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Négociations Brexit et gros sous

Négociations Brexit et gros sous

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Négociations Brexit et gros sous

Combien l’Union européenne exige-t-elle du Royaume-Uni en guise de « solde de tout compte » pour le Brexit, pourquoi ce paiement, pourquoi le gouvernement britannique est-il si embarrassé et agité – et pourquoi l’échec des négociations débouchera très probablement sur un Brexit « dur » sans accord commercial.

Voici la première des « Leçons de choses du Lundi » du Nœud Gordien.

Série « Les leçons de choses du Lundi » – N°1

La question de fond : Payer combien, et d’ailleurs pourquoi ?

Mettant à part tout l’aspect politique de la question – certes fondamental, et on y reviendra plus loin – qu’est-ce que la Grande-Bretagne devrait payer, dans le sens « ce qu’il serait juste qu’elle paie » lorsqu’elle quittera l’UE le 29 mars 2019 ? Il ne s’agit pas ici de ce qu’on essaiera de lui faire payer – davantage, évidemment – ni de ce qu’elle essaiera de payer – beaucoup moins, naturellement. Mais plutôt de ce qu’il en serait si la chose était décidée en toute justice (certes, on peut toujours rêver !)

Il s’agit ici non des contributions acquittées régulièrement jusqu’à la date de la sortie – que personne ne remet en question – mais du « solde de tout compte » que l’UE exige de la part de Londres.

Des chiffres entre 40 et 100 milliards d’euros ont circulé, ce qui est fort imprécis – et à partir de 0 milliard et 0 centime, du point de vue de certains partisans de longue date du Brexit !

D’une manière générale, on trouvera dans la presse et les communications et autres « petites phrases » des uns et des autres de part et d’autre de la Manche ce genre de chiffres assénés avec autorité – mais guère de détails un tant soit peu clairs sur ce que cette somme recouvre, et comment c’est calculé. Pour essayer d’y comprendre quelque chose, la source la plus complète semble bien être cette étude de 14 pages (PDF, en anglais) d’Alex Barker, le chef du Bureau Europe du Financial Times. Le texte est clair quant à la composition du total et quant aux raisons de considérer tel ou tel paiement comme justifié ou non.

Le montant

Suivant les hypothèses (voir page 10) Barker arrive à :

• Un paiement net de 57 à 73 milliards d’euros, dans une position pro-UE maximaliste qui inclurait aussi les passifs éventuels là où l’UE s’est portée garante pour l’avenir – essentiellement des conséquences éventuelles différées de la crise financière.

• Une vue plus modérée se situerait entre 48 et 61 milliards, sans ces éventuels passifs.

• Enfin une position favorable au RU aboutirait à un total entre 25 et 33 milliards, excluant les subventions promises à Pologne, Hongrie et République tchèque pour 2019 et 2020 et incluant la remise sur la contribution 2018, qui serait payée l’année suivante.

Payer ou pas

Voir encore une intéressante revue (pages 11 et 12) des arguments légaux d’un côté et de l’autre sur la question de principe le RU aurait-il quoi que ce soit à payer après sa sortie – en somme, l’ « option 0 » rêvée par les pro-Brexit intransigeants :

• Il n’y a que peu de précédents légaux comparables, donc pas vraiment de jurisprudence applicable.

• Des arguments et dans un sens et dans l’autre peuvent être trouvés dans le droit international et le droit de l’UE – voir les discussions sur ce qui se passerait si l’Ecosse sortait du RU, certaines déclarations de Londres sur le partage dans ce cas des dettes communes allant… nettement dans le sens des intérêts de l’UE ! Dans l’ensemble cependant, pas une grande clarté.

• En cas d’effondrement des pourparlers et de Brexit « ultra-dur », c’est-à-dire non seulement absence de traité commercial pour l’avenir mais Londres qui refuserait de payer un centime après la date de sa sortie, l’affaire serait portée devant la Cour de justice de La Haye, qui se baserait sur l’article 70 de la Convention de Vienne sur les traités internationaux – comme par exemple le traité de l’UE est un traité international – donnant quelque espoir au RU de s’en sortir sans rien avoir à payer… mais pas de certitude, car l’article laisse une certaine place à l’interprétation.

Position de force

L’aspect politique est évidemment prépondérant : en définitive c’est la position de force dans les négociations qui décidera du montant à payer, sauf évidemment en cas de rupture des négociations. La Commission est dans une position forte parce que le temps joue contre le RU, et parce qu’elle est en mesure d’expliquer à tous les Etats membres restants qu’ils ont tout intérêt à ce que les Britanniques paient – les pays d’Europe centrale en particulier, traditionnellement plus proches des positions de Londres, ont du souci à se faire pour les futurs fonds de cohésion.

Comme l’écrit Barker « il est difficile d’apercevoir des contraintes politiques émerger d’elles-mêmes pour contraindre les exigences de l’UE à 27 » … autrement dit les gouvernements des pays membres n’ont aucune raison de se gêner (1)

Et comme il le discute page 13, il y a en fait des risques sérieux d’effondrement des négociations sur ce point, parce que les politiciens britanniques ne sont guère prêts à payer à l’UE, et encore moins à l’expliquer à leurs électeurs. L’information suivante est assez révélatrice… pour ne pas dire en décalage complet avec les exigences de l’UE !

« Le Trésor du Royaume-Uni, dans son budget de Novembre 2016, a attribué à d’autres usages les fonds avec lesquels il aurait réglé les contributions à l’UE après 2019 »

Qu’est-ce qui permettrait de contourner éventuellement cet obstacle ? Selon l’auteur, essentiellement des astuces de présentation. Plus quelques entourloupes quand même – bien dissimulées dans la conclusion de sa dernière page – c’est qu’il est tout de même sujet de Sa Très Gracieuse Majesté, et a les intérêts de son pays à cœur !

Mais il faut tout de même parler de l’aspect politique

Et donc de la perception de tout cela par les Britanniques.

Theresa May, même si elle obtient un répit de deux ans supplémentaires, sera tout de même confrontée à une difficulté politique chez elle. La période de transition impliquera, en effet, que la Grande-Bretagne bénéficie de l’accès au marché intérieur, paie sa quote-part, se soumette à la jurisprudence de la CJUE (la Cour de justice de l’Union européenne), mais… ne prenne plus part aux décisions de l’Union. « En effet, juridiquement, les Britanniques ne seront plus dans l’UE au 30 mars 2019, relève un diplomate français. Ils n’auront donc plus de droits de vote. Et ils devront respecter les décisions prises à 27 sans eux… C’est un véritable protectorat. »

« Une difficulté politique« … En effet, et c’est peu de le dire !

Voici le genre de caricature politique qui se trouve dans le Telegraph, journal certes conservateur mais… justement, Madame May l’est aussi. Nous ne parlons pas d’un tabloïd, il représente plutôt des opinions construites qu’à l’emporte-pièce.

C’est là le genre d’état d’esprit dans lequel se trouvent une grande partie des Britanniques, et certainement la plupart des partisans du Brexit.

Payer 60 milliards d’euros et rester soumis à la Cour de Justice de l’UE et devoir continuer la libre-circulation des Européens et ne plus avoir voix au chapitre ? A la City, le cœur financier de Londres, on l’espère sans doute très fort, et Madame May doit bien suivre, du moins faire ce qu’elle peut. Au final il est tout de même très difficile d’imaginer que ce genre d’accord soit acceptable pour la population britannique. Voir déjà la révolte d’une partie des conservateurs sur ce sujet avec cette Lettre ouverte à Theresa May des partisans les plus décidés du Brexit, y compris plus de 50 parlementaires conservateurs.

• Ils lui enjoignent de cesser toute négociation pour un accord de Brexit à moins que Bruxelles ne commence immédiatement les négociations sur la relation commerciale future – alors que la mission que les chefs d’Etat européens ont donnée à Michel Barnier consiste à d’abord fixer les détails de la séparation y compris financiers avant de négocier un accord commercial pour après la sortie.

