Archives pour la catégorie ARMEMENT

Mirages 2000, chars Leclerc, canons Caesar : la France et ses entreprises, fournisseurs officiels de la guerre au Yémen

Industries d’armement

Mirages 2000, chars Leclerc, canons Caesar : la France et ses entreprises, fournisseurs officiels de la guerre au Yémen

par Anne-Sophie Simpere

Depuis mars 2015, une coalition d’États arabes emmenés par l’Arabie Saoudite conduit une campagne militaire particulièrement meurtrière au Yémen. Les combats s’enlisent, marqués par de potentiels crimes de guerre et par une catastrophe humanitaire sans précédent. Tandis que plusieurs États ont décidé d’arrêter de fournir des armes aux belligérants, la France, « patrie des droits de l’homme » semble indifférente à la controverse, se réjouit même de ses ventes d’armes « record » et de leurs performances en matière de destruction.

Les industriels français de la défense sont fiers des performances de leur matériel. Rien de tel qu’une campagne militaire meurtrière pour en démontrer les qualités ! « Pour ce qui est des chars Leclerc, je vous confirme que leur implication au Yémen a fortement impressionné les militaires de la région », se réjouissait, il y a un an, Stéphane Mayer, PDG du groupe Nexter qui fabrique ces blindés, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Depuis le printemps 2015, 70 à 80 chars Leclerc ont été déployés par l’armée émiratie, alliée de l’Arabie Saoudite, sur le champ de bataille yéménite afin de combattre la rébellion des Houthis.

Même satisfaction chez Dassault, qui fournit des Mirages 2000-9 à cette même armée des Émirats Arabes Unis, et vient de signer un contrat de modernisation de leur flotte : « L’excellence de l’avion et le succès du programme ont été démontrés avec brio par la grande disponibilité du Mirage 2000-9 et la qualité de sa participation à des opérations menées en coalition internationale », annonce fièrement un communiqué du groupe français. Les opérations en question ? Les frappes aériennes de la coalition arabe au Yémen dont certaines, selon l’ONU et des organisations non-gouvernementales, pourraient constituer des crimes de guerre.

« Horreur permanente », selon l’Onu

Quelle est aujourd’hui la situation du Yémen, vitrine de ce savoir-faire français ? Après plus de 30 000 bombardements et un blocus qui entrave l’accès humanitaire, le bilan de cette guerre lointaine est d’au moins 10 000 morts et près de 3 millions de déplacés. L’Unicef estime qu’un enfant y meurt toutes les dix minutes, qu’1,8 million d’entre-eux souffrent de malnutrition aigüe, et que près de 400 000 enfants yéménites sont atteints de malnutrition sévère et luttent pour survivre. Sans parler de l’épidémie de choléra, un désastre dans un pays dont le système de santé est exsangue et où les organisations humanitaires sont elles aussi victimes des bombardements. Plusieurs hôpitaux de Médecins sans frontières (MSF) ont ainsi été visés.

Le Yémen traverse peut-être actuellement « la pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale », alertent les Nations-unies, dont plusieurs responsables qualifient la guerre d’« absurde et futile », tandis que le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu, Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, parle d’« horreur permanente ». Le 21 décembre 2017, alors que l’un des pays les plus pauvres du monde subit des bombardements depuis mille jours, plusieurs ONG lancent la campagne « Yemen can’t Wait » : le Yémen ne peut pas attendre. Une situation si dramatique que certains pays commencent à trouver gênant de continuer à fournir des armes aux belligérants qui s’acharnent.

Un mouvement de désengagement ignoré par la France

Dès mars 2016, le parlement hollandais vote ainsi une résolution interdisant l’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite, en lien avec son intervention au Yémen. Le 19 janvier dernier, c’est l’Allemagne qui annonce l’arrêt immédiat des ventes d’armes à toutes les parties du conflit au Yémen. Une décision favorisée par les sociaux-démocrates du SPD, dans le cadre des négociations pour former une nouvelle coalition gouvernementale.

Face au risque que les armes soient utilisées contre des civils, la Norvège, la Belgique et le Canada gèlent également des exportations vers les Émirats Arabes Unis ou vers l’Arabie saoudite. En Finlande, tous les candidats à la présidentielle de février 2018 se sont engagés à arrêter les ventes d’armes aux émiratis, après que des images aient prouvé leur utilisation dans la guerre au Yémen. Quand les gouvernements ne bougent pas, c’est la société civile qui prend le relai : des plaintes sont en cours au Royaume-Uni, en Wallonie et au Canada contre des contrats d’exportation militaires dans la région.

La France, impassible, semble épargnée par ce mouvement. « À ce jour, nous n’avons pas d’information sur le fait que la France aurait revu sa position sur les exportations d’armes », déplore Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer « armes et justice internationale » pour Amnesty France. Aucune vente d’arme à l’étranger ne peut pourtant avoir lieu sans l’autorisation du gouvernement. La France est par ailleurs signataire d’un Traité sur le commerce des armes (TCA), et a adopté une Position commune de l’Union européenne (UE) sur les exportations de matériel militaire. Ces règlementation interdiraient a priori tout transfert d’armes vers les parties du conflit yéménite, compte tenu des graves violations du droit humanitaire qui y sont constatées.

Plus d’un milliard d’euros d’équipement pour les saoudiens

Pire : depuis le second semestre de l’année 2014, la France a accordé pas moins de 1989 licences d’exportation de matériel militaire aux différents pays engagés dans la coalition menée par Riyad ! Depuis 2007, l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte sont les trois principaux clients de la France après l’Inde. Sur la seule année 2016, plus d’un milliard d’euros d’équipement militaire a été livré à l’Arabie Saoudite [1].

Dès lors, il n’est pas étonnant de retrouver des armes françaises sur le champ de bataille yéménite : des corvettes Baynunah du constructeur français CMN (Constructions mécaniques de Normandie) pour assurer le blocus, des canons Caesar pour pilonner le Yémen depuis sa frontière… Pour l’Observatoire des armements, la coalition profite ainsi d’un matériel français « dernier cri ».

L’exécutif français ne dit (presque) jamais non

C’est le Premier ministre après avis de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG), qui décide ou non d’autoriser les ventes d’armes à l’étranger. Avec des représentants des ministères de la Défense, de l’Économie et des Affaires étrangères, la CIEEMG est un organe purement exécutif : le Parlement ou la société civile en sont exclus.

De surcroît, son fonctionnement est opaque : il ne prévoit aucune transparence sur les motivations des décisions, ni sur leur conformité aux traités internationaux. Seul élément d’information officiel : le Rapport annuel sur les ventes d’armes du pays, transmis au Parlement. Il indique par exemple qu’en 2016, alors que Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve occupaient Matignon, seules 48 demandes de licences d’exportation de matériel militaire ont été rejetées sur la base de la Position commune de l’UE. Tandis que 4454 licences étaient accordées. Soit un taux d’approbation de près de 99 %…

Des bénéfices pour les entreprises et les pays acheteurs

Pourquoi un tel enthousiasme des politiques à approuver des exportations d’armes vers d’autres pays, quels qu’ils soient ? Le système militaro-industriel français s’est construit sur la dépendance aux exportations : les entreprises d’armement ont besoin de vendre pour être rentables. Et elles peuvent compter sur l’État pour les soutenir.

Cette rentabilité est en effet largement subventionnée, que ce soit par des avances financières, des garanties publiques à l’exportation, ou l’emploi des fonctionnaires de la Direction générale de l’armement et des attachés de défense pour promouvoir les armes françaises à l’étranger. Sans compter l’engagement des ressources de l’armée française, amenée à participer aux salons d’armement, aux démonstrations de matériel, et à former les personnels étrangers : des dépenses qui s’élèvent à des dizaines de millions d’euros par an, pour booster les ventes des industriels.

Pour gagner des contrats, les fabricants d’armes concèdent des compensations ou « offsets » à l’État acheteur, c’est-à-dire des réinvestissements dans l’économie locale et des transferts de technologies. Dans le cas du contrat sur l’achat de Rafales, l’Inde a obtenu un niveau de compensation de 50 %, ce qui signifie que plus de 3 milliards d’euros seront investis dans l’économie indienne sur les 7,87 milliards du contrat. Une aubaine pour l’économie et les emplois… dans le pays acheteur. « Le contrat des sous marins en Australie va probablement créer plus d’emplois en Australie qu’en France », confirme Aymeric Elluin, d’Amnesty France.

La prolifération, « effet boomerang » de la stratégie française

Outre la délocalisation des emplois, les concessions octroyées aux pays clients, et notamment les transferts de technologies, leur permettent à terme de créer leur propre industrie militaire. Ainsi, grâce au savoir-faire acquis avec la production des hélicoptères d’Aérospatial (aujourd’hui Airbus) dans les années 80, la Chine fabrique désormais ses propres hélicoptères militaires, qu’elle exporte au Cambodge, au Pakistan, en Namibie ou encore en Zambie. En mai 2017, l’Arabie Saoudite annonçait la création de sa propre entreprise d’armements, la Saudi Arabian Military Industries (SAMI).

Les exportations d’armes de la France contribuent donc à la prolifération des capacités de production dans le monde, y compris chez des concurrents et peut-être même à destination d’adversaires potentiels ou d’États peu scrupuleux. Pas de quoi refroidir le gouvernement, qui continue à faire la promotion des industriels français de la Défense, du Qatar à la Turquie, sans faire beaucoup de cas de ses engagements en matière de droits humains. Le Yémen est sans doute loin d’être le seul terrain où des civils sont ou seront victimes des technologies françaises.

Un contrôle démocratique plus que jamais nécessaire

Certains écrits commencent à questionner cette stratégie de la course aux exportations. L’industrie de la défense française serait de plus en plus dépendante des exportations [2]. Par ricochet, le budget de l’État peut aussi être affecté. Ainsi, l’équilibre financier de la Loi de programmation militaire 2014-2019 était-il lié à la vente des Rafales de Dassault à l’étranger, puisqu’en cas d’échec, le gouvernement s’était engagé à couvrir les surcoûts de production de l’avionneur. Pour préserver les finances publiques, il faut vendre à tout prix. Y compris à l’Égypte, malgré la décision de l’Union européenne de suspendre les ventes d’armes au régime dictatorial du maréchal al-Sissi.

Pourtant, ces contrats qui se chiffrent en milliards d’euros restent largement présentées comme des succès commerciaux, et la France comme une « championne des exportations » qui « talonne la Russie ». « En France, il n’y a pas de culture de contestation ou de débat sur la question des exportations d’armes, comme en Grande Bretagne, en Allemagne ou en Belgique, relève Aymeric Elluin. C’est consubstantiel à la cinquième République. »

Alors qu’au Royaume-Uni, il existe une Commission parlementaire dédiée au contrôle des exportations d’armes, le débat en France se limite essentiellement à quelques questions écrites et un rapport annuel qui est transmis aux députés sans plus de discussions. « Il faudrait qu’il y ait des contre-rapports, des questions sur l’utilisation des armes à l’étranger, des garanties contre les violations des droits humains : c’est un enjeu pour les générations futures », conclut Aymeric Elluin. D’ici là, le Yémen attendra.

Anne-Sophie Simpere

— 
Photo : un canon Caesar déployé en Afghanistan

- Lire aussi notre entretien avec l’économiste Claude Serfati, qui montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Ve République.

[1Source : Rapport aux parlementaires sur les ventes d’armes 2017.

