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Chine : tout se déroule comme prévu

Chine : tout se déroule comme prévu


Par Pepe Escobar − Le 24 août 2020 − Source Asia Times via The Saker

Pepe Escobar

Commençons par l’histoire d’un sommet qui disparaît étrangement.

Chaque mois d’août, la direction du Parti communiste chinois (PCC) converge vers la ville de Beidaihe, une station balnéaire à environ deux heures de Pékin, pour discuter de politiques sérieuses qui se fondent ensuite dans des stratégies de planification à approuver lors de la session plénière du Comité central du PCC, en octobre.

Pepe Escobar

Le rituel Beidaihe a été établi par nul autre que le grand timonier Mao, qui aimait la ville où, non par accident, l’empereur Qin, l’unificateur de la Chine au IIIe siècle av. J.-C., tenait un palais.

2020 étant, jusqu’à présent, une année notoire pour vivre dangereusement, il n’est pas surprenant qu’en fin de compte la rencontre de Beidaihe soit introuvable. Pourtant, l’invisibilité de Beidaihe ne signifie pas que cela n’a pas eu lieu.

Acte 1, le fait que le Premier ministre Li Keqiang avait tout simplement disparu de la vue du public pendant près de deux semaines – après que le président Xi a présidé une réunion cruciale du Politburo à la fin du mois de juillet où ce qui a été présenté n’était rien moins que la stratégie de développement de la Chine pour les quinze prochaines années.

Li Keqiang a refait surface en présidant une session spéciale du tout-puissant Conseil d’État, tout comme le principal idéologue du PCC, Wang Huning – qui se trouve être le numéro 5 du Politburo – s’est présenté en tant qu’invité spécial à une réunion de la All China Youth Federation.

Ce qui est encore plus intriguant, c’est qu’à côté de Wang, se trouvait Ding Xuexiang, nul autre que le chef de cabinet du président Xi, ainsi que trois autres membres du Politburo.

Dans ce jeu d’ombres «vu … pas vu …», le fait qu’ils se soient tous présentés ensemble après une absence de près de deux semaines a conduit des observateurs chinois avisés à conclure que Beidaihe avait effectivement eu lieu. Même si aucun signe visible d’action politique en bord de mer n’avait été détecté. La version semi-officielle est qu’aucune réunion n’a eu lieu à Beidaihe à cause de la Covid-19.

Pourtant, c’est l’Acte 2 de la pièce qui peut régler l’affaire pour de bon. La désormais célèbre réunion du Politburo de fin juillet présidée par Xi a en fait scellé la session plénière du Comité central en octobre. Traduction : les contours de la feuille de route stratégique à venir avaient déjà été approuvés par consensus. Il n’était pas nécessaire de se retirer à Beidaihe pour de plus amples discussions.

Ballons d’essai ou politique officielle ?

L’intrigue s’épaissit lorsqu’on prend en considération une série de ballons d’essai qui ont commencé à flotter il y a quelques jours dans certains médias chinois.

Voici quelques-uns des points clés.

1. Sur le front de la guerre commerciale, Pékin ne fermera pas les entreprises américaines déjà actives en Chine. Mais les entreprises qui souhaitent entrer sur le marché de la finance, des technologies de l’information, des soins de santé et de l’éducation ne seront pas agréées.

2. Pékin ne se débarrassera pas de toute sa masse écrasante de bons du Trésor américain en une seule fois, mais – comme cela se produit déjà – le désinvestissement s’accélérera. L’année dernière, cela représentait 100 milliards de dollars. Jusqu’à la fin de 2020, cela pourrait atteindre 300 milliards de dollars.

3. L’internationalisation du yuan, également prévisible, sera accélérée. Cela inclura la configuration des paramètres finaux pour la compensation des dollars américains via le système chinois CHIPS – prévoyant la possibilité explosive que Pékin pourrait être coupé de SWIFT par l’administration Trump ou quiconque sera au pouvoir à la Maison Blanche après janvier 2021.

4. Sur ce qui est largement interprété à travers la Chine comme le front de la «guerre tous azimuts», principalement la guerre hybride, l’APL – Armée populaire de libération – a été mise en alerte de niveau 3 – et tous les congés sont annulées pour le reste de 2020. Il y aura une campagne concertée pour augmenter les dépenses globales de défense à 4% du PIB et accélérer le développement des armes nucléaires. Des détails ne manqueront pas d’apparaître lors de la réunion du Comité central d’octobre.

5. L’accent est mis globalement sur le principe très chinois de  l’autosuffisance et sur la construction de ce qui peut être défini comme un système économique national de «double voie» : la consolidation du projet d’intégration eurasienne en parallèle avec un mécanisme global de règlement en yuan.

Ce schéma implique ce qui a été décrit ainsi :

… abandonner fermement toutes les illusions sur les États-Unis et mener une mobilisation de guerre avec notre peuple est intégré à cette dynamique. Nous allons vigoureusement promouvoir la guerre pour résister à l’agression américaine (…) Nous utiliserons un état d’esprit guerrier pour diriger l’économie nationale (…) Préparez-vous à l’interruption complète des relations avec les États-Unis.

On ne sait pas dans l’état actuel des choses s’il ne s’agit que de ballons d’essai diffusés dans l’opinion publique chinoise ou de décisions prises lors du Beidaihe «invisible». Ainsi, tous les regards seront tournés vers le type de langage dans lequel cette configuration alarmante sera enrobée lorsque le Comité central présentera sa planification stratégique en octobre. De manière significative, cela se produira seulement quelques semaines avant les élections américaines.

Tout est une question de continuité

Tout ce qui précède reflète quelque peu un débat récent à Amsterdam sur ce qui constitue la «menace» chinoise pour l’Occident. Voici les points importants :

1. La Chine renforce constamment son modèle économique hybride – qui est une rareté absolue, à l’échelle mondiale : ni totalement publique, ni économie de marché.

2. Le niveau de patriotisme est stupéfiant : lorsque les Chinois font face à un ennemi étranger, 1.4 milliard de personnes agissent comme un seul homme.

3. Les mécanismes nationaux ont une force énorme : absolument rien n’empêche la pleine utilisation des ressources financières, matérielles et humaines de la Chine une fois qu’une politique est définie.

4. La Chine a mis en place la chaîne industrielle d’approvisionnement la plus complète de la planète, sans interférence étrangère si nécessaire – enfin presque, il y a toujours à résoudre la question des semi-conducteurs pour Huawei.

La Chine planifie non seulement en années, mais en décennies. Les plans quinquennaux sont complétés par des plans décennaux et, comme l’a montré la réunion présidée par M. Xi, des plans sur quinze ans. La Belt and Road Initiative  (BRI) [les Routes de la soie] est en fait un plan de près de quarante ans, conçu en 2013 pour s’achever en 2049.

La continuité est le nom du jeu – quand on pense que les cinq principes de la coexistence pacifique, développés pour la première fois en 1949 puis étendus par Zhou Enlai à la conférence de Bandung en 1955, sont gravés dans le marbre comme les lignes directrices de la politique étrangère de la Chine.

Le collectif Qiao, un groupe indépendant qui étend le rôle du qiao – «pont» – au stratégiquement important huaqiao – «diaspora chinoise» – est pertinent en constatant que Pékin n’a jamais proclamé un modèle chinois comme solution aux problèmes mondiaux. Ce qu’ils vantent, ce sont les solutions chinoises aux conditions chinoises spécifiques.

Il est également souligné avec force que le matérialisme historique est incompatible avec la démocratie libérale capitaliste imposant l’austérité et le changement de régime aux systèmes nationaux, les forçant vers des modèles préconçus.

Cela revient toujours au cœur de la politique étrangère du PCC : chaque nation doit tracer une voie adaptée à ses conditions nationales.

Et cela révèle les contours complets de ce qui peut être raisonnablement décrit comme une méritocratie centralisée avec des caractéristiques confucéennes et socialistes : un paradigme de civilisation différent que la «nation indispensable» refuse toujours d’accepter et n’abolira certainement pas en pratiquant la guerre hybride.

Pepe Escobar

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone 1 065

https://lesakerfrancophone.fr/chine-tout-se-deroule-comme-prevu

Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes

Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes


Par Moon of Alabama − Le 8 septembre 2020

Une présidence Biden sera une autre déception pour les progressistes qui soutiennent la campagne des Démocrates.

Le Washington Post salue la « flexibilité » de Joe Biden sur les questions politiques :

Lorsque Joe Biden a publié des recommandations économiques il y a deux mois, elles ont inclus quelques idées qui inquiètent certains puissants banquiers : autoriser les opérations bancaires à la poste, par exemple, et faire garantir par la Réserve fédérale un compte bancaire à tous les Américains.

Mais lors d'appels privés avec les dirigeants de Wall Street, la campagne Biden a clairement indiqué que ces propositions ne seraient pas au cœur du programme de Biden.

"Ils ont essentiellement dit : 'Écoutez, c'est juste un exercice pour satisfaire les partisans de Warren, et ne lisez pas au-delà'", a déclaré un banquier d'investissement, faisant référence aux partisans libéraux de la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.). Le banquier, qui a parlé sous couvert d'anonymat pour décrire des discussions privées, a déclaré que le message avait été transmis lors de plusieurs appels.

En faisant des promesses aux influences démocrates les plus progressistes tout en promettant secrètement des politiques différentes aux riches, Joe Biden suit la «flexibilité» de Barack Obama [ou le en même temps de Macron, NdT]. Au cours de sa première campagne présidentielle, Obama a promis à plusieurs reprises qu’il renégocierait l’ALENA, l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. Mais derrière le dos de ses partisans, il a secrètement envoyé des émissaires au Canada pour faire savoir au gouvernement qu’il n’avait pas l’intention de tenir cette promesse :

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a ordonné une enquête sur la façon dont les journalistes ont obtenu une note détaillant une discussion entre des diplomates canadiens et un membre de l’équipe d’Obama. La note précisait que le conseiller d’Obama avait indiqué que la critique du candidat à l’égard de l’ALENA était avant tout politique.

L’équipe d’Obama a nié son manque de sincérité, mais sa rivale Hillary Clinton a déclaré que la note montrait qu'on ne pouvait pas faire confiance à son adversaire. Les deux candidats blâment l’accord de libre-échange pour les pertes d’emplois aux États-Unis et jurent de changer ou même d’abandonner l’accord, un acte qui pourrait nuire à l’économie canadienne et aux liens entre les deux plus grands partenaires commerciaux du monde.

Biden fait preuve d’une telle « flexibilité » sur plusieurs questions :

Cette réticence à être épinglé sur des détails politiques est au cœur de la campagne de Biden, qui s'est concentrée sur un engagement de «restaurer l'âme de la nation» plutôt que sur un Saint Graal législatif particulier. Alors que Biden a émis une série de propositions, il a souvent adopté une approche tout-pour-tout-le monde, faisant parfois des déclarations publiques fortes tout en comptant sur des assistants pour apaiser les critiques dans les coulisses.

Ceux qui seraient les plus déçus d’un régime de centre-droit Biden sont les « progressistes » qui soutiennent actuellement sa campagne. Tout ce qu’on leur promet maintenant ne veut rien dire :

La campagne Biden a déclaré que les recommandations économiques avaient été faites conjointement par les partisans de Biden et du sénateur Bernie Sanders (I-Vt.) Et n'avaient jamais été conçues comme une politique officielle. ...

L'équipe Biden considère les idées des groupes de travail comme de simples recommandations, alors que de nombreux partisans de Sanders les considèrent comme contraignantes.

Dans le même temps, l’équipe de politique étrangère de Biden pullule d’interventionnistes libéraux de l’ère Obama et de néocons :

Les républicains de tendance Jamais Trump se sont infiltrés dans la campagne de Biden, offrant d'étoffer sa «coalition» avant les élections et de se frayer un chemin dans les discussions de politique étrangère, en particulier sur la Chine. Compte tenu de leur histoire commune avec les interventionnistes libéraux déjà dans la campagne, ne pensez pas une seconde qu'il n'y a pas parmi eux des néocons affamés qui tentent de prendre une place à la table. ...

