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La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

par Chine.in 22 Juillet 2017, 09:51 Chine Egypte Civilisation Pharaons Culture Histoire

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ?

Selon le géochimiste chinois Sun Weidong, la civilisation chinoise pourrait être née en Égypte. Pour alimenter sa théorie, le professeur a examiné en outre de nombreux textes classiques chinois datant de la supposée première dynastie chinoise connue sous le nom de dynastie Xia. Ses recherches sont compilées dans un essai de 93 000 caractères, publié en ligne en septembre 2015.

 

Selon Sun Weidong, l’une des preuves confirmant sa thèse provient d’un texte de l’historien Sima Qian (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) décrivant la topographie de l’empire Xia, traditionnellement reconnu comme étant la dynastie fondatrice de la Chine (2070 av. J.-C. à 1600 av. J.-C.). Dans celui-ci, on peut lire en substance qu’un grand fleuve coule du sud vers le nord, se divisant en neuf bras, avant de se jeter dans la mer. Selon la croyance populaire, la dysnastie Xia est née de l’Empereur Jaune et a vécu essentiellement autour du Fleuve Jaune, cependant le fleuve en question dans le texte n’est pas celui cité puisqu’il coule d’ouest en est ; en réalité il n’y a qu’un fleuve majeur au monde qui coule vers le nord et il s’agit du Nil, en Égypte.

 

Le Nil et son delta.

Sun Weidong, scientifique émérite et plusieurs fois décoré, assure depuis des années que les fondateurs de la civilisation chinoise n’étaient dans aucun sens du terme Chinois mais des migrants venus d’Égypte. Sa certitude remonte aux années 90 alors qu’il effectuait la datation radiométrique de bronzes chinois anciens. À sa grande surprise, leur composition chimique ressemblait d’avantage à des bronzes égyptiens que ceux issus de minerais chinois indigènes.

Il affirme que, contrairement aux idées largement répandues, la technologie de l’âge de bronze en Chine ne viendrait pas du nord-ouest du pays par la Route de la soie préhistorique, mais de la mer. Elle aurait été apportée par les Hyksos, des Asiatiques occidentaux qui ont régné dans une partie du nord de l’Égypte en tant qu’étrangers, entre les 17e et 16siècles av.- J.-C., jusqu’à leur supposée expulsion du pays. Le chercheur note également que les Hyksos possédaient à une date antérieure presque les mêmes technologies et façon de vivre (métallurgie du bronze, chars, alphabétisation, plantes, animaux domestiques) que la dynastie Shang, deuxième dynastie chinoise ayant régné entre 1300 et 1046 av. J.-C. C’est en tout cas ce que révèlent des fouilles archéologiques effectuées dans l’ancienne ville de Yin, capitale de cette dernière dynastie.

« Cela peut paraitre ridicule aux yeux de certains parce que les historiens ont longtemps déclaré : ‘Nous sommes les enfants du Yan et de l’Empereur Jaune’. L’historien Sima Qian a pris ces figures légendaires comme les ancêtres des chinois Han et l’arrière-petit-fils de l’Empereur Jaune, Yu le Grand, comme le fondateur de la dynastie Xia […] Ainsi, même les figures les plus iconoclastes de la nation comme Sun Yat-Sen, Chiang Kai-Shek et Mao Zedong ont à un moment ou un autre ressenti le besoin de rendre hommage à la tombe de l’empereur Jaune. La revendication même qui prône que la civilisation chinoise serait âgée d’environ 5 000 ans, prend comme point de départ le règne supposé de cet empereur légendaire », écrit-il.

Ce n’est pas la première théorie à placer l’origine de la civilisation chinoise sur le continent africain.

Le philologue français Albert Étienne Jean Baptiste Terrien de Lacouperie qui a publié en 1892 « Western Origin of the Early Chinese Civilization from 2300 B.C. to 200 A.D. » (soit « L’origine occidentale des débuts la civilisation chinoise de 2300 av. J.-C. à 200 apr. J.-C. » en français), a déduit que la civilisation chinoise serait née à Babylone, d’après sa comparaison des hexagrammes du « Livre des Mutations » et de l’écriture cunéiforme de Mésopotamie. Il ira même plus loin en associant L’Empereur Jaune à un roi Nakhunte.

Écriture cunéiforme de Mésopotamie.

Liu Shipei, le professeur d’histoire de l’Université de Pékin, qui est le véritable auteur derrière la pseudo-chronologie de l’Empereur Jaune, a été parmi les premiers à promouvoir l’origine babylonienne des Chinois, dans des livres tels que « Histoire de la nation chinoise », publié en 1903.

Sun Yat-Sen, fondateur de la République de Chine, a quant à lui déclaré dans ses « Trois Principes du Peuple » publié en 1924 : « la croissance de la civilisation chinoise peut […] être expliquée par le fait que les colons qui ont migré d’un autre endroit dans cette vallée, possédaient déjà une civilisation très élevée. »

Cependant, entre les années 1920 et 1930, la théorie a été abandonnée après les agressions japonaises. La Chine a alors commencé à se fermer et à rejeter toute influence occidentale et a adopté sa théorie semi-mythologique sur l’origine de sa civilisation. Après 1949, Mao Zedong met en place un anti-impérialisme qui se transformera en anti-occidentalisme et affectera inévitablement l’archéologie et les recherches historiques.

