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Le nouveau monde surgit devant nous

Le nouveau monde surgit devant nous

par Thierry Meyssan

Thierry Meyssan souligne l’extrême gravité, non pas du retrait US de Syrie, mais de l’effondrement des repères actuels du monde. Nous entrons, selon lui, dans une courte période de transition, au cours de laquelle les actuels maîtres du jeu que sont les « capitalistes financiers » —et ceux qu’il désigne par là n’ont aucun rapport avec ni avec le capitalisme originel, ni avec la banque originelle— vont être écartés au profit des règles de droit énoncées par la Russie en 1899.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 22 OCTOBRE 2019 عربيDEUTSCHENGLISHITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆESPAÑOLفارسى

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Le roi Salmane reçoit le président Vladimir Poutine, le pacificateur.

C’est un moment qui n’arrive qu’une ou deux fois par siècle. Un nouvel ordre du monde surgit. Toutes les références antérieures disparaissent. Ceux qui étaient voués aux gémonies triomphent tandis que ceux qui gouvernaient sont précipités aux enfers. Les déclarations officielles et les interprétations que livrent les journalistes ne correspondent manifestement plus aux événements qui s’enchainent. Les commentateurs doivent au plus vite changer leur discours, le renverser en totalité ou être happés par le tourbillon de l’Histoire.

En février 1943, la victoire soviétique face au Reich nazi marquait le basculement de la Seconde Guerre mondiale. La suite des événements était inéluctable. Il fallut pourtant attendre le débarquement anglo-états-unien en Normandie (juin 1944), la conférence de Yalta (février 1945), le suicide du chancelier Hitler (avril 1945) et enfin la capitulation du Reich (8 mai 1945) pour voir se lever ce monde nouveau.

En un an (juin 44-mai 45), le Grand Reich avait été remplacé par le duopole soviéto-US. Le Royaume-Uni et la France, qui étaient encore les deux premières puissances mondiale, douze ans plus tôt, allaient assister à la décolonisation de leurs Empires.

C’est un moment comme celui-là que nous vivons aujourd’hui.

Chaque période historique a son propre système économique et construit une super-structure politique pour le protéger. Lors de la fin de la Guerre froide et de la dislocation de l’URSS, le président Bush père démobilisa un million de militaires US et confia la recherche de la prospérité aux patrons de ses multinationales. Ceux-ci firent alliance avec Deng Xiaoping, délocalisèrent les emplois US en Chine qui devint l’atelier du monde. Loin d’offrir la prospérité aux citoyens US, ils accaparèrent leurs profits, provoquant progressivement la lente disparition des classes moyennes occidentales. En 2001, ils financèrent les attentats du 11 septembre pour imposer au Pentagone la stratégie Rumsfeld/Cebrowski de destruction des structures étatiques. Le président Bush fils transforma alors le « Moyen-Orient élargi » en théâtre d’une « guerre sans fin ».

La libération en une semaine d’un quart du territoire syrien n’est pas seulement la victoire du président Bachar el-Assad, « l’homme qui depuis huit ans doit partir », elle marque l’échec de la stratégie militaire visant à établir la suprématie du capitalisme financier. Ce qui paraissait inimaginable a eu lieu. L’ordre du monde a basculé. La suite des événements est inévitable.

La réception en très grande pompe du président Vladimir Poutine en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis atteste du spectaculaire revirement des puissances du Golfe qui basculent dès à présent dans la camp russe.

La tout aussi spectaculaire redistribution des cartes au Liban sanctionne le même échec politique du capitalisme financier. Dans un pays dollarisé où l’on ne trouve plus de dollars depuis un mois, où les banques ferment leurs guichets et où les retraits bancaires sont limités, ce ne sont pas des manifestations anti-corruption qui stopperont le renversement de l’ordre ancien.

Les convulsions de l’ordre ancien s’étendent. Le président équatorien, Lenín Moreno, attribue la révolte populaire contre les mesures imposées par le capitalisme financier à son prédécesseur, Rafael Correa qui vit en exil en Belgique, et à un symbole de la résistance à cette forme d’exploitation humaine, le président vénézuélien Nicolás Maduro, bien qu’ils n’aient aucune influence dans son pays.

Le Royaume-Uni a déjà replié ses forces spéciales de Syrie et tente de sortir de l’État supranational de Bruxelles (Union européenne). Après avoir pensé conserver le Marché commun (projet de Theresa May), il décide de rompre avec toute la construction européenne (projet de Boris Johnson). Après les erreurs de Nicolas Sarkozy, de François Hollande et d’Emmanuel Macron, la France perd subitement toute crédibilité et influence. Les États-Unis de Donald Trump cessent d’être la « nation indispensable », le « gendarme du monde » au service du capitalisme financier pour redevenir eux-mêmes une grande puissance économique. Ils retirent leur arsenal nucléaire de Turquie et s’apprêtent à fermer le CentCom au Qatar. La Russie est reconnue par tous comme le « pacificateur » en faisant triompher le droit international qu’elle avait créé en convoquant, en 1899, la « Conférence internationale de la paix » de La Haye, dont les principes ont été depuis foulés aux pieds par les membres de l’Otan.

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La Conférence internationale pour la paix de 1899. Il aura fallu plus d’un siècle pour comprendre ses implications.

Comme la Seconde Guerre mondiale a mis fin à la SDN pour créer l’Onu, ce monde nouveau va probablement accoucher d’une nouvelle organisation internationale fondée sur les principes de la Conférence de 1899 du tsar russe Nicolas II et du Prix Nobel de la paix français, Léon Bourgeois. Il faudra pour cela d’abord dissoudre l’Otan, qui tentera de survivre en s’élargissant au Pacifique, et l’Union européenne, État-refuge du capitalisme financier.

Il faut bien comprendre ce qui se passe. Nous entrons dans une période de transition. Lénine disait, en 1916, que l’impérialisme était le stade suprême de la forme de capitalisme qui disparut avec les deux Guerres mondiales et la crise boursière de 1929. Le monde d’aujourd’hui est celui du capitalisme financier qui ravage une à une les économies pour le seul profit de quelques super-riches. Son stade suprême supposait la division du monde en deux : d’un côté les pays stables et mondialisés, de l’autre des régions du monde privées d’États, réduites à n’être que de simples réserves de matières premières. Ce modèle, contesté aussi bien par le président Trump aux États-Unis, les Gilets jaunes en Europe occidentale ou la Syrie au Levant agonise sous nos yeux.

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017)

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Les Ayatollahs sautent de joie

Les Ayatollahs sautent de joie


Par Dmitry Orlov – Le 15 octobre – Source Club Orlov

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies, il y avait une personne qui paraissait plus heureuse que les autres, surtout en comparaison des Européens, aux mines plutôt sombres. C’était le président iranien Hassan Rouhani. Il rayonnait positivement de plaisir et de bonne humeur. Bien que son discours ait été dur, contenant des termes tels que « terrorisme économique » et « piraterie internationale », dont il accusait le régime de Washington, son comportement n’était que joie. En passant, il a anéanti les espoirs de Boris Johnson de négocier un rapprochement entre l’Iran et les Washingtoniens, estimant clairement que toute nouvelle tentative de négociation avec eux était tout à fait inutile.


Rohani n’est certainement pas le seul à adopter cette position, même s’il est peut-être le seul parmi les dirigeants nationaux à le faire ouvertement. Les Chinois ont fait traîner les négociations commerciales sans aucune intention de parvenir à un accord. Les Russes considèrent les négociations de maîtrise des armements avec les Washingtoniens comme plutôt inutiles, promettant une réponse symétrique (mais beaucoup moins coûteuse) à toute escalade américaine.

En effet, à quoi bon négocier avec les Américains si, comme l’expérience l’a montré, ils peuvent par la suite revenir à l’improviste sur un accord conclu ? Ils le font soit sans aucune justification (comme ce fut le cas récemment avec les Kurdes syriens), soit sur la base d’un quelconque caprice du moment (comme l’abandon du traité FNI entre les États-Unis et la Russie).

Ce point semble encore mériter d’être répété quelques fois, bien qu’il ait été soulevé à maintes reprises par de nombreux analystes et qu’il devienne de plus en plus flagrant. (Les Russes ont même inventé un nouveau mot pour décrire cette condition : недоговороспособный (« nedogovorosposóbny », littéralement « incapable-de-passer-un-accord ».) Mais il y a un autre point à faire valoir et la plupart des observateurs géopolitiques semblent passer à coté jusqu’à présent. Soit dit en passant, cela explique l’humeur joyeuse de Rohani à l’ONU, et je suis également heureux de le partager avec vous.

Négocier des accords avec le régime de Washington n’est pas seulement inutile, c’est aussi non nécessaire, car il est désormais possible pour tous les grands acteurs géopolitiques d’atteindre leurs objectifs stratégiques sans aucun accord avec les États-Unis, et parfois même sans avoir à engager un dialogue sérieux avec eux. Les exceptions sont le Japon et l’UE, dont la capacité d’affirmer leur volonté souveraine est très limitée, ayant cédé une grande partie de leur souveraineté aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide.

Même des joueurs mineurs, comme la Corée du Nord, ont appris cette leçon. Après avoir tenté de négocier avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont rapidement découvert que les Américains venaient souvent les mains vides, essayant d’obtenir des concessions sans rien donner en retour, et qu’ils se livraient à des effets de manche, comme les commentaires spectaculaires et contre-productifs de John Bolton sur l’application du « modèle libyen » en Corée du Nord. (Le dirigeant libyen, si vous vous souvenez, a été sauvagement assassiné par des forces soutenues par les États-Unis.)

Mais en ne parvenant pas à un accord avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont obtenu quelque chose de précieux : la reconnaissance universelle que les États-Unis sont militairement impuissants à s’y opposer. Oui, ils peuvent les détruire, mais la Corée du Sud et le Japon seraient également détruits, et comme il s’agit de deux nations que les États-Unis sont tenus de défendre en vertu d’un traité, prendre des mesures qui entraînent leur destruction n’est pas exactement une stratégie. Ainsi, les États-Unis sont passés d’une position belligérante contre la Corée du Nord, la menaçant militairement, à devoir se contenter d’appliquer des sanctions économiques presque totalement impuissantes étant donné la nature largement autarcique de l’État nord-coréen et son manque de commerce avec les États-Unis.

C’est un exemple intéressant, parce qu’il montre que même des acteurs relativement faibles et mineurs peuvent maintenant obtenir des Américains qu’ils fassent ce qu’ils veulent sans négocier aucun accord avec eux. Mais cette même logique s’applique encore plus aux grandes entités géopolitiques, comme la Chine, la Russie et l’Iran. Pour reprendre quelques métaphores religieuses, ces trois pays forment la Sainte Trinité que le destin a désignée pour vaincre le Grand Satan (les États-Unis, du moins dans le langage politique iranien). Chacun d’eux joue un rôle essentiel.

La fonction de la Russie est de tirer parti de sa technologie militaire supérieure pour contrecarrer militairement les États-Unis et de rendre tout son complexe militaro-industriel fantastiquement surévalué, impuissant et obsolète, avant de le faire disparaître dans l’oubli. La Réserve fédérale américaine imprime maintenant 60 milliards de dollars par mois, un chiffre qui correspond à peu près au coût mensuel du budget de la défense américaine.

La technologie russe a déjà transformé toute la flotte des porte-avions américains en une pile de déchets flottants inutiles. La Russie a mis au point des armes qui peuvent détruire des porte-avions à une distance de sécurité supérieure à la portée utile de leurs jets. Les missiles hypersoniques russes ont fait la même chose pour l’ensemble des systèmes de défense antimissile américains. De même, tout l’argent que les États-Unis ont dépensé pour développer des avions « furtifs » (1 500 milliards de dollars pour le seul chasseur F-35) a été annulé par les nouveaux systèmes radar russes qui peuvent parfaitement bien voir ces avions supposés invisibles. Ironiquement, le développement de la technologie « furtive » était basé sur les travaux d’un scientifique soviétique, Peter Ufimtsev, qui a émigré aux États-Unis après l’effondrement de l’URSS : ce que la Russie donne, la Russie le reprend aussi.

La Russie a également mis sa technologie de défense à la disposition d’autres pays, notamment les deux autres membres de la Sainte Trinité. À la surprise générale, Vladimir Poutine a annoncé récemment que la Chine sera en mesure d’utiliser le système russe d’alerte rapide en cas d’attaque nucléaire pour détecter les attaques lancées contre le territoire chinois. Cela étendra effectivement les capacités de dissuasion nucléaire de la Russie à la Chine. Et l’Iran a acheté des systèmes de défense aérienne russes S-300 et discute activement de l’achat du S-400 encore plus perfectionné. Ces systèmes feront de l’espace aérien au-dessus de l’Iran et de certaines parties de la Syrie des zones d’interdiction de vol pour les avions américains et de l’OTAN [et israéliens, NdT].

Si les objectifs de la Russie sont de pousser doucement les États-Unis vers l’oubli dans une tentative futile de les suivre dans le développement de nouveaux systèmes d’armes (les systèmes russes ont tendance à être non seulement plus efficaces mais aussi moins chers) tout en réalisant un profit en vendant leurs armes aux pays qui cherchent à s’assurer contre l’agression américaine, les objectifs chinois sont plus ambitieux encore. Au cours des cinquante dernières années, la Chine, qui était un pays agraire rustique, est devenue la plus grande superpuissance industrielle du monde. Entre-temps, aux États-Unis, le segment industriel s’est réduit à environ un dixième de l’ensemble de l’économie, le reste étant maintenant composé de baristas, de toiletteurs de chiens, de moniteurs de yoga et d’autres types de gratte-dos mutuels.

En raison de ce changement spectaculaire, les États-Unis enregistrent un important déficit commercial structurel avec la Chine. Alors qu’auparavant la Chine finançait ce déficit commercial en achetant de la dette américaine sous forme de bons du Trésor, elle a cessé de le faire il y a quelque temps et vend maintenant des bons du Trésor et achète de l’or. Elle n’est pas la seule à le faire (par exemple, la Russie a déjà vendu toutes ses obligations du Trésor américain), ce qui provoque d’importantes perturbations financières aux États-Unis, au point où les institutions financières refusent d’accepter des titres de créances américains en garantie de prêts à un jour [Marché Repo, NdT]. C’est cette évolution qui a forcé la Réserve fédérale à imprimer 60 milliards de dollars par mois tout en empilant dans son bilan les titres de créances américains désormais boudés. La tendance à long terme est indubitable : au cours des 77 derniers mois, les banques centrales étrangères ont vendu les deux tiers des bons du Trésor américain qu’elles avaient accumulés au cours des 35 dernières années.

Il est curieux de constater que, jusqu’à présent, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a fait qu’aggraver le déficit commercial. Ainsi, la tactique de négociation non négociatrice de la Chine semble fonctionner brillamment. Les États-Unis n’ont que deux moyens de financer leur déficit commercial : 1. vendre des déchets financiers ; et 2. vendre des terres, des usines et du matériel, la propriété intellectuelle, les reins de leur population et tout ce qui a de la valeur. Il n’y a vraiment pas d’autres options. Et comme la vente de déchets financiers ne fonctionne plus, l’option 2 est tout ce qui reste. Cela rappelle le démembrement d’actifs qui a eu lieu dans l’ex-URSS après son effondrement (et qui se poursuit toujours en Ukraine, pays qui se prépare à commencer à vendre ses terres aux sociétés transnationales).

Certains pourraient penser qu’il existe également l’option 3 : ramener l’industrie aux États-Unis. Mais il a fallu 50 ans à la Chine pour devenir une puissance industrielle, avec des taux de croissance réguliers à deux chiffres. Aux États-Unis, le taux de croissance jusqu’à présent au cours de ce siècle, si l’on ne tient pas compte de l’effet du gonflement de la dette, a en fait été négatif. Les États-Unis n’ont pas 50 ans, même pas 10. Et si, au cours de cette hypothétique transformation, elle doit financer son déficit commercial en vendant les usines et les équipements dont elle aurait besoin pour se réindustrialiser, elle n’y parviendra jamais.

Et cela nous amène en Iran avec ses ayatollahs rieurs et souriants. La quête sacrée de l’Iran en tant que partie intégrante de la Sainte Trinité consiste à paralyser les États-Unis et leurs mandataires au Moyen-Orient, rendant la région sûre pour une théocratie démocratique (ou peut être autre chose). Il y a deux proxys américains sur place : l’Arabie Saoudite et Israël. Cette attrition finira sans doute aussi par se produire pour eux, dans le cas de l’Arabie saoudite, lorsque ses plus anciens et plus grands gisements pétroliers, comme celui de Ghawar, cesseront finalement de produire ; dans le cas d’Israël, cela arrivera lorsque le flux d’argent du Trésor américain vers ce pays cessera en raison des difficultés financières mentionnées ci-dessus, malgré le pouvoir considérable du lobby pro-israélien aux États-Unis.

Mais c’est une vision à plus long terme ; dans le cas présent, ce qui fait sourire les ayatollahs, c’est que la séquence récente des événements est une comédie. Les Américains ont renié l’accord avec l’Iran laborieusement négocié sous l’administration Obama et réimposent des sanctions unilatérales (et essentiellement illégales) contre l’Iran. En réponse, la Chine continue d’acheter du pétrole iranien, tout comme la Turquie et plusieurs autres pays.

Pendant ce temps, l’UE regroupe et forme l’INSTEX – un système commercial qui évite le dollar américain et le système de virements électroniques SWIFT et qui est spécialement conçu pour contourner les sanctions commerciales unilatérales américaines, en particulier dans le cas de l’Iran. Ensuite, les Américains se sont lancés dans une guerre de pétroliers – et l’ont perdue rapidement de la façon la plus humiliante possible, car il devient clair qu’ils sont militairement impuissants à patrouiller dans le si important détroit d’Ormuz. Et puis deux événements vraiment ridicules ont eu lieu.

Premièrement, les Yéménites, qui ont été attaqués par une coalition dirigée par les Saoudiens pendant plusieurs années et qui ont subi d’horribles privations, sont parvenus à bloquer la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite avec des roquettes et des drones. Les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran… sauf que cela implique que les batteries de défense aérienne saoudiennes fabriquées par les États-Unis, dont la plupart sont dirigées contre l’Iran, sont des tas de ferraille inutiles incapables d’arrêter de petits drones lents, et volant bas. Pour ajouter à l’humour de la situation, les Américains ont décidé alors d’expédier en Arabie Saoudite encore plus de ces mêmes batteries Patriot inutiles.

Deuxièmement, les Yéménites ont reconquis une parcelle de territoire frontalier que l’Arabie saoudite leur a confisquée il y a plusieurs décennies, détruisant ainsi près de la moitié de la partie relativement fonctionnelle de l’armée saoudienne, avec des soldats réellement Saoudiens (le reste étant essentiellement composé de mercenaires provenant de tout le Proche-Orient). Les Américains, qui ont récemment vendu aux Saoudiens pour 100 milliards de dollars de systèmes d’armement devenus manifestement inutiles, refusent de lever le petit doigt pour les aider.

Pour faire monter l’hilarité d’un cran, Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse conjointe avec le turc Erdoğan et notre vieil ami Rohani, a proposé de vendre des systèmes russes de défense aérienne à l’Arabie Saoudite. Ceux-ci ont été testés au combat sur des drones lancés contre la base aérienne russe de Hmeimimim, en Syrie, par ce qui reste de l’EI. Peu ont pu passer au travers, donc arrêter les drones n’est pas un problème pour les Russes. Il ne fait aucun doute que cela coûterait aux Saoudiens un peu moins cher que les 100 milliards de dollars qu’ils ont donnés aux Américains – et dont ils n’ont rien obtenu d’efficace en retour.

À la lumière de tout cela, ma nouvelle et importante thèse est que les nations souveraines du monde entier, grandes et petites, mais surtout la Sainte Trinité de la Chine, la Russie et l’Iran, peuvent amener les États-Unis à faire ce qu’ils veulent sans négocier avec elle.

Enfin, la photo suivante, qui montre Rohani refusant de serrer la main de Boris Johnson en riant, semble mériter un concours de légendes. Que pensez-vous qu’il a dit à Johnson dans son excellent anglais qui a rendu Johnson et Macron si désorientés ?

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-ayatollahs-sautent-de-joie

à qui profitera le choc pétrolier de lundi 16 septembre ?

à qui profitera le choc pétrolier de lundi 16 septembre ?

Cui bono ? Au lendemain de la mise hors service du plus grand complexe de traitement pétrolier au monde, et de la moitié de la capacité d’exportation pétrolière de l’Arabie Séoudite, on peut se demander à qui profitera le choc pétrolier qui frappera les marchés mondiaux de matières premières demain lundi.

 En amont on peut se demander aussi à qui a profité l’attaque contre Abqaïq et Khouraïs. On peut penser a priori que cette démonstration de force devrait bénéficier à la résistance chiite nord-yéménite (Houthis), qui n’a d’ailleurs pas hésité longtemps à revendiquer cette opération si bien réussie, avec à peine dix avions téléguidés répartis sur deux objectifs distincts.

Ce ne serait pas sa première attaque contre le territoire de l’Arabie Séoudite qui a fait du Yémen (sud inclus) un champ de ruines. Cependant on voit mal l’effet direct qu’une telle attaque sans lendemain (faute de cible économique plus importante en Arabie) pourrait produire, alors que l’utilisation des mêmes moyens contre une grande ville aurait pu réveiller la population séoudite et la pousser à freiner les ardeurs guerrières de son gouvernement au Yémen.

Si c’est effectivement la résistance chiite nord-yéménite qui a lancé cette opération spectaculaire sur le plan économique mais, sauf erreur, non létale sur le plan humain, ça ne peut être qu’en désobéissance à ses conseillers persans qui, quitte à être accusés, auraient visé plus névralgique et n’auraient pas résisté à la tentation d’occire quelques Arabes. On pourrait penser aussi au fournisseur des missiles antiaériens Patriot, puisqu’un de leurs arguments tacites de vente est justement leur inefficacité pratique censée imposer leur multiplication numérique, le fabricant n’ayant toujours pas trouvé de parade technique à la tactique yéménite consistant à neutraliser les batteries antiaériennes en abîmant de petits drones jouets dans leurs radars, avant d’envoyer de simples missiles balistiques par-dessus les batteries de Patriot ainsi aveuglées.

S’il est vrai que pas un seul des dix avions téléguidés n’a été abattu (et qu’aucun missile antiaérien n’est parti), il devrait être possible d’expliquer à l’Arabie qu’elle a besoin d’encore plus de batteries antiaériennes Patriot. Dans le même ordre d’idées, un autre bénéficiaire, par contraste, de la percée sans pertes de cette escadrille sans pilotes, est évidemment le fournisseur du système antiaérien S-300, dont l’efficacité est prouvée plusieurs fois par mois, notamment autour de la base russe de Hmeimim (Lattaquié) régulièrement mais vainement attaquée par des vagues d’appareils téléguidés par les forces islamistes supplétives des Etats-Unis en Syrie, autrement mieux armées que les milices tribales du Nord-Yémen.

Le S-300 avait pu laisser croire que les vagues d’attaques aériennes téléguidées étaient désormais obsolètes, mais le succès de la petite escadrille d’hier rappelle que ce n’est vrai que pour les cibles protégées par des systèmes antiaériens russes (une piste de réflexion pour le réseau français de centrales nucléaires). 

L’attaque contre l’Arabie est aussi mise à profit, à titre de justification, par Israël qui, sans interrompre ses attaques ouvertes contre la Syrie et plus discrètes contre l’Iraq, s’est récemment lancé dans une nouvelle guerre contre le Liban, a annoncé un plan d’annexion officielle de la Cisjordanie, et dont le premier ministre a déclaré pas plus tard que vendredi 13 le caractère inévitable d’une campagne de grande envergure à Gaza.

L’assimilation rapide des Houthis à l’Iran, de l’Iran au Hezbollah (pas totalement abusive) et du Hezbollah au Hamas (et pourquoi pas du chiisme au sunnisme !) sert de justification aux agressions israéliennes en cours ou à venir. Justement, dès samedi 14, quelques heures à peine après ce raid, le site d’infoxication israélien Debka assurait que les dix avions sans pilote n’étaient pas partis du Yémen mais d’Iraq, rappelait que les Houtis yéménites sont soutenus par l’Iran et assénait que cette opération bien réussie « porte la signature… » du général iranien Qassem Soleimani. Debka rappelle aussi que cela n’est que la plus importante de toute une série d’attaques attribuées à l’Iran, depuis mai, contre des cibles pétrolières dans le Golfe.

 L’occasion peut aussi permettre aux taxocraties européennes de lever de nouvelles masses d’impôts. Il leur suffirait de prétexter le risque d’une hausse, par exemple, de 10% du prix mondial du pétrole brut, pour relever parallèlement de 10% le prix des carburants à la pompe, alors que ce prix n’étant constitué que pour un cinquième par le prix du brut (le reste étant des taxes) une hausse de 2% du prix à la pompe couvrirait la hausse de la matière première… la différence entrant évidemment dans les caisses étatiques, constituant ce que le droit appelle un « enrichissement sans cause » au moyen de l’indexation d’une taxe nationale sur un indice boursatile étranger. 

Mais toutes ces motivations antérieures ou utilisations ultérieures semblent triviales devant un événement susceptible de déclencher un cataclysme régional à répercussions mondiales. Aussi peut-on recadrer cette opération, spectaculaire mais pas unique, dans le cadre plus général des stratégies à l’oeuvre autour du Golfe Persique. 

Au-delà des conséquences directes du raid téléguidé sur Abqaïq et Khouraïs, le choc pétrolier de demain lundi profitera à l’Iran. En effet il peut espérer que les pays européens auront besoin de sa production, et même de son accroissement, en substitution de la production séoudite soudain divisée par deux, et importeront donc la production iranienne, utiliseront au maximum le système de paiement INSTEX opérationnel depuis juillet, voire ramèneront les Etats-Unis au respect de l’accord de Vienne.

Le gouvernement iranien, qui prétend ne pas avoir peur d’une confrontation militaire avec les Etats-Unis car il pense pouvoir couler leurs flottes (ou amener la Chine à le faire) et survivre à la vitrification prévue d’une quinzaine de villes, gagnera aussi une implication accrue de la Chine qui, avec cette nouvelle crise pétrolière et la perspective d’une escalade militaire occidentale, va devoir engager sa marine pour protéger le transit originaire de cette région dont le pétrole lui est vital.

 Le choc pétrolier profitera aussi évidemment à l’Arabie Séoudite. Même si son gouvernement n’était pas en train de préparer la privatisation partielle d’Aramco (dont l’importance est subitement révélée), un relèvement important des cours du pétrole accroîtra la valeur stratégique du pays pour ses clients, pays occidentaux notamment, au moment où d’une part ils peuvent être tentés par l’alternative persane, où l’Arabie vient d’annoncer ses ambitions nucléaires, et où les tensions stratégiques augmentent drastiquement.

Simultanément, la destruction, ou la neutralisation temporaire, de la moitié de sa capacité d’exportation, lui donne un magnifique prétexte pour diviser par deux son rythme d’extraction, et faire durer deux fois plus longtemps ses réserves dont le niveau résiduel est le secret le mieux gardé du pays.

 Les Etats-Unis seront, comme d’habitude, le premier bénéficiaire du choc pétrolier. Ils sont depuis quelques années le premier producteur mondial de pétrole, et ont finalement compris que leur politique d’écrasement des cours lancée en 2014 égratignait certes les rentrées fiscales du gouvernement russe, premier ou deuxième exportateur selon les années, mais n’avaient aucune chance d’abattre l’économie de la Russie.

Par ailleurs l’industrie d’extraction pétrolière étatsunienne n’est pas rentable au-dessous d’un cours du Brent de 60 dollars le baril minimum, or ce plancher allait être enfoncé dans les tous prochains mois. En effet à la chute déjà sensible du commerce international va s’ajouter la récession économique déjà officielle en Allemagne et officieuse en France, Italie et Grande-Bretagne et bien plus grave encore (bien qu’occultée) aux Etats-Unis.

Aussi le ralentissement économique mondial et la chute imminente de la demande internationale de pétrole étaient sur le point de déclencher une baisse des cours, qui allait rendre l’extraction pétrolière étatsunienne déficitaire comme l’extraction du gaz de schiste. Parallèlement, et ce fut une notion conductrice de la politique étatsunienne de déstabilisation des régions pétrolifères depuis 1971, une hausse des cours du pétrole implique une hausse de la demande de dollars dans le monde, donc d’une part un relèvement du cours du dollar par rapport aux autres monnaies (et donc de son pouvoir d’achat) et d’autre part un besoin du reste du monde à exporter aux Etats-Unis pour obtenir des dollars (garde-à-vous la Chine), ces deux facteurs concourant évidemment à la poursuite du fameux free lunch étatsunien.

Un autre facteur y contribuant également est l’étiquette de « placement le plus sûr du monde » attribuée aux obligations du gouvernement étatsunien et brandie lors de chaque instabilité stratégique mondiale, fortuite ou fomentée. En effet, sauf refus parlementaire de relever régulièrement son plafond d’endettement, le gouvernement étatsunien pourra toujours rembourser ses bons du trésor à leur échéance, dans la monnaie d’emprunt (dollar)… quelle que soit alors la parité ou valeur internationale de celle-ci, petit détail que les grands créanciers des Etats-Unis ont fini par saisir.

 Et effectivement on ne peut que constater l’empressement des Etats-Unis à dramatiser et militariser la situation. Car la situation n’est pas si dramatique. S’il est vrai que les attaques d’hier ont divisé par deux la capacité d’exportation séoudite, elles n’ont entamé que de 5% la production journalière mondiale, ce qui devrait logiquement être facilement compensable par les autres pays exportateurs, notamment les membres de l’OPEP qui s’auto-limitent actuellement en produisant au-dessous de leurs capacités afin de maintenir les cours.

Aussi, et en dépit d’un surenchérissement arithmétique provisoire de 5% (pas catastrophique) jusqu’à la baisse imminente de la demande mondiale (ou à la redistribution des quotas de production), le pétrole ne devrait pas manquer.

Or le gouvernement étatsunien a, dès hier, grandiloquemment annoncé son intention de mettre ses propres réserves stratégiques à la disposition du sauvetage du monde. Il a aussi alerté en urgence l’Agence Internationale de l’Energie, et multiplié les contacts bilatéraux pour appeler à la solidarité face à cette grave crise.

On attend des annonces ou des actions importantes dès lundi, lorsque la réaction des marchés de spéculation sur les matières premières révèlera l’impact psycho-économique de cette dramatisation, et justifiera donc des prises de décision. D’ores et déjà la « solution militaire » est, comme pour tout problème étudié par le gouvernement étatsunien, une option privilégiée. La cible est déjà désignée, puisque dès hier samedi le gouvernement étatsunien a formellement accusé l’Iran de l’attaque contre l’Arabie, avec suffisamment de véhémence pour que l’Iran se sente obligé de nier, et alors que l’Arabie elle-même n’a accusé aucun Etat souverain de cette attaque.

Aujourd’hui les consultations bilatérales téléphoniques se poursuivent, et le moins que l’on puisse attendre est un déploiement militaire de flottes occidentales, comme si les tribus nord-yéménites du sud de la péninsule arabique étaient suspectées de vouloir achever l’Arabie Séoudite en faisant faire un grand détour à une autre dizaine de drones par-dessus le Golfe Persique.

En soi et même sans affrontements, l’agitation stratégico-militaire autour de la région d’où vient de l’ordre du quart du pétrole mondial contribuera à une fièvre pétrolière disproportionnée à l’abattement temporaire d’un vingtième des exportations mondiales. 

Mais, au-delà des considérations économiques, l’escalade générale des tensions facilite la prise de décision, lorsque le moment s’en imposera, de la fin de l’avant-guerre mondiale, comme on le montre dans le Onzième Coup de Minuit

(www.lulu.com/content/livre-à-couverture-souple/le-onzième-coup/24888474).Publié il y a 15th September par

 Stratediplohttp://stratediplo.blogspot.com/2019/09/a-qui-profitera-le-choc-petrolier-de.html

CINQ LECONS DE L’ATTAQUE CONTRE L’ARABIE SAOUDITE…

CINQ LECONS DE L’ATTAQUE CONTRE L’ARABIE SAOUDITE…

Tripoli (Liban), 7 octobre.

Après l’attaque du 14 septembre dernier, les dégâts matériels sur les installations pétrolières saoudiennes sont considérables. L’installation de Khurais, dans l’est du royaume, a ainsi été frappée quatre fois et des incendies y ont fait rage cinq heures durant, ce qui a contribué à la réduction de moitié de la production du premier exportateur mondial d’or noir et entraîné une flambée des prix. Dix-huit frappes ont été recensées à Abqaiq à 200 kilomètres au nord-est de Khurais, qui abrite la plus grande usine du monde de traitement de brut. D’énormes réservoirs ont été endommagés à Abqaiq ainsi que des tours de « stabilisation », servant notamment à séparer le gaz du brut. Selon un responsable d’Aramco1, Khaled al-Ghamdi, « 6000 ouvriers sont impliqués dans les travaux de réparation » contre 112 habituellement sur le site. 

Ces faits ont aussitôt soulevé une réprobation générale bien compréhensible… Cela dit, on aimerait voir la même unanimité condamner aussi la dictature saoudienne qui détruit méthodiquement le Yémen – l’un des pays les plus pauvres du monde – depuis 2015, en bombardant les aéroports et la quasi-totalité des infrastructures. Cette « guerre oubliée », qui n’a guère suscité l’inquiétude des habituelles belles âmes droit-de-l’hommistes a déjà causé des milliers de victimes et de réfugiés, entrainant un ravage humanitaire dont le retour du… choléra !

Dans ces circonstances, on s’attendait depuis longtemps à des réactions, et prochetmoyen-orient.ch l’a écrit à plusieurs reprises : « l’impunité saoudienne n’aura qu’un temps et amènera, le moment venu, des représailles à la hauteur des souffrances de la population yéménite »2. Par ailleurs, dans la mesure où Washington empêche l’Iran d’exporter ses hydrocarbures, pourquoi ce pays n’empêcherait il pas à son tour les alliés régionaux des Etats-Unis d’exporter les leurs ? « Bien fait ! », diraient les enfants… Donc, c’est fait et l’horrible guerre coloniale menée sur son flanc sud par la monarchie wahhabite n’a certainement pas dit toutes ses ruses et rebondissements… Cela dit, et en marge de ces considérations plus morales que géostratégiques, plusieurs leçons peuvent, d’ores et déjà, être tirées de cette attaque contre l’Arabie saoudite : 1) un mode opératoire inédit mêlant drones et missiles ; 2) une Arabie saoudite surarmée mais vulnérable et non protégée par ses alliés ; 3) l’impuissance américaine ; 4) la vraie nature de la dictature wahhabite ; 5) enfin, un basculement stratégique en faveur de la Russie, de la Chine et des puissances régionales. Voyons cela.

UN : DES DRONES ET DES MISSILES

Selon les autorités saoudiennes elles-mêmes, 18 drones et sept missiles de croisière ont été utilisés. Des drones seuls – comme annoncés dans un premier temps par la presse trop pressée- n’auraient jamais pu causer de tels dégâts. Hormis le drone américain Predator, dont les différentes versions (notamment le Predator C3) peuvent être réellement armés, la plupart de ce type d’engins connus ne peuvent embarquer qu’une vingtaine de kilos de charge explosive. Après les premières études d’impact, les experts ont dû se rendre à l’évidence : les drones engagés ont, sans doute, permis un marquage de cible, tandis que l’attaque et ses dégâts ont été le fait de missiles de moyenne portée.

Ce n’est pas la première fois que les unités houthis arrivent à cibler des objectifs saoudiens, y compris jusqu’à l’aéroport de Riyad. Mais cette fois-ci, l’ampleur des dégâts et la portée de l’attaque renvoient à des matériels dont ne disposent pas ces combattants, estiment les experts militaires les plus fiables. Les missiles engagés (de moyenne ou longue portée) proviennent, sans doute, d’une puissance régionale rompue à l’usage de ce type de matériels. Si l’on peut aisément exclure l’Arabie saoudite elle-même, les Etats-Unis, les Emirats arabes unis (EAU), la Turquie et Israël, il reste l’Iran bien-sûr. Mais pour l’instant rien n’est prouvé…

Encore que l’on ait le plus grand mal à admettre que des tirs de missiles – dans l’une des régions du monde les plus observées par radars, avions de surveillance et satellites – aient pu échapper ainsi à l’attention des militaires américains et autres Occidentaux installés dans la zone- dont la Grande Bretagne et notre pays qui dispose d’une base à Abou Dhabi. L’autre question concerne la situation géographique des pas de tir. Les rampes de lancement sur camion semi-remorque démultiplient les hypothèses dont deux sont à retenir : nord du Yémen ou Irak, le territoire iranien étant à exclure, toujours selon les sources militaires de prochetmoyen-orient.ch, « afin d’éviter une signature trop évidente et pouvant trop facilement justifier des représailles, étant entendu que l’Iran a toujours soigneusement évité une confrontation directe avec la dictature saoudienne ».

Les analystes militaires – consultés par nos soins – estiment que les missiles sont partis du territoire irakien. Une telle hypothèse de travail pose immédiatement plusieurs constats : comment des rampes de missiles mobiles ont-elles pu, à ce point, échapper aux services de renseignement américains ? Les Etats-Unis disposent toujours de quelques 30 000 soldats en Irak. Ensuite, partant d’Irak, ces missiles ont dû parcourir plus de 500 kilomètres et traverser les cieux du Koweït, ce qui amplifie la question de la surveillance des espaces aériens des monarchies du Golfe. Enfin, si les missiles ont été lancés depuis le territoire du Yémen, ils ont aussi dû parcourir plusieurs centaines de kilomètres, mettant encore plus gravement en cause la sécurité de la monarchie wahhabite.

DEUX : PLETHORE D’ARMES QUI NE SERVENT A RIEN !

L’Arabie saoudite se place à la troisième position dans le monde, après les Etats-Unis, et la Chine pour ses dépenses militaires. En effet, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), ses dépenses ont été de 67,6 milliards de dollars en 2018. Or, quand on rapporte cette somme au produit intérieur brut (PIB), cela donne 8,8%, ce qui place l’Arabie saoudite en première place – et de très loin – dans le monde !

L’auteur de ces lignes se souvient avoir accompagné Dominique de Villepin lors d’un voyage officiel en Arabie saoudite. Hors du programme officiel, un ami saoudien avait pu nous faire visiter un entrepôt, dénué de toute surveillance, où se trouvaient empilées d’innombrables palettes frappées de l’inscription « made in USA », des palettes de matériels militaires qui n’avaient même pas été ouvertes ! Selon notre interlocuteur, ce stock était abandonné aux vents de sable, aux souris et chats errants depuis plusieurs mois…

Et malgré les nombreux films de propagande de l’armée saoudienne vantant les prouesses de ses farouches guerriers du désert, la plupart des attachés de défense en poste à Riyad et dans la région le reconnaissent : « l’armée de la monarchie est parfaitement nulle. Achetées en Europe, les frégates de premier rang pourrissent à quai à Djeddah et ailleurs. Malgré des mois de formation, les marins saoudiens ne savent toujours pas naviguer et utiliser le potentiel de ces bâtiments les plus modernes. A chaque tentative de sortie, ils cassent quelque chose avant un prompt retour au port. Quant à l’aviation de combat, voilà des années qu’elle emploie des pilotes, mercenaires grassement payés venus d’Ukraine et d’Amérique Latine. Les pilotes saoudiens ont beaucoup plus d’heures de diwan’yia et de réceptions officielles que d’heures de vol ».

Les sites pétroliers et gaziers – d’extraction, de raffinage et d’exportation portuaire – sont sécurisés par des compagnies privées de « contractors », la plupart du temps anglo-saxonnes. La mission des forces nationales de sécurité se cantonne presqu’exclusivement à la surveillance et à la répression des opposants et des régions où vivent les minorités chi’ites considérées comme une population délinquante.

Ce qui est plus étonnant, c’est que les grands alliés de cette dictature, à savoir les Etats-Unis – censés protéger les zones pétrolières et gazières depuis la signature du Pacte du Quincy (février 1945) et son renouvellement par George W. Bush en 2005 pour soixante années – se sont avérés tout aussi nuls, ne parvenant pas à prévenir et surtout éviter une attaque d’une telle ampleur. C’est un comble pour l’hyper-puissance qui se glorifie depuis la fin de la Seconde guerre mondiale de garantir la sécurité dans ce Moyen-Orient stratégique et plus spécifiquement de ses deux alliés historiques : l’Arabie justement et Israël. Les autorités de Tel-Aviv auraient elles du souci à se faire?

TROIS : DONALD TRUMP DANS LA NASSE

Obsédé par sa réélection hypothétique de novembre 2020, Donald Trump a promis au socle de son électorat de privilégier les questions domestiques par rapport aux engagements internationaux. Plus clairement encore, il a proclamé que les Etats-Unis ne devaient plus avoir vocation à jouer le rôle de gendarme du monde et qu’il ramènerait les « Boys » – engagés en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs – à la maison ! On a vu qu’avec les Talibans, il a fait chou blanc, ces derniers s’apprêtant à reprendre le pouvoir à Kaboul. Poursuivant un retrait laborieux dans l’ouest de l’Euphrate syrien, Donald Trump ne peut quitter l’Irak qui laisserait le champ libre à l’ouverture d’une autoroute chi’ite de l’Iran jusqu’au Liban !

Dans tous les cas de figures, le président américain s’est interdit de lancer de nouvelles opérations militaires conventionnelles, lourdes et durables. Malgré tout, les « Faucons » l’exhortent aujourd’hui à durcir le ton et envisager des bombardements contre l’Iran. Mais les experts du Pentagone savent qu’une telle décision pourrait se révéler encore plus dangereuse qu’une image de laxisme, sinon de faiblesse, car l’escalade pourrait aller très vite et « yéméniser toute la région », souligne un attaché européen de défense en poste à Washington. Inévitablement Téhéran riposterait par des attaques directes et massives contre l’Arabie saoudite, les EAU ou Bahreïn et ciblerait aussi les troupes américaines stationnées en Irak et en Afghanistan. Une guerre ouverte contre l’Iran serait catastrophique. Deux fois plus peuplé que l’Irak, ce pays serait un adversaire autrement plus redoutable que son voisin.

Donald Trump est bien dans la nasse : ne rien faire et passer pour un faible et un trouillard ou lancer une nouvelle guerre proche-orientale qui risque vite de virer au cataclysme. Mais c’est une nasse dans laquelle il s’est enfermé lui-même en jetant aux orties l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Comme l’écrit Nichols Kristof du New York Times, « si le prince Mohammad ben Salman souhaite réagir par la force aux frappes aériennes contre ses installations pétrolières, qu’il envoie les avions de chasse et les missiles de son pays. Ce combat n’est pas le nôtre. Aucun Américain de doit y laisser la vie »4.

Le journaliste américain conclut : « au lieu de tout cela, nous devrions coopérer avec les pays européens pour nous sortir de cette sale affaire et trouver le moyen de revenir dans l’accord sur le nucléaire iranien ».

QUATRE : LA VRAIE NATURE DE LA DICTAURE WAHHABITE

Cette attaque contre l’Arabie saoudite révèle aussi et surtout la vraie nature du « régime de Riyad » : faible sur le plan militaire on l’a dit, mais aussi et surtout rétrograde, réactionnaire et meurtrière. Le récent découpage à la scie à métaux d’un « journaliste » opposant dans les locaux du consulat saoudien d’Istanbul est l’arbre qui cache la forêt. Dans la monarchie wahhabite, on exécute aussi les dignitaires chi’ites, on décapite au sabre plusieurs centaines de personnes par an et les prisons sont pleines d’opposants, plusieurs milliers selon Amnesty International.

Mais il y a plus préoccupant encore et l’auteur de « Arabie séoudite : la dictature protégée » – Jean-Michel Foulquier5 (pseudonyme d’un grand diplomate français) l’écrivait dès 1995 : « par sa diplomatie du chéquier et ses différents outils de diplomatie religieuse, le royaume séoudien exporte et finance le wahhabisme et d’autres idéologies de l’Islam radical, matrices essentielles du terrorisme islamiste ».

Lors de son discours devant la 74ème Assemblée générale des Nations unies6, Donald Trump a osé dire que l’Iran était le principal pays soutenant et finançant le terrorisme international ! Fake News mille fois ! C’est l’Arabie saoudite et ses instruments de wahhabisation de l’Islam mondial (Banques, ONGs, et donations privées) qui transforment, radicalisent et poussent les adeptes de cette religion à commettre agressions, attentats et prises d’otages contre les « Infidèles » occidentaux ! Dans son ouvrage, Jean-Michel Foulquier décrit très précisément ces mécanismes de guerre latente et permanente contre l’Occident.

En 1998, soit trois ans avant les attentats du 11 septembre, l’auteur de ces lignes publiait un livre sur les filières de financement du terrorisme7. La quasi-totalité de ces connexions internationalement très ramifiées ramenait immanquablement à des bailleurs de fonds saoudiens privés et publics. Après les attentats du 11 septembre 2001, les enquêteurs américains durent admettre que quinze des dix-sept pirates de l’air/terroristes étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne.

Loin d’avoir changé, cette situation s’est même amplifiée puisque Riyad finance désormais largement des écoles coraniques clandestines en France et en Europe. Parfaitement informé, notre ministre de l’Education Monsieur Blanquer nous explique qu’il ne peut pas les fermer par manque d’outils juridiques ! On croit rêver… Les auteurs des derniers attentats commis en France se sont tous revendiqués, soit de la Qaïda soit de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch), c’est-à-dire de formations nourries à la fois des enseignements du Wahhabisme saoudien et de ceux de la Confrérie des Frères musulmans -confrérie qui doit sa création historique et son implantation en Europe aux fonds saoudiens !

Dans la bande Sahélo-saharienne, les terroristes qui tirent quotidiennement sur nos soldats se revendiquent des idéologies diffusées par les madrassas de la région, financées là-aussi par l’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe. Alors ! Que Donald Trump n’insulte pas notre intelligence : non Monsieur le président des Etats-Unis d’Amérique, ce n’est pas l’Iran qui finance et arme les terroristes d’aujourd’hui, mais ce sont vos grands amis et gros clients saoudiens ! Adressez ce genre de Fake News à votre électorat évangéliste, mais pas à vos soit-disant « alliés » européens qui connaissent désormais vos pratiques et mensonges d’agent immobilier véreux !

Monsieur le président des Etats-Unis, vos alliés saoudiens et le jeune prince MBS, que Le Point et tout particulièrement Franz-Olivier Giesbert, qualifiaient de « réformateur » et d’« espoir d’un Islam moderne », sont les assassins des peuples yéménite, syrien et, dans une moindre mesure irakien, ainsi que de leurs opposants politiques. La vraie nature du « régime de Riyad » est dictatoriale et, sans doute, plus violente et criminelle que la plupart des autres Etats de la région.  

CINQ : UN GRAND RENVERSEMENT STRATEGIQUE

Le grand renversement stratégique des Proche et Moyen-Orient s’est opéré à travers deux événements capitaux qui n’ont pas été qualifiés et compris comme ils auraient dû l’être.

Le premier nous ramène à décembre 2016, aux combats et négociations qui ont précédé la reconquête/Libération d’Alep, la deuxième ville de Syrie. Enfermé dans un face à face bilatéral avec Washington, Moscou n’a jamais réussi à obtenir la liste des organisations rebelles syriennes dites « modérées », « laïques » et « démocratiques » soutenues par les Etats-Unis, leurs supplétifs européens, les Etats du Golfe et Israël. Ouvrant une négociation parallèle sur les questions militaires à Astana, la diplomatie russe a fait preuve d’une créativité réelle en associant – sur le plan diplomatique – les puissances régionales dont la Turquie et l’Iran. Cette approche plus inclusive a fini par payer, marginalisant les Etats-Unis et leurs aliiés.

La même méthode est actuellement appliquée à la poche d’Idlib (à l’ouest d’Alep) où il s’agit de réduire la dernière poche de jihadistes armés en Syrie. Non seulement les Occidentaux ont été clairement marginalisés, mais ils ont subi un cinglant revers militaire et diplomatique, même s’ils espèrent rester dans le coup en continuant à soutenir les factions kurdes de l’Est de l’Euphrate. Toujours est-il que la reconstruction politique et économique de la Syrie se prépare sans eux !

Le deuxième événement fondateur de notre « grand renversement stratégique » est l’attaque menée par des missiles du Hezbollah contre une base israélienne du nord de la Palestine occupée. Le 9 septembre dernier, prochetmoyen-orient.ch titrait « Hezbollah, une performance opérationnelle qui change tout ! ». En effet parfaitement menée et réussie, cette attaque démontrait clairement que – pour l’ensemble de la région – la question nucléaire n’est plus prioritaire, désormais on s’intéresse aux différents arsenaux balistiques existants. Indépendamment du Hezbollah libanais – qui, maintenant peut cibler n’importe quel point du territoire israélien, y compris la centrale nucléaire de Dimona -, les unités houthis disposent de cet armement, sans parler des armées nationales syrienne et iranienne et de différentes organisations irakiennes.

Ce profond changement de la donne stratégique donne l’avantage aux approches diplomatiques et militaires de Moscou qui continuent à optimiser le « format Alep », avec – en arrière-plan – la bienveillante complicité de la Chine qui dispose désormais d’un quai en eau profonde dans le port méditerranéen de Tartous (Syrie).

POUR NE PAS CONCLURE

Dans ce contexte, la leçon tirée par le journaliste du New York Times – précédemment cité – nous ramène à la négociation centrale Etats-Unis/Iran. On connaît aujourd’hui les quatre points du plan de médiation proposé par la France : 1) revenir au format « cinq-plus-un » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU dont les Etats-Unis, plus l’Allemagne) afin d’allonger la durée de cet accord nucléaire au-delà de 2025 ; 2) l’Iran s’engage à assurer la paix et la sécurité afin de garantir la libre circulation maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz ; 3) une levée des sanctions et de toutes les sanctions économiques (dont les nouvelles mesures prises en 2017) frappant unilatéralement l’Iran ; 4) enfin, l’Iran doit renouveler son engagement à ne pas fabriquer l’arme nucléaire.

Il est bien évident que la « rencontre ratée » entre les présidents Trump et Rohani – lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier – abondamment commentée par la presse, l’a été du seul fait (et c’est bien légitime) que la partie iranienne n’entend plus donner le moindre gage avant une levée effective et totale des sanctions occidentales frappant son économie, et tout particulièrement ses exportations d’hydrocarbure.
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D’autres perspectives commencent à s’imposer avec la reconstruction économique à venir de la Syrie, qui ne manquera pas d’influencer, sinon de reconfigurer l’ensemble de la région. La question des « territoires » et de leurs aménagements s’impose, d’ores et déjà, comme le grand chantier. Et dans ce contexte, prochetmoyen-orient.ch en parle régulièrement, la philosophie politique d’Antoun Saadé redevient d’une grande actualité8. Fondée sur les territoires et la géographie comme support primordial des différentes communautés, la théorie d’une « Grande Syrie » pacifiée et pacifique pourrait inspirer les futurs bâtisseurs d’une paix régionale stable et durable.

Richard Labévière

1 Saudi Aramco, officiellement Saudi Arabian Oil Company, est la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures. Elle possède la quasi-intégralité des ressources en hydrocarbures du royaume et, du point de vue de ses réserves comme de celui de sa production, est de loin la première compagnie pétrolière mondiale.

2 Prochetmoyen-orient.ch, novembre 2017.

3 « Predator C » : Drone de reconnaissance et de combat ayant des caractéristiques furtives : d’une longueur de 13,5 mètres pour une envergure de 22 m, il est propulsé par un réacteur Pratt&Whitney et non par un turbopropulseur comme son aîné. Il est ainsi capable d’évoluer à une vitesse de 740 km/h à une altitude d’environ 15 000 mètres. Le premier vol du premier Avenger a eu lieu en avril 2009 et celui du deuxième prototype Predator C Avenger a lieu le 12 février 2012.

4 New York Times, 18 septembre 2019.

5 Jean-Michel Foulquier : Arabie séoudite, la dictature protégée. Editions Albin Miche, 1995.

6 24 septembre 2019.

7 Richard Labévière : Les Dollars de la terreur. Editions Grasset, 1998.

8 Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.

https://prochetmoyen-orient.ch/cinq-lecons-de-lattaque-contre-larabie-saoudite/

A quoi jouent les Emiratis?

géopolitis

A quoi jouent les Emiratis?

Il est notoire que les Emirats Arabes Unis (E.A.U) sont des alliés indéfectibles de l’Arabie Saoudite. Ils se sont associés dans le blocus contre le Qatar, puis sont partis en guerre contre les Huthis au Yémen sous couverture de la coalition arabe dirigée par Ryad. Enfin, ils se sont montrés disposés à officialiser leur rapport avec Israel à l’occasion du sommet tenu le 25 et 26 Juin 2019 à Manama dans le royaume du Bahrein sur la proposition de M Kushner, conseiller spécial et gendre de l’éxécutif américain afin d’entamer les premiéres phases Du Contrat du siécle.

Devant la résistance des Huthis contre la coalition, l’Iran est montré du doigt en lui attribuant des ambitions hégémoniques dans les pays du Moyen Orient, ce que Ryad percoit comme une menace pour sa propre survie. Inquiétude qui légitime une alliance avec n’importe quel acteur régional ou international.

C’est de la que naisse la conception d’une OTAN arabe imaginée par les think tanks américains qui prévoit la constitution d’un front uni réunissant l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le bahrein, l’Egypte et Israel contre l’énnemi commun : l’Iran.

A ce stade, il serait insensé de prévoir une défection de la part d’un quelconque Etat signataire. Et pourtant, le réalisme en a décidé autrement sur la clairvoyance anticipée des autorités de Abu Dhabi.

Le premier pas est franchi le 9 Juillet par le retrait partiel de ses forces du sud yémen

Le 30 Juillet des gardes cotes Emiratis se sont rendus à Tehéran pour discuter avec leur homologue.

Pour comprendre ces démarches, il faut faire parler des événements qui ont une trés grande incidence sur ce revirement:

Le 21 Juin, un drone américain a été abattu par les défenses anti aériennes Iraniénnes

Le 19 Juillet, Tehéran s’empare d’un pétrolier britannique en représailles contre la saisie le 5 juillet de son pétrolier Grace au détroit de Gibraltar.

Ces bréves indications ont été judicieusement analysées par Abou Dhabi pour se convaincre que la poursuite de confrontations avec Téhéran ne ménera à aucune victoire Analyses qui renforcent la conviction de sortir de ce guépier ont été renforcées par l’étude objective de la réalité:

  • Echec des interventions armées et l’enterrement de l’opération « Tempéte décisive » sous la direction de l’Arabie Saoudite
  • L’OTAN arabe ne présente aucun sens pratique et par suite, il est à son tour enterré
  • L’impunité du drone américain abattu laisse clairement entendre que l’administration de M Trump n’est pas disposée à envoyer ses GI mourir pour la cause d’autrui
  • Les sanctions décrétées contre la république islamique depuis sa naissance n’ont pas réussi à l’agenouiller, au contraire, elles l’ont poussée à plus de radicalisme.
  • Tehéran posséde des missiles (de sa propre fabrication) de longue portée qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour frapper tous les pays abritant les bases américaines
  • Enfin, une guerre -quelle que soit son issue- causera de gros dommages aux intervenants directs et indirects, sans évoquer les incidences d’une probable implication des autres grandes puissances.

Ainsi, la décision des Emirats Arabes Unis répond à un sens pragmatique. Se retirer du champs de bataille pour entrevoir des solutions pacifiques envers un acteur qui a toujours manifesté son ouverture à toutes les propositions.

Et l’alliance indéfectible avec le Royaume Wahabite?

Les alliances sont basées sur les intérets réciproques. Or quand les intérets d’une partie sont menacés, les alliances n’ont plus droit d’exister. On tentera de changer de partenaires au gré des changements des relations internationales.

Enfin la question qui est digne d’étre posée est celle de savoir qui a convaincu ces dirigeants à prendre le sentier de la guerre?

Un inventaire de l’état des lieux ,-même avant l’engagement- nous soumet une liste où toutes les cases défavorables à la guerre sont cochées

https://geopoorg.wordpress.com/

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

Sam. 28 sept. 2019 15h26 [Mis à jour le: sam. 28 sept. 2019 16h17]

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Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d'une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.
Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d’une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.

Le porte-parole des forces armées yéménites a déclaré que trois brigades militaires saoudiennes avaient été complètement détruites après que les troupes de l’armée yéménite, soutenues par des combattants alliés des comités populaires, avaient lancé une offensive militaire à grande échelle dans la région frontalière méridionale du royaume de Najran.

Lors d’une conférence de presse tenue samedi soir à Sanaa, la capitale, le général de brigade Yahya Saree a décrit l’opération majeure et efficace, surnommée la victoire de Dieu, comme la plus grande depuis que l’Arabie saoudite et certains de ses alliés ont lancé une campagne militaire atroce contre le Yémen. Il y a plus de quatre ans, constatant que l’offensive avait duré plusieurs mois et avait infligé à l’ennemi des pertes dramatiques – tant en termes de matériel militaire que de personnel militaire -, a déclaré dans un communiqué le bureau des médias du mouvement Yémen Houthi Ansarullah .

«L’opération a abouti à la destruction complète de trois brigades militaires des forces ennemies (saoudiennes), à la saisie de grandes quantités de matériel militaire, notamment des centaines de véhicules et de véhicules blindés, à la capture de milliers de forces ennemies, principalement des traîtres et des séduits (saoudiens). militants yéménites soutenus par l’ancien président yéménite Abd Rabbuh Mansur Hadi). Des centaines d’autres personnes ont également été tuées et blessées », a souligné Saree.

PressTV-Etats-Unis, l'Europe n'a pas "saisi la capacité" des Yéménites

PressTV-Etats-Unis, l’Europe n’a pas « saisi la capacité » des YéménitesL’attaque récente des Yéménites contre les installations de raffinage du pétrole en Arabie saoudite a choqué les responsables américains et européens, qui n’avaient «aucune idée de la capacité des Yéménites» et avaient toujours dénigré ce pays arabe appauvri, a déclaré un analyste politique de Washington.

Le haut responsable militaire yéménite a souligné que des commandants, des officiers et des soldats saoudiens figuraient parmi les personnes capturées par les forces yéménites et les combattants du Comité populaire.

«Seulement 72 heures après le début de l’opération, nos forces ont complètement assiégé les troupes ennemies. Trois brigades de traîtres avec des unités de l’armée saoudienne ont été complètement détruites et de nombreuses personnes prises en otage », a déclaré Saree.

Il a ajouté: «Sous les directives de la direction [du mouvement Ansarullah, Abdul-Malik al-Houthi], tous les prisonniers étaient traités conformément aux principes de l’islam, aux coutumes et traditions du Yémen ainsi qu’à l’éthique humaine. Nos forces ont œuvré pour protéger des milliers de forces ennemies qui se sont rendues contre les raids de représailles de la coalition d’agression. « 

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unis

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unisLe mouvement Houthi Ansarullah demande aux EAU de quitter le conflit au Yémen ou de faire face à des « attaques paralysantes ».

Saree a ensuite assuré à toutes les familles des prisonniers que les forces yéménites et leurs alliés prendraient d’autres mesures pour les protéger des dommages causés par les frappes aériennes menées par les Saoudiens.

Le porte-parole des forces armées yéménites a poursuivi en expliquant que plusieurs unités spécialisées des forces armées yéménites avaient participé à l’opération dans différentes zones géographiques et que les forces armées yéménites et leurs alliés pourraient s’emparer du contrôle de centaines de kilomètres carrés de terres à Najran.

Des responsables américains de PressTV savaient que l'Arabie saoudite échouerait au Yémen

Des responsables américains de PressTV savaient que l’Arabie saoudite échouerait au YémenDe hauts responsables américains savent depuis que l’Arabie saoudite a lancé une guerre d’agression contre le Yémen que Riyad échouerait dans la campagne militaire, indique un rapport.

L’Arabie saoudite et un certain nombre de ses alliés régionaux ont lancé une campagne dévastatrice contre le Yémen en mars 2015, dans le but de ramener le gouvernement de Hadi au pouvoir et d’écraser Ansarullah.

Selon le projet américain ACLED (Organisation de conflits armés), une organisation de recherche sur les conflits à but non lucratif, la guerre a  coûté la vie à plus de 91 000   personnes au cours des quatre dernières années et demie.

La guerre a également eu de lourdes conséquences sur l’infrastructure du pays, détruisant des hôpitaux, des écoles et des usines. L’ONU a déclaré que plus de 24 millions de Yéménites avaient cruellement besoin d’aide humanitaire, dont 10 millions souffrant de faim extrême.

https://www.presstv.com/Detail/2019/09/28/607363/Three-Saudi-brigades-destroyed-1000s-of-mercs-taken-hostage-in-Najran-offensive-Yemeni-Army-spox

A quoi jouent les Emiratis?

A quoi jouent les Emiratis?

Il est notoire que les Emirats Arabes Unis (E.A.U) sont des alliés indéfectibles de l’Arabie Saoudite. Ils se sont associés dans le blocus contre le Qatar, puis sont partis en guerre contre les Huthis au Yémen sous couverture de la coalition arabe dirigée par Ryad. Enfin, ils se sont montrés disposés à officialiser leur rapport avec Israel à l’occasion du sommet tenu le 25 et 26 Juin 2019 à Manama dans le royaume du Bahrein sur la proposition de M Kushner, conseiller spécial et gendre de l’éxécutif américain afin d’entamer les premiéres phases Du Contrat du siécle.

Devant la résistance des Huthis contre la coalition, l’Iran est montré du doigt en lui attribuant des ambitions hégémoniques dans les pays du Moyen Orient, ce que Ryad percoit comme une menace pour sa propre survie. Inquiétude qui légitime une alliance avec n’importe quel acteur régional ou international.

C’est de la que naisse la conception d’une OTAN arabe imaginée par les think tanks américains qui prévoit la constitution d’un front uni réunissant l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le bahrein, l’Egypte et Israel contre l’énnemi commun : l’Iran.

A ce stade, il serait insensé de prévoir une défection de la part d’un quelconque Etat signataire. Et pourtant, le réalisme en a décidé autrement sur la clairvoyance anticipée des autorités de Abu Dhabi.

Le premier pas est franchi le 9 Juillet par le retrait partiel de ses forces du sud yémen

Le 30 Juillet des gardes cotes Emiratis se sont rendus à Tehéran pour discuter avec leur homologue.

Pour comprendre ces démarches, il faut faire parler des événements qui ont une trés grande incidence sur ce revirement:

Le 21 Juin, un drone américain a été abattu par les défenses anti aériennes Iraniénnes

Le 19 Juillet, Tehéran s’empare d’un pétrolier britannique en représailles contre la saisie le 5 juillet de son pétrolier Grace au détroit de Gibraltar.

Ces bréves indications ont été judicieusement analysées par Abou Dhabi pour se convaincre que la poursuite de confrontations avec Téhéran ne ménera à aucune victoire Analyses qui renforcent la conviction de sortir de ce guépier ont été renforcées par l’étude objective de la réalité:

  • Echec des interventions armées et l’enterrement de l’opération « Tempéte décisive » sous la direction de l’Arabie Saoudite
  • L’OTAN arabe ne présente aucun sens pratique et par suite, il est à son tour enterré
  • L’impunité du drone américain abattu laisse clairement entendre que l’administration de M Trump n’est pas disposée à envoyer ses GI mourir pour la cause d’autrui
  • Les sanctions décrétées contre la république islamique depuis sa naissance n’ont pas réussi à l’agenouiller, au contraire, elles l’ont poussée à plus de radicalisme.
  • Tehéran posséde des missiles (de sa propre fabrication) de longue portée qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour frapper tous les pays abritant les bases américaines
  • Enfin, une guerre -quelle que soit son issue- causera de gros dommages aux intervenants directs et indirects, sans évoquer les incidences d’une probable implication des autres grandes puissances.

Ainsi, la décision des Emirats Arabes Unis répond à un sens pragmatique. Se retirer du champs de bataille pour entrevoir des solutions pacifiques envers un acteur qui a toujours manifesté son ouverture à toutes les propositions.

Et l’alliance indéfectible avec le Royaume Wahabite?

Les alliances sont basées sur les intérets réciproques. Or quand les intérets d’une partie sont menacés, les alliances n’ont plus droit d’exister. On tentera de changer de partenaires au gré des changements des relations internationales.

Enfin la question qui est digne d’étre posée est celle de savoir qui a convaincu ces dirigeants à prendre le sentier de la guerre?

Un inventaire de l’état des lieux ,-même avant l’engagement- nous soumet une liste où toutes les cases défavorables à la guerre sont cochées

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Macron, Merkel et Johnson accusent l’Iran d’être «responsable» de l’attaque contre l’Arabie saoudite

Macron, Merkel et Johnson accusent l’Iran d’être «responsable» de l’attaque contre l’Arabie saoudite

23 sept. 2019, 22:18

Macron, Merkel et Johnson accusent l'Iran d'être «responsable» de l'attaque contre l'Arabie saoudite

© LUDOVIC MARIN Source: AFPEmmanuel Macron rencontre la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson au siège de l’ONU à New York, le 23 septembre 2019.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont rejoint les Etats-Unis et l’Arabie saoudite dans leur accusation portée à l’encontre de l’Iran, au sujet des attaques de sites pétroliers saoudiens, qui avaient été revendiquées par les rebelles houthis.

Les ambitions françaises de médiation sur la crise iranienne sont-elles compromises ? Le 23 septembre, le président de la République et les chefs des gouvernements allemand et britannique, ont accusé en chœur l’Iran d’être «responsable» de l’attaque du 14 septembre contre des installations pétrolières saoudiennes. Partant, les trois dirigeants l’ont exhorté à «s’abstenir de toute nouvelle provocation».Lire aussiLe chef de la diplomatie iranienne met en garde les Européens contre la «brute» américaine

«Il est clair pour nous que l’Iran porte la responsabilité de cette attaque. Il n’y a pas d’autre explication plausible», ont déclaré Emmanuel Macron, Angela Merkel et Boris Johnson dans un communiqué commun, à l’issue d’une rencontre à trois en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. 

Les trois nations européennes affichent ainsi un front commun avec Washington et Riyad. Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ont, en effet, accusé l’Iran d’être derrière des attaques de drones contre deux importants sites pétroliers saoudiens le 14 septembre, qui ont fait flamber le cours du pétrole. Ces attaques ont été revendiquées par les Houthis, des rebelles yéménites soutenus par Téhéran et pris pour cibles par une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite

Le 15 septembre, le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Abbas Moussavi, avaient balayé les accusations américaines : «Des accusations et remarques aussi stériles et aveugles sont incompréhensibles et insensées», avait-il déclaré, laissant entendre qu’elles avaient pour but de justifier «des actions futures» contre l’Iran.

Cette crise diplomatique s’inscrit dans un contexte de tensions élevées entre l’Iran et les Etats-Unis, depuis que ces derniers se sont retirés en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Washington, qui accuse l’Iran de jouer un rôle déstabilisateur dans la région moyen-orientale et de soutenir le terrorisme, poursuit une politique de «pression maximale» contre Téhéran. 

Lire aussi : Le président iranien Hassan Rohani s’élève contre la militarisation du Moyen-Orient

International

https://francais.rt.com/international/66096-macron-merkel-johnson-accusent-iran-etre-responsable-attaque-arabie?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Note Sur Le Transfert Nucléaire Des Etats-Unis Vers L’Arabie Saoudite

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Note Sur Le Transfert Nucléaire Des Etats-Unis Vers L’Arabie Saoudite

Posted on 20/09/2019 AuthorStrategika51Comment(0)

  1. Introduction :

Les tentatives de l’Administration Trump pour faciliter le transfert de la technologie nucléaire américaine à l’Arabie Saoudite a suscité une levée de boucliers au Congrès américain qui a rédigé un rapport détaillé sur cette affaire et dont l’élément d’appréciation principal est la collusion entre cette administration et les industriels américains.

Ces derniers considèrent le marché saoudien comme une opportunité stratégique dans un contexte marqué par la concurrence acharnée entre les puissances (Etats-Unis, Russie, Chine) en matière de commercialisation de la technologie nucléaire et la forte demande de certains pays à l’instar des pays du Golfe.

Dans cet article, on va d’abord retracer l’évolution de cette question au sein du Congrès américain au sein duquel l’enjeu de la mise en œuvre du transfert nucléaire américain au profit de l’Arabie saoudite se jouera durant les prochaines années. En second lieu, nous allons évoquer les facteurs qui favorisent aujourd’hui la  « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite et les scénarios possibles de ce processus.

  • Les tentatives de l’administration Trump pour doter l’Arabie saoudite de la technologie nucléaire et les inquiétudes du Congrès américain :

Dès les premières semaines de l’accès de M. Trump à la Maison Blanche, ses collaborateurs ont activé pour la levée de tous les obstacles juridiques pour la construction par des entreprises américaines de centrales nucléaires en Arabie Saoudite. C’est ce que révèle un récent rapport du Congrès.

L’entreprise qui est la plus en vue dans cette affaire est IP3 International, connue pour avoir entretenu des relations étroites avec Michel Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale, lequel a quitté l’administration Trump en 2017 ainsi qu’avec un groupe de militaires américains à la retraite.

L’intérêt du Congrès pour cette affaire s’explique par les remous provoqués par les liens entre l’administration Trump est l’Arabie Saoudite dans un contexte international marqué par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans un consulat saoudien.

«L’empressement du président Trump à donner aux Saoudiens tout ce qu’ils veulent, malgré les objections bipartisanes du Congrès, porte atteinte aux intérêts américains de sécurité nationale » a affirmé Tim Kaine, un sénateur démocrate. Le Congrès milite également pour interdire les ventes d’armes américaines à l’Arabie Saoudite, un pays embourbé dans un conflit meurtrier au Yémen.

Ce qui inquiète le Congrès c’est le fait que l’administration Trump semble ne pas se préoccuper du risque que la fourniture à l’Arabie Saoudite d’une technologie soit susceptible d’être détournée à des fins militaires en y incluant l’enrichissement et le reprocessing. L’accord en cours de négociation avec ce pays semble ne pas contenir des dispositions similaires à celles qui figurant dans l’accord avec les Emirats Arabes Unis de 2009 intitulées « Règle d’Or » ou « 123 », lesquelles bloquent toute tentative d’enrichir l’uranium.

D’ailleurs, Asia Times a révélé que dans courrier électronique adressé à l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn par le Directeur d’IP3, Robert Farlane, ce dernier ait affirmé que le transfert de la technologie nucléaire américaine à Ryad « contribuerait à rétablir l’équilibre des forces au Moyen Orient » et ce, dans une allusion flagrante à une tentative de prolifération nucléaire provoquée par un membre important du Traité de Non Prolifération Nucléaire(TNP), les Etats-Unis.

  • Les facteurs qui favorisent la « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite par les Etats-Unis :

Le premier facteur qui incite l’Arabie Saoudite à chercher à se doter de l’arme nucléaire est la reprise par l’Iran de l’enrichissement de l’uranium après le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Ryad a pris conscience de l’échec de cet accord et de la reprise de la course au nucléaire par Téhéran qui est son adversaire stratégique principal. C’est une situation qui rappelle la course du Pakistan pour se doter de l’arme nucléaire pour faire face à l’Inde qui a réussi à relever le même défi.

Le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Selmane a déclaré en 2018, « L’Arabie saoudite ne souhaite pas acquérir de bombe atomique, mais il est évident que si l’Iran développait une bombe atomique, nous ferions de même, et dans les meilleurs délais“.

L’évolution géopolitique dans la région du Golfe a de quoi inquiéter l’Arabie Saoudite :  

  • Il y a d’abord, la reprise en juin 2018 par l’Iran de la production de centrifugeuses puis la suspension, le 8 mai 2019, d’une partie de ses engagements dans le cadre de l’Accord sur le nucléaire iranien, un an après le retrait des Etats-Unis de cet Accord et le début des sanctions américaines contre Téhéran.  
  • L’Iran est allé jusqu’à menacer de quitter le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) (le 28 avril dernier).
  • Il y a également la montée des tensions sécuritaires dans le détroit d’Hormuz qui s’accompagne d’un déploiement de la flotte américaine dans la mer du Golfe et la ferme conviction de Ryad que l’Iran soutient les Houthis au Yémen au détriment de son influence dans la région du Moyen Orient.

L’Arabie Saoudite perçoit ces évènements comme un enchainement de causes et d’effets qui permettrait à terme à l’Iran de développer des armes nucléaires et d’étendre son influence dans la région et ce, d’autant plus que les alliés de la République islamique dans le monde (Chine et Russie) ne sont nullement dissuadés de la soutenir dans cette voie dans un paysage international marqué par une multipolarité accélérée.

En effet, cette multipolarité du monde est de nature à fragiliser le système multilatéral de lutte contre la prolifération devant les tentatives de certains pays pour se doter de la technologie nucléaire et l’affaiblissement du Groupe des Fournisseurs Nucléaires (NSG) qui a été crée par les Etats-Unis et l’ex-Union Soviétique en 1975.

La concurrence et la rivalité entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine mais aussi la capacité d’autres pays en matière de développement de la technologie nucléaire ont affaibli la capacité du NSG pour réguler les transferts vers les pays qui souhaitent développer un programme nucléaire. Les pays qui souhaitent se doter de la technologie nucléaire exploitent cette concurrence internationale à leur profit.

C’est exactement le cas de l’Arabie Saoudite : après que ce pays ait échoué durant les années 1970 à développer un programme nucléaire, il est parvenu aujourd’hui à réaliser des appels d’offre pour construire deux réacteurs nucléaires. La Corée du Sud est un fournisseur potentiel pour l’Arabie Saoudite comme pour les Emirats Arabes Unis et il parvient à maîtriser cette technologie et à l’exporter sans respecter les dispositions anti-prolifération des Etats-Unis.    

L’effet pervers de cette situation et que les Etats-Unis risquent de voir leurs chances de remporter les contrats avec l’Arabie saoudite s’amenuiser, s’ils insistent pour y inclure les dispositions anti-prolifération. Cette situation est l’une des causes du bras de fer entre l’administration Trump et le Congrès.

Par conséquent, ces facteurs encouragent Ryad à développer un programme nucléaire et à se doter d’armes atomiques afin de préparer les conditions d’un équilibre de dissuasion avec son rival chiite.

  • Conclusion et perspectives

Au-delà des facteurs qui incitent l’Arabie Saoudite à se doter d’armes nucléaires, il semble étonnant que les assurances sécuritaires des Etats-Unis ne soient plus suffisantes pour satisfaire les exigences de sécurité de Ryad. Ceci s’explique peut être par les multiples déclarations de Washington sur la réduction et le conditionnement de sa présence militaire dans la région du Golfe.

Plusieurs éléments doivent pris en considération pour prévoir le futur de ce processus de « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite :

L’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi a irrémédiablement terni l’image de l’Arabie Saoudite auprès du Congrès et de l’opinion publique américaine. L’Arabie Saoudite ne peut aujourd’hui compter que sur l’administration Trump pour satisfaire ses objectifs stratégiques.

Par conséquent, Ryad souhaite enclencher les contrats pour la réalisation de son programme nucléaire le plus vite possible avant les élections présidentielles aux Etats-Unis.

Par ailleurs, il n’est pas certain que les Etats-Unis maintiendront à long terme une présence militaire robuste et coûteuse dans la région du Golfe qui soit suffisante aux yeux de l’Arabie Saoudite malgré l’acharnement actuel de l’administration Trump à faire face aux ambitions iraniennes.

Le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) au lieu de le renforcer pour endiguer le programme nucléaire iranien est une «erreur stratégique » qui a libéré Téhéran de toute contrainte pour développer son programme, ce qui semble alarmer l’Arabie Saoudite.

Pallas

Pallas est le pseudonyme d’un Docteur en philosophie des Sciences et expert international dans les questions environnementales globales. Il est chercheur dans un domaine de pointe et l’auteur de plusieurs ouvrages de référence dans plusieurs disciplines scientifiques ainsi que de deux recueils de poésie. Pallas est un contributeur occasionnel de Strategika 51 Intelligence

https://strategika51.org/archives/69182

T.C.-80 : Bye bye FDR

T.C.-80 : Bye bye FDR

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 17 septembre 2019

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T.C.-80 : Bye bye FDR

17 septembre 2019 – Trump marche sur des œufs et piétine l’Histoire… “Marcher sur des œufs”, c’est le moins qu’on puisse dire à propos de l’affaire de la très méchante et efficace attaque des installations de l’Aramco, comme un coup au cœur de l’Arabie dont le même Trump ne semble guère vouloir trop se préoccuper, et sans s’en dissimuler. Après que le chef de cabinet du vice-président, Marc Short, eût expliqué par ailleurs, en d’autre lieu et sur un ton apaisant que le tweet “locked and loaded” (“prêts et chargés”) de dimanche soir n’était nullement une menace de type militaire mais une image concernant la situation énergétique des USA face à des possibles remous de fournitures de pétrole après l’attaque, on a vu et entendu cette humeur apaisée hier lors d’une aimable rencontre du président avec la presse

Même si tout cela (l’attaque, etcetera) ressemble à l’Iran, gazouille le président, il est bien acquis que « Je ne veux pas faire la guerre à qui que ce soit» ; et il n’est pas question de représailles tant qu’il n’y a pas de « preuve définitive » (vaste programme) d’une éventuelle culpabilité de l’Iran, et alors on verra.

Ceci enfin, qui est historique n’est-ce pas, par rapport à ce qu’on sait et dit du “Pacte du Quincy” et de FDR-1945, ce président mourant qui vint sceller son legs ultime qui fit Empire de la Grande République, – et que Trump, ce va-nu-pieds, piétine de la sorte : « En outre, lorsqu’on lui a demandé s’il avait promis de protéger les Saoudiens, le président a répondu “Non, je n’ai pas promis cela aux Saoudiens…. Nous devons nous asseoir avec les Saoudiens et trouver une solution.” »

Non seulement ils ne peuvent plus, mais ils ne veulent plus (à moins qu’ils ne veuillent plus parce qu’ils ne peuvent plus ?)… Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.)

Tout cela se fait en douceur, avec grâce et comme sans y toucher, cette façon que l’Empire a de recevoir des directs en pleine poire (le drone abattu par les Iraniens, l’attaque contre l’Aramco) et de passer outre en sifflotant. Les Saoudiens, MbS en tête, ne s’y trompent pas une seconde, pour le cas il s’agit de noyer le poisson en douceur. L’officieux de la famille royale, Arab News, nous fait savoir qu’il y aura enquête sur l’attaque et sur les responsables, et comment, et encore avec experts venus de tous les horizons Inch Allah, et y compris de l’ONU mazette, et que, mon Dieu, l’on sera fixé alors, disons « dans des semaines, sinon des mois ». D’ici là, les poules auront des implants…

…Pendant ce temps, bien en verve et sur un ton assez léger ma foi, en pleine conférence de presse commune suivant un sommet d’importance sur la Syrie avec les présidents iranien et turc, Poutine a suggéré à l’Arabie, à l’aide d’une sidérante citation du Coran, d’acheter des S-300 ou des S-400 pour protéger ses biens si précieux, le sang noir de son or noir, – de cette façon on pourra exposer les Patriot de l’Empire ainsi démobilisés pour Alzheimer précoce au musée des technologies revues et incorrigibles…

« En ce qui concerne l’aide à l’Arabie saoudite, il convient de rappeler que le Coran sacré évoque l’inadmissibilité de toute sorte de violence autre que pour protéger les siens. Donc pour [qu’ils puissent] défendre les leurs et leur pays, nous sommes prêts à octroyer l’aide appropriée à l’Arabie saoudite. Il suffit que les autorités politiques saoudiennes adoptent une décision étatique sage comme celle prise par le passé par les dirigeants iraniens qui avaient acquis à l’époque des S-300 ou comme le Président Erdogan qui a acheté à la Russie les systèmes ultramodernes S-400. Ils protégeront solidement toute infrastructure saoudienne. »

Et le président iranien Rouhani, présent également, de se tourner vers Poutine pour lui demander lequel des deux systèmes il conseille aux Saoudiens de choisir pour mieux abattre les drones que lui-même, Rouhani, n’a certainement pas lancés contre l’Aramco ; et Poutine, diplomate-équilibriste comme toujours : « Qu’ils choisissent. » Et c’est sur ce ton léger, un peu tragédie-bouffe tout de même et certainement simulacre surréaliste, que s’achève le “tourbillon crisique” du jour (T.C.-bouffe)

Good Bye Lenin, disait le film ; bye bye FDR, dis-je pour mon compte. Ainsi s’ouvre, entre Offenbach et Wagner, le dernier chapitre de l’ultime phase de la partie finale de la Grande Crise d’Effondrement du Système

.https://www.dedefensa.org/article/tc-80bye-byefdr