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Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

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Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Dans ces temps difficiles pour l’alliance transatlantique, sans parler de la complexité de la situation syrienne, il était évident que si vous mettiez au départ en présence le président turc Erdogan, le Congrès des États-Unis et le F-35, vous risquiez de connaître des complexités labyrinthiques et une sorte de tragédie-bouffe kafkaïenne. La situation se corsait encore plus si les Turcs avaient entretemps commandé le missile sol-air russe S-400, transaction inadmissible pour les USA et cas de rupture des livraisons non encore commencées de F-35 au Turquie ; et que dire de plus si Erdogan, dans un de ces emportements lyriques dont il a le secret, annonçait que non seulement il achetait du S-400 mais qu’il proposait aux Russes une production commune du S-500 ?

(Pour l’instant et à notre connaissance simplement, les Russes n’ont rien dit de public ni d’officiel sur ce projet à première vue assez baroque, c’est-à-dire “erdogien” de “développement/production en commun” du S-500. [Le S-500 est actuellement en développement final en Russie. Il s’agit du dernier-né de la série des missiles sol-air à longue distance de la Russie, et on lui prête de grandes capacités antimissiles, y compris contre des ICBM, y compris contre d’éventuels missiles hypersoniques.] Laissons voir venir tout cela…)

Mais tenons-nous au F-35, l’affaire étant déjà bien assez compliquée avec ce seul acteur. Depuis qu’il est apparu que la Turquie semblait s’intéresser au S-400 russe (peut-être, éventuellement, puis de plus en plus sûrement, c’est presque fait, etc…), jusqu’à signer un contrat avec la Russie en décembre 2017, les USA ont commencé leur valse des pressions et des menaces. Le facteur JSF est apparu vers la fin 2017 (s’il y a achat de S-400, la vente des F-35 est remise en question) parce que le S-400 est une des nombreuses obsessions US, et sans doute l’une des plus puissantes, concernant la Russie. On arrive aujourd’hui dans un goulot d’étranglement avec un étrange couple de deux nouvelles : le vote du Sénat vers une interdiction conditionnelle de livrer le F-35 à la Turquie et la pseudo-“livraison” des deux premiers F-35 à la Turquie, avec la précision qu’ils resteront aux USA et ne seront certainement pas transférés à la Turquie d’ici l’été 2019… Voici ce qu’il se passe plus précisément :

• Lundi, le Financial Times, journal éminemment sérieux, annonçait que le Sénat avait entamé par un premier vote la procédure législative interdisant le transfert de chasseurs F-35, alias JSF, à la Turquie, pour punir ce pays d’avoir acheté des missiles sol-air S-400 russes et, d’une façon plus générale, pour approfondir ses liens stratégiques avec la Russie. Mais concentrons-nous sur le sort immédiat du F-35 pour la Turquie…

« Le Sénat américain a voté pour bloquer les transferts du chasseur F-35 vers la Turquie, reflétant une tension croissante avec un allié clé de l’OTAN, ce qui pourrait finalement bloquer la vente de 100 avions d’une valeur de près de 10 milliards de dollars. Une clause bipartisane ajoutée à la loi sur l’autorisation de défense nationale – qui a été adoptée par le Sénat lundi soir par un vote de 85 à 10 – interdirait le transfert de F-35 en Turquie jusqu’à ce que le secrétaire à la défense soumette un plan de participation au programme qui comprend l’attribution de la production de pièces à chaque pays… »

• Aujourd’hui, TRT, un réseau turc avec des éditions françaises sur son site, annonce que le Pentagone annonce qu’il va livrer deux F-35 à la Turquie dès demain 21 juin.

« Un porte-parole du Pentagone, Mike Andrews, a fait savoir que la livraison à la Turquie de deux chasseurs F-35 aurait lieu jeudi lors d’une cérémonie qui sera organisée dans la ville de Fort Worth dans l’État du Texas. […] […D]ans une première étape les avions de combat passeraient à la base aérienne de Luke en Arizona. Par la suite les pilotes turcs entameront l’entretien et les vols de formation sur F-35.

» Andrews a précisé que le Pentagone ne ferait pas de commentaire au sujet du projet de résolution adopté par le Sénat et bloquant la vente des F-35 à la Turquie. “La Turquie est l’un des plus importants alliés de l’Otan et un des pays participants au programme des F-35 depuis 2002”, a-t-il ajouté. »

• La chose n’avait pas échappé aux avisés rédacteurs du FT, qui terminaient leur article dont nous avons cité plus haut l’entame très sensationnaliste sur la décision du Sénat des États-Unis par cette précision :

« Lockheed Martin, le fabricant du F-35, a déclaré qu’il s’attend toujours à remettre les F-35 initiaux à la Turquie lors d’un échange cérémoniel à Fort Worth au Texas le 21 juin, probablement avant que le projet de loi ne devienne loi. Les pilotes turcs doivent être entraînés dans l’avion dans le pays, mais les avions eux-mêmes ne sont pas programmés pour quitter les États-Unis pendant au moins un an, donnant au Pentagone le temps de trouver une solution pour honorer la nouvelle loi. Mais l’intervention créera des obstacles bureaucratiques pour les responsables américains, qui affirment que les relations entre les deux alliés de l’OTAN ont atteint leur plus bas depuis l’invasion du nord de Chypre par la Turquie en 1974. »

Les déclarations pompeuses ou tonitruantes concernant la Turquie, la politique des USA et le JSF ne font qu’illustrer trois imbroglios, et peut-être quatre, accompagnant le destin du programme Joint Strike Fighter, dit JSF, dit F-35, comme illustration, symbole et tronc central de la crise du technologisme dans tous ses aspects (y compris de politique étrangère, de communication, etc.). Vanté depuis 1993-1995 comme étant l’avion de combat du XXIème siècle, sans doute le seul à pouvoir tenir cette place jusqu’en 2075 avec entre 6 000 et 10 000 exemplaires vendus (ces diverses affirmations datant de la fin du siècle précédent), le JSF-devenu-F-35 avance aujourd’hui au rythme d’une écrevisse qui s’aventurerait dans des sables mouvants tandis que l’usine de Fort Worth produit des F-35 comme des petits pains. Chaque avancée du programme découvre de nouveaux problèmes dont la solution doit être “rétrofitée” sur tous les exemplaires déjà produits  quand ceux-ci ne sont pas purement et simplement déclassés pour le seul entraînement basique, tandis que les chefs de la force aérienne israélienne se sont vus confier par Lockheed Martin (LM) la mission héroïque de nous convaincre, off the record, qu’ils utilisent en service opérationnel et secret leurs F-35 avec des résultats éblouissants.

