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COMPRENDRE LE MONDE ACTUEL, MIEUX ANTICIPER LE MONDE DE DEMAIN…

COMPRENDRE LE MONDE ACTUEL, MIEUX ANTICIPER LE MONDE DE DEMAIN…

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire » (Henri Bergson). Tel n’est pas le mantra de nos dirigeants obnubilés par le très court terme, le présentisme, le médiatique, la tactique, la politique politicienne, les coups foireux qui s’apparentent à de vulgaires pétards diplomatiques. Alors que la planète plonge dans une crise sociale, économique sans précédent, consécutive à une pandémie1 et que la défiance à l’égard des dirigeants s’installe dans l’opinion publique, il est indispensable de prendre le temps de la réflexion. Prendre le temps de comprendre où nous nous trouvons aujourd’hui (pourquoi ?) pour mieux imaginer où nous irons demain et après-demain (comment ?).

Dans cette optique, les philosophes peuvent être d’une très grande utilité dans la démarche des internationalistes, des diplomates, des décideurs. Michel Foucault a magnifiquement expliqué, combien la tâche des philosophes, aujourd’hui, consiste à dresser un « diagnostic du présent ». Il a montré comment le rôle de la philosophie n’est pas de colorier les calendriers de l’avenir (Roger-Pol Droit). Le terme « diagnostic » est important par ce qu’il emporte comme conséquences. Nous ne le répèterons jamais assez. À l’instar de ce que nous dit Hubert Védrine, le travail du diplomate est comparable à celui du médecin, ni plus, ni moins. Sa priorité consiste à examiner le patient monde, région « X », État « Y », à l’ausculter avec attention pour dégager le tableau clinique qui s’impose.

Ce n’est que dans un second temps, qu’il peut, raisonnablement, envisager le diagnostic idoine2 permettant d’envisager, le cas échéant, le traitement des maux. Mutatis mutandi, ce n’est qu’au prix d’un diagnostic sans tabou du tableau clinique actuel – très peu encourageant au demeurant – que nous pourrons nous livrer à un exercice sans complexe d’anticipation du futur sans lequel nous nous promettons des jours difficiles3.

UN DIAGNOSTIC SANS TABOU DU TABLEAU CLINIQUE ACTUEL

Sans constat le plus objectif qui soit de la situation du monde en ce printemps 2020 (l’existence d’une polycrise), rien de très sérieux ne sera possible. La pratique du retour d’expérience (les leçons de l’Histoire) chère aux militaires, il paraît difficile, si ce n’est impossible, de répondre à un impératif catégorique (la projection dans l’avenir).

Un constat objectif : l’existence d’une polycrise

Prétendre, avec la plus grande mauvaise foi, que toutes les dérives, les dérèglements du système international sont les conséquences uniques et directes de la pandémie de Covid-19 est mensonger. Les fissures dans l’édifice fondé sur l’interdépendance, bâti après la Seconde Guerre mondiale, étaient déjà présentes depuis plusieurs années à condition de n’être ni sourd, ni aveugles aux signaux faibles et forts concordants. La crise sanitaire a simplement servi de révélateur, d’accélérateur de tendances structurelles largement perceptibles à la fin de l’année 20194. Nous étions face à une crise globale, crise de la mondialisation « heureuse » en particulier5. Tel est l’objectif de l’exercice de bilan auquel nous nous sommes livrés dans les colonnes de ce blog, l’intitulant : « Un monde sans repères »6. La démarche était des plus classiques pour un esprit formé sur les bancs de la faculté de droit et de Sciences-Po Paris, au siècle dernier, précisons-le. Sans grande originalité, nous constations la prégnance d’une fragmentation du monde (prégnance de multiples crises, effondrement de l’ordre international néo-libéral) dont la conséquence directe était l’émergence d’un monde désorienté (montée en puissance de la puissance, déclin progressif du multilatéralisme). Le tout débouchant sur un questionnement du monde du XXIe siècle (effacement continu de la confiance, déficit chronique d’architectes du futur). Un diagnostic largement partagé dans la communauté des chercheurs sérieux. Nous ne parlons pas ni des officines dont la devise est le client est roi, ni du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du Quai d’Orsay7. Notre conclusion était ainsi libellée : « En dernière analyse, pourrons-nous, voudrons-nous, saurons-nous ramasser les débris du monde d’hier pour reconstruire, sur les décombres de l’ancien, les piliers du monde de demain afin qu’il retrouve ses principaux repères ? L’ambition est étroite et l’ambition immense. Aux grands maux, les grands hommes ». Une fois de plus, rien de très original si ce n’est le souci de tirer les conclusions de l’instabilité et de l’imprévisibilité d’un monde en transition exposé à tous les vents mauvais, à toutes les tempêtes imprévues, à toutes les surprises stratégiques. Ce sont des domaines par excellence où l’autonomie, l’indépendance de la pensée, et donc de l’action, sont essentielles pour prévenir les multiples embardées – la crise globale – que nous connaissons depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Un retex salutaire : les leçons de l’Histoire

Comme le souligne justement le géographe, Michel Foucher : « Nous serions bien inspirés de prêter plus d’attention aux méthodes de nos militaires en anticipation et retour d’expérience, qu’ils sont bien les seuls à pratiquer »8. Il est vrai que les diplomates – très souvent imbus de leur propre morgue – dédaignent ce genre d’exercice d’introspection qu’ils jugent indignes de leur immense savoir des choses de l’extérieur. Exercice qui leur permettrait d’éviter de reproduire à l’identique les mêmes erreurs impardonnables au fil des ans. Et, le moins que l’on puisse dire est que la conjugaison des fautes et des surprises stratégiques constitue le meilleur carburant des dérives d’un monde qui peine à se restructurer en dépit des coups de boutoir que lui infligent la réalité. Ce ne sont pas les remarques dignes du Café du commerce produites par le brillantissime ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian qui sont rassurantes9. Saurons-nous faire preuve d’humilité pour reconnaître nos erreurs d’appréciation des situations, nos réponses erronées aux crises multiples qui secouent la planète ? Crises auxquelles il faut désormais ajouter la crise sanitaire aux nombreux effets dévastateurs dans tous les domaines : politiques, économiques, énergétiques10, financiers, sociaux, internationaux11, diplomatiques… Petite cause (un virus microscopique), grands effets (un bouleversement planétaire durable, « une catastrophe humanitaire » selon l’ONU). Sommes-nous et serons-nous en mesure de dresser un tableau de toutes les conséquences de cette crise, une fois le tsunami passé pour mieux anticiper l’avenir afin de s’y préparer le plus efficacement possible ? Sommes-nous disposés à nous plier à cette discipline intellectuelle en mettant entre parenthèses notre égo ? L’objectif est simple : mieux s’interroger pour mieux comprendre. Faute de nous livrer à cet exercice salutaire de retour sur le passé, nous nous promettons des lendemains qui déchantent.

Un impératif catégorique : la projection dans l’avenir

Une fois de plus, dans une démarche marquée au sceau de la logique et muni de notre bilan de l’année écoulée comme tout viatique pour un futur incertain, nous nous sommes autorisés, deux mois après la présentation du bilan de l’année 2019, à esquisser quelques grandes lignes d’action pour une année 2020 qui se présentait, à l’évidence, sous les plus mauvais auspices12. Tout bilan n’a d’intérêt opérationnel que s’il débouche sur quelques propositions d’action. Mais, les dirigeants ont une sainte horreur des Cassandre. Ils préfèrent le « narratif » rassurant des marchands d’illusions. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci). Comment mieux résumer la problématique des relations internationales, en cet été 2021, que ne le fait Antonio Gramsci ? Mais que disaient et proposaient, il y a peu de temps encore avec une grande assurance, nos bons docteurs Diafoirus pour guérir ce malade monde bien mal en point ? Rien de très passionnant et de très constructif, attachés aux dogmes13 et à la liturgie d’un passé révolu qu’ils sont. Pour notre part, nous estimions que, si nous voulions disposer d’un quelconque levier d’action pour contribuer au remodelage du mode du XXIe siècle, il fallait relever, au moins, les trois principaux défis suivants : le défi de la parole discréditée, le défi du réalisme, le défi de la créativité. S’agissant de la créativité, voici ce que nous écrivions au début du mois de mars avant que la crise du Covid-19 ne se manifeste sous ses diverses facettes.

« La rénovation de la grammaire des relations internationales devient une ardente obligation, un impératif catégorique. « Rien ne sert d’idéaliser le passénous ne reviendrons pas en arrière », nous rappelle fort justement Yuval Noah Harari. En cette année 2020, le monde est face à un choix stratégique qui l’engagera pour les décennies à venir. En un mot comme en cent, le dilemme de la communauté des nations – nous bannissons de notre langage le concept-valise de communauté internationale qui ne signifie rien de concret – est simple : se réformer ou périr. Mais après la question du quoi vient inexorablement le temps de celle du comment. Et, c’est là que les choses se corsent. Où sont les authentiques hommes et femmes d’État qui sachent voir loin, qui fassent preuve d’un minimum de clairvoyance pour appréhender les défis du monde nouveau dans cette dangereuses phase de transition ? Où sont ceux et celles qui cesseront de faire preuve d’une inquiétante cécité politique ?14 Il reste à espérer qu’ils ou elles sauront répondre au moins en partie à ces défis, notamment celui d’une approche inclusive des crises qui le secouent ».

Bien évidemment, rien de tout cela n’a été fait alors que nous disposions de toutes les cartes en main pour procéder à l’examen clinique de la situation à froid. Ceci explique en partie la situation de désarroi dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et qui était largement prévisible à condition de ne pas s’arrêter à l’écume des jours, à la dimension purement médiatique et court- termiste des relations internationales, concept appréhendé dans son acceptation la plus large.

Retour sur le passé, analyse sans tabou d’un présent tumultueux, telles sont les conditions incontournables d’une bonne préparation d’un avenir plus serein. Revient toujours de façon lancinante la même question : saurons-nous préparer le « monde d’après », le monde de demain ou bien devrons-nous nous résoudre à le subir ?

UN EXERCICE D’ANTICIPATION SANS COMPLEXE DU FUTUR

Plus l’avenir est incertain, plus la prospective doit reprendre du service pour tenter de réduire les incertitudes. Pour parvenir à cet objectif ambitieux, une révolution copernicienne s’impose. Elle passe par l’adoption d’une méthodologie exigeante (une sorte d’ardente obligation comme le fut la planification au lendemain de la Seconde Guerre mondiale), le recours à une prospective novatrice (une recherche iconoclaste débarrassée des pesanteurs et des conformismes de toutes sortes) et la mise au point d’une feuille de route globale (une indispensable boussole pour fixer un cap pérenne au navire monde dans la décennie future).

Une méthodologie exigeante : une ardente obligation

Le monde d’aujourd’hui. Un impératif catégorique s’impose. Nous devons indubitablement nous débarrasser de tous nos préjugés, nos idéologies, nos a priori, nos élans généreux… pour mettre au point une méthodologie pragmatique permettant de nous projeter sur l’avenir « car le futur se récolte toujours dans le passé » (Dany-Robert Dufour). Vouloir coûte que coûte faire entrer le futur dans des schémas de pensée préétablis devient de plus en plus insupportable, de plus en plus contreproductif, de plus en plus vain. Il n’y aura pas de « jours heureux » (pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron) sans une réflexion collective, non seulement sur les causes de nos maux mais aussi sur les échecs de nos remèdes. Si les prédictions de la catastrophe, en tant que telles, semblent aujourd’hui d’une formidable acuité15, les visions esquissées du « monde d’après » font très souvent froid dans le dos16. Toutefois, elles doivent nous aider à imaginer, décrire le « monde d’après », celui d’une éventuelle refondation sur la base de paradigmes novateurs des relations internationales débarrassés des scories de l’ancien monde. Il ne faut pas se le dissimuler, les écueils sont nombreux. En particulier, nous ne saurions nous satisfaire de la tendance des intellectuels médiatiques à deviser, en pleine crise du coronavirus, sur le « monde d’après » en ressassant leurs idées d’avant (Roger-Pol Droit). Si l’on écoute le président de la République, il ne pourra y avoir de « jours heureux » que si nous savons nous réinventer (« beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, remises en cause », Emmanuel Macron, 12 mars 2020). Merveilleux aveu. Mais pour cela, il va falloir toute l’exigence des cartésiens, des pessimistes et des courageux pour éviter les entourloupes des avant-hier qui déchantent17. Il va falloir également se prémunir contre le risque du « tout change pour que rien ne change » (Lampedusa) qui serait catastrophique pour le monde, ses nations, ses peuples, ses citoyens. Et cela n’est pas tâche aisée dans une époque où les conformismes tiennent le haut du pavé et les dogmes paraissent de plus en intangibles au fur et à mesure où les réalités les démentent avec la plus grande vigueur.

