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REVOILA ENCORE ET TOUJOURS LE ‘SCENARIO DU DIABLE’ : VERS UNE REUNIFICATION DE DAECH ET D’AL-QAIDA ET LA RELOCALISATION DES DJIHADISTES

REVOILA ENCORE ET TOUJOURS LE ‘SCENARIO DU DIABLE’ : VERS UNE REUNIFICATION DE DAECH ET D’AL-QAIDA ET LA RELOCALISATION DES DJIHADISTES

Publié par Brujitafr sur 6 Septembre 2018, 13:33pm

Catégories : #ACTUALITES, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #POLITIQUE

REVOILA ENCORE ET TOUJOURS LE ‘SCENARIO DU DIABLE’ : VERS UNE REUNIFICATION DE DAECH ET D’AL-QAIDA ET LA RELOCALISATION DES DJIHADISTES
Et voilà qu’on parle au cœur de l’actualité du Levant, avec des
implications directes inévitables en Europe, en Asie centrale et en Afrique, d’une réunification de Daech et d’Al-Qaida, les frères ennemis du terrorisme djihadiste, séparés depuis 2016 !

Réunification déjà effective au niveau local en Irak …

Et voilà qu’on évoque un plan américain de « délocalisation des
djihadistes » de Syrie vers des bases dans des pays arabes pro-US.
Plan qui évoque inévitablement la relocalisation, effective celle-là,
de forces djihadistes de Daech de Syrie et d’Irak en Afghanistan !
Et voici que la presse israélienne fait des révélations sur l’aide
directe de Tel-Aviv aux djihadistes du Golan !
Derrière toute cette agitation, il y a une réalité immédiate : la
bataille pour le contrôle par l’Etat syrien de la province d’Idlib,
dernier refuge des djihadistes de Syrie jusque là protégés par Ankara.
Ce que j’ai appelé « la mère de toutes les batailles » (1), l’ultime
combat de la Guerre de Syrie. Qui n’est pas une « guerre civile » mais
une guerre d’agression menée par le Bloc américano-occidental, les
israéliens et leurs alliés réactionnaires arabes. Et il y a surtout,
encore et toujours, le jeu diabolique des USA et de l’OTAN avec les
djihadistes : ce que j’ai appelé le « scénario du diable » …

# INTRODUCTION

POUR COMPRENDRE CE QU’EST LE « SCENARIO DU DIABLE » …

L’Union Européenne, avec les américains et les pays de l’OTAN, a tenté
« ce scénario du diable », c’est-à-dire qu’ils ont crus qu’ils
pouvaient instrumentaliser le terrorisme djihadiste pour servir leurs
intérêts géopolitiques. Mais comme dit le vieux proverbe français «
pour dîner avec le diable, il faut prendre une longue cuillère sans
quoi on se brûle les doigts », aujourd’hui les puissances européennes,
les services secret européens, se sont brûlés non pas les doigts mais
les bras et jusqu’au coude !
* Lire l’interview de Luc MICHEL pour SITA :
INTERVIEW DE LUC MICHEL PAR LE SITE ARABE ‘SITA INSTITUTE’ :
DJIHADISMES – TERRORISME – IMMIGRATION. QUAND L’AGENDA PROCHE-ORIENTAL
S’IMPOSE EN EUROPE …
La grande interview du géopoliticien Luc MICHEL par Jan Vanzeebroeck
et Samar Radwan (Beyrouth), pour le site arabe libanais ‘SITA
INSTITUTE’
POUR COMPRENDRE  CE QUI OPPOSE LA « GUERRE AU TERRORISME » OCCIDENTALE
A LA GUERRE CONTRE LE TERRORISME POUR L’ANNIHILER …
Poutine, Bachar El Assad, Idriss Deby Itno : comment trois chefs
d’Etat patriotes mènent seuls la guerre contre les forces du mal ?
la Guerre pour annihiler le terrorisme VS le Théâtre occidental de la
« guerre au terrorisme » (Plus de trente ans d’imposture et le
prétexte de toutes les ingérences occidentales) …
* Voir sur PCN-TV/ LUC MICHEL :
POUTINE – ASSAD – DEBY ITNO.
LES TROIS PRESIDENTS QUI COMBATTENT VRAIMENT LE DJIHADISME !
Au milieu  de ce « scénario du diable », il y a évidement la
différence fondamentale  qu’il faut faire entre  la guerre
américano-occidentale « au terrorisme » et la guerre « contre le
terrorisme ». La guerre au terrorisme, elle, a été lancée à l’époque
par Bush II, c’est un grand théâtre, une comédie, le but ce n’est pas
d’annihiler les terroristes, c’est de les utiliser au service de la
grande géopolitique américaine. Le terrorisme est aujourd’hui, voir
les cas de la Syrie ou de l’Irak, mais aussi et surtout de l’Afrique,
un prétexte à l’ingérence occidentale, à l’ingérence des armées
occidentales, à la neutralisation  des armée africaines.

# I-

VERS UNE EVENTUELLE FUSION DE DAECH ET D’AL-QAÏDA?

Une fusion éventuelle des groupes terroristes Daech et Al-Qaïda n’est
plus exclue …
« Al-Qaïda et le groupe terroriste Daech auraient l’intention de
former une grande organisation d’une haute capacité de destruction »,
a averti ce 3 septembre Sergueï Kojtev, le chef adjoint de l’un des
services de renseignement de la Confédération de Russie, cité par
‘Mehr news’. « Une fusion éventuelle des groupes terroristes Daech et
Al-Qaïda représente une nouvelle menace potentielle à l’échelle
mondiale », a déclaré le directeur du Comité exécutif régional pour la
lutte antiterroriste au sein de l’Organisation de coopération de
Shanghai (OCS),a écrit ‘Tass’.
LES USA CREENT DES «ZONES D’OMBRE» POUR LES TERRORISTES EN SYRIE ET EN IRAK
Les USA créent des «zones d’ombre» pour les terroristes en Syrie pour
justifier ainsi leur présence dans la région, commente ‘Mehr News’.
« Les États-Unis créent les conditions qui pourraient favoriser la
réapparition de Daech en Syrie après que les troupes américaines
auront quitté les zones qu’elles contrôlent actuellement », estime
Dmitri Polansky, représentant permanent par intérim de la Russie
auprès de l’ONU. « La réalité est que les États-Unis cherchent à
épargner des milliers de terroristes capturés en Syrie, engendrant
ainsi le risque d’une renaissance de Daech dans les zones proches de
l’Euphrate, après le retrait des troupes américaines », a déclaré
Dmitri Polansky lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.
Au même moment, en Irak Daech et al-Qaïda s’unissent ! Selon un
responsable de la province irakienne d’al-Anbar, « Daech et al-Qaïda
se sont unis pour créer un nouveau groupe dans la province de Diyala
».
IRAK : DAECH ET AL-QAÏDA ONT FORME UN NOUVEAU GROUPE DANS LA PROVINCE DE DIYALA
Le porte-parole du conseil de la province irakienne d’al-Anbar, Eid
Amash, a déclaré que « le nettoyage des régions désertiques de l’ouest
du pays de la présence de Daceh n’était pas suffisant pour mettre fin
au terrorisme ». Amash a insisté sur le fait que « les reliquats de
Daech et de son homologue terroriste, al-Qaïda, ont formé un nouveau
groupe terroriste ». Il a ajouté que « ces éléments se sont rassemblés
dans la région montagneuse de Hamrin, dans la province de Diyala, et
qu’ils y ont formé le groupe appelé Ahrar al-Sunnah ». La chaîne de
télévision ‘Al-Alam al-Harbi’, citant un responsable irakien, a
rapporté qu’un terroriste nommé al-Mansouri dirigeait ce groupe
nouvellement formé. Amash a encore indiqué que « le groupe se
composait de 450 éléments armés et que jusqu’à présent personne ne
connaît leurs tendances ».
Concernant les opérations de l’armée dans les zones désertiques de la
province al-Anbar, Amash a affirmé : « La province est sûre et il n’y
a plus d’activités terroristes, et ce pour la simple raison que les
forces de sécurité irakiennes sont toujours présentes sur place. » Le
porte-parole du conseil de la province d’al-Anbar, expliquant que « le
terrorisme émergerait de nouveau si les forces de sécurité quittaient
la zone », a appelé à la « formation d’une unité militaire dont la
mission serait de protéger exclusivement les zones désertiques ».
Les sources de sécurité présentes dans la province d’al-Anbar ont
annoncé la semaine dernière que « plus d’un millier de daechistes sont
présents dans les zones désertiques de la province d’al-Anbar et que
les forces de sécurité sont en train de les pourchasser ». Toujours
selon ces sources, « les terroristes de Daech assiégés dans le désert
occidental d’al-Anbar fuient la région avec l’avancée des troupes
irakiennes, mais ils ne peuvent se rendre pour autant en Syrie à cause
des chasseurs irakiens qui survolent continuellement la région ».

