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Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

L’alliance politico-stratégique entre l’Arabie saoudite et les États-Unis est au cœur du jeu géopolitique moyen-oriental, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. On peut même considérer, encore à l’heure actuelle, que c’est une des alliances les plus puissantes de la région. Pour autant, au cours des dernières décennies, elle a dû faire face à plusieurs crises de légitimité qui ont durablement ébranlé les bases sur lesquelles elle a été construite.

Mohammed bin Salam en manoeuvre sur un navire américain

La puissance stratégique d’un pacte économique et militaire

La relation entre la démocratie américaine et le royaume wahhabite est née du pacte de Quincy, signé entre le roi Ibn Saoud et le président Franklin Delano Roosvelt en 1945. Ce dernier prévoit qu’en échange de relations économiques privilégiés et d’un accès aux hydrocarbures saoudiens, les États-Unis s’engagent à protéger militairement la monarchie pétrolière. A partir de ce moment, les deux pays ont noué le partenariat le plus puissant de la région. Par son biais, l’Arabie saoudite s’est imposée comme une puissance régionale incontournable et a réaffirmé sa place sur la scène internationale.

Alors que 30% de la production mondiale du pétrole est produite dans le Golfe persique, dont un tiers par les saoudiens, les États-Unis ont ainsi pu s’assurer un contrôle stratégique des flux et sécuriser leurs importations. En contrepartie, la protection américaine réduit la vulnérabilité du royaume pétrolier face à ses voisins. Les nombreux accords économiques et les transferts de technologies ont aussi permis au pays de se développer considérablement. Ce sont sur des intérêts communs que repose principalement le pacte mais ces derniers ne sont pas infaillibles.

Le début du XXIème siècle a marqué la première rupture entre les américains et les saoudiens, avec les attentats du 11 septembre 2001. Ces évènements ont mis en lumière les relations troubles que pouvaient entretenir certains notables saoudiens avec des islamistes radicaux. Certains pouvaient être directement affiliés à Al-Qaida. D’ailleurs, sur 19 pirates de l’air, 14 étaient d’origine saoudienne. Pour pouvoir l’expliquer, il est nécessaire de rappeler que l’Arabie saoudite a été fondée sur l’application de la doctrine wahhabite, qui prône un islam rigoriste et l’application de la Charia. Il existe donc des similarités avec l’idéologie djihadiste qui ont favorisé son développement dans la Péninsule Arabique. Les Etats-Unis ont pris conscience à cette époque que l’exportation du wahhabisme, mis en place depuis les années 1970 par la famille Saoud, pourrait représenter un danger.

Néanmoins, cette crise n’a pas brisé la relation entre les deux alliés. Elle a même contribué à forger l’engagement des saoudiens dans la lutte contre le terrorisme, tant sur le plan sécuritaire qu’idéologique. Ostraciser le pays n’aurait pas été une solution efficace, chacun ayant besoin de l’autre pour lutter efficacement contre cette menace.

Une relation désormais marquée par le désengagement américain

L’arrivée au pouvoir du président Obama, en 2008, a marqué un tournant dans la politique extérieure menée au Moyen Orient. En effet, après le désastre de la guerre irakienne et ses conséquences dramatiques, le gouvernement démocrate a décidé d’éviter, le plus possible, de s’impliquer politiquement et militairement dans les conflits au Moyen Orient, et cela, au détriment de la position de son allié.

Après des décennies d’application d’une « diplomatie du chéquier », la stratégie diplomatique saoudienne a elle changé de cap en 2015, lorsqu’ils décidèrent d’intervenir militairement au Yémen. En ne soutenant pas clairement l’Arabie saoudite, le roi a considéré qu’Obama avait trahi le pacte de Quincy. Washington a préféré rester en retrait, n’ayant que très peu d’intérêts à défendre au Yémen et ne souhaitant pas s’associer directement aux conséquences humanitaires. Seul un soutien logistique et technique réduit leur est apporté.

Par ailleurs, le rapprochement initié avec l’Iran, débouchant sur la signature de l’accord sur le nucléaire, a été vécu comme un deuxième coup de poignard pour la famille royale. L’expansionnisme iranien est considéré comme la première menace à la stabilité du royaume. Le roi Salam a toujours pensé, dans ce sens, qu’il était de la responsabilité des américains d’essayer de l’endiguer.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a permis de redistribuer les cartes. Ce dernier a replacé la lutte contre l’influence iranienne au cœur de ses priorités sécuritaires, au plus grand plaisir de la monarchie. En se retirant de l’accord et en imposant de nouvelles sanctions, le président a donné de nouveaux gages de confiance à son allié.  Pour autant, l’équilibre entre les deux pays reste durablement fragilisé. L’absence de valeurs communes pèse de plus en plus dans leur relation. Leur lien repose désormais principalement sur les centaines de milliards de dollars de contrats d’armement qui ont été signés.

Du reste, Donald Trump ne prévoit pas de renforcer sa présence militaire sur le terrain, bien au contraire. Le soutien qu’il a réitéré au prince héritier Mohammed bin Salam, malgré le retentissement de l’affaire Khashoggi, lui a valu un véritable camouflet politique dans son propre camp. De plus, la pression politique américaine contre la participation de Washington, directe ou indirecte, dans le conflit yéménite, est aussi de plus en plus forte. Cette position est donc difficilement tenable sur le long terme et des décisions devront être prises.

Néanmoins, le partenariat qui existe entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite continuera encore longtemps d’exister mais son modèle devra, à terme, être fondamentalement révisé. Un tel niveau d’interdépendance économique et politique, n’est plus viable pour l’un comme pour l’autre.

Le royaume wahhabite cherche déjà à forger de nouvelles alliances, même si elles ne remplaceront jamais la place américaine. Le prince hériter a su impulser une nouvelle politique nécessaire pour le pays mais elle n’en est pas pour autant progressiste. Au-delà de la monarchie pétrolière, c’est la stabilité de toute la région qui est en jeu.

Sources :

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Premiere-partie.html

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Deuxieme-Partie.html

Jacques-Jocelyn Paul, “Arabie saoudite, l’incontournable”, 18 janvier 2016, éditions Riveneuves

About Eva Martinelli

Diplômée d’un Master 2 en Relations internationales spécialité sécurité et défense de l’Université de Grenoble et l’ILERI, Eva s’est spécialisée sur l’étude des problématiques géopolitiques de la Péninsule Arabique, et plus particulièrement sur les enjeux du conflit Yéménite.
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A quoi pourraient mener les tensions grandissantes entre le roi Salman d’Arabie saoudite et MBS, son fils et héritier

DÉLICAT
A quoi pourraient mener les tensions grandissantes entre le roi Salman d’Arabie saoudite et MBS, son fils et héritier

 Atlantico : Quelles seraient l’ampleur des tensions entre le roi et son héritier ? Par quoi se traduisent-elles ?