 

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Le roman d’espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique

Le roman d’espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique

Par Benjamin OUDET, le 4 octobre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Benjamin Oudet est doctorant contractuel en Science politique à l’Université de Poitiers. Ses recherches portent sur les problématiques du renseignement contemporain et il travaille particulièrement sur les coopérations internationales en matière de renseignement dans le cadre du contre-terrorisme et des opérations militaires multilatérales.

Le roman, s’il est l’objet d’une lecture par les outils conceptuels des sciences humaines, contribue à dévoiler en partie ce que la littérature académique a désigné comme la « dimension manquante » des Relations internationales. C’est-à-dire l’oubli relatif jusqu’aux années 1980 des problématiques du renseignement comme point de compréhension privilégié de la politique internationale.

CET article est issu de la table ronde « Nid d’espions : le masque et la brume » tenue lors des Rencontres de l’IHEDN [1]. Il y fut défendu l’intérêt du roman pour la recherche universitaire ; comme point de visibilité des enjeux de l’espionnage ou sa de forme bureaucratisée dans l’Etat : le renseignement. Au-delà de l’adjonction cosmétique, la réflexion sur la fiction d’espionnage engage le questionnement des conditions épistémologiques et méthodologiques de la recherche académique sur le monde du secret ; là ou l’accès aux sources (documents, entretiens…) est si contraint par la confidentialité nécessaire au fonctionnement des « services ».

Le renseignement est un objet de culture populaire et de discours académique [2]. Loin de constituer un passe-temps périphérique aux activités de recherches « sérieuses », la prise en compte académique de la fiction a été défendue dès le milieu des années 1980 par les études alliant la science politique, l’analyse littéraire et la sociologie littéraire [3]. Mais cela n’est pas toujours allé de soi. Le roman d’espionnage, parce qu’il était classé dans la catégorie de paralittérature fut longtemps exclu du monde de la culture lettrée car sacrifiant la prétention esthétique à l’efficacité narrative [4]. Mais les années 1970 voient la reconnaissance du genre dans les études littéraires. Riches de thèmes, le roman d’espionnage nourrit une réflexion sur les sous-genres littéraires fondée sur l’idée que les « stéréotypes et les idéologèmes qui s’y déploient sont de notre temps » [5] et donc susceptibles de nous en révéler la « qualité ». Cette approche acquit progressivement ses lettres de noblesse dans la science politique et la sociologie. Plus tard et malgré l’épuisement du roman d’espionnage dans les années 1980 [6], persiste l’idée que la fiction (films, littérature, série TV) conserve toute sa pertinence pour l’étude des phénomènes politiques.

Qu’est-ce qu’un roman d’espionnage ?

Dans le contexte post-Vietnam, l’espionnage et le renseignement émergent comme problèmes politiques, juridiques, éthiques, engageant une réflexion sur l’avenir de ce que les théoriciens nomment les « régimes » politiques. S’opère dans les années 1970 la rencontre de deux droites qu’il ne sera plus possible de dissocier par la suite. D’une part le renseignement devint un objet d’études académiques et ne sera plus désormais la dimension manquante des relations internationales, trop secrète pour être étudiée [7]. Dans le même temps prend fin la marginalisation de la paralittérature et donc du roman d’espionnage au sein des études littéraires académiques [8]. Même si la jonction des champs de recherche ne s’opèrera qu’au début des années 1990, apparaît entière l’importance de la fiction pour notre compréhension culturelle du renseignement contemporain.

On ne compte plus les films qui le mettent en scène (Marvel’s, série Star Wars…) à tel point que l’analyse de science politique ne semble plus pouvoir se passer de fiction. Il n’est que de fréquenter le site de la Central Intelligence Agency (CIA) pour s’en convaincre. La centrale américaine, ou La Compagnie comme l’écrira Robert Littell [9], est très claire quand elle invite à faire la distinction entre faits et fiction sur la réalité des métiers du renseignement. Dans sa rubrique « Fact and Fiction : Debunking Some Myths  » l’Agence s’emploie à réduire les mythes véhiculés par le cinéma et la littérature : non les agents de la CIA ne roulent pas en voitures de sport, ne fréquentent la jet set internationale ni ne passent leurs vies dans des cocktails mondains. Et de préciser que ses membres sont des « gens ordinaires » [10]. On aura d’emblée compris à quel héros britannique plus agité cela fait référence…

Aujourd’hui, les études académiques de renseignement (Intelligence Studies) investissent cette dimension fictionnelle par des programmes de recherche importants et des collections universitaires se consacrent à l’analyse des séries TV [11]. Il ne saurait être question ici de recenser de manière exhaustive tous les romans d’espionnage produit depuis la création du genre au tournant du XXe siècle [12], encore moins les études littéraires, historiques et sociologiques dont ils furent l’objet [13]. De même il ne saurait être question d’en décrire l’histoire depuis sa création au début du XXe siècle, tant marqué par des discontinuités des motifs narratifs. Nous conseillons également à la lecture de l’ouvrage de Brett F. Woods, Neutral Ground : A Political History Of Espionage Fiction [14].

