Archives pour la catégorie Asie centrale

Le chemin vers les guerres modernes

Le chemin vers les guerres modernes

Le président Trump mène une politique combinant menace militaire et guerre économique, et son objectif est de restaurer l’hégémonie américaine, en particulier face à la montée de la concurrence : la Chine. Pékin a acquis des connaissances technologiques et a commencé à s’étendre au-delà de ses frontières, ayant un accès plus facile à l’Asie centrale et au Pacifique que les Américains. En 2015, lorsque Trump s’est présenté aux élections, nous avons écrit :

​“​“La rhétorique de guerre de Trump est très populaire auprès de son public et va bien au-delà de la déclaration d’Obama sur l’exceptionnalisme américain. Au New Hampshire, Trump a failli déclarer la guerre à la Chine : « Regardez ce qu’ils ont fait, ils ont pris notre argent, nos emplois, notre base, notre fabrication, et nous leur devons 1,5 billion de dollars, c’est comme de la magie, ils ont tout pris, et nous leur devons de l’argent. » M. Trump n’a pas dit à son auditoire que le retour à l’emploi a un coût. Le PIB par habitant de la Chine est d’environ 7 500 dollars, tandis que le PIB par habitant des États-Unis est d’environ 55 000 dollars. La rhétorique chinoise est sans équivoque : la Chine a volé ce qui appartient aux États-Unis, et il n’est pas nécessaire de rembourser la dette américaine envers la Chine. Le monde devrait se préparer à ce que M. Trump soit le 45ème président des USA.”

Au sommaire du Bulletin Financier Gefira n°34 disponible dès maintenant

  • Une main de cartes ou les événements en cours
  • L’antisémitisme des Européens autochtones ?
  • Le grand Israël

Le président Trump veut dicter le monde entier, mais, compte tenu du fait que les États-Unis sont maintenant en conflit avec Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Syrie, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, une grande guerre n’est pas à prévoir de sitôt, au point que les interventions militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen et en Libye semblent peu concluantes. Washington dispose d’un arsenal d’autres mesures, comme les suivantes:

  1. mener une guerre par procuration comme le financement de la résistance afghane aux Russes dans les années 80 du siècle précédent.
  2. imposer des sanctions économiques et bloquer des comptes bancaires. Cela a très bien fonctionné contre les petits pays. Tout de même, cela semble être moins efficace dans le cas de l’Iran, et presque inefficace dans le cas de la Russie. La Chine et la Russie accélèrent leurs efforts pour mettre en place des systèmes de paiement alternatifs, et les Européens – rappelons l’adhésion de l’Allemagne au projet Nord Stream 2 au mépris de la pression américaine – ne sont pas disposés à coopérer avec les Etats-Unis à cet égard.
  3. déclencher des révolutions colorées comme la Révolution orange de 2004 en Ukraine ou la Révolution verte de 2009 en Iran. La stratégie n’a pas toujours fonctionné comme prévu : la tentative de renverser le gouvernement vénézuélien a échoué.

En passant, nous pourrions remarquer que ces révolutions pourraient aussi être utilisées par les ennemis de l’Occident. Elles ne peuvent se produire que dans des sociétés politiquement et économiquement instables, et c’est de plus en plus le sort des États-Unis et de l’Europe, tous deux déchirés par des divisions ethniques et religieuses. L’Iran, la Turquie, la Russie et la Chine peuvent armer des factions en Europe et ainsi déstabiliser ces pays de l’intérieur, comme l’ont fait les Américains en Syrie. Le gouvernement turc dispose d’un vaste réseau de mosquées Diyanet qui peuvent distribuer des armes dans les banlieues de Paris, Lyon et Marseille.

Washington a deux opinions divergentes au sujet de sa politique étrangère. Les démocrates voulaient poursuivre l’ingérence au Moyen-Orient et en particulier en Syrie, où, sous le mandat du président Barack Obama, les djihadistes de presque toutes les tendances politiques étaient armés pour expulser le président Bachar al-Assad.4 Le lobby juif de Washington s’efforce de s’opposer à l’Iran, ce qui pourrait s’avérer coûteux. La coalition formée par Téhéran avec le Liban, la Syrie et l’Irak est considérée comme une menace directe pour Israël, ce qui signifie que tôt ou tard, Tel-Aviv verra le président Trump bombarder l’Iran. Rappelons le raid israélien de 1981 sur le réacteur nucléaire irakien.