# II-

ISRAËL DIT AVOIR FOURNI DES ARMES AUX TERRORISTES EN SYRIE

Ce « scénario du diable » a sa version israélienne ! Israël reconnaît
avoir fourni une grande quantité d’armes aux terroristes syriens dans
les hauteurs du Golan (2). Le ‘Jerusalem Post’ a publié un rapport
révélant les aides de l’armée israélienne aux terroristes en Syrie. «
L’armée israélienne a admis, pour la première fois, qu’elle
fournissait des sommes d’argent, des armes et des munitions aux
terroristes retranchés dans les hauteurs du Golan à la frontière
syrienne », écrit le journal cité par ‘4jewish’.
Alors que l’armée israélienne avait prétendu jusque là ne pas
intervenir dans la guerre civile en Syrie, elle a annoncé ce 3
septembre que dans le cadre de la soi-disant opération « Bon Voisin »
(sic), Israël fournissait régulièrement aux terroristes en Syrie des
armes légères, des munitions et une quantité substantielle d’argent.
Dans le cadre de l’opération « Bon Voisin » d’aide humanitaire aux
Syriens (resic) lancée en 2016, « l’armée israélienne a fourni plus de
1.524 tonnes de nourritures, 250 tonnes de vêtements, 947.520 litres
de carburant, 21 générateurs, 24.900 équipements médicaux et
médicaments » …
GOLAN: ISRAËL S’APPRETE A LIQUIDER SES PROPRES AGENTS
« Opérant un revirement à 180 degrés, Tel-Aviv s’apprête à présent à
liquider ses agents.
Bien auparavant, le gouvernement syrien avait annoncé dans de
multiples rapports la saisie d’armes et de munitions en provenance
d’Israël ». Israël a armé « au moins sept groupuscules terroristes
différents implantés sur le plateau du Golan en Syrie. Au groupe
terroriste Fursan al-Joulan, qui compte environ 400 membres, le régime
israélien a fourni une aide financière mensuelle évaluée à environ
5.000 dollars ». « Israël s’est tenu à nos côtés d’une manière
héroïque au point que nous n’aurions pas survécu sans l’aide d’Israël
», a déclaré le porte-parole du groupe Motasem al-Joulani, au ‘Wall
Street Journal’ dans un rapport de janvier 2017. Notons encore que le
‘Jerusalem Post’ a supprimé l’information révélée sur son site
quelques minutes après sa publication, mais le site ‘4jewish’ l’a
republiée.
NOTES :
(1) Cfr. LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
SYRIE : VERS L’AFFRONTEMENT FINAL A IDLIB EN SYRIE ?
Et LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
FLASH VIDEO/ SYRIE – IDLIB LA MERE DE TOUTES LES BATAILLES ? (VERS
L’AFFRONTEMENT FINAL A IDLIB II)
(2) Cfr. LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
OU VA ISRAEL ? (III) : LE GOLAN, DE BUTIN DE GUERRE ANNEXE A ENJEU
GEOSTRATEGIQUE
(Sources : Mehr News – Tass – Jerusalem Post – 4jewish – Wall Street
Journal – EODE Think Tank)
LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE
* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
Géopolitique – Géoéconomie – Géoidéologie – Géohistoire –
Géopolitismes – Néoeurasisme – Néopanafricanisme
(Vu de Moscou et Malabo) :
PAGE SPECIALE Luc MICHEL’s Geopolitical Daily
________________
* Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ) :
PAGE OFFICIELLE III – GEOPOLITIQUE
* EODE :
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Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Georges Soros

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Par Michel Geoffroy, essayiste ♦ [Rediffusion] Nous publions à nouveau cette analyse exclusive, publiée initialement dans nos colonnes le 30 mars 2018. En effet, ce texte fait partie des articles les plus lus du début d’année 2018. Un intérêt massif qui motive une nouvelle diffusion en cette période estivale pour préparer au mieux la rentrée politique. Bonne lecture et bonnes vacances.
Polémia


Michel Geoffroy, contributeur régulier de Polémia, a récemment publié La Super-classe contre les peuples. Cet ouvrage, préfacé par Jean-Yves Le Gallou, s’attache à démasquer ceux qui détiennent le pouvoir dans le monde moderne. Avec ce dévoilement magistral de la super-classe mondiale, Michel Geoffroy permet de poser les bases d’une reconquête essentielle : celle de notre liberté.
Michel Geoffroy étant un pilier de Polémia, nous vous proposons une analyse en 10 points de cette super-classe mondiale qui fait tout pour nous diriger.
Polémia1/ La Super Classe Mondiale (SCM) n’est pas un fantasme : elle existe bien et elle a pris le pouvoir en Occident et notamment en Europe Occidentale.

Elle est propriétaire des médias, elle finance le microcosme culturel, les ONG et les groupes de pression et elle impose partout une politique qui va à l’encontre de la volonté du corps électoral. En France elle a réussi à faire élire son candidat lors de la présidentielle de 2017 : Emmanuel Macron

2/ La SCM correspond à la domination sans limite de l’économie et de la finance sur la société et sur la souveraineté politique, qui s’est produite à la fin du XXème siècle.
La SCM regroupe les super riches qui veulent s’enrichir toujours plus, grâce notamment à la dérégulation économique et financière. Grâce aussi à la modification des lois fiscales à leur profit. Grâce enfin au « socialisme des riches » qui consiste à mettre à la charge de la collectivité les charges induites par la mise en œuvre des politiques libre-échangistes, pendant que ses bénéfices reviennent à la seule oligarchie

La SCM incarne la domination sans partage de la loi de l’argent, donc la réduction des hommes à l’état de simple ressource au service des plus riches.

Pour cette raison on ne pourra remettre à sa place la SCM, si on ne régule pas l’économie et la finance mondiales

3/ La SCM incarne aussi le retour d’une vieille eschatologie : la prétention hérétique de bâtir le paradis sur terre et d’unifier le genre humain, sans attendre la venue ou le retour du Messie, prétention qui a été reprise par le messianisme protestant et sa croyance en la destinée manifeste des anglo-saxons. Cetteeschatologie fonde le projet cosmopolite ou mondialiste de la SCM, qui se prétend élue pour ce faire.
Ce projet est bien un complot contre la liberté, la souveraineté et l’humanité de l’homme. Car le gouvernement mondial n’ouvrirait pas la voie à une « démocratie planétaire » mais au contraire à la dictature mondiale de l’oligarchie.En accusant les autres de complotisme la SCM pratique en réalité l’inversion accusatoire.

