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« En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent à la guérilla »

« En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent à la guérilla »

ENTRETIEN – Jeudi 23 août, Daech a revendiqué une attaque au couteau à Trappes en France, faisant deux morts. Bien qu’affaiblie, cette organisation est plus difficile à cibler qu’en 2014 car ses membres sont géographiquement dispersés, explique Myriam Benraad, politologue et spécialiste de l’Irak.

La politologue française spécialiste de l’Irak et du monde arabe Myriam Benraad, janvier 2016.

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La politologue française spécialiste de l’Irak et du monde arabe Myriam Benraad, janvier 2016. / Nicolas Kovarik/IP3 PRESS/MAXPPP

La Croix : Daech a-t-il toujours les moyens d’attaquer l’Europe ?

Myriam Benraad : L’organisation a moins de moyens et a perdu beaucoup de ses réseaux. En Irak et en Syrie, les djihadistes sont aussi moins puissants. En France, depuis la vague d’attentats de 2015, il y a eu une mise à niveau des dispositifs de renseignement et de lutte antiterroriste. Les réseaux djihadistes sont plus facilement identifiés et un certain nombre a d’ailleurs été démantelé. On ne peut pas nier, plus largement, que l’Europe s’est mis à jour en matière de lutte antiterroriste.

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Maintenant ce n’est pas qu’une affaire de moyens et de réseaux. Certains vont décider, par exemple, de prendre un couteau après avoir écouté un message comme celui que le « calife » de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, a diffusé mercredi 22 août. Ces messages auront toujours un impact symbolique fort sur les combattants et sympathisants. À chaque discours d’Abou Bakr al-Baghdadi, on observe un regain de zèle et de violence parmi ceux qui soutiennent l’organisation terroriste.

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Deux morts à Trappes : l’homme présentait le profil d’un « déséquilibré »

Quelle est aujourd’hui l’importance du réseau médiatique de l’État islamique ?

M. B. : Au niveau de la production officielle, les médias de Daech sont moins puissants. Ils se voient de surcroît systématiquement pris pour cibles en ligne et un certain nombre de personnes impliquées dans la diffusion de leurs contenus ont été arrêtées. Mais si l’on se penche sur la production « dérivée » d’individus sympathisants de Daech, celle-ci peut être tout aussi forte quant au message véhiculé. Le discours djihadiste s’est en quelque sorte banalisé par le biais des réseaux sociaux.

Dans les années 1990-2000, ce discours était encore marginal et les supports de propagande ne dépassaient pas certains cercles restreints. Les communiqués et autres écrits étaient diffusés en arabe ; à présent, ils sont traduits et diffusés dans toutes les langues en touchant un public large. Aussi, Daech réinvestit d’autres endroits comme le réseau de partage de photos et de vidéos Instagram, et opère un retour partiel sur Twitter et Facebook où il se redéploie. Tous les nouveaux réseaux sont également des cibles.

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Daech, une menace qui a changé de visage

Au Moyen-Orient, Daech perd du terrain mais est-ce pour autant qu’il est plus affaibli ?

M. B. : La mise en place d’un proto-État djihadiste sur près de 40 % du territoire irakien et sur une partie importante du territoire syrien, fut un énorme succès en 2014. La perte de ce territoire a été un coup dur pour les djihadistes. Il y a eu des défections importantes car beaucoup ont fini par comprendre que le projet de califat global porté par le groupe, n’était pas viable.

En Irak et en Syrie, les combattants de Daech reviennent donc à la guérilla, à l’action clandestine. Leur objectif est d’empêcher la stabilisation et la normalisation de ces pays. Ils s’en prennent à l’armée, aux forces de l’ordre. Ils sabotent les infrastructures et font en sorte d’empêcher toute reconstruction de long terme. C’est une situation insupportable pour les civils qui sont pris pour cibles dans les attentats depuis de longues années.

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En Syrie, Daech n’a pas fini de nuire

Daech est plus difficile à cibler qu’en 2014 car ses membres sont géographiquement dispersés. Les frappes ciblées se poursuivent, mais les djihadistes se cachent ou se fondent dans la population. C’est une insurrection très éparpillée, qui touche de nombreux endroits.

Au-delà du Moyen-Orient, les djihadistes sont présents en Égypte, en Libye, en Afrique, en Afghanistan, en Asie. Daech est une insurrection mondiale dotée de sections actives aux quatre coins du monde.

Recueillis par Audrey Parmentier
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Asie du sud-est: l’Asean note des menaces jihadistes « très réelles »

Asie du sud-est: l’Asean note des menaces jihadistes « très réelles »

Singapour – L’Asie du sud-est est confrontée à des menaces « très réelles » du groupe jihadiste Etat islamique (EI) malgré sa défaite au Moyen Orient, a averti samedi le Premier ministre de Singapour Lee Hsien Loong à l’ouverture d’un sommet de l’Asean.

M. Lee a également mis en garde contre les risques du protectionnisme économique et jugé « préoccupantes » les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

Certains des dix pays formant l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est, qui rassemble au total quelque 650 millions d’habitants, sont confrontés de longue date avec l’islamisme et des groupes extrémistes qui ont été revigorés par l’émergence de l’EI.

Le groupe EI continue de menacer l’Asie du sud-est malgré sa défaite militaire en Irak et en Syrie et parallèlement le développement du numérique rend les pays plus vulnérables à des cyberattaques, a averti M. Lee.

« L’Asie du sud-est est en paix, mais ces menaces sont très réelles », a déclaré M. Lee. « Nous devons résister tant aux menaces classiques qu’aux menaces non-conventionnelles comme le terrorisme ou les cyberattaques ».

Avant l’ouverture formelle de leur 32e sommet, les dirigeants de l’Asean avaient décidé vendedi soir lors d’un dîner de travail d’intensifier leur coordination en matière de cybersécurité.

Les craintes de cyberattaques s’accroissent dans cette région à l’économie florissante où les technologies numériques ont une emprise croissante sur la vie quotidienne.

L’EI a revendiqué ses premières attaques en Asie du sud-est en 2016 avec des attentats à Jakarta (4 morts). En 2017 aux Philippines, des militants ayant fait allégeance au groupe jihadiste s’étaient emparés de la ville de Marawi, reprise par les autorités après des mois de combats meurtriers.

M. Lee a également averti des risques du protectionnisme économique. « L’humeur politique dans de nombreux pays a évolué pour s’opposer au libre échange, a-t-il dit. « En particulier, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine sont préoccupantes ».

En réponse, l’Asean doit renforcer l’intégration des économies de ses membres et augmenter leur coopération, a dit M. Lee.

« Individuellement, les pays membres de l’Asean auront du mal à avoir beaucoup d’influence », a-t-il observé. « Mais lorsque nous parlons d’une seule voix pour l’Asean, nous pouvons être efficaces ».

L’Asean, fondée en 1967, regroupe Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.

(©AFP / 28 avril 2018 07h05)

https://www.romandie.com/news/Asie-du-sud-est-l-Asean-note-des-menaces-jihadistes-tres-reelles/912998.rom

Synthèse de l’actualité internationale de mars 2018

03/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de mars 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er avril 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de mars 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (11 000 followers)

Sort des urnes

En Russie, Vladimir Poutine a été réélu en mars 2018 à la tête de son pays avec plus de trois-quarts des voix et un taux de participation des deux-tiers du corps électoral.

En Italie, les élections de mars 2018 aboutissent à une majorité presque introuvable car les votes sont dispersés. Les votes eurosceptiques n’ont jamais été aussi importants dans un pays fondateur de la Communauté économique européenne (CEE, 1957) qui a pourtant longtemps été attaché à l’Europe communautaire. Le mouvement 5 étoiles a remporté près d’un tiers des suffrages exprimés devant le parti démocrate et la Ligue (du Nord) avec un peu moins d’un cinquième des votes et Forza Italia à un peu moins de 15%. La victoire des mouvements populistes est inédite dans l’Italie post-1945. Elle traduit le désarroi de la population italienne, pour des raisons d’abord endogènes, mais aussi car elle est astreinte à la potion amère post-crise des dettes souveraines, population italienne qui s’est sentie bien seule face à la crise migratoire à laquelle l’Europe communautaire doit faire face depuis quelques années.

