il est certain que l’Empire d’Occident, bien que moribond, n’est pas encore mort. Il a toujours sa merveilleuse machine de propagande qui fonctionne. La grande machine a même réussi à convaincre la plupart des gens que l’empire n’existe pas vraiment, que tout ce qu’ils voient qu’on leur fait est fait pour leur bien et que les étrangers sont affamés et bombardés avec les meilleures intentions. C’est un exploit remarquable qui rappelle quelque chose qu’un poète européen, Baudelaire, a dit il y a longtemps : « Le meilleur tour du Diable consiste à vous faire croire qu’il n’existe pas. » C’est typique de toutes les structures de devenir méchantes pendant leur déclin, cela arrive même aux êtres humains. Donc, nous vivons peut-être dans un « Empire du mensonge«  qui se détruit en essayant de construire sa propre réalité. Sauf que la vraie réalité gagne toujours.

Et nous y voilà, aujourd’hui. Tout comme l’ancien Empire romain, l’Empire d’Occident finit son cycle et le déclin a déjà commencé. Donc, à ce stade, nous pourrions risquer une sorte de jugement moral : l’Empire d’Occident était-il bon ou mauvais ? Dans un sens, tous les empires sont mauvais : ce sont généralement des organisations militaires impitoyables qui se livrent à toutes sortes de massacres, de génocides et de destructions. De l’Empire romain, on se souvient de l’extermination des Carthaginois comme exemple, mais ce n’était pas le seul. De l’Empire occidental, nous avons de nombreux exemples : le plus maléfique est peut-être le génocide des Indiens d’Amérique du Nord, mais des choses comme l’extermination de civils par le bombardement aérien des villes pendant la Deuxième Guerre mondiale étaient aussi impressionnantes. Et l’Empire (maléfique) ne semble pas avoir perdu son goût pour le génocide, du moins comme on peut le juger d’après certaines déclarations récentes de membres du gouvernement américain sur l’idée d’affamer les Iraniens.

D’autre part, il serait difficile de soutenir que les Occidentaux sont plus mauvais que les personnes appartenant à d’autres cultures. Si l’histoire nous dit quelque chose, c’est que les gens ont tendance à devenir mauvais lorsqu’ils ont la possibilité de le faire. L’Occident a créé beaucoup de bonnes choses, de la musique polyphonique à la science moderne et, durant cette dernière phase de son histoire, il mène la lutte pour maintenir la Terre en vie – une fille comme Greta Thunberg est un exemple typique du « bon Occident » par opposition au « mauvais Occident ».

Dans l’ensemble, tous les empires de l’histoire sont plus ou moins les mêmes. Ils sont comme des vagues qui s’écrasent sur une plage : certaines sont grandes, d’autres petites, certaines font des dégâts, d’autres ne font que laisser des traces sur le sable. L’Empire d’Occident a fait plus de dégâts que les autres parce qu’il était plus grand, mais il n’était pas différent. Nous devons accepter que l’univers fonctionne d’une certaine manière : jamais en douceur, toujours en montant et descendant et, souvent, en passant par des effondrements abrupts, comme l’avait noté il y a longtemps le philosophe romain Lucius Seneca. L’empire actuel étant si grand, la transition vers ce qui viendra après nous doit être plus abrupte et plus dramatique que tout ce que l’on a vu dans l’histoire auparavant. Mais, tout comme ce fut le cas pour la Rome antique, l’avenir pourrait bien être un âge plus doux et plus sain que l’âge actuel.

Ugo Bardi enseigne la chimie physique à l’Université de Florence, en Italie, et il est également membre du Club de Rome. Il s’intéresse à l’épuisement des ressources, à la modélisation de la dynamique des systèmes, aux sciences climatiques et aux énergies renouvelables.

Traduit par Hervé, relu par Marcel pour le Saker Francophone 595FacebookTwitterWordPress

https://lesakerfrancophone.fr/leffondrement-de-lempire-doccident-moderne-quel-avenir-pour-lhumanite

Le Temps et la “rébellion du temps”

Le Temps et la “rébellion du temps” 

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   dimanche 12 janvier 2020

   Forum

Il y a 2 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer 1970

Le Temps et la “rébellion du temps” 

12 janvier 2020 – Ce fut une  folle semaine, terminée follement par l’incursion d’une entité que nous ne rencontrions plus, – la vérité qui fut dite par inadvertance par les menteurs du simulacre habituel au Système, et contestée en toute bonne foi par ceux qui prétendent dévoiler une  vérité-de-situation en s’attaquant aux menteurs pour les dénoncer. Ainsi pourrait être résumer, d’une façon très symbolique, le moment où les Iraniens annoncèrent qu’ils étaient les responsables, par erreur tragique, de la destruction du vol PS752 de l’Ukrainian International Airline décollant de l’aéroport international Imam Khomeini, de Téhéran.

Beaucoup d’appréciations et d’explications ont été données, allant de celle de  la simple approbation de la reconnaissance de sa responsabilité par l’Iran, à diverses supputations et dénonciations de machinations iraniennes et anti-iraniennes. C’est volontairement que je reste vague dans ces observations, moi-même emporté dans le flot des nouvelles et de leurs contradictions, parce qu’il est impossible de présenter une description nette de la réalité de ce qui est devenu une sorte de “temps rebelle”, même avec l’aide de la vérité pour un instant, parce que l’on sait depuis plusieurs années que  la réalité a été  désintégrée.

Prenez cette séquence de la destruction de l’avion ukrainien. D’abord l’événement qui soulève un intérêt assez faible, toute l’attention étant concentrée sur la “riposte” iranienne suivant l’assassinat de Soleimani ; puis une campagne de dénonciation lancée selon les méthodes habituelles de ce qui n’est alors qu’une prétendue destruction par un missile iranien ; puis la reconnaissance de leur responsabilité par les Iraniens, aussi inattendue que la rapidité de leur “riposte” ; puis un rassemblement d’hommage aux victimes de l’accident à Téhéran, exigeant la punition des coupables et aussitôt désignée “révolution de couleur”, avec des accusations  contre l’ambassadeur du Royaume-Uni…

Jusqu’ici, le conflit entre les USA et l’Iran avait la netteté des schémas longuement étudiés et tracés avec précaution. Désormais, il se brouille dans l’accumulation des événements qu’il fait naître, dans leur rapidité à s’affirmer puis à passer au second plan. Effectivement, s’épaissit le brouillard tourbillonnant “de l’absence de guerre”, dans un sens qui fait juger que la guerre est inutile pour arriver à nos fins de destruction du Système.

Tout cela se passe comme une danse folle sur un volcan en éruption, un tourbillon crisique autour de cette menace haletante d’une guerre entre les USA et l’Iran qui semble pourtant perdre toute sa substance… En attendant, la surprise est bien de voir que la fronde des parlementaires US contre cette possibilité de guerre, partie de la Chambre des Représentants, pourrait mettre  en danger le soutien des républicains au Sénat, alors que, – et ceci explique sans doute cela, – Nancy Pelosi a finalement décidé d’envoyer à ce même Sénat les articles de la mise en accusation du président. Curiosité de cette accélération des événements voulue et imposée par le Temps : la séquence iranienne était destinée en bonne partie, dans l’esprit de Trump, à renforcer sa position dans le procès en destitution qui l’attend…

Je parle bien d’une accélération du Temps, et je parle également d’un “temps rebelle” ou d’une “rébellion du temps” comme un produit du Temps-majusculé, considéré comme un acteur mythique de notre drame, comme si le Temps dans toute sa majesté se lassait des turpitudes que nous manufacturons et subissons, des préparatifs sans fin de la catastrophe à venir, et qu’il s’était décidé à accélérer les événements, leur rythme, leur intensité, leur vitesse. Nous n’y comprenons plus rien parce qu’il ne nous est plus laissé assez de temps pour chercher à comprendre, et aussi peut-être parce qu’il n’y a plus rien à comprendre et que les événements, à ce rythme, n’ont pour seule signification que de naître si rapidement pour favoriser cette accélération, puis de s’effacer…

Il est remarquable de constater que les positions des uns et des autres se trouvent complètement bouleversées, le plus souvent dans un sens inattendue ou bien sans aucun sens. Voir le Congrès chercher sérieusement à s’affirmer contre un président trop guerrier alors qu’il (le Congrès) a jusqu’ici favorisé toutes les guerres jusqu’aux plus absurdes, alors qu’il (le président) s’est fait élire notamment sur la promesse de faire cesser ses guerres dont il dénonçait l’inutilité et la sauvagerie ! Partout se déroulent et s’imposent de telles contradictions. Je remarque combien je me trouve en accord/en désaccord avec des gens et des orientations d’une façon complètement illogique par rapport à ce qui a précédé, et cela sans nul souci des étiquettes des uns et des autres.

On attend ceci ou cela de tel événement, mais pour découvrir aussitôt et en un éclair que peu importe. Le vrai est que rien d’autre n’importe que le déferlement de ces événements, les uns après les autres, les uns par-dessus les autres, parce que ce déferlement accentue le désordre du monde qui est la seule arme qui puisse l’emporter contre le désordre du Système.

Le Temps n’accorde plus à personne le temps de la réflexion pour mieux situer sa position, pour bien juger d’un événement et de ses implications. Le Temps a décidé d’agir en suscitant la “rébellion du temps”, de notre temps-courant, et nous allons devoir nous en accommoder, accepter de juger sans comprendre et de comprendre sans en rien connaître, appuyés sur une volonté d’inconnaissance qui rend accessoire tout ce qui ne fait pas l’essentiel de la bataille. Le Temps ne me laisse plus qu’un interstice de temps pour situer en un éclair où se trouve le Système par rapport à moi, dans cet événement qui vient à peine d’éclater et qui déjà s’achève, et me situer contre le Système dans cet éclair de temps.