4/ La SCM est une classe sociale : c’est une oligarchie transnationale qui partage plus de traits communs qu’avec sa population d’origine. C’est une classe qui se croit suffisamment éclairée pour prétendre faire le bien des gens malgré eux.
Elle correspond au parti de Davos : de ceux qui se rencontrent tous les ans lors du World Economic Forum de Davos, qui partagent la même vue du mondelibérale/libertaire et cosmopolite et qui l’imposent aux gouvernements.

5/ La SCM a pris le pouvoir en Occident grâce à la conjonction de trois changements historiques majeurs au cours du XXème siècle : l’avènement de la surpuissance anglo-saxonne, la fin du socialisme et du communisme et enfin la mondialisation de l’économie. La fin du socialisme et du communisme a notamment provoqué le grand soulagement des super-riches qui n’ont plus à craindre en Occident une révolution qui menacerait leurs privilèges et leurs intérêts : avec l’immigration, les délocalisations et bientôt l’intelligence artificielle, ils pensent même avoir trouvé le moyen de remplacer les peuples puis de se passer d’eux. Et la mondialisation a donné aux grandes entreprises transnationales plus de pouvoirs que de nombreux Etats, de plus en plus paupérisés.
Les milliardaires anglo-saxons ont toujours eu la prétention de gouverner le monde. Mais à la fin du XXème siècle, ils ont fini par croire qu’ils en avaient désormais la possibilité.

6/ La SCM fonctionne par la mise en synergie de 4 cercles ou engrenages : le cercle de la richesse financière et économique transnationale, le cercle des médias et de la culture, le cercle des organisations non gouvernementales et de la société civile, enfin le cercle des élites publiques. Le cercle de la richesse financière et économique transnationale est celui où la puissance est la plus concentrée et la plus opaque : il dirige, influence et achète tous les autres cercles.
Le premier cercle ne comprend que quelques milliers d’individus, mais les autres cercles sont plus nombreux, en particulier parce qu’ils regroupent des idiots utiles.

La SCM repose pour cette raison sur un pouvoir impersonnel, désincarné et collégial donc insaisissable (par opposition à la tradition de l’incarnation du pouvoir en Europe)

7/ La SCM est une oligarchie et non pas une élite : elle préfère toujours l’influence des autres à l’engagement personnel direct.
C’est pourquoi on peut assimiler son action et son projet à un complot, car elle refuse de le soumettre au verdict démocratique : elle veut au contraire l’imposer subrepticement en le rendant inéluctable. Pour cette raison elle s’est rendue maîtresse du pouvoir médiatique en Occident, qui sert à ahurir la population, à diffuser l’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite et à diaboliser tous ceux qui s’opposent au projet de la SCM.

8/ La SCM fait avancer son projet et son agenda selon une dialectique du chaos et du contrôle. Elle sème le chaos partout comme moyen de détruire la résistance psychologique et l’homogénéité des peuples : c’est principalement le rôle dévolu au chaos migratoire en Europe. Mais aussi au chaos économique, conséquence de la dérégulation systématique, qui place les populations en insécurité économique et sociale croissantes. Ou au chaos moral qui sert à déstructurer les personnalités. Enfin la SCM ne répugne pas à la guerre comme moyen chaotique.

Le chaos sert ensuite de prétexte à l’instauration du contrôle : la SCM substitue à la souveraineté nationale, le contrôle de la population, qui correspond à l’instauration de la post-démocratie en Occident. La post-démocratie illustre le caractère totalitaire du gouvernement mondial que la SCM voudrait instaurer à son profit : un système où les peuples se voient retirer le pouvoir de changer de politique, où les juges supplantent les législateurs et dont l’Union Européenne constitue le laboratoire

9/ L’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite a été le principal vecteur de l’instauration du chaos au service de la SCM en Occident. Parce qu’elle a contribué à détruire toutes les régulations qui faisaient obstacle à l’instauration du règne de l’argent. Et parce qu’elle a contribué à diffuser un individualisme radical qui détruit tout ordre social et qui ouvre la voie à la marchandisation du monde et finalement de l’homme lui-même.
Mais la SCM pratique le double standard permanent : dans son comportement interne elle fait tout le contraire de la doxa libérale/libertaire qu’elle préconise pour le reste de la population : elle est hiérarchique, patriarcale et elle aspire au monopole, au pouvoir opaque et au contrôle, non pas à la liberté, à la transparence et à la concurrence

10/ La SCM a réussi à mettre l’Europe en servitude et à s’enrichir démesurément. Par contre elle va échouer au XXIème siècle à contrôler le monde. La SCM n’est donc pas omnipotente: en fait le monde est en passe d’échapper aux mondialistes, en particulier parce que le cœur nucléaire de la SCM -les pays anglo-saxons- est entré en déclin, et parce que le monde devient multipolaire. L’idéologie de la SCM peine à s’imposer partout et en Europe même, elle soulève une opposition croissante.
L’oligarchie en a bien conscience et il ne faut donc pas exclure que la SCM ait recours à la guerre mondiale pour tenter de garder son leadership coûte que coûte.
C’est aussi pourquoi les Européens doivent se libérer de la tutelle de la SCM, qui ne peut que conduire à leur destruction, et pour cela, s’ériger en pôle de puissance autonome.

Michel Geoffroy
21/08/2018

La Superclasse mondiale contre les peuples, Michel Geoffroy, Editions Via Romana, 475 pages, 24 €

Achat en ligne : https://www.polemia.com/la-boutique/

Crédit photo : Georges Soros par Niccolò Caranti [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

Ce qui se cache derrière le rapprochement militaire entre la Chine et l’Inde

Chinese President Xi Jinping (C) takes a group photo with Indian Prime Minister Narendra Modi (2nd L), Brazil's President Michel Temer (L), Russian President Vladimir Putin (2nd R) and South Africa's President Jacob Zuma at the West Lake State Guest House ahead of G20 Summit in Hangzhou, Zhejiang province, China, September 4, 2016

Ce qui se cache derrière le rapprochement militaire entre la Chine et l’Inde

© REUTERS / Wang Zhao
Lu dans la presse

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Traduction de la presse russe (août 2018) (51)
15511

L’Inde et la Chine rétablissent leur coopération dans le domaine militaire après le conflit de 72 jours dans l’Himalaya l’an dernier.

Le Premier ministre indien Narendra Modi s’est entretenu hier à New Delhi avec le ministre chinois de la Défense Wei Fenghe, en déplacement pour quatre jours en Inde, écrit jeudi le site de la chaîne RT.

Le chef du gouvernement indien a noté qu’à présent les deux pays régleraient leurs litiges «en les empêchant de dégénérer en conflit». Les experts pensent que la coopération entre Pékin et New Delhi dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et des Brics, ainsi que la ligne de la politique étrangère de Washington, qui cherche à faire pression sur l’Inde, ont contribué à ce rapprochement.Pendant l’entretien prévu ce 23 août entre les ministres de la Défense des deux pays, les deux interlocuteurs évoqueront les perspectives d’une patrouille conjointe sur le plateau de Doklam dans l’Himalaya, où un conflit de deux mois s’était déroulé l’an dernier entre les deux pays. C’est ce qu’a rapporté la revue India Today se référant à ses propres sources. De son côté, le quotidien chinois officiel du PCC Renmin Ribao note que la visite actuelle du ministre chinois de la Défense Wei Fenghe en Inde «témoigne du rétablissement des relations dans le domaine militaire».