Le président péruvien, Pedro Kuczynski, démissionne en plein scandale de corruption dans le sillage du scandale Odebrecht qui ébranle l’Amérique latine à partir de l’épicentre brésilien. Il a été élu il y a moins de deux ans mais a dû gouverner sans majorité parlementaire. Selon la constitution, le vice-président Martin Vizcarra doit le remplacer d’ici la tenue de nouvelles élections présidentielles.

En Colombie, des élections législatives se sont tenues en mars 2018, les premières après la signature d’accords de paix avec les Farcs (guérilla communiste qui a ensanglanté le pays depuis les années 1960). Les Farcs se sont prêtées pour la première fois au jeu démocratique, mais ont obtenues moins de 1% des suffrages exprimés tant pour l’Assemblée nationale que pour le Sénat. Les élections ont été remportées par le parti d’Alvaro Uribe, ancien président colombien. La droite est majoritaire face à une gauche divisée.

En Allemagne, Angela Merkel a finalement réussi en mars 2018 – à grande peine – à constituer un gouvernement avec le SPD qui récupère les ministères de la santé et de l’économie. Cela met fin à un tunnel engagé par les résultats des élections de septembre 2017.

En Égypte, le maréchal Al-Sissi a été réélu fin mars 2018, sans réel suspense, car ses principaux opposants ne se sont pas présentés face à lui. Les défis de l’Égypte n’en restent pas moins immenses. A Sissi doit combattre le terrorisme qui reste profondément enraciné dans le Sinaï, mais aussi donner un avenir à une jeunesse très nombreuse.

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A. Degans, « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 » via Amazon

Toujours la violence…

Au Burkina Faso, un attentat dans le périmètre immédiat du quartier général de l’armée burkinabé et de l’ambassade de France a fait une trentaine de victimes en mars 2018.

En France dans la région de Carcassonne, un autre attentat revendiqué par l’EI a coûté la vie fin mars 2018 à quatre personnes dont un lieutenant-colonel de la gendarmerie, Arnaud Beltrame. L’émotion est énorme dans tout le pays car le militaire a choisi d’exposer sa vie pour épargner celle d’un otage.

Une dizaine de manifestants a trouvé la mort dans la bande de Gaza au niveau de la clôture avec Israël. Ils dénonçaient les conditions de vie dans cette enclave. Une fois de plus le Hamas, au pouvoir à Gaza, se sert des civils, et Israël n’hésite pas à faire usage de la force.

Au Proche-Orient la situation se complique

En Syrie la ville d’Afrin a été reprise aux Kurdes de l’YPG par les forces turques et les forces « rebelles » majoritairement composées par des islamistes, après près de deux mois de combat. Plusieurs centaines de milliers de civils ont préféré s’enfuir. Le président turc R. Erdogan annonce qu’il ne s’arrêtera pas là et qu’il compte conquérir la bande de territoire syrien de l’autre côté de sa frontière jusqu’aux rives de l’Euphrate, ainsi que Kobané qui a symbolisé la résistance kurde face à l’État islamique. Ainsi, une armée membre de l’OTAN – la Turquie – mène une guerre d’agression sur le sol de son voisin – la Syrie – et y combat des forces kurdes qui sont armées par l’allié américain… Ce qui ne va pas sans poser de questions. Que faire pour les Kurdes qui ont été à la pointe du combat contre l’EI et qui aujourd’hui sont oubliés de leurs alliés occidentaux ? Le président turc annonce vouloir remplacer la population kurde, à la frontière syrienne, par l’implantation d’une population sunnite. Une politique de purification ethnique mise en œuvre par un pays de l’OTAN ?

Toujours en mars 2018, le pouvoir syrien continue son offensive contre la Ghoutta, pas très loin de Damas, tenue par les rebelles. Les civils sont bien évidemment les principales victimes de ce conflit.

L’administration Trump affiche un turn over important

Hope Hicks, la cinquième directrice de la communication de l’actuelle administration républicaine, annonce sa démission en mars 2018. Celle-ci est très probablement à comprendre dans le contexte de l’enquête, menée par la Chambre des représentants, qui vise le président et son équipe de campagne électorale. Cette démission fait suite à toute une série de départs depuis janvier 2017. Rex Tillerson, à la tète de la diplomatie, a appris son éviction par un tweet, le conseiller économique Cary Cohn a préféré démissionner pour désaccord au sujet de la politique commerciale que veut mener l’exécutif, le conseiller stratégique de Donald Trump a été limogé, le conseiller à la sécurité nationale Mickael Flynn a dû quitter sa fonction car visiblement trop proche de Moscou… La liste est longue, mais l’actuelle équipe qui entoure le président américain est surtout composée de « faucons ». Rex Tillerson est remplacé par le très conservateur Mike Pompeo, élu du Kansas et ancien directeur de la CIA.

Synthèse de l'actualité internationale de mars 2018
Mike Pompeo, Secrétaire d’État américain (Mars 2018 – )
Auparavant Directeur de la CIA, Mike Pompeo devient Secrétaire d’Etat des Etats-Unis en mars 2018, en remplacement de Rex Tillerson. Source photo : Wikipedia

Les États-Unis veulent revenir à davantage de protectionnisme, ce qui correspond aux promesses électorales du candidat D. Trump pour préserver l’industrie manufacturière et ses emplois… mais aussi pour faire face à un déficit commercial grandissant car il se monte à 566 milliards de dollars pour 2017. Il prévoit d’augmenter les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium qui sont d’abord importés depuis le Canada, le Mexique mais aussi de Chine ou d’Europe. Ce n’est pas la première fois que Washington décide d’augmenter des tarifs douaniers sur des produits importés, certains se souviennent des « malentendus transatlantiques » c’est-à-dire des guerres commerciales entre États-Unis et Europe communautaire. L’administration G. W. Bush en 2002 a aussi relevé de façon significative les tarifs douaniers sur plusieurs produits importés, dont l’acier.

Les mesures protectionnistes visent en particulier la Chine avec laquelle Washington enregistre l’essentiel de son déficit commercial et dont les Américains craignent désormais les investissements. Ainsi, les États-Unis bloquent la prise de possession de la bourse de Chicago par Chongqing Casin Enterprise. La Commission des investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS) conseille, pour éviter que des technologies américaines ne tombent dans l’escarcelle chinoise, de s’opposer au rachat de Lattice Semiconductor Corp par Canyon Bridge Capital Partners, faux-nez d’intérêts chinois. Cette même crainte anime aujourd’hui Bruxelles.

La Chine étonne le monde

La Chine qui dispose déjà d’un porte-avions acheté à Kiev – rebaptisé le Liaoning – construit un nouveau porte-avions… mais cette fois-ci avec une technologie chinoise. Dans quelques années, la Chine disposera ainsi d’une marine de haute mer, comme seuls les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume Uni en possèdent à l’heure actuelle. Cela renforce les craintes des voisins de la Chine, Taïwan en mer de Chine orientale ou le Vietnam en mer de Chine méridionale. Encore lui faudra-t-il quelques années pour apprendre à manœuvrer un groupe naval d’envergure.

Le dirigeant Xi Jinping est bien un « nouvel empereur rouge ». Après le dernier congrès du PCC, la pensée de Xi Jinping a été inscrite dans les statuts du parti, il devient ainsi quasiment l’égal de Mao. Il fait clairement parti des dirigeants les plus marquants de la Chine contemporaine avec Mao et Deng Xiaoping. En mars 2018, la limite à deux mandats présidentiels a été levée grâce à une révision constitutionnelle, Xi Jinping pourra rester au pouvoir au-delà 2023. La révision constitutionnelle porte également sur l’inscription dans la Constitution du « rôle dirigeant » du PCC (toute contestation du PCC sera donc un acte anticonstitutionnel…) et de la pensée de Xi Jinping. Si ces réformes sont présentées comme émanant « du bas », les nombreuses contestations populaires démontrent le contraire. Il sera encore plus difficile de s’opposer au président qui a déjà renforcé son emprise sur le parti, par l’intermédiaire de purges dans le cadre d’une vaste politique de lutte contre la corruption, mais aussi sur la société qui doit témoigner de sa « loyauté »… Désormais, les fonctionnaires devront montrer une loyauté pleine et entière au PCC et à Xi Jinping.

Celui-ci a mis fin à la session annuelle du Parlement chinois en affirmant que Taïwan ne pouvait se séparer de la Chine populaire. Le président rêve de la faire rentrer dans le giron de la mère patrie, ce que Mao a échoué à réaliser.

Du nouveau à l’Est…

Alors que Washington a décidé unilatéralement de mettre fin aux accords transpacifiques signés sous l’administration B. Obama, ceux-ci renaissent à l‘initiative de Tokyo, mais cette fois sans les Etats-Unis. Ces nouveaux accords transpacifiques unissent onze pays dans un accord de libre-échange qui relève d’un vrai endiguement commercial de la Chine. Tokyo a eu soin de laisser à Washington la possibilité de revenir à terme dans l’accord.

Pyongyang continue la désescalade des tensions entamées lors des Jeux olympiques organisés par la Corée du Sud en février 2018. La Corée du Nord a accueilli un représentant sud-coréen et prévoit une nouvelle entrevue en avril prochain, le même mois que celle prévue avec Washington. Après avoir joué les pyromanes avec un chantage aux essais nucléaires, Pyongyang se pose toujours en « maitre des horloges » pour des négociations et réussi peut-être un coup de maitre en s’imposant sur la scène internationale des relations diplomatiques et en se posant en tant qu’interlocuteur internationalement reconnu. Une première. Reste à connaître les suites.

… et au Sud

Le Rwanda a été en mars 2018 le siège d’une réunion des pays africains de l’Unité africaine (UA) qui se sont mis d’accord pour mettre en œuvre une zone de libre-échange. Cette Zone de libre-échange continentale (ZLEC) réunit une quarantaine de pays, mais pas le Nigéria, première économie du continent africain, ce qui limite la portée de cet accord.

Des situations politiques délicates…

Le récent attentat relance en France le questionnement sur l’État d’urgence. Le Sri Lanka a décrété l’État d’urgence pour 10 jours dans un climat très tendu dont pâti la communauté musulmane de l’ile qui représente environ 10 % de la population totale. En Éthiopie l’État d’urgence a été instauré en février 2018, il suscite désormais une vague de protestation de la population ainsi que des grèves. Si ce pays affiche une bonne santé économique avec une croissance à deux chiffres il ne parvient toujours pas à trouver une martingale politique comme en témoigne la récente démission du premier ministre. Les querelles ethniques affleurent : les Oromo (musulmans) et les Amhara (chrétiens) veulent chacun la désignation de leur champion alors que tous deux s’inquiètent de l‘importance de l’ethnie minoritaire des Tigréens dans le secteur de la sécurité.

Au Royaume Uni, un ancien agent russe Sergueï Skripal, qui travaillait aussi pour Londres, a été victime, ainsi que sa fille, d’un empoisonnement au neurotoxique. Londres y voit la main de Moscou, le précédent de l’empoisonnement au polonium de l’ancien-agent russe Alexandre Litvinenko n’y est pas étranger… Moscou dément toute implication, mais le Royaume Uni met en place des sanctions diplomatiques et trouve le soutien de ses partenaires européens. Théresa May décide d’expulser 23 diplomates russes, Washington en expulse 60. Moscou décide d’expulser, en retour, près de 60 diplomates occidentaux, américains, français, belges, allemands… Cet événement permet une nouvelle cartographie des solidarités autour du Royaume-Uni et plus largement des pays dits « occidentaux ».

La Slovaquie traverse en mars 2018 une crise politique depuis l’assassinat d’un journaliste qui enquêtait sur des malversations concernant des hommes politiques et des hommes d’affaires de premier plan. Le premier ministre, Robert Fico, démissionne. Peter Pellegrini est appelé à former un nouveau gouvernement.

L’Outre-mer français connait en mars 2018 une nouvelle crise après celle qui a affectée la Guyane en 2017. Mayotte, dans l’océan Indien, ne parvient plus à faire face à l’arrivée d’immigrants clandestins principalement en provenance des Comores. L’état d’insécurité est tel que les citoyens craignent de sortir de chez eux le soir, ou de prendre la mer. Les services sociaux sont totalement débordés, notamment les services de santé et deviennent parfois inaccessibles aux autochtones. Ceux-ci se sentent abandonnés par la République. En effet, de nombreuses femmes enceintes cherchent à venir accoucher à Mayotte pour que leur enfant naisse dans de bonnes conditions et bénéficie du droit du sol, donc à terme de la nationalité française. La colère gronde chez les Mahorais, la ministre de l’Outre-mer a fait un déplacement, qui n’a pas convaincu.

Scandale numérique

L’entreprise de Mark Zuckergerg, Facebook, aurait transmis les données de quelques cinquante millions d’utilisateurs au britannique Cambridge Analytica, assez proche du nouveau locataire de la Maison blanche. Cette affaire pose clairement les enjeux du numérique. En tout premier lieu la question de la confiance que l’on peut accorder aux GAFAM (Google Amazon Facebook, Apple et Microsoft) qui pourtant ont accès à une part importante de notre vie privée. Bruxelles réfléchit justement à la protection des données privées des ressortissants européens qui y attachent une importance particulière, peut-être plus développée qu’Outre-Atlantique. De manière plus générale, c’est la question du Big Data qui est mise ainsi sous la lumière des projecteurs. Qui est propriétaire des données personnelles ? Qui peut y avoir accès. Une légitime vague de défiance déferle désormais parmi les utilisateurs de Facebook, un appel au boycott a été lancé, sa capitalisation boursière s’effondre… Le moteur de recherche français, Qwant, qui s’engage à respecter les données personnelles voit son nombre d’utilisateurs progresser chaque jour depuis ce scandale.

Départs

Stephen Hawking était l’un des astrophysiciens les plus connus au monde. Ce Britannique, affecté par une terrible maladie neurodégénérative – la maladie de Charcot – est l’un des plus grands scientifiques de notre période. Il a mené des recherches sur les trous noirs (il découvre qu’ils s’évaporent) et s’est attaché à en vulgariser le fruit avec son livre Une brève histoire du temps publié en 1988. C’est un grand esprit qui s’éteint en mars 2018.

Pierre Milza vient aussi de disparaître en mars 2018. Il a été l’un des grands historiens français du XXème siècle. Il a publié avec Serge Bernstein une somme (Histoire du XXème siècle) qui reste une référence régulièrement actualisée très précieuse pour les étudiants. Ses travaux ont aussi porté sur l’analyse du fascisme, en particulier italien lui qui est un enfant né en France d’un père immigré. C’est une grande figure de l’histoire française qui s’en est allé.

Bonnes nouvelles

En commandant des hélicoptères NH90 pour près de trois milliards de dollars, le Qatardonne une bouffée d’oxygène à Airbus industrie.

A Saint-Nazaire, les chantiers STX viennent de livrer le plus gros paquebot du monde, le Symphonie of the Seas, à la compagnie Royal Caribean Cruise Ltd. Il représente trois années et 10 millions d’heures de travail. Le carnet de commande de l’entreprise est bien fourni, preuve de l’excellence française dans ce domaine de la construction maritime. STX propose des projets innovants : des paquebots à voiles : le Silenseas !

La ministre des Armées, Florence Parly dévoile en mars 2018 la création d’une Agence de l’innovation de la Défense (avec un budget d’environ 100 millions d’euros) qui va développer l’intelligence artificielle.

Le rapport du mathématicien français, détenteur de la médaille Fields, Cédric Villani, sur l’intelligence artificielle plaide pour un effort substantiel pour combler notre retard dans ce secteur stratégique pour l’avenir. Le président Emmanuel Macron a promis un plan d’1,5 milliard d’euros pour l’intelligence artificielle et annonce que Samsung installera à Saclay un de ses plus importants centres de recherche en intelligence artificielle.

Pour la première fois depuis longtemps le déficit public français est passé, en 2017, sous la barre des 3% du PIB.

Avec tous les vœux du Diploweb.com pour les candidats qui se présentent d’ici peu aux écrits des concours ! Nous serons à vos côtés jusqu’à votre réussite aux oraux !

Mars 2018-Degans/Diploweb.com


Plus pour réussir

Extraits du catalogue des livres géopolitiques publiés par Diploweb pour la réussite aux concours.

. P. Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Les dessous des cartes, enjeux et rapport de force »

. A. Degans, « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 »

. P. Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de la mondialisation contemporaine. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force »

. S. Schmit, « Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Amérique latine : Un sous-continent en pleine transition politique, énergétique et commerciale. Dossiers et fiches pays »

. L. Chamontin, « Ukraine et Russie : pour comprendre »

. L. Bloch, « L’Internet, vecteur de puissance des États-Unis ? : Géopolitique du cyberespace, nouvel espace stratégique »

. G-F Dumont, P. Verluise, « The Geopolitics of Europe : From the Atlantic to the Urals »


Bonus Vidéo de la conférence de Valérie Niquet (FRS) : Quel tableau géopolitique et stratégique de l’Asie dans le monde de Trump ?

Eurasisme : à quoi pourrait ressembler un meilleur Moyen-Orient ?

Eurasisme : à quoi pourrait ressembler un meilleur Moyen-Orient ?


Par Andrew Korybko – Le 10 octobre 2016 – Source geopolitica.ru


Une dizaine d’année s’est écoulée depuis la publication de l’article provocateur de Ralph Peters « Les Frontières de sang : À quoi pourrait ressembler un meilleur Moyen-Orient » dans le journal des forces armées américaines de 2006. On peut considérer, rétrospectivement, que ce texte ne constituait pas seulement une proposition théorique, mais s’inscrivait comme schéma directeur de Brzezinski dans la quête des USA pour casser les « Balkans eurasiens » en s’appuyant sur les différences identitaires, dans le but de maintenir le statu quo hégémonique « diviser pour régner » du monde unipolaire. Il est temps de prendre en compte les changements sismiques géostratégiques de ces dix dernières années et de proposer un contre-projet solide face à Ralph Peters, et une feuille de route multipolaire visant à intégrer les « Balkans eurasiens » et consolider la connectivité multipolaire de la Nouvelle Route de la Soie.

Que le lecteur ne voie rien d’exhaustif ou d’utopique à ce qui suit ; il va de soi que des études détaillées devront prendre en compte les éléments gouvernementaux, d’infrastructure, et être expertisées pour déterminer la viabilité de chaque route et lien projetés ici. On peut supposer, par excès de prudence, que la plupart de ces projets auront une multitude de raisons de ne jamais voir le jour, mais pour ceux qui seront accomplis, ils pourront se concrétiser sous forme de route, de voie de chemin de fer, ou multimodale. L’objectif de cette étude est d’établir une liste complète de toutes les connexions possibles dans les « Balkans eurasiens » et d’ouvrir une discussion collective sur les mutations que la Nouvelle Route de la Soie et d’autres initiatives d’intégration complémentaires pourraient induire sur la géopolitique fracturée de la région. Ces transformations pourraient la muer en une entité cohérente prenant sa place dans un monde multipolaire, où chaque élément de l’assemblage bénéficierait de l’union ainsi constituée.

Eurasian Middle East

Points rouges : Nœuds/Villes

  • Rose : Hejaz 2.0
  • Bleu foncé : Route royale de Riyad
  • Violet : Couloir CCG [Conseil de Coopération du Golfe, NdT]
  • Gris : Ligne transcontinentale Yémen-Djibouti
  • Jaune : Interconnexion Irakienne
  • Orange : Couloir du « Kurdistan”
  • Bleu clair : Connexion Caucase-Turquie
  • Noir : Route du sud de la Russie
  • Marron : Anneau centre-asiatique
  • Lavande : Route afghane
  • Doré : Couloir économique Chine-Pakistan (CPEC)
  • Vert : Ligne islamique

Description des nœuds (connexion par rail, autoroute, etc.)

    • Hejaz 2.0 (du nord au sud)
      • Syrie
        • Alep/Lattaquié/Damas
      • Liban
        • Beyrouth
      • Jordanie
        • Amman/Aqaba
      • Arabie saoudite
        • Djeddah
        • Route royale de Riyad
        • Riyad
        • Couloir du CCG (du nord au sud)
      • Koweït
        • Koweït City
      • Arabie Saoudite
        • Dammam (d’où elle bifurque vers Bahreïn)
      • Qatar
        • Doha
      • Émirats Arabes Unis
        • Abou Dabi/Dubaï/Fujairah
      • Oman
        • Muscat/Duqm/Salalah
    • Ligne transcontinentale Yémen-Djibouti
      • Yémen
        • Sanaa/Aden
      • Djibouti
        • Tadjourah
    • Interconnexion irakienne (du nord au sud)
      • Irak
        • Kirkouk/Bagdad/Bassorah
    • Couloir du « Kurdistan »
      • Irak
        • Kirkouk/Erbil/Mosoul
      • Turquie
        • Diyarbakir/Gaziantep
    • Connexion Caucase-Turquie (d’ouest en est)
      • Turquie
        • Istanbul/Ankara/Ceyhan/Erzurum
      • Géorgie
        • Batoumi/Poti/Tbilissi
      • Arménie
        • Erevan
      • Azerbaïdjan
        • Bakou
    • Route du sud de la Russie (du sud vers le nord)
      • Russie
        • Makhatchkala/Sotchi/Sébastopol/Rostov sur le Don/Astrakhan/Volgograd
    • Anneau centrasiatique
        • Kazakhstan
          • Atyraou/Aktioubé/Astana/Almaty/Janaozen/Chimkent
        • Ouzbékistan
          • Tachkent/Samarcande
        • Kirghizistan
          • Och/Bichkek
        • Tadjikistan
          • Khodjent/Douchanbé
        • Turkménistan
          • Turkmenbashi/Bereket/Achgabat/Mary/Atamyrat
    • Route afghane
      • Afghanistan
        • Kondôz/Mazar-e-Sharif/Hérat/Kaboul/Delaram/Kandaha
    • Couloir économique Chine-Pakistan
      • Pakistan
        • Islamabad/Quetta/Karachi/Gwadar
  • Ligne islamique
        • Iran
          • Mashad/Gorgan/Téhéran/Tabriz/Ispahan/Bandar Abbas/Chabahar/Zabol

Description des projets régionaux

Hejaz 2.0

Cette ancienne ligne de chemin de fer ottomane fut fermée en 1920, mais un siècle plus tard, les sous-jacents géostratégiques n’ont pas changé. En fait, son importance s’est accrue et elle pourrait constituer la clé de la réussite de la reconstruction après-guerre de la Syrie. La ligne Alep–Damas–Amman–Aqaba constitue une plaque tournante pour l’activité commerciale à l’est du pays, et les branches vers Lattaquié et Beyrouth ouvrent l’accès à la mer Méditerranée. Côté saoudien, il n’y a peut-être pas d’impératif économique pour établir la connexion jusque Aqaba et pousser vers l’est, l’infrastructure du port de Djeddah existant déjà, mais il n’est pas exclu que cette route devienne un jour intéressante pour les Saoudiens, qui sont soucieux de diversifier leur économie au-delà du secteur des ressources naturelles.

Hejaz 2.0 présente le potentiel fondamental de relier Damas à Bagdad après la défaite de Daech et, par extension, Beyrouth à Téhéran. Les Saoudiens approfondissant leur influence sur la Jordanie, on peut prédire que, dans les dix ans à venir, ils vont vouloir intégrer cette dernière au CCG, et ils voudront s’assurer une connectivité complète avec ce nouveau partenaire. Dans cette perspective, Riyad pourrait être à l’initiative d’une route commerciale (par route ou par chemin de fer) directement vers Amman, et la considération stratégique d’ancrer la Jordanie au plus près de la monarchie saoudienne pourrait tenir lieu de pilote à une extension de Hejaz 2.0 d’Aqaba à Djeddah.

Route royale de Riyad

Suivant ce train de pensées, les Saoudiens, avant de considérer des projets en dehors du CCG, vont probablement s’employer à créer du lien sur leur propre territoire. Ils ont certes insisté lourdement sur leur volonté de diversifier leur économie, mais le consensus est que les secteurs de la finance, de l’immobilier et du conseil (que la plupart des observateurs voient comme cibles de cette nouvelle politique économique) ne suffiront pas à assurer le plein emploi à la population. On peut s’attendre à ce que les Saoudiens en viennent à développer le commerce et les industries légères, qui devraient les inciter à développer leur infrastructure nationale. La desserte de la capitale du Royaume est déjà assurée par un réseau de routes goudronnées, mais celui-ci pourrait être étendu vers une connexion plus solide entre le port de Djeddah à l’ouest et celui de Dammam, son homologue côté est, le long du couloir du CCG. Des oléoducs ont déjà été déployés le long de ce chemin, ce qui fait apparaître comme judicieux le développement d’une structure plus ouverte sur la route déjà tracée par les sociétés de l’énergie.

Couloir CCG

Les États du CCG ont dans leurs cartons un projet de chemin de fer les interconnectant tous et, au vu de leurs plans de développement post-pétrole, on peut s’attendre à ce que ce projet ambitieux et coûteux finisse par être bel et bien mis en œuvre, malgré les nombreux délais et complications survenus depuis la pose de sa première pierre en 2011. Le plan consiste à relier les zones côtières du Koweït jusque Mascate. Le projet présente des possibilités de branches complémentaires, sous forme de rail ou de routes.

La première, et la plus évidente de toutes, est le projet de jonction avec le Bahreïn, via la ville côtière saoudienne de Dammam. De là, le Qatar pourrait relier le Bahreïn et les EAU par deux chemins disjoints, même si les Saoudiens s’y opposeront sans doute par peur de voir Doha, leur ancienne rivale, usurper l’influence de Riyad sur ces deux États. Quoiqu’il en soit, au vu de la faisabilité technique de ces routes, elles méritent d’être mentionnées, au cas où la situation stratégique viendrait à changer, ce qui pourrait les rendre politiquement viables.

Ligne transcontinentale Yémen-Djibouti

Partant d’Abou Dabi, deux chemins sont possibles. Le premier part vers Dubaï, et de là soit vers le port de Fujaïrah (EAU) et/ou à Mascate, la capitale d’Oman ; le second prend directement la direction de Duqm, le nouveau port où la Chine s’est décidée à investir dans le cadre de sa stratégie de Route de la Soie [One Belt One Road, NdT]. Dans les deux cas, il est crédible de s’attendre à ce qu’une route Dubaï-Mascate-Duqm voie le jour, ainsi que son extension au sud vers Salalah, la deuxième ville du royaume d’Oman.

Relier Aden et Mascate et ainsi rejoindre le couloir CCG et la ligne transcontinentale aurait du sens, mais même si cela n’est jamais mis en œuvre, il est très probable que les Saoudiens veuillent relier Djeddah au plus grand port de leur voisin du sud. Ceci fera partie, ou pas, de la vision étendue de Hejaz 2.0. Quelle que soit la forme que prendrait ce lien, un pont au dessus de Bab-el-Mandeb pourrait relier les états du CCG et l’Éthiopie, leur producteur agricole, par Djibouti, et passant par Tadjourah, la troisième plus grande ville du pays (et plus grande ville de la zone nord peu peuplée du pays). En outre, l’Éthiopie développe rapidement son économie, et ce pont profiterait également à ses exportations textiles et industrielles, permettant des ventes à bon prix sur les marchés du Golfe.

Interconnexion irakienne

La fonction de l’Irak, dans cette matrice régionale, est de relier la Méditerranée et l’Iran d’une part, et le Golfe et la Turquie d’autre part. Le pays constitue également un marché de bonne taille en soi, et il paraîtrait sage de miser sur sa position géographique centrale pour tirer profit du croisement des deux grandes routes commerciales. Bassorah relierait l’Irak au couloir du CCG et à la ligne islamique en Iran, ce qui constitue une chance de faciliter le commerce entre deux grands marchés, en y tirant son épingle du jeu.

Le couloir du « Kurdistan »

Le concept derrière cette route commerciale à 46 milliards de dollars est extrêmement simple : il s’agit de relier l’ouest de la Chine avec le port de Gwadar sur l’Océan indien. Urumqi, capitale régionale du Xinjiang, est le premier nœud de ce réseau, qui plus au sud au Pakistan, doit traverser Kachgar, qui lui permettrait en fin de compte de rejoindre la ville kirghize d’Och, au bord de la vallée de Ferghana – si jamais Pékin en venait à décider de construire des infrastructures de transport onéreuses dans ces zones montagneuses. En continuant sur cette route, Islamabad constitue le joyau central de cette couronne économique, et la capitale du Pakistan apporte également au projet l’intégration de l’Afghanistan, par le couloir de Kaboul (à supposer que les violences pachtounes transnationales puissent être contrôlées).

Islamabad devrait trouver moyen d’intégrer Baloch, capitale régionale du Quetta, dans ce réseau transnational ambitieux, car les développements que ce projet pourrait apporter à cette région permettraient d’y dissiper les ambitions séparatistes, en contenant le ressentiment que certains habitants, considérés comme périphériques, nourrissent des griefs contre le centre du pays qui ne prend pas en compte leurs intérêts. Amener le Quetta dans ce projet serait un coup de maître, car cela lui permettrait de se connecter directement à Kandahar au sud de l’Afghanistan et au réseau de transport global du pays. Le Quetta se verrait ainsi également relié à Gwadar et au réseau côtier pakistanais de Karachi, et ces deux liens contribueraient énormément au développement de Baloch, la capitale, étouffant à la source les rebellions avec le temps.

Ligne islamique

Le dernier tronçon à considérer sur la grille d’infrastructure Moyen Orient-Russie-Asie Centrale-Asie du sud est la partie qui devrait traverser l’Iran. Comme déjà exposé, la ville de Masshad au nord-est dispose d’une position géographique privilégiée, ouvrant la voie vers la route du rail de l’est de la région Caspienne, ainsi que la ligne Tachkent vers la très peuplée vallée de Ferganah, et enfin le couloir de l’est vers Kaboul et Islamabad, dont le dernier tronçon amène à Téhéran, la capitale nationale. L’autre avantage de cette ville, est qu’elle constitue le point de transit le plus logique pour l’Inde au vu des accords d’Achgabat, visant à s’appuyer sur le port de Chabahar comme point d’entrée vers le marché de l’Asie du centre. Entre les deux villes est sise la ville de Zabol, qui est l’homologue iranienne de la ville afghane de Zarandj, conduisant à Kandahar par la route construite par l’Inde.

En poursuivant à l’ouest de la république islamique, Chabahar pourrait être reliée à Bandar Abbas, plus grand port iranien, sans grands frais suite à quoi elle pourrait relier Ispahan, soit en suivant la boucle du golfe persique vers Bassorah en Irak et le couloir du CCG qui commence à Koweït City, soit en s’aventurant au nord de Téhéran. La capitale iranienne propose également un lien avec la ville frontalière de Gorgan, qui relie le cœur économique du pays au chemin de fer caspien. L’autre point qui rend Téhéran importante est sa proximité avec Tabriz, qui présente le potentiel impressionnant de servir de nœud commercial pour l’Iran vers Bakou, Erevan, Erzurum, Diyarbakir, ainsi que Mossoul, deuxième ville irakienne.

Observations stratégiques

  • Le couloir indien nord-sud depuis Chabahar présente le potentiel de bifurquer vers la Russie et l’Union européenne (via l’Azerbaïdjan), l’Asie centrale (par le Turkménistan), et l’Afghanistan, lui apportant une flexibilité si des infrastructures peuvent être construites et tenues en état.
  • Il est peu probable que les projets proposés par l’Afghanistan progressent dans le futur proche, mais la vision économique intégrée et le rôle du pays comme facilitateur commercial entre l’Iran et le Pakistan pourraient tenir lieu de moteur à ses parties prenantes internes, pour se coordonner dans une démarche gagnant-gagnant et en tirer un compromis politique (il en va de même pour leurs soutiens extérieurs qui pourront les inciter à le faire).
  • La route commerciale la plus rentable reliant la Chine à l’Iran traverse l’Asie Centrale, mais c’est aussi la plus compliqué géopolitiquement, à cause de son passage obligé par la vallée de Ferganah. Dans l’hypothèse de changements de dirigeants au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Tadjikistan (soit par limite d’âge, soit par guerre hybride) ce centre de gravité régional pourrait rapidement devenir un nœud de terreur, d’insurrection, et de déstabilisation. La route d’Asie centrale, présentant un potentiel considérable de retours économiques, porte également un niveau de risques maximal dans le futur proche.
  • L’Iran dispose d’une situation prépondérante comme croisement de nombreuses routes commerciales à venir, qu’elles soient relativement « locales » comme la route Téhéran–Beyrouth ou étendues, comme Islamabad–Istanbul. En outre, aucun pays ne pourrait remplacer l’Iran, dans l’importance que lui donne la vision chinoise de la Route de la Soie, comme nœud dans l’intégration avec le Moyen Orient et pour établir un couloir sud-eurasien vers l’UE, en complément des routes centrales à travers la Russie et la route maritime du nord via l’Océan Arctique.
  • Tabriz présente le potentiel de connectivité le plus diversifié avec les nœuds recherchés, proposant de relier Téhéran, Bakou, Erevan, Erzurum, Diyarbakir et Mossoul.
  • La connectivité de l’Iran vers Istanbul et Beyrouth ne peut pas fonctionner sans une stabilisation de la zone sud-est de la Turquie (le « Kurdistan ») et de la région frontalière irako-syrienne (Daesh). Sans cette stabilité, Téhéran n’est pas en mesure de remplir son destin géo-intégré multipolaire le long de la Route de la Soie. Il n’est pas surprenant de voir que les troubles dans ces deux régions sont reliés entre eux, et reliés aux USA à divers niveaux.
  • La rivalité qatari-saoudienne s’est beaucoup résorbée depuis que les deux parties se sont « réconciliées » fin 2014 [L’article date de 2016 et ne prend pas en compte les récents évènements, NdT], après que Riyad ait eu la main lourde contre Doha. Mais si la Maison de Thani réussissait d’une manière ou d’une autre à établir des transports directs avec le Bahreïn et les EAU, au travers des deux propositions citées ci-dessus, elles réussiront à repousser la Maison des Saoud et à rompre la dépendance de ces deux royaumes de l’influence prédominante saoudienne, ce qui n’arrivera de toute façon pas sans conflit (quels qu’en soient les degrés de manifestation).

Andrew Korybko

Traduit par Vincent relu par Cat pour le Saker Francophone

Vidéo. Isabelle Facon. Quelles relations entre la Russie et l’Asie ?

Vidéo. Isabelle Facon. Quelles relations entre la Russie et l’Asie ?

Par Estelle MENARD, Fabien HERBERT, Isabelle FACON, Pierre VERLUISE, le 9 mars 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Maitre de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Isabelle Facon est spécialiste des politiques de sécurité et de défense russes. Propos recueillis par Pierre Verluise, Docteur en géopolitique et fondateur du Diploweb.com. Images, son et montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard, stagiaire au Diploweb.com.

Quels sont les vrais enjeux stratégiques de la Russie en Asie ? Isabelle Facon, Maitre de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) répond avec précision aux questions de Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com. Un sujet important pour le 4e mandat de V. Poutine. (15 minutes)

QUESTIONS :
. Quelles sont les idées fausses sur les relations entre la Russie et l’Asie ?
. Quels sont les points importants à retenir quant aux relations entre la Russie et l’Asie ?
. Quels sont les temps forts à suivre pour 2018 ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Estelle Ménard pour Diploweb.com

L’actuel rapprochement de la Russie vers l’Asie n’est pas exclusivement conditionné par les relations russo-occidentales. Si les Russes ont récemment été encouragés à s’impliquer davantage dans la région suite à la crise en Ukraine et pour contrebalancer la présence américaine, le président Vladimir Poutine avait déjà initié un rapprochement dès le début des années 2000. D’abord, une grande partie de la Russie se situe en Asie : il semblait donc raisonnable de rééquilibrer ses relations économiques et stratégiques dans la zone. Cette volonté était renforcée par les dynamiques de dépeuplement et de désindustrialisation en Sibérie et en Extrême-Orient, posant des risques pour la sécurité et l’intégration du territoire : il y avait donc urgence au développement et à la redynamisation de ces espaces. Enfin, Poutine cherchait à trouver de nouveaux partenaires dans la région pour ne pas dépendre uniquement de la Chine.

Ce rééquilibrage russe en Asie consiste à augmenter ses échanges économiques et commerciaux avec les pays de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC, pour Asia Pacific Economic Coopération), qui devient son principal partenaire commercial en 2010, devançant l’Allemagne. Sur le total des échanges commerciaux de la Russie, les pays de l’APEC représentent aujourd’hui 25-30%, alors que ceux avec l’Union européenne (UE) correspondent à 45%. C’est un véritable pivot, sachant qu’auparavant, l’UE représentait plus de 50% de ces échanges tandis que l’APEC ne comptait que pour 20%. Parmi ces pays de l’APEC, les principaux partenaires sont la Chine, le Japon et la Corée du Sud, les autres pays asiatiques arrivant loin derrière eux.

Ces échanges concernent notamment le secteur énergétique. Bien avant la crise ukrainienne, il existait déjà un climat de tension économique et politique entre la Russie et l’UE qui a poussé Poutine à diversifier ses partenaires commerciaux et à exporter plus d’hydrocarbures vers les marchés asiatiques. Cela s’incarne d’abord par le projet d’oléoduc reliant la Sibérie orientale à l’Asie pacifique en passant par le Japon, puis, en 2014, par le projet d’un grand gazoduc entre la Russie et la Chine, d’un coût de 400 milliards de dollars américains. D’autres projets sont en cours, comme le développement du gaz naturel liquéfié, financé par la Chine, et dont les marchés asiatiques seront les premiers bénéficiaires. Face à un marché des hydrocarbures russe qui se diversifie, l’UE devra aussi revoir sa stratégie.

Vidéo. Isabelle Facon. Quelles relations entre la Russie et l'Asie ?
Isabelle Facon, Maitre de recherche à la FRS

Pourtant, un tel rapprochement vers l’Asie ne va pas de soi, c’est un changement qui arrive en même temps que Poutine. La politique étrangère de la Russie s’est longtemps organisée autour de l’Europe et de l’Occident, laissant l’Asie de côté, à l’exception de la Chine. La différence des cultures économiques y est pour beaucoup et cela donne lieu aujourd’hui à des pesanteurs et des inerties dans la politique asiatique russe. Par ailleurs, la Russie attire peu d’investisseurs asiatiques, à l’exception du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, pour qui l’Extrême-Orient russe est intéressant. Enfin, l’étroitesse du partenariat russo-chinois peut aussi être handicapant dans l’effort russe de repositionnement stratégique en Asie. Cette relation très étroite prend ses racines au début des années 1990, quand la Russie a dû faire des choix stratégiques, constituant ainsi sa sphère d’intérêts privilégiés. Elle s’est concentrée sur l’Europe, son « étranger proche », et puis sur la Chine, avec qui elle commence à développer un partenariat stratégique dès 1996. Or, jouer la carte chinoise présente des inconvénients étant donné les relations tendues qu’entretient l’Empire du milieu avec de nombreux pays asiatiques. L’enjeu pour la Russie aujourd’hui est donc de gagner en autonomie vis-à-vis de la Chine afin de rassurer les pays voisins.

Dans le cadre du projet de Route de la soie initié par la Chine, la Russie souhaite s’impliquer activement, mais en 2018 il s’agira de voir si ce discours va se matérialiser. En 2015, les présidents de ces deux pays avaient annoncé que l’Union économique eurasiatique participerait activement à ce projet, qui impliquerait aussi l’Organisation de coopération de Shanghai, l’ASEAN et peut-être même l’Union européenne. Mais si la Russie veut avoir un rôle privilégié, notamment en termes d’infrastructures, il faudra qu’elle parvienne à aller au-delà du discours et à concrétiser cette volonté, ce qui n’est pas encore fait. Du côté chinois, on ne s’y oppose pas, mais on ne va pas dans cette direction non plus.

La Corée du Nord, un facteur majeur de bouleversement stratégique à suivre en 2018, pourra aussi donner l’occasion à la Russie de jouer un rôle diplomatique important en Asie. Mais si la Russie possède des capacités diplomatiques à faire valoir, elle est dans une position de force moindre que sa voisine chinoise, qui, elle, dispose non seulement de canaux diplomatiques, mais aussi d’un réel poids économique. Dans cette crise nord-coréenne, la Russie pourra soit s’aligner sur les positions de la Chine, soit jouer un rôle à part entière. Une telle prise d’initiative serait souhaitable pour la Russie afin qu’elle se positionne en leader dans la région, apportant de nouvelles pistes de solution à la crise, et afin qu’elle rehausse son importance vis-à-vis du reste du monde.

Cette année sera également l’occasion d’examiner le potentiel d’un rapprochement entre le Japon et la Russie. Cette dernière pourrait constituer pour la première un point d’appui pour contenir les ambitions chinoises. Il y a de bonnes raisons de croire qu’un tel rapprochement peut avoir lieu. Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe semblent être sur la même longueur d’onde, et bien que certains problèmes territoriaux demeurent, les deux puissances collaborent sur des projets économiques, notamment sur les îles Kouriles, appelées « territoires du Nord » par les Japonais – une zone qui, visiblement, est encore disputée. Une plus proche coopération entre ces deux pays pourrait aider la Russie à se montrer comme un acteur constructif dans la région, sur le plan économique comme sur le plan sécuritaire. Ce n’est pas tellement l’image qu’elle renvoie pour l’instant, tant la vente d’armes en Chine et au Viêtnam n’est pas perçue comme un gage de stabilité. Toutefois, l’intervention de la Russie dans le conflit syrien lui a permis de faire montre de ses capacités militaires et de son habileté diplomatique, une carte importante à faire valoir dans son jeu en Asie pacifique.

Copyright pour le résumé Mars 2018-Ménard/Diploweb.com

Vidéo. Valérie Niquet. Quels enjeux de stabilité stratégique en Asie ?

Vidéo. Valérie Niquet. Quels enjeux de stabilité stratégique en Asie ?

Par Estelle MENARD, Fabien HERBERT, Pierre VERLUISE, Valérie NIQUET, le 16 février 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Valérie Niquet, Maitre de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Auteure de « La puissance chinoise en 100 questions », Paris, éd. Tallandier. Elle répond aux questions de Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com. Images, son et montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

Le monde entier a les yeux tournés vers l’Asie, avec les Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud et la scénarisation d’un apaisement des relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. C’est l’occasion de prendre de la hauteur pour s’interroger sur les enjeux de stabilité stratégique en Asie. (7 minutes)

QUESTIONS :

. Quelles sont les idées fausses sur les enjeux de stabilité stratégique en Asie ?
. Quels sont les points importants à retenir sur la sécurité en Asie ?
. Quel est le rôle de la Chine dans la crise nord-coréenne ?
. Quelles sont les relations entre la Chine et les Etats-Unis sur le dossier nord coréen ?
. Quels sont les temps forts à suivre en Asie pour 2018 ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Estelle Ménard pour Diploweb.com

En Asie, la forte croissance économique et la stabilité des gouvernements peuvent parfois occulter les risques sécuritaires qui pèsent sur la région. Si l’on prend souvent le Moyen-Orient comme zone emblématique des crises de notre époque, la situation géopolitique de l’Asie a également des répercussions importantes sur le reste du monde en raison de son statut de leader économique et aussi par la forte présence étatsunienne sur le territoire. Mais surtout, l’urgence est à la question nord-coréenne. La manière dont le problème évoluera va certainement reconditionner les rapports de forces entre les acteurs de la région. En 2018, c’est la trajectoire de la Corée du Nord qu’il faudra observer. Cette situation inquiète aussi les voisins Chinois et Japonais, mais si les premiers semblent peu enclins à agir, les seconds n’ont point encore de capacité d’intervention assez déstabilisatrice, bien qu’ils y travaillent. L’autre scénario est celui de l’apaisement, car une escalade de la crise nord-coréenne n’est dans l’intérêt de personne. Le début des Jeux olympiques s’inscrit plutôt dans ce scénario d’apaisement, avec des effets de mise en scène dont il ne faut pas être dupes cependant.

Vidéo. Valérie Niquet. Quels enjeux de stabilité stratégique en Asie ?
Valérie Niquet
Maitre de recherches à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS)

Bien qu’elle soit en position de force aujourd’hui, la Chine fait face à des défis sur le long terme, comme la pollution et le vieillissement de la population. À moyen terme, le risque consiste surtout en la capacité du régime à poursuivre la croissance économique, sans quoi ses pratiques autoritaires pourraient être perçues comme moins légitimes et l’on pourrait s’interroger sur sa capacité à se maintenir en place. À cela s’ajoute les risques que posent une armée mécontente et un parti inquiété par la campagne anti-corruption. En termes de relations extérieures, l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est d’abord apparue comme une bonne nouvelle pour la Chine, qui pensait trouver en lui un allié plus manipulable qu’Hillary Clinton ou que son prédécesseur. Elle est moins confiante aujourd’hui face à son imprévisibilité et son incohérence. Trump est même entré dans la provocation face à son homologue à Pékin lors de sa dernière visite, en saluant la capacité du gouvernement Xi Jinping à user des faiblesses de ses adversaires pour servir ses intérêts.

Enfin, la réélection du Premier ministre Shinzo Abe est susceptible d’accélérer l’adoption de nouvelles lois qui donneraient plus de pouvoir au Japon dans la zone. Sa réélection pose aussi la question de la reconstitutionnalisation des Forces d’autodéfense japonaises – qui n’ont pas encore d’existence théorique – une mesure qu’il souhaite mettre en avant. Du côté des Philippines, il s’agira de voir s’il y aura rapprochement vers Pékin ou plutôt vers ses alliés de l’Asie du Sud-est ou des États-Unis pour contrebalancer la puissance chinoise.

Copyright pour le résumé Février 2018-Ménard Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Video-Valerie-Niquet-Quels-enjeux-de-stabilite-strategique-en-Asie.html

L’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés

L’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés

© Chine Nouvelle (Xinhua)Peng Mengyao, le 24/11/2017 11:08

En renforçant l’intégration économique, augmentant les investissements et améliorant la gouvernance, l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés, estime Sergueï Gouriev, économiste en chef de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

« L’accent continu sur le renforcement des institutions, l’investissement durable dans les infrastructures et l’intégration dans l’économie mondiale devrait rester la priorité des économies de l’Asie centrale », a-t-il déclaré jeudi à Xinhua.

La banque internationale de développement a annoncé mercredi à son siège à Londres la publication de son rapport annuel de transition, qui fait le point sur les progrès économiques et sociaux accomplis dans les pays couverts par la BERD, à savoir les économies émergentes de la Méditerranée occidentale, une grande partie de l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

La BERD a constaté cette année une accélération du rythme de réforme dans les économies émergentes, quatre ans après avoir signalé que les réformes stagnaient, voire reculaient.

Dans son « Rapport de transition 2017-2018: soutenir la croissance », la banque a dressé le bilan des réussites et des échecs enregistrés par les réformes au cours de l’année écoulée et identifié les multiples défis qui restent à relever.

Dans son rapport de transition annuel de 2013, la BERD avait averti que les économies émergentes ne pourraient pas rattraper leurs voisins développés sans relancer leurs processus de réforme.

Pour les aider à y parvenir, la BERD a renforcé son soutien aux réformes politiques dans les 38 économies où elle investit afin de promouvoir des économies de marché ouvertes et durables.

« Attirer des investissements durables dans les infrastructures de ces pays permettra d’accélérer la croissance économique et de créer des emplois dans leurs régions nationales isolées », a souligné M. Gouriev.

« D’après nos recherches, il y a un fort manque d’investissement dans les infrastructures dans tous nos pays, y compris ceux concernés par l’initiative ‘La Ceinture et la Route' », a fait observer M. Gouriev.

 

https://chine.in/actualite/cn/initiative-la-ceinture-route-apportera_104310.html

L’Asie devient elle la championne de la mondialisation ?

L’Asie devient elle la championne de la mondialisation ?


Par Ronald Meinardus – Le 24 septembre 2017 – Source Global Times

L’influence croissante de la Chine en Asie du Sud se voit dans les hôtels de toute la région. Peu importe où il voyage, le visiteur est entouré d’hommes et de femmes d’affaires chinois, que ce soit à Lahore, à Karachi ou à Colombo.

Vous rencontrez également des délégués chinois au Bangladesh, au Népal ou aux Maldives. On a l’impression qu’ils sont partout.

De plus en plus performants dans l’exercice du soft power – qui était considéré comme une spécialité exclusive des États-Unis – les diplomates chinois sont très habiles à présenter en douceur la façon dont leur nation prend le contrôle d’une économie régionale après l’autre.

Habituellement, cette prise de contrôle est vendue au public comme une association « gagnant-gagnante » pour les deux côtés.

La fierté va de pair avec cette présentation des choses, un refrain souvent entendu étant que « tout projet chinois apporte emploi et croissance économique ».

J’ai été témoin de cela dans de nombreuses régions du monde – en Asie du Sud, en Afrique du Nord et en Grèce. Anecdotes et sentiments diplomatiques mis à part, ce changement vers une omniprésence chinoise aura des implications politiques notables.

Retour de bâton contre la globalisation

Le monde dans lequel nous vivons s’est inversé. Nous assistons à un rejet de la mondialisation dans certains pays occidentaux, ainsi qu’à un retour aux pratiques isolationnistes par le leader du soi-disant monde libre lui même.

Parallèlement, la superpuissance (toujours) communiste s’impose comme un champion du libre-échange et de la mondialisation.

Cette rupture est, si on la considère comme une tendance historique profonde, reflétée dans le déplacement du centre de gravité du monde économique.

Au cours de la dernière décennie, ce centre s’est déplacé vers l’Asie de l’Est, avant tout en Chine, laissant derrière lui l’Europe et l’Amérique du Nord.

Conformément à ce changement, les opinions sur les avantages de la mondialisation sont beaucoup plus positives en Asie qu’en Occident.

Selon un sondage de 2016, seulement 37% des Français et 40% des Américains ont déclaré que la mondialisation a un effet positif sur leur société. Les chiffres pour le Vietnam et l’Inde se situent respectivement à 83% et 91%.

Conformément à cette perspective positive concernant la mondialisation, les Asiatiques sont particulièrement optimistes quant à leurs perspectives financières et économiques. Selon un rapport du Pew Research Center, « 94% des Vietnamiens, 85% des Chinois, 71% des Bangladeshis et 67% des Indiens pensent que les enfants d’aujourd’hui seront mieux que leurs parents ».

Le pessimisme occidental

De l’autre bord, le rapport indique que « en Europe et aux États-Unis, le pessimisme est omniprésent ». Ce pessimisme est la matière première sur laquelle les nationalistes et les populistes des pays occidentaux construisent leurs campagnes contre le libéralisme.

Quel est l’arrière-plan de ces importantes divergences d’opinions entre les économies très développées et celles émergentes ?

Les premières sont saturées, bien alimentées et en train de se lancer dans un monde post-matériel. Les autres sont en retard, ont soif d’évolution, sont ambitieuses et inspirées.

Bien sûr, tout cela a des implications politiques majeures. D’un point de vue libéral, il convient de noter que les peuples des économies émergentes sont généralement plus favorables au système du marché libre que ceux qui vivent dans des économies avancées.

Dans ce qui peut sembler presque bizarre, compte tenu du chemin de l’histoire moderne, le soutien au capitalisme – selon les données du Centre de recherche Pew – est le plus élevé au Vietnam (97%), en Chine (76%), en Malaisie (73%) et en Inde (72 %). L’Allemagne n’est pas mal avec un niveau de soutien de 70%, alors que la France obtient un résultat de 60%.

Les puissances cherchent le statu quo

Une interprétation de ces données pourrait être que les pays qui sont entrés dans cette course de rattrapage du retard économique sont plus enclins à trouver des voies de développement économiques. Dès qu’ils atteignent un certain niveau de maturité, ils deviennent des puissances cherchant le statu quo, se concentrant sur la défense de ce qu’ils ont et le blocage des concurrents sérieux.

Je pense que nous observerons le même schéma une fois que les Chinois auront atteint leur position dominante sur les marchés qu’ils grignotent maintenant sur le marché mondial.

La domination et les monopoles ne sont jamais bons, ni en politique ni en économie. Par conséquent, un cadre réglementaire est nécessaire pour définir les règles de coopération économique.

Certaines personnes se demandent tout haut si l’Allemagne et l’Union européenne peuvent remplacer les États-Unis en tant que puissance internationale « bienveillante ».

La question de savoir si l’Europe et l’Allemagne peuvent remplacer les États-Unis est purement théorique car il faudrait qu’il y ait le désir que cela se produise.

L’Union européenne est différente

L’UE est différente des superpuissances traditionnelles. Elle n’aspire plus à la suprématie politique ou économique.

La déclaration la plus forte à cet égard provient de la chancelière allemande Angela Merkel. À la lumière des signaux isolationnistes de Washington, elle a suggéré qu’il serait grand temps pour l’Europe de « prendre son destin en main ».

Mais son ambition n’est pas globale. Merkel pense simplement que l’Europe devrait reprendre en main des domaines qui ont longtemps dépendu du gouvernement américain. Et atteindre cet objectif sera assez difficile, à cause de la forte hésitation d’une grande partie de l’Europe face à cet objectif.

Il est donc difficile d’imaginer que l’UE veuille entrer dans la compétition avec les États-Unis et la Chine, au moins en ce qui concerne l’Asie. Les Européens semblent satisfaits de n’être que des partenaires économiques. Grâce à cette retenue, les Européens ont gagné respect et reconnaissance.

Bien que l’UE ne soit pas le leader mondial en termes de force militaire et de realpolitik, elle est encore très populaire en Asie et dans la plupart des autres régions du monde. Selon le récent Eurobaromètre, 84% des Chinois, 83% des Indiens et 76% des Japonais ont une vision positive de l’Union européenne.

L’enquête montre que l’UE est perçue globalement comme « un lieu de stabilité dans un monde en difficulté ». Les principaux atouts de l’UE sont son respect pour la démocratie, les droits de l’homme et la loi.

Avec le gouvernement des États-Unis sous Trump renonçant si visiblement à ces principes libéraux dans leurs affaires étrangères, le rôle de l’Europe en tant que protecteur et promoteur des principes libéraux a considérablement augmenté.

Ronald Meinardus

 

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