Le Temps nous prend à notre propre piège, selon l’orientation transcendantale de l’“assassinat métahistorique”. Nous, – c’est-à-dire les zombies du Système, les modernes, les déconstructeurs, – nous avons organisé le désordre-chaos pour faire jaillir ce qui devait nécessairement complaire à notre raison et à notre belle conscience, dans le sillon triomphant de la modernité que nous traçons depuis quatre-cinq siècles. La riposte du Temps, c’est d’accélérer le temps pour accélérer le désordre et nous faire nous y perdre sans plus rien y comprendre

https://www.dedefensa.org/article/le-temps-et-la-rebellion-du-temps

Les États-Unis entament les Années Folles en déclarant la guerre à l’Iran par Pepe Escobar.

L’ennemi commun des peuples

Les États-Unis entament les Années Folles
en déclarant la guerre à l’Iran
par Pepe Escobar.

samedi 4 janvier 2020, par Comité Valmy

Les États-Unis entament les Années
Folles en déclarant la guerre à l’Iran

Il ne peut y avoir de provocation plus étonnante contre l’Iran que ce qui s’est passé à Bagdad.

Peu importe d’où vient le feu vert pour l’assassinat ciblé par les États-Unis du Commandant de la Force Al-Qods, le Major Général Qasem Soleimani, et du Commandant en second des Hashd al-Shaabi, Abu Madhi al-Muhandis.

Il s’agit d’un acte de guerre. Unilatéral, non provoqué et illégal.

Le Président Trump a peut-être donné l’ordre. Ou l’État Profond US peut lui avoir ordonné de donner l’ordre.

Selon mes meilleures sources d’information en Asie du Sud-Ouest, « Israël a donné aux USA les coordonnées pour l’assassinat de Qasem Soleimani car ils voulaient éviter les répercussions de l’assassinat contre eux ».

Peu importe que Trump et l’État Profond soient en guerre.

L’une des rares obsessions géopolitiques qui les unissent est la confrontation permanente avec l’Iran – qualifié par le Pentagone comme l’une des cinq principales menaces contre les États-Unis, presque au niveau de la Russie et de la Chine.

Et il ne peut y avoir de provocation plus étonnante contre l’Iran – dans une longue liste de sanctions et de provocations – que ce qui s’est passé à Bagdad. L’Irak est maintenant le champ de bataille privilégié d’une guerre par procuration contre l’Iran qui pourrait maintenant se transformer en une guerre chaude, avec des conséquences dévastatrices.

Nous savions que cela allait arriver. Il y a eu beaucoup de grondements dans les médias israéliens par d’anciens responsables de la Défense et du Mossad. Il y a eu des menaces explicites du Pentagone. J’en ai discuté en détail en Ombrie la semaine dernière avec l’analyste Alastair Crooke – qui était extrêmement inquiet. J’ai reçu des messages inquiétants de l’Iran. L’inévitable escalade de Washington a fait l’objet de discussions jusqu’à jeudi soir, ici à Palerme, quelques heures avant l’attaque. La Sicile, soit dit en passant, dans la terminologie des généraux américains, est un AMGOT : American Government Occupied Territory (Territoire Occupé par le Gouvernement US).

Une fois de plus, les mains Exceptionnalistes au travail montrent à quel point elles sont prévisibles. Trump est acculé par la destitution. Netanyahou a été mis en accusation. Rien de tel qu’une « menace » extérieure pour rallier les troupes intérieures. Le Guide Suprême, l’Ayatollah Khamenei, connaît ces variables complexes. Il n’est pas surprenant qu’il ait déjà annoncé, pour mémoire, qu’il y aurait un retour de flamme : « Une vengeance vigoureuse attend les criminels qui ont son sang et celui d’autres martyrs sur les mains« . Attendez-vous à ce que ce soit très douloureux.

Retour de flamme par mille coups

J’ai rencontré Muhandis à Bagdad il y a deux ans – ainsi que de nombreux membres des Hashd al-Shaabi. Voici mon rapport complet. L’État Profond est absolument terrifié que les Hashd al-Shaabi, une organisation de base, soit en passe de devenir un nouveau Hezbollah, et aussi puissant que le Hezbollah. Le Grand Ayatollah Sistani, l’autorité religieuse suprême en Irak, universellement respectée, les soutient pleinement.

L’attaque US vise donc également Sistani – sans parler du fait que les Hashd al-Shaabi opèrent selon les directives émises par le Premier Ministre irakien Abdel Mahdi. C’est une erreur stratégique majeure qui ne peut être commise que par des amateurs.

Le Major Général Soleimani, bien sûr, a humilié l’ensemble de l’État Profond à maintes reprises – et aurait pu les manger tous au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner en tant que stratège militaire. C’est Soleimani qui a vaincu Daech en Irak – et non les États-Unis en bombardant Raqqa en ruines. Soleimani est un super-héros au statut presque mythique pour les légions de jeunes partisans du Hezbollah, les Houthis au Yémen, tous les courants de résistants en Irak et en Syrie, le Jihad Islamique en Palestine, et dans toutes les latitudes du Sud en Afrique, en Asie et en Amérique Latine.

Il n’y a absolument aucun moyen pour les États-Unis de maintenir des troupes en Irak, à moins que la nation ne soit réoccupée en masse après un bain de sang. Et oubliez la « sécurité » : aucune force impériale officielle ou militaire impériale n’est actuellement en sécurité nulle part, du Levant à la Mésopotamie et au Golfe Persique.

La seule qualité rédemptrice de cette erreur stratégique majeure de déclaration de guerre pourrait être qu’elle soit le dernier clou dans le cercueil du chapitre Asie du Sud-Ouest de l’Empire des Bases US. Le Ministre iranien des Affaires Étrangères Javad Zarif a sorti une métaphore appropriée : « l’arbre de la résistance » continuera de croître. L’empire pourrait bien dire au revoir à l’Asie du Sud-Ouest.

À court terme, Téhéran sera extrêmement prudent dans sa réponse. Un indice des choses – pénibles – à venir : ce sera le retour de flamme par mille coups. Comme frapper le cadre – et l’état d’esprit – exceptionnaliste là où ça fait vraiment mal. C’est ainsi que commencent les années folles et rageuses : avec la libération de chiens de guerre gémissants.

Pepe Escobar
4 janvier 2020

source : US starts the Raging Twenties declaring war on Iran

traduit par Réseau International

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11615

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente » E. Morin

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente » E. Morin

Par Edgar MORINPierre VERLUISE, le 5 décembre 2019      

Edgar Morin, né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, Edgar Morin a conçu la « pensée complexe » dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est l’un des derniers intellectuels à avoir observé et vécu une grande partie du XXe siècle et les premières décennies du XXIe. Il est docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde. Propos recueillis par Pierre Verluise en 1983 pour la radio Fréquence Libre. Inédit à l’écrit. P. Verluise, né en 1961, docteur en Géopolitique est le fondateur du Diploweb.com, auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages.

  • Partager

La lecture du nouveau livre d’Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. Fayard a fait ressurgir un entretien radiodiffusé qu’il avait accordé à Pierre Verluise en 1983, demeuré inédit à l’écrit. Diploweb.com le publie à l’occasion du début d’une crise sociale en France au sujet de la réforme des retraites. Illustré d’une photo d’époque.

Edgar Morin confiait en 1983 à Pierre Verluise [1]

« Le mot crise a fini par signifier quelque chose qui ne va pas, mais cela ne va pas assez loin. Il faut faire une crisologie qui permette de comprendre des processus qui ont pu avoir lieu dans des crises de natures très différentes mais toutes sociales.

Tout système autoorganisateur est capable de s’autoréguler, par exemple la constance de la température de notre corps, homéothermie. La crise est une perturbation dans le système de régulation, par exemple avec une poussée de température. Le système auto organisateur s’autoproduit lui-même, c’est vrai de notre corps comme des sociétés. Une crise survient quand quelque chose cloche dans cette autoproduction, auto régénération.

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu'elles sont en évolution permanente » E. Morin

Entretien de Pierre Verluise avec Edgar Morin, en 1983, à ParisCrédit photographique : 1983-Karim/2019/Diploweb.com

Il faut concevoir que le phénomène de crise fait partie de la réalité d’une société. Rares sont les sociétés qui n’ont pas connu de crise. Pour les sociétés complexes, il y a des évènements et des ruptures de régulation. Toute transformation suppose une crise. Une transformation c’est une tendance minoritaire qui se développe, par exemple la révolution industrielle. En se propageant elle a provoqué la crise d’une société traditionnelle, paysanne. Le développement du XIXe s s’est donc fait dans la destruction d’un tissu social. Le devenir historique n’est pas harmonieux.

Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente. Pour considérer une crise il faut découper le temps, distinguer un avant. Une période où les choses semblent régulées.

Pour la crise actuelle (NDLR : l’entretien a lieu en 1983), l’avant commence en 1955 – 1960 et se termine en 1973 – 1975. Encore s’agit-il de l’angle économique. La crise économique, précédée par une crise culturelle qui culmine en mai 1968, se manifeste par une progression des incertitudes. On ne sait plus où on va, aussi bien pour les observateurs que pour ceux qui vivent dans la crise. Ils ne savent plus où ils en sont. Les outils de compréhension qui fonctionnaient dysfonctionnent. L’augmentation des prix du pétrole a mis en évidence des dérégulations antérieures. La plupart des experts qui avaient « tout prévu » n’avaient… pas prévu la crise.

Il faut donc concevoir la société comme un système capable d’avoir des crises.

Les outils premiers de compréhension sont à chercher dans la notion de système, de cybernétique et d’auto-organisation. Du point de vue de la théorie d’un système, un système est composé d’un ensemble de parties qui forment un tout, une unité, elles sont complémentaires. Quand on considère une société, ce qui est complémentaire (ex. régions, les entreprises) cache des antagonismes latents qui sont refoulés. Dans toute société il y a une tension entre la contrainte et ce qui est subi par les individus qui ont des pulsions et des idées refoulées. Le propre d’une crise est de transformer ces complémentarités en antagonisme. L’antagonisme virtuel devient actuel et la complémentarité est refoulée. Dans l’entreprise, brusquement les travailleurs se mettent en grève et la complémentarité habituelle dans le travail devient une relation antagoniste. En politique, les membres d’une coalition gouvernementale se dissocient.

