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Disponibilité des aéronefs militaires : c’est vraiment très, très alarmant ! (1/3)

Disponibilité des aéronefs militaires : c’est vraiment très, très alarmant ! (1/3)

Par Michel CABIROL  |   |  923  mots
Selon le rapport, la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l'aviation de transport tactique ne permet pas d'honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle.
Selon le rapport, « la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l’aviation de transport tactique ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle ». (Crédits : Reuters)
La disponibilité de certaines flottes d’aéronefs militaires est jugée « particulièrement critique », selon Christian Chabbert, auteur d’un rapport sur le MCO aéronautique, que La Tribune s’est procuré. Elle « ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel » des forces armées.

Le rapport Chabbert sur le MCO aéronautique (Maintien en condition opérationnelle), sur lequel s’est appuyé en décembre la ministre des Armées Florence Parly pour lancer la réforme du MCO en vue d’augmenter la disponibilité des aéronefs militaires, a été mis sous le boisseau. Et pour cause. Ce rapport est très, très explosif… On connaissait déjà la gravité de la situation sur la disponibilité « particulièrement critique » de certaines flottes d’aéronefs militaires, mais le rapport Chabbert, dont La Tribune a pris connaissance, va beaucoup plus loin en révélant les conséquences très inquiétantes de ce constat sur les contrats opérationnels des forces.

La disponibilité des flottes des forces françaises stagnent depuis 2012, autour de 44%. En 2016, elle s’élevait à 44,4% et sur les six premiers mois de 2017 à 44,1%. Ces chiffres signifient que moins d’un aéronef sur deux est en mesure d’effectuer la mission pour laquelle il a été acquis. Et selon le rapport, « la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l’aviation de transport tactique ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle ». Au-delà de la difficulté à tenir les contrats opérationnels, le manque de disponibilité des appareils « obère la capacité des forces à soutenir dans la durée l’activité aérienne », estime Christian Chabbert.

La disponibilité des hélicoptères reste catastrophique

Il faut dire que la disponibilité des appareils cités dans le rapport n’excède jamais 40%, à l’exception de l’hélicoptère de transport NH90 en 2016 (41%). C’est notamment le cas des hélicoptères des trois armées. Pour l’armée de Terre, la disponibilité des Tigre s’est élevée à 25% en 2016 et 26% entre janvier/août 2017, des Puma à 31% et 32%, des Cougar à 21% et 24%, des Caracal à 27% et 24%, et, enfin, des Caïman (NH90 TTH) à 37% et 37%. Les NH90 de la Marine avaient une disponibilité de 41% en 2016 pour retomber à 33% sur les six premiers mois de 2017. Enfin, les H225M et les Puma de l’armée de l’air ont eu une disponibilité respectivement de 29% et 28% en 2016 et de 30% et 32%.

Sur les avions, la disponibilité des A400M et des C130 n’était guère mieux que celle des hélicoptères : les A400M (18% en 2016 et 30% sur les six premiers mois de 2017) et les C130 (23% et 18%). Par ailleurs, les ATL2 de la Marine ont également une disponibilité médiocre : 24% et 27%.

La disponibilité en métropole ne dépasse pas 30%

En dépit de ces taux de disponibilité très faibles, les besoins militaires liés à l’activité aérienne ont été satisfaits à 93% en 2016. « Cependant, ce constat doit être nuancé », fait valoir Christian Chabbert. Car la programmation de l’activité tient compte de l’anticipation de la disponibilité. Ainsi, la situation est « en général présentée de façon favorable » : dans le Contrat unifiée de gestion (CUG) de 2017, il est fixé un objectif de 20 Tigre disponibles sur un parc de 61 machines dont 41 en ligne. Toutefois, « les flottes très peu disponibles ont des taux de 15 à 20 % inférieurs à la programmation », précise-t-il.

Enfin, les heures de vol effectuées en opérations portent très fortement l’activité aérienne. Ainsi la disponibilité atteint 80 % en opérations extérieures mais a contrario, elle ne dépasse pas 30 % en métropole. « C’est donc l’activité aéronautique réalisée en métropole qui demeure, depuis plusieurs années, toujours en deçà de celle prévue, explique le rapport. La formation des pilotes, leur entraînement et la régénération des matériels sont par conséquent extrêmement contraints ».

« Si les opérations sont donc réalisées, c’est au prix de l’augmentation non maîtrisée d’une dépréciation de l’actif, créateur d’une dette technique et en compétences humaines qui remet en question la capacité des armées à conduire demain les missions qui leur seront confiées dans le domaine aéronautique ».

Tous les besoins ne sont pas couverts

Les besoins réels des armées estimés à 18,58 milliards d’euros sur la période 2018-2023 ne seraient pas couverts par le ministère des Armées, constate Christian Chabbert. Ainsi, il prévoirait seulement 17,64 milliards d’euros, dont 16,58 milliards d’euros de ressources budgétaires lors d’une programmation présentée en comité ministériel d’investissement (CMI) le 18 septembre 2017. Soit un différentiel de 943 millions d’euros. Mais Christian Chabbert estime les besoins réels de MCO à 4,1 milliards d’euros par an sur la période 2018-2023. Ils « ne seraient pas couverts » par cette prévision.

En outre, en cas d’amélioration de la performance de la fonction MCO, une remontée d’activité pour atteindre les normes d’entraînement (normes OTAN) des équipages entraînera « mécaniquement une nouvelle hausse de l’entretien programmée du matériel (EPM) » note le rapport. Des éventuels surcoûts qui devraient s’ajouter à l’augmentation des dépenses d’EPM prévues ces prochaines années : surcoûts liés aux opérations extérieures (régénération des matériels), la chute d’activité qui doit être enrayée, montée en puissance des nouvelles flottes (Tigre, Caïman et A400M) dont le coût d’EPM est
supérieur à celui des flottes remplacées, maintien en activité de flottes anciennes dont le coût du MCO ne cesse d’augmenter (Alouette III, C160, Gazelle …), externalisation du soutien de certaines flottes (contrat FOMEDEC).  La partie est loin d’être gagnée par Florence Parly.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/disponibilite-des-aeronefs-militaires-c-est-vraiment-tres-tres-alarmant-1-3-769078.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20180220

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Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Organisée par des Allemands, la Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est transformée en forum mondial des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Chacun voulait anticiper l’évolution politique du moment, tandis que les organisateurs tentaient de faire avancer la cause de leur réarmement. En définitive, si les positions des uns et des autres ont été clarifiées, la question des nouvelles règles du jeu reste en suspens.

| Damas (Syrie)

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La Conférence sur la Sécurité de Munich est devenue au fil du temps la rencontre internationale la plus importante sur le sujet au monde. Créée dans le contexte de la Guerre froide par un noble ultra-conservateur, héros de la Résistance contre le nazisme, Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, elle a toujours eu un côté atlantiste et anti-communiste. Elle n’en reste pas moins un événement allemand et non pas une initiative états-unienne.

Fondée en 1963, elle réunissait alors une soixantaine de personnalités. Henry Kissinger, qui n’était alors qu’un espion et un universitaire, et Helmut Schmidt, alors simple député fédéral, y participèrent. Depuis 2009, sous l’impulsion de son nouveau président, le diplomate Wolfgang Ischinger, la conférence n’est plus un séminaire stratégique germano-US, ni même un forum européen, mais l’événement mondial en matière de Relations internationales et de Défense.

La Conférence 2018

L’édition 2018 rassemblait 682 hautes personnalités, dont une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, une quarantaine de ministres des Affaires étrangères, une autre quarantaine de ministres de la Défense, et presque tous les patrons des services secrets occidentaux, sans compter les directeurs de think tanks et d’ONG humanitaires atlantiques, ou les journalistes bien-pensants  [1]. Depuis trois ans, un sommet des services secrets se tient discrètement en marge de la Conférence.

Le très haut niveau, sans aucun précédent, de cette rencontre s’explique par le désordre international actuel. Chacun a bien vu que le système unipolaire imposé par les États-Unis à partir de 1995 n’est plus. Pour autant, personne ne sait très bien ce qui va suivre.

La presse n’a retenu de cet événement que le show puéril de Benjamin Netanyahu et quelques phrases des uns et des autres. Les vrais enjeux étaient ailleurs.

L’affirmation de la puissance militaire allemande est-elle désormais possible ?

La puissance invitante, c’est-à-dire des Allemands à titre privé et non pas l’État fédéral, entendaient utiliser les participants pour faire avancer ses propres objectifs. Un document distribué à l’entrée, débute par deux articles. Celui de gauche, signé par le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, comprend cette phrase : « Il est ni imprudent, ni anti-américain, d’imaginer une Europe sans les États-Unis » [2]. Celui de droite, rédigé par la juriste Constanze Stelzenmüller, analyse les divergences entre le président Trump et ses principaux conseillers pour conclure par une mise en garde face à leurs développements possibles [3].

Juste avant que Berlin ne soit paralysé par l’absence de majorité parlementaire, le gouvernement fédéral réfléchissait à la possibilité d’investir massivement dans son armée et de prendre le contrôle de l’ensemble des armées européennes, française comprise [4]. Il s’agit d’utiliser l’Union européenne au moment où les États-Unis sont en crise pour affirmer au plan politique la puissance économique allemande. Mais comment se passer de la puissante armée britannique après le Brexit ? Comment gérer la force nucléaire française ? Et quelle marge de manœuvre les États-Unis sont-ils prêts à concéder à l’Allemagne ?

Le Premier ministre britannique, Theresa May, a répondu, en ce qui la concerne, que le Royaume-Uni entendait négocier un Traité de Défense avec l’Union européenne, une fois qu’il l’aurait quittée ; ce qui renvoie l’Allemagne à la vision que Winston Churchill en avait. L’Union européenne doit maintenir la stabilité à l’Ouest du continent, Londres sera toujours pour elle un allié solide, mais c’est le gouvernement de Sa Majesté qui fixera les objectifs communs et certainement ni Berlin, ni Paris.

Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a dressé l’éloge de l’Europe de la Défense et affirmé que son pays consacrerait 2% de son PIB aux questions militaires en 2025. Capitalisant sur l’excellente communication du président Emmanuel Macron, il a manifesté son soutien aux ambitions allemandes tout en s’abstenant de répondre à la question concrète de la force de frappe. On n’est donc guère avancé : le tandem Macron-Philippe se réjouit du nouveau mécanisme de concertation européenne en matière d’industrie de Défense (le PESCO), mais n’a signé d’engagements concrets qu’avec Londres.

L’énorme délégation US s’est comportée comme imaginé dans le document préparatoire : Washington attache beaucoup d’importance à ses alliés pour renforcer sa crédibilité. Autant dire que l’affirmation de la puissance militaire allemande ne sera possible que tenue en laisse par le Pentagone.

L’Ukraine et la Crimée

Alors que l’Allemagne a voté les sanctions européennes contre la Russie, les membres de la MSC ne remettent pas en question la réunification de la Crimée à la Russie. Ils ne s’appuient pas sur l’exemple de la réunification allemande, car celle-ci ne s’est pas faite au détriment d’un autre État, mais sur leur propre initiative de reconnaître l’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine contre la volonté de la Fédération yougoslave (actuelle Serbie) [5]. Ils analysent la crise ukrainienne en termes de tectonique des plaques. Pour eux, les forces qui se sont affrontées là-bas durant une vingtaine d’années ont abouti à ce divorce. Dès lors, la question du Donbass est celle de la délimitation des plaques. La réponse n’est pas la même selon que l’on observe l’Histoire longue ou courte.

Quoi qu’il en soit, la MSC considère les accords de Minsk II comme la seule solution de paix, mais elle ne les comprend pas de la même manière que Moscou, ce texte étant particulièrement imprécis.

Les Allemands ont été surpris par la proposition du président Vladimir Poutine de déployer une force de stabilisation des Nations unies au Donbass. Ils la comprennent comme chargée de faire respecter l’ordre de Kiev et donc, de désarmer la région tandis que le gouvernement ukrainien pourrait, lui, se préparer à un nouvel affrontement. Ce n’est évidemment pas le point de vue russe.

