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Observation spatiale : quand l’Allemagne se joue de la France

Observation spatiale : quand l’Allemagne se joue de la France

Par Michel CABIROL  |   |  613  mots
La France va à terme perdre son leadership dans l'observation spatiale optique avec l'arrivée de l'Allemagne sur ce segment de marché
La France va à terme perdre son leadership dans l’observation spatiale optique avec l’arrivée de l’Allemagne sur ce segment de marché (Crédits : Airbus)
L’Allemagne a passé une commande de 400 millions d’euros au constructeur de satellites allemand OHB System pour la réalisation de deux satellites d’observation optique. Au mépris des accords de Schwerin.

Elle est belle l’Europe de la défense… Sans état d’âme, l’Allemagne a déchiré fin novembre les accords de Schwerin signés avec la France en 2002. Berlin a passé une commande de 400 millions d’euros au constructeur de satellites allemand OHB System pour la réalisation de deux satellites d’observation optique. « Pour l’administration française, c’est un coup de canif aux accords de Schwerin dans la défense », explique-t-on à La Tribune. Ces accords ont instauré entre Paris et Berlin un échange d’images optiques Helios et radars SAR-Lupe. Un « Yalta de l’observation spatiale » en quelque sorte, l’optique pour la France et le radar pour l’Allemagne.

« Ce système a permis à chaque pays de se spécialiser et d’éviter de dupliquer les moyens, la France fournissant les images optiques, l’Allemagne et l’Italie les images radars », avait précisé en juillet 2015 l’ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Puis, ces accords avaient été renouvelés avec notamment le lancement du programme Composante spatiale optique (CSO) avec la réalisation de trois satellites d’observation, dont un pour l’Allemagne, qui a investi 210 millions d’euros en 2015. En contrepartie, Paris avait offert à l’Allemagne la part industrielle principale du futur drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) européen.

Le leadership de la France en danger

A moyen terme, la France va donc perdre son leadership dans l’observation optique et a confié les rênes du drone MALE à Berlin… avec le succès que l’on connait. Ainsi, récemment, Dassault Aviation a rapatrié en France ses équipes quand les Allemands ont exigé de développer les commandes de vol électriques. D’ailleurs, Jean-Yves Le Drian avait rappelé que le choix d’Helios « était celui de l’indépendance, de notre autonomie stratégique, dans un domaine devenu essentiel à la conduite des opérations. Nous étions alors les premiers à faire un tel choix en Europe et les troisièmes dans le monde ». A l’avenir, la France devra désormais composer avec les Allemands dans l’optique spatiale.

Tout était parfait jusqu’à cette commande de deux satellites d’observation optique à très haute résolution (30 cm) de Berlin à OHB, qui ne maîtrise pas cette technologie déjà dépassée. Même si elle s’en défend en jouant sur les mots, l’Allemagne a bel et bien rompu ces accords. La direction générale de l’armement (DGA) est même intervenue il y a deux mois environ. En pure perte. Sous l’influence de son industrie spatiale, l’Allemagne est passée outre cette fois-ci et a refusé une aide industrielle française. Elle avait déjà tenté dans le passé d’imposer le projet Hiros (High Resolution Optical System ou Système optique à haute résolution) développé à partir de 2009 avec les États-Unis. Mais Berlin y avait finalement renoncé après une intervention musclée de l’ancien délégué général pour l’armement, Laurent Collet-Billon.

Mais de qui se moque l’Allemagne?

L’Allemagne justifie cette décision en expliquant que ces deux satellites seront utilisés par les services secrets allemands (BND) placés sous l’autorité de la chancellerie et non du ministère de la Défense allemand lié par les accords de Schwerin. La ficelle est grosse… et les Allemands se moquent bien une nouvelle fois des Français. Une habitude mais ils ont bien raison d’insister finalement puisque les politiques français encouragent avec beaucoup de naïveté et de romantisme la coopération franco-allemande. C’est donc un nouveau renoncement de la France face à une Allemagne puissante qui avance. Car avec ce programme, Berlin crée un nouvel acteur (OHB) dans l’observation optique qui va, dans le futur, concurrencer Thales et Airbus à l’export. Mais les politiques passent et les emplois… disparaissent.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/observation-spatiale-quand-l-allemagne-se-joue-de-la-france-760854.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20171208

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Les exportations d’armes : un levier d’influence géopolitique pour la Russie

Les exportations d’armes : un levier d’influence géopolitique pour la Russie

Par Cyrille BRET, le 7 décembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Ancien élève de l’ENS et de l’ENA, auditeur IHEDN 49ème AED, enseigne la géopolitique à Sciences Po et dirige le site de géopolitique eurasiaprospective.net.

Quand on fait la part entre le mythe et la réalité, on constate que les exportations de défense russes reposent sur des forces structurelles : organisation par l’Etat dans des buts géopolitiques, parts de marché historiques élevées, dynamisme dans les régions les plus tendues. Toutefois la réalité peut être cruelle : la préparation de l’avenir par la signature de nouveaux contrats, par le développement de nouvelles technologies ou encore par la conquête de nouveaux clients reste fort incertaine.

CONTRAT APRES CONTRAT, les exportations de défense russes sont souvent mises en avant par les pouvoirs publics russes. En 2017, la Russie a bousculé les habitudes du monde de la défense en annonçant l’exportation de batteries de missiles anti-missiles S-400 non seulement vers la Serbie, traditionnelle protégée de la Russie dans les Balkans, mais également à destination de la Turquie, pilier de l’Alliance atlantique au Moyen-Orient, et de l’Arabie saoudite, alliée historique des Etats-Unis dans le Golfe persique. Quels sont les objectifs et quelles sont les tactiques de la Russie dans le domaine ? Est-elle à l’offensive sur les terres mêmes des Occidentaux ?

En 2016, la Fédération de Russie a conservé le rang de deuxième exportateur mondial, avec une part de marché globale de 23% [1], juste après les Etats-Unis (33%). Depuis 2010, les livraisons de matériels de défense russes à l’étranger ont augmenté pour deux raisons. D’une part, en 2009, la Russie a lancé un programme de réarmement ambitieux jusqu’à lui consacrer 4,6% de son PIB en 2016, cela a accru les capacités exportatrices du complexe militaro-industriel. D’autre part, les marchés de défense ont crû tout particulièrement en Asie et au Moyen-Orient où la Russie compte ses clients traditionnels : Inde, Chine, Algérie et Vietnam.

Une croissance proportionnelle à l’essor des marchés mondiaux

Les exportations russes ont atteint leur sommet post-soviétique en 2015. Mais elles commencent aujourd’hui à stagner. Si, entre 2015 et 2016, le montant des livraisons s’est maintenu autour de 15 milliards de dollars par an, le portefeuille de commandes a, lui, commencé à se contracter de 56 milliards à 50 milliards de dollars. Bien sûr, la Russie restera le deuxième exportateur mondial à court terme : la part de marché globale moyenne de 24% pour 2007-2011 s’est maintenue à 23% pour 2012-2016. Les montants des exports ont même augmenté de 37% entre 2010 et 2014.