Alain Rodier : 

Les jeux de palais ont toujours existé en Arabie saoudite. Parfois, ils ont atteint des sommets, comme par exemple lorsque Mohamed Ben Salman (MBS) a fait arrêter sous le prétexte de « corruption » de nombreux princes, hommes d’affaires, etc. en les regroupant sous bonne garde dans l’hôtel cinq étoiles Ritz Carlton de Riyad en novembre 2017 avant de les relâcher contre rançon (pardon, me terme officiel est une « caution »). Il avait alors montré à tout le monde qui commandait désormais. Il n’a pu le faire qu’avec l’accord du roi Salman bin Abdulaziz Al Saoud, son père…

En effet, s’il est officiellement le successeur du roi Salman âgé de 83 ans et à la santé fragile, c’est par la volonté de ce dernier qui a fait ses choix. Il est difficile de répondre à la question : pourquoi lui ? en dehors du fait que MBS s’était toujours occupé de son père étant de ce fait très proche de lui. Il serait donc devenu le choix « préféré » du souverain vieillissant. Ensuite, le roi a laissé MBS choisir son équipe pour diriger le royaume même si cela a fait des vagues en interne.

Je ne pense pas que les tensions évoquées par votre confrère viennent du roi mais plutôt de son entourage direct qui tente d’influencer son jugement.

L’affaire du Caire est d’ailleurs symptomatique. Selon le Guardian, trente membres de la garde rapprochée  – jugés comme des « fidèles » de MBS – du roi alors en visite officielle en Égypte les 23 et 24 février, ont soudainement été remplacés par une équipe du ministère de l’Intérieur dépêchée en urgence sur place. Certains responsables égyptiens chargés de la couverture sécuritaire de cette visite auraient aussi été écartés. Et, signe jugé révélateur, MBS n’était pas présent à l’aéroport lors du retour de son père alors que protocolairement, il aurait dû être là. Des observateurs en ont immédiatement déduit une mise à l’écart du prince héritier soupçonné avoir voulu monter un « coup » contre son père lors de son séjour en Égypte.

Sauf nouvelles informations, cela semble être très exagéré. Pour l’incident égyptien, il est arrivé par le passé que des gardes du corps escortant de hautes autorités à l’étranger (comme le président des États-Unis) soient relevés pour « conduite inadéquate » (beuveries en galante compagnie dans le cas évoqué). Il n’est pas impossible que cela ait été le cas avec certains membres de l’escorte du roi Salman en Égypte. Dans l’urgence, on ne relève pas que les « fautifs », mais on remplace l’équipe toute entière, c’est techniquement plus efficace. Les comptes avec les contrevenants sont ensuite réglés après le retour à domicile… Pour être bien sûr, il serait intéressant de savoir ce qui leur est arrivé une fois rentrés à Riyad.

Bien sûr, il se dit aussi que le roi n’a été informé de la nomination durant son ansence de nouveaux responsables politique (la princesse Reema bint Bandar bin Sultan, la première femme saoudienne accréditée comme ambassadrice du Royaume aux États-Unis) et sécuritaire (son jeune  frère, Khalid bin Salman désigné comme son adjoint direct au ministère de la Défense) qu’à la télévision. Il en aurait été profondément irrité.

Mais ce n’est pas non plus la première fois que la rumeur de désaccords avec son fils filtre dans la presse internationale. Il n’approuve certainement pas tout ce que décide son héritier mais il le laisse faire n’ayant plus guère le choix. En effet, si MBS tombe, il est plus que probable qu’il sera entraîné dans sa chute car jugé comme étant le responsable de sa mise à l’étrier, ce qui est parfaitement exact.

Selon le Guardian, c’est notamment la gestion de l’affaire Khashoggi qui aurait incité le roi et ses partisans à reprendre la main sur certaines affaires nationales. La toute-puissance de MBS est-elle fragilisée par le meurtre du journaliste du Washington Post ?

Il est vrai que le meurtre du journaliste Khashoggi à Istanbul en octobre de l’année dernière a jeté un froid. D’ailleurs, si une affaire de cette nature a pu avoir lieu , c’est que cela avait déjà dû être pratiqué par le passé mais « sans anicroches » avec d’autres « gêneurs » (on a parfois parlé de la « disparition » de « princes » qui s’étaient trop fait remarquer pour une conduite dissolue).

Mais dans cette affaire, MBS se retrouve dans la position du « donneur d’ordres » ce qui gêne apparemment plus ses interlocuteurs occidentaux que lui-même.

D’ailleurs, il l’a bien fait comprendre en effectuant un voyage officiel au Pakistan, en Inde puis en Chine à la mi-février. Ces pays comptent près de trois milliards d’habitants sur les 7,53 milliards qu’abrite la planète et ils ne peuvent en aucun cas être considérés comme « pauvres » ou peu influents. Les chiffres des contrats signés sont très importants (20 milliards au Pakistan, un espoir de 100 milliards en Inde, 10 milliards en Chine). Surtout, le projet de MBS « Vision 2030 » qui devrait diversifier l’économie saoudienne en la détachant progressivement de l’industrie pétrolière, serait désormais lié à celui de la « nouvelle route de la Soie » (ou la « ceinture et la route » cher au président Xi Jinping) dont la partie maritime doit transiter par la Mer Rouge .

Mais c’est avant tout le geste politique qui est important, surtout celui adressé aux Occidentaux. Aujourd’hui, les exportations (hydrocarbures) saoudiennes vont à 69% vers l’Asie, 13% vers l’Europe et 10% vers les USA. Dans l’autre sens, Riyad importe 44% de biens d’Asie, 40% d’Europe et 8,5% des USA. Tout cela pourrait bien changer si les capitales occidentales (en dehors de Washington qui sait rester pragmatique quand ses intérêts sont en jeu) continuent à « bouder » MBS. Lors du périble réussi de MBS en février, les dirigeants pakistanais, indien et chinois se sont montrés beaucoup moins sensibles à la disparition du journaliste saoudien et n’ont même pas abordé le sujet. MBS qui a été reçu avec des honneurs auxquels il n’aurait pas eu droit en Occident n’a pas parlé du sort réservé aux populations musulmanes en Inde et de celui des musulmans du Xinjiang en Chine. L’avertissement est clair : il n’hésitera pas, s’il en ressent le besoin, à changer ses alliances dans l’avenir.

Je vois donc mal le roi reprocher quoique ce soit à son héritier qui a, certes, la main un peu « lourde », mais qui dirige efficacement le royaume.

Alors que le roi Salman a 83 ans et a toujours soutenu son fils cadet, au point de déshériter les prétendants précédents, peut-on imaginer une remise en question du statut de MBS ?

Je crois avoir répondu à votre question précédemment. Le roi ne remet pas en cause MBS. Toutefois, ce dernier a beaucoup d’ennemis intérieurs, en particulier des princes (on parle beaucoup d’Ahmed Ben Abdelaziz – ancien ministre de l’Intérieur – et Moukrine Ben Abdelaziz – ancien prince héritier qui avait été relevé de cette charge à sa demande en 2015 -) qu’il a humilié et qui rêvent sans doute de « le transformer en chaleur et lumière » (expression employée par les spécialistes en explosifs). Il a d’ailleurs senti le vent tourner après une attaque du palais Ouja à Riyad où il résidait en avril 2018. Depuis, il a considérablement renforcé sa protection rapprochée et limité ses apparitions à l’intérieur du Royaume.

Il a aussi beaucoup d’autres ennemis à l’intérieur et à l’extérieur : les religieux conservateurs, les salafistes-djihadistes, les Frères musulmans, les chiites (9 à 10% de la population saoudienne), etc. Et tout peut arriver à n’importe quel moment.