Une dizaine de personnalités ukrainiennes étaient présentes à Munich. Certes, le président Petro Poroschenko et ses alliés comme son ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkin (ancien ambassadeur à Berlin) ou le maire de Kiev Vitali Klitschko (ex-champion du monde de boxe poids lourds WBO & WBC, « héros » du Maïdan). Également des leaders économiques comme Natalie Jaresco (une ex-employée du département d’État US, placée par Washington comme ministre des Finances) ou le patron de Naftogaz, Andriy Kobolyev, et les oligarques Viktor Pinchuk et Sherhiy Taruta. Mais ne faisant qu’une confiance très limitée à l’équipe actuellement au pouvoir, la MSC avait également invité Yulia Timoschenko, les députés Mustafa Nayyem (le déclencheur du Maïdan) et Svitlana Zalishchuk (US National Endowment for Democracy).

Dans une salle séparée, hors des regards, les représentants de la France, l’Allemagne, l’Union européenne et la Russie ont rencontré ceux de l’Ukraine. Rien n’a avancé et surtout pas l’idée d’un déploiement de Casques bleus.

Le Moyen-Orient vu par Berlin

L’Allemagne s’est considérablement investie dans le projet US au Moyen-Orient (stratégie de destruction des sociétés et des États conçue par l’amiral Arthur Cebrowski [6]), mais peu dans le projet états-uno-britannique des « printemps arabes ». Elle héberge et soutient depuis la Guerre froide plusieurs quartiers généraux des Frères musulmans, dont celui des Syriens à Aix-la-Chapelle. Elle a participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri [7]. Elle a co-rédigé en 2012 le plan Feltman de capitulation totale et inconditionnelle de la Syrie [8]. Actuellement, Volker Perthes, le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, son think tank étatique, est conseiller de Jeffrey Feltman à l’Onu.

Depuis plusieurs années, les documents internes du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sont des copiés-collés des notes de Volker Perthes pour le gouvernement allemand.

Volker Perthes était bien entendu présent à Munich [9] avec Jeffrey Feltman et leurs amis, Lakdhar Brahimi, Ramzi Ramzi, Steffan de Mistura, les généraux David Petraeus (le fond KKR était aussi représenté par Christian Ollig) et John Allen (Brookings Institution), ainsi que Nasser al-Hariri, le président de la Haute-Autorité pour les négociations (opposition syrienne pro-Saoudienne), Raed al-Saleh le directeur des Casques blancs (Al-Qaïda) et leurs sponsors qataris, dont l’émir Thamim.

Dans un article du document préparatoire de la Conférence [10], Volker Perthes assure que l’équilibre politique du Moyen-Orient vient de basculer. Mais il raisonne en s’appuyant sur ce qu’il souhaite et non pas sur ce qu’il voit. Il assure que le gouvernement de Damas est épuisé par la guerre alors qu’il vient de tendre un piège savant aux Israéliens et est parvenu à détruire un de leurs avions. Il évalue la rivalité saoudo-iranienne en croyant que Riyad est en position de force alors que le contre-coup de Palais s’organise depuis l’étranger. Il imagine que les Émirats vont aider l’Arabie saoudite contre Téhéran, alors qu’ils viennent d’imposer à Riyad la partition du Yémen et qu’ils tirent la richesse de Dubaï du contournement de l’embargo anti-iranien.

Les erreurs de Volker Perthes ont été prolongées par celles —volontaires— des trois patrons du BND allemand (Bruno Kahl), du MI6 britannique (Alex Younger) et de la DGSE française (Bernard Émié), qui ont expliqué dans une salle à part, devant un public choisi pour sa crédulité, leurs inquiétudes face à l’opération turque en Syrie. Les trois hommes ont feint de croire que les combattants du YPG sont les meilleurs remparts face à Daesh, alors qu’ils devaient former avec d’ex-daeshistes la Force de sécurité aux frontières et que, cette semaine, plusieurs officiers jihadistes ont été arrêtés par l’armée arabe syrienne en rejoignant Afrin mêlés aux combattants kurdes [11]. Certes, le métier de ces trois maîtres-espions est de savoir à qui ils doivent la vérité et à qui ils peuvent mentir. Continuant sur leur lancée, ils ont laissé entendre que l’armée arabe syrienne utilise des armes chimiques —profitant ainsi de l’absence dans la salle du secrétaire US à la Défense, Jim Mattis, qui avait souligné quelques jours plus tôt l’inexistence de preuve en la matière [12]—.

En définitive, avant de se réarmer massivement, l’Allemagne devrait choisir avec plus soin ses analystes de politique étrangère.

[1] « Liste des 682 participants à la Conférence sur la Sécurité de Munich 2018 », Réseau Voltaire, 18 février 2018.

[2] “Power boost. The EU must win the conflicts of the future”, Sigmar Gabriel, Security Times, February 2018.

[3] “Power outage. « America first » means America alone”, Constanze Stelzenmüller, Security Times, February 2018.

[4] « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato », Rainer L. Glatz, Martin Zapfe, SWP-Aktuell #62, août 2017.

[5] “Chain of secession”, Andreas Zumach, Security Times, February 2018.

[6] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[7] « Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 29 novembre 2010.

[8] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[9] Sur les interventions de Volker Perthes à la Conférence 2017, lire : « Le détournement de la Conférence sur la Sécurité de Munich », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 février 2017.

[10] “Bismarck would blush. The political geometry of the Middle East has been redrawn in the last year”, Volker Perthes, Security Times, February 2018.

[11] Un accord a été conclu entre le YPG et les autorités syriennes. Les combattants kurdes ont été autorisés à traverser les zones contrôlées par l’armée arabe syrienne pour rejoindre leurs « frères » à Afrin et y lutter contre l’armée turque. Mais cet accord n’est valable que pour les anarchistes kurdes, pas pour les jihadistes étrangers.

[12] « Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 14 février 2018.

http://www.voltairenet.org/article199739.html

Le Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis : le monde est notre ennemi

Le Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis : le monde est notre ennemi


Par Christopher Black – Le 8 février 2018 – Source New Eastern Outlook

Le monde est notre ennemi et nous nous réservons le droit d’en détruire tout ou partie à notre discrétion. C’est l’essence du Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis récemment publié ; le document d’une entreprise criminelle axée sur la domination mondiale qui décrit comment l’utilisation de nouvelles armes nucléaires, « plus flexibles » parviendra à cette domination.

La clé de leurs intentions est contenue dans une phrase, à la page 22 du document, où ils déclarent :

« Pour aider à préserver la dissuasion et l’assurance des alliés et des partenaires, les États-Unis n’ont jamais adopté une politique de ‘non-utilisation en premier’ et, compte tenu des menaces actuelles, une telle politique n’est pas justifiée aujourd’hui. La politique des États-Unis reste celle de conserver une certaine ambiguïté concernant les circonstances précises qui pourraient mener à une réponse nucléaire de leur part. »

En d’autres termes, ils disent :

« Nous vous laisserons deviner quand et contre qui nous les utiliserons. Nous conserverons notre rôle de plus grand État terroriste en maintenant constamment l’épée de Damoclès nucléaire au-dessus de la tête des peuples du monde pour être sûrs que le monde agit dans le sens de nos intérêts. »

L’épée nucléaire américaine qu’ils sont en train de fabriquer sera affûtée avec des armes atomiques plus petites, plus utilisables sur le champ de bataille sur terre, sur mer et dans les airs. Mais alors que jusqu’à présent les armes nucléaires étaient considérées comme une catégorie spécifique d’armes dont l’usage signifie la mort de dizaines ou de centaines de milliers de gens, considérées comme immorales et illégales par le droit international, elles sont aujourd’hui considérées par les Américains comme une sorte d’armes conventionnelles, une partie de leur système d’armement conventionnel. Cela fait croître le risque que leur usage passe d’une possibilité à une certitude car ils menacent de les utiliser contre toute situation qui, de leur point de vue, l’exige même si c’est un scénario de guerre conventionnel. Donc si les Américains organisent une attaque russe contre les États baltes et prétendent que leurs forces sont trop faibles pour la stopper, ils utiliseront des armes nucléaires sur les vraies cibles pour lesquelles l’attaque mise en scène était le prétexte. Des millions de gens mourront.

L’épée nucléaire continue à être brandie très dangereusement au-dessus des peuples de la Russie, de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran, décrits par les fantasmes du Pentagone comme « provoquant » les États-Unis quand ce sont les États-Unis qui les provoquent. La guerre nucléaire menace ces quatre pays simplement parce qu’ils ont réagi à l’agression et aux menaces américaines et qu’ils essaient de se défendre.

La vision américaine de son rôle dans le Traité de non-prolifération nucléaire, telle qu’elle est exprimée dans cette nouvelle posture politique à la toute fin du document − dans un bref passage pour tromper les idiots qui recherchent la paix − est celle d’un flic mondial autorisé par droit divin à user des armes nucléaires tout en les déniant à tous les autres.

Ils répètent les mensonges selon lesquels la Russie a violé divers traités sur les armes nucléaires et commis des actes d’agression et que la Corée du Nord viole le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires alors qu’elle n’en fait plus partie. La Chine est accusée de violations semblables et d’agression dans la mer de Chine du Sud tandis que l’Iran est accusé d’être sur le pont de violer ses engagements de ne pas construire d’armes nucléaires. Tous ces pays sont décrits comme « révisionnistes » ; « agresseurs » ; « menaces pour l’ordre mondial » ou, lorsqu’une certaine honnêteté s’y glisse, comme une menace pour les intérêts américains, ce qui signifie une menace pour la tyrannie américaine sur le monde. Mais les États-nations ne sont pas les seuls déclencheurs possibles de leur « solution finale ».

Ils vont même jusqu’à déclarer leur intention d’utiliser des armes nucléaires sur tout État qui fournit une arme nucléaire à un groupe « terroriste ». Le document déclare à la page 67

« Les États-Unis tiendront pour pleinement responsable tout État, groupe terroriste ou autre acteur non étatique qui soutient ou permet à des terroristes d’obtenir ou d’utiliser des dispositifs nucléaires. Bien que le rôle des armes nucléaires étasuniennes dans la lutte contre le terrorisme nucléaire soit limité, pour une dissuasion efficace, nos ennemis doivent comprendre qu’une attaque terroriste contre les États-Unis ou leurs alliés et partenaires serait qualifiée de ‘circonstances extrêmes’ dans lesquelles les États-Unis pourraient envisager la ‘forme ultime de représailles’. »

Comme nous savons que les États-Unis ont utilisé des opérations sous fausse bannière comme prétextes pour leurs agressions, c’est une position très dangereuse car elle signifie qu’ils pourraient tout simplement accuser la Corée du Nord de fournir des armes nucléaires ou des éléments de ces armes à un groupe quelconque et s’en servir comme prétexte et comme justification pour lancer une attaque nucléaire sur la Corée du Nord.

Il n’y a pas une once de réalité dans tout le document, aucun aveu que le monde s’arme contre eux parce qu’ils ont attaqué ou menacé à peu près tous les pays dans le monde depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir sur le sang de millions d’indigènes morts et leurs premières guerres de conquête. Il n’y a pas un seul mot sur leurs attaques nucléaires sur le Japon, leur attaque sur la Corée ; le Vietnam ; Grenade ; l’Amérique centrale et du Sud ; l’Irak ; la Syrie ; le Liban ; le Rwanda ; le Congo ; la Yougoslavie ; l’Afghanistan ; la Chine ; le Venezuela ; le renversement du gouvernement de l’Ukraine ; le soutien de fascistes partout et, bon, je peux continuer et faire la liste de leurs crimes contre des nations, des peuples, des sociétés et des cultures du monde entier, mais je risquerais de fatiguer à la fois moi-même et le lecteur.

Comme l’a relevé Jan Oberg, président de la Fondation transnationale pour la recherche sur la paix et le futur en Suède, les médias occidentaux ont gardé un silence criminel sur ce document « des plus dangereux » incapables d’en faire l’éloge et inquiets de le critiquer, ou ayant reçu l’ordre de ne pas le faire, se rendant ainsi complices des projets criminels des États-Unis et de leurs alliés. Seule la BBC a mis en ligne un article sur les condamnations de la menace américaine par la Chine, la Russie et l’Iran mais, pour en réduire l’effet, elle a mis leurs mots entre guillemets.

