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Balise extraterrestre, grenier à grain… Les cinq théories les plus folles sur la pyramide de Khéops

Balise extraterrestre, grenier à grain… Les cinq théories les plus folles sur la pyramide de Khéops

Après l’annonce de la découverte d’une cavité de la taille d’un avion au sein de la plus célèbre des pyramides, remise en question par un archéologue égyptien, franceinfo revient sur les hypothèses les plus farfelues entourant ces édifices millénaires.

Vue aérienne de la pyramide de Gizeh, aussi appelée pyramide de Khéops, en Egypte.
Vue aérienne de la pyramide de Gizeh, aussi appelée pyramide de Khéops, en Egypte. (ANTOINE LORGNIER / ONLY WORLD / AFP)
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Louis SanFrance Télévisions

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Comme « un avion de 200 places en plein cœur de la pyramide ». Des scientifiques ont annoncé, jeudi 2 novembre, la découverte, en Egypte, d’une énorme cavité dans la grande pyramide de Gizeh, aussi appelée pyramide de Khéops. Ce monument, construit il y a quelque 4 700 ans, ne cesse de passionner les archéologues, les curieux et les conspirationnistes et d’alimenter les polémiques comme les théories les plus folles. Franceinfo revient sur cinq d’entre elles.

1Une balise extraterrestre ?

Pour certains observateurs, les Egyptiens de l’époque antiquité étaient incapables de construire un édifice d’une telle dimension avec les technologies dont ils disposaient. En effet, la 7e merveille du monde se déploie sur 5 hectares. « Elle pourrait contenir le Vatican ou quatre-vingt exemplaires de notre Arc de triomphe, avec ses 146,59 m de haut et ses côtés longs de 230 m », commente Paris-Match. Outre ses dimensions XXL, la façon dont la pyramide a été érigée interroge, selon ceux qui remettent en cause les travaux des archéologues : comment des blocs de calcaire et de granit lourds de 2,5 tonnes ont-ils été transportés ? Comment ont-ils été hissés et agencés ?

Le Suisse Erich Von Daniken a popularisé, en 1968, dans son livre Présence extraterrestre, la thèse selon laquelle des êtres à l’intelligence supérieure et venus d’ailleurs ont aidé les Egyptiens à bâtir la pyramide de Khéops. Dans le même ouvrage, l’ancien gérant d’hôtel relaie également l’idée selon laquelle les géoglyphes de Nazca (Pérou) sont des pistes d’atterrissage extraterrestres. Son livre se vend à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires dans le monde. Et l’hypothèse, qui lie différents sites archéologiques répartis dans le monde, continue de séduire, comme le montre le documentaire La Révélation des pyramides. Avec ses quelque 984 000 vues, il s’agit de « l’un des documentaires historiques alternatifs les plus visionnés de l’internet francophone », selon le magazine Vice.

Dans un autre documentaire à l’origine incertaine, mais qui enregistre 946 000 vues, un certain Yuri Vladimir, présenté comme un astronome, développe l’hypothèse extraterrestre : « Quand j’ai commencé mes recherches à Gizeh, j’ai été frappé par le fait que quiconque avait construit les pyramides pouvait déterminer la longitude et la latitude. C’est fantastique étant donné que la technologie pour calculer la longitude n’a pas été inventée avant le XVIIe siècle », expose-t-il. Et de poursuivre : « Ce qui est encore plus étonnant, c’est que les pyramides (…) sont visibles d’une altitude très élevée, même de la Lune. Leur forme est l’une des plus appropriées pour la réflexion radar. Pour ces raisons, j’ai fait savoir au KGB que les pyramides d’Egypte avaient été construites pour la navigation d’explorateurs extraterrestres. »

De façon plus large, ce type d’hypothèses fait partie de ce qu’on appelle la théorie des anciens astronautes, ou néo-évhémérisme. « Ce terme englobe un ensemble de doctrines, issues de plusieurs dizaines d’ouvrages publiés depuis le début des années 1960, qui ont pour point commun de postuler que des extraterrestres ont créé artificiellement l’humanité », résume la revue Sciences Humaines.

2Une œuvre des habitants de l’Atlantide ?

Les Atlantes, qui auraient peuplé cette cité mythique évoquée par Platon, seraient les bâtisseurs de la fameuse pyramide, selon de nombreux commentateurs pseudo-scientifiques. Le philosophe grec décrit une « île plus étendue que la Libye et l’Asie prises ensemble », avant qu’elle ne soit engloutie par les eaux. Et Les Echos ont rapporté en 2017 que, selon Platon, « l’Atlantide, après avoir colonisé les rivages de l’Afrique du Nord et de l’Italie, aurait entrepris la conquête de l’Egypte, de la Grèce et du reste du monde méditerranéen, Athènes seule restant libre face à elle ».

Selon les partisans de cette hypothèse, les pyramides sont des vestiges de cette civilisation mythique, qui a fondé la civilisation égyptienne. D’après eux, les Atlantes maîtrisaient la « géo-énergie » et les pyramides formaient un réseau de « réceptacles d’énergie ». La pyramide de Gizeh, elle, serait une « capsule temporelle » construite par les Atlantes pour voyager dans le temps et indiquer aux hommes du futur comment éviter de reproduire les erreurs commises par les générations plus anciennes.

Illustration du mythe de l\'ile disparue sous la mer de l\'Atlantide, à la suite de l\'éruption du volcan submergeant l\'ile legendaire.
Illustration du mythe de l’ile disparue sous la mer de l’Atlantide, à la suite de l’éruption du volcan submergeant l’ile legendaire. (ALESSANDRO LONATI / LEEMAGE / AFP)

Sauf que l’existence de l’Atlantide, et donc de ses habitants, n’a toujours pas été prouvée. « Le mythe de l’Atlantide pourrait renvoyer à des traditions orales, témoignant vers 9600 avant J.-C. de l’écroulement d’un monde : celui des chasseurs-cueilleurs, qui n’a pas survécu à la fin du glaciaire », a commenté Jacques Collina-Girard, géologue et préhistorien, auteur du livre L’Atlantide retrouvée ?, cité par Le Figaro en 2011.

3Un grenier à grain ?

Cette théorie a été remise au goût du jour en 2015 par Ben Carson, actuel secrétaire d’Etat au Logement de Donald Trump. Pour ce neurochirurgien à la retraite, et ancien sénateur républicain, les archéologues ont tort. « Ma théorie personnelle est que Joseph [le personnage biblique] a bâti les pyramides pour stocker des céréales », avait-il déclaré lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’université Andrews, un établissement lié à l’Eglise adventiste du septième jour, un mouvement religieux et rassemblant des protestants évangéliques conservateurs.

Désormais, les archéologues pensent qu’elles furent construites pour servir de tombeau aux pharaons. Mais, si on n’y pense bien, cela voudrait dire alors que ces pharaons seraient vraiment énormes.

Ben Carson

Cette théorie, que Ben Carson a présenté comme « personnelle », est en réalité très ancienne. Le livre Histoire ecclésiastique des francs montre qu’il s’agit d’une idée datant du VIe siècle. « Cette notion repose, à n’en point douter, sur une fausse étymologie du mot ‘pyramides’, que l’on décrivait du grec froment. (…) Cette étymologie peut remonter assez haut chez les Grecs d’Egypte », écrit l’auteur. « Quant à l’idée que Joseph était l’auteur de ces greniers, elle provient très probablement des Juifs alexandrins, fort empressés de lier l’histoire d’Egypte à la leur, et de faire jouer un grand rôle aux Hébreux dans ce pays », poursuit-il.

4Une barrière contre le vent et le sable ?

L’hypothèse est développée par le Français Victor Fialin de Persigny dans un livre, publié en 1845, intitulé De la destination et de l’utilité permanente des pyramides d’Egypte et de Nubie contre les irruptions sablonneuses du désert.

Les pyramides du site de Gizeh, en Egypte.
Les pyramides du site de Gizeh, en Egypte. (LUISA RICCIARINI / LEEMAGE / AFP)

« Je savais que plusieurs villes du littoral occidental de l’Afrique, exposées aux terribles irruptions du Sahel, avaient vainement tenté d’opposer au fléau les plus hautes murailles, écrit-il dans la préface. A la place de murailles, de digues, d’obstacles continus, il fallait peut-être supposer des corps isolés, d’une forme particulière et disposés suivant certaines données expérimentales ; et c’est ainsi que je fus conduit à soupçonner la destination des pyramides », continue-t-il, justifiant son travail universitaire.

Pour lui, le mystère des pyramides cache un « problème d’aérostatique » et pourrait « donner une impulsion toute nouvelle aux études physico-mathématiques ». « Les pyramides sont entourées d’innombrables sépultures : donc ces monuments sont des tombeaux. Singulier argument ! » ironise-t-il à propos de la thèse classique, à la page 91 de son livre.

5Un message annonçant la fin du monde ?

L’Américain David Meade, qui se présente comme un « numérologue chrétien », avait prédit un scénario apocalyptique dans son livre autoédité en 2016, Planet X – The 2017 Arrival. A l’origine de ce cataclysme, la collision entre la Terre et une planète cachée de notre système solaire, la planète X (aussi appelée Nibiru). Pour établir cette prévision, cet élu républicain du Kentucky à la Chambre des représentants affirmait s’être fondé sur des preuves trouvées dans la Bible et sur les murs des pyramides d’Egypte.

Face à la propagation de cette théorie, la Nasa avait réagi en mettant à jour un article de 2012 (en anglais) sur les théories annonçant la fin du monde. « Nibiru et toutes ces autres histoires à propos de planètes sont des canulars », avait écrit l’Agence spatiale américaine. Et d’insister : « Il n’existe aucune base factuelle concernant ces affirmations. »

Si la Planète X ou Nibiru était réellement en train de s’approcher de la Terre pour entrer en collision, les astronomes l’auraient déjà suivi depuis au moins déjà 10 ans et elle serait visible à l’œil nu.

Nasa

dans un communiqué

La meilleure preuve que cette prophétie était fumeuse ? La fin du monde évoquée par David Meade était prévue entre le 20 et le 23 septembre 2017. Or nous sommes toujours là, et vous venez de terminer la lecture de cet article.