[2L’industrie de défense française était en 2012 dépendante des exportations à hauteur de 20% de son chiffre d’affaires. Récemment, le PDG de la Direction des constructions navales (aujourd’hui Naval group) indiquait que son entreprise était dépendante à 50 % des exportations. Voir Lucie Béraud-Sudreau, « La politique française de soutien aux exportations d’armement : raisons et limites d’un succès », Institut français des relations internationales, juin 2017.

http://multinationales.org/Mirages-2000-chars-Leclerc-canons-Caesar-la-France-fournisseuse-officiel-de-la

Effacer la réussite d’Obama en Iran, par Paul R. Pillar

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 03-01-2018

Le nihilisme de la politique américaine moderne s’étend à l’échelle internationale, un côté cherchant à détruire tout héritage positif de l’autre, alors que l’administration Trump poursuit ses efforts pour saboter l’accord nucléaire avec l’Iran du président Obama, rapporte l’ex-analyste de la CIA, Paul R. Pillar.

Ceux qui souhaitent tuer le Plan d’Action Global Conjoint (PAGC), l’accord qui restreint le programme nucléaire iranien, n’ont jamais abandonné. L’accord, conclu il y a plus de deux ans, a connu un succès toujours grandissant et a permis de fermer toutes les voies possibles vers l’armement nucléaire iranien, ce qui aurait dû décourager les marchands d’armement nucléaire. Mais ces criminels ont trouvé un second souffle en l’élection de Donald Trump, qui, dans le cadre de son programme d’opposition à ce que Barack Obama avait privilégié et détruisant tout ce qu’il a réalisé, a constamment vilipendé le PAGC.

Les thèmes que les détracteurs de l’accord mettent en avant sont maintenant bien connus. L’un de ces thèmes est que, trop impatient de parvenir à un accord, le gouvernement Obama aurait négligé la question des stocks. Cet argument n’a jamais eu de sens, compte tenu des termes du PAGC. Les asymétries de l’accord sont défavorables aux Iraniens, qui ont dû se plier à une inspection sur leur nucléaire plus intrusive qu’aucun autre pays ne l’a jamais volontairement accepté, et ont dû s’acquitter de presque toutes leurs obligations de démantèlement et de restriction de leur programme nucléaire avant d’obtenir une once de rémission quant à des sanctions supplémentaires. Mais cet argument a séduit les opposants car non directement réfutable concernant l’état d’esprit des anciens officiels, et collant au thème de la mythique « meilleure affaire » qui était censée être à portée.

Une autre objection soulevée par les détracteurs a été que le PAGC n’aborde pas les autres politiques et actions iraniennes qu’il est devenu rituel de qualifier de comportement néfaste, malveillant et déstabilisant (CNMD). Cet argument n’a pas non plus de sens, étant donné qu’il était clair dès le début des négociations qu’aucun accord limitant le programme nucléaire de l’Iran ne serait possible si les parties négociant l’accord mettaient sur la table leurs autres griefs réciproques. Un tel élargissement inutile de l’ordre du jour des négociations aurait signifié que le programme nucléaire iranien se serait rapproché de plus belle de la capacité à fabriquer une bombe et que le CNMD serait toujours d’actualité. Néanmoins, ce thème a été privilégié par les opposants parce qu’il détourne l’attention du succès du PAGC quant à la prévention d’une bombe nucléaire iranienne, parce qu’il sera toujours possible de pointer une quelconque action iranienne comme répréhensible, et parce que le mantra du CNMD a maintenant été tellement scandé qu’il en est venu à être accepté comme une donnée incontestable.

Josh Meyer a récemment proposé une variante sur ces thèmes avec un article dans Politico sous le titre alléchant de « L’histoire secrète de la façon dont Obama a laissé le Hezbollah s’en tirer ». La thèse tape-à-l’œil que développe l’auteur est qu’un groupe de travail de la Drug Enforcement Administration enquêtant sur le trafic de drogue et d’autres activités criminelles du Hezbollah libanais aurait été bloqué par « le désir de la Maison-Blanche de conclure un accord sur le nucléaire avec l’Iran ». Comme on pouvait s’y attendre, ce sujet a été repris par les acteurs habituels se consacrant au dénigrement du PAGC ou de tout ce qui est lié à Obama, comme les rédacteurs du Wall Street Journal. Certains Républicains au Congrès et même Eric Trump ont repris cette idée.

L’article de 13 000 mots a pour objectif de submerger le lecteur de détails. Le simple volume de pistes, de conseils, de soupçons et de faits authentiques, donne au lecteur l’impression d’un reportage complet. Et Meyer y a clairement mis beaucoup d’efforts. Mais comme le souligne Erik Wemple du Washington Post dans un article à propos justement de cet article, Meyer ne fournit jamais de preuves directes que la Maison-Blanche a délibérément entravé la mission du groupe de travail, et encore moins qu’une telle ingérence ait pu avoir un rapport avec l’accord imminent sur le nucléaire. Après avoir parcouru tous les détails, le lecteur attentif peut constater que la thèse tape-à-l’œil sur l’administration Obama qui aurait sacrifié la lutte contre la drogue et contre le crime sur l’autel de l’accord nucléaire repose sur de la suspicion et des insinuations. Elle s’appuie sur des affirmations telles que : certaines décisions concernant l’affaire du Hezbollah « pourraient avoir été influencées » par la connaissance d’un groupe inter-agence des négociations sur le nucléaire – ce qui signifie, comme le note M. Wemple, que les décisions auraient tout aussi bien pu ne pas être influencées par cette connaissance.

Il existe de nombreuses preuves attestant du fait que l’administration Obama a décidé d’un grand nombre de sanctions sévères et de mesures répressives contre le Hezbollah, avant et après la conclusion du PAGC. Meyer inclut dans son article (et il faut porter à son crédit cette mention) des déclarations faites par d’anciens fonctionnaires de l’administration Obama se référant à ces actions. La séparation même du dossier nucléaire des autres griefs présentés par ou contre l’Iran – qui, comme indiqué plus haut, était essentielle à la conclusion de tout accord nucléaire – impliquait qu’il n’ y aurait pas de moratoire sur les mesures coercitives prises contre le Hezbollah, allié libanais de l’Iran.

Le papier de Meyer souffre d’un problème de source en ce qu’il s’appuie sur seulement deux sources qui sont actuellement employées par, ou affiliées à, des organisations en première ligne dans le combat contre le PGAC. Une de ces sources, David Ascher, fait partie du comité consultatif de la Fondation pour la Défense des Démocraties, qui est devenue le centre de commande pour la déstabilisation et l’annihilation de l’accord sur le nucléaire.

Que ces liens institutionnels aient ou non influé sur le contenu de ce qu’a été dit à Meyer, le récit d’un groupe de travail de la DEA qui se serait senti frustré par le fait que le gouvernement ne s’aligne pas aussi vite et pas automatiquement sur un de ses dossiers a le parfum familier de quelque chose qui arrive régulièrement, et c’est bien normal et compréhensible, au sein d’un gouvernement. Une telle chose n’a rien à voir avec une interférence de la Maison Blanche ou sur l’imminence d’un quelconque accord international tel que le PAGC. Quand une équipe de fonctionnaires travaille autant sur un projet – comme le faisait certainement cette équipe de la DEA qui enquêtait sur des activités du Hezbollah – ses membres se sentent naturellement frustrés par le fait qu’un examen inter-agence empêche le gouvernement d’agir pleinement et immédiatement sur ce qu’aurait découvert l’équipe (par exemple, en déposant rapidement une demande de mise en examen devant une cour de justice fédérale). Un tel examen est vital ; typiquement, il n’y a pas un unique mais bien plusieurs intérêts et équilibres nationaux à prendre en compte, qui vont au-delà de ce qu’un groupe ayant la tête dans le guidon peut voir.

Dans le cas du Hezbollah et du trafic de drogues, ces autres considérations auraient pu inclure des éléments tels que la possibilité de contre-offensives violentes, le coût d’une potentielle perte des sources d’information du groupe faisant objet de l’enquête, et la solidité aux yeux de la loi d’un dossier traduit en justice. Certaines de ces considérations sont présentées de manière trompeuse dans l’article de Meyer, comme si elles participaient aux efforts de l’administration Obama en vue de freiner les actions en justice contre le Hezbollah pour le bien de l’accord sur le nucléaire iranien. Par exemple, il est rapporté que l’ancienne conseillère anti-terrorisme, Lisa Monaco, aurait « exprimé des inquiétudes quant à l’utilisation de la loi sur les OCIM [loi sur les Organisations Corrompues ou Influencées par des Malfaiteurs] contre les leaders du Hezbollah et au sujet de possibles représailles ». Comme le constate Wemple du Washington Post, « exprimer des inquiétudes quant à certaines stratégies d’application de la loi a pu être une manière qu’avait Monaco de, par exemple, utiliser son expérience au gouvernement pour affûter la politique des USA plutôt que de jouer le rôle d’un rouage dans un prétendu complot pour y aller mollo sur le Hezbollah. »

Au-delà des nombreuses failles dans l’argumentation de Meyer sur ce que l’administration Obama a fait ou non, il y a deux éléments de contexte importants qu’il ne traite pas. L’un concerne simplement la différence qu’aurait fait une campagne plus agressive contre le Hezbollah pendant la période en question, si cela avait même été possible. Meyer donne l’impression que faire ou ne pas faire tout ce que voulait ce groupe de travail de la DEA équivalait à la différence entre anéantir ou non une grave menace à la sécurité. Dans une interview à la National Public Radio (NPR), Meyer a affirmé que l’administration Obama « a permis à un groupe qui était auparavant une organisation politico-militaire régionale avec une branche terroriste de devenir une organisation criminelle mondiale beaucoup plus riche, qui a des fonds importants pouvant être utilisés pour financer des actions terroristes et militaires dans le monde entier ». Non, cela n’a pas été le cas. Même si on croyait tout ce que Meyer insinue au sujet de prétendues actions d’obstruction de la part de la Maison-Blanche au motif des négociations sur le nucléaire, cela n’aurait pas rendu le Hezbollah « beaucoup plus riche », et l’aurait encore moins rendu plus capable de conduire des opérations terroristes et militaires « dans le monde entier ».

Le Hezbollah a plus de trente ans d’existence. Pendant cette période, il est devenu une organisation solide et complexe, reconnue, entre autres, comme un mouvement politique important, qui siège au parlement libanais et a des ministres au gouvernement libanais. Des opérations criminelles lucratives font depuis longtemps partie des activités du Hezbollah, et les enquêtes et actions en justice – au travers de plusieurs administrations américaines – font depuis longtemps partie des réponses américaines à ces activités. Ce qu’une équipe mécontente de la DEA a souhaité faire sous un gouvernement n’a été qu’un épisode mineur dans cette histoire, et non pas le point de bascule que décrit Meyer.

Un autre élément de contexte s’applique pour l’ensemble de cette idée, dont l’article de Meyer est une manifestation, selon laquelle l’administration Obama aurait-soi disant salivé devant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en lui donnant ainsi priorité sur tout le reste. Ce n’était pas Obama qui a conféré au spectre de l’armement nucléaire iranien le caractère de première priorité. Cela a été fait par d’autres, et en particulier par ceux qui aujourd’hui mènent la charge en faveur d’une confrontation agressive avec l’Iran et pour la destruction du PGAC. Bien avant que les négociations qui devaient mener au PGAC n’aient même commencé, le cri de ralliement de ces forces était qu’une arme nucléaire en Iran serait l’un des plus graves dangers jamais encourus par les États-Unis. Pendant la campagne présidentielle de 2012, le candidat Républicain Mitt Romney a identifié cette possibilité comme la menace la plus sérieuse à la sécurité des États-Unis. Le plus visible des alarmistes était le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui s’est assuré de ce que le monde entier comprenne son message très simplifié en montrant une bombe de dessin-animé à l’Assemblée Générale de l’ONU. C’est seulement après que le PGAC a fermé toutes les voies possibles vers l’armement nucléaire iranien – et désamorcé la bombe à la mode Looney Tunes de Netanyahou au passage – qu’on a commencé à entendre de la part de ces mêmes forces à quel point le PGAC serait mauvais parce qu’il ne prend pas en compte les autres activités infâmes liées à l’Iran. Activités telles que le trafic de drogue du Hezbollah.