EN SAVOIR PLUS

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S-400, la pomme de discorde de Poutine

 

S-400, la pomme de discorde de Poutine

Publié le 6 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in RussieMoyen-Orient

Quand, furieuse de ne pas avoir été invitée à un banquet sur l’Olympe, Éris, déesse de la Discorde, lance la fameuse pomme sur la table, elle ne s’imaginait peut-être pas la cascade d’événements qu’elle provoquerait. L’inscription gravée sur le fruit – « A la plus belle » – voit d’abord les déesses se crêper le chignon avant de se retourner vers Zeus pour lui demander de les départager. Point téméraire, celui-ci prend ses jambes à son cou et se dépêche de chercher sur terre un jeune homme pour le remplacer dans ce fatal jugement.

Pâris, c’est son nom, n’a que l’embarras du choix : Héra, femme de Zeus, lui propose un empire et Athéna, déesse de la guerre, la victoire éternelle sur les champs de bataille. Mais c’est finalement Aphrodite, déesse de l’amour, qui l’emporte en lui assurant l’affection de la plus belle femme du monde. La belle Hélène, femme du roi de Sparte, tombe ainsi amoureuse de Pâris, prince troyen, qui l’emmène avec lui. C’est le début de la guerre de Troie et des inoubliables exploits d’Achille, Hector, Ulysse…

Véritable Éris des temps modernes, Vladimir Poutine ne s’amuse jamais autant que lorsqu’il sème la discorde dans le camp impérial. Moins poétique, c’est un système antiaérien, le meilleur du monde, qui joue le rôle de la pomme en or. Un petit rappel sur ce bijou technologique n’est pas inutile :

Tout amateur de rugby sait que le noble sport marche par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d’autres, c’est l’inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l’éternelle course-poursuite de l’armement entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l’apogée de l’attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l’histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette « dictature du ciel » a provoqué, plus qu’une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400. Le bras armé US fait maintenant face à ce que les analystes appellent des « bulles de déni » :

Face à la réalité des systèmes défensifs (S-300 et S-400) et offensifs (sous-marins, missiles balistiques et de croisière) d’origine russe, la question du déni d’accès est désormais l’objet de toutes les attentions, en France, aux Etats-Unis comme à l’Otan. Elle a récemment fait l’objet d’une conférence au Collège de défense de l’Otan et devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine ministérielle de l’Alliance des 15 et 16 juin.

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (…) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome. (…)

Pire : les Russes travaillent à la mise en réseau de leurs dispositifs, afin de mettre en place un système de systèmes intégrés qui leur permettra de gérer plusieurs bulles d’A2/AD en même temps à partir d’un QG unique, voire d’établir des communications entre les différentes bulles pour en créer de plus grosses couvrant de vastes territoires.

La décision russe de vendre le S-400 à la Turquie a fait particulièrement jaser et le fidèle lecteur connaît bien la position de nos Chroniques sur cette question. Dans un article qui fit date et entraîna un record de commentaires, nous exprimions notre effarement devant la vente de ce fleuron au sultan, passé maître dans l’art du retournement de veste et de la trahison. Le seul point positif était, et reste, la fracture créée au sein de l’OTAN.

Deux ans plus tard, rien n’a changé. Malgré les intenses pressions américaines, Erdogan n’en démord pas : il veut son jouet, provoquant une réponse furieuse du Pentagone qui, hier, menaçait la Turquie de « graves conséquences ». Un sénateur US va plus loin et évoque, en termes voilés, l’éventuelle expulsion des Turcs de l’OTAN. Les tenants de la vente des S-400 à Ankara reprendront l’argument selon lequel la vente des S-400 à Ankara est un chef-d’œuvre stratégique du Kremlin divisant l’Alliance atlantique.

En réalité, Turcs et Américains se sont déjà tellement souvent brouillés avant de se rabibocher (Kurdes de Syrie, putschinho etc.) qu’il est difficile de réellement croire à une rupture totale. L’empire a, malgré certaines couleuvres très difficiles à avaler, tout intérêt à ce que la Turquie reste dans l’OTAN. Et il serait tout aussi aberrant pour le sultan de la quitter, d’autant plus qu’il a fait une croix à peu près définitive sur son entrée dans l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Toujours est-il que c’est le moment choisi par Moscou pour doubler la mise, toujours au Moyen-Orient. Cette fois, chose très intéressante, c’est le Qatar qui est visé. L’affaire n’est certes pas tout à fait nouvelle. Il y a quelques mois, des rumeurs faisaient déjà état de l’intérêt qatari, provoquant la colère de la camarillasaoudienne qui aurait même menacé de guerre son petit voisin si celui-ci se dotait de l’équipement russe. Où l’on voit que la crise du Golfe n’avait rien de passager…

Ce lundi, Lavrov, qui rencontrait son homologue qatari, en a remis une couche : Moscou est prêt à livrer des S-400 à l’émirat gazier si celui-ci en fait la demande. Et comme Doha est plus qu’intéressé, un accord est dans l’air. Les Saoudiens ont beau en avaler leur keffieh de rage, ils se voient répondre sèchement par leur voisin que ce ne sont pas leurs affaires.

A Washington, on s’étrangle aussi, d’autant que le Qatar est l’hôte de la plus grande base américaine au Moyen-Orient, par ailleurs quartier général du Centcom. Pour l’empire, voilà le casse-tête turc qui recommence ! Mais il y a pire. Le fidèle lecteur sait que, autre décision pour le moins controversée, le Kremlin va vraisemblablement livrer des S-400 à l’Arabie saoudite, peut-être dans l’optique d’un abandon futur du pétrodollar par Riyad.

Or, avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, en plus de la Syrie et de l’Iran qui ont déjà des S-300, c’est le Moyen-Orient presque tout entier qui se transformera bientôt partiellement en bulle de déni. Les Américains, dont l’influence dans la région s’est déjà considérablement affaiblie depuis la guerre syrienne, n’avaient vraiment pas besoin de ça…

 

La Chine et l’Arabie saoudite s’engagent à élargir leur coopération

La Chine et l’Arabie saoudite s’engagent à élargir leur coopération

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 22/02/2019 18:53

Le vice-Premier ministre chinois Han Zheng, a rencontré vendredi Mohammed ben Salmane Al Saoud, prince héritier, vice-Premier ministre et ministre de la Défense de l’Arabie saoudite, et a co-présidé avec lui une réunion du Comité conjoint de haut niveau sino-saoudien.

Saluant le développement rapide des relations bilatérales ces dernières années, M. Han, également membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, a indiqué que la Chine et l’Arabie saoudite avaient maintenu une communication et une coordination étroites depuis la deuxième réunion du comité.

Le Comité conjoint de haut niveau sino-saoudien a été créé en 2016, et il s’agit de sa troisième réunion cette année.

Selon M. Han, le comité conjoint est une plate-forme globale, de haut niveau et institutionalisée entre les deux gouvernements, qui a joué un rôle de coordination important. La construction institutionnelle s’est améliorée et de nombreux progrès ont été réalisés grâce à la coopération approfondie dans divers domaines depuis la dernière réunion, a noté M. Han.

Le vice-Premier ministre chinois a également fait plusieurs suggestions sur les domaines de coopération majeurs et les projets prioritaires entre les deux pays.

Il a suggéré que la Chine et à l’Arabie saoudite renforcent leur confiance mutuelle politique, se soutiennent mutuellement dans leurs intérêts fondamentaux et renforcent la communication et la coordination dans les affaires multilatérales.