Source: AIPAC pro-Israel Lobby

Bien que la plupart des partisans de Trump ne soient pas intéressés par une guerre avec l’Iran, les tensions vont probablement s’intensifier. Les Turcs ont déjà indiqué qu’ils ne sont pas prêts à payer un prix plus élevé pour le pétrole et qu’ils pourraient tenter de contourner les sanctions.5 La rumeur dit que les Chinois ont cessé d’acheter du pétrole iranien.6 Les Chinois ont probablement apporté cette nouvelle pour tromper l’administration américaine. L’économie mondiale ne peut pas se permettre un prix élevé pour l’énergie. Si l’électeur américain voit le prix du pétrole augmenter à la pompe à la suite d’une autre guerre inutile, cela n’aidera pas le président Trump lors des élections du 3 novembre 2020.- Alas! Read more in Gefira 34

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Empire : la perte du Rimland

 

Empire : la perte du Rimland

Publié le 13 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in Asie centraleEtats-UnisRussieChine

Dans la colossale bataille du Grand jeu eurasien conditionnant le devenir du monde, l’Asie centrale et le Caucase ont toujours occupé une place éminente. A la chute de l’URSS en 1991, Le Heartland, déjà mis à mal par la rupture sino-soviétique, reculait de manière dramatique.

Quant au Caucase et à l’Asie centrale, nouvellement indépendants, ils devenaient immédiatement la cible de l’empire américain souhaitant les intégrer dans un Rimland d’obédience euro-atlantique encerclant définitivement la Russie :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

A la faveur de la guerre d’Afghanistan, les Américains réussissaient même à s’introduire en plein cœur de l’Asie centrale avec l’installation de bases au Kirghizstan (Manas) et en Ouzbékistan (Karshi-Khanabad), et étaient sur le point de faire de même en Azerbaïdjan. Quant aux richesses énergétiques de la Caspienne, elles étaient déjà partiellement captées par le BTC pétrolier vers l’Ouest et son pendant gazier oriental était dans les tuyaux. C’est le fameux TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde), bien connu des lecteurs:

Le projet débute dans les années 90, l’âge d’or de l’empire (ou de la folie impériale) comme nous l’avons vu plus haut. Chose curieuse, c’est une compagnie argentine, Bridas, qui la première en eut l’idée. Très vite cependant, la texane Unocal rejoignait la danse, supportée par les poids lourds du lobbying diplomatico-énergétique US ainsi que par la famille royale saoudienne (présence de Delta Oil dans le consortium). Le petit poucet Bridas réagit alors en s’alliant avec une autre compagnie saoudienne, Ningarcho, alignée sur le prince Turki el-Faisal, le tout-puissant chef des services secrets de Riyad, puis fusionnant l’année suivante avec l’américaine Amoco, elle-même liée à BP.

Voilà qui rééquilibrait singulièrement le poids des lobbyistes. D’un côté, l’alliance Bridas-Ningarcho-Amoco-BP soutenue par Turki, Brzezinski (conseiller d’Amoco !) ou encore James Baker, l’ami de toujours de la famille Bush. De l’autre, Unocal, parrainée par Dick Cheney, le roi Fahd, Kissinger (conseiller d’Unocal !), Hamid Karzaï (futur président afghan) ou Armitage. L’establishment américain mais aussi saoudien étaient divisés : un vrai panier de crabes…

La passe d’armes déjà complexe était rendue encore plus ardue par la confusion et les intrigues sur le terrain. Le Pakistan et le Turkménistan de notre fameux Niazov (celui qui aimait tant sa maman) furent retournés par Unocal après d’intenses séances de « persuasion ». Restait l’Afghanistan où Bridas possédait encore une longueur d’avance. Ben Laden lui-même s’en était mêlé, conseillant à ses hôtes talibans de signer avec la société argentine. Mais les enturbannés du mollah Omar préféraient attendre et faire monter les enchères ; c’est à cette époque qu’une délégation talibane fut invitée au Texas et à Washington (ainsi qu’à Buenos Aires pour bien faire).

Elu fin 2000, Bush junior prit le parti d’Unocal et relança les négociations avec les Talibans, mais celles-ci butèrent sur les frais de transit exigés par les « étudiants » en théologie. Furieuse, l’administration américaine envoya un émissaire de la dernière chance début août 2001 pour rencontrer une ambassade talibane à Islamabad. C’est au cours de cette réunion qu’aurait été prononcée cette fameuse phrase : « Acceptez notre tapis d’or ou nous vous enterrerons sous un tapis de bombes ». Un mois plus tard, les tours du World Trade Center tombaient et il n’était plus question de négociations ni de tapis d’or…

Mais de TAPI de gaz, il était toujours question ! Certains des principaux soutiens d’Unocal étaient installés au pouvoir (Karzaï à la présidence, Khalilzad comme envoyé spécial puis ambassadeur US à Kaboul) avec pour mission de mener le projet à bien. Toutefois, ce n’est pas pour rien que l’Afghanistan est surnommé le tombeau des empires. Quinze ans après, la guerre fait toujours rage, les Talibans contrôlent des provinces entières tandis que l’Etat Islamique a réussi à s’implanter partiellement. Dans ces conditions, faire passer un gazoduc est aussi probable que de voir le Vatican battre la Nouvelle-Zélande dans un match de rugby…

2019. L’Europe est confrontée à une vague de « populisme » (©presstituée) remettant en cause la domination américaine, le Caucase n’est pas passé sous obédience US, la Turquie s’en éloigne, l’Asie centrale est solidement amarrée à l’OCS et les bases impériales y ont été fermées, le Pakistan est perdu, le couple sino-russe plus soudé que jamais, l’Iran en passe de le rejoindre, l’Afghanistan et l’Irak sont des fiascos à plusieurs centaines de milliards de dollars. N’en jetez plus !

Alors que les Nouvelles routes de la Soie chinoises, qui doivent irriguer l’Eurasie, attirent à peu près tous les pays du continent-monde, Poutine a fait acter l’année dernière l’interdiction de toute présence étrangère autour de la Caspienne (bye bye OTAN) tandis que la flotte russe a désormais accès à toute la mer. Aux dernières nouvelles, Brzezinski en a fait un looping dans sa tombe…

Pire pour l’empire, non seulement l’encerclement de la Russie a lamentablement échoué mais c’est maintenant elle qui avance inexorablement dans le Rimland ! En mars, lors d’une visite de Vladimirovitch au Kirghizstan, a été décidé l’agrandissement de la base de Kant tandis que Moscou augmentera vraisemblablement sa présence déjà importante au Tadjikistan avec la réouverture des bases de Kulob et Bokhtar. Tadjikistan où les Chinois sont également présents, quoique pas de manière officielle, pour surveiller cette zone hautement stratégique (à quelque km de l’Afghanistan ou du Cachemire) et interdire le retour des djihadistes au Xinjiang.

Cette poussée sino-russe dans l’ex-futur pré carré américain fait évidemment grincer les dents du système impérial dont les think tanks néo-cons tentent, assez maladroitement, d’inventer une rivalité militaire entre Moscou et Pékin (ici ou ici). Ils ne peuvent néanmoins cacher une réalité dérangeante : la Russie redevient très prisée en Asie centrale, notamment au Kirghizstan où Vladimirovitch est plus populaire que les dirigeants locaux. Ca tombe bien, Bishkek préside cette année l’Organisation de Coopération de Shanghai et l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, dont elle accueillera les sommets. Quant à la vraie-fausse démission surprise du liderissimo kazakh Nazarbaïev, elle ne changera rien aux liens étroits d’Astana avec l’ours et le dragon et pourrait même les renforcer.

Dans ce contexte, Moscou la joue sereine et se permet même de temporiser dans les discussions sur la multiplication de ses bases à l’étranger, par exemple une deuxième au Kirghizstan. Vision à la russe, où la qualité prime sur la quantité : si les Américains sont des joueurs de Monopoly, les Russes sont des joueurs d’échecs qui avancent leurs pions après mûre réflexion, veillant à les placer en des endroits stratégiques, sans pour autant multiplier les risques ni les coûts. Or l’échiquier russe dans le Rimland commence à prendre forme, au grand dam des stratèges du Potomac.

Asie centrale, Syrie, Caspienne, Arménie, Biélorussie, alliances (OCS, 4+1 ou autres), et même la récupération pétrolière du Kurdistan irakien pourtant fidèle soldat de Washington… La carte des folies impériales d’il y a vingt ans, publiée plus haut, est désormais caduque. Ayez pitié de Mackinder, ne lui montrez pas la nouvelle mappemonde géopolitique.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/04/empire-la-perte-du-rimland.html