Imaginons que tout ce que le papier de Meyer dit ou sous-entend soit vrai. Imaginons que l’administration d’Obama ait vraiment considéré qu’il y avait un choix à faire entre obtenir le PGAC et sévir contre les activités criminelles du Hezbollah. Et imaginons que l’administration Obama ait dit “oui” à tout ce que cette équipe si zélée de la DEA avait pu vouloir faire. Dans ce cas, il est probable que l’administration Obama ait aussi voulu dire « Eh bien, oui, on avait une chance de négocier un accord qui empêcherait l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, mais on s’est dit qu’un coup de filet sur le trafic de drogue était plus important ». Comment les alarmistes auraient-ils réagi à cela, eux qui ont tiré la sonnette d’alarme si fort et pendant si longtemps ? On peut être certain qu’ils n’auraient pas réagi en couvrant M. Obama de fleurs.

Le manque de cohérence grossier de ceux qui s’opposent au PGAC reflète à quel point leurs objectifs réels n’ont rien à voir avec les termes de l’accord ni avec la manière dont il a été négocié. Leurs objectifs sont beaucoup plus liés à la volonté que personne n’ait d’accord sur quoi que ce soit avec l’Iran (ce qui est le but de Netanyahou, puisqu’il décrit l’Iran comme l’origine de tout ce qui va de travers au Moyen-Orient), ou à la volonté de rester alignés avec les soutiens américains au gouvernement de Netanyahou, ou encore à la volonté d’enterrer toutes le réussites de Barack Obama.

En 28 années passées à la CIA, Paul R. Pillar s’est élevé au rang des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 03-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

5 réponses à Effacer la réussite d’Obama en Iran, par Paul R. Pillar    Pour lire les 5 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/effacer-la-reussite-dobama-en-iran-par-paul-r-pillar/

Détruire les mythes cocardiers à propos d’une attaque contre la Corée du Nord

Détruire les mythes cocardiers à propos d’une attaque contre la Corée du Nord


Saker US
Saker US

Par le Saker – le 14 décembre 2017 – Source The Saker

Tout d’abord les pantins vantards

Trump et Haley n’ont pas encore fini.  Ils veulent forcer la Chine à agir contre la RPDC en menaçant de « prendre en main » la Corée du Nord si la Chine refuse de le faire. Haley a dit : « Pour être clair, la Chine peut faire plus (…) et nous lui mettons le plus de pression que nous pouvons. La dernière fois qu’elle a totalement coupé le pétrole, la Corée du Nord est venue s’asseoir à la table. Donc nous avons dit à la Chine qu’elle devait faire davantage. Si elle ne le fait pas, nous allons prendre nous-mêmes la chose en main puis nous commencerons par des sanctions secondaires. »

Commençons par reprendre cette scène dans un jardin d’enfants et rejouons-la.

L’enfant A a un conflit avec l’enfant B. L’enfant A menace de tabasser l’enfant B. L’enfant B dit alors à l’enfant A d’aller se faire voir. L’enfant A ne fait rien, mais profère de nouvelles menaces. L’enfant B continue de rire. Alors l’enfant A vient avec un plan brillant : il menace l’enfant X (qui est beaucoup plus grand que l’enfant B et beaucoup plus fort, aussi !) en lui disant : « Si tu ne fais pas en sorte que l’enfant B réponde à mes demandes, je prendrai le problème moi-même en main ! » Toute la cour de récréation éclate d’un rire hystérique.

Question : que penseriez-vous de l’intelligence de l’enfant A ?

En tout cas…

Tout cela serait très drôle si c’était un spectacle de comédie. Mais, en réalité, c’est une progression lente mais régulière vers la guerre. Ce qui rend tout ceci encore pire est l’obsession des médias pour la série de missiles nord-coréens, s’ils peuvent atteindre Guam ou même les États-Unis. Avec tout le respect dû à l’impérial « nous seuls comptons » (et peu importe la réalité), il y a des risques que « nous », c’est-à-dire le peuple américain, puissions subir les conséquences terribles d’une guerre dans la péninsule de Corée, qui n’ont rien à voir avec les frappes de missiles sur Guam ou les États-Unis.

La cible intéressante : le Japon

Cet été, j’ai mentionné l’une des conséquences potentielles les plus passées sous silence d’une guerre avec la RPDC et je veux revenir sur cette question. Tout d’abord, l’extrait important de mon précédent article :

« Alors que je crois personnellement que Kim Jong-un n’est pas fou et que le principal objectif des dirigeants nord-coréens est d’éviter une guerre à tout prix, que se passe-t-il si je me trompe ?  Qu’en est-il si ceux qui disent que les dirigeants nord-coréens sont totalement fous ont raison ? Ou, ce que je crois beaucoup plus probable, si Kim Jong-un et les dirigeants nord-coréens sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont rien à perdre, que les Américains vont tous les tuer, en même temps que leurs familles et leurs amis ? Que pourraient-ils faire, théoriquement, s’ils sont vraiment désespérés ? Eh bien, permettez-moi de vous le dire : oubliez Guam, pensez Tokyo !

En effet, tandis que la RPDC pourrait dévaster Séoul avec des systèmes d’artillerie dépassés, ses missiles sont probablement capables de frapper Tokyo ou la région de Keihanshin qui englobe Kyoto, Osaka et Kobé, y compris les industries clés de la région industrielle de Hanshin. La zone du Grand Tokyo (la région de Kanto) et la région de Keihanshin sont très densément peuplées (37 et 20 millions d’habitants, respectivement) et contiennent un très grand nombre d’industries, dont beaucoup provoqueraient un désastre écologique aux proportions immenses si elles étaient frappées par des missiles. Non seulement cela, mais une attaque sur les principaux nœuds économiques et financiers du Japon donnerait probablement lieu à un effondrement international genre 9/11.

Donc si les Coréens du Nord voulaient vraiment, vraiment nuire aux Américains, ce qu’il pourraient faire est de frapper Séoul et des villes importantes au Japon entraînant une immense crise politique pour la planète entière. Pendant la Guerre froide, nous avions coutume d’étudier les conséquences d’une attaque soviétique contre le Japon et la conclusion était toujours la même : le Japon ne peut se permettre aucune guerre. Le territoire japonais est trop petit, trop densément peuplé, trop riche en cibles lucratives et une guerre dévasterait tout le pays. C’est encore vrai aujourd’hui, encore plus. Imaginez seulement la réaction en Corée du Sud et au Japon si une attaque américaine folle sur la RPDC entraînait une frappe de missiles sur Séoul et Tokyo ! Les Sud-Coréens ont déjà fait connaître leur position sans aucune ambiguïté, d’ailleurs. Quant aux Japonais, ils placent officiellement leurs espoirs dans des missiles (comme si la technologie pouvait atténuer les conséquences de la folie !). Donc oui, d’accord, la RPDC est extrêmement dangereuse et la pousser dans ses derniers retranchements est totalement irresponsable, en effet, armes nucléaires ou non. »

Pourtant, pour une raison quelconque, les médias occidentaux mentionnent rarement le Japon ou les conséquences économiques globales possibles d’une attaque contre le Japon. Très peu de gens savent vraiment si les Nord-Coréens ont réellement développé une arme nucléaire utilisable (ogive et missile) ni si leur missile balistique peut réellement atteindre Guam ou les États-Unis. Mais je ne pense pas qu’il y ait aucune doute qu’un missile nord-coréen puisse facilement parcourir les quelque 1000 km jusqu’au cœur du Japon. En fait, la RPDC a déjà lancé des missiles sur le Japon par le passé. Quelques Américains au sang chaud expliqueront, c’est certain, que le système étasunien THAAD peut protéger, et protégera, la Corée du Sud et le Japon de telles frappes de missiles. D’autres, cependant, ne seront pas d’accord. Nous ne le saurons pas avant de le voir, mais à juger d’après la performance absolument lamentable du système Patriot tant vanté dans la guerre du Golfe, je ne mettrais ma confiance dans aucun système ABM made in USA. Enfin, les Coréens du Nord pourraient placer un engin nucléaire (même pas une véritable tête nucléaire) sur un navire commercial régulier ou même un sous-marin, l’amener au large des côtes du Japon et le faire exploser. La panique et le chaos qui s’ensuivraient pourraient coûter encore plus de vies et d’argent que l’explosion elle-même.

Ensuite, il y a Séoul, bien sûr. L’analyste américain Anthony Cordesman l’a exprimé très simplement : « Une bataille près de la zone démilitarisée, dirigée contre une cible comme Séoul, pourrait rapidement dégénérer au point de menacer l’ensemble de l’économie de la République de Corée, même s’il n’y avait aucune invasion majeure»

Aparté

Cordesman étant ce qu’il est, il continue à halluciner sur les effets d’une invasion de la République de Corée par la RPDC et émet des phrases telles que : « Les problèmes amènent à évaluer le résultat d’une invasion massive de la Corée du Sud par la RPDC, même si on se centre seulement sur les forces de chacun des pays. La RPDC dispose de forces terrestres beaucoup plus importantes, mais le résultat de ce qui serait aujourd’hui fortement déterminé par la mobilité globale des forces terrestres de la RPDC et leur capacité à se concentrer le long de lignes de front dépendant de la supériorité des forces aériennes et terrestres de la Corée du Sud est impossible à calculer de manière sûre, tout comme l’est le mélange actuel des forces que les deux côtés pourraient déployer dans une zone et selon un scénario donné. » 

Oups, l’homme discute sérieusement de concepts de guerre aéroterrestre dans le contexte d’une invasion du Sud par la RPDC ! Il pourrait tout aussi bien discuter de l’usage du concept de Follow-on-Forces Attack dans le contexte d’une invasion de la terre par des Martiens (ou d’une invasion russe tout aussi probable des mini-États baltes !). C’est amusant et pathétique de voir comment un pays doté d’une stratégie nationale totalement offensive, d'une doctrine militaire et d'une position de force ressent toujours le besoin d’halluciner des scénarios défensifs pour résoudre la dissonance cognitive résultant du fait qu’il est à l’évidence le sale type.

Pourquoi est-ce que Cordesman dit ça ? Parce que selon un spécialiste sud-coréen, « les pièces d’artillerie de calibre 170mm et 240mm de la RPDC ‘pourraient tirer 10 000 salves à la minute sur Séoul et ses environs ». Pendant la guerre en Bosnie, la presse occidentale parlait de « frappes d’artillerie serbes massives sur Sarajevo » alors que la puissance de feu effective était d’environ un obus par minute. Je me demande bien comment elle pourrait qualifier une frappe de 10 000 tirs par minute.

Résultat : vous ne pouvez pas vous attendre à ce que votre ennemi agisse d’une manière qui vous convient ; en fait, vous devriez beaucoup plus présumer qu’il va faire ce à quoi vous ne vous attendez pas et ce qui est le pire pour vous. Dans ce contexte, la RPDC a beaucoup plus de possibilités que tirer un ICBM sur Guam ou les États-Unis. Les cinglés dans l’administration ne veulent peut-être pas le mentionner, mais une attaque contre la RPDC risque de faire s’effondrer à la fois les économies sud-coréenne et japonaise, avec des conséquences mondiales immédiates : considérant la nature plutôt fragile et vulnérable du système économique et financier international, je doute beaucoup qu’une crise majeure en Asie ne débouche pas sur l’effondrement de l’économie étasunienne (qui est de toute façon fragile).