La Chine et l’Arabie saoudite doivent renforcer la synergie entre l’Initiative « la Ceinture et la Route » et « la Vision saoudienne 2030 », intensifier leur coopération pragmatique dans les domaines de l’énergie, de la construction d’infrastructures, des finances et des hautes technologies, a déclaré M. Han.

Le prince héritier de l’Arabie saoudite a confirmé que son pays attachait une grande importance au partenariat stratégique global avec la Chine, qu’elle adhérait sans réserve au principe d’une seule Chine, et soutenait fermement les efforts de la Chine pour sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et sa stabilité, et s’opposait à ce que des forces extérieures s’ingèrent dans les affaires intérieures chinoises.

L’Arabie saoudite est prête à travailler avec la Chine pour renforcer la synergie des stratégies de développement, approfondir la coopération dans le dévelopement conjoint de « la Ceinture et la Route », et apporter des avantages aux deux pays et aux deux peuples, a-t-il ajouté.

Après leur rencontre, MM. Han et Mohammed ont assisté à la signature d’une série d’accords de coopération couvrant la politique, les transports, la capacité, l’énergie et les finances.

https://chine.in/actualite/cn/arabie-saoudite-engagent-elargir-leur_116827.html

MOHAMMED BEN SALMANE : ECHEC A L’OCCIDENT !

MOHAMMED BEN SALMANE :
ECHEC A L’OCCIDENT !
(L’Imprécateur)

La presse française, toujours obéissante aux instructions venues de l’Élysée, ne parle que des sujets autorisés, sur le ton adéquat, et dans le doute préfère passer des informations pourtant marquantes sous silence, ou les présenter sous un jour péjoratif, notamment celles de la vie internationale.

Donald Trump a réussi à stopper le « shutdown », cet arrêt partiel des activités administratives commencé le 22 décembre aux États-Unis, il l’a fait « contraint » dit la presse. Personne ne dira que s’il l’a fait, c’est qu’il venait de trouver la parade pour contourner le veto démocrate à la construction du mur à la frontière mexicaine. En promulguant l’état d’urgence nationale, il a pu récupérer les milliards bloqués (1). Donc, il n’est contraint en rien et il a repris l’avantage.

Personne ne dira que cela lui a valu un nouveau gain de popularité de près de 7 points, dû notamment au soutien massif des hispano-américains qui sont maintenant 50 % à approuver sa politique, car ils sont les premiers à se plaindre de l’excès d’immigration latino. Le mur sera donc construit, grosse claque pour les Démocrates.

Le Sénat exonère Trump de toute responsabilité dans l’affaire russe

La Commission spéciale du Sénat américain étudiait depuis deux ans tous les rapports du procureur Müeller sur la collusion entre Trump et la Russie et avait commandé deux enquêtes indépendantes, toutes deux présentées en décembre 2018 par la presse française comme certainement à charge pour Trump. L’une d’elle étant chargée d’analyser des millions de publications sur les réseaux sociaux, fournies par Twitter, Facebook et Google à la Commission du Renseignement du Sénat.

Washington Post, le quotidien socialiste américain, avait annoncé que Trump allait enfin pouvoir être destitué, info reprise sans contrôle par la presse française de gauche.

Finalement, la Commission spéciale du Sénat a annoncé jeudi dernier qu’elle clôt son enquête parce qu’elle n’a trouvé « aucun élément démontrant par des preuves confirmées une intervention quelconque de la Russie dans le processus électoral des élections de 2016 » et demande l’arrêt des enquêtes de Müeller.

Silence glacial de la presse mondiale de gauche

Silence glacial de la presse démocrate. Le journaliste Bill d’Agostino déclare : « Deux jours se sont écoulés depuis le reportage de NBC selon lequel la commission sénatoriale du renseignement n’a trouvé aucune preuve matérielle de collusion entre la campagne Trump et la Russie, et à ce jour, aucun des trois principaux réseaux de diffusion (ABC, CBS et NBC) ne lui a accordé une seule seconde de temps d’antenne dans ses journaux télévisés du soir. Considérant que ces réseaux ont donné à l’enquête russe un temps d’antenne massif de 2 202 minutes, leur silence sur ce développement majeur est assourdissant« .

Même silence dans la presse française dont les élucubrations mensongères sont démontées. Google lui-même a arrêté toute communication sur le sujet ! Hilary Clinton qui a financé la fabrication de fausses preuves éventées par le Sénat doit regretter son argent perdu. Le Monde, Libération et TV-France-info qui ont, depuis deux ans, soutenu les démocrates dans leurs fausses accusations et leurs fake-news s’excuseront-ils d’avoir une fois de plus trompé leurs lecteurs et auditeurs ? N’y comptez pas.

Parfois, pour apprendre la vérité, il faut lire la presse arabe

Il faut lire la presse arabe (2) pour apprendre que le prince saoudien Mohammed Ben Salmane a déclaré au Pakistan qu’il n’interviendrait pas dans les négociations en cours à Doha (Qatar) depuis le 20 janvier entre les talibans afghans et les Etats-Unis, parce que les talibans ne veulent discuter qu’avec Trump et personne d’autre !

Trump qui a déjà pacifié la Corée du Nord, dont l’armée travaille actuellement la main dans la main avec celle du Sud pour déminer la zone inter-frontalière, réussira-t-il à trouver avec les talibans un accord de pacification de l’Afghanistan ? L’avenir le dira, mais pour le moment force est de constater que Trump réussit là où la diplomatie internationale se plante depuis quarante ans, la française comme les autres.

Que fait MBS au Pakistan ?

Mohammed Ben Salmane élargit ses alliances, un pied à l’Ouest, un pied à l’Est

Le 30 novembre dernier, au G20 à Buenos Aires, MBS après s’être fait agresser par Macron (toujours aussi maladroit dans ses interventions internationales), au sujet des Droits de l’Homme en Arabie, avait dit à Trump « Je m’en moque, je le tiens dans ma main« , allusion aux 60 % de la dette française détenus par les  pays Arabes. Macron qui avait entendu ou à qui l’on avait rapporté le propos de MBS était venu se plaindre : « Vous ne m’écoutez jamais« .

https://www.minurne.org/wp-content/plugins/wp-fastest-cache-premium/pro/templates/youtube.html#tiRSlPZpE48?feature=oembed

La vidéo montre que Macron a peur. « Don’t worry » lui répond MBS. Poutine lui dira la même chose un plus plus tard « n’ayez pas peur, on peut vous aider« . Macron répondra, « pas besoin, j’ai mon ami Trump, on se dispute un peu, mais on s’entend très bien » Ah bon ? a répondu Vladimir avec ce sourire en coin qu’il prend quand il ne croit pas un mot de ce qu’on tente de lui faire croire.

Rentré en Arabie le 2 décembre, MBS a compris que les Occidentaux ne le laisseraient jamais en paix avec ces droits de l’homme stupides qu’aucun fidèle du Coran ne peut admettre. Il a décidé de modifier ses alliances, autrement dit de prendre une assurance à l’Est. Il vient donc d’entreprendre une tournée Pakistan-Inde-Chine. Trump a pour diplomatie la menace et la force, MBS le carnet de chèques.
Des méthodes qui laissent pantois les diplomates occidentaux qui en sont toujours au XIXème siècle : courbettes et concessions.

Le prince héritier saoudien et sa délégation de 1 100 personnes sont loin d’arriver les mains vides !

