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Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

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Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

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Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

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Refroidissement climatique sur l’Atlantique

Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19)

Conférence de Munich sur la sécurité

Février 2019, Munich. La 55ème édition de la Conférence annuelle sur la Sécurité a laissé beaucoup de participants occidentaux désemparés. Jamais les tensions entre alliés de part et d’autre de l’Atlantique n’avaient paru aussi fortes.

Il y a d’abord la guerre commerciale que le président américain entend mener contre l’Europe, contre l’Allemagne en particulier. Ensuite, sur le plan diplomatico-militaire, les défenseurs d’une « autonomie stratégique » du « pilier européen » au sein de l’Alliance atlantique se sont une nouvelle fois confrontés aux partisans d’un monopole de l’OTAN. Autre empoignade : Washington voudrait contraindre Paris, Berlin et Londres à dénoncer l’accord nucléaire signé en 2015 avec Téhéran. Par ailleurs, le bras de fer se poursuit entre dirigeants américains et allemands sur le doublement du gazoduc Nord Stream qui fournit du gaz russe à l’économie d’outre-Rhin. Enfin, les Etats-Unis jettent aux orties le traité signé avec Moscou en 1987 interdisant les missiles à moyenne portée en Europe. Les dirigeants européens reprennent certes l’argument américain accusant la Russie de violer ledit accord, mais trouvent tout de même saumâtre d’être mis devant le fait accompli alors même qu’il s’agit de la sécurité du Vieux continent.

A Munich, Angela Merkel a choisi un ton peu diplomatique pour mettre en cause la politique de la Maison-Blanche. Pour sa part, le vice-président Michael Pence a affiché une ostensible arrogance : « aujourd’hui, l’Amérique est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, et est redevenue le leader mondial ». Le caractère de Donald Trump, provocateur et imprévisible, donne à ces contradictions une virulence inédite. Les responsables européens vivent dans la frayeur du prochain Tweet présidentiel.

Qui plus est, les oppositions ne se situent pas seulement entre les deux rives de l’Atlantique, mais au sein même de chaque camp. Plusieurs pays orientaux de l’UE, par exemple, se rangent plus volontiers dans le camp de Washington que dans celui de Bruxelles. A l’inverse, Joseph Biden, le prédécesseur démocrate de M. Pence, également présent dans la capitale bavaroise, a rêvé d’organiser avec l’UE « le monde des cinquante prochaines années ».

Entre les deux rives de l’Atlantique, il y n’y a pas de contradiction idéologique, mais bien choc des intérêts

En réalité, entre Occidentaux, les contradictions ne sont pas idéologiques. Tous accusent Moscou d’être la cause des malheurs du monde (du reste, sans la Russie, comment pourrait-on justifier l’OTAN ?). Tous redoutent l’émergence de la Chine. Tous communient dans le culte du marché et de la gouvernance globale faisant fi des souverainetés des Etats. Tous s’inscrivent dans une logique de domination mondiale incluant le « droit d’ingérence » (aujourd’hui brandi contre Caracas). En revanche, il y a bel et bien choc des intérêts dans de nombreux domaines. Dans deux en particulier : les marchés d’armements, et l’énergie.

Les marchands de canons européens veulent accroître leur part du gâteau sonnant et trébuchant face à leurs homologues américains peu enclins à laisser mettre en cause leur suprématie. C’est à cette aune qu’il faut comprendre les affrontements en matière d’« Europe de la Défense ». Les projets et marchés des systèmes d’armes du futur se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie n’est pas moins considérable, d’autant qu’il joue un rôle crucial dans les dépendances de demain. Ce n’est peut-être pas un hasard si se trouvent aujourd’hui dans l’œil du cyclone l’Iran et le Venezuela, membres fondateurs de l’OPEP ; si le gazoduc Nord Stream II oppose si violemment Washington et Berlin ; si les dirigeants américains et européens s’écharpent à propos du combat contre le réchauffement climatique (une « bataille » pour laquelle les élites européennes mobilisent des milliers d’« idiots utiles ») : alors que l’Oncle Sam a atteint l’autosuffisance pétrolo-gazière, c’est loin d’être le cas pour le Vieux continent dont les dirigeants souhaitent donc réduire leur dépendance aux hydrocarbures.

En toile de fond, un dernier facteur torture les chefs de l’Union européenne et les médias qui leur sont fidèles : la « montée des populismes », terme convenu qui recouvre les insurrections populaires latentes ou tâtonnantes contre la régression sociale et la mise en cause toujours plus drastique des souverainetés (Brexit, Gilets jaunes, tsunami électoral italien…). De fait, si les dirigeants européens voient des rivaux à Washington, leurs véritables ennemis n’avaient pas été invités à Munich – mais étaient dans toutes les têtes.

Les peuples.