La croissance des années 2010 n’est toutefois pas aussi spectaculaire qu’il y paraît. En prix constants de 2011, la valeur des livraisons russes a augmenté de 27,2% en 2011 et de 14,6% en 2012 mais s’est contractée en 2013, 2014 et 2015. Pour la période récente, il faut plutôt parler de stabilité que d’explosion des exportations russes. La Russie a bénéficié des tendances globales mais n’en a pas accru pour autant sa place sur les marchés : en 2012-2016, les transferts d’équipement de défense ont atteint leur volume record depuis la fin de la Guerre froide : dans le monde, ils ont augmenté de +8,4% sur la période alors que la Russie a augmenté ses livraisons « seulement » de +4,7% sur la même durée.

L’Etat, force motrice des exportations de défense

Une des forces du complexe militaro-industriel russe est son organisation étatique centralisée. Le cadre légal des exports est clair et stable depuis les années 1990, avec les lois de 1996 et 1998. Il a été actualisé régulièrement dans le sens d’un renforcement des prérogatives de la présidence de la Fédération. En effet, celle-ci est en charge de la sécurité nationale et donc de la signature des « accords technico-militaires » avec les Etats étrangers. En outre, depuis 2009, la présidence a instauré les « rencontres de Sotchi » qui soumettent deux fois par an les actions des dirigeants industriels à l’examen direct du président [2].

Sur le plan industriel, les sociétés étatiques Rostec [3], créée en 2007, et sa filiale Rosoboronexport, créée antérieurement en 2000 et rattachée depuis lors, sont les piliers des exportations russes. Elles rassemblent des industries duales dans tous les domaines (MiG, Hélicoptères de Russie, etc.) et disposent du monopole des exportations de défense.

Les exportations d'armes : un levier d'influence géopolitique pour la Russie
Sukhoi Su-30SM en vol

Des produits célèbres et des clients fidèles

Fortes de la proximité avec le pouvoir politique, elles exportent des produits mondialement reconnus : le pic de 2015 a mis de nouveau en évidence les best sellers des exportations de défense russes : les aéronefs (46%), les systèmes de défense aériens (22%), les systèmes d’armes terrestres (18%) et les systèmes navals (10%), en continuité avec la fin de l’ère soviétique. Qu’il s’agisse des chasseurs MiG et Sukhoi, des missiles anti-missiles S-300 et S-400 ou des chars d’assaut T-90, il s’agit d’équipement éprouvés et renommés à l’international.

La clientèle des exportations russes est stable et large car la Fédération a hérité de la clientèle de l’URSS. C’est évident pour les Etats dont la Russie a été le premier fournisseur de défense en 2012-2016 : l’Inde a réalisé 68% de ses importations de défense avec la Russie ; la Chine, 67% ; l’Algérie, 60% ; le Vietnam 88% et le Vénézuela, 74%. Après la perte du client libyen en 2011, la priorité a été de stabiliser la base de clients dans les régions (ré)émergentes : en 2012-2016, 53% des exportations russes ont été réalisées vers l’Asie et 42%, vers l’Afrique. En valeur, ces exportations sont très concentrées : en 2012-2016, 70% de ces exportations sont allées aux quatre clients traditionnels (Inde, Chine, Vietnam et Algérie).

La place de l’Inde dans les exportations est éminente. De 2007-2011 à 2012-2016, l’Inde a augmenté ses commandes à la Russie de 43% dans tous les domaines (sous-marins, frégates, missiles anti-missiles, etc.). Les liens avec la Chine sont eux aussi particulièrement étroits depuis la création de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Ainsi la Russie y a exporté huit sous-marins de la classe Kilo, des chasseurs Su-35, etc. Mais le client chinois est également un compétiteur particulièrement agressif et peu soucieux de la protection de la propriété intellectuelle… De nouveaux clients sont également (ré)-apparus : ainsi, le Vietnam a passé une commande histoirique de six sous-marins de classe Kilo pour 6 milliards d’euros. Et, avec l’Egypte, la Russie a signé en 2014 un contrat pour 50 avions de combat et 46 hélicoptères de combat pour 3,5 milliards de dollars. Enfin, l’Iran et la Russie ont surmonté leurs différends pour l’exportation de quatre batteries de S-300 PMU-2 en 2016 pour un milliard de dollars.

Des exports au service d’une stratégie d’influence

Comme ses concurrents, la Fédération de Russie utilise les exportations de défense pour renforcer et développer son statut géopolitique. Son but principal est de garantir sa sécurité nationale en développant son réseau d’alliance, comme l’explicite la loi de 2014 sur la politique industrielle de la Russie. Le rang de 2ème exportateur mondial de défense est souvent érigé en attribut de puissance pour la Russie. Les buts économiques sont plus modestes surtout comparés aux exportations énergétiques. Si le complexe militaro-industriel représente 20% du produit industriel national, ses exportations ne constituent que de 2,5% en 2011 à 4,2% en 2015 des exportations totales.

Dans le cas des deux géants asiatiques, le but de la Russie est évident : il s’agit de ne pas se laisser distancer dans la région la plus tendue d’un point de vue géopolitique. Avec l’Inde, la Russie développe ses avantages de marché issus d’une relation très longue pour maîtriser ses transferts de technologie dans des Joint Ventures, par exemple pour les missiles BrahMos missile et de fournir en équipements de défense le seul rival reel de la Chine dans la region. Avec la Chine, les buts stratégiques sont plus complexe : il s’agit de sceller sur le plan industriel l’alliance de sécurité de l’Organisation de coopération de Shanghai pour faire contrepoids aux Occidentaux. Mais la méfiance est forte : depuis l’imitation du chasseur Su-27SK par l’avion chinois Shenyang J-11, la Russie réduit ses transferts de technologies vers la Chine. Tout est question d’équilibre.

La position géopolitique de la Russie sur les dossiers “chauds” de la scène international s’exprime également dans les exportations de défense. Premièrement, les exportations de batteries anti-missiles vers l’Iran souligne la solidité de l’axe Moscou-Téhéran en Syrie. Deuxièmement, les exportations de matériels de défense terrestres en Syrie matérialisent la volonté de la Russie de reprendre pied dans la region. Troisièmement, les exportations d’armes vers l’est de Ukraine constituent le volet matériel de l’action de Moscou sur ce conflit.

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Quand on fait la part entre le mythe et la réalité, on constate que les exportations de défense russes reposent sur des forces structurelles : organisation par l’Etat dans des buts géopolitiques, parts de marché historiques élevées, dynamisme dans les régions les plus tendues. Toutefois la réalité peut être cruelle : la préparation de l’avenir par la signature de nouveaux contrats, par le développement de nouvelles technologies ou encore par la conquête de nouveaux clients reste fort incertaine.

Copyright Décembre 2017-Bret/Diploweb.com

 

https://www.diploweb.com/Les-exportations-d-armes-un-levier-d-influence-geopolitique-pour-la-Russie.html

 

L’Arabie Saoudite à la France saison 2 : ODAS, toujours khalass ! (2/3)

Par Michel CABIROL  |   |  1168  mots
(Crédits : Latribune)
Quand Ryad veut que la société ODAS soit liquidée, Paris fait de la résistance. La relation bilatérale en matière d’armement est en panne entre la France et l’Arabie Saoudite.