MBS avec Imrhan Khan, 1er ministre du Pakistan (Photo L’Orient le jour)

MBS va aider la Chine à boucler l’Océan indien

Alors qu’Islamabad se trouve dans une situation économique difficile, MBS a signé des protocoles d’entente hier pour un montant de vingt milliards de dollars. « Nous pensons que le Pakistan va devenir un pays très important dans un futur proche et nous voulons nous assurer d’en faire partie », a-t-il dit.

L’Arabie devrait, entre autres, aider à financer la construction du port de Gwadar, point stratégique géré par la société d’État chinoise China Overseas Port Holding Company, qui s’inscrit dans le cadre du « corridor économique » en cours de création entre Pékin et la Méditerranée.
Il s’arrête pour le moment à Djibouti où les Chinois ont créé une énorme base militaire susceptible de bloquer l’accès à la Mer Rouge et au canal de Suez.
Les Occidentaux sont en train de perdre le contrôle de l’Océan indien, mais s’en rendent-ils compte ?

Le programme économique de la tournée de MBS devrait ensuite être un peu plus sérieux pour les trois partenaires lors de ses rencontres avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, puis le président chinois Xi Jinping et le vice-Premier ministre Han Zheng.

Selon le porte-parole de la diplomatie chinoise, le déplacement de MBS en Chine a pour objectif d’« approfondir la coopération » entre les deux pays, notamment au sujet des projets des Routes de la soie lancés par Pékin. « L’Inde et la Chine sont des partenaires naturels, compte tenu de leur dépendance croissante vis-à-vis du Golfe pour les importations d’énergie et de la volonté de Riyad d’investir dans des activités en aval dans les deux pays, liant ainsi leurs fortunes économiques » (Neil Quilliam 3)

La Chine et l’Inde sont des marchés pétroliers importants pour l’Arabie, respectivement 14,6 % et 9,5 % des exportations saoudiennes de brut en 2017. Autant de liens qui devraient favoriser l’annonce de nouveaux accords et partenariats lors de la visite de MBS.

La ligne Maginot de défense antichinoise de l’Inde à la Polynésie imaginée par Macron avec comme épicentre la Nouvelle-Calédonie est mal partie !

L’Imprécateur
19 février 2019
1: En partant des 1,375 milliards bloqués par la chambre des représentants, par rapport aux 5,7 milliards que demandait Trump, il s’en sort avec 8 milliards sans avoir besoin des Démocrates et des Républicains, mais en décrétant l’état d’urgence, ce qu’Obama avait fait sans attirer la moindre critique des médias. Mais là, avec Trump, ils parlent évidemment tous de dictature et de trahison.

2: Le quotidien libanais L’Orient le jour a une édition en français très bien faite, lorientlejour.com

3: Neil Quilliam, chercheur au sein du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House (Royal Institute of International Affairs)

 

https://www.minurne.org/billets/20001

L’ambassadeur du Maroc à Ryad aurait été retenu à Rabat

Photo de tours d’affaires dans le centre de la capitale saoudienne Ryad, prise le 5 novembre 2017 © AFP/Archives FAYEZ NURELDINE

Politique

L’ambassadeur du Maroc à Ryad aurait été retenu à Rabat

le 8 février 2019

Selon l’agence Associated Press, le Maroc aurait rappelé son ambassadeur à Riyad. Dans l’absence de toute communication officielle de la part de Rabat, nous ne pouvons pas savoir si M. l’ambassadeur est simplement retenu à Rabat, signifiant un mécontentement passager, ou si la crise est plus grave.

Un responsable du gouvernement marocain a déclaré jeudi que le Maroc ne participait plus aux interventions militaires ni aux réunions ministérielles au sein de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, précise AP. Le royaume avait en effet boycotté le 23 juin dernier une réunion des ministres de la Communication de la coalition arabe tenue à Jeddah, consacrée à l’examen des moyens visant à soutenir la « légitimité au Yémen ».

Dans une récente interview à Al Jazeera, Nasser Bourita avait déjà annoncé le gel de la participation marocaine aux opérations militaires au Yémen et son absence à deux réunions de la coalition. Mais il avait tempéré en affirmant qu’il y a d’autres manières de coopérer, évoquant la situation humanitaire au Yémen.

Rappelons également que le 30 janvier, la chaîne de télévision Al Arabiya a diffusé un reportage sur le Sahara marocain qui allait à l’encontre de la position officielle du Maroc, et de celle de Ryad jusqu’à présent.

LNT avec agences

https://lnt.ma/lambassadeur-maroc-a-ryad-aurait-ete-retenu-a-rabat/

Yémen : les Émirats arabes unis soupçonnés de livrer des armes occidentales aux milices

Sécurité

Yémen : les Émirats arabes unis soupçonnés de livrer des armes occidentales aux milices

06 février 2019 à 12h36 | Par Jeune Afrique avec AFP

Amnesty International a accusé ce mercredi les Émirats arabes unis, engagés militairement au Yémen, de fournir des armes de pointe d’origine occidentale à des milices yéménites, quelques heures après des inquiétudes exprimées sur ce sujet par un général américain.

Le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen-Orient, a fait part de ses préoccupations à des sénateurs après une enquête de la chaîne CNN, selon laquelle des équipements fournis par Washington à l’Arabie saoudite et aux Émirats avaient été utilisés par des milices au Yémen. Amnesty international a également publié une enquête dénonçant les accointances occidentales avec les pays du Golfe.

Des armes transférées à Al-Qaïda ?

Selon CNN, la coalition menée par l’Arabie saoudite a transféré des armes et des véhicules militaires fabriqués par les États-Unis à des combattants liés à Al-Qaïda, des milices salafistes radicales et d’autres groupes. « Nous prenons les allégations de mauvais usage d’équipement de défense d’origine américaine très au sérieux, et lancerons promptement des enquêtes une fois reçues des preuves crédibles », a déclaré Johnny Michael, un porte-parole du Pentagone. Le département d’État américain a dit chercher à obtenir des informations complémentaires.


>>> À LIRE : Yémen : nouvelles discussions entre gouvernement et rebelles sur un échange de prisonniers


« Nous attendons de tous les destinataires d’équipement de défense de fabrication américaine (…) qu’ils ne retransfèrent pas de l’équipement sans une autorisation préalable du gouvernement américain », a indiqué un porte-parole du département d’État. La coalition sous commandement saoudien qui combat les rebelles chiites Houthis au Yémen est composée de forces très hétéroclites, comprenant des soldats de l’armée yéménite et des groupes armés sunnites de diverses obédiences.

Des milices accusées de crimes de guerre

Dans un rapport publié mercredi, Amnesty International a également accusé les Émirats arabes unis, engagés militairement au Yémen, dénonçant l’implication de ce pays devenu un canal majeur de distribution de véhicules blindés, de systèmes de mortier, de fusils et de mitrailleuses. Autant d’armes qui seraient détournées illégalement vers d’innombrables milices qu’ils soutiennent et qui sont accusées de crimes de guerre. « Les Émirats arabes unis fournissent des armes occidentales à des milices sans se soucier des conséquences », dénonce l’ONG.