Ces gars sont des membres fondateurs du consensus de politique étrangère de Washington, mélangés à des néocons Jamais Trump comme Eliot Cohen et Robert Kagan - son épouse Victoria Nuland était une haute responsable néocon du département d'État de Clinton - qui méprisent Trump depuis le début et pensent que sa politique étrangère de America First est «profondément malavisée» et conduit le pays à la «crise». Kagan, qui a ouvertement soutenu Hillary Clinton en 2016, a déjà rédigé au moins un éditorial sur la politique étrangère anti-Trump avec le conseiller principal de Biden, Anthony Blinken. 

Des loups déguisés en moutons.

Une victoire de Biden signifierait une reprise de la guerre contre la Syrie, pas de renouvellement de l’accord nucléaire avec l’Iran et d’autres politiques étrangères bellicistes :

Quiconque espère donc un assouplissement de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran, si Biden gagnait, pourrait donner trop d'espoir à Bernie Saunders ou à "The Squad" d'être en mesure "d'arrondir les angles des positions de la politique étrangère américaine" - ils pourraient être trop optimistes. C'est tout simplement trop évident : alors que la Chine se tourne vers l'Iran et le Moyen-Orient à la recherche de la sécurité de son approvisionnement énergétique, la tentation sera de réussir, en forçant une position belliciste contre la Chine, à lier les deux (Iran et Chine), et d'essayer de faire pression pour une position politique consistant à «tuer-deux-oiseaux-avec-une-seule-pierre».

Bien sûr, les politiques d’une présidence Biden sembleraient plus polies et présentables que les manières rustres de Trump. C’est la principale raison pour laquelle l’establishment de Washington rejette Trump et soutient Biden.

Mais on peut certainement s’attendre à ce qu’une présidence Biden, remportée lors des élections, ou grâce à un schéma de révolution de couleur bien planifié par les Démocrates, soit à droite de la politique de centre-droit mise en œuvre par Barack Obama. Cela vaut aussi bien pour les questions de politique intérieure que pour la politique étrangère.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-une-presidence-biden-decevra-les-democrates-progressistes

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

par Thierry Meyssan

Les deux programmes des candidats Trump et Biden ne ressemblent pas à ceux des candidats précédents. Il ne s’agit plus d’ajuster les Etats-Unis aux évolutions du monde, mais de définir ce qu’ils seront. La question est existentielle, de sorte qu’il est tout à fait possible que les choses dégénèrent et se terminent dans la violence. Pour les uns, le pays doit être une nation au service des citoyens, pour les autres il doit restaurer son statut impérial.RÉSEAU VOLTAIRE | PARIS (FRANCE) | 8 SEPTEMBRE 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 35.3 koLe Bureau ovale de la Maison-Blanche cherche locataire.

La campagne présidentielle états-unienne 2020 oppose deux visions radicalement différentes des États-Unis : empire ou nation ?

D’un côté, la prétention de Washington de dominer le monde en endiguant (« containment ») les potentiels compétiteurs —stratégie énoncée par George Kennan en 1946 et suivie par tous les présidents jusqu’en 2016— ; de l’autre, le refus de l’impérialisme et la volonté de faciliter la fortune des États-uniens en général —stratégie énoncée par le président Andrew Jackson (1829-37) et reprise uniquement par le président Donald Trump (2017—20).

Chacun de ces deux camps manie une rhétorique masquant sa véritable pratique. Démocrates et Républicains se posent en hérauts du « monde libre » face aux « dictatures », en pourfendeurs des discriminations raciales, de genre et d’orientation sexuelle, et en champions de la lutte contre le « réchauffement climatique ». Les Jacksoniens, quant à eux, dénoncent tour à tour la corruption, la perversité et en définitive l’hypocrisie des précédents tout en appelant à se battre pour leur nation et non pas pour l’empire.

Les deux camps n’ont en commun que le même culte de la force ; qu’elle soit au service de l’empire (Démocrates et Républicains) ou de la nation (Jacksoniens).

Le fait que de manière inattendue les Jacksoniens soient subitement devenus majoritaires dans le pays et aient pris le contrôle du Parti républicain ajoute de la confusion, mais ne doit pas faire confondre le trumpisme avec ce qu’est l’idéologie républicaine depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans les faits, les Démocrates et les Républicains sont plutôt des gens aisés ou des professionnels des nouvelles technologies, tandis que les Jacksoniens —comme les « gilets jaunes » en France— sont plutôt pauvres et liés professionnellement à la terre dont ils ne peuvent pas s’échapper.

Pour la campagne 2020, les Démocrates et les Républicains font bloc derrière l’ancien vice-président Joe Biden. Celui-ci et ses partisans sont extrêmement volubiles sur leurs intentions :
- “The Power of America’s Example”, by Joseph R. Biden Jr., Voltaire Network, 11 July 2019.
- “Why America Must Lead Again. Rescuing U.S. Foreign Policy After Trump”, by Joseph R. Biden Jr., Foreign Affairs, March/April 2020.
Et surtout la déclaration des hauts fonctionnaires de sécurité nationale républicains pour le démocrate Biden :
- “A Statement by Former Republican National Security Officials”, Voltaire Network, 20 August 2020.
Au contraire, Donald Trump est fuyant par écrit :
- “Donald Trump Second Term Agenda”, by Donald Trump, Voltaire Network, 24 August 2020 (la politique étrangère est le petit paragraphe en fin de texte).

À mon sens, les principaux litiges ne sont pas énoncés, mais sont constamment sous-entendus.JPEG - 81.6 koAnimateur de télévision, Donald Trump rêve de rendre le pays au peuple comme le fit le président Andrew Jackson.

Le programme des Jacksoniens

- Dès sa prise fonction, Donald Trump a remis en cause la stratégie Rumsfeld/Cebrowsky d’anéantissement des structures étatiques de tous les pays du « Moyen-Orient élargi » sans exception et il a annoncé son souhait de faire revenir à la maison les troupes égarées dans la « guerre sans fin ». Cet objectif reste en tête de ses priorités en 2020 (« Arrêtez les guerres sans fin et ramenez nos troupes à la maison » – Stop Endless Wars and Bring Our Troops Home)

Dans la foulée, il a exclu le directeur de la CIA et le président du comité des chefs d’état-major des réunions régulières du Conseil de sécurité nationale. Ce faisant, il a privé les partisans de l’impérialisme de leur principal outil de conquête.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. Et « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

Il s’en est suivi une bataille pour la présidence de ce conseil avec l’inculpation du général Michael T. Flynn, puis son remplacement par le général H. R. McMaster, l’exceptionnaliste John R. Bolton, et enfin Robert C. O’Brien.

- En mai 2017, Donald Trump a sommé les alliés des États-Unis de cesser immédiatement leur soutien aux jihadistes chargés d’appliquer la stratégie Rumsfeld/Cebrowski. Ce fut le discours de Riyad aux chefs d’État sunnites, puis aux chefs d’État et de gouvernements de l’Otan. Le président Trump avait déclaré l’Otan obsolète avant de se raviser. Il a pourtant obtenu non pas l’abandon de la politique d’endiguement (containment) de la Russie, mais la division par deux des crédits utilisés à cet effet et l’attribution des fonds ainsi préservés à la lutte contre le jihadisme. Ce faisant, il a partiellement cessé de faire de l’Otan un instrument de l’impérialisme pour la transformer en une alliance défensive. Il a donc exigé que ses membres abondent à son budget. Le soutien au jihadisme a cependant été poursuivi par les partisans de l’impérialisme avec des moyens privés, notamment le fonds KKR.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Plan to Defeat the Islamic State of Iraq and Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017.
- “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.
- “Remarks by Donald Trump at NATO Unveiling of the Article 5 and Berlin Wall Memorials”, by Donald Trump, Voltaire Network, 25 May 2017.

D’où ses mots d’ordre : « Éradiquez les terroristes mondiaux qui menacent de nuire aux Américains » (Wipe Out Global Terrorists Who Threaten to Harm Americans) et « Demandez aux alliés de payer leur juste part » Get Allies to Pay their Fair Share.

- Fixé comme les Démocrates et les Républicains sur le culte de la force, le Jacksonien Donald Trump a décidé de rétablir les capacités de ses armées (« Maintenir et développer la force militaire inégalée des États-Unis » – Maintain and Expand America’s Unrivaled Military Strength). À la différence de ses prédécesseurs, il n’a pas cherché à transformer la gestion délirante du Pentagone en en privatisant un à un les services, mais il a élaboré un plan de recrutement de chercheurs pour rivaliser technologiquement à nouveau avec les armées russes et chinoises.

Voir :
- “National Security Strategy of the United States of America”, December 2017. Et « La Stratégie militaire de Donald Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 décembre 2017.

- Seule la volonté de Donald Trump de retrouver la primauté en matière de missiles est soutenue par les Démocrates et les Républicains bien qu’ils ne soient pas d’accord sur la manière d’y parvenir (« Construire un excellent système de défense de cybersécurité et un système de défense antimissile » – Build a Great Cybersecurity Defense System and Missile Defense System) : le locataire de la Maison-Blanche entend que les USA se dotent seuls de ces armes qu’il pourra éventuellement déployer sur le territoire de ses alliés, tandis que ses opposants veulent impliquer les alliés de manière à conserver leur emprise sur eux. Du point de vue des Démocrates et des Républicains, le problème n’est évidemment pas de se retirer des traités de désarmement de la Guerre froide pour construire un nouvel arsenal, mais la perte de moyens de pression diplomatique sur la Russie.JPEG - 31.5 koPoliticien professionnel, Joe Biden espère restaurer le statut impérial de l’ex-première puissance mondiale.

Le programme des Démocrates et des Républicains hors parti

Joe Biden propose de se focaliser sur trois objectifs : (1) revigorer la démocratie (2) former la classe moyenne pour faire face à la globalisation (3) reprendre le leadership global.

- Revigorer la démocratie : il s’agit selon ses propres mots de fonder l’action publique sur le « consentement éclairé » (informed consent) des États-uniens. Ce faisant, il reprend la terminologie de Walter Lipmann, en 1922, selon qui la démocratie suppose de « fabriquer le consentement » (manufacturing consent). Cette théorie a été longuement discutée par Edward Herman et Noam Chomsky en 1988. Elle n’a évidemment aucun rapport avec la définition formulée par le président Abraham Lincoln : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Joe Biden estime arriver à son but en restaurant la moralité de l’action publique par la pratique du « politiquement correct ». À titre d’exemple, il condamne « l’horrible pratique [du président Trump] de séparer les familles et de placer les enfants d’immigrés dans des prisons privées », sans dire que le président Trump se contentait d’appliquer une loi démocrate pour en montrer l’inanité. Ou encore, il annonce vouloir réaffirmer la condamnation de la torture que le président Trump a justifiée, sans dire que ce dernier comme le président Obama en a déjà interdit la pratique tout en maintenant la réclusion à perpétuité sans procès à Guantánamo.

Il annonce vouloir réunir un Sommet pour la démocratie afin de lutter contre la corruption, de défendre le « Monde libre » face aux régimes autoritaires, et de faire progresser les Droits de l’homme. Au vu de sa définition de la démocratie, il s’agit d’unir les États alliés en dénonçant des boucs-émissaires de ce qui ne va pas (les « corrompus ») et en promouvant les Droits de l’homme au sens anglo-saxon et surtout pas français. C’est à dire de cesser les violences policières et non pas d’aider les citoyens à participer à la prise de décision. Ce sommet lancera un appel au secteur privé pour que les nouvelles technologies ne puissent pas être utilisées par des États autoritaires pour surveiller leurs citoyens (mais les USA et leur NSA pourront toujours y recourir dans l’intérêt du « Monde libre »).

Enfin, Joe Biden conclut ce chapitre en soulignant son rôle au sein de la Commission transatlantique pour l’intégrité électorale aux côtés de ses amis, l’ancien secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui renversa la Jamahiriya arabe libyenne et Michael Chertoff, l’ancien secrétaire US à la Sécurité de la patrie, qui plaça sous surveillance tous les citoyens US. Sans oublier John Negroponte qui organisa les Contras au Nicaragua puis Daesh en Iraq.

- Former la classe moyenne pour faire face à la globalisation. Posant le constat que la politique conduite depuis la dissolution de l’URSS implique une rapide disparition des classes moyennes, Joe Biden estime qu’en formant ce qui reste de classe moyenne aux nouvelles technologies, il préviendra la délocalisation de leurs emplois.