L’historien futur ne saurait rendre compte des années de la « Guerre à la terreur » sans la prise en compte d’une série TV comme Homeland. Mais avant que le cinéma et la télévision ne s’imposent comme les lieux privilégiés de cette mise en scène, c’est à travers le roman que fut mis en ordre et se diffusèrent les représentations du monde du secret et du clandestin, de la dissimulation et du spectaculaire, mais aussi de la production de connaissance nécessaire à la sécurité des Etats. S’y joua la constitution d’un univers de sens qui structura la compréhension commune de ces « bureaucraties du secret » et de leurs activités.

Pour Guy Bouchard : « Le roman d’espionnage est un roman dramatique où le protagoniste travaille secrètement au service d’un Etat pour un enjeu de sécurité internationale » [15]. L’Etat s’incarne dans le personnage du chef de l’espion dont le rôle est essentiel puisque l’espion n’agit pas dans son propre intérêt (ou à de rares exceptions comme dans Notre Agent à la Havane, Graham Greene, 1958). Il doit recevoir sa mission de quelqu’un qui est également tenu d’en rendre compte. Le roman d’espionnage met en ordre ce « réel » que nous ne pouvons saisir parce qu’au-delà de la frontière du secret séparant « celui qui en est » (insider) de celui qui n’est est pas (outsider). Pour Thomas Boileau-Narcejac : « Il se situe au carrefour du roman problème, du roman noir, du suspense et de la sciences fiction. Il unit toutes les formes de la peur et de la curiosité. Il semble donner une réponse à la seule question qui obsède tous les esprits » [16].

Définitions que l’on peut admettre provisoirement si l’on considère que le roman d’espionnage de Guerre froide (1947-1991) traite en priorité de quatre sujets : dérober ou récupérer des renseignements concernant des armes atomiques, enlever ou reprendre ces savants atomiques. S’il n’en dévoile pas encore leurs « fonctions », un détour par la théorie du renseignement (définition, principe, et fonctionnement) permet de situer les œuvres fictionnelles dans le répertoire d’action des services.

Qu’est-ce que le renseignement ? La recherche d’une définition est un effort toujours renouvelé au sein des études académiques. Nous reprendrons cette définition synthétique : « Le renseignement est un terme englobant une série d’activités – de la planification et la collection d’information en passant par l’analyse et la dissémination – conduites en secret, dans l’objectif de maintenir ou de renforcer la sécurité relative en apportant une anticipation des menaces ou des menaces potentielles selon des modalités permettant l’introduction de stratégies ou de politiques préventives, incluant, si besoin est des activités spéciales ou clandestines » [17]. Le renseignement se définit également par sa destination : la décision politique et militaire de haut niveau. Il se définit également par des organisations, des bureaucraties, que la fiction peut mettre en scène. Enfin, il se présente comme un cycle d’activités : le cycle du renseignement qui formalise théoriquement la succession d’étapes visant à produire une « connaissance » utile à la décision. Ce cycle se compose de l’orientation de la recherche par le décideur, de la collecte d’informations par des moyens techniques et humains, de l’analyse de ces informations pour la production d’une connaissance, enfin de la dissémination vers le décideur de cette connaissance. Le renseignement peut donc être caractérisé par trois termes : une certaine forme de connaissance, des bureaucraties, des pratiques. Aussi, un débat a lieu au sein des études universitaires sur l’intégration ou non du contre-espionnage (la chasse aux espions comme chez Robert Littell, The Defection of A.J Lewinter, 1973) et des actions clandestines d’influences (la main cachée de l’influence, la troisième voie entre le militaire et le diplomate, la tentative cachée pour changer le monde, covert actions) dans le cycle. Cette discussion soulève un paradoxe quant à l’imaginaire fictionnel lié à l’espionnage. Alors qu’elles ne sont que l’un des aspects des activités des services de renseignement, l’action clandestine d’influence mise en scène à travers la figure de l’espion omnipotent ou le contre-espionnage jouissent d’une sur-représentation dans le champ fictionnel.

Il devient ainsi possible d’aboutir à une définition minimale du roman d’espionnage ou de renseignement : la mise en forme fictionnelle d’une ou de la succession des activités du cycle de renseignement, du contre-espionnage ou des actions secrètes d’influence. La clôture du « monde » reconstitué par le roman met en scène l’une des activités du cycle de renseignement. D’une manière close et bornée à la frontière interne des services comme chez Graham Greene (The Human Factor, 1978), montrant l’interaction des services et des sphères politique comme chez John le Carré (il s’agit généralement des premiers cercles du Foreign Office) ou Len Deighton (Spy Line, 1989), soit le renseignement est intégré à une galaxie plus large d’organisations gouvernementales dans lequel les services ne sont qu’un des éléments d’une trame narrative qui les dépasse. C’est le modèle du roman choral et théâtral de Frederick Forsyth (The Negociateur, 1989) ou Tom Clancy (The Sum of All Fears, 1991).