Cette insistance de LM à faire faire bonne figure de communication à son avion de combat se comprend du point de vue commercial, comme se comprend son insistance à livrer quasiment “de force” quoique symboliquement les premiers exemplaires pour la Turquie pour installer ce pays dans la chaîne générale de financement et de logistique de l’avion à l’exportation. L’USAF et le Pentagone suivent, sinon précèdent LM pour empêcher le poste budgétaire du F-35 (largement au-delà du trillion [$1 000 milliards] d’ici 2025) d’être mis en question par des indiscrétions comptables ou une curiosité déplacée du Congrès.

Dans ce montage à la Ponzi, l’exportation joue un rôle déterminant du point de vue de la communication, pour imposer la poursuite du programme dans le cadre du Congrès et poursuivre le rabattage des clients. Cette voie n’est pas simple, d’autant que s’y glissent des susceptibilités : LM voudrait bien, avec la bénédiction de l’USAF, aller voir du côté des pays du Golfe, notamment l’Arabie, mais Israël, surtout à cause des pressions de son propre lobby (l’AIPAC) et du Congrès cette fois dans une situation un peu schizophrénique, doit tenir son rôle de l’exclusivité dans la fable de la “domination” du ciel au Moyen-Orient en s’opposant à toute vente à un pays arabe d’un avion de combat aussi exceptionnel, même à l’Arabie dont on connaît pourtant les liens avec les mêmes Israéliens.

Là-dessus, le Congrès met son grain de sel. Arrosé comme une éponge de subventions de LM et du complexe militaro-industriel, les parlementaires se sont pourtant trouvés un os à ronger dans le cadre de leur antirussisme né du Russiagate, avec l’affaire Turquie-S-400. Le Pentagone soutient à peu près tout le monde, et dans ce cas aussi bien ceux qui veulent à tout prix vendre le F-35 à la Turquie, et ceux qui veulent l’interdire. La situation actuelle est donc surréaliste : on livre les deux premiers F-35 à la Turquie demain, mais on les garde aux USA en les confiant aussitôt aux mains propres et vertueuses de l’USAF qui contrôlera l’un ou l’autre pilote d’origine turque en l’autorisant à faire bouger le manche à balai, tandis que s’élabore le projet de loi définitif qui interdira au moins temporairement toute vente de F-35 à la Turquie, à charge pour le Pentagone de trouver « une solution pour honorer la nouvelle loi » tout en livrant ses précieux avions à la Turquie, – à condition que la Turquie n’acquiert pas de S-400, ce qui semble pourtant déjà fait… Que ceux qui ont compris nous écrivent.

… Certainement, Erdogan ne manquerait pas de le faire (nous écrire) si nous insistions, car il se trouve dans cette affaire comme un poisson dans l’eau. Maître des contrepieds, des retournements de veste, des promesses lancées en l’air et qui ne retombent jamais, Erdogan jouerait plutôt la montre dans la confusion. Il s’agirait de laisser se développer la situation d’impasse à “D.C.-la-folle”, entre le Congrès d’une part (pas de F-35 si S-400 il y a), LM et l’USAF d’autre part (les F-35 à tout prix, on verra après). La seule chose assurée nous semble-t-il du côté d’Erdogan, après sa réélection s’il est réélu, est de tenir le marché S-400 jusqu’au bout parce qu’il a besoin de bonnes relations avec la Russie et de l’ouverture d’une nouvelle voie d’armements stratégiques ; quant au reste…

Et les Russes ? dira-t-on. Il nous semble plutôt qu’ils sourient avec une certaine philosophie, après tout pas mécontents du succès à l’export de leur S-400, avec le renforcement en réputation que cela produit pour la communication, autant que des problèmes que les commandes de S-400 soulèvent dans les pays acheteurs dans leurs relations avec les USA. L’Inde, par exemple, est dans la même position que la Turquie, puisque décidée jusqu’ici à commander du S-400. (Par contre, l’Inde n’a pas de F-35 en commande et l’aventure turque a fait voler en éclats les derniers nouveaux espoirs de lui vendre du F-35 nés chez LM après le rapprochement stratégique des USA avec l’Inde ; lequel rapprochement stratégique va sentir peser à son tour le poids du courroux anti-S-400 de “D.C.-la-folle”.)

Tout cela n’a pas vraiment d’importance, d’un point de vue stratégique dirions-nous. Il s’agit d’une illustration, comme nous l’avons remarqué, de la crise de l’effondrement du technologisme représentée avec un exceptionnel brio par le F-35. Le reste est affaire d’une pincée de dizaines de $milliards par-ci par-là, d’une paralysie générale des relations stratégiques en général, d’un développement constant et géométrique de l’univers-simulacre que crée la communication.

 

Mis en ligne le 20 juin 2018 à 17H05

http://www.dedefensa.org/article/kafka-stratege-crisique-entre-la-turquie-et-le-f-35

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Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?


Par Dmitry Orlov – Le 24 mai 2018 – Source Club Orlov

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Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?

Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

  • La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
  • La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
  • Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
  • Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
  • Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
  • L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

  • Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit [C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
  • L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont « inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
  • En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
  • Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à « attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien

Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Traduit par Hervé, relu par Catherine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-russie-ne-repond-pas

 

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques ? Par Sirous Amerian

8.mai.2018 // Les Crises

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques ? Par Sirous Amerian

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Par Sirous Amerian

18 avril 2018

L’Iran a été au centre des actualités mondiales cette dernière décennie, avec son programme nucléaire devenu le centre d’attention. Cette question mise de côté, au moins temporairement, on pouvait s’attendre à ce que l’Iran cesse de polariser l’attention par la signature du Plan d’action global conjoint [ou Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT] il y a trois ans, mais ce ne fut pas le cas.

Après avoir décrit l’accord de Vienne comme épouvantable et avoir promis de le déchirer une fois élu, le président Donald Trump s’efforce de focaliser l’attention et de maintenir la pression sur l’Iran. En plus de la question nucléaire, la présence de l’Iran en Syrie et son arsenal de missiles balistiques sont vendus comme des menaces majeures pour la sécurité régionale ainsi qu’internationale.

L’Iran a un vaste et compliqué arsenal de missiles balistiques, comprenant des missiles de courte portée tels que le Zeizal et des missiles plus lourds et de longue portée tels que le Shahab-3 ou le Sejil, qui peuvent atteindre 2000 kilomètres, ceux-ci existant en différents modèles avec propulsion liquide ou solide. En bref, les missiles balistiques sont à la fois l’arme défensive clé et l’élément offensif de la stratégie iranienne, pour lesquels Téhéran a investi beaucoup de temps, d’effectifs et d’argent dans le développement et l’amélioration. Pourquoi les mettraient-ils de côté sous la pression des États-Unis et de l’Europe ?