Les forces armées émiraties ne font que détourner des armes vers des milices qui sont connues pour commettre des crimes de guerre

« Les forces armées émiraties reçoivent des milliards de dollars d’armes provenant de pays occidentaux et d’autres sources, qu’elles ne font que détourner vers des milices au Yémen qui ne sont pas contrôlées et sont connues pour commettre des crimes de guerre. » Depuis mars 2015, les Émirats participent, aux côtés de l’Arabie saoudite, à la guerre au Yémen pour soutenir le gouvernement internationalement reconnu. Cette coalition combat des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent de vastes régions, notamment la capitale Sanaa.


 >>> À LIRE : Yémen : la sale guerre de Mohamed Ben Salman


Les groupes qui reçoivent ces armes – y compris ceux qu’on appelle « Les Géants », la « Ceinture de sécurité » et les « Forces d’élite » – sont formés et financés par les Émirats, mais ne sont responsables devant aucun gouvernement, affirme Amnesty, basée à Londres. Certains d’entre eux sont accusés de graves violations des droits humains, notamment pendant l’offensive contre la ville portuaire de Hodeida (ouest), et dans le réseau de « prisons secrètes » appelées « sites noirs », soutenu par les Émirats dans le sud du Yémen et où des cas de torture ont été signalés, selon l’organisation.

Le conflit au Yémen a fait quelque 10 000 morts, en majorité des civils, depuis mars 2015, selon un bilan partiel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des ONG affirment que le nombre de victimes est largement supérieur, certaines citant un chiffre cinq fois plus élevé

Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

Par Michel Cabirol  |   |  478  mots
Berlin a autorisé de nouvelles licences d'exportation vers Ryad en 2018
Berlin a autorisé de nouvelles licences d’exportation vers Ryad en 2018 (Crédits : Reuters)
Alors que la France et l’Allemagne doivent coordonner leur politique d’exportation d’armes dans le cadre du nouveau traité franco-allemand, Berlin joue un drôle de jeu avec l’Arabie Saoudite.

Les exportations d’armes allemandes souffrent. La valeur des licences individuelles pour des matériels autorisés à l’exportation a très nettement baissé en 2018, passant de 6,2 milliards d’euros à 4,62 milliards d’euros, selon une estimation du gouvernement fédéral en réponse en janvier à une question posée en décembre par la députée Agnieszka Brugger (Vert). Soit une chute de près de 30 %. Pour autant, faut-il mettre ce fort recul sur le compte d’une politique beaucoup plus restrictive vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et de ses alliés, qui mènent une guerre au Yémen depuis 2015 ? Pas sûr…

Parmi les quinze principaux pays bénéficiaires de ces licences en 2018, figure en bonne place l’Arabie Saoudite en quatrième position avec 416 millions d’euros, devant le Pakistan (7e avec 174,38 millions) et le Qatar (13e avec 96,38 millions). L’Algérie est au premier rang des pays où les industriels allemands ont l’autorisation d’exporter (818 millions d’euros) tandis que la France arrive en quinzième position (85,76 millions).

Durcissement de la position allemande mais…

Il est toutefois indéniable que depuis l’affaire Khashoggi, le gouvernement allemand a durci mi-novembre sa position vis-à-vis de l’Arabie Saoudite en gelant toute nouvelle licence d’exportation vers ce pays. En revanche, Berlin n’a pas interdit la livraison des matériels, qui avaient déjà reçu une autorisation d’exportation. En théorie, les industriels pourraient donc poursuivre leurs livraisons mais, faute d’un soutien du gouvernement, ils ne veulent pas prendre le risque de le faire. Conséquence, 2,5 milliards d’euros d’équipements, dont des patrouilleurs de Lürssen, resteraient en stand-by. Des patrouilleurs que Lürssen essaie de recaser à la police maritime allemande.

Les industriels pourraient traîner le gouvernement devant les tribunaux mais Berlin prépare de très importants appels d’offres (frégates, corvettes, sous-marins, défense sol-air…). D’où la tiédeur des protestation des industriels… à l’exception de Rheinmetall dont l’un de ses anciens haut dirigeants est PDG de la SAMI (Saudi Arabian Military Industrie) qui coordonne l’industrie d’armement saoudienne. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Rheinmetall entend exiger des indemnités.

Comment Rheinmetall contourne l’interdiction

Les groupes allemands, notamment Rheinmetall, contournent l’interdiction du gouvernement allemand. Ainsi, l’usine de munitions d’Al-Kharj en Arabie Saoudite, construite par Rheinmetall via sa filiale sud-africaine, Rheinmetall Denel Munition (RDM), continue de produire des munitions. Inaugurée en mars 2016 par le président sud-africain Jacob Zuma et le prince héritier saoudien Mohamed bin Salman, cette usine est spécialisée dans la fabrication d’obus et de bombes aéroportées pesant jusqu’à 2 000 livres, continue à tourner… Elle a la capacité de produire 300 obus d’artillerie et 600 obus de mortier par jour.

Selon le magazine Stern et le magazine-télé Report München, Rheinmetall continue à livrer des armements à Ryad par l’intermédiaire de ses filiales étrangères situées en Italie et en Afrique du Sud malgré l’interdiction explicite du gouvernement allemand.

 

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/exportations-d-armes-vers-l-arabie-saoudite-les-hypocrisies-de-l-allemagne-804544.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190130

Khashoggi a-t-il vraiment été tué?

Khashoggi a-t-il vraiment été tué?

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Je n’ai pas été convaincu par les affirmations de la Turquie, du Washington Post et d’autres au sujet de l’horrible meurtre, en octobre 2018, de Jamal Khashoggi, un agent du renseignement. Il y a trop d’anomalies, comme en témoignent diverses déclarations du président turc, M. Erdogan, et comme en témoignent les nombreux médias occidentaux de grande diffusion. Des recherches récentes suggèrent que Khashoggi n’a peut-être jamais été dans ce consulat saoudien à Istanbul ce jour-là, et qu’en fait, il est peut-être encore bien vivant et caché. Si c’est le cas, cela suggère une histoire beaucoup plus vaste derrière l’affaire. Considérons ce qui suit.

La meilleure façon de l’illustrer est de revenir sur les événements entourant l’arrestation surprise et la détention de nombreuses personnalités saoudiennes de haut rang fin 2017, par le prince Mohammed bin Salman ou MBS comme on l’appelle. Le 4 novembre 2017, MBS a annoncé à la télévision publique que de nombreux Saoudiens, dont l’un des plus riches, le prince Alwaleed bin Talal, avaient été arrêtés pour corruption et détenus à l’hôtel Riyadh Ritz Carlton. Le prince Alwaleed est clairement la personne cruciale.

Le gendre du président Trump aurait effectué une visite non publique à Riyad pour des entretiens privés avec MBS quelques jours seulement avant les arrestations massives. Un article paru dans le journal UK Mail en 2018 affirmait que Jared Kushner, représentant le Président, avait informé MBS d’un complot rival de la famille royale saoudienne pour éliminer le Prince Héritier. Le prince Alwaleed serait au centre du complot.

