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Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Louis-Vincent Gave De Louis-Vincent Gave1 avril 2020 Dans AsieEconomie, énergies et entreprisesEurope 15 Minute de lectureLe masque, la solution à l’épidémie (c) Unsplash

Face à la pandémie de Covid-19, les politiciens des pays du monde entier – la Suède et le Japon sont parmi les rares exceptions – ont eu recours à la rhétorique martiale des dirigeants en temps de guerre et, dans de nombreux cas, ont invoqué des pouvoirs de guerre pure et simple. Les médias ont été mobilisés pour diffuser l’information selon laquelle le monde est en « guerre » contre ce nouveau fléau – une guerre totale qui ne permettra pas aux objecteurs de conscience ou aux réfractaires de s’enfuir et qui remodèlera les sociétés une fois la victoire remportée. Comme dans toute guerre totale, les contraintes monétaires et budgétaires ont été jetées par la fenêtre. La seule chose qui compte, c’est la victoire.

Par conséquent, dans les mois à venir, la plupart des pays enregistreront de nouveaux records en matière de dette publique et d’agrégats monétaires. Prenons l’exemple des États-Unis, où la dette publique a atteint 30 % du PIB pendant la guerre civile américaine, a diminué, est revenue à 30 % pendant la Première Guerre mondiale, puis a rebondi à 120 % du PIB pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, les semaines à venir devraient voir ce record de 120 % battu grâce aux mesures de relance déjà annoncées et à l’effondrement inévitable du PIB.

La logique des guerres est qu’elles détruisent d’énormes quantités de capitaux, ruinent des vies, renversent les structures politiques – la Première Guerre mondiale a vu la fin des empires russe, ottoman, allemand et austro-hongrois – et que quelqu’un finit généralement par gagner (même si c’est une victoire à la Pyrrhus). Par exemple, à la fin de la guerre de Trente Ans, le traité de Westphalie a consacré la domination de la France sur l’Europe pendant les 140 années suivantes, jusqu’à la Révolution française.

En 1815, après Waterloo, la perfide Albion s’est imposée comme la superpuissance qui allait dominer le monde entier tout au long du XIXe siècle. Et bien sûr, les deux guerres mondiales ont vu la Grande-Bretagne passer le flambeau aux États-Unis.

Qui sortira vainqueur ?

La guerre contre Covid-19 aura-t-elle donc un vainqueur ? Si nous acceptons que nous vivons dans un monde avec trois grandes puissances – les États-Unis, l’Europe et la Chine – alors la guerre contre Covid-19 pourrait avoir quatre gagnants potentiels : les trois superpuissances, plus l’idée générale de « mondialisation » – la notion que nous sommes tous dans le même bateau et que les problèmes mondiaux devraient être abordés par le biais d’échanges, d’une intégration et d’une bonne volonté accrus entre les trois grands blocs.

Hélas, si l’idée peut paraître sympathique sur le papier, il semble aujourd’hui que le monde s’éloigne rapidement de cet idéal. Aussi, par souci de concision, je vais écarter ce quatrième « gagnant » possible. À l’heure actuelle, la poursuite de l’intégration mondiale ne semble pas tant un scénario à faible probabilité qu’une chimère enfiévrée. Il reste donc trois gagnants potentiels.

L’Europe, un moment de Tchernobyl

La crise actuelle a mis à nu toutes les verrues de l’Europe. Premièrement, contrairement aux rêves des europhiles et des eurocrates, l’Europe n’est tout simplement pas une nation.

Au XIXe siècle, pour contrer les vues raciales prussiennes sur les origines de la nation, le savant français Ernest Renan a soutenu qu’une nation se définit avant tout par une « volonté de vivre ensemble ». Avec le temps, cela conduit à la création d’un État, qui assume le rôle de protéger les citoyens contre les ennemis, tant étrangers (par des moyens diplomatiques ou militaires) que nationaux (avec une force de police et le système judiciaire). Pour remplir ces fonctions « régaliennes », l’État conserve le monopole de l’usage légal de la violence et prélève des impôts dans sa propre monnaie – à l’intérieur de ses propres frontières. Et ces frontières ne sont essentiellement que les cicatrices de l’histoire et de la géographie.

Aujourd’hui, l’Europe, comme le reste du monde, est attaquée ; une attaque qui justifie une réponse gouvernementale. Si l’Union européenne était une nation, ses dirigeants seraient à l’avant-garde de la contre-offensive. Au lieu de cela, à part une vidéo du chef de la Commission européenne Ursula von der Leyen se lavant les mains en fredonnant l’Ode à la joie (l’hymne européen), la réponse des institutions européennes à la crise a été assourdissante dans son silence. Cela soulève plusieurs questions.

– Si les institutions européennes ne protègent pas les Européens contre quoi que ce soit et, à l’évidence, ne servent à rien en temps de crise, en particulier de crise internationale, à quoi servent-elles alors ?

– Si les institutions européennes ne remplissent pas ces fonctions régaliennes de base, pourquoi les nations européennes ont-elles abandonné à ces mêmes institutions la souveraineté sur leurs budgets, leurs frontières, leurs lois et leurs monnaies ?

– Et, bien sûr, pourquoi les Européens devraient-ils payer avec leurs impôts pour financer cette couche supplémentaire de gouvernement inutile ?

À quand la fin de l’euro ?

Avec un vide au centre de l’Europe, les gouvernements nationaux confrontés à l’Armageddon économique et social ont réagi en (i) reprenant le contrôle de leurs budgets (au diable le pacte fiscal), (ii) reprenant le contrôle de leurs frontières et (iii) reprenant le contrôle de leurs lois (par exemple, en interdisant l’exportation d’équipements médicaux essentiels, contre toute la législation européenne).

Cela soulève la question de savoir combien de temps il faudra pour qu’un ou plusieurs gouvernements européens décident de reprendre le contrôle de leurs monnaies. Si, comme l’a dit Rahm Emmanuel, il ne faut « jamais laisser une crise grave se perdre », alors quel meilleur moment pour instituer un long jour férié et réintroduire une monnaie nationale que lorsque l’économie nationale est de toute façon en panne, et l’année un effacement économique complet ? Comme l’a écrit William Shakespeare : « Quand le chagrin arrive, il ne vient pas d’espions isolés, mais de bataillons ».

Il y a quelques semaines, des experts occidentaux se demandaient si la mauvaise gestion de l’épidémie de Covid-19 pouvait être le « moment Tchernobyl » du Parti communiste chinois – le moment où l’homme et la femme de la rue perdent confiance dans leurs institutions gouvernementales. Oubliez la Chine. Il est beaucoup plus probable que ce soit le moment Tchernobyl de l’Europe qui se déroule sous nos yeux.

Si vous vouliez parier sur la structure politique la moins susceptible de survivre à la « guerre » actuelle, alors l’Union européenne serait sûrement la favorite des bookmakers. Aujourd’hui, il faudrait en effet un homme politique courageux pour affirmer que l’Union européenne est synonyme de force et que la poursuite de l’intégration européenne est la voie de la prospérité et du bonheur.

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Des systèmes médicaux à bout de souffle

Au lieu de cela, la question qui se pose déjà dans toute l’Europe est de savoir si la stricte austérité budgétaire imposée à l’Espagne, à l’Italie, au Portugal et à d’autres pays dans le sillage de la crise de l’euro de 2012-13 a semé les graines de la crise actuelle. Les gens se plaignent que pour sauver le sacro-saint euro, les budgets nationaux ont été réduits. Et comme il n’était plus possible de réduire les dépenses militaires, la réduction des budgets nationaux a entraîné une diminution des dépenses de santé. Dans toute l’Europe, des hôpitaux ont fermé (surtout dans les campagnes) et le nombre de lits d’hôpitaux par habitant a diminué malgré le vieillissement de la population. En conséquence, lorsque la pandémie a frappé, les systèmes médicaux déjà à bout de souffle se sont rapidement effondrés.

Cela m’amène à la vidéoconférence de jeudi dernier, qui a été organisée par les chefs de gouvernement européens. N’ayant pas réussi à faire preuve d’une quelconque unité européenne dans un style épique, les dirigeants européens se sont disputés sur l’idée que la crise actuelle devrait être la sage-femme de la naissance des obligations d’État paneuropéennes. De telles obligations sont constitutionnellement interdites en Allemagne (et un changement constitutionnel nécessiterait un vote des deux tiers au Bundestag). Pourtant, le Premier ministre italien a activement (et de manière compréhensible) fait pression en leur faveur. Pour l’instant, les dirigeants européens ont accepté de ne pas être d’accord et de se réunir à nouveau deux semaines plus tard. Toutefois, d’ici là, trois choses pourraient se produire.