L’Iran est situé au Moyen-Orient, dans une région volatile, où il a quelques amis et beaucoup d’ennemis. Ses ennemis, principalement l’Arabie Saoudite, Israël et les Émirats arabes unis, sont des pays avancés, riches et bien armés qui dépensent énormément pour conserver et améliorer leurs capacités militaires.

L’Arabie saoudite, selon les derniers chiffres, est aujourd’hui le troisième plus important acheteur du monde dans le domaine militaire. Avec 57 milliards de dollars, Riyad dépasse des pays comme l’Inde, la France, la Russie et le Japon. Israël est à la 14e place, selon la même source, et dépense environ 14 milliards de dollars par an pour son armée, quand les EAU [Émirats arabes unis, NdT] viennent en 16e position avec une dépense d’environ 14,3 milliards de dollars pour leur armée l’année dernière. Avec une dépense annuelle de 6,3 milliards de dollars, l’Iran est en 33e position.

Au vu de ce classement des dépenses militaires, les capacités militaires de l’Iran sont moindres et faibles comparées à celles de ses voisins. Les forces armées de l’Iran seraient mieux décrites comme un musée vivant. Et il en est ainsi de ses trois principaux corps.

Les forces aériennes de la République islamique d’Iran comptent en grande partie des avions américains construits il y a 40-50 ans tels que des F-14, F-4F et des F-5 et un plus nombre d’avion soviétiques, le Mig-29A et Su-24, achetés il y a deux ou trois décennies – qui furent plus tard complétés par des avions de Saddam Hussein fuyant la guerre du Golfe Persique.

Comparés aux F-15 de pointe de l’Arabie saoudite et aux Eurofighter Typhoons, aux Mirages et F-16 des EAU et aux F-15, F-16 et nouveaux F-35 d’Israël – tous en nombre élevé et armés de radars et missiles dernier cri avec des capacités modernes AWACS – Les forces aériennes iraniennes sont une plaisanterie comparées à leurs adversaires modernisés.

La force terrestre et la marine ne font pas exception. Beaucoup de bataillons mécanisés sont armés de T-72 et de générations encore plus vieilles de tanks soviétiques, qui se sont avérés largement inefficaces il y a trois décennies contre les tanks modernes de l’Occident durant la première guerre du Golfe. Il y a eu quelques progrès avec l’amélioration des vieux tanks avec un nouvel équipement et blindage, mais ce fut lent et Téhéran n’a pas réussi à moderniser tous les systèmes obsolètes.

Du côté des effectifs, environ deux tiers des forces terrestres et des autres branches sont remplies de conscrits, des hommes âgés de 18 et plus, qui ont pour obligation d’effectuer leur service militaire durant deux ans où ils sont alors sous forte pression : ces jeunes hommes ne reçoivent pas un salaire décent, sont humiliés en permanence par les officiers et commandants, et sont stationnés le long de frontières, loin de leur famille, ou dans des villes où ils effectuent des corvées telles que cuisiner et nettoyer les toilettes. La plupart ne reçoivent pas une alimentation correcte et un équipement tel que des uniformes.

Une série de photos récentes faites par des conscrits montre le triste visage de la conscription, qui affecte la santé mentale des jeunes hommes. Si vous vous asseyez et discutez avec eux, une majorité de ceux qui ont fait leur service et sont revenus n’auront pas de très bons souvenirs de cette période. Il ne faut donc pas s’attendre de leur part à un bon moral et à une efficacité au combat.

L’Iran, en réalité, n’a tout simplement pas la capacité de mener une offensive contre un pays de la région, excepté peut-être l’Afghanistan, ou acteur mineur comme le Koweït.

Les nouveaux corps qui ont reçu un meilleur traitement et équipement sont les forces de missiles sous le commandement de la Garde révolutionnaire islamique, et la Base de défense aérienne Khatam al-Anbia. Comme l’indique son nom, la base de défense aérienne est un commandement en charge des systèmes sol-air et est défensive par nature.

Mais il est même improbable que l’Iran utilise ses missiles comme un élément offensif.

Les missiles balistiques de l’Iran sont tous conventionnels et non armés de têtes nucléaires. Il ne peut les utiliser pour détruire un quelconque adversaire sans courir le risque d’une frappe en représailles. Si utilisés pour frapper en premier, ces missiles provoqueraient certainement de larges dommages à une ou deux cibles ou terroriseraient la population des villes, mais ils ne pourraient détruire toutes les bases et centres industriels qu’un adversaire pourrait avoir.

L’Iran sait que s’il prend l’initiative d’attaquer Israël ou les alliés arabes des Américains avec ses missiles balistiques, non seulement c’est une invitation à prendre le pays comme cible de représailles, mais que cela donnerait également à Trump et à son nouveau conseiller pour la Sécurité nationale, John Bolton, l’excuse nécessaire pour passer de la promotion d’un changement de régime en douceur à un changement de régime à la manière forte et à une guerre pure et simple contre l’Iran. Les ayatollahs à Téhéran peuvent peut-être haïr les Israéliens et les Saoudiens, mais ce sentiment est moins puissant que leur amour du pouvoir.

Donc quel est l’objectif des missiles balistiques de l’Iran ? Ils servent à la fois un objectif dissuasif et défensif : en maintenant un nombre important de missiles balistiques prêts à frapper n’importe quel pays qui s’en prendrait à lui, l’Iran rend une frappe contre lui plus coûteuse pour ses adversaires.

Israël, le premier ennemi de Téhéran, a déjà à deux reprises attaqué sans prévenir la Syrie et l’Irak, et n’a jamais subi de représailles, ces pays n’en ayant pas la capacité. La même chose ne pourrait pas arriver avec l’Iran car il a les moyens de répondre à une telle attaque. En appelant au retrait des missiles balistiques de l’Iran, les Européens et Trump veulent couper les griffes du chat et ôter à Téhéran sa seule option crédible de défense.

Rendre une frappe contre l’Iran plus sure et moins coûteuse pour les pays de la région est dangereux pour la stabilité de la région. Cela ferait de l’Iran une cible facile pour quiconque en ayant les capacités et la volonté, et le Moyen-Orient ne manque pas de prétendants. Ne laissons pas faire cela, et apprenons à vivre avec un Iran doté de missiles balistiques pour sa propre défense.

Sirous Amerian est doctorant et assistant diplômé au Centre for Defence and Security Studies de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande. Pendant son séjour en Iran, il a travaillé comme analyste politique pour l’Institut iranien d’études eurasiennes (IRAS). Il tweete sur @AmerianS.

Tous les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions ou les positions de The Defense Post.

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/pourquoi-liran-a-t-il-besoin-de-missiles-balistiques-par-sirous-amerian/

VIDÉO- L’Art de la guerre. Flotte USA avec 1.000 missiles en Méditerranée.

Le porte-avions USA Harry S. Truman, parti de la plus grande base navale du monde à Norfolk en Virginie, est entré en Méditerranée avec son groupe dattaque.

Celui-ci est composé du croiseur lance-missiles Normandy et des torpilleurs lance-missiles Arleigh Burke, Bulkeley, Forrest Sherman et Farragut, plus sous peu deux autres, le Jason Dunham et The Sullivans. Est rattachée au groupe dattaque du Truman la frégate allemande Hessen.

Vidéo originale en italien, sous-titrée en français.

Voir l’article :

Collaboration dans le domaine de la recherche pour le futur sous-marin australien

2 mai 2018

Collaboration dans le domaine de la recherche pour le futur sous-marin australien

 

Sydney, Australie, 2 mai 2018 – CP Thales Group

 

La collaboration entre l’Australie et la France dans le domaine des technologies de pointe appliquées aux sonars et à la robotique navale va se renforcer, grâce à l’accord de recherche annoncé aujourd’hui à Sydney, à l’occasion de la visite du président Emmanuel Macron en Australie. Le protocole d’accord conclu entre l’Université Flinders (Adélaïde, Australie méridionale), l’ENSTA Bretagne (Brest) et Thales est destiné à renforcer et élargir les liens qui existent déjà entre l’Australie et la France dans le domaine de la recherche, afin de contribuer au programme des futur sous-marins australiens.

 

Pour Chris Jenkins, Dicteur général de Thales en Australie, la visite officielle du président français a été l’occasion de souligner la solidité de la relation stratégique qui unit Thales et la France, relation qui s’appuie sur des instruments comme le protocole d’accord de recherche annoncé aujourd’hui.

« Il s’agit d’attirer les meilleurs talents d’Australie comme de France pour travailler sur le futur programme de sous-marin australien et, ce faisant, de doter l’Australie de capacités exceptionnelles. Le protocole d’accord crée un cadre durable pour la collaboration dans le domaine de la robotique navale destinée aux sous-marins et aux sonars de navires de surface. Il permettra, en particulier, une mise en commun des installations d’essais, la création de programmes d’échanges et le développement de projets de recherche conjoints .Il s’appuie sur la relation déjà solide qui unit Thales et l’Université Flinders en Australie, ainsi que l’ENSTA Bretagne et les activités de lutte sous la mer à Brest, France. »

 

Alexis Morel, Vice-Président en charge des activités de lutte sous mer rapporte que les discussions avec l’Université Flinders et l’ENSTA Bretagne ont déjà permis de dégager deux sujets de collaboration scientifique : la conception d’un démonstrateur pour la connexion automatique des liaisons électro-optiques en milieu marin, et le développement d’USV (véhicules autonomes de surface) pour tester les algorithmes d’autonomie sur des essaims de robots en mer.

« Cette collaboration renforcera les capacités de l’Australie, offrira aux étudiants de l’Université Flinders des possibilités de stage en France et contribuera à l’élaboration de solutions de conception pour le futur programme de sous-marins. »

 

Le professeur Colin Stirling, président de l’Université Flinders, se dit ravi de ce partenariat avec les équipes de Thales basées en Australie et en France. « Ce protocole d’accord ouvre des perspectives de collaboration encore plus étroite avec les laboratoires de recherche de Thales. Il fait suite à l’annonce récente selon laquelle l’Université Flinders sera l’un des partenaires académiques de Thales en Australie, dans le cadre du nouveau CRC (Co-operative Research Centre) de défense sur les systèmes autonomes sécurisés. »

 

Le Directeur de l’ENSTA Bretagne, Pascal Pinot, a souligné que ce protocole d’accord serait le point de départ à tout projet de recherche entre l’Université Flinders, Thales et l’ENSTA Bretagne, permettant ainsi de renforcer la coopération entre les ministères de la défense français et australien.

« Le MoU a été préparé dans le but de diriger des travaux d’études à court terme, en particulier dans le domaine de la recherche sous-marine. Il se base sur les compétences des trois partenaires dans le cadre d’une coopération franco-australienne qui se renforce en matière de défense. »

 

A propos de Thales Ceux qui font avancer le monde s’appuient sur Thales. Nous sommes aux côtés de ceux qui ont de grandes ambitions : rendre le monde meilleur et plus sûr. Riches de la diversité de leurs expertises, de leurs talents, de leurs cultures, nos équipes d’architectes conçoivent un éventail unique de solutions technologiques d’exception, qui rendent demain possible dès aujourd’hui. Du fond des océans aux profondeurs du cosmos ou du cyberespace, nous aidons nos clients à maîtriser des environnements toujours plus complexes pour prendre des décisions rapides, efficaces, à chaque moment décisif. Fort de 65 000 collaborateurs dans 56 pays, Thales a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 15,8 milliards d’euros.

 

À propos de l’Université Flinders

Jouissant d’une solide réputation pour ses capacités d’innovation scientifique et l’excellence de son enseignement, l’Université Flinders est membre du réseau Innovative Research Universities. À la fois ouverte sur le monde et investie au niveau local, elle emploie quelque 2 700 personnes et compte 25 000 étudiants, dont environ 4 000 étudiants originaires de plus de 100 pays. Ses travaux de recherche ont été en quasi-totalité (90 %) jugés supérieurs ou égaux aux standards mondiaux par Excellence in Research for Australia. Ses points forts sont notamment la défense, l’ingénierie, la science et la technologie moléculaires, l’eau et l’environnement. Son campus d’innovation high-tech abrite le 4.0 Future Factory TMI Hub, ainsi que le Flinders New Venture Institute, l’un des établissements phares de formation dans le domaine de l’entrepreneuriat.

 

À propos de l’ENSTA Bretagne

La grande école d’ingénieurs pour l’innovation dans le secteur maritime, la défense et les entreprises de haute technologie. Sur son campus brestois, ENSTA Bretagne rassemble une école d’ingénieurs et un centre de recherche pluridisciplinaires. L’établissement public accueille près de 1000 étudiants, de bac+3 à bac+8, dont 110 doctorants et 20% d’étudiants internationaux. ENSTA Bretagne forme des ingénieurs généralistes et des chargés d’expertise, capables d’assurer, dans un environnement international, la conception et la réalisation de systèmes industriels complexes, de conduire des recherches, de manager des projets technologiques et de créer leur entreprise. Sous tutelle de la Direction générale de l’armement (DGA), ENSTA Bretagne forme notamment les ingénieurs pour l’armement (20% des étudiants). En formation d’ingénieurs, masters et mastères spécialisés, ENSTA Bretagne couvre 10 domaines d’expertise phare : Hydrographie & océanographie, Systèmes numériques et sécurité, Robotique, Systèmes d’observation et intelligence artificielle, Systèmes embarqués, Architecture navale et offshore, Energies Marines Renouvelables, Architecture de véhicules / modélisation, Systèmes pyrotechniques, Sciences de l’entreprise.

Les programmes de recherche sont tournés vers les applications industrielles, civiles et militaires, au travers de collaborations étroites avec l’industrie et en qualité d’acteur important de 3 laboratoires nationaux : l’Institut de recherche Dupuy de Lôme (en sciences et technologies de la mécanique et des matériaux), le laboratoire Lab-STICC (en sciences et technologies de l’information, de la communication et de la connaissance), le Centre de recherche sur la formation (en sciences humaines sur les questions de formation et professionnalisation des ingénieurs).

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Regard sur l’“attaque du vendredi-13”

Regard sur l’“attaque du vendredi-13”

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Regard sur l’“attaque du vendredi-13”

On connaît dans ces colonnes le colonel Pat Lang, ancien officier de la DIA, qui tient sa boutique sous le nom de Sic Semper Tyrannis, ou STT. Lang fait ici une de ses rares escapades hors-SST, – dans UNZ.com, ce 25 avril 2018, – pour nous donner son évaluation complète du résultat de “l’attaque de la nuit du vendredi-13” (heure de Washington), en avril 2018 contre la Syrie. Le titre est explicite : « Faut-il croire les Russes ? » (notre adaptation de “Are the Russians Correct?”, reprise d’une phrase de Lang), et sa réponse se fait sous la forme une explication de divers points dont on comprend qu’ils suggèrent indirectement pourquoi c’est la version russe (71 cruise missiles abattus sur 103) qui est la bonne, – par conséquent qu’il faut “croire les Russes” parce que “les Russes sont correct” (dans le sens d’une évaluation “correcte”, c’est-à-dire “juste”). On se doutait déjà de sa position, comme nous le constations le 16 avril 2018, en suggérant en même temps pourquoi sa position était intéressante à connaître, venant d’une plume réputée pour sa tenue, ses sources et ses positions fermes sans être complètement engagé (« ancien officier de la DIA, qui abhorre la bureaucratie et la politique washingtoniennes mais ne se classe pas pour autant antiSystème », écrivions-nous le 15 février 2018).

En fait, d’un point de vue sacrifiant aussi bien à l’évidence qu’à l’habileté, Lang ne prend même pas la peine de répondre directement à la question posée, – ou bien pourrait-on dire qu’il prend grand soin de ne pas “répondre directement à la question posée”, puisqu’on sait combien est grande la sensibilité des sentinelles de la moraline postmoderne et censureuse. De même, il ne discute même pas le fait de savoir si l’“attaque chimique” du 7 avril était un montage ou pas, il s’emploie simplement à expliquer comment l’opération a été montée par une unité du MI6 britannique désigné comme le 77èmerégiment , chargée de la “guerre de l’information” (de la communication) et travaillant aux frais de l’Arabie Saoudite. Finalement, le thème réel du texte n’est pas de savoir s’il y a bel et bien eu un ratage, mais de constater que ce ratage mémorable soulève de graves questions et invite à des changements importants dans l’orientation des équipements et des répartitions budgétaires au Pentagone. Lang présente plusieurs points intéressants :

• D’abord son affirmation, qu’il n’explicite pas et qui est tout à fait étonnante, voire stupéfiante pour qui n’est pas informé du désordre, selon laquelle le secrétaire à la défense Mattis n’était pas au courant de l’opération de cette fausse “attaque chimique” du 7 avril montée par le MI6. Cela explique (?), disons d’une façon invertie, sa déclaration étonnante de franchise du 12 avril au Congrès, selon laquelle “on” ne disposait pas de preuves de la responsabilité-Assad (marque déposée) dans cette attaque.

• Le constat de la grande qualité d’organisation et de coordination de la défense aérienne syrienne, sous l’impulsion pédagogique des Russes. Son estimation selon laquelle les vieux missiles du temps de l’URSS qui équipent l’essentiel des forces syriennes valent bien les plus récents est par contre discutable. Ce n’est pas un hasard si la plus formidable performance des systèmes impliqués, selon le décompte des Russes qui semble devoir être pris en compte sans risquer le bûcher, est celle des Pantsir-S1, un des systèmes russes de l’ère post-soviétique, qui ont tiré 25 missiles et abattu 24 cruise missiles, selon les données officielles russes, – garanties FakeNews par conséquent, mais sans un signe de découragement à notre adresse chez Lang.

• Lang insiste sur l’obsolescence des matériels US, notamment les cruise missiles, qui ont été complètement négligés depuis quinze ans à cause des priorités de la “Guerre contre la Terreur”, et qui n’ont pas reçu les modernisations et mises à niveau nécessaires pour cette sorte de matériel. Lang assure qu’il devrait y avoir des changements importants de priorités au Pentagone, mais il reste à voir si le Pentagone est encore capable d’assumer une telle révision, de la mener à bien, et dans quel laps de temps, etc. Il nous semble que Lang croit un peu trop aux vertus des orientations budgétaires, notre approche étant que le Pentagone, qui dispose de sommes énormes, est écrasé par la bureaucratie, les redondances, les gaspillages, la corruption, etc.

« Quoi qu’il en soit, termine Lang, la plupart des missiles ont échoué et cette défaillance doit être résolue. » C’est en effet le grand enseignement de cette attaque, qui est la mise en cause du fondement même des capacités de la puissance US, si l’on accepte l’hypothèse que ce ratage, loin d’être une exception, confirme d’autres mésaventures du genre et sert d’indicateur à une grave crise structurelle affectant la puissance militaire US. Il ne s’agit pas d’une question quantitative, budgétaire, etc., de notre point de vue, mais bien d’une question organisationnelle demandant la souplesse et la volonté de réactions réformistes radicales à une énorme organisation (le Pentagone) qui en est totalement dépourvue.

dde.org

http://www.dedefensa.org/article/regard-sur-lattaque-du-vendredi-13

Livraisons des S-400 russes: Ankara n’accepte pas le langage des sanctions

Livraisons des S-400 russes: Ankara n’accepte pas le langage des sanctions

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La diplomatie turque s’est indignée du langage des sanctions concernant les livraisons de systèmes de défense antiaérienne russes S-400 et a affirmé qu’elle ne pouvait pas être traitée de cette manière.

La Turquie n’accepte pas le langage des sanctions au sujet des livraisons de systèmes de défense antiaérienne russes S-400 et il ne faut pas lui parler sur ce ton, a déclaré ce vendredi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, à l’issue de négociations avec le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, lors d’une rencontre en marge de la rencontre des chefs de la diplomatie des pays de l’Otan à Bruxelles.

«Nous avons évoqué le dossier des S-400 avec Mike Pompeo. Nous lui avons dit que nous avions besoin de ces systèmes. Le processus concernant les S-400 a été achevé avant les sanctions […] Les déclarations du type « si vous achetez des S-400, nous décréterons des sanctions », ça ne passera pas. Pour les S-400, c’est fini, mais il nous faut toujours des systèmes de défense anti-aérienne. Si nos alliés nous font une bonne proposition sur les Patriot ou d’autres systèmes, nous les examinerons», a-t-il souligné.

Les États-Unis ont imposé début avril de nouvelles sanctions contre 38 hommes d’affaires, officiels et sociétés russes. Sur la liste, on trouve entre autres le fournisseur d’armes russe Rosoboronexport et le géant Rusal. Wess Mitchell, secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Europe et de l’Eurasie, avait précédemment affirmé que l’achat de S-400 russes par Ankara pourrait avoir un impact négatif sur la livraison de F-35 à la Turquie.

En septembre dernier, le Service fédéral russe pour la coopération militaire et technique (FSVTS) a annoncé que Moscou et Ankara avaient signé un accord sur la livraison de plusieurs systèmes S-400 à la Turquie. Début avril, à l’issue de négociations avec le Président turc, Vladimir Poutine a confirmé qu’il était prévu d’accélérer les livraisons des S-400 à Ankara.Selon le secrétariat de l’industrie de défense de la Turquie, Ankara achètera deux batteries qui seront desservies par des personnels turcs. La Turquie s’est également entendue avec la Russie sur la coopération technologique en vue de la fabrication du système en Turquie

https://fr.sputniknews.com/international/201804271036131906-turquie-defense-antiaerienne-langage-sanctions/

LA FRANCE ET LES GAZ TOXIQUES (L’Imprécateur)

LA FRANCE ET LES GAZ TOXIQUES
(L’Imprécateur)

Le gouvernement a procédé en Syrie à une mission de guerre en l’absence de tout droit et de toute preuve, transgressant les règles du droit international. En dehors du ridicule d’un bombardement de bâtiments désaffectés vides de tout personnel russe ou syrien (ceux-ci ayant été prévenus fin d’éviter que des morts ne soient une cause de représailles russes) s’applique ici le proverbe océanien « Quand on monte au cocotier, il faut avoir le derrière propre ». Le président aurait du y penser avant de suivre aveuglément les faucons américains qui ont décidé de l’opération.

Le général Delawarde ayant expliqué sur Minurne pourquoi la responsabilité de Bachar el-Assad est peu vraisemblable, le général américain James Mattis, secrétaire d’État à la Défense, et le général anglais Jonathan Show pensant la même chose (voir l’article du général Delawarde), il est inutile que je revienne sur le mensonge qui a provoqué la destruction de quelques bicoques syriennes. D’autant que les « preuves » invoquées provenant toutes de sources djihadistes (OSDH, Casques Blancs, etc.) ou de fonctionnaires de l’État, sont toutes sujettes à caution.

Par contre, puisqu’il s’agit paraît-il d’une punition pour avoir franchi « la ligne rouge » de l’interdiction de fabriquer des gaz mortels, il faut savoir que la France en a un stock conséquent, avoisinant les 260 tonnes identifiées, et probablement une centaine de tonnes de plus, mais le tonnage exact des fabrications de ces dernières années est un secret défense bien gardé. (Et c’est logique !)

L’homme utilise des armes chimiques depuis la préhistoire, flèches empoisonnées, têtes de javelots et poignards trempés dans du venin de serpent, de scorpions ou de grenouilles dendrobates. Mortels, mais écolos ! Avec le développement de la chimie, sont arrivés des poisons bien plus efficaces, faits pour les tueries de masse : chlore, phosgène, ypérite, trichloréthylamine, léwisite, adamsite, etc.

Ce sont généralement des composés organophosphorés (OP) dont la version « civile » est les pesticides comme le malathion ou le roundup (herbicide produit par la compagnie américaine Monsanto commercialisé depuis 1975. Il est utilisé en épandage et peut l’être en pulvérisateur manuel. C’est un herbicide non-sélectif, d’où le qualificatif d’« herbicide total », dont la substance active (herbicide) est le fameux glyphosate. C’est un produit toxique, irritant et écotoxique et cancérogène probable. En France, une interdiction de la vente libre aux particuliers de ce produit est − toujours − à l’étude…). Ils agissent sur le système nerveux. Le bien connu sarin est un gaz de guerre OP qui agit à très faible dose et disparaît en quatre heures, permettant aux soldats de venir sur site sans risque.

Depuis la guerre de 14-18 où ils ont été utilisés en abondance, tous les pays susceptibles d’avoir à gérer une guerre en ont fabriqué, nomment les Allemands qui en ont abandonné des stocks importants (généralement sous forme d’obus) en se repliant. Ils ont été recueillis par l’armée française, stockés dans des bases militaires où ils attendent toujours qu’on les traite ! Ce sont officiellement les 260 tonnes déclarées.

Pourquoi ne pas les avoir détruits ? – Officiellement parce que le coût de leur destruction est élevé, environ dix fois plus que celui de leur fabrication. Et aussi sous le prétexte qu’ils servent à expérimenter des contre-poisons pour protéger nos militaires en cas d’attaque au gaz. En réalité, parce que tout le monde les garde « au cas où… »

Seulement, qui dit « expérimentation », avoue qu’il y a donc des laboratoires où l’on manipule ces gaz. L’armée a toujours été discrète sur ce sujet. D’ailleurs, la France a continué de produire des armes chimiques jusqu’en 1987, date à laquelle elle a officiellement arrêté toute fabrication.

Seulement, en 1995, l’un des sites les plus sensibles, géré par la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE), à l’extrémité sud-est de l’usine AZF de Toulouse, a explosé le 21 septembre 2001, quatorze ans après sa fermeture officielle ! Cause ou conséquence de l’explosion du transformateur EDF à qui les autorités imputèrent la catastrophe ? Le mystère n’est toujours pas éclairci. Secret défense.

De même, à la même époque, la « Société du Chlore Liquide » à Pont-de-Claix dans la vallée du Drac, avait une usine qui produisait industriellement du chlore et ses dérivés, notamment celui plus connu sous le nom « d’agent orange », un défoliant militaire.

Et puis, le plus intéressant : le centre d’études du Bouchet, établissement militaire secret situé dans l’Essonne. Officiellement, il travaillait à la protection des soldats. En réalité, il mettait au point des agents toxiques militarisés. Le but jamais avoué : pouvoir doter la France, en quelques mois, d’un vaste arsenal chimique. Le Bouchet, se trouve à Vert-le-Petit, à une quarantaine de kilomètres au sud de Paris, dans une ancienne poudrerie qui date de Louis XIV. Le centre, protégé par de hauts murs et des barrières, s’étend sur une quinzaine d’hectares, en pleine nature. Il y a une vingtaine de bâtiments bas, isolés les uns des autres. Lorsqu’on fabrique des produits toxiques ou qu’on les manipule, il ne faut pas travailler dans des immeubles hauts, sinon on maîtrise mal les flux d’air. Environ deux cents personnes y travaillaient, et y travaillent semble-t-il toujours, dont une cinquantaine pour la chimie, le reste sur les armes biologiques et la protection. Le tout dépend de la DGA (Direction Générale de l’Armement).

L’expérimentation se faisait sur des animaux. « Nous avions une animalerie, avec des rats surtout. Quand nous obtenions des produits intéressants, nous les testions aussi sur des chiens ou des cochons. On se servait aussi de chimpanzés, mais très rarement. On a travaillé uniquement sur des animaux jusqu’au milieu des années 1980. En 2006, on n’en faisait [des expérimentations] presque plus », a raconté un ancien chef de service à L’Obs en 2013.

Résumons : en 1987 la France ne fabrique officiellement plus de gaz de combats, mais en 2001 un atelier explose à Toulouse et en 2006 on expérimente encore dans l’Essonne des « produits intéressants » que l’on vient de mettre au point.

En 14-18, on avait le chlore, le phosgène ou l’ypérite, qui tuaient seulement après plusieurs jours. En 2006, les « produits intéressants », des organophosphorés (OP) et des « binaires », sont cent fois plus efficaces. L’avantage tactique du sarin est qu’il est très volatil : en trois ou quatre heures, il a disparu de l’atmosphère, et l’attaquant peut donc venir occuper le terrain. Maintenant, il y a le VX, cet « OP » est une huile qui pénètre dans la peau en deux, trois minutes. Persistant, il rend un terrain inutilisable pendant plusieurs semaines, parfois davantage s’il n’y a pas de pluie. [1]

Le meilleur est le « soman ». Il suffit de 6 milligrammes pour tuer un homme, et il n’y a pas d’antidote. Il coûte cher à la fabrication. De plus, il est très difficile à obtenir puisque son produit de base, l’alcool pinacolique [2], n’a pas d’usage civil. Il faut donc construire une installation spéciale pour sa fabrication. Il semble que seuls les Russes l’aient militarisé.

Dans un livre publié en 2006 (« War of Nerves ») l’un des meilleurs spécialistes américains des armes chimiques, Jonathan Tucker, assure que, dans les années 1960, la France a produit plusieurs dizaines de tonnes de sarin et 400 kilos de VX dans l’usine de Braqueville près de Toulouse. Mais vérification faite, c’est inexact, pour le sarin, il ne s’agissait que d’une centaine de kilos. C’est le « tabun » dont la France a fabriqué une dizaine de tonnes. Le tabun est un peu moins toxique que le soman, il ne peut être fabriqué par des amateurs, c’est un N-diméthylaminocyanophosphite d’éthyle [3]. Les tests ont eu lieu avec une collaboration américaine à Mourmelon où il est probablement stocké, Le Bouchet n’étant pas adapté à du stockage de gros volumes. Mais si vous posez la question, on vous répondra probablement que tout a été consommé dans les tests !

Le top-du-top, ce sont les armes chimiques binaires. Vous prenez deux agents peu nocifs séparément qui, mélangés, produisent un dangereux toxique. Vous les mettez dans deux boîtes séparées, à l’intérieur d’un obus. Lors de la mise à feu, les boîtes sont écrasées par l’accélération, s’ouvrent, et les deux agents se mélangent sous l’effet de la rotation. La synthèse se fait alors en quelques secondes. Ces armes sont donc peu dangereuses au « repos ». D’où leur succès dans les années 1980, quand tout le monde s’est intéressé à ce concept. Seuls les Américains ont déclaré posséder un arsenal de ce type. Mais qu’en est-il vraiment pour les autres, Russie, Chine, France ?

Le plus drôle, quand on connaît les leçons de morale que donne la gauche sur les questions militaires et l’usage des gaz mortels, c’est que le programme de fabrication de centaines de tonnes de gaz militaires (nom de code « acacia ») a été ordonné en 1986 par Mitterrand ! On vous jurera qu’il a été abandonné deux ans après. Mais alors que fabriquait « au rythme de quelques kilos par jour » le Centre du Binet encore vingt ans plus tard, et que font les 50 chimistes qui s’y trouvent toujours ? – Ils jouent à la belote ?

Mais soyez rassurés, au milieu des années 1990, le centre du Bouchet s’est doté d’un comité d’éthique pour tout ce qui concerne l’expérimentation animale ! C’est lui qui décidait, et décide encore, de l’opportunité d’effectuer certains essais.

 

L’Imprécateur
19/04/2018

 

[1] Le VX pénètre sans difficulté tous les « vêtements de protection ».
[2] Dérivant du pinacol, molécule de base se présentant sous la forme d’un solide jaune clair servant à la fabrication du « soman » (voir note 3).
[3] Le terme scientifique IUPAC (N-diméthylaminocyanophosphite d’éthyle) est plus connu sous le nom « tabun ». C’est un gaz neurotoxique très dangereux par inhalation ou contact épidermique, comme le soman, le sarin ou le VX, à peine moins nocif que le soman. Il se présente sous la forme d’un liquide incolore ou brun selon son degré de pureté. Symptômes : vomissements, salivations, diarrhées, vertiges, coma. Il s’attaque aux systèmes nerveux et respiratoire dont la paralysie par rétrécissement des bronches provoque la mort en 20 minutes. Seule antidote (si immédiatement injectée) : l’atropine, dont sont équipés les militaires potentiellement au contact. Il n’est pas sot d’en avoir en réserve chez soi…

https://minurne.org/billets/15444

Le Dessous des cartes Câbles sous-marins : la guerre invisible

Le Dessous des cartes
Câbles sous-marins : la guerre invisible

13 min.
Disponible du 14/04/2018 au 14/06/2018
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Armement : où va la France en Arabie Saoudite ?

Armement : où va la France en Arabie Saoudite ?

Par Michel Cabirol  |   |  1203  mots
Ryad souhaite saoudiser 50% de ses achats d'armement à l'horizon de 2030
Ryad souhaite « saoudiser » 50% de ses achats d’armement à l’horizon de 2030 (Crédits : Handout .)
L’année 2018 sera une année décisive pour les industriels de l’armement français en Arabie Saoudite. Ça passe ou ça casse.

Pour les industriels de la défense français, 2018 sera vraiment l’année clé en Arabie Saoudite. Ou Emmanuel Macron signe des contrats d’armement en fin d’année comme il l’a annoncé, ou alors les industriels de la défense tricolores seront exclus en grande partie des marchés de défense saoudiens au profit des Américains mais aussi des Britanniques, des Russes, des Espagnols, des Coréens voire des Turcs. Ce qui est déjà plus ou moins le cas. Pourtant, la France a entretenu une longue histoire avec l’Arabie Saoudite dans le domaine de la défense. Elle a signé plusieurs dizaines de milliards d’euros de contrats sur une période de 35/40 ans avec des conditions financières extrêmement favorables via ODAS (ex-Sofresa).

ODAS a perdu la main

Toutefois, cette société publique qui représente les intérêts de l’État et des grands groupes d’armement français dans le Royaume, a perdu la confiance du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz (MBS) depuis novembre 2015. Selon un observateur de ce dossier, elle a également perdu la confiance du missilier MBDA et d’Airbus, estimant qu’elle était un instrument de Thales. La guerre franco-française dans les sables saoudiens entre Thales et MBDA a laissé des traces, beaucoup de traces.

Défiance cette fois plus pragmatique de Naval Group, qui n’a semble-t-il qu’un seul objectif, celui de récupérer les contrats en cours d’exécution : programme AMWAJ qui porte sur le soutien à la marine saoudienne (fournitures de pièces de rechange et assistance technique, soit 200 à 400 millions par an), les programmes de modernisation des frégates Sawari 1 signés en 2013 (contrat LEX) et des frégates Sawari 2 (contrat ERAV).

Marginalisation de la France en Arabie Saoudite

En dépit de sa marginalisation qui a été progressive depuis plusieurs années, la France détient encore quelques enjeux commerciaux en Arabie Saoudite. A commencer par l’exécution des contrats en cours qui vont courir au-delà de 2020, dont la modernisation des frégates Sawari 1 (programme LEX). Mais cela ne va pas sans mal avec l’extinction programmée d’ODAS par Ryad et Paris. Car de nombreux cadres démissionnent et ceux qui restent sont pour la plupart de plus en plus démotivés par les perspectives très peu réjouissantes de l’entreprise.

Enfin, le nouveau patron d’ODAS  l’ingénieur général de l’armement Daniel Argenson serait isolé. Il ne serait pas associé aux décisions du ministère des Armées, selon une source proche du dossier. « Il n’y a pas de plan B avec la disparition d’ODAS », se désole un observateur. Non pas pour ODAS elle-même mais pour les intérêts français en Arabie Saoudite dans le domaine de la défense en berne ces dernières années. En 2015 puis en 2016, l’Arabie Saoudite n’a commandé à la France que 193,5 millions et 764 millions d’euros de matériels militaires. Bien loin des ventes de 2013 (1,9 milliard) et de 2014 (3,6 milliards).

Vers des transferts de technologie

Que peut-on attendre dans les prochains mois de l’Arabie Saoudite ? Le contrat portant sur la vente de 39 patrouilleurs HSI 32 du chantier naval de Cherbourg CMN évalué à 550 millions d’euros devrait être signé « dans les semaines qui viennent », assure une source proche du dossier. « Tout est bouclé, il ne manque que la signature », poursuit-elle. A suivre. En tout cas, la délégation saoudienne a cité en exemple ce contrat lors de la visite de MBS à Paris devant un parterre d’officiels et de patrons français, selon nos informations. Pourquoi ? Quinze des patrouilleurs doivent être fabriqués à Damman par le groupe saoudien Zamil, partenaire de CMN. Le chantier naval cherbourgeois a déjà vendu fin 2017 trois patrouilleurs FS56 à Ryad.

Ce type de contrat se glisse parfaitement dans la nouvelle stratégie de Ryad de « saoudiser » 50% de ses achats d’armement à l’horizon de 2030. La France sait faire. Ces dernières années, elle a signé de nombreux contrats en ayant proposé des transferts de technologies à l’Inde, au Brésil, en Australie notamment. D’ailleurs Naval Group, qui a déjà signé un partenariat avec Zamil, a récemment proposé au patron de Saudi Arabia Military Industries (SAMI) Ahmad ben Aqil al-Khatib, une coopération sur le système de combat dans le cadre d’une vente de cinq corvettes Gowind à la marine saoudienne.

Un accord intergouvernemental?

Et à,plus long terme ? Emmanuel Macron a promis des contrats en fin d’année. Il en va donc de sa crédibilité. Ou alors, estime un observateur, il existe une volonté cachée de ne plus rien faire en Arabie Saoudite. Ce n’est pas l’avis d’un patron du secteur, « Emmanuel Macron a une très bonne approche » de ne pas considérer l’Arabie Saoudite comme un simple client. L’Elysée a d’ailleurs précisé que le président ne considérait « pas l’Arabie saoudite comme un client mais comme un allié ». Il considère que la relation entre Emmanuel Macron et MBS est une relation « plus saine » basée sur des accords mais aussi des désaccords. « C’est impossible d’être d’accord sur tout au niveau des Etats », estime-t-il.

La France continuera vraisemblablement à vendre des armes à l’Arabie Saoudite. « Pour restaurer l’influence de la France dans certaines zones du monde, eh bien c’est un élément important de notre diplomatie. Notre industrie a aussi besoin de trouver des débouchés sur ces marchés », a souligné le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, proche d’Emmanuel Macron lors de l’« Epreuve de vérité », sur Public Sénat-Radio Classique-AFP, à propos de l’Arabie Saoudite. Cela devrait passer par un accord intergouvernemental (AIG) entre les deux pays. Problème, sa rédaction traîne en longueur depuis deux ans. Et surtout avec quelles conditions financières?

Ce que peut espérer la France

Outre les patrouilleurs de CMN, Nexter attend depuis plusieurs années la concrétisation d’un contrat de véhicules blindés Titus et de canons de 105 mm tractés pour un montant de 359 millions d’euros. Naval Group pousse son best-seller du moment à l’export, la corvette Gowind, qui, estime-t-on, ne serait pas pénalisée par la vente par l’Espagne de cinq corvettes Avante 2200 fabriquées par Navantia. Thales travaille discrètement sur le renouvellement progressif du parc de systèmes de défense sol-air de courte portée avec Ryad, en proposant notamment ses radars de défense aérienne GM200 et GM400 ainsi que les systèmes de commandement du système. En revanche, Ryad choisirait un missile de la classe du Crotale d’un autre industriel.

Enfin, Airbus est en discussion pour vendre deux avions-ravitailleurs A330 MRTT supplémentaires à l’armée de l’air saoudienne (6. exemplaires commandés). En outre, Ryad pourrait se décider à acheter des avions de transport militaire A400M pour lesquels un intérêt aurait été officiellement formulé. Le prince héritier d’Arabie Saoudite devrait en discuter avec Airbus au moment de son passage en Espagne. En revanche, les discussions sur l’acquisition de satellites (Airbus et Thales) semblent être au point mort. Des ventes qui ramènent la France à son rang de puissance moyenne. En comparaison, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite avaient signé en mai 2017 des accords d’une valeur de plus de 380 milliards de dollars….

 

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-d