Rattaché à des types d’activités, l’univers de référence secret et trompeur de l’espionnage qui est mis en scène entraine deux conséquences quant à la typologie des types de productions : espionnage comme série, espionnage comme exemplum, espionnage historiographique, roman d’espionnage à thèse, espionnage-fiction, espionnage quasi-fiction. La seconde implication a trait à la construction de la vraisemblance dans une genre qui prétend au « réalisme » mais qui par définition met en scène un arrière monde par-delà la réalité. Le roman d’espionnage traite des relations et des affrontements entre nations et systèmes politiques par l’entremêlement de l’histoire universelle et de thèmes connus avec des personnages fictifs dans une « vision conspiratrice de l’histoire ou de la politique » [18]. C’est en somme pour les romanciers réalistes l’ambition de dévoiler la part insaisissable parce que non susceptible d’être l’objet d’une enquête les sciences sociales. Comme le remarque Brett F. Woods, « ce mélange opère comme un médium dans les documents, dates, procédures opérationnelles, technologie et d’autres représentation de la réalité coexistent avec des événement et personnages fictifs » [19]. Ce rapport aux relations internationales dans leurs aspects secrets est une caractéristique particulière du roman d’espionnage qui le différencie des autres genres de la paralittérature (policier, science-fiction…) et qui constitue l’un des attraits principaux pour le chercheur en relations internationales. Gabriel Veraldi remarque que : « Le roman d’espionnage est né de la guerre secrète et n’a jamais échappé à son emprise ; on ne peut pas comprendre l’évolution, la thématique, le rôle social de l’un sans se référer aux péripéties de l’autre. Ensuite ce type de roman décrit des milieux humains qui sont profondément étranger à l’expérience ordinaire de la vie » [20].

Mais il peut comme chez John le Carré transcender cette mise en scène et devenir le point d’explicitation d’autre chose. Si le Carré fait immédiatement figure de maître, la lecture en série de ses ouvrages révèle que l’espionnage n’est pas son problème. Par la mise en scène du système politique à travers les bureaucraties du renseignement, il explore les dilemmes de l’exercice du pouvoir et de la responsabilité morale. Les personnages y révèlent le conflit de leurs ambitions, de leur loyauté (contre-espionnage). Pour reprendre ses mots dans « A Sentimental Lover  » en 1967 et repris dans « Tinker, Taylor, Soldier, Spy  » en 1974, la compréhension des dilemmes moraux du renseignement est une tentative de compréhension de l’inconscient des démocraties libérales, autrement dit, « une guerre dans les coulisses de la bonne conscience ». Interprétation encore incertaine pour ses biographes et exégètes…

Le roman d'espionnage. Quand la fiction du secret vient au secours de la science politique
Benjamin Oudet lors des Rencontres de l’IHEDN
Benjamin Oudet a cosigné avec Olivier Chopin « Renseignement et Sécurité » (Paris, Armand Colin).

Un politiste qui lit des romans est un politiste qui travaille : de l’intérêt de la fiction pour la recherche académique

Pourquoi le renseignement n’a t – il pas été (en France) l’objet de recherches académiques, permettant à la fiction d’occuper un espace de compréhension laissé vacant par la science politique ? Pour Pierre Rosanvallon, l’Etat comme problème politique ou comme phénomène bureaucratique est au cœur des passions partisanes et des débats philosophies tout en restant une sorte de non-objet historique [21]. S’est ajoutée, jusqu’aux années 1990, la désaffection des universitaires Français pour un sujet qui renverrait aux pires errements de la raison d’Etat, à un mal moral de l’Etat comme une survivance monarchique dans le contexte d’approfondissement de l’Etat de droit [22]. Pourtant Erik Neveu remarque que : « Les genres littéraires « mineurs », regroupés sous le terme générique de paralittérature, offrent des témoignages irremplaçables pour l’étude de sociétés, des idéologies, des aspirations de acteurs sociaux. Comment pourrait-il en être autrement puisque – de par les thèmes abordés – ces ouvrages se situent souvent au carrefour des discours politiques et des productions culturelles » [23]. Il ajoute : « Lieu de cristallisation, miroir des idéologies et de leur fonctionnement, le roman d’espionnage constitue un point d’observation, un point de départ logique à l’investigation » [24]. S’agit-il alors de comprendre la société ou le renseignement à travers le roman d’espionnage ?

La science politique est une discipline empirique des sciences sociales soumise au respect de trois conditions épistémologiques : le principe de vérification ou infirmation comme critère d’acceptabilité de ses résultats ; le recours aux techniques rationnelles capables d’avancer une explication causale des phénomènes étudiés ; l’absence de jugement de valeur, autrement dit la neutralité axiologique couplée à l’injonction de prendre « les phénomènes comme des choses ». Le chercheur se doit donc « d’administrer la preuve sur documents ou entretiens. Mais, eu égard à l’accès limité aux sources autour desquelles bâtir son enquête, la littérature d’espionnage « sérieuse », c’est-à-dire, l’écriture de romans par des écrivains ayant une connaissance du milieu pour y avoir appartenu et ayant pour objectif de faire voir les logiques d’un milieu professionnel, s’impose comme un complément légitime à la recherche empirique et à l’enquête universitaire traditionnelle [25]. Par exemple, comment rendre compte de l’action clandestine d’influence ou de la coopération internationale alors que ce sont deux activités les plus protégées par les services de renseignement ? Il s’agit donc pour le roman ou la fiction en général de dévoiler ce qui se passe au-delà de cette frontière du secret, tout en s’inscrivant dans son « genre », sans toutefois donner au chercheur l’illusion d’une symétrie parfaite.