La Chine a déclaré qu’elle s’opposait fermement à cette politique et qu’elle refusait que la Chine soit qualifiée de menace nucléaire et a clairement indiqué que cette politique américaine est une négation du Traité de non-prolifération nucléaire. Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré à juste titre que les États-Unis étaient bellicistes et qu’il prendrait les mesures nécessaires pour contrer la menace. L’Iran a aussi déclaré que cette politique était une violation du droit international. Mais c’est peut-être le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel qui a fait la déclaration la plus forte :

« La nouvelle posture nucléaire du gouvernement des États-Unis montre que la spirale d’une nouvelle course aux armements est déjà en cours. Comme aux jours de la Guerre froide, cela constitue une menace grave pour nous en Europe. Au lieu de nouveaux systèmes d’armements, nous avons besoin de nouvelles initiatives de désarmement. »

Mais les Allemands, les Français et les Britanniques en ont de plus en plus assez des politiques américaines. Le ministre allemand des Affaires étrangères a appelé l’Allemagne à adopter une politique étrangère plus agressive et a déclaré que l’Europe doit projeter sa propre puissance (sous contrôle allemand), que les Américains s’éloignent de l’Europe et s’isolent, qu’ils sont vus aujourd’hui comme des rivaux économiques plutôt que comme des partenaires et, par conséquent, qu’ils ne sont plus considérés comme un partenaire de sécurité fiable et représentent au contraire un danger pour l’Europe prise entre les États-Unis et la Russie.

Le président Trump a dit, comme s’il était inconscient de tout cela et avec tout le charme de Mack The Knife, que le fait que les Américains soient prêts à utiliser de nouvelles armes nucléaires, plus petites, garantirait que d’autres ne les utilisent pas. Autrement dit que la préparation des Américains à la guerre mondiale nous apportera à tous le miracle de la paix mondiale, évidemment tant que les autres nations du monde font exactement ce qu’on leur dit.

Mais, pour citer John Galtung, l’éminent professeur des Études pour la paix à Oslo :

« Une raison très importante d’interdire les armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive est qu’elles élèvent le seuil de ce qui est acceptable. On défend souvent une guerre conventionnelle en disant qu’elle ne sera pas nucléaire. Le cadre juridique international pour la guerre est déjà une victime des armes nucléaire et ne peut retrouver sa validité qu’en interdisant cette insulte à l’humanité. »

Nous constatons déjà que le Dr Galtung a raison car la réaction des pays menacés est bien sûr de ne pas plier mais de résister et de renforcer leurs propres systèmes d’armement nucléaire et de modifier leurs politiques de recours à ces armes pour égaler celle des Américains. Le monde est au bord du précipice de la catastrophe ultime.

Comme disait Albert Einstein en 1950 : « Il est impossible de parvenir à la paix tant que toutes les actions sont entreprises en vue d’un possible futur conflit. La concurrence des armements n’est pas une manière d’empêcher la guerre. Chaque pas dans cette direction nous rapproche de la catastrophe. La course aux armements est la pire manière d’empêcher un conflit ouvert. Au contraire, on ne peut atteindre une paix véritable sans un désarmement systématique à l’échelle supranationale. Je répète, l’armement ne protège pas de la guerre mais y conduit inévitablement. »

Mais ceci a été dit lorsque j’étais enfant et nous sommes dans une situation pire que jamais auparavant. Le 25 janvier, le Bulletin des savants atomiques a avancé sa pendule du Jugement dernier de minuit moins deux minutes et demie à minuit moins deux minutes en raison de leurs préoccupations par rapport à la menace de guerre nucléaire, au changement climatique et aux technologies utilisées par les gouvernements contre leurs citoyens. C’était avant la publication de la nouvelle doctrine nucléaire américaine, qui nous place encore plus près de minuit. Et pourtant, même eux reprennent la rhétorique et la propagande du gouvernement américain dans leur déclaration sur l’agression russe et la prétendue menace de la Corée du Nord. Où est donc l’espoir lorsque la vérité est occultée et la réalité mise la tête en bas même par ceux qui nous avertissent de la situation difficile où nous sommes ?

C’est un monde terrible que celui dans lequel nous vivons et il ne changera pas tant que nous ne le changerons pas. La dernière fois, j’ai écrit une Lettre ouverte à la Cour pénale internationale, en demandant au procureur d’ouvrir un dossier sur le leadership des États-Unis et de leurs alliés dans la conspiration pour commettre un génocide contre le peuple de Corée. La publication de ce document peut être considérée comme la preuve d’une conspiration visant à commettre un génocide instantané contre la population mondiale tout entière. C’est la manière de gangster des Américains de nous dire à tous : « Faites ce qu’on vous dit ou vous êtes foutus. »

Il est grand temps de se lever, de résister, de descendre dans les rues, de faire entendre notre voix, de ne pas rester dans l’ombre, pleurant sur notre sort alors qu’il y a une manière de gagner la lutte pour le désarmement, pour la paix, pour mettre la puissance sous notre contrôle, nous faisons tous le travail après tout, pourquoi pas ? Si nous avançons dans la lumière, nous pouvons voir la réalité des choses, si nous passons à l’action ; parce que si nous ne le faisons pas, alors – pour citer les paroles de Mack The Knife, mentionnées plus haut, écrites par Bertolt Brecht,

« Les uns sont dans le noir
Et les autres sont dans la lumière
Mais on ne voit que ceux dans la lumière
Et pas ceux qui sont dans le noir. »

[Traduction d’après les paroles originales en allemand]

Christopher Black

Liens

Le site Dedefensa a publié une note complète sur Sigmar Gabriel et son rôle dans l’espace politique allemand qui complète la citation de l’auteur.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-rapport-devaluation-du-dispositif-nucleaire-des-etats-unis-le-monde-est-notre-ennemi

 

May prépare un traité sur la défense avec l’UE

May prépare un traité sur la défense avec l’UE

Londres souhaite la mise en place d’un traité de défense et de sécurité avant sa sortie de l’UE, en mars 2019, a indiqué Theresa May lors de la conférence de Munich sur la sécurité.

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le 17 février, la Première ministre britannique, Theresa May, a appelé un « partenariat profond et spécial » sur la défense, assurant que « les aspects clés [du] partenariat futur dans ce domaine seront déjà en place à partir de 2019 ». « Le Royaume-Uni est aussi engagé vis-à-vis de la sécurité européenne qu’il ne l’a jamais été », a-t-elle ajouté.

« Nous ne pouvons pas aujourd’hui permettre qu’une concurrence entre partenaires, des restrictions institutionnelles rigides ou une idéologie profonde affaiblissent notre coopération et compromettent la sécurité de nos citoyens », a-t-elle estimé.

Pas de nouveau référendum

Elle a également écarté un deuxième référendum sur le Brexit : « nous quittons l’UE et il n’est pas question d’organiser un second référendum ou de faire marche arrière, je trouve cela important ».

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, également présent, a pour sa part indiqué qu’une coopération continue sur la défense et la sécurité était dans l’intérêt des deux partenaires, mais ne devait pas être confondue avec les négociations du Brexit. « Cette alliance de la sécurité, le lien sécuritaire entre le Royaume-Uni et l’UE, sera maintenue, nous en avons toujours besoin », a-t-il affirmé.

La coopération militaire en Europe fait face à de nombreux challenges

23 États membres ont décidé de mettre en place une plus coopération militaire. Mais les intérêts industriels  nationaux et la lenteur du processus créent des interférences, surtout entre Berlin et Paris. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

À ce jour, le Royaume-Uni n’a pas encore défini exactement ce qu’il souhaiterait inclure dans ce traité de défense, qui devrait cependant couvrir la coopération dans les domaines militaire, du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Cela comprendrait des dispositions sur les missions militaires communes de l’UE, la participation des troupes britanniques à ces missions et les capacités de défense.

Le Royaume-Uni souhaite également maintenir des liens étroits avec Europol, qui coordonne les services de renseignement de police dans toute l’UE, et continuer à faire partie du système de mandat d’arrêt européen.

L’ampleur de cette coopération pourrait toutefois poser des problèmes pour les « brexiteers durs » du parti conservateur. L’adhésion au mandat d’arrêt européen impliquerait en effet un contrôle par la Cour de justice européenne, une ligne rouge pour le gouvernement britannique.

Autre point potentiellement conflictuel : le document de négociation du gouvernement sur la défense et la sécurité évoque la nécessité d’inclure une proposition visant à maintenir le Fonds européen de défense et le programme industriel de défense, principaux piliers des accords. Londres concédera donc probablement à l’UE la prise de décision en matière de défense, étant donné que ces structures sont régies par les institutions européennes.

L’industrie britannique de la défense souhaite elle aussi faire partie de l’écosystème européen. Robert Hannigan, l’ancien chef du service de renseignement britannique, a ainsi averti que les entreprises de défense britanniques tomberaient dans un « déclin constant » si elles étaient exclues de la collaboration en matière de recherche et d’innovation avec le secteur de la défense de l’UE.

« Cela devrait être plus facile [à obtenir] qu’un accord commercial », a déclaré une spécialiste à Euractiv. « L’intérêt est de le faire au début de l’année 2019. »

Pour une source de Westminster, le Royaume-Uni adopte une approche « schizophrène » : ses ministres se sont publiquement opposés aux projets d’une « Union européenne de la défense » à la fin de l’année 2016, ne validant le projet que pour éviter d’entraver l’UE à 27 alors que les Britanniques se préparaient à quitter le bloc.

Depuis lors, toutefois, les ministres britanniques participent aux discussions de l’Union de la défense. Des compromis sur une série de questions, notamment les finances militaires, le commandement, le renseignement et la planification industrielle de défense sont en vue.

En décembre, 25 États membres – à l’exception du Danemark, de Malte et de la Grande-Bretagne – ont accepté d’adhérer à une nouvelle « coopération structurée permanente » en matière de défense, ou CSP.

L’Europe de la Défense avance à 23 pays

Vingt-trois pays de l’Union européenne ont acté lundi leur intention de s’engager dans une « coopération » militaire renforcée, dans le développement d’armements comme les opérations extérieures, avec pour ambition affichée de relancer l’Europe de la Défense.

L’armée chinoise pourrait rivaliser avec celle des États-Unis, avertit un amiral américain

Publié le 14 février 2018 à 17h49 | Mis à jour le 14 février 2018 à 17h49

L’armée chinoise pourrait rivaliser avec celle des États-Unis, avertit un amiral américain

Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone... (Photo Roslan RAHMAN, archives Agence France-Presse)

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Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone Pacifique (PACOM)

Photo Roslan RAHMAN, archives Agence France-Presse

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Agence France-Presse
Washington

L’expansion de l’armée chinoise va à une telle allure qu’elle pourrait bientôt rivaliser avec la puissance américaine «pratiquement dans tous les domaines», a averti mercredi un haut responsable militaire américain.

«Le renforcement impressionnant de la puissance militaire de la Chine pourrait bientôt représenter un défi pour les États-Unis dans pratiquement tous les domaines», a prévenu l’amiral Harry Harris, lors d’une audition devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants.

«Les principales avancées comprennent des améliorations importantes dans le déploiement de batteries de missile, le développement de la cinquième génération d’avions de combat et l’accroissement en taille et en capacité de la marine chinoise avec sa première base à l’étranger, dans le port de Djibouti».

Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone Pacifique (PACOM), a récemment été désigné par le président américain Donald Trump pour être ambassadeur en Australie. Une nomination qui nécessite encore l’approbation du Sénat.

Selon le militaire aux 39 ans de carrière, qui a déjà vivement critiqué l’expansion de l’armée chinoise en mer de Chine méridionale, «si les États-Unis ne suivent pas le rythme, PACOM aura du mal à concurrencer l’Armée Populaire de Libération dans les futurs conflits».

Lors de son audition parlementaire, l’amiral s’est aussi employé à rassurer concernant la menace nord-coréenne, affirmant que le Pentagone disposait actuellement des capacités pour bloquer tout éventuel missile envoyé par Pyongyang.

«Étant donné ce que nous pensons que devraient être les capacités nord-coréennes en matière de missiles dans trois ou quatre ans (…), je pense que nous devons continuer à améliorer nos missiles de défense», a-t-il toutefois tempéré, estimant que l’objectif du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un n’était pas seulement de préserver son régime, mais aussi de contrôler toute la péninsule coréenne.