Après trois mois d’emprisonnement, Alwaleed a été libéré le 27 janvier 2018, à la suite d’un règlement financier. En mars 2018, il a été retiré de la liste des milliardaires de Forbes World’s Billionaires. Avant son arrestation, Alwaleed était le plus gros actionnaire de Citibank, l’un des principaux propriétaires de Twitter, un ancien partenaire de Bill Gates dans les programmes de vaccination de la Fondation Gates, et généreux donateur de certains démocrates tels que Hillary Clinton et la Fondation Clinton. Selon les médias, le frère de Huma Abedin, Hassan Abedin, collaborateur de la campagne Hillary et membre des Frères musulmans, a travaillé avec Bin Talal sur un projet intitulé « Propager l’Islam en Occident ». Bin Talal et d’autres sources saoudiennes ont donné jusqu’à 25 millions de dollars à la Fondation Clinton au moment où elle préparait sa candidature à la présidence. Le prince était aussi un ennemi ouvert de Donald Trump.

Qui était vraiment Khashoggi ?

Jamal Khashoggi n’était pas un journaliste ordinaire. Il a effectivement travaillé pour le prince Alwaleed bin Talal. Dans une interview dans le Gulf Times en novembre dernier, Alwaleed a déclaré : « Jamal n’était pas seulement mon ami. Il travaillait avec moi. En fait, son dernier emploi en Arabie Saoudite était avec moi … » Jamal était, ou est toujours, le neveu d’un agent lié à la CIA, le défunt Adnan Khashoggi, un trafiquant d’armes récemment décédé, impliqué dans la banque CIA-Saoudienne BCCI et l’Iran-Contra. Le neveu Jamal a également travaillé pour le Prince Bandar, ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington, un homme si proche de la famille Bush que George W. l’avait surnommé « Bandar Bush ». En bref, Khashoggi faisait partie des cercles saoudiens proches du groupe Bush-Clinton. Lorsque le roi Abdullah décida de sauter, dans la liste de succession, le père d’Alwaleed, Talal bin Abdulaziz Al Saud, surnommé «le prince rouge» pour ses idées réformistes, cela avait abouti à l’arrivée sur le trône de Salman, le père de MBS. Dès lors, Alwaleed était en dehors des calculs du pouvoir du roi Salman et du Prince héritier MBS.

Le gouvernement saoudien ainsi que la Brookings Institution confirment que Khashoggi était membre des Frères musulmans. La Fraternité a été interdite en Arabie Saoudite en 2011 à la suite du Printemps arabe de Obama-Hillary Clinton, lorsque le monarque saoudien, le roi Abdullah, et son entourage ont compris que la maison royale elle-même constituait une cible potentielle pour un changement de régime par les Frères Musulmans, comme en Égypte et en Tunisie. .

L’administration Obama, comme je l’explique en détail dans Manifest Destiny, a planifié, en collaboration avec la CIA, une série de changements radicaux de régime dans le monde islamique pour installer des régimes de Frères Musulmans avec l’aide « amicale » de la CIA et de l’administration Obama. Des membres clés de l’administration Obama, dont l’assistante spéciale de la secrétaire d’État Hillary Clinton, Huma Abedin, avaient des liens étroits avec la partie saoudienne des Frères musulmans où vit la mère de Abedin. Sa mère, Saleha Abedin, universitaire en Arabie Saoudite, où Huma a grandi selon un reportage sur Al Jazeera et d’autres médias arabes, est un membre important de l’organisation des femmes des Frères musulmans, et le frère de Huma serait également lié à cette organisation. Notamment, feu John McCain, dont les liens avec les principaux membres de l’Etat Islamique et d’al-Qaïda sont de notoriété publique, a tenté de discréditer sa collègue républicaine Michele Bachmann pour avoir souligné les liens qui unissent Abedin aux Frères musulmans. C’est à cette faction qu’était lié Khashoggi en Arabie Saoudite.

En tant que président, le premier voyage à l’étranger de M. Trump a consisté à rencontrer MBS et le roi saoudien, un voyage vivement critiqué par la députée démocrate Nancy Pelosi. Quand la présidence Trump a décidé de reconstruire les relations effilochées qui s’étaient développées entre Obama et la monarchie saoudienne sous le roi Abdallah puis le roi Salman, père du prince héritier MBS, la faction pro-Obama autour du prince Bin Talal Alwaleed a perdu les faveurs, pour ne pas dire plus, surtout après la chute de Hillary Clinton. En juin 2017, l’ancien employé d’Alwaleed, Jamal Khashoggi, s’est exilé aux États-Unis, où il avait fait ses études, après l’interdiction par le gouvernement de son compte Twitter en Arabie Saoudite.

Khashoggi est-il vivant ?

Après l’arrestation par MBS de Alwaleed et de nombreuses autres personnes, l’avenir des flux financiers entre Alwaleed et non seulement Hillary Clinton, mais aussi la Fondation Clinton et les autres démocrates qu’il avait « soutenus » par des millions de dollars saoudiens, était alors menacé. Bien que cela soit difficile à confirmer, un journaliste turc de la BBC à Istanbul aurait déclaré à un journal en langue arabe, après le meurtre et le démembrement de Khashoggi, que Jamal Khashoggi était bel et bien vivant et en bonne santé, caché quelque part.

C’est un fait que l’ancien chef de la CIA et aujourd’hui secrétaire d’État Mike Pompeo, ainsi que le secrétaire d’État à la Défense de l’époque James Mattis, ont fait un exposé au Sénat américain dans lequel ils ont dit aux sénateurs qu’il n’y avait aucune preuve que MBS était derrière ce crime présumé. Ils ont ajouté qu’ils ne pouvaient même pas confirmer qu’un crime avait été commis ! Seule Gina Haspel, chef de la CIA, ancienne chef de la station de Londres de la CIA, a contesté leurs affirmations. Erdogan affirme que le corps a été découpé puis dissous dans de l’acide pour être éliminé sans laisser de traces, ce qui renvoie au récit de l’élimination par la Navy Seal du corps de Oussama ben Laden, que l’administration Obama prétend avoir jeté en mer « selon la tradition islamique ». Dans les deux cas, il n’y avait pas de corps pour le confirmer légalement.

En effet, les allégations distribuées dans les médias du monde entier concernant l’affaire Khashoggi ont été étroitement contrôlées par le président turc Erdogan, qui a promis à plusieurs reprises de révéler, tout en ne le faisant pas, ce qu’il dit être des enregistrements secrets des services secrets turcs sur le meurtre présumé. Erdogan serait très proche des Frères musulmans, sinon un membre caché, ce qui explique en partie son soutien étroit au Qatar après les sanctions économiques imposées par MBS et le roi saoudien au Qatar pour son soutien au terrorisme, en fait, le soutien qatari aux Frères musulmans.

Il s’agit ici d’alliances politiques changeantes avec d’énormes conséquences potentielles pour la politique américaine et pour le monde, étant donné l’importance des ressources financières saoudiennes. Il est également bizarre que Khashoggi aurait accepté de se rendre dans un consulat saoudien en Turquie et pour soi-disant obtenir des papiers de divorce. De plus, sa fiancée, Hatice Cengiz, semble tout aussi mystérieuse, certains se demandant si elle n’est pas en fait un agent des services de renseignements turcs utilisé pour discréditer l’Arabie Saoudite.

Les affirmations de Erdogan sur l’assassinat de Jamal par une équipe saoudienne ont été étayées par un mystérieux Khaled Saffuri, qui a déclaré au journaliste de Yahoo News, Michael Isikoff, que Khashoggi était devenu un ennemi à abattre pour MBS, à la suite de ses articles dans les médias critiquant l’arrestation du Prince bin Talal et des autres. Les recherches révèlent que Saffuri, la source des médias sur le meurtre présumé de Khashoggi, a également eu des liens étroits avec l’organisation des Frères musulmans, l’American Muslim Council, et avec le Qatar, qui accueille les Frères en exil depuis des années. Le soutien du Qatar aux Frères musulmans a été un facteur de rupture entre MBS et le Qatar il y a deux ans.