 

ODAS, khalass (Ça suffit en arabe). Pour la seconde fois en deux ans environ, l’Arabie Saoudite dit stop à la France. Ryad ne veut plus travailler avec ODAS, qui représente les intérêts des groupes français dans le Royaume et qui gère actuellement une kyrielle de contrats en cours d’exécution. L’Arabie Saoudite a d’ailleurs récemment nommé un officier saoudien pour jouer le rôle de liquidateur, selon nos informations. Un nouveau coup de semonce définitif (?) de Ryad vis-à-vis de Paris, qui avait pourtant déjà reçu il y deux ans un courrier très explicite de la part du prince-héritier Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz, dit « MBS ».

« Le ministère saoudien de la Défense fait part de son désir de mettre fin à toute relation avec la société française ODAS », était-il écrit dans ce courrier daté du 13 novembre 2015 et dont La Tribune s’était procuré une copie. Il avait été adressé à l’époque au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et était signé par MBS, qui n’était alors que vice prince héritier et ministre de la Défense.

En dépit de ce courrier très clair, la France n’a rien fait ou presque pendant près de deux ans, se lamentaient depuis, la plupart des acteurs concernés, régulièrement interrogés par La Tribune. Jusqu’à l’arrivée de Florence Parly à la tête du ministère des Armées, qui a envoyé un courrier le 26 septembre au prince-héritier et dont La Tribune s’est procuré une copie. Mais visiblement cette lettre est arrivée trop tard, beaucoup trop tard à Ryad, qui attendait, à raison, une réponse plus rapide de la France. En outre, de l’aveu de la plupart des acteurs de ce dossier, ce courrier est « à côté de la plaque ».

Bref, la France est hors sujet, surtout par rapport aux enjeux du moment en Arabie Saoudite. Cela fait trois ans que la relation bilatérale dans le domaine de l’armement est en panne sèche… En 2015 et 2016, l’Arabie Saoudite n’a commandé à la France que 193,5 millions et 764 millions d’euros de matériels militaires. Bien loin des ventes de 2013 (1,9 milliard) et de 2014 (3,6 milliards).

Un courrier qui ne répond pas aux demandes saoudiennes

Que dit ce courrier? Il informe Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz qu’une « nouvelle gouvernance de la société ODAS a récemment été mise en place, afin d’opérer un changement profond de stratégie au sein de cette société, qui est toujours en charge de plusieurs contrats avec le Royaume ». Ce n’est pas du tout ce que demandait MBS. Dans le courrier adressé à Paris, Ryad souhaitait que dorénavant toutes les négociations ainsi que la signature des contrats « se déroulent directement entre le ministère saoudien de la Défense et les sociétés françaises ». En outre, les Saoudiens réclamaient que la France garantisse « ces contrats techniquement et juridiquement par l’intermédiaire de la direction générale de l’armement (DGA) ».

On est donc loin, très loin des demandes saoudiennes … Même si Florence Parly estime dans son courrier que « l’ensemble de ces mesures a pour objectif d’établir de nouveaux modes de travail, plus solides et plus dynamiques, afin de construire ensemble des projets stratégiques pour le renforcement de la sécurité du Royaume d’Arabie Saoudite ». Elle écrit également avoir demandé au PDG d’ODAS, l’ingénieur général de l’armement Daniel Argenson, « de venir se présenter (…) dans le courant du mois d’octobre ». Il attend d’ailleurs toujours sa convocation du palais. Et la ministre des Armées de conclure, que ces initiatives de la France « permettront de témoigner à votre altesse tout le sérieux avec lequel nous avons souhaité traiter les attentes formulées en 2015 ».

Refonder les relations franco-saoudiennes

Mais de l’avis de nombreux spécialistes des relations franco-saoudiennes, ce courrier, qui aurait été inspiré par la DGA, a totalement manqué son objectif. « Il n’aurait pas dû être envoyé », explique-t-on à La Tribune. Certains le pensent à la limite vexant pour Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz, dont l’influence a encore plus augmenté après avoir été désigné prince héritier. Preuve de cette influence renforcée, l’Arabie Saoudite change et change très vite. MBS a ainsi nommé un Allemand, Andreas Schwer, jusqu’ici directeur international de Rheinmetall à la tête de la Saudi Arabia Military Industries (SAMI), l’entreprise d’armement saoudienne créée pour constituer une industrie de défense.

Pour refonder la relation bilatérale entre Paris et Ryad, actuellement au plus bas dans le domaine de l’armement, la DGA plaide pour des contrat d’État à État, via la signature d’un accord intergouvernemental (AIG) mais Bercy reste réticent à engager la garantie de l’État français dans ce type d’accords commerciaux. En outre, la France a tout intérêt à conserver le savoir-faire et l’expérience acquis par ODAS car « aucun autre industriel n’a cette compréhension » de l’Arabie Saoudite, souligne un observateur. Cela permettrait de relancer les relations entre la France et l’Arabie Saoudite.

D’autant que, constate un expert de l’Arabie Saoudite, « nous sommes sur le bas côté en Arabie Saoudite, les Saoudiens ne nous attendent pas et avancent avec les Russes, les Chinois, les Coréens et les autres… » Ce n’est plus le cas non plus des Espagnols, qui ont gâché une occasion en or en Arabie Saoudite. Ryad, qui souhaitait acheter cinq corvettes espagnoles pour sa flotte de l’ouest – bastion français -, n’a pas du tout apprécié de voir son accord soumis à nouveau à l’approbation du Parlement espagnol. Résultat, Madrid est désormais hors course. Ce qui constitue l’une des rares bonnes nouvelles pour la France…

 Que fait-on des contrats en cours

Avec la décision saoudienne de liquider ODAS, cette entité va agir comme une structure de défaisance en gérant bien au-delà de 2020, l’exécution en cours des contrats signés entre Paris et Ryad. En effet, le prince héritier Mohammed bin Salman avait précisé dans son courrier de novembre 2015, que la décision de rayer ODAS de la carte « n’affectera pas l’achèvement des contrats signés avec la société concernée ».

C’est le cas notamment des quatre contrats signés par ODAS : un contrat de soutien avec fourniture de pièces de rechange et assistance technique pour la flotte de l’Ouest mis en vigueur en 2011 (programme AMWAJ), les programmes de modernisation des frégates Sawari 1 signé en 2013 (contrat LEX) et des frégates Sawari 2 (contrat ERAV) et, enfin, le contrat Donas (3 milliards de dollars), signé en 2014 et rebaptisé Saudi-French Military Contract (SFMC). L’actionnariat d’ODAS rassemble, aux côtés de l’État français (34%), une dizaine de grandes entreprises, dont Airbus, MBDA France, Thales, Naval Group, Nexter Systems, Calyon, Dassault Aviation, Renault Trucks Defense. La société aurait dans son carnet de commandes un volume de contrats pesant entre 4 et 5 milliards. Soit environ six ans d’activité.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/bis-repetita-placent-l-arabie-saoudite-a-la-france-odas-khalass-2-3-760242.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20171205

Quand la France déçue s’éloigne de l’Arabie Saoudite (1/3)

Par Michel CABIROL  |   |  977  mots
Au Moyen Orient, la France ne choisit pas un camp, a récemment confirmé de façon très claire le Quai d'Orsay.
Au Moyen Orient, « la France ne choisit pas un camp », a récemment confirmé de façon très claire le Quai d’Orsay. (Crédits : Reuters Charles Platiau)
Paris et Ryad ne sont plus tout à fait alignés sur une vision géostratégique commune de la région du Golfe. Car à être trop proche des positions saoudiennes, la France n’a pas été respectée par l’Arabie Saoudite.