Une prospective novatrice : une recherche iconoclaste

Le monde change. Fini le temps béni de l’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuel18, de la clairvoyance rétrospective19, de la prophétie autoréalisatrice20, de la dictature des idées reçues ! Les masques sont tombés. La prospective doit retrouver toutes ses lettres de noblesse en redevenant le réducteur d’incertitudes qu’elle a été et qu’elle n’est plus. Elle doit nous apprendre à vivre, pour longtemps encore, dans un monde frappé au sceau d’un futur flou ; de deux faces de l’incertitude (manque d’exactitude et imprécision, confusion ; de l’imprécis et du confus ; avenir vague et rétif aux prévisions…)21. À la prévision du temps des certitudes doit impérativement faire place la prévision du temps des incertitudes. Nous ne devons pas perdre de vue cette donnée objective sauf à faire fausse route. Changer de modèle22, changer de logiciel de pensée23… Examiner d’abord une idée reçue et la passer ensuite au filtre de la raison critique ! Les prévisionnistes doivent s’atteler à cette lourde tâche. Cette démarche, aussi indispensable qu’audacieuse, serait d’autant plus louable que nous vivons dans un environnement de confusion intellectuelle permanente entre le fait et le commentaire, le droit et la morale, la raison et la passion, le court et le long terme… La conséquence la plus directe de cette situation est la difficulté que nous avons tous – experts ou pas – à démêler le vrai du faux. En dernière analyse, penser contre la bien-pensance ambiante, n’est-ce pas le meilleur biais pour comprendre le monde ? 24 Car « toute vérité n’est pas bonne à croire » comme le souligne Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Notre faillite dans la prévention puis dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 est d’abord la défaillance de la prévision – plus précisément l’absence de prévision audacieuse – de nos dirigeants. Le fameux « gouverner, c’est prévoir ». La prévision ne doit pas être un simulacre de réflexion pour temps de paix mais une authentique remise en question permanente pour temps de guerre. Une fois encore, cela s’appelle une révolution copernicienne dans les esprits des chercheurs, des prévisionnistes et, en dernière analyse, des dirigeants de la planète. Cette démarche est d’autant plus incontournable qu’il va falloir vivre avec l’incertitude, l’intégrer à nos existences et à nos pensées. Grâce à quoi, peut-être, nous pourrons dresser une feuille de route globale pour l’avenir et disposer d’une indispensable boussole pour affronter les tempêtes qui nous attendent.

Une feuille de route globale : une indispensable boussole

Le monde est sans boussole. La lutte planétaire contre le coronavirus ne signifie pas la fin des rivalités entre grandes puissances. Mais l’épidémie pourrait hâter le déclin relatif des États-Unis, le désarroi stratégique des Européens et l’influence croissante de la Chine25. Elle risque d’attiser la rivalité sino-américaine26 et de pousser l’Occident à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine27. Polarisée par une hypothétique menace russe, l’OTAN s’éveille à la menace chinoise28. Il est grand temps de ne plus se satisfaire des déclarations lénifiantes de Pékin29. Au-delà de ce constat très général, les experts ne s’accordent pas sur les grandes lignes de force du monde d’après. Quid de l’avenir du système multilatéral ?30 Le Covid-19 peut être le dernier clou planté dans le cercueil du multilatéralisme alors même que, paradoxalement, les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation dès la fin des années 199031. Face aux fièvres nationalistes, à la montée des égoïsmes et au repli des États, y a-t-il un espoir de reconstruire un système de coopération ou de gouvernance internationale ?32 Rien n’est certain tant nous sommes entrés dans une phase de bipolarité fluide. Il nous faut apprendre à réinventer le bilatéralisme et à créer des coalitions nouvelles sortant des cadres existants qui ont amplement démontré leurs limites intrinsèques. Il nous faut apprendre à faire le deuil d’un multilatéralisme moribond, le remplacer, pour un temps indéterminé, par un « minilatéralisme » pragmatique33. Il nous faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon cœur avec une Europe à bout de souffle, incapable – par la faute du dissensus entre ses États membres – de relever l’immense défi des crises du XXIe siècle34. Il nous faut apprendre à faire sans une Alliance atlantique « en état de mort cérébrale »35 en définissant de manière autonome qui sont nos véritables ennemis : Russie, Chine, États-Unis ? Il nous faut apprendre à repenser, sans le moindre tabou les termes de la prétendue « mondialisation heureuse » et envisager la transition vers un système plus viable, plus tolérable par les peuples36. Ce n’est que, muni de cet indispensable appareillage conceptuel, nous pourrons mieux affronter le monde difficile de demain ainsi que toutes ses turbulences incontournables. La prévision devra nous servir d’aiguillon intransigeant chaque fois que nous serons tentés de retomber dans les ornières du passé, par paresse intellectuelle et par conformisme ambiant.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur » (Winston Churchill). Tel est le principal défi que devront relever nos dirigeants quand sera venu le temps de tirer les conclusions de la pandémie. Faute de quoi, ils se promettent des lendemains qui déchantent et nous promettent des jours difficiles. Surtout en France, Jupiter devra apprendre à parler à des adultes, comme le fait Angela Merkel, et non à des enfants37. Encore et toujours, nous ne le répéterons jamais assez : comprendre pour se préparer, surtout au pire.

Tel est la clé du succès ou, du moins, de la réduction maximale de l’incertitude, de l’imprévu. Comme le souligne justement, Edgar Morin : « Toutes les futurologies du XXe siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées … La révélation foudroyante des bouleversements que nous subissons est que tout ce qui semblait séparé est relié »38. Tout est dans tout. Tout devra être repensé, pour assurer dans les meilleures conditions possibles, la transition du monde d’hier vers celui de demain, un « monde à la fois incertain et tragique ». Autonomie de la pensée et inventivité permanente doivent guider nos réflexions pour prévenir erreurs de diagnostic, défaut de prévision et décisions aberrantes comme nous les constatons quotidiennement sur toute une gamme de questions qui couvrent le sanitaire, l’économique, l’institutionnel, l’international, le diplomatique… Le voulons-nous, le pouvons-nous ?
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À la manière d’un Milan Kundera, voulons-nous revendiquer l’héritage décrié de Cervantès afin de « comprendre le monde comme ambiguïté » et non comme une certitude scientifique ? Ce n’est qu’à ce prix, lourd de conséquences pour nos « toutologues » et autres habitués des concours de rodomontades et d’effets d’annonce médiatiques, que nous serons mieux outillés afin de comprendre le monde actuel pour mieux anticiper le monde de demain39.

Guillaume Berlat
29 juin 2020

1 Hubert Védrine, Et après ?, Fayard, juin 2020.
2 Jean-Paul Pancracio, For your eyes onlyhttp://observatoire-de-la-diplomatie.com/for-your-eyes-only/, 25 avril 2020.
3 Marc Weitzman, Pourquoi nous n’avons pas écouté les mises en gardehttps://www.lefigaro.fr/vox/societe/marc-weitzmann-pourquoi-nous-n-avons-pas-ecoute-les-mises-en-garde-20200421#xtor=AL-201 , 21 avril 2020.
4 Marc Semo (propos recueillis par), Thomas Gomart : « Cette crise est la première d’un monde post-américain », Le Monde, 9 avril 2020, p. 24.
5 Jacques Fontanel, La globalisation atteinte du coronavirus : inégalités, égoïsmes, ploutocratie, insécuritéwww.afri-ct.org, Thucyblog n° 30, 23 avril 2020.
6 Guillaume Berlat, Revue 2019 : un monde sans repères…, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
7 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : haut lieu de la clairvoyance rétrospectivewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
8 Gaïdz Minassian (propos recueillis par), Michel Foucher : « Nous devons apprendre à repenser nos limites territoriales », Le Monde, 21 avril 2020, p. 24.
9 Cyril Bensimon/Christophe Châtelot/Piotr Smolar (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « Nous assistons à une amplification des fractures », Le Monde, 21 avril 2020, p. 5.
10 Éditorial, Le nouveau désordre pétrolier mondial, Le Monde, 25 avril 2020, p. 30.
11 Gaïdz Minassian/Marc Semo, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
12 Guillaume Berlat, En route vers 2020 !, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 mars 2020.
13 Hadrien Mathoux, Les dogmes ont la vie dure, Marianne, 24-30 avril 2020, p. 373
14 Lawrence Summers, Une inquiétante cécité politique, Le Monde, 29-30 décembre 2019, p. 23.
15 Ali Baba, Collapsologie : pour le meilleur ou pour le pire ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
16 Abel Mestre/Olivia Zappi, La fiction postapocalytique décrit-elle notre avenir ?, Le Monde, 22 avril 2020, p. 28.
17 Natacha Polony, Quels « jours heureux » monsieur le président ?, Marianne, 17-23 avril 2020, p. 3
18 Jean Daspry, L’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuelwww.prochetmoyen-orient.ch , 10 février 2020.
19 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : le haut lieu de la clairvoyance rétrospectivewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
20 Guillaume Berlat, Vers un nouveau concept de droit international : la « prophétie autoréalisatrice », www.prochetmoyen-orient.ch , 29 novembre 2016.
21 Roger-Pol Droit, Endurer l’incertitude, Le Monde, 24 avril 2020, p. 22.
22 Piotr Smolar, Donald Trump torpille le sommet des membres du Conseil de sécurité de l’ONU espéré à Paris, Le Monde, 25 avril 2020, p. 8.
23 Moritz Schularick, « Cette crise est un test énorme pour l’Union monétaire », Le Monde, 23 avril 2020, p. 15.
24 Ali Baba, Penser contre la bienpensance pour mieux comprendre le mondewww.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
25 Fabien Escalona, La pandémie peut-elle bouleverser l’ordre international ?, www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
26 Adrien Jaulmes, La rivalité sino-américaine attisée par la Crise du Covid-19, Le Figaro, 24 avril 2020, pp. 20-21.
27 Patrick Saint-Paul (propos recueillis par), François Godement : « L’Occident veut réduire sa dépendance à la Chine », Le Figaro, 24 avril 2020, p. 20.
28 Isabelle Lasserre, L’OTAN s’éveille à la menace chinoise, Le Figaro, 24 avril 2020, p. 21.
29 Alain Léauthier, Tous contre la Chine ?, Marianne, 24-30 avril 2020, pp. 34-35.
30 Gaïdz Minassian, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
31 Marc-Olivier Bherer (propos recueillis par), Andrew Lakoff : « Les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation à la fin des années 1990 », Le Monde, 23 avril 2020, p. 25.
32 François Bonnet, Comment échapper au grand désordre mondial ?www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
33 Guillaume Berlat, 74ème Assemblée générale de l’ONU : minilatéralisme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.
34 Guillaume Berlat, De l’Union européenne à la désunion européenne. Chronique d’un désamour annoncéwww.association-desinternationlistes.org/tribune , 8 juin 2014.
35 Guillaume Berlat, Pour The Economist, Jupiter dynamite l’Europe et l’OTANwww.prochetmoyen-orient.ch , 11 novembre 2019.
36 Guillaume Berlat, Mondialisation heureuse, balkanisation furieusewww.prochetmoyen-orient.ch , 11 mars 2019.
37 Ludovic Lamant/Johann Chapoutot : « Merkel parle à des adultes, Macron à des enfants », www.mediapart.fr , 24 avril 2020.
38 Nicolas Truong (propos recueillis par), Edgar Morin : « Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat », Le Monde, 19-20 avril 2020, pp. 28-29.
39 Paul Dahan (sous la direction de)/Thierry de Montbrial (avant-propos de), Prévoir le monde de demain, Collection Biblis, éditions du CNRS, juin 2020.

https://prochetmoyen-orient.ch/comprendre-le-monde-actuel-mieux-anticiper-le-monde-de-demain/

Autres temps, autres terreurs…

Autres temps, autres terreurs…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 30 juin 2020

   Forum

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Autres temps, autres terreurs…

30 juin 2020 – Pour en rajouter une petite couche très-modeste, je vais :faire un commentaire plus personnel sur la nouvelle traitée le jour d’avant-aujourd’hui, sur  le déclin de l’AIPAC qui semble accélérer irrésistiblement, qui est documenté dans ce sens d’une façon convaincante par l’article cité dans ce texte. Donc, un bref historique personnalisé…

En 2007, lorsque John Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago, et Stephen Walt, professeur de relations internationales à la Kennedy School of Government de l’université d’ Harvard, publièrent ‘The Israel Lobby and the U.S. Foreign Policy’, décrivant toutes les capacités d’influence israéliennes avec l’AIPAC comme matrice, ce fut l’occasion d’une très forte polémique, avec des aspects hystériques déjà repérés lors de la publication d’un article sur le même sujet par le même duo en 2006. Cela faisait des années, des décennies, que l’influence israélienne à Washington était à la fois un facteur fondamental du pouvoir washingtonien, connu de tous mais respecté par le silence de tous, une force quasiment légitime et irrésistible, effrayante et même terrorisante.

J’avais connu de loin, mais suffisamment précisément, ce phénomène qui ne cessait de déclencher des rumeurs complotistes, des appréciations chuchotées, des regards terrorisés jusqu’à presque se signer. En 2007, en général, on ne donnait pas cher de la peau des Mearsheimer-Walt dans le monde universitaire, et l’on attendait leur disparition dans les oubliettes de l’infamie. La polémique dura longtemps : par exemple, en février 2009 on faisait encore des émissions sur le bouquin, et  dans celle-ci justement on a beaucoup de détails et de précisions sur les aventures des deux auteurs. 