Nos sociétés ont une double essence : communauté et société. Nos sociétés sont communautaires et fraternitaires en cas de guerre, mais en période de paix les relations de rivalités entre individus et groupes reprennent l’ascendant. La crise est la dissolution de complémentarités d’intérêt qui deviennent des antagonismes d’intérêts et de fond. Pour comprendre la crise il faut donc admettre que la notion d’antagonisme est incluse dans la société. La crise survient quand certains dérèglements surviennent.

La cybernétique nous a apporté l’idée de régulation liée à la rétroaction négative. Sans arrêt, une déviance par rapport à la norme tend à être éliminée. Notre vie sociale fonctionne plus ou moins autour d’une norme. Sans arrêt des déviants surviennent, des révolutionnaires, qui se développent sur la rétroaction positive, l’auto-alimentation de la déviance qui peut s’amplifier de manière extraordinaire. En cas de crise, une opinion déviante peut prendre l’ascendant, par exemple en juin 1940, l’idée déviante de demander la paix devient une idée « normale » et ceux qui veulent continuer la guerre deviennent les nouveaux déviants, autour du général de Gaulle.

Au début de la guerre d’Algérie, l’idée de son indépendance est déviante. En quelques années, cette position déviante est devenue la parole officielle. Ceux qui voulaient continuer à garder l’Algérie sont devenus des déviants.

La crise actuelle des pays occidentaux (NDLR : rappel, l’entretien a lieu en 1983) est à la croisée d’une crise culturelle et une crise économique, elle-même liée à une crise du développement dans les pays du Tiers-Monde. Il y a une crise mondiale dans le sens où la planète, bien qu’elle forme une unité, se déchire par des conflits. Toutes les parties de la planète sont complémentaires mais elles se conduisent de manière antagoniste. Et on essaye de poser certaines règles du jeu, par exemple sur le libre-échange, mais observez ces débats sur le protectionnisme c’est-à-dire l’antagonisme. Après 1929, la rupture des ententes économiques a conduit certains vers le nationalisme.

Ceux qui parlaient de la crise avant la crise étaient déviants, par exemple lancer l’idée de crisologie en 1972 comme je l’ai fait dans un article était déviant, maintenant cela semble normal.

La vie est faite de la transformation permanente d’antagonismes en complémentarités qui redeviennent antagonismes et redeviennent complémentaires. Une organisation travaille d’abord pour vivre, tout organisme travaille à s’autoproduire. Mais travailler pour vivre c’est aussi travailler à sa propre mort. C’est le deuxième principe de thermodynamique : un système tend à accroître son entropie, ce qui peut être traduit par du désordre et de la désintégration. La vie n’est jamais statique, c’est un mouvement permanent. Si le circuit s’arrête, alors commence la mort, la rigidité puis la désintégration. C’est l’union de la rigidité et du désordre qui est le caractère menaçant d’une crise. La grande différence entre un organisme biologique et une société est la suivante : un organisme guérit ou meurt, sans avoir évolué. Une société a la possibilité d’évoluer. La crise d’une société provoque à la fois désintégration et nouvelle intégration. La société bourgeoise en se développant désintègre la société féodale. La crise peut déboucher sur quelque chose d’autre en apportant une transformation »

Copyright 1983 Morin-Verluise pour l’audio, et pour le texte Copyright 2019 Morin-Verluise/Diploweb.com


Plus

Contextualisation de l’extrait de l’interview d’Edgar Morin, par Pierre Verluise

À travers son œuvre, E. Morin fait enfin l’éloge de l’interdisciplinarité, à travers l’éclectisme de ses références et de son argumentaire. Il écrit ainsi dans l’ouvrage qui a marqué mes vingt ans, « Pour sortir du vingtième siècle » [2] : « […] la sur-spécialisation disciplinaire disloque le monde en un puzzle de pièces issues de jeux différents ; du coup, le monde lui-même, la vie, l’existence, le sujet tombent dans les fentes qui séparent les disciplines ainsi que dans la grande faille qui sépare les sciences naturelles et sciences humaines […]. [3] » Il serait encore possible d’évoquer comme héritage sa conception de l’intellectuel et de l’art de penser [4] mais aussi ses réflexions sur le rôle de l’information.

Stimulé par cette lecture, comment résister à l’envie de solliciter un entretien avec E. Morin ?

La réalisation d’interviews est, depuis la fin des années 1970, une pratique régulière. À peine bachelier, j’obtiens ainsi à 18 ans un entretien d’une heure et demie avec Pierre Mendès-France, ancien Président du Conseil, à propos de l’Indochine. Impressionné, j’achète une paire de chaussures en cuir noir et me fais accompagner par Philippe Frémeaux [5] qui me laisse mener l’échange. De Pierre Mendès-France, je garde le souvenir d’un homme à la fois exigeant et précis, suffisamment bienveillant pour ne pas sembler s’étonner qu’un jeune à peine majeur vienne ainsi l’interroger. Plusieurs centaines d’entretiens suivent celui-ci. Il s’agit toujours d’une rencontre humaine, d’un partage d’expériences, et parfois d’accès à des informations qui ne sont pas encore publiques. L’expression orale permet des raccourcis parfois saisissants, voire des confidences éclairantes. Même lorsque ces entretiens sont en OFF, ils éclairent l’expertise.

L’élection de François Mitterrand à la présidence de la République française, le 10 mai 1981, s’étant accompagné de la fin du monopole d’État sur la radiodiffusion, je m’engouffre dans cette brèche pour faire mes premiers pas à la radio. Je réalise ainsi un reportage en Égypte diffusé sur Fréquence Libre. Cette même antenne diffuse en 1983 deux émissions construites sur un entretien réalisé au domicile parisien d’Edgar Morin au sujet du concept de crisologie, dans le cadre d’une série d’émissions sur la crise. Il m’en reste une photographie en noir et blanc, une page de notes manuscrites de l’auteur de La méthode [6], et un enregistrement sonore sur cassettes.

Ci-dessus, des extraits de la première émission, pompeusement intitulée : « Christologie I ».

Copyright pour la contextualisation 2019-Verluise/Diploweb.com


Plus

Vidéo de la librairie Mollat. Edgar Morin – Les souvenirs viennent à ma rencontre


Encore plus : le livre

. Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. Fayard, 2019. Via Amazon

4e de couverture

Dans ce livre, Edgar Morin, né en 1921, a choisi de réunir tous les souvenirs qui sont remontés à sa mémoire. A 97 ans, celle-ci est intacte et lui permet de dérouler devant nous l’épopée vivante d’un homme qui a traversé les grands événements du XXe siècle. La grande histoire se mêle en permanence à l’histoire d’une vie riche de voyages, de rencontres où l’amitié et l’amour occupent une place centrale.
Ces souvenirs ne sont pas venus selon un ordre chronologique comme le sont habituellement les Mémoires. Ils sont venus à ma rencontre selon l’inspiration, les circonstances. S’interpellant les uns les autres, certains en ont fait émerger d’autres de l’oubli.
Ils témoignent que j’ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis.
Ils témoignent des dérives et des dégradations, mais aussi des grandeurs et des noblesses que les violents remous de l’Histoire ont entraînées chez tant de proches.
Ils témoignent des illuminations qui m’ont révélé mes vérités ; de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs.
Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j’ai rencontré.
Ils témoignent que le fils unique, orphelin de mère que j’étais, a trouvé dans sa vie des frères et des sœurs.
Ils témoignent de mes résistances : sous l’Occupation, puis au cours des guerres d’Algérie, de Yougoslavie, du Moyen-Orient, et contre la montée de deux barbaries, l’une venue du fond des âges, de la haine, du mépris, du fanatisme, l’autre froide, voire glacée, du calcul et du profit, toutes deux désormais sans freins.
Ces souvenirs témoignent enfin d’une extrême diversité de curiosités et d’intérêts, mais aussi d’une obsession essentielle, celle qu’exprimait Kant et qui n’a cessé de m’animer : Que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu’est-ce que l’homme, la vie, l’univers ?
Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie.

Edgar Morin : Né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, Edgar Morin a conçu la « pensée complexe » dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est l’un des derniers intellectuels à avoir observé et vécu une grande partie du XXe siècle et les premières décennies du XXIe. Il est docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde.

Voir sur Amazon Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. FayardMots-clés : MondeGéopolitique1983CrisesCrise économiqueCrise écologiqueCrise socialeCrise politique2019

https://www.diploweb.com/Crises-et-societes-Nos-societes-ont-quelque-chose-de-crisique-parce-qu-elles-sont-en-evolution.html

L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

par Thierry Meyssan

Nul n’arrête le Pentagone. Alors que le projet de déploiement militaire alentour de la Chine évoqué par Hillary Clinton en 2011 avait officiellement été abandonné, l’Otan vient de le faire acter par le Sommet de Londres. Le processus a été lancé et devrait commencer par l’adhésion de l’Australie en 2026.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 DÉCEMBRE 2019 DEUTSCHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆعربيPORTUGUÊSРУССКИЙENGLISH

+
JPEG - 32.9 ko

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est exprimé le 7 août 2019 devant le Lowy Institute de Sydney. Il y a affirmé que ce n’est pas l’Otan qui veut se déployer dans le Pacifique, mais la Chine qui y menace les Alliés.

La presse internationale n’a retenu du Sommet du 70ème anniversaire de l’Otan à Londres que les éclats de voix qui l’ont précédé et les ricanements qui l’ont rythmé. L’important était évidemment ailleurs [1].

Lors de sa création, la fonction de l’Alliance atlantique fut résumée par son secrétaire général, Lord Hastings Lionel Ismay comme « Garder l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands hors jeu » (keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down) [2]. Cet objectif ayant disparu avec la « patrie du communisme », on s’est efforcé de présenter la Fédération de Russie comme sa continuation. Puis on a accepté l’idée d’autoriser l’Allemagne à disposer de sa propre politique. Enfin, on a envisagé d’étendre l’Alliance au Pacifique pour « endiguer » la Chine ; ce qui vient d’être confirmé.

Les insultes actuelles livrent une mauvaise image de l’Alliance, mais elles correspondent au retour de la rivalité séculaire franco-allemande. La France entend devenir une très grande puissance, à la fois grâce à sa bombe atomique et grâce à l’État supranational européen, tandis que l’Allemagne ne peut pas envisager de redevenir une puissance militaire sans la protection nucléaire de l’Otan [3].

Cette donne s’exprime à propos de la Syrie et du Sahel. Sur la Syrie, la France peste à propos de l’attaque turque contre les mercenaires kurdes du PKK/YPG, tandis que l’Allemagne se propose de déployer ses troupes sous contrôle de l’Otan. Aucun des deux ne parvient à avancer, les États-Unis restant les seuls maîtres du jeu. Sur le Sahel, la France commence à trouver trop lourd pour elle le poids du maintien du status quo, tandis que l’Allemagne serait prête à augmenter sa part, mais exclusivement sous commandement US. Là encore, aucun des deux États ne parvient à avancer. Tous ont compris ce qui se joue derrière la rhétorique anti-terroriste : le maintien des gouvernements actuels qui permettent l’exploitation des ressources de la région. Or, là encore, les États-Unis sont les seuls maîtres du jeu et entendent profiter les premiers de cette exploitation.

La nouveauté, c’est la possible ouverture du front chinois. Il supposerait de transformer l’Alliance atlantique en « Alliance atlanto-pacifique ». Selon les études du Pentagone, il conviendrait dès lors de faire adhérer l’Australie, l’Inde et le Japon de manière à encercler la Chine comme on l’a fait avec la Russie. Ce processus, qui devrait demander une décennie, vient de commencer avec le Sommet de Londres.

D’ores et déjà, l’US PaCom, c’est-à-dire le Commandement des États-Unis pour le Pacifique, a été renommé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis US IndoPaCom [4].

Puis le nouveau secrétaire à la Défense Mark Esper, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg se sont discrètement rendus à Sydney, début août dernier, tester les dirigeants australiens qui s’en sont trouvés très honorés quoi qu’effrayés par la perspective de devoir abriter des missiles nucléaires [5]. Des contacts ont identiquement été pris avec l’Inde et le Japon, mais ils furent beaucoup moins fructueux. En outre, les États-Unis ont revu leur politique vis-à-vis de la Corée du Sud, de l’Indonésie, du Myanmar, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam afin de rapprocher leurs armées respectives. Ces États ont l’habitude de travailler avec le personnel du Pentagone, mais pas du tout les uns avec les autres.

Beijing avait compris dès 2014 que la volonté US de quitter le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire traduisait moins une perspective anti-Russe qu’une menace pour elle. Il est désormais évident qu’il y aura un déploiement de missiles nucléaires US tout autour de la Chine et que l’Otan suivra.

Pour les Chinois, c’est un retour en arrière, lorsqu’à la fin du XIXème siècle les États-Unis élaborèrent leur « doctrine de la Porte ouverte ». Il s’agissait d’instaurer un pacte entre les empires coloniaux afin qu’ils établissent une forme de libre-concurrence commerciale entre eux et exploitent des régions sous-développées au lieu de se faire la guerre entre eux pour s’approprier un territoire. Compte tenu de sa supériorité industrielle, Washington était sûr de l’emporter. Pour poursuivre cette agression, il développa un discours apaisant. Il soutint « l’intégrité territoriale et la souveraineté » des pays où il souhaitait faire des affaires. Il favorisa le renforcement des gouvernements locaux dans la mesure où seuls ceux-ci pouvaient garantir l’application de traités inégaux. De la sorte, les peuples se contrôlaient eux-mêmes à son profit. Le caractère mensonger des déclarations de principe US fut vérifié lors des agressions japonaises contre la Chine : Washington soutint toutes les demandes japonaises et laissa dépecer la Chine orientale.

C’est précisément cette expérience de s’être battu contre tous les Empires coloniaux ligués contre lui —y compris la Russie tsariste— qui a poussé le président Xi Jinping à se rapprocher de son homologue russe, Vladimir Poutine, car son pays a connu la même agression par la suite : les deux États savent dans leur sang qu’ils devront les affronter un jour ou l’autre. Cependant le Pentagone a fait le pari qu’une fois le danger venu, Moscou ne soutiendra pas Beijing ; une évaluation du risque antérieure aux missiles hypersoniques russes.

La Chine n’envisage pas cette guerre dans les mêmes termes que l’Otan : elle entend déplacer le champ de bataille dans la sphère informatique et détruire les armes de l’Alliance Atlantique-Nord Élargie par de cyber-attaques avant qu’elle ne s’en serve.

En octobre 2011, la secrétaire d’État Hillary Clinton lançait dans Foreign Policy son appel au « pivot vers l’Asie » (pivot to Asia) : les États-Unis devaient quitter l’Europe et le Moyen-Orient élargi pour se déployer en Extrême-Orient [6]. Le conseiller de Sécurité nationale, Tom Donilon, explicitait ce plan en mars 2013 devant l’Asia Society [7]. Il comportait notamment un dispositif diplomatique et financier, le projet d’Accord de partenariat transpacifique. Cependant, très vite le Pentagone rectifiait le tir : il ne s’agirait pas d’abandonner une partie du monde pour une autre, mais de s’étendre de l’une sur l’autre. C’était la notion de « rééquilibrage » (rebalance), seule compatible avec la poursuite de la « guerre sans fin » (war without end) au Moyen-Orient élargi. Ne parvenant pas à convaincre, le Pentagone mettait abruptement fin au débat en soulignant qu’il était impossible d’un point de vue budgétaire d’entretenir trois fronts à la fois [8]. Depuis lors, le Pentagone a acquis quantité d’armes qu’il a stockées dans le Pacifique.

Le président Donald Trump a tenté de stopper ce mirage en retirant les États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique dès son accession à la Maison-Blanche. Mais rien n’y a fait. Le Pentagone poursuit inexorablement sa marche et vient d’imposer sa vision à l’issue de neuf années de palabres.

Alors que du point de vue français, l’Otan est en état de « mort cérébrale », le Pentagone a commencé sa mutation en une organisation globale. Tous les États-membres ont signé sans réfléchir la Déclaration de Londres qui stipule : « Nous sommes conscients que l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble, en tant qu’Alliance » [9]. Le processus est lancé.Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="

[1] « Sommet de l’Otan : le parti de la guerre se renforce », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 7 décembre 2019.

Facebook

[2Whitehall, Peter Hennessy, The Free Press, 1989.

[3] « Six projets contradictoires d’ordre mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 novembre 2019.

[4] « L’US PaCom devient US IndoPaCom », Réseau Voltaire, 3 juin 2018.

[5] “Australia-US Ministerial Consultations (AUSMIN) 2019”, Voltaire Network, 4 August 2019.

[6] “America’s Pacific Century”, Hillary Clinton, Foreign Policy, October 11, 2011.

[7] “The United States and the Asia-Pacific in 2013”, by Tom Donilon, Voltaire Network, 11 March 2013.

[8] “DoD Official : Asia Pivot ‘Can’t Happen’ Due to Budget Pressures”, Defense News, March 4, 2014.

[9] « Déclaration de Londres », Réseau Voltaire, 4 décembre 2019.

https://www.voltairenet.org/article208500.html

Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

“Swinging London”

Swinging London

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 décembre 2019

   Forum

Il n’y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer 1597

Swinging London

3 décembre 2019 – Jamais je n’aurais pensé utiliser pour une “réunion” de l’OTAN cette expression, si à la mode dans les années 1960 entre Beatles et Rolling Stones, caractérisant le rythme effréné de la capitale anglaise sortie de sa soi-disant torpeur victorienne pour balancer les “Swinging Sixties” à la face de la modernité triomphante du monde. C’est pourtant le cas, me semble-t-il, – “never say never”, – pour la “réunion” dont tout le monde vous dit, les amis, que cela va swinguer diablement.

… En effet, “réunion” et pas “sommet”, comme nous le fait remarquer l’avisé WSWS.org dont j’entends bien utiliser, sans vergogne inutile mais avec le respect qui importe, quelques parties et extraits de son texte de ce  3 décembre 2019 fort bien documenté et plein d’espérance pour la classe ouvrière… Explication :

« L’OTAN a déclassé l’intitulé de la rencontre de deux jours à Londres de “sommet” à “réunion des dirigeants”, pour éviter d’avoir à publier un communiqué officiel que Trump ou d’autres chefs d’État pourraient refuser de signer. L’an dernier, on a assisté à l’effondrement spectaculaire du sommet du G7 à Québec, lorsque Trump a refusé à la dernière minute de signer le communiqué convenu par le Canada, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie. Entretemps, au cours de l’année écoulée, les tensions internationales au sein de l’OTAN n’ont cessé de s’aggraver… »

On a déjà vu divers motifs de cette aggravation, à mon avis les plus importants, dans  l’un ou  l’autre texte récent où le président français tient incontestablement la vedette. En effet, c’est une analogie assez étrange que celle qu’on relève entre ces deux personnages-là si différents, d’être, chacun dans leur genre et chacun avec leur style, les deux perturbateurs principaux de l’usine à gaz otanienne, de son ordre établi et paisiblement assoupi, au rythme de furieuses menaces antirusses et anathèmes antichinois qui sont comme comme autant de paisibles ronflements suivant l’aimable cliquetis des chenilles de quelques chars de passage. On vous le dit : si ce n’était eux, avec en plus Erdogan comme Grand Mamamouchi déguisé en cerise sur le gâteau, tout serait pour le mieux dans la meilleure des réunions au sommet, à Londres plus swinging que jamais, demain et le jour d’après.