Mais l’initiative peut aussi être interne. Des chercheurs comme Nigel West ont montré que la production littéraire d’anciens des services secrets britanniques était motivée par la relative frustration de ne pouvoir expliquer leur métier au grand public ; la fiction devenant alors le lieu privilégié de ce dévoilement [26]. Les œuvres de John le Carré, Graham Green ou Ian Fleming qui tous trois ont appartenus à ces services font l’objet d’une redécouverte et d’une interrogation nouvelle par le champ de recherche sur le renseignement autour de deux problématiques générales : l’invention supposée du roman « extérieur » face à la vérité supposée des pratiques « intérieures » ; les relations entre institutions et industrie du divertissement et de la production fictionnelle [27].

La science politique est la dernière arrivée dans l’analyse de la production littéraire où dominait jusqu’aux années 1980 la place de l’historien et du sociologue de la littérature. Alors que l’approche des historiens s’attache à dresser une chronologie du genre à travers quelques grandes œuvres qui définissent les thèmes et structures des romans [28], l’approche sociologique s’intéressera aux conditions de production des œuvres par une sociologie des producteurs (éditeurs, écrivains) et des lectorats [29]. L’historien décrit l’évolution du genre en y repérant les périodes de consensus paradigmatiques autour de thèmes et motifs narratifs, entre périodes de cassures. Elle procède à la fois à l’étude de la littérature dans la société et de la société dans la littérature. A l’étude de l’espionnage dans le roman et du roman dans l’espionnage. Ce à quoi il faut ajouter un réseau de discussion souterrain entre les œuvres et les auteurs quant à la crédibilité de leurs récits. Ainsi, peut-on lire chez Robert Littell : « ça se passerait surement comme ça dans un le Carré, mais dans la réalité… » [30]. La problématique se pose à l’écrivain : le roman ne doit pas être l’objet d’une injonction au « réel », est-il avant tout création et imagination ? Il est aussi mise en ordre du réel, d’un réel que les sciences sociales et humaines sont de moins en moins capables de saisir. Mais contrairement à d’autres genres littéraires, le roman d’espionnage parce qu’il traite du tréfonds de l’Etat et de ses turpitudes, doit « faire vrai » et « dire le vrai ».

Le roman se positionne donc à la fois comme un « faire voir » par la reconstitution plus au moins crédible et plausible d’un milieu (code, normes, déontologie) et de ses relations avec le monde qui n’en est pas ; et un « faire connaitre » qui tiendrait plus à la pédagogie, c’est-à-dire enseigner sur le fonctionnement de ce milieu. L’hyperréalisme recherché des fictions contemporaines du renseignement occupe cette fonction de dévoilement et de pédagogie, mais aussi de mise en ordre d’une « réel » fuyant [31].

Par exemple, que nous apprend le roman d’espionnage sur le métier d’espion et d’agent de terrain ? Chez Josette Bruce : « L’Impitoyable métier qu’exerçait Hubert (Bonniseur de la Bathe) excluait sentimentalité et pitié. On ne pourrait se le permettre. Comme sur le champ de bataille, c’est à qui tire le premier ». Et OSS 117 de nous dire qu’il « aime l’Aventure pour ce qu’elle représente. J’avais à choisir entre le gangstérisme et l’espionnage. J’ai choisi l’espionnage… C’est le seul métier où l’on puisse encore donner libre cours aux vieux et impérissables instincts de l’homme » [32].

Derrière l’illusion de la paix par l’absence de bataille, le roman montre la supposée réalité profonde et dissimulée de la guerre perpétuelle entre Etats. « Il rapporte sous une forme romancée les conflits d’intérêts ou d’influence entre nations en privilégiant les formes souterraines de ces affrontements » [33]. Dans ce contexte : « L’agent secret s’intéresse aux relations internationales ou à la sûreté de l’Etat » [34]. Ce qui n’est pas sans incidence sur le danger qui pèse sur sa personne. Forcément clandestin et engagé dans une guerre secrète il est tour à tour l’incarnation et le réceptacle de l’anarchie des relations internationales et des antinomies de la raison d’Etat. D’un côté l’espion n’est pas un acteur sans souveraineté parce qu’il agit sur le territoire d’un Etat donc soumis à un certain système politico-juridique. Mais parce qu’il est clandestin, il n’est plus un sujet de droit « normal » et s’expose à une répression sans limite de l’Etat cible en l’absence de toute restriction juridique et de tout impératif de retenu quant à son traitement s’il est découvert. Incarnation donc de l’anarchie internationale dans le sens où aucun « Super-Etat » ne peut imposer un ordre équivalent à la concorde civile intérieure que protège les Etats en-dedans. En principe, rien n’empêche les Etats de mener les uns contre les autres des politiques de renseignement et des s’envoyer des espions [35]. Face à l’incertitude incompressible du comportement des acteurs étatiques, le renseignement devient l’outil privilégié de réduction de cette incertitude, et l’espion incarne à la fois l’une des potentialités de l’anarchie internationale et son correctif : la recherche de la connaissance des capacités et intentions de « l’autre » pour réduire l’incertitude de son comportement.