Mearsheimer-Walt tinrent bon et survécurent. Ils ont poursuivi leurs carrières respectives sans véritable handicap du fait de cette activité, bien au contraire. Leur travail avait levé un tabou sans pour autant restreindre la puissance de l’AIPAC. Les rapports entre les USA et Israël en furent-ils affectés ? Difficile de répondre, mais il est remarquable qu’avec Obama puis Trump, les relations entre les deux pays prirent une tournure très particulière ; très difficiles et presque hostiles, et publiquement affichées, entre Obama et Netanyahou, notamment dues à la très forte antipathie réciproque des deux personnages ; bombastiques et bruyantes avec Trump, serrant avec effusion son “ami Benjamin” sur son cœur et rendant ainsi le Premier ministre israélien de moins en moins populaire aux USA. Netanyahou, qui ne manque ni de finesse ni de duplicité, accéléra sa politique d’entretien des meilleures relations possibles avec la Russie.

Pendant tout ce temps, on ne parlait plus guère de l’AIPAC, sauf pendant les fameux rassemblements d’allégeance du début du printemps (justement, celui qui n’a pas eu lieu cette année). Pendant tout ce temps également, il est vrai qu’on releva des incartades de moins en moins dissimulées de tel(le) ou tel(le) parlementaire. On doit se souvenir comme d’un fait révélateur et significatif de  l’aventure opposant (en août 2019) les députées Ilhan Omar et Rashida Tlaib, du fameux Squad de la Chambre des Représentants, au gouvernement israélien, suivie  d’un article du Washington Post signalant la détérioration des relations entre le parti démocrate et le gouvernement israélien sans sacrifier une seconde à l’ode au gouvernement israélien qui accompagnait traditionnellement toute analyse où Israël tient un des rôles principaux.

Cela aurait dû faire sonner un tocsin significatif dans nos oreilles, mais nous étions occupés à tant d’autres choses. (Moi le premier, certes.)

Et maintenant, cet article de Grant Smith, qui a toutes les garanties d’une  vérité-de-situation nouvelle, remarquable, avec une documentation et une déduction extrêmement convaincantes. Cela devrait maintenant faire sonner à toutes volées un tocsin lugubre sur tout le champ des relations internationales, où les relations vraiment très-très-spéciales entre Washington et Israël tiennent (tenaient ?) une place considérable.

J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien de ce tocsin, nothingnada, mais plutôt un silence indifférent entrecoupé de tel ou tel constat sans alarme particulière. Certes, les choses changent, doivent distraitement penser certains, mais bon il y a bien plus urgent et important à s’entretenir et s’occuper, et les voilà qui retournent à leur besogne d’alimenter les vitupérations qui leur tiennent lieu de commentaires : haine de Trump et Covid19, haine de Trump-Covid19 et le soulèvement de communication de BLM, haine de Trump-Covid19 et les présidentielles, haine de Trump-Covid19 et les balbutiements informes de Joe Biden…

Voilà, nous y sommes, et c’est bien le plus stupéfiant de l’affaire : l’éventuel naufrage de l’AIPAC et du “très-très-spécial” aspect des relations USA-Israël n’intéresse pas grand’monde. L’on dit même que la sacro-sainte aide financière énorme (autour de 3 $milliards l’an) des USA à Israël pourrait bien en sortir, en 2021, notablement amaigrie, sans là aussi que ces bruits ne déclenchent le moindre concert d’indignation préventive-dissuasive.

Il n’est question ici ni de formalisme ni d’analyse rationnelle, y compris celles que l’on fait quand l’on cite les liens “secrets” entre Israéliens et américanistes, le “complot permanent” plaçant Washington aux ordres de Tel-Aviv (Jerusalem ?).

(Je dis bien “analyse rationnelle” car, contrairement à ce qu’on est en général conduit à penser dans l’émotion de la première réaction, le “complotisme” n’est nullement irrationnel mais  au contraire rationalisme pur, jusqu’à la subversion complète que la Raison peut introduire dans notre jugement sur l’évaluation des actes, des faits, des effets et des conséquences, et surtout des multiples “causes premières” de ces artefacts du brio historico-politique.)

Il est alors plutôt question d’une humeur, d’une atmosphère, d’un effet de communication, et tout cela qui apparaît aujourd’hui complètement différent de ce que cela était il y a un tiers de siècle, il y a15 ans, il y a 5 ans, et même il y a un an bien que les choses avaient déjà changé ; c’est-à-dire que je vous parle d’une humeur et d’une atmosphère bien différentes même de l’immédiat avant-Covid19.

(Pour le tiers de siècle j’en témoigne puisque je l’ai ressentie dans l’attitude américaniste, cette puissance du tabou israélien, la puissance et l’impunités de l’AIPAC, la terreur que ces forces diffusaient dans les psychologies des élitesSystème, il s’agissait d’un poids et d’une pression considérables et gigantesques, et tout cela semble se dissiper, flotter et se désintégrer…)

Au reste, et pour montrer la pureté de mes intentions et mon absence de comportement israélo-centré/obsédé, je ferais la même remarque concernant deux autres événements, de deux autres grands domaines de ce que furent les relations internationales, qui connaissent aujourd’hui des bouleversements considérables par rapport à ce qu’ils furent, sans que cela ne semble déclencher en aucune façon de grandes préoccupations, donc un peu de la même façon que je décris pour l’AIPAC.

• C’est le cas des négociations stratégiques pour un nouveau traité START entre les USA et la Russie (auxquels les USA voudraient rajouter la Chine, qui refuse catégoriquement). Ces négociations ont commencé à Vienne et personne, au fond, ne les prend au sérieux et personne, autour d’elles, ne s’en préoccupe. Même les Russes, qui y tiennent tant par goût prononcé de la stabilité, savent au fond d’eux-mêmes qu’il vaut mieux n’y pas trop compter.

• C’est le cas des relations transatlantiques, avec les tensions Allemagne USA, le retrait de 9 000 soldats US d’Allemagne (ou leur transfert dans la fidèle et subtile Pologne), les déclarations de Merkel qui nous apprennent que cette dame se permet de penser que les USA “ne sont plus une puissance mondiale”. Cela nous vaut des déclarations allemandes  très-très sophistiquées sur les “chères”  relations transatlantiques qui sont « extraordinairement importantes », qui ne peuvent pas continuer comme ça (alliance), et qui continueront tout de même (alliance), qui à la fois ne sont plus et à la fois sont toujours, et tralala, dansons Folleville, sur le pont du Titan-Hic.

« Les jours du bon vieux “partenariat transatlantique” sont passés, a admis le ministre allemand des affaires étrangères du gouvernement Merkel Heiko Maas… […]
» “Quiconque croit que le partenariat transatlantique sera à nouveau ce qu’il était avec un président démocrate sous-estime les changements structurels”, a déclaré le ministre à l’agence de presse allemande dpa, laissant entendre que les relations entre les deux alliés ne seront jamais les mêmes, même sans le président Donald Trump à la tête de l’État à Washington.
» Néanmoins, il a également admis que Berlin n’est pas encore prêt à renoncer à son alliance de longue date avec Washington. “Les relations transatlantiques sont extraordinairement importantes, elles le resteront et nous travaillons pour qu’elles aient un avenir”, a-t-il déclaré. »

L’absurdité extrêmement postmoderne du propos de ce ministre (nous ne sommes plus ensemble mais nous restons ensemble), est bien là pour faire le minimum syndical face à des liens qui ne cessent de se défaire, sans que personne ne puisse rien faire. Sur ce point, il y a beaucoup de larmes sincères, surtout du côté européen où l’on se sent d’autant plus fort et “d’autant plus européen, enfer et damnation !”, – enfin, d’autant plus libres que l’on est soumis aux USA. Mais sur le fond, tout cela importe-t-il encore ? Je crois que nous sommes dans le même cas que celui de l’éventuelle disparition de l’AIPAC… Ne parlons pas de rupture, ni de brutale décision, mais de dissolution, – paradoxalement car à la fois, – dissolution imperceptible mais dissolution ultra-rapide.

Je n’ai rien pour prouver ni substantiver ce que j’avance mais je ressens comme une évidence de plus en plus affirmée que la pandémie Covid19 est l’explication abrupte de ce phénomène… Covid19 a été une fantastique rupture, – brutale celle-là, visible, cruelle, comme quelque chose qui vient du fond des âges où l’on craignait les terribles épidémies de la “Mort Noire”, pour nous rappeler à nos destins que nous avons trahis, pour susciter chez nous des terreurs nouvelles de notre culpabilité pour cette trahison ; Covid19 qui a concrétisé tout ce qui s’est assimilé depuis au moins douze ans (depuis 2008), depuis même 19 ans (9/11), dans nos inconscients et dans nos subconscients, et qui a touché les populations également avec cette pandémie qui nous révèle la crise  « extraordinairement importante » où nous nous trouvons… Et alors tout le reste, qui comptait tant, qui constituait les références de nos pensées et de nos efforts, passe au second plan, se réduit de plus en plus, – et si vite malgré tout ! – comme une peau de chagrin, comme la tête d’un ennemi juré des Jivaros que les Jivaros lui ont coupée en lui jurant une réduction qui lui vaudrait l’enfer…

Tout le reste, stratégie, géostratégie, complots et ambitions de conquête, de domination, tous nos plans et calculs, nos rapports de force, nos hypothèses audacieuses et soupçonneuses, nos grands desseins et nos Grands Jeux, notre futur de puissance et de croissance, notre schizophrénie technologique plongée dans notre paranoïa de communication, notre folle certitude  « to create our own reality », tout le reste qui prétend répondre à des démarches maîtrisées par la puissance humaine, tout le reste qui se dissout, qui disparait, qui n’importe plus, qui ne laisse pas le moindre souvenir de nostalgie…

https://www.dedefensa.org/article/autres-temps-autres-terreurs

Après les aveux d’Éliane Houlette :le bal des hypocrites

Après les aveux d’Éliane Houlette :
le bal des hypocrites
par Régis de Castelnau

mardi 23 juin 2020, par Comité Valmy

Après les aveux d’Éliane Houlette : le bal des hypocrites

Le spasme qui a saisi le monde politique après les déclarations de l’ancienne patronne du PNF devant la commission parlementaire d’enquête est finalement très amusant.

Tout le monde savait que le raid judiciaire contre Fillon était une opération savamment préparée, et exécutée avec zèle par des magistrats parfaitement d’accord pour la mettre en œuvre. Depuis trois ans, en dehors de quelques aboiements, dont ceux de votre serviteur, quelques contritions discrètes (Davet et Lhomme, Marc Endeweld), tout le monde a fait semblant. Il n’est que de voir l’absence de réaction dans la presse, face aux réquisitions, surprenantes de sévérité du PNF à l’audience du procès Fillon. Comme d’ailleurs à toute l’attitude du parquet pendant son déroulement, alors que sautait aux yeux l’évidence du seul objectif, justifier la violence procédurale du printemps 2017, pour parer à l’accusation d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Dont on sait bien sûr qu’elle est parfaitement fondée.

Alors livrons-nous à un petit passage en revue des différentes réactions.

Le réveil des LR

Les LR se réveillent d’un long sommeil sur cette question, alors qu’ils étaient parfaitement au courant depuis le premier jour de l’existence de l’opération visant à disqualifier leur candidat et à permettre l’élection de Macron. Un mélange de lâcheté, d’envies d’aller à la soupe et d’aversion pour François Fillon, ont abouti à l’instauration d’un pieux silence. Dont ils sortent aujourd’hui, sentant Macron affaibli et soucieux de redorer leur blason comme ils l’ont fait en s’opposant victorieusement quoique tardivement à la loi scélérate Avia (tant mieux, et merci à eux quand même). Alors, bardés de fausse ingénuité, ils font semblant de découvrir la lune avec les déclarations d’Éliane Houlette, et enfoncent vaillamment des portes ouvertes.

Jean-Luc Mélenchon a compris

Pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2017 Jean-Luc Mélenchon n’écoutait pas les conseils de prudence dans le maniement des informations données par la presse à l’aide des fuites ciblées de l’enquête, puis de l’instruction. Ses partisans et lui n’hésitaient pas à s’en servir à l’encontre de leur concurrent LR. C’est aujourd’hui une autre chanson, car entre-temps, le patron de LFI a goûté à l’instrumentalisation politique de la justice en se faisant appliquer le même genre de traitement. Et douloureusement surpris, a trouvé cela passablement désagréable, et donc changement de discours et prise en compte du réel. Le voilà qui nous dit : « Il y a eu un effet de meute. Il est clair que sa liquidation politique a servi l’ascension de monsieur Macron. C’est de la grossière manipulation ». Carrément ?