Jeudi, selon les médias indiens, les ministres de la Défense de l’Inde et de la Chine évoqueront les perspectives de renforcement de la confiance, la mise en place d’une liaison permanente entre les militaires des deux pays et la reprise des exercices communs suspendus il y a un an.Selon Evgueni Gratchikov, expert du Centre d’études du socialisme mondial à l’Académie des sciences sociales de la Chine, Pékin fait un pas en direction de l’Inde et compte s’entendre avec New Delhi sur des questions concrètes concernant le règlement des incidents frontaliers.

«Ce sont des petits pas pour atteindre un grand objectif: faire en sorte que l’Inde n’adopte pas une position anti-chinoise active», souligne l’expert.

En septembre 2017, Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping avaient évoqué les problèmes des relations bilatérales pendant le sommet des Brics à Xiamen. Et les 27 et 28 avril 2018, les deux dirigeants s’étaient entretenus dans la ville chinoise de Wuhan. C’est alors qu’ils étaient convenus d’une coopération plus étroite pour régler les questions frontalières et «renforcer la communication stratégique».D’après l’expert militaire Alexandre Mikhaïlov, directeur du Bureau d’analyse militaro-politique, la pression de Washington sur Pékin, et notamment la guerre commerciale déclarée par le président américain Donald Trump, jouent également leur rôle dans le renforcement des liens entre la Chine et les États voisins, tout particulièrement la Russie et l’Inde.

«Toutes ces restrictions en matière de taxes poussent la Chine à se rapprocher de ses voisins, y compris la Russie. Nous voyons que la Chine se rapproche militairement de l’Inde. Un dialogue positif a lieu en ce moment, alors qu’il y a quelque temps ces deux pays étaient au bord du conflit», souligne l’expert.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

https://fr.sputniknews.com/presse/201808231037786904-chine-inde-rapprochement-militaire-dessous/

L’Iran réajuste sa stratégie en Syrie

L’Iran réajuste sa stratégie en Syrie

Alors que le gouvernement syrien contrôle désormais la plupart des régions déchirées par la guerre, le rôle de l’Iran, en tant que principal allié du président Bachar al-Assad, semble être en pleine mutation.

Le 1er août, l’envoyé spécial du président russe en Syrie, Alexandre Lavrentiev, a déclaré que les forces iraniennes et les groupes chiites qui leur sont alliés s’étaient retirés du sud-ouest de la Syrie, à 85 kilomètres des hauteurs du Golan occupées par Israël. « Les Iraniens se sont retirés et les formations chiites ne sont pas présentes », a déclaré M. Lavrentiev, soulignant que les armes lourdes qui étaient entre les mains de ces mêmes forces ont également été retirées à la même distance.

Cette décision est intervenue dans un contexte de fréquents appels de responsables israéliens pour un retrait iranien complet de Syrie, affirmant que la présence de l’Iran constituait une menace directe contre la sécurité et les intérêts d’Israël. En tant que tel, les remarques de Lavrentiev amènent à se demander si le récent développement indique également un retrait imminent de l’Iran d’autres parties de la Syrie, ou s’il s’agit seulement d’une tactique visant à réajuster la stratégie syrienne de l’Iran sur les fronts militaires et politiques.

En examinant la scène plus large des développements récents concernant la crise syrienne, il se pourrait que le retrait de l’Iran du sud de la Syrie ait été causé par deux ensembles de facteurs militaires et politiques. Tout d’abord, les nouvelles concernant le retrait de l’Iran du sud sont intervenues juste un jour après la conclusion de la campagne militaire réussie de six semaines de l’armée syrienne pour reprendre la région du sud-ouest bordant le plateau du Golan. Près de trois semaines plus tôt, le 12 juillet, l’armée avait réussi à reprendre Daraa, le principal bastion rebelle dans cette région, connue comme le « berceau de la révolte » contre Assad en 2011.

Dans la situation actuelle, les zones méridionales ne seraient plus une priorité pour l’armée syrienne et ses alliés sur le plan militaire, et les prochaines grandes opérations militaires en Syrie devraient inclure des zones dans le nord et parties orientales du pays qui sont encore sous le contrôle de groupes armés. Dans une récente interview, Lavrentiev a directement évoqué ce problème, affirmant que trois zones de la Syrie devaient encore être l’objet d’opérations d’envergure de l’armée syrienne. Il a déclaré : « Ces zones incluent Idlib [dans le nord-ouest], le camp d’al-Rakban dans la région d’al-Tanf [à l’est], ainsi que les zones sous contrôle kurde près de la frontière entre l’Irak et la Syrie ».

Les forces pro-iraniennes ont commencé à évacuer les zones méridionales du moment que leur mission s’est achevée et que leur présence n’était plus indispensable sur le terrain sur le plan militaire. Dans un cadre plus large, on pourrait dire que le retrait était même nécessaire pour que le gouvernement syrien consolide ses positions dans le sud. En d’autres termes, comme la présence de l’Iran et de ses forces alliées dans le sud de la Syrie a toujours été exploitée par les Israéliens comme prétexte pour des frappes aériennes contre différentes positions à l’intérieur de la Syrie, une présence iranienne impliquerait que les attaques israéliennes continueraient aussi, obligeant Assad à faire face à un casse-tête qui lui lierait les mains dans la planification de nouvelles initiatives sur le plan militaire ailleurs dans le pays.

Entre-temps, au plan politique, il semble qu’un important facteur qui a amené l’Iran à limiter la portée de sa présence militaire active en Syrie, soit l’évolution du rôle diplomatique de la Russie dans la crise syrienne.

D’une part, les Russes semblent déterminés à jouer un rôle de conciliateur entre les intérêts iraniens et israéliens en Syrie. Le 30 juillet, l’ambassadeur de Russie à Tel Aviv, Anatoly Viktorov, a dit tout de goque « la Russie ne peut pas contraindre les forces iraniennes à quitter la Syrie, pas plus qu’elle ne peut empêcher les frappes militaires israéliennes sur les forces iraniennes ». Cette remarque signifiait clairement que Moscou est incapable d’empêcher une confrontation ouverte entre l’Iran et Israël en Syrie, à moins que Téhéran et Tel-Aviv ne parviennent à s’entendre eux-mêmes sur leurs activités dans le pays. Limiter la portée des activités de l’Iran en échange de l’arrêt des frappes israéliennes semble être un terrain d’entente entre les deux parties permettant d’éviter une escalade dévastatrice.

D’autre part, après le sommet du 16 juillet qui a réuni les présidents de la Russie et des États-Unis à Helsinki, et au cours duquel une éventuelle coopération entre les deux parties en Syrie a été discutée, entre autres questions, Moscou a accru ses pressions diplomatiques sur Washington pour qu’il limite son rôle militaire dans le pays arabe. Le 3 août, le colonel Sergei Rudskoy, de l’état-major général des forces armées russes, a appelé les États-Unis à fermer leur base militaire d’al-Tanf, affirmant que la base était devenue un refuge pour les terroristes de l’État islamique (EI). Comme Washington a déclaré ouvertement que son principal objectif en Syrie est actuellement de contrer l’influence croissante de l’Iran, limiter la présence de l’Iran dans le pays pourrait être l’argument qui permettrait à la Russie d’obtenir que les Américains limitent leur propre présence. Comme la présence militaire américaine en Syrie est perçue par Téhéran et Moscou comme une menace pour leurs intérêts à long terme, il est difficile de croire que l’Iran hésite à fournir à la Russie un atout diplomatique supplémentaire pour faire face à ce défi commun.