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Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

un avion US transportant une aide humanitaire destinée au Venezuela

Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

© AP Photo / Fernando Vergara
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Préparant une provocation au Venezuela, les États-Unis continuent de transférer des forces spéciales et du matériel militaire vers les frontières du pays, a indiqué la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Lors d’un point de presse au ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova a confirmé que les États-Unis préparaient une provocation à grande échelle au Venezuela afin d’aider l’opposition à renverser le pouvoir légitimé dans le pays.

«Washington est en train de préparer une provocation et il le fait conformément à toutes les règles de la science militaire […]. Nous constatons le transfert de forces spéciales américaines et de matériels militaires plus près du Venezuela», a-t-elle déclaré.

Mme Zakharova a noté que cette provocation, préparée sous la couverture de livraison d’une aide humanitaire américaine au pays, avait pour but de donner un prétexte aux adversaires du pouvoir vénézuélien pour renverser le Président légitime Nicolas Maduro.

«Le déroulement des événements au Venezuela est arrivé à un point critique, tout le monde le comprend. Une dangereuse provocation à grande échelle est prévue pour le 23 février: conduit par Washington, le passage de la frontière vénézuélienne par un soi-disant convoi humanitaire risque de provoquer des affrontements entre partisans et opposants du gouvernement en exercice et donne un prétexte commode pour une action militaire visant à renverser le Président légitime», a ajouté la diplomate.

Livraison d’armes pour l’opposition vénézuélienne

Il n’est pas exclu, a poursuivi Mme Zakharova, que l’opposition vénézuélienne puisse recevoir par l’intermédiaire des États-Unis une importante quantité de matériels militaires en provenance d’un pays d’Europe orientale.

«Selon nos données, des sociétés américaines et leurs alliés de l’Otan envisagent l’achat d’un important lot d’armes et de munitions dans un pays d’Europe orientale en vue de leur transfert aux forces de l’opposition vénézuélienne. Nous parlons de mitrailleuses de gros calibre, de lance-grenades et de lance-roquettes, de systèmes de défense antiaérienne portatifs, de munitions pour armes légères et pour armes d’artillerie à diverses fins. Ceci amène à poser la question de savoir ce qui est entendu par la livraison d’une aide humanitaire», a-t-elle ajouté.

Et d’ajouter:

«Une piste ukrainienne peut être retrouvée dans cette histoire absolument laide. Selon nos informations, l’entreprise Antonov pourrait y être impliquée».

La diplomate a noté que la livraison des armes au Venezuela devrait être effectuée début mars en plusieurs lots à travers un pays voisin avec utilisation des avions de la société de transport international.

Rappelons que l’opposition vénézuélienne avait déclaré que des livraisons d’aide humanitaire en provenance des États-Unis seraient effectuées dans le pays à partir du 23 février. En réponse, Nicolas Maduro a annoncé que l’envoi de cette aide était un «show politique» et un «attrape-nigaud», et que le gouvernement l’empêcherait. Par la suite, les autorités ont fermé la frontière maritime avec les Petites Antilles.

Ce jeudi 21 février, le Président vénézuélien a également annoncé la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil. En outre, il n’a pas exclu la fermeture de la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

La crise politique au Venezuela a éclaté quand l’opposant Juan Guaido, renvoyé le 22 janvier du poste de président de l’Assemblée nationale vénézuélienne sur décision de la Cour suprême, s’est autoproclamé le lendemain «Président en exercice du pays» et a prêté serment au cours d’une manifestation. Donald Trump l’a reconnu comme «Président par intérim».

Une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, en ont fait de même. La France l’a également reconnu comme «Président en charge». Le Président Nicolas Maduro a qualifié Juan Guaido de pantin des États-Unis.

La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs autres pays ont, quant à eux, soutenu Nicolas Maduro en tant que Président légitime du Venezuela. Le Kremlin a qualifié la décision de certaines nations européennes d’«ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela».

https://fr.sputniknews.com/international/201902221040120323-usa-mascou-troupes-venezuela/

 

L’Allemagne entrave les exportations d’armements d’Arquus

L’Allemagne entrave les exportations d’armements d’Arquus

Par Michel Cabirol  |   |  374  mots
Le VAB Mark 3 à l'export est désormais équipé d'un moteur américain
Le VAB Mark 3 à l’export est désormais équipé d’un moteur américain (Crédits : Arquus)
Arquus (ex-Renault Trucks Defense) rencontre des difficultés à l’exportation en raison des réticences de l’Allemagne à autoriser des exportations de composants civils en vue d’être militarisés dans certains pays : Arabie Saoudite, Egypte mais aussi Indonésie et Inde.

Comme d’autres industriels européens à l’image de MBDA, Arquus (ex-Renault Trucks Defense) rencontre quelques difficultés à l’exportation en raison des réticences de l’Allemagne à autoriser des exportations de composants civils en vue d’être militarisés dans certains pays. Arquus achète « des composants relativement difficiles à trouver ailleurs qu’en Allemagne », a expliqué calmement mardi son PDG, Emmanuel Levacher, lors de la présentation des résultats de 2018 du constructeur de blindés légers. Cela va de joints à des boites de vitesses automatiques ou encore des moteurs civils. « Un simple joint a bloqué » des affaires, a-t-il souligné. Et selon Emmanuel Levacher, cette liste s’est même allongée au-delà de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte. Les autorités allemandes ont rajouté l’Indonésie et l’Inde, a-t-il précisé .