Socialistes et éditocrates, Joffrin porte-parole

Il est nécessaire de faire un lot commun dans la description du comportement des socialistes et des journalistes soutiens indéfectibles d’Emmanuel Macron. D’abord parce que ce sont les mêmes et ensuite parce que ce sont eux qui ont été à la manœuvre. Les uns organisant et soutenant la manipulation, les autres la relayant dans un invraisemblable bombardement médiatique. Ils auraient du mal à prétendre que c’était pour soutenir Benoît Hamont candidat officiel du PS ! Non non, c’était bien Macron qu’ils voulaient. Le problème, c’est que les Français en ont fait l’expérience depuis, et allez savoir pourquoi, ils ont quand même l’impression d’une superbe erreur de casting. Alors, beaucoup rasent les murs, mais pas Laurent Joffrin comme d’habitude qui s’y colle dès qu’il faut afficher son ignorance et déployer sa mauvaise foi. Et comme d’habitude toujours, on n’est pas déçu. Il défend bec et ongles la fable et révèle en creux sa conception de la démocratie. «  On parle « d’instrumentalisation », de « forfaiture », de « cabinet noir » et on regonfle le mythe d’une « élection volée » qui aurait privé un Fillon blanc comme neige de son ticket d’entrée à l’Elysée. » Mais dites donc Monsieur Joffrin, vous savez bien que ce n’est pas le principe même d’une procédure à l’encontre de François Fillon qui pose un problème, mais la façon dont elle s’est initialement déroulée. Dont vous ne dites pas un mot. Le caractère exceptionnellement fulgurant à ce moment-là, à un rythme que je n’ai JAMAIS VU en 48 ans de carrière, à partir, non d’un réquisitoire, d’une plainte, ou d’un signalement article 40 mais d’un article de journal opportunément publié à quelques semaines du scrutin, tout ça ne vous dérange en rien ? La violation des règles de la loi sur le secret de l’enquête, probablement par des gens liés à celle-ci, pour que des pièces de la procédure habilement sélectionnées paraissent dans la presse avant même qu’elles soient « côtées » dans le dossier judiciaire, pour vous tout va bien ? Aucun problème quand la loi devient à géométrie variable, et que des fonctionnaires violent leurs obligations légales et par conséquent leur serment sous votre nez. Ces délinquants-là seraient donc « blancs comme neige » ?

Et puis on voit en creux l’argument, tant de fois entendu, d’une culpabilité affirmée concernant François Fillon qui aurait justifiée qu’on l’écarte de la course à la présidence dont il était le favori. Jolie conception de la séparation des pouvoirs que cette présentation des choses qui trouve normal qu’en déclenchant une procédure judiciaire ultrarapide et en la mettant en scène dans un grand tintamarre médiatique illégalement organisé, ce soient les procureurs qui désormais choisissent qui peut se présenter à l’élection la plus importante de la république. Dans une démocratie normale, c’est le juge du fond après un débat contradictoire dans le respect des règles qui peut décider d’infliger la peine complémentaire d’inéligibilité. En revanche, Laurent Joffrin ne voit aucun inconvénient à ce que l’affaire Arif qui jetait un drôle d’éclairage sur les conditions financières de la campagne de hollande en 2012, dorme paisiblement du sommeil de l’injuste depuis plus de six ans, celle de Ferrand depuis trois ans. Benalla bien sûr, El Guerraj et toutes les autres quand, d’enlisements en classements sans suite, on épargne soigneusement la macronie. Il n’a aucun souci quand la procédure jumelle contre le ministre socialiste de l’intérieur de Hollande Bruno Le Roux à qui l’on reprochait les mêmes faits qu’à Fillon, est silencieusement encalminée depuis plus de trois ans.

La défense de Fillon et «  les magistrats en campagne »

Un des avocats de François Fillon, vient nous dire aujourd’hui que pendant l’information judiciaire, il avait eu l’impression d’être devant, non un magistrat instructeur, mais devant un militant. On veut bien le croire, mais on va peut-être quand même s’interroger sur cette prise de conscience tardive. Car en effet, c’était le même magistrat qui avait instruit la procédure diligentée à l’encontre de Nicolas Sarkozy pour le règlement par l’UMP en 2012 de l’amende fixée par le Conseil constitutionnel pour le dépassement des comptes de campagne. À ce moment-là l’instruction complètement à charge et les mises en examen multiples du « magistrat militant » n’avaient pas beaucoup gêné François Fillon alors à la tête de l’UMP, qui avait été les solliciter de Jean-Pierre Jouyet alors secrétaire général de l’Élysée sous François Hollande. Dites Monsieur Fillon, un «  magistrat en campagne », un coup c’est bien, un coup c’est mal, c’est ça ?

Macron veut qu’on vérifie…

Emmanuel Macron quant à lui fait très fort. Il a annoncé à grand son de trompe qu’il avait saisi le Conseil Supérieur de la Magistrature pour vérifier « l’indépendance de l’enquête ». On a bien entendu, Emmanuel Macron ne parle pas « d’impartialité » mais « d’indépendance ». Pardi, la procédure a bien été « indépendante » parce qu’il n’y avait nul besoin de pressions sur Éliane Houlette pour qu’elle lance soigneusement le premier étage judiciaire du missile anti-Fillon. Le juge d’instruction Serge Tournaire du pôle financier allumera le second, et ce sera suffisant pour sortir Fillon de la course et ouvrir un boulevard à Macron. Et nul besoin non plus, d’ordres de la chancellerie ou de l’Élysée pour que Catherine Champrenault apporte tous ses soins à l’opération. La duplicité de cette annonce présidentielle fait sourire. C’est comme si après l’assassinat de Jules César aux ides de mars 44 avant J.-C., Brutus avait demandé au Sénat romain de « vérifier » son innocence dans le complot et le meurtre de son père adoptif.

Des magistrats un peu gênés

Il y a enfin des magistrats, dont beaucoup sont bien embêtés, qui rappellent les grands principes, se réfugient dans le déni, ou bien essayent une fois de plus de faire avancer la mauvaise cause de l’indépendance du parquet. Et puis, ceux qui accusent les copains histoire de se défausser de leur responsabilité dans la manipulation du printemps 2017. Dont, on ne sait jamais, il faudra peut-être un jour rendre des comptes.

Et c’est dans ce contexte que cette séquence se produit, lancée par ce qui ressemble aussi à un règlement de compte entre deux magistrates engagées et semble-t-il en rivalité. On rappellera quand même par méchanceté pure, qu’elles ont été toutes deux choisies et nommées par François Hollande. Les méchantes langues gratifient même Catherine Champrenault d’une grande proximité avec François Hollande et Ségolène Royal.

L’instrumentalisation politique de la justice pour disqualifier le favori de l’élection présidentielle de 2017 est une évidence depuis trois ans.

L’épisode consécutif aux déclarations de Madame Houlette ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà. Mais dévoile la nature du consensus qui avait tenu à jeter un voile pudique sur la manipulation antidémocratique qui avait permis à Emmanuel Macron d’arriver au pouvoir.

Régis de Castelnau
22 juin 2020

Vu du Droit
Un regard juridique sur l’actualité avec Régis de Castelnau

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11938

« Le monde malade de l’Amérique »

« Le monde malade de l’Amérique »

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 22 juin 2020

   Forum

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« Le monde malade de l’Amérique »

22 juin 2020 – Le titre de cette page du Journal-dde.crisis est aussi le titre publié en 1999, ‘Le monde malade de l’Amérique’ effectivement, dont l’auteur est PhG. (*) Je trouve ce titre, rétrospectivement, à la fois excellent, comme je l’avais jugé alors, et en plus visionnaire ; je peux d’autant plus me permettre de telles considérations que c’est l’éditeur qui l’avait proposé après une recherche commune, comme résumant parfaitement ce qu’il avait ressenti à sa lecture.

Il va sans dire mais aussi bien en l’écrivant, et pour faire la transition, que c’est le texte d’Alastair Crooke qui a rappelé « Le monde malade de l’Amérique » à mon souvenir ; et précisément cette phrase qui contient, pour moi, pour ma perception, en quelques mots tout l’esprit que je découvre  dans ce texte, et cela même si l’auteur n’a pas consciemment voulu l’y mettre. (N’oubliez pas que c’est un  logocrate qui vous parle.)

« [C]e qui est indéniable, c’est que ce mouvement du “réveil” se répand dans certaines parties de l’Europe et de l’Amérique plus vite que l’infection par le Coronavirus. »

Après cela, vous ne pouvez pas dire que le monde n’est pas “malade de l’Amérique”, n’est-il pas ? Mais l’Amérique encore plus, certes, malade d’elle-même, absolument. 

Je me suis mis à la relecture de ce « Le monde malade de l’Amérique » ; il ne dépare pas le tableau que je m’évertue à peindre aujourd’hui de la situation du monde, à partir de sa matrice, ce que d’autres auteurs (Dandieu et [Robert] Aron) nommèrent le Cancer américain ; son propos de fondation sur l’Amérique reste complètement pertinent, simplement des dimensions nouvelles sont apparues, des poutres-maîtresses qui haussent décisivement l’architecture extraordinaire et surhumaine du débat en le faisant complètement métaphysique. Mais la chose, le bouquin me rappelle bien que l’idée d’une “crise de l’Amérique” a été une de ces fondamentales et constantes perceptions depuis la fin de la Guerre Froide, lorsque  William Pfaff nous parlait de la “crise d’identité” de l’Amérique, et cela en 1992 (d’où je date, avec les émeutes de Los Angeles d’avril-mai 1992, les prémisses de cette crise finale) :

« …un sentiment de désarroi comme il [Pfaff]n’en avait jamais connu dans ce pays, y compris dans les souvenirs d’enfant qu’il avait de la Grande Dépression, un sentiment de désarroi qui semblait impensable pour l’Amérique ».

« … Alors, où allons-nous maintenant, nous les Américains ? Qui sommes-nous maintenant ? Je n’ai pas de réponse. Je sais simplement que je trouve l’idée d’une nation multiculturelle ou “arc-en-ciel” peu convaincante. D’une certaine manière, c’est une idée séduisante. Elle corrige les injustices. Elle invite à un nouvel ordre social de coopération et de bonne volonté. Mais je crains que les résultats dans la réalité en soient exactement le contraire. Je ne prétends pas le savoir. Je soutiens simplement que la désorientation et l’anxiété ressenties par les Américains dans cet après-guerre, cette sorte de gueule de bois où nous plonge la fin de la guerre froide, sont liés à la perte d’une identité, – et nullement à la perte d’un ennemi. » (Dans un des trois articles de Pfaff de 1992.)

(La perte de l’identité, justement et au contraire de “la perte d’un ennemi”, c’est une pathologie, l’une des plus terribles que puisse connaître la psychologie humaine, et peut-être avons-nous inventé, sur les instances du Diable déguisé en Enfant du Bon Dieu, la pandémie de la plus épouvantable pathologie de la psychologie. Pfaff a été pour moi un de ces “passeurs” qui vous font suivre le savoir de l’intuition pour alimenter votre propre quête, dans cette chaîne spontanée de la Résistance.)

A la lumière de ces souvenirs qui restent en moi pour chercher à m’éclairer quand cela importe, quand la voie est obscure, je peux développer le sentiment, peut-être l’intuition, que cette idée de “l’esprit du texte” d’Alastair Crooke a fait naître en moi, d’autant plus que Crooke place résolument la question qu’il aborde hors des sentiers courants, battus et rebattus, de la politique et de la géopolitique. Il our l’installe fermement et sans barguigner dans la psychologie, qu’il décrit à l’occasion d’une façon qui, bien entendu, nous conduit à conclure qu’il s’agit d’une très grave pathologie de la psychologie de l’américanisme ; et de là à conclure qu’en fait, c’est l’américanisme lui-même qui est une pandémie, il n’y a qu’un tout petit pas qui est celui de l’évidence éclatante.

Bien entendu, c’est le « plus vite que l’infection par le Coronavirus » de Crooke qui m’a précipité dans l’idée de la “pandémie de l’américanisme”, et au-delà rappelé à mon souvenir le titre du “Monde malade…”. Une fois bien ancré dans cette idée, votre esprit, éclairé par l’intuition dont vous constatez qu’elle a établi une constance révélatrice (depuis 1999 et l’idée d’un éditeur), n’en démord plus : cette interprétation évidemment symbolique et nullement rationnelle d’une pandémie est la bonne, pour décrire et donner leur véritable dimension, leur  vérité-de-situation, au grand événement-USA depuis le 25 mai (la Grande-Emeute2020).

En fait, l’événement s’enchaîne parfaitement sur la crise-Covid19, une vraie pandémie celle-là, – ou bien une pandémie-faussaire, comme nous l’affirment certains, au bord de la crise de nerfs ; et voilà qui est parfait, ces nuances sinon ces contradictions d’appréciation (vraie catastrophe sanitaire d’un côté, véritable complot infra-politique et hyper-manipulateur pour d’autres), qui donnent au symbole de “la pandémie” une ampleur extrême des domaines concernés, et donc peut parfaitement y inclure la crise de la Grande-Emeute2020, aux USA et, à partir de là, globalisée vers le monde stupéfait de la galopade effrénée de cette pathologie. Les deux pandémies ont donc la même ampleur, la même ambition de globalisation, marquant dans quelle mesure assurée nous parlons bien et chaleureusement, et avec enthousiasme certes, de la même chose, – c’est-à-dire de la sublime stupidité, de l’aveuglement transcendantal, de la zombification multiethnique et antiraciste, – tout cela caractérisant la “pensée” courante, c’est-à-dire “en cours” et courant à grandes enjambées, dans les bornes culbutées de leurs socles statuaires et les frontières ouvertes du ‘Nouveau Monde’, – leur sacrément New-Brave-World, – vers l’effondrement cosmique et final.

Il n’y a donc rien à comprendre selon les références habituelles, celles de la pesante raison humaine, laquelle est si lourde de son arrogance, de ses certitudes et de sa suffisance absolument extraordinaires, de l’unicité quasi-sidérée de son discours réduit au plus petit dénominateur commun (PPDC) du balbutiement hagard nous servant en général d’expression et de communication devant l’empilement d’événements extraordinaires, – avec ce clin d’œil qui semble nous dire, le malin,  “Chchttt, faisons mine de tout comprendre puisque nous n’y comprenons rien”, en ajoutant “Ce que je ne peux étouffer, je l’embrasse”. Tout cela nous fait barboter et glapir dans une philosophie déstructurante à l’envi.

Ainsi les réactions courantes du sapiens-sapienset de sa raison-raisonnante et triomphante laissent-elles le champ libre, malgré toutes les censures du monde, à l’architecture symbolique que l’intuition nous invite à construire pour mieux apprécier la grandeur et la force des événements en cours. Il est vrai que l’on peut censurer la communication et mettre la raison en procès au nom d’une autre raison, mais l’intuition évolue dans une nature du monde hors de notre triste-monde, et les symboles qu’elle génère se jouent des obstacles du censeur.

Il se déduit de tout cela que l’ère où nous nous trouvons, qui finalement commença effectivement en 1999-2001 (guerre du Kosovo et 11-septembre), est bien celle de la pandémie, de l’infection par contamination. L’année 2020 couronne cette vérité-de-situation en liant une véritable pandémie, devenue ainsi elle-même symbolique d’elle-même, aux autres événements gigantesques qui secouent ce monde fabriqué par le Système et mis en place par son exécutant fidèle et zélé qu’est le système de l’américanisme. Le malade s’effondrera donc à l’heure dite, toujours fidèle au rendez-vous.

Note

(*) Il ne me reste que deux exemplaires de ce livre, que je garde bien entendu, – “précieusement”, je ne sais pas. ‘Le monde malade de l’Amérique’ a été, comme c’est la coutume avec moi, un remarquable worst-seller, le nombre d’exemplaires vendus se comptant en petites centaines discrètes et effacées. Je ne sais pas s’il en reste, ce qu’ils sont devenus, où l’on peut en trouver, etc., sauf l’omniprésent et détestable Amazon, bien entendu, où il  est présenté à la vente avec sept exemplaires d’occasion. Si le cœur vous en dit… (Précision : j’ignore pourquoi, le livre est présenté chez ces Yankees avec la date du 23 octobre 2003, ce qui pourrait faire croire qu’il s’agit de date [il manque l’heure !] de publication. Il n’en est rien : le livre a été publié à la fin du printemps 1999.)

https://www.dedefensa.org/article/le-monde-malade-de-lamerique

Souveraineté française : l’urgence du déconfinement mental

Souveraineté française : l’urgence du déconfinement mental

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Billet du lundi 08/06/2020 par Caroline Galactéros*

Cela part vraiment dans tous les sens. Après le black-out forcé des populations occidentales terrées chez elles à des degrés divers pour parer l’effondrement de systèmes de santé -Potemkine, voilà que le déconfinement ouvre une autre boite de Pandore, celle de la violence sociale, du communautarisme et du « racialisme » triomphants ; au nom de l’antiracisme naturellement, car on n’est pas à un cynisme près. Mi terrorisés, mi séduits, on écoute comme on le ferait d’oracles, tous ceux qui veulent couper le souffle à jamais aux nations et aux Etats, pour en finir avec ces survivances tyranniques qui soi-disant étouffent la liberté et l’égalité d’individus hyper-narcissiques et revendicatifs.

Cette déstabilisation se produit à la faveur d’un drame ordinaire de l’ultraviolente Amérique. 350 millions d’habitants. 300 millions d’armes à feu. Seuls les bébés ne sont pas armés dans ce pays. Et la police risque sa vie à tout instant pour protéger la population d’une délinquance endémique et éviter que chacun n’en vienne à se faire justice lui-même. Une Amérique toujours aussi raciste néanmoins, bien au-delà des rangs policiers. Huit ans d’un président noir n’y auront rien changé et d’ailleurs lui-même n’aura pas fait grand-chose. Une mort inique et tragique qui allume la mèche d’une trainée de poudre disproportionnée et inquiétante par les débordements qu’elle permet. Les images qui saturent nos écrans depuis 10 jours illustrent bien la décadence de l’Empire. L’empire américain n’est plus. Il se bat pour ne pas mourir tout à fait, pour reprendre en main ses vassaux, pour redéfinir les nouveaux standards du monde en toutes matières (notamment financière avec l’émergence d’un nouvel étalon-or que serait le dollar à l’heure où la guerre pour le contrôle des crypto monnaies fait rage).

Mais on ne domine véritablement que par l’exemple. Et l’Amérique n’est plus un exemple depuis bien longtemps. Cela ne date pas de Trump. Le discrédit moral s’est creusé depuis 20 ans et il est devenu irrattrapable. La Chine s’est engouffrée dans la brèche et ne lâchera plus la corde. Elle exprime désormais sans fard son ambition. La France a peut-être compris qu’il s’agissait de connaitre et pratiquer l’adversaire pour mieux le combattre. Elle n’a, pour une fois, pas embrayé sur la curée américaine envers Pékin accusé d’avoir diffusé sciemment le virus au monde entier pour se venger d’une guerre commerciale voulue par Washington. Paris dit même vouloir nouer un « partenariat stratégique global » avec Pékin. Pourquoi pas ? Du moment que l’on ne quitte pas une badine pour une autre.

Mais cette intelligence de situation conjoncturelle ne suffit pas à articuler une stratégie de puissance et d’influence digne de ce nom. Tant que nos dirigeants refuseront de comprendre la pertinence protectrice des nations et des frontières, tant qu’ils nieront l’essence des peuples et la singularité du lien patriotique inscrit dans une histoire structurante, creuset d’une identité nationale, notre Terre ne restera à leurs yeux embués qu’un vaste espace indifféremment peuplé, dépeuplé, repeuplé par ceux qui la traversent et auxquels il est de bon ton de ne rien demander d’autre que de servir la voracité consumériste mondiale. Au-delà des grands discours, nous nous refusons toujours, par dogmatisme sectaire et naïf, à structurer une vision de ce que doit être notre pays sur la scène mondiale, à nourrir une ambition nationale, encore moins à la concrétiser méthodiquement. On avance par à-coups et par « coups » aussi. Or, l’opportunisme n’est jamais qu’une habileté tactique, en rien une stratégie. C’est là que cela se gâte. Alors que le monde entier a pris le tournant réaliste et se met en ordre de bataille, alors que les alliances sont à géométrie variable car on ne croit plus à rien ni à personne (tout en affectant de vouloir la concorde et le dialogue multilatéral), alors que toutes les nations sont en danger de mort si elles ne trouvent pas le courage d’affirmer leurs intérêts nationaux pour survivre dans la nouvelle « Tour infernale » au sommet de laquelle s’écharpent Washington et Pékin, notre pays palabre, recule, s’auto mutile et rougit toujours de lui-même.

Notre société semble l’étalon de ses sœurs occidentales, très, trop individualistes, où l’on a complètement perdu de vue la nécessaire complémentarité des droits et devoirs ; sociétés volatiles, désorientées, inconscientes des « cinquièmes colonnes » qui les minent en les culpabilisant. Leur sensiblerie est épidermique ; elles sont sur-informées mais ignorantes, déracinées volontaires, oublieuses d’elles-mêmes en se croyant à la page. Elles sont les idiotes utiles de mouvements enkystés désormais dans la chair des nations et qui fomentent tranquillement leur déliquescence, leur renoncement post moderniste à elles -mêmes dans une extase suicidaire ; elles sont les proies offertes de forces qui hurlent à la tyrannie si on ose les empêcher d’envahir l’espace public et de dénaturer le cœur même de notre vie commune et de notre bien commun. Nos sociétés post-modernes confondent souveraineté et bellicisme, patriotisme et nationalisme, frontière et haine ; elles n’ont plus de culture donc plus de boussole.

Ainsi, tel une cocotte-minute, l’Occident semble près d’imploser car le mondialisme n’a pas tenu ses promesses utopiques. Plus conjoncturellement enfin, on remarquera qu’aux Etats-Unis, l’affaire George Floyd et le déchainement de violence qu’elle a déclenché ont très opportunément fait complètement oublier un autre scandale, celui de « l’Obama-Gate » qui menaçait tout l’Establishment démocrate ; la corruption massive, sur fond de coup d’Etat en Ukraine et de déstabilisation régionale, des grandes figures du « parti de l’âne », et en premier lieu celle de J. Biden, challenger de D. Trump, est passée à la trappe. Après ses dernières maladresses, le président américain parait bien mal parti pour récupérer une partie au moins du vote noir, alors même que celle-ci avait été profondément déçue par la présidence immobile d’Obama en la matière. Mais l’économie américaine repart, infiniment plus vite qu’en Europe. Et sur l’échiquier mondial, grandes manœuvres et petites trahisons se poursuivent entre Washington et Pékin via Hong Kong, entre Moscou (qui semble à force d’avanies, avoir définitivement oublié son rêve d’Europe comme en témoigne sa nouvelle doctrine nucléaire) et Ankara en Syrie et en Libye, entre Téhéran et Israël via le Hezbollah, etc

Et nous, Français, dans tout ça ? Ah …mais nous « déconfinons » ! La grande affaire, avec une économie à terre et une incapacité à dire la vérité aux Français infantilisés à outrance : s’ils persistent à faire de l’égalitarisme et de la revanche sociale les mantras de leur citoyenneté, ceux-ci achèveront de perdre notre pays. La France est sur une ligne de crête décisive. Elle peut chuter ou prendre son envol, mais elle veut encore ignorer le précipice et croire que c’est un refuge douillet contre la brutalité du monde.  Donc, nous « déconfinons » notre population et notre économie, à la vitesse de l’escargot, et sur la base folle du volontariat -nouvelle version de la démagogie politique très en vogue-. Mais le déconfinement mental lui, n’est toujours pas à l’ordre du jour. Pourtant, si la France, Phénix aux ailes brisées, ne renait pas très vite avec vigueur et fougue, « on est morts » comme dirait l’autre.

Le déconfinement doit donc être, chez nos élites politiques et intellectuelles, celui de l’état d’esprit. C’est l’heure de recouvrer enfin, tout simplement notre souveraineté ! Souveraineté tous azimuts : stratégique, diplomatique, en matière de défense et de sécurité ; souveraineté industrielle, économique, sanitaire, souveraineté technologique, numérique et même aéronautique; et naturellement notre souveraineté culturelle aussi. Nos atouts sont très nombreux. Même le carcan européen -qui n’a pas que des défauts- nous laisse des espaces d’affirmation de nos intérêts nationaux. Il suffit de les investir résolument, de les occuper, de les assumer aussi, sans se défausser au prétexte qu’ils détruiraient la dynamique européenne alors qu’ils la renforceront bien au contraire. Une fois encore, on ne fera pas l’Europe par-dessus ou contre les Nations, mais avec elles.

Mais la souveraineté, c’est d’abord dans la tête. Ce sont des limites intérieures à la complaisance, à l’inertie ou à l’obéissance. C’est de l’amour propre à l’échelle de l’Etat et de la patrie. C’est ce qui nous sauvera. Jamais plus en effet, nous n’aurons une telle chance de pouvoir nous repenser en liberté. Le Coronavirus a permis d’ouvrir les vannes budgétaires avec un prétexte en or. Il faut en profiter pour recalibrer tout notre socle régalien, pour oser enfin la puissance au nom de la souveraineté, pour reprendre du poids et du muscle sur la scène internationale. Il y a tant à faire pour qu’on nous prenne de nouveau au sérieux ! Déjà arrêter de demander la permission, arrêter d’avoir peur du jugement de nos pairs, sortir des langes…et sortir de l’OTAN pendant qu’il en est encore temps, avant que l’Alliance ne nous entraîne dans une nouvelle aventure folle en Asie ou en Afrique au nom de la sécurité mondiale mais surtout au profit des intérêts strictement américains !

La France a donc aujourd’hui une immense responsabilité : celle de mettre fin officiellement à la sujétion militaire de l’Europe aux Etats-Unis qui est tout sauf une fatalité. Cessons de nous mentir : il n’y aura, sinon, jamais de défense européenne crédible. Si nous ne choisissons pas, nous serons bientôt, tel l’âne de Buridan, morts de faim ET de soif : ni d’accord avec l’impérialisme atlantique, ni capables de lui opposer une véritable alternative adaptée aux intérêts européens et d’abords français !

On dit souvent que nous n’avons plus les moyens d’être souverains. L’excuse vient de sauter. Nous en avons désormais les moyens avec les budgets votés par l’UE pour enrayer la récession économique européenne. Evidemment, ce processus de semi-mutualisation des dettes semble approfondir un peu plus encore l’évolution fédéraliste délétère de notre Vieux Continent. C’est très grave, mais on peut pour une fois, y trouver notre intérêt propre en saisissant l’opportunité inédite des moyens du relèvement national. Pourquoi ne pas voir enfin grand, au lieu de toujours mettre des rustines ? C’est paradoxalement en réformant aux bonnes dimensions notre appareil de défense et de sécurité et notre politique étrangère (tout autant que notre politique industrielle et notre appareil sanitaire) que nous paraîtrons bientôt aux yeux de nos partenaires, qui depuis trop longtemps moquent nos fanfaronnades inconséquentes, non des cigales au petit pied, mais des fourmis ailées.

*Caroline Galactéros, Présidente de GeopragmaPartager cet article http://geopragma.fr/souverainete-francaise-lurgence-du-deconfinement-mental/

En attendant Euripide

En attendant Euripide

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   vendredi 22 mai 2020

   Forum

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En attendant Euripide

22 mai 2020 – Ces temps-ci, il devient souvent désespérant et décourageant à la fois ou c’est selon, de remplir son devoir de commentateur pour poursuivre la mission qu’on s’est assignée, – ou bien la Mission qu’on m’a assignée (c’est selon…). Pour exprimer le sentiment assez vague mais très puissant qui m’envahit et justifie ce constat, on s’arrête à un texte d’Alastair Crooke d’il y a quelques jours (le 18 mai).