Enfin, il semble que l’Iran lui-même soit en train de redéfinir son rôle en Syrie du fait que la fin de la guerre parait proche ; le moment est venu pour l’Iran de se concentrer sur la sauvegarde ses intérêts à travers des mesures politiques et diplomatiques. l’Iran est donc en train de changer de stratégie, en passant d’un rôle militaire actif à une participation plus importante dans les démarches diplomatiques concernant la Syrie. L’accueil du prochain sommet des partenaires d’Astana, qui doit se tenir à Téhéran en septembre, en est un signe. La participation active de l’Iran à la création du Comité constitutionnel syrien, chargé d’élaborer une nouvelle constitution pour le pays, est un autre signe de l’évolution de l’approche de l’Iran.

Dans l’ensemble, on peut dire que le retrait récent des forces iraniennes et pro-iraniennes du sud de la Syrie est davantage lié à l’actualisation de la stratégie de l’Iran en Syrie et à son adaptation aux nouveaux développements politiques et militaires, plutôt qu’à une décision de quitter la Syrie sous la pression russe ou israélienne.

Hamidreza Azizi est professeur adjoint d’études régionales à l’Université Shahid Beheshti et membre du conseil scientifique de l’Institut d’études sur l’Iran et l’Eurasie (IRAS) à Téhéran. Sur Twitter: @HamidRezaAz

 

Source: Chronique de Palestine

La légende raconte qu’un jour la vérité et le Mensonge se sont croisés.

La légende raconte qu’un jour la vérité et le Mensonge se sont croisés.

Publié par Brujitafr sur 19 Août 2018, 07:49am

Catégories : #ACTUALITES, #POESIES – CHANSONS, #ALTER, #AIR DU TEMPS

La légende raconte qu'un jour la vérité et le Mensonge se sont croisés.

La légende raconte

qu’un jour la vérité et le Mensonge

se sont croisés.

 
– Bonjour, a dit le Mensonge.
– Bonjour, a dit la Vérité.
– Belle journée, a continué le Mensonge.
Alors la Vérité est allée voir si c’était vrai. Ça l’était.
– Belle journée, a alors répondu la vérité.
– Le lac est encore plus beau, a dit le mensonge avec un joli sourire.
Alors la Vérité a regardé vers le lac et a vu que le mensonge disait la vérité et a hoché la tête.
Le Mensonge a couru vers l’eau et a lancé …
– L’eau est encore plus belle et tiède. Allons nager !

La vérité a touché l’eau avec ses doigts et elle était vraiment belle et tiède. Alors la Vérité a fait confiance au mensonge. Les deux ont enlevé leurs vêtements et ont nagé tranquillement.

Un peu plus tard, le mensonge est sorti, il s’est habillé avec les vêtements de la vérité et il est parti.

La vérité, incapable de porter les habits du mensonge a commencé à marcher sans vêtements et tout le monde s’est éloigné en la voyant nue. Attristée, abandonnée, la Vérité se réfugia au fond d’un puits. C’est ainsi que depuis lors les gens préfèrent accepter le Mensonge déguisé en vérité que la Vérité nue. »

La vérité sortant du puits – Jean-Léon Gérôme 1896

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Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
  • BUCHAN D.; Incidences stratégiques du commerce est-ouest; éd. Bosquet; coll. Hermès; Paris; 1985; 169 p.
  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

Quelqu’un peut-il allumer la lumière ?

http://lesakerfrancophone.fr/quelquun-peut-il-allumer-la-lumiere


Par James Howard Kunstler – Le 3 aout 2018 – Source kunstler.com

Golden Showers – Terrible centre de torture (Ouvert par D. Trump, le 11/11/2017)
Waterboarding avec une petite amélioration !!

Les Gardiens de la Galaxie à la radio publique nationale étaient à côté de leurs pompes mercredi soir en signalant que « les lumières clignotent au rouge pour une attaque électorale en 2018 par la Russie. » Eh bien, n’est-ce pas une un bon début ? En effet, la NPR (National Public Radio) prépare à l’avance ses auditeurs à rejeter et à contester les prochaines élections de mi-mandat s’ils ne sont pas satisfaits des résultats. Ainsi se poursuit l’auto-sabotage institutionnel des États-Unis, avec l’aide d’un média d’information devenu le laquai de l’État profond.

Qu’est-ce que je veux dire par État profond ? La bureaucratie permanente dévolue à Washington DC, et en particulier sa « communauté des services de renseignement » largement trop développée et redondante, a atteint une masse critique pour tracer son propre chemin au sein du gouvernement plus large, établissant ses propres règles de conduite, et ne suivant pas nécessairement les règles de droit. Et elle consacre une grande part de son budget et de son influence à défendre ses propres prérogatives plutôt que les intérêts de la nation.

La Russie attaque le système électoral de l’Amérique. Trump s’en fout
Les élections de mi-mandat approchent et le président doit sérieusement protéger le système électoral de la nation de cyber-attaque.

Personnellement, je doute que le président Poutine de Russie soit assez stupide pour permettre – et encore moins diriger – a ses services secret de se mêler des prochaines élections de mi-mandat, avec ce géant américain aspirant tous les électrons numériques sur la terre via la NSA, une mâchoire sans fond de secrets interceptés. M. Poutine a également dû observer que la communauté du renseignement américaine est capable de générer des hallucinations publiques de masse, au rythme des tambours de guerre, et est déterminé à ne rien laisser passer. C’est ma théorie sur ce que la Russie est en train de faire. Si vous en avez une meilleur, entendons-la?

Un autre incident curieux s’est produit sur CNN plus tôt cette semaine quand Max Boot, membre senior du Council of Foreign Relations (La salle de repos des professeurs de l’État profond), a affronté l’historien sur la Russie et universitaire à Princeton, Stephen F. Cohen, au show d’Anderson Cooper. « La Russie nous attaque en ce moment selon le propre directeur de la sécurité nationale de Trump (Daniel Coates) ! », a déclaré M. Boot.

« J’étudie la Russie depuis quarante-cinq ans », a répondu M. Cohen. « J’ai vécu en Russie et j’ai vécu ici. Si la Russie nous attaquait, nous le saurions. »

« Vous avez toujours été un apologiste de la Russie lors de ces 45 dernières années », a riposté M. Boot.

« Je ne fais pas de diffamation envers les gens ; Je fais une analyse sérieuse de la politique de sécurité nationale », a ajouté M. Cohen. « Quand des gens comme vous appellent des gens comme moi des ‘apologistes pour la Russie’ parce que nous ne sommes pas d’accord avec votre analyse, vous criminalisez la diplomatie et la détente et vous êtes une menace à la sécurité nationale. »

L’arbitre Anderson Cooper est intervenu : « Alors, Stephen, vous dites que la Russie n’attaquait pas les États-Unis ? »

« Oui, je ne pense pas qu’elle a attaqué les États-Unis », a déclaré Cohen.

« Vous excusez la Russie en ce moment même », insista M. Boot.

« Ce sont des choses de bas niveau qui se sont passées », a déclaré M. Cohen. « Ce n’est pas le 11 septembre. Ce n’est pas Pearl Harbor. Ce ne sont pas des parachutistes russes qui descendent sur Washington. Ce genre d’hyperbole, ‘une attaque contre l’Amérique’, suggère que nous devrions attaquer la Russie… Je pense que M. Boot aurait été heureux si Trump avait ‘waterbordé‘ Poutine au sommet et l’avait fait avouer… »

Remarquez à quel point M. Cooper était étonné d’entendre que la Russie n’attaquait pas les États-Unis. C’est inconcevable dans l’univers-bien-connu-de-CNN, si puissante est l’hallucination là-bas que même le refroidisseur d’eau bouillonne d’angoisse. Oh, et en passant, est-ce que certains de vos lecteurs savent en quoi les fonctions du directeur de la sécurité nationale (M. Coates) diffèrent du directeur de la CIA (Gina Haspel) ou du directeur de la NSA (Paul M. Nakasone ) ?