• Les Britanniques utiliseraient alors le temps restant avant mars 2019 pour se préparer à des relations avec l’UE régies par les seules règles de l’OMC l’Organisation Mondiale du Commerce. Inutile de préciser – même s’ils ne l’écrivent pas – que la somme versée par Londres à Bruxelles comme solde de tout compte pourrait s’écrire avec un seul chiffre… celui qui a été autrefois inventé par les Indiens.

Cette lettre représente une forte pression sur Theresa May, qui n’est pas si confortable au Parlement (c’est une litote) et dont le siège à la limite pourrait s’avérer éjectable. Et la stratégie exigée reviendrait à lancer un ultimatum à Bruxelles.

Deux de leurs arguments ont un certain poids :

• S’il doit n’y avoir aucun accord, autant le savoir tout de suite car du moins l’incertitude sera levée et elle est toujours mauvaise pour les affaires.

• La stratégie de l’ultimatum – éventuellement du bluff – peut avoir ses avantages, étant donné que beaucoup de pays européens préféreraient conserver des relations économiques ouvertes avec le Royaume-Uni. Rappelons que Berlin a un excédent de 54 milliards de dollars dans son commerce avec Londres (2) C’est aussi ce qu’espère Nigel Farage, qui a estimé que « Angela Merkel (sous) pression de l’industrie allemande (est) le seul espoir ».

Reste le sujet qui donne des sueurs froides à tous les responsables politiques britanniques : à côté d’éventuelles « opportunités » économiques du Brexit, il y a aussi le « petit » détail du racket de l’ « industrie » financière.

Et si l’« industrie financière » de la City était réduite à la portion congrue ?

La contribution du centre financier de Londres – premier centre européen et centre financier mondial le plus réputé – aux finances publiques britanniques est très considérable. Qu’on en juge :

• D’après cet article du Daily Mail de 2017, le centre financier lui-même rapporterait 66 milliard de livres chaque année au Trésor britannique. Si l’on rapproche ce chiffre de ceux du budget (2016), nous parlons d’un peu plus de 9% du budget de l’Etat

• Selon cette autre estimation du Telegraph en 2015, la contribution de la City au budget aurait été de 11% en 2015 à comparer avec 13,9% en 2007

• La City publie elle-même chaque année un document nommé « Total Tax Contribution » (PDF, en anglais) qui comme son nom l’indique vise à bien faire comprendre au gouvernement à quel point il est dépendant de cette « industrie ». La dernière livraison (2016) situe la contribution directe aux impôts à « 11.5% of the UK Government’s total tax receipts », en hausse de 0,5% par rapport à 2015, pour un montant total de 71,4 milliards de livres. La majeure partie de ces revenus fiscaux provient des taxes sur l’emploi

En résumé, les seuls impôts directs sur la City représentent entre 9 et 11,5% des revenus du Royaume-Uni en tant qu’Etat, sans compter encore les impôts sur les activités induites. L’impact direct et indirect qu’aurait le départ d’une partie de la City risque d’être très important (3)

Ajoutons encore sa contribution à l’équilibre de la balance des paiements, sachant que la balance commerciale du Royaume-Uni était déjà dans le rouge de 221 milliards de dollars en 2016 avec un taux de couverture des importations par des exportations de seulement 65%, à comparer avec 90% pour la France qui pourtant ne va pas précisément très bien.

La question à cent balles – enfin, un peu plus – étant de savoir si l’activité financière sera gênée voire ruinée par le Brexit un peu, un peu plus, beaucoup, encore plus…

Le Gouvernement de Sa Majesté en a perdu son fameux sang-froid

Le gouvernement britannique est tiraillé, faut-il dire coincé et déchiré, entre d’une part :

La décision du peuple souverain – une formulation française à l’origine, mais c’est bien ainsi que les choses se passent en Grande-Bretagne quoi qu’il en soit de la théorie sur le « parlement souverain » – qui leur a dit clairement que c’est sortie de l’UE et contrôle de ses frontières nationales tout seuls comme des grands, et si le gouvernement ne veut pas eh bien il le fait quand même un point c’est tout

Et d’autre part :

Les énormes pressions de leur secteur financier – hypertrophié comme chacun sait – qui veut continuer à faire des affaires en Europe sur un pied d’égalité avec les banques d’UE, et pour ça il leur faut la liberté totale financière comme ils l’ont à ce jour, et puisque les autres pays de l’UE ne veulent pas la maintenir (4) sauf à maintenir en même temps la liberté d’immigration pour les Européens au Royaume-Uni et le pouvoir de la Cour de Justice européenne alors les financiers sont d’accord pour dire adieu au contrôle de ses frontières nationales et adieu au « comme des grands », sauf que… sauf que le populo risquerait d’en être vraiment faché

Et ça leur fait mal, au gouvernement britannique.

Surtout parce que la réalité politique est qu’il leur est pratiquement impossible de faire ce que leurs meilleurs instincts leur commanderaient de faire, c’est-à-dire donner tout ce qu’elle veut à Madame la City, et Monsieur le Peuple eh bien il irait se faire voir. Comme dans l’ancien temps, les gens de bien sont servis comme il faut – bien, donc, puisque ce sont des gens de bien, c’est élémentaire quand même – tandis que le vulgaire, eh bien il a le sourire de M’dame Maggie, il peut l’envelopper dans un Union Jack si ça lui chante, et il faudra bien que ça lui suffise.

Oui mais en pratique ils ne peuvent pas. Ne peuvent plus. C’est ça le principe du référendum… une procédure de « Frog » (Français) un truc pareil (5)

Alors on rêve d’avoir « le beurre et l’argent du beurre », on presse on complote on pleurniche on fait des représentations aux uns et aux autres. Ce ne serait pas possible d’avoir les deux ? Non ? Nan mais vraiment pas ? On en pleure des rivières sa petite maman.

Et ça ne marche pas.

Et avec l’article 50 on s’est mis sur une trajectoire de sortie qui aboutira le 29 mars 2019. Alors il va bien falloir faire quelque chose quand même.

Difficile pour un gouvernement coincé entre un peuple britannique qui maintient sa décision de partir et une City debout sur le frein de tout Brexit « dur »

Ce à quoi les Britanniques seront forcés, c’est-à-dire accepter leurs pertes – une bonne partie si ce n’est le plus clair des trafics de l’activité de la City – faire contre mauvaise fortune bon cœur et se dire que le vin étant tiré, il faut le boire, le gouvernement ne pourrait-il s’y résoudre dès maintenant, avec l’argument que la situation n’ayant guère de chance de changer, autant réduire la période d’incertitude tout en faisant preuve d’un tant soit peu d’assurance et de respect de soi ?

Outre-Manche, on appelle ça garder la lèvre supérieure rigide – «  keep a stiff upper lip » – une vertu ancestrale que… eh bien, les ancêtres avaient eux, oui.

Pour l’instant, ce n’est pas vraiment ça.

Mais un de ces jours pas si lointain, les Britanniques vont la retrouver, cette vertu ancestrale – c’est qu’ils y seront bien forcés. Et puis ça ne disparaît pas comme ça, ce genre de choses. A force de fouiller dans les malles au grenier, les vieux souvenirs de l’Empire et tout ça, on finit par retomber dessus.

… Quant aux soixante milliards pour les finances de l’UE, autant ne pas trop y compter. La question sera plutôt : programme d’austérité dans les dépenses au niveau de l’Union, ou contributions plus importantes des Etats membre restants ?

Il fut un temps où Londres obtenait des autres capitales un « chèque » de réduction de sa contribution. Les Britanniques accepteraient-ils qu’au moment même où ils décident de partir, ce soit eux qui cette fois-ci doivent faire le chèque ?

Nul n’est obligé d’y croire… Et le Brexit sera dur

Alexis Toulet

Article publié le 13 novembre 2017 sur le site Le nœud Gordien.

http://www.dedefensa.org/article/negociations-brexit-et-gros-sous

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La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Les carnets de Nicolas Bonnal

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La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Cela semble une provocation, mais c’est pourtant la réalité. La haine que suscite la Russie dans les vieilles nations impérialistes et colonialistes comme la France, les USA et l’extravagant Royaume-Uni (lisez Hobson qui parlait de l’inconsistance britannique) ne peut s’expliquer que comme cela. Et la disparition de l’U.R.S.S. a facilité le retour du refoulé impérial, tout comme il a favorisé le retour du refoulé antisocial, avec ces 400 américains plus riches que 200 millions d’autres (voyez les data rassemblés par Michael Snyder). La fin de l’UR.S.S. a annihilé toutes les politiques sociales, et le seul prix Nobel honnête d’économie Stieglitz l’avait confirmé. La débandade sociale de l’Europe germanique-libérale est caractérisée par le retour du travailleur-esclave à 400 euros/mois.

C’est une restauration, comme l’écrivait Pierre Bourdieu en 1997, et nous sommes revenus au temps des canonnières et des empires…

Mais cette fois les vieillissants empires occidentaux trouvent à qui parler.

Récemment l’écrivaine Rebecca Toledo notait :

« La fin de l’Union soviétique et de la Révolution Russe ont vu une augmentation des agressions impérialistes dans le monde. L’Irak, la Somalie, la Yougoslavie, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie ont tous été envahis par les États-Unis depuis que le camp socialiste n’est plus là pour faire contrepoids. C’est le signe indéniable de son importance, non seulement pour empêcher les guerres impérialistes, mais aussi comme inspiration et comme base du socialisme et de l’émancipation des peuples. »

C’est pourquoi la Russie apparaissait comme le pays à abattre dès les années 2000. Emmanuel Todd toujours inspiré dans son Après l’empire écrivait :

« Les États-Unis sont en train d’échouer dans leur tentative pour achever ou, plus modestement, isoler la Russie, même s’ils continuent de faire comme si leur vieil adversaire stratégique ne comptait plus, soit en l’humiliant, soit en affectant la bienveillance qu’on doit à un moribond, parfois en combinant les deux attitudes. »

Todd soulignait aussi la supériorité intellectuelle russe, qui est devenue marquante depuis deux ans :

« Quelle que soit l’intelligence du livre de Brzezinski, il y avait dans la métaphore de l’échiquier de son titre un je-ne-sais- quoi d’acte manqué, au sens freudien, comme un pressentiment de ratage : on ne devrait pas jouer aux échecs avec les Russes dont c’est le sport national. »

Alors qu’on accuse les russes de tous les maux totalitaires possibles et surtout imaginaires, Todd ajoutait cette évidence :

« Elle a abattu par elle-même le régime totalitaire le plus complet jamais mis en place dans l’histoire de l’humanité. Elle a accepté sans violence que ses satellites d’Europe de l’Est prennent leur indépendance, suivis des pays baltes et des républiques du Caucase et d’Asie centrale. Elle a accepté la fission du cœur proprement russe de l’État, la séparation de la Biélorussie et de l’Ukraine. Elle a admis que la présence d’énormes minorités russes dans la plupart des nouveaux États n’interdisait pas leur indépendance. »

Sur cet universalisme démocratique russe, qui fait plier les colonialismes les plus tarés, Todd ajoute :

« Le communisme, doctrine et pratique de servitude, inventé par elle, a séduit à l’extérieur de l’empire russe des ouvriers, des paysans, des professeurs, constituant l’aspiration communiste en force planétaire… Le communisme s’est affirmé comme une doctrine universelle, offerte au monde, pour son malheur je le reconnais. Cette approche universaliste a permis la transformation de l’empire russe en Union soviétique. Le bolchevisme a aspiré vers ses cercles dirigeants les minorités de l’empire : baltes, juifs, géorgiens, arméniens. Comme la France, la Russie a séduit par sa capacité à considérer tous les hommes comme égaux. »

A transmettre à BHL et consorts. Todd martèle encore cette vérité psychologique élémentaire :

« Le tempérament universaliste russe manque cruellement à la politique internationale ces temps-ci. La disparition de la puissance soviétique, qui imprimait une marque égalitaire aux relations internationales, explique en partie le déchaînement des tendances différentialistes, américaine, israélienne ou autres. »

Mais comme on sait, ces tendances « suprématistes-différentialistes » ont du souci à se faire ; quant à la France hexagonale et au Royaume-Uni désuni, ils sont devenus la risée du monde libre. Mais comme disait un cinéaste célèbre à propos de la critique de cinéma, ces institutions gardent leur pouvoir de nuisance, au contraire de la Russie qui ne cesse de montrer aux hommes de bonne volonté que le bons sens et le futur sont de son côté.

Todd concluait excellemment :

« Si la Russie ne sombre pas dans l’anarchie ou l’autoritarisme, elle peut devenir un facteur d’équilibre fondamental : une nation forte, sans être hégémonique, exprimant une perception égalitaire des rapports entre les peuples. »

La presse française ne risque certainement pas de comprendre ; mais est-ce si grave ?

 

Bibliographie

Emmanuel Todd – Après l’empire

John Hobson – Imperialism; a study

Pierre Bourdieu – Contrefeux

 

http://www.dedefensa.org/article/la-russie-demeure-le-soutien-naturel-des-peuples-libres

Le légendaire espion soviétique George Blake appelle les agents russes à «combattre le mal mondial»

Le légendaire espion soviétique George Blake appelle les agents russes à «combattre le mal mondial»

Je ne suis malheureusement pas aussi convaincue que George Blake que la Russie des oligarques sera en mesure de tenir le rôle qu’il lui attribue, mais il est vrai que pour le moment la Russie fait partie des forces d’endiguement, le Capital et son bras armée l’OTAN lui ayant redonné son statut « d’ennemi nécessaire ». Là encore il faut chercher la paix et refuser les faux antagonismes, la paix doit partir de nos exigences avant que d’être une question géostratégique. Cela dit, Georges Blake est sympa et cette manière de donner sens à sa vie me parle… (note et traduction de Danielle Bleitrach)

© AP Photo /

RUSSIE

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L’officier de renseignement soviétique renommé George Blake, un anti-fasciste convaincu connu pour son travail en Grande-Bretagne, aura 95 ans samedi. La veille de son anniversaire, il s’est adressé aux officiers du service de renseignement étranger de Russie, définissant les priorités et la mission clé des espions russes et révélant ce qui lui donne le goût  de vivre.

« Vous êtes confrontés à une mission urgente et difficile : sauver le monde dans une situation où le danger de la guerre nucléaire et l’autodestruction de l’humanité ont été mises à l’ordre du jour par des politiciens irresponsables une fois de plus. Le mal est en train de laisser ses traces sanglantes dans de nombreux coins de la planète, quand il y a une vraie guerre entre le Bien et le Mal, je crois en vous, dans votre service désintéressé et dévoué de notre objectif commun, dans votre professionnalisme. « Cette victoire me donne le goût de vivre », a déclaré George Blake dans son discours aux officiers des renseignements étrangers, qui a ensuite été publié sur le site officiel du Service russe des renseignements extérieurs (SVR).

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© AP PHOTO / BORIS YURCHENKO
George Blake, un transfuge britannique qui espionnait pour les Soviétiques en Grande-Bretagne, est intervenu lors d’une conférence de presse à Moscou, le 15 janvier 1992

L’ancien officier de renseignement britannique, né aux Pays-Bas et qui a déjà travaillé comme agent double pour l’Union soviétique jusqu’à son arrestation à Londres en 1961, ce qui est noté dans sa biographie, qui est «trop bien connue».

LIRE LA SUITE: Ghost Fighters: les opérations les plus importantes du renseignement militaire russe

L’une de ses caractéristiques de l’actualité , a-t-il déclaré, est que ses principaux repères sont étroitement liés au choix qu’il a dû faire à certains moments.

« Le choix que j’avais fait dans des conditions compliquées et contradictoires avait été défini par l’histoire elle-même: j’aurais pu devenir un prêtre pacifique mais j’étais devenu un officier du renseignement, j’aurais pu vivre tranquillement durant la guerre mais je préférais la vie d’un membre du Mouvement de la Résistance. Après avoir miraculeusement évité les camps de concentration nazis, je suis devenu un officier de la Force Spéciale Britannique et j’ai risqué ma vie plus d’une fois … »se souvient-il.

Blake a été recruté par MI6, le service de renseignement étranger britannique en 1944, après avoir rejoint la Royal Navy. Il servait en Corée quand la guerre a éclaté en 1950 et il a été détenu par le Nord. Il a déclaré qu’il s’était porté volontaire pour travailler pour l’Union soviétique après avoir été témoin de l’impitoyable bombardement américain sur les villes et les villages nord-coréens.

Une vue générale montre le bâtiment du MI6 à Londres, le jeudi 5 mars 2015.
© AP PHOTO / MATT DUNHAM
Une vue générale montre le bâtiment du MI6 à Londres, le jeudi 5 mars 2015.

Selon l’officier, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était encore officier des renseignements britanniques, il était «dans les premiers rangs des ennemis de la Russie», si ce pays est devenu sa patrie. Il se souvient du «vrai visage» de l’horrible guerre de Corée, des corps de civils de ce pays qui souffrait depuis longtemps et qui avaient été tués par la «machine militaire américaine».

« C’est alors que je me suis rendu compte que de tels conflits entraînaient des dangers mortels pour toute l’humanité et j’ai pris la décision la plus importante de ma vie – de coopérer volontairement et gratuitement avec les services soviétiques pour protéger la paix dans le monde ».

En tant qu’agent double, le légendaire militaire a également travaillé à Berlin, où il a transmis à l’Union soviétique certains des secrets britanniques les plus convoités, notamment un plan occidental visant à creuser un tunnel de Berlin-Ouest à l’est.

Il a été dénoncé  par un transfuge polonais en 1961 et a été emprisonné par un tribunal britannique pendant 42 ans. En 1966, cependant, il a pu s’échapper de la prison de Wormwood Scrubs à Londres et s’est enfui à Berlin par la France. À Berlin, il a voyagé d’ouest en est dans une boîte en bois attachée au train d’atterrissage d’une voiture. Il s’est retrouvé en Russie, où il vit depuis.

« 95 ans, c’est trop pour une seule personne et trop peu dans la vie de l’humanité … Les souvenirs de mon passé, qui m’interpellent à plusieurs reprises que je ne regrette pas du tout, me donnent la force de regarder vers l’avenir avec optimisme », a conclu George Blake.

https://histoireetsociete.wordpress.com/

L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées

L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées


Une Palestinienne tient une carte de la Palestine historique – Photo : Mohammed Asad

Par Réseau Al Shabaka – Le 6 novembre 2017 – Source Chronique de Palestine

Un déferlement mondial d’analyses et d’activités militantes marque le 100e anniversaire de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917. La Déclaration a donné l’imprimatur impérial à la Résolution prise par le mouvement sioniste lors de sa première conférence à Bâle en 1897 de « donner un foyer au peuple juif en Palestine garanti par le droit public » et a engendré une guerre et une violence sans fin, ainsi que la dépossession, la dispersion et l’occupation du peuple palestinien.

L’histoire aurait-elle pu prendre un autre tour ? Les Palestiniens auraient-ils pu, à un moment ou un autre, influencer le cours des choses pour qu’il prenne une autre direction ? Nous avons organisé une table ronde avec des historiens et des analystes du réseau politique d’Al-Shabaka pour leur demander d’identifier une situation précise qui aurait pu tourner différemment si le peuple palestinien avait décidé d’un autre plan d’action, et d’en tirer un enseignement pour notre quête d’autodétermination, de liberté, de justice et d’égalité.

Rashid Khalidi ouvre le feu avec sa remarque lapidaire sur l’éternelle incapacité des dirigeants palestiniens à comprendre la dynamique du pouvoir mondial ; le Livre blanc 1 de 1939 est pour lui le signe du caractère gravissime de cette lacune.

Zena Agha mentionne la Commission Peel de 1936 – la première fois que la Partition a été présentée comme une solution – en se demandant si la Partition est inévitable, jusqu’à aujourd’hui, comme l’a affirmé la Commission.

Jamil Hilal cite le Plan de Partition lui-même – la Résolution 181 de 1947 de l’ONU – en rappelant qu’une minorité de Palestiniens pensaient qu’il fallait l’accepter pour donner au mouvement national le temps de se remettre de la défaite que venaient de lui infliger les Anglais et les Sionistes. Selon elle, il faut bien sûr que nous, Palestiniens, tirions les leçons de Balfour, du Plan de partition et d’Oslo, mais il faut aussi se demander qui va en tirer les leçons, et comment on peut obliger les gens à en tenir compte dans leurs actions ?

Dans quelle mesure la grande catastrophe de l’Holocauste a-t-elle déterminé la création d’Israël ? Najwa al-Qattan soutient que bien qu’il y ait certainement un lien historique, il n’y a pas de relation de cause à effet, et elle exhorte donc à une lecture critique de l’histoire pour préparer l’avenir.

Mouin Rabbani quant à lui, ne pense pas que la visite d’Anwar Sadat à Jérusalem en 1977 ait été une bonne chose ; il souligne qu’en renonçant à la guerre arabe contre Israël, le leader égyptien a aussi privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.

Jaber Suleiman compare l’issue de l’Intifada de 1987 contre l’occupation israélienne à celle de la révolte palestinienne de 1936 contre l’occupation britannique et en tire plusieurs leçons, en particulier l’importance de faire dépendre la tactique d’une vision nationale stratégique claire qui guide la lutte palestinienne à chaque étape.

La table ronde a été animée par Nadia Hijab.

Rashid Khalidi : Le Livre blanc et l’incapacité d’appréhender la nature du pouvoir global

Le Livre blanc de 1939 aurait-il pu marquer un tournant dans l’histoire de la Palestine ? Peut-être, mais pas un tournant capital. Si les dirigeants palestiniens avaient accepté le Livre blanc, ils auraient pu se repositionner vis-à-vis de la puissance coloniale. Cela aurait pu améliorer leur position à la fin de la révolte de 1936-1939 en les mettant dans le camp de la Grande-Bretagne quand les sionistes se sont retournés contre elle.

Cependant, la Grande-Bretagne était une puissance déclinante. Les États-Unis et les Soviétiques attendaient dans les coulisses et ont fait irruption sur la scène peu de temps après. En 1941, les nazis ont attaqué l’URSS et le Japon a attaqué Pearl Harbor, et le monde a changé, donc tout ce que les Palestiniens auraient pu faire avec la Grande-Bretagne aurait probablement eu peu d’effet. Dans un sens, la grande révolte palestinienne est arrivée trop tard. Les Égyptiens s’étaient révoltés en 1919, les Irakiens en 1920 et les Syriens en 1925. Dans les années 1930, surtout après l’arrivée au pouvoir des nazis, le projet sioniste était complètement lié à la Palestine.

Cependant, ce que cette période met en lumière, c’est le fait que tous les dirigeants palestiniens sans exception étaient handicapés par une mauvaise compréhension de l’équilibre des forces internationales. Les Palestiniens se battaient contre un mouvement colonial basé en Europe et aux États-Unis et composé d’Européens dont les langues maternelles étaient européennes et qui avaient des réseaux influents en Europe et aux États-Unis.

Pour pouvoir rivaliser avec un mouvement comme celui-là, il aurait fallu que les dirigeants palestiniens aient parmi eux des gens qui avaient des liens avec ces réseaux, qui parlaient couramment leurs langues et qui comprenaient à la fois la politique internationale et la politique intérieure. Les Palestiniens n’avaient pas ces connaissances pendant le mandat britannique – il suffit de lire leurs mémoires. Certains ont eu des intuitions mais ils ne faisaient pas le poids en face de l’autre camp, avant et après la Déclaration Balfour, et avant et après le Livre blanc. Et cela n’a pas beaucoup changé au cours des 100 dernières années, surtout en ce qui concerne les États-Unis. L’OLP avait une bonne compréhension du Tiers-Monde et de son fonctionnement, une bonne compréhension de l’Union soviétique et une certaine compréhension de l’Europe occidentale, raisons pour lesquelles elle a remporté des victoires diplomatiques dans les années 1970. Mais elle n’avait qu’une vague compréhension de la politique américaine, et c’est encore le cas.