« “Les alliés de l’OTAN approchent le sommet de Londres avec un sentiment d’appréhension”, observe Karen Donfried, du groupe de réflexion du German Marshall Fund. “Bien peu prévoient un rassemblement qui unifiera l’ensemble en aveuglant les fissures croissantes dans la cohésion.”
» De plus en plus, Trump n’est plus considéré comme le seul chef d’État dont les remarques pourraient provoquer une crise diplomatique majeure. “Ce serait un grand hommage à la valeur que tous les alliés de l’OTAN accordent à l’institution si nous parvenons à passer cette réunion sans que le président Trump, le président Emmanuel Macron ou le président Recep Tayyip Erdogan ne disent ou fassent quelque chose de dommageable pour l’alliance”, a déclaré Kori Schake, ancien responsable du Conseil national de sécurité dans le gouvernement Bush, à Bloomberg News. »

Effectivement, il aurait été injuste d’oublier l’exotique empoignade entre Macron et Erdogan. Elle est pourtant tellement d’actualité, je veux dire comme illustration du chaos du monde et du billard à 2019 bandes que sont devenus la politique des relations internationales et le classement entre “ami” et “ennemi”, avec des observations de la sorte que “l’ami de mon ennemi est l’ennemi de mon ennemi qui est devenu mon ami”.

Ils s’empoignent tellement, Macron-Erdogan, qu’ils en arrivent à boucler la boucle ; puisqu’Erdogan menace de mettre son veto “aux plans de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes” si la susdite-OTAN ne proclame pas “terroriste” le YPG kurde tant chéri par Macron ; alors que ce même Macron demande une chose prioritairement, qu’on cesse donc d’ennuyer la Russie avec des postures de menaces et des cliquetis de chenilles de chars en goguette, notamment en Pologne et dans les États baltes.. 

« Au cours des derniers jours, Macron a également échangé des insultes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a déclaré à l’intention de Macron, vendredi : “Je vous le dirai à nouveau lors de la réunion, vérifiez d’abord votre propre mort cérébrale.” Erdogan a également déclaré qu’il n’appartenait pas à Macron de discuter de la question de savoir si la Turquie devait rester au sein de l’OTAN ou si elle devait être expulsée. Erdogan a critiqué Macron pour son soutien à la milice des unités de protection du peuple kurde syrien (YPG), que le gouvernement turc a qualifiée de groupe terroriste.
» Erdogan a également menacé de s’opposer aux plans militaires de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes, si l’OTAN n’inscrivait pas collectivement le YPG comme organisation terroriste. »

Pourtant, poursuit le commentateur de WSWS.org, l’OTAN a son utilité. Cette organisation sert fort bien à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre “chouette petite guerre” de temps en temps, ce qui contribue dit-on à faire taire les récriminations de la classe ouvrière et à fabriquer un simulacre d’entente et de coude-à-coude entre tous ces pays qui sont rassemblés en une alliance au succès sans précédent dans l’histoire, et dont je ne sais plus à quoi elle sert… Mais si, pardi ! qui sert “ à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre ‘chouette petite guerre’”, – ce qui montre combien l’OTAN n’est pas loin d’avoir inventé le mouvement perpétuel.

…Ainsi aurions-nous enfin percé le Grand Mystère qui plonge le Sphinx lui-même dans des abîmes de réflexion : mais à quoi donc peut bien servir l’OTAN, elle qui rassemble sous la houlette américaniste tant de pays qui, pris individuellement, sont autant de marionnettes très-fidèles de l’américanisme, sauf l’un ou l’autre qu’il n’est pas très habile de mélanger aux autres ?

Enfin bref… L’OTAN a inventé le mouvement perpétuel point-barre, et cela suffit à notre bonheur et à l’honneur de notre civilisation.

« Près de 30 ans après la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne en 1991, qui a privé l’OTAN d’un ennemi commun, il est de plus en plus clair que des conflits profondément enracinés selon des intérêts stratégiques et économiques antagonistes déchirent les principales puissances de l’OTAN. Face à la défaite de leur guerre par procuration de huit ans en Syrie et dans les guerres au Moyen-Orient, les puissances de l’OTAN se préparent à une escalade sans le moindre souci de conséquences potentiellement catastrophiques. Cette voie a été empruntée pour tenter de faire face à l’opposition croissante des travailleurs dans les pays membres et aux divisions croissantes entre eux. »

Mais je m’en voudrais de vous faire perdre  de vue l’un des derniers points soulevés par l’article cité, qui concerne l’une des conquêtes les plus fructueuses de l’organisation, – je veux parler de l’Ukraine et de son sémillant président Zelenski. En effet, il faut savoir que ce président Zelenski-là est chapeauté de drôlement près, comme chacun sait, par le truculent oligarque ukrainien Kolomoïski qui est en train d’ébaucher une nouvelle extension de sa fortune vers l’Est, c’est-à-dire vers l’ami russe, au moyen d’un succulent  trafic de Pampers qu’il compte bien vendre à l’OTAN pour que cette sublime organisation en équipe ses innombrables divisions blindées et néanmoins incontinentes… On pourrait imaginer que Zelenski soit invité à suivre par la grosse patte bonhomme de Kolomoïski, non ?

« …En particulier, les divisions tactiques sur la politique étrangère impérialiste américaine qui sous-tendent la campagne du Parti démocrate pour destituer Trump et le dénoncer comme un traître pro-russe sont étroitement liées à des conflits explosifs au sein de l’OTAN.
» Alors que Merkel, Macron, Poutine et le président ukrainien Vladimir Zelenski devaient se rencontrer pour négocier une trêve à Paris le 9 décembre, sans la participation de Washington, le quotidien de référence Washington Post a averti que la crise de destitution pourrait renforcer par inadvertance la main des puissances européennes en Ukraine.
» Dans son éditorial, le Post écrit : “Pratiquement tous les hauts fonctionnaires qui ont travaillé sur les relations (avec l’Ukraine) au cours des deux dernières années ont démissionné ou ont témoigné dans l’enquête de destitution et ont été dénoncés par le président. … Tout cela affaiblit considérablement la position de M. Zelenski, d’autant plus qu’il envisage de rencontrer M. Poutine, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron. Ces deux derniers feront probablement pression sur les Ukrainiens pour obtenir des concessions pour satisfaire la Russie, car un accord leur permettrait de réparer les relations européennes avec la Russie”. »

En général, je l’avoue, je me méfie des réunions qu’on vous annonce comme “explosives”, ou de tout autre événement à la prévision catastrophique. Cela, c’est un réflexe appris d’“avant”, je veux dire avant le “nouveau monde”, quand on parvenait à s’arranger sur les sujets de grande discorde que l’on voyait venir, grâce à la raison et au sens commun. Mais aujourd’hui, tel ou tel exemple montre qu’il y a un côté “le pire est toujours le plus probable“ dans notre époque, comme si l’idée selon laquelle les catastrophes prévisibles étaient souvent évitables selon l’acte de l’ancienne sagesse, étaient devenues la fatalité que les catastrophes prévisibles sont devenues inévitables, comme si enfin nous n’avions plus ni raison ni sens commun pour écarter des événements sur lesquels nous n’avons plus aucun contrôle.

Alors, prudence prudence… Même les plus fins limiers, comme un Bruno Tertrais, que j’avais rencontré en passant, jeune expert en herbe et imberbe à la DAS (Délégation aux Affaires Stratégiques à la défense) de Perrin de Brichambaut, exultant d’un patriotisme touchant après la victoire de la France en Coupe du Monde (celle de Paris, 1999) ; devenu depuis une anguille sachant naviguer, grand-maître du parti neocon des salons parisiens, exquisement proaméricaniste et otanien du Quai d’Orsay au boulevard Saint-Germain,  – eh bien, même lui adopte une attitude prudente, désapprouvant discrètement la crudité des mots de Macron mais non points ses intentions, et terminant (ou commençant, je ne sais plus très bien et de toutes les façons c’est selon la façon dont on lit l’article qui n’est nulle part ailleurs que  dans Le Monde) par ce “p’têt ben qu’oui, ptêt ben qu’non” : « Il est tout à fait possible que l’OTAN puisse célébrer son 100e anniversaire en 2049. Mais si le sommet de Londres se transforme en un déballage sans précédent des différends entre alliés, il pourrait entrer dans l’histoire comme le début de la fin de l’OTAN. »

Bref, il peut très bien faire très beau demain et après dans le Swinging New London, mais il est bien possible qu’il nous en tombe une sacrée bonne drache… Que Sera Sera

https://www.dedefensa.org/article/swinging-london

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

jeudi 28 novembre 2019

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

Les pertes cruelles que viennent de subir nos Armées -et qui ne seront hélas pas les dernières-, ont donné à certains l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la présence militaire française au Sahel. Cette démarche est légitime, mais à la condition de ne pas sombrer dans la caricature, les raccourcis ou l’idéologie.
J’ai longuement exposé l’état de la question sur ce blog, notamment dans mon communiqué en date du 7 novembre 2019 intitulé « Sahel : et maintenant quoi faire ?» , ainsi que dans les colonnes de l’Afrique Réelle et dans mon  livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours qui replace la question dans sa longue durée historique et dans son environnement géographique. Je n’y reviens donc pas. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1) Dupliquées d’un logiciel datant des années 1960-1970, les accusations de néocolonialisme faites à la France sont totalement décalées, inacceptables et même indignes. Au Sahel, nos Armées ne mènent  en effet pas la guerre pour des intérêts économiques. En effet :

– La zone CFA dans sa totalité, pays du Sahel inclus,  représente à peine plus de 1% de tout le commerce extérieur de la France, les pays du Sahel totalisant au maximum le quart de ce 1%. Autant dire que le Sahel n’existe pas pour l’économie française.
– Quant à l’uranium du Niger, que de fadaises et de contre-vérités entendues à son sujet puisqu’en réalité, il ne nous est pas indispensable. Sur 63.000 tonnes extraites de par le monde, le Niger n’en produit en effet que 2900…C’est à meilleur compte, et sans nous poser des problèmes de sécurité que nous pouvons nous fournir au Kazakhstan qui en extrait  22.000 tonnes, soit presque dix fois plus, au Canada (7000 t.), en Namibie (5500 t.), en Russie (3000 t.), en Ouzbékistan (2400 t.), ou encore en Ukraine (1200 t.) etc..
– Pour ce qui est de l’or du Burkina Faso et du Mali, la réalité est qu’il est très majoritairement extrait par des sociétés canadiennes, australiennes et turques.
2) Militairement, et avec des moyens qui ne lui permettront jamais de pacifier les immensités sahéliennes, mais là n’était pas sa mission, Barkhane  a réussi à empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées. Voilà pourquoi, pariant sur notre lassitude, les islamistes attaquent les cadres civils et les armées locales, leur objectif étant de déstructurer administrativement des régions entières dans l’attente de notre départ éventuel, ce qui leur permettrait de créer autant de califats. Notre présence qui ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.
3) Nous sommes en réalité en présence de deux guerres :

– Celle du nord ne pourra pas être réglée sans de véritables concessions politiques faites aux Touareg par les autorités de Bamako. Egalement sans une implication de l’Algérie, ce qui, dans le contexte actuel semble difficile. Si ce point était réglé, et si les forces du général Haftar ou de son futur successeur tenaient effectivement le Fezzan, les voies libyennes de ravitaillement des jihadistes  auxquelles Misrata et la Turquie ne sont pas étrangères, seraient alors coupées. Resterait à dissocier les trafiquants des jihadistes, ce qui serait une autre affaire…- Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi notre effort doit porter sur le soutien au bloc ethnique mossi. Aujourd’hui comme à l’époque des grands jihad peul du XIXe siècle ( là encore, voir mon livre sur les guerres du Sahel), il constitue en effet un môle de résistance. Le renforcement des défenses du bastion mossi implique d’engager à ses côtés les ethnies vivant sur son glacis et qui ont tout à craindre de la résurgence d’un certain expansionnisme peul abrité derrière le paravent du jihadisme. Cependant, si les jihadistes régionaux sont majoritairement Peul, tous les Peul ne sont pas jihadistes. Ceci fait que, là encore, il sera nécessaire de « tordre le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. Car, et comme je l’ai écrit dans un ancien numéro de l’Afrique Réelle « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». Il y a donc urgence.

Par-delà les prestations médiatiques des « experts », une chose est donc claire : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul. Tout le reste découle de cette réalité. Dans ces conditions, comment contraindre les gouvernements  concernés à prendre en compte cette double donnée qui est la seule voie pouvant conduire à la paix ?
Bernard LuganPublié par Administrateur à 11:352  

http://bernardlugan.blogspot.com/

L’expertise germanopratine

L’expertise germanopratine

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   samedi 30 novembre 2019

   Forum

Il n’y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer 1314

L’expertise germanopratine

30 novembre 2019 – Il fut un temps dans la période d’après-guerre où les journalistes français avaient une connaissance solide, et même parfois brillante, des affaires internationales, notamment des relations avec les USA et de la situation US, de l’OTAN, etc. Cela vaut surtout pour le temps de la Guerre froide, essentiellement pour les années1950 et 1960 sans aucun doute.

(Mon explication pour cette période est qu’alors il n’était pas encore envisagée de boucler le savoir de toute chose en matière de relations extérieures et tout ce qui y affère en transférant la patate chaude au concept et aux instances remarquablement informées de “l’Europe”, éventuellement avec l’OTAN en mode de réhabilitation après les éclats gaullistes. Cette attitude aparut dès l’époque qui suivit [courant des années 1970], lorsque l’Europe devint un sujet inévitable dans tout ce qui concernait l’extérieur de soi, et effectivement le chroniqueur perdit toute souveraineté de jugement pour s’en remettre à une entité qui ne peut en avoir [de jugement], puisque privée de souveraineté.)

Aujourd’hui, le niveau d’ignorance, d’inculture, d’aveuglement saupoudrées d’arrogance et de certitude de soi est, chez ces mêmes journalistes français, spécialiste de tout et rudement-grassement payés, stupéfiant au-delà de tout. Cela se situe au sous-sol du Mordor et ça parle autour des talk-shows bavards des grands réseaux d’infos, avec une assurance à ne pas croire, une assurance “qui ose tout” comme disait Audiard.

Je me fais souvent cette sorte de remarques et me décide à vous en faire part après avoir entendu O.M. (on l’a reconnu), éditorialiste tous-terrains de LCI, ce matin autour de 09H10. O.M. éditorialisait sur “les faits de la semaine” et on lui proposait, en ricanant comme il convient dans ce cas, à-propos de cette crapule d’Erdogan qui vient de dire qu’en fait de « mort cérébrale » (l’OTAN selon Macron), ce serait plutôt Macron qui en souffre. (L’aimable propos a valu une convocation de l’ambassadeur turc au Quai d’Orsay. On s’occupe comme on peut.) Bien, – alors, que pense O.M. de la sortie du Calife Erdogan ?

En substance, il dit que le propos de Macron sur l’OTAN, qu’on l’approuve ou non, a au moins du bon en mettant les choses à nue. Ainsi en est-il d’Erdogan qui est ainsi mis sur la sellette (à partir de son incursion en Syrie qui est la cause tout ce qu’il y a de plus apparent-simulacre du jugement de Macron sur l’OTAN) et dont on découvre, nous révèle O.M., “qu’il met l’OTAN en danger en achetant des systèmes de missiles russes anti-aériens” ; et même, – écoutez cela, la traîtrise n’a plus de bornes, – “qu’il a permis à des techniciens russes de venir en Turquie pour espionner avec leurs systèmes ainsi mis en place les secrets des avions américains dont les Turcs sont équipés”. Ainsi O.M. implique-t-il, par raisonnements en cascade, que la sortie de Macron contre l’OTAN (l’affaire terrible de la « mort cérébrale ») avait en vérité pour but de défendre les secrets du F-35.

Est-il bien utile de passer en revue les sottises innombrables dont est marquée cette intervention, du “danger” que les S-400 font courir à l’OTAN (de même que les S-300 dont les Grecs sont équipés depuis nombrecd’années ?), de l’“espionnage” que des Russes déguisés en S-400 vont effectuer sur les nombreux F-35 dont la Force Aérienne turque n’est pas encore équipée, qui font l’objet d’un marchandage grotesque au point qu’on ne sait s’ils seront livrés, qui sont d’ailleurs et d’ores et déjà largement “calibrés” et “éclairés” par les Russes et les Chinois lorsqu’il leur arrive de voler, etc… C’est donc cela qu’un chroniqueur-vedette arrive à nous sortir de la déclaration Macron sur l’OTAN, répétée à plusieurs reprises : démasquer un complot russo-turque pour saboter l’OTAN alors qu’elle est faite pour tenter d’être quitte de l’OTAN et tenter de se rapprocher décisivement des Russes. Non seulement on dit des sornettes déguisées en sottises, ou le contraire, en abordant un simulacre hors-sujet et complètement annexe farci de ragots de salon, mais on en sous-entend suffisamment pour en laisser conclure comme explication d’un tel acte (la déclaration de Macron) le contraire de ce qu’il prétend tenter.

Que vaut donc O.M. dans cette aventure ? Répond-il à la définition de  Pilger sur les journalistes post-modernes (malgré son âge respectable qui laisse à penser qu’il exerça avant l’arrivée du “nouveau monde”, mais la mémoire d’une cervelle d’oiseau ne suffit pas) :

« Aujourd’hui, les vrais francs-tireurs sont redondants dans les médias grand public. Les relations publiques du Corporate Power sont la force dominante du journalisme moderne. Regardez la façon dont les nouvelles sont écrites : presque rien ne répond à la juste réalité. J’ai écrit pendant de nombreuses années pour le Guardian ; mon dernier article date d’il y a cinq ans, après quoi j’ai reçu un appel téléphonique. J’ai été liquidé, ainsi que d’autres écrivains indépendants. Le Guardian promeut maintenant la fiction sur la Russie d’une façon obsessionnelle, les intérêts des services de renseignements britanniques, d’Israël, du Parti démocrate américain, les narrative de la théorie des genres si chère aux bourgeois et une vision très satisfaite de lui-même. »

Même pas vraiment… Je crois que c’est lui faire trop d’honneur que de croire qu’il “obéit” à des ordres ; l’autocensure, d’une part, suffit à la besogne ; mais surtout et d’autre part, cette longue et rapide descente dans la servilité absolument-volontaire rend de plus en plus stupide, et bientôt enchaîné au  déterminisme-narrativiste (narrative de départ : “les Russes sont les vilains”) qui les mène tous par le bout du nez sans qu’ils n’y voient goutte, alignant les sornettes-sottises sans même songer à les évaluer, comme des robots lobotomisés-zombistropiés.

C’est à mon avis une très grande faiblesse d’avoir, comme ça, les grands noms des plateaux se lancer dans des racailleries de la sorte, – une très grande faiblesse pour le Système, le Corporate Power, les 1% et toute cette clique. Je veux dire qu’écoutant O.M., ses approximations, cette évidence qui suintait de toutes ses paroles assez molles et sans conviction qu’il parlait manifestement de quelque chose à propos de quoi il ne pouvait rien ni entendre ni comprendre, qui même ne l’intéressait pas une seconde, en l’écoutant et en l’entendant de la sorte le doute s’installe dans votre oreille et vous vous dites : “Ce type, finalement, dit n’importe quoi”. C’est exactement cela, et il est payé assez haut pour cela, car ce n’est pas une spécialité si commune d’arriver à dire n’importe quoi sans se demander si l’on n’est pas en train de dire n’importe quoi…

Ainsi, John Pilgen, en est-il du journalisme assermenté aujourd’hui ; de la volaille de basse-cour qui vous pond des œufs carrés en bêlant comme un mouton du Sieur Panurge que la chose est importante.

https://www.dedefensa.org/article/lexpertise-germanopratine

La « guerre » pour l’avenir du Moyen-Orient – Par Alastair Crooke

GÉOPOLITIQUE30.novembre.2019 // Les Crises

La « guerre » pour l’avenir du Moyen-Orient – Par Alastair Crooke

moyen-orientUSAMerci44Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-11-2019

© Photo : Flickr / US Department of State

Oh, oh, nous y revoilà ! En 1967, c’était alors la « menace » des armées arabes existantes (et la guerre de six jours qui a suivi contre l’Égypte et la Syrie) ; en 1980, c’était l’Iran (et la guerre irakienne qui a suivi contre l’Iran) ; en 1996, c’est David Wurmser avec son document intitulé Coping with Crumbling States (qui découle du tristement célèbre document stratégique sur la politique Clean Break) qui, à l’époque, ciblait les États nationalistes laïques arabes, présentés à la fois comme « reliques déclinantes de l’URSS » et hostiles par nature à Israël ; dans les guerres de 2003 et 2006, ce fut Saddam Hussein, puis le Hezbollah, qui menaçait la sécurité de l’avant-poste de la civilisation occidentale au Moyen Orient.