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/egypte/balise-extraterrestre-grenier-a-grain-les-cinq-theories-les-plus-folles-sur-la-pyramide-de-kheops_2450042.html#xtor=EPR-51-%5Bbalise-extraterrestre-grenier-a-grain-voici-les-cinq-theories-les-plus-folles-sur-la-pyramide-de-kheops_2453014%5D-20171105-%5Btitre%5D

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En souvenir : Harvey Weinstein

En souvenir : Harvey Weinstein


Par James Howard Kunstler – Le 16 octobre 2017 – Source kunstler.com

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Les Grecs et les Romains avaient un avantage sur nous : leurs dieux et leurs déesses n’étaient pas si faciles à imiter. Leurs dieux et déesses agissaient à distance de la vie quotidienne, hors de portée, sauf dans l’imagination populaire. Deux mille ans plus tard, vint Hollywood avec une industrie conçue pour fabriquer des dieux et des déesses, et les faire sortir de ces « usines à rêve » comme autant de torchères.
Les films, avec leurs gros plans sur des écrans d’argent géant, étaient un véhicule bien meilleur pour illustrer la mythologie humaine que la vieille technique brinquebalante de l’église chrétienne, avec sa rhétorique liturgique molle et fastidieuse. L’Amérique s’est passionnée pour les films dans notre effort insatiable pour comprendre la condition humaine – ou du moins la voir artistiquement représentée.

Le stéréotype du producteur hollywoodien a été clairement établi depuis près de 100 ans : un mâle alpha vulgaire dans un costume coûteux pratiquant la promotion canapé sur le tas dans son bureau. Les studios ont fait un paquet de films au sujet de ce genre de prédateurs, même au temps où leur règne était absolu. C’était aussi connu que Porky le cochon. Harvey Weinstein était l’apothéose de ce type.

Harvey Weinstein était dans le business de la déification, comme ses ancêtres l’étaient dans l’industrie du pantalon ou dans celle du cornichon. Des femmes d’un certain type, déifiables, sont venues à lui sortant des champs de maïs, des villes, des bidonvilles, des trous d’eau de contrées lointaines et il les a transformées en déesses pour les cinéphiles. Il était bon pour ça.

Pendant des dizaines d’années, Harvey était bien connu dans le business du cinéma, aussi sûr que les nuits succèdent aux jours, pour s’être souvent très mal comporté avec les déesses qu’il créait et dont il faisait le trafic. La réputation qu’il avait parmi ces dames devait être quelque chose comme celle d’un motel miteux, Enfer-en-peignoir, avec le poison à rat par dessus le tout. S’il avait eu la belle apparence d’Errol Flynn, le décorum de James Mason et le charme mélancolique d’Humphrey Bogart, il aurait pu s’en sortir pour toujours.

Mais il avait l’air d’un porc sauvage de la forêt teutonique, un monstre de la galerie des choses sauvages de Maurice Sendak, avec sa tête surdimensionnée et cette misérable barbe de six jours hérissée sur ses bajoues flasques. Il ferait un spécimen physique de méchant que seul son directeur animalier, Quentin Tarantino, aurait pu imaginer. Physiquement, il est l’essence même d’un rustaud. Avec tout cet argent, vous penseriez qu’il aurait pu engager les services d’un entraîneur personnel, d’un cosméticien, peut-être même d’un chirurgien plasticien pour atténuer ses rugosités. Mais, peut-être, contrairement à tout le monde dans le show business, était-il à l’aise d’être lui-même.

Ses pitreries étaient légendaires bien avant la récente mise en lumière officielle de ses mauvaises actions dans le New York Times. C’est quelque chose de merveilleux et un mystère que, au fil des ans, aucune de ses déesses fabriquées n’ait couru en hurlant hors de ses griffes, ou ne soit allée se plaindre auprès des autorités compétentes – mais tels sont les revers de la célébrité, je suppose, pour qu’aucune n’ait osé. On dirait qu’un certain code avait été partagé généreusement entre ses dames autour de leur panthéon : ne restez jamais seule dans une pièce, ou même un ascenseur, avec Harvey. S’il y avait un tel message implicite, il n’a pas suffi.

Paradoxalement, ce personnage répugnant, avec son tempérament outrageusement brutal pour accompagner son approche grossière de la séduction, a produit plusieurs films vraiment excellents durant ce dernier quart de siècle : The English Patient, Shakespeare in Love, Pulp Fiction, Il Postino, Flirting With Disaster, Emma, Good Will Hunting, The Cider House Rules, Chocolat, Confessions of a Dangerous Mind, Chicago, Cold Mountain, Bad Santa, The King’s Speech, The Artist, The Human Stain, Silver Linings Playbook, Finding Neverland, Fruitvale Station, August : Osage County, The Fighter, Lion et certains autres encore à sortir. Beaucoup de ces films ont remporté des prix, y compris celui de la meilleure image, de cette même académie du film qui l’a jeté sous le bus la semaine dernière.

L’histoire de Harvey est ancienne : hubris. Il était trop enivré de son propre rôle de faiseur de déesses pour reconnaître les dangers de jouer l’andouille dans son propre atelier. Surtout en ces temps de guerres de genre. Les autres gnomes, elfes, dieux et déesses fabriqués dans l’atelier de Hollywood n’ont commencé à le mettre en pièce que quand ils ont pu penser que c’était sûr (pour leurs carrières), alors honte à eux. Ils sont aussi dégonflés que les escrocs de ce business.

Mais rappelez-vous, il n’y a rien d’autre que Hollywood, et peut-être que l’Amérique elle-même (si cette entité existe toujours comme un personnage en stock) n’aime rien de mieux qu’une histoire de rédemption et de retour. Harvey pourrait même faire un peu de prison. Quand il sortira, je ne doute pas qu’il sera comme un pasteur évangélique born again. Mais, diable, ces jours-ci, vous pouvez faire des films sur votre téléphone. Ne soyez pas surpris si le vieux réprouvé revient de nouveau dans le showbiz, comme le démoniaque Michael Myers dans ce vieux nanard de Halloween.

James Howard Kunstler

Note du Saker Francophone

Je laisse à l'auteur son analyse et j'en profite pour vous renvoyer vers ce magnifique texte trouvé sur le blog La lime : La France est la patrie des hommes qui aiment les femmes.

À toutes mes femmes, celles du passée, du présent, en devenir et à venir.

 

http://lesakerfrancophone.fr/en-souvenir-harvey-weinstein

La France de Rostand n’est pas celle de Weinstein

La France de Rostand n’est pas celle de Weinstein

FIGAROVOX/TRIBUNE – Guillaume Bigot et Bérénice Levet reviennent sur le phénomène #balancetonporc. Pour eux, ce mouvement est symptomatique d’une américanisation des rapports entre les hommes et les femmes étrangère au modèle français de galanterie.

Guillaume Bigot est essayiste, et directeur de l’IPAG Business School.
Bérénice Levet est philosophe, et essayiste. Auteur de La Théorie du Genre ou le monde rêvé des anges (Livre de Poche, préface de Michel Onfray) , elle a dernièrement publié Le Crépuscule des idoles progressistes (Stock, 2017)

Dans quel monde veulent nous attirer les corbeaux du mot-clé «balance ton porc»?
Loin, très loin de notre douce France qui n’est pas seulement le pays de notre enfance mais aussi l’un des seuls à se figurer à la fois dans une forme géométrique (l’Hexagone) et sous les traits d’une jolie femme.
La patrie de Descartes est aussi la matrie de Marianne, subtile et indissociable alliance du féminin et du masculin.
La France n’est pas seulement fille aînée de l’Eglise, elle est aussi, comme nous l’a appris Du Bellay, mère des arts, des armes et des lois.
Dans toutes les salles d’Armes du monde, résonne encore l’écho de l’esprit chevaleresque français rendant honneur aux armes et aux dames!
Et nos arts que chantent-ils depuis Chrétien de Troyes dans l’univers?
Ils célèbrent jusqu’à aujourd’hui cette alliance mystérieuse, fascinante et intime de l’homme et de la femme.
La France n’est pas une terre d’amour platonique ou un système platonicien séparant l’esprit de la chair mais, au contraire, une nation charnelle offrant sa fureur et sa poitrine au vent de l’histoire.
La France est une certaine idée universelle mais aussi une série de sublimes paysages uniques qu’il faut aimer suivant les conseils de Lavisse.
La France n’est pas la patrie du « double income no kid ». Au contraire, c’est l’une des rares économies mondialisées où les femmes travaillent et élèvent leurs enfants.
La France n’est pas la patrie du «double income no kid». Au contraire, c’est l’une des rares économies mondialisées où les femmes travaillent et élèvent leurs enfants. C’est pourquoi les Workings girls ne sont pas nécessairement des desesperates house wifes.
La femme française préside la table depuis le Moyen-Age et des courtisans lui font la cour dans une superbe métaphore architecturale.
La France est la patrie des hommes qui aiment les femmes, tel ce personnage de Truffaut qui dit que leurs jambes sont «des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie».
La patrie d’Edmond de Rostand n’est assurément pas celle d’Harvey Weinstein car «c’est chose suprême d’aimer sans qu’on vous aime en retour. D’aimer toujours, quand même, sans cesse. D’une amour incertaine.»
La France parle souvent avec pudeur lorsqu’elle chuchote à l’oreille des dames.
La France parle aussi d’un désir de feu avec mademoiselle Héloïse, horresco referens, qui écrit à son aîné, le professeur Abélard:
«Si Auguste lui-même, empereur de l’univers, m’avait fait l’honneur de m’offrir le mariage, j’aurais préféré être appelée ta putain plutôt que son impératrice.»
La France s’exprime avec la délicatesse osée de Ronsard qui invitait sa mignonne à voir si la rose ce matin était éclose.
La France se trouble avec Alfred de Musset recevant la lettre licencieuse de Georges Sand dont le caractère «explicite» se dévoile au lecteur qui saute une ligne.
La France parle d’érotisme avec Baudelaire qui avoue à sa maîtresse:
«Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!»
La France parle aussi de désir cru mais sublime avec l’origine du monde de Courbet.
La France a longtemps résisté, au nom d’une idée de la femme, à ce raz-de-marée mondialo-saxon prônant la guerre des sexes et prescrivant l’émasculation des hommes et la mise sous cloche des femmes.
Entre le désir de la chair et la séduction de l’esprit, la France ne veut surtout pas choisir et prend les deux.
Bien sûr, n’en déplaise aux bataillons de femens hystériques, que notre nation est fondée sur l’aimantation des sexes et l’impossible neutralisation de leur commerce et de leur rapport sociaux.
L’esprit français recèle justement ce trésor qu’est l’ambiguïté indépassable des relations entre les sexes.
Mais l’envers de cette galanterie, c’est un avers que l’on appelle la vergogne. En public mais aussi en société, certaines choses ne peuvent se dire et encore moins se faire sans discrétion et consentement.
Un homme bien élevé et qui désire une femme ne lui dira pas: «t’es bonne» et ne lui proposera pas non plus, comme sur certains campus américains, de lui prendre pour la première fois la main devant témoins et après signature d’un contrat devant lawyers.
Laissez sous-entendre que regarder de manière concupiscente une femme ou lui faire des avances consiste à se comporter comme un porc, c’est souscrire à une vision du monde islamiste ou puritaine qui postule que le mâle est un suidé bon à châtrer et que la femme est une éternelle mineure.
Car si l’injure faite aux hommes est on ne peut plus claire dans l’injonction de dénoncer ton porc, celle faite aux femmes est plus sournoise mais pas moins réelle.
Quelle considération pour nos compagnes se cache derrière cette invitation à la délation?
Nos amies seraient-elles à ce point fragiles, influençables, naïves qu’elles ne seraient incapables de remettre un malotru à sa place?
Quelle piètre idée des femmes et de leur autonomie que de postuler qu’elles seraient victimes par nature ou par destination.
La France a longtemps résisté, au nom d’une certaine idée de la femme, à ce raz-de-marée mondialo-saxon prônant la guerre des sexes et prescrivant l’émasculation des hommes et la mise sous cloche des femmes.
Mais le pays de la Madone aux fresques des murs est celui qui doit refuser de choisir entre la maman et la putain et d’accepter de voir dans la femme une altérité égale et respectable autant que désirante et désirée.