Entre Paris et Ryad, c’est désormais très clair après une période d’incompréhension. Si dans un premier temps sous le quinquennat de François Hollande, la France était trop proche des attentes de l’Arabie Saoudite, qui n’a jamais renvoyé l’ascenseur, aujourd’hui, les deux pays ne sont plus tout à fait alignés sur une vision géostratégique commune de la région. Notamment sur des dossiers géopolitiques aussi explosifs tels que l’Iran, le Liban et le Qatar… Deux crises majeures ont d’ailleurs été évitées in extremis par les États-Unis notamment, car Ryad était, semble-t-il, tout prêt à en découdre avec le Qatar, puis à aller bombarder le Liban, selon plusieurs experts de la politique moyen-orientale interrogés par La Tribune, qui étaient très inquiets de la situation au Moyen-Orient.

Lors de sa visite les 15 et 16 novembre, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a rappelé à ses interlocuteurs – le roi Salman, le prince-héritier Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz  et avec son homologue, Adel al-Joubeir – qu’il était important d’éviter « toute ingérence et de respecter le principe de souveraineté dans la région ». Le patron du Quai a confirmé « l’attachement de la France à la stabilité du Liban dans ce contexte » et a appelé à trouver une « solution politique » en Syrie et au Yémen.

Une discussion musclée

Dans ces crises successives, la France d’Emmanuel Macron s’est posée en médiateur. C’est tout le sens de la visite surprise d’Emmanuel Macron à Ryad le 9 novembre, organisée sur les très bons conseils du prince héritier d’Abu Dhabi et commandant en chef adjoint des forces armées des Émirats Arabes Unis, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, l’ami de la France dans la région. Car l’Arabie Saoudite ne comprenait plus les positions diplomatiques de la France, notamment celles sur l’Iran. Cette rencontre a donc permis de clarifier les relations bilatérales entre les deux pays, sans toutefois les aligner. Car les échanges entre le nouvel homme fort du royaume, le prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz et Emmanuel Macron, qui sont pourtant de la même génération ou presque, ont semble-t-il été parfois musclés, selon nos informations.

Le prince-héritier saoudien a expliqué à Emmanuel Macron que les entreprises françaises, à l’image des groupes américains, pourraient bénéficier de contrats de la part du royaume à condition de ne pas commercer avec… l’Iran. Ce qui a visiblement fait tiquer Emmanuel Macron, qui lui aurait répondu qu’on ne parlait pas comme cela de la France. Ce qui dénote une prise de conscience de la France et une réorientation de la diplomatie française vis-à-vis de Ryad. Car pendant cinq ans, Paris a accordé un véritable blanc-seing à la politique internationale saoudienne. Trop et en pure perte malgré les promesses de contrats mirifiques promis à la France. Mais l’Arabie Saoudite n’a finalement jamais renvoyé l’ascenseur à Paris ou très peu. Il semble donc que la France se détache quelque peu de cette politique d’alignement sans faille entre Ryad et Paris.

En outre, les groupes français qui vendent en Iran ne sont pas si nombreux que cela (Total, les avionneurs Airbus, ATR, les constructeurs automobiles PSA et Renault, Orange…). En revanche, Vinci aurait jeté l’éponge sur un projet de construction d’un aéroport de province iranien en raison de pressions américaines, selon nos informations. Pour autant, les groupes américains ne sont pas en reste en Iran, à commencer par Boeing… Alors deux poids, deux mesures entre la France et les États-Unis pour l’Arabie Saoudite? La visite à Paris du prince héritier Mohammed ben Salmane prévue début 2018 pourrait être l’occasion de poursuivre la clarification des relations bilatérales entre Paris et Ryad, en général, et de la diplomatie économique française, en particulier.

Entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la France ne choisit pas

« La France ne choisit pas un camp, a récemment confirmé de façon très claire le Quai d’Orsay. Elle parle à tous, même si elle a bien sûr avec les pays de la région des relations différentes qui ont chacune leur histoire ». La France souhaite donc s’éloigner de la ligne diplomatique de François Hollande et de Laurent Fabius, qui avaient aligné la France sur les décisions géopolitiques de l’Arabie Saoudite. Paris se dit attachée à la paix et à la stabilité aux Proche et Moyen-Orient, qui est une région-clé pour sa sécurité. Ainsi, explique le Quai d’Orsay; « notre objectif premier est de trouver une solution négociée aux crises régionales et de réduire les tensions par le dialogue, dans le respect de la souveraineté de chacun ». Et de marteler que le partenariat historique avec l’Arabie saoudite « ne nous interdit pas de discuter avec l’Iran qui est un acteur important ».

Pour autant, la France reste partenaire et allié de l’Arabie Saoudite. La lutte contre le terrorisme et son financement sont au cœur des relations bilatérales entre les deux pays. Jean-Yves Le Drian a d’ailleurs évoqué lors de sa visite à Ryad en novembre dernier les moyens de renforcer la mobilisation commune, avec en perspective la conférence sur la lutte contre le financement du terrorisme que la France organisera au printemps 2018. La France a également condamné le tir sur le sud de l’Arabie saoudite, le 30 novembre par les rebelles houthis, d’un missile en provenance du Yémen. « Nous nous tenons aux côtés de l’Arabie saoudite face aux menaces auxquelles elle est confrontée et réaffirmons notre soutien à sa sécurité », a expliqué le Quai d’Orsay. Pour Paris, les parties yéménites doivent reprendre, sans préconditions, les négociations pour parvenir à un règlement de la crise.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/quand-la-france-decue-s-eloigne-de-l-arabie-saoudite-1-3-755483.html

La frégate russe Admiral Grigorovitch en route vers la Méditerranée

La frégate russe Admiral Grigorovitch en route vers la Méditerranée

Equipée de missiles de croisière Kalibr, la frégate Admiral Grigorovitch a mis le cap sur la Méditerranée où sont actuellement déployés une quinzaine d’autres navires de la Flotte russe de la mer Noire.

La frégate Admiral Grigorovitch doit rejoindre samedi le groupe permanent des Forces navales russes en Méditerranée, a annoncé le service de presse de la Flotte de la mer Noire.

À l’heure actuelle, une quinzaine de navires de guerre et d’accompagnement de la Flotte de la mer Noire sont déployés en Méditerranée, précise le service de presse. Les sous-marins Veliki Novgorod et Kolpino du projet 636.3 se trouvent également dans la région, selon le commandant de la Flotte Alexandre Vitko.

En juillet dernier, le navire Admiral Grigorovitch avait regagné son port d’attache à Sébastopol après une mission longue de quatre mois pendant laquelle il avait à plusieurs reprises lancé des missiles de croisière Kalibr depuis la mer Méditerranéenne contre les positions des terroristes sur le territoire syrien.

La frégate Admiral Grigorovitch du projet 11356 a été mise en service en mars 2016. Outre les missiles Kalibr, ce navire est équipé d’une pièce d’artillerie A-190 de 100 mm, de moyens de défense antiaérienne et de torpilles et est capable d’embarquer un hélicoptère Kamov Ka-27 ou Ka-31.

sputniknews

https://jansemn.wordpress.com/2017/12/02/la-fregate-russe-admiral-grigorovitch-en-route-vers-la-mediterranee/

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

#CommerceDesArmes

Yossi Melman's picture
20 novembre 2017

De la Birmanie au Soudan du Sud, en passant plus récemment par les États arabes du Golfe, Israël a essayé de garder secrètes ses ventes d’armes à des régimes engagés dans des conflits brutaux

Israël se targue d’être une société libre et démocratique qui fait partie du monde occidental. Eh bien, pas exactement. Du moins dans deux domaines importants.

Le premier, et le plus important, est l’occupation de la Cisjordanie sous le joug de l’armée israélienne et la privation de droits civils et démocratiques fondamentaux infligée à ses habitants palestiniens.

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien

Le second domaine dans lequel le manque de transparence est évident et dans lequel le gouvernement a tenté d’étouffer des informations concerne les exportations militaires et sécuritaires. Ici aussi, le censeur est omniprésent et réprime toute information susceptible d’embarrasser le gouvernement et l’appareil sécuritaire dans ses ventes d’armes à destination de dictateurs, de régimes voyous, de violateurs des droits de l’homme et d’autres gouvernements douteux.

Le cas birman

La Birmanie en est un exemple typique. En septembre, un groupe d’activistes des droits de l’homme israéliens a demandé à la Cour suprême de mettre fin aux ventes d’armes à la junte militaire de ce pays qui est toujours au pouvoir malgré les élections de 2015.

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et des rapports de l’ONU, l’armée birmane est impliquée dans des opérations de nettoyage ethnique et des crimes de guerre systémiques contre les Rohingyas (une minorité musulmane). On estime que près d’un demi-million d’habitants se sont enfuis au Bangladesh voisin après que des milliers de personnes ont été tuées et violées et que des villages ont été incendiés.

Pendant des années, Israël a vendu des armes à la Birmanie, notamment du matériel d’écoute, des équipements de communication et des patrouilleurs fabriqués par Israeli Aerospace Industries (IAI). Tar Ideals Concepts, une société israélienne, a également formé des membres des forces spéciales birmanes. La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les gouvernements israéliens successifs ont eu honte de ces contrats mais ont encouragé les marchands d’armes et les industries publiques à continuer de les fabriquer. Dans le même temps, ils se sont servis du censeur militaire pour réprimer la diffusion d’informations.

Min Aung Hlaing, général en chef de l’armée birmane, prend la parole à l’occasion du deuxième anniversaire de la cérémonie de signature de l’accord de cessez-le-feu national, à Naypyidaw, le 15 octobre 2017 (AFP)

Comment sommes-nous donc au courant de tous ces contrats ? Parce que la junte birmane s’en est vantée sur ses sites officiels et a publié des photos de ses chefs en visite en Israël. Il s’agissait notamment de rencontres organisées en septembre 2015 entre le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, qui agit indépendamment du gouvernement civil, accompagné d’autres officiers de haut rang de la junte militaire, et le président israélien Reuven Rivlin, le chef de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, les chefs des services de sécurité israéliens ainsi que des hauts responsables de l’industrie israélienne de l’armement.

Hlaing a même écrit sur sa page Facebook que ses collègues et lui avaient visité Israel Aerospace Industries, près de Tel Aviv, ainsi que d’autres entreprises du secteur de la défense.

Les liens avec la Chine

Récemment, j’ai appris que Commtac, un fabricant israélien d’équipements de communication pour drones, a vendu, via Elul (un courtier en armes israélien), des équipements installés sur des drones de fabrication chinoise utilisés par l’armée birmane. Commtac est une filiale du fabricant israélien de drones Aeronautics Defense Systems. Le gouvernement israélien s’est montré particulièrement sensible vis-à-vis de ce contrat, non pas parce qu’il s’oppose aux ventes à la Birmanie, mais parce qu’il craignait que le lien avec des drones chinois n’irrite les États-Unis.

Dès la fin des années 1970, bien avant l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et la Chine, des entrepreneurs du secteur israélien de la défense ont secrètement équipé l’armée chinoise, avec l’approbation du gouvernement. Au cours de la dernière décennie, cependant, Israël a cessé ses ventes militaires à destination de la Chine sous la pression des administrations américaines successives.

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques

Si Elul n’a pas répondu aux demandes de commentaires, un porte-parole de Commtac et d’Aeronautics Defense Systems a confirmé que l’entreprise avait vendu des équipements à la Birmanie « conformément à la réglementation du ministère de la Défense et avec son approbation ». Il a ajouté, cependant, que le ministère de la Défense avait récemment changé de politique et suspendu les licences accordées à toutes les sociétés israéliennes qui autorisent les contrats avec la Birmanie, dont Commtac.

Il convient de noter que le ministère n’a fait aucune déclaration à cet égard et espérait passer cette décision sous silence. Le ministère a refusé de développer le sujet, déclarant seulement : « Nous ne formulons aucun commentaire sur les questions relatives aux exportations. » Cette confidentialité vise à ne pas irriter la Birmanie, avec l’espoir que, tôt ou tard, l’interdiction sera levée et les affaires reprendront.

À LIRE : L’alliance israélo-saoudienne bat les tambours de guerre

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques. En septembre, certains d’entre eux ont appelé la Cour suprême d’Israël à ordonner au ministère de la Défense de mettre fin à ses ventes à destination de la Birmanie et de suivre ainsi les politiques américaines et européennes qui ont imposé un embargo sur les armes à ce pays d’Asie du Sud-Est. L’État s’y est opposé et le tribunal a rejeté cet appel.

Toutes les délibérations se sont déroulées à huis clos, signe qu’en Israël, ce n’est pas seulement le censeur, mais aussi les tribunaux qui serrent les rangs avec les forces de sécurité lorsqu’il est question de ventes d’armes.

Les ventes d’armes à des dictateurs

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien, tandis que le public soutient généralement la politique du gouvernement et préfère ne pas en entendre parler, même si ces ventes contrastent fortement avec la morale universelle, les droits de l’homme et l’éthique.

Les exportations d’armes israéliennes vers plus de cent pays sur les cinq continents ont rapporté 6 milliards de dollars en 2016. Bien que celles-ci représentent seulement 6 à 7 % du total des exportations israéliennes de biens et de services, la contribution des entreprises du secteur de la sécurité ne se limite pas aux exportations. Elles sont les principaux fournisseurs d’armes des Forces de défense d’Israël (FDI) et emploient quelque 100 000 travailleurs, ce qui en fait un facteur important de la prospérité économique d’Israël.

Les clients peuvent être divisés en trois groupes. Le premier et le plus grand marché est formé par les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques, comme les États-Unis, l’UE, l’Inde, Singapour et l’Azerbaïdjan.

Des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) transportent des armes lourdes près d’Alole, dans le nord du Soudan du Sud, le 16 octobre 2016 (AFP)

Le deuxième groupe se compose des pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques mais qui sont dirigés par des dictateurs, sont impliqués dans des guerres civiles ou commettent des violations des droits de l’homme, comme la Birmanie ou, par le passé, des pays d’Amérique centrale et méridionale, ou encore d’Afrique.