J’aime bien Alastair. On le sent calme, il a le phrasé doux et doucement ironique, il aime s’entourer de symboles et de références culturelles ou supra-historiques qu’il va pêcher dans sa puissante culture. Il ne s’aventure pas dans les explications labyrinthiques des complots sans nombre qui animent notre désir frénétique de rationalité, et rien que de rationalité, pour expliquer les mystères d’un monde devenu si étrange. A côté de cela, on sent chez lui une pensée ferme, qui ne s’en laisse pas conter.

Ce texte-là, intitulé « Le bourbier de notre civilisation – regarder la vérité en face », s’il s’attache à l’un ou l’autre événement spécifique, les traite avec assez d’ampleur pour aller au cœur de ce que je nomme notre “Grande Crise” (GCES). Son exposé initial de la situation ne vous étonnera pas vraiment, notamment cette contradiction où nous nous trouvons entre deux crises (ou sous-crises) majeures, – par ailleurs, cette contradiction applaudie comme une ruse suprême par bien des dé-comploteurs (des explicateurs de complots si vous voulez, on pourrait dire des “sachants-comploter”)…

« Tout d’abord, le gros titre : “Si vous ne résolvez pas le problème biologique, l’économie ne se redressera pas”. Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Un état d’esprit “exceptionnaliste” indécrottable a entraîné, – surprise, surprise, – une situation exceptionnelle. Nous avons à la fois un déluge de décès qui étaient évitables et, de toute évidence, une quantité stupéfiante de dommages économiques potentiellement évitables (même si certains d’entre eux étaient destinés à se produire bientôt, de toute façon).
» C’est le pire des deux mondes. Au départ, en retardant l’atténuation de la pandémie par crainte de nuire à l’économie, les dirigeants politiques (en particulier dans l’Anglosphère) ont mis en œuvre des mesures (à moitié) tardives (alors que l’incendie du virus avait déjà pris le dessus sur un territoire qui lui était favorable). Ils sont désormais paniqués par la flambée des coûts liés à leurs erreurs initiales. Ils poussent donc à essayer de “rouvrir” dès qu’ils le peuvent.
» Mais la question biologique n’est pas résolue et la tension générée par le fait de pousser simultanément dans des directions opposées déclenche séparément un incendie politique furieux. »

Ensuite, Crooke passe en revue l’une ou l’autre situation catastrophique, les invectives, les blocages, les erreurs, cette montée continuelle des paroxysmes, ces situations crisiques perpétuelles où le paroxysme semble toujours se trouver plus haut, encore plus haut : « Dans l’ensemble, ne s’agit-il pas d’une recette parfaite pour les troubles, les ripostes et l’aggravation de l’anémie économique (alors que les racines de l’économie mondiale sont arrachées et mises en pièces) ? Oui, – sans nul doute. Cette élection américaine à venir[USA2020] est considérée par[les républicains]et[les démocrates] comme existentielle. C’est peut-être le plus terrible présage qu’ait connu l’histoire de l’Amérique. »

…Tout cela pour s’interroger sur l’aspect catastrophique de ces choses, de ces crises, notamment lorsqu’il met en parallèle la crise-Covid19 et la démarche d’annexion des territoires palestiniens par Israël. Finalement, il juge ces circonstances largement dénoncées, perçues comme des inflexions gravissimes, au contraire comme une occasion d’enfin “regarder la vérité dans les yeux”. La crise-Covid19 n’a-t-elle pas été l’occasion d’une éblouissante démonstration de l’inutilité et de l’impuissance de l’Union Européenne ? Qui ne s’en réjouirait pas enfin ?

(J’ai même entendu un de ces correspondants français à Bruxelles, européiste jusqu’au bout de la nuit, se lamenter du fait que cette crise avait mis “en évidence l’impuissance de l’UE”, comme l’on dirait d’une trahison infâme exposant un secret qui n’a pas à être connu parce qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains ; et non pas, ce brave homme, éclater de colère en découvrant que l’UE qu’il aime tant et pare de toutes les vertus, est l’impuissance même.)

Ainsi Crooke se tourne-t-il vers l’antique sagesse qui, pourtant, ne s’épargna jamais l’aveu de ses terribles faiblesses…

« Non seulement les patients de Jung, mais aussi les civilisations se retrouvent bloqués dans leur propre impasse intellectuelle. Lorsque la pièce d’Aristophane ‘Les grenouilles’ a été jouée aux Lénéennesde 405 avant J.-C., il était déjà évident pour tous que la civilisation athénienne était en cours d’effondrement. Malgré ses superbes qualités de comédie, la pièce d’Aristophane ‘Les grenouilles’ est une réflexion crépusculaire sur le sombre avenir d’Athènes. Le thème est le suivant : puisque les trois grands poètes athéniens sont morts, le seul remède pour sauver Athènes est d’envoyer Dionysos aux enfers pour chercher le plus grand de ces poètes. Lorsque Dionysos arrive aux enfers, ‘l’ombre d’Euripide’ lui demande : “Pourquoi veux-tu ramener un poète ?”
» Dionysos répond aussitôt : “Pour sauver Athènes, bien sûr”.
» Pourquoi ? Parce que le rôle le plus important de ces dramaturges a toujours été de remettre en question et d’exposer les faux mythes qui nous écrasent tous. Faire éclater la bulle, – et offrir une compréhension de notre souffrance et de l’expérience humaine, – de manière à la rendre non seulement intelligible, mais aussi, – en allant jusqu’aux couches les plus profondes de cette expérience humaine accumulée dans notre psyché, – de nous permettre d’imaginer l’“impossible” comme solution.
» Malheureusement, Euripide étant toujours ailleurs dans l’autre monde, nous devons nous contenter du Coronavirus, moins aimable certes, pour nous faire subir un choc d’effroi devant notre prétention intellectuelle, et pour réunir dans un mariage alchimique (c’est-à-dire un acte réparateur) les parties éparpillées de notre psychisme dévasté. »

Comme on le lit, Crooke a aussi parlé de Jung, selon une anecdote donnée pour nous édifier sur la suffisance et la fermeture de l’esprit de notre civilisation en cours d’effondrement. Il s’agissait d’une jeune femme à la psychologie totalement fermée, inatteignable, retranchée dans la certitude de la supériorité de son savoir : « Le processus de l’analyse était bloqué par ce que Jung décrit comme un état psychologique unilatéraliste se manifestant sous la forme d’une rationalité dominatrice. Elle savait toujours tout mieux que vous. “Son éducation lui avait fourni une arme parfaitement adaptée à cet objectif, à savoir un rationalisme cartésien très raffiné.”»

Comme cette jeune femme nous ressemble, nous-autres Occidentaux du  bloc-BAO, nous-autres dont je fais assez partie pour découvrir les aberrations, les pathologie de “l’unilatéralisme psychologique” dont cette civilisation est affectée, qui meurt de tout savoir, de se féliciter elle-même de ses vertus, de ses certitudes, de s’amouracher presque à la passion de son autocongratulation sans fin.

Nous sommes étouffés par cette raison que nous avons portée au pinacle pour servir nos desseins d’arrogance et de vanité sans fin. Nous construisons des haines furieuses, des culpabilités monstrueuses, des complots kafkaïesque, pour nous prouver à nous-mêmes que tout se passe en nous-mêmes, et que nous sommes “maîtres de nous comme de l’univers”… Comme l’écrirait Nietzsche, “la raison est quelque chose qui doit être dépassée”.

Notre raison est si complètement  subvertie par ses certitudes d’être elle-même le but suprême et la fin d’elle-même qu’il nous est devenu impossible d’imaginer “l’impossible”, – parce que notre-raison, justement pour conserver son statut d’invincibilité et d’exceptionnalité, a proclamé “impossible” tout ce qui n’est pas elle… Comme ce lecteur qui écrivait récemment, « Si Dieu existait, depuis le Moyen Âge cela se saurait » ; ainsi “l’impossible” s’exprime-t-il en prenant ses aises , c’est-à-dire confirmant qu’il est effectivement impossible selon les canons de laraison, et l’on préfère en revenir à des occupations si rationnelles, – l’un beuglant son exceptionnalisme de Nouveau-Monde, l’autre décrivant le labyrinthe des complot des “Maîtres du Monde”.

Essayez donc une fois, au moins pour une fois, de regarder “l’impossible“ au fond des yeux.

https://www.dedefensa.org/article/en-attendant-euripide

Crise sanitaire et sécurité : une opportunité pour l’Europe !

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Crise sanitaire et sécurité : une opportunité pour l’Europe !

Tribune18 mai 2020Par EuroDéfense-France (Patrick Bellouard, Nathalie de Kaniv, Maurice de Langlois, Patrick de Rousiers, Jacques Favin-Levêque, Patrice Mompeyssin, Jean-Paul Palomeros, Jean-Paul Perruche, Philippe Roger, Cyrille Schott)

La crise du COVID-19 qui a sidéré le monde, ne constitue-t-elle pas l’un de ces bouleversements majeurs qui peuvent changer le visage de la planète ? L’histoire nous le dira. Quoi qu’il en soit, elle impose à l’Union européenne un questionnement sur ses valeurs fondatrices : solidarité, dignité de l’être humain, liberté, démocratie, État de droit et paix. Cette crise sanctionne une triple rupture, rupture du monopole de l’Occident sur l’histoire du monde, rupture du leadership américain hérité de la Deuxième Guerre mondiale et rupture avec une globalisation incontrôlée. Il faut en tirer les enseignements. Sachant que c’est souvent dans l’adversité que les Européens ont trouvé la volonté et le courage politique de faire avancer leur union, l’opportunité se présente de la doter des attributs qui feront d’elle un acteur mondial reconnu et respecté.

Dans un environnement de plus en plus menaçant, l’Europe aura comme première responsabilité d’assurer effectivement la sécurité de ses citoyens dans tous les domaines et la défense de leurs intérêts, sur le continent et partout dans le monde.

La crise du COVID-19 a mis la solidarité européenne à l’épreuve, en faisant resurgir initialement les égoïsmes nationaux. Cependant, la Commission européenne a réagi dès le 28 janvier en activant le mécanisme de réaction en cas de crise. Elle a réuni des fonds publics et privés pour financer la recherche sur les vaccins, les diagnostics et les traitements ; elle a créé une réserve commune de matériel médical ; elle a contribué au rapatriement de nombreux Européens bloqués à l’étranger. La solidarité entre les pays s’est finalement exprimée au niveau du transport médical et de l’accueil de patients dans les hôpitaux non surchargés.

L’Union européenne a maintenant la responsabilité de soutenir activement la relance économique, non pas avec un nouveau Plan Marshall qui viendrait de l’extérieur, mais avec des fonds européens. Des initiatives sont en cours pour compenser ce qui est déjà annoncé comme une chute vertigineuse, une baisse de 7,4 % du PIB de l’UE pour 2020, selon la Commission européenne. La priorité sera donnée à juste titre à la sécurité sanitaire et à l’emploi. Par ailleurs, les enjeux de préservation de la planète, au-delà des changements nécessaires des comportements individuels, vont aussi s’inscrire dans le contexte général et peser sur l’ensemble des contraintes budgétaires de nos pays.

L’UE se retrouvera plus isolée dans le nouveau contexte mondial et, sans doute, plus vulnérable. C’est pourquoi ses membres devront la doter des moyens de se faire entendre et respecter en tant qu’acteur mondial, afin de créer l’espace de confiance et de solidarité qui lui manque encore. Si l’autonomie stratégique est un enjeu de survie dans les domaines sanitaire, industriel, énergétique, économique et diplomatique, la première responsabilité de l’UE, en liaison avec les États, sera de contribuer efficacement à la sécurité de ses citoyens.

La sécurité sanitaire fera partie des premières initiatives. Une politique de sécurité sanitaire devrait voir le jour, dotée d’une base industrielle et technologique dédiée, à la fois aux échelons national et européen.

Cette sécurité sanitaire devra s’inscrire dans une appréciation globale des risques et menaces. Si la menace biologique, aujourd’hui concrétisée par le COVID-19, faisait partie des menaces potentielles depuis des décennies, elle n’avait pas fait l’objet de mesures concrètes d’anticipation. Cette crise imprévue a révélé notre vulnérabilité. Elle a été mise à profit par certains pays pour éprouver nos moyens de protection, accroître les cyberattaques et la désinformation afin de fragiliser la cohésion européenne, et contester les organisations et les traités internationaux. Elle est l’occasion pour les groupes terroristes comme Daech de relancer leur action, voyant dans la pandémie le signe d’une punition divine. L’instabilité et l’incertitude croissent : il n’y a plus d’espace protégé … sauf peut-être la station spatiale orbitale et encore !

Dans cette situation alarmante, l’Europe doit se fixer un cap. Un nouveau cadre de la politique de défense et de sécurité commune doit être établi, en prenant en compte le territoire européen, car nombre de crises à venir impacteront directement notre sol. En d’autres termes, l’Europe pourra faire valoir à l’échelle du continent que la défense et la sécurité sont indivisibles et que la résilience de ses États est l’un de ses objectifs majeurs.

Il ne s’agit pas de déposséder les États membres de leur responsabilité en matière de défense, mais de permettre aux Européens de réaliser que leur destin est commun et doit nourrir la volonté de « vivre ensemble ». Comment imaginer que l’Union européenne ne puisse pas jouer un rôle plus important d’anticipation stratégique, de partage de l’information, de coordination de la réponse, puis de remontée en puissance ? Cette inflexion impliquera plus de moyens partagés, notamment la création d’un espace de confiance, où s’échangeront l’analyse des risques, ainsi que les réponses que pourrait apporter l’Union avec le concours des États membres. Dans cette perspective, Bruxelles devra enfin disposer d’une véritable capacité opérationnelle intégrée de planification et de gestion de crise multisectorielle, avec une chaîne de commandement militaire dotée de sa personnalité propre.

Pour contrer les conséquences de la crise économique à venir, les États doivent arrêter collectivement des mesures incitatives dans le domaine de la sécurité et de la défense.

S’agissant des investissements de défense et contrairement à ce qui s’est fait en 2008, les arbitrages budgétaires nationaux à venir devront être coordonnés sur le plan européen, dans une logique de complémentarité et de partage.

Les mesures incitatives proposées, dont certaines sont en cours de mise en place au sein de la Commission européenne, sont de trois ordres : le Fonds européen de défense, un fonds de relance général et un plan de relance industrielle dédié. Le Fonds européen de défense, dont le principe a déjà été acté par les États membres, devra être suffisamment doté financièrement pour encourager la coopération européenne et dynamiser la compétitivité et la capacité d’innovation de l’industrie de défense européenne. L’autonomie industrielle de défense européenne en dépend. Le montant doit être voté prochainement dans le cadre du budget pluriannuel 2021-2027 de l’Union. Le fonds de relance, évoqué par la Commission, pourra apporter des moyens financiers considérables et solidaires au rétablissement des économies les plus affectées dans l’Union et au redémarrage de l’économie européenne dans son ensemble et du secteur de la défense en particulier.

Enfin, un plan de relance industrielle, dédié au secteur de la défense et de la sécurité au sein de l’UE, devrait venir en complément. Il s’articulerait en deux phases : dans l’immédiat, un plan de sauvegarde des entreprises ; par la suite, un financement dédié à l’achat d’équipements stratégiques. Certains de ces équipements pourront être directement acquis par l’Union européenne elle-même, en priorité des systèmes de surveillance terrestres ou spatiaux, à l’image de ce qui a été décidé en 2007 pour le programme Galileo, des moyens de transport stratégique, des avions ou navires logistiques, voire des moyens sanitaires.

La crise sanitaire aura de lourdes conséquences. Aujourd’hui, plus que jamais, l’UE va se retrouver livrée à elle-même. Si elle veut répondre aux attentes et assumer ses responsabilités au regard de l’avenir de l’humanité, elle devra dorénavant compter sur ses propres forces. Dans un environnement de plus en plus menaçant, elle aura notamment comme première responsabilité d’assurer efficacement la sécurité globale de ses citoyens et la défense de leurs intérêts et de leurs valeurs, sur le continent et partout dans le monde. Les mesures présentées ici visent à compenser les effets de la récession économique, tout en optimisant les capacités de défense et sécurité, dans le respect de la souveraineté des États. C’est un enjeu de survie pour notre Europe et pour la civilisation dont elle est le cœur

https://www.iris-france.org/147109-crise-sanitaire-et-securite-une-opportunite-pour-leurope/

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Eugène Berg 

De Eugène Berg25 avril 2020 

Dans AfriqueAnalyse et théorieConflits armésFranceLivres 6 Minute de lectureUne guerre de perdue, la France au Sahel, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, JC Lattès, 2020 ,312 pagesImprimer l’article

Le Sahel est devenu un théâtre d’opération pour les armées européennes qui, malheureusement, s’y embourbent. La résolution du conflit et des complexités qui l’entourent semblent ne plus être d’actualité. Mais si la France a perdu une bataille, la guerre, elle, n’est pas terminée. 

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Juste au moment où, à la demande d’Emmanuel Macron, les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), se réunissaient à Pau, afin de fixer un cadre plus large dans lequel devrait s’inscrire l’opération Barkhane, paraissait  « Une guerre perdue » du chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos,  directeur de recherche à l’IRD, et chercheur associé au Peace Research Institute , à Oslo. Voilà des années qu’il étudie, en se rendant longuement dans les zones touchées, les guerres et les conflits en Afrique. On lui doit notamment « L’ Afrique, nouvelle frontière du djihad ? » aux éditions La Découverte. À ses yeux, au terme d’une étude complète de la situation sur le terrain, il estime que l’ « on a confié à l’armée française une mission impossible » et que « l’opération Barkhane” prolonge la vie de régimes corrompus ».

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Afin de comprendre le fil de sa pensée il convient de revenir à janvier 2013, aux origines de l’intervention militaire française au Mali, destinée à lutter contre l’expansion de groupes djihadistes. François Hollande avait annoncé que la France n’interviendrait pas au Mali. L’objectif était seulement d’appuyer une éventuelle opération de paix des Nations-Unis pour rétablir l’ordre à Bamako où des mutins avaient pris le pouvoir. Un mois plus tard l’armée française est tout de même intervenue. Cette opération qui aurait dû être courte, s’est éternisée avec des effets dévastateurs. Les fondements de l’intervention au Mali font donc débat. Le récit officiel veut que, le 7 janvier 2013, des pickups chargés de djihadistes se soient ébranlés en direction de Konna. Les combattants viennent du Nord du Mali où ils se sont emparés de Tombouctou, Gao et Kidal quelques mois plus tôt. Il faut agir, disait-on alors en haut lieu, sinon Bamako pourrait tomber et puis Niamey, Ouagadougou, Nouakchott… Tout le « Sahélistan  » serait aux mains des fous de Dieu. La France est la seule à pouvoir intervenir.  Alors, le déploiement des troupes françaises avait débuté avec deux grands objectifs : empêcher l’enracinement des groupes djihadistes dans le nord du Mali et restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire. Sept ans plus tard, une période presque aussi longue que la guerre d’Algérie, aucun de ces objectifs n’a été atteint. Le pays reste coupé en deux. Dans le nord, des groupes rebelles, souvent Touaregs taxent les populations, les services publics ne fonctionnent pas, ou peu, les rares autorités locales ont déserté le terrain. Le résultat est que les groupes dits djihadistes, qui étaient fragmentés, se sont regroupés autour d’un ennemi commun : la France, dont la présence militaire leur donne une légitimité et leur procure aide et appui de l’extérieur. Mais surtout, spécialistes de la guerre asymétrique, ils se sont dispersés dans ce vaste territoire que forme la Bande sahélo-saharienne, qui couvre près de 5 millions de km2. Profitant de l’impéritie des armées locales, les plus pauvrement dotées du monde, ils ont émergé dans des zones où ils ne se trouvaient pas avant, comme le nord du Burkina Faso, dont ils contrôlent désormais près du tiers du territoire ou le Macina, dans le centre du Mali. Est-ce à dire, comme le soutient Marc-Antoine Pérouse de Monclos que l’armée française se retrouve prise « dans une sorte de piège, qui pourrait devenir notre Afghanistan »,  et donc que la France devrait « annoncer un désengagement ». En fait pour lui on s’est trompé sur le diagnostic : l’usage du qualificatif de « terroriste » introduit beaucoup de confusion. Les rebelles tiennent des bouts de territoire, mais aucun n’a démontré sa capacité à gouverner d’où le fait que la menace d’un nouvel Etat islamique paraît chimérique. Certes,  les divers groupes se revêtissent d’un vernis religieux mais en fait comme  « seigneurs de la guerre, ils poursuivent une logique mafieuse. La motivation religieuse à rejoindre ces groupes n’est d’ailleurs pas déterminante. La plupart des enjeux sont locaux : conflits de bétail d’accès à la terre, à l’eau.

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Mais le problème de fond, c’est l’inanité de cette intervention. Comment la France peut-elle réussir à sauver cette partie de l’Afrique en s’appuyant sur des armées défaillantes. Certes, comme l’a exprimé à plusieurs reprises le chef d’état major des armées, le général Lecointre, l’opération « Barkhane », se situe dans le temps long, un de ses objectifs étant de former les armées locales afin que celles-ci prennent la relève. C’est sur ce  « pari » que repose en grande partie l’engagement français. La France fait de la coopération militaire en Afrique, depuis les années 1960, mais force est de dire que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les armées nationales manquent de moyens et de  professionnalisme, et se livrent trop souvent à des actions punitives visant les populations civiles, sans le soutien desquelles aucun succès ne saurait être durable. Marc-Antoine de Montclos poursuit sa démonstration en affirmant que la présence militaire française ne sert pas seulement à lutter contre le terrorisme, elle garantit aussi aux gouvernements en place qu’il n’y aura pas de coups d’Etat contre eux. Les forces françaises n’ont-elles pas bombardé une colonne de rebelles tchadiens venant de Libye, en février 2019, pour sauver Idriss Déby, présenté comme l’élément de stabilité de la région? Or à ses yeux le Tchad, est un pays fragile, sur lequel il est difficile de s’appuyer.  Finalement, avec l’appui que leur offre l’armée française, les régimes du G5 Sahel -hors Mauritanie- n’ont aucune incitation à se réformer. Ce constat étant fait, à nuancer ou à relativiser, l’auteur hésite à donner des conseils et des orientations précises, ce qui ne relève après tout pas de son ressort. Il admet pourtant que dans ces guerres asymétriques, il faut une réponse militaire. À ses yeux la seule issue possible est celle d’une solution politique que seule une négociation entre toutes les parties concernées permettra de mettre en œuvre. Pour le moment, la France ne s’oriente pas en direction d’un dégagement progressif de ses forces au Sahel, elle vient de recevoir l’appui militaire de l’Estonie, du Danemark, de la Suède et la Grande-Bretagne. Son action s’inscrit également dans le cadre plus large de la coalition pour le Sahel, où actions militaires et actions de développement s’appuieront.  L’ouvrage franc et direct de Marc-Antoine Pérouse de Monclos est contribue intelligemment à ce débat, où il ne s’agit pas seulement de la France, mais de la sécurité de l’Europe et de la stabilité sur le long terme d’une bonne partie de l’Afrique, dont on ne peut séparer le destin du nôtre.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

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Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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La petite gazette des couacs impériaux

La petite gazette des couacs impériaux

20 Avril 2020

Si le coronavirus et la drôle de guerre pétrolière ont fait, ces derniers temps, la Une de l’actualité, d’autres nouvelles passées à peu près inaperçues sont venues quelque peu assombrir le ciel impérial. Rien de dramatique en soi, mais de menues épines dans le pied qui, additionnées, finissent par provoquer une petite douleur lancinante du côté de Washington…

Un dénominateur commun à presque toutes ces contrariétés : le Donald, parfois à son corps défendant. Qu’il persiste à résisterau marais ou qu’il se soit converti mais avec force bourdes, ou tout simplement qu’il tortille entre les deux voies, imposant quand il le peut ses volontés, Trumpinho continue, volontairement ou non, de faire couler de grosses gouttes de sueurs sur le front de son Deep State.

En Asie du Nord-Est, l’alliance militaire américano-sud-coréenne traverse des turbulences. L’on ne parle pas ici d’un changement tectonique qui verrait les troupes US quitter le Pays du matin calme, la case orientale de l’échiquier eurasiatique est beaucoup trop importante pour eux, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises :

C’est de haute géostratégie dont ils s’agit. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine (…) La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l’échiquier où l’empire maritime s’arc-boute afin de ne pas lâcher (…)

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Les troupes américaines ou les batteries THAAD en Corée du Sud sont officiellement tournées contre la Corée du Nord, officieusement la Chine. Et les turpitudes du trublion de Pyongyang sont un prétexte en or massif pour maintenir la présence militaire américaine dans la zone.

Que se passe-t-il donc du côté de Séoul pour que ce bel édifice soit, non pas menacé (ce serait exagéré), mais quelque peu ébréché ? Une histoire de gros sous, très prosaïquement. Déjà contraints, les Sud-Coréens ont proposé d’augmenter leur participation aux frais communs de défense à 13%.Businessman dans l’âme, le Donald les a envoyé bouler et réclame beaucoup plus. Or la Corée est dirigée par Moon Jae-in, beaucoup moins favorable aux vues américaines que ne pouvaient l’être ses prédécesseurs.

Le torchon finira-t-il par brûler entre les deux parties ? Sans doute pas. Des concessions seront vraisemblablement faites de part et d’autre et un accord sera finalement trouvé. Mais cette affaire est symptomatique : du temps de sa splendeur, l’empire US allongeait l’argent sans barguigner, ces dépenses étant anecdotiques par rapport aux gains stratégiques. Avec un endettement maintenant faramineux et un comptable à la Maison blanche, les choses ont bien changé…

De Corée, passons en Asie du Sud-Est où la décision du président philippin Duterte de mettre fin au Visiting Force Agreement, accord facilitant l’accès des troupes américaines à l’archipel, continue de faire des vagues. C’était le 11 février et, jusqu’ici, nous n’en avions pas parlé, trop conscient des incessants retournements de veste qui ont lieu dans ce domaine. Cette fois, ça paraît la bonne.