Régis Debray : “L’économie a absorbé la politique”, par France Inter

Source : France Inter, Régis Debray, 22-09-2017

Régis Debray, écrivain et philosophe, est l’invité de Nicolas Demorand à 8h20. Il répond aux questions des auditeurs à partir de 8h40.

Régis Debray analyse la victoire d’Emmanuel Macron dans son livre “Le nouveau pouvoir” aux éditions du Cerf.

“La gaîté vient avec l’âge. Les jeunes prennent les choses au tragique, mais moi je suis sensibles aux rimes de l’histoire ce qui revient périodiquement. Moi je vois aujourd’hui la politique comme une comédie (…) Au fond tout ça est divertissant” dit le philosophe pour revenir sur son optimisme :

Les décadences sont des moments des moments féconds, créatifs

Ce qui m’embarrasse, c’est la victoire absolue d’ ‘homo économicus’, l’homme économique sur l’homme politique, lequel avait déjà remporté la victoire sur l’homme religieux

“L’économie a absorbé la politique”

“Nous sommes gallo-ricains, comme autrefois les gallo-romains (…)”L’envie d’être milliardaire est devenue légitime, comme l’envie d’être un héros il y a 100 ans ou d’être un saint il y a 1000 ans”.

“La victoire du chiffre est inquiétante, car c’est à très court terme (…) aujourd’hui nous avons perdu la conscience de porter une histoire collective . Ce qui pourrait me rendre triste, c’est la perte de l’horizon, la fin du récit de l’émancipation(…) Quand perd l’horizon, on revient à l’origine( …) Nous sommes le nez sur l’événement donc nous n’avons plus de mythe porteur”, poursuit le philosophe, qui explique que des pays laïques redeviennent religieux, citant en exemple l’Israël ou l’Inde.

La jeunesse est-elle un espoir?

“Le Sénat est vieux. Souvent, on dit que le vieux est sage : non, tout simplement il est con, ça s’appelle un vieux con (…)Le jeune tend à être plein de lui-même et surtout et à oublier d’où il vient, ce qui me frappe le plus c’est cette perte de sens de l’histoire, de la transmission”.

“Les vrais américains ont Dieu (…) nous nous avons d’autres ciments : une certaine conception de notre histoire, une autre mythologie”

La mythologie ça fait tenir debout, avancer parfois

Sur la France ‘start-up’ de Macron

Régis Debray y voit un “monde de vision courte, mais très étalée dans l’espace”, “un moment de civilisation, l’intérgation de la France dans une civilisation euro-américaine”.

“Le vivre-ensemble, comme on dit, c’est pour une communauté imaginaire (…) C’est la fin de l’utopie européenne : celle qu’un marché commun peut faire un imaginaire commun”.

Sur Emmanuel Macron président

“Une chose est la posture, autre chose est la capacité réelle de fédérer un peuple. On a une crise des figures de l’autorité (…) il y a le juge, une autorité protestante qui n’est pas chez nous très valide, il y a le leader , mais le leader suppose un peuple et derrière Macron il n’y a pas de peuple, c’est pas de sa faute, c’est comme ça”, estime Régis Debray. “Reste le père, mais c’est pas un père, donc il y a un certain flottement et je comprend qu’il cherche des éléments symboliques pour rassembler, fédérer et catalyser. Je doute qu’il les trouve car son milieu est dominé par la finance et l’économie, et c’est une idéologie individualiste (…) et qui a oublié l’Histoire, tout simplement”.

Ce n’est pas un président qui lit, je dirais qu’il butine, mais c’est déjà très bien

Selon Régis Debray, Emmanuel Macron est un “homme qui veut rechercher une profondeur de temps, mais son milieu ne peut que l’en empêcher”.

Source : France Inter, Régis Debray, 22-09-2017

11 réponses à Régis Debray : “L’économie a absorbé la politique”, par France Inter

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[RussEurope en Exil] Natacha Polony – Changer la vie, par Jacques Sapir

Billet invité

Le livre que vient d’écrire Natacha Polony a un double statut : il se veut programme tant économique que social, et cela explique le clin d’œil du titre aux années 1970, mais il se présente aussi sous la forme d’un dictionnaire, comme le fameux « dictionnaire des idées reçues » de Flaubert. Ce choix éditorial est assumé et justifié par l’auteur. Il s’inscrit dans une logique de combat culturel et politique qu’il convient de mener aujourd’hui. Sur ce point, Natacha Polony a parfaitement raison. Elle écrit ainsi dans l’introduction du livre : « Or, il n’est pas de projet politique véritable qui ne repose sur l’ambition de ‘changer la vie ‘. Telle est en fait la définition de la politique : l’idée qu’il est possible, par l’action collective des citoyens assemblés, de faire émerger les conditions d’une société qui mette réellement en œuvre les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Bref, le contraire absolu et radical de ce dogme selon lequel ‘il n’y a pas d’autre politique possible’ »[1]. Rien de plus juste. Contre l’idéologie ambiante, c’est bien d’un combat culturel dont il s’agit. Et, n’en doutons pas, ce livre de Natacha Polony apportera à ceux qui veulent le mener, explications, analyses et argument.

Mais, ce livre a aussi, dans sa forme, un double statut. Si cela ne pose pas de problèmes particulier à la lecture, et l’on sait que Natacha Polony écrit d’une plume enlevée, porte néanmoins en lui une tension qui conduit à s’interroger sur l’usage que l’on peut faire de cet ouvrage.

Les fondamentaux, le programme, et le plan de l’ouvrage

Ce livre est écrit en deux parties, intitulées « pour une société vivable » et « reconquérir nos vies ». Ce plan correspond bien au projet de faire programme. Mais, ces parties rassemblent des entrées alphabétiques. Ainsi, dans la première partie, l’entrée « Décroissance » se trouve prise en sandwich entre « Déclinisme » et « Démocratie ». Dans la seconde, qu’il est permis de trouver – en un sens – plus cohérente, l’entrée « S ‘empêcher » se trouve coincée entre « Rire » et « S’enraciner ». On mesure ici l’un des problèmes que soulève la lecture de ce livre. La juxtaposition des concepts est des champs peut nuire au développement de la pensée de Natacha Polony qui, pourtant, tisse sa toile avec une réelle unité du propos. Mais, c’est au lecteur de faire l’effort pour retrouver cette unité.

L’un des problèmes est que cette forme induit de nombreuses redites et répétitions. Un autre problème est que l’on saute ainsi fort souvent du coq à l’âne. C’est l’idée du dictionnaire qui veut cela. Mais, c’est aussi est en un sens regrettable, car le propos de l’ouvrage aurait mérité un plan, assurément plus conventionnel, permettant de mieux développer et approfondir certaines notions. On ressent en particulier cette tension dans la première partie de l’ouvrage.

L’idée du « dictionnaire des idées reçues » n’est pourtant pas sans mérites. L’acuité de la pensée de Natacha Polony et la vivacité de sa plume pouvaient s’y prêter. Mais, il aurait fallu, alors, faire des entrées courtes, afin de maintenir le lecteur dans un état de tension. Or, sur certains domaines, et là encore on le comprend parfaitement, voire on l’approuve, Natacha Polony a considéré qu’il lui fallait approfondir le sujet. L’entrée « Europe » fait donc plus de huit pages quand celle consacrée à « l’économie circulaire » en fait une et demie, et celle consacrée à la « globalisation » une un quart. Cela nuit à l’économie du texte. Ce livre hésite donc entre plusieurs registres, qui vont de l’analytique au pamphlétaire.

La question de l’autonomie

On l’a dit, le projet de Natacha Polony est estimable, et certainement nécessaire. Les réflexions qu’elle propose sont souvent très intéressantes. La longue discussion initiale sur l’entrée « Autonomie » l’illustre à merveille. Il en va de même avec l’entrée « Barbarie ». On notera que ces deux entrées font plus de six pages, et qu’elles auraient pu être étendues sans dommages. Car, l’un des points les plus intéressants de cet ouvrage est une forme de relecture du concept d’autonomie, et l’œuvre de Cornelius Castoriadis est ici largement évoquée. Natacha Polony montre bien la spécificité de ce concept, qui n’est nullement réductible à l’idée d’individus existants hors de toute société. Le concept d’autonomie cherche à articuler l’individualisme, à travers ses fondateurs qu’il s’agisse des philosophes grecs ou des théologiens chrétiens du Moyen-âge, et la notion d’animal social qui définit l’homme (mais qui, il faut l’ajouter, ne définit pas QUE l’homme car les grands primates sont tout autant que nous des animaux sociaux et donc politiques). Les références à Castoriadis, qu’elles soient explicites ou implicites, sont d’ailleurs assez nombreuses dans l’ouvrage. On peut cependant regretter qu’il ne soit pas fait mentions des travaux d’Agnès Heller et de Ferenc Feher, deux autres penseurs de cette importante notion d’autonomie.

Or, la question de l’autonomie débouche rapidement sur celle de la distinction nécessaires des sphères privées et publiques, et donc sur la question de la laïcité. C’est d’ailleurs une question fort ancienne. Les romains distinguaient ainsi entre les superstitio qui étaient les croyances de chaque individu et la religio qui définissait le corps de croyance que se devait d’avoir tous citoyen. On voit bien que la distinction entre sphère privée et sphère publique était connue. Les frontières entre ces sphères, ou ces espaces, n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Et on peut considérer que ces frontières sont en constante évolution.

C’est donc une question de fond, et elle est traitée avec la profondeur qu’il convient. Ici, il m’est arrivé plus d’une fois de maudire le plan de l’ouvrage, qui casse un raisonnement au moment où ce dernier prenait une ampleur et une profondeur des plus intéressantes. Car, il y a une continuité dans les réflexions de Natacha Polony sur ces différentes questions. Au-delà, la question de la séparation entre les deux sphères (la « privées » et la « publique ») est aujourd’hui remise en cause par les usages nouveaux qui s’imposent dans la société d’innovations techniques. Natacha Polony aborde et cite le développement de postures narcissiques mais, là encore, en dit trop ou trop peu. Ou, du moins, elle en dit trop peu dans l’entrée concernée. Car, une lecture attentive trouvera des mentions, des réflexions, voire ce que l’on appelle en peinture des « remords » dans d’autres entrées. Ici encore, on est confronté au parti pris de la structure du livre.