Les marchands d’armes israéliens ont vendu des armes aux deux camps pendant la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Mais le cas le plus inquiétant d’exportations israéliennes vers l’Afrique a été celui du Soudan du Sud. Israël a continué de fournir des armes à cette nation, même après la guerre civile sanglante qui y a éclaté. Ce n’est que récemment, sous la pression des médias locaux et de groupes de défense des droits de l’homme étrangers, que le ministère de la Défense a annoncé qu’il avait cessé toute vente militaire à destination du Soudan du Sud.

La diplomatie par les ventes d’armes

Ici aussi, dans cette deuxième catégorie, le censeur est intervenu pour empêcher la publication de contrats relevant du secteur de la défense, comme c’est le cas avec l’Azerbaïdjan qui, en raison de sa frontière avec l’Iran, est considéré comme un pays d’une importance stratégique.

Le tabou qui régnait sur ce sujet a été rompu en février, lorsque le président azéri Ilham Aliyev a publiquement reconnu que son pays avait conclu des contrats avec Israël évalués à 5 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Ce faisant, Aliyev a surpris Netanyahou, alors en visite en Azerbaïdjan. Aux côtés des États-Unis, de l’Inde et de l’UE, la nation caucasienne est l’un des plus grands marchés pour les jouets militaires israéliens.

À LIRE : Nettoyage ethnique des Rohingyas : Israël exporte à nouveau sa guerre contre les peuples autochtones

La troisième catégorie de pays bénéficiant d’armes et de technologies israéliennes avancées – qui ont fait leurs preuves en situation de combat après avoir été utilisées par les FDI – regroupe ceux qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Il s’agit principalement de nations arabes et musulmanes.

Dans ce cas, les contrats visent non seulement à générer des gains financiers, mais aussi à prendre pied dans le monde arabe et à recevoir en contrepartie des renseignements ou d’autres faveurs.

Dans les années 1980, Israël a vendu des avions Skyhawk de fabrication américaine qui avaient été mis hors service par l’Armée de l’air israélienne à l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. La vente a été approuvée par les États-Unis. En retour, l’Indonésie a accordé des faveurs à Israël, notamment en permettant aux experts israéliens de se renseigner sur les armes sophistiquées de fabrication soviétique utilisées par ses ennemis arabes.

Au cours des dernières années, des armes et des technologies israéliennes ont été utilisées pour venir en aide à la Jordanie (prêt d’hélicoptères et de drones israéliens) et à l’Égypte (renseignements et drones israéliens attaquant occasionnellement des positions de l’État islamique dans le Sinaï).

Comme la Jordanie et l’Égypte entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, en surface, les informations faisant état de liens sécuritaires et militaires spéciaux ne devraient pas poser de problème. Mais, encore une fois, le censeur ne permet la diffusion d’informations à l’échelle locale que si les médias d’information étrangers les ont déjà relayées.

Les contrats avec le Golfe

Un autre marché important pour les technologies militaires israéliennes est celui des Émirats arabes unis, menés par Abou Dabi et, selon des informations qui n’ont jamais été confirmées, de l’Arabie saoudite.

Selon ces informations, des entreprises de haute technologie israéliennes ont conclu des contrats pour fournir au royaume des équipements de renseignement, tandis que l’Arabie saoudite envisage d’acheter le système anti-missiles israélien « Dôme de fer ». Il convient de noter que les réseaux sociaux dans le monde arabe ont continuellement répandu des rumeurs selon lesquelles le prince héritier Mohammed ben Salmane se serait récemment rendu en Israël. Les porte-parole saoudiens ont nié les faits.

Le système anti-missiles israélien « Dôme de fer » (AFP)

Depuis plusieurs années, le censeur s’est servi de sa main de fer pour empêcher les médias israéliens de relayer toute information faisant état de ventes à destination du monde arabe. Cette attitude s’est révélée absurde et ridicule dans la mesure où le principal négociateur dans ces contrats « secrets », le courtier en armes israélien Mati Kochavi, a révélé les contrats conclus avec Abou Dabi lors d’un séminaire public à Singapour par suffisance et égocentrisme.

Comme l’écrivait l’auteur anglais Samuel Johnson, « le patriotisme est le dernier refuge de la crapule ». On peut dire que le ministère israélien de la Défense se montre prompt à invoquer des « raisons de sécurité » pour justifier tous les méfaits possibles commis par des marchands d’armes sans scrupules, des entrepreneurs corrompus du secteur de la défense et des dictateurs impitoyables.

Au cours des deux premières décennies qui ont suivi son indépendance en 1948, Israël espérait être une lumière pour les nations ; malheureusement, il est devenu un fournisseur d’armes pour des régimes douteux.

 

– Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : soldats de l’armée birmane en patrouille dans un village du district de Maungdaw, situé dans l’État d’Arakan, le 21 octobre 2016, alors que les opérations de sécurité se poursuivent après les attaques menées par des militants armés le 9 octobre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-secret-bien-mal-gard-d-isra-l-les-ventes-d-armes-des-r-gimes-en-guerre-365797615

Leslie Varenne

Leslie Varenne

Leslie Varenne est co-fondatrice et directrice de l’IVERIS.

leslie.varenne@iveris.eu

Leslie Varenne a été journaliste d’investigation pendant 20 ans, elle est une spécialiste reconnue de l’Afrique, continent sur lequel elle se rend régulièrement et auquel elle a consacré de nombreux articles, reportages, rapports et ouvrages.

Ses nombreuses enquêtes et publications ont également été consacrées à la politique et à l’économie française et internationale.

Dans son dernier ouvrage, « Abobo la guerre » elle a dévoilé les coulisses de la guerre de 2011 en Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui auteur et chercheur, elle intervient régulièrement à l’occasion de colloques et de conférences internationales.

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Son dernier travail publié est l’enquête sur le groupe Alstom coécrite avec Eric Denécé pour le CF2R.

Où est passé l’argent des Libyens, enquête parue dans le magazine Long Cours en septembre 2013.

 

Derniers ouvrages

 

Abobo la guerre, Côte d’Ivoire terrain de jeu de la France et de l’ONU

Editions Mille et Une Nuits, 2012

Côte d’Ivoire, novembre 2010. L’élection présidentielle a laissé un goût amer. Organisée au forceps par une coalition internationale soutenue par l’ONU et dirigée par la France de Nicolas Sarkozy, elle n’a rien réglé de la crise profonde que traverse ce pays depuis dix ans. Bien au contraire, elle l’a plongé dans la confusion, rendant son avenir incertain et périlleux.
Au terme d’un an d’enquête et de multiples reportages, Leslie Varenne révèle dans cet ouvrage percutant les coulisses d’un conflit meurtrier dont nul ne mesure encore les effets. Elle dénonce les innombrables mensonges des autorités. Elle démontre notamment qu’en dépit des multiples dénégations de Paris, Laurent Gbagbo, le président sortant, a bien été enlevé par le GIGN, et donc par la France. Alassane Ouattara, globalement démocratiquement élu, mais militairement installé par une armée étrangère, ne voit-il pas sa légitimité entamée ?
Ce livre raconte aussi l’histoire tragique des habitants de l’immense commune d’Abobo, quartier déshérité du nord d’Abidjan qui a été au cœur de cette guerre. Depuis ce lieu stratégique, bastion pro-Ouattara, on découvre le jeu cynique des dirigeants, leurs manipulations, leurs trahisons, et comment les deux camps ont délibérément envoyé la population civile à l’abattoir pour servir leurs desseins.