Dans le cas où vous seriez mystifié de savoir pourquoi une partie considérable du public est dégoûté par les médias d’information, c’est aussi simple que cela : ils semblent être un instrument de cette bureaucratie gouvernementale permanente, obéissant, défendant ses méfaits criminels, et couvrant sa malhonnêteté. Une preuve de cela est l’inattention manifeste des médias à la dépravation politique maintenant bien documentée dans un autre bras de la communauté du renseignement, je parle du FBI – une histoire de vilenie beaucoup plus convaincante que 13 trolls russes sur Facebook et le piratage allégué (encore non prouvé) de la DNC.

Donald Trump, c’est-à-dire le Golem d’or de la grandeur, peut être un président peu appétissant et embarrassant. Mais l’État profond est-il prêt à déclencher une guerre mondiale juste pour le pousser en dehors de la scène ? Ou brûler la Constitution ? Alors que CNN se tient prêt avec ses bidons d’essence ?

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/quelquun-peut-il-allumer-la-lumiere

Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ?

Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ?

Le président Trump s’est fait élire sur la promesse de renverser le capitalisme financier et de restaurer le capitalisme productif. Dans cette logique, il considère que les dommages de guerre dus à la Syrie ne doivent pas être payés par les États-Unis, mais par des sociétés transnationales. Cette révolution des relations internationales est-elle souhaitable et possible ?

| Damas (Syrie)

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Henry Kravis au Forum de Davos. Proche de John McCain, le fondateur de KKR est membre du Council of Foreign Relations et du Groupe de Bilderberg (dont sa femme est administratrice). Il emploie le général David Petraeus (ancien directeur de la CIA) avec qui il a organisé les transferts de fonds et d’armes à Daesh. Ami de longue date d’Emmanuel Macron, il a secrètement financé sa campagne électorale.

Ils étaient 114 États membres des « Amis de la Syrie » à financer sa destruction par les jihadistes. Mais, après leur échec, aucun ne veut payer quoi que ce soit pour sa reconstruction. Pourtant, ils n’ont pas eu de problème pour soutenir les États qui accueillent des réfugiés syriens ; étant entendu qu’il ne s’agissait pas là d’un geste humanitaire, mais d’un moyen de priver la Syrie de ses ressources humaines.

Surtout, tous espèrent s’enrichir en masquant leur crime et en obtenant des contrats de reconstruction.

Les 7 et 8 août, la Commission économique des Nations Unies pour l’Asie occidentale (ESCWA), réunie à Beyrouth, a estimé le coût minima de la reconstruction à 388 milliards de dollars [1]. Elle devrait rendre un rapport détaillé sur ce sujet en septembre. D’ores et déjà, consciente que ce qu’à vécu le pays n’a pas grand chose à voir avec une « guerre civile », mais avec une agression étrangère, elle a annoncé le titre de ce rapport : Syria, 7 years at war. C’est-à-dire La Syrie, 7 ans en guerre et non pas 7 ans de guerre.

À titre de comparaison, le Liban, dont la population est trois fois moindre, n’a pu obtenir que 11 milliards de dollars d’aide internationale lors de la conférence CEDRE, en avril dernier.

Les États-Unis, qui planifièrent la guerre dès 2004, ne veulent pas donner un sou. Selon l’administration Trump, cette guerre a été conçue par l’administration Bush Jr. et conduite par celle d’Obama. Or ces deux administrations ne servaient pas les intérêts du peuple états-unien, mais ceux d’une classe financière transnationale. Elles ont certes détruit la Syrie, mais aussi l’économie US. Ce ne serait donc pas à Washington de payer, mais à ces gens et aux sociétés transnationales directement impliquées dans la guerre.

Par exemple, le fonds de placement états-unien et rival du Carlyle Group, KKR d’Henry Kravis (valeur boursière 150 milliards de dollars). Il emploie le général David Petraeus et a fait transiter des fonds et des armes vers Al-Qaeda et Daesh [2]. Ou le constructeur automobile japonais Toyota (valeur boursière 170 milliards de dollars) qui a fourni l’ensemble des véhicules neufs de Daesh [3]. Ou encore le fabriquant de machines de construction Caterpillar qui a vendu aux jihadistes les tunneliers nécessaires à la construction de leurs réseaux souterrains (valeur boursière 76 milliards de dollars). Sans parler du cimentier franco-suisse Lafarge-Holcim qui a produit 6 millions de tonnes de ciment pour construire leurs bunkers (valeur boursière 40 milliards de dollars) [4], etc.

L’engagement de ces sociétés dans l’application du plan de l’amiral Arthur Cebrowski pour détruire les États et les sociétés du Moyen-Orient élargi s’explique probablement par la certitude qu’elles auraient accès aux ressources naturelles de la région sous la protection des armées occidentales.

Faire payer des multinationales n’exclut pas d’obtenir des réparations de certains États comme l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar ou la Turquie qui ont financé ou dont des ressortissants ont publiquement financé les jihadistes.

Si la République arabe syrienne parvient à réunir les preuves de leur rôle durant la guerre, elle sera en droit d’en demander la saisie devant les tribunaux du pays de leur siège social. En reprenant l’argumentaire du président Trump, elle pourra compter sur l’appui de la nouvelle administration US.

Il est donc possible, même sans parvenir à faire payer des États, de réunir les 388 milliards de dollars évoqués par l’ESCWA.

À la fin de toutes les guerres ayant donné lieu à réparation des sociétés nationales ont été saisies. La nouveauté serait cette fois de tirer les conclusions de la globalisation économique et de saisir des transnationales.

[1] « Qui paiera 388 milliards de dollars de dommages de guerre pour la Syrie ? », Réseau Voltaire, 8 août 2018.

[2] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[3] « Le département US du Trésor enquête sur les approvisionnements de Daesh », Réseau Voltaire, 8 octobre 2015.

[4] « Révélations : le jihad de Lafarge-Holcim », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 mars 2017.

http://www.voltairenet.org/article202406.html

L’Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2

’Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2

Nous avons abordé dans la partie précédente les causes profondes de la guerre civile sud-soudanaise (2013-en cours), ainsi que les éléments déclencheurs de l’embrasement. L’analyse a démontré que le conflit était avant tout motivé par une quête de pouvoir et de contrôle des zones pétrolifères, et non par d’irrémédiables tensions interethniques. A l’été 2015, l’accord d’Addis-Abeba mettait fin aux premières années de guerre. Or, quelques mois plus tard, les hostilités reprennent. Quelles en sont les raisons ? Que se déroule-t-il entre le déclenchement des nouveaux heurts et l’accord de partage du pouvoir conclu le 5 août 2018 ? Ce dernier est-il viable ? C’est ce que nous analyserons dans cette deuxième partie.

L’accord d’Addis-Abeba, un accord mort-né

L'illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2
Les dix Etats du Soudan du Sud [WikiMedia.org]

En décembre 2015, quelques mois après la signature de l’accord de paix d’Addis-Abeba, Salva Kiir change l’organisation administrative du pays. Auparavant divisé en 10 Etats, il décide de le séparer en 28, sans consultation préalable des populations. Cette décision a pour conséquence d’attribuer les principaux territoires pétrolifères à sa communauté, les Dinka. Bien que les tensions ethniques ne soient pas à l’origine même de la guerre civile[1], ce choix ne fait que renforcer les divisions intercommunautaires.

Suite à cette décision, des raids de l’armée ont lieu dans plusieurs territoires du sud et de l’est du pays. C’est notamment le cas dans les Etats de Greater Equatoria – qui regroupe Western, Central et Eastern Equatoria – et dans ceux d’Unity, Upper Nile et Jonglei[2]. Plusieurs groupes, qui s’étaient vus dépossédés de leurs terres, avaient en effet décidé de prendre les armes pour faire valoir leurs droits. L’accord d’Addis-Abeba aura été de courte durée : les affrontements, de moyenne intensité, se poursuivent jusqu’à l’été 2016.

Un anniversaire d’indépendance sanglant

Le 7 juillet, deux jours avant le cinquième anniversaire de l’indépendance du pays, la situation se dégrade : la capitale est le théâtre de nouvelles violences. Des partisans de Salva Kiir auraient bombardé des hommes de Machar. La situation s’embrase immédiatement : en quatre jours, les affrontements font 300 morts et 42 000 déplacés[3]. Sous la pression des Nations Unies, un cessez-le-feu est déclaré le 11 juillet, mais les combats ne cessent pas pour autant.

Riek Machar fuit alors le pays avec 600 hommes, pour se réfugier en République Démocratique du Congo (RDC). L’arrivée des combattants sud-soudanais en RDC, déjà en proie à des violences internes, est vue comme une menace sécuritaire supplémentaire. La mission de l’ONU au Congo (MONUSCO) prend alors la décision d’exfiltrer Riek Machar en Afrique du Sud. Le reste des troupes est désarmé, et rapatrié à la lisière de la frontière sud-soudanaise[4].

L’accord de partage du pouvoir du 5 août …

Durant deux ans, les combats se poursuivent, ponctués par des cessez-le-feu rapidement violés et une multiplication des factions armées. Riek Machar restera en résidence surveillée en Afrique du Sud jusqu’au printemps 2018. Le 20 juin, l’ancien vice-président et Salva Kiir se rencontrent à Addis-Abeba afin d’entamer des pourparlers de paix, pour la première fois depuis les violences qui mirent le feu à Juba à l’été 2016.

De gauche à droite: R. Machar, Museveni, el-Bechir et S. Kiir lors de la signature de l’Accord le 5 août [AFP]

Plusieurs réunions de négociations ont lieu entre les deux hommes durant le mois de juillet, pour déboucher sur la signature d’un accord de partage du pouvoir et un cessez-le-feu permanent le 5 août, à Khartoum. Salva Kiir garde son poste de président, et Riek Machar se voit attribuer le poste de premier vice-président, le temps d’une période transitoire de trois ans. Celle-ci doit déboucher sur des élections générales en 2021.

… signé sous la pression de puissances extérieures

Cependant, et c’est un point crucial, les deux rivaux ne sont pas à l’origine de cette initiative : c’est sous la menace de nouvelles sanctions des Nations unies, de la Commission de l’Union africaine et de l’IGAD que cet accord est ratifié[5]. Les médiations sont dirigées par les présidents kenyan, ougandais et éthiopien, ainsi que par le président soudanais Omar el-Bechir. Tous sont impliqués, directement ou non, dans cette guerre. Ce dernier a un intérêt précis dans la conclusion de cet accord puisque son économie, exsangue, repose en majorité sur la production du pétrole sud-soudanais[6]. L’accalmie chez son voisin du sud lui permettrait de régler en partie ses problèmes internes, qui persistent depuis 2011.

Les grandes puissances internationales, comme la Chine et les Etats-Unis, ont elles aussi des intérêts non négligeables à ce que l’accord soit respecté. La Chine est solidement implantée au Soudan du Sud depuis son indépendance, et a investi des milliards dans de nombreux secteurs[7]. Les Etats-Unis sont pour leur part les premiers donateurs d’aide humanitaire, et Donald Trump est lassé des innombrables cessez-le-feu et accords systématiquement avortés.

Un chèque en blanc …

L'Illusion de la paix au Soudan du Sud 2/2
Une famille de réfugiés sud-soudanais à Lamwo (Ouganda) le 5 avril 2017 [Reuters]

Quelques jours à peine avant sa signature, l’accord ne faisait pas consensus auprès des parties concernées. Certains groupes de l’opposition, notamment la South Sudan Opposition Alliance (SSOA) et les Former Detainees (FD), refusaient catégoriquement de le ratifier du fait de désaccords profonds concernant le partage du pouvoir[8]. Sous pression des médiateurs régionaux, et à la surprise générale, l’accord a finalement été signé par tous[9]. Que valent vraiment ces signatures lorsqu’elles sont apposées sous la contrainte ?

S’ajoutant à cela, le texte ne suscite que peu d’espoir pour les experts du conflit sud-soudanais. En effet, le pouvoir est de nouveau confié aux mêmes seigneurs de guerre, rongés par la soif de pouvoir et peu préoccupés par le sort de leur population[10]. Les forces loyales à S. Kiir et R. Machar ont toutes deux commis des actes qualifiés de crimes de guerre : pillages, disparitions forcées, tortures, viols, exécutions extrajudiciaires. Ainsi, il est fort probable que la population sud-soudanaise ne soutienne pas l’accord, et que de nouvelles contestations apparaissent.

… qui ne propose pas d’issue concrète au conflit

Enfin, et comme son nom l’indique, l’accord se concentre sur la répartition du pouvoir entre les parties en conflit. Au-delà du nombre pléthorique de vice-présidents -5- et de ministres -35- afin que chacun y trouve son compte, à aucun moment le texte n’évoque une quelconque résolution des causes profondes de la guerre. Le problème de répartition des richesses et de marginalisation politique et économique de la majorité de la population n’est aucunement traité. Ainsi, malgré les pressions internationales continues et les tentatives de médiations régionales, le conflit au Soudan du Sud ne sera pas résolu de sitôt.

La stabilité ne peut en effet être imposée de l’extérieur, sans réelle volonté politique des parties en conflit. Et quand bien même Salva Kiir et Riek Machar s’entendraient de manière concrète et durable quant au partage du pouvoir, la suite sera complexe. Nous avons en effet choisi, par soucis de clarté, de focaliser l’analyse sur les tensions entre le gouvernement et le SPLA/M, principal mouvement d’opposition. Or, d’innombrables groupes aux intérêts variés, armés ou non, alimentent et prolongent le conflit. Trouver un terrain d’entente commun se révèle pour le moins houleux pour les années à venir.

[1] Voir L’Illusion de la Paix au Soudan du Sud 1/2
[2] The Conversation, The failure of forced peace: South Sudan apprehensive future, 15/01/2017
[3] Tirkthankar Chanda, Guerre civile au Soudan du Sud : Chronologie d’une crise, RFI, 18/07/2016
[4] Joan Tilouine, Les soldats sud-soudanais et Riek Machar égarés dans l’Est du Congo-Kinshasa, Le Monde, 30/01/2017
[5] J. Hursh, Squandered opportunity? Despite New Agreement, South Sudan’s Civil War Continues, 09/07/2018
[6] Ahmed H. Adam, Why is Omar al-Bashir mediating South Sudan peace talks?, Al Jazeera, 05/07/2018
[7] Aru Kok, China chases Africa’s ressources, The Strategist, 06/08/2018
[8] R. Alfred Yoron Modi, Five Contentious Issues in the South Sudan Peace Process, Sudan Tribune,28/07/2018
[9] President Kiir, opposition groups sign South Sudan governance agreement, Sudan Tribune, 06/08/2018
[10] South Sudan Economy, Global Security, 01/03/2018

About Amélie METEL

Etudiante en master 2 coopération internationale à l’université Grenoble Alpes. Passionnée par la géopolitique, elle se spécialise dans l’analyse des conflits armés et la diplomatie

Dernières évolutions en Syrie, après la libération de la Ghouta, la reprise de Deraa et de la région du Golan

Dernières évolutions en Syrie, après la libération de la Ghouta, la reprise de Deraa et de la région du Golan

En février 2018, une poussée de fièvre s’était à nouveau emparée de nos médias avec des reportages et articles presqu’exclusivement en faveur des « rebelles » de la Ghouta. A chaque fois que l’étau se resserre sur les enclaves djihadistes, Etats-Unis, Royaume-Uni et France, relayés par la plupart des médias occidentaux, ont rendu l’Etat syrien responsable d’une nouvelle crise humanitaire. Après Alep, la Ghouta était devenue le lieu emblématique de la tromperieconsistant à faire des bras armés de l’Islamisme des « rebellesmodérés », alors même que ce sont des milices financées par l’islamisme combattant. Parmi cette mosaïque de factions, on trouve Jaïsh al-Islam, de loin la plus puissante, soutenue par l’Arabie Saoudite. On peut également mentionner Faylaq Al-Rahmane, proche du Qatar et des Frères musulmans qui financent entre autres le pseudo observatoire syrien des droits de l’Homme, Hayat Tahrir al-Cham, ex Front al-Nosra et émanation d’al-Qaïda.