Les autorités allemandes sembleraient avoir adopté une tactique, qui vise à décourager les demandes de licences d’exportation plutôt que de les interdire formellement. Le patron d’Arquus a d’ailleurs précisé qu’il n’y avait pas d’interdiction mais les autorités allemandes avaient des « délais d’instruction extrêmement longs » avant d’accorder ou pas leur autorisation. Résultat, a-t-il affirmé, « nos fournisseurs s’autocensurent » et finissent par ne plus adresser à l’administration allemande de demandes qui s’éternisent sur les bureaux. « Ça bloque », regrette-t-il. Ces « gros sujets sont évoqués avec les autorités françaises », a reconnu Emmanuel Levacher, qui va toutefois finir de livrer fin 2019, début 2020 ses blindés (VAB Mark 3 et Sherpa) à l’Arabie Saoudite dans le cadre du contrat Donas reconfiguré (ODAS).

Quelles parades ?

Comment contourner la mauvaise foi des autorités allemandes? « On trouve des parades, on développe des solutions », a expliqué le PDG d’Arquus, qui a rappelé que cela avait un coût. Arquus cherche notamment de nouvelles sources d’approvisionnement autres qu’en Allemagne. Ainsi, le constructeur de blindés achète désormais des moteurs civils aux Etats-Unis pour les militariser en vue de les intégrer aux célèbres blindés VAB Mark 3. Mais certains composants sont difficiles à trouver en dehors de l’Allemagne comme les boites de vitesses automatiques. Seuls l’allemand ZF et l’américain Allison en produisent pour Arquus. A plus long terme, Emmanuel Levacher compte sur les nouvelles technologies (moteurs électriques…) « pour sortir de ce cercle vicieux ».

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/l-allemagne-entrave-les-exportations-d-armements-d-arquus-806418.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190206

Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

Exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : les hypocrisies de l’Allemagne

Par Michel Cabirol  |   |  478  mots
Berlin a autorisé de nouvelles licences d'exportation vers Ryad en 2018
Berlin a autorisé de nouvelles licences d’exportation vers Ryad en 2018 (Crédits : Reuters)
Alors que la France et l’Allemagne doivent coordonner leur politique d’exportation d’armes dans le cadre du nouveau traité franco-allemand, Berlin joue un drôle de jeu avec l’Arabie Saoudite.

Les exportations d’armes allemandes souffrent. La valeur des licences individuelles pour des matériels autorisés à l’exportation a très nettement baissé en 2018, passant de 6,2 milliards d’euros à 4,62 milliards d’euros, selon une estimation du gouvernement fédéral en réponse en janvier à une question posée en décembre par la députée Agnieszka Brugger (Vert). Soit une chute de près de 30 %. Pour autant, faut-il mettre ce fort recul sur le compte d’une politique beaucoup plus restrictive vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et de ses alliés, qui mènent une guerre au Yémen depuis 2015 ? Pas sûr…

Parmi les quinze principaux pays bénéficiaires de ces licences en 2018, figure en bonne place l’Arabie Saoudite en quatrième position avec 416 millions d’euros, devant le Pakistan (7e avec 174,38 millions) et le Qatar (13e avec 96,38 millions). L’Algérie est au premier rang des pays où les industriels allemands ont l’autorisation d’exporter (818 millions d’euros) tandis que la France arrive en quinzième position (85,76 millions).

Durcissement de la position allemande mais…

Il est toutefois indéniable que depuis l’affaire Khashoggi, le gouvernement allemand a durci mi-novembre sa position vis-à-vis de l’Arabie Saoudite en gelant toute nouvelle licence d’exportation vers ce pays. En revanche, Berlin n’a pas interdit la livraison des matériels, qui avaient déjà reçu une autorisation d’exportation. En théorie, les industriels pourraient donc poursuivre leurs livraisons mais, faute d’un soutien du gouvernement, ils ne veulent pas prendre le risque de le faire. Conséquence, 2,5 milliards d’euros d’équipements, dont des patrouilleurs de Lürssen, resteraient en stand-by. Des patrouilleurs que Lürssen essaie de recaser à la police maritime allemande.

Les industriels pourraient traîner le gouvernement devant les tribunaux mais Berlin prépare de très importants appels d’offres (frégates, corvettes, sous-marins, défense sol-air…). D’où la tiédeur des protestation des industriels… à l’exception de Rheinmetall dont l’un de ses anciens haut dirigeants est PDG de la SAMI (Saudi Arabian Military Industrie) qui coordonne l’industrie d’armement saoudienne. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Rheinmetall entend exiger des indemnités.

Comment Rheinmetall contourne l’interdiction

Les groupes allemands, notamment Rheinmetall, contournent l’interdiction du gouvernement allemand. Ainsi, l’usine de munitions d’Al-Kharj en Arabie Saoudite, construite par Rheinmetall via sa filiale sud-africaine, Rheinmetall Denel Munition (RDM), continue de produire des munitions. Inaugurée en mars 2016 par le président sud-africain Jacob Zuma et le prince héritier saoudien Mohamed bin Salman, cette usine est spécialisée dans la fabrication d’obus et de bombes aéroportées pesant jusqu’à 2 000 livres, continue à tourner… Elle a la capacité de produire 300 obus d’artillerie et 600 obus de mortier par jour.

Selon le magazine Stern et le magazine-télé Report München, Rheinmetall continue à livrer des armements à Ryad par l’intermédiaire de ses filiales étrangères situées en Italie et en Afrique du Sud malgré l’interdiction explicite du gouvernement allemand.

 

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/exportations-d-armes-vers-l-arabie-saoudite-les-hypocrisies-de-l-allemagne-804544.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190130

Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Alors que le pape François fustige régulièrement le commerce des armes, les évêques centrafricains ont demandé le 13 janvier la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine, dans le message final de leur première Assemblée plénière. Pour eux, cet embargo n’est plus opportun alors que l’armée est fragilisée et que les groupes armés sèment la terreur :

« Avec l’élection des nouvelles autorités en 2016, la RCA a retrouvé l’ordre constitutionnel. Alors que la RCA, encore maintenue sous embargo, ne peut pas s’approvisionner en armes pour sa défense, les groupes armés se ravitaillent en engins de guerre au vu et au su de tous. Dans ces conditions, l’embargo sur les armes ne favorise-t-il pas les groupes armés qui continuent à semer la terreur, la désolation et à défier l’autorité de l’État ? Comment peut-on former les forces de défense et de sécurité sans leur fournir ? »

« De vastes zones de la Centrafrique échappent au contrôle de l’État et se trouvent entre les mains de groupes armés qui se livrent aux actes répétitifs de violences inhumaines et de violations graves des droits humains ».

Les évêques centrafricains, fustigent le comportement de certains contingents de la Mission des Nations Unies en Centrafrique (Minusca).

« Nous déplorons la duplicité de certains contingents qui laissent pourrir la situation sous leurs yeux comme s’ils en tiraient profit »,« les Marocains à l’est, les Pakistanais à Batangafo et les Mauritaniens à Alindao ».

Pour se défendre et rétablir le droit, l’Etat centrafricain a donc besoin de s’armer.

Un texte publié en juin 1994 par le Conseil pontifical Justice et Paix, présidé alors par le Cardinal Etchegaray, intitulé «Le commerce international des armements, une réflexion éthique », estime que le recours à certaines formes de violence armée est un droit, et même un devoir, en cas de légitime défense :

“Dans un monde où subsistent le mal et le péché, existe le droit à la légitime défense par des moyens armés. Ce droit peut devenir un devoir grave pour celui qui est responsable de la vie d’autrui, du bien commun de la famille ou de la cité”.

La reconnaissance d’un tel droit détermine deux conséquences :

  • Tout Etat qui s’estime menacé a le droit d’entretenir des forces armées proportionnées à l’évaluation de la menace pesant sur sa vie, son indépendance, sa liberté. S’il n’a pas d’industrie d’armement, il a donc le droit de se procurer ailleurs les matériels nécessaires. Le commerce des armes n’est donc pas, en soi, immoral.
  • La « légitime défense » est le seul et unique fondement moral de ce droit de s’équiper en armements.

https://www.lesalonbeige.fr/les-eveques-centrafricains-demandent-la-levee-de-lembargo-sur-les-armes-en-republique-centrafricaine/

Suspension des livraisons d’armes par l’Allemagne à l’Arabie saoudite: une balle dans le pied de l’Occident

Suspension des livraisons d’armes par l’Allemagne à l’Arabie saoudite: une balle dans le pied de l’Occident


Par Andrew Korybko – Le 30 octobre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoMerkel a déclaré que son pays suspendait ses engagements contractuels, prévoyant que l’Allemagne livre au Saoud des systèmes d’armement à hauteur de centaines de millions de dollars cette année, tant que Riyad ne répondrait pas de manière responsable à toutes les questions concernant l’assassinat de Khashoggi.

Elle a été jusqu’à qualifier cet événement de « monstrueux » et a promis qu’elle ferait pression sur ses alliés de l’UE à en faire autant. Pour horrible que la mort du dissident soit pour beaucoup, les normes internationales veulent qu’elle ne relève cependant que des affaires internes de l’État saoudien : l’homme a disparu alors qu’il était au consulat, territoire souverain du pays, et sa mort n’implique que des ressortissants saoudiens. En outre, la vente d’armes conventionnelles au Royaume n’a rien à voir avec la mort de ce journaliste. Cette décision allemande apparaît surtout comme une manière bien pratique pour la chancelière de faire pression sur le Royaume, et tâcher de le faire adhérer à son agenda politique de gestion de cette crise de relations publiques.

Chose ironique au plus haut point : l’Allemagne utilise ses ventes d’armes comme levier auprès des Saoud, opaques à un point caricatural, pour la mise en place d’une enquête transparente sur la mort de Khashoggi, mais, si l’enquête en question en venait à satisfaire Merkel, elle n’a cure de la très haute probabilité que ces livraisons d’armes, une fois débloquées, serviront à tuer bien d’autres personnes dans la guerre saoudienne du Yémen. Il ne s’agit pas ici de juger l’Allemagne, ou quelque pays que ce soit, de pratiquer la « diplomatie militaire » pour faire valoir ses intérêts, mais plutôt de mesurer le degré d’hypocrisie dont fait preuve l’Union européenne quand il s’agit d’exporter ses soi-disant « valeurs », alors qu’elle passe son temps à les fouler aux pieds dans un jeu de realpolitik. Et à ce jeu-là, chacun peut jouer, et les Saoudiens viennent, au vu des développements récents, de perdre toute foi dans la fiabilité de leurs soi-disant « partenaires occidentaux » de l’UE.

Dans la même veine, il est censé de voir l’Arabie saoudite renforcer ses liens avec la Russie, en réponse à l’instrumentalisation politique allemande de ses livraisons d’armes. Moscou ne pratique jamais ce genre de chantage avec ses partenaires, et constitue donc un partenaire d’affaire plus sérieux que Berlin. Les effets de la décision allemande seront très éloignés de ce qu’elle escompte : l’Arabie saoudite ne se soumettra pas à une « solution politique » élaborée à l’étranger, en règlement de l’assassinat de Khashoggi ; ce plan comprendrait possiblement des risques de changement de régime en Arabie saoudite, si le prince de la couronne Mohammed Bin Salman était déclaré coupable de ce crime aux yeux du tribunal de l’opinion publique européenne. Bien au contraire, l’Arabie saoudite est plus que jamais encouragée à poursuivre la diversification de son ancienne dépendance stratégique vis à vis de l’Occident, et va se rapprocher, en réponse aux pressions de l’UE, de pays comme la Russie et même la Chine. L’Arabie saoudite pourrait se transformer en acteur plus responsable dans l’ordre mondial multipolaire émergent.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 26 octobre.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/suspension-des-livraisons-darmes-par-lallemagne-a-larabie-saoudite-une-balle-dans-le-pied-de-loccident

 

Trump enterre “l’Arms Control”

Trump enterre “l’Arms Control”

Le point de vue de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS.

La stratégie de Trump contre la Russie et la Chine

La guerre en Syrie a montré que les Forces armées US ont perdu leur supériorité en matière conventionnelle au profit de la Russie. La mise au point par Moscou d’une nouvelle génération de vecteurs nucléaires hypersoniques devrait également attester le dépassement des États-Unis en matière nucléaire. Cherchant à rattraper son retard, le Pentagone entend profiter —tant qu’il en est encore temps— de sa supériorité quantitative nucléaire pour imposer ses choix à la Russie et à la Chine.

| Mexico (Mexique)

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Les généraux James Mattis (secrétaire à la Défense) et Joseph Dunford (président du Comité des chefs d’état-major).

Si vis pacem, para bellum [1]

La revue Foreign Affairs, de l’influent Council on Foreign Relations, vient d’exposer crûment le débat en cours sur une guerre nucléaire que les US pourraient livrer à la Russie et à la Chine [2].

Il y a d’abord un article de Elbridge Colby –l’un des principaux auteurs de Stratégie de défense nationale du Pentagone [3], qui proclame la fin de la guerre effective contre le terrorisme et le retour de la concurrence entre les grandes puissances– avec pour mot d’ordre stratégique : « si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre nucléaire » [4]

Colby, le sous-secrétaire adjoint en charge de la stratégie et du développement de la force, prévient : toute confrontation avec la Russie et avec la Chine pourrait devenir nucléaire si, au cours d’un combat se durcissant et devenant plus incertain, chaque combattant était tenté de saisir son épée nucléaire pour tester la résolution de la partie adverse, pour relever le défi, ou tout simplement pour pouvoir continuer le combat.

Selon Colby, le meilleur moyen pour éviter une guerre nucléaire, c’est d’être prêt à en livrer une à caractère limité (sic) ; et les USA sont disposés à réaliser des opérations nucléaires efficaces (sic) autant que limitées.

André Damon, du site trotskiste WSWS  [5] revient sur la menace de Trump de retirer les USA du Traité INF, sur les forces nucléaires intermédiaires [6], qui interdit aux USA et à la Russie de développer des missiles de portée entre 500 et 5 500 km.

Damon considère que la menace de Trump met en danger la vie de millions de gens en Europe et en Asie orientale, en planifiant un feu croisé contre Pékin et contre Moscou. Et les USA ne cachent plus leur envie d’utiliser les armes nucléaires dans leurs combats, où il n’y aurait plus aucune limite, dans l’objectif de vaincre les « adversaires ».

Damon ajoute que ces plans se réalisent en secret avec la complicité du New York Times et du Parti démocrate, qui est resté presque silencieux quant aux conséquences et au danger d’une guerre mondiale.

George Shultz, le puissant secrétaire d’État sous la présidence républicaine de Ronald Reagan, défend l’INF : “nous devons préserver ce traité nucléaire”, dit-il. [7].

Shultz fait remarquer que les armes nucléaires sont une menace pour le monde, et entreprend l’apologie justifiée de la signature du Traité, en 1987, par Ronald Reagan le président républicain d’alors, et par le dirigeant de l’ex-URSS Mikhaïl Gorbatchov  [8].

Il critique les menaces de Trump de lâcher l’INF sous prétexte de violations de la part de la Russie, et il profite de l’occasion pour inviter d’autres pays à rejoindre les signataires du traité, et à résister à la tentation US de développer de nouvelles espèces d’armes létales ; il propose pour cela, comme étape préliminaire une réunion des experts des US et de la Russie pour discuter des violations éventuelles.

À l’époque, le traité avait suscité un fort scepticisme, mais George Schultz soutient qu’il a été possible de réaliser « des inspections étendues in situ pour vérifier que tous les missiles interdits avaient bien été éliminés ». Et déjà en 1992, quelque 2700 missiles avaient été détruits [9].

Shultz cite à ce sujet une phrase clé du tsar Vlady Poutine proférée il y a un an : « si l’on me demande si le désarmement nucléaire est possible ou pas, je dirai oui, c’est possible. Est-ce que la Russie souhaite ou pas le désarmement nucléaire universel ? La réponse est oui, encore une fois, si la Russie en a le désir, et elle va y travailler ».

Shultz rrappelle que dans la Révision de la position nucléaire des US [10] était : « Les US restent engagés dans leurs efforts pour appuyer l’élimination globale, en dernière instance, des armes nucléaires, biologiques et chimiques ».

Les USA ont réduit leurs réserves nucléaires à hauteur de 85 % depuis le paroxysme lors de la Guerre froide, et n’ont pas déployé de nouvelles capacités nucléaires durant plus de deux décennies » [11] . L’ancien secrétaire d’État de Ronald Reagan conclut que ce n’est pas le moment de construire de grands arsenaux d’armes nucléaires. Il est temps d’éliminer cette menace du monde entier.

Le pire serait de croire que la Russie et la Chine vont rester les bras croisés.

Source
La Jornada (Mexique)

[1] « Si tu veux la paix, prépare la guerre »

[2] “What’s Inside. Nearly three-quarters of a century into the atomic age, it is sobering to consider how little we really know”, Gideon Rose, Foreign Affairs, November/December 2018.

[3] « La nueva estrategia de defensa del Pentágono entierra cualquier cooperación con Rusia », Sputnik, 20 de Enero de 2018.

[4] “If You Want Peace, Prepare for Nuclear War. A Strategy for the New Great-Power Rivalry”, Elbridge Colby, Foreign Affairs, November/December 2018.

[5] “US missile treaty withdrawal : “Prepare for nuclear war””, Andre Damon, WSWS, October 24, 2018.

[6] « Embajadora de EU en la OTAN amenaza a Moscú con una guerra. Afirma que los misiles rusos violan el tratado INF », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 7 de Octubre de 2018.

[7] “We Must Preserve This Nuclear Treaty”, George P. Shultz, The New York Times, October 25, 2018.

[8] « Le retour des euromissiles se prépare », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 26 octobre 2018.

[9] “Factsheet INF Treaty : At a Glance”, Bureau of Arms Control, Verification and Compliance, US Department of State, December 8, 2017.

[10] « « Revisión de la postura nuclear » del Pentágono : EU contra Rusia y China », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 18 de Febrero de 2018.

[11] Nuclear Posture Review 2018. US Defense department, January 2018.

http://www.voltairenet.org/article203714.html

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale


Shakespeare a écrit un jour que le diable est capable de citer les Écritures quand il y va de son intérêt. Aujourd’hui, ce sont les termes « humanitaire » et « démocratie » qui servent à couvrir les morts et les destructions.


Par Tomasz Pierscionek – Le 4 octobre 2018 – Source RT

Des mots respectables comme « humanitaire » et « démocratie » ont fini par prendre un sens funeste et cynique du fait de leur détournement pour justifier l’invasion de nations souveraines, et promouvoir l’expansion de la domination militaire et culturelle occidentale à travers le monde. Les médias grand public ainsi que des militants des droits de l’homme y participent en diffusant des contre-vérités et en jouant sur les sentiments de peur, de colère et de répulsion du public pour l’influencer et faire passer pour juste une agression contre un État souverain.

Parallèlement aux mensonges des politiciens selon lesquels Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive qui pouvaient être déployées en 45 minutes, une stratégie a été mise en œuvre pour choquer et impressionner le public et l’amener à accepter l’invasion. Il y a eu notamment une avalanche de gros titres destinés à horrifier les lecteurs, à coup de soi-disant « preuves » des massacres de Saddam, et à susciter de fortes réactions émotionnelles qui les empêcheraient de penser. L’un de ces articles, écrit par la députée travailliste Ann Clwyd et publiée dans le Times deux jours seulement avant que la Coalition dirigée par les États-Unis, ne commence à détruire l’Irak, affirmait que Saddam possédait une « machine à déchiqueter les humains » dans laquelle on introduisait les adversaires par les pieds, pour les transformer en nourriture pour poissons. L’article intitulé « Regardez ces hommes se faire hacher menu et osez dire que vous ne soutenez pas la guerre » a eu pour double effet de susciter l’horreur du lecteur et de donner l’impression que les opposants à la guerre étaient insensibles et indifférents au sort du peuple irakien. L’existence d’une déchiqueteuse humaine a été contestée par la suite, et on n’en a jamais retrouvé la trace.

Les véritables crimes de Saddam étaient connus des services de renseignements étasuniens qui lui ont donné les positions des troupes iraniennes pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, sachant qu’il allait utiliser du gaz moutarde et du sarin contre elles. Les États-Unis ont également fourni à Saddam des bombes à fragmentation et l’ont aidé à acquérir des précurseurs d’agents chimiques. Selon Human Rights Watch, basé aux États-Unis, Saddam aurait tué au moins 290 000 personnes de son propre peuple pendant qu’il était au pouvoir.  Toutefois, ce chiffre est éclipsé par le nombre d’Irakiens morts à la suite de l’invasion de 2003, victimes des forces d’occupation, de la violence confessionnelle ou de l’EI – selon les estimations,  il y en aurait eu plusieurs centaines de milliers, et peut-être même plus d’un million.

La stratégie du shock-and-awe 1 a de nouveau été utilisée avant le bombardement de la Libye par l’OTAN, quand les relations de Kadhafi avec les États-Unis et le Royaume-Uni se sont dégradées suite à sa décision de vendre son pétrole en dinars (une nouvelle monnaie panafricaine soutenue par l’or) au lieu du dollar américain ou de l’euro, et d’encourager ses voisins africains à suivre son exemple. La publication des courriels d’Hillary Clinton à la fin de 2015 a révélé qu’une pareille mesure aurait renforcé les économies africaines et entraîné une concurrence entre le dinar et le dollar ou l’euro.

Cette fois, on nous a raconté qu’il fallait bombarder la Libye et soutenir les rebelles anti-Kadhafi, y compris les éléments affiliés à al-Qaïda, parce que Kadhafi était sur le point de commettre un massacre contre la population de la ville de Benghazi, sous contrôle rebelle. Pour émouvoir le public et lui faire accepter la guerre, on a aussi raconté que Kadhafi distribuait du Viagra à ses soldats pour qu’ils violent le plus possible de femmes. Amnesty International a enquêté et n’en a trouvé aucune preuve, par contre l’ONG a révélé qu’à plusieurs reprises, les forces anti-Kadhafi de Benghazi avaient raconté des mensonges ou fabriqué des fausses preuves de violations des droits humains.

Kadhafi a été renversé et l’un des pays les plus riches et les plus stables d’Afrique est aujourd’hui un État failli et anarchique contrôlé par un micmac de groupes rebelles, dont certains sont des affiliés ou des sympathisants d’al-Qaïda. Ces groupes se sont mis à persécuter, emprisonner et assassiner les Africains subsahariens qui étaient venus en Libye comme migrants économiques, en les accusant de fidélité à Kadhafi. En outre, la destruction de la Libye a déclenché une guerre au Mali voisin et a contribué à renforcer al-Qaïda et EI en Afrique du Nord. Une partie des rebelles anti-Kadhafi se retrouvera plus tard en Syrie.

Le même scénario a été utilisé à l’égard de la Syrie. Les politiciens occidentaux, avec leurs médias et leurs alliés activistes, se sont donné du mal pour obtenir le soutien du public à la destitution du président du pays. En 2013, on a joué sur les émotions du public occidental en prétendant qu’Assad avait utilisé du gaz sarin contre des civils, raison pour laquelle il fallait le renverser de toute urgence. Ces allégations n’ont jamais été prouvées et une enquête menée par l’ONU a indiqué par la suite que les rebelles anti-gouvernementaux auraient pu être responsables de l’attaque. Les allégations selon lesquelles Assad aurait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple semblent refaire surface chaque fois que le gouvernement syrien reprend un grand pan de son territoire aux forces rebelles ou djihadistes.

Le président Assad a été accusé d’avoir causé des centaines de milliers de morts dans un conflit imposé à la Syrie, dans lequel l’Arabie saoudite et le Qatar (entre autres États) ont financé et armé des rebelles que les services de renseignement occidentaux qualifient de « modérés ». WikiLeaks a publié des dépêches diplomatiques dans lesquels des politiciens américains s’inquiétaient de l’envoi, par des donateurs saoudiens, de fonds et d’armes à des groupes comme al-Nosra Front (également connu sous le nom de branche syrienne d’al-Qaïda) et EI. L’opposition syrienne affirme qu’en septembre 2018, entre 164 336 et 522 000 personnes (selon le groupe anti-Assad à qui vous posez la question) ont été tuées depuis le début du conflit en 2011. Bien que l’opposition syrienne et ses partisans en Occident et dans le Golfe n’hésitent pas à blâmer le président Assad pour ces morts, parmi les personnes tuées figurent des soldats syriens et des milices pro-gouvernementales qui ont défendu leur pays contre les rebelles « modérés » (et moins modérés) soutenus par les ennemis de la Syrie, ainsi que des civils tués par ces groupes rebelles.

Lorsque la Russie est venue à l’aide de la Syrie en septembre 2015, à la demande du gouvernement du pays, pour lutter contre EI, al-Nosra et d’autres groupes rebelles, elle a essuyé les critiques des médias occidentaux et des groupes d’opposition syriens qui l’ont accusée de soutenir un dictateur – et le Royaume-Uni et les États-Unis savent de quoi ils parlent, ce sont des spécialistes dans ce domaine. Le renversement d’Assad justifiait sûrement que les États-Unis et leurs alliés laissent EI semer la terreur et la destruction à travers toute la Syrie jusqu’à ce que son drapeau flotte sur Damas. Les attaques contre la Russie se sont intensifiées en 2016 lorsqu’elle a fourni aux troupes syriennes un appui aérien dans la campagne pour reprendre Alep, qui était avant la guerre la plus grande ville du pays et son centre financier et industriel, à une coalition de groupes rebelles dont le Front al-Nosra et des combattants djihadistes non syriens. Les journaux de toutes tendances politiques ont versé des larmes de crocodile sur les civils et les bébés tués dans les bombardements russes, eux qui ne versent jamais une larme sur les enfants de Gaza et du Yémen qui meurent pourtant aussi sous des bombardements aériens.

Les médias occidentaux décident de ce qui doit émouvoir leur public. L’organisation controversée connue sous le nom de Casques blancs, financée par les États-Unis et plusieurs gouvernements européens, a injecté une dose supplémentaire de pathos, en montrant des photos et des vidéos de ses membres tirant soi-disant des enfants et des civils des décombres à Alep. Les questions que soulève ce groupe ont été parfaitement documentées.

Puis nous avons eu droit à des tweets d’une fillette syrienne de sept ans, Bana al-Abed, elle aussi chouchou des médias, pour demander une intervention occidentale, dans le style « Cher monde, il vaut mieux commencer une troisième guerre mondiale que de laisser la Russie et Assad commettre #HolocaustAleppo ». On peut vraiment se demander si elle a écrit ces messages sans l’aide d’un adulte.

L’organisation américaine Human Rights Watch, qui a reçu des millions de dollars du milliardaire George Soros, a fait état du rapport d’un groupe d’opposition syrien selon lequel 446 civils auraient été tués par des avions russes et syriens pendant la bataille d’Alep entre septembre et octobre 2016. Ailleurs, Human Rights Watch cite l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un organisme pro-opposition basé au Royaume-Uni, qui affirme que les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis ont tué 1 064 civils, dont 248 enfants, pendant la bataille de Raqqa entre début juin et 20 septembre 2017. Bien qu’il soit difficile d’estimer avec précision les populations d’Alep et de Raqqa en 2016 et 2017 respectivement, à partir de 2018, Alep compte 1,6 million d’habitants, contre 61 000 à Raqqa.

Chaque mort civile est une tragédie en soi, qu’elle soit causée par un avion américain, russe, syrien ou autre. Toutefois, il faut reconnaître qu’il n’y a que la Russie et l’Iran qui soient intervenus dans le conflit syrien à la demande du gouvernement légitime de la nation. Toutes les autres nations impliquées dans le conflit syrien violent le droit international et leur expulsion du territoire syrien serait légitime.

Grâce à l’intervention de la Russie, la Syrie ne prendra pas le chemin de l’Irak ou de la Libye et est en passe de redevenir une nation unie et stable avec une identité séculaire et diversifiée. L’intervention de la Russie a empêché la destruction d’une nation et permis à des millions de personnes d’échapper au cauchemar épouvantable de vivre dans un pays dominé par l’EI ou des groupes similaires. L’Occident a adopté une approche diamétralement opposée, il  plonge une nation unie dans l’anarchie, et les terroristes ne font leur apparition qu’après l’intervention « humanitaire ».

Traduction : Dominique Muselet

Note