Et nous revoilà une fois de plus, Israël ne peut « vivre » en toute sécurité dans une région où se trouve un Hezbollah militant.

Il n’est pas surprenant que l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, Alexander Zasypkin, ait rapidement reconnu ce schéma bien trop familier : s’adressant à al-Akhbar le 9 octobre à Beyrouth (plus d’une semaine avant l’éclatement des manifestations à Beyrouth), l’ambassadeur a écarté toute perspective d’apaisement des tensions régionales ; mais a plutôt identifié la crise économique qui se développe depuis des années au Liban comme le « point d’ancrage » sur lequel les États-Unis et leurs alliés pourraient semer le chaos au Liban (et dans l’économie calamiteuse parallèle de l’Irak), pour frapper le Hezbollah et le Hash’d A-Sha’abi – les ennemis des israéliens et américains dans cette région.

Pourquoi maintenant ? Parce que ce qui est arrivé à Aramco le 14 septembre a choqué à la fois Israël et l’Amérique : l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne a écrit récemment : « Les événements récents obligent Israël à recalculer sa trajectoire en fonction des événements. Les capacités technologiques de l’Iran et de ses différents mandataires ont atteint un niveau tel qu’ils peuvent désormais modifier l’équilibre du pouvoir dans le monde entier ». Non seulement aucun État ne pouvait identifier le modus operandi des frappes (même maintenant) ; mais pire encore, ni l’un ni l’autre n’avait de réponse à l’exploit technologique que les frappes représentaient clairement. En fait, l’absence de « réponse » possible a incité un éminent analyste occidental de la défense à suggérer que l’Arabie saoudite devrait acheter des missiles russes Pantsir plutôt que des défenses aériennes américaines.

Et pire encore. Pour Israël, le choc d’Aramco est arrivé précisément au moment où les États-Unis ont commencé à retirer de la région sa « confortable couverture de sécurité » – laissant Israël (et les pays du Golfe) seuls – et maintenant vulnérables face à des technologies qu’ils n’avaient jamais pensé que leurs adversaires posséderaient. Les Israéliens – et en particulier leur Premier ministre – bien que toujours conscients de cette possibilité hypothétique, n’ont jamais pensé que le retrait se produirait réellement, et jamais pendant le mandat de l’Administration Trump.

Cela a laissé Israël complètement assommé, et en pleine confusion. Israël a renversé sa stratégie, l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne (mentionné plus haut) spéculant sur les options inconfortables d’Israël – aller de l’avant – et même se demandant si Israël n’avait pas maintenant besoin d’ouvrir une voie vers l’Iran. Cette dernière option, bien sûr, serait culturellement répugnante pour la plupart des Israéliens. Ils préféreraient un « changement de paradigme » israélien audacieux, et hors du commun (comme cela s’est produit en 1967) à tout contact avec l’Iran. C’est là que réside le véritable danger.

Il est peu probable que les protestations au Liban et en Irak soient en quelque sorte une réponse directe à ce qui précède, mais il est plus probable qu’elles soient liées à d’anciens plans (y compris le document de stratégie récemment divulgué pour contrer l’Iran, présenté par MbS à la Maison Blanche) et aux réunions stratégiques régulières tenues entre le Mossad et le Conseil national de sécurité américain, sous la présidence de John Bolton.

Quel qu’en soit l’origine spécifique, le « programme » est bien connu : susciter une dissidence populaire « démocratique » (basée sur de véritables griefs), fabriquer des messages et une campagne de presse qui polarise la population, et qui détourne leur colère du mécontentement généralisé vers des ennemis spécifiques (dans ce cas, Hezbollah, Président Aoun et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil (dont les sympathies avec le Hezbollah et le Président Assad en font une cible principale, surtout en tant qu’héritier possible du leadershhip de la majorité des chrétiens). L’objectif – comme toujours – est de créer un fossé entre le Hezbollah et l’armée, et entre le Hezbollah et le peuple libanais.

Tout a commencé lorsque, lors de sa rencontre avec le président Aoun en mars 2019, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo aurait présenté un ultimatum : confiner le Hezbollah ou se préparer à des conséquences sans précédent, notamment des sanctions et la perte de l’aide américaine. Selon des informations non vérifiées, Pompeo aurait par la suite amené le Premier ministre Hariri, un allié, à participer aux troubles prévus lorsque Hariri et son épouse ont invité le Secrétaire Pompeo et son épouse à un banquet dans le ranch de Hariri près de Washington à l’issue de la visite du Premier ministre libanais aux États-Unis en août dernier.

Au début des manifestations libanaises, les rapports faisant état d’une « salle de direction des opérations » à Beyrouth qui gérait et analysait les manifestations et d’un financement à grande échelle par les États du Golfe ont proliféré ; mais pour des raisons qui ne sont pas claires, les manifestations se sont enlisées. L’armée qui, à l’origine, se tenait curieusement à l’écart, s’est finalement engagée à nettoyer les rues et à rendre un semblant de normalité – et les prévisions étrangement alarmistes du gouverneur de la Banque centrale concernant l’effondrement financier imminent ont été contrées par d’autres experts financiers présentant une image moins effrayante.

Il semble que ni au Liban ni en Irak les objectifs américains ne seront finalement atteints (c’est-à-dire que le Hezbollah et le Hash’d A-Sha’abi seront détruits). En Irak, ce résultat pourrait toutefois être moins certain, et les risques potentiels que les États-Unis courent en fomentant le chaos seraient bien plus grands si l’Irak sombrait dans l’anarchie. La perte des 5 millions de barils/jour de brut de l’Irak créerait un gouffre dans le marché du brut – et en ces temps de fébrilité économique, cela pourrait être suffisant pour plonger l’économie mondiale dans la récession.

Mais ce serait un « moindre risque » par rapport au risque que les États-Unis courent en tentant « le destin » avec une guerre régionale qui atteindrait Israël.

Mais existe-t-il un message plus large reliant ces manifestations au Moyen-Orient à celles qui éclatent en Amérique latine ? Un analyste a inventé le terme pour désigner cette époque, comme l’Âge de la colère, dégorgeant des « geysers en série » de mécontentement à travers le monde, de l’Équateur au Chili en passant par l’Égypte. Son thème est que le néolibéralisme est partout – littéralement – en flammes.

Nous avons déjà noté comment les États-Unis ont cherché à tirer parti des conséquences uniques des deux guerres mondiales et du fardeau de la dette qu’ils ont légué pour s’octroyer une hégémonie en dollars, ainsi que la capacité vraiment exceptionnelle d’émettre du crédit à travers le monde sans frais pour les États-Unis (les États-Unis ont simplement « imprimé » leur crédit). Les institutions financières américaines pourraient faire du crédit partout dans le monde, pratiquement sans frais, et vivre du loyer que ces investissements ont rapporté. Mais en fin de compte, cela a eu un prix : la limite – à être le rentier mondial – est devenue évidente à travers les disparités de richesse, et à travers l’appauvrissement progressif des classes moyennes américaines que la délocalisation a provoqué. Les emplois bien rémunérés se sont évaporés, alors même que le bilan bancaire financiarisé de l’Amérique explosait à travers le monde.

Mais il y avait peut-être un autre aspect à cet Âge de la colère. C’est TINA : « Il n’y a pas d’alternative » [There is no alternative, traduit en français par « Il n’y a pas d’autre choix », « Il n’y a pas d’alternative » ou « Il n’y a pas de plan B », est un slogan politique couramment attribué à Margaret Thatcher lorsqu’elle était Première ministre du Royaume-Uni, NdT]. Non pas à cause d’une absence de potentialité, mais parce que les alternatives ont été écrasées. À la fin des deux guerres mondiales, on a compris la nécessité d’une autre façon d’être, de mettre fin à l’ère plus ancienne de la servitude, d’une nouvelle société, d’un nouveau contrat social. Mais c’était éphémère.

Et – pour faire court – le désir d’équité de l’après-guerre (quelle qu’en soit la signification) a été réduit à néant ; « d’autres politiques ou économies » de quelque couleur que ce soit, ont été ridiculisées comme « fausses nouvelles » – et après la grande crise financière de 2008, toutes sortes de filets de sécurité ont été sacrifiés et la richesse privée « captée » pour la reconstruction du bilan des banques, pour protéger l’intégrité des dettes et maintenir les taux d’intérêt bas. Les gens sont devenus des « individus » – par eux-mêmes – pour régler leur propre austérité. Est-ce à ce moment-là que les gens se sentent appauvris matériellement par cette austérité, et humainement appauvris par leur servitude en cette nouvelle ère ?

Le Moyen-Orient peut traverser (ou non) les crises actuelles, mais sachez que, dans leur désespoir en Amérique latine, le mème « il n’y a pas d’alternative » devient une raison pour les manifestants « d’incendier le système ». C’est ce qui se produit lorsque des alternatives sont exclues (bien que dans l’intérêt de « nous » préserver de l’effondrement du système).