Nous devrions également considérer les conséquences politiques d’une guerre sur la péninsule de Corée, en particulier si, comme c’est très probable, la Corée du Sud et le Japon subissent des dommages catastrophiques. La situation pourrait bien provoquer une telle explosion de sentiments anti-américains que les États-Unis devraient faire leurs bagages et quitter totalement la région.

Comment pensez-vous que la République populaire de Chine se sente devant une telle perspective ? Exactement. Et cela ne pourrait-il pas expliquer pourquoi les Chinois sont plus qu’heureux de laisser les États-Unis se débrouiller avec le problème nord-coréen, en sachant pertinemment que d’une manière ou d’une autre, ils vont perdre sans que les Chinois doivent tirer un seul coup de feu ?

Le terrain

Ensuite, je veux revenir sur une menace très souvent débattue : l’artillerie et les forces spéciales nord-coréennes. Mais tout d’abord, je vous demande de regarder de près les trois cartes de la Corée du Nord ci-dessous.

Vous pouvez aussi télécharger ces cartes en taille réelle à partir d’ici.

Ce que je veux que vous voyiez est que le terrain en Corée du Nord est ce que les militaires appellent un « terrain mixte ». La topographie de la Corée du Nord, selon la notice de Wikipedia, l’explique très bien :

« Le terrain se compose principalement de collines et de montagnes séparées par de profondes vallées étroites. Les plaines côtières sont larges à l’ouest et discontinues à l’est. Les premiers visiteurs européens de la Corée remarquaient que le pays ressemblait à 'une mer dans une tempête' à cause des nombreuses chaînes de montagnes successives qui sillonnent la péninsule. Environ 80% de la superficie de la Corée du Nord est composée de montagnes et de hauts plateaux, et toutes les montagnes atteignant une altitude de 2000 mètres ou plus sont situées en Corée du Nord. La grande majorité de la population vit dans les plaines et les basses terres. »

Venant de Suisse, je connais très bien ce genre de terrain (c’est ce que vous voyez dans les contreforts alpins appelés « Oberland » ou « Préalpes ») et j’ajouterai encore ceci : il comporte une végétation dense, des forêts, des rivières et des ruisseaux aux berges escarpées et aux forts courants. De petits villages et beaucoup de profonds tunnels souterrains. Il y a aussi des régions plates en Corée du Nord, bien sûr, mais contrairement à la Suisse, elles sont composées principalement de rizières et de marais. En termes militaires, tout cela se traduit par mot un simple et tout simplement terrifiant : infanterie.

Pourquoi le mot infanterie devrait-il tellement effrayer ? Parce que l’infanterie veut dire aller à pied (ou à cheval) avec très peu de puissance aérienne (AA et MANPAD), et pas grand chose que des satellites (ils ne peuvent pas voir grand chose), des blindés (ils ne peuvent pas se déplacer), des hélicoptères, des sous-marins ou des missiles de croisière ne puissent faire. Parce que infanterie signifie « pas de cibles de grande valeur » mais des petites forces dispersées et très bien dissimulées. Une guerre menée entre régiments ou même pelotons. Parce que l’infanterie en terrain mixte représente le genre de guerre que les Américains craignent le plus.

L’adversaire

En gardant cela à l’esprit, répétons-le : à part ses immenses forces armées régulières (environ un million de soldats plus encore 5 millions dans les organisations paramilitaires), la RPDC a aussi 200 000 forces spéciales. Supposons que la propagande occidentale dise pour une fois la vérité et que les forces armées régulières soient mal équipées, mal entraînées, mal commandées et même affamées et démotivées (je ne suis pas du tout sûr que ce soit une supposition correcte, mais admettez-la). Répartir cette masse de soldats dans toute la zone de combat représenterait encore un énorme casse-tête, même pour « les meilleures et les plus puissantes forces armées de l’histoire », en particulier si vous ajoutez au mélange 200 000 forces armées bien entraînées et extrêmement motivées (je crois que nous pouvons tous être d’accord que supposer que les forces spéciales sont aussi démotivées serait plutôt irresponsable). Comment pourriez-vous savoir qui est qui et d’où vient la plus grande menace ? Et considérez ceci : ce serait extrêmement naïf de s’attendre à ce que les forces spéciales nord-coréennes se montrent dans des uniformes clairement marqués RPDC. Je parie que beaucoup d’entre elles arboreront des uniformes sud-coréens, et d’autres des tenues civiles. Pouvez-vous imaginer le chaos que serait la tentative de les combattre ?

Vous pourriez dire que les Nord-Coréens ont des armes des années 1950. Et alors ? C’est exactement ce qu’il faut pour mener le genre de guerre dont nous parlons : l’infanterie sur des terrains mixtes. Même l’équipement de la Seconde Guerre mondiale ferait l’affaire. Maintenant, il est temps de faire venir l’artillerie nord-coréenne. Nous parlons d’environ 8 600 canons d’artillerie et de plus de 4 800 lance-roquettes multiples (source).  Anthony Cordesman estime qu’il y a 20 000 pièces dans les « environs » de Séoul. C’est plus que ce que les États-Unis ont dans le monde entier (5312 selon Military Balance, y compris des mortiers). Et pensez aussi que nous ne parlons pas de batteries gentiment arrangées dans un désert plat, mais de milliers de pièces d’artilleries, simples mais très efficaces, réparties sur l’ensemble du « terrain mixte » et remplies de millions d’hommes en armes, dont 200 000 forces spéciales. Et une grande partie de cette artillerie peut atteindre Séoul, suffisamment pour créer panique massive et exode.

Pensez à un chaos total, atroce et sanglant

Donc lorsque vous pensez à une guerre contre la Corée du Nord, ne pensez pas À la poursuite d’Octobre rouge ou Top Gun.  Pensez chaos total, atroce et sanglant. Pensez FUBAR [fucked up beyond all (ou any) recognition, qui pourrait se traduire en français par merdier innommable ou FOUPOUDA, NdT] immédiat à grande échelle. Et ce n’est que pour les tout premiers jours, ensuite les choses deviendront pires, bien pires. Pourquoi ?

Parce qu’à ce moment-là, je m’attends à ce que la Marine et l’Armée de l’air nord-coréennes aient été totalement effacées, vague après vague, les missiles de croisière auront touché un nombre X d’installations (sans aucun moyen d’évaluer l’effet de ces frappes, mais peu importe) et les commandants militaires étasuniens se tourneront vers le président sans avoir de plan suivant à offrir. Quant aux Nord-Coréens, c’est à ce moment-là seulement qu’ils s’installeront dans une guerre sérieuse, avec l’infanterie.

Il y a une chance supérieure à la moyenne qu’une bonne partie des élites de RPDC seront mortes. Ce qui est sûr, c’est que le commandement et le contrôle du département général de l’état-major sur une grande partie de ses forces seront sinon perdus du moins gravement compromis. Mais tout le monde saura qu’ils ont été attaqués et par qui. Vous n’avez pas besoin de beaucoup de commandement et de contrôle lorsque vous êtes en position défensive sur le genre de terrain où il est difficile de commencer à bouger. En fait, c’est le genre de guerre où « haut commandement » veut dire généralement un capitaine ou un major et pas un général lointain.

Vous vous posez peut-être des questions sur la logistique ? Quelle logistique, je vous le demande ? Les munitions sont stockées tout près dans des dépôts, vous pouvez toujours trouver vous-mêmes de la nourriture et, d’ailleurs, c’est votre propre territoire, les civils vous aideront.

De nouveau, pas de guerre de manœuvre, pas de communication avancée, pas de train logistique lourd – nous parlons d’un type de guerre beaucoup plus proche de la Seconde Guerre mondiale, ou même de la Première, que de Tempête du Désert.

Aparté

En tant que quelqu’un qui a fait beaucoup de choses intéressantes avec l’armée suisse, permettez-moi d’ajouter ceci : ce genre de terrain est un champ de bataille où une seule compagnie peut arrêter et tenir un régiment entier ; c’est le genre de terrain où essayer de localiser avec précision la position d’une radio ennemie est extrêmement difficile ; c’est le genre de terrain où seuls des chevaux et des ânes peuvent porter des engins lourds sur des sentiers étroits, raides et en zig-zag ; des hôpitaux entiers peuvent être cachés sous terre, leur entrée cachée par une grange ou un hangar ; les canons d’artillerie sont enterrés et ils tirent lorsqu’une trappe épaisse en béton renforcé est déplacée sur le côté, puis ils se cachent ; le radar de contre-batterie fonctionne difficilement à cause des signaux qui se réfractent ; les signaux radio ont une courte portée à cause de la végétation et du terrain ; les caches d’armes et même des camps de la taille d’une compagnie ne peuvent être détectés qu’en marchant littéralement dessus ; les bunkers souterrains ont de nombreuses issues ; les opérations aériennes sont entravées par le très haut risque de tirs d’artillerie anti-aériens ou de missiles portables qui peuvent être cachés et venir de n’importe quelle direction. Je pourrais continuer, mais je veux juste dire une chose. Si vous voulez vaincre votre adversaire sur un tel terrain, il n’y a qu’une technique qui fonctionne : vous faites ce que les Russes ont fait dans les montagnes du sud de la Tchétchénie pendant la seconde guerre tchétchène – vous envoyez vos forces spéciales, de petites unités à pied, et vous combattez l’ennemi sur son propre terrain. 

C’est un genre de guerre extrêmement brutal, dangereux et difficile que je ne vois vraiment pas les Américains mener. Les Sud-Coréens, oui, peut-être. Mais c’est là que le le nombre joue un rôle : en Tchétchénie, les Spetsnaz russes opéraient dans une zone de combat relativement petite et ils avaient le nombre. Maintenant, regardez une carte de la Corée du Nord et le nombre des forces spéciales nord-coréennes et dites-moi : les Sud-Coréens ont-ils la main-d’œuvre pour ce genre d’opérations offensives ? Encore une chose : la réaction américaine typique à ces arguments serait « Et alors ? Nous nous allons simplement leur envoyer une bombe nucléaire ! » Vous pouvez les atomiser, mais les armes nucléaires ne sont pas très efficaces sur ce genre de terrain, il est difficile de trouver une cible pour commencer, les forces ennemies seront pour la plupart cachées sous terre et, enfin, vous allez utiliser des armes atomiques pour faire face à des unités de la taille d’une compagnie ou d’un peloton ? Ça ne marchera pas.

Si vous pensez que j’essaie de vous faire peur, vous avez totalement raison. C’est ce que je fais. Vous devriez avoir peur. Et notez que je ne mentionne même pas les armes nucléaires. Non, pas d’ogives nucléaires dans des missiles. Des dispositifs nucléaires de base transportés dans des camions militaires ordinaires. Conduits près de la zone démilitarisée en temps de paix parmi des milliers d’autres camions de l’armée puis enterrés quelque part, prêts à exploser au bon moment. Pouvez-vous imaginer quel pourrait être l’effet d’une frappe nucléaire « sans sommation » – « d’où est-elle venue ? » – sur la progression des troupes américaines ou sud-coréennes ? Pouvez-vous imaginer à quel point la question « Y en a-t-il d’autres ? » deviendra urgente ? Encore une fois, pour cela, les Nord-Coréens n’ont même pas besoin d’une véritable arme nucléaire. Un engin nucléaire primitif suffira.