La jeune génération palestinienne qui a grandi aux États-Unis et en Europe est bien mieux équipée. Elle a des réseaux et une bonne compréhension du fonctionnement de ces sociétés, ce qui n’est pas le cas des dirigeants palestiniens ni de la génération de leurs propres parents. Cette génération qui a produit des avocats, des médecins, des professionnels des médias et des gestionnaires financiers progresse en richesse et en influence, et elle n’hésitera pas à utiliser son pouvoir et son influence pour promouvoir la justice pour les Palestiniens.

S’il y a une leçon historique à tirer de cette brève discussion, c’est que ça ne sert à rien d’aller au sommet ; de parler à Lord Balfour ou au secrétaire Tillerson. Ce sont les structures du pouvoir qu’il faut comprendre – Balfour faisait partie d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une classe, d’un système, et Tillerson aussi. Il faut comprendre ces structures, ainsi que les médias, et avoir une stratégie pour y faire face. L’idée qu’on peut régler un problème en allant au sommet est une illusion que les Palestiniens et les Arabes ont souvent entretenue à cause de la façon dont fonctionnent les systèmes arabes gouvernés par des rois et des dictateurs. La direction nationale n’a toujours pas de stratégie pour traiter avec les États-Unis, c’est lamentable. En revanche, la société civile palestinienne fait un travail remarquable, à la fois dans la diaspora et en Palestine : eux, ils comprennent le fonctionnement du monde.

Zena Agha : La Partition n’était pas un pilier de la politique

Il y a eu beaucoup d’erreurs et d’occasions manquées tout au long de la longue et douloureuse histoire de la conquête coloniale palestinienne. Dans le contexte du centenaire de la Déclaration Balfour, la Commission Peel – un rapport produit par la même puissance impériale que celle de la Déclaration de 1917 – est un moment crucial, même s’il est passé sous silence, de l’histoire de la quête palestinienne pour son autodétermination.

Dirigée par lord Peel, la Commission était le résultat de la mission britannique en Palestine de 1936. Son but officiel était « d’identifier les causes sous-jacentes des troubles » en Palestine après la grève générale arabe de six mois et « d’enquêter sur la manière dont le Mandat pour la Palestine est mis en œuvre par rapport aux obligations du Mandataire envers les Arabes et les Juifs respectivement ».

Selon le rapport publié en juillet 1937, le conflit entre Arabes et Juifs était irréductible et, par conséquent, la Commission a recommandé la fin du Mandat britannique et la partition de la Palestine en deux États : l’un arabe, l’autre juif. La partition était présumée être le seul moyen de « résoudre » les ambitions nationales contradictoires des deux camps et de sortir la Grande-Bretagne de l’impasse où elle s’était mise.

En dépit des engagements pris dans la Déclaration Balfour, l’Accord Sykes-Picot et la correspondance McMahon-Hussein, la recommandation de partition a formellement entériné l’incompatibilité des obligations britanniques envers les deux communautés. La Commission Peel a été la première forme de reconnaissance que le mandat britannique était intenable, presque 20 ans après sa création. C’était aussi la première fois que la Partition était mentionnée comme une « solution » au conflit que la Grande-Bretagne avait créé.

Les deux partis ont rejeté la recommandation de la Commission. Les dirigeants sionistes étaient mécontents de la taille du territoire qui leur était attribué, tout en approuvant la partition elle-même. Du point de vue palestinien, la partition constituait une violation des droits des habitants arabes de la Palestine. Le rapport de la Commission a déclenché la révolte arabe de 1936 qui a été violemment écrasée par les Britanniques en 1939.

Il est difficile de dire ce qui aurait pu se passer d’autre. Après tout, la révolte arabe (et l’échec de la conférence anglo-arabo-juive de Londres en février 1939) a conduit à la publication du Livre blanc de 1939, qui stipulait : « Le gouvernement de Sa Majesté déclare donc sans équivoque qu’il n’est pas dans son objectif politique que la Palestine devienne un État juif. » C’était une victoire importante pour la communauté palestinienne. C’est ce qui a suivi, à savoir la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de l’Holocauste, qui ont radicalement fait pencher la balance en faveur d’un État juif en Palestine.

La Commission Peel et ses conséquences rappellent opportunément que la Partition de la Palestine n’a jamais été le pilier du mandat britannique. Au contraire, la partition a été suggérée, en désespoir de cause, par la Grande-Bretagne, la puissance coloniale, pour se débarrasser du bourbier palestinien. Cette partition est alors devenue parole d’évangile pour les Nations Unies nouvellement créées, et aucune négociation n’a depuis été nécessaire ou raisonnable. Alors que nous cherchons à tirer des leçons pour l’avenir, il faut peut-être déboulonner le mythe désormais incontournable selon lequel le partage de la Palestine historique serait le seul moyen d’assurer la paix, quelle que soit la forme que cette paix puisse prendre.

Jamil Hilal : Le Plan de Partition et les bifurcations

Pour voir les routes qui n’ont pas été suivies lorsque la Résolution 181 des Nations Unies (aussi connue sous le nom de Plan de Partition) a été adoptée en 1947, il faut se pencher à nouveau sur la Déclaration Balfour de 1917 et ses conséquences. La Déclaration reflète les intérêts de la Grande-Bretagne dans la région : elle avait besoin de la Palestine pour conserver son contrôle sur le canal de Suez et pour faire obstacle aux ambitions françaises sur le sud de la Syrie. Les préoccupations britanniques étaient donc à la fois économiques (accès au Canal, accès et contrôle du pétrole et du gaz) et politiques (contrôle de la Palestine tel qu’il lui avait été donné par la Société des Nations). Ce contrôle est la raison pour laquelle la Grande-Bretagne s’est engagée à établir un « foyer juif » en Palestine, plutôt qu’un état juif.

La colonisation de la Palestine par les colons juifs européens s’est faite contre la volonté des Arabes palestiniens autochtones grâce à  la Déclaration. Cette colonisation européenne de la Palestine initiée par les Britanniques a commencé bien avant les terribles atrocités du régime nazi dans l’Allemagne hitlérienne. Il y a eu beaucoup de résistance palestinienne à cette double colonisation de la Palestine, dont la plus connue est la grande rébellion de 1936-1939. La direction du mouvement national palestinien qui a combattu la colonisation sioniste n’était pas d’accord en ce qui concernait le pouvoir britannique. Certains dirigeants pensaient que la Grande-Bretagne pouvait être gagnée à leur cause, tandis que d’autres la considéraient comme l’ennemi principal. Cette différence de vue sur le rôle du pouvoir impérial par rapport à l’ennemi direct existe toujours aujourd’hui.

Les mesures prises par les forces britanniques et sionistes pour écraser la rébellion de 1936-1939 sont venues à bout du mouvement national, ont dispersé ses dirigeants et ruiné l’économie palestinienne. Après, le mouvement n’avait plus de stratégie claire, en dehors d’exiger l’indépendance, une situation qui ressemble à celle d’aujourd’hui.

La réponse palestinienne au Plan de partition de l’ONU a reflété l’affaiblissement du mouvement national. Il n’y a pas eu de stratégie unifiée et pas de discussion pour solliciter l’avis des gens sur la meilleure ligne de conduite, à la fois tactique et stratégique. Seule une petite partie du mouvement national était prête à accepter le Plan. La majorité l’a rejeté mais n’a pas proposé d’alternative claire. La minorité palestinienne qui voulait l’accepter pensait qu’il serait possible de l’utiliser pour déjouer le projet sioniste d’occuper un maximum de terres débarrassées au maximum de leur population d’origine. Ce groupe pensait qu’accepter le Plan  donnerait aux Palestiniens l’espace et le temps nécessaires pour renforcer leurs forces et leurs capacités, établir un État et développer des relations avec la région et le monde. D’autres soutenaient que cela n’entraverait en rien le projet sioniste.

Il était normal et naturel de rejeter le Plan de partition. Pour les Palestiniens, cela signifiait abandonner plus de la moitié de leur patrie à un mouvement de colonisation européen qui avait envahi et colonisé leur pays par la force avec la protection de l’Empire britannique. Il avait violé leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance et leur aspiration à un État démocratique qui garantirait les droits de tous ses citoyens sans distinction de religion, d’appartenance ethnique ou de race. En outre, le projet anglo-sioniste n’affectait pas seulement les Palestiniens. Toute la région arabe était concernée.

Le mouvement sioniste a profité du refus du Plan qu’il a fait semblant d’interpréter comme un refus de règlement pacifique, pour déclarer la guerre aux Palestiniens qui n’y étaient pas préparés, qui étaient désorganisés et n’avaient pas de leader.

Les alternatives au Plan de Partition n’ont donc jamais été développées ni discutées. Les arguments avancés par ceux qui voulaient l’accepter n’ont pas été suffisamment débattus et il n’y a eu aucune tentative pour articuler une nouvelle stratégie pour affronter le mouvement sioniste. Un tel effort aurait pu avoir un impact sur Israël et conduire plus tard à la réunification de la Palestine sur une base démocratique. Il aurait au moins fallu en discuter.

Ironiquement, certains arguments de cette époque ont été repris en 1974 pour promouvoir le programme de transition, également connu sous le nom de programme en 10 points, qui visait à établir un État sur n’importe quelle partie libérée de la Palestine. Le programme, approuvé par le Conseil national palestinien (CNP), a facilité l’entrée de l’Organisation de libération de la Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies en tant que membre non votant.

En 1998, alors que la première Intifada accroissait fortement le soutien international à la cause palestinienne, le CNP a approuvé la solution à deux États. Cependant, les accords d’Oslo de 1993, et ​​ce qui s’en est suivi, ont engendré une Partition encore bien plus préjudiciable à la Palestine que le Plan de Partition original, et ont abouti à la période actuelle où l’équilibre des pouvoirs entre Israël et les Palestiniens, au niveau local, régional et international, est largement en faveur d’Israël.

Compte tenu du fait que les Accords d’Oslo n’ont pas abouti à un État palestinien indépendant, les Palestiniens doivent-ils persister dans la solution de deux États, en attendant un changement de l’équilibre des pouvoirs, ou doivent-ils changer de stratégie et demander un État démocratique unifié en Palestine historique, comme le faisaient des membres éclairés du mouvement national palestinien avant la Nakba, et encore à le fin des années 1960 ? Cette fois, cependant, il faut aborder la question avec une vision et une stratégie claires et elle doit être débattue dans les communautés palestiniennes de la Palestine historique et dans la diaspora.

Mais débattre ne suffit pas. Nous nous demandons quelles leçons nous, en tant que Palestiniens, pouvons tirer de l’histoire et je repose ma question : qui va en tirer les leçons ? Et ceux qui détiennent le pouvoir en tiendront-ils compte ? Les intellectuels pensent souvent que leurs analyses vont influencer les décisionnaires politiques comme par magie. Mais si les groupes de pression, les mouvements sociaux, les partis politiques, les syndicats et d’autres formes de pouvoir n’agissent pas, il ne se passera pas grand chose.

Najwa al-Qattan : Lire l’histoire à travers le prisme de la réalité

La création de l’État d’Israël en 1948 est la conséquence de plusieurs développements historiques qui remontent au XIXe siècle. L’Holocauste a joué un rôle dans la naissance d’Israël, mais ce rôle a été davantage celui d’une sage-femme que d’une mère ou d’un père. Pourtant, en Occident comme en Palestine, les gens y voient une relation de cause à effet. Cette perception n’est pas seulement due à un faute de logique selon laquelle post hoc ergo proctor hoc, c’est à dire B a suivi A, donc A a provoqué B. En fait, il faut se pencher sur les six courtes années qui séparent les deux événements pour comprendre. Je vais démontrer qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre les deux événements et je vais expliquer pourquoi ils sont jumelés dans l’imagination populaire. Je conclurai avec les leçons qu’on peut tirer d’une analyse  plus critique de l’histoire.

Quand David Ben Gourion a annoncé la création de l’État d’Israël en mai 1948, il ne le sortait pas de son chapeau. Au contraire, cette création couronnait 50 ans d’efforts sionistes. Israël est la conséquence de développements historiques sur le court comme le long terme : l’antisémitisme racial ou moderne en Europe au XIXe siècle ; l’émergence du mouvement sioniste en tant que réponse à l’antisémitisme moderne et aux mouvements nationalistes en Russie et en Europe occidentale ; l’aptitude du sionisme naissant à combiner le socialisme et le nationalisme dans le but qu’« un peuple sans terre » puisse coloniser « une terre sans peuple » ; le Mandat britannique pour la Palestine grâce auquel – comme en témoigne la Déclaration Balfour – des vagues successives d’immigrants juifs européens ont construit des institutions sociales, économiques, politiques et militaires pré-étatiques.

Parmi les quelque 600 000 juifs européens qui avaient immigré en Palestine en 1948, il y avait 120 000 survivants de l’Holocauste. La population d’Israël a augmenté rapidement au cours des premières années de son existence grâce à l’arrivée de nouveaux immigrants. Trois cent mille autres survivants de l’Holocauste sont arrivés par vagues ainsi que plus de 475 000 Juifs du Moyen-Orient et d’ailleurs. Considérant que le projet sioniste avait pour but que l’État juif soit un refuge contre l’antisémitisme européen et un foyer national pour le peuple juif, ce petit nombre d’arrivées était un échec moral et politique pour le sionisme. Ils étaient sûrs qu’aussitôt l’État en place, des millions de juifs s’y précipiteraient, mais cela ne s’est pas produit, ni même après la catastrophe de l’Holocauste qui a exterminé six millions de Juifs.

Je ne nie pas qu’il y ait un lien historique entre les deux événements. Le premier lien entre l’Holocauste et la création de l’État d’Israël est lié au calendrier. Bien que, dans les premières décennies du XXe siècle, les créateurs de l’État sioniste aient tous été d’accord sur la location en Palestine d’un futur État juif, ils ne l’étaient pas sur le meilleur moment de le faire (ni sur l’étendue du territoire). Dans ce contexte, l’Holocauste a certainement conduit les dirigeants sionistes à insister sur l’urgence de créer l’État comme lors du Programme Biltmore en 1942, et comme l’a fait aussi la Grande-Bretagne en annonçant qu’elle se retirerait de la Palestine en 1947. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que l’un soit la cause de l’autre ; les plans et les actions concrètes relatifs à la construction de l’État étaient déjà bien avancés à cette époque.

Le second lien est la propagande politique : le rapport entre l’Holocauste et Israël permet souvent d’interdire, en la dénonçant comme antisémite, toute critique d’Israël, et à effacer de l’histoire le fait que les Palestiniens n’ont plus d’État et que beaucoup sont réfugiés à l’étranger. Il y a deux ans, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est même allé jusqu’à prétendre tout à fait abusivement que c’étaient les Palestiniens qui avaient suggéré à Hitler l’idée de la solution finale.

Qu’ils vivent sous occupation israélienne ou dispersés dans la diaspora à cause des Israéliens, les Palestiniens s’imaginent parfois que si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, Israël n’existerait pas non plus. Au lieu de réinventer le passé, nous devrions en tirer des leçons pour nous construire un avenir pacifique et humain. Premièrement, le secret de la construction d’un État palestinien (quelle que soit sa forme) est la solidité et la force de ses habitants, de ses institutions et sa société civile, ainsi que la détermination de ses dirigeants politiques et de sa société civile à lutter contre l’occupation israélienne et contre la violation des droits des Palestiniens. Deuxièmement, même si l’Holocauste n’a pas directement provoqué l’émergence de l’État d’Israël, nous devons souhaiter qu’il n’ait pas eu lieu pour la seule raison qui compte : la raison morale.

Mouin Rabbani : Les conséquences de la paix séparée de Sadate

Le peuple palestinien semble avoir une relation difficile avec les années qui se terminent par le chiffre sept. Le Premier congrès sioniste s’est tenu dans la ville suisse de Bâle en 1897. En 1917, Arthur Balfour publiait sa déclaration ignominieuse par laquelle la Grande-Bretagne s’engageait à transformer la Palestine en foyer national juif ; la Commission Peel, recommandant que Londres adopte la Partition en tant que politique officielle, a publié son rapport en 1937. La résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant la Partition de la Palestine a été adoptée le 29 novembre 1947 ; et le petit État d’Israël qui en résulta occupa le reste de la Palestine et d’autres territoires arabes en 1967. Un demi-siècle plus tard, en 2017, il semble s’y être installé de façon plus ou moins permanente. L’exception remarquable dans ce schéma de dépossession et de tragédie est l’année 1987, année où l’Intifada, le soulèvement populaire du territoire palestinien occupé, a éclaté pour donner une fois de plus aux Palestiniens l’espoir de la libération nationale.

L’année qui manque dans cette série de dates, est 1977, celle où le dirigeant égyptien Anouar Sadate a pris l’initiative de faire une paix séparée avec Israël. Le « pèlerinage », comme il l’a lui-même appelé, de Sadate pour aller embrasser Menahem Begin est systématiquement présenté comme le début prometteur d’un processus de paix arabo-israélien qui s’est ensuite détérioré. On n’a pas besoin du recul pour voir que ce n’était et n’aurait jamais pu être le cas. Sadate avait passé une grande partie des années 1970, et en particulier des années qui ont suivi la guerre d’octobre 1973, à reconfigurer l’Égypte. Alors qu’elle était auparavant le centre de gravité du monde arabe et avait une notoriété mondiale, sous la direction de Sadate, l’Égypte s’était graduellement réduite à un État client américano-saoudien. Les réformes socio-économiques qui ont accompagné ces développements – la politique d’infitah – ont ouvert les portes de l’Égypte à tous les capitalistes et réseaux véreux prêt à payer le prix d’entrée. Tout cela a également provoqué, au début de 1977, une explosion populaire comme il n’y en avait pas eue depuis le coup d’État de 1952, qui a failli mettre fin à la domination de Sadate. Sa visite surprise à Tel Aviv plus tard dans l’année a été le résultat direct de ces développements. Mais présenter son initiative comme inévitable – comme la conséquence logique et nécessaire des accords de désengagement du Sinaï de 1974-1975 suite à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 – revient à lire l’histoire en commençant par la fin. Il avait une bonne raison de prendre ses amis et ses ennemis par surprise. D’un seul coup d’un seul, le leader égyptien, un homme à part et de plus en plus perdu, a renoncé à l’option militaire arabe contre Israël. Ce faisant, il a également privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.

La conséquence immédiate a été l’invasion dévastatrice du Liban en 1982 et l’expulsion du mouvement national palestinien du Liban. Une décennie plus tard, l’accord d’Oslo de 1993 n’a été rien d’autre que l’élaboration du plan d’autonomie incorporé dans le traité de paix israélo-égyptien de 1979. Qu’Israël n’ait pas encore baptisé une colonie du nom d’Anwar Sadat est un des grands mystères de la région. Si l’Égypte, comme elle a failli le faire, avait résisté à la tentation d’une paix séparée avec Israël à la fin des années 1970, le Moyen-Orient serait aujourd’hui très différent et presque certainement beaucoup plus agréable à vivre. Les Palestiniens et les États arabes auraient conservé une option diplomatique crédible et auraient été en mesure d’exercer une pression militaire significative si Israël avait refusé de faire des compromis.

Jaber Suleiman : Réapprendre les leçons de la première Intifada

La première Intifada de 1987 fut un brillant exemple de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Elle a mobilisé tous les segments du peuple palestinien et s’est distinguée par son unité, son organisation et sa créativité. Elle a également remis la cause palestinienne sur la scène internationale après que l’OLP a été chassée de Beyrouth en 1982, en perdant sa base.

Depuis lors, chaque fois que les Palestiniens se lèvent contre l’occupation israélienne, nous nous demandons s’il s’agit d’une nouvelle Intifada – une troisième Intifada, puisque l’Intifada de l’année 2000 a été la deuxième. Certains analystes n’hésitent pas à utiliser le terme « intifada » pour désigner toute action populaire prometteuse, comme le mouvement des jeunes de 2015 et, plus récemment, la « vague de colère » de Jérusalem, qui se poursuit par intermittence en cette année 2017. Cela souligne la position charnière de la première Intifada, qui a duré trois ans. En effet, on ne peut la comparer qu’à la grande révolte palestinienne de 1936-1939. L’Intifada et la révolte se sont toutes les deux soldées par un tragique échec, quoique dans des circonstances historiques différentes.

Les dirigeants palestiniens des années 1930 ont accepté d’arrêter la révolte, à l’appel des dirigeants arabes, et de faire confiance aux « bonnes intentions de notre allié britannique » qui s’était engagé à accéder aux demandes arabes. En 1988, l’OLP a décidé lors de la 19e session du Conseil national d’utiliser le capital politique de la première Intifada pour obtenir la liberté et l’indépendance. Elle a cru que le message était passé et que la force de l’Intifada permettrait de mettre en application  le programme politique provisoire adopté par l’ALP en 1974, qui comprenait la création d’une entité palestinienne sur n’importe quelle partie de la Palestine libérée. Elle n’a obtenu qu’une caricature d’État à la suite des Accords d’Oslo.

Étant donné que la révolte de 1936 n’avait pas permis aux Palestiniens d’obtenir le respect de leur droit à l’autodétermination, pourquoi la première Intifada n’a-t-elle pas tenu compte de cette première expérience riche d’enseignements pour éviter la même fin tragique ? La première Intifada a subi le même sort que la révolte de 1936 parce qu’elle s’est investie trop rapidement dans le processus d’Oslo dont le peuple palestinien continue de payer les conséquences, notamment en termes de division, de fragmentation et d’affaiblissement de son mouvement national qui avait pourtant occupé une place de premier plan dans les mouvements de libération nationale du monde entier dans les années 1970.

C’est une question cruciale maintenant que cent ans ont passés depuis la Déclaration Balfour et que le calamiteux processus d’Oslo est mort après plus de deux décennies de négociations futiles. La nouvelle réalité créée sur le terrain par la présence des colonies israéliennes – et le refus d’Israël de se retirer des terres occupées en 1967 – ont rendu impossible la solution à deux États. Aujourd’hui, il est urgent de se demander comment les leçons de la première Intifada et de ses conséquences peuvent servir à une juste résolution du conflit arabo-israélien.

• L’histoire montre l’importance d’avoir une vision stratégique claire pour la lutte nationale palestinienne et de s’assurer que les mouvements tactiques nourrissent les mouvements stratégiques, et vice versa, à tous les stades de la lutte et en tenant compte des changements sur le terrain et dans les rapports internationaux. Cela garantit qu’à tous les stades de la lutte l’opportunisme politique ne prenne pas le pas sur les objectifs finaux.

• Il est essentiel de s’appuyer sur les fondements juridiques du conflit basés sur les principes de justice consacrés dans la Charte des Nations Unies qui supplantent le droit international en vertu de l’Article I de la Charte. Cela garantit que le fondement juridique des droits des Palestiniens n’est pas manipulé et que ces droits restent la référence dans toutes les négociations. Ce ne fut pas le cas à Oslo.

• La direction palestinienne – actuelle ou future – devrait s’inspirer de l’esprit combatif dont le peuple fait preuve depuis plus d’un siècle en résistant au projet sioniste. Les dirigeants devraient tirer des enseignements de ces expériences historiques pour renforcer leur foi dans le potentiel révolutionnaire du peuple palestinien et s’interdire une exploitation politique mesquine et étroite des solides réalisations de la lutte qui porte atteinte aux droits nationaux palestiniens.

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Le gouvernement britannique a adopté le Livre blanc en 1939, et ce fut sa politique jusqu’à la fin du mandat britannique en 1948. Le Livre blanc rejetait la partition et stipulait que le foyer national juif devrait être intégré à une Palestine indépendante avec des limites à l’immigration.

 

http://lesakerfrancophone.fr/lapres-balfour-100-ans-dhistoire-et-doccasions-manquees

 

Paradise Papers. De nouvelles révélations sur les paradis fiscaux

Paradise Papers. De nouvelles révélations sur les paradis fiscaux

  • Plus de 13 millions de documents ont été épluchés par 381 journalistes du monde entier.
    Plus de 13 millions de documents ont été épluchés par 381 journalistes du monde entier. | DR

Dix-huit mois après les « Panama Papers », les « Paradise Papers » apportent de nouvelles révélations sur les paradis fiscaux. Des proches de Donald Trump, du Premier ministre canadien Justin Trudeau et la reine d’Angleterre sont concernés.

Pendant des mois, 381 journalistes du monde entier ont épluché une montagne de documents – il y en 13,5 millions – provenant pour la plupart d’une fuite massive venant d’un cabinet international d’avocat, Appleby. Cette société britannique est installée aux Bermudes et dans dix autres paradis fiscaux. Les premières révélations sont tombées dimanche soir.

« Il en ressort que le placement d’argent dans les places offshores est une pratique courante des entreprises multinationales, ainsi que de centaines de VIP, qui soustraient ainsi au fisc des montants astronomiques », affirme Radio France, dont la cellule investigation et ceux de Cash Investigation, comme ceux du monde, ont travaillé sur ces documents.

Trois affaires sont pour le moment citées

L’entourage de Trump. Ce n’est pas directement le président américain qui est visé, mais de treize de ses proches. Le Monde évoque des « « montages » aux Bermudes, aux îles Caïmans, à l’île de Man ou à Jersey. Parmi les noms cités, celui de Wilbur Ross, le secrétaire d’État au commerce (soupçonné d’entretenir des relations d’affaires avec l’entourage de Poutine), de Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, ou de Gary Cohn, l’un des principaux conseillers économiques du président.

« Aucun de ces montages ne peut, à ce jour, être qualifié de frauduleux. En revanche, tous ont en commun d’utiliser les paradis fiscaux pour optimiser, voire éluder l’impôt, en dressant un écran de fumée autour d’activités et de contrats destinés à rester secrets », selon Le Monde

L’entourage de Justin Trudeau. « L’exploitation des données révèle la soustraction au fisc de plusieurs millions d’euros par des proches du Premier ministre canadien », affirme Francetvinfo. Des membres du Parti libéral seraient mêlés à des montages « très opaques ».

Justin Trudeau.
Justin Trudeau. | REUTERS/Chris Wattie

Elisabeth II. « La reine d’Angleterre a, elle aussi, recours à des paradis fiscaux pour placer ses fonds », selon Francetvinfo. Sa société Duché de Lancaster, qui gère ses biens, a investi, selon les documents, 7,5 millions de dollars en 2005 dans un fond situé aux îles Caïmans.

 

https://www.ouest-france.fr/monde/paradise-papers-de-nouvelles-revelations-sur-les-paradis-fiscaux-5359530?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20171106&vid=1752223&mediego_euid=1752223

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

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Un article du Dailymail paru le 1er octobre rapporte que les jeunes Anglais pourraient bientôt ne plus apprendre les faits religieux avec une référence à l’ère chrétienne (av. J.-C. et ap. J.-C.) mais avec des dates fixées par une ère commune.

Les élèves britanniques vont devoir s’y faire.  Ce changement intervient suite aux recommandations émises par les SACREs, sorte de commissions locales consultatives dédiées à la politique éducative mises en place Outre-Manche. Leur objectif avec cette recommandation ? Ne pas « offenser les élèves non chrétiens », explique-t-on.

Concrètement, les termes « avant Jésus-Christ » (av. J.-C.) et « après Jésus Christ » (ap. J.-C.) seraient désormais proscrits des cours de culture religieuse. Ils seront respectivement remplacés par « avant l’ère commune » (AEC) et « après l’ère commune » (EC), jugés plus neutres et dépourvus de toute référence religieuse. Avec ces nouvelles dispositions, l’élection de François au Saint-Siège est donc survenue un 13 mars 2013 EC au Vatican…

Surprise en Grande-Bretagne

Est-il utile de préciser que ces bouleversements ont suscité un certain étonnement auprès de la communauté chrétienne britannique. « Je n’ai jamais rencontré un responsable musulman, ou juif, se plaignant d’être offensé », a ainsi déclaré au Telegraph, l’ancien archevêque de Cantorbery, Lord Carey.

Même son de cloche auprès du reste des autorités religieuses du pays, qui ont elles aussi eu quelques difficultés à dissimuler leur surprise. « Je ne crois pas que les musulmans soient choqués par l’utilisation d’un tel calendrier » a fait savoir un des imams de Leicester, Ibrahimo Mogra. D’autres préfèrent même ironiser, constatant que malgré le changement de nomenclature, c’est bien la naissance du Christ qui demeurait toujours le seul point de référence.

L’ère commune agite les passions à travers le monde depuis longtemps. Elle a même par le passé trouvé un écho favorable auprès de Kofi Annan, ex-secrétaire général des Nations Unies. En 1999, il avait jugé que « le calendrier chrétien n’appartenait plus exclusivement aux chrétiens ».

Un héritage du VIIe siècle

Avant de s’inviter dans le débat en Grande-Bretagne, où la radio mondiale BBC l’utilise même depuis 2011 au nom de son « impartialité », elle avait déjà séduit d’autres pays nord-européens à l’image du Danemark et de la Finlande. Les nations d’Asie et de l’ex-bloc soviétique ont toujours privilégié l’ère commune pour des motifs religieux ou idéologiques.

En France comme dans l’ensemble des organisations mondiales, l’Anno domini nostri Iesu Christi (« En l’année de notre Seigneur Jésus-Christ »), ou l’an 1, est l’événement historique servant de point de repère au calendrier. Instaurée au VIIIe siècle, elle reste sur le territoire français la seule et unique norme calendaire reconnue par l’État.

 

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

Christianophobie, immigration / islamisation Angleterre : suppression de « Avant – Après Jésus Christ » pour ne pas « offenser » les musulmans

Mis à jour le 13 octobre 2017
Auteur par admin4Catégories Christianophobie, immigration / islamisation Angleterre : suppression de « Avant – Après Jésus Christ » pour ne pas « offenser » les musulmans
Bientôt en France ? Pour ne pas heurter les musulmans ou pour faire plaisir aux laïcards ?
« le Telegraph rapporte que de plus en plus d’écoles suppriment les références « Avant Jésus-Christ » et « Après Jésus-Christ » sur les frises chronologiques notamment, afin de ne pas heurter « les non-chrétiens » (traduction non orwelienne : les musulmans). B.C., Before Christ, « avant Jésus-Christ ». A.D., Anno Domini, « dans l’année du Seigneur ». Ces termes ne serviront donc plus de repères pour les écoliers anglais.
On parlera désormais de B.C.E.(Before Common Era), « avant l’ère commune » et C.E., « ère commune ».
Une folie de plus, puisque de surcroit, la naissance de Jésus demeure l’événement historique qui sert de repère. Un certain nombre d’autorités ont déjà adopté cette mesure, tandis que plusieurs autres envisageraient de rendre obligatoire le passage de la forme chronologique traditionnelle à la forme politiquement correcte.
Les conseils consultatifs permanents pour l’éducation religieuse (SACRE) de Brighton et Hove dans le Sussex de l’Est sont parmi ceux qui ont récemment recommandé que ces mentions soient retirées des cours d’éducation religieuse afin d’éviter « d’offenser » les élèves non chrétiens.
Pour se justifier, voici ce que déclare l’institution SACREs (Standing Advisory Councils for Religious Education) de East Sussext : « Beaucoup de chrétiens perçoivent les termes B.C.E et C.E comme un affront au christianisme. Cependant ceux-ci deviennent une norme de l’industrie parmi les historiens. Les élèves doivent être en mesure de reconnaître ces termes lorsqu’ils les rencontrent »
. Les SACREs sont composés de quatre comités, représentant l’Église d’Angleterre, d’autres groupes religieux, des organisations d’enseignants et des représentants de l’autorité locale. Ils sont chargés de réviser le programme tous les cinq ans. A noter que même les représentants des communautés juives et musulmanes ont confié ne pas comprendre ces modifications;
Le Royaume-Uni ne cesse de se renier mois après mois ; il est vrai que le Grand Remplacement prend forme petit à petit notamment en Angleterre, où certaines grandes villes sont désormais à majorité musulmane ou en passe de l’être. » vu chez Breizh-infos