Suivant cette perspective et dans le contexte démocratique, l’espion est très tôt construit comme la figure topique et antinomique des principes de la démocratie libérale (ou la publicité des actes de gouvernement est construit comme un mécanisme de régulation). Parce que son cœur de métier est la tromperie, la dissimulation, le mensonge et le secret comme condition d’exercice il serait la face spéculaire de l’action de l’Etat et de ses basses œuvres. Personnifiant les mains sales de la raison d’Etat, sa positivité viendrait pour Alain Dewerpe de la hauteur de l’idéal qu’il défend : les valeurs de l’Etat nation [36]. Il tient ensemble et réconcilient les dilemmes de la raison d’Etat, c’est-à-dire l’impératif de l’action laide pour le bien supérieur de l’Etat, non pas Etat pour lui-même, mais instance morale protectrice du peuple et d’un certain régime politique jugé « meilleur ». D’où la tendance de fond dans la littérature de Guerre froide à poser l’espion comme premier rempart contre les « barbares ». E. Neveu note que : « Jadis encore associé aux images d’un Léviathan menaçant pour la société civile ou les plus démunis, l’Etat et ses représentants se trouvent désormais promus au rang de justiciers, de garants d’un ordre qui mérité d’être défendu » [37]. Pour que les forces du Bien perdurent, il faut que les forces du Mal agissent. L’une ne peut se maintenir sans l’autre. Quelque soient les substances du Bien et du Mal que les fictions mettront en scène et recomposeront selon l’époque.

Si l’agent de l’administration est autorisé à agir « par le mal » c’est pour la protection d’un bien supérieur. Mais protection vis-à-vis de qui et de quoi ? [38]. Le roman d’espionnage met en scène des agents de l’Etat engagé dans une guerre dite secrète, c’est-à-dire qui n’est pas déclenchée suite à une déclaration et n’oppose pas des armées régulières. On peut même dire que tout l’enjeu de l’espion est de mener un guerre secrète pour éviter la guerre ouverte ; avec la méta-interrogation : allons-nous survivre ? Oui si l’espion est efficace.

Conclusion

Le roman, s’il est l’objet d’une lecture par les outils conceptuels des sciences humaines, contribue à dévoiler en partie ce que la littérature académique a désigné comme la « dimension manquante » des Relations internationales. C’est-à-dire l’oubli relatif jusqu’aux années 1980 des problématiques du renseignement comme point de compréhension privilégié de la politique internationale. Malgré le développement exponentiel d’une production académique consacrée au renseignement, la discipline des Relations internationales et des études de renseignement demeure dans un état de « déconnexion alarmante » [39]. La reconnaissance de la légitimité de la fiction du secret comme objet de recherche légitime s’opère au sein d’un champ académique (Intelligence Studies) qui lui-même travaille à sa reconnexion avec les Relations internationales. S’ajoute à cela deux aspects nouveaux mis en lumière par les recherches récentes de science politique. La destination ou la fonction de la fiction n’est plus uniquement pour le politiste, le sociologue ou l’historien le lien d’une investigation sur l’objet visant à l’exploration des productions culturelles [40]. L’intérêt de ces productions tient dans leur capacité de dévoilement et de mise en lumière des espaces secrets, confidentiels, « retranchées » [41] de l’espace public que sont les services secrets et les politiques de renseignement. Le roman d’espionnage et la fiction du secret en général est un lieu où se reflète une culture et suggère le parallélisme ou les homologies qui relient l’évolution du genre aux soubresauts de la société et de l’ordre (et désordre) international. Pourtant, et malgré ces justifications, il reviendra au lecteur de croire ou non au potentiel « révélateur » du roman et de le mettre à la balance des sciences humaines. En dernière analyse il lui appartiendra de déterminer si le réel tel qu’il est montré par les sciences sociales est supérieur au réel tel qu’il est imaginé par le roman, si vraisemblable soit-il.

Copyright Octobre 2017-Oudet/Diploweb.com


Rencontres de l’IHEDN 2017. Nid d’espions : le masque et la brume. Vidéo de la table ronde avec Bernard Besson, Benjamin Oudet et Vincent Crouzet, animée par Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com


Bibliographie sélective

Angenot, Marc. « Qu’est-ce que la paralittérature  ? » Etudes Littéraires 7, no 1 (1974) : 9‑22.
Barrett, Oliver Boyd, David Herrera, et James A. Baumann. Hollywood and the CIA : Cinema, Defense and Subversion. 1re éd. Routledge, 2011.
Bleton, Paul. Les Anges de Machiavel. Québec, Québec : Nota Bene, 2005.
Bleton, Paul, Mélika Abdelmoumen, et Désiré Nyela. La cristallisation de l’ombre  : Les origines oubliées du roman d’espionnage sous la IIIe République. Limoges : Presses Universitaires de Limoges et du Limousin, 2011.
Boltanski, Luc. Énigmes et complots : Une enquête à propos d’enquêtes de Luc Boltanski. Gallimard, 2012.
Bouchard, Guy. « Le Roman d’espionnage ». Etudes Littéraires 7, no 1 (1974) : 23‑60.
Dewerpe, Alain. Espion : Une anthropologie historique du secret d’État contemporain. Paris : Gallimard, 1994.
Gill, Peter, et Mark Phythian. Intelligence in an Insecure World. 2e éd. Polity, 2013.
Jenkins, Tricia. The CIA in Hollywood : How the Agency Shapes Film and Television. 2e éd. University of Texas Press, 2016.
Marin, Louis. Lectures traversières. Paris : Albin Michel, 1992.
Neveu, Erik. L’idéologie dans le roman d’espionnage. Paris : Les Presses de Sciences Po, 1985.
Rosanvallon, Pierre. L’Etat en France  : de 1789 à nos jours. Paris : Seuil, 1993.
Schweighaeuser, Jean-Paul (1941- ) Auteur du texte. Panorama du roman d’espionnage contemporain / Jean-Paul Schweighaeuser. Paris : l’Instant, 1986..
Svendsen, Adam D.M. « Painting rather than photography : exploring spy fiction as a legitimate source concerning UK–US intelligence co-operation ». Journal of Transatlantic Studies 7, no 1 (1 mars 2009) : 1‑22.
Veblen, Thorstein Bunde. Théorie de la classe de loisir. Paris : Gallimard, 1979.
Veraldi, Gabriel. Le Roman d’espionnage. Paris : Presses Universitaires de France – PUF, 1983.
Wark, Wesley K. Spy Fiction, Spy Films and Real Intelligence. Reissue. London ; New York : Routledge, 2015.
Warner, Michael. [(The Rise and Fall of Intelligence : An International Security History)]. Georgetown University Press, 2014.
West, Nigel. « Fiction, Faction and Intelligence ». Intelligence and National Security 19, no 2 (1 juin 2004) : 275‑89.
Woods, Brett F. Neutral Ground : A Political History Of Espionage Fiction. New York : Algora Publishing, 2007.

VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

Le comédien, mort à l’âge de 87 ans, résumait pour France 5 des classiques de la littérature dans un langage utilisé actuellement par les jeunes. Voici notre sélection.

Capture d\'écran du premier épisode des \"Boloss des belles lettres\" avec Jean Rochefort, \"Madame Bovary\", diffusé sur YouTube le 20 mars 2015. 
Capture d’écran du premier épisode des « Boloss des belles lettres » avec Jean Rochefort, « Madame Bovary », diffusé sur YouTube le 20 mars 2015.  (CAPTURE D’ECRAN / BDBL / YOUTUBE)

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« C’est l’histoire d’un petit puceau tout mou comme les Chocapics au fond de leur bol. Il plane à 10 000 et tu sens le malaise en lui. Son blase, c’est Charles Bovary. » Jean Rochefort avait sa façon bien à lui de résumer les classiques de la littérature. Et pour cause, le comédien, mort à l’âge de 87 ans dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 octobre, avait pour mission de parler des chefs d’œuvres littéraires dans le langage des jeunes, pour l’émission de France 5, « Les Boloss des belles lettres ». Franceinfo vous a sélectionné cinq épisodes marquants.

Le tout premier épisode : « Madame Bovary »

Comme le rappele L’Obs, ce sont « Les boloss des belles lettres » Quentin Leclerc et Michel Pimpant, actifs sur le web depuis 2012, qui ont demandé à Jean Rochefort de raconter Madame Bovary, de Gustave Flaubert, à base de « swag » et de « seum ». La vidéo, postée sur YouTube en mars 2015, a été vue plus de deux millions de fois.

« Le Petit prince », de Saint-Exupéry

Forts de ce succès, les « BDBL » s’exportent à la télévision et le format est diffusé chaque semaine, à partir de janvier 2016, sur France 5, avant « La Grande librairie ». L’acteur, alors âgé de 85 ans, commence avec Le Petit prince, d’Antoine Saint-Exupéry.

« Roméo et Juliette », de Shakespeare

C’est la parodie la plus regardée de la série sur YouTube : Roméo et Juliette, le chef d’œuvre de William Shakespeare. Jean Rochefort commence ainsi : « Il y a les Montaigu et les Capulet, les deux mille-fa de Vérone. »

« Les Fables » de La Fontaine

Jean Rochefort ne pouvait pas faire l’impasse les Fables de Jean de La Fontaine. « Comme y’en a 500 000, j’en ai choisi trois. C’est une cigale jet-setteuse qui se radine chez une foumi trimeuse… », commence-t-il. Regardez la suite :

Le dernier épisode : « Dracula », de Bram Stoker

« Enfin un petit bouquin, bien dark, avec des chauves-souris » et « un avocat qui part faire du biz en Transylvanie ». C’est avec l’œuvre de Bram Stoker, Dracula, que s’achève la série. Vous pouvez retrouver l’intégralité des épisodes ici.