Je peux déjà entendre le « Rah-rah-rah, nous sommes le numéro 1 ! » des irréductibles brandisseurs de drapeau rejetant tout cela en disant : « Ha, et vous ne pensez pas que la CIA sait déjà tout ça ? ». Peut-être que oui et peut-être que non – mais le problème est que la CIA, et le reste de la communauté américaine du renseignement, a été si désespérément politisée qu’elle ne peut rien faire contre les impératifs politiques tels qu’ils sont perçus. Et, franchement, lorsque je vois que les États-Unis essaient de faire peur aux Nord-Coréens avec des B-1B et des F-22 je me demande si quelqu’un au Pentagone ou à Langley est encore en contact avec la réalité. D’ailleurs, il y a les renseignements, et ensuite il y a les renseignements utilisables. Et dans ce cas, savoir ce que les Coréens pourraient faire ne signifie pas du tout savoir quoi faire à ce sujet.

En parlant de chaos – savez-vous ce que les Chinois ont dit expressément à son propos ?

Pouvez-vous deviner ?

Qu’ils ne « permettront pas le chaos et la guerre sur la péninsule ».

L’entrée des Chinois

Venons-en aux Chinois. Ils ont exprimé très clairement leur position : « Si la Corée du Nord lance une attaque qui menace les États-Unis, la Chine restera neutre, mais si les États-Unis attaquent les premiers et tentent de renverser le gouvernement de la Corée du Nord, la Chine les arrêtera. » Comme il n’y a absolument aucune chance d’une attaque nord-coréenne non provoquée contre le Sud ou les États-Unis, notamment avec cette menace des Chinois de rester neutres si la RPDC attaque en premier, examinons la deuxième partie de l’avertissement.

Que pourraient faire les Chinois si les États-Unis décidaient d’attaquer la Corée du Nord ? Leurs options de base dépendent de la nature de l’attaque :

  1. Si les États-Unis se limitent à une combinaison de missiles et de frappes aériennes et si la RPDC riposte (ou pas), les Chinois peuvent simplement fournir à cette dernière une aide technique, économique et humanitaire et dénoncer les États-Unis au niveau politique.
  2. Si les États-Unis continuent avec une invasion terrestre ou si la RPDC décide de riposter d’une manière qui pourrait les contraindre à une invasion terrestre, les Chinois pourraient offrir non seulement une aide militaire directe, y compris des troupes, mais pourraient attendre que le chaos devienne total en Corée avant d’ouvrir un deuxième front contre les forces américaines (y compris, éventuellement, Taïwan).

Ce second scénario créerait une situation dangereuse pour la Chine, bien sûr, mais elle serait encore beaucoup plus dangereuse pour les forces américaines en Asie, qui se trouveraient très dispersées sur un très grand territoire sans grand moyen d’obliger l’un ou l’autre adversaire à céder ou à arrêter. Enfin, exactement comme la Chine ne peut pas permettre aux États-Unis d’écraser la Corée du Nord, la Russie ne peut pas leur permettre d’écraser la Chine. Cette dynamique semble-t-elle familière ? Elle devrait, car elle est semblable à ce que nous avons observé récemment au Moyen-Orient :

  1. Russie -> Iran -> Hezbollah -> Syrie
  2. Russie ->Chine ->RPDC

C’est une position de force très souple et efficace où le plus petit élément est en première ligne et où le plus puissant est le plus éloigné et à l’arrière parce qu’il oblige l’autre camp à se concentrer d’abord sur l’adversaire en première ligne tout en maximisant les risques de tout succès possible parce que ce succès est susceptible d’attirer l’adversaire suivant, plus grand et plus puissant.

Conclusion : se préparer au génocide

Les États-Unis n’ont strictement aucune chance de désarmer ou, moins encore, de faire changer le régime de la RPDC uniquement avec des missiles et des frappes aériennes. Pour « prendre en main » sérieusement et significativement la RPDC, les dirigeants américains doivent consentir à une attaque terrestre. Cependant, même si ce n’est pas le plan, si la RPDC décide d’utiliser son immense puissance de feu, même relativement désuète, pour frapper Séoul, les États-Unis n’auront pas d’autre choix que de déplacer leurs forces terrestres dans la zone démilitarisée. Si cela se produit, quelque 500 000 troupes sud-coréennes, soutenues par 30 000 soldats de l’armée américaine affronteront environ 1 million de soldats nord-coréens soutenus par 5 millions de paramilitaires et 200 000 forces spéciales sur un champ de bataille en terrain mixte qui requerra une infanterie de l’ordre de celle ayant mené les opérations de la Seconde Guerre mondiale. Par définition, si les États-Unis attaquent la RPDC pour essayer de détruire son programme nucléaire, un tel assaut commencera par des missiles et des frappes aériennes sur les installations nord-coréennes, ce qui implique que les États-Unis viseront les cibles les plus précieuses (du point de vue des Nord-Coréens, bien sûr). Cela signifie qu’après une telle attaque, il ne restera que peu ou pas de capacités de dissuasion aux États-Unis et qu’après cette attaque, la RPDC n’aura plus d’incitation à montrer la moindre retenue. En revanche, même si la RPDC décide de commencer par un barrage d’artillerie dans la zone démilitarisée, y compris dans la région métropolitaine de Séoul, elle aura toujours la capacité d’aller plus loin soit en attaquant le Japon soit en déclenchant un engin nucléaire. Si cela se produisait, il y a une probabilité extrêmement élevée que les États-Unis doivent « proclamer la victoire et s’en aller » (une vieille tradition militaire américaine) ou commencent à recourir à de nombreuses frappes nucléaires tactiques. Les frappes nucléaires tactiques, soit dit en passant, ont une efficacité très limitée sur une position défensive préparée en terrain mixte, en particulier des vallées étroites. D’ailleurs, il est difficile de trouver des cibles pour de telles frappes. En fin de compte, la dernière et la seule option qui restera aux États-Unis est celle à laquelle ils recourent toujours pour finir, celle de se livrer directement et délibérément au meurtre massif de civils pour « briser la volonté de l’ennemi de se battre » et détruire « l’infrastructure de soutien au régime » des forces ennemies (une autre vieille tradition de l’armée américaine qui remonte aux guerres contre les Indiens et qui a été utilisée pendant la guerre de Corée ainsi que, plus récemment, en Yougoslavie). Ici, je veux citer un article de Darien Cavanaugh dans War is Boring :

« En chiffres par habitants, la guerre de Corée a été une des guerres les plus meurtrières de l’histoire moderne, en particulier pour la population civile de la Corée du Nord. L’ampleur de la dévastation a choqué et dégoûté le personnel militaire américain qui y assistait, y compris certains qui avaient combattu dans les batailles les plus horribles de la Seconde Guerre mondiale (...). Ce sont des chiffres stupéfiants et le taux de mortalité pendant la guerre était comparable à ce qui s’est produit dans les pays les plus durement frappés pendant la Seconde Guerre mondiale. (...) En fait, à la fin de la guerre, les États-Unis et leurs alliés ont largué plus de bombes sur la péninsule coréenne, dont l’écrasante majorité sur la Corée du Nord, qu’ils ne l’avaient fait dans tout le théâtre du Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale. »
« La destruction physique et les vies perdues des deux côtés étaient quasiment inimaginables, mais le Nord a subi le dommage le plus grand, à cause des bombardements intensifs et de la politique de la terre brûlée des forces des Nations unies pendant leur retraite », a écrit l’historien Charles K. Armstrong dans un article pour le Asia-Pacific Journal« L’US Air Force a estimé que la destruction de la Corée du Nord était proportionnellement plus grande que celle du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, où les États-Unis avaient réduit 64 grandes villes en ruines et utilisé la bombe atomique pour en détruire deux autres. Les avions américains ont déversé 635 000 tonnes de bombes sur la Corée – c’est-à-dire essentiellement sur la Corée du Nord – y compris 32 557 tonnes de napalm, contre 503 000 tonnes de bombes larguées dans tout le théâtre du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale. » Comme l’explique Armstrong, cela a produit une dévastation presque sans égale. « Le nombre de Coréens morts, blessés ou disparus à la fin de la guerre approchait 3 millions, 10% de l’ensemble de la population. La majorité des tués étaient dans le Nord, qui avait la moitié de la population du Sud ; bien que la RPDC n’ait pas de chiffres officiels, il est possible que 12% à 15% de la population ait été tuée pendant la guerre, un chiffre approchant ou dépassant la proportion des citoyens soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Douze à quinze pour cents de la population totale ont été assassinés par les forces américaines en Corée pendant la dernière guerre (comparez ces chiffres avec le soi-disant « génocide » de Srebrenica !). C’est ce que Nikki Haley et les psychopathes de Washington DC menacent vraiment de faire lorsqu’ils parlent de « prendre la situation en main » ou, encore mieux, lorsque Trump menace de « détruire totalement » la Corée du Nord. Ce que Trump et ses généraux oublient, c’est que nous ne sommes pas dans les années 1950 mais en 2017 et que si la guerre de Corée a eu une influence économique négligeable sur le reste de la planète, une guerre au milieu de l’Extrême-Orient aurait d’énormes conséquences. En plus, dans les années 1950, le contrôle total des États-Unis sur les médias de masse, du moins dans le soi-disant « monde libre », rendait assez facile de dissimuler le carnage meurtrier pratiqué par les forces dirigées par les Américains, ce qui est totalement impossible de nos jours. La réalité moderne est que, indépendamment du résultat effectif sur le terrain, toute attaque des États-Unis contre la RPDC aurait pour résultat qu’ils perdraient si gravement la face que cela signerait probablement la fin de la présence américaine en Asie et causerait un choc financier international massif provoquant l’effondrement de l’économie étasunienne déjà fragile actuellement. En revanche, la Chine sortirait comme la grande gagnante et la superpuissance incontestée en Asie.

Toutes les menaces proférées par les politiciens américains ne sont rien de plus que du vent délirant. Un pays qui n’a pas gagné une seule guerre importante depuis la guerre du Pacifique et dont l’armée est progressivement formée de semi-illettrés, de sexe équivoque, et souvent soldats pour éviter des condamnations ou le chômage, n’est absolument pas en situation de menacer un pays avec le large choix de ripostes qu’a la Corée du Nord. Le tir de barrage actuel des menaces américaines de se lancer dans une nouvelle guerre génocidaire est à la fois illégal selon le droit international et contre-productif politiquement. Le fait est que les États-Unis sont peu susceptibles de pouvoir survivre politiquement à une guerre contre la RPDC et qu’ils n’ont aujourd’hui pas d’autre choix que de s’asseoir et de négocier sérieusement avec les Coréens du Nord ou d’accepter que la RPDC est devenue une puissance nucléaire officielle.

The Saker

Cette analyse a été écrite pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker francophone

 

 

Washington donne son feu vert pour livrer des missiles Javelin à l’Ukraine

Lance-missiles antichar Javelin

Washington donne son feu vert pour livrer des missiles Javelin à l’Ukraine

© AFP 2017 Sam Yeh
International

URL courte
Situation dans le Donbass (2017) (85)
17346

Washington a finalement décidé de livrer à l’Ukraine des lance-missiles antichar pour la coquette somme de 47 millions de dollars, selon les médias américains.

L’administration du Président Trump a approuvé un projet de livraison à l’Ukraine d’armes létales, dont des missiles antichar Javelin, annonce l’agence Associated Press se référant à des fonctionnaires américains.

Auparavant, la chaîne télévisée ABC News, se référant à ses sources au département d’État, a annoncé que Trump souhaitait approuver la livraison de lance-missiles antichar à l’Ukraine. Selon les sources, il s’agit de livrer 210 missiles et 35 lance-missiles pour la somme de 47 millions de dollars.Après une approbation formelle du Président, le projet sera soumis au Congrès qui devrait l’examiner au bout d’un mois et le soumettre à l’approbation du département d’État.

Vendredi, la porte-parole du département d’État Heather Nauert a annoncé que Washington avait décidé de livrer des armes défensives à l’Ukraine pour assurer la protection de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.

«Les États-Unis ont décidé de livrer à l’Ukraine des possibilités défensives renforcées dans le cadre de nos efforts visant à l’aider à développer ses capacités défensives, protéger sa souveraineté et son intégrité territoriale, ainsi que pour parer de futures agressions», indique la déclaration de Mme Nauert dont Sputnik a obtenu copie.

La déclaration souligne également que le soutien de l’Ukraine «porte un caractère exclusivement défensif».

Kiev cherche depuis trois ans à obtenir des armes létales des États-Unis. Actuellement, l’aide militaire de Washington se limite, officiellement, à la fourniture d’uniforme, d’équipements et à la formation des soldats de la Garde nationale ukrainienne.

Moscou et la plupart des politiques européens s’opposent à des livraisons d’armes létales à Kiev, jugeant que cela entraînerait une nouvelle escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dossier:
Situation dans le Donbass (2017) (85)

Lire aussi:

Washington promet de continuer à armer l’Ukraine
Kiev recevra-t-il des armes létales de Washington?
Le Congrès US dévoile ses projets de livraison d’armes létales à l’Ukraine

https://fr.sputniknews.com/international/201712231034460519-usa-armes-ukraine/

Deux études sur les trafics d’armes vers la Syrie et l’Iraq

Deux études sur les trafics d’armes vers la Syrie et l’Iraq

+

Signalons plusieurs publications sur les trafics d’armes et de munitions à destination de la Syrie et de l’Irak.

- Dans une longue étude [1], Conflict Armament Research revient sur l’ampleur des trafics dont Daesh a bénéficié au cours des trois dernières années. Ce mystérieux organisme a étudié 84 sites en Iraq et 27 en Syrie. Il a relevé les numéros de plus de 1 800 armes avec l’aide du gouvernement irakien et des forces de la Coalition pro-US. Il conclut que les armes de Daesh provenaient souvent des stocks initialement destinés aux « factions » (sic) soutenues par les pays occidentaux. Cette étude pointilleuse a été co-financée par l’Union européenne et le ministère allemand des Affaires étrangères. Malgré un énorme tapage dans la presse, son résultat est décevant : il ne fait que confirmer une nouvelle fois ce que des documents de transports nous avaient déjà appris.

- Dans un article de Foreign Policy [2], Adam Rawnsley, Eric Woods et Christiaan Triebert, révèlent la vente d’armes de guerre US et de munitions aux jihadistes via un simple marché informatique sur Telegram. Il est possible d’acheter toutes sortes d’armes en gros ou à l’unité, de la Kalachnikov au char d’assaut, en passant par des détonateurs pour des bombes artisanales. Il n’est pas clair si ces produits ont été ou non cédés volontairement par le Pentagone ou la CIA à des négociants privés pour qu’ils fassent officieusement ce que Washington dément officiellement. L’article ne précise pas par qui les marchandises sont acheminées au Moyen-Orient. L’affaire est parue suffisamment sérieuse pour que la République arabe syrienne saisisse le secrétaire général de l’Onu et le Conseil de sécurité (lettre du 11 décembre 2017, référence S/2017/1036).

[1] Weapons of the Islamic State. A three-year of investigations in Iraq and Syria, Conflict Armament Research, December 2017.

[2] “The Messaging App Fueling Syria’s Insurgency”, Adam Rawnsley, Eric Woods & Christiaan Triebert, Foreign Policy, November 6, 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article199053.html

Terrorisme : vers une guerre des drones dans le Sahel

Terrorisme : vers une guerre des drones dans le Sahel

Pour mieux combattre les jihadistes, les États-Unis et la France vont déployer au Niger des appareils armés, des drones, qui pourront frapper du lac Tchad au Sud libyen. Mais ces engins suscitent des critiques…

Leur mort avait provoqué une onde de choc à Washington. Le 4 octobre, quatre membres des forces spéciales américaines et quatre militaires nigériens étaient tués dans une embuscade près du village de Tongo Tongo, dans le nord de la région nigérienne du Tillabéri, à quelques kilomètres de la frontière avec le Mali. Pour la première fois, des soldats d’élite américains étaient tués en opération dans un pays sahélien, où nombre de leurs compatriotes ne savaient même pas qu’ils étaient déployés.

Dans la foulée, certains faucons du Pentagone ont assuré qu’ils allaient renforcer leur engagement au Sahel, où ils redoutent une réorganisation des combattants de l’État islamique et d’Al-Qaïda depuis leurs récents revers en Irak et en Syrie. Ces déclarations ont rapidement été suivies d’effet. Fin novembre, des responsables militaires américains ont annoncé que les autorités nigériennes avaient accepté l’armement de leurs drones Reaper basés dans le pays. Jusqu’ici utilisés comme un moyen de surveillance aérienne, ils pourront désormais éliminer n’importe quelle cible dans la région.

Accord Niger – USA

Beaucoup ont rapidement vu dans cette décision une conséquence directe du revers sanglant subi à Tongo Tongo. « Cela faisait longtemps que nous discutions de cette possibilité. Mais les récentes attaques que nous avons subies [également à Ayorou, dans la même région, où treize gendarmes ont été tués le 21 octobre] ont mis en exergue nos faiblesses et nous ont poussés à solliciter un soutien accru des Américains pour neutraliser nos ennemis », confie une source ministérielle nigérienne.


>>> A LIRE – Attaque de drones : déjà de nombreuses bavures


Selon elle, Niamey et Washington sont d’accord sur le fond. Le protocole sur l’armement des drones américains basés au Niger devrait donc être signé « d’ici à la fin de l’année ». De son côté, le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) se refuse à tout commentaire « sur les autorisations militaires spécifiques » et indique seulement que les « gouvernements du Niger et des États-Unis travaillent main dans la main pour empêcher des organisations terroristes d’utiliser la région comme une base arrière ».

Les Reaper décolleront d’une grande base à Agadez dont la construction devrait être achevée d’ici au second semestre de 2018

Une fois l’accord définitivement entériné entre les deux pays, les drones américains pourraient être rapidement armés. « Cela pourra être fait en quelques jours. Il leur suffit de monter un support pour missiles sur les drones », explique un spécialiste des questions de défense.

Actuellement à Niamey, ces Reaper décolleront bientôt d’une grande base à Agadez, dans le centre du Niger, dont la construction devrait être achevée d’ici au second semestre de 2018. Celle-ci accueillera une grande partie des 800 militaires américains présents dans le pays et dont le nombre devrait augmenter dans les mois à venir.

Les « drones tueurs »

Cette base de drones de guerre sera la deuxième du genre sur le continent après celle de Djibouti, d’où les États-Unis mènent régulièrement des frappes ciblées contre des chefs jihadistes en Somalie et au Yémen. Dotés d’une autonomie de près de vingt-quatre heures de vol et d’un rayon d’action de 1 800 km, les « drones tueurs » américains pourront mener des opérations dans une grande partie de la bande sahélo-saharienne.

Depuis Agadez, les responsables du Pentagone envisagent ainsi de pouvoir couvrir une vaste zone allant du lac Tchad au Sud libyen en passant par le nord du Mali et du Niger. Dans leur viseur : les combattants affiliés à Boko Haram, au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ou encore à l’organisation État islamique.

Drones français armés

Les Américains ne sont pas les seuls Occidentaux à avoir opté pour ce changement tactique et stratégique majeur dans leur guerre contre le terrorisme au Sahel. Début septembre, sur instruction du président Emmanuel Macron, Florence Parly, sa ministre des Armées, a annoncé que les drones français allaient aussi être armés.

Depuis 2014, Paris dispose de six Reaper acquis auprès des Américains (un appareil européen devrait voir le jour d’ici à 2025). Basés à Niamey, cinq d’entre eux – le sixième est utilisé pour des missions d’entraînement en France – servaient jusqu’à présent à des missions de surveillance et de renseignement dans le cadre de l’opération Barkhane.

« Ce sont des appareils très utiles, qui sont silencieux, endurants et quasi invisibles à l’œil nu »

Le gouvernement français a officiellement demandé aux autorités américaines qu’ils puissent être armés, tout comme les six Reaper supplémentaires qui doivent lui être livrés d’ici à 2019. Cette demande doit désormais obtenir l’aval du Congrès, ce qui ne devrait être qu’une formalité. Enfin, pour voler, ils devront avoir le feu vert de Niamey.

À Paris, les responsables du ministère des Armées estiment qu’il s’agit d’une arme complémentaire aux moyens existants et adaptée au contexte de l’opération Barkhane, qui s’étend sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. « Ce sont des appareils très utiles, qui sont silencieux, endurants et quasi invisibles à l’œil nu, détaille un proche de Florence Parly. Ces drones continueront surtout à faire des missions de surveillance, mais ils offrent la possibilité de réaliser des frappes d’opportunité : si nous repérons une cible, nous pourrons la neutraliser presque instantanément, ce qui n’était pas possible avant. »

Critiques et efficacité

Cette future utilisation de « robots tueurs » au Sahel suscite aussi de nombreuses critiques. Utilisés pour la première fois en Afghanistan après le 11 septembre 2001, généralisés en Irak après l’intervention américaine de 2003, ces aéronefs automatisés et pilotés à distance ont ensuite été massivement employés par la CIA sous l’administration Obama (2008-2016) pour mener en toute opacité des éliminations ciblées.

Cette escalade de la lutte antiterroriste pourrait aggraver la situation au lieu de l’améliorer », estime Gilles Yabi

Face aux observateurs qui dénoncent des méthodes déshumanisées et une guerre de type « jeu vidéo », les défenseurs des drones de guerre tâchent de se montrer rassurants. « Rien ne diffère des avions de chasse. Ces drones sont pilotés par des humains basés sur le théâtre d’opérations qui respecteront les règles d’engagement auxquelles nous nous astreignons », affirme-t-on au ministère français des Armées, où l’on souligne que ces appareils serviront à protéger les forces engagées sur le terrain et non pas uniquement à tuer des personnes recherchées.

Plus largement, certains civils doutent de l’efficacité stratégique de ces drones armés. « Ils participent à une logique de militarisation croissante de la région par les pays occidentaux. Or cette escalade de la lutte antiterroriste pourrait aggraver la situation au lieu de l’améliorer », estime Gilles Yabi, analyste et fondateur du Wathi, un think tank citoyen sur l’Afrique de l’Ouest.

Il fait également peu de doute que les inévitables victimes collatérales causées par ces drones de guerre ne manqueront pas, dans les années à venir, d’alimenter la propagande des groupes jihadistes sahéliens ni de favoriser leur recrutement

.http://www.jeuneafrique.com/mag/500754/politique/terrorisme-vers-une-guerre-des-drones-dans-le-sahel/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_18_12_17

Les grands travaux du Pentagone en Italie

Les grands travaux du Pentagone en Italie

Manlio Dinucci recense sept grands travaux réalisés à la demande du Pentagone en Italie ; une liste qui permet d’évaluer l’ampleur de la colonisation de ce pays par les États-Unis. Cet exemple peut être étendu à chaque État membre de l’Otan.

| Rome (Italie)

+
JPEG - 31.6 ko

Grands travaux sur notre territoire, du nord au sud. Ce ne sont pas ceux du ministère des Infrastructures et des Transports, dont tout le monde parle, mais ceux du Pentagone dont personne ne parle. Et pourtant ils sont en grande partie payés avec nos sous et comportent, pour nous Italiens, des risques croissants.

À l’aéroport militaire de Ghedi (Brescia) démarre le projet de plus de 60 millions d’euros, à la charge de l’Italie, pour la construction d’infrastructures pour 30 chasseurs US F-35, achetés par l’Italie, et pour 60 bombes nucléaires US B61-12.

À la base d’Aviano (Pordenone), où sont en garnison environ 5 000 militaires états-uniens avec des chasseurs F-16 armés de bombes nucléaires (sept d’entre eux sont actuellement en Israël pour l’exercice Blue Flag 2017), ont été effectués d’autres coûteux travaux à la charge de l’Italie et de l’Otan.

À Vicence sont dépensés 8 millions d’euros, à la charge de l’Italie, pour la “requalification” des casernes Ederle et Del Din, qui abritent le quartier général de l’Armée US en Italie et la 173ème Brigade aéroportée (engagée en Europe orientale, Afghanistan et Afrique), et pour agrandir le “Village de la Paix” où résident des militaires états-uniens avec leurs familles.

À la base états-unienne de Camp Darby (Pise/Livourne) commence en décembre la construction d’une infrastructure ferroviaire, d’un coût de 45 millions de dollars à la charge des USA plus d’autres dépenses à la charge de l’Italie, pour développer la liaison de la base avec le port de Livourne et l’aéroport de Pise : oeuvre qui implique l’abattement de 1 000 arbres dans le parc naturel. Camp Darby est un des cinq sites dont l’Armée US dispose dans le monde pour le “stockage pré-positionné” d’armements (contenant des millions de missiles et projectiles, des milliers de chars d’assaut et de véhicules blindés) : de là ils sont envoyés aux forces US en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, par de grands navires militarisés et des avions cargos.

À Lago Patria (Naples) le nouveau quartier général de l’Otan, qui a coûté environ 200 millions d’euros dont environ un quart à la charge de l’Italie, comporte des coûts ultérieurs pour l’Italie, comme celui de 10 millions d’euros pour la nouvelle viabilité autour du quartier général Otan.

À la base d’Amendola (Foggia) ont été effectués des travaux, d’un coût non quantifié, pour rendre les pistes aptes aux F-35 et aux drones Predator états-uniens, achetés par l’Italie.

À la Naval Air Station Sigonella, en Sicile, ont été effectués des travaux pour plus de 100 millions de dollars à la charge des États-Unis et de l’Otan, donc de l’Italie aussi. En plus de fournir un appui logistique à la Sixième Flotte, la base sert à des opérations au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe orientale, avec des avions et des drones de tous types et des forces spéciales. À ces missions s’ajoute maintenant celle de base avancée du “bouclier anti-missiles” US, dans une fonction non pas défensive mais offensive surtout à l’égard de la Russie : s’ils étaient en mesure d’intercepter les missiles, les USA pourraient lancer la première frappe nucléaire en neutralisant les représailles. À Sigonella est sur le point d’être installée la Jtags, station de réception et transmission satellitaire du “bouclier” et ce n’est évidemment pas par hasard : avec le lancement du cinquième satellite, est en train de devenir pleinement opérationnel le Muos, système satellitaire états-unien dont une des quatre stations terrestres se trouve non loin de là, à Niscemi.

Le général James Dickinson, chef de l’US Strategic Command, dans une audition au Congrès le 7 juin 2017 a déclaré : “Cette année nous avons obtenu l’appui du gouvernement italien pour redéployer, en Europe, la Jtags à la Naval Air Station Sigonella”.

Le Parlement italien était-il au courant d’une décision d’une telle portée stratégique, qui met notre pays en première ligne dans la toujours plus dangereuse confrontation nucléaire ? En a-t-on au moins parlé dans les commissions Défense ?

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199008.html

Italie-Israël : la “diplomatie des chasseurs”

Italie-Israël : la “diplomatie des chasseurs”

L’art de la guerre

Les gouvernants européens -de la représentante Affaires étrangères de l’Ue Mogherini au premier ministre (italien) Gentiloni, du président Macron à la chancelière Merkel- ont formellement pris leurs distances des USA et d’Israël sur le statut de Jérusalem. Une fracture est-elle en train de se créer entre les alliés ?

Les faits montrent le contraire. Peu avant la décision de Trump sur Jérusalem capitale d’Israël, quand déjà elle était pré-annoncée, s’est déroulé le Blue Flag 2017, le plus grand exercice international de guerre aérienne de l’histoire d’Israël, auquel ont participé Etats-Unis, Italie, Grèce et Pologne et, pour la première fois à la troisième édition, France, Allemagne et Inde.

Pendant deux semaines des pilotes des huit pays, dont six membres de l’Otan, se sont exercés avec 70 avions dans la base aérienne d’Ovda dans le désert du Néguev, assistés par 1000 militaires du personnel technique et logistique. L’Italie a participé avec quatre chasseurs Tornado du 6° Stormo de Ghedi, deux d’attaque et deux de guerre électronique. Les Etats-Unis, avec sept F-16 du 31st Fighter Wing d’Aviano. Ces avions étant préposés au transport des bombes nucléaires étasuniennes B-61, les pilotes italiens et étasuniens se sont certainement aussi exercés, avec les autres, à des missions d’attaque nucléaire. Selon les informations officielles, plus de 800 missions de vol ont été effectuées, simulant “des scénarios extrêmes de combat, avec vols à très basse altitude et contre-mesures électro-magnétiques pour neutraliser les défenses anti-aériennes”. En d’autres termes, les pilotes se sont exercés à pénétrer en territoire ennemi pour atteindre les objectifs avec des bombes et missiles non-nucléaires ou nucléaires.

Le Blue Flag 2017 a amélioré “la coopération et rapidité opérationnelle des forces aériennes participantes” et, en même temps, a “renforcé le statut international d’Israël”. Le journal israélien Haaretz dans un article sur la “diplomatie des chasseurs” décrit comme emblématique la vision d’un Eurofighter allemand avec la croix de la Lutwaffe et d’un F-15 israélien avec l’Etoile de David décoller pour la première fois côte à côte pour la même mission, ou de chasseurs français qui reviennent en Israël où ils furent secrètement déployés en 1956 pour la campagne de Suez contre l’Egypte de Nasser.

“Le Blue Flag -conclut Haaretz- est la démonstration que de plus en plus de pays sont disponibles pour s’engager ouvertement comme alliés stratégiques d’Israël, et pour mettre de côté des considérations politiques comme la question palestinienne. Tandis que s’estompe l’influence de la diplomatie traditionnelle, le rôle des commandants militaires est en train de se développer dans les relations internationales”.

C’est ce que confirme la rencontre entre le général Frigerio, commandant des Forces de combat italiennes, et le général Norkin, commandant de la Force aérienne israélienne. Elle entre dans le cadre de la Loi n° 94 du 17 mai 2005, qui institutionnalise la coopération de plus en plus étroite des forces armées et des industries militaires italiennes avec leurs homologues israéliennes.

Israël est de fait intégré dans l’Otan, dans le quartier général de laquelle il a une mission officielle permanente, sur la base du “Programme de coopération individuelle” ratifié en décembre 2008 (peu de temps avant l’opération israélienne “Plomb durci” à Gaza). Ce programme établit notamment la connexion des forces israéliennes, y compris nucléaires, au système électronique Otan. Immédiatement après le Blue Flag 2017, les pilotes israéliens (qui s’entraînent avec les chasseurs italiens M-346), ont recommencé à bombarder les Palestiniens de Gaza, pendant que le premier ministre Gentiloni déclarait que “l’avenir de Jérusalem, ville sainte unique au monde, doit être défini dans le cadre du processus de paix”.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Italia-Israele: la «diplomazia dei caccia»L’arte della guerra

Edition de mardi 12 décembre 2017 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Source de la photo à la une :

Comment des armes achetées par Washington ont fini deux mois plus tard chez Daesh

Comment des armes achetées par Washington ont fini deux mois plus tard chez Daesh

Des terroristes de l’Etat islamique (image d’illustration)

L’aide militaire américaine et saoudienne fournie aux rebelles syriens dit «modérés» combattant Bachar al-Assad a permis «d’augmenter la qualité et la quantité des armes» de l’organisation terroriste Daesh, selon l’ONG Conflict Armament Research.

L’ONG britannique Conflict Armament Research (CAR) a publié un rapport le 14 décembre qui donne des éclairages sur la provenance de l’arsenal militaire dont disposait Daesh pour bâtir son califat en Syrie et en Irak.

Le rapport établit que des armes parmi les plus sophistiquées, notamment des munitions antiblindage, achetées par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, ont fini par se retrouver entre les mains de l’organisation terroriste. «La livraison de matériel [militaire] dans le cadre du conflit syrien, par des parties étrangères – notamment les Etats-Unis et l’Arabie saoudite – a indirectement permis à l’EI d’obtenir des quantités substantielles de munitions antiblindage», peut-on lire dans le document.

Selon l’ONG, les armes livrées par Washington et Riyad à l’opposition syrienne, ont in fine «augmenté de manière significative la quantité et la qualité des armes dont disposait l’EI». Sans détailler les circonstances qui ont permis aux djihadistes d’obtenir cet armement, le rapport explique que les combattants de l’EI ont parfois pu s’en emparer «en le capturant sur le champs de bataille», sans toutefois exclure la piste des trafics.

Acheté par les Etats-Unis, un lance roquette garnit deux mois plus tard l’arsenal de l’EI

Dans certains cas précis, comme pour un lanceur de roquettes antitanks de type 9M111MB-1 ATGW, seulement deux mois se sont écoulés entre son achat en Bulgarie en décembre 2015 par les Etats-Unis et sa saisie en février 2016 dans un stock de l’EI, à Ramadi en Irak. Photo à l’appui, le rapport note qu’une batterie antichar portative du même genre, portant un numéro de lot similaire et un numéro de série proche, a été utilisée en décembre 2016 par une unité rebelle syrienne, Jaysh Al-Nasr, détaille Le Monde.

Les experts de l’ONG affirment en outre que ces armes, notamment fabriquées en Roumanie et en Bulgarie, ont été illégalement fournies aux rebelles syriens en vertu des accords signés qui interdisent au pays acheteur de transférer ce matériel sans autorisation préalable. Pour arriver à ces conclusions, CAR a mené durant trois ans une enquête lors de laquelle 40 000 pièces récupérées dans les territoires libérés ont été analysées.

Le Washington Post avait révélé le 19 juillet dernier que le président américain Donald Trump avait décidé de cesser de donner des armes aux rebelles syriens prétendument «modérés», une aide militaire enclenchée par son prédécesseur  Barack Obama.

Lire aussi : Trump met fin au programme d’armement secret des rebelles «modérés» en Syrie par la CIA

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

 

[GEAB] Petroyuan et Arabie Saoudite : De la tentation du “QE militaire” US à la naissance du Moyen Orient 3.0

Source : GEAB

QE fiscaux dans les pays riches
La Banque centrale européenne, la Bank of England et la Bank of Japan s’approchent toutes d’un ralentissement du rachat d’obligations. En Europe, Draghi l’a répété à l’envi[1] : la banque centrale ne peut pas tout et il faut donc des réformes structurelles de la monnaie unique. C’est ainsi qu’on parle de « QE fiscal »[2] (permettant notamment de financer les infrastructures via un renforcement des politiques fiscales au niveau européen) qui servirait l’économie réelle et qui serait le renforcement logique du plan Juncker[3].
La politique annoncée de la BoJ consiste grosso modo en la même stratégie, à ceci près qu’elle n’a pas à consolider une gouvernance pour sa monnaie comme préalable. La victoire électorale récente de Shizo Abe fournit a priori les conditions nécessaires et suffisantes pour enclencher la transition de diminution du rythme des rachats et du montant de leur dette (200 % du PNB)[4].