C’est le général Souhail al-Hassan dit le Tigre qui s’est chargé de l’assaut terrestre sur la Ghouta orientale. Les groupes arméshostiles à l’armée syrienne avaient tout intérêt à maintenir la population en otage avec pression médiatique pour dénoncer la barbarie du « régime. Cela pouvait aller jusqu’aux montages vidéodiffusés dans le monde entier ou les reprises d’accusations de gazage alors qu’ils ont été eux-mêmes approvisionnés en gaz sarinvia la Turquie. Les différents groupes armés avaient en effet parfaitement intégré que pour contraindre les occidentaux à intervenir militairement, il leur fallait produire les preuves d’un franchissement de la fameuse « ligne rouge » par des attaques chimiques. Et à nouveau, dans un tohubohu médiatique identique à celui des derniers combats d’Alep présentée comme ville martyre, journaux, radios et télés avaient repris le cliché de la population assassinée. La pseudo ONG auto-proclamée observatoire syrien des droits de l’homme créé par les Frères musulmans, assisté des « casques blancs » créés par le service britannique du renseignement extérieur, n’ont cessé d’alimenter la désinformation générale.

Le 14 avril 2018 à la suite des fameuses « preuves » fabriquées par les casques blancs et l’OSDH, désignant le « régime » comme responsable d’attaques chimiques, USA, France et Grande Bretagne ont engagé une opération « punitive » sur la Syrie. Les démonstrations de force et les communiqués triomphants des états-majors, auront permis à Donald Trump de redorer son blason à 6 mois des élections de mi-mandat. Sur les 30 missiles ayant visé des cibles désignées comme « entrepôts chimiques », 23 avaientatteint leurs objectifs sans faire de victimes, car vidés de présence militaire. Ces installations désaffectées avaient été rebaptisées « dépôts chimiques » pour justifier les frappes occidentales. Le Major Général Jonathan Shaw, ancien chef des forces spéciales britanniques, dans un entretien à l’hebdomadaire The mail on Sunday, avait posé la question essentielle : « pourquoi la Syrie se donnerait-elle la peine de mener des attaques à l’armement chimique alors même qu’elle vient de remporter militairement la bataille de la Ghouta ? ». Aucune attaque chimique de l’armée n’avait été prouvée. Par contre, des preuves de mise en scèneavaient bien été apportées.

Le 23 juin a été lancée la reconquête de la partie Sud-Ouest de la Syrie, à environ 50 km de Damas, avec Deraa comme cible majeure et Quneitra sur le Golan. Il faut se souvenir que c’est de Deraa, proche de la Jordanie, que sont partis les soulèvements de mars 2011, orchestrés par la CIA, avec l’appui des pouvoirs occidentaux résolus à se débarrasser du président syrien. Le QG de cette opération avait été intégré au Centre des Opérations Militaires de la CIA basé à Amman, composé d’agents des USA, Grande Bretagne, France, Jordanie et Israël. Ce centre opérationnel était chargé du financement des salaires, des armements et du renseignement pour le compte de la nébuleuse des « rebelles modérés ». Les négociations récentes ont été difficiles avec les groupes armés de la mouvance al-Nosra en raison des injonctions américano-jordano-israéliennes de ne pas accepter de reddition ou de repli vers Idlib dans le Nord. Jusqu’au moment où ils ont dû admettre la défaite. C’est alors que les services secrets se sont activés pour exfiltrer grâce aux Israéliens ceux qu’ils qualifient de « défense civile syrienne » et qui ne sont autres que les casques blancs. Les USA et la Grande Bretagne qui ont instrumentalisé ces combattants sous couvert d’aide humanitaire ne voulaient pas prendre le risque de les voir capturés et passer aux aveux. C’est le 29 juillet que les combattants du Front al-Nosra ont remis leurs armes avant d’être escortés vers Idlib.

La voie est désormais ouverte pour la dernière et grande bataille d’Idlib qui est devenue le point de rassemblement de toutes les factions armées qui se sont rendues après les défaites successives. La Russie attend cette « mère des batailles » pour pouvoir passer aux étapes suivantes, la reconstruction du pays et le règlement politique de la crise syrienne. La Turquie, tout en cherchant à ménager la Russie, ne restera pas inactive dans la mesure où Idlib touche à sa frontière du Nord-Ouest et que la reconquête pourraprovoquer un afflux de dizaines de milliers de djihadistes. L’aviation russe n’hésitera pas à prendre la main avec desbombardements modèle Grozny au cas où les négociations aboutiraient à une impasse.

Reste enfin la question kurde dans le Nord de la Syrie. Le 28 juillet, les lignes semblent avoir bougé avec l’accord conclu entre le conseil démocratique syrien, constitué principalement de Kurdes et le gouvernement de Damas. Ces forces qui contrôlent près d’un quart du territoire jusqu’à Raqa et Der Ez-Zor dans le Nord-Est, bénéficiaient jusqu’à présent du soutien américain. La délégation qui pour la première fois depuis le début du conflit s’est rendue à Damas, a avancé la possibilité de confier le contrôle de l’Est de l’Euphrate au gouvernement syrien, précisément là où les Américains ont créé des bases militaires sans autorisation internationale.

Les victoires militaires de la Syrie et politique de la Russie, conduisent à reconsidérer la prospective géostratégique. Deux articles récents de Fabrice Balanche, chercheur à l’Université de Stanford et de l’historien Kamal Alam donnent le ton. Le premier s’intitule « la défaite de l’Occident ». Dans le second, on lit que« pour la première fois dans l’histoire moderne, une intervention militaire étrangère triomphe au Moyen-Orient ». Et Roland Lombardi, célèbre analyste chez JFC-conseil, conclut en affirmant que la Russie est devenue le maître du jeu. Que reste-t-il dès lors de la diplomatie française dans tout cela ? Il semblerait qu’après des années d’échecs, Paris envisagerait de reconsidérer sa politique. Une mission de « conseiller sur le Syrie » vient d’être confiée à François Sénémaud, ancien directeur du Renseignement, ambassadeur à Téhéran. Son expérience et sa vision globale du dossier Moyen-Orient pourrait contribuer à une révision générale de la « grille de lecture » du Quai d’Orsay et de l’Elysée. Pour l’instant, le président Macron paraît vouloir se rapprocher de Vladimir Poutine sans garantie d’être admis en interlocuteur sur la Syrie. Un communiqué conjoint vient d’être publié le 20 juillet. Il semblerait que l’Elysée ayant compris que la question syrienne est désormais entre les mains de la Russie, a jugé qu’une aide humanitaire conjointe pourrait assurer, le moment venu, un strapontin à la table des négociations sur l’avenir de la Syrie, dans ce pays si proche du nôtre, où depuis 7 ans, la France a perdu tout son crédit.

J. M. Schléret  

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur

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