Selon les experts, les motivations de Kim pour développer ses capacités nucléaires et balistiques sont plutôt rationnelles: protéger l’existence même de son régime, bien que cette course à l’armement ait augmenté les risques de confrontation avec les États-Unis.

http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201802/14/01-5153911-larmee-chinoise-pourrait-rivaliser-avec-celle-des-etats-unis-avertit-un-amiral-americain.php

Mirages 2000, chars Leclerc, canons Caesar : la France et ses entreprises, fournisseurs officiels de la guerre au Yémen

Industries d’armement

Mirages 2000, chars Leclerc, canons Caesar : la France et ses entreprises, fournisseurs officiels de la guerre au Yémen

par Anne-Sophie Simpere

Depuis mars 2015, une coalition d’États arabes emmenés par l’Arabie Saoudite conduit une campagne militaire particulièrement meurtrière au Yémen. Les combats s’enlisent, marqués par de potentiels crimes de guerre et par une catastrophe humanitaire sans précédent. Tandis que plusieurs États ont décidé d’arrêter de fournir des armes aux belligérants, la France, « patrie des droits de l’homme » semble indifférente à la controverse, se réjouit même de ses ventes d’armes « record » et de leurs performances en matière de destruction.

Les industriels français de la défense sont fiers des performances de leur matériel. Rien de tel qu’une campagne militaire meurtrière pour en démontrer les qualités ! « Pour ce qui est des chars Leclerc, je vous confirme que leur implication au Yémen a fortement impressionné les militaires de la région », se réjouissait, il y a un an, Stéphane Mayer, PDG du groupe Nexter qui fabrique ces blindés, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Depuis le printemps 2015, 70 à 80 chars Leclerc ont été déployés par l’armée émiratie, alliée de l’Arabie Saoudite, sur le champ de bataille yéménite afin de combattre la rébellion des Houthis.

Même satisfaction chez Dassault, qui fournit des Mirages 2000-9 à cette même armée des Émirats Arabes Unis, et vient de signer un contrat de modernisation de leur flotte : « L’excellence de l’avion et le succès du programme ont été démontrés avec brio par la grande disponibilité du Mirage 2000-9 et la qualité de sa participation à des opérations menées en coalition internationale », annonce fièrement un communiqué du groupe français. Les opérations en question ? Les frappes aériennes de la coalition arabe au Yémen dont certaines, selon l’ONU et des organisations non-gouvernementales, pourraient constituer des crimes de guerre.

« Horreur permanente », selon l’Onu

Quelle est aujourd’hui la situation du Yémen, vitrine de ce savoir-faire français ? Après plus de 30 000 bombardements et un blocus qui entrave l’accès humanitaire, le bilan de cette guerre lointaine est d’au moins 10 000 morts et près de 3 millions de déplacés. L’Unicef estime qu’un enfant y meurt toutes les dix minutes, qu’1,8 million d’entre-eux souffrent de malnutrition aigüe, et que près de 400 000 enfants yéménites sont atteints de malnutrition sévère et luttent pour survivre. Sans parler de l’épidémie de choléra, un désastre dans un pays dont le système de santé est exsangue et où les organisations humanitaires sont elles aussi victimes des bombardements. Plusieurs hôpitaux de Médecins sans frontières (MSF) ont ainsi été visés.

Le Yémen traverse peut-être actuellement « la pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale », alertent les Nations-unies, dont plusieurs responsables qualifient la guerre d’« absurde et futile », tandis que le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu, Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, parle d’« horreur permanente ». Le 21 décembre 2017, alors que l’un des pays les plus pauvres du monde subit des bombardements depuis mille jours, plusieurs ONG lancent la campagne « Yemen can’t Wait » : le Yémen ne peut pas attendre. Une situation si dramatique que certains pays commencent à trouver gênant de continuer à fournir des armes aux belligérants qui s’acharnent.

Un mouvement de désengagement ignoré par la France

Dès mars 2016, le parlement hollandais vote ainsi une résolution interdisant l’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite, en lien avec son intervention au Yémen. Le 19 janvier dernier, c’est l’Allemagne qui annonce l’arrêt immédiat des ventes d’armes à toutes les parties du conflit au Yémen. Une décision favorisée par les sociaux-démocrates du SPD, dans le cadre des négociations pour former une nouvelle coalition gouvernementale.

Face au risque que les armes soient utilisées contre des civils, la Norvège, la Belgique et le Canada gèlent également des exportations vers les Émirats Arabes Unis ou vers l’Arabie saoudite. En Finlande, tous les candidats à la présidentielle de février 2018 se sont engagés à arrêter les ventes d’armes aux émiratis, après que des images aient prouvé leur utilisation dans la guerre au Yémen. Quand les gouvernements ne bougent pas, c’est la société civile qui prend le relai : des plaintes sont en cours au Royaume-Uni, en Wallonie et au Canada contre des contrats d’exportation militaires dans la région.

La France, impassible, semble épargnée par ce mouvement. « À ce jour, nous n’avons pas d’information sur le fait que la France aurait revu sa position sur les exportations d’armes », déplore Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer « armes et justice internationale » pour Amnesty France. Aucune vente d’arme à l’étranger ne peut pourtant avoir lieu sans l’autorisation du gouvernement. La France est par ailleurs signataire d’un Traité sur le commerce des armes (TCA), et a adopté une Position commune de l’Union européenne (UE) sur les exportations de matériel militaire. Ces règlementation interdiraient a priori tout transfert d’armes vers les parties du conflit yéménite, compte tenu des graves violations du droit humanitaire qui y sont constatées.

Plus d’un milliard d’euros d’équipement pour les saoudiens

Pire : depuis le second semestre de l’année 2014, la France a accordé pas moins de 1989 licences d’exportation de matériel militaire aux différents pays engagés dans la coalition menée par Riyad ! Depuis 2007, l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte sont les trois principaux clients de la France après l’Inde. Sur la seule année 2016, plus d’un milliard d’euros d’équipement militaire a été livré à l’Arabie Saoudite [1].

Dès lors, il n’est pas étonnant de retrouver des armes françaises sur le champ de bataille yéménite : des corvettes Baynunah du constructeur français CMN (Constructions mécaniques de Normandie) pour assurer le blocus, des canons Caesar pour pilonner le Yémen depuis sa frontière… Pour l’Observatoire des armements, la coalition profite ainsi d’un matériel français « dernier cri ».

L’exécutif français ne dit (presque) jamais non

C’est le Premier ministre après avis de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG), qui décide ou non d’autoriser les ventes d’armes à l’étranger. Avec des représentants des ministères de la Défense, de l’Économie et des Affaires étrangères, la CIEEMG est un organe purement exécutif : le Parlement ou la société civile en sont exclus.

De surcroît, son fonctionnement est opaque : il ne prévoit aucune transparence sur les motivations des décisions, ni sur leur conformité aux traités internationaux. Seul élément d’information officiel : le Rapport annuel sur les ventes d’armes du pays, transmis au Parlement. Il indique par exemple qu’en 2016, alors que Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve occupaient Matignon, seules 48 demandes de licences d’exportation de matériel militaire ont été rejetées sur la base de la Position commune de l’UE. Tandis que 4454 licences étaient accordées. Soit un taux d’approbation de près de 99 %…

Des bénéfices pour les entreprises et les pays acheteurs

Pourquoi un tel enthousiasme des politiques à approuver des exportations d’armes vers d’autres pays, quels qu’ils soient ? Le système militaro-industriel français s’est construit sur la dépendance aux exportations : les entreprises d’armement ont besoin de vendre pour être rentables. Et elles peuvent compter sur l’État pour les soutenir.

Cette rentabilité est en effet largement subventionnée, que ce soit par des avances financières, des garanties publiques à l’exportation, ou l’emploi des fonctionnaires de la Direction générale de l’armement et des attachés de défense pour promouvoir les armes françaises à l’étranger. Sans compter l’engagement des ressources de l’armée française, amenée à participer aux salons d’armement, aux démonstrations de matériel, et à former les personnels étrangers : des dépenses qui s’élèvent à des dizaines de millions d’euros par an, pour booster les ventes des industriels.

Pour gagner des contrats, les fabricants d’armes concèdent des compensations ou « offsets » à l’État acheteur, c’est-à-dire des réinvestissements dans l’économie locale et des transferts de technologies. Dans le cas du contrat sur l’achat de Rafales, l’Inde a obtenu un niveau de compensation de 50 %, ce qui signifie que plus de 3 milliards d’euros seront investis dans l’économie indienne sur les 7,87 milliards du contrat. Une aubaine pour l’économie et les emplois… dans le pays acheteur. « Le contrat des sous marins en Australie va probablement créer plus d’emplois en Australie qu’en France », confirme Aymeric Elluin, d’Amnesty France.

La prolifération, « effet boomerang » de la stratégie française

Outre la délocalisation des emplois, les concessions octroyées aux pays clients, et notamment les transferts de technologies, leur permettent à terme de créer leur propre industrie militaire. Ainsi, grâce au savoir-faire acquis avec la production des hélicoptères d’Aérospatial (aujourd’hui Airbus) dans les années 80, la Chine fabrique désormais ses propres hélicoptères militaires, qu’elle exporte au Cambodge, au Pakistan, en Namibie ou encore en Zambie. En mai 2017, l’Arabie Saoudite annonçait la création de sa propre entreprise d’armements, la Saudi Arabian Military Industries (SAMI).

Les exportations d’armes de la France contribuent donc à la prolifération des capacités de production dans le monde, y compris chez des concurrents et peut-être même à destination d’adversaires potentiels ou d’États peu scrupuleux. Pas de quoi refroidir le gouvernement, qui continue à faire la promotion des industriels français de la Défense, du Qatar à la Turquie, sans faire beaucoup de cas de ses engagements en matière de droits humains. Le Yémen est sans doute loin d’être le seul terrain où des civils sont ou seront victimes des technologies françaises.

Un contrôle démocratique plus que jamais nécessaire

Certains écrits commencent à questionner cette stratégie de la course aux exportations. L’industrie de la défense française serait de plus en plus dépendante des exportations [2]. Par ricochet, le budget de l’État peut aussi être affecté. Ainsi, l’équilibre financier de la Loi de programmation militaire 2014-2019 était-il lié à la vente des Rafales de Dassault à l’étranger, puisqu’en cas d’échec, le gouvernement s’était engagé à couvrir les surcoûts de production de l’avionneur. Pour préserver les finances publiques, il faut vendre à tout prix. Y compris à l’Égypte, malgré la décision de l’Union européenne de suspendre les ventes d’armes au régime dictatorial du maréchal al-Sissi.

Pourtant, ces contrats qui se chiffrent en milliards d’euros restent largement présentées comme des succès commerciaux, et la France comme une « championne des exportations » qui « talonne la Russie ». « En France, il n’y a pas de culture de contestation ou de débat sur la question des exportations d’armes, comme en Grande Bretagne, en Allemagne ou en Belgique, relève Aymeric Elluin. C’est consubstantiel à la cinquième République. »

Alors qu’au Royaume-Uni, il existe une Commission parlementaire dédiée au contrôle des exportations d’armes, le débat en France se limite essentiellement à quelques questions écrites et un rapport annuel qui est transmis aux députés sans plus de discussions. « Il faudrait qu’il y ait des contre-rapports, des questions sur l’utilisation des armes à l’étranger, des garanties contre les violations des droits humains : c’est un enjeu pour les générations futures », conclut Aymeric Elluin. D’ici là, le Yémen attendra.

Anne-Sophie Simpere

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Photo : un canon Caesar déployé en Afghanistan

- Lire aussi notre entretien avec l’économiste Claude Serfati, qui montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Ve République.

[1Source : Rapport aux parlementaires sur les ventes d’armes 2017.

[2L’industrie de défense française était en 2012 dépendante des exportations à hauteur de 20% de son chiffre d’affaires. Récemment, le PDG de la Direction des constructions navales (aujourd’hui Naval group) indiquait que son entreprise était dépendante à 50 % des exportations. Voir Lucie Béraud-Sudreau, « La politique française de soutien aux exportations d’armement : raisons et limites d’un succès », Institut français des relations internationales, juin 2017.

http://multinationales.org/Mirages-2000-chars-Leclerc-canons-Caesar-la-France-fournisseuse-officiel-de-la

Effacer la réussite d’Obama en Iran, par Paul R. Pillar

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 03-01-2018

Le nihilisme de la politique américaine moderne s’étend à l’échelle internationale, un côté cherchant à détruire tout héritage positif de l’autre, alors que l’administration Trump poursuit ses efforts pour saboter l’accord nucléaire avec l’Iran du président Obama, rapporte l’ex-analyste de la CIA, Paul R. Pillar.