- Renouveler le leadership états-unien. Il s’agit ici, au nom de la démocratie, de stopper la progression « des populistes, des nationalistes et des démagogues ». Cette formulation permet de comprendre que la démocratie selon Joe Biden, ce n’est pas seulement la fabrication du consentement, mais aussi l’éradication de la volonté populaire. En effet, si les démagogues pervertissent les institutions démocratiques, les populistes servent la volonté populaire et les nationalistes la collectivité.

Joe Biden précise alors qu’il cessera les guerres « pour toujours » ; une formulation qui semble soutenir le même but que les Jacksoniens, mais qui diffère néanmoins de terminologie. Il s’agit en fait de valider l’adaptation actuelle du système aux limites imposées par le président Trump : pourquoi faire mourir des soldats US à l’étranger alors que l’on peut poursuivre la stratégie Rumsfeld/Cebrowski avec des jihadistes à moindre frais ? D’autant que lorsqu’il n’était que sénateur d’opposition, Joe Biden avait donné son nom au plan de partition de l’Iraq que le Pentagone tenta d’imposer.

Suit un couplet sur l’élargissement de l’Otan aux alliés latino-américains, africains et du Pacifique. Loin d’être obsolète, l’Alliance redeviendra le cœur de l’impérialisme US.

Enfin Joe Biden plaide pour le renouvellement de l’accord 5+1 avec l’Iran et des traités de désarmement avec la Russie. L’accord avec le président Hassan Rohani vise à diviser classiquement les pays musulmans en sunnites et chiites, tandis que les traités de désarmement visent à confirmer que l’administration Biden n’envisagerait pas de confrontation planétaire, mais la poursuite de l’endiguement (containment) de son compétiteur.

Le programme du candidat du Parti démocrate et des Républicains hors parti se conclut avec l’assurance de rejoindre l’accord de Paris et de prendre le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique. Joe Biden précise qu’il ne fera pas de cadeaux à la Chine qui délocalise ses industries les plus polluantes le long de la route de la soie. Il omet par contre de dire que son ami, Barack Obama, avant d’entrer en politique, fut le rédacteur des statuts de la bourse de Chicago des échanges des droits d’émission de carbone. La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas tant une question écologique qu’une affaire de banquiers.

Conclusion

Force est de constater que tout s’oppose à une clarification. Quatre ans de bouleversements par le président Trump ne sont parvenus qu’à substituer aux « guerres sans fin », une guerre privée de basse intensité. Il y a certes beaucoup moins de morts, mais c’est toujours la guerre.

Les élites qui jouissent de l’impérialisme ne sont pas près d’abandonner leurs privilèges.

Aussi doit-on craindre que les États-Unis ne soient contraints d’en passer par un conflit intérieur, une guerre civile, et de se disloquer comme jadis l’Union soviétique.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article210756.html

Plan de relance défense, une occasion de nouveau ratée.

Plan de relance défense, une occasion de nouveau ratée.

Menace turque en  Méditerranée orientale

« Nous sommes nombreux à penser que l’industrie de défense au sens large, incluant des pans très duaux comme l’aéronautique et l’espace, constitue le meilleur levier qui soit pour un effort de relance », assurait fin avril Françoise Dumas, présidente de la commission de la défense de l’Assemblée nationale. » Quant au général Lecointre, il déclarait le 22 avril devant les députés de la commission de la défense.  « La relance exige que nous fassions de la dépense publique intelligente, or le ministère des armées sait dépenser l’argent public – c’est un atout que nous devons faire valoir – aussi bien dans les grands programmes d’infrastructures que dans le soutien des armées, le fonctionnement des armées et le MCO. La dépense publique, déconcentrée auprès des bases de défense, irriguera immédiatement le tissu économique local et donc national. »

En outre, deux rapports, l’un publié par le Sénat, l’autre par l’Assemblée nationale, avaient indiqué que la Base industrielle technologique de défense [BITD] allait connaître des jours difficiles en raison des conséquences économiques et sociales, des mesures prises pour limiter l’épidémie de covid-19. Enfin, un rapport flash a été remis le mardi21 juillet à la commission de la défense. Ce rapport (1) présenté par Benjamin Griveaux et Jean-Louis Thiériot, indiquait que : « AUTANT QU’UNE FAUTE STRATÉGIQUE, NE PAS MOBILISER L’INDUSTRIE DE DÉFENSE COMME VECTEUR DE RELANCE SERAIT UNE ERREUR ÉCONOMIQUE La situation de l’industrie de défense justifie un soutien de l’État non seulement en raison de son poids dans l’économie, mais aussi pour deux motifs spécifiques : son caractère stratégique, et le « multiplicateur keynésien » (1) qui s’y trouve particulièrement élevé. »

Je recommande la lecture de ce rapport.

Or, lors de la présentation du plan de relance par le premier ministre et le ministre de l’économie, pas une seule fois le mot relance au profit de la défense n’a été prononcé, et lors d’une interview très récente de la ministre des armées Florence Parly, celle-ci a parfaitement exprimé ce qui sera désormais la doxa : le plan de relance pour la défense n’est pas nécessaire, celui-ci a déjà eu lieu par l’application de la loi de programmation militaire qui prévoit que le budget défense bénéficie d’une hausse de 1,7 milliard d’euros par an jusqu’en 2022.

Voilà donc une nouvelle occasion ratée, alors que notre Président semble tenir un langage de fermeté face à l’affrontement turco-grec, souhaite avancer ses pions au Liban et en Irak pour endiguer la poussée ottomane du dictateur Erdogan, que nos soldats sont engagés au Levant et dans la bande sahélo-saharienne. Le signal envoyé est bien celui de notre incapacité à mettre en relation notre discours avec des actes forts.

L’un des actes forts serait aussi celui d’accélérer le réarmement de nos armées en révisant à la hausse notre format et combler nos déficits capacitaires. À nouveau, nous n’en prenons pas le chemin, et demain si des accords de défense étaient renforcés bilatéralement avec la Grèce, et que celle-ci décide de s’équiper en Rafale, (on parle d’une vingtaine), un certain nombre serait pris sur les tarmacs des bases de notre armée de l’air alors que celle-ci est en manque d’avions pour remplir l’ensemble de ses missions opérationnelles et de formation. Nous avons perdu par accident six Rafale (5 Rafale Marine et 1 Rafale Air), qui n’ont jamais été remplacé.   Lire à ce sujet le remarquable dossier Rafale :  Livraisons et coût.  (2) de source ouverte et reprenant les chiffres du ministère de la défense.

rafale-avion-de-chasse-dassault-aviation-chasseur-armee-de-l-air-defense-armement.jpg

 Le dossier Rafale est symptomatique de l’ensemble des problèmes de fond qui diminue notre capacité opérationnelle et de résilience.

En 2017, le général Lanata CEMAA à l’époque,  demandait que le nombre d’appareils de chasse dans l’armée de l’Air soit porté à 215 appareils, alors que  le dernier livre blanc prévoyait que l’aviation de chasse comprenne 225 avions au total dont une quarantaine pour la Marine et 185 pour l’armée de l’Air. Cet objectif devait être atteint en 2021, il ne le sera pas.

En 2010, l’un des prédécesseurs de l’actuel CEMM, l’amiral Pierre-François Forissier avait mis en garde contre la réduction du nombre de frégates. « Je veux préserver l’épine dorsale de la marine qui est constituée de ses sous-marins nucléaires d’attaque et de ses frégates de premier rang. Je me battrai pour que leur nombre ne soit pas réduit, car nous sommes déjà la limite de la rupture. Á missions inchangées, je ne peux pas aller en deçà », avait-il dit.

Non seulement les missions n’ont pas changé, mais leurs fréquence ont augmenté. L’amiral Prazuck avant son départ avait confié aux sénateurs qu’il aimerait « pouvoir disposer de 35 frégates ». or, nous en possédons au mieux 17 [à titre de comparaison, l’Italie en possède 18 (3)] la cible étant de 15, quant aux sous-marins, de type SNA avec l’incendie de l’un d’entre eux et le retrait d’un autre, nous en avons 4 sur les 6 prévus. Ils nous en faudrait au moins 8 pour remplir l’ensemble des missions et faire face au nouvelles menaces et au renforcement de toutes les flottes de guerre, sauf la nôtre. Des solutions sont possibles à moindre coût, compléter la flotte de SNA par des sous-marins classiques de type Barracuda semblables à ceux vendus à l’Australie. Pour équilibrer mon propos, je constate que nous sommes la seule nation européenne à posséder une force nucléaire indépendante, un porte-avions nucléaire et une capacité de projection grâce à nos PHA. [porte-hélicoptères amphibie dont l’un d’ailleurs avait été commandé lors du plan de relance de 2008 – (4)]


Le général Burkhard, 55 ans, originaire du Territoire de Belfort, est à la tête de l’armée de Terre depuis juillet 2019. Photo EMAT

Répondre aux futurs conflits « de haute intensité » 

Quant à l’Armée de de terre, le programme Scorpion qui consiste à remplacer le secteur médian, est un peu l’arbre qui cache la forêt, nos trous capacitaires dans le domaine des blindés lourds, de l’artillerie sol-sol et sol-air et appuis, du franchissement et du génie ainsi que CME et ECMA, sans oublier les hélicoptères lourds et moyens de renseignement, sont peu évoqués, faute de pouvoir apporter dans des délais raisonnables des solutions. Le projet Titan étant un projet à horizon 2030-2035 au mieux.

Il faudra donc se contenter des 832 millions d’euros déjà annoncés. (3 avions A330 MRTT en avance de commande et 8 hélicoptères Caracal pour remplacer les 30 Puma à bout de souffle de l’Armée de l’air et des drones pour la Marine).

Nous voilà donc, en réalité, comme le sont d’autres ministères régaliens, police, justice, éducation, dans une situation pour ne pas dire dramatique mais extrêmement sérieuse, car nous payons les politiques suicidaires de restriction des budgets et des effectifs de ces 30 dernières années. 

Le laxisme, l’imprévoyance, la négligence et le manque de courage allant jusqu’à la lâcheté de la part de  nos gouvernants successifs nous ont emmenés là où nous en sommes.

Si la prise de conscience est nécessaire, le temps n’est plus au discours mais aux actes. Je crains que ce ne soit trop tard.

Faudra-t-il une catastrophe majeure en Europe pour mettre enfin ce pays en position de combat? Le temps est au «  branle-bas de combat », face à la menace  qu’ils ne veulent pas voir.

Roland Pietrini

(1) 1 euro investi dans la défense rapporte 1,27€ à court terme et 1;68€ à long terme. 

(2)http://www2.assembleenationale.fr/content/download/312629/3036763/version/3/file/2020-07-21+-+rapport+flash+Griveaux-Thi%C3%A9riot.pdf

(3)  https://omnirole-rafale.com/le-rafale-en-chiffres/

(4) https://www.defense.gouv.fr/dga/actualite-dga/2009/plan-de-relance-commande-d-affuts-canons-pour-helicopteres-cougar-et-caracal

04/09/2020 576 visites

https://www.athena-vostok.com/article-sans-titre-18#message_12870469

Qui veut renverser le président Loukachenko ?

Qui veut renverser le président Loukachenko ?

par Thierry Meyssan

La presse occidentale met en valeur Svetlana Tikhanovskaïa qu’elle présente comme vainqueur de l’élection présidentielle biélorusse et accable le président sortant Alexandre Loukachenko qu’elle accuse de violence, de népotisme et de trucage électoral. Cependant une analyse de ce pays atteste que la politique de son président correspond bien au souhait des citoyens. Derrière cette querelle fabriquée se dresse le spectre de l’Euromaïdan ukrainien et d’une rupture provoquée avec la Russie.RÉSEAU VOLTAIRE | PARIS (FRANCE) | 1ER SEPTEMBRE 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 49.5 koSvetlana Tikhanovskaïa est parvenue à rassembler à la fois des milliers de libéraux et de néonazis contre le président Lukachenko.

Un des objectifs du coup d’État de l’Euromaïdan (Ukraine, 2013-14) était de couper la route de la soie en Europe. La Chine réagit en modifiant son tracé et en la faisant passer par la Biélorussie. Dès lors, Minsk tenta de se protéger d’une même déstabilisation en menant une politique plus équilibrée vis-à-vis de l’Occident, participant à la fois à des manœuvres militaires avec Moscou et acceptant de fournir des armes à Daesh que Moscou combat en Syrie.

Cependant malgré les tergiversations de Minsk, la CIA intervint à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020. Svetlana Tikhanovskaïa défia le président sortant, Alexandre Loukachenko, qui briguait un sixième mandat. Elle n’obtint que 10 % des voix, cria à la fraude et s’enfuit en Lituanie où le Français Bernard-Henri Lévy se précipita pour l’accueillir. Unanime, la presse occidentale dénonça le « dictateur » et laissa entendre que Madame Tikhanovskaïa avait été victorieuse lors du scrutin.

La réalité est beaucoup plus complexe.

En premier lieu, s’il est tout à fait possible que les élections aient été truquées en faveur du président sortant, il est fort peu probable que Svetlana Tikhanovskaïa se soit approchée de la majorité, tant ce qu’elle représente est étranger à la grande majorité des Biélorusses. Depuis une trentaine d’années, un débat parcours le pays à propos de son identité européenne. Est-il culturellement proche de l’Europe de l’Ouest pro-US ou appartient-il à l’Europe slave, pro-Russe ? Sans aucun doute, la réponse est que les Biélorusses sont culturellement des Russes, même si certains d’entre eux ne parlent pas exactement la même langue. Certes, deux petites minorités professent des opinions divergentes : la première se dit « nationaliste » en référence à l’éphémère République populaire biélorusse (1918-19) dont les organes en exil collaborèrent avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, puis avec les réseaux Stay-Behind de l’Otan ; la seconde se dit favorable au modèle libéral et à l’Union européenne.

À la différence de l’Ukraine divisée en deux zones culturellement distinctes (l’Ouest pro-allemand et l’Est pro-russe), la Biélorussie se pense fondamentalement comme russe quoique politiquement indépendant de Moscou.JPEG - 59 ko

Deuxièmement, s’il y avait un doute sur le rôle des services secrets US dans cette affaire, le surgissement de Bernard-Henri Lévy devrait le lever. Le riche héritier d’une société d’importation de bois précieux a fait carrière en écrivant des essais anti-soviétiques. Vendu par son éditeur comme « Nouveau philosophe », il passe aujourd’hui encore pour un « philosophe ». Il soutint les « combattants de la liberté », c’est-à-dire les mercenaires arabes de la Confrérie des Frères musulmans en Afghanistan contre les Soviétiques, dont leur chef Oussama Ben Laden. Il prit parti pour les Contras au Nicaragua, c’est-à-dire pour les mercenaires sud-américains de John Negroponte armés par l’Iran d’Hachemi Rafsandjani. Il se targue d’avoir été conseiller de presse du président Bosniaque Alija Izetbegović lorsque l’ancien pro-nazi avait le néoconservateur états-unien Richard Perle comme conseiller politique et le déjà cité Oussama Ben Laden comme conseiller militaire. Je me souviens comment par la suite il m’impressionna en m’expliquant qu’il fallait bombarder Belgrade pour faire tomber le « dictateur » Slobodan Milošević. Je ne comprenais pas très bien pourquoi le pronazi Izetbegović était un « démocrate » tandis que le communiste Milošević était un « dictateur ». Peu importe, revenons en arrière, Bernard-Henri Lévy, désormais surnommé « BHL », apporta son bruyant soutien aux Frères musulmans tchétchènes qui formaient l’Émirat islamique d’Itchkérie sur le territoire russe. Selon un rapport des services extérieurs de la Jamahiriya, il participait à la réunion organisée par le sénateur républicain John McCain au Caire, en février 2011, pour régler les détails du renversement du « régime de Kadhafi » qui était alors cité en exemple par les États-Unis. Les Français furent surpris de le voir annoncer dans la cour de l’Élysée, en lieu et place du ministre des Affaires étrangères, l’engagement de son pays contre le « dictateur » (tous les hommes à abattre -et eux seuls- sont des « dictateurs »). Bien sûr, il était sur la place Maïdan de Kiev lors de la « révolution » de couleur que d’authentiques nazis y menèrent.JPEG - 25.1 koNé sans père dans une ferme collective, Alexandre Loukachenko est devenu le chef d’État le plus habile en Europe.

Ceci étant posé, les Biélorusses peuvent avoir des griefs contre le président Loukachenko, mais pas contre sa politique. Tous les connaisseurs du pays, qu’ils soient parmi ses soutiens ou parmi ses opposants, admettent que celle-ci colle aux préoccupations des Biélorusses. Tous ceux qui ont approché Alexandre Loukachenko ont été étonnés par son intelligence, son charisme et son incorruptibilité. Ceux qui l’accusaient de prôner le rattachement à la Russie par calcul politique et non par conviction ont admis s’être trompés lorsqu’il maintint sa position malgré les rebuffades de Moscou et l’invraisemblable guerre du gaz qui opposa les deux pays. Tous ont été surpris par ses capacités hors normes qui lui firent menacer le pouvoir du président Boris Yeltsin lorsqu’il proposa l’union avec la Russie.

Le principal reproche que l’on puisse faire au président Loukachenko est d’avoir fait disparaître plusieurs leaders d’opposition ; une accusation qu’il dément vigoureusement, accusant ces personnalités de liens avec des organisations criminelles qui auraient tourné à leur désavantage.

Durant des années, ses opposants l’ont accusé de s’enrichir sur le dos de la nation sans jamais en apporter le moindre indice. Pourtant tous les opérateurs internationaux savent que lorsque la Biélorussie signe un contrat, les rétrocommissions n’excèdent jamais 5 %, contre 10 % pour les USA, 50 % pour la Russie de Yeltsin (ce chiffre est revenu à 10 % sous l’administration Poutine) et 60 % pour l’Iran. Force est de constater que l’homme n’est pas motivé par l’argent. A défaut de corruption, la propagande occidentale commence à l’accuser préventivement de népotisme au profit de son jeune fils, Nikolaï dit « Kolia ».

Le seul reproche que l’on puisse lui faire est de tenir régulièrement des propos antisémites et homophobes -jamais d’avoir soutenu des actes antisémites ou homophobes-. Ce faisant, il est malheureusement dans la continuité des dirigeants de son pays.

Depuis le début de la crise, le président Lukachenko prétend que l’opposition de Svetlana Tikhanovskaïa et de ses alliés est un problème géopolitique Ouest-Est et non pas une querelle politique nationale. Tandis que cette opposition affirme n’être au service d’aucune puissance étrangère.

Outre l’irruption de Bernard-Henri Lévy, plusieurs éléments laissent à penser qu’Alexandre Lukachenko dit vrai.
- Le Groupe d’action psychologique des Forces spéciales polonaises semble extrêmement actif depuis le début de la crise au service de Madame Tikhanovskaïa.
- Des milices néonazies ukrainiennes sont également impliquées.
- Enfin le gouvernement lituanien, qui héberge Svetlana Tikhanovskaïa, également.
Cependant aucune trace de l’Union européenne à la différence de l’Euromaïdan ukrainien. Aussi le plus probable est que Washington instrumente les acteurs régionaux (Pologne, Ukraine, Lituanie) contre le monde slave.

Quoi qu’il en soit, le président russe, Vladimir Poutine, vient de constituer une force de réserve, capable d’intervenir en Biélorussie pour soutenir les institutions et le président Lukachenko ; ceci alors que les deux hommes ont entretenu des relations parfois très conflictuelles.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article210737.html

Tristes Trotskistes

Tristes Trotskistes

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 31 août 2020

   Forum

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Tristes Trotskistes

31 août 2020 – Les lecteurs de notre site fameux savent bien que nous éprouvons, disons une certaine tendresse bienveillante pour le site de la IVème Internationale (trotskiste), WSWS.org. Ce sentiment n’est pas gratuit ni infondé sur de la solide matière : WSWS.org a montré depuis longtemps une réelle capacité d’analyse, dans sa façon de tenir compte d’arguments divers, de faits précis et parfois inattendus ; bref, n’être pas du tout d’accord avec l’idéologie qu’il vénère (ce qui est  évidemment mon cas) n’empêche en aucune façon de lui reconnaître loyalement de réelles capacités dans l’exploration de la marche du monde, – et, certes, nous l’avons souvent signalé et aussi souvent utilisé en référence.

Tenez, encore le 16 juin dernier, alors qu’on était au début du grand déferlement dans les rues des grandes cités américanistes, engagés dans le tourbillon mortel de cette “guerre civile-GC4G”, ces observations de notre part :

« Le site WSWS.org  confirme une analyse qui est parfaitement la nôtre pour ce cas, qui est de dénoncer l’attitude du Système en faveur du thème de l’antiracisme, qui permet d’écarter la mise en cause fondamentale (antiSystème) ; évidemment, pour WSWS.org, la “cause fondamentale” est plutôt l’appel au socialisme (le trotskisme), et à ce point nos chemins divergent comme on s’en doute, et sans que cela nous bouleverse outre-mesure puisque nous tenons le trotskisme pour une très-vieille lune. Ce qui nous intéresse, c’est la rigueur du raisonnement du site trotskiste. […] 
» Un peu plus loin dans le même article, le site trotskiste avance des remarques, voire des faits qui renforcent son analyse selon laquelle il s’agit moins de racisme que de contestation globale contre le Système (ce que nous nommons entre nous, sans trop le dire à WSWS.org, antiSystème). Il note l’importance considérable de la population blanche dans les manifestations qui ont été provoquées par la mort de George Floyd, et essentiellement montées par le groupe Black Lives Matter (BLM). »

… Et puis , brusquement, quelle déception ! Cruelle et malheureuse ! Sans doute, de ma part, un vieux reste de naïveté mal digérée, de crédulité égarée, de dramaturgie enfantine… Depuis quelques temps, – dirais-je quatre semaines, six semaines, deux mois ? – WSWS.org a semblé perdre toute sa mesure, toute la rigueur qu’il avait, malgré son trotskisme militant, ou dirais-je à côté de son trotskisme militant.

Certes, ce site n’a jamais été tendre avec Trump, comme il ne l’est pas avec les démocrates. Mais désormais, il y aurait, du moins je ressens la chose avec force, comme une sorte de déviation, une élévation de l’accusation jusqu’à l’anathème, et, au bout, un changement de nature avec un basculement dans la propagande caricaturale. C’est le cas, par exemple, – je parle en me référant aux évidences dont nous parlons régulièrement (les RapSit-USA2020) concernant la situation crisique aux USA :

• quand on rend compte de l’intervention de Trump à la convention républicaine sous ce titre, en exacte traduction du texte original en anglais, avec le mot allemand restant allemand : « Trump fait campagne pour devenir Führer », impliquant directement une équivalence entre Trump et Hitler ;
• quand on parle de “protestations pacifiques” dans le Wisconsin (« Trump incites vigilante violence against peaceful protests in Wisconsin »), pour caractériser les trois nuits d’émeutes à Kenosha ; cette attitude mettant le site trotskiste au même niveau d’intelligence et de loyauté que CNN dans cette occurrence.

On s’entend bien là-dessus : je me fiche ici de proposer un jugement sur Trump, comme sur les violences de Kenosha ; mais comparer Trump à Hitler et écrire que ce qui doit être évidemment apprécié comme “des violences” est droitement qualifié de “pacifiques” ! « Non merci ! », disait Cyrano, et il le disait aussi bien au nom de l’esprit débarrassé de ses chaînes qu’au nom du panache qui accompagne cet effort… Il y a d’autres cas exemplaires de notre site bien-aimé WSWS.org, dont je ne vais faire ni le détail ni l’appréciation. Je livre ici une impression difficile et complexe à décrire dans sa forme et dans sa logique ; mais très pressante et ressentie avec une force considérable dans la dynamique qu’elle projette.

Cela signifie simplement que ces gens, qui avaient de la mesure et de la rigueur tout en gardant précieusement leurs opinions, ont perdu cette mesure et cette rigueur et sont tombés dans le marigot que leurs opinions soudain déchaînées a formé autour d’eux en se laissant emporter par les événements. Ces trotskistes sont restés trotskistes, – du moins le croient-ils, – mais ils sont en grave danger de perdre la structuration de leur pensée et le caractère de la maîtrise de soi qui leur permettaient de conduire leur bataille idéologique sans déformer le monde à la hauteur des illusions et du simulacre de leurs convictions ; et celles-ci, ces convictions, se découvrant ainsi, d’une façon que je trouve hideuse, comme une sorte de zèle religieux et absolument intolérant, de croyance hors de toute liberté de l’esprit, de vigilance policière pour tout écart de jugement..

Est-ce le trotskisme qui conduit à cela, ou bien le fait de faire reposer sa pensée sur une idéologie ? Dans tous les cas, je vois divers enseignements dans cette aventure qui paraît anecdotique et diablement réduite au détail, mais comme l’on sait le bon Dieu (pour les Français) et le Diable (pour les Anglais) sont dans le détail.

Le premier de ces enseignements est la nécessité d’abandonner toute pensée qui se trouverait ou risquerait de passer sous l’empire d’une idéologie, quelle qu’elle soit. La forme même de l’idéologie paralyse la pensée comme la piqure d’un scorpion vous inocule son poison, alors que nous nous trouvons dans une époque où il importe surtout que la pensée soit agile, adaptable, souple et le regard perçant, sans rien d’accroché à ses basques ; la pensée comme du vif-argent, appuyée sur des principes sans rapport avec nos piètres constructions idéologiques, plongée dans ce caractère bien trempé qui est habile à faire bon usage de sa vivacité.

Le second de ces enseignements vient de la connaissance que j’ai de ces trotskistes, les ayant tant fréquentés. Je crois que, jusqu’ici, ils n’ont jamais vraiment cru à la possibilité “révolutionnaire”, ouvrant pour les regards romantiques la possibilité de changements fondamentaux. Je crois que, désormais, ils y croient, et ils sont emportés par la tentation de la démagogie, pour figurer dans cette fantastique cataracte d’événements, et ils se disent “Pourquoi pas nous ?”, et ils s’oublient, ils s’emportent et se laissent emporter en croyant pouvoir emporter la fortune passant à leur portée.

Bien entendu, ils se trompent, ne serait-ce qu’à cause du premier enseignement que j’ai mis en évidence, de la malédiction de l’idéologie. Mais ils nous donnent un second précieux enseignement, où entre ce qui leur reste de capacité d’analyse et de justesse technique des événements : leur emportement nous dit effectivement que ce qui se passe aux USA est absolument, complètement révolutionnaire.

Bien entendu, n’allez pas croire à “la Révolution”, comme un trotskiste bon teint. Ne tombez pas dans le même piège où ils se précipitent, alors qu’ils l’ont éclairé pour vous et pour nous en décrivant l’ampleur cosmique des événements en cours. Simplement, – mais de quel poids pèse cette ‘simplicité’, – que de tels petits détails nous en disent bien long sur la colossale puissance des choses en cours.

Cela dit, j’espère que ce n’est qu’une mauvaise passe, et que WSWS.org, d’ici à ce que le Système ait achevé de s’effondrer, s’en sortira sans trop de mal. Dans cette attente, je continuerai à les consulter comme le médecin vous visite pour voir si vous avez viré votre Covid, celui-là qui, à défaut de cuti, s’était fort inélégamment incrusté dans vos commodités.

https://www.dedefensa.org/article/tristes-trotskistes

Dans les mâchoires du piège-Covid

Dans les mâchoires du piège-Covid

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   dimanche 23 août 2020

   Forum

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Dans les mâchoires du piège-Covid

23 août 2020 – Confinés et déconfits, déconfinés et reconfits, satisfactions et accusations, démentis, espérances et espoirs déçus, reconfinés ou pas complètement, par saucissonnage des couleurs (zones rouge-orange-vert, arc-en ciel du temps), rentrée scolaire ou non, valse des Grands Professeurs, des chefs de service et des chefs-soignants, des mandarins et des malandrins échangeant horions et serments d’Hippocrate, nécessité pour “les jeunes” de clamer leur besoin de liberté à distance de sécurité non respectée, avalanche de théories, de soupçons et de certitudes, matches sans publics ni mi-temps, temps des complots et des conspirations, complotisme et conspirationnisme réunis jusqu’à l’explication banale et explosive de l’extraordinaire et sublime, et cosmique sottise des gouvernants-Système et des gouvernements à mesure devant la catastrophe dont ils ont accouchés avec zèle. Le jour où ils mirent le doigt dans l’engrenage…

(Lisez cet article de Jeffrey Tucker sur leur sottise, et notamment ceci comme emblématique de l’esprit abandonné de toute mesure pour croire à sa seule suffisance, perdu dans sa propre folie qui les aveugle sur sa propre incongruité : « L’Australie, à sa façon, a créé un slogan dystopique pour caractériser sa campagne “Staying apart keeps us together”[‘Nous tenir séparés à distance-barrière nous rassemble”], selon Orwell, je veux dire selon la direction de la province de Victoria… ») 

…  Ainsi allons-nous au gré d’une crise-Covid19 évidemment salutaire parce qu’à la fois paroxystique et extrêmement durable dans la mise en évidence de la fragilité et de l’imposture du Système, qui se révèle également mais surtout diraient certains, comme le champ d’une intense bataille de désordre, de confusion, d’influences, etc., indiquant les véritables dimensions de l’événement. Les acteurs sont innombrables et antagonistes, et plutôt figurants qu’acteurs ; tous sont parties prenantes, aucune n’est partie régnante.

Seule la crise règne…

Je crois que la crise Covid19 est, avec ses effets et ses conséquences, et sa progéniture directe et indirecte d’autres crises en cascade, un terrible piège aux mâchoires d’acier refermées sur notre dialectique politiquement-couchée et notre pensée emprisonnée, et jaillit de cette morsure le sang glauque et informe de la bienpensance et de sa transparen,ce. Ce piège, nous ne sommes pas prêts de nous en sortir tant les mâchoires sont d’une force inimaginable.

Dans cette terrible bataille (« Nous sommes en guerre », dit imprudemment Macron), nous avons nous-mêmes, – disons que je parle de nos dirigeants, – fixé les conditions, c’est-à-dire l’absence de condition d’une capitulation sans condition du virus pour affirmer la puissance de nos valeurs et l’irréfragable vertu du Système. Mais un virus et notamment celui-là, insalissable et mutant comme il est, et venu des noires profondeurs de l’enfer, n’est pas un adversaire à qui l’on peut imposer l’absence de quelque condition que ce soit, de même qu’il n’y a pas de “risque-zéro” dans une pandémie. Nous sommes ligotés dans notre affirmation grandiloquente de soutenir tous ces absolutismes théoriques qui sont la garantie dialectique et de communication de la nécessité du Système. Nous n’en sommes pas sortis et nous n’en sortirons pas. Covid19 est notre iceberg né du réchauffement climatique et nous gueulons fièrement et non sans élégance “Je suis Titanic !”.

Par ailleurs et pour renforcer l’argument en élargissant le propos, il est vrai qu’au-delà de Covid19, il y a la  crise GCESqui est l’ultime soubresaut de cette civilisation aux abois. Je crois que GCES a réchauffé Covid19 en son sein et grâce au climat, bien plus que les laboratoires chinois, pour pouvoir mieux éclater à son aise et s’effondrer sur nous en un torrent catastrophique. Ainsi Covid19 est-il insoluble pour nos pauvres régiments et nos exigences de capitulation sans condition, mais en plus il ne tient qu’un des arguments de la tragédie-bouffequi nous emporte et notre “riposte”, notre “défense”, notre exigence de capitulation sans condition ne font qu’enfler le simulacre jusqu’à en faire craquer les jointures comme Dieu ferait de ses doigts.

Il ne vous a pas échappé que ce qu’il y a d’essentiel, de plus en plus d’essentiel dans le matériel de cette bataille, se trouve au niveau de l’information et du système de la communication. Le complotisme, hier condamné, aujourd’hui règne partout, y compris dans le chef de “grandes politiques” internationales ; il n’est plus une déviance insupportable, il est désormais la règle du jeu des perceptions biaisées des acteurs-figurants qui s’y collent et s’affrontent, y compris des puissances officielles les plus importantes, y compris des divers antisystèmes auto-proclamés, antisystèmes contre l’antiSystème….

Or, le complotisme c’est d’abord et surtout, sinon exclusivement, une production du système de la communication. Pour lutter contre lui, puisqu’il est aujourd’hui un instrument d’action des faussaires de tous horizons, y compris ceux du Système et des idiots utiles du Système prenant la pose d’antisystèmes radicaux, et donc pour conserver le contrôle de soi et la vision claire il faut également des instruments du système de la communication. Nous en sommes, comme tout organismes d’information, usant du système de la communication.

… Mais comme nous ne faisons pas partie de leur Grand Jeu du Simulacre, que nous sommes là pour le mettre à jour et à nu, nous vivons hors des sources et des vecteurs de leur puissance. Nous n’avons que faire du soutien de leur puissance, y compris dans notre argumentation qui prend d’autres voies que les batailles dialectiques où ils voudraient nous amener. (D’où l’inconnaissance, pour mon compte.) Notre soutien pour poursuivre, ce ne peut être que vous, les lecteurs de ce site, les lecteurs de-dedefensa.org, vous qui nous empêchaient de nous sentir seuls et de nous abandonner dans le jugement d’inutilité de notre combat.

Dans ce contexte et une fois encore, et une fois encore plus que précédemment, nous, de cette presse dissidente si spécifique qui n’accepte aucune règle de manipulation, même celles de certains pseudo-antisystèmes (et moi d’insister sur ce point, comme vous le constatez dans ce désordre général où une “Résistance” peine à reconnaître ses filles et ses fils), nous prétendons être plus que jamais nécessaires. Cela écrit sans précaution de ma part, et à vous de juger.

J’en viens enfin à cette partie qui n’est pas de mon plus grand plaisir, mais juste de nécessité de votre soutien. Comme toujours et plus que jamais, la campagne mensuelle des donations à grande visibilité à partir du “19 courant…” a commencé extraordinairement bas (€134), – record historique du plus bas des “19 courant…” de notre déjà-long chemin, – et cette somme sonne presque comme un défi dont nous nous serions bien passés, – mais que nous relevons avec votre aide, tonnerre ! Nous remercions ceux de nos lecteurs qui sont déjà intervenus et je me permets personnellement de ne pas douter que nos autres fidèles lecteurs interviendront pour nous soutenir économiquement et marquer leur soutien psychologique à notre action.

Comme vous le voyez en tête de notre page d’accueil, la barre de donation atteint ce 23 août 2020, €449. C’est extraordinairement peu par rapport à ce qui nous sépare de seulement l’approche de notre “zone de sécurité” économique. (*)

Plus que jamais, plus qu’encore plus que jamais, votre soutien, votre action, votre réaction sont les nécessités dont dedefensa.orga besoin pour survivre et poursuivre sa mission. Ainsi en sera-t-il.

https://www.dedefensa.org/article/dans-les-machoires-du-piege-covid

Comprendre les relations internationales (2/2)

Comprendre les relations internationales (2/2)

par Thierry Meyssan

Après avoir traité de l’égalité des hommes et de la différence des cultures, puis rappelé que nous nous méfions des gens que nous ne connaissons pas, l’auteur aborde quatre aspects du Moyen-Orient : la création coloniale des États ; le besoin des populations de cacher leurs chefs ; le sens du temps ; et l’usage politique de la religion.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 25 AOÛT 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSTÜRKÇE

Cet article fait suite à :
« Comprendre les relations internationales (1/2) », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 août 2020.

JPEG - 48.1 koLa grande mosquée de Damas est le seul lieu de culte au monde où chaque jour depuis des siècles, des juifs, des chrétiens et des musulmans prient le même Dieu unique.

Une région historique, divisée artificiellement

Contrairement à une idée reçue, personne ne sait très bien ce que sont le Levant, le Proche-Orient ou le Moyen-Orient. Ces termes ont variés de signification selon les époques et les situations politiques.

Cependant, les actuels Égypte, Israël, État de Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Iraq, Turquie, Iran, Arabie saoudite, Yémen et principautés du Golfe ont plusieurs millénaires d’histoire commune. Pourtant leur division politique date de la Première Guerre mondiale. Elle est due aux accords secrets négociés, en 1916, entre Sir Mark Sykes (Empire britannique), François Georges-Picot (Empire français) et Sergueï Sazonov (Empire russe). Ce projet de traité avait fixé le partage du monde entre les trois grandes puissances de l’époque pour l’après-guerre. Toutefois, le Tsar ayant été renversé et la guerre ne s’étant pas déroulée comme espérée, le projet de traité ne fut appliqué qu’au Moyen-Orient par les seuls Britanniques et Français sous le nom d’« accords Sykes-Picot ». Ils ont été révélés par les Bolcheviks qui s’opposèrent aux tsaristes, notamment en contestant le Traité de Sèvres (1920) et en aidant leur allié turc (Mustafa Kemal Atatürk).

De tout cela, il ressort que les habitants de cette région forment une seule population, composée d’une multitude peuples différents, présents un peu partout et étroitement mêlés. Chaque conflit actuel poursuit des batailles passées. Il est impossible de comprendre les événements actuels sans connaître les épisodes précédents.

Par exemple, les Libanais et les Syriens de la côte sont des Phéniciens. Ils ont dominé commercialement la Méditerranée antique et ont été dépassés par les gens de Tyr (Liban) qui ont créé la plus grande puissance de l’époque, Carthage (Tunisie). Celle-ci a été entièrement rasée par Rome (Italie), puis le général Hannibal Barca se réfugia à Tyr (Liban), et en Bithynie (Turquie). Même si l’on n’en a pas conscience, le conflit entre la gigantesque coalition autoproclamée des « Amis de la Syrie » et la Syrie poursuit la destruction de Carthage par Rome et le conflit des mêmes prétendus « Amis de la Syrie » contre sayyed Hassan Nasrallah, le chef de la Résistance libanaise, poursuit la traque d’Hannibal lors de la chute de Carthage. De fait, il est absurde de se borner à une lecture étatique des événements et d’ignorer les clivages trans-étatiques du passé.

Ou encore, en créant l’armée jihadiste Daesh, les États-Unis ont magnifié la révolte contre l’ordre colonial franco-britannique (Les accords Sykes-Picot). L’« État islamique en Iraq et au Levant » prétend ni plus, ni moins, que décoloniser la région. Avant de chercher à démêler la vérité de la propagande, il faut accepter de comprendre comment les événements sont ressentis émotionnellement par ceux qui les vivent.

Guerre perpétuelle

Depuis le début de l’Histoire, cette région est le théâtre de guerres et d’invasions, de civilisations sublimes, de massacres et encore de massacres dont presque tous les peuples de la région ont été victimes chacun à leur tour. Dans ce contexte, la première préoccupation de chaque groupe humain est de survivre. C’est pourquoi les seuls accords de paix qui peuvent durer doivent prendre en compte leurs conséquences pour les autres groupes humains.

Par exemple, il est impossible depuis soixante douze ans de trouver un accord entre les colons européens d’Israël et les Palestiniens parce qu’on néglige le prix qu’auraient à payer les autres acteurs de la région. La seule tentative de paix qui réunissait tous les protagonistes fut la conférence de Madrid convoquée par les USA (Bush père) et l’URSS (Gorbatchev), en 1991. Celle-ci aurait pu aboutir, mais la délégation israélienne s’accrochait encore au projet colonial britannique.

Les peuples de la région ont appris à se protéger de cette histoire conflictuelle en masquant leurs vrais chefs.

Par exemple, lorsque les Français ont exfiltré le « Premier ministre » syrien, Riad Hijab, en 2012, ils ont cru pouvoir s’appuyer sur un gros poisson pour renverser la République. Or, celui-ci n’était pas constitutionnellement le « Premier ministre », mais uniquement le « président du Conseil des ministres » syriens. Comme aux États-Unis le chef de cabinet de la Maison-Blanche, c’était juste un haut fonctionnaire secrétaire général du gouvernement, pas un politique. Sa défection fut sans conséquence. Aujourd’hui encore, les Occidentaux se demandent qui sont les hommes autour du président Bachar el-Assad.

Ce système, indispensable à la survie du pays, est incompatible avec un régime démocratique. Les grandes options politiques ne doivent pas être discutées en public. Aussi les États de la région s’affirment-t-ils soit comme des Républiques, soit comme des monarchies absolues. Le président ou l’émir incarne la Nation. En République, il est personnellement responsable devant le suffrage universel. Les grandes affiches du président Assad n’ont rien à voir avec le culte de la personnalité que l’on observe dans certains régimes autoritaires, elles illustrent sa charge.

Tout ce qui dure est lent

Les Occidentaux sont habitués à annoncer ce qu’ils vont faire. Au contraire, les Orientaux déclarent leurs objectifs, mais masquent la manière dont ils pensent y parvenir.

Modelés par les chaînes de télévision d’information en continu, les Occidentaux imaginent que toute action a un effet immédiat. Ils pensent que des guerres peuvent être déclarées du jour au lendemain et régler des situations. Au contraire, les Orientaux savent que les guerres se planifient au moins une décennie à l’avance et que les seuls changements durables sont des changements de mentalité qui demandent une ou plusieurs générations.

Ainsi, les « printemps arabes » de 2011 ne sont pas des éruptions de colère spontanée pour renverser des dictatures. C’est la mise en œuvre d’un plan soigneusement élaboré par le Foreign Office britannique en 2004, révélé à l’époque par un lanceur d’alerte, mais passé inaperçu. Ce plan qui fut imaginé sur le modèle de la « Grande révolte arabe » de 1916-18. Les arabes étaient persuadés qu’il s’agissait d’une initiative du chérif de La Mecque, Hussein ben Ali, contre l’occupation ottomane. C’était en réalité une machination britannique, mise en œuvre par Lawrence d’Arabie, pour s’emparer des puits de pétrole de la péninsule arabique et placer la secte des Wahhabites au pouvoir. Jamais les arabes n’y trouvèrent la liberté, mais le joug britannique après celui des ottomans. Identiquement, les « printemps arabes » ne visaient pas à libérer quiconque, mais à renverser des gouvernements pour placer les Frères musulmans (confrérie politique secrète organisée sur le modèle de la Grande Loge Unie d’Angleterre) au pouvoir dans toute la région.

La religion est à la fois le pire et le meilleur

La religion n’est pas uniquement une tentative de relier l’homme au transcendant, c’est aussi un marqueur identitaire. Les religions produisent donc à la fois des hommes exemplaires et structurent des sociétés.

Au Moyen-Orient, chaque groupe humain s’identifie avec une religion. Il existe une quantité invraisemblable de sectes dans cette région et créer une religion est souvent une décision politique.

Par exemple, les premiers disciples du Christ étaient des juifs à Jérusalem, mais les premiers chrétiens —c’est-à-dire les premiers disciple du Christ qui ne se considéraient pas comme juifs— étaient à Damas autour de saint Paul-de-Tarse. Identiquement, les premiers disciples de Mahomet étaient dans la péninsule arabique, ils étaient considérés comme des chrétiens ayant adopté un rite bédouin particulier. Mais les premiers disciples de Mahomet à se différencier des chrétiens et à se dire musulmans étaient à Damas autour des Omeyyades. Ou encore, les musulmans se divisèrent en chiites et sunnites selon qu’ils suivirent l’exemple de Mahomet ou son enseignement. Mais l’Iran ne devint chiite que lorsqu’un empereur safavide choisit de distinguer les Perses des Turcs en les convertissant à cette secte. Bien entendu, aujourd’hui chaque religion ignore cet aspect de son histoire.

Certains États actuels, comme le Liban et l’Iraq, sont fondés sur une répartition des postes selon des quotas attribués à chaque religion. Dans le pire des systèmes, le Liban, ces quotas ne s’appliquent pas seulement aux principales fonctions de l’État, mais à tous les niveaux de la fonction publique jusqu’au fonctionnaire au plus bas de l’échelle. Les chefs religieux sont plus importants que les chefs politiques. Par voie de conséquence, chaque communauté se place sous la protection d’une puissance étrangère, les chiites avec l’Iran, les sunnites avec l’Arabie saoudite (et peut-être prochainement avec la Turquie), les chrétiens avec des puissances occidentales. De fait, chacun tente de se protéger des autres comme il le peut.

D’autres États comme la Syrie sont fondés sur l’idée que seule l’union de toutes les communautés permet de défendre la Nation quel que soit l’agresseur et ses liens avec l’une ou l’autre des communautés. La religion est une affaire privée. Chacun est responsable de la sécurité de tous.

La population du Moyen-Orient est divisée entre laïques et religieux. Mais les mots ont ici un sens particulier. Il ne s’agit pas de croire ou non en Dieu, mais de placer le domaine religieux dans la vie publique ou dans la vie privée. De manière générale, il est plus facile aux chrétiens qu’aux juifs et aux musulmans d’envisager que la religion soit privée, car Jésus n’était pas un chef politique tandis que Moïse et Mahomet l’étaient.

Mêlant perception de Dieu et identité de groupe, les religions peuvent provoquer des réactions irrationnelles et extrêmement violentes comme l’islam politique l’a abondamment montré.

L’« État islamique » (Daesh) n’est pas un fantasme de cinglés, mais s’inscrit dans une conception politique de la religion. Ses membres sont majoritairement des gens normaux, habités de la volonté de bien faire. C’est une erreur que de les diaboliser ou de les considérer comme embrigadés dans une secte. Il convient plutôt de se demander ce qui les aveugle face à la réalité et les rend insensibles à leurs crimes.

Conclusion

Avant de poser un jugement sur tel ou tel acteur régional, il faut connaître son histoire et ses traumatismes pour pouvoir comprendre ses réactions à un événement. Avant de juger la qualité d’un plan de paix, il convient de se demander non pas s’il bénéficie à tous ceux qui l’ont signé, mais s’il ne portera pas tort aux autres acteurs régionaux.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article210722.html

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Le virus et la thérapie de choc appliquée au peuple

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Par Nicolas Bonnal – Août 2020 – Source nicolasbonnal.wordpress.com

Nicolas Bonnal

Le virus inaugure comme nous le savons une redistribution des richesses par le haut (les oligarques et les GAFAM) et l’établissement d’une dictature informatique et médicale par le chaos apparent. Cette dictature voulue par les élites de Davos passe par la torture psychologique et même physique : le masque permanent et l’organisation de l’espace de nos villes comme celui des prisons. Le vaccin permettra d’achever le camp de concentration électronique qui fait rêver les élites qui gouvernent et qui ont été dénationalisées depuis longtemps (Huntington). Les impératifs humanitaires, écologiques ou autres servent comme toujours d’alibi à ce putsch que nous voyions venir au cours des années 2010 et que nous décrivions ici. Pour comprendre ce narrative je propose d’en revenir à l’inépuisable ouvrage de Naomi Klein Le Stratégie du choc. Les premiers chapitres donnent la clé pour comprendre le fascisme néolibéral depuis qu’il fut mis en place un fameux 11 septembre… 1973 au Chili. On complètera cet ouvrage par l’extraordinaire étude d’Armand Mattelart (proche un temps du président Allende qui citait avant de mourir la phrase de Jefferson sur les marchands qui n’ont pas de patrie) sur l’utopie planétaire, publiée à la fin des années 90.

Naomi Klein commence par citer l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano : « Comment préserver cette inégalité autrement que par des décharges électriques ? »

En effet le virus-décharge a permis aux banques centrales de refiler 7000 milliards aux oligarques et aux marchés tout en nous enfonçant dans la crise. Nous ne sommes qu’au début de ces supplices. L’évocation de la maladie fait le lit de tous les fascismes, et Klein cite Susan Sontag :

L’utilisation du cancer dans le discours politique encourage le fatalisme et justifie des mesures « rigoureuses » — tout en renforçant l’idée largement répandue que cette maladie est obligatoirement mortelle. Le concept même de la maladie n’est jamais innocent. Mais on pourrait répondre que les métaphores liées au cancer portent en elles, et implicitement, l’idée de génocide.

Du nazisme au mondialisme, un petit pas…

Le virus est une métaphore, et cette métaphore sert l’agencement de la dictature. Mais il ne faut pas oublier que comme au Chili ou en Irak ou au Sri Lanka, la brutalité sert le business et la richesse des minorités (Naomi parle de ploutonomie). La chasse au terroriste a coûté dix mille milliards qui n’ont pas été perdus pour tout le monde. Naomi Klein :

L’expansion tentaculaire du complexe du capitalisme du désastre dans le monde des médias constitue peut-être une nouvelle forme de synergie d’entreprise, fondée sur l’intégration verticale si populaire dans les années 1990. Une chose est sûre, en tout cas, c’est une très bonne affaire. Plus la population est prise de panique et persuadée que des terroristes se cachent dans toutes les mosquées, plus les indices d’écoute des émissions d’information augmentent, plus le complexe vend d’appareils d’identification biométrique et de détection d’explosifs liquides, et plus il érige de murs de haute technologie.