Les enjeux de l’analyse de la « barbarie »

De même, la question de la « barbarie » permet des développements qui sont passionnants mais, hélas, ces développements sont trop courts et nous laissent un peu sur notre fin (et pourtant c’est l’une des entrées les plus importantes). La critique de l’attitude du Premier-ministre canadien, M. Justin Trudeau est à la fois juste et éclairante sur les complaisances qu’entretiennent certains secteurs de l’opinion, mais aussi certains secteurs de l’élite politique, sur les comportements « barbares » qui sont alors si ce n’est justifiés du moins tolérés au nom de la « différence des cultures ». La question de l’excision est ainsi abordée, mais principalement par le prisme canadien. Sur ce point, on peut regretter qu’une entrée traitant des mutilations sexuelles, qui frappent essentiellement les femmes, ne se trouve pas dans ce livre. Au-delà du fait, que l’on doit assimiler à une barbarie, une analyse de la construction des justifications de cette barbarie, qu’elles soient coutumières ou qu’elles soient religieuses, permettrait d’armer les militants associatifs qui luttent, au quotidien, contre ces pratiques. Et là, on serait typiquement dans le projet explicite de ce livre.

Un coup d’œil alors à l’entrée « Multiculturalisme » se révèle décevant. Cette entrée, assez longue, porte plus sur les effets politiques du multiculturalisme, disant d’ailleurs sur ce point des choses justes, que sur les racines et les causes de cette idéologie. Car si l’hybridation des cultures est une réalité, la construction du projet multiculturaliste relève de l’idéologie. Quand Natacha Polony argumente sur le fait qu’il y a deux lectures du terme, une lecture qui renvoie à l’altérité entre les cultures et les civilisations, et une lecture qui désigne en fait une dimension de sauvagerie, elle a entièrement raison. Mais, justement, la juxtaposition de ces deux usages du mot « barbarie », un usage savant et un usage courant, pose un problème de fond. Les discours justificateurs des comportements barbares (dans le sens courant du terme) en jouent à fond. Et c’est là où l’on se trouve en manque d’une explication qui serait un approfondissement.

 

Héritage, éducation et le combat pour la responsabilité

Comme on l’a dit, les entrées correspondants à la seconde partie du livre sont souvent plus homogènes. Elles sont aussi écrites d’une plume plus nerveuse, et dans un style qui correspond mieux au « dictionnaire ». De ces multiples entrées, on conseillera au futur lecteur de lire « Hériter » et « Eduquer » en premier. Ces deux entrées sont des merveilles de précision et de concision. L’entrée « Connaître » est aussi un petit régal, à travers la citation du Pantagruel de Rabelais.

L’entrée qui porte sur les « responsabilités » est elle aussi importante, et elle est particulièrement bien venue. La notion de responsabilité est centrale à la construction d’une personnalité démocratique, comme le rappelle avec justesse Natacha Polony. Elle implique un certain regard sur le rapport entre Soi et les Autres, entre l’individu et la société qui l’entoure. Mais, la notion de responsabilité est aussi inter-temporelle. On n’est pas seulement responsable envers les vivants, mais aussi envers ceux qui sont à naître. C’est un pivotement essentiel de la notion de responsabilité qui renvoie à la prudence, ou à ce que l’on appelle aujourd’hui le « principe de précaution ». On en voit très concrètement les effets, dans le rapport que les citoyens doivent avoir à l’usage industriel de certains produits (de l’amiante au glyphosate). Mais, cette notion de responsabilité aurait mérité d’être élargie à des entrées, hélas manquantes, sur la « prudence », comme une possible vertu contemporaine.

Si des entrées manquent, d’autres interpellent par leur extrême concision. Ainsi l’entrée « Combattre » ne fait que 6 lignes…Est-ce à dire qu’il est si facile de faire le tour de cette question ? J’avoue en douter. Car, il y a un petit tour de passe-passe. Quand Natacha Polony écrit « Nulle violence, nulle agressivité. Mais la certitude que nos vies ont un sens quand elles creusent un sillon, quand elles s’incarnent dans une cause »[2], on ne peut que partager. Mais dire une chose vraie ne signifie pas tout dire, et en particulier traiter du rôle de la violence dans l’histoire des sociétés. Combattre, c’est aussi se poser le problème du rapport à la violence, une entrée elle aussi manquante. On aurait pu admettre l’extrême concision de l’entrée « Combattre » si à cette entrée y avait répondu une autre, traitant de la question des formes d’oppressions et des formes de lutte, bref de ce rapport à la violence qui doit être maitrisée dans une société démocratique mais qui ne saurait être exclu, sous peine de tomber dans un discours simplificateur. Or, « Combattre » et « Eduquer », voire « Connaître » sont des entrées liées. La cause pour laquelle on combat, et sous quelques formes que puisse prendre ce combat, elle découle de notre éducation, de ce que l’on connaît, voire de ce que l’on a hérité.

Une lecture indispensable pour ceux qui veulent changer la vie

On l’aura compris, ce livre regorge de trouvailles édifiantes, de notations passionnantes, de réflexions pertinentes, mais aussi de non-dits irritants. Les 55 entrées de la première partie tout comme les 27 de la seconde constituent autant de vignettes traitant des points cruciaux de nos vies et de la société d’aujourd’hui. Il faut donc remercier Natacha Polony d’avoir tenté d’en faire la synthèse dans un format maniable et qui permet d’emporter le livre avec soi pour relire certaines des entrées au fur et à mesure de nos envies mais aussi des nécessités du combat culturel. Sous cet aspect, ce livre s’avère être une lecture indispensable. Au-delà des critiques que l’on peut faire sur la forme, et aussi sur les oublis ou sur ce qui manque en approfondissement justement dans cette forme de dictionnaire, la lecture de cet ouvrage s’impose pour tous ceux qui partent du constat que nous vivons aujourd’hui dans un monde abominable, et qui deviendra pire pour nos descendants si nous n’en changeons pas.

[1] Polony N., Changer la vie – Pour une reconquête démocratique, Paris, Editions de l’Observatoire, octobre 2017.

[2] Idem, p. 266.

10 réponses à [RussEurope en Exil] Natacha Polony – Changer la vie, par Jacques Sapir

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Comprendre Dostoïevski et son grand inquisiteur

Comprendre Dostoïevski et son grand inquisiteur


Par Nicolas Bonnal − Le 15 octobre 2017 − Source nicolasbonnal.wordpress.com

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Dostoïevski : La légende du grand inquisiteur dans Les Frères Karamazov

Avec ces temps modernes, les hommes n’aiment pas la liberté. Ils préfèrent le pain, la télé et la sécurité, et mourir à l’eau tiède. Dostoïevski…

« Sans nous, ils seront toujours affamés. Aucune science ne leur donnera du pain, tant qu’ils demeureront libres, mais ils finiront par la déposer à nos pieds, cette liberté, en disant : ‘Réduisez-nous plutôt en servitude, mais nourrissez-nous.’ Ils comprendront enfin que la liberté est inconciliable avec le pain de la terre à discrétion, parce que jamais ils ne sauront le répartir entre eux ! Ils se convaincront aussi de leur impuissance à se faire libres, étant faibles, dépravés, nuls et révoltés. »


Le tortionnaire sévillan (visitez leurs sémillants musées de la torture) rappelle :

« Tu leur promettais le pain du ciel ; encore un coup, est-il comparable à celui de la terre aux yeux de la faible race humaine, éternellement ingrate et dépravée ? Des milliers et des dizaines de milliers d’âmes te suivront à cause de ce pain, mais que deviendront les millions et les milliards qui n’auront pas le courage de préférer le pain du ciel à celui de la terre ? Ne chérirais-tu que les grands et les forts, à qui les autres, la multitude innombrable, qui est faible mais qui t’aime, ne servirait que de matière exploitable ? Ils nous sont chers aussi, les êtres faibles. Quoique dépravés et révoltés, ils deviendront finalement dociles. »

Le besoin de la communauté et du troupeau. Dostoïevski annonce ici le dernier homme de Zarathoustra et le croyant en papier mâché.

« Mais il ne veut s’incliner que devant une force incontestée, que tous les humains respectent par un consentement universel. Ces pauvres créatures se tourmentent à chercher un culte qui réunisse non seulement quelques fidèles, mais dans lequel tous ensemble communient, unis par la même foi. Ce besoin de la communauté dans l’adoration est le principal tourment de chaque individu et de l’humanité tout entière, depuis le commencement des siècles. C’est pour réaliser ce rêve qu’on s’est exterminé par le glaive. »

Surtout, pas de liberté :

« Vois ce que tu fis ensuite, toujours au nom de la liberté ! Il n’y a pas, je te le répète, de souci plus cuisant pour l’homme que de trouver au plus tôt un être à qui déléguer ce don de la liberté que le malheureux apporte en naissant. Mais pour disposer de la liberté des hommes, il faut leur donner la paix de la conscience. »

Le Christ a perdu car il a refusé l’antique dosage de la religion traditionnelle, basée sur le miracle, le mystère, l’autorité :

« Tu as ainsi préparé la ruine de ton royaume ; n’accuse donc personne de cette ruine. Cependant, était-ce là ce qu’on te proposait ? Il y a trois forces, les seules qui puissent subjuguer à jamais la conscience de ces faibles révoltés, ce sont : le miracle, le mystère, l’autorité ! Tu les as repoussées toutes trois, donnant ainsi un exemple. »

C’est que Jésus rêvait à tort de liberté, de rebelles :

« Tu ne l’as pas fait, car de nouveau tu n’as pas voulu asservir l’homme par un miracle ; tu désirais une foi qui fût libre et non point inspirée par le merveilleux.
Il te fallait un libre amour, et non les serviles transports d’un esclave terrifié. Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles. »

Et le bilan est là…

« Vois et juge, après quinze siècles révolus ; qui as-tu élevé jusqu’à toi ? Je le jure, l’homme est plus faible et plus vil que tu ne pensais. »

La suite nous concerne.

On aura donc à la place le césarisme universel et la mondialisation de l’esclavage démocratique :

« … nous avons accepté Rome et le glaive de César, et nous nous sommes déclarés les seuls rois de la terre, bien que jusqu’à présent nous n’ayons pas encore eu le temps de parachever notre œuvre. Mais à qui la faute ? Oh ! L’affaire n’est qu’au début, elle est loin d’être terminée, et la terre aura encore beaucoup à souffrir, mais nous atteindrons notre but, nous serons César, alors nous songerons au bonheur universel. »

Car le rêve du grand inquisiteur, c’est bien le nouvel ordre mondial :

« L’humanité a toujours tendu dans son ensemble à s’organiser sur une base universelle. Il y a eu de grands peuples à l’histoire glorieuse, mais à mesure qu’ils se sont élevés, ils ont souffert davantage, éprouvant plus fortement que les autres le besoin de l’union universelle. Les grands conquérants, les Tamerlan et les Gengis-Khan, qui ont parcouru la terre comme un ouragan, incarnaient, eux aussi, sans en avoir conscience, cette aspiration des peuples vers l’unité. En acceptant la pourpre de César, tu aurais fondé l’empire universel et donné la paix au monde. »

Comme Tocqueville, on prévoit un troupeau bien doux et obéissant :

« Qui a le plus contribué à cette incompréhension, dis-moi ? Qui a divisé le troupeau et l’a dispersé sur des routes inconnues ? Mais le troupeau se reformera, il rentrera dans l’obéissance et ce sera pour toujours. Alors nous leur donnerons un bonheur doux et humble, un bonheur adapté à de faibles créatures comme eux. 

Nous les persuaderons, enfin, de ne pas s’enorgueillir, car c’est toi, en les élevant, qui le leur a enseigné ; nous leur prouverons qu’ils sont débiles, qu’ils sont de pitoyables enfants, mais que le bonheur puéril est le plus délectable. »

Une élite torturée (unhappy lords) dominera ces légions de bobos :

« Ils nous soumettront les secrets les plus pénibles de leur conscience, nous résoudrons tous les cas et ils accepteront notre décision avec allégresse, car elle leur épargnera le grave souci de choisir eux-mêmes librement. Et tous seront heureux, des millions de créatures, sauf une centaine de mille, leurs directeurs, sauf nous, les dépositaires du secret. Les heureux se compteront par milliards et il y aura cent mille martyrs chargés de la connaissance maudite du bien et du mal. »

Le bilan pour leur âme :

« Ils mourront paisiblement, ils s’éteindront doucement en ton nom, et dans l’au-delà ils ne trouveront que la mort. Mais nous garderons le secret ; nous les bercerons, pour leur bonheur, d’une récompense éternelle dans le ciel. »

Et le troupeau aidera la hiérarchie cléricale à renverser Dieu définitivement !

« Je suis revenu me joindre à ceux qui ont corrigé ton œuvre. J’ai quitté les fiers, je suis revenu aux humbles, pour faire leur bonheur. Ce que je te dis s’accomplira et notre empire s’édifiera. Je te le répète, demain, sur un signe de moi, tu verras ce troupeau docile apporter des charbons ardents au bûcher où tu monteras, pour être venu entraver notre œuvre. Car si quelqu’un a mérité plus que tous le bûcher, c’est toi. Demain, je te brûlerai. Dixi. »

On cite souvent Schiller à propos de ce prodigieux discours – mais on oublie Alexis de Tocqueville qui a mieux que quiconque décrit ce pouvoir mondialisé et anesthésiant (sauf pour les victimes de ses bombes et de ses sanctions) :

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir… »

Grand lecteur de Dostoïevski (« le seul qui m’ait appris quelque chose en psychologie… »), Nietzsche écrit dans son Zarathoustra :

« Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. »

Car même les maîtres sont fatigués…

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

 

http://lesakerfrancophone.fr/

Les grands auteurs et la théorie de la conspiration Chroniques sur la Fin de l'Histoire LA CULTURE COMME ARME DE DESTRUCTION MASSIVE Machiavel et les armes de migration massive: Chroniques apocalyptiques

Sources

Nicolas Bonnal – Dostoïevski et la modernité occidentale (Amazon.fr)
Dostoïevski – Les frères Karamazov, le grand inquisiteur, pp.376-393 (ebookgratuits.com)
Nietzsche – Prologue de Zarathoustra, §5
Tocqueville – De la démocratie en Amérique, II, quatrième partie, chapitre VI

 

Espagnes La Catalogne nostalgique de sa gloire passée

Espagnes

La Catalogne nostalgique de sa gloire passée

 

Le comté de Barcelone, nom sous lequel fut connue la Catalogne au Moyen Âge, domina longtemps la Méditerranée occidentale. Ses comtes-rois gouvernèrent aussi bien la Provence que Naples.

Ses commerçants, ses marins et ses soldats étendirent l’usage du catalan sur toutes les rives du bassin méditerranéen, jusqu’à Athènes. Ses artistes portèrent à son summum le style roman et ses troubadours firent de la cour de Barcelone un haut lieu de la culture occidentale.

Cette gloire aux multiples facettes déclina très vite après l’union personnelle entre le comte-roi de Barcelone et la reine de Castille et surtout la conquête du Nouveau Monde qui marginalisa la Méditerranée.

La Catalogne, une Espagne à part

drapeau catalan Grande comme la Bretagne (30 000 km2) mais presque deux fois plus peuplée (7,5 millions d’habitants), l’actuelle Généralité de Catalogne recoupe assez précisément l’ancien comté de Barcelone.

C’est un triangle rectangle dont un côté est constitué par la côte, des Pyrénées au delta de l’Èbre, et l’autre par les Pyrénées elles-mêmes, de la côte au val d’Aran, où la Garonne prend sa source.

La région compte quatre provinces, Barcelone, Gérone, Lerida (Lleida en catalan) et Tarragone, avec trois langues officielles, le catalan, le castillan et l’aranais, variante du gascon, une langue d’oc. Le catalan est parlé, lu et écrit par les trois quarts environ de la population. Il est aussi présent aux Baléares, à Valence, dans les Pyrénées orientales (France) et même en Sardaigne.

Portail roman du monastère bénédictin Santa María de Ripoll (DR)

La Catalogne romane

En 878, au concile de Troyes, les souverains carolingiens confient au comte de Barcelone Guifred le Velu la région sise entre les Pyrénées orientales et l’Ebre. Les historiens y voient l’acte de naissance de la Catalogne.

Les apôtres Jude et Jacques (art roman de Catalogne, fin XIe siècle)Pour asseoir son autorité et assurer son salut, Guifred fonde le monastère Notre-Dame de Ripoll, dans les moyennes Pyrénées. Il va devenir un haut lieu de la culture érudite où l’on traduit notamment des livres arabes et grecs.

C’est là que Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II, s’initiera à la science des chiffres.

En 985, le comte de Barcelone appelle à l’aide le lointain successeur de Charlemagne suite à la mise à sac de sa ville par le vizir al-Mansour.

Mais l’empereur, qui a d’autres soucis en tête, fait la sourde oreille et le comte comprend qu’il n’a plus rien à espérer des carolingiens.

Dès lors, il va apprendre à se débrouiller tout seul quitte à nouer des alliances de circonstance avec les roitelets musulmans pour protéger son indépendance.

sarcophage de l'évêque et abbé Oliba La future Catalogne renforce aussi ses liens avec les pays de langue d’oc et la Provence, qui appartiennent à la même communauté linguistique. Ces liens prennent forme aussi dans le domaine religieux à l’initiative de l’abbé Oliba.

Ce noble né vers 971 a renoncé à la vie profane pour entrer comme moine à Notre-Dame de Ripoll. Il en devient l’abbé en 1008.

Il va dès lors accompagner le renouveau de l’Église en embellissant Saint-Michel de Cuxa et en fondant Saint-Martin du Canigou (Pyrénées-Orientales), en fondant aussi le monastère de Sainte-Marie de Montserrat, devenu aujourd’hui un haut lieu du nationalisme catalan (…).

Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2017-10-09 17:22:14

 

https://www.herodote.net/Espagnes-synthese-2066.php

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

par Chine.in 22 Juillet 2017, 09:51 Chine Egypte Civilisation Pharaons Culture Histoire

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ?

Selon le géochimiste chinois Sun Weidong, la civilisation chinoise pourrait être née en Égypte. Pour alimenter sa théorie, le professeur a examiné en outre de nombreux textes classiques chinois datant de la supposée première dynastie chinoise connue sous le nom de dynastie Xia. Ses recherches sont compilées dans un essai de 93 000 caractères, publié en ligne en septembre 2015.

 

Selon Sun Weidong, l’une des preuves confirmant sa thèse provient d’un texte de l’historien Sima Qian (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) décrivant la topographie de l’empire Xia, traditionnellement reconnu comme étant la dynastie fondatrice de la Chine (2070 av. J.-C. à 1600 av. J.-C.). Dans celui-ci, on peut lire en substance qu’un grand fleuve coule du sud vers le nord, se divisant en neuf bras, avant de se jeter dans la mer. Selon la croyance populaire, la dysnastie Xia est née de l’Empereur Jaune et a vécu essentiellement autour du Fleuve Jaune, cependant le fleuve en question dans le texte n’est pas celui cité puisqu’il coule d’ouest en est ; en réalité il n’y a qu’un fleuve majeur au monde qui coule vers le nord et il s’agit du Nil, en Égypte.

 

Le Nil et son delta.

Sun Weidong, scientifique émérite et plusieurs fois décoré, assure depuis des années que les fondateurs de la civilisation chinoise n’étaient dans aucun sens du terme Chinois mais des migrants venus d’Égypte. Sa certitude remonte aux années 90 alors qu’il effectuait la datation radiométrique de bronzes chinois anciens. À sa grande surprise, leur composition chimique ressemblait d’avantage à des bronzes égyptiens que ceux issus de minerais chinois indigènes.

Il affirme que, contrairement aux idées largement répandues, la technologie de l’âge de bronze en Chine ne viendrait pas du nord-ouest du pays par la Route de la soie préhistorique, mais de la mer. Elle aurait été apportée par les Hyksos, des Asiatiques occidentaux qui ont régné dans une partie du nord de l’Égypte en tant qu’étrangers, entre les 17e et 16siècles av.- J.-C., jusqu’à leur supposée expulsion du pays. Le chercheur note également que les Hyksos possédaient à une date antérieure presque les mêmes technologies et façon de vivre (métallurgie du bronze, chars, alphabétisation, plantes, animaux domestiques) que la dynastie Shang, deuxième dynastie chinoise ayant régné entre 1300 et 1046 av. J.-C. C’est en tout cas ce que révèlent des fouilles archéologiques effectuées dans l’ancienne ville de Yin, capitale de cette dernière dynastie.

« Cela peut paraitre ridicule aux yeux de certains parce que les historiens ont longtemps déclaré : ‘Nous sommes les enfants du Yan et de l’Empereur Jaune’. L’historien Sima Qian a pris ces figures légendaires comme les ancêtres des chinois Han et l’arrière-petit-fils de l’Empereur Jaune, Yu le Grand, comme le fondateur de la dynastie Xia […] Ainsi, même les figures les plus iconoclastes de la nation comme Sun Yat-Sen, Chiang Kai-Shek et Mao Zedong ont à un moment ou un autre ressenti le besoin de rendre hommage à la tombe de l’empereur Jaune. La revendication même qui prône que la civilisation chinoise serait âgée d’environ 5 000 ans, prend comme point de départ le règne supposé de cet empereur légendaire », écrit-il.

Ce n’est pas la première théorie à placer l’origine de la civilisation chinoise sur le continent africain.

Le philologue français Albert Étienne Jean Baptiste Terrien de Lacouperie qui a publié en 1892 « Western Origin of the Early Chinese Civilization from 2300 B.C. to 200 A.D. » (soit « L’origine occidentale des débuts la civilisation chinoise de 2300 av. J.-C. à 200 apr. J.-C. » en français), a déduit que la civilisation chinoise serait née à Babylone, d’après sa comparaison des hexagrammes du « Livre des Mutations » et de l’écriture cunéiforme de Mésopotamie. Il ira même plus loin en associant L’Empereur Jaune à un roi Nakhunte.

Écriture cunéiforme de Mésopotamie.

Liu Shipei, le professeur d’histoire de l’Université de Pékin, qui est le véritable auteur derrière la pseudo-chronologie de l’Empereur Jaune, a été parmi les premiers à promouvoir l’origine babylonienne des Chinois, dans des livres tels que « Histoire de la nation chinoise », publié en 1903.

Sun Yat-Sen, fondateur de la République de Chine, a quant à lui déclaré dans ses « Trois Principes du Peuple » publié en 1924 : « la croissance de la civilisation chinoise peut […] être expliquée par le fait que les colons qui ont migré d’un autre endroit dans cette vallée, possédaient déjà une civilisation très élevée. »

Cependant, entre les années 1920 et 1930, la théorie a été abandonnée après les agressions japonaises. La Chine a alors commencé à se fermer et à rejeter toute influence occidentale et a adopté sa théorie semi-mythologique sur l’origine de sa civilisation. Après 1949, Mao Zedong met en place un anti-impérialisme qui se transformera en anti-occidentalisme et affectera inévitablement l’archéologie et les recherches historiques.

 

http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2017/07/la-civilisation-chinoise-nee-de-l-ancienne-egypte-chine.in.html

Le roman d’espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique

Le roman d’espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique

Par Benjamin OUDET, le 4 octobre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Benjamin Oudet est doctorant contractuel en Science politique à l’Université de Poitiers. Ses recherches portent sur les problématiques du renseignement contemporain et il travaille particulièrement sur les coopérations internationales en matière de renseignement dans le cadre du contre-terrorisme et des opérations militaires multilatérales.

Le roman, s’il est l’objet d’une lecture par les outils conceptuels des sciences humaines, contribue à dévoiler en partie ce que la littérature académique a désigné comme la « dimension manquante » des Relations internationales. C’est-à-dire l’oubli relatif jusqu’aux années 1980 des problématiques du renseignement comme point de compréhension privilégié de la politique internationale.

CET article est issu de la table ronde « Nid d’espions : le masque et la brume » tenue lors des Rencontres de l’IHEDN [1]. Il y fut défendu l’intérêt du roman pour la recherche universitaire ; comme point de visibilité des enjeux de l’espionnage ou sa de forme bureaucratisée dans l’Etat : le renseignement. Au-delà de l’adjonction cosmétique, la réflexion sur la fiction d’espionnage engage le questionnement des conditions épistémologiques et méthodologiques de la recherche académique sur le monde du secret ; là ou l’accès aux sources (documents, entretiens…) est si contraint par la confidentialité nécessaire au fonctionnement des « services ».

Le renseignement est un objet de culture populaire et de discours académique [2]. Loin de constituer un passe-temps périphérique aux activités de recherches « sérieuses », la prise en compte académique de la fiction a été défendue dès le milieu des années 1980 par les études alliant la science politique, l’analyse littéraire et la sociologie littéraire [3]. Mais cela n’est pas toujours allé de soi. Le roman d’espionnage, parce qu’il était classé dans la catégorie de paralittérature fut longtemps exclu du monde de la culture lettrée car sacrifiant la prétention esthétique à l’efficacité narrative [4]. Mais les années 1970 voient la reconnaissance du genre dans les études littéraires. Riches de thèmes, le roman d’espionnage nourrit une réflexion sur les sous-genres littéraires fondée sur l’idée que les « stéréotypes et les idéologèmes qui s’y déploient sont de notre temps » [5] et donc susceptibles de nous en révéler la « qualité ». Cette approche acquit progressivement ses lettres de noblesse dans la science politique et la sociologie. Plus tard et malgré l’épuisement du roman d’espionnage dans les années 1980 [6], persiste l’idée que la fiction (films, littérature, série TV) conserve toute sa pertinence pour l’étude des phénomènes politiques.

Qu’est-ce qu’un roman d’espionnage ?

Dans le contexte post-Vietnam, l’espionnage et le renseignement émergent comme problèmes politiques, juridiques, éthiques, engageant une réflexion sur l’avenir de ce que les théoriciens nomment les « régimes » politiques. S’opère dans les années 1970 la rencontre de deux droites qu’il ne sera plus possible de dissocier par la suite. D’une part le renseignement devint un objet d’études académiques et ne sera plus désormais la dimension manquante des relations internationales, trop secrète pour être étudiée [7]. Dans le même temps prend fin la marginalisation de la paralittérature et donc du roman d’espionnage au sein des études littéraires académiques [8]. Même si la jonction des champs de recherche ne s’opèrera qu’au début des années 1990, apparaît entière l’importance de la fiction pour notre compréhension culturelle du renseignement contemporain.

On ne compte plus les films qui le mettent en scène (Marvel’s, série Star Wars…) à tel point que l’analyse de science politique ne semble plus pouvoir se passer de fiction. Il n’est que de fréquenter le site de la Central Intelligence Agency (CIA) pour s’en convaincre. La centrale américaine, ou La Compagnie comme l’écrira Robert Littell [9], est très claire quand elle invite à faire la distinction entre faits et fiction sur la réalité des métiers du renseignement. Dans sa rubrique « Fact and Fiction : Debunking Some Myths  » l’Agence s’emploie à réduire les mythes véhiculés par le cinéma et la littérature : non les agents de la CIA ne roulent pas en voitures de sport, ne fréquentent la jet set internationale ni ne passent leurs vies dans des cocktails mondains. Et de préciser que ses membres sont des « gens ordinaires » [10]. On aura d’emblée compris à quel héros britannique plus agité cela fait référence…

Aujourd’hui, les études académiques de renseignement (Intelligence Studies) investissent cette dimension fictionnelle par des programmes de recherche importants et des collections universitaires se consacrent à l’analyse des séries TV [11]. Il ne saurait être question ici de recenser de manière exhaustive tous les romans d’espionnage produit depuis la création du genre au tournant du XXe siècle [12], encore moins les études littéraires, historiques et sociologiques dont ils furent l’objet [13]. De même il ne saurait être question d’en décrire l’histoire depuis sa création au début du XXe siècle, tant marqué par des discontinuités des motifs narratifs. Nous conseillons également à la lecture de l’ouvrage de Brett F. Woods, Neutral Ground : A Political History Of Espionage Fiction [14].

L’historien futur ne saurait rendre compte des années de la « Guerre à la terreur » sans la prise en compte d’une série TV comme Homeland. Mais avant que le cinéma et la télévision ne s’imposent comme les lieux privilégiés de cette mise en scène, c’est à travers le roman que fut mis en ordre et se diffusèrent les représentations du monde du secret et du clandestin, de la dissimulation et du spectaculaire, mais aussi de la production de connaissance nécessaire à la sécurité des Etats. S’y joua la constitution d’un univers de sens qui structura la compréhension commune de ces « bureaucraties du secret » et de leurs activités.

Pour Guy Bouchard : « Le roman d’espionnage est un roman dramatique où le protagoniste travaille secrètement au service d’un Etat pour un enjeu de sécurité internationale » [15]. L’Etat s’incarne dans le personnage du chef de l’espion dont le rôle est essentiel puisque l’espion n’agit pas dans son propre intérêt (ou à de rares exceptions comme dans Notre Agent à la Havane, Graham Greene, 1958). Il doit recevoir sa mission de quelqu’un qui est également tenu d’en rendre compte. Le roman d’espionnage met en ordre ce « réel » que nous ne pouvons saisir parce qu’au-delà de la frontière du secret séparant « celui qui en est » (insider) de celui qui n’est est pas (outsider). Pour Thomas Boileau-Narcejac : « Il se situe au carrefour du roman problème, du roman noir, du suspense et de la sciences fiction. Il unit toutes les formes de la peur et de la curiosité. Il semble donner une réponse à la seule question qui obsède tous les esprits » [16].

Définitions que l’on peut admettre provisoirement si l’on considère que le roman d’espionnage de Guerre froide (1947-1991) traite en priorité de quatre sujets : dérober ou récupérer des renseignements concernant des armes atomiques, enlever ou reprendre ces savants atomiques. S’il n’en dévoile pas encore leurs « fonctions », un détour par la théorie du renseignement (définition, principe, et fonctionnement) permet de situer les œuvres fictionnelles dans le répertoire d’action des services.

Qu’est-ce que le renseignement ? La recherche d’une définition est un effort toujours renouvelé au sein des études académiques. Nous reprendrons cette définition synthétique : « Le renseignement est un terme englobant une série d’activités – de la planification et la collection d’information en passant par l’analyse et la dissémination – conduites en secret, dans l’objectif de maintenir ou de renforcer la sécurité relative en apportant une anticipation des menaces ou des menaces potentielles selon des modalités permettant l’introduction de stratégies ou de politiques préventives, incluant, si besoin est des activités spéciales ou clandestines » [17]. Le renseignement se définit également par sa destination : la décision politique et militaire de haut niveau. Il se définit également par des organisations, des bureaucraties, que la fiction peut mettre en scène. Enfin, il se présente comme un cycle d’activités : le cycle du renseignement qui formalise théoriquement la succession d’étapes visant à produire une « connaissance » utile à la décision. Ce cycle se compose de l’orientation de la recherche par le décideur, de la collecte d’informations par des moyens techniques et humains, de l’analyse de ces informations pour la production d’une connaissance, enfin de la dissémination vers le décideur de cette connaissance. Le renseignement peut donc être caractérisé par trois termes : une certaine forme de connaissance, des bureaucraties, des pratiques. Aussi, un débat a lieu au sein des études universitaires sur l’intégration ou non du contre-espionnage (la chasse aux espions comme chez Robert Littell, The Defection of A.J Lewinter, 1973) et des actions clandestines d’influences (la main cachée de l’influence, la troisième voie entre le militaire et le diplomate, la tentative cachée pour changer le monde, covert actions) dans le cycle. Cette discussion soulève un paradoxe quant à l’imaginaire fictionnel lié à l’espionnage. Alors qu’elles ne sont que l’un des aspects des activités des services de renseignement, l’action clandestine d’influence mise en scène à travers la figure de l’espion omnipotent ou le contre-espionnage jouissent d’une sur-représentation dans le champ fictionnel.

Il devient ainsi possible d’aboutir à une définition minimale du roman d’espionnage ou de renseignement : la mise en forme fictionnelle d’une ou de la succession des activités du cycle de renseignement, du contre-espionnage ou des actions secrètes d’influence. La clôture du « monde » reconstitué par le roman met en scène l’une des activités du cycle de renseignement. D’une manière close et bornée à la frontière interne des services comme chez Graham Greene (The Human Factor, 1978), montrant l’interaction des services et des sphères politique comme chez John le Carré (il s’agit généralement des premiers cercles du Foreign Office) ou Len Deighton (Spy Line, 1989), soit le renseignement est intégré à une galaxie plus large d’organisations gouvernementales dans lequel les services ne sont qu’un des éléments d’une trame narrative qui les dépasse. C’est le modèle du roman choral et théâtral de Frederick Forsyth (The Negociateur, 1989) ou Tom Clancy (The Sum of All Fears, 1991).

Rattaché à des types d’activités, l’univers de référence secret et trompeur de l’espionnage qui est mis en scène entraine deux conséquences quant à la typologie des types de productions : espionnage comme série, espionnage comme exemplum, espionnage historiographique, roman d’espionnage à thèse, espionnage-fiction, espionnage quasi-fiction. La seconde implication a trait à la construction de la vraisemblance dans une genre qui prétend au « réalisme » mais qui par définition met en scène un arrière monde par-delà la réalité. Le roman d’espionnage traite des relations et des affrontements entre nations et systèmes politiques par l’entremêlement de l’histoire universelle et de thèmes connus avec des personnages fictifs dans une « vision conspiratrice de l’histoire ou de la politique » [18]. C’est en somme pour les romanciers réalistes l’ambition de dévoiler la part insaisissable parce que non susceptible d’être l’objet d’une enquête les sciences sociales. Comme le remarque Brett F. Woods, « ce mélange opère comme un médium dans les documents, dates, procédures opérationnelles, technologie et d’autres représentation de la réalité coexistent avec des événement et personnages fictifs » [19]. Ce rapport aux relations internationales dans leurs aspects secrets est une caractéristique particulière du roman d’espionnage qui le différencie des autres genres de la paralittérature (policier, science-fiction…) et qui constitue l’un des attraits principaux pour le chercheur en relations internationales. Gabriel Veraldi remarque que : « Le roman d’espionnage est né de la guerre secrète et n’a jamais échappé à son emprise ; on ne peut pas comprendre l’évolution, la thématique, le rôle social de l’un sans se référer aux péripéties de l’autre. Ensuite ce type de roman décrit des milieux humains qui sont profondément étranger à l’expérience ordinaire de la vie » [20].

Mais il peut comme chez John le Carré transcender cette mise en scène et devenir le point d’explicitation d’autre chose. Si le Carré fait immédiatement figure de maître, la lecture en série de ses ouvrages révèle que l’espionnage n’est pas son problème. Par la mise en scène du système politique à travers les bureaucraties du renseignement, il explore les dilemmes de l’exercice du pouvoir et de la responsabilité morale. Les personnages y révèlent le conflit de leurs ambitions, de leur loyauté (contre-espionnage). Pour reprendre ses mots dans « A Sentimental Lover  » en 1967 et repris dans « Tinker, Taylor, Soldier, Spy  » en 1974, la compréhension des dilemmes moraux du renseignement est une tentative de compréhension de l’inconscient des démocraties libérales, autrement dit, « une guerre dans les coulisses de la bonne conscience ». Interprétation encore incertaine pour ses biographes et exégètes…

Le roman d'espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique
Benjamin Oudet lors des Rencontres de l’IHEDN
Benjamin Oudet a cosigné avec Olivier Chopin « Renseignement et Sécurité » (Paris, Armand Colin).

Un politiste qui lit des romans est un politiste qui travaille : de l’intérêt de la fiction pour la recherche académique

Pourquoi le renseignement n’a t – il pas été (en France) l’objet de recherches académiques, permettant à la fiction d’occuper un espace de compréhension laissé vacant par la science politique ? Pour Pierre Rosanvallon, l’Etat comme problème politique ou comme phénomène bureaucratique est au cœur des passions partisanes et des débats philosophies tout en restant une sorte de non-objet historique [21]. S’est ajoutée, jusqu’aux années 1990, la désaffection des universitaires Français pour un sujet qui renverrait aux pires errements de la raison d’Etat, à un mal moral de l’Etat comme une survivance monarchique dans le contexte d’approfondissement de l’Etat de droit [22]. Pourtant Erik Neveu remarque que : « Les genres littéraires « mineurs », regroupés sous le terme générique de paralittérature, offrent des témoignages irremplaçables pour l’étude de sociétés, des idéologies, des aspirations de acteurs sociaux. Comment pourrait-il en être autrement puisque – de par les thèmes abordés – ces ouvrages se situent souvent au carrefour des discours politiques et des productions culturelles » [23]. Il ajoute : « Lieu de cristallisation, miroir des idéologies et de leur fonctionnement, le roman d’espionnage constitue un point d’observation, un point de départ logique à l’investigation » [24]. S’agit-il alors de comprendre la société ou le renseignement à travers le roman d’espionnage ?

La science politique est une discipline empirique des sciences sociales soumise au respect de trois conditions épistémologiques : le principe de vérification ou infirmation comme critère d’acceptabilité de ses résultats ; le recours aux techniques rationnelles capables d’avancer une explication causale des phénomènes étudiés ; l’absence de jugement de valeur, autrement dit la neutralité axiologique couplée à l’injonction de prendre « les phénomènes comme des choses ». Le chercheur se doit donc « d’administrer la preuve sur documents ou entretiens. Mais, eu égard à l’accès limité aux sources autour desquelles bâtir son enquête, la littérature d’espionnage « sérieuse », c’est-à-dire, l’écriture de romans par des écrivains ayant une connaissance du milieu pour y avoir appartenu et ayant pour objectif de faire voir les logiques d’un milieu professionnel, s’impose comme un complément légitime à la recherche empirique et à l’enquête universitaire traditionnelle [25]. Par exemple, comment rendre compte de l’action clandestine d’influence ou de la coopération internationale alors que ce sont deux activités les plus protégées par les services de renseignement ? Il s’agit donc pour le roman ou la fiction en général de dévoiler ce qui se passe au-delà de cette frontière du secret, tout en s’inscrivant dans son « genre », sans toutefois donner au chercheur l’illusion d’une symétrie parfaite.

Mais l’initiative peut aussi être interne. Des chercheurs comme Nigel West ont montré que la production littéraire d’anciens des services secrets britanniques était motivée par la relative frustration de ne pouvoir expliquer leur métier au grand public ; la fiction devenant alors le lieu privilégié de ce dévoilement [26]. Les œuvres de John le Carré, Graham Green ou Ian Fleming qui tous trois ont appartenus à ces services font l’objet d’une redécouverte et d’une interrogation nouvelle par le champ de recherche sur le renseignement autour de deux problématiques générales : l’invention supposée du roman « extérieur » face à la vérité supposée des pratiques « intérieures » ; les relations entre institutions et industrie du divertissement et de la production fictionnelle [27].

La science politique est la dernière arrivée dans l’analyse de la production littéraire où dominait jusqu’aux années 1980 la place de l’historien et du sociologue de la littérature. Alors que l’approche des historiens s’attache à dresser une chronologie du genre à travers quelques grandes œuvres qui définissent les thèmes et structures des romans [28], l’approche sociologique s’intéressera aux conditions de production des œuvres par une sociologie des producteurs (éditeurs, écrivains) et des lectorats [29]. L’historien décrit l’évolution du genre en y repérant les périodes de consensus paradigmatiques autour de thèmes et motifs narratifs, entre périodes de cassures. Elle procède à la fois à l’étude de la littérature dans la société et de la société dans la littérature. A l’étude de l’espionnage dans le roman et du roman dans l’espionnage. Ce à quoi il faut ajouter un réseau de discussion souterrain entre les œuvres et les auteurs quant à la crédibilité de leurs récits. Ainsi, peut-on lire chez Robert Littell : « ça se passerait surement comme ça dans un le Carré, mais dans la réalité… » [30]. La problématique se pose à l’écrivain : le roman ne doit pas être l’objet d’une injonction au « réel », est-il avant tout création et imagination ? Il est aussi mise en ordre du réel, d’un réel que les sciences sociales et humaines sont de moins en moins capables de saisir. Mais contrairement à d’autres genres littéraires, le roman d’espionnage parce qu’il traite du tréfonds de l’Etat et de ses turpitudes, doit « faire vrai » et « dire le vrai ».

Le roman se positionne donc à la fois comme un « faire voir » par la reconstitution plus au moins crédible et plausible d’un milieu (code, normes, déontologie) et de ses relations avec le monde qui n’en est pas ; et un « faire connaitre » qui tiendrait plus à la pédagogie, c’est-à-dire enseigner sur le fonctionnement de ce milieu. L’hyperréalisme recherché des fictions contemporaines du renseignement occupe cette fonction de dévoilement et de pédagogie, mais aussi de mise en ordre d’une « réel » fuyant [31].

Par exemple, que nous apprend le roman d’espionnage sur le métier d’espion et d’agent de terrain ? Chez Josette Bruce : « L’Impitoyable métier qu’exerçait Hubert (Bonniseur de la Bathe) excluait sentimentalité et pitié. On ne pourrait se le permettre. Comme sur le champ de bataille, c’est à qui tire le premier ». Et OSS 117 de nous dire qu’il « aime l’Aventure pour ce qu’elle représente. J’avais à choisir entre le gangstérisme et l’espionnage. J’ai choisi l’espionnage… C’est le seul métier où l’on puisse encore donner libre cours aux vieux et impérissables instincts de l’homme » [32].

Derrière l’illusion de la paix par l’absence de bataille, le roman montre la supposée réalité profonde et dissimulée de la guerre perpétuelle entre Etats. « Il rapporte sous une forme romancée les conflits d’intérêts ou d’influence entre nations en privilégiant les formes souterraines de ces affrontements » [33]. Dans ce contexte : « L’agent secret s’intéresse aux relations internationales ou à la sûreté de l’Etat » [34]. Ce qui n’est pas sans incidence sur le danger qui pèse sur sa personne. Forcément clandestin et engagé dans une guerre secrète il est tour à tour l’incarnation et le réceptacle de l’anarchie des relations internationales et des antinomies de la raison d’Etat. D’un côté l’espion n’est pas un acteur sans souveraineté parce qu’il agit sur le territoire d’un Etat donc soumis à un certain système politico-juridique. Mais parce qu’il est clandestin, il n’est plus un sujet de droit « normal » et s’expose à une répression sans limite de l’Etat cible en l’absence de toute restriction juridique et de tout impératif de retenu quant à son traitement s’il est découvert. Incarnation donc de l’anarchie internationale dans le sens où aucun « Super-Etat » ne peut imposer un ordre équivalent à la concorde civile intérieure que protège les Etats en-dedans. En principe, rien n’empêche les Etats de mener les uns contre les autres des politiques de renseignement et des s’envoyer des espions [35]. Face à l’incertitude incompressible du comportement des acteurs étatiques, le renseignement devient l’outil privilégié de réduction de cette incertitude, et l’espion incarne à la fois l’une des potentialités de l’anarchie internationale et son correctif : la recherche de la connaissance des capacités et intentions de « l’autre » pour réduire l’incertitude de son comportement.

Suivant cette perspective et dans le contexte démocratique, l’espion est très tôt construit comme la figure topique et antinomique des principes de la démocratie libérale (ou la publicité des actes de gouvernement est construit comme un mécanisme de régulation). Parce que son cœur de métier est la tromperie, la dissimulation, le mensonge et le secret comme condition d’exercice il serait la face spéculaire de l’action de l’Etat et de ses basses œuvres. Personnifiant les mains sales de la raison d’Etat, sa positivité viendrait pour Alain Dewerpe de la hauteur de l’idéal qu’il défend : les valeurs de l’Etat nation [36]. Il tient ensemble et réconcilient les dilemmes de la raison d’Etat, c’est-à-dire l’impératif de l’action laide pour le bien supérieur de l’Etat, non pas Etat pour lui-même, mais instance morale protectrice du peuple et d’un certain régime politique jugé « meilleur ». D’où la tendance de fond dans la littérature de Guerre froide à poser l’espion comme premier rempart contre les « barbares ». E. Neveu note que : « Jadis encore associé aux images d’un Léviathan menaçant pour la société civile ou les plus démunis, l’Etat et ses représentants se trouvent désormais promus au rang de justiciers, de garants d’un ordre qui mérité d’être défendu » [37]. Pour que les forces du Bien perdurent, il faut que les forces du Mal agissent. L’une ne peut se maintenir sans l’autre. Quelque soient les substances du Bien et du Mal que les fictions mettront en scène et recomposeront selon l’époque.

Si l’agent de l’administration est autorisé à agir « par le mal » c’est pour la protection d’un bien supérieur. Mais protection vis-à-vis de qui et de quoi ? [38]. Le roman d’espionnage met en scène des agents de l’Etat engagé dans une guerre dite secrète, c’est-à-dire qui n’est pas déclenchée suite à une déclaration et n’oppose pas des armées régulières. On peut même dire que tout l’enjeu de l’espion est de mener un guerre secrète pour éviter la guerre ouverte ; avec la méta-interrogation : allons-nous survivre ? Oui si l’espion est efficace.

Conclusion

Le roman, s’il est l’objet d’une lecture par les outils conceptuels des sciences humaines, contribue à dévoiler en partie ce que la littérature académique a désigné comme la « dimension manquante » des Relations internationales. C’est-à-dire l’oubli relatif jusqu’aux années 1980 des problématiques du renseignement comme point de compréhension privilégié de la politique internationale. Malgré le développement exponentiel d’une production académique consacrée au renseignement, la discipline des Relations internationales et des études de renseignement demeure dans un état de « déconnexion alarmante » [39]. La reconnaissance de la légitimité de la fiction du secret comme objet de recherche légitime s’opère au sein d’un champ académique (Intelligence Studies) qui lui-même travaille à sa reconnexion avec les Relations internationales. S’ajoute à cela deux aspects nouveaux mis en lumière par les recherches récentes de science politique. La destination ou la fonction de la fiction n’est plus uniquement pour le politiste, le sociologue ou l’historien le lien d’une investigation sur l’objet visant à l’exploration des productions culturelles [40]. L’intérêt de ces productions tient dans leur capacité de dévoilement et de mise en lumière des espaces secrets, confidentiels, « retranchées » [41] de l’espace public que sont les services secrets et les politiques de renseignement. Le roman d’espionnage et la fiction du secret en général est un lieu où se reflète une culture et suggère le parallélisme ou les homologies qui relient l’évolution du genre aux soubresauts de la société et de l’ordre (et désordre) international. Pourtant, et malgré ces justifications, il reviendra au lecteur de croire ou non au potentiel « révélateur » du roman et de le mettre à la balance des sciences humaines. En dernière analyse il lui appartiendra de déterminer si le réel tel qu’il est montré par les sciences sociales est supérieur au réel tel qu’il est imaginé par le roman, si vraisemblable soit-il.

Copyright Octobre 2017-Oudet/Diploweb.com


Rencontres de l’IHEDN 2017. Nid d’espions : le masque et la brume. Vidéo de la table ronde avec Bernard Besson, Benjamin Oudet et Vincent Crouzet, animée par Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com


Bibliographie sélective

Angenot, Marc. « Qu’est-ce que la paralittérature  ? » Etudes Littéraires 7, no 1 (1974) : 9‑22.
Barrett, Oliver Boyd, David Herrera, et James A. Baumann. Hollywood and the CIA : Cinema, Defense and Subversion. 1re éd. Routledge, 2011.
Bleton, Paul. Les Anges de Machiavel. Québec, Québec : Nota Bene, 2005.
Bleton, Paul, Mélika Abdelmoumen, et Désiré Nyela. La cristallisation de l’ombre  : Les origines oubliées du roman d’espionnage sous la IIIe République. Limoges : Presses Universitaires de Limoges et du Limousin, 2011.
Boltanski, Luc. Énigmes et complots : Une enquête à propos d’enquêtes de Luc Boltanski. Gallimard, 2012.
Bouchard, Guy. « Le Roman d’espionnage ». Etudes Littéraires 7, no 1 (1974) : 23‑60.
Dewerpe, Alain. Espion : Une anthropologie historique du secret d’État contemporain. Paris : Gallimard, 1994.
Gill, Peter, et Mark Phythian. Intelligence in an Insecure World. 2e éd. Polity, 2013.
Jenkins, Tricia. The CIA in Hollywood : How the Agency Shapes Film and Television. 2e éd. University of Texas Press, 2016.
Marin, Louis. Lectures traversières. Paris : Albin Michel, 1992.
Neveu, Erik. L’idéologie dans le roman d’espionnage. Paris : Les Presses de Sciences Po, 1985.
Rosanvallon, Pierre. L’Etat en France  : de 1789 à nos jours. Paris : Seuil, 1993.
Schweighaeuser, Jean-Paul (1941- ) Auteur du texte. Panorama du roman d’espionnage contemporain / Jean-Paul Schweighaeuser. Paris : l’Instant, 1986..
Svendsen, Adam D.M. « Painting rather than photography : exploring spy fiction as a legitimate source concerning UK–US intelligence co-operation ». Journal of Transatlantic Studies 7, no 1 (1 mars 2009) : 1‑22.
Veblen, Thorstein Bunde. Théorie de la classe de loisir. Paris : Gallimard, 1979.
Veraldi, Gabriel. Le Roman d’espionnage. Paris : Presses Universitaires de France – PUF, 1983.
Wark, Wesley K. Spy Fiction, Spy Films and Real Intelligence. Reissue. London ; New York : Routledge, 2015.
Warner, Michael. [(The Rise and Fall of Intelligence : An International Security History)]. Georgetown University Press, 2014.
West, Nigel. « Fiction, Faction and Intelligence ». Intelligence and National Security 19, no 2 (1 juin 2004) : 275‑89.
Woods, Brett F. Neutral Ground : A Political History Of Espionage Fiction. New York : Algora Publishing, 2007.

VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

Le comédien, mort à l’âge de 87 ans, résumait pour France 5 des classiques de la littérature dans un langage utilisé actuellement par les jeunes. Voici notre sélection.

Capture d\'écran du premier épisode des \"Boloss des belles lettres\" avec Jean Rochefort, \"Madame Bovary\", diffusé sur YouTube le 20 mars 2015. 
Capture d’écran du premier épisode des « Boloss des belles lettres » avec Jean Rochefort, « Madame Bovary », diffusé sur YouTube le 20 mars 2015.  (CAPTURE D’ECRAN / BDBL / YOUTUBE)

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« C’est l’histoire d’un petit puceau tout mou comme les Chocapics au fond de leur bol. Il plane à 10 000 et tu sens le malaise en lui. Son blase, c’est Charles Bovary. » Jean Rochefort avait sa façon bien à lui de résumer les classiques de la littérature. Et pour cause, le comédien, mort à l’âge de 87 ans dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 octobre, avait pour mission de parler des chefs d’œuvres littéraires dans le langage des jeunes, pour l’émission de France 5, « Les Boloss des belles lettres ». Franceinfo vous a sélectionné cinq épisodes marquants.

Le tout premier épisode : « Madame Bovary »

Comme le rappele L’Obs, ce sont « Les boloss des belles lettres » Quentin Leclerc et Michel Pimpant, actifs sur le web depuis 2012, qui ont demandé à Jean Rochefort de raconter Madame Bovary, de Gustave Flaubert, à base de « swag » et de « seum ». La vidéo, postée sur YouTube en mars 2015, a été vue plus de deux millions de fois.

« Le Petit prince », de Saint-Exupéry

Forts de ce succès, les « BDBL » s’exportent à la télévision et le format est diffusé chaque semaine, à partir de janvier 2016, sur France 5, avant « La Grande librairie ». L’acteur, alors âgé de 85 ans, commence avec Le Petit prince, d’Antoine Saint-Exupéry.

« Roméo et Juliette », de Shakespeare

C’est la parodie la plus regardée de la série sur YouTube : Roméo et Juliette, le chef d’œuvre de William Shakespeare. Jean Rochefort commence ainsi : « Il y a les Montaigu et les Capulet, les deux mille-fa de Vérone. »

« Les Fables » de La Fontaine

Jean Rochefort ne pouvait pas faire l’impasse les Fables de Jean de La Fontaine. « Comme y’en a 500 000, j’en ai choisi trois. C’est une cigale jet-setteuse qui se radine chez une foumi trimeuse… », commence-t-il. Regardez la suite :

Le dernier épisode : « Dracula », de Bram Stoker

« Enfin un petit bouquin, bien dark, avec des chauves-souris » et « un avocat qui part faire du biz en Transylvanie ». C’est avec l’œuvre de Bram Stoker, Dracula, que s’achève la série. Vous pouvez retrouver l’intégralité des épisodes ici.

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