Lettre d’Albert Camus à René Char

Lettre d’Albert Camus à René Char

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camus

Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent.

Albert Camus restera comme une figure singulière dans la culture et l’histoire : immense écrivain, penseur à la fois engagé et en rupture avec son époque et, fait rare, homme d’exception, à la hauteur d’une œuvre lumineuse et nécessaire. Son chemin aura croisé l’aventure d’un autre homme d’exception, René Char, poète sibyllin et résistant.

17 septembre 1957

Cher René,

Je suis en Normandie avec mes enfants, près de Paris en somme, et encore plus près de vous par le cœur. Le temps ne sépare, il n’est lâche que pour les séparés — Sinon, il est fleuve, qui porte, du même mouvement. Nous nous ressemblons beaucoup et je sais qu’il arrive qu’on ait envie de « disparaître », de n’être rien en somme. Mais vous disparaîtriez pendant dix ans que vous retrouveriez en moi la même amitié, aussi jeune qu’il y a des années quand je vous ai découvert en même temps que votre œuvre. Et je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment qu’il en est de même pour vous, à mon égard. Quoi qu’il en soit, je voudrais que vous vous sentiez toujours libre et d’une liberté confiante, avec moi.

Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, trop amère, trop anémiante, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes, venues de qui on aime. À la fin, on mourrait de chagrin, littéralement. Et il faut que nous vivions, que nous trouvions les mots, l’élan, la réflexion qui fondent une joie, la joie. Mais c’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours.

Je rentre dans une semaine. Je n’ai rien fait pendant cet été, sur lequel je comptais, beaucoup, pourtant. Et cette stérilité, cette insensibilité subite et durable m’affectent beaucoup. Si vous êtes libre à la fin de la semaine prochaine (jeudi ou vendredi, le temps de me retourner) déjeunons ou dînons. Un mot dans ma boîte et ce sera convenu. Je me réjouis du fond du cœur, de vous revoir.

Votre ami

Albert Camus

couverture

 

http://www.deslettres.fr/lettre-dalbertcamus-a-rene-char-voudrais-etre-compagnon-dont-on/

Cameroun : ouverture de la 1ère galerie d’art contemporain à Yaoundé

Cameroun : ouverture de la 1ère galerie d’art contemporain à Yaoundé
L’exposition inaugurale de la galerie d’art contemporain de Yaoundé, financée par l’Agence française de Développement (AFD) et l’Institut Français du Cameroun (IFC) dans le cadre du volet Culture du C2D, s’est clôturée fin juillet. Succès indéniable pour cette première.

Le 30 mai, la Galerie d’Art Contemporain de Yaoundé (GACY) a été inaugurée par Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Arts et de la Culture camerounais et Gilles Thibault, ambassadeur de France au Cameroun.

Le temps de l’exposition, elle a accueilli plus de 1150 visiteurs d’après les chiffres de l’IFC. Le public, majoritairement jeune et yaoundéen est surtout composé de passants, attirés par l’imposante sculpture du « notable » de Joesph Francis Sumegne postée à l’entrée du bâtiment. Par ailleurs, les classes et le jeune public venus avec des associations ont particulièrement favorisé le bouche-à-oreille auprès des adultes.

L’exposition inaugurale « Cheminement, art contemporain au Cameroun » présente une sélection d’œuvres d’artistes plasticiens camerounais, artistes confirmés ou jeunes talents. Le commissaire d’exposition, Landry Mbassi, a voulu représenter la richesse culturelle et plastique du Cameroun à travers une quarantaine d’œuvres : peinture, sculpture, photographie, dessin, vidéo, performance… Tous les médias sont mis à l’honneur.

L’art au service du développement

Cette galerie représente donc un excellent « outil de promotion et de rayonnement de l’art contemporain » : espace d’expression et de partage, la galerie permet de faire connaître des artistes locaux qui ne disposaient pas de lieu d’exposition adéquat jusqu’à présent, mais également des artistes camerounais en vogue à l’international, qui ont peu de visibilité dans leur pays. Certaines œuvres ont d’ailleurs déjà été vendues.

Lionel Manga a dit que « le développement était une question d’esthétique ». En intégrant une composante culture au deuxième Contrat de désendettement et de développement (C2D) entre le Cameroun et la France, le gouvernement a ainsi montré l’intérêt qu’il porte à la culture et à son potentiel de développement et de création d’emplois.

Ce volet culturel du C2D comprend également des projections de films africains, des formations aux métiers techniques du cinéma ou encore la création d’un ouvrage sur l’architecture de Yaoundé. Toutes ces actions visent à développer les différentes industries culturelles et le tourisme culturel mais également à apporter des valeurs et des repères, formateurs d’une identité et d’une mobilisation collective. Le développement social via la culture n’est donc pas à sous-estimer.

 

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