Saffuri est également le protégé de Abdurahman Alamoudi, un partisan influent des Frères musulmans qui, avant 2004, avait rencontré G.W. Bush et Hillary Clinton. Alamoudi est actuellement incarcéré dans une prison fédérale américaine depuis 2004 pour son rôle de porte-flingue dans un complot d’assassinat contre le prince héritier Abdallah, fomenté par la Libye et Al-Qaeda. En bref, les principales sources sur l’assassinat de Khashoggi sont peu nombreuses et difficilement impartiales.

A ce stade, il est difficile d’aller au-delà de la spéculation. Il est clair que Jamal Khashoggi n’a plus été vu en public depuis début octobre. Mais tant que le gouvernement turc ou quelqu’un d’autre ne présentera pas de preuves médico-légales sérieuses, une procédure qui montre que l’ancien employé de Alwaleed, Jamal Khashoggi, a été assassiné par une équipe d’assassins saoudiens, sans même parler du fait que l’opération aurait été commanditée par le prince Bin Salman, la situation justifie une étude plus poussée. Il est curieux que les mêmes médias libéraux comme le Washington Post de Jeff Bezos qui s’en prennent à MBS pour le meurtre présumé de leur journaliste, Khashoggi, ne critiquent pas les exécutions saoudiennes antérieures, voire ultérieures.

Khashoggi est-il vraiment mort au consulat d’Istanbul ou y avait-il autre chose? Mettre en scène une fausse exécution de Khashoggi pour discréditer et même éventuellement renverser MBS aurait peut-être semblé à Alwaleed et à ses amis de la CIA à Washington un moyen habile de restaurer leur pouvoir et leur influence financière. Si c’est le cas, cela semble avoir échoué.

F. William Engdahl

Article original en anglais :

Jamal Khashoggi

Did Khashoggi Really Die?

Cet article a été publié initialement par New Eastern Outlook

Traduction AvicRéseau International

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient


Par Andrew Korybko – Le 31 décembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybko

Dans la même dynamique qu’observée au cours des dernières années, la situation géopolitique du Moyen-Orient a connu de profonds changements au cours des 12 derniers mois. Par ordre d’importance, la région a connu le retour de sanctions unilatéralement imposées par les USA envers l’Iran ; les processus de paix en Syrie et au Yémen ont connu des progrès, encore superficiels, mais prometteurs ; la fracture régionale entre d’une part la Turquie et le Qatar et d’autre part l’Arabie saoudite et Israël a continué de croître ; et l’influence de la Russie, agissant comme force d’équilibre et de stabilité, s’est encore accrue. Nous allons à présent passer en revue l’influence que chacun de ces développements exercera sur la situation régionale au cours de l’année 2019.

Le théâtre romain de Palmyre, en Syrie

La situation en Iran risque de basculer vers une instabilité socio-économique prononcée si les USA n’étendent pas les dispenses de sanctions déjà accordées, et si les partenaires internationaux de la République Islamique freinent leurs échanges commerciaux avec ce pays via des canaux alternatifs, par peur de voir leurs entreprises subir des « sanctions subsidiaires » étasuniennes en répercussion. Ceci dit, l’Iran dispose déjà d’une solide expérience de survie aux sanctions économiques les plus sévères du monde, et pourrait de ce fait éviter une crise politique. Le point à surveiller est de voir si le pays décide de réorienter sa stratégie d’Asie de l’Ouest vers l’Asie centrale, et l’Asie du Sud-Est en réponse à ces pressions : un tel repositionnement géopolitique peut se produire très rapidement, si le pays considère que son influence au Machrek a atteint son apogée.

Cette refonte stratégique pourrait constituer l’un des ingrédients du processus de paix en Syrie, lui-même hautement simplifié par le projet de retrait étasunien, prévu dans les premiers mois de 2019. On pourrait voir la Russie « encourager » l’Iran à opérer un « retrait planifié », avec les honneurs, comme prochaine mesure de détente, ce qui constituerait un pari selon lequel il serait préférable de voir Israël reprendre ses bombardements sur les positions syriennes du Corps des gardiens de la révolution et du Hezbollah. Quant au Nord-Est de la Syrie, on ne saurait dire pour l’instant s’il va subir une occupation turque sur la durée, ou si des groupes « rebelles » soutenus par la Turquie vont y prendre position ; dans les deux cas, une solution politique « décentralisée » à définir reste sans doute inévitable, ce qui compliquerait la vie de l’Iran si le pays voulait maintenir une présence militaire en Syrie.

Si nos regards se portent au delà du Levant, vers la péninsule Arabique, le Yémen présente également des signes qui pourraient laisser présager un processus de paix, mais de manière bien plus lente qu’en Syrie : il s’agit d’un processus qui vient de commencer fin 2018. À l’instar de la République arabe, une solution politique « décentralisée » pourrait se voir mise en œuvre pour assurer la souveraineté régionale regagnée ces derniers temps par la région du Sud-Yémen, et afin de laisser s’auto-administrer dans une certaine mesure les Houthis du Nord-Yémen. Une telle sortie de crise aurait moins d’impact sur l’Iran que sur l’Arabie Saoudite, mais cette dernière semble avoir épuisé tant sa volonté politique et sa puissance de feu militaire que ses ressources financières, et se montrera sans doute disposée à adopter ce type de compromis (possiblement facilité par la Russie).

Pour ce qui concerne l’Arabie saoudite, elle travaille en tandem avec Israël, son allié – non officiel mais tout le monde l’a compris, pour « contenir » non seulement l’Iran, mais aussi – et c’est plus récent – la Turquie : chacun des deux membres du tandem a identifié cette dernière comme une menace sérieuse pour ses intérêts, pour des raisons différentes. Riyad est également en rivalité avec Doha, mais Tel Aviv n’est pas plus impliquée que cela dans la guerre froide du CCG. Dans tous les cas, un déshabillage simplifié de la région révèle que l’Arabie saoudite & Israël travaillent plus ou moins ensemble contre la Turquie et son allié qatari, dans une compétition à l’échelle du Moyen-Orient, c’est à dire de l’Est de la Méditerranée au golfe Persique, y compris la mer Rouge si l’on parle par exemple du Soudan.

Le Moyen-Orient, au vu de la vaste étendue de ces incertitudes, peut apparaître en premier regard comme la région la plus instable du monde à ce jour, mais le fait est que la stratégie d’« équilibrage » de la Russie a apporté un semblant de stabilité là où, sans cette influence, il n’y en aurait aucune. Moscou n’est pas en mesure de gérer seule le Moyen-Orient, mais peut se positionner – et l’a fait non sans une certaine réussite – comme intermédiaire neutre entre divers acteurs, ou à tout le moins en se comportant comme un pont entre eux. Ce positionnement russe constitue la constante la plus stable de la situation actuelle du Moyen-Orient, et il devrait jouer un rôle déterminant dans la sortie du guerre en Syrie – en soi l’un des événements les plus significatifs de la région depuis une génération – et sans doute également sur les autres dossier évoqués au long du présent article.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le Vendredi 28 décembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/previsions-2019-pour-le-moyen-orient