La foule affolée et traumatisée est alors prête à accepter n’importe quoi. Le système par la peur veut nous ramener à un état zéro. Klein ajoute sur les origines médicales de la stratégie de choc :

Pour Rice et d’autres, ce vide représentait une perte irremplaçable. Cameron, en revanche, y voyait tout autre chose : la page blanche, débarrassée des mauvaises habitudes, sur laquelle de nouveaux modèles de comportement pouvaient être inscrits. À ses yeux, « la disparition de tous les souvenirs » n’avait rien d’un effet secondaire malheureux. C’était au contraire le but même du traitement : le patient était ramené à un stade antérieur de développement, « précédant l’apparition de la pensée et du comportement schizophréniques ».

Ensuite c’est le colonel Kilgore dans Apocalypse now :

À la manière des fauteurs de guerre qui préconisent que des pays soient ramenés à l’âge de pierre à coups de bombes, Cameron considérait les électrochocs comme un moyen de faire régresser ses patients, de les transformer en nouveau-nés.

Le système a mis en place des gouvernements au service des puissants et des oligarques. En France, on est arrivé, depuis les privatisations, à une caricature de cette monstruosité, que Klein appelle justement à mon sens corporatisme :

Le mot convenant le mieux pour désigner un système qui gomme les frontières entre le Gouvernement avec un G majuscule et l’Entreprise avec un E majuscule n’est ni libéral, ni conservateur, ni capitaliste. Ce serait plutôt corporatiste. Il se caractérise au premier chef par d’immenses transferts de ressources publiques vers le secteur privé, démarche qui s’accompagne souvent d’une explosion de l’endettement, d’un accroissement de l’écart entre les riches à outrance et les pauvres sans importance et d’un nationalisme exacerbé qui justifie des dépenses colossales dans le domaine de la sécurité. Pour ceux qui font partie de la bulle d’extrême richesse ainsi créée, il n’y a pas de moyen plus rentable d’organiser la société.

Et cet État ploutocratique a évidemment intérêt à manier la trique – ou la peur du virus ou du terroriste :

Étant donné les désavantages manifestes pour la vaste majorité des citoyens condamnés à rester en marge, l’État corporatiste doit adopter d’autres tactiques : le resserrement de la surveillance, le recours massif aux emprisonnements, le rétrécissement des libertés civiles, la torture.

La torture devient dès lors un droit des surhommes mondialistes qui nous dirigent. Elle permet de nous ajuster à la réalité nouvelle que nous comprenons encore mal (« je veux tout, je veux même les mille euros qui te restent »). Klein redonne bel exemple de Pinochet et du Chili con carne fresca :

Pinochet, lui, facilita l’« ajustement » au moyen d’une autre forme de chocs : dans les nombreuses salles de torture du régime, les corps qui se convulsaient sous l’effet de la douleur étaient ceux des personnes les plus susceptibles de s’opposer à la transformation capitaliste…D’où la question posée par l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano : « Comment préserver cette inégalité autrement que par des décharges électriques ? »

La torture ce peut être le confinement, le masque, la réorganisation de la terre comme univers carcéral (lisez Foucault toujours, surveiller et punir) ou les attentats (Beyrouth, Atocha, Bataclan, Twin Towers) destinés à assommer et anesthésier la population. Regardez comme les Français ont filé doux après le Bataclan… Klein – qui n’est jamais complotiste, et je la préfère comme ça :

Exactement trente ans après que ces trois formes de chocs eurent frappé le Chili, la formule reprend du service en Irak, de façon beaucoup plus violente. Il y eut d’abord la guerre, qui selon les auteurs de la doctrine militaire des États-Unis Shock and Awe (parfois traduite par « choc et effroi »), avait pour but « de contrôler la volonté, les perceptions et la compréhension de l’adversaire et de le priver de toute capacité à agir et à réagir ».

Dans le cas du virus c’est ce qui se passe. A part la petite minorité de « complotistes » qu’il faudra torturer tôt ou tard comme au Chili, la foule n’a ni volonté ni perceptions ni informations. Le matraquage télé suffit.

John Travolta (agent-terroriste) dans Opération espadon explique bien que comme Houdini il faut détourner l’attention. Alors on exploite un attentat ou un tsunami pour ensuite voler les gens et leur faire les poches. Naomi rappelle pour le tsunami :

Après avoir rendu compte depuis Bagdad de la tentative avortée de Washington de faire suivre la phase « choc et effroi » de celle du traitement de choc, je me rendis au Sri Lanka, quelques mois après le tsunami dévastateur de 2004. Là, je fus témoin d’une autre version de la même manoeuvre. En effet, des investisseurs étrangers et des prêteurs internationaux s’étaient ligués pour exploiter le climat de panique et céder le magnifique littoral à des entrepreneurs qui s’étaient empressés d’ériger de vastes stations balnéaires, empêchant ainsi des centaines de milliers de pêcheurs de reconstruire leurs villages au bord de l’eau…

Vous avez bien lu : les pêcheurs balayés par le tsunami furent ensuite privés de leur plage et de leur village. On y construisit des hôtels de luxe hors de prix.
Revenons au virus qui fait exploser la dette française ou espagnole. Tout cela fait aussi partie de la stratégie du choc. En effet, explique Naomi un siècle et demi après… Maurice Joly (voyez mon texte), la dette permet de créer le meilleur des mondes pour les banquiers :

La montée vertigineuse des taux se traduisait par une hausse équivalente des intérêts sur les prêts étrangers ; pour les honorer, les pays devaient souvent contracter d’autres prêts. La spirale de l’endettement était née. En Argentine, la dette déjà énorme laissée par la junte, 45 milliards de dollars, crût rapidement et s’établit à 65 milliards de dollars en 1989. La même situation se répéta dans les pays pauvres du monde entier. C’est après le choc Volcker que la dette du Brésil explosa, passant de 50 milliards à 100 milliards de dollars en six ans. De nombreux pays d’Afrique ayant contracté des emprunts massifs dans les années 1970 vécurent le même drame : pendant cette courte période, la dette du Nigeria passa de 9 milliards à 29 milliards de dollars.

Enfin il y a encore mieux pour soumettre les gens. La grande coupure, qu’a évoquée le général de l’OTAN Barrons au journal Der Spiegel. Va-ce nous arriver ? Va-t-on couper pour imposer ce grand Reset de Davos eau, électricité, comptes bancaires ? Cela commence à se passer un peu partout (New York, Los Angeles, Madrid, etc.). L’effet est garanti :

De nombreux Irakiens affirment que la destruction du réseau téléphonique fut, du point de vue psychologique, l’aspect le plus cruel de l’attaque aérienne. Entendre et sentir des bombes exploser un peu partout et ne pas pouvoir prendre des nouvelles d’êtres chers vivant tout près ou rassurer des Parents terrifiés établis à l’étranger était un véritable supplice. Les journalistes affectés à la couverture de la guerre étaient assaillis par des habitants de la ville qui les suppliaient de leur prêter leur téléphone par satellite ou glissaient dans leurs mains des bouts de papier sur lesquels étaient griffonnés des numéros et les imploraient de bien vouloir téléphoner à un frère ou à un oncle.

Les coupures d’électricité ont commencé dans New York vidée de ses riches. Voici l’effet en Irak au temps des bushmen :

Ensuite, on s’attaqua à la vue. « On n’entendit aucun bruit d’explosion, à part les habituels bombardements menés en début de soirée, mais, en un instant, une ville de cinq millions d’habitants fut plongée dans une nuit terrible, sans fin », signala The Guardian dans son édition du 4 avril. Seuls « les phares des voitures trouaient les ténèbres ». Séquestrés chez eux, les habitants de la ville ne se parlaient plus, ne s’entendaient plus, ne voyaient plus à l’extérieur. Tel le prisonnier à destination d’un site noir de la CIA, la ville tout entière était enchaînée et revêtue d’une cagoule. Viendrait ensuite le moment de la dépouiller.

Ces derniers mots nous résument : nous sommes enchaînés, cagoulés, et progressivement dépouillés.

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

Sources

Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?

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Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?

Par Florian MANET, le 10 août 2020      

Expert des questions de sûreté maritime, Florian Manet a publié « Crime en bleu, essai de thalassopolitique » aux éditions Nuvis

https://fr.tipeee.com/diploweb/embed/buttonLa crise libanaise, suite à l’explosion du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth, nous invite à reconsidérer les équilibres internationaux sous le prisme de la relation aux espaces océaniques. Cette approche singulière démontre l’importance du fait maritime aussi bien dans le dynamisme de la vie économique, dans le rayonnement international d’une puissance mais aussi dans la souveraineté d’un État.

LE 4 août 2020, l’explosion d’un stock de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposé depuis 6 ans dans le port maritime de Beyrouth (Liban) génère un sinistre industriel hors norme doublé d’une catastrophe humaine. L’attention du monde entier se focalise alors sur les mécanismes d’approvisionnement internationaux en matières premières ou en produits transformés effectués par voie maritime. Le MV RHOSUS, battant pavillon moldave, est identifié comme le cargo porteur de ce fret explosif, abandonné dans un entrepôt, en attente d’une décision.

Par sa gravité et par son ampleur exceptionnelle, le cas d’école libanais illustre les enjeux de la maritimisation à la fois du point de vue socio-économique mais, aussi, plus largement sur les équilibres internationaux. La crise libanaise actuelle générée par cette explosion n’est pas seulement « libanaise » dans ses conséquences mais affecte l’ensemble de la communauté internationale. Cet effet globalisant replace, au cœur des analyses, la thalassopolitique, c’est-à-dire une perception des relations internationales centrée sur les espaces océaniques et leur exploitation par l’homme.

Par cette réflexion personnelle, il ne s’agit pas de chercher à comprendre l’enchaînement dramatique des faits qui a conduit à cette funeste explosion du 4 août 2020, des enquêtes judiciaires comme administratives y pourvoiront chacune à leur manière. Au contraire, et de manière provisoire, efforçons-nous d’en tirer à chaud quelques enseignements facilitant la compréhension de cette crise et de dessiner les contours du « monde d’après ». Découvrons comme une banale mise en œuvre des mécanismes du droit international de la mer (I) démontre combien la thalassopolitique peut perturber les relations internationales (II).Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?Florian ManetFlorian Manet auteur de « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique », ed. Nuvis

I. Une banale mise en œuvre des mécanismes du droit international de la mer

Le MV RHOSUS est un cargo de type vraquier long de 86 mètres, lancé en 1986 dans un chantier naval japonais. Après plusieurs propriétaires asiatiques, il fait l’objet d’une acquisition par un homme d’affaire russe en 2012. Battant dès lors pavillon moldave, le MV RHOSUS appareille le 27 septembre 2013 de Batoumi, en Géorgie, pour Matola au Mozambique. Il devait livrer 2750 tonnes de nitrate ammonium à la Fabrica explosivos. Pour diverses raisons, il modifie sa route et fait escale, le 21 novembre 2013, à Beyrouth.

Comme le prévoient les conventions internationales, ce navire fait l’objet d’un contrôle par l’État du port, en l’espèce les autorités portuaires libanaises. En sus des responsabilités propres à l’État du pavillon ( ici la Moldavie), il s’agit de s’assurer, auprès des navires étrangers naviguant dans les eaux territoriales d’un État côtier, de la conformité aux normes issues des différentes conventions internationales édictées, notamment, par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) applicables en matière de protection de l’environnement marin, de sauvegarde de la vie humaine en mer et des conditions de travail des gens de mer. La dimension internationale du transport maritime a rendu indispensable une coordination régionale, notamment, pour réduire des distorsions de concurrence entre États. Aussi, de multiples accords régionaux ont vu le jour à l’image du Mémorandum d’entente de la Méditerranée ( Med Memorandum of Understanding) – dont le Liban est signataire – est signé à la Valette ( Malte) le 11 juillet 1997. Les résultats positifs enregistrés par cette procédure internationale de sécurité maritime se mesurent, notamment, à la diminution du nombre de sinistres graves ainsi qu’à la physionomie de la flotte mondiale.

A l’issue de leurs opérations de contrôle, les autorités portuaires libanaises prononcent une immobilisation du navire et, au vu de la dangerosité de la cargaison, décident la mise en sécurité du fret. A cet effet, elles transfèrent le nitrate des cales du navire vers un entrepôt situé sur le port.

Mis en demeure par les autorités portuaires, l’armateur se montre défaillant tout autant que le ou les propriétaire (s) de la cargaison qui ne donne (nt) pas signe de vie. Le sort réservé ensuite à ce produit hautement dangereux relève d’une procédure civile propre aux institutions libanaises. Toutefois, la défaillance de l’armateur se traduit aussi par l’abandon de l’équipage responsable du navire mouillant dans le port de Beyrouth.

II. La thalassopolitique, perturbatrice des relations internationales ?

Pays de tradition commerçante, le Liban est, par construction, ouvert sur le monde, exploitant avec brio les espaces océaniques pour accroître son rayonnement international et développer son économie. Par cette crise, il constitue, à cet égard, un cas d’école riche d’enseignements pour illustrer les enjeux de la maritimisation des économies et des modes de vie contemporains.

Une économie fragilisée car tributaire du fait maritime ?

Pays montagneux du Proche-Orient, le Liban possède, néanmoins, plus de 220 kilomètres de frontières avec le bassin levantin, partie orientale de la Méditerranée. Dès l’Antiquité, le lien avec la mer a constitué un fil conducteur de son développement économique, politique et culturel. Les Phéniciens, ce peuple de marins aventureux, ont, depuis ses côtes, établi des comptoirs dynamiques à travers toute la Méditerranée, de Carthage à Palerme, d’Ibiza à Chypre, de Tanger à la Sardaigne. Les cités de Phénicie devinrent alors un carrefour culturel comme commercial, confirmé par la suite. Toutefois, les soubresauts récents d’une histoire nationale marquée par les guerres civiles et les crises économiques ont entaché la réputation florissante de cet État jadis décrit dans la Bible comme « la terre du lait et du miel » ou, plus proche de nous, comme « la Suisse du Moyen Orient ».

En 2020, l’économie libanaise est très largement tributaire de la mer. Les quinze années de la guerre civile (1975-1990), les effets de la guerre de 2006 et de la crise économique ont durablement pénalisé le développement d’un tissu commercial et industriel ainsi que la construction d’infrastructures de transport. De fait, près de 80 % des biens de première nécessité sont ainsi importés. De fait, en 2018 [1], sa balance commerciale est très fortement déséquilibrée avec des importations s’élevant à 19,2 milliards de dollars tandis que les exportations représentent 3,8 milliards de dollars. 73 % des importations transitent par voie maritime contre 18 % par voie aérienne. Les tendances sont inversées pour les exportations avec 48 % par voie aérienne contre 37 % par voie maritime.

Au-delà de ses propres besoins nationaux, le Liban demeure un point d’entrée essentiel pour l’ensemble de la région. Les pays du Levant à l’image de la Jordanie, de la Syrie ou de l’Irak ou encore des Pays du Golfe dépendent aussi de leurs relations commerciales avec le Liban. Réduire voire supprimer ces flux commerciaux, c’est assurément asphyxier le pays et, dans une moindre mesure, l’ensemble de la région. C’est aussi créer les ferments d’instabilité et de troubles dans une région à la géopolitique des plus sensibles dans laquelle les grandes puissances sont très impliquées. Ce lien à la mer est essentiel. Il repose sur le dynamisme d’une infrastructure clé, le port maritime.

L’ « infrastructuration » des relations internationales ?

Blotti au pied de montagne, au cœur de la capitale, le port maritime de Beyrouth est le poumon de la vie socio-économique libanaise. En complément de l’aéroport international Rafic Hariri, il ouvre ce pays au reste du monde dont il dépend pour la fourniture des matières premières comme des biens manufacturés.

Le port maritime de Beyrouth est un port en plein développement suite à la reconstruction des années 1990. S’étalant sur plus de 120 hectares, il présente seize quais de déchargement et quatre bassins. Le quai 16 dédié à un terminal à conteneurs peut recevoir les plus grands porte-conteneurs en service. Disposant d’installations facilitant la rapidité des opérations logistiques, il échangeait en 2019 1,22 million d’équivalent vingt pieds (EVP). Faisant l’objet d’une concession accordée à un consortium privé, le BCTC ( Beirut Container Terminal Consortium), un appel d’offre devait mettre en concurrence le tandem CMA CGM – MSC, l’émirati Gulftainer et le hongkongais China Merchants Port. Cet attrait singulier exprimé par des géants mondiaux de la logistique portuaire suggère la valeur de la place libanaise dans le commerce international. Il laisse aussi supposer les jeux d’influence affichées ou dissimulées derrière ces investisseurs. Contrôler un port n’est pas anodin : il constitue un message envoyé à des acteurs internationaux privés comme étatiques. Ainsi, les efforts « sonnants et trébuchants » déployés par les opérateurs chinois à l’égard du port grec du Pirée (Grèce, Union européenne) explicitent une politique commerciale offensive au cœur de l’Europe, parfaitement intégrée dans le projet de la nouvelle route de la SoieBeyrouth sera-t-il une nouvelle pépite du collier de perle chinois ?

Le port maritime cristallise une infrastructure d’importance vitale rayonnant au-delà d’un simple périmètre national. C’est en lui-même un écosystème stratégique dont le dynamisme repose sur sa connexion avec l’hinterland et les autres destinations. Plaque-tournante multimodale des échanges de biens et de personnes, poumon économique national ou régional, baromètre capitalistique d’une place dans le commerce mondial, générateur de développement, telles sont les fonctions assurées par un port maritime. Selon Yann Alix, expert français de l’économie maritime et portuaire, trois critères définissent la valeur de cette installation essentielle. Tout d’abord, la centralité désigne le point de convergence des flux logistiques d’intérêt national, régional voire international. Ensuite, la nodalité détermine la réalité de la fonction de carrefour et l’intensité des nœuds de communication, physiques comme numériques qui y convergent. En l’espèce, le tissu libanais pêche par un défaut d’infrastructure de mobilité terrestre à l’image d’un réseau de chemin de fer délaissé. Enfin, la réticularité d’un port se mesure à son degré d’insertion ou d’interconnexion dans les flux logistiques internationaux. A ce titre, le port de Beyrouth relie 56 autres destinations internationales et possède des représentations permanentes des plus grands opérateurs maritimes au cœur du port. Ainsi, par exemple, l’étude des services proposés par le géant français CMA CGM démontre l’usage de cette plate-forme logistique dans les liaisons intra-méditerranéennes, Asie-Mer noire, la ligne « Bosphore express » ou encore celle North Europe – mediterranean. Au-delà de sa fonction première d’approvisionnement du pays et de sa sous-région, sa position stratégique en Méditerranée orientale le désigne comme un hub de redistribution et de reconfiguration de fret en fonction des liaisons opérées par les grands acteurs de la logistique internationale. Le développement du quai numéro 16 illustre cette fonction avec un bassin susceptible d’accueillir des navires à fort tirant d’eau comme des quais de chargement dotés de grues imposantes et d’entrepôts facilitant la reconfiguration des cargaisons. Le fret transporté par ces lignes régulières peut ensuite être réacheminé par des flux secondaires sous forme massifiée comme le permet le transport maritime [2] ou sous forme de colis distribués par voie routière ou, dans une moindre mesure au Liban, par le chemin de fer. La mise hors circuit à moyen terme du port de Beyrouth et l’actuelle impossibilité du port de Tripoli, deuxième place portuaire libanaise, à prendre le relais à très court terme imposent une reconfiguration des équilibres logistiques des chaînes d’approvisionnement internationales. Beyrouth retrouvera-t-il sa place d’avant la crise ? Ou bien sera-t-il durablement détrôné par un autre port méditerranéen ?

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La crise libanaise nous invite à reconsidérer les équilibres internationaux sous le prisme de la relation aux espaces océaniques. Cette approche singulière démontre l’importance du fait maritime aussi bien dans le dynamisme de la vie économique, dans le rayonnement international d’une puissance mais aussi dans la souveraineté d’un État. Un Liban sans infrastructure portuaire ne peut survivre de manière autonome. Ni économiquement. Ni politiquement. Dans sa chute, il est susceptible d’entraîner une partie du Levant, malgré lui, à des degrés divers. Ce cas d’école ouvre aussi des pistes de réflexion sur la résilience des organisations humaines tributaires d’infrastructures à juste titre qualifiées d’importance vitale. La capacité à exploiter en sécurité de telles infrastructures de dimension internationale ne s’impose-t-il pas, désormais, comme un critère d’évaluation d’un État ? Car son incapacité constatée est facteur de déstabilisation interne et de dérèglement des relations internationales.

Dans un monde globalisé, interdépendant, les océans assurent véritablement le lien entre les États, fluidifiant, ainsi, les rapports interétatiques. Durant cette dernière décennie, la globalisation économique et financière s’est accélérée grâce aux progrès techniques, technologiques et organisationnels dont témoigne une logistique internationale symbolisée par des géants des mers comme des porte-conteneurs ou des pétroliers longs de 400 mètres. Au travers de ces opérateurs de logistiques omniprésents, elle a, aussi, fait émerger des géants financiers de dimension internationale qui jouent un rôle et une influence déterminante dans le concert des nations.

Copyright 10 août 2020-Manet/Diploweb.com


Plus

. Florian Manet, « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique« , Préfaces du général d’armée Richard Lizurey et de l’amiral Christophe Prazuck, ed. Nuvis. Sur Amazon

Et si les terroristes préparaient un Bataclan sur mer ? Cette perspective redoutable illustre l’actualité des menaces maritimes pesant sur nos économies globalisées, plus que jamais tributaires de la maritimisation des échanges et de nos modes de vie. Terrorisme, piraterie, cybercrime, trafic organisé d’êtres humains, narco trafic international, trafic illicite de déchets, d’armes ou encore de biens contrefaits, fraudes, pêche illégale, pollution expriment les multiples facettes d une activité criminelle organisée transnationale qui met en risque les équilibres socio-économiques et géopolitiques, jusqu’au coeur des territoires. L’auteur souligne dans ce livre l’importance des enjeux attachés à la lutte contre cette « thalassocratie criminelle » qui prospère dans les mécanismes spécifiques de l’écosystème maritime. Acteur économique et géopolitique à part entière, la criminalité organisée exploite insidieusement les lacunes du droit international de la mer et démultiplie ainsi sa capacité de déstabilisation des territoires. La police judiciaire maritime et portuaire est à la fois un outil de souveraineté sur les eaux territoriales et un levier de performance et d’anticipation en sécurité intérieure. Pour mieux lutter contre la criminalité organisée, l’auteur invite à une convergence des stratégies de défense et de sécurité intérieure ainsi qu’à une meilleure synergie internationale.

Se procurer sur Amazon le livre de Florian Manet, « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique », Préfaces du général d’armée Richard Lizurey et de l’amiral Christophe Prazuck, ed. Nuvis.

. Voir aussi Yan Giron, « Les espaces maritimes, lieux d’une mondialisation… criminelle hybride ? » sur Diploweb.com


Bonus

Vidéo. Le port, ville de l’ouverture au monde

Frédéric Sanoner, Capitaine de Vaisseau (R) de la Marine nationale française sait trouver les mots et les images pour donner à comprendre pourquoi les ports sont des villes stratégiques. Cette conférence a été organisée dans le cadre du Festival de Géopolitique de Grenoble (2017) organisé à Grenoble Ecole de Management (GEM).

Les ports sont naturellement ouverts sur la mer et donc le monde. Chance pour leurs pays, mais non dénués de vulnérabilités stratégiques, ils ont toujours été l’opportunité de développement de villes éminentes. Le port, une ville de la planète mer !

https://www.youtube.com/embed/con6gI4oLqo?list=PL9yBpWxsppbiifvO7bb-yGo6dSUO7hFpy

Mots-clés : Moyen-orient (Asie occidentale)Liban MondialisationMaritimisationCrise Proche-Orient2020Porte-conteneursPort

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