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/la-guerre-pour-l-avenir-du-moyen-orient-par-alastair-crooke/

SCÉNARIO RÉEL DE GRANDE GUERRE EN EUROPE DE L’EST


#EU #RUSSIA 27.11.2019 – 52 vues    0 ( 0 votes)

SCÉNARIO RÉEL DE GRANDE GUERRE EN EUROPE DE L’EST

 2 40Partager00       6 faire un don

3 jours restés jusqu’à la fin du mois de novembre. Depuis le 1er octobre, SouthFront a collecté 2 576 USD. Cela représente environ 55% du budget minimum mensuel [4 700 USD]. Si vous pensez que notre contenu est une source d’information intéressante et précieuse, veuillez soutenir SouthFront par des dons:  PayPal: southfront@list.ru,  http://southfront.org/donate/  ou via:  https: //www.patreon. com / front sud

***

Scénario réel de grande guerre en Europe de l'Est

Cliquez pour voir l’image complète

L’OTAN envisage d’approuver un plan militaire de défense de la Pologne, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie en cas de prétendue attaque russe.

Ce plan est une étape logique dans le cadre de la militarisation de l’Europe de l’Est par l’ OTAN et l’OTAN, sous prétexte de dissuader la prétendue menace russe et sous le couvert d’une longue histoire de MSM au détriment de « méchants Russkies ». L’OTAN cherche à obtenir l’approbation officielle de ce plan par les 29 États membres lors de son sommet du 70e anniversaire à Londres début décembre.

Conformément aux dispositions du Traité de l’Atlantique Nord de 1949, une attaque armée contre l’un des signataires du pacte équivaut à une attaque contre tous les pays de l’OTAN. Par conséquent, le nouveau plan vise uniquement à obtenir un prétexte juridique supplémentaire pour les préparatifs de guerre contre la Russie.

Jusqu’à présent, la Turquie semble être le seul État à refuser de soutenir ce plan. Cependant, selon Reuters , la raison ne tient pas à « l’amitié » avec la Russie, mais à la volonté d’Ankara d’obtenir davantage de soutien politique dans le combat qu’il mène contre la milice kurde YPG dans le nord de la Syrie.

« Ankara a dit à son envoyé de l’OTAN de ne pas approuver le plan et adopte une ligne dure lors de réunions et de conversations privées, demandant à l’alliance de reconnaître l’YPG en tant que terroriste dans le libellé officiel, ont indiqué des sources.

La délégation turque de l’OTAN n’était pas immédiatement disponible pour commenter. Les ministères turcs de la défense et des affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaires », a rapporté l’agence Reuters.

L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne sont déjà à l’avant-garde de la campagne médiatique, diplomatique, économique et militaire soutenue par les États-Unis contre la Russie. Ces États, en tant qu’agents de l’establishment anglo-saxon en Europe, alimentent la confrontation régionale, font des déclarations et des actions agressives à l’égard de la Russie et ne ménagent aucun effort pour soutenir le comportement agressif du régime de Kiev contre la résistance du peuple à Ukriane, sapant ainsi les efforts. désamorcer le conflit armé.

Récemment à Tallinn, les ministères de la Défense estonien et ukrainien ont signé un mémorandum dans lequel l’Estonie avait promis d’aider l’Ukraine à renforcer sa sécurité.

«Dans le cadre de la visite du ministre ukrainien de la Défense en Estonie le 26 novembre, Andriy Zagorodnyuk a rencontré à Tallinn le ministre de la Défense estonien, Juri Luik. Les parties ont discuté des domaines de coopération actuels entre les départements de la défense des deux pays et ont présenté les prochaines étapes de la coopération. Après la réunion, la déclaration d’intention de coopérer dans le domaine de la défense territoriale a été signée », a rapporté le ministère ukrainien de la Défense.

Le document définissait la coopération dans le domaine du développement du concept de défense territoriale de l’Ukraine et la mise en œuvre pratique d’un projet pilote dans ce domaine au sein des unités administratives et territoriales désignées de l’Ukraine. Le ministre ukrainien de la Défense a également visité le centre d’excellence sur la cyberdéfense coopérative, où il a discuté avec des collègues estoniens des domaines prometteurs pour une coopération bilatérale accrue et un échange d’expérience dans le domaine de la cyberdéfense.

En outre, les ministres des Affaires étrangères d’Estonie, de Lituanie, de Suède et de l’Ukraine elle-même ont publié une déclaration commune en faveur du régime de Kiev.

«Nous exhortons la Russie à respecter le droit international et ses principes fondamentaux, ainsi que les renversements contraires à ces principes. Nous condamnons fermement la violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine par des actes d’agression commis par les forces armées russes depuis février 2014, ainsi que l’annexion illégale de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol à la Fédération de Russie, que nous ne reconnaîtrons pas. Nous resterons engagés à mettre en œuvre la politique de non-reconnaissance, y compris par le biais de mesures restrictives », a déclaré le communiqué.

L’intensification de la coopération entre l’Ukraine et les représentants européens de l’établissement mondial s’est faite dans le cadre d’une nouvelle vague d’escalade dans l’est de l’Ukraine. La semaine dernière, les forces pro-Kiev ont repris le bombardement quotidien des positions des forces d’autodéfense des républiques populaires de Lougansk et de Donetsk. Le RPD et le LPR ont déjà fait état de deux douzaines d’incidents de ce type.

L’intensification de l’activité militaire ukrainienne a été consécutive au retrait des forces dans les régions de Petrovskoe, Zolotie et Stanica Luganskaya sur la ligne de contact entre l’armée ukrainienne et les forces de la RPD / LPR. En vertu de l’accord visant à désamorcer la situation, ces zones ont été transformées en une « zone neutre ». Une offensive de l’armée ukrainienne et de groupes armés illégaux fidèles au régime de Kiev menace maintenant cette zone neturale.

Dans le même temps, les forces favorables à la RPD et à la LPR signalent une augmentation de l’activité d’instructeurs étrangers aux positions de l’armée ukrainienne proches de la ligne de contact.

L’offensive ukrainienne dans la région du retrait des forces pourrait entraîner une nouvelle vague d’escalade à grande échelle dans la région. L’un des scénarios possibles de l’escalade est le suivant:

Sous un prétexte formel, l’armée ukrainienne reprend son offensive et s’empare de la zone démilitarisée du fait que des unités de la RPD et de la LPR en ont été retirées.

Les forces ukrainiennes accompagnées d’instructeurs étrangers et d’unités d’appui des États baltes ou de la Pologne (qui sont de plus en plus actives en Ukraine) commencent à renforcer leurs positions. Il est peu probable que du personnel étranger soit déployé directement sur la ligne de front. Toutefois, comme toujours, les conseillers étrangers seront présentés dans les quartiers généraux et fourniront une assistance clé en matière de logistique, de renseignement, de cyberguerre et de propagande. L’avancée ukrainienne fait l’objet d’une vaste campagne de propagande menée par les principaux médias et les diplomates occidentaux.

Les forces de la RDP et de la LPR répondent à l’agression et lancent une contre-offensive pour reprendre la zone capturée. La reprise des hostilités dans l’est de l’Ukraine met en danger, voire même endommage, le personnel de l’OTAN déployé dans le cadre de la mission «d’assistance et de conseil». Sous prétexte de cela, l’OTAN (qui a déjà préparé un nouveau « plan » de « défense » de l’Ukraine, de la Pologne et des États baltes) fournit à l’Ukraine une aide supplémentaire pour « lutter contre l’agression russe ». Du personnel supplémentaire de l’OTAN (composé principalement de forces polonaises et de pays baltes) est déployé dans l’est de l’Ukraine. Ce personnel soutient l’armée ukrainienne combattant les forces de la RPD et de la LPR.

Après cela, les forces armées ukrainiennes ouvertement soutenues par l’OTAN lancent une offensive à grande échelle visant à éliminer la RDP et le LPR. Sans le soutien de la Russie, les forces d’autodéfense locales ne seront probablement pas en mesure de repousser une telle attaque pendant une longue période. La Russie a deux options de réponse:

  • réagir à l’agression de l’OTAN uniquement dans les domaines diplomatique et médiatique, accepter des millions de réfugiés de l’est de l’Ukraine et fermer la frontière afin d’empêcher l’infiltration d’unités OTAN-ukrainiennes en Russie;
  • commencer à soutenir activement la RDP et la LPR avec des fournitures militaires, des conseillers et peut-être même une action militaire limitée. Ce scénario conduira éventuellement à un conflit ouvert entre l’OTAN et la Russie qui se transformera en une grande guerre régionale ou, dans le pire des cas, une guerre mondiale.

Le nouveau cycle d’escalade sera probablement synchrone avec certains développements politiques et diplomatiques importants, tels que l’élection présidentielle de 2020 aux États-Unis, les élections législatives russes de 2021 ou une nouvelle crise liée au transit du gaz russe en Ukraine. Les pourparlers à venir sur le format normand visant à régler le conflit en Ukraine ne déboucheront probablement pas sur une percée. Les parties peuvent convenir de mesures concrètes pour désamorcer la situation et réintégrer, dans un format donné, le RPD et le LPR en Ukraine en tant qu’autonomie. Néanmoins, la mise en œuvre de ces mesures se heurtera, comme toujours, à des obstacles notables, à commencer par l’attitude agressive du régime de Kiev et de ses sponsors étrangers.

Les chances d’une nouvelle vague de tensions dans la région seront particulièrement élevées entre avril-mai 2020 et mars-mai 2021. Cette nouvelle crise jouera entre les mains des élites financières occidentales et de l’establishment de Washington qui sont à la recherche d’opportunités éviter un impact dévastateur attendu de la crise économique mondiale à venir. Ils sont intéressés par les nouveaux marchés qui pourraient apparaître sur le territoire de la Russie en cas de désintégration, de pillage de ses ressources naturelles et de destruction des économies d’États européens dotés d’industries puissantes susceptibles de défier la domination américaine sur le terrain.

PLUS SUR LE SUJET: