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Khashoggi: colère de la Turquie accusée de « jeu politique » par la France

Khashoggi: colère de la Turquie accusée de « jeu politique » par la France

Un homme passe devant un écran projetant le portrait de Jamal Khashoggi lors d’un rassemblement en mémoire du journaliste saoudien assassiné, le 11 novembre 2018 à Istanbul / © AFP / OZAN KOSE

La Turquie a laissé éclater sa colère lundi après que la France eut évoqué un « jeu politique » du président Recep Tayyip Erdogan à propos du meurtre de Jamal Khashoggi et démenti avoir reçu des informations de la part d’Ankara.

Dans une interview à la chaîne de télévision France 2, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a dit ne « pas avoir connaissance » d’un partage d’informations turques, contredisant des déclarations de M. Erdogan.

Interrogé sur l’éventualité d’un mensonge du président turc sur ce point, le ministre français a observé que ce dernier avait « un jeu politique particulier dans cette circonstance ».

Cette accusation est « inacceptable », a vivement réagi auprès de l’AFP le directeur de la communication de la présidence turque Fahrettin Altun, ajoutant qu’un responsable français avait notamment eut accès à un « enregistrement audio » portant sur le meurtre de Khashoggi.

Le président Erdogan a pour la première fois confirmé officiellement samedi l’existence d' »enregistrements » portant sur le meurtre de Khashoggi, ajoutant qu’Ankara avait partagé ces documents avec plusieurs alliés, dont Washington, Berlin, Paris et Londres.

Si Paris a démenti, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part confirmé lundi que les services canadiens avaient écouté les enregistrements en question et avaient été « pleinement informées de ce que la Turquie avait à partager ».

Le ministre des Affaires Etrangères français Jean-Yves Le Drian à Charleville-Mézières, le 7 novembre 2018 / © AFP/Archives / Ludovic MARIN

L’Allemagne a de son côté évoqué un « échange entre services secrets » allemand et turc, se refusant toutefois à fournir davantage de précisions.

Si M. Erdogan n’a pas donné de détails sur le contenu des enregistrements samedi, la presse proche du pouvoir à Ankara évoque depuis plusieurs semaines un enregistrement audio du meurtre de Khashoggi.

Cette affaire a provoqué un tollé dans le monde entier et terni l’image de l’Arabie saoudite, en particulier du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS ».

– « Renseignement français » informé –

Jamal Khashoggi, un éditorialiste saoudien critique du pouvoir à Ryad, en particulier de « MBS », a été tué le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul où il s’était rendu pour effectuer des démarches administratives.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit « MBS », lors d’une conférence économique à Ryad, le 23 octobre 2018 / © AFP/Archives / FAYEZ NURELDINE

Plus d’un mois après la mort du journaliste à l’âge de 59 ans, son corps n’a toujours pas été retrouvés. Selon la presse turque, les enquêteurs estiment que les meurtriers ont démembré puis dissous son corps à l’acide.

Depuis le début de l’affaire, le pouvoir turc, qui décrit un « meurtre prémédité » commis par une équipe de 15 agents saoudiens, s’est efforcé de maintenir la pression sur Ryad grâce à des « fuites » dans la presse locale largement reprises par les médias internationaux.

Après avoir d’abord fermement nié son meurtre, les autorités saoudiennes ont fini par affirmer que le journaliste avait été tué au cours d’une opération « non autorisée » par Ryad.

« N’oublions pas que cette affaire aurait été totalement étouffée sans les efforts de la Turquie », a déclaré lundi M. Altun.

M. Altun a affimé que « des preuves » avaient été « partagées avec les institutions concernées du gouvernement français », ajoutant que « le 24 octobre, un représentant des services de renseignement français a écouté l’enregistrement audio ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères a rencontré le roi Salmane d’Arabie saoudite, le 12 novembre 2018 à Ryad. Photo de l’Agence saoudienne de presse (SPA). AFP PHOTO / HO / SPA / © SPA/AFP / STRINGER

« S’il y a un problème de communication entre les différentes institutions au sein du gouvernement français, il appartient aux autorités françaises et non à la Turquie de régler ce problème », a-t-il lâché.

L’onde de choc provoquée par le meurtre de Khashoggi a par ailleurs braqué les projecteurs sur la guerre que livre une coalition emmenée par l’Arabie saoudite au Yémen, au prix d’une catastrophe humanitaire majeure.

Le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt a rencontré lundi le roi Salmane à Ryad lundi lors d’un déplacement visant à accentuer la pression internationale sur la monarchie pétrolière.

La veille, le ministre américain Mike Pompeo avait appelé à la « fin des hostilités » au Yémen lors d’un entretien téléphonique avec « MBS ».

Selon la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert, M. Pompeo a également indiqué que son pays allait « demander des comptes à toutes les personnes impliquées dans le meurtre de Jamal Khashoggi », estimant « que l’Arabie saoudite (devait) faire de même ».

(©AFP / (12 novembre 2018 15h38)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Khashoggi-col-re-de-la-Turquie-accus-e-de-jeu-politique-par-la-France/970689.rom

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Yémen: combats meurtriers à Hodeida, Washington et Londres haussent le ton

Yémen: combats meurtriers à Hodeida, Washington et Londres haussent le ton

Des forces progouvernementales yéménites circulant le 10 novembre 2018 à la lisière Est de la ville de Hodeida dans le cadre d’une offensive qui s’intensifie pour reprendre cette ville portuaire aux rebelles Houthis / © AFP / STRINGER

Des combats particulièrement meurtriers font rage lundi dans la ville portuaire de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, au moment où Washington, Londres et l’ONU font pression sur l’Arabie saoudite pour que la coalition qu’elle commande dans ce pays cesse les hostilités.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a, lui, mis en garde contre les conséquences « catastrophiques » d’une éventuelle destruction du port de Hodeida, point d’entrée de plus des trois-quarts des importations et de l’aide humanitaire internationale dans le pays en guerre.

Au moins 111 rebelles, 32 loyalistes et sept civils ont été tués au cours des dernières 24 heures dans ces affrontements dans la région, dont certains se déroulent dans des quartiers résidentiels de Hodeida, ont indiqué lundi à l’AFP des sources militaires et hospitalières.

Ce bilan a été donné alors que les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, opposent une farouche résistance à la progression des forces progouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite et réussissent à la ralentir, a admis une source militaire loyaliste.

Le chiffre de 32 combattants loyalistes tués en moins de 24 heures est le plus élevé depuis le début de cette phase de l’offensive sur Hodeida, il y a 12 jours.

Une source de la coalition antirebelles a indiqué que les Houthis avaient repoussé une tentative majeure d’avancée loyaliste en direction du port.

La coalition a de son côté visé les rebelles avec de multiples frappes aériennes, selon des sources militaires loyalistes.

Dans la nuit, des corps carbonisés ont été amenés à l’hôpital militaire Al-Alfi, contrôlé par les rebelles depuis 2014, ont indiqué des sources de cet établissement.

Au pouvoir à Hodeida, grande ville stratégique sur la mer Rouge, les Houthis ont commencé à évacuer leurs blessés vers la capitale Sanaa dont ils sont maîtres également depuis quatre ans.

« Si à Hodeida, il y a une destruction du port, ça peut engendrer une situation absolument catastrophique », a mis en garde M. Guterres, rappelant que le Yémen se trouve déjà dans une situation humanitaire « désastreuse ». Il a réitéré un appel pressant à « l’arrêt des combats ».

– Pompeo et Hunt montent au créneau –

L’offensive des forces progouvernementales sur Hodeida avait été lancée en juin, mais elle s’est nettement intensifiée depuis le 1er novembre avec un bilan d’au moins 593 morts jusqu’ici dans la région (461 rebelles, 125 loyalistes et 7 civils), selon des sources militaires et hospitalières.

L’Arabie saoudite a été considérablement affaiblie par l’affaire Jamal Khashoggi, du nom de ce journaliste tué le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul. Elle était déjà vivement critiquée pour des « bavures » à répétition ayant fait des centaines de victimes civiles lors de frappes aériennes depuis 2015 au Yémen.

Tour à tour, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et son homologue britannique Jeremy Hunt ont estimé que le temps de la négociation était venu pour le Yémen.

Combats à Hodeida / © AFP / Laurence SAUBADU

Lors d’un entretien dimanche avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, également ministre de la Défense, M. Pompeo a explicitement appelé à « la fin des hostilités » au Yémen, demandant que « toutes les parties viennent à la table pour négocier une solution pacifique au conflit ».

L’administration américaine de Donald Trump, visiblement sous la pression du Congrès, a confirmé l’annonce samedi par Ryad que la coalition sous commandement saoudien au Yémen allait désormais effectuer elle-même le ravitaillement en vol de ses avions, assuré jusqu’ici par les Etats-Unis.

De son côté, M. Hunt a évoqué le coût humain « incalculable » du conflit yéménite, estimant que sa résolution passe par une solution « politique ».

Le ministre britannique, qui doit être reçu au plus haut niveau lundi en Arabie saoudite, est favorable à une « nouvelle action » au Conseil de sécurité pour soutenir les efforts du médiateur de l’ONU au Yémen Martin Griffiths qui cherche à organiser un nouveau round de négociations « d’ici la fin de l’année ».

– Inquiétudes pour les civils –

Dimanche, des premiers combats de rue ont éclaté dans un quartier résidentiel de l’est de Hodeida. Un responsable militaire progouvernemental a affirmé que l’objectif était de « purger » ces rues de toute présence rebelle.

Les Houthis ont positionné des snipers sur les toits des bâtiments et ont posé de nombreuses mines pour freiner l’avancée de leurs adversaires, tandis que des avions de combat et des hélicoptères d’attaque de la coalition sous commandement saoudien pilonnent régulièrement les positions rebelles.

Paradoxe de la situation, le port de Hodeida, situé dans le nord de la ville, est « jusqu’à présent ouvert » et opère « normalement », selon son directeur adjoint Yahya Sharafeddine.

De son côté, Hervé Verhoosel, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), a indiqué que les combats n’avaient pas affecté jusqu’ici ses opérations.

Le Yémen est le théâtre de la pire crise humanitaire au monde, rappelle régulièrement l’ONU, qui précise que 14 millions de civils sont en situation de pré-famine.

« La situation est vraiment mauvaise », a déclaré à l’AFP Mariam Aldogani, coordinatrice des opérations de terrain de l’organisation humanitaire Save the Children à Hodeida.

Selon elle, « il y a beaucoup de peur parmi les habitants » et les installations médicales « reçoivent un nombre croissant de civils blessés ».

(©AFP / (12 novembre 2018 11h34)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-combats-meurtriers-Hodeida-Washington-et-Londres-haussent-le-ton/970592.rom

Critiquer la politique israélienne n’a rien à voir avec l’antisémitisme

Antisémitisme ?

Critiquer la politique israélienne
n’a rien à voir avec l’antisémitisme

James J. Zogby

Lundi 5 novembre 2018

Par James J. Zogby (revue de presse : lobelog – extrait -6/10/18)*

J’ai été poussé à écrire ce papier sur ce qui constitue et ne constitue pas être antisémite suite à l’article publié dans Ha’artez sur la controverse suscitée par l’attribution du prix Nobel 2018 de chimie à George P. Smith. Selon l’article, Smith est non seulement un scientifique brillant dont le travail a permis la mise au point de nouveaux médicaments pouvant traiter le cancer et une panoplie de maladies auto-immunes. Smith est aussi un fervent défenseur des droits des Palestiniens et un détracteur de la politique israélienne.

L’article de Ha’aretz note que Smith a « longtemps été la cible de groupes pro israéliens » et apparaît « sur le très controversé site de la Canary Mission » utilisé par les partisans d’Israël pour harasser et faire taire les opposants.

En cherchant dans l’article les preuves du péché originel de Smith, j’ai trouvé des citations dans lesquelles il déclarait « qu’il ne souhaitait pas que les juifs israéliens soient expulsés » mais « la fin du régime discriminatoire contre les Palestiniens ». Plus loin, Ha’aretz reprend des propos publiés dans une tribune écrite par Smith dans laquelle il condamne la politique israélienne à Gaza et finit par exprimer son soutien au Boycott, Divestment, and Sanctions movement (BDS) qu’il qualifie « d’un appel de la société civile palestinienne à la conscience de la communauté internationale pour ostraciser le milieux des affaires et les institutions israéliens jusqu’à ce que le pays renonce à la violence faite aux Palestiniens et que ces derniers, y compris les exilés obtiennent les mêmes droits que les juifs dans sur les terres qu’ils partagent ».

J’ai lu tout cela en le replaçant dans le contexte actuel d’une campagne inquiétante, qui se déroule aux Etats-Unis, visant à faire taire toute critique à l’encontre d’Israël ou de sa vision politique d’un sionisme exclusif.

Elle est le fruit d’un effort concerté et massivement financé qui repose sur le site web Canary Mission, qui publie les noms, photos et informations d’étudiants et professeurs pro-palestiniens, en les traitants d’antisémites ou de sympathisants terroristes. Leur but est de nuire à leur carrière. La liste de la Canary Mission sert aussi à souiller et à dénigrer ces militants ainsi qu’à dissuader les hommes politiques de les rencontrer. La liste sert aussi au gouvernement israélien pour refuser l’entrée aux Palestiniens d’origine américaine ou aux juifs américains libéraux qui veulent voir leur famille, étudier, enseigner ou simplement visiter le pays.

Malgré tous les efforts de la Canary Mission pour garder secrets ses opérations, dirigeants et sources de financement, de récents articles publiés dans la presse juive révèlent que le projet est soutenu financièrement par des entités philanthropiques juives-américaines ayant pignon sur rue.

A cela d’ajoute la campagne visant à criminaliser le soutien porté au BDS ou à pénaliser les partisans de mouvements exigeant qu’Israël soit tenu responsable des violations systématiques des droits des Palestiniens. Celle-ci est financée massivement par des gens comme Sheldon Adelson, mais aussi, comme cela a été révélé par un journal juif américain réputé, par le gouvernement israélien à hauteur de millions de dollars.

Ceci est sans compter avec les propositions de loi en discussion au Congrès dont l’objectif est de criminaliser le boycott d’Israël, ce qui viendrait s’ajouter aux lois adoptés par 25 Etats aujourd’hui, qui leur permettent de refuser le paiement de salaires ainsi que l’attribution de contrats et autres bénéfices aux individus qui soutiennent le BDS.

…(…)… Tous ces développements appellent à la réflexion : tout d’abord l’antisémitisme existe, il est laid et dangereux. Ensuite, critiquer Israël n’équivaut pas à être antisémite. Finalement, l’amalgamation des deux réduit au silence un débat qui est nécessaire et nuit aux efforts d’éradication du véritable antisémitisme, un fléau qui a créé de grandes souffrances dans l’histoire de l’humanité.

D’un côté, il y a l’antisémitisme, qui est la haine des Juifs, pris individuellement et en tant que groupe. Cela consiste aussi en l’attribution d’intentions négatives à ces individus ou groupe parce qu’ils sont juifs. De l’autre, critiquer la politique d’Israël n’est pas un acte antisémite. Lorsque Smith critique Israël au sujet de massacres de Palestiniens à la frontière de Gaza ou son refus d’accorder aux Palestiniens les mêmes droits et la même justice, il n’attribue pas ce comportement au fait qu’il soit juif. Il ne dit pas «Israël opprime les Palestiniens en raison du comportement des Juifs ». Il ne dit pas non plus que tous les Juifs, en tant que groupe, sont responsables de ces actions, car ceci serait antisémite. La seule raison pour laquelle on vise Smith et d’autres comme lui qui critiquent la politique de l’Etat israélien (qui par ailleurs, n’est pas soutenue par tous les Israéliens ou Juifs dans le monde) est la volonté de  faire taire leur voix.

L’idée que critiquer Israël est un acte antisémite (ce qu’on appelle « le nouvel antisémitisme ») n’est pas nouvelle. Elle a refait surface récemment, renforcée par une campagne visant à inclure dans la définition de l’antisémitisme toute critique dirigée contre Israël en particulier qui ne serait pas applicable à d’autres pays. Ceci n’est au mieux qu’un effort désespéré de protéger Israël. Alors que ses partisans soutiennent qu’ils ne visent que ceux qui pointent du doigt Israël, ce qu’ils cherchent à obtenir c’est une stigmatisation d’Israël comme étant le seul pays ne pouvant être critiqué.

Il est clair que dans beaucoup de cas, la lutte contre le véritable antisémitisme recule devant cette volonté effrénée de protéger Israël. Par exemple, alors que certains groupes pro-israéliens ont accusé Jeremy Corbyn, le chef du Parti Travailliste britannique de tolérer l’antisémitisme, ils ont largement ignoré les virulences antisémites des groupes d’extrême droite qui opèrent sur la scène politique anglaise. Ceci a conduit beaucoup de travaillistes à conclure que Corbyn avait été ciblé pour son soutien sans faille aux droits des Palestiniens. La même chose pourrait être dite des relations de Benjamin Netanyahou avec les leaders européens antisémites d’extrême droite, en raison de leur fort soutien à son gouvernement.

En résumé, on ne cherche pas à combattre l’antisémitisme mais à faire taire la critique, et ce faisant,  on assène un coup à la critique méritée légitime et nécessaire de la politique israélienne, à la réputation de personnes telles que Smith et des étudiants militants qui dénoncent les injustices infligées aux Palestiniens, et enfin à la lutte contre ce fléau qu’est le véritable antisémitisme.

James J. Zogby est le président de l’Arab American Institute.

*Source : Loblog.com

Traduction et Synthèse : Z.E pour France-Irak Actualité

Pour info : le site de la Canary Mission

 

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.gilles_munier.051118.htm

 

Brexit : Londres vise un accord avec l’UE d’ici au 21 novembre

Brexit : Londres vise un accord avec l’UE d’ici au 21 novembre

Par latribune.fr  |   |  526  mots
Selon le ministre britannique du Brexit, Londres et la Commission européenne ont enregistré de véritables progrès.
Selon le ministre britannique du Brexit, Londres et la Commission européenne ont enregistré de « véritables progrès ». (Crédits : Francois Lenoir)
Le ministre britannique du Brexit, Dominic Raab, estime qu’un accord avec les Européens est « fermement en vue » et laisse entendre qu’il pourrait être finalisé d’ici au 21 novembre.

Le ministre britannique chargé du Brexit « pense » parvenir à un accord avec Bruxelles d’ici au 21 novembre dans les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, selon une lettre adressée à des parlementaires publiée mercredi. « Je serai heureux d’être auditionné par la commission lorsqu’un accord sera finalisé, et je pense que la date du 21 novembre pourrait convenir », a écrit Dominic Raab dans un courrier adressé aux députés de la commission parlementaire du Brexit, en réponse à une invitation à venir s’exprimer devant eux ce jour là.

Fin des négociations en vue

« La fin (des négociations) est maintenant en vue, nous pouvons nous frayer un chemin à travers les obstacles qui subsistent ». Son optimisme est partagé par son collègue Jeremy Hunt, le ministre des Affaires étrangères. « Il est tout à fait possible que nous ayons fait assez de progrès d’ici là », a-t-il affirmé lors d’un discours mercredi soir à Londres, au cours duquel il a jugé « encourageant » l’état actuel des négociations.

Un porte-parole de la Première ministre, Theresa May, s’est néanmoins gardé de confirmer la date du 21 novembre. « Nous espérons conclure un accord aussi vite que possible ».

A Paris, Jean-Yves le Drian et Simon Coveney, les ministres français et irlandais des Affaires étrangères, ont estimé que les négociations étaient à leur « moment de vérité ». « Si un accord doit intervenir pendant le mois de novembre, les équipes de négociation doivent trouver une solution la semaine prochaine, ou pas loin », a jugé le chef de la diplomatie irlandaise.

L’Irlande au centre des préoccupations

Son homologue français, Jean-Yves le Drian, a, lui, exigé « des garanties du Royaume-Uni » sur la question de la frontière irlandaise. Mais une source européenne a confié à l’AFP que « les discussions techniques qui ont repris n’ont mené nulle part jusqu’à présent ».

M. Raab se rendra vendredi dans la province britannique d’Irlande du Nord pour une « mission d’enquête » au cours de laquelle il rencontrera des représentants d’entreprises et des élus locaux, selon son ministère. La manière d’empêcher le retour d’une frontière dure entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, membre de l’UE, demeure un point de désaccord majeur dans les négociations entre Londres et Bruxelles, alors que « 95% de l’accord de retrait est maintenant réglé », affirme Dominic Raab.

Les dirigeants européens, qui avaient émis l’idée d’un sommet extraordinaire à la mi-novembre pour boucler les négociations et sceller l’accord, ont averti que celui-ci n’aurait pas lieu en l’absence de progrès sur le dossier irlandais.

L’UE a proposé de maintenir l’Irlande du Nord dans le marché unique et l’union douanière européenne si aucune autre solution n’était trouvée en décembre 2020, à la fin de la période de transition qui devrait suivre le Brexit, prévu le 29 mars 2019. Ce scénario du « backstop » (ou filet de sécurité) est rejeté par Theresa May, qui a proposé qu’un accord douanier liant l’UE à l’ensemble du Royaume-Uni, et pas seulement l’Irlande du Nord, puisse être établi jusqu’à la signature d’un accord de libre-échange plus large.

(avec agences)

https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/brexit-londres-vise-un-accord-avec-l-ue-d-ici-au-21-novembre-796060.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20181102

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir


Par George Galloway – Le 24 octobre 2018 – Source RT

La nouvelle 1 que des « parties défigurées du visage et du corps » de Khashoggi auraient été retrouvées dans le jardin du consulat saoudien à Istanbul, sonne la fin de la récréation pour les collaborateurs occidentaux de la dictature tyrannique arabe.

Après Khashoggi lui-même, le principal perdant du meurtre le plus répugnant d’Istanbul est le président américain Donald Trump – comme je l’avais prédit ici il y a des semaines. Sa déclaration selon laquelle la couverture saoudienne était « crédible » a suscité les moqueries du reste du monde par son côté « Lady MacBeth », et l’a ridiculisé. Le comportement de son propre « prince héritier » – son gendre Jared Kushner – a été plus vénal que digne d’un opéra-comique.

Comme je l’avais prédit, bien que la famille Clinton ait largement profité des largesses saoudiennes, les démocrates et leurs vastes soutiens médiatiques ont fait de l’assassinat de Khashoggi leur nouveau casus belli, en lieu et place du « Russiagate » en perte de vitesse (en fait les mêmes personnes qui, ces deux dernières années, ont inondé les ondes américaines de haine russophobe ont levé les mains au ciel, horrifiées, quand Trump – le pantin de Poutine, rappelez-vous – a annoncé une course aux armes nucléaires contre la Russie).

D’Uber à Facebook, de JP Morgan à Virgin, des dizaines de sociétés et personnalités ont renoncé à aller au « Davos du désert » et le royaume « est en crise » comme vient de le reconnaître publiquement le ministre saoudien de l’Énergie.

Tout cela va de soi et on peut facilement prédire la fin du règne aussi court que brutal et meurtrier du Caligula saoudien qui a tué des milliers de personnes au Yémen, en Syrie, et même en Arabie saoudite.

En Occident, c’est comme si on allumait tout à coup la lumière et qu’on voyait les cafards s’enfuir à toute vitesse. Nulle part ce spectacle n’est aussi abject qu’au Royaume-Uni.

Dans les années 1980, j’ai été envoyé en mission parlementaire en Arabie saoudite, sous la direction de Sir Francis Pym, qui a ensuite reçu le titre de Lord, un grand Tory qui fut ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, avant que cette fonction ne se dégrade du fait de la médiocrité et du manque évident de classe de ses occupants. Il y avait des tensions entre les Britanniques et les Saoudiens qui menaçaient de perturber le contrat d’armement extrêmement lucratif et très crapuleux d’Al Yamamamah.

« De la pommade, mon cher, de la pommade », voilà notre mission, m’a dit Sir Francis. Nous devons les couvrir de pommade. « Il n’est pas question de s’excuser…  je ne m’excuserai pas », a-t-il ajouté (je le répète, à l’époque, c’était la grande classe), les enduire d’une bonne couche de pommade, voilà notre feuille de route.

Nous avons rencontré le roi saoudien de l’époque et la plupart des princes importants ; Sir Francis était un maître dans sa partie. Il ne s’est jamais excusé, mais il leur a mis beaucoup, beaucoup de pommade. Cela a marché, et le sale business de traire les vieux idiots au pouvoir à Riyad a repris.

Bien sûr, les profits britanniques n’avaient rien de comparables avec le butin des États-Unis, et la différence entre les deux n’a fait que croître pendant les trente années suivantes. L’autre différence est que, maintenant, ce ne sont plus seulement les fusils, mais le beurre, la technologie, les médias, les films, les loisirs (qui savait que Disneyland était un parc de loisir saoudien ?) et le tourisme.

En réalité, des milliers de médias occidentaux et leurs petites mains ont été corrompus par l’or saoudien. Toutes sortes de think tanks, d’« instituts », et même le Musée d’histoire naturelle de Grande-Bretagne, recevaient de l’argent de la Maison des Saoud. La malchance a voulu que, la nuit même où la musique s’est arrêtée avec le meurtre d’un chroniqueur du Washington Post et le démembrement de son corps, l’ambassade saoudienne organisait une soirée dans l’une des augustes salles de ce Musée.

L’ironie du fait que le Royaume créationniste 2 choisisse de siroter des cocktails sans alcool dans la maison que Charles Darwin a construite, n’a pas échappé à grand monde. Les journaux et les magazines qui s’étaient engraissés ouvertement et secrètement grâce au sponsoring saoudien, à coup de revenus publicitaires et autres arrangements entre amis sont maintenant choqués ! Choqués ! Comme le chef de la police de Vichy corrompu qui « découvre » qu’il y a des tables de jeux au Rick’s Café de Humphrey Bogart dans le film Casablanca.

Personne n’a retourné sa veste aussi vite que le chef des relations publiques du prince héritier saoudien en occident, Thomas Friedman du New York Times.

Lors de son apparition avec Christiane Amanpour de CNN, Friedman a semblé au bord de la dépression nerveuse. Avoir gaspillé des dizaines de milliers de mots pour un criminel comme Mohammed bin Salman ! Il ne faut rien regretter Tom, tu as été bien payé pendant tout le temps que ça a duré !

Comme Oscar Wilde l’a dit à propos de la scène de lit de mort dans La petite Nell de Charles Dickens – « Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire. »

Mais le plus dévastateur a été la corruption dans la classe politique elle-même, et on en entendra bientôt parler.

Lorsque le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a déposé une motion plus tôt dans l’année pour faire cesser les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en attendant une enquête sur l’utilisation de ces armes dans la guerre sanglante contre le Yémen, la motion aurait très bien pu passer, si plus de 100 députés travaillistes de son propre camp ne s’étaient pas rendus coupables de trahison. Des députés travaillistes gays se sont rangés dans le camp de ceux qui jettent les gays du haut des immeubles. Des députés travaillistes féministes se sont rangés dans le camp de ceux qui ne reconnaissent aucun droit aux femmes. Tous ces démocrates ont soutenu l’absence désertique de liberté et de démocratie. Je n’ai pas compris et je me suis posé des questions sur l’ampleur du soutien saoudien au sein des députés du Parti travailliste. Je pense que tout s’éclairera bientôt.

Car cette histoire n’a pas fini de faire des vagues.

Pour l’heure, les « Gardiens des deux saintes mosquées », pour donner aux rois saoudiens leur titre du vendredi 3, sont occupés à effacer le visage de Jamal Khashoggi, un homme qui a peut-être légèrement critiqué la politique saoudienne, mais qui a soutenu l’armée de coupeurs de têtes financée par les Saoudiens en Syrie, jusqu’à l’instant même où sa propre tête a été arrachée de ses épaules. Cet homme qui a écrit un éditorial du Washington Post intitulé « Il est temps de diviser la Syrie » a lui-même été divisé en plusieurs parties par les instigateurs de la division avortée de la Syrie.

Même Shakespeare n’aurait pas pu écrire une pareille histoire.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque 30 ans. Il anime des émissions de TV and de radio (y-compris sur RT). Il est cinéaste, écrivain et un orateur renommé.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Maintenant démentie
  2. Le créationnisme est la croyance religieuse selon laquelle une création divine est responsable de la vie et de l’univers, s’opposant généralement au consensus scientifique qui soutient une origine naturelle au moyen de l’évolution du vivant fondé sur la sélection naturelle (Wikipédia)
  3. Jour de la prière dans l’Islam

 

http://lesakerfrancophone.fr/assassinat-de-khashoggi-le-pire-est-a-venir

Londres secoue les Gafa avec sa nouvelle taxe internet

Londres secoue les Gafa avec sa nouvelle taxe internet

Des applications avec les sigles de Google, Amazon, Facebook et Apple, les « Gafa », photographiées le 20 avril 2018 à Paris / © AFP/Archives / Lionel BONAVENTURE

Le Royaume-Uni pourrait devenir la première grande économie du monde à taxer les géants de l’internet, au moment où les négociations européennes et mondiales traînent en longueur pour imposer les « Gafa ».

L’austère et longiligne ministre des Finances britannique, Philip Hammond, a peu l’habitude de secouer le cocotier. Conservateur convaincu, il ne jure habituellement que par la réduction d’impôt et accueille toujours les entreprises à bras ouverts. Mais lundi, il a frappé les esprits en annonçant au Parlement une « taxe sur les services numériques » à la fin d’un discours budgétaire fleuve.

« Un accord international est la meilleure solution à long terme. Mais les progrès sont incroyablement lents et nous ne pouvons perdre trop de temps en palabres. Nous allons donc lancer une taxe sur les services numériques au Royaume-Uni », a-t-il lancé sous les vivats des députés.

Il s’agira d’une taxe de 2% sur certains services numériques bien identifiés: « moteurs de recherche, réseaux sociaux et galeries marchandes en ligne », d’après le Trésor. Elle ne s’appliquera qu’aux entreprises générant plus de 500 millions de livres de chiffre d’affaires annuel (560 millions d’euros). Lancée en avril 2020, cette taxe pourrait rapporter autour de 400 millions de livres par an d’ici à 2022.

Sans les nommer, elle vise directement les géants américains du numérique, les « Gafa » (Google, Amazon, Facebook, Apple), dont la faiblesse des impôts payés au Royaume-Uni déchaîne régulièrement la presse à scandale. Mardi, veille d’Halloween, le Sun publiait un photo-montage en vampire du patron de Facebook, Mark Zuckerberg, et se réjouissait de voir les géants du net « se faire sucer le sang à leur tour ».

Capture d’écran d’une vidéo fournie par le Parlement britannique montrant le ministre britannique des Finances Philip Hammond en train de prononcer son discours budgétaire devant les députés, à Londres le 29 octobre 2018 / © PRU/AFP / HO

Au-delà de l’effet d’annonce, les experts se grattaient la tête pour identifier l’impact de cette taxe.

« C’est une mesure importante et surprenante. Vous auriez tendance à éviter d’agir de façon unilatérale, vu la nature internationale des flots d’argent concernés… Vous courrez le risque de voir votre pays perdre en compétitivité », a jugé Tej Parikh, économiste à l’Institute of Directors sur la BBC.

– En chantier à l’OCDE –

Peu de pays se sont lancés. En Asie, Singapour a annoncé une taxe numérique mais d’ampleur très limitée et l’Inde travaille à un impôt sur les Gafa, tandis que la Malaisie pourrait dévoiler sa propre taxe dès vendredi.

Capture d’écran d’une vidéo fournie par le Parlement britannique montrant le ministre britannique des Finances Philip Hammond prononçant son discours budgétaire devant les députés, à Londres le 29 octobre 2018 / © PRU/AFP / HO

En Europe, les députés italiens ont voté en fin d’année dernière une taxe sur des transactions internet mais la loi n’entrera finalement pas en vigueur. Le gouvernement espagnol a de son côté proposé il y a dix jours de taxer les géants du net afin de récolter jusqu’à 1,2 milliard d’euros par an.

Mais des discussions ont surtout été ouvertes à l’échelon continental depuis mars: la Commission européenne a proposé, à l’initiative de la France, un impôt de 3% sur le chiffre d’affaires des géants du numérique, le temps qu’une solution soit négociée à l’échelle mondiale au sein de l’OCDE.

La nécessité d’obtenir l’unanimité dans l’UE pour toute réforme de la fiscalité rend le consensus difficile cependant. Plusieurs pays européens restent opposés à ce projet, à l’image de l’Irlande, où plusieurs géants du numérique ont installé leur tête de pont européenne.

« Dans ce paysage complexe les gens ont des intérêts contradictoires et donc des positions contradictoires » souligne Pascal Saint-Amans, directeur du centre de politique et d’administration fiscale de l’OCDE.

Montage photographique réalisé le 6 septembre 2018 montrant les logos des « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon) et, à droite, un drapeau européen devant la Commission européenne à Bruxelles / © AFP/Archives / Damien MEYER, EMMANUEL DUNAND

D’après lui, « la solution globale c’est de changer toutes les conventions fiscales, y compris avec les États-Unis, les Chinois, les Japonais…de manière à pouvoir taxer une entreprise qui n’a pas d’activité physique chez vous et au delà de pouvoir attribuer des profits significatifs à cette entreprise ».

Réticents du temps de Barack Obama, les Etats-Unis de Donald Trump font d’ailleurs preuve d’un « soutien actif et engagé » désormais, selon M. Saint-Amans, pour une taxe étendue au-delà du seul numérique toutefois.

En attendant un éventuel accord mondial, des patrons de sociétés numériques européennes comme Spotify, Booking.com ou Zalando ont déjà exprimé leur « grave préoccupation » face à l’éventuelle taxe de l’UE, dans une lettre aux ministres des Finances européens rendue publique mardi.

(©AFP / (30 octobre 2018 14h41)

https://www.romandie.com/news/Londres-secoue-les-Gafa-avec-sa-nouvelle-taxe-internet/966935.rom

Londres, Paris et Tel-Aviv seront-ils sanctionnés par Moscou et Washington ?

Londres, Paris et Tel-Aviv seront-ils sanctionnés par Moscou et Washington ?

L’affrontement qui vient d’avoir lieu à Lattaquié peut déboucher sur une redistribution complète des cartes dans le monde. Pour deux raisons, dont la seconde est cachée au public occidental. Premièrement, elle a coûté la vie à 15 soldats russes ; deuxièmement, elle implique non seulement Israël, mais aussi le Royaume-Uni et la France. Il s’agit de la crise potentiellement la plus dangereuse depuis plus de 60 ans. La question qui se pose maintenant est de savoir si le président Trump, en pleine campagne électorale législative, est en mesure de soutenir son homologue russe, de sorte que les États-Unis et la Russie sanctionnent les puissances coloniales comme ils le firent ensemble en 1956, lors de la crise de Suez.

| Damas (Syrie)

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Le chef d’état major de l’armée de l’Air israélienne, le général Amikam Norkin, arrive en urgence à Moscou, le 20 septembre 2018, pour présenter sa version des événements. Une fois ses preuves vérifiées et confrontées aux autres enregistrements, il s’avérera qu’Israël ment avec aplomb.

Le 17 septembre 2018, la France, Israël et le Royaume-Uni ont mené une opération commune sur des cibles syriennes. Au cours des brefs combats, un avion de reconnaissance russe a été abattu par un tir ami syrien. L’étude des enregistrements atteste qu’un F-16 israélien s’était caché derrière l’Iliouchine Il-20 pour induire en erreur la défense syrienne.

La destruction d’un avion militaire russe par la faute d’Israël lors d’une opération commune britannico-franco-israélienne a provoqué la stupeur dans toutes les chancelleries. S’il y avait une ligne rouge depuis le début du conflit autour de la Syrie, il y a sept ans, c’est que jamais les différents protagonistes ne mettaient en danger les forces russes, états-uniennes ou israéliennes.

On sait très peu de choses avec certitude sur ce qui s’est passé, sinon que :
- un Tornado britannique a décollé de Chypre pour se rendre en Iraq. Lors de son voyage, il a violé l’espace aérien syrien afin de scanner les défenses syriennes et de rendre l’attaque alliée possible.
- moins d’une heure après, quatre F-16 israéliens et une frégate française, L’Auvergne, ont tiré sur des cibles en Syrie dans le gouvernorat de Lattaquié. La défense anti-aérienne syrienne a protégé son pays en tirant des contre-missiles S-200 sur les missiles français et israéliens.
- au cours de la bataille, un F-16 a utilisé comme bouclier un Iliouchine Il-20 russe qui menait une mission de surveillance de la zone et de localisation des lieux de lancement des drones jihadistes. La défense syrienne a tiré un missile en visant la signature thermique de l’avion israélien. Elle aurait donc pu théoriquement détruire l’avion russe par erreur.

C’est cependant rocambolesque car les missiles S-200 sont munis d’un système de reconnaissance des cibles amies ou ennemies, ce que le ministère russe de la Défense a successivement confirmé, puis démenti. Quoi qu’il en soit, l’Iliouchine a pourtant été détruit sans que l’on sache avec certitude par qui et comment.

La lâcheté des dirigeants britanniques et français les a conduits à censurer toute information sur leur responsabilité dans cette opération. Londres n’a livré aucun commentaire et Paris a nié les faits. Ni la BBC, ni France-Télévision n’ont osé évoquer le sujet. Pour ces deux pays, plus que jamais, la réalité de la politique extérieure est exclue du débat démocratique.

Interprétation immédiate des évènements

Nous ne savons pas si la destruction de l’avion russe, impliquant la mort des 15 hommes à son bord, est imputable au pilote israélien —ce qui parait très improbable—, à l’armée israélienne ou à l’alliance qui a mené cette attaque.

De la réponse à cette question dépend un possible conflit entre quatre puissances nucléaires. Cette situation est donc d’une extrême gravité. Elle n’a pas de précédent depuis la création de la Fédération de Russie, fin 1991.

L’agression britannico-franco-israélienne est la réponse de ces trois pays à l’accord russo-turc signé à Sotchi quelques heures plus tôt. Elle intervient après le refus états-unien début septembre de bombarder la Syrie sous un faux prétexte et l’envoi d’une délégation US dans le monde arabe pour se désolidariser des initiatives britannico-françaises [1].

Les accords de Sotchi ont été signés par la Turquie sous une forte pression de la Russie. Le président Recep Tayyip Erdoğan avait refusé de signer à Téhéran le Memorandum sur le repli des forces jihadistes et turques d’Idleb, le président Vladimir Poutine lui avait sèchement répondu. D’une part en réaffirmant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie [2] et, d’autre part, en soulignant pour la première fois l’illégitimité en droit international de la présence militaire turque dans ce pays. Très inquiet, Erdoğan avait accepté une invitation en Russie dix jours plus tard.

L’accord de Sotchi, tout en éloignant un peu plus la Turquie de l’Otan avec des contrats énergétiques russes, contraignait de facto Ankara à se retirer d’une partie du territoire qu’il occupe, prétendument pour mieux protéger les pseudo-« rebelles » rassemblés dans le gouvernorat d’idleb [3]. En outre, la Turquie ne dispose que d’un mois pour confisquer l’armement lourd de ses amis d’Al-Qaïda et de Daesh dans la zone démilitarisée [4].

Cet accord était évidemment inacceptable pour Londres, Paris et Tel-Aviv :
- à terme, il prévoit la fin des jihadistes en tant qu’armée, alors que Londres les encadre, les structure et les manipule depuis des décennies [5] ;
- la fin du rêve d’un mandat français sur la Syrie et de la création d’une nouvelle colonie française au Nord de ce pays, sous le nom mensonger de « Kurdistan » (le Kurdistan n’est légitime que dans les frontières qui lui ont été reconnues par la Conférence de Sèvres, en 1920. C’est-à-dire non pas en Iran, ni Iraq ou en Syrie, mais uniquement dans l’actuelle Turquie [6]).
- la fin de la domination régionale d’Israël face à une Syrie stable sous protection russe.

Interprétation à moyen terme des évènements

L’alliance militaire britannico-franco-israélienne n’était pas entrée en action depuis la crise du Canal de Suez, en 1956. À cette époque, Anthony Eden, Guy Mollet et David Ben Gourion avaient engagé conjointement leurs forces pour humilier les nationalistes arabes, particulièrement l’Égyptien Gamal Abdel Nasser, et rétablir les empires coloniaux anglais et français (« Opération Mousquetaire »).

C’est très exactement ce qui s’est passé avec cette nouvelle attaque : comme l’a confirmé le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, aucune des cibles visées n’était liée de près ou de loin à l’Iran ou au Hezbollah. Cette action britannico-franco-israélienne n’avait aucun rapport avec la lutte internationale contre les jihadistes en général et Daesh en particulier. Elle n’avait pas plus de rapport avec le renversement de la République arabe syrienne ou de son président, Bachar el-Assad. Son objectif principal était de tuer des scientifiques militaires, notamment les spécialistes des roquettes de l’Institut des industries techniques de Lattaquié.

Il s’agit donc de la reprise et de la continuation de la politique d’assassinats ciblés conduite par Israël depuis une vingtaine d’années, successivement contre les scientifiques iraquiens, iraniens et désormais syriens. C’est un des piliers de la politique coloniale : empêcher les peuples soumis d’atteindre le même niveau d’éducation que leurs maîtres. Jadis, les Occidentaux interdisaient à leurs esclaves d’apprendre à lire sous peine de mort. Aujourd’hui, ils éliminent leurs scientifiques. Cette politique avait été relancée avec le bombardement britannico-franco-US (14 avril 2018) dont la seule cible détruite fut le centre de recherche scientifique de Barzeh [7], puis avec la rupture de l’accord 5+1 avec l’Iran (JCPoA) qui a contraint ce pays à fermer ses facultés de physique nucléaire (8 mai 2018).

C’est une répartition des tâches : les jihadistes détruisent le passé, les Occidentaux l’avenir.

Interprétation des évènements sur la longue durée

Depuis le déploiement des troupes russes en Syrie, le 13 septembre 2015, pour aider ce pays à lutter contre les terroristes, les alliés des États-Unis ont compris l’impossibilité de mener à bien le plan US sans risquer de guerre mondiale. Avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, ils ont progressivement remis en question leurs objectifs de guerre, ont abandonné ceux des « Amis de la Syrie » et se sont repliés sur leurs stratégies historiques respectives [8].

C’est cette logique qui les a conduits à reformer l’alliance qui provoqua la crise de Suez. Et c’est également cette logique qui a poussé l’Allemagne à prendre ses distances avec eux.

Au début de la Première Guerre mondiale, les empires anglais, français et russe avaient décidé du partage du monde qu’ils réaliseraient le jour de leur victoire. Il fut négocié par Mark Sykes, Georges Picot et Sergueï Sazonov. Durant la Guerre mondiale, le Tsar fut renversé par les Bolcheviks, de sorte que les parties du monde réservées par l’empire russe furent remises en jeu. En définitive, à la fin de la Guerre mondiale, seule la partie du plan relative au Moyen-Orient fut appliquée sous le nom d’accords « Sykes-Picot ».

Le retour de la Russie dans le jeu international remet donc en cause le partage colonial britannico-français du Moyen-Orient. Le clash prévisible vient de surgir, accidentellement ou volontairement, avec la destruction de l’Iliouchine Il-20 lors de l’opération militaire conjointe britannico-franco-israélienne.

Comment réagir

La stupeur de la communauté internationale devant le surgissement brutal d’un conflit vieux d’un siècle se mesure au silence du twitter de la Maison-Blanche.

Durant la crise de Suez, les troupes israéliennes engagées étaient deux fois plus nombreuses que l’ensemble des troupes britanniques et françaises. Le total des forces coalisées atteignait 250 000 hommes. Il s’agissait donc d’une opération de très grande ampleur par rapport à celle de Lattaquié. Il n’en reste pas moins que les deux séquences répondent à la même logique diplomatique et sont susceptibles de donner lieu aux mêmes développements.