Ceux qui souhaitent tuer le Plan d’Action Global Conjoint (PAGC), l’accord qui restreint le programme nucléaire iranien, n’ont jamais abandonné. L’accord, conclu il y a plus de deux ans, a connu un succès toujours grandissant et a permis de fermer toutes les voies possibles vers l’armement nucléaire iranien, ce qui aurait dû décourager les marchands d’armement nucléaire. Mais ces criminels ont trouvé un second souffle en l’élection de Donald Trump, qui, dans le cadre de son programme d’opposition à ce que Barack Obama avait privilégié et détruisant tout ce qu’il a réalisé, a constamment vilipendé le PAGC.

Les thèmes que les détracteurs de l’accord mettent en avant sont maintenant bien connus. L’un de ces thèmes est que, trop impatient de parvenir à un accord, le gouvernement Obama aurait négligé la question des stocks. Cet argument n’a jamais eu de sens, compte tenu des termes du PAGC. Les asymétries de l’accord sont défavorables aux Iraniens, qui ont dû se plier à une inspection sur leur nucléaire plus intrusive qu’aucun autre pays ne l’a jamais volontairement accepté, et ont dû s’acquitter de presque toutes leurs obligations de démantèlement et de restriction de leur programme nucléaire avant d’obtenir une once de rémission quant à des sanctions supplémentaires. Mais cet argument a séduit les opposants car non directement réfutable concernant l’état d’esprit des anciens officiels, et collant au thème de la mythique « meilleure affaire » qui était censée être à portée.

Une autre objection soulevée par les détracteurs a été que le PAGC n’aborde pas les autres politiques et actions iraniennes qu’il est devenu rituel de qualifier de comportement néfaste, malveillant et déstabilisant (CNMD). Cet argument n’a pas non plus de sens, étant donné qu’il était clair dès le début des négociations qu’aucun accord limitant le programme nucléaire de l’Iran ne serait possible si les parties négociant l’accord mettaient sur la table leurs autres griefs réciproques. Un tel élargissement inutile de l’ordre du jour des négociations aurait signifié que le programme nucléaire iranien se serait rapproché de plus belle de la capacité à fabriquer une bombe et que le CNMD serait toujours d’actualité. Néanmoins, ce thème a été privilégié par les opposants parce qu’il détourne l’attention du succès du PAGC quant à la prévention d’une bombe nucléaire iranienne, parce qu’il sera toujours possible de pointer une quelconque action iranienne comme répréhensible, et parce que le mantra du CNMD a maintenant été tellement scandé qu’il en est venu à être accepté comme une donnée incontestable.

Josh Meyer a récemment proposé une variante sur ces thèmes avec un article dans Politico sous le titre alléchant de « L’histoire secrète de la façon dont Obama a laissé le Hezbollah s’en tirer ». La thèse tape-à-l’œil que développe l’auteur est qu’un groupe de travail de la Drug Enforcement Administration enquêtant sur le trafic de drogue et d’autres activités criminelles du Hezbollah libanais aurait été bloqué par « le désir de la Maison-Blanche de conclure un accord sur le nucléaire avec l’Iran ». Comme on pouvait s’y attendre, ce sujet a été repris par les acteurs habituels se consacrant au dénigrement du PAGC ou de tout ce qui est lié à Obama, comme les rédacteurs du Wall Street Journal. Certains Républicains au Congrès et même Eric Trump ont repris cette idée.

L’article de 13 000 mots a pour objectif de submerger le lecteur de détails. Le simple volume de pistes, de conseils, de soupçons et de faits authentiques, donne au lecteur l’impression d’un reportage complet. Et Meyer y a clairement mis beaucoup d’efforts. Mais comme le souligne Erik Wemple du Washington Post dans un article à propos justement de cet article, Meyer ne fournit jamais de preuves directes que la Maison-Blanche a délibérément entravé la mission du groupe de travail, et encore moins qu’une telle ingérence ait pu avoir un rapport avec l’accord imminent sur le nucléaire. Après avoir parcouru tous les détails, le lecteur attentif peut constater que la thèse tape-à-l’œil sur l’administration Obama qui aurait sacrifié la lutte contre la drogue et contre le crime sur l’autel de l’accord nucléaire repose sur de la suspicion et des insinuations. Elle s’appuie sur des affirmations telles que : certaines décisions concernant l’affaire du Hezbollah « pourraient avoir été influencées » par la connaissance d’un groupe inter-agence des négociations sur le nucléaire – ce qui signifie, comme le note M. Wemple, que les décisions auraient tout aussi bien pu ne pas être influencées par cette connaissance.

Il existe de nombreuses preuves attestant du fait que l’administration Obama a décidé d’un grand nombre de sanctions sévères et de mesures répressives contre le Hezbollah, avant et après la conclusion du PAGC. Meyer inclut dans son article (et il faut porter à son crédit cette mention) des déclarations faites par d’anciens fonctionnaires de l’administration Obama se référant à ces actions. La séparation même du dossier nucléaire des autres griefs présentés par ou contre l’Iran – qui, comme indiqué plus haut, était essentielle à la conclusion de tout accord nucléaire – impliquait qu’il n’ y aurait pas de moratoire sur les mesures coercitives prises contre le Hezbollah, allié libanais de l’Iran.

Le papier de Meyer souffre d’un problème de source en ce qu’il s’appuie sur seulement deux sources qui sont actuellement employées par, ou affiliées à, des organisations en première ligne dans le combat contre le PGAC. Une de ces sources, David Ascher, fait partie du comité consultatif de la Fondation pour la Défense des Démocraties, qui est devenue le centre de commande pour la déstabilisation et l’annihilation de l’accord sur le nucléaire.

Que ces liens institutionnels aient ou non influé sur le contenu de ce qu’a été dit à Meyer, le récit d’un groupe de travail de la DEA qui se serait senti frustré par le fait que le gouvernement ne s’aligne pas aussi vite et pas automatiquement sur un de ses dossiers a le parfum familier de quelque chose qui arrive régulièrement, et c’est bien normal et compréhensible, au sein d’un gouvernement. Une telle chose n’a rien à voir avec une interférence de la Maison Blanche ou sur l’imminence d’un quelconque accord international tel que le PAGC. Quand une équipe de fonctionnaires travaille autant sur un projet – comme le faisait certainement cette équipe de la DEA qui enquêtait sur des activités du Hezbollah – ses membres se sentent naturellement frustrés par le fait qu’un examen inter-agence empêche le gouvernement d’agir pleinement et immédiatement sur ce qu’aurait découvert l’équipe (par exemple, en déposant rapidement une demande de mise en examen devant une cour de justice fédérale). Un tel examen est vital ; typiquement, il n’y a pas un unique mais bien plusieurs intérêts et équilibres nationaux à prendre en compte, qui vont au-delà de ce qu’un groupe ayant la tête dans le guidon peut voir.

Dans le cas du Hezbollah et du trafic de drogues, ces autres considérations auraient pu inclure des éléments tels que la possibilité de contre-offensives violentes, le coût d’une potentielle perte des sources d’information du groupe faisant objet de l’enquête, et la solidité aux yeux de la loi d’un dossier traduit en justice. Certaines de ces considérations sont présentées de manière trompeuse dans l’article de Meyer, comme si elles participaient aux efforts de l’administration Obama en vue de freiner les actions en justice contre le Hezbollah pour le bien de l’accord sur le nucléaire iranien. Par exemple, il est rapporté que l’ancienne conseillère anti-terrorisme, Lisa Monaco, aurait « exprimé des inquiétudes quant à l’utilisation de la loi sur les OCIM [loi sur les Organisations Corrompues ou Influencées par des Malfaiteurs] contre les leaders du Hezbollah et au sujet de possibles représailles ». Comme le constate Wemple du Washington Post, « exprimer des inquiétudes quant à certaines stratégies d’application de la loi a pu être une manière qu’avait Monaco de, par exemple, utiliser son expérience au gouvernement pour affûter la politique des USA plutôt que de jouer le rôle d’un rouage dans un prétendu complot pour y aller mollo sur le Hezbollah. »

Au-delà des nombreuses failles dans l’argumentation de Meyer sur ce que l’administration Obama a fait ou non, il y a deux éléments de contexte importants qu’il ne traite pas. L’un concerne simplement la différence qu’aurait fait une campagne plus agressive contre le Hezbollah pendant la période en question, si cela avait même été possible. Meyer donne l’impression que faire ou ne pas faire tout ce que voulait ce groupe de travail de la DEA équivalait à la différence entre anéantir ou non une grave menace à la sécurité. Dans une interview à la National Public Radio (NPR), Meyer a affirmé que l’administration Obama « a permis à un groupe qui était auparavant une organisation politico-militaire régionale avec une branche terroriste de devenir une organisation criminelle mondiale beaucoup plus riche, qui a des fonds importants pouvant être utilisés pour financer des actions terroristes et militaires dans le monde entier ». Non, cela n’a pas été le cas. Même si on croyait tout ce que Meyer insinue au sujet de prétendues actions d’obstruction de la part de la Maison-Blanche au motif des négociations sur le nucléaire, cela n’aurait pas rendu le Hezbollah « beaucoup plus riche », et l’aurait encore moins rendu plus capable de conduire des opérations terroristes et militaires « dans le monde entier ».

Le Hezbollah a plus de trente ans d’existence. Pendant cette période, il est devenu une organisation solide et complexe, reconnue, entre autres, comme un mouvement politique important, qui siège au parlement libanais et a des ministres au gouvernement libanais. Des opérations criminelles lucratives font depuis longtemps partie des activités du Hezbollah, et les enquêtes et actions en justice – au travers de plusieurs administrations américaines – font depuis longtemps partie des réponses américaines à ces activités. Ce qu’une équipe mécontente de la DEA a souhaité faire sous un gouvernement n’a été qu’un épisode mineur dans cette histoire, et non pas le point de bascule que décrit Meyer.

Un autre élément de contexte s’applique pour l’ensemble de cette idée, dont l’article de Meyer est une manifestation, selon laquelle l’administration Obama aurait-soi disant salivé devant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en lui donnant ainsi priorité sur tout le reste. Ce n’était pas Obama qui a conféré au spectre de l’armement nucléaire iranien le caractère de première priorité. Cela a été fait par d’autres, et en particulier par ceux qui aujourd’hui mènent la charge en faveur d’une confrontation agressive avec l’Iran et pour la destruction du PGAC. Bien avant que les négociations qui devaient mener au PGAC n’aient même commencé, le cri de ralliement de ces forces était qu’une arme nucléaire en Iran serait l’un des plus graves dangers jamais encourus par les États-Unis. Pendant la campagne présidentielle de 2012, le candidat Républicain Mitt Romney a identifié cette possibilité comme la menace la plus sérieuse à la sécurité des États-Unis. Le plus visible des alarmistes était le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui s’est assuré de ce que le monde entier comprenne son message très simplifié en montrant une bombe de dessin-animé à l’Assemblée Générale de l’ONU. C’est seulement après que le PGAC a fermé toutes les voies possibles vers l’armement nucléaire iranien – et désamorcé la bombe à la mode Looney Tunes de Netanyahou au passage – qu’on a commencé à entendre de la part de ces mêmes forces à quel point le PGAC serait mauvais parce qu’il ne prend pas en compte les autres activités infâmes liées à l’Iran. Activités telles que le trafic de drogue du Hezbollah.

Imaginons que tout ce que le papier de Meyer dit ou sous-entend soit vrai. Imaginons que l’administration d’Obama ait vraiment considéré qu’il y avait un choix à faire entre obtenir le PGAC et sévir contre les activités criminelles du Hezbollah. Et imaginons que l’administration Obama ait dit “oui” à tout ce que cette équipe si zélée de la DEA avait pu vouloir faire. Dans ce cas, il est probable que l’administration Obama ait aussi voulu dire « Eh bien, oui, on avait une chance de négocier un accord qui empêcherait l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, mais on s’est dit qu’un coup de filet sur le trafic de drogue était plus important ». Comment les alarmistes auraient-ils réagi à cela, eux qui ont tiré la sonnette d’alarme si fort et pendant si longtemps ? On peut être certain qu’ils n’auraient pas réagi en couvrant M. Obama de fleurs.

Le manque de cohérence grossier de ceux qui s’opposent au PGAC reflète à quel point leurs objectifs réels n’ont rien à voir avec les termes de l’accord ni avec la manière dont il a été négocié. Leurs objectifs sont beaucoup plus liés à la volonté que personne n’ait d’accord sur quoi que ce soit avec l’Iran (ce qui est le but de Netanyahou, puisqu’il décrit l’Iran comme l’origine de tout ce qui va de travers au Moyen-Orient), ou à la volonté de rester alignés avec les soutiens américains au gouvernement de Netanyahou, ou encore à la volonté d’enterrer toutes le réussites de Barack Obama.

En 28 années passées à la CIA, Paul R. Pillar s’est élevé au rang des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 03-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

5 réponses à Effacer la réussite d’Obama en Iran, par Paul R. Pillar    Pour lire les 5 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/effacer-la-reussite-dobama-en-iran-par-paul-r-pillar/

Détruire les mythes cocardiers à propos d’une attaque contre la Corée du Nord

Détruire les mythes cocardiers à propos d’une attaque contre la Corée du Nord


Saker US
Saker US

Par le Saker – le 14 décembre 2017 – Source The Saker

Tout d’abord les pantins vantards

Trump et Haley n’ont pas encore fini.  Ils veulent forcer la Chine à agir contre la RPDC en menaçant de « prendre en main » la Corée du Nord si la Chine refuse de le faire. Haley a dit : « Pour être clair, la Chine peut faire plus (…) et nous lui mettons le plus de pression que nous pouvons. La dernière fois qu’elle a totalement coupé le pétrole, la Corée du Nord est venue s’asseoir à la table. Donc nous avons dit à la Chine qu’elle devait faire davantage. Si elle ne le fait pas, nous allons prendre nous-mêmes la chose en main puis nous commencerons par des sanctions secondaires. »

Commençons par reprendre cette scène dans un jardin d’enfants et rejouons-la.

L’enfant A a un conflit avec l’enfant B. L’enfant A menace de tabasser l’enfant B. L’enfant B dit alors à l’enfant A d’aller se faire voir. L’enfant A ne fait rien, mais profère de nouvelles menaces. L’enfant B continue de rire. Alors l’enfant A vient avec un plan brillant : il menace l’enfant X (qui est beaucoup plus grand que l’enfant B et beaucoup plus fort, aussi !) en lui disant : « Si tu ne fais pas en sorte que l’enfant B réponde à mes demandes, je prendrai le problème moi-même en main ! » Toute la cour de récréation éclate d’un rire hystérique.

Question : que penseriez-vous de l’intelligence de l’enfant A ?

En tout cas…

Tout cela serait très drôle si c’était un spectacle de comédie. Mais, en réalité, c’est une progression lente mais régulière vers la guerre. Ce qui rend tout ceci encore pire est l’obsession des médias pour la série de missiles nord-coréens, s’ils peuvent atteindre Guam ou même les États-Unis. Avec tout le respect dû à l’impérial « nous seuls comptons » (et peu importe la réalité), il y a des risques que « nous », c’est-à-dire le peuple américain, puissions subir les conséquences terribles d’une guerre dans la péninsule de Corée, qui n’ont rien à voir avec les frappes de missiles sur Guam ou les États-Unis.

La cible intéressante : le Japon

Cet été, j’ai mentionné l’une des conséquences potentielles les plus passées sous silence d’une guerre avec la RPDC et je veux revenir sur cette question. Tout d’abord, l’extrait important de mon précédent article :

« Alors que je crois personnellement que Kim Jong-un n’est pas fou et que le principal objectif des dirigeants nord-coréens est d’éviter une guerre à tout prix, que se passe-t-il si je me trompe ?  Qu’en est-il si ceux qui disent que les dirigeants nord-coréens sont totalement fous ont raison ? Ou, ce que je crois beaucoup plus probable, si Kim Jong-un et les dirigeants nord-coréens sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont rien à perdre, que les Américains vont tous les tuer, en même temps que leurs familles et leurs amis ? Que pourraient-ils faire, théoriquement, s’ils sont vraiment désespérés ? Eh bien, permettez-moi de vous le dire : oubliez Guam, pensez Tokyo !

En effet, tandis que la RPDC pourrait dévaster Séoul avec des systèmes d’artillerie dépassés, ses missiles sont probablement capables de frapper Tokyo ou la région de Keihanshin qui englobe Kyoto, Osaka et Kobé, y compris les industries clés de la région industrielle de Hanshin. La zone du Grand Tokyo (la région de Kanto) et la région de Keihanshin sont très densément peuplées (37 et 20 millions d’habitants, respectivement) et contiennent un très grand nombre d’industries, dont beaucoup provoqueraient un désastre écologique aux proportions immenses si elles étaient frappées par des missiles. Non seulement cela, mais une attaque sur les principaux nœuds économiques et financiers du Japon donnerait probablement lieu à un effondrement international genre 9/11.

Donc si les Coréens du Nord voulaient vraiment, vraiment nuire aux Américains, ce qu’il pourraient faire est de frapper Séoul et des villes importantes au Japon entraînant une immense crise politique pour la planète entière. Pendant la Guerre froide, nous avions coutume d’étudier les conséquences d’une attaque soviétique contre le Japon et la conclusion était toujours la même : le Japon ne peut se permettre aucune guerre. Le territoire japonais est trop petit, trop densément peuplé, trop riche en cibles lucratives et une guerre dévasterait tout le pays. C’est encore vrai aujourd’hui, encore plus. Imaginez seulement la réaction en Corée du Sud et au Japon si une attaque américaine folle sur la RPDC entraînait une frappe de missiles sur Séoul et Tokyo ! Les Sud-Coréens ont déjà fait connaître leur position sans aucune ambiguïté, d’ailleurs. Quant aux Japonais, ils placent officiellement leurs espoirs dans des missiles (comme si la technologie pouvait atténuer les conséquences de la folie !). Donc oui, d’accord, la RPDC est extrêmement dangereuse et la pousser dans ses derniers retranchements est totalement irresponsable, en effet, armes nucléaires ou non. »

Pourtant, pour une raison quelconque, les médias occidentaux mentionnent rarement le Japon ou les conséquences économiques globales possibles d’une attaque contre le Japon. Très peu de gens savent vraiment si les Nord-Coréens ont réellement développé une arme nucléaire utilisable (ogive et missile) ni si leur missile balistique peut réellement atteindre Guam ou les États-Unis. Mais je ne pense pas qu’il y ait aucune doute qu’un missile nord-coréen puisse facilement parcourir les quelque 1000 km jusqu’au cœur du Japon. En fait, la RPDC a déjà lancé des missiles sur le Japon par le passé. Quelques Américains au sang chaud expliqueront, c’est certain, que le système étasunien THAAD peut protéger, et protégera, la Corée du Sud et le Japon de telles frappes de missiles. D’autres, cependant, ne seront pas d’accord. Nous ne le saurons pas avant de le voir, mais à juger d’après la performance absolument lamentable du système Patriot tant vanté dans la guerre du Golfe, je ne mettrais ma confiance dans aucun système ABM made in USA. Enfin, les Coréens du Nord pourraient placer un engin nucléaire (même pas une véritable tête nucléaire) sur un navire commercial régulier ou même un sous-marin, l’amener au large des côtes du Japon et le faire exploser. La panique et le chaos qui s’ensuivraient pourraient coûter encore plus de vies et d’argent que l’explosion elle-même.

Ensuite, il y a Séoul, bien sûr. L’analyste américain Anthony Cordesman l’a exprimé très simplement : « Une bataille près de la zone démilitarisée, dirigée contre une cible comme Séoul, pourrait rapidement dégénérer au point de menacer l’ensemble de l’économie de la République de Corée, même s’il n’y avait aucune invasion majeure»

Aparté

Cordesman étant ce qu’il est, il continue à halluciner sur les effets d’une invasion de la République de Corée par la RPDC et émet des phrases telles que : « Les problèmes amènent à évaluer le résultat d’une invasion massive de la Corée du Sud par la RPDC, même si on se centre seulement sur les forces de chacun des pays. La RPDC dispose de forces terrestres beaucoup plus importantes, mais le résultat de ce qui serait aujourd’hui fortement déterminé par la mobilité globale des forces terrestres de la RPDC et leur capacité à se concentrer le long de lignes de front dépendant de la supériorité des forces aériennes et terrestres de la Corée du Sud est impossible à calculer de manière sûre, tout comme l’est le mélange actuel des forces que les deux côtés pourraient déployer dans une zone et selon un scénario donné. » 

Oups, l’homme discute sérieusement de concepts de guerre aéroterrestre dans le contexte d’une invasion du Sud par la RPDC ! Il pourrait tout aussi bien discuter de l’usage du concept de Follow-on-Forces Attack dans le contexte d’une invasion de la terre par des Martiens (ou d’une invasion russe tout aussi probable des mini-États baltes !). C’est amusant et pathétique de voir comment un pays doté d’une stratégie nationale totalement offensive, d'une doctrine militaire et d'une position de force ressent toujours le besoin d’halluciner des scénarios défensifs pour résoudre la dissonance cognitive résultant du fait qu’il est à l’évidence le sale type.

Pourquoi est-ce que Cordesman dit ça ? Parce que selon un spécialiste sud-coréen, « les pièces d’artillerie de calibre 170mm et 240mm de la RPDC ‘pourraient tirer 10 000 salves à la minute sur Séoul et ses environs ». Pendant la guerre en Bosnie, la presse occidentale parlait de « frappes d’artillerie serbes massives sur Sarajevo » alors que la puissance de feu effective était d’environ un obus par minute. Je me demande bien comment elle pourrait qualifier une frappe de 10 000 tirs par minute.

Résultat : vous ne pouvez pas vous attendre à ce que votre ennemi agisse d’une manière qui vous convient ; en fait, vous devriez beaucoup plus présumer qu’il va faire ce à quoi vous ne vous attendez pas et ce qui est le pire pour vous. Dans ce contexte, la RPDC a beaucoup plus de possibilités que tirer un ICBM sur Guam ou les États-Unis. Les cinglés dans l’administration ne veulent peut-être pas le mentionner, mais une attaque contre la RPDC risque de faire s’effondrer à la fois les économies sud-coréenne et japonaise, avec des conséquences mondiales immédiates : considérant la nature plutôt fragile et vulnérable du système économique et financier international, je doute beaucoup qu’une crise majeure en Asie ne débouche pas sur l’effondrement de l’économie étasunienne (qui est de toute façon fragile).

Nous devrions également considérer les conséquences politiques d’une guerre sur la péninsule de Corée, en particulier si, comme c’est très probable, la Corée du Sud et le Japon subissent des dommages catastrophiques. La situation pourrait bien provoquer une telle explosion de sentiments anti-américains que les États-Unis devraient faire leurs bagages et quitter totalement la région.

Comment pensez-vous que la République populaire de Chine se sente devant une telle perspective ? Exactement. Et cela ne pourrait-il pas expliquer pourquoi les Chinois sont plus qu’heureux de laisser les États-Unis se débrouiller avec le problème nord-coréen, en sachant pertinemment que d’une manière ou d’une autre, ils vont perdre sans que les Chinois doivent tirer un seul coup de feu ?

Le terrain

Ensuite, je veux revenir sur une menace très souvent débattue : l’artillerie et les forces spéciales nord-coréennes. Mais tout d’abord, je vous demande de regarder de près les trois cartes de la Corée du Nord ci-dessous.

Vous pouvez aussi télécharger ces cartes en taille réelle à partir d’ici.

Ce que je veux que vous voyiez est que le terrain en Corée du Nord est ce que les militaires appellent un « terrain mixte ». La topographie de la Corée du Nord, selon la notice de Wikipedia, l’explique très bien :

« Le terrain se compose principalement de collines et de montagnes séparées par de profondes vallées étroites. Les plaines côtières sont larges à l’ouest et discontinues à l’est. Les premiers visiteurs européens de la Corée remarquaient que le pays ressemblait à 'une mer dans une tempête' à cause des nombreuses chaînes de montagnes successives qui sillonnent la péninsule. Environ 80% de la superficie de la Corée du Nord est composée de montagnes et de hauts plateaux, et toutes les montagnes atteignant une altitude de 2000 mètres ou plus sont situées en Corée du Nord. La grande majorité de la population vit dans les plaines et les basses terres. »

Venant de Suisse, je connais très bien ce genre de terrain (c’est ce que vous voyez dans les contreforts alpins appelés « Oberland » ou « Préalpes ») et j’ajouterai encore ceci : il comporte une végétation dense, des forêts, des rivières et des ruisseaux aux berges escarpées et aux forts courants. De petits villages et beaucoup de profonds tunnels souterrains. Il y a aussi des régions plates en Corée du Nord, bien sûr, mais contrairement à la Suisse, elles sont composées principalement de rizières et de marais. En termes militaires, tout cela se traduit par mot un simple et tout simplement terrifiant : infanterie.

Pourquoi le mot infanterie devrait-il tellement effrayer ? Parce que l’infanterie veut dire aller à pied (ou à cheval) avec très peu de puissance aérienne (AA et MANPAD), et pas grand chose que des satellites (ils ne peuvent pas voir grand chose), des blindés (ils ne peuvent pas se déplacer), des hélicoptères, des sous-marins ou des missiles de croisière ne puissent faire. Parce que infanterie signifie « pas de cibles de grande valeur » mais des petites forces dispersées et très bien dissimulées. Une guerre menée entre régiments ou même pelotons. Parce que l’infanterie en terrain mixte représente le genre de guerre que les Américains craignent le plus.

L’adversaire

En gardant cela à l’esprit, répétons-le : à part ses immenses forces armées régulières (environ un million de soldats plus encore 5 millions dans les organisations paramilitaires), la RPDC a aussi 200 000 forces spéciales. Supposons que la propagande occidentale dise pour une fois la vérité et que les forces armées régulières soient mal équipées, mal entraînées, mal commandées et même affamées et démotivées (je ne suis pas du tout sûr que ce soit une supposition correcte, mais admettez-la). Répartir cette masse de soldats dans toute la zone de combat représenterait encore un énorme casse-tête, même pour « les meilleures et les plus puissantes forces armées de l’histoire », en particulier si vous ajoutez au mélange 200 000 forces armées bien entraînées et extrêmement motivées (je crois que nous pouvons tous être d’accord que supposer que les forces spéciales sont aussi démotivées serait plutôt irresponsable). Comment pourriez-vous savoir qui est qui et d’où vient la plus grande menace ? Et considérez ceci : ce serait extrêmement naïf de s’attendre à ce que les forces spéciales nord-coréennes se montrent dans des uniformes clairement marqués RPDC. Je parie que beaucoup d’entre elles arboreront des uniformes sud-coréens, et d’autres des tenues civiles. Pouvez-vous imaginer le chaos que serait la tentative de les combattre ?

Vous pourriez dire que les Nord-Coréens ont des armes des années 1950. Et alors ? C’est exactement ce qu’il faut pour mener le genre de guerre dont nous parlons : l’infanterie sur des terrains mixtes. Même l’équipement de la Seconde Guerre mondiale ferait l’affaire. Maintenant, il est temps de faire venir l’artillerie nord-coréenne. Nous parlons d’environ 8 600 canons d’artillerie et de plus de 4 800 lance-roquettes multiples (source).  Anthony Cordesman estime qu’il y a 20 000 pièces dans les « environs » de Séoul. C’est plus que ce que les États-Unis ont dans le monde entier (5312 selon Military Balance, y compris des mortiers). Et pensez aussi que nous ne parlons pas de batteries gentiment arrangées dans un désert plat, mais de milliers de pièces d’artilleries, simples mais très efficaces, réparties sur l’ensemble du « terrain mixte » et remplies de millions d’hommes en armes, dont 200 000 forces spéciales. Et une grande partie de cette artillerie peut atteindre Séoul, suffisamment pour créer panique massive et exode.

Pensez à un chaos total, atroce et sanglant

Donc lorsque vous pensez à une guerre contre la Corée du Nord, ne pensez pas À la poursuite d’Octobre rouge ou Top Gun.  Pensez chaos total, atroce et sanglant. Pensez FUBAR [fucked up beyond all (ou any) recognition, qui pourrait se traduire en français par merdier innommable ou FOUPOUDA, NdT] immédiat à grande échelle. Et ce n’est que pour les tout premiers jours, ensuite les choses deviendront pires, bien pires. Pourquoi ?

Parce qu’à ce moment-là, je m’attends à ce que la Marine et l’Armée de l’air nord-coréennes aient été totalement effacées, vague après vague, les missiles de croisière auront touché un nombre X d’installations (sans aucun moyen d’évaluer l’effet de ces frappes, mais peu importe) et les commandants militaires étasuniens se tourneront vers le président sans avoir de plan suivant à offrir. Quant aux Nord-Coréens, c’est à ce moment-là seulement qu’ils s’installeront dans une guerre sérieuse, avec l’infanterie.

Il y a une chance supérieure à la moyenne qu’une bonne partie des élites de RPDC seront mortes. Ce qui est sûr, c’est que le commandement et le contrôle du département général de l’état-major sur une grande partie de ses forces seront sinon perdus du moins gravement compromis. Mais tout le monde saura qu’ils ont été attaqués et par qui. Vous n’avez pas besoin de beaucoup de commandement et de contrôle lorsque vous êtes en position défensive sur le genre de terrain où il est difficile de commencer à bouger. En fait, c’est le genre de guerre où « haut commandement » veut dire généralement un capitaine ou un major et pas un général lointain.

Vous vous posez peut-être des questions sur la logistique ? Quelle logistique, je vous le demande ? Les munitions sont stockées tout près dans des dépôts, vous pouvez toujours trouver vous-mêmes de la nourriture et, d’ailleurs, c’est votre propre territoire, les civils vous aideront.

De nouveau, pas de guerre de manœuvre, pas de communication avancée, pas de train logistique lourd – nous parlons d’un type de guerre beaucoup plus proche de la Seconde Guerre mondiale, ou même de la Première, que de Tempête du Désert.

Aparté

En tant que quelqu’un qui a fait beaucoup de choses intéressantes avec l’armée suisse, permettez-moi d’ajouter ceci : ce genre de terrain est un champ de bataille où une seule compagnie peut arrêter et tenir un régiment entier ; c’est le genre de terrain où essayer de localiser avec précision la position d’une radio ennemie est extrêmement difficile ; c’est le genre de terrain où seuls des chevaux et des ânes peuvent porter des engins lourds sur des sentiers étroits, raides et en zig-zag ; des hôpitaux entiers peuvent être cachés sous terre, leur entrée cachée par une grange ou un hangar ; les canons d’artillerie sont enterrés et ils tirent lorsqu’une trappe épaisse en béton renforcé est déplacée sur le côté, puis ils se cachent ; le radar de contre-batterie fonctionne difficilement à cause des signaux qui se réfractent ; les signaux radio ont une courte portée à cause de la végétation et du terrain ; les caches d’armes et même des camps de la taille d’une compagnie ne peuvent être détectés qu’en marchant littéralement dessus ; les bunkers souterrains ont de nombreuses issues ; les opérations aériennes sont entravées par le très haut risque de tirs d’artillerie anti-aériens ou de missiles portables qui peuvent être cachés et venir de n’importe quelle direction. Je pourrais continuer, mais je veux juste dire une chose. Si vous voulez vaincre votre adversaire sur un tel terrain, il n’y a qu’une technique qui fonctionne : vous faites ce que les Russes ont fait dans les montagnes du sud de la Tchétchénie pendant la seconde guerre tchétchène – vous envoyez vos forces spéciales, de petites unités à pied, et vous combattez l’ennemi sur son propre terrain. 

C’est un genre de guerre extrêmement brutal, dangereux et difficile que je ne vois vraiment pas les Américains mener. Les Sud-Coréens, oui, peut-être. Mais c’est là que le le nombre joue un rôle : en Tchétchénie, les Spetsnaz russes opéraient dans une zone de combat relativement petite et ils avaient le nombre. Maintenant, regardez une carte de la Corée du Nord et le nombre des forces spéciales nord-coréennes et dites-moi : les Sud-Coréens ont-ils la main-d’œuvre pour ce genre d’opérations offensives ? Encore une chose : la réaction américaine typique à ces arguments serait « Et alors ? Nous nous allons simplement leur envoyer une bombe nucléaire ! » Vous pouvez les atomiser, mais les armes nucléaires ne sont pas très efficaces sur ce genre de terrain, il est difficile de trouver une cible pour commencer, les forces ennemies seront pour la plupart cachées sous terre et, enfin, vous allez utiliser des armes atomiques pour faire face à des unités de la taille d’une compagnie ou d’un peloton ? Ça ne marchera pas.

Si vous pensez que j’essaie de vous faire peur, vous avez totalement raison. C’est ce que je fais. Vous devriez avoir peur. Et notez que je ne mentionne même pas les armes nucléaires. Non, pas d’ogives nucléaires dans des missiles. Des dispositifs nucléaires de base transportés dans des camions militaires ordinaires. Conduits près de la zone démilitarisée en temps de paix parmi des milliers d’autres camions de l’armée puis enterrés quelque part, prêts à exploser au bon moment. Pouvez-vous imaginer quel pourrait être l’effet d’une frappe nucléaire « sans sommation » – « d’où est-elle venue ? » – sur la progression des troupes américaines ou sud-coréennes ? Pouvez-vous imaginer à quel point la question « Y en a-t-il d’autres ? » deviendra urgente ? Encore une fois, pour cela, les Nord-Coréens n’ont même pas besoin d’une véritable arme nucléaire. Un engin nucléaire primitif suffira.

Je peux déjà entendre le « Rah-rah-rah, nous sommes le numéro 1 ! » des irréductibles brandisseurs de drapeau rejetant tout cela en disant : « Ha, et vous ne pensez pas que la CIA sait déjà tout ça ? ». Peut-être que oui et peut-être que non – mais le problème est que la CIA, et le reste de la communauté américaine du renseignement, a été si désespérément politisée qu’elle ne peut rien faire contre les impératifs politiques tels qu’ils sont perçus. Et, franchement, lorsque je vois que les États-Unis essaient de faire peur aux Nord-Coréens avec des B-1B et des F-22 je me demande si quelqu’un au Pentagone ou à Langley est encore en contact avec la réalité. D’ailleurs, il y a les renseignements, et ensuite il y a les renseignements utilisables. Et dans ce cas, savoir ce que les Coréens pourraient faire ne signifie pas du tout savoir quoi faire à ce sujet.

En parlant de chaos – savez-vous ce que les Chinois ont dit expressément à son propos ?

Pouvez-vous deviner ?

Qu’ils ne « permettront pas le chaos et la guerre sur la péninsule ».

L’entrée des Chinois

Venons-en aux Chinois. Ils ont exprimé très clairement leur position : « Si la Corée du Nord lance une attaque qui menace les États-Unis, la Chine restera neutre, mais si les États-Unis attaquent les premiers et tentent de renverser le gouvernement de la Corée du Nord, la Chine les arrêtera. » Comme il n’y a absolument aucune chance d’une attaque nord-coréenne non provoquée contre le Sud ou les États-Unis, notamment avec cette menace des Chinois de rester neutres si la RPDC attaque en premier, examinons la deuxième partie de l’avertissement.

Que pourraient faire les Chinois si les États-Unis décidaient d’attaquer la Corée du Nord ? Leurs options de base dépendent de la nature de l’attaque :

  1. Si les États-Unis se limitent à une combinaison de missiles et de frappes aériennes et si la RPDC riposte (ou pas), les Chinois peuvent simplement fournir à cette dernière une aide technique, économique et humanitaire et dénoncer les États-Unis au niveau politique.
  2. Si les États-Unis continuent avec une invasion terrestre ou si la RPDC décide de riposter d’une manière qui pourrait les contraindre à une invasion terrestre, les Chinois pourraient offrir non seulement une aide militaire directe, y compris des troupes, mais pourraient attendre que le chaos devienne total en Corée avant d’ouvrir un deuxième front contre les forces américaines (y compris, éventuellement, Taïwan).

Ce second scénario créerait une situation dangereuse pour la Chine, bien sûr, mais elle serait encore beaucoup plus dangereuse pour les forces américaines en Asie, qui se trouveraient très dispersées sur un très grand territoire sans grand moyen d’obliger l’un ou l’autre adversaire à céder ou à arrêter. Enfin, exactement comme la Chine ne peut pas permettre aux États-Unis d’écraser la Corée du Nord, la Russie ne peut pas leur permettre d’écraser la Chine. Cette dynamique semble-t-elle familière ? Elle devrait, car elle est semblable à ce que nous avons observé récemment au Moyen-Orient :

  1. Russie -> Iran -> Hezbollah -> Syrie
  2. Russie ->Chine ->RPDC

C’est une position de force très souple et efficace où le plus petit élément est en première ligne et où le plus puissant est le plus éloigné et à l’arrière parce qu’il oblige l’autre camp à se concentrer d’abord sur l’adversaire en première ligne tout en maximisant les risques de tout succès possible parce que ce succès est susceptible d’attirer l’adversaire suivant, plus grand et plus puissant.

Conclusion : se préparer au génocide

Les États-Unis n’ont strictement aucune chance de désarmer ou, moins encore, de faire changer le régime de la RPDC uniquement avec des missiles et des frappes aériennes. Pour « prendre en main » sérieusement et significativement la RPDC, les dirigeants américains doivent consentir à une attaque terrestre. Cependant, même si ce n’est pas le plan, si la RPDC décide d’utiliser son immense puissance de feu, même relativement désuète, pour frapper Séoul, les États-Unis n’auront pas d’autre choix que de déplacer leurs forces terrestres dans la zone démilitarisée. Si cela se produit, quelque 500 000 troupes sud-coréennes, soutenues par 30 000 soldats de l’armée américaine affronteront environ 1 million de soldats nord-coréens soutenus par 5 millions de paramilitaires et 200 000 forces spéciales sur un champ de bataille en terrain mixte qui requerra une infanterie de l’ordre de celle ayant mené les opérations de la Seconde Guerre mondiale. Par définition, si les États-Unis attaquent la RPDC pour essayer de détruire son programme nucléaire, un tel assaut commencera par des missiles et des frappes aériennes sur les installations nord-coréennes, ce qui implique que les États-Unis viseront les cibles les plus précieuses (du point de vue des Nord-Coréens, bien sûr). Cela signifie qu’après une telle attaque, il ne restera que peu ou pas de capacités de dissuasion aux États-Unis et qu’après cette attaque, la RPDC n’aura plus d’incitation à montrer la moindre retenue. En revanche, même si la RPDC décide de commencer par un barrage d’artillerie dans la zone démilitarisée, y compris dans la région métropolitaine de Séoul, elle aura toujours la capacité d’aller plus loin soit en attaquant le Japon soit en déclenchant un engin nucléaire. Si cela se produisait, il y a une probabilité extrêmement élevée que les États-Unis doivent « proclamer la victoire et s’en aller » (une vieille tradition militaire américaine) ou commencent à recourir à de nombreuses frappes nucléaires tactiques. Les frappes nucléaires tactiques, soit dit en passant, ont une efficacité très limitée sur une position défensive préparée en terrain mixte, en particulier des vallées étroites. D’ailleurs, il est difficile de trouver des cibles pour de telles frappes. En fin de compte, la dernière et la seule option qui restera aux États-Unis est celle à laquelle ils recourent toujours pour finir, celle de se livrer directement et délibérément au meurtre massif de civils pour « briser la volonté de l’ennemi de se battre » et détruire « l’infrastructure de soutien au régime » des forces ennemies (une autre vieille tradition de l’armée américaine qui remonte aux guerres contre les Indiens et qui a été utilisée pendant la guerre de Corée ainsi que, plus récemment, en Yougoslavie). Ici, je veux citer un article de Darien Cavanaugh dans War is Boring :

« En chiffres par habitants, la guerre de Corée a été une des guerres les plus meurtrières de l’histoire moderne, en particulier pour la population civile de la Corée du Nord. L’ampleur de la dévastation a choqué et dégoûté le personnel militaire américain qui y assistait, y compris certains qui avaient combattu dans les batailles les plus horribles de la Seconde Guerre mondiale (...). Ce sont des chiffres stupéfiants et le taux de mortalité pendant la guerre était comparable à ce qui s’est produit dans les pays les plus durement frappés pendant la Seconde Guerre mondiale. (...) En fait, à la fin de la guerre, les États-Unis et leurs alliés ont largué plus de bombes sur la péninsule coréenne, dont l’écrasante majorité sur la Corée du Nord, qu’ils ne l’avaient fait dans tout le théâtre du Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale. »
« La destruction physique et les vies perdues des deux côtés étaient quasiment inimaginables, mais le Nord a subi le dommage le plus grand, à cause des bombardements intensifs et de la politique de la terre brûlée des forces des Nations unies pendant leur retraite », a écrit l’historien Charles K. Armstrong dans un article pour le Asia-Pacific Journal« L’US Air Force a estimé que la destruction de la Corée du Nord était proportionnellement plus grande que celle du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, où les États-Unis avaient réduit 64 grandes villes en ruines et utilisé la bombe atomique pour en détruire deux autres. Les avions américains ont déversé 635 000 tonnes de bombes sur la Corée – c’est-à-dire essentiellement sur la Corée du Nord – y compris 32 557 tonnes de napalm, contre 503 000 tonnes de bombes larguées dans tout le théâtre du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale. » Comme l’explique Armstrong, cela a produit une dévastation presque sans égale. « Le nombre de Coréens morts, blessés ou disparus à la fin de la guerre approchait 3 millions, 10% de l’ensemble de la population. La majorité des tués étaient dans le Nord, qui avait la moitié de la population du Sud ; bien que la RPDC n’ait pas de chiffres officiels, il est possible que 12% à 15% de la population ait été tuée pendant la guerre, un chiffre approchant ou dépassant la proportion des citoyens soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Douze à quinze pour cents de la population totale ont été assassinés par les forces américaines en Corée pendant la dernière guerre (comparez ces chiffres avec le soi-disant « génocide » de Srebrenica !). C’est ce que Nikki Haley et les psychopathes de Washington DC menacent vraiment de faire lorsqu’ils parlent de « prendre la situation en main » ou, encore mieux, lorsque Trump menace de « détruire totalement » la Corée du Nord. Ce que Trump et ses généraux oublient, c’est que nous ne sommes pas dans les années 1950 mais en 2017 et que si la guerre de Corée a eu une influence économique négligeable sur le reste de la planète, une guerre au milieu de l’Extrême-Orient aurait d’énormes conséquences. En plus, dans les années 1950, le contrôle total des États-Unis sur les médias de masse, du moins dans le soi-disant « monde libre », rendait assez facile de dissimuler le carnage meurtrier pratiqué par les forces dirigées par les Américains, ce qui est totalement impossible de nos jours. La réalité moderne est que, indépendamment du résultat effectif sur le terrain, toute attaque des États-Unis contre la RPDC aurait pour résultat qu’ils perdraient si gravement la face que cela signerait probablement la fin de la présence américaine en Asie et causerait un choc financier international massif provoquant l’effondrement de l’économie étasunienne déjà fragile actuellement. En revanche, la Chine sortirait comme la grande gagnante et la superpuissance incontestée en Asie.

Toutes les menaces proférées par les politiciens américains ne sont rien de plus que du vent délirant. Un pays qui n’a pas gagné une seule guerre importante depuis la guerre du Pacifique et dont l’armée est progressivement formée de semi-illettrés, de sexe équivoque, et souvent soldats pour éviter des condamnations ou le chômage, n’est absolument pas en situation de menacer un pays avec le large choix de ripostes qu’a la Corée du Nord. Le tir de barrage actuel des menaces américaines de se lancer dans une nouvelle guerre génocidaire est à la fois illégal selon le droit international et contre-productif politiquement. Le fait est que les États-Unis sont peu susceptibles de pouvoir survivre politiquement à une guerre contre la RPDC et qu’ils n’ont aujourd’hui pas d’autre choix que de s’asseoir et de négocier sérieusement avec les Coréens du Nord ou d’accepter que la RPDC est devenue une puissance nucléaire officielle.

The Saker

Cette analyse a été écrite pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker francophone

 

 

Washington donne son feu vert pour livrer des missiles Javelin à l’Ukraine

Lance-missiles antichar Javelin

Washington donne son feu vert pour livrer des missiles Javelin à l’Ukraine

© AFP 2017 Sam Yeh
International

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Situation dans le Donbass (2017) (85)
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Washington a finalement décidé de livrer à l’Ukraine des lance-missiles antichar pour la coquette somme de 47 millions de dollars, selon les médias américains.

L’administration du Président Trump a approuvé un projet de livraison à l’Ukraine d’armes létales, dont des missiles antichar Javelin, annonce l’agence Associated Press se référant à des fonctionnaires américains.

Auparavant, la chaîne télévisée ABC News, se référant à ses sources au département d’État, a annoncé que Trump souhaitait approuver la livraison de lance-missiles antichar à l’Ukraine. Selon les sources, il s’agit de livrer 210 missiles et 35 lance-missiles pour la somme de 47 millions de dollars.Après une approbation formelle du Président, le projet sera soumis au Congrès qui devrait l’examiner au bout d’un mois et le soumettre à l’approbation du département d’État.

Vendredi, la porte-parole du département d’État Heather Nauert a annoncé que Washington avait décidé de livrer des armes défensives à l’Ukraine pour assurer la protection de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.

«Les États-Unis ont décidé de livrer à l’Ukraine des possibilités défensives renforcées dans le cadre de nos efforts visant à l’aider à développer ses capacités défensives, protéger sa souveraineté et son intégrité territoriale, ainsi que pour parer de futures agressions», indique la déclaration de Mme Nauert dont Sputnik a obtenu copie.

La déclaration souligne également que le soutien de l’Ukraine «porte un caractère exclusivement défensif».

Kiev cherche depuis trois ans à obtenir des armes létales des États-Unis. Actuellement, l’aide militaire de Washington se limite, officiellement, à la fourniture d’uniforme, d’équipements et à la formation des soldats de la Garde nationale ukrainienne.

Moscou et la plupart des politiques européens s’opposent à des livraisons d’armes létales à Kiev, jugeant que cela entraînerait une nouvelle escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dossier:
Situation dans le Donbass (2017) (85)

Lire aussi:

Washington promet de continuer à armer l’Ukraine
Kiev recevra-t-il des armes létales de Washington?
Le Congrès US dévoile ses projets de livraison d’armes létales à l’Ukraine

https://fr.sputniknews.com/international/201712231034460519-usa-armes-ukraine/

Deux études sur les trafics d’armes vers la Syrie et l’Iraq

Deux études sur les trafics d’armes vers la Syrie et l’Iraq

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Signalons plusieurs publications sur les trafics d’armes et de munitions à destination de la Syrie et de l’Irak.

- Dans une longue étude [1], Conflict Armament Research revient sur l’ampleur des trafics dont Daesh a bénéficié au cours des trois dernières années. Ce mystérieux organisme a étudié 84 sites en Iraq et 27 en Syrie. Il a relevé les numéros de plus de 1 800 armes avec l’aide du gouvernement irakien et des forces de la Coalition pro-US. Il conclut que les armes de Daesh provenaient souvent des stocks initialement destinés aux « factions » (sic) soutenues par les pays occidentaux. Cette étude pointilleuse a été co-financée par l’Union européenne et le ministère allemand des Affaires étrangères. Malgré un énorme tapage dans la presse, son résultat est décevant : il ne fait que confirmer une nouvelle fois ce que des documents de transports nous avaient déjà appris.

- Dans un article de Foreign Policy [2], Adam Rawnsley, Eric Woods et Christiaan Triebert, révèlent la vente d’armes de guerre US et de munitions aux jihadistes via un simple marché informatique sur Telegram. Il est possible d’acheter toutes sortes d’armes en gros ou à l’unité, de la Kalachnikov au char d’assaut, en passant par des détonateurs pour des bombes artisanales. Il n’est pas clair si ces produits ont été ou non cédés volontairement par le Pentagone ou la CIA à des négociants privés pour qu’ils fassent officieusement ce que Washington dément officiellement. L’article ne précise pas par qui les marchandises sont acheminées au Moyen-Orient. L’affaire est parue suffisamment sérieuse pour que la République arabe syrienne saisisse le secrétaire général de l’Onu et le Conseil de sécurité (lettre du 11 décembre 2017, référence S/2017/1036).

[1] Weapons of the Islamic State. A three-year of investigations in Iraq and Syria, Conflict Armament Research, December 2017.

[2] “The Messaging App Fueling Syria’s Insurgency”, Adam Rawnsley, Eric Woods & Christiaan Triebert, Foreign Policy, November 6, 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article199053.html

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