L’histoire secrète d’EADS ou le syndrome d’Icare

Editions Hugo.doc, 2007

Pour le grand public, E. A.D.S (European Aeronautical Défense & Space Company), c’est Airbus et la victoire de l’Europe sur l’américain Boeing, mais E.A.D.S est avant tout une multinationale hautement stratégique.Pourtant depuis quelques années, le groupe se retrouve à la une des faits-divers, plongée dans les eaux troubles des «affaires». Quels sont les secrets dissimulés derrière ces quatre lettres ?
Comment en 1998, Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn ont-ils bradé l’Aérospatiale au bénéfice de Jean-Luc Lagardère ? Comment l’affaire «Clearstream» née au sein même d’EADS a-t-elle pu faire trembler les plus hauts responsables politiques français, de Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy ?
Pourquoi les somptueuses plus-values réalisées par les actionnaires Lagardère et Daimler risquent-elles de relever du délit d’initié ? Pourquoi un plan de délocalisation, de restructuration et de suppressions d’emplois chez Airbus alors que cette filiale d’EADS ne s’est jamais aussi bien portée. Est-ce une réponse à l’incurie des dirigeants au détriment des salariés ? Enfin, E.A.D.S, entreprise d’armement, portait le grand rêve d’une défense Européenne indépendante. Cet espoir s’est-il évanoui ?

 

https://www.iveris.eu/page/leslie_varenne/

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

 

Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017

 

Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 1ère Partie.

 

 

| Q. Désolé d’être aussi pragmatique, mais ramenons-nous quelque-chose de palpable du périple d’Emmanuel Macron dans le Golfe ?

Jacques Borde. Oui, rassurez-vous. Les Émirats arabes unis (EAU) vont nous prendre deux corvettes Gowind, de Naval Group, l’ex-DCNS. Un projet d’acquisition assorti d’une option pour deux bâtiments supplémentaires. L’annonce en a été faite par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse.

« Nous sommes fiers que les autorités des Émirats arabes unis aient sélectionné les corvettes Gowind de Naval Group. Avec notre partenaire industriel émirien ADSB, les discussions vont maintenant se poursuivre avec les Forces armées pour nous permettre de finaliser le contrat relatif à cette acquisition. Ces corvettes Gowind sont des navires de combat de dernière génération, polyvalents, et adaptés pour répondre aux besoins de la marine des Émirats arabes unis », a expliqué, de son côté, le pdg de Naval Group, Hervé Guillou.

« Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et les Émirats arabes unis et constitue un nouveau succès à l’export pour la France », a noté, quant à elle, la ministre des Armées, Florence Parly.

Emmanuel Macron n’a donné aucun détail sur l’accord ni son montant, mais il est à rappeler que Naval Group tenait, et tient toujours, la corde face à ses concurrents.

| Q. Pourquoi cette commande ?

Jacques Borde. Pour trois raisons, en fait.

Comme l’a écrit Michel Cabirol, « Abu Dhabi a exprimé un vif intérêt pour ce type de corvettes de haute mer et lourdement armée dans un contexte régional tendu non seulement avec l’Iran mais également avec la Turquie, qui a installé sa première base militaire en Afrique (près de Mogadiscio en Somalie). Déjà en guerre contre les Houthis au Yémen, les EAU semblent également très soucieux de défendre l’accès du Détroit de Bab-el-Mandeb ‘gardé’ par Aden et Mogadiscio. C’est d’ailleurs également l’une des priorités de l’Égypte, l’allié des EAU ».

Bon, évidemment, nous ne sommes pas au niveau des milliards de dollars ramenés par Donald J. Trump, mais nous n’allons pas nous plaindre…

| Q. Plus généralement, quid des propos successives d’Emmanuel Macron tenus dans le Golfe ?

Jacques Borde. Intéressants, mais souvent trop génériques, je dirais. Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’inclusif (sic) quant à ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce nous y faisons et avons bien pu y faire.

Quant à la Syrie, plus précisément, je note surtout, Raqqa or not Raqqa, que le régime de Paris (sic) n’a, officiellement, rien à y faire, n’y étant en rien invité par le régime de Damas (sic) qui est, que cela plaise ou non à certains, l’autorité légale de ce pays. Et, là, je ne vous parle pas du soutien que nous avons pu accorder à des groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. À propos de qui Laurent Fabius disait qu’ils faisaient du « bon travail ».

| Q. Alors, en ce cas, selon vous, sommes-nous toujours l’ami du monde arabe ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, parce qu’à l’évidence, et en dépit de l’existence d’usines à gaz comme la Ligue arabe, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), plus quelques autres machins que j’oublie, le monde arabe a cessé d’exister en tant qu‘entité géopolitique.

Quant à l’Organisation de la coopération islamique (OCI), elle déborde largement du monde arabe.

Oui, car ce que nous sommes sans hésiter c’est bien les amis de plusieurs pays arabes, arabo-musulmans (sans parle de pays musulmans non-arabes). D’ailleurs par toujours nécessairement amis entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Qu’en cette mi- novembre 2017, nous sommes – ou essayons d’être, et ce par tous les moyens possibles – les amis de l’Arabie Séoudite [sic], des Émirats arabes unies, de l’Égypte. Mais, car il y a un mais, « s’immiscer dans des affaires intrarégionales », pour reprendre une des phrases d’Emmanuel Macron, semble encore être la vulgate de nos administrations successives. En Irak et en Syrie notamment.

Donc aussi non.

| Q. Vous mettez l’Irak et la Syrie sur le même plan ?

Jacques Borde. Pratiquement. Je vous explique pourquoi.

Primo, concernant la Syrie, vous aurez noté que :

1- le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, a dit et répété la défiance qui était la sienne et celle de son administration à notre égard.
2- en dépit des nos gesticulations, nous ne sommes toujours pas associés aux pourparlers dits d’Astana. De là à dire que nos exploits aéroterrestres ne sont peut-être pas aussi remarquables que le laisse entre le
discours élyséen…

En un mot comme en cent nous ne sommes donc résolument pas les amis de la Syrie. Sauf à considérer comme représentants de ce ce pays quelques groupuscules d’opposition armée tenus à Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran (et généralement au Caire également) pour des terroristes takfirî.

Secundo, concernant l’Irak, il est à noter que bien que l’administration Maliki ne tienne pas à l’égard de la France des propos aussi tranchés que le président syrien :

1- Bagdad ne nous associe à aucun de ses pourparlers sérieux avec qui que ce soit. Nous prêtons nos bras, où plutôt nos ailes, aux forces syriennes. Mais, au-delà, pas de quoi pavoiser.
2- l’administration irakienne, lorsqu’elle écoute quelqu’un tend plus l’oreille en direction de Moscou ou de Washington.
3- l’Irak, géostratégiquement, a quand même ses deux pieds ancrés dans l’
arc chî’îte, l’alliance politico-militaire conduite par l’Iran voisin.

| Q. Nous avons fait le tour ?

Jacques Borde. Non pas encore, hélas.

Restent encore deux de nos plus anciens amis arabes : le Liban et le Yémen. Nos liens étaient jadis très fort avec ces deux-là. Mais, nous avons, sous de précédents mandats présidentiels, abandonnés ces deux amis historiques de la France à leur triste sort. L’or du Golfe ayant eu raison de nos sentiments.

| Q. Pour vous la France n’est plus la puissance protectrice du Levant ?

Jacques Borde. (Soupir) Non. Et depuis longtemps déjà.

Je vous rappelle, ici, l’épisode honteux de l’ancien Sandjak d’Alexandrette – volé à sa mère-patrie syrienne et livré à la Turquie – grâce aux entourloupes de… Paris. Il y a donc un bout de temps que nous avons pris cette habitude de trahir, pour des dinars à défaut de deniers, nos rares et vrais amis dans cette partie de l’Orient compliqué.

À ce sujet, le livre de Lucien Bitterlin : Alexandrette, le ‘Munich’ de l’Orient ou Quand la France capitulait, même s’il remonte à 1999, me semble une lecture indispensable.

Pour lire la suite cliquer sur le lien

 

Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements.

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-1-2_a343.html

Vidéo A. Levallois et F. Bourrat : Les jeux des services secrets au Moyen-Orient

Vidéo A. Levallois et F. Bourrat : Les jeux des services secrets au Moyen-Orient

Par Agnès LEVALLOIS, Fabien HERBERT, Flavien BOURRAT, Pierre VERLUISE, Selma MIHOUBI, le 8 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agnès Levallois, Consultante spécialisée sur le Moyen-Orient, enseignante à l’ENA et à Sciences Po Paris, membre du conseil d’administration de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO). Flavien Bourrat, Chercheur sur le Maghreb et le Moyen-Orient à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM). Propos recueillis par Pierre Verluise, Selma Mihoubi, Fabien Herbert. Images et son Selma Mihoubi et Fabien Herbert. Montage Fabien Herbert.

Quels sont les jeux des services secrets au Moyen-Orient ? Deux experts, Flavien Bourrat (IRSEM) et Agnès Levallois (ENA) répondent aux questions du site géopolitique Diploweb.com.

QUESTIONS

. Quelles sont les principales idées fausses sur les services secrets au Moyen-Orient ?

. Quelles sont les idées clés à avoir à l’esprit au sujet des services secrets au Moyen-Orient ?

. Quelles sont les relations entre les services secrets des pays de cette zone et ceux des puissances régionales et mondiales ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

http://lesakerfrancophone.fr/est-ce-que-la-marine-americaine-dit-bien-la-verite-dans-son-rapport-sur-les-recents-incidents-de-collision

RUSSIE : MYSTÈRE AUTOUR DES NOUVEAUX SOUS-MARINS NUCLÉAIRES D’ATTAQUE

RUSSIE : MYSTÈRE AUTOUR DES NOUVEAUX SOUS-MARINS NUCLÉAIRES D’ATTAQUE

Alain Rodier

10-10-2017

 

 

Le programme de construction de sous-marins nucléaires d’attaque de quatrième génération de la marine russe, appelé « Projet 885M Iassen-M », est en train d’atteindre sa vitesse de croisière, après avoir rencontré de nombreuses difficultés techniques et de financement, en particulier en raison de la complexité des armements embarqués.

Un armement impressionnant

S’il est difficile de déterminer quels sont les armements réellement emportés[1], il semble que cette nouvelle classe de sous-marins est équipée de huit tubes de lancement verticaux. Ils sont destinés à accueillir des missiles de croisière longue portée 3K-10 Sampson – pouvant atteindre des cibles situées à 3 000 kilomètres pour certains modèles mer-sol – ou Kalibr, de 2 500 kilomètres de portée. Ces derniers missiles ont été utilisés en Syrie depuis des sous-marins à propulsion diesel-électrique de classe Varshavyanka. Ce n’est pas l’efficacité tactique qui était recherchée mais la possibilité de se livrer à des tests en grandeur nature. Des missiles anti-navires Oniks (trois par silo[2]) peuvent aussi armer ce submersible si sa mission a des objectifs purement navals. Une vidéo prise par Oleg Kueshov et diffusée sur Twitter le 16 avril 2017 laisse apparaître une ouverture inhabituelle sur le flanc du navire en arrière du kiosque. Elle doit probablement couvrir tous les silos verticaux, à la différence des tapes classiques.

Il y aurait également quatre tubes horizontaux de 650 mm pouvant recevoir des missiles anti-navires P-800 Bolid et quatre tubes de 533 mm capables de délivrer des torpilles supersoniques à effet de cavitation Va-111 Chkval, des mines, des missiles de croisière RPK-7 Vorobei voire des drones sous-marins. Moscou annonce dans sa documentation dix tubes de 533 mm…

Des performances exceptionnelles mais un nombre trop limité

Ces bâtiments de 120 mètres de long et de 9 700 tonnes de déplacement en surface (13 500 tonnes en plongée) pourraient atteindre la vitesse impressionnante de 35 noeuds[3]. Ils sont capables de plonger jusqu’à 600 mètres, presque le double des autres sous-marins de même catégorie. Ces performances assurent une survivabilité exceptionnelle à ces navires dont l’équipage est constitué de 90 hommes. La capacité opérationnelle létale de ces sous-marins est impressionnante. Ils représenteront à terme une menace significative pour tout groupe aéronaval adverse.

Le premier submersible, le K-550 Severodvinsk, dont la construction a débuté en 1993, n’a été lancé qu’en 2010. Après de nombreux essais, il a finalement été livré à la marine russe de décembre 2013, mais il n’a été officiellement été intégré dans les forces navales que le 17 juin 2014.

Toutefois, les ambitions initiales qui portaient sur une trentaine d’exemplaires ont été considérablement revues à la baisse puisque seulement sept sous marins sont aujourd’hui prévus. Les deuxième et troisième bâtiments portent les noms de K-561 Kazan et K-573 Novossirbirsk. Ils devraient être opérationnels à l’horizon 2018. Ils seront suivis par le K-571 Krasnoyask, l’Arhangelsk, le Perm puis le Ulyanosk

Il faut se rappeler qu’après la catastrophe du Koursk survenue le 12 août 2000, la flotte sous-marine russe a été quasiment à l’arrêt jusqu’en 2008. Aujourd’hui, les sous-marins russes ont retrouvé un rythme de patrouille presque équivalant à celui du temps de la splendeur de l’URSS. C’est pour cette raison que le parc de sous-marins doit être modernisé pour suivre la cadence imposée par le Kremlin. Il se compose aujourd’hui de 13 SNLE (plus 2 en réserve), 24 SNA (plus 4 en réserve), 23 sous-marins à propulsion classique (plus 3 en réserve) et 3 pour les forces spéciales (plus un en réserve). Moscou a fait le choix stratégique de renoncer au porte-aéronefs, misant plutôt sur la force sous-marine même si les contraintes budgétaires ont considérablement révisé ses ambitions à la baisse. Indéniablement, cette posture est significative de la volonté défensive de la Russie, du moins dans le domaine naval.


  • [1] Des choix sont faits avant chaque patrouille en fonction des missions à remplir.
  • [2] Un système d’arme hypersonique (Mach 6) 3M-22 Zircon est en développement.
  • [3] A titre de comparaison, les sous-marins d’attaque américains de classe Virginia n’atteignent que 32 nœuds.

 

http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/russie-mystere-autour-des-nouveaux-sous-marins-nucleaires-attaque.php