Lors de la crise de Suez, en pleine Guerre froide, l’Union soviétique avait menacé le Royaume-Uni, la France et Israël de riposte nucléaire s’ils ne se retiraient pas d’Égypte. L’Otan avait dans un premier temps soutenu les Européens menaçant Moscou de Guerre mondiale, avant de se raviser. En pleine Guerre froide, les États-Unis soutinrent provisoirement l’URSS pour stopper la folie européenne.

Pour Washington, laisser faire les Européens aurait signifié jeter l’ensemble des pays arabes dans les bras des Soviétiques. En outre, il n’était pas tenable d’accepter l’intervention franco-britannique au moment où ils dénonçaient la répression de la révolution hongroise par le Pacte de Varsovie.

Le président Dwight D. Eisenhower et le vice-président Richard Nixon lancèrent une attaque monétaire contre la livre sterling, envoyèrent leurs forces navales et aériennes interférer dans le dispositif britannico-franco-israélien et interdirent l’usage des matériels militaires français financés par des fonds US.

La paix internationale fut préservée grâce à quelques personnalités tierces comme le secrétaire général de l’Onu, Dag Hammarskjöld (qui fut assassiné trois ans plus tard et obtint le prix Nobel de la Paix à titre posthume), le ministre canadien des Affaires étrangères Lester B. Pearson (qui obtint lui aussi le Prix Nobel de la paix) et le leader des non-alignés et Premier ministre indien, Jawaharlal Nehru.

La crise de Suez a profondément réorganisé non seulement la vie politique internationale mais aussi nationale pour le Royaume-Uni, la France et Israël.
- Contournant les vétos des Ouest-Européens au Conseil de sécurité, l’Assemblée générale de l’Onu enjoignit le retrait des envahisseurs et créa la première force d’interposition des Nations Unies.
- Au Royaume-Uni, la Chambre des Communes exigea la fin de la politique coloniale au profit de la promotion des intérêts économiques de Londres via le Commonwealth.
- En France, les communistes, les gaullistes et les poujadistes (dont Jean-Marie Le Pen) s’unirent contre les centristes et les socialistes ; une configuration que l’on n’a jamais retrouvée depuis. Six ans plus tard, le président De Gaulle considéra qu’en reconnaissant l’indépendance de l’Algérie, il mettait un terme à la collaboration militaire avec l’État colonial d’Israël et reprenait la politique d’amitié et de collaboration avec les peuples arabes qui avait toujours caractérisé la France, hormis la parenthèse coloniale [9].

La position des Occidentaux sur l’agression de Lattaquié est d’autant plus difficile que, violant leur accord de 2015 avec la Russie, les Israéliens n’ont informé Moscou de leur opération que longtemps après qu’elle a débuté, une minute seulement avant de procéder à leurs tirs. Ils n’ont donné de détails qu’au cours de la bataille. En outre, ils ont menti sur leurs cibles, indiquant volontairement des lieux très éloignés de la vérité. Le Pentagone de son côté, affirme ne pas en avoir été informé du tout. Or, rappelons que l’accord de non-agression mutuelle israélo-russe en Syrie n’existe que parce qu’Israël est l’arsenal US au Moyen-Orient, abritant (avec l’Italie) les principaux stocks de munition états-uniens pour l’ensemble de la région. Si Israël n’a pas prévenu à l’avance le Pentagone de son action, il ne peut bénéficier de la protection US et par conséquent le pacte de non-agression mutuelle peut être remis en question par la Russie.

La réponse russe dépend de la position de la Maison-Blanche que nous ignorons pour le moment. Elle doit être guidée à la fois par la volonté de faire baisser la tension, si c’est possible, et de maintenir sa dissuasion en punissant le ou les coupables que le Kremlin aura désignés. Il n’est pas nécessaire que la Russie rende cette sanction publique pourvu que les chancelleries concernées en soient informées.

La réponse russe

La Russie avait le choix de ne voir dans la destruction de son avion qu’une faute d’un pilote israélien, ou de l’armée israélienne, ou encore des trois États impliqués (Royaume-Uni, France et Israël). Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a téléphoné à son homologue israélien, Avigdor Lieberman. Il l’a informé qu’il tient Israël pour responsable de l’accident et se réserve le droit de riposter. Un peu plus tard, le président Poutine a déclaré : « Il s’agit d’une série d’événements tragiques, car notre avion n’a pas été abattu par un appareil israélien ». Il a tenu à distinguer cette situation de celle de la destruction du Sukhoï 24-M abattu volontairement par la chasse turque, en novembre 2015.

Le chargé d’affaire israélien à Moscou, Keren Cohen Gat, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. Tandis que, de manière réflexe, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, tentait de rejeter la responsabilité de l’accident sur l’Iran. Une délégation israélienne, conduite par le chef d’état major de son armée de l’Air, le général Amikam Norkin, s’est alors précipitée à Moscou avec une célérité sans précédent. Il a contesté les affirmations du ministère russe de la Défense, affirmé qu’Israël est innocent et que toute la faute revient à l’incurie des Syriens.

Le président Donald Trump, grand admirateur de la politique étrangère de Richard Nixon, tient là l’occasion d’en finir avec le soutien britannico-franco-israélien à l’État profond US. Cependant, il ne peut donner l’impression, en pleine campagne électorale législative, de soutenir le rival russe et de taper sur les alliés. Il cherche donc un moyen de présenter à son opinion publique intérieure ce grand revirement. Dans cette perspective, il a condamné lors d’une interview à Hill TV, l’engagement US au Moyen-Orient élargi décidé par son prédécesseur George Bush Jr après les attentats du 11 septembre 2001.

Le 23 septembre, le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konashenkov, a présenté la synthèse des renseignements russes et des informations transmises par la Syrie et Israël.
- Il a accusé l’État hébreu d’avoir délibérément violé l’accord de non-agression mutuelle de 2015 en ne prévenant pas à l’avance la Russie de son attaque et en mentant sur ses cibles.
- Il l’a accusé d’avoir mis en danger les vols civils présents dans cette zone de Méditerranée, et d’être responsable de la destruction de l’Iliouchine Il-20.
- Il a dénoncé sa non-assistance aux soldats russes lorsque leur avion décrochait.
- Il a également accusé le général Amikam Norkin d’avoir menti en prétendant que les jets israéliens étaient déjà rentrés en Israël lorsque l’avion russe est tombé.
- Il a enfin écarté les accusations d’amateurisme portées à l’encontre de la défense syrienne.

Il s’est par contre abstenu de mettre en cause publiquement le Royaume-Uni et la France pourtant eux aussi concernés par ses remarques contre Israël.

Dans le cas où la Maison-Blanche trouverait une narration acceptable des faits pour ses électeurs, la Russie pourrait interdire au Royaume-Uni, à la France et à Israël toute intrusion dans l’espace maritime, terrestre et aérien de la Syrie sans autorisation de Damas. Londres et Paris devraient cesser leurs menaces de bombardement sous quelque prétexte que ce soit (les fausses armes chimiques) et retirer leurs forces spéciales. Cette mesure serait édictée pour tout protagoniste, en général, sauf pour les États-Unis et à Idleb pour la Turquie.

[1] « Qui veut relancer la guerre en Syrie ? », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 4 septembre 2018.

[2] « Déclaration de l’Iran, de la Russie et de la Turquie sur la Syrie », Horizons et débats (Suisse) , Réseau Voltaire, 7 septembre 2018.

[3] « La bataille d’Idleb est repoussée », Réseau Voltaire, 18 septembre 2018.

[4] « Mémorandum de stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb », Réseau Voltaire, 17 septembre 2018.

[5] Voir la seconde partie de Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune, 2017.

[6] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[7] « Le fiasco du bombardement de la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 avril 2018.

[8] « Sortir de la guerre contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 septembre 2018.

[9] « Conférence de presse de Charles De Gaulle, extrait relatif à Israël », Réseau Voltaire, 27 novembre 1967.

http://www.voltairenet.org/article203057.html

Le Kremlin tempête contre les sanctions « inadmissibles » de Washington

Le Kremlin tempête contre les sanctions « inadmissibles » de Washington

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à Moscou, le 27 mars 2017 / © POOL/AFP/Archives / SERGEI KARPUKHIN

« Inadmissibles », « inamicales », « illégales »: le Kremlin a vivement dénoncé jeudi l’annonce des Etats-Unis de nouvelles sanctions économiques contre la Russie en lien avec l’empoisonnement à l’agent innervant Novitchok au Royaume-Uni, qui font craindre une nouvelle escalade entre Moscou et Washington.

Moins d’un mois après les échanges d’amabilités pendant le sommet d’Helsinki entre Donald Trump et Vladimir Poutine, l’heure est de nouveau à la confrontation.

La Russie a d’ores et déjà averti qu’elle préparait une réplique à ces mesures punitives liées à l’empoisonnement début mars à Salisbury, au Royaume-Uni, de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

« Nous considérons comme absolument inacceptable l’annonce de nouvelles restrictions en lien avec l’affaire de Salisbury et les considérons comme illégales », a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. « Nous démentons encore une fois de la manière la plus catégorique toutes les déclarations sur une quelconque implication de la Russie ».

M. Peskov a qualifié les Etats-Unis de « partenaire imprévisible », mais ajouté « garder l’espoir de relations constructives avec Washington »: « Ces relations ne sont pas seulement dans les intérêts de nos deux peuples, mais aussi de la stabilité et de la sécurité dans le monde ».

L’annonce de nouvelles sanctions a provoqué un coup de froid jeudi à l’ouverture des marchés financiers russes, les indices boursiers chutant et la monnaie russe tombant à son plus bas niveau en deux ans face au dollar, avant un retour au calme progressif en cours de journée.

Le ministre des Finances Anton Silouanov a assuré que le gouvernement et la banque centrale disposaient de « tous les instruments nécessaires pour garantir la stabilité financière », relevant que l’économie russe était devenue « ces dernières années bien plus résistante aux chocs extérieurs ».

La Russie est soumise à des sanctions occidentales de plus en plus strictes depuis l’annexion de la Crimée en 2014, contribuant avec la chute des prix des hydrocarbures à provoquer deux ans de récession dont elle est sortie fin 2016.

Les Etats-Unis n’ont cessé de renforcer leur arsenal ces dernières années sur fond d’accusations d’ingérence russe dans les élections américaines, ce malgré les promesses de réconciliation de Donald Trump.

– Menace d’une deuxième salve –

L’empoisonnement confirmé de l’ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication et demandé des preuves.

Une Britannique de 44 ans, mère de trois enfants, est ensuite morte le 8 juillet après avoir été exposée à un poison contenu dans un flacon de parfum. La police britannique a établi qu’elle avait également été exposée au Novitchok.

Londres a salué les nouvelles mesures américaines comme « un message univoque à la Russie que son attitude impétueuse ne restera pas sans réponse ».

A Moscou, le ministère des Affaires étrangères a accusé Washington d’avoir « sciemment choisi le chemin de la confrontation dans les relations bilatérales qui sont déjà pratiquement réduites à zéro par ses propres efforts ».

Par la voix de sa porte-parole Maria Zakharova, il a averti qu’une riposte serait mise au point.

Les sanctions envisagées par Washington, qui portent sur l’exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l’équipement électroniques, pourraient coûter « des centaines de millions de dollars » à l’économie russe, a indiqué un responsable américain ayant requis l’anonymat.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions « draconiennes » serait décrétée, a poursuivi ce responsable, notant qu’elles pourraient aller jusqu’à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays.

La première vague ne devrait avoir qu’un effet « limité à modéré », mais « ces sanctions montrent que les milieux de la sécurité nationale américaine restent capables de faire avancer une politique de confrontation envers la Russie », ont commenté les experts de la société de conseil spécialisée dans les relations internationales Eurasia Group.

Dès mercredi, les marchés russes avaient chuté après des articles de la presse russe faisant état de la volonté de parlementaires américains de s’attaquer à la dette de l’Etat russe.

(©AFP / (09 août 2018 15h36)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Le-Kremlin-temp-te-contre-les-sanctions-inadmissibles-de-Washington/944043.rom

Les non-dits des accusations anglo-saxonnes contre la Russie

Les non-dits des accusations anglo-saxonnes contre la Russie

La Russie de Vladimir Poutine est-elle un Far West où le Pouvoir peut dépouiller un milliardaire de sa fortune, comme au temps de Boris Elstine ? S’ingère-t-elle dans le processus électoral états-unien ? Autant de questions qui ne laissent pas la place au doute, selon la classe dirigeante US. Et pourtant, il aura suffi que le président Poutine propose une commission rogatoire croisée au président Trump pour que l’angoisse gagne Washington.

| Damas (Syrie)

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William Browder lors d’une de ses auditions au Sénat des États-Unis.

Le 16 novembre 2009, l’avocat fiscaliste Sergey Magnitsky décède à la prison de Matrosskaya Tishina (Moscou). Immédiatement, la presse US assure qu’il détenait des informations sur un scandale d’État et a été torturé par le « régime ».

Le Magnitsky Act

La mort de Magnitsky éteint les poursuites légales lancées contre lui par le ministère russe de la Justice. Le milliardaire William (“Bill”) Browder, déclare à Washington que le fiscaliste pouvait prouver comment le Pouvoir russe lui avait volé 3 milliards de dollars. Malgré le lobbying de la banque Goldman Sachs, le Congrès des États-Unis, qui croit avoir démêlé l’affaire, adopte en 2012 une loi sanctionnant des personnalités russes soupçonnées d’avoir assassiné l’avocat. La banque, qui ne croit pas aux informations des parlementaires, avait engagé la firme de lobbying Duberstein Group pour tenter de s’opposer au vote de la loi [1].

Sur ce modèle, le Congrès étend en 2016 le Magnitsky Act au monde entier, enjoignant au président de prendre des sanctions contre toutes les personnes et tous les États qui violent la propriété individuelle. Les présidents Obama et Trump s’y plient en plaçant une vingtaine de personnalités sur cette liste, dont le président de la République de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov.

Ces deux lois visent à redonner aux États-Unis le rôle qu’ils s’étaient arrogés durant la Guerre froide de défenseur de la propriété individuelle, bien qu’ils n’aient plus de rival communiste.

Les deux versions de l’« affaire Magnitsky »

La Douma russe, quant à elle, répond à son homologue états-unien en interdisant l’adoption d’enfants russes par des familles US et en dénonçant la responsabilité de personnalités US dans la légalisation de la torture (Loi Dima Yakovlev, du nom d’un enfant russe adopté aux USA, mort des suites des négligences de ses parents). Le président Poutine applique ce texte en 2013, interdisant par exemple l’accès au territoire russe à l’ancien vice-président US Dick Cheney.

L’« affaire Magnitsky » aurait pu s’arrêter là. Elle semble indépendante de l’« affaire Khodorkovsky », exploitée par l’Otan pour accuser la Russie d’ingérence dans les démocraties occidentales par la désinformation (« fake news ») [2]. Cependant, le procureur général de Russie conteste la narration présentée par Wiliam Browder au Congrès US.

Selon William Browder, sa société, Hermitage Capital, aurait investi en Russie, notamment dans Gazprom. Il y aurait découvert des malversations et aurait tenté de prévenir le Kremlin. Cependant, on aurait alors annulé son visa de séjour. Puis ses sociétés russes auraient été volées par un fonctionnaire de la Brigade financière du ministère russe de l’Intérieur, le lieutenant-colonel Artem Kuznetsov. Celui-ci aurait saisi ses documents de propriété lors d’une perquisition, puis les aurait utilisés pour enregistrer un nouveau propriétaire. L’avocat Sergey Magnitsky, qui aurait mis à jour le pot-aux-roses, aurait été arrêté, torturé et serait finalement mort en prison. En définitive, le lieutenant-colonel Artem Kuznetsov et le « parrain » Dmitry Klyuev seraient parvenus à déposer les 3 milliards de dollars volés dans une banque chypriote. Il s’agirait d’un cas classique d’escroquerie par une mafia russe avec l’aide du Kremlin [3].

Cette narration inspire la septième saison de la série télévisée de Showtime, Homeland.

Au contraire, selon Yury Chaika, procureur général de Russie, William Browder aurait acquis illégalement 133 millions d’actions de Gazprom pour le compte des frères Ziff, via des hommes de paille. Non seulement Browder n’aurait pas payé 150 millions de dollars de taxes, mais l’acquisition elle-même d’une part de ce joyau de l’économie russe serait illégale. Par ailleurs, son conseiller fiscal, Sergey Magnitsky, qui avait monté une autre escroquerie pour le compte du même Browder, aurait été arrêté et serait mort d’une crise cardiaque en prison [4].

Il est évidemment impossible de démêler le vrai du faux entre les deux versions. Cependant, il est désormais reconnu que Sergey Magnitsky n’était pas un avocat travaillant en profession libérale, mais un juriste employé par les sociétés de William Browder. Il n’enquêtait pas sur des détournements de fonds, mais était chargé par Browder de créer des structures financières lui permettant de ne pas payer de taxes et d’impôts en Russie. Les deux hommes imaginèrent par exemple de rémunérer des débiles mentaux comme prête-noms de manière à bénéficier de leur exemption fiscale. Browder était un habitué de l’évasion fiscale ; raison pour laquelle, il a vécu dix ans en Russie avec de simples visas de tourisme, puis a abandonné sa citoyenneté états-unienne et acquis la britannique.

Ces derniers éléments donnent tort à William Browder et sont compatibles avec les accusations du procureur Chaika. Dans ces conditions, il paraît pour le moins imprudent pour le Congrès d’avoir adopté le Magnitsky Act, sauf si cette opération ne visait pas à défendre la propriété individuelle, mais était dirigée contre la Russie [5].

Un leader d’opposition russe à la solde de Browder

Aux côtés de la National Endowment for Democracy (NED), Browder finance abondamment les actions d’un jeune juriste, Alexeï Navalny. Grâce à l’aide de l’ambassadeur US, Michael McFaul, le jeune homme poursuit des études aux USA à l’université de Yale, en 2010. Il crée une Fondation anti-corruption pour promouvoir la version de Browder et charger l’administration Poutine.

Devenu un leader de l’opposition politique, Navalny réalise avec sa Fondation un premier documentaire pour accuser la famille du procureur Chaika de corruption. Si la vidéo est au premier abord convaincante, elle n’apporte en définitive aucune preuve des faits relatés.

Simultanément, Navalny commande un second documentaire à un réalisateur russe d’opposition sur l’« affaire Magnitsky ». Mais, ce journaliste se retourne contre son employeur durant son enquête qui est finalement diffusée par la télévision publique russe.

Une barbouze et un ambassadeur à la solde de Browder

Par la suite, William Browder engage un ancien agent du MI6 à Moscou (1990-93), Christopher Steele, et l’ancien ambassadeur US à Moscou (2012-14), Michael McFaul.

Il se trouve que c’est Christopher Steele qui, en 2006, —au sein du MI6— avait accusé le président Vladimir Poutine d’avoir ordonné l’empoisonnement d’Alexander Litvinenko au Polonium. En 2016, il a également travaillé —à titre privé cette fois— pour le Parti démocrate US. Il a alors rédigé le fameux dossier accusant le candidat Donald Trump d’être sous le coup d’un chantage des services secrets russe [6] ; une imputation gratuite qui vient de ressortir après le sommet bilatéral d’Helsinki. Et on retrouve Steele, en 2018, lors de l’empoisonnement au Novitchok de Sergueï Skripal, accusant —en tant que « consultant » du MI6— l’inévitable Vladimir Poutine .

La riposte russe

Durant la campagne présidentielle US de 2016, le procureur général de Russie, Yury Chaika, tente de convaincre un membre du Congrès ouvert aux thèses russes, Dana Rohrabacher (Républicain de Californie). Il lui fait remettre une note sur sa version de l’affaire Browder-Magnitsky. Puis, l’avocate russe Natalia Veselnitskaya rencontre le fils et le gendre du candidat Donald Trump, à la Tour Trump, pour les informer qu’une partie de l’argent sale de Browder servait à financer la candidature d’Hillary Clinton [7].

Par la suite, William Browder devient la principale source de l’enquête sur une possible ingérence russe contre la « démocratie US » conduite par le procureur spécial Robert Mueller. Bien avant d’être directeur du FBI, Mueller —qui n’a officiellement aucun rapport avec la CIA— fut responsable de l’enquête sur l’attentat de Lockerbie qu’il attribua à Mouammar Kadhafi. Rappelons que jamais la Libye ne reconnut être impliquée dans cette affaire, alors même qu’elle accepta de payer une indemnisation des victimes. Surtout, la justice écossaise a établi que les fragments de détonateur trouvés sur les lieux y avaient été placés par la CIA pour faire accuser la Libye. Mueller utilisa la rencontre de l’équipe Trump avec Natalia Veselnitskaya comme « preuve » de la subordination de Donald Trump aux services de Renseignement russes.

Natalia Veselnitskaya représente aux États-Unis les intérêts de diverses victimes de Browder en Russie. Elle était déjà intervenue en 2014 pour le compte d’une des sociétés que Browder accuse d’être liée au « parrain » Dmitry Klyuev. Elle avait alors soulevé la question de la manière dont un agent du secrétariat à la Sécurité de la patrie (Homeland Security), Todd Hyman, avait transmis une pièce de justice sans procéder aux vérifications d’usage.

Le moment de vérité n’aura pas lieu

Lors du sommet états-uno-russe d’Helsinki, le président Vladimir Poutine propose à son homologue US de laisser des enquêteurs états-uniens interroger les fonctionnaires russes soupçonnés de s’être ingérés dans la campagne présidentielle US à la condition que des enquêteurs russes puissent interroger également des suspects aux USA. Donald Trump réserve sa réponse.

Cependant, lorsque le bureau du procureur Yury Chaika transmet sa liste de témoins à interroger, Washington est en émoi. Non seulement, il demande à entendre les Britanniques William Browder et Christopher Steele s’ils se déplacent aux États-Unis, mais aussi l’ambassadeur Michael McFaul, l’avocat Jonathan Winer, le chercheur David J. Kramer, et enfin l’agent Todd Hyman.

Jonathan Winer fut en charge du dossier Lockerbie au département d’État durant les années 90. C’est un ami personnel de Christopher Steele, dont il a transmis une décennie durant les rapports aux néo-conservateurs [8].

Durant le premier mandant de Bush Jr, David J. Kramer joua un rôle important dans la gestion du système de propagande du département d’État ainsi qu’auprès des agents stay-behind en Europe orientale et en Russie. Après avoir exercé dans divers think tanks, il devint le président de Freedom House et mena campagne sur l’« affaire Magnitsky ». Il est aujourd’hui chercheur à l’Institut de John McCain.

Si jusque là, rien ne permettait de départager les versions de Browder et de Chaika, la vérité ne tardera plus à surgir. Il est possible que l’ingérence russe ne soit qu’une intox, mais que l’ingérence US (aussi bien par l’immixtion dans le fleuron de l’économie russe, que via Alexeï Navalny) soit, elle, une réalité.

Dans le contexte de l’unanimité à Washington contre la Russie, le président Trump décline la proposition de Vladimir Poutine.

[1] “Bank of Putin. Goldman Sachs lobbying against human rights legislation”, Adam Kredo, Free Beacon, July 19, 2012.

[2] « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[3] “Foreigner’s Investment in Russia Is Derailed by Kremlin’s Might”, Clifford J. Levy, The New York Times, July 24, 2008.

[4] Note from Yury Chaika Office to Dana Rohrabacher, June 2016.

[5] « Intouchable, Mr. Browder ? », par Israël Shamir, Traduction Maria Poumier, Entre la plume et l’enclume (France), The Unz Review (USA), Réseau Voltaire, 22 juin 2016.

[6] “The Steele Report”.

[7] “Natalia Veselnitskaya Memo on the William Browder & Sergei MagnitskyCase”, by Natalia Veselnitskaya, Voltaire Network, 1 June 2016.

[8] “Devin Nunes is investigating me. Here’s the truth”, Jonathan Winer, The Washington Post, February 8, 2018.

 

http://www.voltairenet.org/article202107.html

 

 

 

Salisbury : le couple hospitalisé a été exposé au Novitchok selon la police britannique

Salisbury : le couple hospitalisé a été exposé au Novitchok selon la police britannique

Salisbury : le couple hospitalisé a été exposé au Novitchok selon la police britannique© Henry Nicholls Source: Reuters
Policiers près d’Amesbury

Le chef de la police antiterroriste, associée à l’enquête ouverte après l’hospitalisation de deux personnes à Salisbury, a affirmé ce 4 juillet que les deux individus avaient été exposés à la même substance que Sergueï Skripal et sa fille.

Les deux personnes hospitalisées dans un état critique à l’hôpital même où Sergueï Skripal et sa fille avaient été traités après leur empoisonnement ont bel et bien été exposées à du Novitchok. C’est ce qu’annonce ce 4 juillet Neil Basu, le chef de la police antiterroriste britannique, associée à l’enquête, à titre «procédural».

Selon lui, aucun élément ne permet de conclure que les deux victimes aient pu être délibérément prises pour cible. Il a en outre précisé que la police ignorait pour l’instant par quels moyens ils avaient pu être exposés au Novitchok.

Les deux victimes, une femme et un homme, tous deux âgés d’une quarantaine d’années, ont été retrouvés inconscients le 30 juin dans une habitation de Muggleton Road, à Amesbury, tout près de Salisbury.

Le 4 mars dernier, Sergueï et Ioulia Skripal avaient été retrouvés inconscients sur un banc et hospitalisés dans un état critique à Salisbury. Victimes d’une tentative d’empoisonnement à l’agent innervant, ils avaient été soignés plusieurs semaines avant de quitter l’hôpital en bonne santé.

Londres, par la voix de son Premier ministre Theresa May, avait immédiatement pointé la responsabilité de Moscou dans cette affaire mais n’en a pas apporté les preuves. La Russie a nié toute implication, et, le 15 juin dernier, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a directement mis en cause les dirigeants du Royaume-Uni. «Toute l’affaire a été organisée par le gouvernement de Theresa May, afin d’atteindre des buts de politique intérieure et de prouver, apparemment, que la Grande-Bretagne était aux avant-postes en matière de politique étrangère», a déclaré la porte-parole, qualifiant cette affaire de «provocation».

Cet événement a engendré une crise diplomatique sans précédent entre les deux pays et une vague d’expulsions croisées de diplomates de la part du Royaume-Uni et de ses alliés d’une part, et de la Russie d’autre part.

https://francais.rt.com/international/52153-royaume-uni-couple-hospitalise-pres-salisbury-expose-novitchok?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications