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Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

9.juillet.2018 // Les Crises

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

Beyrouth, 24 juin 2018.

Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.

Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.

À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »

« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.

Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !

On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !

Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…

GUERRE CLANDESTINE

Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !

« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.

Depuis plus de deux ans, une guerre menée par les plus riches pays du Proche-Orient – voire du monde – contre le plus pauvre se poursuit, dans une large indifférence politique et médiatique. Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite – suivie de dix pays sunnites – lance une opération militaire aérienne au Yémen contre les Houthis du Nord. Les partisans d’Abdel Malek Al-Houthi avaient forcé la démission le président de la transition Abd Rabbo Mansour Hadi en s’alliant avec leur ancien opposant, Ali Abdallah Saleh. Au début de l’offensive, les Houthis occupent militairement la capitale Sanaa et la principale ville du sud, Aden. Sollicités par Hadi, les Saoudiens et leurs alliés prétendent vouloir le rétablir et contrer l’« avancée iranienne ». Le Conseil de sécurité de l’ONU donne son aval et la France, le Royaume-Uni et les États-Unis fournissent les fusils !

« DIPLOMATIE ECONOMIQUE »

Dès son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a commencé à mettre en œuvre l’une de ses promesses de campagne : rééquilibrer la politique étrangère de la France au Proche-Orient en faveur d’Israël. L’un des corollaires de cette volonté signifiait d’appuyer le rapprochement des monarchies du Golfe avec Tel-Aviv. Ainsi, l’Elysée s’emploiera à faire du Qatar l’un de ses premiers partenaires dans la région : le petit émirat paiera la libération des infirmières bulgares pour que Cécilia vienne faire un show « humanitaire » à Tripoli (Libye). Ensuite, il paiera aussi le divorce de la même Cécilia avec le président de la République française qui exonèrera – en retour – le Qatar de toute espèce de fiscalité sur ses transactions immobilières en France.

En juillet 2007, à la suite d’une demande émirienne, Nicolas Sarkozy s’engage à développer une présence militaire permanente dans ce pays. Elle est annoncée en janvier 2008, lors d’une tournée dans le Golfe du président de la République. La base française d’Abou Dhabi est officiellement inaugurée le 26 mai 2009 dans l’espoir de voir les Emiriens acheter le Rafale français. La promesse de vente tournera court, mais François Hollande ne reviendra ni sur l’existence de la base émirienne, ni sur les privilèges fiscaux accordés au petit Qatar. Au contraire, il accentuera le trait avec la fameuse « diplomatie économique » portée par son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Avec Emmanuel Macron, la politique étrangère néo-conservatrice de la France va se poursuivre et s’accentuer : soutien inconditionnel à Israël et aux monarchies pétrolières sunnites avec lesquelles les affaires vont s’intensifier. Selon les meilleures sources, on peut relever que :

  • dès le déclenchement de la guerre au Yémen, l’armée française « a effectué des vols de reconnaissance au-dessus des positions houthis pour le compte du client saoudien et continué à former ses pilotes de chasse »;
  • la France a également transféré des nacelles Thalès Damocles XF de désignation de cible et de guidage de bombes, que les forces saoudiennes placent sous leurs avions de chasse – ce qui n’empêche pas les « bavures » ;
  • trois mois après le début du conflit, un avion ravitailleur Airbus 330-200 MRTT a été livré à l’Arabie saoudite. C’est le dernier d’une flotte de six. En avril 2017, deux de ces avions étaient déployés au Yémen. Indispensables à la guerre en cours, ils ravitaillent en vol les F-15 saoudiens ;
  • des canons Caesar 155 mm de l’entreprise française Nexter, des hélicoptères de transport Cougar du groupe EADS et des drones de renseignement militaire SDTI de l’entreprise française SAGEM sont livrés à la coalition saoudienne ;
  • en 2016, la France a livré 276 blindés légers indique son propre rapport de juillet 2017 au secrétariat du TCA. Ce lot est composé de blindés légers Renault Sherpa light et Vab Mark 3 du groupe Renault Trucks Defense, originellement destinés au Liban. Dès février 2016, face à l’échec des campagnes de bombardements, la coalition s’appuie sur des milices locales équipées de véhicules légers émiratis Nimr pour tenter de déloger les forces houthis. L’arrivée des blindés légers français, qui se faufilent sans difficulté dans les rues étroites des villes arabes, s’inscrit pleinement dans cette stratégie de contre-insurrection déployée au sol. Et les Sherpa light sont équipés de capteurs de dernière génération offrant une protection contre les engins explosifs improvisés ;
  • la coalition fait également usage de petits patrouilleurs, en soutien aux navires de guerre, pour assurer le blocus du Yémen. Si l’entreprise française Couach bloque à quai deux patrouilleurs rapides à destination du Yémen en raison de l’embargo, elle débute ses livraisons d’intercepteurs rapides à l’Arabie saoudite dès août 2016 ; 39 nouveaux exemplaires de ce type d’unités sont destinés à Riyad ;
  • pour assurer le blocus qui affame la population, la coalition utilise des Corvettes Baynunah livrées aux EAU. L’artillerie et les marines de la coalition sont, par ailleurs munies de systèmes électroniques de navigation vendus par SAFRAN, des équipements essentiels à la logistique des tirs ;
  • enfin, 745 fusils de précision ont été livrés à Riyad en 2015 et 500 en 2016 selon les rapports au Parlement sur les exportations d’armes de 2016 et 2017.

Dernièrement, plusieurs parlementaires français – accompagnés de l’ambassadeur de France à Riyad et de son épouse – sont allés se féliciter bruyamment, dans la province de Mareb contrôlées par les Saoudiens, de l’excellence des efforts humanitaires de leurs hôtes… Fallait oser, mais c’est fait ! Et le pompon, c’est bien-sûr, la dernière affaire du déminage du port d’Hodeïda ! Le 15 juin, Le Figaro affirme : « alors que les forces progouvernementales ont annoncé s’être emparées vendredi de l’aéroport d’al-Hodeïda, la France entend s’impliquer dans le déminage du port, la véritable cible de la bataille lancée il y a trois jours par les troupes yéménites, appuyées par les EAU et l’Arabie saoudite, pour chasser les rebelles houthis pro-iraniens de cette ville stratégique sur la mer Rouge. Mais comme l’engagement français dans cette guerre oubliée est source de contestation, le ministère des Armées avance sur des œufs… » On ne saurait mieux dire !

UNE FUITE LACANIENNE

Le 13 juin, le Quai d’Orsay a indiqué que le président Emmanuel Macron, après s’être entretenu avec Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi, avait « évoqué la situation politique et militaire au Yémen, et notamment à Hodeïda » et « appelé les parties prenantes à la retenue et à la protection des populations civiles. » « La France rappelle que seule une solution politique négociée, y compris à Hodeïda, permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d’arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays », a souligné le porte-parole du Quai.

Mais sous cette langue d’acajou, il s’agit de bien autre chose ! Un responsable émirien a déclaré à l’agence de presse Reuters, que la France aurait « accepté d’apporter une assistance en matière de déminage dans le cadre de l’opération militaire lancée par la coalition sunnite pour reprendre le port d’Hodeïda. » Et d’ajouter : « Les États-Unis ont rejeté pour leur part la requête d’Abou Dhabi qui leur demandait des moyens de renseignement, de surveillance aérienne, de reconnaissance et de déminage ».

Quelques heures plus tard, le ministère des Armées a confirmé qu’une telle opération était dans les tuyaux. « Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre », a-t-il commencé par préciser. Toutefois, Le Figaro affirmait que des membres des forces spéciales françaises étaient déjà présents au Yémen, aux côtés des troupes émiriennes.

Ainsi, « deux sources militaires contactées par Le Figaro révèlent également que des forces spéciales françaises sont présentes aux côtés des Émiriens au Yémen », affirme le journaliste Georges Malbrunot dans l’édition datée du 16 juin 2018. La ministre de la Défense Florence Parly dément aussitôt et elle a raison. Les soldats français présents dans le port d’Hodeïda ne font pas partie des Forces spéciales françaises, mais sont des plongeurs-démineurs du Service-action de la DGSE (nos services extérieurs), dédiés aux opérations clandestines. Par conséquent, circulez, y’ rien à voir et c’est bien normal ! La dissociation entre Forces spéciales destinées aux opérations extérieures publiques et le Service-Action, spécialisé dans des actions clandestines – devant restées classifiées « confidentiel » ou « très confidentiel » – demeure l’apanage légitime de n’importe quelle démocratie. La carabistouille est ailleurs et révélatrice d’un nouveau dysfonctionnement de la communication présidentielle !

Depuis plusieurs mois, Saoudiens et Emiriens se plaignaient auprès de leurs interlocuteurs français, leur tenant à peu près ce langage : « on vous achète quantités de matériels et d’armements alors que vous ne nous apportez pas le moindre soutien politique public et ça commence à bien faire ! » Les communicants de l’Elysée ont alors imaginé le montage d’une fuite émirienne à Reuters qui serait reprise par notre cher Georges national du Figaro. En effet, celui-ci n’aurait jamais exploiter une telle information sans obtenir le feu vert, sinon l’encouragement de ses sources du ministère de la Défense !

En France, les anciens otages ont un statut tout à fait particulier. Non seulement immédiatement érigés au statut d’expert multifonctions, ils doivent se souvenir quotidiennement comment ils ont retrouvé la liberté. En l’occurrence, la libération de Georges et de son collègue Christian Chesnot a coûté plusieurs millions d’euros environ sept) prélevés dans les fonds spéciaux de la DGSE, c’est-à-dire de l’argent public et cela mérite bien quelques renvois d’ascenseurs…

Par conséquent, l’information de l’engagement yéménite des armées françaises aux côtés de la coalition saoudo-émirienne est bien sortie, même si toute la vérité n’est pas dite. Héroïne lacanienne, Florence Parly dit toujours, toujours la vérité, mais pas toute… parce que les mots y manquent ! Et c’est même par cette impossibilité qu’elle participe au réel !

Et le psychanalyste Jacques Lacan aurait certainement ajouté que le réel, c’est quand on se cogne… Quoi qu’il en soit, la France et ses armées sont – aujourd’hui – engagées au Yémen, aux côtés des EAU et de l’Arabie saoudite (deux grandes démocraties bien connues), en train de massacrer l’un des pays les plus pauvres de la terre. Un jour, ces gens auront des comptes à rendre, les responsables français qui ont pris la responsabilité d’engager notre pays aussi !

Autrement dit, et excusez notre familiarité Monsieur le président de la République : « au Yémen Manu, t’es nul, complètement nul ! Arrête de déconner… » Bonne lecture néanmoins et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
25 juin 2018

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

 

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

https://www.les-crises.fr/ingerence-francaise-au-yemen-honte-et-manipulation-par-richard-labeviere/

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De Trajan à Lawrence

De Trajan à Lawrence

Publié le 30 Juin 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient, Histoire, Europe

L’Histoire a de ces coïncidences… L’actuelle bataille pour le sud-ouest syrien place sur le devant de la scène deux sites qui ont connu leur heure de gloire ou d’infortune en d’autres temps : Bosra et Deraa.

Déjà mentionnée au XIVème siècle avant JC dans les tablettes de Tell el-Amarna, Bosra se développa réellement à partir du IIème siècle avant notre ère lorsqu’elle devint la capitale du nord du Royaume nabatéen. Surtout, en 106, elle devient la capitale de la province romaine d’Arabie créée par Trajan après l’annexion des Nabatéens. Agrandie et embellie d’édifices publics, Bosra est rebaptisée Nova Trajana Bostra par l’empereur et un magnifique théâtre de 17 000 place, demeuré presque intact, est construit.

C’est cette petite ville que prennent les rebelles modérément modérés en 2015, forçant à l’exil la moitié chiite de la population.

Autre époque, même région. Durant la Première Guerre Mondiale, les Britanniques sont en guerre contre l’empire ottoman, allié de l’Allemagne, et le fameux Lawrence d’Arabie a un rôle clé dans le soulèvement des tribus arabes contre la Sublime Porte.

Après avoir pris Aqaba en juillet 1917 lors d’une audacieuse attaque terrestre, il lance un petit raid sur Deraa à l’automne, au cours duquel il se fait prendre. S’il ne l’a jamais explicitement dit, il y est vraisemblablement torturé et violé à cette occasion par des officiers turcs.

Après 1918, Lawrence ne quittera pas tout à fait les affaires moyen-orientales, comme nous l’expliquions il y a trois ans :

L’histoire d’amour entre le monde anglo-saxon et l’islamisme remonte à plus d’un siècle, lorsque la Grande-Bretagne commença à se mêler des affaires de la péninsule arabique. Mais Londres était tiraillée entre deux visions, plus exactement deux départements de ses affaires étrangères, chacun supportant son poulain (ou son pur-sang arabe en l’occurrence). Par l’entremise de son agent sur place, John Philby – le père du célèbre espion qui trahira pour le compte du KGB -, l’India Office soutenait Abdulaziz Ibn Saoud, allié aux wahhabites, ce courant ultra rigoriste de l’islam. De l’autre côté, l’Arab Bureau du Caire et le légendaire Lawrence (oui, oui, d’Arabie) jouaient la carte du chérif Hussein de la Mecque, bien plus modéré. Malheureusement pour le monde, le premier prit le pas sur le second sur le terrain et Philby sur Lawrence dans les corridors du Foreign Office. Le Saoud monta sur le trône de l’Arabie, on en paye encore les conséquences…

Mais revenons à Deraa, ville départ en 2011 de la vraie-fausse révolte syrienne et de la guerre en général. La ville est depuis lors plus ou moins divisée en deux, une partie fidèle aux loyalistes, l’autre aux mains des « rebelles ».

C’est dans toute cette zone historiquement chargée qu’a maintenant lieu l’une des dernières batailles du conflit finissant. Nous en étions restés il y a cinq jours sur la dérouillée des barbus qui ont perdu l’importante plaine de Lajat. Depuis, les loyalistes ont encore avancé et les lignes de défense rebelles s’écroulent :

Comme souvent lorsqu’ils prennent une fessée, nos petits amis barbus sont soudain prêts à discuter avec l’impie gouvernement Assad et faire des concessions. L’idée d’un cessez-le-feu est d’abord venue d’Amman avant de faire son chemin dans les esprits.

Le centre de réconciliation mis sur pied par les Russes fonctionne à plein régime et la plupart des groupes sont enclins à déposer les armes. Ils n’ont certes pas trop le choix étant donné que des manifestations pro-gouvernementales éclatent un peu partout dans les zones tenues par les rebelles, dont Bosra.

Si la zone à l’est de Deraa devrait rapidement revenir dans le giron de Damas, restera la partie occidentale, accolée au petit territoire daéchique et au Golan occupé par Israël. Etincelles en perspective, à moins que Poutine et Trump ne nous sortent un petit tour de leur chapeau lors du sommet le 16 juillet à Helsinki.

Le Donald veut-il réellement retirer les troupes US de Syrie et donner la main au Kremlin ? Si oui, le Deep State le laissera-t-il faire ? Quid de la réaction de Bibi la Terreur ? Le Hezbollah participera-t-il à la fête ? Toutes ces questions auront leur réponse dans les semaines à venir…

Terminons par une anecdote qui n’en est finalement pas une, la petite histoire rejoignant ici la grande. Bosra Sham, du nom de la ville sous les feux de l’actualité, était une grande pouliche des années 90. Elle appartenait à Wafic Saïd, homme d’affaires syro-saoudien.

Or, c’est lui qui a facilité, à partir de 1985 entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite, une série de contrats record d’armement appelée Al Yamanah, que l’on peut traduire par « colombe » mais aussi « pigeon », nom ô combien prédestiné. On y retrouve les noms de Margaret Thatcher, Bandar bin Sultan (ambassadeur à Washington entre 1983 et 2005 puis chef des services secrets saoudiens jusqu’en 2014) ou encore Tony Blair (qui a stoppé en 2006, pour « raison d’Etat », l’enquête officielle sur les énormes soupçons de corruption).

Lawrence a dû se retourner dans sa tombe, même s’il aurait sans nul doute apprécié la maestria de la pouliche…

La construction du chemin de fer trans-arabique par la Russie rendra les Saoudiens plus multipolaires

La construction du chemin de fer trans-arabique par la Russie rendra les Saoudiens plus multipolaires


Par Andrew Korybko – Le 5 juin 2018 – Source Oriental Review

Russian RailwaysLe PDG de Russian Railways, leader de cette industrie, a annoncé l’intention de son entreprise de participer au Trans-Arabian Railway lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg de la semaine dernière (SPIEF), attirant ainsi l’attention sur un projet que le Conseil d’administration avait en ligne de mire depuis quelques années mais n’avait pas réussi à faire décoller. Le concept est que les États du CCG resserraient leur intégration économique non-énergétique grâce à un chemin de fer côtier qui serpenterait le long du bord sud du golfe Persique et qui irait du Koweït à Oman, mais cette vision n’a pas encore été priorisée. Cependant, cela pourrait changer dans le futur à la suite d’une coopération trilatérale entre la Russie, l’Arabie saoudite et la Chine.

Pour l’expliquer, l’ambitieux programme Vision 2030 de réformes socio-économiques du Prince héritier Mohammed Bin Salman concorde parfaitement avec la vision globale de la nouvelle Route de la soie chinoise, en ce sens qu’il  vise à positionner le Royaume wahhabite comme une « plateforme d’échange » économique tricontinentale pour l’Afro-eurasie. Certains investissements parmi les plus de 130 milliards de dollars que la Chine a réalisé en Arabie saoudite l’an dernier serviront à moderniser l’économie du pays et à le placer sur la voie d’un avenir post-pétrolier durable.

Saudi Arabia Railways
Chemins de fer d’Arabie saoudite

Russian Railways a travaillé très dur pour s’imposer comme un acteur mondial et le projet de chemin de fer trans-arabique lui fournit l’occasion idéale pour présenter ses services. Non seulement cela, mais c’est une contrepartie pour les investissements saoudiens dans l’économie russe au cours des deux dernières années, et cela aidera aussi à accélérer le rapprochement russo-saoudien.

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L’approfondissement de la position de Moscou dans les affaires arabes, en particulier avec l’influent CCG, lui permettra de gagner un plus grand respect et acceptation en tant que puissance au Moyen-Orient. Au total, l’implication réussie de la Russie dans le projet du chemin de fer trans-arabique et les investissements chinois dans le royaume pourraient aider l’Arabie saoudite à diversifier sa politique étrangère et finalement la faire devenir plus multipolaire.

L’article présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-construction-du-chemin-de-fer-trans-arabique-par-la-russie-rendra-les-saoudiens-plus-multipolaires

 

Sommet Trump/Kim : ce que Kushner a murmuré à l’oreille de MBS

Sommet Trump/Kim : ce que Kushner a murmuré à l’oreille de MBS

#ArabieSaoudite

Le commentateur saoudien anonyme, auteur de révélations fracassantes sur le système des ben Salmane, dévoile que Kushner a partagé des secrets avec son ami MBS concernant le sommet historique de Singapour

Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, aurait fait des révélations rassurantes à MBS
MEE's picture
14 juin 2018
Dernière mise à jour :
14 juin 2018

« Kushner a révélé au prince héritier saoudien des secrets que ne détient qu’un cercle très restreint à la Maison-Blanche, des secrets qu’ignore même le Congrès. » Le premier tweet du très informé commentateur saoudien anonyme, qui utilise le pseudonyme Mujtahidd, est un bon préambule pour les révélations qu’il publie sur Twitter.

Quels secrets se sont confiés les deux amis, Jared Kushner, conseiller et gendre du président Donald Trump, et Mohammed ben Salmane, prince héritier du Royaume d’Arabie saoudite ?

Traduction : « Kushner a révélé au prince héritier saoudien des secrets que ne détient qu’un cercle très restreint à la Maison-Blanche, des secrets qu’ignore même le Congrès… » 

« MBS était très inquiet suite à l’annonce du sommet Trump/Kim. Il craignait qu’un tel événement puisse être réédité avec l’Iran, marquant une ouverture du président américain envers Téhéran – qui tournerait donc le dos au prince héritier », explique Mujtahidd. Le 12 juin, un sommet historique a réuni le président américain et son homologue nord-coréen, Kim Jong-un,  à Singapour. Une rencontre inédite qui s’est soldée par la signature d’un accord de dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Chantage

Selon Mujtahidd, « Kushner a expliqué à Mohammed ben Salmane que Trump voulait propager l’image d’un homme de paix en rencontrant Kim, avant d’affronter militairement l’Iran. »

Les deux trentenaires sont réputés proches. Une proximité souvent critiquée, notamment quand le prince saoudien se vanta auprès du prince héritier d’Abou Dabi, Mohammed ben Zayed, que le conseiller de Trump « était dans sa poche ». Les deux hommes ont eu de nombreuses rencontres et semblent être sur la même longueur d’ondes face aux gros dossiers du Moyen-Orient – Jared Kushner est conseiller sur ce dossier auprès de son beau-père. En tête de liste des dossiers : le conflit israélo-palestinien, mais surtout, l’Iran, une obsession saoudienne.

À LIRE ► Le prince héritier Mohammed ben Salmane a soudoyé Donald Trump, selon un lanceur d’alerte saoudien

Autre détail révélé par Kushner – visé par l’enquête du FBI sur une éventuelle collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de l’actuel président américain – à son ami saoudien : « le leader nord-coréen était d’accord pour annoncer la dénucléarisation totale de son pays avant la tenue du sommet de Singapour. Mais, Pékin, ayant remarqué l’enthousiasme de Trump devant cette perspective, a décidé de faire du chantage à Washington : pas de sommet entre Trump et Kim si les États-unis ne mettent pas un terme à leur guerre commerciale contre la Chine. »

Pékin aurait donc fait donc pression sur Kim Jong-un pour qu’il recule sur la dénucléarisation, ce qu’il fit, toujours selon les révélations de Mujtahidd. Pour rappel, le premier vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen Kim Kye-gwan avait, dans une volte-face surprenante, annoncé le 16 mai dernier, que Pyongyang allait reconsidérer la tenue du sommet de Singapour si les États-unis continuaient à insister sur une dénucléarisation unilatérale. Washington a réagi en annulant le sommet, avant que les deux parties n’en reviennent à de meilleurs sentiments.»

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (Reuters)

La relance du processus de désescalade a été possible, d’après Mujtahidd, grâce aux concessions de Trump aux Chinois. « Secrètement, Trump a promis à la Chine de faire cesser la guerre commerciale qu’il mène contre elle ». Le président américain aurait même donné une garantie de sa « bonne foi » : « Il a levé les sanctions contre la société chinoise d’équipements téléphoniques, ZTE, accusée dans un premier temps d’espionnage économique et technique ».

MBS tout fier

C’est ainsi que Pékin a permis au leader nord-coréen de s’engager à nouveau sur l’accord nucléaire. Le 27 mai, Trump a confirmé dans un tweet qu’un accord avait été trouvé pour solder l’affaire ZTE : moyennant une amende d’1,3 milliard de dollars, l’équipementier chinois va pouvoir importer à nouveau les composants américains dont il a besoin pour ses propres produits.

« Mohammed ben Salmane, après les explications de Kushner, s’est senti rassuré par le fait que la confrontation avec l’Iran est en bonne route »

– Mujtahidd

« Mais le Congrès a refusé la décision de Trump concernant ZTE. Alors, comme l’a révélé Kushner à ben Salmane, le président américain a promis aux Chinois d’user de son droit de véto pour contrecarrer le Congrès », poursuit Mujtahidd. « Quant à la guerre commerciale contre la Chine, Trump a chargé son secrétaire au Commerce, en coordination avec les Chinois, de mettre sur pied un scénario de désescalade graduelle qui n’éveille pas l’attention de l’Europe avec laquelle il s’est accroché au sommet du Canada ».

Concluant sa série de tweets, Mujtahidd rapporte que « Mohammed ben Salmane, après les explications de Kushner, s’est senti rassuré par le fait que la confrontation avec l’Iran est en bonne route. Il est actuellement dans un état excessif de fierté et d’orgueil, parce qu’il est en possession de secrets que ne détient même pas le Congrès, ni de nombreuses autres institutions américaines, des secrets concernant un évènement aussi majeur que le sommet Trump/Kim. Il n’arrête pas de s’en vanter dans son petit cercle. »

Middle East Eye n’a pas été en mesure de vérifier les allégations de Mujtahidd au moment de la publication.

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/sommet-trumpkim-ce-que-kushner-murmur-l-oreille-de-mbs-2050263473

Le pétrole recule en Asie

Le pétrole recule en Asie

Singapour (awp/afp) – Les cours du pétrole reculaient mardi en Asie, les spéculations sur une hausse ou non des quotas de production lors d’une prochaine réunion de l’Opep allant bon train.

Vers 04H00 GMT, le baril de « light sweet crude » (WTI), la référence américaine du brut, pour livraison en juillet, reculait de 32 cents, à 65,53 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence sur le marché mondial, pour livraison en août, perdait 748 cents à 74,86 dollars.

Les représentants de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses dix partenaires, dont la Russie, se retrouvent vendredi et samedi à Vienne.

Ces Etats sont engagés depuis début 2017 et théoriquement jusqu’à la fin de l’année par un accord qui leur impose des quotas de production dans le but de faire remonter les prix dans un contexte d’offre surabondante.

Les débats devraient être agités.

Les deux géants de la production que sont l’Arabie saoudite et la Russie ont fait part de leur souhait de sortir de ce carcan.

Mais certains pays ne sont pas en mesure de relancer leurs extractions et s’opposent déjà à une révision des objectifs de limitation de la production.

Au premier rang des récalcitrants, l’Iran, qui voit d’un mauvais oeil la possibilité d’une baisse des cours alors qu’il est pénalisé par les sanctions américaines, et ne pourra augmenter sa production.

« L’Opep est fracturé ou se fracture. Hier, nous avons entendu de la part de l’Iran qu’il allait, avec le Venezuela et l’Irak, chercher à mettre son véto à une hausse de la production », a commenté Greg McKenna, analyste chez AxiTrader.

Les marchés sont aussi inquiets des répercussions de la nouvelle escalade des tensions commerciales entre Washington et Pékin sur la demande mondiale de brut.

Pékin a promis mardi des « représailles » après des menaces la veille de Donald Trump d’imposer de nouvelles taxes à un niveau inédit sur les produits chinois importés.

Lundi, à Londres, le Brent a terminé à 75,34 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE), en hausse de 1,90 dollar.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le WTI a pris 79 cents à 65,85 dollars.

str-ev/ib

(AWP / 19.06.2018 06h20)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-recule-en-Asie/928784.rom

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Londres (awp/afp) – Les cours du pétrole remontaient lundi en cours d’échanges européens à quelques jours d’une réunion de l’Opep et malgré les craintes exacerbées d’une guerre commerciale entre Chine et Etats-Unis.

Vers 14H15 GMT (16H15 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 74,40 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 96 cents par rapport à la clôture de vendredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat de juillet prenait 3 cents à 65,09 dollars une heure après son ouverture.

En cours d’échange asiatique (02H00 GMT), les cours se sont repliés pour atteindre 72,45 dollars pour le Brent, à son plus bas niveau depuis un mois et demi, tandis que le WTI a atteint son cours le plus bas depuis deux mois à 63,59 dollars.

« La demande mondiale de pétrole pourrait reculer dans le cas de sanctions chinoises sur la production américaine », a commenté Benjamin Lu, analyste chez Phillip Futures.

La confrontation commerciale entre la Chine et les Etats-Unis s’est aggravée vendredi quand Donald Trump a annoncé imposer de nouveaux droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises.

La Chine a répliqué en visant notamment des produits agricoles, mais a également annoncé vouloir taxer le pétrole et les produits pétroliers américains à une date ultérieure.

Les prix se sont toutefois repris alors que le marché se focalise sur les négociations de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui se réunira vendredi avant une réunion avec ses partenaires, dont la Russie, samedi.

L’avenir de l’accord de limitation de la production reste la principale cause d’inquiétude des marchés.

« La réunion s’annonce tendue entre d’un côté l’Arabie Saoudite et la Russie, favorables à un assouplissement des quotas et de l’autre côté l’Iran, l’Irak et le Venezuela qui devraient s’y opposer fermement », ont résumé les analystes de Saxo Banque.

L’Iran aurait ainsi annoncé dimanche compter opposer son droit de veto si le ministre saoudien Khaled al-Faleh proposait d’augmenter les objectifs de production, a rapporté l’agence Bloomberg.

Mais selon des sources citées par l’agence, les deux géants pétroliers que sont l’Arabie saoudite et la Russie voudraient proposer une augmentation modérée, de 300.000 à 600.000 barils par jour, et apaiser les mécontents en officialisant l’accord de l’Opep et des dix autres producteurs sur le long terme.

Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, avait émis samedi l’hypothèse d’une hausse nettement plus marquée, de 1,5 million de barils par jour.

js/ktr/LyS

(AWP / 18.06.2018 16h28)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-monte-l-Opep-prend-le-pas-sur-la-guerre-commerciale/928630.rom

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu© ABDO HYDER / AFP Source: AFP
Un travailleur yéménite évacue des sacs de nourriture alors que le feu envahit l’entrepôt du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) dans la ville côtière de Hodeidah le 31 mars 2018.

Riyad et ses alliés ont attaqué le 13 juin le port d’Hodeida, au Yémen, par lequel arrive la nourriture destinée à la population. Des ONG enjoignent Paris à annuler une conférence co-organisé avec l’Arabie saoudite et à faire pression sur celle-ci.

Ce 13 juin, des forces pro-gouvernementales yéménites, appuyées par les Emiratis et les Saoudiens, ont lancé leur offensive sur le port stratégique de Hodeida, par lequel entre l’essentiel des importations du pays et de l’aide internationale.

Le même jour, une quinzaine d’organisations humanitaires, dont la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), ont écrit une lettre au président français pour l’exhorter à faire pression sur les Saoudiens et les Emiratis, membres de la coalition arabe impliquée dans la guerre au Yémen, au sujet de la situation dramatique de la population de ce pays. Pour ces organisations, il est «inconcevable de maintenir» la conférence humanitaire sur le Yémen prévue le 27 juin à Paris et co-organisée avec l’Arabie saoudite, alors même que le royaume wahhabite et ses alliés mènent une attaque sur le port d’Hodeida.

Lire aussi : Trois ans de guerre au Yémen : la France confrontée à ses propres contradictions

La France et ses contradictions

Qualifiant d’un côté la situation au Yémen de «drame humain» et signant de l’autre main des contrats d’armement juteux avec l’Arabie saoudite, la France joue, pour nombre de commentateurs, un double jeu dans cette guerre aux conséquences humaines tragiques. Dans un rapport de mars 2018, Amnesty International avait mis en cause les livraisons d’armes françaises à l’Arabie saoudite, à l’origine, selon elle, de graves violations des droits de l’Homme dans le cadre de ce conflit. Selon un rapport parlementaire de 2017 sur les exportations d’armement de la France, le royaume wahhabite était entre 2007 et 2016 le second client des fabricants d’armes français.

Guerre au Yémen : la France appelée par les ONG à cesser son double jeu© ministère des Armées

L’attaque nouvelle de la coalition menée par l’Arabie saoudite sur Hodeida vient aggraver la crise humanitaire extrême dans laquelle le pays en guerre est plongé. Ce port, indispensable à la sécurité alimentaire du Yémen, a été sous blocus de la coalition pendant plusieurs mois pour, officiellement, empêcher les rebelles houthis d’importer des armes. Sous la pression internationale, l’Arabie saoudite avait levé le blocus, mais renforcé les inspections de navires, ce qui ralentissait le fonctionnement du port. A tel point que des aliments pourrissaient avant même d’atteindre la terre ferme.

Le 25 mai, l’ONU exhortait la coalition dirigée par l’Arabie saoudite à accélérer les importations de nourriture et de carburant, avertissant que 10 millions de Yéménites supplémentaires pourraient être menacés de famine avant la fin de l’année. Des exigences auxquelles ne se sont pas pliés les Saoudiens et leurs alliés.

La pire crise humanitaire au monde

Depuis 2015, un conflit fait rage entre d’une part le gouvernement yéménite, soutenu par la coalition de Riyad, armée et soutenue, notamment, par les Etats-Unis et la Royaume-Uni, et d’autre part des combattants rebelles houthis, proches de l’Iran. La coalition est intervenue militairement au Yémen en 2015 pour restaurer le gouvernement qui avait été chassé de la capitale Sanaa par les rebelles. Les bombardements saoudiens ont fait près de 10 000 morts et plus de 55 000 blessés, selon l’Organisation mondiale de la santé. Plus de 2 200 autres personnes sont mortes du choléra. Ces derniers mois, les Houthis ont intensifié les tirs de missiles contre l’Arabie saoudite qui accuse Téhéran, son grand rival régional, de leur fournir ce type d’équipement. L’Iran reconnaît soutenir politiquement les Houthis mais nie tout appui militaire.

Sans craindre les contradictions, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a rappelé le 11 juin que l’aide internationale au Yémen devait continuer à passer par le port de Hodeida, mais il n’a pas mis en garde les Emiratis et les Saoudiens contre une éventuelle offensive sur la ville, alors que l’offensive était imminente. Martin Griffiths, le médiateur de l’ONU pour le Yémen, menait pour sa part début juin d’«intenses négociations» avec les Houthis, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis afin d’«éviter une confrontation militaire à Hodeida».

Selon les Nations unies, la situation qui a cours actuellement au Yémen est la pire crise humanitaire au monde. Quelque 8,4 millions de personnes sont à court de nourriture et risquent de mourir de faim. Entre la guerre et les épidémies, le Yémen est l’un des pays les plus pauvres du monde et l’ONU affirme que plus de 22 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire sur une population d’environ 25 millions d’habitants.

Lire aussi : Yémen : les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite facilitent-elles les crimes de guerre ?

https://francais.rt.com/international/51573-yemen-france-appelee-cesser-son-double-jeu

Yémen – Les États-Unis donnent leur feu vert au génocide

Yémen – Les États-Unis donnent leur feu vert au génocide

Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 11 juin 2018

Le génocide au Yémen va commencer demain. Huit millions de Yéménites sont déjà au bord de la famine. Dix-huit millions de Yéménites sur vingt-six vivent dans le centre montagneux (en vert) qui est sous le contrôle des Houthis et de leurs alliés. Ils sont encerclés par les forces saoudiennes, les forces des Émirats arabes unis et leurs mercenaires. Il y a peu d’agriculture. La seule ligne d’approvisionnement en provenance de l’extérieur sera bientôt coupée. Les gens vont mourir de faim.

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Même avant la guerre, le Yémen importait 90% de son alimentation de base. Trois années de bombardements saoudiens/EAU ont détruit les infrastructures et la production locales. La guerre a déjà provoqué une famine massive et une grande épidémie de choléra. La côte yéménite est bloquée par les forces navales saoudiennes et américaines. Les seuls ravitaillements qui arrivent sont les livraisons de l’ONU et les livraisons commerciales par le port de Hodeidah sur la Mer Rouge (Al Hudaydah sur la carte).

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Les Émirats arabes unis lancent des mercenaires locaux et des gangs islamistes contre les Houthis et leurs alliés. Au cours des derniers mois, ces forces venues du sud ont remonté le long de la côte jusqu’à Hodeidah. Les combats sont féroces 

« De violents combats au Yémen entre les forces pro-gouvernementales et les rebelles chiites ont tué plus de 600 personnes des deux côtés au cours des derniers jours », ont déclaré lundi des responsables de la sécurité.

Demain, lorsque les médias seront occupés avec les photos du sommet Kim-Trump, les forces des Émirats arabes unis lanceront leur attaque contre la ville.

L’ONU, qui supervise la distribution de l’aide qui arrive à Hodeidah, a tenté de jouer les intermédiaires entre les parties :

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, s’est rendu dans la capitale des Émirats arabes unis au cours du week-end pour tenter d’empêcher une attaque. M. Griffiths avait conclu un accord avec les rebelles Houthis qui contrôlent Hodeidah pour permettre à l’ONU de gérer le port conjointement. Mais selon des sources bien informées, il y a peu de chance que les Émirats arabes unis acceptent l’offre ou retardent l’assaut prévu.

Les sources bien informées ne se sont pas trompées. L’ONU est en train d’évacuer son personnel :

« Lundi, l’ONU évacuait son personnel de la ville portuaire yéménite assiégée d’Al Hudaydah, après que des pays membres de l’ONU ont appris qu’une attaque des forces dirigées par les Émirats arabes unis était imminente, selon deux diplomates. » (…)

« Le Comité international de la Croix-Rouge a retiré son personnel de la ville pendant le week-end. » (…)

« Les diplomates de la région disent qu’ils croient que seule une pression accrue de Washington pourrait empêcher l’assaut. »

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leur secrétaire d’État Pompeo, viennent de donner le feu vert aux Émirats arabes unis pour lancer leur attaque :

« Les États-Unis suivent de près l’évolution de la situation à Hudaydah, au Yémen. J’ai parlé avec les dirigeants émiratis et exprimé clairement notre désir de répondre à leurs préoccupations en matière de sécurité tout en préservant la libre circulation de l’aide humanitaire et des importations commerciales qui sauvent des vies. Nous attendons de toutes les parties qu’elles honorent leur engagement à travailler avec le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Yémen sur cette question, à soutenir un processus politique pour résoudre ce conflit, à assurer l’accès humanitaire au peuple yéménite et à tracer un avenir politique stable pour le Yémen. »

Ni les Émirats ni les Saoudiens n’ont intérêt à laisser entrer l’aide humanitaire. Ils sont absolument sans merci. Plus tôt aujourd’hui, ils ont bombardé un centre de traitement du choléra géré par Médecins sans frontières :

MSF Yémen @msf_yemen – 10:29 UTC – 11 juin 2018

« L’attaque de ce matin contre un centre de traitement du choléra @MSF à Abs par la coalition saoudienne et émiratie dénote un manque total de respect pour les installations médicales et les patients. Qu’elle soit intentionnelle ou que ce soit une bévue, c’est totalement inacceptable. »

La semaine dernière, les Saoudiens ont intentionnellement bombardé les installations du Conseil norvégien pour les réfugiés à Sanaa :

« Le CNR a fourni à toutes les parties du conflit, y compris à la Coalition dirigée par l’Arabie saoudite, les détails et les coordonnées de nos opérations afin d’assurer la sécurité de notre personnel. »

Hodeidah, avec ses 600 000 habitants et ses centaines de milliers de réfugiés, sera difficile à prendre. Aucun ravitaillement ne transitera par le port tant que le combat se poursuivra. Si les forces des Émirats arabes unis prennent le port, elles ne laisseront pas l’aide entrer dans les zones contrôlées par les Houthis. Il y aura une énorme famine, des centaines de milliers sinon des millions de personnes mourront.

Il serait facile pour l’administration de Trump d’arrêter l’attaque des Émirats arabes unis. Les forces spéciales américaines sont sur le terrain au Yémen, travaillant en étroite collaboration avec les forces des Émirats arabes unis. Les avions américains ravitaillent les bombardiers saoudiens et ceux des Émirats arabes unis. Les renseignements américains sont utilisés pour le ciblage. Les États-Unis fournissent les bombes. Sans le ravitaillement en vol des États-Unis, les chasseurs des Émirats arabes unis ne pourraient pas soutenir leurs forces au sol. Ils ne pourraient pas lancer d’attaque.

Dès le début, l’administration Trump est extrêmement proche des dirigeants israéliens, émiratis et saoudiens. Leur objectif commun est de contrer l’Iran. Mais l’Iran est peu impliqué au Yémen :

« Il est très exagéré de prétendre que l’Iran a beaucoup d’influence sur les Houthis. Bien que les Houthis reçoivent un certain soutien de la part de l’Iran, il s’agit surtout d’un soutien politique, avec une aide financière et militaire minimale. Cependant, depuis que les Houthis ont pris le contrôle de Sanaa, le groupe est de plus en plus souvent présenté comme étant ‘soutenu par l’Iran’ ou ‘chiite’, ce qui suggère souvent une relation sectaire avec la République islamique. Pourtant, avant les bouleversements de 2011, le terme ‘chiite’ n’était pas utilisé par les Yéménites pour désigner des groupes ou des individus yéménites. Les Houthis ne suivent pas la tradition du chiisme duodécimain prédominante en Iran, mais adhèrent au Zaydisme, qui dans la pratique est plus proche de l’islam sunnite, et n’a manifesté aucune solidarité avec d’autres communautés chiites. »

Les Saoudiens considèrent le Zaydisme comme un obstacle à leur influence au Yémen. Ils veulent contrôler le gouvernement yéménite. Les Émirats veulent contrôler le port d’Aden et les installations de stockage et de chargement du pétrole et du gaz du Yémen. L’administration Obama avait soutenu l’attaque saoudienne contre le Yémen pour que les Saoudiens acceptent l’accord nucléaire avec l’Iran. L’administration Trump soutient la guerre saoudo/UAE par ignorance. Elle croit au mythe iranien. Elle veut aussi vendre plus d’armes.

Des millions d’enfants et de civils paieront cette décision étasunienne de leur vie.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/yemen-les-etats-unis-donnent-leur-feu-vert-au-genocide

 

Yémen: violents combats près de Hodeida, l’ONU inquiète pour l’approvisionnement des civils

Yémen: violents combats près de Hodeida, l’ONU inquiète pour l’approvisionnement des civils

Une colonne de véhicules blindés de forces progouvernementales yéménites arrive dans la localité d’al-Douraïhimi, à quelque neuf km du port de la ville de Hodeida, tenue par les rebelles et cible d’une offensive, le 13 juin 2018 / © AFP / NABIL HASSAN

De violents combats ont fait 39 morts jeudi parmi les rebelles et les forces progouvernementales aux portes de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, au deuxième jour de l’offensive qui vise cette importante ville portuaire et fait craindre une interruption de l’aide humanitaire.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé que le port de la ville, par où transite l’essentiel des marchandises importées, reste ouvert pour éviter que s’aggrave une crise humanitaire déjà considérée comme la « pire au monde ».

Selon des sources militaires et médicales, les combats se sont déroulés à 2 kilomètres de l’entrée de l’aéroport de Hodeida, à la sortie sud de cette ville dont le port est crucial pour l’acheminement de l’aide humanitaire dans le pays.

« Nous ne sommes pas en train de nous approcher du port » et « nous n’avons pas l’intention de détruire l’infrastructure », a dit le ministre yéménite des Affaires étrangères Khaled Alyemany lors d’une conférence de presse à New York. « Nous sommes dans une zone proche de l’aéroport, mais pas du port. Le port est totalement en dehors des opérations, aujourd’hui », a-t-il insisté.

Trois hélicoptères d’assaut Apache de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite sont intervenus notamment contre les insurgés, ont indiqué des sources militaires.

Les rebelles Houthis ont opposé, selon ces sources, une résistance farouche aux forces progouvernementales. Leurs tireurs embusqués ont tué ou blessé de nombreux soldats, selon des secouristes.

Dans ce contexte, le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi s’est rendu jeudi à Aden (sud), la capitale provisoire de l’autorité internationalement reconnue, lors de sa première visite publique dans le pays en guerre en plus d’un an.

Selon l’agence de presse officielle Saba, la visite de M. Hadi –qui vit en exil à Ryad– a pour but de « superviser » les opérations militaires dans la province de Hodeida.

Un correspondant de l’AFP à Al-Douraïhimi, au sud de l’aéroport de Hodeida, a vu des ambulances évacuer des morts et des blessés progouvernementaux et des renforts loyalistes se diriger vers la ligne de front.

Hodeida, port clé du Yémen / © AFP / Cecilia SANCHEZ

Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), les habitants de Hodeida restent confinés chez eux alors que le bruit des bombardements semble de plus en plus proche.

– Port ouvert –

La coalition dirigée par Ryad intervient au Yémen depuis mars 2015 pour aider le pouvoir du président Hadi à stopper la progression des rebelles Houthis qui occupent de vastes régions dont la capitale Sanaa.

Dans cette guerre qui a fait près de 10.000 morts en plus de trois ans, la bataille de Hodeida est la plus importante depuis l’offensive de l’été 2015 qui avait permis aux forces progouvernementales de reprendre aux rebelles plusieurs régions du sud du pays dont Aden, la deuxième ville du pays.

Hodeida, grand port sur la mer Rouge, est le point d’entrée d’une bonne partie des importations et de l’aide humanitaire en territoire yéménite, et constitue un enjeu stratégique.

Le port reste ouvert en dépit de l’assaut, a indiqué à l’AFP son directeur Daoud Fadhel.

Mercredi, les Houthis ont affirmé via leur chaîne de télévision Al-Massirah avoir touché un navire de la coalition avec deux missiles au large de Hodeida. Cette information n’a pas pu être confirmée de source indépendante.

Cette coalition menée par Ryad a, elle, indiqué jeudi que la défense antiaérienne saoudienne avait intercepté dans le sud du royaume un missile balistique tiré d’une zone rebelle au Yémen. Aucune victime n’a été signalée.

Des hommes déchargent une cargaison d’aide humanitaire dans le port de Hodeida, au Yémen, le 27 janvier 2018 / © AFP/Archives / ABDO HYDER

– Appel de l’ONU –

A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a « répété son appel à laisser ouverts les ports de Hodeida et Salif », au nord de la ville de Hodeida, pour assurer la continuité de l’approvisionnement, a déclaré à l’issue d’une réunion de deux heures l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia. Une proposition de la Suède, qui souhaitait que l’ONU appelle à la suspension immédiate des hostilités pour laisser une chance aux négociations sur un retrait des rebelles, n’a toutefois pas été retenue.

Auparavant, les deux piliers de la coalition –l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis– ont tenté d’apaiser les craintes sur l’aide humanitaire.

Des « ponts aérien, maritime et terrestre » ont été prévus pour assurer l’acheminement de cette aide, ont-ils affirmé mercredi à Ryad lors d’une conférence de presse conjointe d’Abdallah al-Rabeeah, qui dirige le Centre roi Salmane d’aide et de secours, et Rim al-Hachémi, ministre d’Etat émiratie à la Coopération internationale.

L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a lui appelé à « la retenue » en soulignant être en contact avec « toutes les parties concernées pour négocier des arrangements ».

Il a reçu le « soutien vigoureux » du secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, pour qu’il amène « à la table des négociations toutes les parties du conflit », selon un porte-parole du Pentagone.

Mercredi, des ONG internationales ont estimé que l’assaut sur Hodeida « aurait probablement des conséquences catastrophiques sur la population civile », dans une lettre au président français Emmanuel Macron.

Elles ont dans ce contexte jugé « inconcevable » de maintenir une conférence humanitaire sur le Yémen prévue fin juin à Paris. Mais la France a réaffirmé son souhait de l’organiser.

(©AFP / 14 juin 2018 23h35)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-violents-combats-pr-s-de-Hodeida-l-ONU-inqui-te-pour-l-approvisionnement-des-civils/927788.rom

L’empire entre dans sa phase de folie furieuse

L’empire entre dans sa phase de folie furieuse


Par John Wight – Le 22 mai 2018 – Source Russia Today

La belliqueuse rhétorique de Mike Pompeo contre Téhéran ne laisse plus aucun doute sur le fait que Washington est en train de devenir le renégat du monde.

Le discours de Pompeo, prononcé en qualité de secrétaire d’État, témoigne d’un mépris flagrant pour l’intégrité des traités internationaux et le respect du droit international. Il démontre également que les derniers vestiges de crédibilité dont jouissent les États-Unis sont en lambeaux devant un monde fatigué, lassé d’une administration Trump qui, par ses caprices et ses menaces continuelles, ressemble plus à une famille mafieuse new-yorkaise qu’à un gouvernement respectable et responsable.

Avec le retrait de Donald Trump du Plan d’action global conjoint (JCPOA), mieux connu sous le nom d’accord sur le nucléaire iranien, son administration s’est engagée sur la voie d’un conflit contre l’Iran, en collaboration avec ses alliés régionaux, Israël et l’Arabie saoudite. Ensemble, ils forment un axe d’agression qui met en péril la stabilité de la région, avec des conséquences potentiellement graves pour le reste du monde, compte tenu de l’appel d’air qu’un tel conflit régional apporterait à l’extrémisme et au terrorisme mondial.

Ce retrait crée également un dangereux précédent à un moment où il faudrait trouver une solution pacifique à la crise en cours en Ukraine et assurer le succès du processus inachevé de paix et de réconciliation dans la péninsule coréenne.

Ainsi, les conséquences désastreuses de la puissance effrénée de l’hégémon impérial qui trône à Washington n’ont jamais été aussi manifestes, avec sa volonté de dominer et de forcer par la douleur de la guerre, symptôme d’un empire qui cherche désespérément à arrêter son déclin, et dont le processus l’entraîne dans une phase de folie furieuse.

Soyons clairs : la décision de l’administration Trump de se retirer du JCPOA n’a rien à voir avec son respect par l’Iran, qui a été impeccable, et tout à voir avec le programme hégémonique de Washington à l’égard de la région − un programme hégémonique qui date d’avant Trump.

Ce sont l’Iran, la Syrie et le Hezbollah − ainsi que la Russie − qui constituent un axe anti-hégémonique, si ce n’est sur une base formelle certainement sur une base factuelle, axe qui doit être brisé. C’est pour cette raison et pour aucune autre que Trump, Netanyahou et Bin Salman ont l’intention d’utiliser la force contre l’Iran, sans tenir compte des probables résultats catastrophiques.

Ils ont perdu en Syrie, où l’effort pour renverser le gouvernement Assad a été contrecarré en grande partie par la Russie, l’Iran et le Hezbollah − aux côtés du peuple syrien et de l’armée arabe syrienne − et en réponse, ils ont l’intention de régler leurs comptes.

Où en est l’alliance transatlantique ?

Une autre victime de l’attitude de Trump envers l’Iran est l’alliance transatlantique entre Washington et ses divers alliés européens, considérée par ses partisans comme le pivot inébranlable et irremplaçable de la démocratie moderne.

L’insouciance avec laquelle l’administration Trump s’est montrée disposée à ignorer la position de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni envers l’accord iranien est révélatrice ; preuve s’il en est que la soi-disant alliance entre amis et partenaires est plutôt semblable à celle qui existait entre Rome et ses divers satellites et États clients durant les jours alcyoniens d’un ancien Empire, qui a fait l’erreur de croire que sa puissance et son existence était éternelle.

Cet aspect particulier de la crise, qui implique la perspective de sanctions américaines non seulement contre l’Iran, mais aussi contre des entreprises britanniques, françaises et allemandes opérant en Iran, reflète à quel point les néoconservateurs sont toujours au volant de la politique étrangère américaine, toute reste de façade de convenance étant maintenant abandonnée au profit d’un impérialisme brut.

Jamais l’attachement servile de l’Europe aux prétendues vertus de l’unipolarité n’a été aussi visible, avec Emmanuel Macron − l’incarnation même d’un centriste libéral confiné, un leader à qui le mot « opportuniste » va comme un gant − laissé à la rue comme le proverbial larbin après avoir été frappé par son seigneur et maître.

La réalité douloureuse du manque d’indépendance de l’Europe par rapport à Washington − indépendance du type de celle que Charles De Gaulle avait l’habitude de déclamer : « Oui, c’est l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe qui décidera du sort du monde » − a été mise à nu. C’est un test pour l’Europe. Se courbera-t-elle face à l’arrogance et à l’attitude belliqueuse de l’administration Trump ? Ou bien s’éveillera-t-elle et émergera-t-elle, enfin, des griffes de Washington pour jouer un rôle positif et progressiste dans les affaires du monde ?

Pourtant, il est difficile d’imaginer des dirigeants d’un calibre aussi douteux que Theresa May et Emmanuel Macron ailleurs que dans les griffes de Washington, et les derniers espoirs de Macron d’avoir exercé une influence sur Trump au sujet de la Syrie sont partis en fumée. La réalité est que le président français, Emmanuel Macron, a autant de poids à Washington que l’aile d’une mouche.

Le choix de l’Europe − unipolarité ou multipolarité

Une crise est aussi une opportunité, nous disent-ils, et cette crise particulière présente l’opportunité d’un réalignement européen, forgé sur la compréhension que le facteur déstabilisateur en Europe n’est pas et n’a jamais été la Russie ; que c’est et a toujours été les États-Unis. Économiquement, culturellement et politiquement, l’identité de l’Europe a été progressivement transformée en une identité américaine, avec son culte régressif et superficiel de l’individu, d’un capitalisme sans entraves, et de la puissance en guise de loi.

Le choix qui s’offre à l’Europe est donc clair. Soit elle reste attachée au mât du navire de l’unipolarité qui coule, soit elle se joint à la Russie, à la Chine et au reste du monde pour former une alternative multipolaire, enracinée non pas dans le caprice d’un président à Washington, mais dans les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, en particulier le respect de la souveraineté nationale et du droit international.

Pour en revenir à l’Iran, qui se trouve maintenant fermement dans la ligne de mire du changement de régime pour la seule raison qu’il refuse de s’incliner devant le diktat washingtonien, il n’y a plus moyen de ne pas prendre parti. Si les pays menacés par cette éruption de l’agression américaine ne se joignent pas les coudes, ils seront pris à parti l’un après l’autre.

L’hégémonie exige une réponse sous la forme d’une anti-hégémonie. L’avenir des générations qui ne sont pas encore nées dépend complètement de cela.

John Wight

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/lempire-entre-dans-sa-phase-de-folie-furieuse