– Le Premier ministre italien Giuseppe Conte se plie et accepte de faire appel au mécanisme européen de stabilité pour faire face à la crise. Mais pour ce faire, il placerait son pays sous la tutelle économique de Bruxelles. Dans le climat politique actuel de l’Italie, qui est très chargé émotionnellement en raison de l’impression (légitime) que ni Berlin ni Bruxelles n’ont fait quoi que ce soit pour aider l’Italie dans son heure de gloire, ce serait un suicide politique.

– La chancelière allemande Angela Merkel se plie et accepte de faire pression pour un changement de la constitution allemande et la création d’un marché paneuropéen des obligations souveraines. Cependant, il n’est pas du tout certain que les deux tiers du Bundestag (ou même son propre parti ?) suivraient Merkel dans cette voie.

– Les dirigeants nationaux européens, physiquement épuisés et émotionnellement vidés après deux mois pénibles, ne parviennent pas à trouver un compromis fonctionnel au cours de vidéoconférences qui durent toute une nuit, et l’Europe commence vraiment à imploser.

À ce stade, quel scénario semble le plus probable ?

Les États-Unis

Dans toute discussion sur les rapports de force relatifs, les États-Unis commencent généralement par des as de poche. Cependant, dans la crise actuelle des coronavirus, les choses ne vont pas très bien pour les États-Unis.

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  1. La façon dont le système de santé est organisé semble avoir entravé la réponse politique dans tout le pays. Avec le temps, cela va probablement accroître les appels à une nationalisation du secteur de la santé aux États-Unis – certainement un sujet brûlant lors de la prochaine élection présidentielle américaine ?
  1. Derrière la crise de Covid-19 se cache un autre défi : la faillite imminente de grandes sections du complexe énergétique américain. En termes simples, à 20 dollars US le baril de pétrole, les centaines de milliards de dollars US investis en des temps plus heureux dans les gisements de schiste américains devront être amortis. Cela causera une douleur considérable.
  1. La hausse de 30 signes du chômage aux États-Unis, elle-même une conséquence directe de la crise Covid-19, complique les tentatives de stabilisation économique du gouvernement pour la simple raison que les États-Unis ne disposent pas de beaucoup d’infrastructures d’indemnisation du chômage. En conséquence, le gouvernement américain est obligé de diriger son aide par l’intermédiaire des entreprises. Malheureusement, il y a peu de garanties que cet argent aidera ceux qui en ont le plus besoin. Au lieu de cela, l’aide finit par ressembler soit aux dépenses habituelles des porcs de Washington (la facture de la semaine dernière comprenait une subvention de 25 millions de dollars US pour le centre artistique Kennedy), soit à l’aide sociale habituelle des entreprises (la chaîne d’approvisionnement de Boeing a reçu une jolie somme de 60 milliards de dollars US).

La combinaison de ces facteurs fera en sorte que les élections de novembre seront encore plus chargées d’émotion que ce à quoi tout le monde s’attendait (et avant Covid-19, tout le monde s’attendait déjà à des élections plus chargées d’émotion que d’habitude). Il en résulte une incertitude encore plus grande pour les investisseurs.

Il y a trois mois, le large consensus parmi les investisseurs était que, dans un monde rempli d’incertitudes, les États-Unis étaient de loin le « pays le plus propre et le plus sale ». La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cette conviction a été ébranlée et si elle va commencer à s’effriter à mesure que Covid-19 s’impose dans tout le pays et que la politique intérieure américaine devient encore plus agressive et intransigeante.

Chine

La fiabilité des données fournies par les autorités est l’un des défis à relever pour tenter de surmonter la crise de Covid-19 en Chine. La Chine affirme avoir identifié son premier cas de Covid-19 le 17 novembre 2019 dans un hôpital de Wuhan. Cela pourrait bien être vrai, bien qu’il soit tout à fait possible que le virus se soit propagé dans le Hubei bien avant que le premier patient ne soit admis à l’hôpital et identifié comme ayant quelque chose d’ »atypique ».

Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que la Chine n’a pas fait grand-chose contre le virus jusqu’au 23 janvier 2020, date à laquelle Wuhan a été mis en quarantaine. Cela signifie que le virus a eu au moins deux mois, et peut-être plus, pour se propager sans contrôle dans toute la Chine centrale et au-delà.

C’est là que cela devient intéressant. Selon les chiffres officiels de la Chine, Covid-19 est responsable de 3 305 décès sur les 1,4 milliard d’habitants du pays. En termes absolus, cela représente moins d’un tiers des 11 591 décès subits en Italie, qui ne compte que 60 millions d’habitants.

Ainsi, la Chine, avec une population beaucoup plus importante, une densité de population beaucoup plus élevée et un système de santé publique bien inférieur, n’a subi qu’une fraction des décès en Italie, en Espagne et maintenant très probablement en France. Comment expliquer cette différence spectaculaire ?

  1. Au cours de son voyage, le virus a peut-être muté en des formes plus mortelles. C’est une pensée inquiétante.
  1. Les décès en Chine sont peut-être massivement sous-déclarés, soit par les autorités locales qui n’osent pas être porteuses de mauvaises nouvelles, soit simplement par les hôpitaux ruraux qui ne s’attardent pas trop sur les causes de décès de leurs patients âgés. Il s’agit là d’une possibilité bien réelle. Mais il est intéressant de noter que chez les voisins de la Chine (où les données sont fiables), le bilan des décès dus à la maladie de Covide-19 est loin d’être aussi lourd qu’en Europe. La Corée du Sud a enterré 158 âmes, le Japon a enregistré 54 décès (bien que son économie soit restée largement ouverte aux affaires), la Malaisie 37, Hong Kong quatre et Singapour trois. Chaque décès est une tragédie. Mais dans toute l’Asie, tout comme en Chine, le virus semble être beaucoup moins mortel qu’en Europe.
  1. Il se pourrait que les sociétés asiatiques soient tout simplement mieux préparées à faire face à une pandémie comme celle de Covid-19 que les pays occidentaux. Les aéroports asiatiques disposent depuis longtemps de dispositifs de surveillance de la température, les gouvernements ont rapidement suivi les contacts potentiels avec les transporteurs grâce aux données des téléphones portables. Depuis l’épidémie de SRAS en 2003, les hôpitaux sont bien équipés en matériel de protection et les gens portent des masques dès qu’ils toussent ou qu’ils ont le nez qui coule.

Cette explication est logique. Il faut toutefois noter que le virus a pu se propager sans contrôle pendant au moins 10 semaines avant que les autorités chinoises et asiatiques n’entrent en action. Même alors, tous ne l’ont pas fait. Le Japon a, dans l’ensemble, continué à vivre normalement et n’a jusqu’à présent connu ni une augmentation du nombre de décès ni un afflux de patients qui ont submergé son système de santé – même si, en termes démographiques, c’est le pays le plus « ancien » du monde.

  1. Il est concevable que l’exposition au Sars-CoV, le coronavirus qui a causé le SRAS en 2003, et à d’autres coronavirus ait conféré aux populations asiatiques un élément d’immunité au Sars-CoV-2, le coronavirus qui cause le Covid-19. Au risque de l’hyperbole, dans ce scénario, Covid-19 s’apparenterait à l’apparition de la variole dans le Nouveau Monde, mais cette fois ce sont les Européens qui se trouvent dans la position des Amérindiens. Il s’agit bien sûr d’une exagération ; Covid-19 n’anéantira pas 90% de la population européenne, et contrairement au monde du XVIe siècle, le monde actuel – et beaucoup de ses germes – est déjà globalisé. Néanmoins, les Européens pourraient peut-être regarder d’un œil méfiant les cadeaux de couvertures gratuites en provenance de Chine ?
  1. L’écart entre les taux de mortalité en Asie et en Europe pourrait refléter le sous-financement et la préparation inadéquate des systèmes de soins de santé européens. Ou du moins, certains d’entre eux – jusqu’à présent, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie semblent avoir été beaucoup moins touchés que l’Italie, l’Espagne et la France (même si la Suède a continué à mener une vie à peu près normale). Cette divergence intra-européenne pourrait simplement être une question de minutage ; l’Italie l’a eu en premier, et l’Allemagne devrait suivre. Ou pourrait-elle refléter des échecs de politiques publiques à l’échelle épique en Italie, en Espagne et en France ?

Si l’on examine ces explications possibles de la divergence des taux de mortalité entre l’Europe et l’Asie, il me semble que les trois dernières politiques mises en œuvre dans les pays asiatiques, une meilleure immunité des troupeaux en Asie et des systèmes de santé inadéquats dans les pays occidentaux aboutissent toutes à la même conclusion : les investisseurs devraient déployer plus de capitaux en Asie et moins en Europe.

La bonne performance des actifs asiatiques

Cela m’amène à une simple observation : c’est la première fois de ma carrière qu’en pleine crise, les prix des actifs asiatiques sont non seulement surperformants (généralement en période de récession, les prix des actifs asiatiques sont battus comme une mule louée), mais ils le sont aussi avec une volatilité beaucoup plus faible que les actifs occidentaux.

Prenons l’exemple de la dette en renminbi. Dans cette crise, les obligations en renminbi se sont avérées être l’actif « anti-fragile » que nous avons toujours espéré qu’elles seraient. Bien sûr, elles ont été moins performantes que les obligations du Trésor américain. Mais les obligations en renminbi ont surpassé les obligations d’entreprises américaines, les obligations d’État de la zone euro et les obligations japonaises. Mieux encore, elles continuent d’offrir un minimum de rendement positif – qui soit promet des gains en capital futurs soit amortira au moins le coup si les rendements ailleurs dans le monde recommencent à augmenter.

Plus intéressant encore, alors que la corrélation entre les obligations d’État américaines et les marchés d’actions américains a changé de manière spectaculaire en février et mars (voir Quatre paniers pour quatre quadrants), les obligations chinoises ont continué à offrir des rendements non corrélés.

Une fois la poussière retombée après une crise où les corrélations croisées entre les actifs sont devenues encore plus fortes, la capacité quasi unique du marché obligataire chinois à tracer sa propre voie attirera probablement l’attention des réparateurs d’actifs du monde entier. Et ce sera d’autant plus vrai que, contrairement à 2008 ou 2016, et contrairement à d’autres gouvernements en 2020, Pékin n’a pas réagi à la crise actuelle en plongeant tête baissée dans une expansion budgétaire massive et dans l’expansion des agrégats monétaires.

En bref, face à cette crise :

– Les réponses politiques en Asie ont été supérieures aux réponses politiques en Occident.

– Le niveau de préparation à la pandémie en Asie a été supérieur à celui de l’Occident.

– Le niveau d’incertitude politique en Occident est maintenant bien plus élevé que celui de l’Asie. L’Union européenne survivra-t-elle à cette crise ? Sous quelle forme ? L’élection présidentielle américaine entraînera-t-elle la nationalisation du système de santé américain ? Les États-Unis peuvent-ils se permettre d’apporter des réponses politiques ?

– Le coût humain de la crise semble être beaucoup moins important en Asie qu’en Occident.

– La mise en œuvre des réponses de politique économique a été beaucoup plus conventionnelle en Asie qu’en Occident.

Compte tenu de tout cela, faut-il s’étonner que les actifs asiatiques soient désormais plus performants que les actifs occidentaux ? Et y a-t-il une raison pour que cette surperformance ne se poursuive pas ?

Conclusion

En 1944, le dramaturge juif français Tristan Bernard est arrêté par la Gestapo à son domicile à Paris. Traîné par la police secrète nazie, il enjoint à sa femme désemparée de le suivre : « Ne pleure pas. Nous vivions dans la peur. Mais désormais, nous vivrons dans l’espoir ».

Aujourd’hui, il y a beaucoup de raisons d’avoir peur.

– Une maladie qui semble particulièrement dangereuse pour les personnes de plus de 60 ans

– Un bouleversement économique tel que le monde en a rarement connu auparavant en temps de paix.

– Des points d’interrogation sur l’avenir de l’Union européenne et sur l’existence de l’euro.

– Les menaces qui pèsent sur la poursuite de la mondialisation, l’un des principaux moteurs des gains de productivité de ces dernières décennies.

La liste pourrait s’allonger encore. Mais si les lecteurs ne se sentent pas aussi angoissés que Mme Bernard, il est peu probable qu’ils dansent de joie. Néanmoins, au milieu de ce désastre, nous devrions nous rappeler ces points:

– Pour certains pays européens, notamment l’Italie, les 20 dernières années d’union monétaire européenne ont été un exercice d’autoflagellation, désormais interdit par l’Église catholique. Le vieux proverbe allemand « mieux vaut une fin avec horreur qu’une horreur sans fin » n’a certainement jamais été aussi applicable qu’à l’expérience économique de l’Italie en tant que membre de l’euro. Dans cette optique, les investisseurs pourraient commencer à dresser une liste des actifs européens susceptibles de faire des achats intéressants de l’autre côté d’un effondrement de la zone euro.

– Si l’euro implose, les Européens devront encore trouver un logement pour leurs économies. La destination initiale évidente serait le dollar américain. Mais la Réserve fédérale a clairement indiqué qu’elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la hausse du dollar américain. Ainsi, une implosion de l’euro pourrait déclencher une explosion encore plus importante du bilan de la Fed. Une telle poussée pourrait contribuer à mettre un plancher sous les marchés financiers partout.

– Une autre destination pourrait être les autres monnaies européennes, que ce soit le franc suisse (qui pousse la Banque nationale suisse à acheter encore plus d’actions américaines ?), la livre (qui reste grotesquement sous-évaluée) ou les monnaies scandinaves (également sous-évaluées).

– Par ailleurs, certaines économies européennes à la recherche de rendements intéressants pourraient se diriger vers les monnaies des marchés émergents, que ce soit le peso mexicain, très sous-évalué et à haut rendement, le renminbi, très stable, ou peut-être même le dollar canadien (je sais que ce n’est pas une monnaie des marchés émergents, mais le huard ne l’est évidemment pas, car il continue à se comporter comme tel).

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Tags:ChineEpidémie

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave est cofondateur de Gavekal Resarch, il vit et travaille à Hong Kong depuis de nombreuses années. Il est l’auteur de six livres dont Clash of Empires : Currencies and Power in a Multipolar World (2019).

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Et si le Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ?

Et si le Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ?

 Par Marc Endeweld  |  26/03/2020, 9:38  |  952  mots

(Crédits : Reuters)

LE POLITOSCOPE. En arrière-fond de la gestion sanitaire de la pandémie de la Covid-19, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine s’accentue dans la course au leadership mondial. L’Europe, elle, aura montré son incapacité à parler d’une seule voix.

Comme un parfum de guerre froide : depuis l’émergence du SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, la Chine et les Etats-Unis se livrent une bataille politique et médiatique de grande ampleur, n’hésitant pas à se renvoyer la responsabilité de cette crise sanitaire. Quand le président américain, Donald Trump ne cesse de vitupérer contre ce qu’il appelle « le virus chinois », plusieurs hauts diplomates chinois n’ont pas hésité en retour à accuser les États-Unis d’avoir été à l’origine de la pandémie. Le compte twitter de l’ambassade chinoise en France est même allé jusqu’à expliquer que ce nouveau coronavirus était apparu initialement sur le territoire américain !

Face à de telles théories du complot, le département d’Etat a immédiatement réagi en convoquant l’ambassadeur chinois en poste à Washington. Ces derniers soubresauts montrent à quel point la gestion de cette crise sanitaire est rendue encore plus complexe au niveau international au regard de la situation de guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, juge d’ailleurs dans Le Figaro que « cette crise globale, sans précédent depuis les guerres, révèle ou confirme qu’il n’existe pas encore de réelle communauté internationale ou qu’elle n’est pas préparée à faire face à une pandémie mondiale ».

Une Europe affaiblie

Dans ce contexte international particulièrement troublé, l’Europe apparaît comme particulièrement affaiblie face à cette crise sanitaire. Ne disposant pas de compétences et de pouvoir dans le domaine de la santé, les institutions de l’Union européenne se sont retrouvées particulièrement impuissantes. De leur côté, les Etats membres ont souvent privilégié leurs intérêts nationaux, avant de chercher un minimum de coordination, malgré les appels d’Emmanuel Macron dans ce sens. Nos démocraties pâtissent également du repli sur soi des Etats-Unis, qui ne sont même pas donnés la peine d’informer ses alliés avant d’interdire les vols en provenance de l’Union européenne…

De son côté, essayant de redorer son image internationale, la Chine est actuellement le seul pays à envoyer en masse des masques et des équipes médicales aux Etats qui en font la demande… Au point qu’on parle aujourd’hui dans les médias de « la diplomatie du masque ». Drôle de retournement alors que l’Empire du milieu était l’objet, il y a encore quelques semaines, de nombreuses critiques après avoir tardé à révéler au monde entier l’ampleur de l’épidémie  à Wuhan.

Principale porte d’entrée de la France en Chine

Cela a été peu dit, mais Wuhan est devenue depuis la fin des années 1970 la principale porte d’entrée de la France en Chine. À l’époque, c’est Deng Xiaoping qui suggéra à son homologue Valéry Giscard d’Estaing de concentrer les entreprises françaises dans cette conurbation. Depuis, de nombreux groupes français y ont installé des usines, notamment Renault, PSA, mais aussi Alstom, l’Oréal ou Total. Avant le confinement, Air France assurait des liaisons régulières entre cette ville chinoise de 10 millions d’habitants et Paris. Que l’épidémie ait éclaté à Wuhan aurait dû davantage alerter les pouvoirs publics quant à sa potentielle propagation en France.

Justement, en raison de leur impréparation, les Etats-Unis et l’Europe semblent incapables de gérer la crise de façon moderne, à la sud-coréenne, en recourant massivement aux tests, aux masques et aux nouvelles technologies. Résultat, faute d’alternative, le confinement « à la chinoise » s’impose un peu partout, de l’Italie à la Californie. De fait, l’Asie dans son ensemble – on pourrait aussi évoquer le Japon – donne au reste du monde une leçon magistrale de stratégie et de moyens. Cette Asie qui avait connu le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, puis la grippe H1N1 en 2009.

L’enjeu des infrastructures

Et si la Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ? Cette crise mondiale survient à un moment charnière. Depuis une dizaine d’années, la Chine affirme de plus en plus ses prétentions géopolitiques. C’est la raison pour laquelle cette hyper-puissance en devenir a orienté la Shanghai Coopération Organisation (SCO) – qui avait été crée  initialement pour discuter des questions de sécurité régionale après la chute de l’URSS –  vers les questions d’infrastructures (avec les fameuses « routes de la Soie »), d’énergie, de recherche et de communication. À travers cette organisation, elle a su fédérer autour d’elle la Russie et plusieurs États eurasiatiques, mais également, depuis 2017, l’Inde et le Pakistan.

C’est également dans cette optique d’affirmation que depuis 2018, la Chine souhaite réduire sa dépendance au Dollar. Dans cette entreprise, la deuxième puissance mondiale réduit à bas bruit son portefeuille de bons du Trésor américain, comme la Russie d’ailleurs. Dans sa guerre contre les Etats-Unis, l’Empire du milieu parie ainsi sur ses réserves considérables en or (la Chine en est le premier producteur mondial), et comme si cela ne suffisait pas, la banque populaire de Chine (PBOC) multiplie depuis début 2019 l’acquisition d’or sur le marché international. Selon l’hebdomadaire britannique MoneyWeek, la Chine pourrait en réalité disposer de 14.000 tonnes d’or – un chiffre non officiel -… contre plus 8.000 pour les Etats-Unis.

En attendant de connaître de cette confrontation économique entre les deux plus grandes puissances, il ne faudrait pas oublier que le « modèle chinois » autoritaire n’est pas le seul et l’unique en Asie. Le Japon démocratique a prouvé lui aussi sa capacité de gestion face à l’épidémie. Les milieux financiers commencent d’ailleurs à le reconnaître. Ce 25 mars, à la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkei a terminé sur une forte hausse de +8,04%.

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/et-si-la-covid-19-accelerait-le-basculement-du-monde-vers-l-asie-843383.html

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ?

– Société – 21 mars 2020

Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ? 

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Depuis le début de l’hécatombe que provoque le coronavirus en Europe (à ce jour, 450 morts en France, plus de 1.000 en Espagne, mais surtout plus de 4.000 en Italie !), la droite nationale ne cesse de se positionner en faveur d’une fermeture systématique des frontières en cas de crise sanitaire. En effet, le mal est fait quand celle-ci intervient trop tard. Car les voies de l’idéologie étant impénétrables, les leaders politiques de l’Europe auront brillé par leur obsession d’un monde sans frontières. Pire encore dans la mesure où les Asiatiques ont réagi de façon bien plus efficace face à la propagation du Covid-19. C’est ce que remarquent, curieusement, des journalistes de médias mondialistes tels que Le Monde et Le Point : respectivement, Brice Pedroletti qui a relevé que « le dénigrement du masque en Europe suscite la consternation en Asie », le 21 mars, puis Jérémy André qui s’est demandé [Coronavirus :] « comment les Tigres asiatiques ont dompté l’épidémie », le 17 mars.

À l’image de la Corée du Sud, de Taïwan, de Hong Kong et de Singapour, puis surtout du Japon (30 morts uniquement !), le dépistage massif et la fermeture immédiate des portes du territoire auront été, d’ores et déjà, les meilleures armes pour juguler la dissémination d’un virus pourtant aussi létal que la grippe (2 à 3 %, selon les données officielles), même s’il est nettement plus contagieux. Et notons que la Chine, qui est à l’origine de cette pandémie à travers la ville de Wuhan (depuis le 30 décembre), a mis rapidement beaucoup de ses métropoles en coupe réglée, comme Pékin. Résultat : le pic épidémique est passé, bien que le nombre de décès reste substantiel (en dessous de 4.000). Quant à la France, celle-ci a atteint le seuil de 12.000 cas. Pour autant, et eu égard à la multiplication des décès en Italie, le confinement généralisé qu’ont décidé la plupart des États européens (sauf la Suède, par exemple) ne marche pas, si ce n’est à long terme, autrement dit pas en deçà de six semaines.

Parce qu’il s’agit, in fine, non pas d’une crise sanitaire mais ni plus ni moins d’une crise logistique, cette dernière incarnant tragiquement la perte de souveraineté : survivant sous la tutelle de l’Union européenne, l’Italie est un État totalement décentralisé, qui manque de moyens matériels pour soigner le plus de patients possible (masques, appareils de réanimation, solutions hydroalcooliques, médicaments, etc.), et ce, un peu comme la France dont le Président n’arrive pas à asseoir une quelconque autorité en la matière, face aux populations des banlieues en particulier… À l’évidence, le confinement est culturel ou n’est pas.

Seulement, ne croyons pas que le souverainisme et le militarisme, ceux de la Chine ou de la Corée du Sud, constituent des marqueurs consubstantiels à l’Asie. Parce que ces peuples s’inscrivent dans la mondialisation, sans toutefois renoncer à leur identité nationale. Sans doute pour le meilleur et pour le pire… Le philosophe Alain, né en 1868 et disparu en 1951, et donc pétri de culture martiale et catholique à la fois, avait écrit, dans ses Propos sur les pouvoirs : « La cité fut militaire avant d’être économique. » C’est davantage dans l’approche de la maladie, voire de la mort, que les Orientaux et les Occidentaux se séparent, ceci se résumant par ce qu’avait dit le vieux sage chinois Laozi : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort ; ils ne savent pas se délivrer de la vie. »  3.5k

Henri Feng

Docteur en histoire de la philosophie

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Quel avenir pour le charbon à l’horizon 2040-2050?

Quel avenir pour le charbon à l’horizon 2040-2050?

Quentin PARES 30 janvier 2020 EnergieGéoéconomieMondialisation et enjeux Leave a comment

Avec 38 % de la production d’électricité, le charbon reste en 2019 la première source d’énergie utilisée dans le monde. Pourtant, depuis quelques années, le ciel s’est assombri sur une filière fortement émettrice en CO2. Déjà, l’accord de Paris et son objectif de limiter à 2°C la hausse des températures d’ici à 2050 font du charbon la cible idéale des politiques environnementales. À cela se sont rajoutées les annonces d’investisseurs importants comme BlackRock ou les fonds souverains qataris et norvégiens. Ces derniers ont indiqué vouloir mettre fin à leurs engagements dans l’industrie charbonnière. Dans ces conditions, le charbon a-t-il encore un avenir à l’horizon 2040-2050 ?

Le déclin inexorable du charbon en Europe et aux États-Unis

Au moment où la production décline en Europe et aux États-Unis, le charbon continuera à jouer un rôle important pour alimenter la demande d’énergie sur le continent asiatique.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Asie représentera près de 80 % de la demande de charbon en 2024.

En Europe et aux États-Unis, l’avenir du charbon est plutôt morose. Connaissant un déclin continu depuis 2010, l’industrie devrait subir dans ces deux régions une diminution annuelle de 2,5 % de la demande d’ici 2025. Puis cette dernière se maintiendrait à ce plateau historiquement bas jusqu’en 2040.

En Europe, le charbon devrait avoir disparu du mix énergétique dans 16 pays de l’UE d’ici 2025. L’Allemagne a quant à elle fixé à 2038 la fin de sa production charbonnière. Même la Pologne, longtemps réticente à abandonner une industrie vitale pour son indépendance énergétique, s’est engagée à réduire la part du charbon dans son mix électrique. Varsovie s’est ainsi conformé aux objectifs de neutralité carbone d’ici à 2050 pris par la Commission européenne.

Cependant, ce déclin ne doit pas être interprété comme étant simplement le fruit de régulations administratives. Au contraire, les maux du charbon sont à trouver dans un manque de compétitivité générale face à la baisse des coûts du renouvelable et surtout du gaz naturel. Les prix se sont en effet effondrés depuis 2014 pour cette source d’énergie. Aux États-Unis, par exemple, ce ne sont pas les régulations environnementales qui sont à l’origine du déclin charbonnier mais bien l’arrivée massive de gaz de schiste. Ainsi, malgré les politiques favorables de l’administration Trump, le charbon ne cesse de perdre des parts de marché dans le mix énergétique américain.

Un charbon résilient en Asie d’ici à 2040

Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, l’Asie devrait voir le charbon jouer un rôle important à l’avenir. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent devrait représenter près de 80 % de la demande de charbon dans le monde en 2024. Surtout, la production charbonnière devrait continuer à augmenter jusqu’en 2030 puis décliner légèrement jusqu’en 2040. Ceci s’explique par la relative jeunesse des centrales à charbon asiatiques. Mises en exploitation seulement au début des années 2010, elles ne devraient amorcer leur déclin qu’entre 2030 et 2040. À cela il faut ajouter le fait que le continent asiatique continue encore aujourd’hui d’ouvrir de nouvelles centrales.

Le Pakistan et le Bangladesh, par exemple, ont tous deux récemment mis en service des capacités charbonnières. De même, l’Australie a ouvert une mine gigantesque dans la région du Queensland. Cette orientation pro-charbon s’explique par la forte demande en énergie d’un continent en plein rattrapage économique. Bien qu’étant en augmentation constante, les renouvelables n’ont ainsi pas la capacité de répondre complètement à cette hausse de la demande. De même, ils souffrent de problèmes liés à l’intermittence de la production (solaire et éolienne) ainsi qu’à la maîtrise des chaînes de valeur. À l’inverse, le charbon est une source fiable dont la production ne requiert pas un savoir-faire technologique conséquent. Enfin, les pays asiatiques considèrent qu’arrivés tardivement au stade du développement, ils ne sont pas responsables du taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Par cet argument “historique”, ils justifient ainsi le maintien de leurs capacités en charbon.

Un déclin lent et progressif pour la Chine jusqu’en 2050

De tous les pays de la planète, la Chine est incontestablement la première puissance charbonnière. Commandant près de la moitié de la production mondiale, le pays est donc clé pour l’avenir de la filière. Or, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), la consommation de charbon a atteint son pic en 2013. Elle devrait ensuite baisser significativement d’ici à 2050 (près d’1/3 de baisse en volume par rapport au niveau de 2013). Cette baisse s’explique d’une part par la transformation de l’économie chinoise davantage centrée sur les services et la consommation intérieure. D’autre part, la Chine est sur le point de maîtriser les chaînes de valeur des énergies renouvelables rendant le charbon moins utile en matière d’indépendance énergétique.

Pourtant, cette diminution sera lente et progressive. Selon l’EIA, le charbon continuera ainsi à fournir près de 30 % de l’électricité du pays en 2050. Pour Pékin, en effet, l’industrie charbonnière est considérée comme indispensable à la stabilité sociale. Un argument qui importe particulièrement dans les provinces sinistrées du Nord-Est du pays. La montée en puissance des technologies de capture et de stockage du CO2 permet également à la Chine de réduire significativement la pollution de l’air engendrée par les centrales à charbon. Or, ce résultat rend d’autant plus attractif le maintien de cette source dans le mix énergétique.

Déclinant en Europe et aux États-Unis, résilient en Asie, telle sera au fond la nouvelle géographie du charbon dans les années à venir. Loin d’être insignifiante, cette transformation aura sans nul doute des conséquences majeures sur les négociations climatiques en cours.

Sources :

Sylvie Cornot-Gandolphe, « Status of global coal markets and major demand trends in key regions », Études de l’IFRI, juin 2019.

Agence international de l’énergie (AIE), World Energy Outlook 2019, Flagship report, novembre 2019.

AIE, Coal 2019, Executive summary, décembre 2019.

Agence américaine d’information sur l’énergie (IEA), International Energy Outlook 2019 with projections to 2050, 24 septembre 2019.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/geoeco/42816-quel-avenir-pour-le-charbon-a-horizon-2040-2050

De l’Argentine, de la Baltique et de quelques autDe l’Argentine, de la Baltique et de quelques autres chosesres choses

De l’Argentine, de la Baltique et de quelques autres choses

13 Août 2019

Tour d’horizon des points chauds du Grand jeu…

A tout seigneur tout honneur, le chef de l’Organisation de Coopération de Shanghai a appelé la grande formation eurasienne à intensifier la coopération avec le Caspian Five (Iran, Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan), notamment dans les infrastructures de transport afin de mieux intégrer le continent-monde. Chose intéressante, il a convié l’Afghanistan à y participer au moment où Washington, la queue entre les jambes, tente piteusement de s’extraire de l’interminable bourbier.

Ces déclarations de l’OCS sonnent familièrement à l’oreille du fidèle lecteur de nos Chroniques qui en avait eu un avant-goût il y a trois ans :

Le corridor RAI (Russie-Azerbaïdjan-Iran) se combinera avec les voies chinoises pour former un maillage eurasien serré par lequel transiteront marchandises et hydrocarbures. De Lisbonne à Pékin et de l’Océan indien à l’Océan arctique. Un seul absent dans tout cela : les Etats-Unis, dont la capacité de nuisance s’amenuise à mesure que l’intégration de l’Eurasie se poursuit.

Le RAI est sur les rails et sera à terme raccordé aux Nouvelles routes de la Soie. On comprend la fébrilité des stratèges impériaux, qui ont d’ailleurs bien d’autres raisons de se prendre la tête à deux mains…

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçantsa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosadaapporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Dans les Balkans, les oreilles impériales ont également dû siffler. Le patron de la Republika Srpska (ou République serbe de Bosnie) a réaffirmé son refus de rejoindre l’OTAN, torpillant de facto la marche de la Bosnie vers l’Alliance atlantique. En effet, le pays est, depuis les accords de Dayton ayant mis fin à la guerre en 1995, divisé en deux entités : la Fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska, qui cultive des liens étroits avec Belgrade.

Or, la présidence bosniaque est collégiale et les décisions prises, théoriquement du moins, de manière collective. Dans ces conditions, on ne voir pas comment ce pays pourrait accéder à l’OTAN, d’autant que Milorad Dodik, le dirigeant des Serbes de Bosnie n’y va pas par quatre chemins : « Nous sommes liés à la Serbie. Si celle-ci rejoint l’OTAN dans 100 ans, nous le ferons aussi. Si elle n’y adhère pas dans 300 ans, nous n’y serons pas non plus. Le Partenariat pour la Paix est largement suffisant. Si cela ne plaît pas à l’OTAN, elle est libre de le quitter« . Sans fioritures…

Est-ce ce qui pousse le bras armé américain en Europe à exprimer sa mauvaise humeur du côté de la Baltique ? Dans ce qui paraît être une évidente provocation, l’avion du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a été titillé par un F18 otanien au-dessus des eaux internationales avant que celui-ci ne soit joliment éconduit par un Sukhoï (admirez la manœuvre).

Ces chamailleries sont tout sauf nouvelles dans la zone :

Un Sukhoi russe a de nouveau intercepté de manière acrobatique un avion américain vendredi dernier, au-dessus de la Baltique. Il s’est approché à une dizaine de mètres et s’est permis un audacieux tonneau, louvoyant autour du RC-135 de reconnaissance de l’US Air Force. Le Pentagone est furieux, parlant de « manoeuvre dangereuse » dans l’espace aérien international. Le ministère russe de la Défense répond que l’avion américain tutoyait la frontière russe et que son transpondeur était éteint : « Soit vous arrêtez de voler près de nos frontières, soit vous vous identifiez ». Ambiance, ambiance…

Interceptions d’avions ou survol menaçants de navires sont presque devenus un sport national dans la Baltique et le coup fumant sino-russe d’il y a deux ans n’a rien fait pour arranger les choses…

Dans ce qui peut être vu comme un évident pied de nez à l’empire américano-otanien, les marines russe et chinoise commencent aujourd’hui des exercices navals communs en mer Baltique. C’est la première fois que Pékin envoie sa flotte dans la zone et c’est tout sauf un hasard. Un expert militaire russe nous en donne un intéressant éclairage :

« Depuis 2015, les exercices russo-chinois s’approchent de plus en plus des « points chauds » potentiels aux frontières des deux pays. Ce processus se déroule parallèlement à l’augmentation de la présence militaire des alliés européens des États-Unis en Asie […]. L’ingérence européenne dans des litiges à l’autre bout du monde serait loin de plaire à la Chine qui a décidé d’envoyer ses navires en mer Baltique.

Les deux pays soulignent le caractère humanitaire et antiterroriste des manœuvres, mais on sait que lors des exercices Joint Sea précédents, les marins des deux pays se sont entraînés à mener une guerre locale, notamment à parer des attaques aériennes, à combattre les sous-marins et à utiliser des missiles antinavires ».

L’empire n’est pas plus heureux au Moyen-Orient où la croisade saoudienne au Yémen tourne au fiasco. Même le Figaro, dont le propriétaire est pourtant si amène avec les pétromonarchies pour leur vendre des armes, se croit obligé de le reconnaître. Non seulement la coalition anti-houthi fait du surplace mais elle se déchire maintenant au grand jour. A Aden, des séparatistes sudistes liés aux Emirats Arabes Unis se sont retournés contre les forces de l’ex-gouvernement soutenues par l’Arabie saoudite. Le palais présidentiel a été pris et les combats ont fait une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. Pour ajouter à la farce, Riyad a répliqué en bombardant ses anciens alliés tandis que les Houthis profitent de la situation.

Si les grassouillets cheikhs des deux bords tentent d’éteindre le feu, cette semi-rupture ne trompe pas. Réduction des troupes émiraties au Yémen, retournement de veste partiel vis-à-vis de l’Iran, peut-être même discret rabibochage avec le Qatar, bête noire de Riyad : Abu Dhabi semble, depuis quelques temps, prendre ses distances avec le voisin saoudien, désormais bien esseulé.

A 2 000 km de là, les loyalistes syriens continuent leur avance dans l’Idlibistan malgré la résistance acharnée des djihadistes « modérés », dont la dernière contre-attaque a d’ailleurs fini en désastre. Le kotel prévu dans notre dernière livrée se met peu à peu en place vers Khan Cheikhoun et l’ambiance n’est pas à la fête chez les barbus, dont les officines, habituées à minimiser les succès de Damas, ne nient pas cette fois l’urgence de la situation. 

Hong Kong, enfin. Les manifestants si sorossement démocratiques commencent à montrer leur vrai visage. Les gentilles manifestations pacifiques ont fait long feu, ce qui n’étonnera personne quand on sait qui est derrière. Place désormais aux armes parfois sophistiquées (comme cet élégant lanceur de grenade), au blocage d’aéroport, aux violences anti-chinoises (blessés battusjournalistes ligotés), aux drapeaux US et au soutien plein et entier de la presstituée occidentale. Bref, tous les éléments d’une « révolution colorée »…

Hélas pour Washington, nous ne sommes plus au début des années 2000, quand les pays victimes de ces agissements ne savaient pas comment y faire face. Chinois et Russes sont parfaitement au jus et vont d’ailleurs rapidement se consulter pour contrer l’ingérence américaine, ce qui confirme en creux notre billet du 30 juillet évoquant une offensive du Deep State contre ses deux bêtes noires. Une matérialisation parmi d’autres de l’alliance de plus en plus stratégique entre l’ours et le dragon.

Pékin, qui vient d’ailleurs de refuser la prochaine escale à Hong Kong de deux navires américains, veut en finir et envoie ses troupes vers l’ancienne colonie britannique. Si les pions made in Soroslands’entêtent, la direction chinoise ne pourra pas faire autrement que de « lâcher les chiens ». Un massacre à la Tien An Men ferait les affaires de l’empire et le consolerait en partie de tous les revers qu’il connaît par ailleurs. Le but de ses manigances dans le comptoir excentré de Hong Kong n’est évidemment pas de « changer le régime » chinois mais de le mettre dans l’embarras, de lui faire perdre prestige et légitimité alors que le dragon est en train de prendre la place de n°1 des Etats-Unis dans un nombre croissant de domaines et projette l’intégration de l’Eurasie. Gageons que Pékin a parfaitement compris la manœuvre et agira avec fermeté mais aussi discernement. Les prochains jours nous en diront plus…Tag(s) : #Amérique latine#Europe#Asie centrale#Moyen-Orient#Russie#Chine#Etats-Unis

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/08/de-l-argentine-de-la-baltique-et-de-quelques-autres-choses.html

L’ASEAN : une puissance de “l’indo-pacifisme” ?

L’ASEAN : une puissance de “l’indo-pacifisme” ?

Noémie GELIS 27 juin 2019 ActualitéActualités analyséesAsie du sudAsie et OcéanieChine Leave a comment

Ces samedi 22 et dimanche 23 juin, les dirigeants des différents pays de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) se sont réunis en Thaïlande pour leur trente-quatrième sommet. Le contexte international affecte profondément l’association. Au cœur de l’indo-pacifisme, est-il possible d’affirmer son indépendance et sa neutralité ?

L’ASEAN, tenant du libre-échange

Il y a deux ans, le 50ème anniversaire de l'ASEAN a été célébré lors d'un sommet.
L’ASEAN, créée en 1967, célébré ses cinquante ans il y a deux ans.

La zone n’est certes pas autant intégrée que l’Union européenne mais cherche toutefois à répondre à un devoir de gouvernance. Si les principes de consensus et de non-intervention qui sont au cœur de sa philosophie (“l’ASEAN Way”) compliquent la prise de décision, ils ne tiennent cependant pas en échec toutes les tentatives. En témoignent notamment les déclarations prises lors de ce trente-quatrième sommet.

Tout d’abord, les pays de l’ASEAN se sont accordés pour clore d’ici la fin de l’année le “Partenariat économique régional global” (une zone de libre-échange), proposé par la Chine en 2012. L’accord devrait inclure également l’Inde, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud. Les dissensions sont néanmoins encore nombreuses. Une arrivée massive de produits chinois et un manque de protection des travailleurs sont en particulier évoqués.

Par ailleurs, la pratique du protectionnisme et l’hostilité à l’encontre de la mondialisation ont été condamnées lors du sommet. Conscients du potentiel qu’une économie mondialisée offre à l’ASEAN, ses membres tiennent à la promouvoir. L’Indonésie, membre du G20, devrait en faire part au prochain sommet du Groupe, lequel aura lieu les 28 et 29 juin à Osaka.

Au demeurant, les participants au sommet se sont engagés à limiter les déchets dans l’océan. Ils font ainsi preuve d’une prise de conscience croissante des problématiques environnementales, même si celles-ci demeurent secondaires.

L’ASEAN, pivot de l’indo-pacifisme ?

Après que les États-Unis, le Japon, l’Australie, l’Inde et des pays européens, dont la France, ont fait valoir une stratégie “indopacifique” (“the Free and Open Indo-Pacific” – FOIP) dans la région anciennement dénommée “Asie pacifique”. Les pays de l’ASEAN se sont accordés pour également soutenir une telle terminologie. En effet, l’enjeu est capital pour ces pays. Géographiquement, ils sont au centre de l’indo-pacifisme.

Leur déclaration est cependant différente de celle des États-Unis. Ces derniers souhaitent contester l’importance de la Chine en accentuant l’intérêt accordé à l’Inde et à l’Océan Indien. Le “Rapport de stratégie indo-pacifique” publié le 1er juin par le Département américain de la défense affirme que les tensions asiatiques sont dues à un comportement chinois belliqueux. L’ASEAN, en revanche, évoque une rivalité sino-américaine. Ils promeuvent le FOIP afin de préserver une position de neutralité. L’association est contrainte à la prudence afin de ne contrarier aucune des deux grandes puissances mondiales. A l’image des “non-alignés” de la guerre froide, il s’agit pour l’ASEAN de conserver sa neutralité dans le conflit sino-américain.

Des enjeux substantiels

Si le FOIP peut être une chance pour l’ASEAN, il met la région au défi. Renforcer sa centralité, laquelle constitue l’atout majeur de la région dans ce contexte, est essentiel. Pour ce faire, développer ses relations avec des pays d’Asie du Sud est important. Si les contours de “l’indo-pacifisme” sont flous et variables selon la puissance à l’origine de la définition (celle du Japon s’étend par exemple jusqu’au Kenya et à la Tanzanie), il demeure une constante : l’Asie du Sud et l’Océan Indien deviennent cruciaux. Un renforcement de la présence de l’ASEAN dans la zone requiert une consolidation de son unité. L’histoire l’atteste : grâce à son unité, l’ASEAN est parvenue à endiguer l’expansion du communisme durant la guerre froide.

De surcroît, la dépendance économique croissante de certains pays de l’ASEAN à la Chine les rend inaptes à s’opposer à celle-ci. Or, Pékin avance simultanément ses pions militaires en Mer de Chine du Sud et sur les pourtours de l’Océan indien. A la faveur du FOIP, de nouveaux acteurs vont augmenter leur engagement et leur aide à la région. Par conséquent, le projet des “Nouvelles routes de la soie” devra composer avec les projets des autres pays investissant la zone. Une telle diversification pourrait amenuiser la dépendance de certains pays de l’ASEAN à la Chine.

Finalement, plus que le soutien de l’ASEAN au concept d’indo-pacifisme, c’est la capacité de l’association à développer une conception de l’ordre indopacifique et à l’affirmer qui sera primordiale. Pour ce faire, reconsidérer “l’ASEAN Way” se révèlera sûrement judicieux.

Sources

“Thailand Takes up the ASEAN Challenge”, The Diplomat, 20 juin 2019 – https://thediplomat.com/2019/06/thailand-takes-up-the-asean-challenge/

“Asean issues collective vision for Indo-Pacific as it attempts to reclaim geopolitical narrative”, The Straits Times, 23 juin 2019 – https://www.straitstimes.com/asia/se-asia/asean-issues-collective-vision-for-indo-pacific-as-it-attempts-to-reclaim-geopolitical

“Asean found its voice with the Indo-Pacific concept. Now it has to use it or risk losing out”, South China Morning Post, 24 juin 2019 –
https://www.scmp.com/week-asia/geopolitics/article/3015809/asean-found-its-voice-indo-pacific-concept-now-it-has-use-itShare

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About Noémie GELIS

est étudiante à HEC après une classe préparatoire à Pierre de Fermat.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41156-asean-puissance-indo-pacifisme

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

  1.  Asie et Pacifique

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

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Première publication : 27/06/2019 – 22:39Dernière modification : 28/06/2019 – 10:54

Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon.
Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon. Ludovic Marin, AFP

Texte par :FRANCE 24Suivre

Le G20 se réunit vendredi et samedi, au Japon, pour évoquer les dossiers qui préoccupent les 20 plus grandes économies du monde. Au menu des discussions, le climat, l’Iran, les taux bancaires et les relations commerciales entre Pékin et Washington.PUBLICITÉ

Les 20 plus grandes économies mondiales se réunissent vendredi 28 et samedi 29 juin à Osaka, au Japon. Au menu de ce G20 : l’environnement et le climat, le dossier iranien et le pétrole, les taux des banques centrales ainsi que les tensions commerciales entre Pékin et Washington.

Les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis

Les négociations commerciales entre Pékin et Washington devraient accaparer une partie des discussions. Dans l’impasse depuis le mois dernier, les présidents Xi Jinping et Donald Trump vont tenter de relancer le dialogue, notamment lors d’un entretien bilatéral prévu samedi à 11 h 30, heure locale (2 h 30 GMT).PUBLICITÉ

Le South China Morning Post, quotidien anglophone de Hong Kong, a rapporté jeudi 27 juin que les deux premières puissances économiques mondiales, en conflit depuis près d’un an, avaient conclu une trêve provisoire.

Avant son départ pour le Japon, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid, jugeant « absolument possible » de parvenir à un accord avec Xi Jinping tout en se disant prêt, en cas d’échec, à imposer de nouveaux droits de douane sur la quasi-totalité des produits chinois non encore taxés. À Pékin, un porte-parole du ministère du Commerce a de son côté réclamé jeudi l’annulation sans délai des sanctions américaines visant le groupe chinois d’équipements de télécommunication Huawei.

Croissance et taux bancaires

Au chapitre des tensions commerciales, les incertitudes qui pèsent sur la croissance et notamment les taux des banques centrales ne manqueront pas non plus d’animer les débats.

Lors de sa réunion de politique monétaire des 18 et 19 juin, la Réserve fédérale a ouvert la voie à de possibles baisses de taux d’ici la fin de l’année. Cette perspective, qui affaiblit le dollar, pourrait contraindre la Banque centrale européenne et la Banque du Japon à chercher des moyens d’éviter une trop forte appréciation de l’euro et du yen afin de protéger leurs économies fortement dépendantes des exportations.Voir l’image sur Twitter

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Emmanuel Macron@EmmanuelMacron

À l’ouverture du G20 d’Osaka, je retrouve nos partenaires européens et le Canada pour une réunion de coordination. Objectif : porter ensemble nos ambitions : pour le climat, pour des politiques commerciales équitables, pour lutter contre les inégalités.2 23704:34 – 28 juin 2019908 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

L’hôte du sommet, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, espère que la déclaration de clôture du sommet insistera aussi sur la nécessité de préserver le libre-échange mais il pourrait se heurter au refus de Donald Trump, qui avait obligé l’an dernier le G20 à abandonner sa référence de longue date à la lutte contre le protectionnisme.

Le climat et l’environnement, dossiers brûlants

Autre pomme de discorde entre les 20 nations : le changement climatique. Les négociateurs américains s’opposent à la volonté des Européens de s’engager fortement en faveur de la lutte contre le réchauffement, que Donald Trump considère comme un « canular ».

La dernière version en date des phrases de la déclaration consacrées au climat qualifie l’Accord de Paris sur le climat d' »irréversible », ce qu’une version antérieure évitait de mentionner sous la pression des États-Unis, précisent deux sources interrogées par Reuters.

Considéré comme historique, l’Accord de Paris, qui fixe le cadre d’engagements politiques, économiques et financiers visant à contenir la hausse de la température moyenne de la planète « bien en deçà de 2 °C » en 2100, avec l’objectif d’être le plus près possible de 1,5 °C, est fragilisé depuis que Donald Trump a décidé d’en retirer les États-Unis.

Mercredi, Emmanuel Macron a pressé tous les membres de soutenir l’Accord de Paris de 2015 et d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en menaçant de refuser de signer un communiqué final trop timide sur ce point.

Le G20 pourrait, en outre, enfin adopter un nouveau cadre pour réduire la pollution plastique dans les océans sur une base volontaire. Mais il paraît peu probable que les dirigeants des 20 économies les plus avancées s’engagent sur des objectifs précis.Voir l’image sur Twitter

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Justin Trudeau@JustinTrudeau

Décollage vers Osaka, au Japon, où nous passerons quelques journées bien remplies au Sommet des dirigeants du #G20. Au menu : lutter contre les changements climatiques, faire avancer l’égalité des genres et créer plus d’opportunités pour la classe moyenne.41317:07 – 26 juin 201976 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Les dix pays membres de l’Asean (Association des pays du Sud-Est asiatique) ont montré la voie samedi dernier en adoptant à l’issue d’un sommet à Bangkok une déclaration commune de lutte contre les déchets en mer.

Pétrole et Iran

Même si l’Iran n’est pas membre du G20, la République islamique sera dans toutes les têtes en raison de la guerre des mots qui l’oppose à Donald Trump et aux fortes tensions entre les deux pays, ravivées par la destruction en vol d’un drone américain par Téhéran il y a une semaine près du détroit d’Ormuz.

Cette crise, qui a provoqué une hausse des cours du brut, intervient à quelques jours d’une réunion ministérielle de l’Opep le 1er juillet, élargie le lendemain aux alliés non Opep, dont la Russie, pendant laquelle les membres de cet Opep+ devraient décider de reconduire ou non des baisses de production pour soutenir les prix.

Quoi qu’en dise l’Iran, grand rival régional de l’Arabie saoudite, qui compte désormais parmi les producteurs les plus modestes du cartel en raison des sanctions de Washington, les discussions risquent de se résumer à un tête-à-tête entre Riyad et Moscou, qui produisent à eux deux plus de 40 % du pétrole de l’Opep+. Le sujet devrait être à l’ordre du jour de l’entretien prévu en marge du G20 entre Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane.

Avec Reutershttps://www.france24.com/fr/20190627-quatre-dossiers-brulants-negociations-g20-japon-climat-petrole-iran-chine

Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Les Carnets de Nicolas Bonnal

   mercredi 26 juin 2019

   Forum

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Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Le roquet euro-américain se ridiculise sur tous les champs de bataille verbaux. On imagine mal comment on attaquerait l’Iran après s’être dégonflé/ridiculisé en Syrie et au Venezuela. Pour rentabiliser le pétrole pourri de Wichita peut-être ? Tout cela ne durera pas longtemps entre la dette, notre agressivité brouillonne et notre dépeuplement. L’Europe c’est 4% de la population du monde, a rappelé Giscard, quand c’était 25% du monde en 1914 (elle payé cher ce surpeuplement du reste). Et mon ami Blondet rappelle qu’en Italie 50% des femmes n’ont pas d’enfants. La prostitution explose partout, et la natalité a baissé de 40 % en Espagne depuis la Crise de 2007. En Amérique comme je l’ai rappelé avec Hamilton, cela ne va pas mieux. Ce qui désole plus c’est la définitive disparition des indiens.

Voyons le sujet du jour. Le roquet occidental aboie (Trump, Merkel, Macron, les britishs, tous dans le même sac), la caravane passe, et la caravane aujourd’hui c’est l’Asie. J’ai trouvé dans la presse israélienne de droite (elle est souvent très bonne et beaucoup plus tempérée que la presse US ou française – défense de rire) un texte passionnant sur la marginalisation du paria américain, l’unification de l’Asie et la montée d’une grand ensemble dont personnellement je n’attends rien de bon sur le plan spirituel et rien de brillant sur le plan matériel. Mais on ne refera pas le monde moderne. Il aura dissous les âmes puis les corps, les noumènes puis les phénomènes (Nietzsche).

On lit donc le Jérusalem post :

« Si vous vouliez savoir à quoi ressemblerait un monde sans influence américaine, vous auriez pu assister au sommet de l’Organisation de la coopération de Shanghai à Bichkek vendredi, puis vous rendre le lendemain à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, pour la Conférence sur les mesures de renforcement de la confiance et de la confiance en Asie (CICA). »

La cible, comme disent nos amis iraniens (« vous n’êtes plus une menace mais une cible »), ce sont les Etats-Unis en piteux état :
« Ensemble, ces sommets rassemblent plus de 30 États membres et observateurs et constituent un forum pour une alliance émergente composée de la Russie, de la Chine, de la Turquie et de l’Iran, afin de débattre de questions régionales et mondiales en l’absence des puissances occidentales. Ceci est important parce que tous ces pays, pour des raisons différentes, ont été confrontés à des défis de Washington ces dernières années. »

Le roquet Bolton aboie et menace tout le monde. Et comme dit Donald (débarrasse-t-‘en, Donald…), « si je l’écoutais il faudrait que je fasse la guerre au monde entier ».  C’est à se demander si ce Bolton ne le fait pas exprès, n’est pas payé pour achever l’empire !

L’article continue sur des banalités :

 « Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jingping ont rencontré vendredi les dirigeants des pays d’Asie centrale, ainsi que ceux de l’Inde et du Pakistan, afin de discuter de questions régionales et mondiales. Ils ont adopté la Déclaration de Bichkek qui visait à souligner la nécessité de combattre «trois forces du mal», notamment le séparatisme, le terrorisme et l’extrémisme. L’agence de presse russe Tass a estimé qu’il était important de le noter. 

Prends garde, Amérique :

« En outre, les pays s’efforcent de lutter contre la «criminalité transfrontalière» et de «créer un ordre mondial multipolaire». » Washington prend note. L ‘«ordre mondial multipolaire» vise à contester le leadership mondial des États-Unis après des décennies pendant lesquelles les États-Unis étaient une superpuissance mondiale hégémonique. Pas plus, peut-être, si la réunion de l’OCS est un indicateur. Outre la Chine, la Russie, l’Inde et le Pakistan, les pays voisins du Kirghizistan, du Kazakhstan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan étaient également présents. »

Tous les participants ne sont pas politiquement corrects :

« En outre, l’OCS avait des observateurs venus d’Afghanistan, du Belarus, d’Iran et de Mongolie. »

Tout cela aboutit à une réduction de l’influence US (l’empire crèvera, mais sa matrice durera, vous verrez, voyez Rome ou l’anglais) :
« Il s’agit du 19ème sommet annuel du groupe, dont les membres ont cherché à signer une feuille de route pour la coopération avec la reconstruction en Afghanistan. Les États-Unis tentent de mettre fin à 19 années de guerre civile dans le pays par le biais d’un accord avec les talibans. L’OCS pourrait entrer dans le pays alors que les États-Unis réduisent son influence… »

Les iraniens se sont énervés :
« Alors que la Russie et la Chine cherchaient à renforcer la coopération régionale, l’Iran a profité de la réunion de l’OCS pour critiquer les États-Unis. Le président iranien Hassan Rouhani a déclaré au sommet que les Etats-Unis «violaient toutes les structures et règles internationales et utilisaient leurs ressources économiques, financières et militaires, avaient adopté une approche agressive et présentaient un risque grave pour la stabilité dans la région et dans le monde. »

Et vient le mot curieux de paria. On voit que les israéliens sont beaucoup plus subtils ici que les néocons (idem pour les relations avec la Russie d’ailleurs) :
« Un jour après que Washington ait accusé l’Iran d’avoir attaqué deux pétroliers, cela montre à quel point l’Iran cherchait à présenter les États-Unis comme un paria mondial devant un public plus réceptif. Le prochain sommet de l’OCS aura lieu en 2020 en Russie. »

Toujours habile et ennuyeux (il ennuie son peuple…), Poutine cherche à s’entendre avec tout le monde, y compris avec l’Iran paria :

« Rouhani a tenu une réunion avec Poutine pour discuter des liens économiques, selon Press TV en Iran. L’Iran a déclaré que les relations allaient sur un « bon rythme » et qu’il y avait une commission conjointe Iran-Russie pour la coopération se déroulant dans une semaine en Iran. Les États-Unis ont cherché à imposer des sanctions à Téhéran. Le message de l’Iran était que cela ne fonctionnait pas. »

Les autres participants aussi  refusent la partition occidentale (s’il y en a une, parce qu’entre Macron, Juncker ou Trump l’occident est mal barré, c’est le moins qu’on puisse rire !) :
« Au Tadjikistan samedi, le président chinois Xi Jinping a appelé à de nouveaux efforts en matière de sécurité et de développement parmi les pays participants à Douchanbé. La réunion de la CICA était importante pour l’Iran, la Turquie, le Qatar et d’autres pays. Erdogan a rencontré Rouhani, Jinping et l’émir qatari Tamim bin Hamad al-Thani. »

Si même le Qatar fait des siennes… On continue :
 La Turquie a profité de la réunion de la CICA pour condamner les actions des États-Unis reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. L’Iran a profité de la réunion pour avertir qu’il ne pouvait rester à l’intérieur du JCPOA – l’accord sur le nucléaire iranien – si d’autres pays le violaient. « Les autres pays doivent également payer leur part pour sauver cet accord important », a déclaré Rouhani. 

Le Qatar a rencontré samedi le dirigeant iranien et a souligné l’importance du dialogue. Il s’agit d’une des nombreuses réunions de haut niveau organisées pour les Qataris avec Poutine, Erdogan et la Chine, d’après les photos publiées par l’agence de presse Qatar. Doha a souligné l’importance des relations bilatérales stratégiques avec la Turquie et des relations bilatérales avec les autres pays. »

L’article poursuit :

 « La réunion semblait particulièrement importante pour la Chine et la Russie. Press TV en Iran a rapporté que le président Xi Jinping a célébré son 66e anniversaire avec Poutine. Ils ont échangé du thé et de la crème glacée. La prochaine réunion de l’ICCA, qui réunira 27 pays, aura lieu en 2022. »
Et de conclure sur le reflux occidental et le refus d’obtempérer oriental (que Guénon annonce déjà dans Orient et occident) :

« Ces deux réunions du week-end montrent à quel point l’influence des États-Unis est à la fois remise en cause et affaiblie, à mesure que la Chine, la Turquie, la Russie et l’Iran se sentent plus tournés vers l’avenir en Asie centrale, et moins en Europe et aux États-Unis. Les États-Unis ont giflé les tarifs douaniers sur la Chine, sanctionné l’Iran, menacé la Turquie d’un accord S-400 avec la Russie et sanctionné la Russie… Certaines des poignées de main à Bichkek et à Douchanbé ont pu être symboliques, mais beaucoup représentent des réunions importantes dans le but de défier les États-Unis et leurs alliés. Ils représentent également un consensus sur la lutte contre le terrorisme et la construction d’un ordre mondial multipolaire pour le XXIe siècle. »

Que dire ? Que McKinder avait raison, que qui tient l’île-monde tient le monde. L’occident à bout de souffle démographique, économique et militaire, à bout de souffle aussi sur le plan spirituel/intellectuel, n’est pas à même de contrer l’ascension asiatique. John Mearsheimer avait aussi souligné la catastrophe pour les USA du rapprochement sino-russe sous la présidence du fluet Obama ; un Obama auquel aura succédé un président encore plus nul et mal conseillé !

https://www.dedefensa.org/article/montee-de-lasie-et-marginalisation-du-paria-us

https://www.dedefensa.org/article/montee-de-lasie-et-marginalisation-du-paria-us

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

 

Après « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA », Michel Collon poursuit nos entretiens avec Mohamed Hassan. Grand voyageur et grand érudit, Mohamed Hassan nous expliquera les bouleversements de trois régions : Moyen-Orient, Corne de l’Afrique, Asie. Face à un impérialisme US en difficultés et donc prêt à toutes sortes d’actions surprenantes et dangereuses…

 

Retrouvez « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA » sur notre boutique en ligne

 

https://www.investigaction.net/fr/michel-midi-avec-mohamed-hassan-geostrategies-us-face-a-un-monde-qui-change/