Jusqu’ici, Duterte ne lâche rien. Mais surtout, de l’autre côté du Pacifique, Trump n’en a que faire. En bon entrepreneur, il pense avant tout, comme dans le cas coréen, aux écus sonnants et trébuchants : « Ca ne me dérange pas vraiment car cela permettra d’économiser beaucoup d’argent. Je sais que mon opinion diffère en cela de celle des autres« .

Les autres, c’est l’Etat profond et les stratèges de Washington, qui s’arrachent littéralement les cheveux devant cet Harpagon des temps modernes susceptible de couler, volontairement ou non, les avancées stratégiques péniblement acquises durant des décennies. Le fidèle lecteur n’a en effet pas oublié l’importance des Philippines :

Dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elle est la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

La fin du Visiting Force Agreement ne signifie pas obligatoirement la fin de la coopération militaire entre Manille et Washington mais, selon tous les analystes, elle constituerait un coup de canif difficilement réparable. Qui plus est, elle pourrait avoir des conséquences dans toute la région comme l’analyse Radio Free Asia, média impérial qui craint que l’Asie du Sud-est ne se rapproche de Pékin en cas de retrait américain. Si la majorité des Etats de la zone craignent l’avancée du dragon en Mer de Chine méridionale, aucun n’est prêt à dégrader ses relations avec le grand voisin enaccueillant des bases de l’US Navy.

A 20 000 kilomètres de là, une autre mauvaise nouvelle a plissé un peu plus les fronts soucieux des stratèges états-uniens. Elle concerne l’ami Bolsonaro. Les déclarations emportées et irresponsables contre Pékin de la part de quelques membres de son gouvernement, dont le propre fils du président, ont créé un froid diplomatique.

Sous pression, et n’oubliant pas que la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil, Bolsonaro a appelé Xi pour faire amende honorable et rabibocher les deux capitales. Au passage, le rusé timonier lui a peut-être glissé un petit quelque chose à l’oreille… Trois petits jours après la conversation téléphonique, le vice-président brésilien annonçait en effet que Huawei serait autorisée à participer au réseau 5G du pays !

Quand on sait à quel point Trump et le Deep State US, pour une fois sur la même longueur d’onde, ont tout fait pour marginaliser le géant technologique chinois, on imagine le coup de poignard que constitue cette décision. Comment la « trahison » de Bolsonaro sera-t-elle prise à Washington ? Wait and see ou, pour faire local, espere e veja.

Terminons ce tour du monde des couacs impériaux par les Balkans où, à nouveau, l’occupant de la Maison blanche a fait des siennes. Direction, le petit Kosovo, sous les feux de l’actualité il y a une vingtaine d’années pour l’une des plus grosses opérations de propagande de l’histoire humaine : un génocide inventé de toute pièce par l’OTAN. Comme de bien entendu, l’habituelle basse-cour médiatique participa avec allégresse à l’énorme intox, sur laquelle revenait le Monde diplomatique quelques années plus tard :

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun – à de rares exceptions près – allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie… » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)…

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes – le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

(…)

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque – au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations – meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts – n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’ »indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo « Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

(…)

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (…) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (…) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font – pour les deux camps – la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)

On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?

A l’époque, la guerre du Kosovo n’était elle-même qu’un maillon d’un ensemble bien plus vaste :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

Vingt ans après, les mirages de Washington se sont écroulés les uns après les autres, mais l’armée américaine caserne toujours au Camp Bondsteel, sa deuxième plus grande base militaire en Europe, et le Kosovo est devenu une sorte de minuscule protectorat US. Qu’est-ce qu’a encore fait le Donald ?

Pour le coup, l’affaire est assez compliquée. Le Kosovo est aujourd’hui grosso modo divisé entre deux camps politiques et deux leaders : Thaci et Kurti. Le premier, président depuis 2016, est un ancien de l’UCK, la guérilla islamo-mafieuse qui luttait contre Belgrade en 1999 (les « rebelles modérés » de l’époque). Il traîne toutes les casseroles possibles et imaginables : crimes de guerre et vente d’organes de prisonniers serbes, corruption, pion de l’empire etc. Mais il est paradoxalement favorable aujourd’hui à un rapprochement avec la Serbie et veut enterrer la hache de guerre afin de normaliser les relations.

Le second était Premier ministre depuis deux mois quand il a été débarqué fin mars après une motion de censure du parlement. Champion du combat contre la corruption, il est très critique envers l’influence américaine sur son pays mais est également animé d’une serbophobie presque primaire. On le voit, les habituelles lignes de fracture sont ici brouillées…

Or l’administration Trump, qui souhaiterait un succès diplomatique (en l’occurrence un accord de paix entre Serbie et Kosovo) avant l’élection de novembre, a « stimulé » la destitution de Kurti, principal obstacle à l’accord. Rien de moins. L’establishment des affaires étrangères à Washington pousse les hauts cris tant il est vrai que les petits bidouillages de Donaldinho risquent encore de créer un maelstrom improbable.

Sur le plan humanitaire, cette crise est particulièrement malvenue en ces temps pandémiques. Sur le plan diplomatique, Paris et Berlin ont très mal pris la chose, creusant encore un peu plus l’écart entre les deux rives de l’Atlantique. Sur le plan intérieur, les professionnels du Département d’Etat sont excédés d’être court-circuités par des amateurs. Enfin, même si cela reste très hypothétique pour le moment, cela pourrait bien avoir des conséquences sur le plan stratégique ; à supposer que Kurti prenne un jour le pouvoir, ces manigances américaines pourraient éventuellement sonner le glas du Camp Bondsteel, refermant avec fracas la fenêtre ouverte en fanfare en 1999.

Un souci de plus pour le Deep State qui, décidément, doit attendre avec impatience une victoire de Biden pour ne plus avoir à se réveiller chaque matin en se demandant quelle catastrophe la Houppette blonde a encore provoquée…

Tag(s) : #Etats-Unis#Extrême-Orient#Amérique latine#Europe

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Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Tribune24 avril 2020Par le Capitaine de corvette Cécile Cornier, auditrice de la 27e promotion de l’École de Guerre.

La crise actuelle nous rappelle à quel point le monde est devenu interdépendant. Or aujourd’hui, la globalisation est intrinsèquement liée à la maritimisation. Conscient de ces enjeux, le Japon renforce avec pragmatisme ses capacités navales, pour notamment faire face à la Chine, particulièrement agressive en matière de politique régionale[1].

Ce développement s’inscrit dans un cadre juridique contraignant, issu de la Seconde Guerre mondiale[2], qui favorise le pacifisme. Aussi, si le Japon est maître de son autodéfense, un droit garanti par la Charte des Nations unies de 1945, il a renoncé à son droit de guerre et a confié sa défense aux États-Unis, par le traité de sécurité de San Francisco, en 1951. La volonté de contribuer davantage à la sécurité régionale, voire internationale, sous la pression américaine a cependant conduit à l’élargissement des domaines d’intervention des Forces japonaises d’autodéfense, et donc de ceux de la force maritime d’autodéfense japonaise (JMSDF). En 2013, le Japon a ainsi publié une première stratégie de sécurité nationale et levé, en 2014, l’interdiction sur les exportations d’armes qu’il s’était imposée en 1967, tout en adoptant le concept d’autodéfense collective. Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour y inclure la défense des lignes de communication.

Une marine à vocation défensive, en évolution

La marine japonaise est avant tout dimensionnée pour défendre son territoire contre les principales menaces en Asie. Considérée comme la quatrième marine au monde pour son tonnage, elle s’est ainsi prioritairement attachée à développer d’importantes capacités anti-sous-marines. Cependant, la multiplication de l’arsenal militaire chinois, et, en particulier, l’expansion de sa flotte et l’installation de systèmes de déni d’accès inquiètent le Japon, qui redoute d’être isolé en cas de conflit. Dès lors, Tokyo cherche à améliorer progressivement ses autres capacités navales tout en réduisant ses défis structurels, notamment en termes opérationnels et de recrutement.[3]

Une montée en gamme de ses équipements[4]

Excepté dans le domaine de l’intervention, la flotte de surface japonaise présente un modèle complet. Elle comprend ainsi une quarantaine de navires de combat, une douzaine de bâtiments de souveraineté, une composante de guerre, des mines et des capacités océanographique et polaire. En 2018, Tokyo a annoncé sa volonté de modifier ses deux récents porte-hélicoptères de classe Izumo de 19 500 t (16 500 t pour l’équivalent français), afin de leur permettre d’accueillir des F-35B à décollage vertical. Bien qu’elle s’en défende, l’accroissement des capacités offensives traduit un changement de paradigme de la défense japonaise.

Sa flotte sous-marine est, quant à elle, considérée comme l’une des meilleures au monde[5]. Elle est composée d’une vingtaine de sous-marins d’attaque récents d’environ 4000 t des classes Oyashio et Sōryū. En mars dernier, une rupture technologique est en outre marquée par l’admission au service actif du premier sous-marin de la classe Sōryū équipé de batteries lithium-ion, qui doublent son autonomie. Enfin, l’aéronavale, constituée d’environ 300 aéronefs – dont 92 patrouilleurs maritimes et une cent-cinquantaine d’hélicoptères de tous types – a pour mission principale la lutte anti-sous-marine et la guerre des mines.

Le développement de son expérience opérationnelle

Le Japon cherche de plus à enrichir son expérience opérationnelle. Depuis 1998, le pays participe ainsi à des exercices conjoints avec la septième flotte américaine dans le Pacifique et il n’hésite pas à saisir d’autres opportunités, en particulier avec la Russie. Par ailleurs, le Japon a effectué en océan Indien un soutien logistique hors du cadre de l’Organisation des Nations unies, entre 2001 et 2007, et a participé à l’Opération Enduring Freedom entre 2008 et 2010. Si ces dernières opérations ont été fortement contraintes par sa Constitution et sa législation, Tokyo a su trouver le chemin d’un régime plus dérogatoire pour lutter contre la piraterie en océan Indien et sécuriser ainsi ses approvisionnements. En 2011, le Japon s’est, en ce sens, doté d’une base à Djibouti.

Un isolement militaire au niveau régional

Si la marine japonaise est redevenue une flotte de première importance, la puissance navale chinoise et le contexte régional délicat, remettent en perspective son potentiel, d’autant que son alliance avec les États-Unis, toujours cruciale, ne lui apporte plus la sérénité attendue.[6]

Tokyo entretient, d’une part, avec Pékin – qui possède la seconde marine au monde – une relation concurrentielle, entachée de défiance et de rancœurs. Les méfaits commis par l’armée japonaise en Chine lors de la Seconde Guerre mondiale ont en effet laissé des traces indélébiles dans les consciences. En outre, la Chine et Taïwan revendiquent les îles Senkaku, administrées par Tokyo depuis la fin du XIXe siècle et dont les eaux poissonneuses et les possibles ressources en hydrocarbures font l’objet de convoitises. Récemment, la crise avec la Corée du Nord, soutenue par Pékin, a envenimé encore davantage la situation, car Tokyo est de plus en plus préoccupée par les programmes nucléaires et balistiques de Pyongyang pour des raisons légitimes de sécurité nationale.

Paradoxalement, le Japon est aussi en tension avec la Corée du Sud, pourtant alliée des Américains. Le révisionnisme de Tokyo sur les exactions commises par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa contestation de la souveraineté sud-coréenne sur les Rochers Liancourt attisent les frictions. Avec la Russie, les échanges se sont renforcés ces dernières années, tandis que le président Poutine souhaite parvenir à un accord au sujet du contentieux territorial relatif aux îles Kouriles russes. Néanmoins, il reste peu probable qu’un compromis puisse être trouvé dans les années à venir en raison des crispations qu’il génère au sein même des populations. En outre, Moscou, en froid avec Washington, joue sa propre partition dans la zone et ne pourrait constituer un partenaire fiable dans le domaine de la défense.

Le Japon évolue donc dans un contexte géopolitique délicat, dont la complexité est renforcée par les interdépendances économiques. Menacée par une Corée du Nord imprévisible et des velléités chinoises croissantes, Tokyo est en outre assez isolée, d’autant que la Russie ne peut constituer un partenaire militaire crédible. Le Japon se devra donc de continuer d’investir dans sa marine pour garantir ses intérêts stratégiques tout en cherchant à renforcer son partenariat avec les États-Unis et à poursuivre sa politique de coopérations avec l’Australie pour contrer son isolement.

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[1] La Chine mène par exemple une stratégie du fait accompli en mer de Chine orientale, profitant de sa suprématie régionale et de la désunion entre les pays de cette zone.

[2] En particulier l’adoption de principes non nucléaires et la limitation du budget de la défense à 1 % du PIB.

[3] La marine japonaise peine de plus en plus à recruter dans un pays vieillissant et encore très ancré dans le pacifisme.

[4] « Flotte de combat 2019 », Stéphane Gallois et Alexandre Sheldon-Duplaix, 2019, Éditions Maritimes et d’outre mer (version numérique)

[5] « La flotte sous-marine japonaise bien placée dans la bataille de mer de Chine et du Pacifique », tribune d’Édouard Pflimlin publiée sur le site de l’IRIS le 26 novembre 2019.

[6] Les priorités des deux pays divergent aujourd’hui, car le Japon est principalement intéressé par des questions régionales tandis que les États-Unis se préoccupent de problématiques plus globales

https://www.iris-france.org/146538-vers-une-montee-en-puissance-structurelle-de-la-marine-japonaise/