QE militaire dans les autres
Quant à la BoE, elle n’en est pas encore à annoncer la fin le resserrement de sa politique monétaire, mais les problèmes d’inflation qu’elle rencontre actuellement (3 % malgré une hausse des taux) ne devraient pas tarder à l’y obliger[5]. Il est probable qu’une politique fiscale ne constitue pas une option pour le Royaume-Uni dont les habitants connaissent des problèmes d’endettement importants[6]. Alors, sont-ils susceptibles de s’engager eux aussi dans un QE militaire convaincant ? Ou bien l’Europe constituera-t-elle in fine la seule planche de salut disponible ?

Côté États-Unis, les choses sont un peu différentes : la Fed a mis fin à son QE il y a trois ans déjà et se contentait depuis d’entretenir son stock en réinvestissant systématiquement les montants des obligations qui arrivaient à échéance dans de nouvelles obligations[7]. Or, depuis le mois d’octobre, la Fed a entrepris de diminuer le stock d’obligations qu’elle avait acquises pour soutenir son économie. Cette diminution se fait essentiellement : 1/ en « annulant » les écritures de monnaie créée sur les comptes des banques (pour la partie création monétaire pure) ; 2/ en trouvant pour les émissions ou renouvellement de bons du Trésor de vrais clients puisque la Fed ne jouera plus ce rôle. Problème : dans un monde désormais multipolaire et ultra-concurrentiel, comment créer un fort différentiel positif d’attractivité de l’économie nord-américaine ?

Les bons du Trésor pourraient être vendus aux citoyens américains eux-mêmes, mais encore faudrait-il qu’ils aient de l’épargne. Ce n’est toujours pas le cas… Au contraire, on note actuellement une ré-augmentation de l’endettement des ménages et des défauts de paiement[8]. Cette situation donne deux informations : une politique fiscale n’est pas plus envisageable que la vente des T-Bonds aux Américains, et il n’y a pas de temps à perdre si on veut éviter une nouvelle crise des subprimes. Ce deuxième point montre que la stratégie de relance de l’économie par affaiblissement du dollar (et donc l’enchérissement des produits importés) est une politique de bien trop longue haleine.

De quoi les États-Unis disposent-ils qui présente un potentiel de très forte rentabilité à part leur fameux appareil militaro-industriel ? Pas grand-chose en fait, en tout cas pas grand-chose qui ne soit déjà optimisé. Selon ce qu’on intègre au budget militaire, il représente tout de même entre 700 et 1000 milliards de dollars par an[9]

C’est ainsi qu’est apparu à l’esprit de notre équipe le concept de « QE militaire », en écho au « QE fiscal » européen. La question devenant alors : comment les États-Unis pourraient-ils optimiser de manière rapide et significative la rentabilité de ce pan de leur économie ?

Les trois pistes

Trois pistes simples apparaissent alors :

1- Piste européenne : les États-Unis mettent de l’huile sur les nombreux conflits de la planète, justifiant leur présence qu’ils font payer aux pays concernés. La crise euro-russe de 2014, le déploiement de troupes US-Otan en Europe et l’augmentation des contributions des membres de l’Alliance au budget, sont en fin de compte une première application de cette notion de QE militaire (au moment précis où la Fed arrêtait son QE, d’ailleurs…).

Défauts :

. en augmentant leurs contributions, les alliés reprennent la main sur les fonctions de commandement et peuvent utiliser cette marge de manœuvre pour calmer les tensions (la Corée du Sud en fournit un bon exemple) ;

. ça rapporte, mais ça coûte aussi. Même si les alliés contribuent mieux au budget, si le budget total augmente, la part US augmente également ;

. et si personne ne calme les tensions, il y a aussi des risques de réel embrasement qui ne sont en fait pas l’objectif de l’appareil militaire US : problème de coûts, mise en transparence de l’avantage réel de l’arme US sur les autres, image désastreuse conduisant au déploiement de stratégies de découplage de l’ « allié » US.

2- Piste japonaise : au lieu de miser sur le « militaro », les États-Unis misent sur l’« industriel » et opèrent une vraie réforme de leur appareil suivant un principe de rationalité économique : diminution des dépenses (bases, hommes, missions, etc.) et optimisation des recettes (vente d’armements). Dans cette logique, il peut toujours y avoir intérêt à attiser les conflits, mais en laissant les pays concernés prendre leur indépendance stratégique (une tendance dont le Japon fournit le parfait exemple[10]).

Défaut : le monde peut devenir un endroit très dangereux, ce qui n’est in fine dans l’intérêt de personne. Aucun dirigeant moderne ne peut ignorer le fait de la globalisation (non pas économique, mais sociétale. Ce qui arrive en un point a des conséquences d’un bout à l’autre du globe.

3- Piste moyen-orientale (?) : les États-Unis misent résolument sur l’explosion des dépenses militaires dans un monde multipolaire pour profiter de ce marché au moment où leur primauté technologique est encore avérée et crédible[11]. Ils recréent la confiance de leurs futurs clients en adoptant une plus grande impartialité dans les conflits, voire en participant à la réduction des tensions. Ils ramènent vers eux une partie des dépenses liées à la mise en place des systèmes de défense des gros acteurs géopolitiques émergents qui commençaient à regarder davantage vers la Russie ou la Chine. Ils dégagent des marges, redonnent de la matière à leur économie, et peuvent même réinvestir une partie des bénéfices dans la recherche pour augmenter à nouveau leurs chances de garder leur avance sur les concurrents (c’est le Moyen-Orient qui inaugure, si l’analyse que nous faisons dans les Perspectives de ce numéro est juste, cette nouvelle stratégie, pensons-nous).

Défaut : même si ces conditions de déploiement du marché de l’armement mondial sont plus rassurantes, le monde peut quand même devenir un lieu dangereux à terme. Sauf si l’évolution est concomitante de la mise en place d’une nouvelle gouvernance multipolaire qui, sur le plan stratégique notamment, fonde la confiance de ses partenaires sur des systèmes militaires de défense et non d’attaque.

En chiffres…

Livrons-nous alors à un petit exercice mental… Le pays n’a plus les moyens de maintenir les 800 bases militaires qu’il possède à l’étranger et qui lui coûtent de l’ordre de 160 milliards de dollars par an[12].

Si les États-Unis abandonnaient la moitié de leurs bases étrangères, les économies s’élèveraient à environ 65 milliards par an[13]. Par ailleurs, dans un monde multipolaire où la paix serait assurée par l’équilibre des forces, le besoin d’armement est encore énorme. Ainsi, par exemple, le Japon se remilitarise rapidement[14]. Les exportations étasuniennes d’armes seraient donc considérablement renforcées. Si celles-ci augmentent par exemple de 50 %, ce serait encore de l’ordre de 25 milliards de rentrée d’argent supplémentaire[15]. On atteint ainsi 90 milliards de dollars par an d’économies ou de bénéfices. Si l’on tient compte en outre de la forte augmentation du budget militaire 2018 voulue par Trump et votée presque à l’unanimité par le Congrès[16], on atteint un « stimulus » de l’ordre de 150 milliards de dollars par an. Le voilà, le nouveau QE : c’est un « QE militaire » dans le sens où, plus que jamais (ce n’est pas peu dire concernant les États-Unis), les dépenses militaires soutiennent massivement l’économie. Les montants en jeu sont évidemment bien moindres que ceux du QE de la Fed, mais il faut se rappeler aussi qu’un tel soutien est beaucoup plus efficace pour l’économie réelle. D’ailleurs, les premiers signes du remplacement du pétrodollar par le QE militaire que nous venons de décrire semblent d’ores et déjà visibles, quand on sait par exemple que les exportations d’armes US vers l’Arabie saoudite ont augmenté en 2016, tandis que dans le même temps les importations US de pétrole en provenance de ce pays ont fortement baissé[17], rééquilibrant de ce fait la balance commerciale US-AS en faveur des premiers. Étant donné les balances commerciales auxquelles les États-Unis nous ont habitués depuis plusieurs décennies, ce genre de petit fait peut facilement être interprété comme un vrai changement de tendance et le début du fameux « atterrissage économique » des États-Unis que nous anticipons depuis plusieurs mois, et dont le pays a tant besoin pour réduire ses doses de perfusions financières et recommencer à marcher tout seul…

_______________________________

[1] Dernier discours en date le 18 octobre. Source : BCE, 18/10/2017
[2] À ce sujet, lire CNBC, 05/10/2016
[3] Plan que nous avons étudié dans notre article sur la BEI dans le GEAB n°118 d’octobre 2017
[4] Source : Tokyo Foundation, 09/11/2017
[5] Source : Seeking Alpha, 10/11/2017
[6] Source : The Guardian, 18/09/2017
[7] Source : Les Echos, 08/11/2017
[8] Source : MarketWatch, 14/11/2017
[9] Sources : The Balance (24/05/2017), POGO (10/02/2016)
[10] Shinzo Abe travaille depuis des années à l’obtention d’une modification de la constitution japonaise devant permettre au pays de reprendre la main sur sa défense nationale. Il paraît aujourd’hui bien positionné pour obtenir cet amendement d’ici 2020. Source : Japan Times, 03/05/2017
[11] Voir l’article du GEAB n°117 (« La supériorité de l’armement US en question ») sur le resserrement de l’avance technologique US vis-à-vis des nouveaux acteurs de l’industrie de l’armement. Source : GEAB n°117, 15/09/2017
[12] Source : Mint Press News, 07/03/2016
[13] Soit 80 milliards par an correspondant à la moitié du coût des bases étrangères, à quoi il faut tout de même retrancher les dépenses en personnel qui resteront à honorer, soit environ 15 milliards. En effet, Il y a environ 300 000 soldats US à l’étranger, soit 150 000 à rapatrier. Chacun « coûte » en moyenne 100 000 $ par an. Source : Wikipedia, ici et
[14] Sources : Reuters (04/06/2016), BFMTV (05/09/2017)
[15] En moyenne, les États-Unis ont exporté pour 47 milliards par an entre 2012 et 2016. Source : Wikipedia
[16] Dans une étonnante entente entre démocrates et républicains qui ont alloué plus que ce que Donald Trump demandait… Signe sans doute que chacun a conscience du soutien à l’économie que représentent les dépenses militaires. Source : New York Times, 18/09/2017
[17] Source : Bloomberg, 14/11/2017

Source : GEAB

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Une réponse à [GEAB] Petroyuan et Arabie Saoudite : De la tentation du “QE militaire” US à la naissance du Moyen Orient 3.0

  1. Jean Le 13 décembre 2017 à 05h40

    Afficher/Masquer

    => De quoi les États-Unis disposent-ils qui présente un potentiel de très forte rentabilité à part leur fameux appareil militaro-industriel ?

    Les États-Unis peuvent aussi compter sur l’application du principe d’extraterritorialité du droit américain pour rançonner leurs partenaires.

    https://www.les-crises.fr/geab-petroyuan-et-arabie-saoudite-de-la-tentation-du-qe-militaire-us-a-la-naissance-du-moyen-orient-3-0/

Revue de presse nationale et internationale.