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Les trois premières leçons de l’affaire Carlos Ghosn

Carlos Ghosn, le patron du groupe Nissan/Renault au mondial de l’auto de 2014.
PHOTO : ©Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
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Analyse

Les trois premières leçons de l’affaire Carlos Ghosn

Le 19 novembre 2018, on apprend que Carlos Ghosn, à la tête du plus grand constructeur automobile mondial, est retenu en garde à vue au Japon. Il est suspecté de fraude fiscale en ayant dissimulé la moitié de ses revenus durant plusieurs années, et d’avoir piqué dans la caisse ou, en langage plus policé, d’avoir utilisé « des biens de l’entreprise à des fins personnelles ». Concrètement, il aurait utilisé l’argent de l’entreprise pour acheter deux villas, une à Rio, au Brésil, l’autre à Beyrouth, au Liban.

Un lanceur d’alerte a informé la direction qui a discrètement mené une enquête interne révélant les pratiques douteuses de leur patron, arrêté à son arrivée à Tokyo.

En attendant d’en savoir plus sur cette affaire, on peut d’ores et déjà proposer trois leçons inspirées par cet acte de délinquance en col blanc.

Trois clichés

Le livre du sociologue Pierre Lascoumes et de la criminologie Clara Nagels, Sociologie des élites délinquantes, dont la seconde édition vient tout juste de sortir, met en garde dès l’introduction contre les trois clichés qui accompagnent généralement ce genre d’affaire.

Le premier rattache ce type de comportement à des « forbans des affaires », des outsiders, peu implantés dans le monde du business. Une explication qui ne fonctionne pas pour Carlos Ghosn qui dirige sa première usine à l’âge de 26 ans et n’a de cesse de grimper dans la hiérarchie des grandes entreprises, haut responsable chez Michelin, numéro 2 de Renault, numéro 1 de Nissan, grand patron de l’alliance des deux constructeurs. C’est un insider.

« Brebis galeuse » ou « tous pourris », évitons les clichés

Le deuxième cliché est un classique bien connu et renvoie au statut de brebis galeuse ou de pomme pourrie, bref à une exception. De Serge Dassault à Stéphane Richard en passant par Bernard Tapie ou Jean-Claude Mas, plusieurs dirigeants ont eu maille à partir avec la justice. Du travail fondateur de l’Américain Edwin Sutherland aux études les plus récentes résumées par Lascoumes et Nagels, on comprend que les comportements déviants des hauts responsables d’entreprise ne sont malheureusement pas une exception.

Face à ce constat, le dernier cliché est celui du « tous pourris ». Tous les patrons seraient des fraudeurs (ce n’est heureusement pas le cas). Et ces délinquants en col blanc seraient donc les révélateurs des valeurs amorales du capitalisme néolibéral contemporain. C’est oublier les John Law, Fouquet et autres grands « patrons », la liste est longue, de la monarchie, tout autant impliqués que les dirigeants contemporains sans vivre dans une économie libérale. Comme l’écrivait l’économiste libéral anglais John Stuart Mill dès 1848 dans ses Principes d’économie politique, « toutes les classes privilégiées et puissantes ont utilisé leur pouvoir au profit de leur égoïsme ». C’est toujours vrai mais cela fait longtemps que ça l’est.

Les 5 techniques de neutralisation de la faute

Confrontés à leurs comportements délictueux, les grands patrons et cadres dirigeants ont tous recours au même type d’argumentation pour se défendre. En attendant de connaître les résultats de l’enquête sur celle de Carlos Ghosn, on peut s’appuyer sur la présentation qu’en font Lascoumes et Nagels

Première technique : « j’ai été obligé, j’ai reçu l’ordre ». Carlos Ghosn ne pourra pas recourir à cet argument. Hiroto Saikawa, le dirigeant japonais de Nissan qui a révélé l’affaire, affirme ainsi que « trop de pouvoir a été donné à une personne en termes de gouvernance ».

Un autre argument largement utilisé consiste à souligner que « tout le monde le fait »

Un autre défense largement utilisée consiste à souligner que « tout le monde le fait ». Que ce comportement délictueux correspond à une pratique traditionnelle du milieu d’affaire concerné. On en a retrouvé un écho dans la chronique économique de Dominique Seux sur France Inter le 20 novembre indiquant « ce qu’on reproche à Ghosn est courant au Japon ». Deux autres raisons sont avancées pour minimiser la faute : ce n’est pas si grave, ce n’est pas un meurtre ou un hold up ; il n’y a pas vraiment de victimes. Les conséquences pour les entreprises concernées, pour leurs salariés, pour le manque de recettes fiscales des Etats ne sont pas prises en compte.

Enfin, le dernier point consiste à dire que les lois sont mal faites et les réglementations tatillonnes, appelant toute personne censée à les contourner. Là encore, l’argument ne tiendra pas pour Carlos Ghosn. Il bénéficiait d’une rémunération hors normes, de 12 à 15 millions d’euros par an, bien au-delà des pratiques japonaises pour la partie Nissan et sans contrainte pour la partie Renault, le conseil d’administration ayant même validé son augmentation de revenu après un vote défavorable des actionnaires.

La sécession des élites

Le comportement d’un dirigeant ultra fortuné pour qui les lois s’appliquent aux autres semble malheureusement refléter une forme de rejet du peuple par certaines élites économiques.

« Je le vois, vous demandez moins à être distingués par vos concitoyens, que vous ne cherchez à être distingués de vos concitoyens » Sièyes, 1788

Dans son Discours sur l’économie politique, publié en 1755 dans l’Encyclopédie, Jean-Jacques Rousseau prévenait déjà : « le plus grand mal est déjà fait quand on a des pauvres à défendre et des riches à contenir ». Mais plus personne n’est là pour contenir les riches. La droite s’en moque, y compris la droite macronienne, qui les encourage à s’enrichir. La gauche a abandonné le combat : c’est désormais ringard et passéiste que de vouloir s’attaquer au sujet. Quant aux patrons du CAC40, payés en moyenne plusieurs siècles de SMIC, ils vivent dans un autre monde. Dans la ferveur révolutionnaire montante de 1788, l’abbé Sièyes dénonçait dans son Essai sur les privilèges cette volonté de rupture des élites : « je le vois, vous demandez moins à être distingués par vos concitoyens, que vous ne cherchez à être distingués de vos concitoyens ».

Nos sociétés finissent par subir les coûts de cet abandon. Comment ne pas y voir l’une des motivations des Gilets jaunes, au-delà de l’écologie ? Tous ceux qui se sentent socialement rejetés ou incapables de franchir les obstacles d’une progression sociale finissent par se rebeller. Leur révolte passe aujourd’hui par des mouvements type Nuit debout ou Gilets jaunes ou bien par le rejet de tout ce qui est étranger – l’immigré, l’Europe, la mondialisation – et de ceux tenus pour responsables de leur situation, dans le désordre, le riche, Bruxelles, le patron, la Chine, l’énarque, l’homme politique, etc. Et par le vote extrême : hier, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Demain en France ?

https://www.alternatives-economiques.fr//trois-premieres-lecons-de-laffaire-carlos-ghosn/00087014?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne%2F20112018

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Impuissance de Washington face aux défis que la Chine lui pose en Amérique centrale

Impuissance de Washington face aux défis que la Chine lui pose en Amérique centrale


Par Andrew Korybko – Le 27 octobre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoMike Pompeo, secrétaire d’État des USA, était en déplacement en Amérique Centrale en fin de semaine dernière, d’où il a critiqué l’influence croissante de la Chine en s’interrogeant sur les intentions derrières les activités d’investissements du pays. Les médias chinois lui ont répondu cette semaine sur le ton de la colère, mettant les USA au pilori pour leurs tentatives de « semer l’opprobre » dans les relations entre l’empire du milieu et l’Amérique latine.

Carlos Castaneda, ministre des affaires étrangères du Salvador, serre la main de Wang Yi, son homologue chinois, à Pékin, le 21 août 2018.

Washington s’inquiète du glissement progressif en cours de l’Amérique centrale hors de son contrôle hégémonique, après que le petit État du Salvador a rompu ses liens avec Taïwan au mois d’août 2018, et reconnu Pékin comme gouvernement légitime de Chine, en échange d’un soutien économique, dont certains craignent qu’il ne déclenche une réaction en chaîne dans cette partie du monde où l’État auto-proclamé compte un certain nombre de soutiens – dont le total est en déclin.

Du point de vue des USA, l’influence économique chinoise qui monte présente des conséquences politiques claires, qui pourraient un jour se manifester dans ces pays qui se détournent peu à peu de Washington, comme le révèle la position de quelques-uns d’entre eux sur Taïwan. Les USA pourraient perdre leur contrôle unipolaire sur la zone, que jusqu’alors ils ont considéré avec condescendance comme leur « arrière-cour ». On a vu jusqu’à Juan Orlando Hernandez, président du Honduras, souligner ce qu’il considère comme l’« occasion » que le rôle diplomatique chinois en croissance dans la région pouvait représenter, malgré le fait qu’il ait lui-même pu rester au pouvoir jusqu’à présent lors d’élections contestées mais reconnues par les USA, ce qui avait ouvert des polémiques.

Et c’est bien une nouvelle opportunité qui vient de s’ouvrir : suite aux menaces de Trump de suspendre les aides que son gouvernement verse aux trois pays du « Triangle du Nord » que constituent le Honduras, le Guatemala et le Salvador dans le cadre de la dénommée « Alliance pour la prospérité », sur fond du fait que ces pays n’avaient pas empêché des milliers de leurs ressortissants de prendre part à la dernière crise de la Caravane, la voie est royalement ouverte à la Chine d’intervenir économiquement et de soutenir ces pays à la condition que les deux autres suivent la voie ouverte par San Salvador dans la reconnaissance de Pékin à la place de Taipei. Ce basculement potentiel offrirait à la Chine un levier de contrôle indirect sur la sécurité aux frontières américaines, rendant la Chine responsable de la stabilité de ces pays en remplaçant le pourvoyeur d’aides américain.

Il est déjà reconnu que pour nombre de ces migrants, les raisons de l’exil relèvent de poussées au départ puissantes, telles qu’une mauvaise gestion systématique, la corruption, les drogues, le chômage, et les gangs violents, sujets que l’« Alliance pour la prospérité » américaine devait au départ traiter. Il se pourrait bien que ce soit en fin de compte la Chine qui adresse ces problèmes, si Trump se retire de ces programmes comme il semble être sur la voie de le faire, et si Pékin s’avance pour prendre sa place. Tout aussi perturbateur pour les USA que ce scénario, la possibilité que ces événements aient comme répercussion une augmentation de l’influence chinoise au Mexique, après l’investiture d’AMLO, président de gauche qui prendre ses fonctions début décembre 2018… Cela constituerait un défi sans précédent pour la dominance politique des USA sur l’ensemble de l’hémisphère occidental.

La spirale sans fin dans laquelle les USA se retrouvent réside en ceci : s’ils voulaient répondre par leurs leviers de guerre hybride à cette situation, cela ne ferait qu’aggraver les crises de migrants ; il est impossible de prédire ce que l’Amérique pourrait faire pour maintenir son hégémonie sur la région.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 26 octobre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

Le train fou de la politique étrangère étasunienne

Le train fou de la politique étrangère étasunienne


Par Martin Sieff – Le 22 octobre 2018 – Source Strategic Culture

Death Is in Charge of the Clattering Train of US Security Policy

L’État profond américain veut-il vraiment provoquer une guerre mondiale thermonucléaire contre la Russie, la Chine et l’Iran, les trois en même temps ? L’imprudence et la confusion de ces politiques américaines qui provoquent des crises majeures de part et d’autre le suggèrent certainement. Pourtant, la vérité est peut-être encore plus terrifiante.

Les dangers qu’entraîneraient un conflit mondial et une guerre nucléaire doivent littéralement être considérés comme insensés et suicidaires. Pourtant, les politiques prônées par les Démocrates et les Républicains des deux chambres du Congrès, les médias américains, hystériques et délirants, et même les hauts responsables de la Défense et de la Sécurité nationale, que Trump a lui-même nommés, semblent ne mener à aucune autre conclusion.

Le 4 septembre, M. Trump, qui a remporté sa victoire électorale choc il y a deux ans en faisant campagne sur une politique d’apaisement envers les affrontements et les conflits inutiles dans le monde, menaçait de lancer une invasion militaire à grande échelle de la Syrie même si cela signifiait aussi des affrontements avec les forces russes et iraniennes.

Deuxièmement, le même jour, le Pentagone donnait deux navires de guerre russes au gouvernement chaotique et férocement anti-russe de l’Ukraine pour une utilisation potentielle contre la Russie.

Troisièmement, dès le lendemain, le 5 septembre, le ministre américain de l’Intérieur, Ryan Zinke, suggérait qu’un blocus militaire contre la Russie pouvait être une option sérieuse pour arrêter les exportations de pétrole et de gaz naturel, en plein essor, de Moscou vers l’Europe occidentale.

Quatrièmement, le 2 octobre, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Kay Bailey Hutchison, ancienne sénatrice américaine, a menacé de lancer une frappe nucléaire préventive contre les missiles russes déployés en Russie même.

Si le prétendu nouveau système russe devenait opérationnel, a déclaré Hutchison à la presse, « à ce moment-là, nous envisagerions la possibilité de supprimer un missile qui pourrait frapper n’importe lequel de nos [alliés européens]. Les contre-mesures consisteraient à supprimer les missiles que la Russie met au point en violation de la loi ».

Hutchison a ensuite tenté de faire marche arrière, mais le terme « supprimer » qu’elle a utilisé pour décrire une éventuelle action unilatérale américaine contre les missiles présumés ne peut être interprété de manière plausible que comme une menace d’action militaire directe.

Cinquièmement, en novembre, de nouvelles sanctions cinglantes visant à paralyser la capacité de la Russie à effectuer des transactions financières dans le monde entier entreront en vigueur. Elles ont déjà été adoptées à la quasi-unanimité par les deux chambres du Congrès, avec une majorité empêchant tout veto et le soutien féroce des médias grand public.

Jugées isolément, ces mesures – vivement encouragées et soutenues par le gouvernement de Theresa May au Royaume-Uni – constituent déjà une irresponsabilité criminelle pour la survie du monde entier.

Mais il y a plus encore : sixièmement, non contents d’être obsédés par la provocation d’une guerre thermonucléaire à grande échelle contre la Russie, un pays dont les dirigeants et le peuple ont prouvé à maintes reprises qu’ils détestent une telle perspective, les États-Unis provoquent simultanément un conflit à grande échelle avec la Chine – son principal débiteur et principal partenaire commercial – et avec l’Iran.

Des responsables militaires américains ont déclaré à CNN que la marine américaine voulait envoyer des navires de guerre et des avions traverser la mer de Chine méridionale en novembre pour envoyer un message à Pékin. On peut se demander quel genre de message ils ont en tête.

Et le 4 octobre, le vice-président Mike Pence a lancé un avertissement brutal à la Chine, l’avertissant que les États-Unis ne reculeraient pas devant ce qu’ils considèrent comme des menaces et des tentatives d’intimidation chinoises.

Pour ajouter au chaos, M. Trump s’engage maintenant dans un véritable conflit diplomatique avec l’Arabie saoudite à la suite du meurtre bizarre et obscène de Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d’Istanbul, un personnage qui, ironiquement, a joué un rôle de premier plan dans les politiques révolutionnaires et perturbatrices des États-Unis qui ont apporté chaos et misère aux peuples du Moyen-Orient durant ce siècle.

Trump et son gendre irresponsable, Jared Kushner, n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour avoir donné carte blanche au prince héritier Mohammed Bin Salman (MBS). Mais déjà, les Saoudiens menacent de faire grimper les prix mondiaux du pétrole à 200 $, voire 400 $ le baril, si le gouvernement et le Congrès américains sont eux-mêmes assez imprudents pour les condamner ou les sanctionner en réponse au meurtre de Khashoggi.

De telles menaces, si elles se concrétisaient, provoqueraient certainement une crise économique mondiale. Mais la première victime serait inévitablement le gouvernement de l’Arabie saoudite, qui est déjà dangereusement vulnérable sur le plan financier, précisément en raison des politiques économiques désastreuses de MBS.

La seule explication rationnelle à cette combinaison d’actions et de politiques agressives et chaotiques de confrontation dans toutes les directions est que les décideurs de Washington sont déterminés à détruire leur propre pays et le monde avec eux. Mais la vraie explication est encore plus terrifiante : ils ne réalisent tout simplement pas ce qu’ils font.

Avant la Seconde Guerre mondiale, le politicien britannique Winston Churchill a appelé à une alliance militaire à grande échelle avec l’Union soviétique comme seul moyen réaliste de prévenir la catastrophe d’une nouvelle guerre mondiale et la conquête de l’Europe par l’Allemagne nazie.

Au lieu de cela, Churchill a vu une direction nationale britannique stupide, ignorante et irresponsable permettre à l’Europe de sombrer dans le chaos et la destruction.

Pour expliquer le destin qui l’attendait si clairement, Churchill a cité au Parlement un poème datant de 1890, écrit par le rédacteur en chef irlandais, Edwin James Milliken, au sujet d’une terrible catastrophe ferroviaire.

« Le rythme est rapide, et les points sont proches,
Le sommeil a endormi l’oreille du conducteur ;
Et les signaux clignotent dans la nuit en vain.
La mort s’occupe du train qui vrombit ! »

Le même jugement devrait être porté aujourd’hui sur l’élaboration de la politique américaine. À la Maison Blanche, au ministère de la Défense, au département d’État, dans les deux chambres du Congrès et dans les grandes institutions des médias américains, c’est la même histoire. Aucune personne saine d’esprit et responsable n’est en contrôle.

La mort s’occupe du train qui vrombit.

Martin Sieff

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Une histoire belge : le choix des Belges

Une histoire belge : le choix des Belges

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Une histoire belge : le choix des Belges

28 octobre 2018 – La pensée même de cet article m’épuise absolument, et je ne m’y mets, je vous l’avoue, qu’après avoir tant repoussé l’instant de m’y mettre : parler du JSF (F-35), de la Belgique, du choix que ce pays vient de nous annoncer (le F-35), du mécontentement discret mais un peu goguenard des Français, du “Je regrette” de Macron, – tant de médiocre bassesse repousse ma plume qui se refuse à se tremper d’une encre si médiocre. Je chancelle sous le poids de leur surhumaine sottise, avec presque de l’admiration dans mon exaspération : “Comment peut-on l’être autant, si longtemps, si complètement, si décidément, si joyeusement, si content-de-soi ?”

Car enfin, comment, aujourd’hui, avec tout ce que l’on sait hors des virements et donations mensuelles de Lockheed Martin, oui comment peut-on choisir cet incroyable fer à repasser et badigeonner sur son fuselage “avion de combat”, cela pour avertir les Russes qu’il s’agit bien d’un combat aérien qui s’engage ? Comment peut-on croire les Américains sur leurs promesses alors qu’ils se conduisent partout en pirates, faussaires, faux-frères, traîtres et parjures, scandaleux escrocs empilant leur montagne de faux talbins (*) ? Le plus fort, non le plus éclatant et le plus évident, c’est que les Belges ne sont pas de “mauvais Européens”, comme les Français le laissent entendre parce que ce qu’ils ont fait, qui est de faire leur petite commission face aux Yankees de façon à ce que se poursuive le tango transatlantique, eh bien il n’y a vraiment rien de plus “bon Européen” selon l’esprit de Notre-Europe. Tous leurs matamores de l’UE ne font pas autrement, et quant au Macron…

Ces gens sont totalement fermés, aveugles, absolument insensibles à la sagesse de l’expérience et à la mesure du bon sens, zombies postmodernes ouverts à toutes les modes subrepticement sataniques qui dissimulent l’hystérie derrière la gouvernance. Il en faut diablement pour acheter ce fer à repasser yankee qui ne fait “vroum-vroum” en lâchant un peu de vapeur que si les Yanks l’autorisent, alors que ces mêmes Yanks, sous la direction éclairée du président Trump, sont en train de fracasser le traité FNI qui va transformer l’Europe en champ de foire nucléaire, – et que les Européens, voyez-vous, s’en aperçoivent sans que cela ne produise autre chose que des cris d’orfraie. (**) Ce qui me terrorise, je l’avoue, c’est ce déversement, cet amoncellement, cette montagne océanique de sottise, tous ces ministres qui semblent croire que la sottise est un art et que l’art ça se respecte par simple génuflexion de bassesse.

Voilà pour les Belges… Quant aux Français !

Cela me ramène en 1986-1989,  – oui, il y a trente ans et plus dans ce monde qui va si vite ! – selon l’histoire de la première campagne du Rafale en Belgique dont j’ai déjà très-abondamment et diversement parlé pour en avoir été un commentateur presque-acteur (allez voir le 10 octobre 2009 et le 24 octobre 2014). A cette époque, les Belges étaient déjà des Belges mais ils gardaient le goût des frites nationales-souveraines et savaient deviner à la fois la bonne affaire et l’affaire qui peut vous tricoter une vertu en vous rapportant gros ; et puis, un peu moins à la lèche devant les Yankees, je me rappelle même en avoir rencontré certains qui cultivaient un petit coin d’audace gaullienne pour une Europe indépendante. C’est pour cette raison qu’à cette époque, le Rafale était sans concurrent, et parti pour une coopération et des commandes européennes (belge dans tous les cas) si l’on s’y prenait avec une certaine habileté dans les méandres des influences brusselaire.

Les Français, autant le gouvernement que Dassault, furent incroyablement mauvais, à la fois arrogants et naïfs, bousculant tout et n’y comprenant rien. Ils se coulèrent eux-mêmes par le fond dans un grand bruit d’autosatisfaction parisienne. Croyez-vous que cela leur ait servi de leçon ? Aux temps actuels de Macron avec Sarko-Hollande en toile de fond, on a suffisamment à faire pour s’affirmer à soi-même qu’on est excellents et excellemment européens, décrivant avec des clins d’yeux entendus les mirifiques marchés des États minuscules et pétroliers. Le goût des mirages pétroliers fait qu’il est plus glorieux de se prendre une veste aux Émirats qu’à Bruxelles, et puis finalement on enfile les deux.

Par des remarques et confidences de vieux amis du temps passé encore dans le circuit (je m’en suis extrait, leur quincaillerie me paraissant de plus en plus rouillée pour mon propos général), j’ai suivi de loin en loin la “campagne” française à Bruxelles pour ce marché, qui semblait ne pouvoir être que victorieuse ; mais je rectifie aussitôt : “qui semblait ne pouvoir être que victorieuse” certes, s’il y avait eu campagne… Il y a quelques mois, un ami bruxellois bien au courant de ces choses m’interrogeait encore, incrédule devant l’absence d’activité de mes compatriotes (!) dans le grand champ de la communication où tout se décide : “Mais qu’est-ce qu’attentent les Français ? Le terrain leur est complètement favorable”. Je lui répondis, d’instinct dirais-je, car je ne sais plus que penser des Français, alors et bien plus encore aujourd’hui au crépuscule des sombres temps présents : “C’est un remake de 1986-1989, en pire”…

J’en ai eu des échos, ces dix-huit derniers mois, de confidence comme quoi, “Ça y est, Dassault va lancer sa campagne d’influence, de relations publiques, d’actions dans la presse, d’interventions auprès de personnalités qui sont contre le JSF” (Il y en a beaucoup, énormément, il suffit d’entendre les protestations de l’opposition au Parlement, après l’intervention du Premier ministre, le nommé Charles Michel, annonçant son choix sans y rien comprendre.) Quant aux autorités françaises du temps de Macron, c’est “Paris et le désert français” qui aurait atteint lui-même (Paris) la désertification complète, – sans doute la crise climatique… Ainsi ont-ils laissé passer les occasions, assurés de leur “excellence”, de leur influence, de leur irrésistible suffisance. Pendant ce temps, la machinerie Lockheed-Martin tournait à plein régime, semant ses graines de corruption et de mésinformation-satisfaction répandant la narrative de la miraculeuse transmutation du JSF en F-35. Les Flamands ont joué leur rôle habituel de porteurs d’eau, cette fois sous les couleurs de la N-VA, ces flamboyants et sulfureux nationalistes-souverainistes qui, comme leurs homologues polonais incapables d’imaginer autre chose que Charybde et Scylla, croient qu’on défend les grands principes souverains en s’appuyant sur les Yankees contre les entreprises des pouvoirs européens.

C’est une bien triste histoire, dix fois, cent fois recommencée dans ces sombres temps présents… La seule idée qui me réconforte, c’est qu’en faisant ce qu’ils ont fait, tous, absolument tous, ils ont contribué à encore aggraver et accélérer la Grande Crise d’Effondrement du Système.

 

Notes

(*) “Billets de banque” en novlangue-Audiard, cf. Le cave se rebiffe.

(**) Des diplomates de l’UE, dotés d’une grande vision de l’avenir, ont confié à Pépé Escobar que « la décision des États-Unis [de quitter le traité FNI]  a été un “choc” et “la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour l’UE, car elle met en péril notre existence même et nous soumet à la destruction nucléaire par des missiles à courte portée”, qui ne pourraient jamais atteindre les États-Unis. »

http://www.dedefensa.org/article/une-histoire-belge-le-choix-des-belges

Toutankhassad

Toutankhassad

Publié le 22 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

Si la malédiction de Toutankhamon était plutôt une invention des tabloïds de l’époque, celle d’Assad semble être bien plus réelle. On ne compte plus les thuriféraires de l’empire ou ses affidés qui, ayant hurlé haut et fort leur ritournelle « Assad doit partir« , sont partis finalement bien avant : Barack à frites, Flamby, l’Hillarante, Cameron pas Diaz…

Certains sont même partis rejoindre leurs amis djihadistes et leurs 72 vierges…

Parmi les fanatiques du départ de Bachar, il est un personnage dont on parle beaucoup ces derniers temps, un certain Jamal Khashoggi, assassiné par les services saoudiens au consultat d’Istanbul.

Sans vouloir tomber dans l’humour le plus noir, force est de constater qu’il a été démembré avant que ne le soit la Syrie… Quant à sa position sur le Yémen, s’il avait mis de l’eau dans son vin ces derniers temps, réclamant d’ailleurs une intervention américaine plutôt que saoudienne ou iranienne, son obsession contre les Houthis rappelle son ancien soutien à la sale guerre de Riyad.

En passant, beaucoup ont beau jeu de moquer l’hypocrisie des dirigeants occidentaux, scandalisés après l’assassinat d’un journaliste alors qu’ils sont restés bien silencieux durant des années sur le massacre de dizaines de milliers de Yéménites par l’Arabie saoudite…

Notre propos n’est pas ici d’évoquer les tortures assez insoutenables et finalement le meurtre de Khashoggi par les sbires du régime wahhabite, mais d’en analyser les conséquences internationales.

Première semi-surprise : la réaction très virulente de la Turquie. D’entrée, le sultan a pointé un doigt accusateur vers les Saoudiens et la presse d’Ankara, porte-voix officiel, ne cesse depuis de publier de nouvelles révélations sur la tuerie, basées sur les « fuites » complaisantes des services turcs.

En décodé, cela semble signifier que la crise entre l’Arabie saoudite et le Qatar n’est pas prête de s’arranger. On se rappelle en effet que la rupture au sein du Conseil de Coopération du Golfe, entre Riyad et Doha l’année dernière, avait vu la Turquie prendre le parti du Qatar :

Alors que des pays – de moins en moins nombreux d’ailleurs – se joignent au coup de sang de Riyad, Doha a reçu un clair soutien de la Turquie, après quelques jours d’atermoiements faut-il préciser. Le parlement d’Ankara a ratifié hier en urgence la signature d’accords militaires avec l’émirat gazier, dont celui consistant à y déployer des troupes. La nouvelle a été reçue comme il se doit au Qatar alors que le Seoud a dû grincer des dents…

Mouvement intelligent du sultan qui se remet au centre du jeu après en avoir été si souvent exclu en Syrie. Décrédibilisé par ses incessants retournements de veste passés (la toupie ottomane), il montre pour une fois qu’on peut compter sur lui, ce qui n’échappera pas aux acteurs de la région.

Le 15 août de cette année, l’émir du Qatar a promis 15 Mds d’investissements dans le secteur bancaire turc, malmené par l’effondrement de la lire. Deux mois plus tard, Ankara retourne la faveur. Nul doute que les accusations contre les Sqoudiens ont dû être douces aux oreilles qataries…

Autre réaction intéressante, celle de l’empire. Première possibilité, la plus sûre : Washington met la pression sur Riyad afin que les grassouillets chekhs signent le pharaonique contrat d’armement de 110 Mds de dollars. C’est sans doute la position du Donald, bon représentant de commerce. On peut également imaginer sans peine que le sourcil froncé de l’oncle Sam pousse les Saoudiens à faire plus dans la guerre qui ne dit pas son nom contre l’Iran. On ne peut pourtant pas accuser le Seoud de laisser sa part au chien dans le grand délire iranophobe qui a pris l’empire.

Toutefois, un point est plus étonnant : la réaction de la MSN impériale, très dure envers le régime wahhabite. Ca, c’est totalement nouveau. Serait-ce à dire qu’il y a encore quelque chose derrière ? Si l’hypothèse se révèle juste, le fidèle lecteur de nos Chroniques aura peut-être été prévenu il y a un an jour pour jour :

En 2015 – sous le titre Pétrodollar : le début de la fin ? – nous écrivions un billet prémonitoire qui n’a pas pris une ride :

A Washington, on doit beaucoup écouter les Doors en ce moment : This is the end, my only friend, the end… Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé, mais ce n’est pas vraiment un futur radieux qui se profile à l’horizon pour l’empire 2.0.

Le système financier issu de la Seconde guerre mondiale – notamment les prêts en dollars du FMI ou de la Banque mondiale – assurait l’hégémonie de la monnaie américaine, permettant aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens en faisant financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollars pour commercer. Ce « privilège exorbitant » (dixit Giscard) fut encore renforcé en 1973 lorsque Nixon se mit d’accord avec les Saoudiens pour que ceux-ci vendent leur pétrole uniquement en billets verts, créant de facto le pétrodollar. L’OPEP suivra deux ans après. Pour les Etats-Unis, des décennies d’argent facile et de guerres financées par des pays tiers…

Jusqu’à ce que ces pays tiers disent stop. Certains d’entre eux du moins. La fronde a commencé vers la fin des années 2000. En Amérique latine, Argentine et Brésil décident de commercer dans leurs monnaies respectives, puis c’est au tour de la Chine et du Brésil, tandis que les pays émergents se rebellent au sein même des instances du FMI et de la Banque mondiale. Curieusement, Poutine était d’abord en retrait dans ce mouvement jusqu’à ce que la nouvelle Guerre froide subséquente à la crise ukrainienne fasse de lui le chevalier blanc de la dé-dollarisation de la planète. C’est, depuis 2014, une avalanche de défections auxquelles fait face le billet vert, contrairement à la fable médiatique hollywoodienne qui voudrait nous faire croire à une « communauté internationale » réunie autour de l’Occident. Russie, Chine, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Turquie, Uruguay, Iran, Equateur, Egypte, Venezuela, Vietnam, Paraguay, Kazakhstan… tous ces pays ont renoncé au dollar ou sont en voie de le faire dans leurs échanges commerciaux bilatéraux au profit de leur monnaie ou de l’or. Pire ! les propres alliés de Washington (Canada, Corée du sud, Qatar) quittent le navire et s’en vont sifflotant passer des accords SWAP (échanges de devises) avec la Chine.

Comme si cela ne suffisait pas, les BRICS ont décidé au sommet de Fortaleza la création d’un système financier parallèle concurrençant le FMI et la Banque Mondiale d’obédience américaine tandis que la Chine y allait de sa propre banque personnelle vers laquelle se sont précipités les alliés intimes de l’oncle Sam (Angleterre, Australie) comme des enfants turbulents désobéissant au majordome. Il paraît qu’Obama en a interrompu sa partie de golf…

Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l’idée mais les bombes libératrices de l’OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu’il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

Sauf que… Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l’Angola ont dépassé l’Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d’après les observateurs, c’est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D’après un analyste, si l’Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu’elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans… c’est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Y a-t-il un lien avec la visite de haut niveau des Saoudiens à St Pétersbourg la semaine dernière, quelque chose du genre « Cher Vladimir, vous nous protégerez le cas échéant si on change de devise ? » A suivre…

On ne pouvait pas taper plus dans le mille. Octobre 2017 : un économiste de renom prévoit le remplacement par Riyad du dollar par le yuan, le roi saoudien effectue une visite historique à Moscou et les Russes vont vendre des batteries S400 à l’Arabie saoudite.

Carl Weinberg ne s’est pas souvent trompé dans ses analyses. Aussi, quand il déclare que Riyad est fortement encouragée par Pékin à lui vendre son pétrole en yuans et prédit que d’ici peu, les Saoudiens succomberont à la pression, il vaut mieux le prendre au sérieux :

« D’ici deux ans, la demande chinoise en pétrole écrasera la demande américaine. Je pense que la cotation des cours en yuans est pour bientôt. Dès que les Saoudiens l’accepteront – comme les Chinois les y contraignent – le reste du marché [les pétromonarchies, ndlr] suivra le mouvement. »

En filigrane, l’effondrement du pétrodollar mis en place il y a plus de quarante ans et pilier du système impérial américain. Les liaisons dangereuses entre Bush Junior et l’establishment wahhabite, le tendre baiser de Barack à frites sur le royal arrière-train du Seoud, tout cela n’aura finalement servi à rien…

Ca doit sérieusement grincer des dents le long des corridors néo-cons de Washington et il n’est pas impossible que quelques plans sur la « remodélisation » du royaume saoudien soient soudain sortis des tiroirs. Coïncidence (ou pas), le facétieux Vladimirovitch a justement ironisé sur la chose lors de la réunion annuelle du Club Vadaï à Sotchi :

Est-ce tout à fait un hasard si, dans ces conditions, Salman a débarqué à Moscou il y a deux semaines, la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Cela fait des décennies que l’ours et le chameau sont opposés sur à peu près tous les dossiers brûlants de la planète, le second finançant le djihadisme mondial pour le bénéfice de son parrain US afin de diviser l’Eurasie et mettre le premier en difficulté. Que cache donc cette visite historique ?

Au-delà des nécessaires relations entre ces deux poids lourds du pétrole (accord OPEP+), le Seoud suit les pas des autres acteurs du Moyen-Orient, délaissés par l’inexorable reflux de l’empire et qui vont tous rendre visite au nouveau boss de la région. Comme le dit sans ambages Bloomberg :

« Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens, les Jordaniens – tous prennent le chemin du Kremlin dans l’espoir que Vladimir Poutine, le nouveau maître du Moyen-Orient, puisse assurer leurs intérêts et résoudre leurs problèmes. »

Le Seoud ne fait pas autre chose, allant à Canossa, mangeant son keffieh en rabaissant très sérieusement ses folles prétentions syriennes (tiens, Assad ne doit plus partir finalement). Mais il y a peut-être plus, beaucoup plus, et plusieurs voix (ici ou ici) y décèlent un changement tectonique. Nous en revenons à notre pétrole yuanisé et à nos S400…

Certains ont dû avoir le hoquet en lisant qu’après la Turquie, Moscou allait également vendre son inégalable système anti-aérien à son ex-Némésis wahhabite. On le comprendrait mieux s’il s’agit de créer un environnement favorable à une transition saoudienne vers la dédollarisation et la multipolarité eurasienne, voire d’assurer la future défense du pays face aux réactions hystériques de l’empire trahi. L’avenir nous le dira.

Il n’est pas impossible que nous soyons arrivés à l’intant T et que des rumeurs plus qu’insistantes sur la vente du pétrole saoudien à la Chine en yuans soient parvenues aux grandes oreilles de l’empire. Ce n’est encore qu’une hypothèse mais elle permettrait de mieux comprendre l’inhabituel barrage de critiques – méritées, faut-il préciser – que le système impérial assène pour une fois à son cher allié, qui ne l’est peut-être plus tout à fait…

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?


valerie_bugault

Par Valérie Bugault − Octobre 2018

Je remercie les organisateurs de ce colloque de m’avoir invitée à discourir sur la question des banques centrales. Bien qu’étant éminemment de nature géopolitique, la question des banques centrales est un sujet trop peu souvent abordé eu égard à ses enjeux ; car cette question est à l’origine d’un nombre considérable de désordres politiques, économiques, sociaux et militaires.

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Banque centrale de Russie
Note du Saker Francophone

Ce discours a été prononcé lors d'un colloque intitulé « Réémergence de la Russie au XXIe siècle » organisé au Centre culturel Russe de Paris, le 15 octobre 2018 par l’Académie de Géopolitique de Paris.

Analyse du concept de « banque centrale »

Caroll Quigley a justement présenté les choses de la façon suivante : « Les puissances du capitalisme financier (1850-1932) avaient un plan de grande envergure, rien de moins que de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. » ( tiré du livre Tragedy and hope).

Je voudrais préciser que Caroll Quigley, titulaire d’un doctorat d’histoire à l’université d’Harvard, était professeur à l’université de Georgetown, membre de la Walsch School of Foreign Service, ainsi que consultant au département de la Défense des USA, à la Smithsonian institution et au très sélect Commitee on Astronomics and Space Exploration. Il avait été le professeur de l’ancien Président Clinton.

La banque est à l’origine de la création des « banques centrales » qui ont pour fonction de centraliser la gestion des monnaies

Nous verrons qu’à l’origine de la création du concept de « banque centrale », se trouve une coalition de banquiers privés qui ont suggéré, plus ou moins ouvertement et loyalement, cette « innovation technique » aux différents pouvoirs politiques en place.

Techniquement, une banque est une « entreprise privée » qui prend différentes formes juridiques en fonction de l’État dans lequel elle est implantée. Les grandes banques à implantation internationale sont économiquement contrôlées par des personnes physiques dont le grand public ignore, la plupart du temps, le nom.

Au fil du temps, le système bancaire s’est intégré à différents niveaux.

D’une part, il s’est internationalisé et concentré, chaque grande banque d’affaires opérant par le biais des marchés ou de missions ou étant directement implantées sur le territoire de différents États (HSBC, UBS, Groupe privé de gestion d’actifs Edmond de Rothschild, banque d’affaires Rothschild & Co, BNP Paribas présent sur tous les continents, J-P. Morgan, Deutsche Bank présente ans plus de 75 pays, Goldman Sachs etc.).

D’autre part, il s’est consolidé par zone géographique au moyen des banques centrales.

La banque est une entreprise privée de nature internationale

La banque est une organisation détenue par des personnes privées qui restent, le plus souvent, anonymes. Dire que la banque est une entreprise privée signifie que la banque a pour mission de mettre en œuvre les intérêts privés de ses propriétaires. De façon structurelle, la banque, en tant qu’entreprise privée, n’a jamais eu pour mission de remplir une fonction, de nature politique, concernant l’intérêt commun. Les choses doivent être, à cet égard, parfaitement claires.

Aujourd’hui, les banques sont organisées en groupes d’entreprises, bancaires et financières, qui forment un nuage capitalistique ; les plus importantes d’entre elles sont implantées ou travaillent dans la plupart des pays du monde.

L’organisation des multinationales sous forme de groupes, autrement dit de constellations capitalistiques, est un moyen essentiel, « capital », pour rendre anonymes les véritables détenteurs de capitaux de ces entités tentaculaires. Il est parfois très difficile, même pour des services d’État, de remonter aux associés décisionnaires des groupes d’entreprises en raison du nombre de sociétés, de leur imbrication dans de multiples États et de la multiplicité des formes sociales juridiquement disponibles. Il faut évidemment ajouter à cela que certains États, sous la coupe du droit anglo-saxon, organisent eux-mêmes l’anonymat des détenteurs de capitaux de certaines structures juridiques utilisées à des fins professionnelles, tels les trusts anonymes.

La pratique des groupes d’entreprises permet aux détenteurs actifs des capitaux de prendre, au niveau mondial, un poids économique et politique de plus en plus important tout en restant dans l’ombre, c’est-à-dire à l’abri de toute responsabilité politique.

S’agissant du poids respectif des banques par rapport à celui des États, nous pourrions citer l’exemple de BNP-Paribas dont le bilan officiel (non compris le « hors bilan ») s’élève, pour 2017, à 1960 milliards d’euros, à comparer avec le PIB de la France pour la même période qui s’élève à 2163 milliards d’euros.
Néanmoins, les chiffres officiels présentés par les banques concernant leurs revenus d’exploitation ne sont pas significatifs car ils font l’objet de trop nombreuses manipulations liées à l’existence d’une opacité juridique et comptable internationale d’ordre systémique :

  • La présence de trop nombreuses filiales dans les paradis fiscaux qui ne font pas apparaître les donneurs d’ordre (sur le modèle des trusts anonymes) ;
  • L’organisation en groupes d’entreprises permettant, via le commerce intra-groupe, l’optimisation fiscale ;
  • Les manipulations consistant à faire passer une partie des actifs en « hors bilan » ; ainsi que,
  • La quasi-liberté d’évaluation comptable des actifs (le « fair value », autrement dit « juste prix ») imposée par la comptabilité IFRS qui sévit au niveau international,

ont pour conséquence que les résultats financiers de ces groupes présentés au public n’ont aucune  valeur réelle et ne permettent pas de se faire une idée correcte de la véritable puissance capitalistique des conglomérats bancaires.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rapport de force entre les banques et les États ne se situent pas seulement au niveau capitalistique, il passe également par :

  • la participation de certaines banques, par le biais de leur donneur d’ordre effectif, à la détermination des normes comptables (IFRS) et bancaires internationales,
  • les liens économiques, juridiques et parfois humains qui existent entre les propriétaires de certaines banques et les groupes industriels exploités sous forme de cartel (de façon officielle ou officieuse).

Il faut aussi préciser que ce sont les grandes banques, prioritairement celles opérant à la City, qui ont organisé le réseau des paradis fiscaux fondé sur les trusts anonymes. Ce réseau est juridiquement supervisé par les grandes firmes anglo-saxonnes d’audit et de droit, les fameuses « Big Four ».

Ainsi, les capitaux cachés dans les paradis fiscaux sont sous l’entier contrôle des grandes banques d’affaires internationales. Non seulement ces réseaux opaques servent à collecter tout type d’argent (évasion, optimisation et argent sale) mais surtout ils permettent aux banques qui y siègent d’utiliser cet argent comme bon leur semble, aucune règlementation ne venant entraver leurs « activités ».

La banque s’est consolidée par zone géographique dans un système de « banqueS centrales » afin de centraliser la gestion des monnaies

Le système établit par les banquiers s’est consolidé au niveau de chaque État, ainsi que par zone géographique, au moyen des banques centrales. Historiquement, sur le territoire de chaque État, les propriétaires des banques privées les plus importantes se sont associés pour créer une « banque centrale ». Il en a résulté que l’affectation des ressources monétaires est devenue un monopole des banquiers privés coalisés au sein d’un système de « banque centrale ».

Les « banques centrales » sont nées sous le signe de l’imposture : présentées comme des banques d’État, elles disposaient à ce titre de la garantie de l’État – c’est-à-dire des contribuables de l’État – alors que ses capitaux restaient dans des mains privées. Les banques centrales ont le monopole de l’affectation des ressources monétaires. Dans la mesure où ce monopole est détenu par des intérêts privés, la monnaie ne peut, structurellement, plus remplir son rôle de facilitation des échanges, rôle qui est pourtant à l’origine même de sa création.

L’appropriation par des intérêts privés est le vice initial du concept de banque centrales. C’est ainsi que la banque d’Angleterre (1694), la Banque de France (1800), la Fed (1913), la Banque des Règlements Internationaux (BRI/BIS 1930), le système européen de banques centrales (dit SEBC, décidé par le Traité de Maastricht en 1992 et entré en vigueur en 1999), la banque centrale de la Fédération de Russie (1990) reflètent toutes un désengagement des instances politiques de l’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

La distinction fallacieuse entre gestion monétaire et gestion politique est entrée dans l’inconscient collectif et dans les institutions comme une « normalité » ; tout le monde estime normal que les banques centrales soient « indépendantes » du pouvoir politique. Personne ne se pose plus la question de savoir pourquoi doivent-elles, impérativement, être « indépendantes » ?

Dès que vous évoquez la question politique de la dépendance de la banque centrale vis-à-vis du gouvernement, les âmes qui se croient éclairées vous répondent immanquablement : souvenez-vous de Weimar ! Mais à la vérité, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même très largement sous domination capitalistique.

Par ailleurs, les banquiers eux-mêmes ont été assez créatifs pour remplacer la méchante « planche à billets » par le « Quantitative Easing », qui entraîne une stagflation, dont les résultats sont bien plus satisfaisants pour les banquiers que l’inflation, leur permettant même d’accroître encore leur accaparement.

Quoi qu’il en soit, inflation ou stagflation, entraînent toujours, d’une façon ou d’une autre, une augmentation des prix, augmentation que les banquiers centraux s’estimeront en « droit », car c’est l’une de leur mission essentielle, de juguler en instaurant un assèchement de monnaie en circulation par une augmentation des taux directeurs. Ainsi, après avoir organisé l’inflation, les banquiers centraux génèrent eux-mêmes l’éclatement des bulles spéculatives et la venue de « crises » monétaires, financières, économiques et sociales.

Certains rétorqueront que la banque de France a été « nationalisée », mais là encore, il faut s’entendre sur les termes : que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État dont les moyens d’actions dépendent entièrement du bon vouloir des banques et des marchés, c’est-à-dire des principaux propriétaires de capitaux… ?

Au vu de l’évolution du rapport de force entre banques et États, la véritable question qui doit aujourd’hui être posée et publiquement débattue est la suivante : les États sont-ils encore des entités juridiques indépendantes de leurs banques ?

Banque de France : genèse

Mensongèrement présentée comme « intimement liée à l’histoire de la Nation », la Banque de France a été conçue, comme toutes les « banques centrales », comme une entreprise capitalistique détenue par des personnes privées. L’idée de sa création a été susurrée au premier consul Bonaparte, lui-même alors principal actionnaire, par un banquier, Jean-Frédéric Perrégaux lui-même Régent de cette banque. La fiche Wikipédia du banquier Perrégaux fait référence à ses liens avec d’autres banquiers de l’époque dans les termes suivants : « Jean Frédéric Perrégaux, … né en 1716, … a fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse où il apprend l’allemand, à Amsterdam et à Londres, puis il s’installe à Paris en 1765 où il travaille pour Jacques Necker et fréquente le salon de l’hôtel Thellusson (tenu par la veuve du banquier genevois Georges-Tobie de Thellusson (1728-1776), actionnaire de la Banque Girardot). En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud (banquier financier britannique d’origine suisse), il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens ».

Federal Reserve : genèse

La Federal Reserve américaine (Fed) est née sous les mêmes auspices fallacieux d’une banque privée présentée comme une banque publique, à l’initiative de banquiers.

Créée à l’occasion d’une petite coterie composée de banquiers influents et d’hommes politiques à leur solde, on retrouve, à l’initiative de la Fed (sur l’île de Jekyll Island) : le sénateur Aldrich (qui entretenait des relations d’affaires avec J-P Morgan lequel était le beau-père de John D. Rockefeller fils), Abraham Piat Andrews (secrétaire assistant du Trésor américain, homme politique qui fut tout au long de sa carrière très influents dans les milieux bancaires), Frank Vanderlip (président de la National Bank of New-York, plus puissante banque américaine qui représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d’investissement internationale Kuhn & Loeb and Company), Henry Davison (principal associé de J-P Morgan Company), Charles Norton (président de la First National Bank of New-York), Benjamin Strong (directeur général de la J. P. Morgan’s Bankers Trust Company, qui en devint PDG trois ans plus tard), et enfin Paul Warburg (allemand naturalisé américain, partenaire de la Kuhn & Loeb Company, il représentait également la dynastie bancaire Rothschild en Angleterre et en France).

L’idée d’une banque centrale a été vendue par les banquiers aux « autorités politiques » et surtout au public en mettant en avant les immenses services qui seraient rendus à l’État par cette « centralisation monétaire », par les banquiers. Ces banques centrales ont été présentées au public sous la forme de banque d’État alors que la détention capitalistique desdites banques restait dans des mains privées, les banquiers privés contrôlant désormais officiellement les émissions monétaires. Dès lors, les entités juridiques, de droit public, dénommées États se sont portées garantes des capitaux privés investis dans ces « banques centrales ».

Banque centrale de la Fédération de Russie : genèse

Nous avons, en Occident, peu d’informations disponibles sur la première banque centrale Russe (Banque d’État de l’empire Russe), créée le 31 mai 1860 par Ukase du tsar Alexandre II, et dont la mission semblait être d’accorder des prêts à court terme aux entreprises russes. Nous avons également assez peu d’informations sur la Banque d’État de l’URSS.

En revanche, nous disposons de davantage d’informations sur la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 à partir de la Banque de la République de Russie, émanation de la Banque d’État d’URSS. Cette banque fonctionne sur le modèle des banques centrales occidentales, elle :

  • Est le « régulateur du système bancaire russe » ;
  • Octroie des licences aux opérateurs bancaires ;
  • Définie les principes de gestion et les normes comptables applicables au secteur bancaire russe ;
  • Est prêteur de dernier recours des établissements financiers russes ;
  • Est responsable de la politique monétaire Russe, notamment par la fixation des taux d’intérêts interbancaires, sous la sérieuse réserve qu’elle
  • Est membre à part entière de la BRI, chargée d’élaborer les politiques monétaires qui seront suivie par ses membres.

Rappelons que la BRI est une entité privée dont le capital est composé d’actions appartenant, depuis le dernier élargissement de 2011, à 60 banques centrales. Ce capital est divisé en 600 000 actions, dont la moitié appartiennent aux banques centrales d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, d’Italie et des États-Unis d’Amérique, ou tout autre établissement financier de ce dernier État. Ce sont les gouverneurs de ces six banques centrales qui se partagent la direction de la BRI, avec les gouverneurs des banques centrales du Brésil, du Canada, de Chine, de l’Inde, du Japon, du Mexique, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse, et le président de la Banque centrale européenne (BCE). Son capital, libellé en DTS, s’établissait, au 31 mars 2017, à 242,2 milliards de DTS/SDR (droits de tirage spéciaux ou Special Drawing Rights).

Rappelons au passage que les DTS sont, en tant que panier de monnaies, destinés à devenir la prochaine monnaie mondiale, lorsque le dollar US aura cédé sa place centrale. On ne saurait trop insister sur le fait que les DTS ne sont rien d’autre que la résurgence du Bancor que Keynes, en tant que porte-parole des banquiers de la City de Londres, voulait imposer au monde au moment des Accords de Bretton Woods.

La Banque centrale de la Fédération de Russie semble, depuis sa création, suivre une politique monétaire relativement constante consistant à limiter, pour ne pas dire à raréfier, l’offre de monnaie disponible. Cette politique monétaire a pour conséquence mécanique le fait que la Russie ne dispose pas d’une économie réellement indépendante, c’est-à-dire indépendante à la fois vis-à-vis de l’étranger et vis-à-vis de ses matières premières. Le 14 septembre 2018, la Banque Centrale vient une fois de plus de relever son taux directeur d’un quart de point pour le fixer à 7,5% (Relèvement intempestif du taux directeur). Cette politique monétaire restrictive est la raison précise pour laquelle la Russie n’arrive pas à devenir un réel acteur économique de poids à l’échelle mondiale.

Rappelons en effet que la Chine n’est devenue la puissance économique que nous constatons aujourd’hui qu’en raison du fait que les conglomérats financiers anglo-saxons lui avaient procuré les capacités de financement nécessaires en investissant massivement sur son territoire. Aujourd’hui, les capacités économiques acquises par la Chine lui permettent d’envisager de devenir son propre acteur économique et financier.

Je profite de cette petite digression pour signaler que la situation en occident est exactement inverse à celle que connaît la Russie. La stratégie occidentale des banquiers consiste à fournir une profusion de liquidité aux système bancaire et financier, ce qui a pour effet direct la création d’énormes bulles sur les actifs ; bulles destinées à éclater en appauvrissant les classes moyennes, ce qui augmente par voie de conséquence la concentration des richesses dans les mains de ceux qui ont organisé lesdites bulles. Pour préciser un peu le système : l’accroissement de l’offre de monnaie par prêts interposés a pour effet direct de faire monter artificiellement les prix des actifs par une multiplication artificielle des flux de transactions (due à la profusion de prêts disponibles). Après avoir organisé une profusion de liquidités sous forme de dettes et ainsi créé des « bulles spéculatives », les banquiers centraux estiment généralement nécessaire de réduire, de façon plus ou moins brutale, l’offre de liquidités, par une remontée des taux directeurs ; il en résulte une explosion des « bulles spéculatives », une baisse brutale des prix générant un appauvrissement généralisé mais permettant un rachat à vils prix des actifs dépréciés par les plus grands capitalistes. Ainsi la création de crises monétaires permet un accaparement des actifs dans les mains de ceux qui ont généré ces crises.

La politique monétaire appliquée par différentes banques centrales membres de la BRI s’inscrit dans le cadre du changement de paradigme monétaire international : c’est-à-dire du passage du dollar au DTS en tant que monnaie mondiale. L’appauvrissement économique des uns (Occident mené par les USA), la stagnation économique des autres (Russie) et l’enrichissement économique du troisième (Chine) a pour objectif de faire piloter et contrôler par les banquiers à la manœuvre le pourcentage de DTS qui sera in fine détenu par les différentes régions du monde.

À ce propos, permettez moi d’ajouter que la guerre économique menée actuellement par le président Trump s’inscrit parfaitement dans la démarche stratégique des banquiers centraux consistant à rééquilibrer les différentes zones géographiques. Il s’agit d’abattre ou de réduire la puissance économique américaine de sorte de réduire son poids dans les futurs DTS, et dans le gouvernement mondial des banquiers qui suivra immanquablement l’arrivée de la monnaie mondiale. Outre que cette guerre commerciale arrive à point pour cacher aux américains l’origine de leur perte de puissance économique, cette guerre est surtout utile pour organiser la diminution de la puissance économique américaine afin de limiter ses futurs droits dans les DTS.

La détermination de la politique monétaire mondiale par les banquiers centraux est, de façon mécanique, destinée à satisfaire l’insatiable appétit des personnes qui se cachent derrière les énormes et opaques conglomérats bancaires. Elle n’est destinée ni à rendre aux États et aux nations leur souveraineté politique, ni à remplir le rôle pour lequel le concept monétaire a été créé : celui de faciliter et fluidifier les échanges économiques.

BRI/BIS : genèse

Il est également intéressant de connaître les conditions dans lesquelles est née la BRI/BIS, officialisée à l’occasion du plan Young de 1930.

La BRI est la traduction institutionnelle d’un plan élaboré par un conglomérat d’intérêts bancaires et financiers : en 1920, John Foster Dulles (1888 – 1959 ; qui deviendra secrétaire d’État), représentant les intérêts de la Banque d’Angleterre et de J-P Morgan dans l’Europe d’après-guerre, rencontre Hjalmar Schacht (1877-1970) alors fonctionnaire subalterne auprès de l’autorité bancaire allemande créée par les alliés.

En mars 1922, Schacht fait part à John Foster Dulles d’un nouveau système financier international afin de financer l’Allemagne, prétendûment les réparations de guerre mais réellement la remilitarisation. Citons Schacht :

« Mon idée est que ce ne soit pas un emprunt d’État, mais un emprunt de compagnies privées. Je veux former, disons, quatre compagnies privées allemandes, et à chacune d’entre elles, le gouvernement allemand devra accorder le monopole des exportations en gros de produits tels que le charbon, la potasse, le sucre et le ciment. Chacune de ces compagnies contrôlera l’exportation d’un de ces produits. Le monopole devra être accordé pour 20 ans. Les producteurs nationaux devront leur remettre leur production. (…) Ces sociétés émettront des emprunts d’un montant total de 5 milliards de marks-or. (…) Comme le total des exportations des quatre peut être estimé à 500 millions de marks-or, le montant de l’emprunt sera remboursé en 10 ans. (…) L’emprunt que je propose (…) n’est basé sur aucun traité politique. (…) Le remboursement sera sous le contrôle, tout d’abord, d’industriels et d’hommes d’affaires appartenant aux rangs les plus élevés. »

Dulles fait suivre la lettre à Thomas W. Lamont, un associé de J.P. Morgan, et au cours des années qui suivent, l’essentiel de ce plan Schacht-Dulles-Morgan sera mis en œuvre. Voilà l’origine des cartels internationaux basés en Allemagne et dirigés par les Britanniques, qui furent créés dans les années 20.

Schacht lui-même sera nommé Commissaire à la monnaie nationale allemande en novembre 1923, et un mois plus tard, président de la Reichsbank.

Depuis 1919, John Foster Dulles était l’avocat de Richard Merton, fondateur du plus important de ces cartels, l’Interessen Gemeinschaft Farben (IG Farben). En 1924, il est choisi par J.P. Morgan pour mettre en œuvre le plan Dawes prévoyant la réorganisation, dans le cadre de négociations avec Schacht, du versement des réparations de guerre. En 1926, il deviendra directeur exécutif de Sullivan and Cromwell, le cabinet d’avocats de tous les cartels.

De 1926 à 1929, le plan Schacht-Dulles-Morgan débouche sur une série d’arrangements impliquant nombre des plus grandes sociétés britanniques, américaines et allemandes. Les deux principaux cartels sont le trust chimique IG Farben et le Cartel international de l’Acier, dont la création est redevable aux prêts étrangers d’un montant de 800 millions de dollars accordés dans le cadre du plan Dawes, en vue de cartelliser la chimie et la sidérurgie allemandes. Ces prêts sont gérés aux trois-quarts par trois firmes de Wall Street : Dillon, Read & Co ; Harris, Forbes & Co et National City.

L’extrême imbrication des banques dans la composition et la structuration des cartels, véritables conglomérats économiques

La genèse tant des grandes firmes américaines du début du XXème siècle (pétrole, rails…) que de la BRI laissent apparaître l’extrême imbrication des grandes banques d’affaires dans la création de cartels ; cette création a favorisé la discrète mais très efficace prise du pouvoir politique par le « fait économique ». Ce phénomène de prise de contrôle politique par les détenteurs du « fait économique » n’a pu se réaliser qu’à la faveur de l’anonymat des capitaux, lequel a permis la rupture entre pouvoir et responsabilité politique.

Je voudrais ajouter un élément ontologique fondamental : alors que le « fait politique » est historiquement issu de sociétés sédentaires, le « fait économique », et l’anonymat des capitaux qui le véhicule, relève fondamentalement du fonctionnement de sociétés nomades.

La lutte actuelle entre « fait politique » et « fait économique » est, de façon structurelle, un conflit entre « Société sédentaire » et « Société nomade ».

Cartel IG Farben : historique

L’histoire du cartel IG Farben est très intéressante, on y trouve une très étroite imbrication des intérêts allemands et anglo-saxons. Ce cartel est également associé à « l’ordre économique nouveau », ancêtre du « Nouvel Ordre Mondial », recherché par l’Allemagne nazie.

En 1925, IG Farben regroupe six des plus gros producteurs chimiques allemands. En août 1927, Standard Oil conclura avec lui un programme conjoint de recherche et développement sur l’hydrogénation (production d’essence à partir du charbon), procédé découvert par un chercheur allemand en 1909. En 1928, Henry Ford fusionnera ses actifs allemands avec ceux d’IG Farben. Le 9 novembre 1929, un cartel pétrochimique international sera créé suite au mariage d’IG Farben avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont.

C’est l’accord entre Standard Oil et IG Farben qui constitue le pilier du cartel.

Premièrement, Standard Oil se voit accorder la moitié de tous les droits concernant le procédé d’hydrogénation pour tous pays sauf l’Allemagne. Deuxièmement, Standard Oil et IG Farben se mettent d’accord pour « ne jamais se concurrencer l’un l’autre dans les secteurs de la production chimique et de la production pétrolière. Désormais, si Standard Oil souhaitait entrer dans le domaine des produits chimiques industriels ou des médicaments, ce ne serait possible qu’en partenariat avec Farben. En retour, Farben s’engageait à ne jamais pénétrer le secteur du pétrole sauf en association avec Standard ».

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben a passé des accords de cartel avec 2000 sociétés dans le monde, dont Ford Motor Co., Alcoa, General Motors, Texaco et Procter et Gamble, pour n’en citer que quelques-unes.

IG Farben a été dissoute par décret en 1950 et démantelé en 12 entités dont les principales sont : Bayer, BASF, Agfa, Hoechst et Dynamit Nobel…

Notons que BASF, Bayer et Agfa composaient, à la fin de la 1ère GM, la « petite IG » qui avait fusionné avec Hoechst et 2 autres sociétés pour faciliter et accélérer le retour d’IG Farben sur la scène mondiale. Avant et après les guerres, on retrouve finalement toujours les mêmes… IG Farben a donc été démantelé au profit des entités qui s’étaient alliées pour sa création… Une sorte de « démantèlement pour rire », un simili démantèlement destiné à calmer le public et les quelques personnes opposées aux cartels.

Bayer et IG Farben étaient étroitement impliquées du point de vue capitalistique (Bayer étant une filiale d’IG Farben). Or, Bayer a notamment pour « faits d’armes », d’avoir utilisé des cobayes humains trouvés dans les camps de concentration pour faire in vivo des expériences médicales : « Sous le régime nazi, Bayer, filiale du consortium chimique IG Farben, procéda en effet à des expériences médicales sur des déportés, qu’elle se procurait dans les camps de concentration en particulier. » Les camps de concentration eux-mêmes étaient des sites industriels appartenant aux géants pharmaco-chimiques de l’époque.

Il n’a échappé à personne que la même Bayer a, en 2016, racheté Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros), qui a, notamment commercialisé, entre autres vilénies, l’Agent Orange (avec 6 autres entreprises productrices, dont Dow Chemical), dont l’herbicide commercialisé sous la marque « Roundup » est un dérivé.

L’agent orange est à l’origine du concept de tératologie utilisé comme arme de guerre : le génome humain est irrémédiablement corrompu par les effets de l’agent orange sans que l’être vivant en résultant devienne pour autant stérile.

Aujourd’hui, Monsanto et les autres firmes pharmaco-chimiques sont très investies dans la commercialisation des produits OGM. Pour contourner et anticiper les futures règlementations en la matière, ces firmes se mobilisent aujourd’hui sur les recherches concernant les ARN messagers, qui sont des copies transitoires d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. Il s’agira de diffuser non plus des OGM mais des ARN messagers permettant de modifier la substance vitale des plantes ; cette diffusion massive se fera au moyen de vaporisation généralisée d’ARN messagers sur les champs.

Ces entreprises ne sont jamais à court ni d’argent ni d’idées pour expérimenter de nouveaux procédés toxiques en grandeur nature sans aucun garde-fou. Aucune règlementation ne peut être opposées à ces conglomérats par des États structurellement mis en position d’inféodation économique et juridique par des organismes supranationaux tels que les instances européennes, l’OMC, l’OCDE…

Cartel de l’acier : à l’origine du projet États-Unis d’Europe et de ce qui deviendra les institutions de l’actuelle Union Européenne

En 1926, le Cartel international de l’Acier ouvre ses bureaux au Luxembourg. Il servira de véritable « gendarme privé » du commerce mondial de l’acier de 1926 à 1939. Sa composante allemande, qui regroupe les quatre plus gros producteurs d’acier nationaux, s’appelle Vereinigte Stahlwerke. Ce groupe recevra 100 millions de dollars de la part d’investisseurs privés aux États-Unis. Dillon, Read & Co., la société de placement new-yorkaise de Clarence Dillon, James V. Forrestal et William H. Draper, Jr., s’est occupée de l’émission des obligations.

Lors de la signature du premier accord international, le 30 septembre 1926, tous les sponsors du cartel se vantent de ce que le premier pas vers la formation « des États-Unis économiques de l’Europe » vient d’être franchi. Douze ans plus tard, près de 90 % du fer et de l’acier commercialisé au niveau international est sous le contrôle du Cartel de l’Acier. Outre l’Allemagne qui le dirige, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Royaume Uni et les États-Unis en font partie, même s’il est interdit aux compagnies américaines, U.S. Steel, Bethlehem et Republic, de signer les accords formels, sous peine de violer les lois anti-trust américaines.

En 1919, trois producteurs allemands de lampes électriques, Siemens & Halske, AEG et Auergesellschaft, avaient formé une nouvelle société dénommée Osram, pour tenter de regagner les biens et les marchés perdus à l’étranger. AEG était en grande partie contrôlé par General Electric et des liens similaires existaient entre toutes les autres entreprises du même genre en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. En 1924, afin de prévenir toute concurrence extérieure, Osram propose la création en Suisse d’une société dénommée Phoebus, qui appartiendrait à toutes les compagnies du cartel et serait dirigée conjointement par elles. En juillet 1929, Osram et la filiale de General Electric pour l’étranger, International General Electric, créent un « partenariat pour tout temps ». À partir de 1929, les relations entre Osram et International General Electric se développeront suivant le même modèle que celles entre IG Farben et ses partenaires étrangers. Pendant les années 20, quatre cinquièmes de l’industrie allemande étaient encore regroupés dans des cartels.

Le cartel de la métallurgie étant à l’origine des institutions européennes (qui a en effet débuté avec la CECA), il ne faut pas s’étonner que les instances bureaucratiques de l’Union dite Européenne cherchent à sauver les institutions jumelles de l’OMC qui œuvrent à imposer et pérenniser le libre-échange au niveau mondial.

Tous ces cartels, financés par les conglomérats bancaires, plongent la civilisation entière, et tout ce qui vit sur terre, dans un espace inconnu de monstruosité humaine et inhumaine (Voir aussi à ce sujet les récents développements sur ce que fut la guerre américaine en Corée : un vaste champ expérimental pour des expériences chimiques et biologiques de grande envergure).

Étant donné l’énorme explosion, aussi bien quantitative que qualitative, des découvertes actuelles, la question qui se pose est de savoir s’il faut vraiment laisser aux banquiers et aux conglomérats économiques qu’ils ont créé, le monopole de ces découvertes, alors que ces derniers ont largement fait leur preuve en matière de nuisance sociale et civilisationnelle (pour ceux qui en douteraient, je les invite à visionner certaines conférences du Dr. Rath, en particulier celle-ci).

Réponse à la question : « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »

L’État tel qu’actuellement conçu est entièrement dominé par le système bancaire, or « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » (Napoléon)

De façon fonctionnelle, l’État n’a, sans les banques, aucun moyen financier propre pour atteindre les objectifs étatiques qu’il se fixe. En abandonnant dans des mains privées sa fonction régalienne de battre monnaie, l’État s’est volontairement placé dans une position d’infériorité par rapport aux détenteurs du « fait économique ».

Or, les banquiers ne recherchent pas l’intérêt commun aux citoyens, ce qui est le rôle de l’État en tant qu’entité politique, ils recherchent le développement de leur intérêt privé, qui est de nature catégorielle ; cet intérêt privé consiste aujourd’hui à asseoir leur domination politique par l’élaboration d’un gouvernement mondial qu’ils contrôleraient définitivement.

L’abandon volontaire, par l’État, de la gestion monétaire a pour conséquence directe de priver l’État de toute substance politique. L’État est devenu un simple outil de pouvoir aux mains des banquiers anonymes. Le système financier mondial est piloté par les principaux banquiers qui œuvrent à la City, qui contrôlent la grande majorité des banques centrales et des paradis fiscaux de la planète.

Entre les mains des banquiers, la monnaie est devenue un bien matériel qu’ils ont accaparé. En effet, la monnaie aujourd’hui, largement considérée comme un simple « actif », a perdu sa valeur comptable neutre « d’actif-passif ». En falsifiant le concept juridique et comptable de monnaie, les banquiers ont pu corrompre les systèmes politiques, et les hommes qui les incarnent, de façon à dominer le « fait politique ».

Cette appropriation du phénomène politique par les principaux propriétaires d’organismes bancaires s’est produite par le biais du contrôle intégral du phénomène économique par lesdits « banquiers » (propriétaires des grandes banques). Ce contrôle s’est réalisé par deux moyens principaux, le contrôle des monnaies, via les banques centrales, et l’anonymat des capitaux.

L’anonymat a permis aux banquiers d’organiser un accaparement discret des biens tangibles de cette terre, sans soulever la juste indignation que n’aurait pas manqué de faire une appropriation ouverte par quelques personnes, aussi violente eut elle été.

Le contrôle des masses monétaires en circulation a permis le contrôle, par corruption, du phénomène politique et le développement des moyens légaux d’appropriation discrète des biens. C’est ainsi que les États ont eux-mêmes organisé l’anonymat des capitaux qui permet aux propriétaires contrôlant les grandes banques de rester anonymes.

Ce système favorise et rend possible le phénomène d’accaparement généralisé des biens par une combinaison de moyens légaux assumés (lobbying, optimisation fiscale, fusion-acquisition, jeux sur les taux d’intérêts directeurs…) et de moyens légaux détournés, qui relèvent d’un consensus international officieux, tels que les Paradis fiscaux.

L’existence des banques centrales a pour effet mécanique de rendre obsolète la notion de « politique ». Les hommes politiques et les États deviennent, par le fait des banques centrales, une simple émanation des intérêts catégoriels des grands banquiers qui règnent sans partage et sans contrepouvoirs sur le monde.

Il serait temps que les populations et les hommes politiques prennent conscience de cet énorme pouvoir que les banquiers se sont octroyé et y mettent un terme. Il n’existe de pouvoir politique que monétairement souverain, la présence des banques centrales est un empêchement dirimant à l’exercice du « pouvoir » par des hommes « politiques ».

La domination des États par les banques n’est pas inéluctable

« Ce que la main de l’homme a fait, l’homme peut le défaire », mais il y a des conditions à ça : une condition de forme et des conditions de fond.

La première condition : réaliser une prise de conscience de la disparition du phénomène politique

La première condition, de forme, est une condition sine qua non : elle est que les ressortissants des États prennent conscience de leur entière dépossession du phénomène politique. Ce qui signifie qu’ils devront politiquement s’organiser de façon à se donner les moyens concrets de reprendre le contrôle de leur destin collectif.

Le seul remède à la disparition du concept politique est de rendre à César ce qui appartient à César : c’est-à-dire d’en finir avec la rupture de symétrie, organisée par les banquiers, entre pouvoir et responsabilité. Cela nécessite d’abandonner l’organisation étatique autour des deux principes que sont 1°) la séparation des pouvoirs et 2°) le parlementarisme à l’Anglaise, qui suppose un mandat représentatif des élus.

La seconde condition : réhabiliter le concept de « droit » et abandonner corrélativement les principes juridiques anglo-saxons

La seconde condition est liée à la validité et à la viabilité sur la durée de la reprise en main du phénomène politique par les ressortissants des États. Il faudra, impérativement à peine d’ineffectivité de la reprise en main politique, réhabiliter le concept même de « droit » de façon à rendre ce dernier compatible avec l’existence d’une civilisation. Techniquement parlant, il faudra revenir aux concepts juridiques issues du droit continental et, corrélativement, abandonner le droit du plus fort qui prend la forme de la réglementation à la façon anglo-saxonne.

Nous sommes, sur le continent européen, en cours d’abandon définitif de notre droit continental traditionnel issu du droit romain, lui-même modelé et repris au fil des siècles par des préceptes de droit canon, au profit du droit anglais dominé par le principe de la loi du plus fort.

La « common law » anglaise est un système juridique dont les règles sont principalement édictées par les tribunaux au fur et à mesure des décisions individuelles ; ces décisions, ne concernaient, à l’origine, que les seigneurs c’est-à-dire la caste dominante. Si l’on parle du droit anglais, il faut aussi parler du système de « l’Equity »  selon lequel le « prince », c’est-à-dire au début le Roi puis le Chancelier, se sont accordés le droit de juger en fonction de préceptes moraux les cas qui n’étaient pas abordés par la « common law ». Les principes de « l’Equity » ainsi conçu ne méconnaissent pas la « common law », ils s’y adaptent.

Tout cet arsenal juridique anglo-saxon a pris une ampleur considérable en même temps que se développait le commerce maritime, lequel commerce a toujours été contrôlé par les banquiers commerçants qui ont leur quartier général à la City de Londres.

Ce qui est resté constant est que le système juridique anglais est essentiellement conçu par et pour la caste dominante : les tenanciers du système économique, essentiellement les banquiers ont, à partir de la période des Grandes Découvertes, succédé aux seigneurs qui régnaient par les armes.

Alors que le droit anglais est un droit édicté par et pour les tenanciers du commerce international, le droit continental traditionnel est un droit de régulation fait pour organiser la « vie de la Cité ». Ce droit continental, actuellement en voie d’extinction, répondait à des règles strictes conçues autour de la personne humaine comprise comme une partie d’un tout formé par la collectivité. Le droit des gens lui-même, qui était (assez grossièrement) la partie du droit romain qui organisait les peuples vaincus, était conçu autour des idées centrales de la personne et de l’organisation de la vie en commun.

La supériorité du droit continental sur le droit anglo-saxon provient non seulement de son expérience historique mais aussi et surtout de sa vocation : il est globalement, contrairement au droit anglo-saxon, mis au service de la collectivité et non à celui de quelques élites auto-proclamées, qui ont usurpé leur pouvoir par des moyens déloyaux en organisant leur anonymat.

La question de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon

Revenons un instant sur la question, très sensible actuellement, de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon.

Cette extraterritorialité se décline de deux façons différentes et successives, c’est-à-dire qu’elle prend deux formes bien distinctes. D’une part, la généralisation de l’implantation du système juridique anglais sur tous les continents et, d’autre part, le recours par le pouvoir américain à des sanctions pécuniaires contre les entreprises.

De ces deux formes, seule la seconde, qui se traduit par des sanctions financières en provenance des États-Unis, apparaît dans les radars médiatiques et juridiques alors que la première forme est, de loin, la plus dangereuse pour les libertés publiques et pour le concept même de civilisation.

L’exportation abusive du système juridique anglais sur tous les continents

La première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais se décline de deux façons. Elle relève, pour les banquiers de la City :

  • De leur volonté hégémonique : ils veulent conserver à leur strict avantage le contrôle de l’argent circulant dans tous les paradis fiscaux. Concrètement, il s’agit d’imposer le trust comme forme unique d’anonymat afin de supprimer tous les paradis fiscaux fondés sur les comptes numérotés qui échappaient aux banquiers de la City ; d’où la guerre sans merci lancée à la fin des années 2000 contre les « paradis fiscaux », qui n’a été qu’une guerre de la City contre les sites d’évasion fiscale qu’ils ne contrôlaient pas, en premier lieu la Suisse ;
  • De la « nécessité », pour les grandes banques opérant à la City, d’adapter les systèmes juridiques étrangers de sorte que ces derniers puissent adopter les nouveaux produits issus de la finance dérégulée. L’objectif est de permettre la circulation des produits financiers dérivés ou synthétiques, économiquement toxiques, au niveau mondial.

Cette forme d’extraterritorialité se matérialise par la nécessité d’adapter les systèmes de droit afin de les rendre compatibles avec le « droit anglais ».

Dans cette première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais, il s’agit, par exemple, d’importer des concepts comme le trust – partiellement traduit en « fiducie » par le droit français – comme la « propriété économique », comme la « titrisation » via les fonds communs de créances (« special purpose vehicule »).

Signalons au passage qu’à l’occasion de cette transformation du droit continental, les créances deviennent sujettes à appropriation, elles passent donc du statut juridique de « droit personnel » à celui de « droit réel » ! Ce glissement n’est pas anodin car il suppose une réification des relations humaines ; on se rapproche ainsi insidieusement et dangereusement d’un système légal d’esclavagisme, dans lequel l’individu est considéré comme un « bien » pour les juristes, une « marchandise » dans le langage des économistes.

C’est également cette transformation du droit continental qui a, via l’intrusion discrète du concept de « propriété économique », rendu possible la transformation monétaire : de « neutre » (la neutralité étant matérialisée par sa nature comptable « d’actif-passif ») la monnaie est peu à peu devenue un simple « actif » comptable.

Il s’agit également d’uniformiser les normes comptables internationales sur le modèle anglo-saxon des IFRS ; lesquelles normes sont édictées par des organismes pilotés par les grandes multinationales cachées derrière des organismes qui siègent dans des paradis fiscaux. C’est ainsi que disparaissent les règles de l’ancienne comptabilité nationale au profit des principes anglo-saxons.

Cette première forme d’extraterritorialité consiste à éliminer, progressivement, les systèmes de droits qui ne sont pas compatibles avec le droit anglais. C’est ainsi que peu à peu, disparaît le droit commun français issu du Code civil pour être remplacé par les principes commerciaux qui sont le fondement même du « droit » anglo-saxon.

Le recours, par les instances américaines, à des sanctions pécuniaires contre les entreprises

La seconde occurrence de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon est davantage connue et surtout davantage dénoncée à grand renfort de médias.

Il s’agit des sanctions financières imposées par les instances politiques et juridiques américaines à toute entreprise utilisant soit le dollar soit un quelconque composant d’origine américaine dans leur processus de fabrication ou dans leur fonctionnement.

Cette forme d’extraterritorialité sanctionne essentiellement les multinationales, bancaires ou non, étrangères aux États-Unis. Les multinationales, ainsi prises à partie, ont très rapidement mobilisé les pouvoirs publics et les médias pour dénoncer ces pratiques prédatrices du pouvoir américain, réussissant à mobiliser un large public contre la puissance économique déclinante de l’Amérique. En conséquence, l’extraterritorialité du droit formalisée par les sanctions économiques est la seule forme d’extraterritorialité dénoncée par les médias et donc connue du public.

Or, il faut comprendre que, fondamentalement, cette seconde forme d’extraterritorialité n’est ni la plus grave, ni la plus définitive et qu’elle ne concerne, globalement que les bilans des multinationales, à l’inverse de la première forme d’extraterritorialité qui suppose une véritable révolution d’ordre tectonique dans l’organisation des peuples. C’est la première forme d’extraterritorialité qui attaque en profondeur le mode de vie et la sécurité juridique des ressortissants d’un État, elle tend, par exemple en France à faire disparaître le principe même de la propriété privée et à transformer la monnaie en propriété bancaire. La première forme de l’extraterritorialité met, fondamentalement, en danger l’organisation sociale issu du mode de vie sédentaire au profit du nomadisme.

Par ricochet, l’extraterritorialité qui prend la forme de sanction financières des multinationales vient renforcer la première forme d’extraterritorialité depuis que les États sont devenus de simples émanations des multinationales. Les ponctions sur les budgets étatiques pour renflouer les bilans déficitaires des conglomérats financiers ont pour corolaire de substantielles augmentations d’impôts et diminutions de services publics ; il en résulte un appauvrissement des ressortissants des États qui va jusqu’à porter atteinte à la capacité des individus de devenir propriétaires (notamment de leur logement).

En ce sens, les deux occurrences de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon se renforcent l’une l’autre pour aboutir à la perte totale et définitive de contrôle des individus sur les éléments essentiels de leur vie, pour réinstaurer le principe de l’esclavage au niveau légal.

CONCLUSION

Les techniques de contrôle monétaire sont parfaitement rodées et mises en application par les grands banquiers au moyen des banques centrales qui ont-elles-mêmes organisé, au niveau mondial, leur anonymat et le secret de leurs affaires.

En contrôlant l’affectation des ressources monétaires, les banquiers décident réellement qui sera « riche » et qui sera « pauvre », aussi bien au niveau des individus et des entreprises (microéconomie), que des groupes socio-économiques, des États et même, plus largement, des zones géographiques (macroéconomie).

Dans ce contexte, la création de richesses devient artificielle, elle est pilotée par les banquiers et ne remplit qu’un seul objectif : satisfaire leur insatiable soif de pouvoir et mener le monde vers un « gouvernement mondial » qu’ils contrôleront définitivement de façon absolue et officielle, ce qui leur manquait jusqu’ici. Le modèle sédentaire cèdera alors définitivement la place au modèle nomade.

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-presence-dune-banque-centrale-est-elle-compatible-avec-la-souverainete-etatique

Relations internationales : le calme avant quelle tempête ?

Relations internationales : le calme avant quelle tempête ?

Toutes les questions internationales sont suspendues aux élections législatives états-uniennes. Les partisans de l’ancien ordre international misent sur un changement de majorité au Congrès et une destitution rapide du président Trump. Si l’hôte de la Maison-Blanche s’y maintient, les promoteurs de la guerre contre la Syrie devront y admettre leur défaite et trouver d’autres champs de bataille. Au contraire, si Donald Trump perd les élections, le conflit en Syrie sera immédiatement relancé par le Royaume-Uni.

| Damas (Syrie)

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La période actuelle, qui s’étend de l’annonce de la réponse russe à la destruction de son Iliouchine-20 aux élections législatives états-uniennes du 6 novembre, est incertaine. Tous les protagonistes de la guerre en Syrie attendent de savoir si la Maison-Blanche pourra poursuivre sa politique de rupture avec l’ordre international actuel ou si le Congrès passera dans l’opposition et entamera immédiatement une procédure de destitution du président Trump.

Les origines de la guerre

Il est désormais clair que le projet initial des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Israël, de l’Arabie saoudite et du Qatar ne se réalisera. Pas plus que ceux de la France et de la Turquie, deux puissances qui sont plus tardivement entrées en guerre contre la Syrie.

Nous devons nous souvenir non pas de la manière dont nous avons retenu le début des événements, mais ce que nous avons découvert depuis à ce sujet. Alors que l’on présentait les manifestations de Deraa comme une « révolte spontanée » face à la « répression d’une dictature », nous savons aujourd’hui qu’elles avaient été longuement préparées par des puissances étrangères [1].

Par ailleurs, nous devons cesser de croire que tous les membres d’une Coalition, qui s’unissent pour parvenir à un même objectif, partagent la même stratégie. Quelle que soit l’influence de l’un ou de l’autre, chaque État conserve sa propre histoire, ses propres intérêts et ses propres buts de guerre.

Les États-Unis poursuivaient la stratégie de l’amiral Arthur Cebrowski de destruction des structures étatiques du Moyen-Orient élargi [2]. Ils s’appuyaient sur le Royaume-Uni qui mettait en œuvre quant à lui la stratégie de Tony Blair visant à placer les Frères musulmans au pouvoir dans la région [3]. Et sur Israël qui reprenait la stratégie d’Oded Yinon [4] et David Wurmser [5] de domination régionale. Les armes furent entreposées à l’avance par l’Arabie saoudite dans la mosquée Omar [6] et le Qatar inventa l’histoire des enfants dont on avait arraché les ongles.

À l’époque, l’Arabie saoudite ne cherchait ni à imposer une nouvelle politique à la Syrie, ni même à renverser son gouvernement. Riyad entendait exclusivement interdire à un non-sunnite d’en être le président. Par une étrange évolution historique, les wahhabites, qui il y a deux siècles considéraient aussi bien les sunnites que les chiites comme des hérétiques et appelaient à tous les exterminer s’ils ne se repentaient pas, se posent aujourd’hui comme défenseurs des sunnites et tueurs des chiites.

Quant au petit émir du Qatar, il prenait sa revanche après l’interruption de son projet de gazoduc en Syrie [7].

La France, qui aurait dû participer au complot en vertu des accords de Lancaster House fut tenue à l’écart, en raison de ses initiatives imprévues en Libye. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, tenta de pousser la France à rejoindre les comploteurs, mais l’ambassadeur à Damas, Éric Chevallier, qui constatait sur le terrain la distorsion des faits, freinait des quatre fers [8].

Lorsque la France fut ré-admise au sein du complot, elle poursuivit son objectif de 1915 de colonisation de la Syrie, dans la suite des accords Sykes-Picot-Sazonov. De même que le mandat français sur la Syrie avait été considéré comme transitoire par rapport à la colonisation durable de l’Algérie [9], il est considéré au XXIème siècle comme secondaire par rapport au contrôle du Sahel. En outre, tentant de réaliser son vieil engagement, Paris pousse à la création d’un foyer national kurde, sur le modèle de ce que les Britanniques avaient fait en 1917 avec les juifs en Palestine. Pour ce faire, il s’allia à la Turquie [10] qui, au nom du « serment national » d’Atatürk [11], envahit le Nord du pays afin d’y créer un État où expulser les Kurdes de Turquie.

Si les buts de guerre des quatre premiers agresseurs sont compatibles entre eux, ceux des deux derniers ne le sont pas avec les autres.

Par ailleurs, la France, le Royaume-Uni, et la Turquie sont trois anciennes puissances coloniales. Elles cherchent tous les trois à imposer leur pouvoir sur le même trône. La guerre contre la Syrie a donc réactivé leurs rivalités passées.

L’épisode Daesh au sein de la guerre contre la Syrie et l’Iraq

Fin 2013, le Pentagone révisa ses plans dans le cadre de la stratégie Cebrowski. Il modifia ses plans initiaux, tels que révélés par Ralph Peters [12], leur substituant le plan de Robin Wright de création d’un « Sunnistan » à cheval sur la Syrie et l’Iraq [13].

Cependant, en septembre 2015, le déploiement de l’armée russe en Syrie pour faire obstacle à la création du « Sunnistan » par Daesh ruina les projets des six principaux partenaires de la guerre.

Les trois ans de guerre qui suivirent répondirent à un autre objectif : d’une part, créer un nouvel État à cheval sur l’Iraq et la Syrie dans le cadre de la stratégie Cebrowski et, d’autre part, utiliser Daesh pour couper la route de la soie que la Chine de Xi Jinping souhaitait réactiver et maintenir ainsi la domination continentale du parti « occidental ».

La victoire syro-russe et le retournement des États-Unis

L’affaire de la destruction de l’Iliouchine-20, le 17 septembre 2018, a fourni à la Russie l’occasion de terminer cette guerre à rallonge et de s’accorder avec la Maison-Blanche contre les autres agresseurs. C’est la réédition, à plus petite échelle, de la réaction soviéto-US à la crise de Suez de 1956 [14].

Moscou vient non seulement de confier à l’armée arabe syrienne des missiles anti-aériens (les S-300), mais a aussi déployé tout un système de surveillance intégré. Dès que celui-ci sera opérationnel et que les officiers syriens auront été formés à le manier, c’est-à-dire au plus tard dans trois mois, il sera impossible aux armées occidentales de survoler le pays sans l’accord de Damas [15].

Le président Trump avait annoncé à l’avance qu’il entendait retirer les troupes US de Syrie. Puis il était revenu sur cette décision sous la pression du Pentagone. Il avait alors convenu avec ses officiers généraux de maintenir la pression sur Damas tant que les États-Unis seraient exclus des négociations de paix de Sotchi. Le déploiement des armes russes —auquel la Maison-Blanche a probablement donné son accord— fournit au président Trump l’occasion de faire reculer le Pentagone. Celui-ci devrait donc retirer ses troupes, mais maintenir ses mercenaires (en l’occurrence les kurdes et arabes des Forces démocratiques) [16].

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid el-Mouallem, a exigé à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies le retrait immédiat et sans conditions des forces d’occupation étrangères, US, françaises et turques [17].

Si les États-Unis partent, les Français et les Turcs ne pourront pas rester. Les Israéliens ne pourront plus non plus survoler et bombarder le pays. Les Britanniques se sont déjà repliés.

Cependant, Tel-Aviv, Paris et Ankara espèrent toujours que le président Trump perdra les élections législatives du 6 novembre et sera destitué. Ils attendent donc le scrutin fatidique avant de se décider.

À supposer que Donald Trump gagne les élections de mid-term au Congrès, une autre question se posera. Si les Occidentaux renoncent à se battre en Syrie, où continueront-ils leur guerre sans fin ? C’est en effet une réalité sur laquelle tous les experts s’accordent : la classe dirigeante occidentale est devenue si suffisante et revancharde qu’elle ne peut accepter d’être rétrogradée derrière les nouvelles puissances asiatiques.

La sagesse voudrait que la guerre perdue, les agresseurs se retirent. Mais la disposition intellectuelle des Occidentaux les en empêche. La guerre ne se finira ici que lorsqu’ils auront trouvé un nouvel os à ronger ailleurs.

Seul le Royaume-Uni a imaginé sa réponse. Il est désormais clair que si Londres maintient sa pression diplomatique sur la Syrie à travers le Petit Groupe (Small Group), son attention est déjà tournée vers la reprise du « Grand jeu », qui vit la Couronne s’affronter au Tsar durant tout le XIXème siècle. Après avoir inventé l’affaire Skripal sur le modèle du « Télégramme Zinoviev » [18], Londres vient de prendre en flagrant délit les services de Renseignements extérieurs russes dans leur tentative de découvrir ce qui se tramait contre eux au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPWC).

Cette doctrine géopolitique est indépendante des événements qui lui servent de prétexte. Le « Grand jeu » était la stratégie de l’Empire britannique. Sa reprise par le Royaume-Uni actuel est la conséquence du Brexit et de la politique de « Global Britain ». Comme au XIXème siècle, cette configuration anti-Russe s’accompagnera à terme d’une rivalité exacerbée entre Londres et Paris. A contrario, en cas d’échec de Theresa May, de remise en cause du Brexit et du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, toutes ces projections seront annulées.

Si la France envisage dès à présent de quitter le Moyen-Orient pour se concentrer sur le Sahel, la position des États-Unis est beaucoup plus problématique. Depuis le 11 septembre 2001, le Pentagone jouit d’une certaine autonomie. Les dix Commandants au combat des Forces armées ne peuvent recevoir d’ordre du président du Comité d’état-major joint, mais uniquement du secrétaire à la Défense. Avec le temps, ils sont devenus de véritables « vice-rois » de l’« Empire américain » ; une fonction qu’ils n’ont pas l’intention de voir réduire par le président Trump. Certains d’entre eux, comme le Commandant pour l’Amérique du Sud (SouthCom) [19], entendent poursuivre la stratégie de l’amiral Cebrowski malgré les objurgations de la Maison-Blanche.

Il reste donc beaucoup d’incertitudes. Le seul pas franchi concerne Daesh : durant trois ans, les Occidentaux prétendirent combattre l’organisation terroriste, tout en lui livrant des armes. Aujourd’hui, Donald Trump a ordonné de mettre fin à l’expérience d’un État explicitement terroriste, le Califat, et les armées syriennes et russes ont repoussé les jihadistes. Les Occidentaux ne veulent pas voir leurs amis « rebelles modérés », désormais qualifiés de « terroristes », refluer chez eux. Par conséquent, qu’ils l’avouent ou non, ils souhaitent leur mort en Syrie.

Ce sont les élections de mid-term aux États-Unis qui diront si la guerre se poursuit en Syrie ou si elle se déplace sur un autre champ de bataille.

[1] « Agression masquée en guerres civiles », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 février 2018.

[2] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] “Tony Blair speech at the World Affairs Council in Los Angeles”, by Tony Blair, Voltaire Network, 1 August 2006. When Progressives Treat with Reactionaries. The British State’s flirtation with radical Islamism, Martin Bright, Policy Exchange, September 2004. “I had no choice but to leak”, Derek Pasquill, New Statesman, January 17, 2008.

[4] « Une stratégie pour Israël dans les années 80 », par Oded Yinon, Traduction Youssef Aschkar, Kivunim (Israël) , Réseau Voltaire, février 1982.

[5] Le plan A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm, Institute for Advanced Strategic and Political Studies, July 2006, a été attribué à ses signataires, principalement Richard Perle et Douglas Feith. Cependant, selon ce dernier, le texte a été rédigé par David Wurmser sans que les signataires aient la possibilité de le modifier. Voir “Credit for Israel Report Clarified”, Douglas Feith, Washington Post, September 16, 2004.

[6] Interview du général Anwar Al-Eshki par la BBC, en 2011. https://youtu.be/EGu3sh4MMK8.

[7] “Syria’s Pipelineistan war”, Pepe Escobar, Al-Jazeera, August 6, 2012. “Syria intervention plan fueled by oil interests, not chemical weapon concern”, Nafeez Ahmed, The Guardian, August 30, 2013. “​Syria attraction : Russia moving into Eastern Mediterranean oil bonanza”, William Engdhal, Russia Today, Januray 13, 2014. “Why the Arabs don’t want us in Syria”, Robert Kennedy Jr, Politico, February 23, 2016.

[8] « Alain Juppé accusé par sa propre administration d’avoir falsifié les rapports sur la Syrie », Réseau Voltaire, 20 mars 2012.

[9] France, Syrie et Liban 1918-1946 : Les ambiguïtés et les dynamiques de la relation mandataire, Nadine Méouchy, Presses de IFPO, 2013.

[10] Accord franco-turc signé par Alain Juppé et Ahmet Davutoğlu, 2011, non-publié.

[11] « Serment national turc », Réseau Voltaire, 28 janvier 1920.

[12] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 1, 2006.

[13] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 8, 2013.

[14] « Londres, Paris et Tel-Aviv seront-ils sanctionnés par Moscou et Washington ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 septembre 2018.

[15] « Les implications de la création d’une gestion intégrée moderne de l’espace aérien syrien », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 2 octobre 2018.

[16] “Trump eyeing Arab ‘boots on the ground’ to counter Iran in Syria”, Travis J. Tritten, Washington Examiner, September 29, 2018.

[17] “Remarks by Walid Al-Moualem to the 73rd Session of the United Nations General Assembly”, by Walid Al-Moualem, Voltaire Network, 29 September 2018.

[18] « L’affaire Skripal : le mensonge de trop ? », par Michael Jabara Carley, Traduction Jean-Marc Chicot, Strategic Culture Foundation (Russie) , Réseau Voltaire, 23 avril 2018.

[19] “Plan to overthrow the Venezuelan Dictatorship – “Masterstroke””, by Kurt W. Tidd, Voltaire Network, 23 February 2018. « Le « Coup de Maître » des États-Unis contre le Venezuela », par Stella Calloni, Traduction Maria Poumier, Réseau Voltaire, 11 mai 2018.

http://www.voltairenet.org/article203344.html

Guerre froide 2.0 : La menace russe pour la paix et la dépendance de l’Amérique à la guerre

Guerre froide 2.0 : La menace russe pour la paix et la dépendance de l’Amérique à la guerre


Entrevue avec Global Research


Par Dmitry Orlov – Le 2 octobre 2018 – Source Club Orlov

Global Research : Nous sommes rejoints par Dmitry Orlov. Il est écrivain, blogueur et analyste géopolitique russo-américain. Son travail s’est concentré sur le déclin et l’effondrement économiques, écologiques et politiques aux États-Unis, et il est également l’auteur de nombreux articles. Ses livres comprennent Réinventer l’Effondrement : L’expérience soviétique et les perspectives américaines et Rétrécissement de la technosphère : Se familiariser avec les technologies qui limitent notre autonomie, notre autosuffisance et notre liberté. Il nous rejoint ici depuis Moscou. Merci beaucoup de revenir dans notre émission Dmitry.


Dmitry Orlov : C’est bon d’être avec toi Michael.

GR : Maintenant, je pense que la première chose que je voulais évoquer, ce sont les nouvelles récentes. Il y a eu…. récemment, les forces syriennes ont abattu un avion de reconnaissance russe Il-20, mais l’armée russe a fait valoir qu’il s’agissait en fait d’un résultat des actions israéliennes. Je crois qu’elle a annoncé qu’il s’agissait d’utiliser cet avion pour se cacher dans sa signature radar, et c’est en réponse à cet incident que plusieurs batteries de missiles S-300 sont parvenus en Syrie.

Je sais qu’il y a des commentaires… Le Saker, par exemple, a dit qu’il s’agit de facto d’une mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie. Nous savons maintenant que les choses ne se sont pas très bien passées jusqu’à présent pour les objectifs impériaux américains dans ce pays. Je me demande quelle est l’importance de ce dernier événement dans le contexte général de ce que nous avons vu ?

DO : Eh bien, c’est un peu un signal d’alarme pour les Israéliens parce que la Russie a été extrêmement conciliante en ce qui concerne les préoccupations d’Israël en matière de sécurité. On se rend compte que la rhétorique venant de Téhéran a été assez virulente. L’Iran se dit toujours qu’il a pour objectif de détruire Israël. Il n’y a aucun moyen pour Israël de ne pas réagir à une telle provocation, et le fait qu’il y ait maintenant des troupes iraniennes près de la frontière israélienne et qu’il y ait une fabrication d’armes sur le territoire syrien les inquiète au point que les Russes doivent laisser Israël s’occuper de ses propres problèmes de sécurité.

Mais les Israéliens ont agi de la manière la plus irresponsable parce qu’ils ont donné moins d’une minute d’avertissement avant que cette attaque ne se déclenche. Ils ont de plus mal nommé les cibles et ils se sont mal comportés dans l’espace aérien en ce sens qu’ils n’ont pas pu ne pas voir ce gros avion à hélices qui ne représentait absolument aucune menace pour personne. Ils savaient qu’il y aurait des tirs anti-aériens et ils les ont attirés non sur eux-mêmes mais sur cet avion. Il y a eu d’autres malheureuses mésaventures, qui seront toutes révélées à la suite de l’enquête, il est donc encore trop tôt pour le dire.

Mais la réponse de la Russie a été essentiellement de dire aux Israéliens qu’ils ne pouvaient plus le faire et qu’ils devaient armer les Syriens d’un système de défense aérienne plus moderne, qui était probablement déjà en place. Il vient d’être remis au commandement syrien.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une évolution majeure. Je pense que la Russie et Israël vont arranger les choses. Je ne pense pas qu’Israël va cesser d’attaquer des cibles sur le terrain en Syrie [en réponse] à des actions qu’il considère comme provocatrices. Il craint beaucoup les roquettes de précision, les armes de précision, construites en Syrie ou introduites clandestinement en Syrie, qui peuvent être introduites clandestinement en Israël ou être tirées sur Israël depuis le Liban ou depuis la Syrie elle-même.

GR : Oui, je veux dire, je pense qu’on voit depuis longtemps que la tentative américaine de renverser ou d’instiguer un changement de régime à Damas ne fonctionne pas. Même le projet de balkanisation, l’idée de balkaniser la Syrie d’une manière qui favorise les États-Unis, l’OTAN et leurs laquais impériaux si vous voulez le dire ainsi, il semble y avoir une certaine agitation. Quelles sont, selon vous, les options qui s’offrent aux États-Unis à l’heure actuelle ? À défaut d’une déclaration de se rendre.

DO : Eh bien, il n’y aura pas de déclaration de reddition. Ne nous faisons pas d’illusions. Fondamentalement, ce que les États-Unis font en Syrie [est] semblable à ce qu’ils font partout ailleurs : ils génèrent de l’activité afin d’être en mesure de commander plus de systèmes d’armes, plus de munitions, pour essentiellement user du matériel de guerre, parce que c’est ce dont les entrepreneurs ont besoin, et ces entrepreneurs, du complexe militaro-industriel, financent diverses campagnes au Congrès. C’est comme cela que fonctionne l’écosystème politique, et ce qui se passe sur le terrain n’est qu’une sorte de spectacle secondaire.

Maintenant, en termes d’objectifs stratégiques, quels qu’ils soient, les États-Unis ne les atteignent certainement pas. Il y a ce campement qu’ils ont à Al-Tanf dans le sud, il y a quelques autres endroits dans le nord où ils jouent avec les Kurdes, ce qui empoisonne leurs relations avec la Turquie. Ils ont complètement détruit Raqqa et n’ont fait absolument aucun effort pour nettoyer cette ville, pour la restaurer, de sorte qu’il y a encore des corps en décomposition enterrés sous des tas de décombres, et cela fait plusieurs mois. C’est essentiellement une atrocité humanitaire qu’ils ont perpétrée à Raqqa, mais ils ne font rien d’autre que gaspiller de l’argent et du matériel de guerre. Et je pense que c’est en fait leur but à ce stade-ci : générer une activité militaire.

GR : Eh bien, c’est un point intéressant. Je veux dire, nous ne parlons pas seulement du contrôle impérial des ressources et des secteurs stratégiques, mais aussi de l’idée d’utiliser les activités militaires comme moyen de générer des fonds pour les principaux entrepreneurs militaires, les entrepreneurs de la défense et les intérêts affiliés. Ce qui m’amène à une autre dynamique en jeu, l’armée américaine. C’est énorme, du moins en termes de sommes d’argent dépensées, plus d’une dizaine de fois [… plus que la Russie, NdT] – plus que les 10 pays suivants réunis. La Russie ne dépense pas autant d’argent, mais pourtant elle est stratégiquement beaucoup plus efficace dans la façon dont elle utilise et dépense son argent pour son armée.

DO : En termes de parité achat/efficacité, on en est à un dollar russe pour 10 dollars US en dépenses de défense. C’est vraiment le rapport. Les États-Unis doivent dépenser dix fois plus que la Russie pour obtenir des résultats identiques ou inférieurs. Il y a beaucoup de raisons à cela.

GR : Donc, en termes de parité, diriez-vous que la Russie est effectivement maintenant un rival militaire des États-Unis ? Peut-elle contrebalancer les États-Unis dans tous les domaines ?

DO : Oh, non, absolument pas. Essentiellement, la position russe consiste à s’assurer que les États-Unis et l’OTAN n’ont absolument aucun plan pour attaquer la Russie ou pour attaquer les alliés de la Russie. Pardonnez cette pensée. Mais à part cela, la position de la Russie est complètement défensive, et la position américaine – parce qu’il n’est pas nécessaire de défendre la patrie américaine contre qui que ce soit, personne ne prévoit d’attaquer les États-Unis – est purement offensive.

Maintenant, il faut dix fois plus de ressources pour attaquer que pour défendre. C’est généralement compris comme un principe. Ainsi, les États-Unis essaient de mener une politique qui ne les mène pas vraiment à la victoire, ni même à occuper une meilleure position. Cela les conduit à la faillite nationale, rien de plus.

GR : Eh bien, qu’en est-il de la dynamique économique qui s’est manifestée dernièrement ? Les sanctions qui sont imposées à la Russie et à l’Iran ? Et je me demande comment cela se passe au sein de l’UE, parce que les États-Unis sont alliés à l’Union européenne, mais les intérêts de l’Union européenne sont touchés par les sanctions, et je me demande donc si nous voyons une rupture potentielle de cette alliance ? Bien qu’il y ait eu des efforts, il y a toujours eu des efforts pour briser une alliance entre la Russie et la Chine, je me demande laquelle de ces alliances est la plus fragile, si je peux m’exprimer de cette façon.

DO : C’est vraiment difficile de savoir ce qui va craquer en premier. Il y a certainement une énorme tension entre Washington et l’Union européenne. Il y a une énorme montée de tension au sein même de l’Union européenne, à cause du mantra des libéraux qui ont commencé à faire entrer des quantités illimitées de migrants en Europe. Cela tourne sans aucun doute à un énorme, énorme problème, un énorme conflit interne à l’UE.

Aujourd’hui, les relations entre l’UE et la Russie n’ont pas vraiment été gravement endommagées par Washington et par ces sanctions que les Européens ont accepté bon gré mal gré, beaucoup d’entre eux se plaignant, malgré tout, tout au long du processus. En ce qui concerne, par exemple, la coopération énergétique entre l’UE et la Russie, elle est définitivement remise sur les rails, parce qu’il n’y a vraiment pas d’autres options que celle de faire des affaires avec la Russie pour que l’UE se fournisse en gaz naturel, et cela signifie aussi à ce stade de contourner l’Ukraine, car plus personne ne veut vraiment faire affaire avec ce pays. C’est une sorte de calice empoisonné.

Pour ce qui est de ce que les sanctions ont fait à l’économie russe, oui, elles leur ont coûté quelques points de pourcentage de croissance du PIB, mais l’effet bénéfique de ces sanctions est souvent sous-estimé. Cela a vraiment réveillé la Russie quant au fait qu’elle doit devenir autosuffisante dans de nombreux domaines. Elle est déjà devenue autosuffisante dans de nombreux domaines et elle travaille très dur pour atteindre l’autosuffisance dans davantage de domaines et pour trouver de nouveaux partenaires commerciaux qui ne la sanctionneront pas. Ainsi, les sanctions ont vraiment réveillé les Russes sur le fait que les Américains ne sont pas leurs amis, qu’ils ne seront jamais leurs amis, et cela les a incité à agir en conséquence.

GR : Au sujet de la situation économique américaine, ils ont une crise de la dette insoutenable. On dirait qu’ils ne pourront jamais s’en sortir même en rampant, qu’ils n’auront pas la capacité de maintenir leur trajectoire actuelle. Je veux dire, nous assistons probablement à un autre krach boursier, probablement le plus tôt sera le mieux, et je pense que c’est déjà écrit. Cela ne manquera pas d’affecter la façon dont les États-Unis se comportent dans le monde, même s’ils ne le disent pas à voix haute. Je veux dire, vous l’avez suggéré tout à l’heure.

Alors, lorsqu’il s’agit de cette dimension économique, et d’autres pays sont sans doute conscients de la non-durabilité de la situation économique américaine, comment voyez-vous les choses se dérouler ? Les choses vont-elles s’effondrer de façon désastreuse ? Ou est-ce qu’il y aura des gens sournois… des gens qui voudront s’éloigner de ce pôle secondaire, l’axe Russie-Chine-Iran, si vous voulez. Sur le plan économique, comment les gens, comment les pays concurrents vont-ils réagir à ce qui semble être la fin inévitable … et l’effondrement de l’économie américaine ?

DO : Eh bien, je pense que cette fin est écrite sur le mur depuis très longtemps maintenant. C’est juste une question du quand, et personne ne connaît la réponse. Et la grande tâche à laquelle sont confrontés de nombreux pays dans le monde en ce moment, et c’est une tâche énorme, c’est la dé-dollarisation. Vous avez quelque chose comme cent quatre-vingts monnaies différentes qui utilisent toutes le dollar américain pour commercer les unes avec les autres, qui ont toutes des listes de prix en dollars, qui se convertissent en dollars pour commercer les uns avec les autres, puis se reconvertissent et utilisent le fait qu’il y a cette énorme réserve de liquidités en dollars qu’ils peuvent exploiter en tout temps quand bon leur semble.

Mais l’inconvénient, c’est que chaque fois que quelqu’un négocie avec le dollar américain, il devient partie intégrante de la juridiction américaine et fait l’objet de sanctions américaines. Et il fut un temps où les États-Unis étaient en quelque sorte un bon citoyen – un bon citoyen du monde – qui se permettait de profiter du fait que tout le monde utilise le dollar américain. Maintenant, il y a d’énormes avantages pour les États-Unis. Mais en retour, ils permettaient aux gens d’utiliser le dollar comme ils le souhaitaient. Mais maintenant, avec Trump en particulier, avec ses politiques commerciales, les États-Unis exigent que d’autres pays utilisent le dollar dans l’intérêt économique des États-Unis et à leur propre détriment. Et c’est là que tout le monde se réveille et le remarque.

Mais il s’agit ensuite de dé-dollariser, et c’est une tâche énorme, car la Chine n’est pas vraiment prête à remplacer le dollar par son propre yuan. Personne ne s’attend vraiment à ce que la Chine intervienne et joue un rôle aussi important aussi rapidement. La Chine met généralement beaucoup de temps à faire de tels ajustements et fait de nombreux petits pas. Et personne d’autre ne veut vraiment le faire non plus.

Donc, nous sommes dans une période où il y aura beaucoup de demi-mesures, beaucoup de mesures forcées seront prises si la situation se détériore soudainement. Mais je pense qu’il y a de très bonnes chances que le commerce international et les chaînes d’approvisionnement internationales subissent beaucoup de dommages si ces liquidités en dollars s’évaporent, parce que les deux seules façons, et c’est en fait la même, de sortir de cette crise dans laquelle les États-Unis se sont mis avec le taux de croissance totalement insoutenable de leur endettement, est soit un effondrement déflationniste soit un effondrement inflationniste, ou une combinaison des deux.

On risque de voir les prix baisser dans certains domaines et une hyperinflation dans d’autres. Il y aura d’énormes distorsions économiques et le reste du monde devra simplement coexister. Ils ont une réserve de dollars, ils utilisent cette réserve de dollars pour commercer entre eux, ils ont des contrats signés qui sont tous en dollars. Alors, comment peut-on dé-dollariser ça ? C’est une tâche gigantesque.

GR : Oui, je m’intéresse un peu à votre façon de voir… les messages des médias au sujet de ces réalités, parce qu’ils semblent provoquer de fortes diversions. Je veux dire qu’il y a les attaques de longue date…. Eh bien le … Russiagate, les attaques contre Trump que nous voyons de façon continue, je veux dire qu’il y a beaucoup de choses ridicules à ce sujet et particulièrement… ce que nous avons vu récemment dans cette affaire Skripal.

Et ça… Ce qu’ils essaient d’expliquer, c’est qu’il y a ces deux ex … cet espion qui a été assassiné par ces deux agents russes, et cette histoire semble s’effondrer au fur et à mesure que vous la regardez de plus prêt. Il semble bien que, comme Theresa May et ses alliés, les médias retro-pédalent autour de ce récit défaillant. Que pensez-vous de la façon dont les médias continuent de propager cette mythologie sur la Russie et … sa toxicité sur la scène internationale ? S’agit-il d’une manifestation… Y voyez-vous une manifestation de votre thèse de longue date sur l’effondrement, l’effondrement de l’Empire ?

DO : Eh bien, je pense que l’Occident, l’Occident dans son ensemble, s’est heurté à la Russie comme une sorte d’objet inébranlable qui lui est totalement indigeste, qui ne peut être traité. Et cela coïncide avec une baisse catastrophique de la qualité du leadership occidental. Qu’il s’agisse de Trump, de Theresa May, d’Emmanuel Macron ou de tous ces récents dirigeants européens, à quelques exceptions près, ils sont tous absolument incapables d’être cohérents, sans parler de formuler une stratégie ou des plans. Ils échouent, et tout le monde voit qu’ils échouent, et ils ne peuvent pas s’en empêcher. Ils se contentent de continuer le récit qu’ils ont concocté.

Avec l’affaire Skripal, c’est grotesque. Il n’y a absolument aucune preuve derrière l’histoire britannique, et il y a beaucoup de faits qui sont tout simplement complètement contradictoires et qui nient le récit qui a été exprimé. Les Russes sont donc heureux de rester les bras croisés et d’ignorer tout cela. Ils savent qu’il y aura des sanctions, que ces sanctions n’ont rien à voir avec les armes chimiques, qu’elles n’ont rien à voir avec quoi que ce soit d’autre : la Russie est assise sur un stock de ressources énergétiques qui va durer des centaines d’années.

Et elle a assez pour exporter aussi longtemps qu’elle le juge bon. Mais en réalité, elle veut devenir indépendante des exportations d’énergie, et c’est un gros problème pour l’Occident, car l’Occident n’a absolument aucune stratégie pour devenir indépendant des importations énergétiques russes. Il n’y a rien qu’il puisse faire à ce sujet, sauf essentiellement faire tout ce que la Russie est prête à faire pour lui, accepter de coopérer avec la Russie.

Il est fondamentalement en train de sauter dans tous les sens parce qu’il a ce problème qu’il ne peut pas résoudre. Il ne peut pas attaquer la Russie militairement. Il essaie d’attaquer la Russie sur le plan économique, mais cela ne fonctionne pas. Il essait d’isoler la Russie et, de ce fait, la Russie renforce ses liens avec des pays du monde entier. L’organisation de coopération de Shanghai représente aujourd’hui près de la moitié du PIB mondial, soit près de la moitié de la population mondiale. Et c’est une organisation de sécurité dont la Russie fait partie.

L’Occident essait de mettre en scène de petites provocations comme les petits exercices d’entraînement le long de la frontière russe dans les pays baltes qui sont censés effrayer la Russie. Maintenant, si l’OTAN attaquait la Russie, la Russie la stopperait. Cela n’a pas vraiment de sens en tant que plan, mais cela a un sens en tant que récit interne, quelque chose que ces dirigeants occidentaux incompétents peuvent dire à leur propre peuple.

GR : Dmitry, je pense que nous allons en rester là, mais je tiens vraiment à vous remercier. J’apprécie vraiment votre façon de penser unique et avant-gardiste et les idées que vous partagez avec nous et nos auditeurs. Merci beaucoup de vous joindre à nous.

DO : Merci, Michael.

GR : Nous avons parlé avec Dmitry Orlov, ingénieur, écrivain et blogueur russo-américain. Vous pouvez voir plus de ses articles sur le site cluborlov.com.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/guerre-froide-2-0-la-menace-russe-pour-la-paix-et-la-dependance-de-lamerique-a-la-guerre

 

Mamy et la guerre nucléaire…

Mamy et la guerre nucléaire…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Mamy et la guerre nucléaire…

05 octobre 2018 – Comme l’on sait, y compris en lisant ce site, l’ambassadrice des USA à l’OTAN, madame Kay Bailey Hutchison, respectablement âgée de 75 ans et auréolée du titre de gloire d’être la première femme sénatrice de l’État du Texas en 1993, baptisée “Mamy” à l’OTAN, a fait avant-hier une déclaration fort remarquée. Elle a déclaré que si les Russes déployaient leurs missiles 9M729, les USA “élimineraient”  préventivement cette chose qui viole, selon les mêmes USA, le traité INF de décembre 1987.

Sa réponse à un journaliste : « A ce point, nous devrions considérer la possibilité d’éliminer un missile [russe] qui pourrait atteindre n’importe lequel de nos pays [en Europe].. » Puis encore : « Des contre-mesures seraient prises [par les USA]pour éliminer les missiles qui sont en développement en Russie en violation du traité… Ils[les Russes]sont avertis. » Tout cela fut néanmoins suivi, quelques heures plus tard, par un tweet selon lequel « je ne voulais pas parler d’une attaque préventive en Russie. Mon intervention concernait le retour de la Russie dans les obligations du traité INF ou bien nous déploierons nous-mêmes des capacités pour protéger les intérêts des USA et de l’OTAN. La situation actuelle, avec une violation patente du traité par la Russie, est intenable. »

Laissons-là la suite de la querelle, qui repose d’ailleurs sur une complète absence de preuve de la présence de ces missiles, – mais il est vrai que la nouvelle-morale, surtout à propos des Russes, est bien “vous êtes coupable tant que vous n’avez pas prouvé votre innocence”. (La culpabilité n’a pas besoin de preuves, par contre l’innocence en a diablement besoin.) Ce qui est le plus remarquable à mes yeux, c’est bien la déclaration initiale de l’ambassadrice Hutchison, très texane (« to take out the missiles »), et qui signifie effectivement et sans aucun doute “éliminer” la chose à-la-texane. Elle a corrigé l’esprit de la chose, mais elle a bien dit ce qu’elle a dit, l’ambassadrice.

On dira, – fort justement à mon sens, – qu’elle parle comme ce secrétaire à l’intérieur Ryan Zinke qui menace la Russie d’un blocus dont la Russie dit justement qu’il équivaudrait à une “guerre” ; ou encore comme ce Rick Perry, secrétaire à l’énergie, qui vient à Moscou faire le “flic global” (global cop)… Tiens, ce Perry justement, ancien gouverneur du Texas, qui avait bataillé et battu Mamypour la désignation républicaine à ce poste de gouverneur en 2010. Ce sont tous des gens qui disent ce qu’ils ont à dire, le Colt à la ceinture et sans prendre de gants ; finalement, assez proches du modèle-standard (Trump) mais aussi de l’état d’esprit général régnant à Washington où l’on s’étripe sans pitiédans un désordre indescriptible de corruption et d’hystérie et d’où l’on admoneste le reste du monde en lui conseillant fortement et avec pressions à l’appui de prendre exemple sur l’exceptionnalité américaniste.

Ce style, ce modèle-standard ne sont pas anodins, et surtout pas dans le cas de l’ambassadrice Hutchison. Il faut bien comprendre certains des aspects du commentaire qui l’accompagne dans le texte de ce jour, et notamment ces deux passages que je vais citer

• « Le tout est effectivement résumé par le titre : il s’agit d’une “première depuis la Guerre froide”, – et quelle “première” ! Nous dirions même que, durant la Guerre froide, il n’y eut pas de telles déclarations d’intention de frappe d’un certain type d’armement de théâtre, dans des termes qui font juger à certains qu’il peut s’agir d’une frappe préventive, et au pire une frappe préventive par surprise, c’est-à-dire déclenchée en temps de paix, et tout cela “détaillée” opérationnellement. »

Il est vrai que, même durant la Guerre froide, il n’y eut jamais de déclaration de cette sorte, je veux dire une menace d’attaque aussi précise, aussi technique, aussi opérationnelle. Lorsque les uns et les autres se menaçaient, c’était en général une démarche qui portait avec elle la possibilité d’une sorte d’anéantissement réciproque, cette issue qui accompagnait comme une ombre terrible tout ce qui, de près ou de loin, pouvait déboucher sur une guerre nucléaire. Alors, on peut comprendre que la menace, si elle était proférée par l’un, valait également pour les deux adversaires qui devenaient involontairement, inconsciemment si l’on veut, des “partenaires” menacés tous deux par cet anéantissement, et qui seraient conduits au bout du compte à chercher un arrangement par la négociation pour éviter le moindre germe, le plus petit risque de conflit.

• C’est cette idée qu’on retrouve lorsque, dans le deuxième extrait, l’on décrit l’attitude de Poutine, en la posant comme un complet contraste avec celle de Hutchison (des USA). « D’une certaine façon, Poutine avertit qu’il faut éviter toute possibilité de conflit parce qu’en ce cas une attaque contre ces batteries US en Roumanie et en Pologne deviendrait une nécessité stratégique pour les Russes, tandis que la pensée que reflètent les propos d’Hutchison implique que la destruction des missiles russes serait la condition pour éviter un conflit. »

Encore une fois, je ne veux pas parler ici d’une comptabilité de quincaillerie, d’un jugement sur la juste attitude ou non de l’un ou l’autre, etc. Je veux mettre en évidence une différence d’état d’esprit dans la perception et la considération du fait nucléaire. On retrouve chez Poutine l’état d’esprit de la Guerre froide par rapport à la possibilité d’un conflit, principalement celui qui opposerait les USA à la Russie, avec l’hypothèque du nucléaire qui l’accompagne nécessairement. Cela ne fait aucun doute et s’accorde totalement à la personnalité de Poutine, son expérience, la force de sa volonté, la situation et la politique de la Russie, etc.

Chez Hutchison, et avec elle chez la plupart des dirigeants et responsables du bloc-BAO, dans la facilité avec laquelle ils envisagent un conflit, une attaque, une confrontation, cela jusqu’à des provocations essentiellement de communication, absurdes et stupides, on distingue la complète désintégration de la perceptiondu temps de la Guerre froide, de la catastrophe absolue que constitue la guerre nucléaire. Sans la moindre hésitation ni réserve, je considère ce phénomène comme un trait psychologique et un fondement culturel nouveau, sans aucune référence à une tendance politique ou à un engagement idéologique, c’est-à-dire affectant n’importe qui dans les directions et les élites-Système.

Il y a dans cette attitude une sorte d’irresponsabilité extraordinaire, une croyance totale à une situation de simulacre. Je ne dis pas que l’on raisonne selon la ligne que je distingue, mais simplement qu’on y cède par affaiblissement de l’esprit, de sa raison, de son expérience, avec la connaissance du passé et la conscience de la hauteur des enjeux réduites à zéro. C’est comme si l’on se trouvait dans un monde où, par laisser-aller et laisser-faire de la pensée, et surtout du fait d’influences épouvantables qui pèsent sur nous, l’arme nucléaire était devenue une arme comme une autre et que l’on pouvait ainsi s’y référer de cette façon ; certes, une “arme de destruction massive”, mais pas vraiment plus terrible que les autres et, à la limite, quand on entend le bruit fait autour d’une attaque chimique par ailleurs fabriquée de bout en bout, comme une arme de destruction massive finalement moins dangereuse que le chimique.

Il y a une extraordinaire démission de l’échelle de la légitimité et de l’autorité de la perception des puissances qui nous entourent. Pour le fait de l’arme nucléaire, je crois qu’il s’agit d’une démission du sacréqui a existé pour caractériser la perception de cette arme et de sa capacité d’anéantissement, et de sa volonté de n’en pas user à cause d’une perception métaphysique de ses effets. Il faudra revenir sur ce point de façon beaucoup plus détaillée car il est rien moins qu’essentiel.

D’une façon qui pourrait sembler paradoxale, je ne conclurais pas de tout cela que la guerre nucléaire est plus proche pour autant. On voit bien que ce que je décris marque d’abord une dégénérescence de la psychologie, un affaiblissement de l’esprit, par conséquent une déficience du caractère et de la volonté. Tous les “actes” décrits, comme la déclaration de Hutchison, n’en sont pas justement, mais restent de l’ordre de la communication. Passer à l’acte, à une véritable décision de guerre, et de guerre nucléaire, implique une force de volonté de maîtrise de processus bureaucratiques et juridiques qui, aux USA, dans ce pays en pleine décadence d’effondrement, envahissent tout dans le sens de la paralysie, plus puissants que jamais, – une force de volonté dont ils sont manifestement dépourvus.

Tout cela ne nous rapproche nullement de la Troisième Guerre mondiale comme dans un enchaînement inéluctable et en constante arrestation ; nous en sommes si proches depuis longtemps à cause d’événements provenant de simulacres qui nous dominent par déterminisme-narrativiste, sans pourtant parvenir à franchir le pas. Ma conviction qui ne cesse de se renforcer est que ce Système surpuissant basculant dans l’autodestruction alimente de moins en moins chez ses employés et exécutants la capacité psychologique et bureaucratiquede parvenir à déclencher une Troisième Guerre mondiale, au contraire ne cesse de les affaiblir. Par contre, cet affaiblissement constant du comportement alimente une formidable dissolution interne, particulièrement du pouvoir, qu’on constate tous les jours, et à quelle rapidité...

http://www.dedefensa.org/article/mamyet-la-guerre-nucleaire

Droite extrême : le « grand retournement » idéologique

Droite extrême : le « grand retournement » idéologique

Par le biais de chroniqueurs comme Eric Zemmour et portée par un mouvement plus profond, la droite extrême s’est imposée dans la bataille des idées en avançant une « pensée illibérale » et anti-68 nous explique le chef du service Débats au « Monde » Nicolas Truong.

La droite extrême s’est ainsi imposée dans la bataille des idées, et la « pensée anti-68 », comme dit le philosophe Serge Audier, tient le haut du pavé. « Le vent souffle à droite », constate la philosophe Elisabeth Badinter, alertée par les mouvements antiavortement et ceux issus de La Manif pour tous, rassemblés dans « la sainte alliance des réactionnaires » (Le Monde daté du 13 avril 2018). […]

Un renversement des valeurs du progressisme qui repose sur un « antilibéralisme intégral » (l’extension des droits de l’individu est associée au règne de l’illimitation de l’individualisme consumériste), une offensive axée sur « l’exaltation d’un peuple essentialisé » forcément méprisé par les élites, une guérilla conceptuelle tournée vers une critique obsessionnelle de « l’événement repoussoir » qu’est devenu Mai 68, sans oublier une « radicalisation des aversions » dominée par une hypertrophie du langage – par laquelle on assimile sans ambages le libéralisme ou le pédagogisme à des « totalitarismes ».

De Maurras à Gramsci, les références de ces pamphlétaires réactionnaires mêlent aussi bien des catholiques royalistes que des communistes révolutionnaires.

C’est pourquoi l’on peut entendre dans cette littérature « une pensée de droite dans un langage de gauche » […]

Le Monde

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/09/droite-extreme-le-grand-retournement-ideologique.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail