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De l’Argentine, de la Baltique et de quelques autres choses

13 Août 2019

Tour d’horizon des points chauds du Grand jeu…

A tout seigneur tout honneur, le chef de l’Organisation de Coopération de Shanghai a appelé la grande formation eurasienne à intensifier la coopération avec le Caspian Five (Iran, Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan), notamment dans les infrastructures de transport afin de mieux intégrer le continent-monde. Chose intéressante, il a convié l’Afghanistan à y participer au moment où Washington, la queue entre les jambes, tente piteusement de s’extraire de l’interminable bourbier.

Ces déclarations de l’OCS sonnent familièrement à l’oreille du fidèle lecteur de nos Chroniques qui en avait eu un avant-goût il y a trois ans :

Le corridor RAI (Russie-Azerbaïdjan-Iran) se combinera avec les voies chinoises pour former un maillage eurasien serré par lequel transiteront marchandises et hydrocarbures. De Lisbonne à Pékin et de l’Océan indien à l’Océan arctique. Un seul absent dans tout cela : les Etats-Unis, dont la capacité de nuisance s’amenuise à mesure que l’intégration de l’Eurasie se poursuit.

Le RAI est sur les rails et sera à terme raccordé aux Nouvelles routes de la Soie. On comprend la fébrilité des stratèges impériaux, qui ont d’ailleurs bien d’autres raisons de se prendre la tête à deux mains…

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçantsa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosadaapporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Dans les Balkans, les oreilles impériales ont également dû siffler. Le patron de la Republika Srpska (ou République serbe de Bosnie) a réaffirmé son refus de rejoindre l’OTAN, torpillant de facto la marche de la Bosnie vers l’Alliance atlantique. En effet, le pays est, depuis les accords de Dayton ayant mis fin à la guerre en 1995, divisé en deux entités : la Fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska, qui cultive des liens étroits avec Belgrade.

Or, la présidence bosniaque est collégiale et les décisions prises, théoriquement du moins, de manière collective. Dans ces conditions, on ne voir pas comment ce pays pourrait accéder à l’OTAN, d’autant que Milorad Dodik, le dirigeant des Serbes de Bosnie n’y va pas par quatre chemins : « Nous sommes liés à la Serbie. Si celle-ci rejoint l’OTAN dans 100 ans, nous le ferons aussi. Si elle n’y adhère pas dans 300 ans, nous n’y serons pas non plus. Le Partenariat pour la Paix est largement suffisant. Si cela ne plaît pas à l’OTAN, elle est libre de le quitter« . Sans fioritures…

Est-ce ce qui pousse le bras armé américain en Europe à exprimer sa mauvaise humeur du côté de la Baltique ? Dans ce qui paraît être une évidente provocation, l’avion du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a été titillé par un F18 otanien au-dessus des eaux internationales avant que celui-ci ne soit joliment éconduit par un Sukhoï (admirez la manœuvre).

Ces chamailleries sont tout sauf nouvelles dans la zone :

Un Sukhoi russe a de nouveau intercepté de manière acrobatique un avion américain vendredi dernier, au-dessus de la Baltique. Il s’est approché à une dizaine de mètres et s’est permis un audacieux tonneau, louvoyant autour du RC-135 de reconnaissance de l’US Air Force. Le Pentagone est furieux, parlant de « manoeuvre dangereuse » dans l’espace aérien international. Le ministère russe de la Défense répond que l’avion américain tutoyait la frontière russe et que son transpondeur était éteint : « Soit vous arrêtez de voler près de nos frontières, soit vous vous identifiez ». Ambiance, ambiance…

Interceptions d’avions ou survol menaçants de navires sont presque devenus un sport national dans la Baltique et le coup fumant sino-russe d’il y a deux ans n’a rien fait pour arranger les choses…

Dans ce qui peut être vu comme un évident pied de nez à l’empire américano-otanien, les marines russe et chinoise commencent aujourd’hui des exercices navals communs en mer Baltique. C’est la première fois que Pékin envoie sa flotte dans la zone et c’est tout sauf un hasard. Un expert militaire russe nous en donne un intéressant éclairage :

« Depuis 2015, les exercices russo-chinois s’approchent de plus en plus des « points chauds » potentiels aux frontières des deux pays. Ce processus se déroule parallèlement à l’augmentation de la présence militaire des alliés européens des États-Unis en Asie […]. L’ingérence européenne dans des litiges à l’autre bout du monde serait loin de plaire à la Chine qui a décidé d’envoyer ses navires en mer Baltique.

Les deux pays soulignent le caractère humanitaire et antiterroriste des manœuvres, mais on sait que lors des exercices Joint Sea précédents, les marins des deux pays se sont entraînés à mener une guerre locale, notamment à parer des attaques aériennes, à combattre les sous-marins et à utiliser des missiles antinavires ».

L’empire n’est pas plus heureux au Moyen-Orient où la croisade saoudienne au Yémen tourne au fiasco. Même le Figaro, dont le propriétaire est pourtant si amène avec les pétromonarchies pour leur vendre des armes, se croit obligé de le reconnaître. Non seulement la coalition anti-houthi fait du surplace mais elle se déchire maintenant au grand jour. A Aden, des séparatistes sudistes liés aux Emirats Arabes Unis se sont retournés contre les forces de l’ex-gouvernement soutenues par l’Arabie saoudite. Le palais présidentiel a été pris et les combats ont fait une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. Pour ajouter à la farce, Riyad a répliqué en bombardant ses anciens alliés tandis que les Houthis profitent de la situation.

Si les grassouillets cheikhs des deux bords tentent d’éteindre le feu, cette semi-rupture ne trompe pas. Réduction des troupes émiraties au Yémen, retournement de veste partiel vis-à-vis de l’Iran, peut-être même discret rabibochage avec le Qatar, bête noire de Riyad : Abu Dhabi semble, depuis quelques temps, prendre ses distances avec le voisin saoudien, désormais bien esseulé.

A 2 000 km de là, les loyalistes syriens continuent leur avance dans l’Idlibistan malgré la résistance acharnée des djihadistes « modérés », dont la dernière contre-attaque a d’ailleurs fini en désastre. Le kotel prévu dans notre dernière livrée se met peu à peu en place vers Khan Cheikhoun et l’ambiance n’est pas à la fête chez les barbus, dont les officines, habituées à minimiser les succès de Damas, ne nient pas cette fois l’urgence de la situation. 

Hong Kong, enfin. Les manifestants si sorossement démocratiques commencent à montrer leur vrai visage. Les gentilles manifestations pacifiques ont fait long feu, ce qui n’étonnera personne quand on sait qui est derrière. Place désormais aux armes parfois sophistiquées (comme cet élégant lanceur de grenade), au blocage d’aéroport, aux violences anti-chinoises (blessés battusjournalistes ligotés), aux drapeaux US et au soutien plein et entier de la presstituée occidentale. Bref, tous les éléments d’une « révolution colorée »…

Hélas pour Washington, nous ne sommes plus au début des années 2000, quand les pays victimes de ces agissements ne savaient pas comment y faire face. Chinois et Russes sont parfaitement au jus et vont d’ailleurs rapidement se consulter pour contrer l’ingérence américaine, ce qui confirme en creux notre billet du 30 juillet évoquant une offensive du Deep State contre ses deux bêtes noires. Une matérialisation parmi d’autres de l’alliance de plus en plus stratégique entre l’ours et le dragon.

Pékin, qui vient d’ailleurs de refuser la prochaine escale à Hong Kong de deux navires américains, veut en finir et envoie ses troupes vers l’ancienne colonie britannique. Si les pions made in Soroslands’entêtent, la direction chinoise ne pourra pas faire autrement que de « lâcher les chiens ». Un massacre à la Tien An Men ferait les affaires de l’empire et le consolerait en partie de tous les revers qu’il connaît par ailleurs. Le but de ses manigances dans le comptoir excentré de Hong Kong n’est évidemment pas de « changer le régime » chinois mais de le mettre dans l’embarras, de lui faire perdre prestige et légitimité alors que le dragon est en train de prendre la place de n°1 des Etats-Unis dans un nombre croissant de domaines et projette l’intégration de l’Eurasie. Gageons que Pékin a parfaitement compris la manœuvre et agira avec fermeté mais aussi discernement. Les prochains jours nous en diront plus…Tag(s) : #Amérique latine#Europe#Asie centrale#Moyen-Orient#Russie#Chine#Etats-Unis

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L’ASEAN : une puissance de “l’indo-pacifisme” ?

L’ASEAN : une puissance de “l’indo-pacifisme” ?

Noémie GELIS 27 juin 2019 ActualitéActualités analyséesAsie du sudAsie et OcéanieChine Leave a comment

Ces samedi 22 et dimanche 23 juin, les dirigeants des différents pays de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) se sont réunis en Thaïlande pour leur trente-quatrième sommet. Le contexte international affecte profondément l’association. Au cœur de l’indo-pacifisme, est-il possible d’affirmer son indépendance et sa neutralité ?

L’ASEAN, tenant du libre-échange

Il y a deux ans, le 50ème anniversaire de l'ASEAN a été célébré lors d'un sommet.
L’ASEAN, créée en 1967, célébré ses cinquante ans il y a deux ans.

La zone n’est certes pas autant intégrée que l’Union européenne mais cherche toutefois à répondre à un devoir de gouvernance. Si les principes de consensus et de non-intervention qui sont au cœur de sa philosophie (“l’ASEAN Way”) compliquent la prise de décision, ils ne tiennent cependant pas en échec toutes les tentatives. En témoignent notamment les déclarations prises lors de ce trente-quatrième sommet.

Tout d’abord, les pays de l’ASEAN se sont accordés pour clore d’ici la fin de l’année le “Partenariat économique régional global” (une zone de libre-échange), proposé par la Chine en 2012. L’accord devrait inclure également l’Inde, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud. Les dissensions sont néanmoins encore nombreuses. Une arrivée massive de produits chinois et un manque de protection des travailleurs sont en particulier évoqués.

Par ailleurs, la pratique du protectionnisme et l’hostilité à l’encontre de la mondialisation ont été condamnées lors du sommet. Conscients du potentiel qu’une économie mondialisée offre à l’ASEAN, ses membres tiennent à la promouvoir. L’Indonésie, membre du G20, devrait en faire part au prochain sommet du Groupe, lequel aura lieu les 28 et 29 juin à Osaka.

Au demeurant, les participants au sommet se sont engagés à limiter les déchets dans l’océan. Ils font ainsi preuve d’une prise de conscience croissante des problématiques environnementales, même si celles-ci demeurent secondaires.

L’ASEAN, pivot de l’indo-pacifisme ?

Après que les États-Unis, le Japon, l’Australie, l’Inde et des pays européens, dont la France, ont fait valoir une stratégie “indopacifique” (“the Free and Open Indo-Pacific” – FOIP) dans la région anciennement dénommée “Asie pacifique”. Les pays de l’ASEAN se sont accordés pour également soutenir une telle terminologie. En effet, l’enjeu est capital pour ces pays. Géographiquement, ils sont au centre de l’indo-pacifisme.

Leur déclaration est cependant différente de celle des États-Unis. Ces derniers souhaitent contester l’importance de la Chine en accentuant l’intérêt accordé à l’Inde et à l’Océan Indien. Le “Rapport de stratégie indo-pacifique” publié le 1er juin par le Département américain de la défense affirme que les tensions asiatiques sont dues à un comportement chinois belliqueux. L’ASEAN, en revanche, évoque une rivalité sino-américaine. Ils promeuvent le FOIP afin de préserver une position de neutralité. L’association est contrainte à la prudence afin de ne contrarier aucune des deux grandes puissances mondiales. A l’image des “non-alignés” de la guerre froide, il s’agit pour l’ASEAN de conserver sa neutralité dans le conflit sino-américain.

Des enjeux substantiels

Si le FOIP peut être une chance pour l’ASEAN, il met la région au défi. Renforcer sa centralité, laquelle constitue l’atout majeur de la région dans ce contexte, est essentiel. Pour ce faire, développer ses relations avec des pays d’Asie du Sud est important. Si les contours de “l’indo-pacifisme” sont flous et variables selon la puissance à l’origine de la définition (celle du Japon s’étend par exemple jusqu’au Kenya et à la Tanzanie), il demeure une constante : l’Asie du Sud et l’Océan Indien deviennent cruciaux. Un renforcement de la présence de l’ASEAN dans la zone requiert une consolidation de son unité. L’histoire l’atteste : grâce à son unité, l’ASEAN est parvenue à endiguer l’expansion du communisme durant la guerre froide.

De surcroît, la dépendance économique croissante de certains pays de l’ASEAN à la Chine les rend inaptes à s’opposer à celle-ci. Or, Pékin avance simultanément ses pions militaires en Mer de Chine du Sud et sur les pourtours de l’Océan indien. A la faveur du FOIP, de nouveaux acteurs vont augmenter leur engagement et leur aide à la région. Par conséquent, le projet des “Nouvelles routes de la soie” devra composer avec les projets des autres pays investissant la zone. Une telle diversification pourrait amenuiser la dépendance de certains pays de l’ASEAN à la Chine.

Finalement, plus que le soutien de l’ASEAN au concept d’indo-pacifisme, c’est la capacité de l’association à développer une conception de l’ordre indopacifique et à l’affirmer qui sera primordiale. Pour ce faire, reconsidérer “l’ASEAN Way” se révèlera sûrement judicieux.

Sources

“Thailand Takes up the ASEAN Challenge”, The Diplomat, 20 juin 2019 – https://thediplomat.com/2019/06/thailand-takes-up-the-asean-challenge/

“Asean issues collective vision for Indo-Pacific as it attempts to reclaim geopolitical narrative”, The Straits Times, 23 juin 2019 – https://www.straitstimes.com/asia/se-asia/asean-issues-collective-vision-for-indo-pacific-as-it-attempts-to-reclaim-geopolitical

“Asean found its voice with the Indo-Pacific concept. Now it has to use it or risk losing out”, South China Morning Post, 24 juin 2019 –
https://www.scmp.com/week-asia/geopolitics/article/3015809/asean-found-its-voice-indo-pacific-concept-now-it-has-use-itShare

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About Noémie GELIS

est étudiante à HEC après une classe préparatoire à Pierre de Fermat.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41156-asean-puissance-indo-pacifisme

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

  1.  Asie et Pacifique

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

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Première publication : 27/06/2019 – 22:39Dernière modification : 28/06/2019 – 10:54

Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon.
Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon. Ludovic Marin, AFP

Texte par :FRANCE 24Suivre

Le G20 se réunit vendredi et samedi, au Japon, pour évoquer les dossiers qui préoccupent les 20 plus grandes économies du monde. Au menu des discussions, le climat, l’Iran, les taux bancaires et les relations commerciales entre Pékin et Washington.PUBLICITÉ

Les 20 plus grandes économies mondiales se réunissent vendredi 28 et samedi 29 juin à Osaka, au Japon. Au menu de ce G20 : l’environnement et le climat, le dossier iranien et le pétrole, les taux des banques centrales ainsi que les tensions commerciales entre Pékin et Washington.

Les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis

Les négociations commerciales entre Pékin et Washington devraient accaparer une partie des discussions. Dans l’impasse depuis le mois dernier, les présidents Xi Jinping et Donald Trump vont tenter de relancer le dialogue, notamment lors d’un entretien bilatéral prévu samedi à 11 h 30, heure locale (2 h 30 GMT).PUBLICITÉ

Le South China Morning Post, quotidien anglophone de Hong Kong, a rapporté jeudi 27 juin que les deux premières puissances économiques mondiales, en conflit depuis près d’un an, avaient conclu une trêve provisoire.

Avant son départ pour le Japon, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid, jugeant « absolument possible » de parvenir à un accord avec Xi Jinping tout en se disant prêt, en cas d’échec, à imposer de nouveaux droits de douane sur la quasi-totalité des produits chinois non encore taxés. À Pékin, un porte-parole du ministère du Commerce a de son côté réclamé jeudi l’annulation sans délai des sanctions américaines visant le groupe chinois d’équipements de télécommunication Huawei.

Croissance et taux bancaires

Au chapitre des tensions commerciales, les incertitudes qui pèsent sur la croissance et notamment les taux des banques centrales ne manqueront pas non plus d’animer les débats.

Lors de sa réunion de politique monétaire des 18 et 19 juin, la Réserve fédérale a ouvert la voie à de possibles baisses de taux d’ici la fin de l’année. Cette perspective, qui affaiblit le dollar, pourrait contraindre la Banque centrale européenne et la Banque du Japon à chercher des moyens d’éviter une trop forte appréciation de l’euro et du yen afin de protéger leurs économies fortement dépendantes des exportations.Voir l’image sur Twitter

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Emmanuel Macron@EmmanuelMacron

À l’ouverture du G20 d’Osaka, je retrouve nos partenaires européens et le Canada pour une réunion de coordination. Objectif : porter ensemble nos ambitions : pour le climat, pour des politiques commerciales équitables, pour lutter contre les inégalités.2 23704:34 – 28 juin 2019908 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

L’hôte du sommet, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, espère que la déclaration de clôture du sommet insistera aussi sur la nécessité de préserver le libre-échange mais il pourrait se heurter au refus de Donald Trump, qui avait obligé l’an dernier le G20 à abandonner sa référence de longue date à la lutte contre le protectionnisme.

Le climat et l’environnement, dossiers brûlants

Autre pomme de discorde entre les 20 nations : le changement climatique. Les négociateurs américains s’opposent à la volonté des Européens de s’engager fortement en faveur de la lutte contre le réchauffement, que Donald Trump considère comme un « canular ».

La dernière version en date des phrases de la déclaration consacrées au climat qualifie l’Accord de Paris sur le climat d' »irréversible », ce qu’une version antérieure évitait de mentionner sous la pression des États-Unis, précisent deux sources interrogées par Reuters.

Considéré comme historique, l’Accord de Paris, qui fixe le cadre d’engagements politiques, économiques et financiers visant à contenir la hausse de la température moyenne de la planète « bien en deçà de 2 °C » en 2100, avec l’objectif d’être le plus près possible de 1,5 °C, est fragilisé depuis que Donald Trump a décidé d’en retirer les États-Unis.

Mercredi, Emmanuel Macron a pressé tous les membres de soutenir l’Accord de Paris de 2015 et d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en menaçant de refuser de signer un communiqué final trop timide sur ce point.

Le G20 pourrait, en outre, enfin adopter un nouveau cadre pour réduire la pollution plastique dans les océans sur une base volontaire. Mais il paraît peu probable que les dirigeants des 20 économies les plus avancées s’engagent sur des objectifs précis.Voir l’image sur Twitter

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Justin Trudeau@JustinTrudeau

Décollage vers Osaka, au Japon, où nous passerons quelques journées bien remplies au Sommet des dirigeants du #G20. Au menu : lutter contre les changements climatiques, faire avancer l’égalité des genres et créer plus d’opportunités pour la classe moyenne.41317:07 – 26 juin 201976 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Les dix pays membres de l’Asean (Association des pays du Sud-Est asiatique) ont montré la voie samedi dernier en adoptant à l’issue d’un sommet à Bangkok une déclaration commune de lutte contre les déchets en mer.

Pétrole et Iran

Même si l’Iran n’est pas membre du G20, la République islamique sera dans toutes les têtes en raison de la guerre des mots qui l’oppose à Donald Trump et aux fortes tensions entre les deux pays, ravivées par la destruction en vol d’un drone américain par Téhéran il y a une semaine près du détroit d’Ormuz.

Cette crise, qui a provoqué une hausse des cours du brut, intervient à quelques jours d’une réunion ministérielle de l’Opep le 1er juillet, élargie le lendemain aux alliés non Opep, dont la Russie, pendant laquelle les membres de cet Opep+ devraient décider de reconduire ou non des baisses de production pour soutenir les prix.

Quoi qu’en dise l’Iran, grand rival régional de l’Arabie saoudite, qui compte désormais parmi les producteurs les plus modestes du cartel en raison des sanctions de Washington, les discussions risquent de se résumer à un tête-à-tête entre Riyad et Moscou, qui produisent à eux deux plus de 40 % du pétrole de l’Opep+. Le sujet devrait être à l’ordre du jour de l’entretien prévu en marge du G20 entre Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane.

Avec Reutershttps://www.france24.com/fr/20190627-quatre-dossiers-brulants-negociations-g20-japon-climat-petrole-iran-chine

Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Les Carnets de Nicolas Bonnal

   mercredi 26 juin 2019

   Forum

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Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Le roquet euro-américain se ridiculise sur tous les champs de bataille verbaux. On imagine mal comment on attaquerait l’Iran après s’être dégonflé/ridiculisé en Syrie et au Venezuela. Pour rentabiliser le pétrole pourri de Wichita peut-être ? Tout cela ne durera pas longtemps entre la dette, notre agressivité brouillonne et notre dépeuplement. L’Europe c’est 4% de la population du monde, a rappelé Giscard, quand c’était 25% du monde en 1914 (elle payé cher ce surpeuplement du reste). Et mon ami Blondet rappelle qu’en Italie 50% des femmes n’ont pas d’enfants. La prostitution explose partout, et la natalité a baissé de 40 % en Espagne depuis la Crise de 2007. En Amérique comme je l’ai rappelé avec Hamilton, cela ne va pas mieux. Ce qui désole plus c’est la définitive disparition des indiens.

Voyons le sujet du jour. Le roquet occidental aboie (Trump, Merkel, Macron, les britishs, tous dans le même sac), la caravane passe, et la caravane aujourd’hui c’est l’Asie. J’ai trouvé dans la presse israélienne de droite (elle est souvent très bonne et beaucoup plus tempérée que la presse US ou française – défense de rire) un texte passionnant sur la marginalisation du paria américain, l’unification de l’Asie et la montée d’une grand ensemble dont personnellement je n’attends rien de bon sur le plan spirituel et rien de brillant sur le plan matériel. Mais on ne refera pas le monde moderne. Il aura dissous les âmes puis les corps, les noumènes puis les phénomènes (Nietzsche).

On lit donc le Jérusalem post :

« Si vous vouliez savoir à quoi ressemblerait un monde sans influence américaine, vous auriez pu assister au sommet de l’Organisation de la coopération de Shanghai à Bichkek vendredi, puis vous rendre le lendemain à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, pour la Conférence sur les mesures de renforcement de la confiance et de la confiance en Asie (CICA). »

La cible, comme disent nos amis iraniens (« vous n’êtes plus une menace mais une cible »), ce sont les Etats-Unis en piteux état :
« Ensemble, ces sommets rassemblent plus de 30 États membres et observateurs et constituent un forum pour une alliance émergente composée de la Russie, de la Chine, de la Turquie et de l’Iran, afin de débattre de questions régionales et mondiales en l’absence des puissances occidentales. Ceci est important parce que tous ces pays, pour des raisons différentes, ont été confrontés à des défis de Washington ces dernières années. »

Le roquet Bolton aboie et menace tout le monde. Et comme dit Donald (débarrasse-t-‘en, Donald…), « si je l’écoutais il faudrait que je fasse la guerre au monde entier ».  C’est à se demander si ce Bolton ne le fait pas exprès, n’est pas payé pour achever l’empire !

L’article continue sur des banalités :

 « Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jingping ont rencontré vendredi les dirigeants des pays d’Asie centrale, ainsi que ceux de l’Inde et du Pakistan, afin de discuter de questions régionales et mondiales. Ils ont adopté la Déclaration de Bichkek qui visait à souligner la nécessité de combattre «trois forces du mal», notamment le séparatisme, le terrorisme et l’extrémisme. L’agence de presse russe Tass a estimé qu’il était important de le noter. 

Prends garde, Amérique :

« En outre, les pays s’efforcent de lutter contre la «criminalité transfrontalière» et de «créer un ordre mondial multipolaire». » Washington prend note. L ‘«ordre mondial multipolaire» vise à contester le leadership mondial des États-Unis après des décennies pendant lesquelles les États-Unis étaient une superpuissance mondiale hégémonique. Pas plus, peut-être, si la réunion de l’OCS est un indicateur. Outre la Chine, la Russie, l’Inde et le Pakistan, les pays voisins du Kirghizistan, du Kazakhstan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan étaient également présents. »

Tous les participants ne sont pas politiquement corrects :

« En outre, l’OCS avait des observateurs venus d’Afghanistan, du Belarus, d’Iran et de Mongolie. »

Tout cela aboutit à une réduction de l’influence US (l’empire crèvera, mais sa matrice durera, vous verrez, voyez Rome ou l’anglais) :
« Il s’agit du 19ème sommet annuel du groupe, dont les membres ont cherché à signer une feuille de route pour la coopération avec la reconstruction en Afghanistan. Les États-Unis tentent de mettre fin à 19 années de guerre civile dans le pays par le biais d’un accord avec les talibans. L’OCS pourrait entrer dans le pays alors que les États-Unis réduisent son influence… »

Les iraniens se sont énervés :
« Alors que la Russie et la Chine cherchaient à renforcer la coopération régionale, l’Iran a profité de la réunion de l’OCS pour critiquer les États-Unis. Le président iranien Hassan Rouhani a déclaré au sommet que les Etats-Unis «violaient toutes les structures et règles internationales et utilisaient leurs ressources économiques, financières et militaires, avaient adopté une approche agressive et présentaient un risque grave pour la stabilité dans la région et dans le monde. »

Et vient le mot curieux de paria. On voit que les israéliens sont beaucoup plus subtils ici que les néocons (idem pour les relations avec la Russie d’ailleurs) :
« Un jour après que Washington ait accusé l’Iran d’avoir attaqué deux pétroliers, cela montre à quel point l’Iran cherchait à présenter les États-Unis comme un paria mondial devant un public plus réceptif. Le prochain sommet de l’OCS aura lieu en 2020 en Russie. »

Toujours habile et ennuyeux (il ennuie son peuple…), Poutine cherche à s’entendre avec tout le monde, y compris avec l’Iran paria :

« Rouhani a tenu une réunion avec Poutine pour discuter des liens économiques, selon Press TV en Iran. L’Iran a déclaré que les relations allaient sur un « bon rythme » et qu’il y avait une commission conjointe Iran-Russie pour la coopération se déroulant dans une semaine en Iran. Les États-Unis ont cherché à imposer des sanctions à Téhéran. Le message de l’Iran était que cela ne fonctionnait pas. »

Les autres participants aussi  refusent la partition occidentale (s’il y en a une, parce qu’entre Macron, Juncker ou Trump l’occident est mal barré, c’est le moins qu’on puisse rire !) :
« Au Tadjikistan samedi, le président chinois Xi Jinping a appelé à de nouveaux efforts en matière de sécurité et de développement parmi les pays participants à Douchanbé. La réunion de la CICA était importante pour l’Iran, la Turquie, le Qatar et d’autres pays. Erdogan a rencontré Rouhani, Jinping et l’émir qatari Tamim bin Hamad al-Thani. »

Si même le Qatar fait des siennes… On continue :
 La Turquie a profité de la réunion de la CICA pour condamner les actions des États-Unis reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. L’Iran a profité de la réunion pour avertir qu’il ne pouvait rester à l’intérieur du JCPOA – l’accord sur le nucléaire iranien – si d’autres pays le violaient. « Les autres pays doivent également payer leur part pour sauver cet accord important », a déclaré Rouhani. 

Le Qatar a rencontré samedi le dirigeant iranien et a souligné l’importance du dialogue. Il s’agit d’une des nombreuses réunions de haut niveau organisées pour les Qataris avec Poutine, Erdogan et la Chine, d’après les photos publiées par l’agence de presse Qatar. Doha a souligné l’importance des relations bilatérales stratégiques avec la Turquie et des relations bilatérales avec les autres pays. »

L’article poursuit :

 « La réunion semblait particulièrement importante pour la Chine et la Russie. Press TV en Iran a rapporté que le président Xi Jinping a célébré son 66e anniversaire avec Poutine. Ils ont échangé du thé et de la crème glacée. La prochaine réunion de l’ICCA, qui réunira 27 pays, aura lieu en 2022. »
Et de conclure sur le reflux occidental et le refus d’obtempérer oriental (que Guénon annonce déjà dans Orient et occident) :

« Ces deux réunions du week-end montrent à quel point l’influence des États-Unis est à la fois remise en cause et affaiblie, à mesure que la Chine, la Turquie, la Russie et l’Iran se sentent plus tournés vers l’avenir en Asie centrale, et moins en Europe et aux États-Unis. Les États-Unis ont giflé les tarifs douaniers sur la Chine, sanctionné l’Iran, menacé la Turquie d’un accord S-400 avec la Russie et sanctionné la Russie… Certaines des poignées de main à Bichkek et à Douchanbé ont pu être symboliques, mais beaucoup représentent des réunions importantes dans le but de défier les États-Unis et leurs alliés. Ils représentent également un consensus sur la lutte contre le terrorisme et la construction d’un ordre mondial multipolaire pour le XXIe siècle. »

Que dire ? Que McKinder avait raison, que qui tient l’île-monde tient le monde. L’occident à bout de souffle démographique, économique et militaire, à bout de souffle aussi sur le plan spirituel/intellectuel, n’est pas à même de contrer l’ascension asiatique. John Mearsheimer avait aussi souligné la catastrophe pour les USA du rapprochement sino-russe sous la présidence du fluet Obama ; un Obama auquel aura succédé un président encore plus nul et mal conseillé !

https://www.dedefensa.org/article/montee-de-lasie-et-marginalisation-du-paria-us

https://www.dedefensa.org/article/montee-de-lasie-et-marginalisation-du-paria-us

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

 

Après « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA », Michel Collon poursuit nos entretiens avec Mohamed Hassan. Grand voyageur et grand érudit, Mohamed Hassan nous expliquera les bouleversements de trois régions : Moyen-Orient, Corne de l’Afrique, Asie. Face à un impérialisme US en difficultés et donc prêt à toutes sortes d’actions surprenantes et dangereuses…

 

Retrouvez « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA » sur notre boutique en ligne

 

https://www.investigaction.net/fr/michel-midi-avec-mohamed-hassan-geostrategies-us-face-a-un-monde-qui-change/

La ré-émergence de l’Asie du Sud-Est

La ré-émergence de l’Asie du Sud-Est

Du Japon comme pôle de la triade à l’irrésistible ascension de la Chine, en passant par les dragons taïwanais ou sud-coréens, nul doute aujourd’hui que l’Asie est une zone fondamentale du monde actuel. Mais, en Asie-Pacifique, une région est trop souvent oubliée face aux géants chinois et japonais : l’Asie du Sud-Est.

Quartier d’affaires de Singapour

L’Asie du Sud-Est est une région hétérogène qui s’étend de la Birmanie au Timor oriental. Les langues, les religions, les peuples et les traditions politiques y sont différentes. Lors des indépendances, le développement économique y était faible, et s’annonçait difficile : guerres d’Indochine et du Vietnam, Konfrontasi entre la Malaisie et l’Indonésie, régime génocidaire des Khmers rouges…

Pourtant, l’Asie du Sud-Est connaît des formes de développement impressionnantes, compte tenu des difficultés. Ce développement diffère toutefois d’un état à l’autre. Tout d’abord, en 1967 est créée l’Association of South-East Asian Nations (ASEAN), qui inclut aujourd’hui tous les états de la région sauf le Timor oriental. Ensuite, sur le modèle japonais, puis des quatre dragons (dont fait partie Singapour, cité-Etat sud-est asiatique), l’Asie du Sud-Est connaît un important développement économique dans les années 90. Celui-ci est stoppé par la crise asiatique de 1997, qui dévaste l’économie thaïlandaise et indonésienne, tandis que la Malaisie résiste mieux. Une vingtaine d’années plus tard, la région a largement renoué avec la croissance économique.

La montée en puissance de la Chine s’est largement ressentie en Asie du Sud-Est. D’importants projets sont définis dans la politique de nouvelle route de la soie. Toutefois, l’influence de Pékin inquiète également les pays de l’ASEAN. Outre le conflit en mer de Chine du Sud, les économies locales sont de plus en plus dépendantes de la Chine. Les récentes élections en Malaisie et en Thaïlande laissent penser que ces pays vont peut-être ré-ajuster leur politique vis-à-vis de Pékin, pour réduire la dette chinoise. Mais, plus qu’une sphère d’influence de l’empire du Milieu, l’ASEAN représente une force politique et économique en elle-même. Certes, celle-ci demeure mineure dû à son manque d’organisation et d’accords internes, mais elle garde un important potentiel.

La région représente plus de 650 millions d’habitants, dont plus du tiers vit en Indonésie (260 millions d’habitants). La langue malaise est parlée par près de 300 millions de locuteurs, répartis principalement entre la Malaisie, l’Indonésie et Brunei. C’est ainsi l’une des langues les plus parlées au monde. La région est riche en hydrocarbures (pétrole, gaz, minerais, ressources hydrauliques…), inclut des points extrêmement stratégiques (détroit de Malacca, delta du Mékong, détroit de Makassar…) et abrite d’importantes multinationales (Petronas, Air Asia…). Par ailleurs, c’est à Singapour, puis au Vietnam que se sont rencontrés Donald Trump et Kim Jong-Un.

Les pays d’Asie du Sud-Est sont donc amenés à jouer un rôle économique et politique majeur sur la scène internationale. Ce rôle pourrait se trouver renforcé si l’ASEAN parvient à consolider l’intégration régionale et à créer une réelle coopération entre les états membres.

Infographie émergence asie du sud-est

Bibliographie :

De Koninck G., Malaysia, Asie plurielle

Jaipragas B., Tobin M., “‘Let’s learn from Malaysia’s Mahathir Mohamad’: is Thailand about to ditch China for the US?”, South China Morning Post, 16 Mars 2019

Jetin B., “L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée ?”, L’Asie du Sud-Est 2016, Irasec, 2016

Osborne M., Southeast Asia, an introductory history, Allen & Unwin, 2011

About Thomas CIBOULET

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

Par Grégory JOUBERT, le 31 mars 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Grégory Joubert est en deuxième année de Master à l’Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris VIII Vincennes – Saint-Denis) ainsi qu’à l’Université d’Etat pour les Sciences Humaines de Moscou (RGGU). Ses travaux portent sur les stratégies de contrôle dans le champ du cyberespace en Russie et dans les espaces post-soviétiques.

L’annonce de la mise en retrait relatif du président Noursoultan Nazarbaïev, le 19 mars 2019, a attiré l’attention sur le Kazakhstan, ex-république soviétique d’Asie centrale de 2,7 millions de km2 (18,4 millions d’habitants). L’occasion de se poser une question : existe-t-il un cyberespace centrasiatique ? La première partie de cette étude solidement documentée a pour principal objectif de traiter de la dépendance infrastructurelle des États d’Asie centrale à la Russie. Sur la base de ces considérations, une deuxième partie présente le vecteur d’influence que constitue le cyberespace, ainsi que de la perception que se fait le pouvoir kazakhstanais de ce terrain conceptuel. De l’influence informationnelle subie à l’absence de prise en compte de l’aspect profondément technique du cyberespace, le Kazakhstan est foncièrement un État vulnérable. Dans la troisième partie, Grégory Joubert se penche plus particulièrement sur les leviers d’action utilisés par les autorités pour le contrôle des activités de la population en ligne et les moyens de surveillance dont dispose le pays. Outre son intérêt propre, cette étude peut aussi être féconde pour réfléchir aux relations entre les pays de l’Union européenne et une autre puissance de l’Internet, les Etats-Unis.

ESPACE devenu incontournable pour la réflexion militaire, le cyberespace revêt désormais une dimension stratégique inscrite dans les doctrines des principales puissances de la planète. Composés d’infrastructures physiques, logiques et informationnelles, ses réseaux deviennent à bien des égards de redoutables vecteurs d’influence et sont aujourd’hui au centre de nombreuses polémiques au retentissement international. Dans le cas de la Russie plus particulièrement, on observe une multiplication des accusations liées au cyberespace. Du pirate informatique supposément soutenu par les services de sécurité de la Fédération à ses tentaculaires organes médiatiques, l’influence prêtée aux réseaux russes dans de nombreuses crises politiques contemporaines est devenue un thème récurrent dans les débats occidentaux.

Dans ce nouvel espace de rivalités de pouvoir, les espaces aux marges de la Fédération de Russie se révèlent être des territoires pertinents à analyser. Pour ces États indépendants enclavés, aux infrastructures de communication entièrement dépendantes du centre moscovite sous l’Union soviétique, les conditions ne semblent pas avoir fondamentalement changé depuis 1991, date de la fin de l’URSS. La situation de ces anciennes périphéries coloniales dans le domaine du cyberespace est aujourd’hui marquée par des logiques d’influence et de coercition, dans la continuité de ce passé. Une analyse en est ici proposée.

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

La présente étude s’intéresse de manière plus appuyée au Kazakhstan et se compose de trois parties. La première a pour principal objectif de traiter de la dépendance infrastructurelle des États de la région à la Russie. Sur la base de ces considérations techniques, une deuxième partie traite du vecteur d’influence que constitue le cyberespace, ainsi que de la perception que se fait le pouvoir kazakhstanais de ce terrain conceptuel. De l’influence informationnelle subie à l’absence de prise en compte de l’aspect profondément technique du cyberespace, le Kazakhstan est foncièrement un État vulnérable en de nombreux points. Dans la troisième partie, nous nous intéressons plus particulièrement aux leviers d’action utilisés par les autorités pour le contrôle des activités de la population en ligne et aux moyens de surveillance dont dispose le pays.

I. Dans le cyberespace : une influence structurelle de la Russie sur ses anciens satellites


Le développement des infrastructures

Qu’il soit question des infrastructures routières, ferroviaires, des flux migratoires, financiers ou culturels, la Russie reste aujourd’hui la seule voie de transit de flux fiable à laquelle les acteurs de la région peuvent recourir. Cette situation d’enclavement et de permanence des voies de communications dirigées vers le Nord se traduit également dans le champ du cyberespace. L’analyse cartographique de ces territoires composés de câbles et de routeurs interconnectés permet de restituer l’organisation des voies de télécommunications, dont le développement nécessite investissements massifs et coopération entre les acteurs en assurant la gouvernance.

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?
Carte. L’espace centrasiatique : un enclavement numérique
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de l’espace centrasiatique : un enclavement numérique. Conçue et réalisée par Grégory Joubert

La première dorsale transnationale connectant la région, le Trans Asie-Europe (TAE) développé en 1998, a, dès sa mise en service, présenté des problèmes structurels. Si les États ont dès lors été connectés aux réseaux mondiaux au moyen de cette nouvelle artère, le fait est que la structuration du cyberespace repose foncièrement sur des logiques économiques et politiques. Ses capacités de transit de données limitées (622ms/s) en font une dorsale où l’offre est inférieure à la demande, rendant son coût d’utilisation élevé. De plus, le trop grand nombre d’acteurs (publics et privés) de nationalités différentes impliqués dans la gouvernance de la dorsale TAE la rend par nature inefficiente. Le réseau fonctionne comme un « patchwork de câbles nationaux », à la gestion d’ensemble incohérente [1].

La connectivité des États de la région ne s’est réellement développée qu’au rythme des projets émanant de la Russie. Le réseau Trans Europe-Asie (TEA) développé en 1999 relie le centre névralgique de l’Internet européen (Francfort) à Hong Kong, en longeant le parcours du Transsibérien [2]. Chemin le plus court pour la transmission de données entre ses deux extrémités, cette dorsale permet également de pallier à une congestion des câbles à Suez (Egypte). Son développement a été permis par la prise de participation d’opérateurs européens, russes et chinois. Ses ramifications sur les territoires centrasiatiques ont quant à eux été rendus possibles par les opérateurs russes, Rostelecom et TransTelecom, en direction du seul territoire de la région frontalier de la Russie, à savoir le Kazakhstan.

Les réseaux russes représentent dès lors les voies privilégiées pour la transmission de données. Leur large bande passante, mais également le nombre restreint d’accords nécessaires pour le transit de données, en sont les principaux arguments techniques.

L’analyse des Systèmes Autonomes (Autonomous System ; AS) traduit la place centrale qu’occupe la Russie dans les flux de télécommunications [3]. S’il existe des interconnexions avec les réseaux chinois avec des capacités de bande passante connectées importantes, ces dernières ne sont pourtant, à l’hiver 2018, que peu sollicitées. Aussi, les jonctions de câbles chinois et centrasiatiques semblent surtout être utilisées pour les flux financiers, les Systèmes Autonomes qui y sont reliés étant principalement des institutions bancaires. Les opérateurs du TAE ne sont en revanche pas sollicités par les réseaux centrasiatiques. Ce qui démontre la faible centralité de cette dorsale.

Cette situation tient également à l’histoire. Au-delà du fait que la connectivité de la région ait principalement dépendu des projets russes sur le plan technique, le partage d’une langue et d’une culture commune en est un autre facteur déterminant.

Le Runet  : un vecteur de puissance

L’utilisation préférentielle de réseaux de télécommunication orientés vers la Russie tient également aux plateformes d’intermédiation utilisées par la population de la région. YandexVkontakteMail.ru sont les composantes principales du Runet, l’Internet russophone [4]. Comparables dans leur fonctionnement aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) américains ou aux BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), elles brassent un nombre considérable de données, stockées et traitées dans des centres de données localisés en Russie. L’utilisation préférentielle des réseaux de télécommunication en direction de la Russie tient également, dès lors, à l’utilisation de ces plateformes dont les ressources se retrouvent sur son territoire.

La réalité de ces pratiques sur Internet n’est pas sans conséquences. Sur la base du traitement des données qui sont ainsi produites, c’est toute une économie qui se développe. Le pouvoir politique n’est pas en reste puisque ces données sont également à la disposition des services de renseignements russes, qui peuvent y accéder sans réelles contraintes [5] grâce à la législation.

Par la possession de sa propre industrie numérique, la Russie est théoriquement dans la capacité d’imposer à ses opérateurs de stocker les données que ceux-ci traitent sur son territoire [6]. Les États d’Asie centrale ne possédant ni ce type d’industrie, ni les capacités de stockage conséquentes, n’ont alors que peu de marge de manœuvre quant au destin des données produites par leur population.

Les autorités peuvent tout au plus demander que les données produites par leurs citoyens soient stockées sur leur territoire ou, à défaut, bloquer la ressource. Les autorités kazakhstanaises ont déjà émis ce type de demande auprès de Google, qui a répondu par une fin de non-recevoir. Au mois de juin 2011, l’entreprise américaine a même décidé de rediriger pendant deux semaines les requêtes provenant de google.kz vers google.com, donc vers un système algorithmique relié aux requêtes mondiales et non plus nationales [7].

Induite par la géographie (physique) et les usages de la population, la faiblesse infrastructurelle des pays de la région les pousse indubitablement dans une situation de dépendance structurelle vis-à-vis de la Russie. De plus, cette dernière affiche une recherche de développement de son influence. Le projet de datacenter d’Omsk répond à cette volonté d’accaparement des données. Directement relié par câbles de fibre optique, il permettra aux opérateurs russes d’offrir un temps de latence moindre pour le transfert de données, mais également de mettre en valeur de nouveaux territoires répondant à des considérations (cyber)stratégiques plus larges encore [8].

Les intérêts politiques et économiques liés aux données produites sont conséquents. Le Kazakhstan, s’il souhaite effectivement mener une politique souveraine sur ses données, n’aura d’autre possibilité que de se placer dans une position offensive à l’égard de la Russie. Au vu de leur importance, le déni d’accès aux plateformes russes sur l’ensemble du territoire serait une décision lourde de conséquences. Le principal dilemme que poserait un blocage de ressources de grande ampleur est que ces plateformes sont d’une utilité précieuse pour les services de renseignements et de police. Même s’il paraît convenable de douter des capacités techniques d’interception réelles dont disposent les autorités, l’analyse de données ouvertes (comme les commentaires sur des articles en ligne) permet, en soi, de bénéficier d’une image du ressenti de la population sur les politiques menées. Elle permet également de contrôler de possibles messages dissidents ou appels à manifestation pouvant y circuler et d’arrêter les auteurs de ces derniers.

II. Le Kazakhstan : une puissance régionale vulnérable…


Une influence informationnel russe

Au-delà d’une dépendance aux infrastructures et plateformes d’intermédiation russes, l’influence du Nord sur la couche sémantique, sur l’information, en est un prolongement logique. Si la Russie ne peut être considérée comme un modèle vertueux quant à la pratique du journalisme, le traitement de l’information demeure néanmoins de meilleure qualité par rapport à ce qui prévaut dans la région [9]. Dans le cas du Kazakhstan, un contrôle étatique fort rend peu crédibles pour une large partie de la population kazakhe des supports nationaux manquant de réelles analyses portant sur les problèmes ayant cours à l’intérieur du territoire.

La formation des journalistes tient également un rôle important quant au poids de la Russie dans l’information. Les formations en kazakh ou en russe ne laissent que peu de place à l’apprentissage d’autres langues, comme l’anglais. Bien que des universités proposent des formations coûteuses en anglais, cet argument n’est que commercial, le russe prédominant au sein de celles-ci. Du fait de ces faiblesses en langues, les sources utilisées par les journalistes kazakhs, notamment concernant l’information internationale, proviennent principalement de médias russophones.

Liens hypertextes présents dans les 50 médias en ligne les plus consultés au Kazakhstan, le 16 juillet 2018
Cette représentation des liens hypertextes présents dans les 50 médias en ligne les plus consultés au Kazakhstan, le 16 juillet 2018, a été réalisée par Grégory Joubert

Le schéma ci-dessus, effectué à l’aide du robot d’indexation hyphe du Medialab de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, représente tous les liens hypertextes présents sur les principaux sites d’information kazakhs. De celui-ci, réalisé le 16 juillet 2018, lendemain de la finale de la coupe du monde et jour de la rencontre entre MM. Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki, il ressort une très faible utilisation de sources non-russes. L’analyse de certains articles révèle même des copies conformes d’articles produits au sein de rédactions basées sur le territoire de la Fédération de Russie.

Bénéficiant d’une audience majoritaire au Kazakhstan, y compris en dehors de ses relais spécialement à destination de l’étranger, le pouvoir russe possède dès lors un puissant vecteur d’influence. L’absence de réels débats dans l’espace médiatique kazakhstanais fait que la population est bien mieux informée sur les questions touchant la Russie qu’à propos de son propre pays. Les débats centrés sur celle-ci, au sein des organes télévisuels notamment, confèrent à ceux ayant trait au Kazakhstan (peu nombreux) un caractère exceptionnel et une force de frappe proportionnellement décuplée.

Cette influence certaine est de plus intégrée par les médias russes, qui s’en sont notamment servi après l’abstention du Kazakhstan sur une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU du 14 avril 2018 condamnant les actions de la coalition occidentale en Syrie. A la suite de cette prise de position, lors du talk-show « Dimanche soir avec Vladimir Soloviev », deuxième programme le plus regardé en Russie, ce dernier s’est interrogé sur cette abstention, ainsi que sur le passage du Kazakhstan à l’alphabet latin. La perspective d’un « Maïdan » [10]au Kazakhstan fut même posée en direct [11]. Les semaines suivantes ont vu fleurir sur Internet divers articles faisant état d’une coopération militaire entre le Kazakhstan et les États-Unis sur la mer Caspienne. Bien qu’il s’agisse de fausses informations déjà relayées par le passé, la coopération entre les deux États ne concernant que le fret non-militaire, les autorités kazakhes ont été contraintes de s’exprimer à plusieurs reprises pour rétablir la réalité des faits.

Même si des réflexions s’engagent sur la prééminence des médias d’information au Kazakhstan, la relation entre les autorités kazakhstanaises et les ressources informationnelles russes révèle aussi une certaine proximité. Lors de manifestations, comme celles ayant eu lieu en 2016 contre la prolongation de la durée de location des terres agricoles de dix à vingt-cinq ans, seuls les sites d’informations occidentaux, comme Azattyq, ont été bloqués. Ce dernier est l’un des rares médias traitant en profondeur des problèmes affectant le Kazakhstan, et qui en donne des analyses. Ainsi, si lors de ces manifestations, Azattyq publia plusieurs articles sur le sujet, son homologue russe Sputniknews(.kz) ne fit que des résumés des événements, et se garda d’analyser plus profondément les problèmes profonds gangrénant la société kazakhstanaise. Les médias russes dans leur ensemble n’ont fait qu’évoquer ces événements. Ce comportement rédactionnel dénote une proximité des vues dans le traitement des soulèvements entre le pouvoir kazakhstanais et son voisin, ce dernier n’interférant que lorsque ses propres intérêts sont en jeu, mais avec une force de frappe à même de sérieusement déstabiliser son voisin.

Une faible prise en compte des problèmes infrastructurels

Dans la conception russe, le terme d’espace informationnel prévaut sur celui de cyberespace. Ce terme vise à prendre en compte les multiples aspects composants le cyberespace, y compris ses aspects cybernétiques, tout en gardant comme finalité stratégique la protection première de l’information et son contrôle. Dans ce cadre, les réseaux numériques, et en premier lieu Internet, sont considérés comme étant des vecteurs d’informations sur lesquels la souveraineté de l’État doit s’établir au même titre que pour tout média de masse, et sont donc sujets à régulation [12]. Cette notion d’espace informationnel prévaut également au Kazakhstan.

Néanmoins, l’interprétation kazakhstanaise de celle-ci souffre de défauts conceptuels. Les mesures prises par les autorités jusqu’en 2017 à ce sujet portaient quasi-exclusivement sur la couche sémantique du cyberespace. Les mesures prises pour sa protection n’ont pas pris en considération l’aspect profondément technique et infrastructurel que revêt pourtant le contrôle de l’information. Dans son acception kazakhstanaise, la notion d’information a longtemps été simplement considérée sous ses aspects médiatiques.

Découlant de cette interprétation littérale, les lacunes dans le domaine de la cybersécurité sont conséquentes et les exemples de déficiences nombreux – d’agents des services de sécurité intérieure (le KNB) minant de la cryptomonnaie via les serveurs d’infrastructures critiques, au piratage du site Internet du Ministère de la Défense, en passant par la compromission des serveurs du Ministère des Affaires Intérieures par un adolescent qui avait suivi pas à pas un tutoriel sur Internet ; ceux-ci ne donnent pas lieu à contre-offensive. Au 6 juin 2018, selon le système de monitoring développé par le centre d’analyse et d’investigation des cyberattaques (Tsarka), sur les 495 sites du domaine gouvernemental kazakhstanais (.gov.kz), seuls 55 ont un protocole SSL valide. Le protocole SSL est pourtant le protocole garant de la sécurité et de la confidentialité des informations qui transitent entre l’utilisateur du site Internet et les serveurs de ce dernier. Ajoutons qu’à la même date deux sites du domaine étaient défacés [13], 8 « infectés » et 98 étaient indisponibles. Ces informations ne sont désormais plus publiées publiquement.

Approuvé le 28 octobre 2017 par le président Noursoultan Nazarbaïev, le projet de cyber-bouclier [14], dont l’avancée notable serait une prise en considération de l’aspect cybernétique du cyberespace, laisse sceptiques les spécialistes de terrain. La rédaction de ce projet a été l’objet d’amers débats entre la principale organisation indépendante de cybersécurité du pays et les Services Techniques de l’État, laissant transparaître le manque de volonté de ces derniers sur le sujet.

L’un des exemples les plus révélateurs de cette prise de distance des autorités concerne l’intégration de mesures statistique de l’avancement des actions entreprises dans ce cadre sur la base de standards internationaux. La prise en considération de l’indice de cybersécurité du Global Cybersecurity Index, publié chaque année par l’Union Internationale des Télécommunications, n’a été intégrée dans le projet de cyber-bouclier qu’après deux jours de discussions. Et pour cause, cet indice permet une comparaison avec les autres pays. D’après Olzhas Satiev (co-fondateur de l’organisation de cybersécurité Tsarka), la difficile intégration de cette mesure tient à la difficulté de modifier l’indice, notamment de le fausser. Or, il s’agit là d’une pratique relativement courante au sein des administrations du pays, à des fins de communication publique. Au total, il semble que la mise en place de cet outil de suivi sera laborieuse. La dernière vulnérabilité critique en date fut publiée sur la page Facebook du groupe Tsarka le 8 février 2019 [15]. Alors que ses membres avaient notifié aux autorités des vulnérabilités permettant l’accès à toutes les informations internes à l’ambassade de la république du Kazakhstan en Russie (y compris les mots de passe des administrateurs) dix jours auparavant, celles-ci n’avaient toujours pas été corrigées et avaient même été aggravées.

L’exil des spécialistes vers des contrées aux salaires valorisants, l’absence de formation à la « bonne hygiène numérique » des corps administratifs, la cupidité de certains fonctionnaires, l’inaction des Services Techniques de l’État : rien ne prédispose à un environnement numérique sécurisé dans le pays. Les orientations politiques dans ce domaine restent cantonnées à un rapport coût/bénéfice à court-terme. Le chantier de la sécurisation des réseaux, conséquent et nécessitant un effort de longue haleine, est dès lors occulté dans la pratique.

III. … aux capacités limitées


Le blocage de ressources : premier levier d’action dans « l’espace informationnel »

En dépit du manque de prise en compte de déficiences techniques pourtant considérables, les autorités kazakhes sont néanmoins volontaires sur des aspects plus visibles d’Internet. Dérivant du développement de la conception d’espace informationnel, la priorité donnée à l’information visible et compréhensible par tous a poussé les organes de sécurité à se développer sur ce terrain, dans une volonté d’en assurer un contrôle répondant à des intérêts de court-terme.

Le prolongement de l’action étatique dans le champ du cyberespace est un corollaire logique du contrôle de l’information au sein de toutes les rédactions. À la suite des émeutes ayant eu cours dans la cité pétrolière de Zhanaozen en 2011, qui ont fait émerger un nouveau médium d’information (les blogueurs) [16], tout l’arsenal législatif relatif à l’information en ligne a été profondément remodelé.

La mesure la plus usitée par les autorités consiste à interdire l’accès aux ressources en ligne qu’elles mettent sur la sellette. Les motifs d’interdiction d’accès sont nombreux et assez flous pour pouvoir englober tous types de contenus : de la pédopornographie à l’opposition politique (extrémisme-séparatisme-terrorisme) [17]. C’est ainsi que, lors de chaque intervention de la principale figure d’opposition Mukhtar Ablyazov, exilé en France, tous les contenus photographiques et vidéos publiés à son sujet sont inaccessibles sur les réseaux sociaux au Kazakhstan. Son parti politique « Choix Démocratique du Kazakhstan » est considéré depuis mars 2018 comme extrémiste, ce qui fait que toute publication le soutenant est sujette à blocage (réalisé par les Services Techniques de l’État, ainsi que par le KNB), les auteurs s’exposant de leur côté à des poursuites.

Depuis 2016, les contenus peuvent ainsi être bloqués sur Internet, sur simple ordre extrajudiciaire et sans justification, par les services de sécurités kazakhstanais et les ministères. Ces opérations sont automatisées, et peuvent donc être réalisées à grande échelle.

Des interceptions aux intrusions : un marché globalisé

Le renseignement dans la sphère des données numériques et le contrôle des contenus sont permis à grande échelle au moyen de la technologie russe SORM (Sistema Operativno-Rozysknykh Meropriyatiy ou Système des Activités de Recherche Opérationnelles). Sa troisième version inclut la technologie dite du Deep Packet Inspection (DPI). Son fonctionnement consiste en un déploiement de nœuds d’interceptions au sein desquels transitent tous les réseaux de télécommunications, directement reliés aux locaux des services de l’État. Les fournisseurs d’accès à Internet opérant au Kazakhstan sont dans l’obligation d’installer le système sur leurs réseaux. De plus, pour les connexions vers l’étranger, tous les opérateurs dans le domaine des télécommunications sont dans l’obligation de se connecter aux réseaux de l’opérateur national Kazakhtelecom. Depuis le mois de mai 2018, ils sont également dans l’obligation légale de stocker sur le territoire du Kazakhstan les données de leurs utilisateurs, ainsi que les métadonnées produites par ces derniers (protocole utilisé, date et heure d’inscription dans le réseau, IP, temps passé en ligne, IP de la ressource Internet).

Traiter des technologies d’interception reste chose complexe. Un état des lieux de la situation dans les pays centrasiatiques dans ce domaine a été réalisé par Privacy International en novembre 2014 [18]. Faire l’analogie entre les marchés des interceptions / intrusions et ceux de l’armement semble pertinent, tant les uns comme les autres répondent à des objectifs étatiques, avec implication d’acteurs privés, dans des secteurs remarqués pour leur opacité.

La standardisation autour de SORM permet avant tout la mise en place de coopérations entre les États de la région et la Russie dans le domaine sécuritaire. La normalisation des pratiques et technologies utilisées est en cours, dans le cadre des diverses structures, principalement la Communauté des États Indépendants (CEI) et l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), toujours orientées sur la « sécurité de l’information ». Dans le cadre d’exercices communs entre membres de l’OTSC, il n’a pas été question de contrer d’éventuelles intrusions sur les systèmes mais plutôt d’analyser et de bloquer les ressources jugées extrémistes. La traduction dans le champ technique de ces accords interétatiques passés dans les domaines du renseignement est difficile à mesurer, mais la normalisation des pratiques ne peut indéniablement être impulsée que par la Russie… qui possède la majorité des données produites par la population centrasiatique, et bénéficie de fait des ressources pour l’analyse de ces données. Si la technologie du DPI permet de collecter un nombre conséquent de données, d’autres technologies sont nécessaires pour surveiller les réseaux, nécessitant d’autres fournisseurs spécialisés. Si la technologie russe d’analyse sémantique de l’activité sur les réseaux existe et s’exporte (par MFI-Soft au Kazakhstan et en Ouzbékistan), encore faut-il avoir accès aux contenus. En ce sens, autant la loi obligeant les fournisseurs d’accès Internet au sein des États peut être mise en place, autant seul un nombre limité de données peuvent être récupérées, obligeant nécessairement à coopérer avec la Russie dans ces domaines.

La position de la Russie dans la sphère du cyberespace vis-à-vis des États centrasiatique est dès lors intégrée dans une logique de domination. Alors que Russie et Chine, deux « puissances cyber », ont été signataires d’accords bilatéraux de coopération et de non-agression en 2015 [19], aucun accord de ce type n’a été passé avec les acteurs de la région. Plus encore, l’utilisation de l’espace informationnel (et de manière plus générale du cyberespace dans son ensemble) fait partie de l’arsenal coercitif dont dispose la Russie afin de défendre ses intérêts, et sa remise en cause ne semble pas être à l’ordre du jour.

Néanmoins, la Russie n’est pas le seul exportateur dans la région. Bien que la standardisation du renseignement soit opérée autour de SORM, la surveillance des réseaux a été confiée, dans les cas du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, à deux sociétés israéliennes, Nice Systems et Verint Systems.

Se basant sur SORM, ces dernières permettent, en plus des métadonnées, l’analyse des SMS, MMS, publications sur les forums ainsi que la reconnaissance vocale et faciale des contenus transitant sur les nœuds du système. Les technologies de ces sociétés ayant leurs centres à Astana, Almaty et Tachkent, y sont trois fois plus chères que leurs substituts russes, préférés par les services kirghizes. L’utilisation préférentielle de solutions israéliennes, au-delà de leur aspect qualitatif prouvé, peut être interprété comme une volonté de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan de garder une marge de manœuvre au niveau de leur appareil sécuritaire.

L’utilisation de technologies étrangères est particulièrement avérée dans le domaine des interceptions ciblées permettant de capter notamment des informations jusqu’alors inaccessibles par les services de renseignements de la région (comme des données issues de Facebook ou Whatsapp, pour ne citer qu’eux). Il s’agit de produits coûteux dont le champ est plus limité que celui de SORM puisqu’il est question, dans le cas de ce type d’activités, d’intrusions sur les appareils de personnes ciblées précisément. Le spectre de celles-ci indique toutefois que l’attention portée par les services reste politiquement motivée, et dépasse le simple cadre anti extrémisme-terrorisme-séparatisme. Les outils de communication de Mukhtar Ablyazov et de sa famille ont ainsi été interceptés et contrôlés grâce à l’implication de l’entreprise italienne Hacking Team [20]. L’ont été également des organisations féministes au Kazakhstan, dans des proportions difficilement quantifiables. Néanmoins, des conversations privées de leurs membres sur Whatsapp ont été interceptées par le KNB local, et des pressions effectuées grâce à ces dernières [21].

L’utilisation de spywares (logiciels espions) a été rapportée par l’Electronic Frontier Foundation. Plus particulièrement, le logiciel Finfisher a été fourni par les entreprises anglaise Gamma et suisse Dreamlab aux autorités kazakhes et ouzbèkes. L’entreprise israélienne NSO group a également vendu au Kazakhstan le logiciel d’intrusion Pegasus. Mais de nombreux autres contrats avec d’autres entreprises ont été passés, pour des services dont les capacités réelles sont difficiles à établir.

*

Le Kaznet, une chimère ?

Utilisant à l’intérieur de ses frontières le terme de Kaznet pour en définir son espace informationnel, le cyberespace kazakh ne revêt pour autant aucun élément permettant de conclure une quelconque position d’indépendance ou de supériorité pouvant être pris en compte dans des logiques de rapports de force. La dépendance accrue de la région vis-à-vis de la Russie, tant par ses aspects infrastructurels qu’informationnels, peut même en quelque sorte laisser transparaître un processus de colonisation numérique. L’extraction des données de la région et leurs traitement et valorisation sur le territoire de la Russie, qui dispose des capacités idoines, ne laisse à ces États que peu de marge de manœuvre pour leur contrôle.

La focalisation sur l’information, au détriment de la protection des infrastructures critiques ou contenant les données de leurs citoyens en font des États vulnérables, potentiellement faciles à déstabiliser par d’autres qui bénéficient de capacités offensives dans le champ du cyberespace. La collaboration sécuritaire des États de la région avec la Russie dans le cadre de la CEI et de l’OTSC (à laquelle l’Ouzbékistan et le Turkménistan ne sont néanmoins pas associés) ne laisse pour le moment pas apparaître une quelconque coopération dans le domaine de la cybersécurité sur un plan technique. La permanence au sein de ces structures de la domination par la Russie, qui a par le passé manipulé la menace sécuritaire posée notamment par le Mouvement Islamiste d’Ouzbékistan pour répondre à ses propres intérêts, laisse penser que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre en 2019. La protection des infrastructures cybernétiques dans la région par le biais d’une collaboration, et donc d’un échange de capacités dans ce domaine, ne va pas dans le sens des intérêts de la Russie, dont le potentiel offensif résulte en partie de l’existence de vulnérabilités sur les systèmes physiques de ses alliés et adversaires.

De même, les relations de la région avec la Chine, peu évoquées dans la présente étude, ne se traduisent en 2019 que dans le domaine sécuritaire, dans les sphères informationnelles. La principale coopération revient à de l’échange d’informations dans le cadre de l’Organisation de la Coopération de Shanghai, à vocation sécuritaire. L’écosystème numérique fermé du voisin chinois en fait un acteur informationnel à l’influence faible dans la région. Aussi, même si le pendant « digital » du projet Belt and Road Initiative fait état de volontés de prises de positions dans les affaires des pays dans la région, l’efficience de ces projets ne sera véritablement mesurable que lorsque ces derniers seront plus avancés. Toutefois, par les investissements massifs qui y sont opérés, notamment dans le domaine des transports, il parait très probable que la Chine aura la volonté de protéger ses acquis. Il en sera nécessairement de même avec les projets émanant des « routes de la Soie digitales » dont l’opacité est constante.

La coopération sino-russe, partageant une conception similaire du cyberespace sera dès lors à analyser dans ses prolongements qui auront immanquablement lieu, et dont la région dépend. Alors que les positions russes dans le domaine économique tendent à être concurrencées par celles de la Chine, celles dans les domaines sécuritaires, et notamment dans le cyberespace, sont un champ au sein duquel se retranscriront nécessairement des prises de position par les deux puissances dans le futur. En tout état de cause, peu laisse à penser qu’un cyberespace centrasiatique avec sa propre identité soit à même d’émerger.

Copyright Avril 2019-Joubert/Diploweb.com


Le Diploweb.com s’attache à vous en offrir les clés de l’Asie, avec des documents inédits rédigés par des experts, diplomates, universitaires, stratèges. Diploweb publie à votre intention ce livre : Pierre Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces », éd. Diploweb, via Amazon

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Peter Frankopan

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques

Par Antoine MAIRE, le 17 février 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Antoine Maire est docteur associé au CERI-Sciences Po. Il se rend régulièrement en Mongolie pour étudier les évolutions politiques, économiques et sociales de ce pays. Il est l’auteur de « La Mongolie en quête d’indépendance », paru en 2013 chez L’Harmattan et en 2016 de l’ouvrage « Les Mongols, insoumis » aux Ateliers Henry Dougier.

Alors que les « petits pays » sont traditionnellement considérés dans la littérature scientifique comme des spectateurs plus que comme des acteurs de la vie internationale, la Mongolie fait figure d’exception. Elle a développé une politique stratégique innovante et dynamique pour tenter de répondre aux défis géopolitiques auxquels le pays est confronté. Cet article est accompagné d’une carte réalisée par l’auteur : « La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles ».

AVEC un territoire d’une superficie trois fois supérieure à la France, peuplée de seulement 3,2 millions d’habitants, la Mongolie est souvent associée à ses paysages et à la persistance du pastoralisme nomade, mode de vie qui concerne encore environ un tiers de la population. Sur le plan géopolitique, la Mongolie est marquée par sa situation d’enclavement entre la Chine et la Russie. Cette caractéristique constitue la principale constante géopolitique à laquelle sont confrontées les autorités mongoles. Elle a une influence majeure tant sur les échanges extérieurs du pays, sur son positionnement stratégique, mais aussi plus largement sur son histoire et sur les difficultés qu’ont éprouvées les autorités à affirmer l’indépendance et la souveraineté mongole sur la scène internationale.

Sur le plan politique, la Mongolie constitue une exception dans la sphère post-soviétique. Après avoir bâti le plus vaste empire terrestre jamais constitué au XIIIe siècle sous l’impulsion de Gengis Khan, l’histoire mongole a ensuite été marquée par un long déclin, marqué par d’incessantes divisions intestines. Celles-ci ont finalement conduit la Mongolie à devenir partie intégrante de l’empire sino-mandchou des Qing au XVIIe siècle. Privées de leur indépendance et de leur souveraineté, les autorités ont profité de l’effondrement de la dynastie des Qing au début XXe siècle pour proclamer à nouveau leur indépendance. Elles se sont alors rapprochées de la Russie pour se prémunir contre les velléités irrédentistes chinoises. Ce choix les a conduites à adopter un mode de développement socialiste dès 1924 qui a inscrit le pays dans la sphère d’influence soviétique, faisant de ce dernier un satellite de l’Union soviétique (1922-1991). La Mongolie a finalement recouvré son indépendance et une souveraineté pleine et entière à l’occasion de la révolution démocratique de l’hiver 1989/1990.

Ce processus révolutionnaire constitue un moment charnière dans l’histoire mongole. Il a servi de creuset à l’émergence de cette nouvelle Mongolie. Les dynamiques qu’il a engendrées ont façonné le système politique mongol, ses logiques de fonctionnement, mais aussi plus largement le positionnement diplomatique singulier adopté par le pays après 1990 (I). Le passage à l’économie de marché a également eu des conséquences majeures sur la structure de l’économie mongole en provoquant un recentrage du pays sur ses avantages comparatifs, notamment ses ressources naturelles, et une réorientation de ses échanges extérieurs, aujourd’hui très majoritairement orientés vers la Chine (II). Ces évolutions ont conduit les autorités mongoles à formaliser une nouvelle stratégie de sécurité pour répondre au défi de l’enclavement et assurer la protection de leur indépendance et de leur souveraineté (III). Alors que les « petits pays » sont traditionnellement considérés dans la littérature scientifique comme des spectateurs plus que comme des acteurs de la vie internationale, la Mongolie fait figure d’exception en ayant développé une politique stratégique innovante et dynamique pour tenter de répondre aux défis géopolitiques auxquels le pays est confronté. L’évolution du contexte international, en particulier le rapprochement sino-russe, conduit néanmoins la Mongolie à envisager une évolution de sa stratégie de sécurité et un recentrage de ses efforts diplomatiques sur son environnement immédiat (IV).

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques
Carte. La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de « La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles », conçue par Antoine Maire, Laurent Chamontin et Pierre Verluise. Réalisée par Antoine Maire. La carte localise les nombreuses ressources minières, met en évidence l’enclavement de la Mongolie mais aussi les lignes et projets ferroviaires, ainsi que les efforts du pays pour s’affirmer.

I. L’affirmation d’une exception démocratique en Mongolie

Les principales dynamiques politiques et économiques observables en Mongolie trouvent leur origine dans les orientations qui se sont dégagées de la révolution démocratique de l’hiver 1989/1990 et du processus de transition économique et politique qui l’a suivie. Celle-ci se distingue par sa nature apaisée et consensuelle. Il a conduit la Mongolie à adopter un système politique démocratique et à mettre en place un processus de transition pour permettre le passage au capitalisme et à l’économie de marché. Selon l’adage, la révolution démocratique mongole s’est déroulée « sans qu’une vitre n’ait été brisée, sans qu’un coup de feu n’ait été tiré et sans qu’une goutte de sang n’ait été versée ». La singularité du processus révolutionnaire mongol mérite d’être soulignée. Rien ne prédestinait le pays à connaître une telle évolution, alors que l’Union soviétique ne s’était pas encore effondrée et que la Chine populaire avait, quelques mois plus tôt, écrasé la révolte de sa jeunesse sur la place Tienanmen.

La facilité relative avec laquelle la révolution s’est déroulée s’explique par une convergence de vues entre les réformateurs des mouvements démocrates et ceux qui s’exprimaient à l’intérieur de l’ancien parti unique, le Parti populaire et révolutionnaire mongol (PPRM). Beaucoup partageaient l’idée que le changement devait être profond alors que le pays venait de traverser une décennie de stagnation économique et alors que l’Union soviétique venait d’annoncer le retrait de ses troupes stationnées en Mongolie. Surtout, beaucoup ont perçu dans cet événement une opportunité historique pour permettre à la Mongolie de rompre avec la tutelle soviétique et reconquérir une indépendance et une souveraineté pleine et entière, parachevant ainsi un processus entamé au début du siècle. Les événements de l’hiver 1989/1990 constituent donc une révolution nationale, à travers laquelle le peuple mongol a affirmé pleinement son indépendance et a initié un processus lui permettant de se doter d’un système politique et économique propre afin d’exercer sa souveraineté. Le passage à la démocratie et à l’économie de marché constituait un moyen de rompre les liens de dépendance qui unissaient le pays à l’Union soviétique.

Sur le plan économique, les autorités mongoles ont fait le choix d’opter pour une transition radicale, basée sur la « théorie du choc ». L’objectif était de provoquer un choc pour permettre l’apparition du marché. Outre des considérations idéologiques, une transition graduelle était difficilement envisageable du fait de la dépendance structurelle qui unissait l’économie mongole à l’économie soviétique et au Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM). Pour provoquer ce choc, le processus de transition s’est appuyé sur : 1) de vastes privatisations et notamment la dissolution des coopératives agricoles ; 2) une libération rapide des prix et du commerce extérieur avec l’adoption d’un taux de change flottant et la suppression de l’ensemble des tarifs douaniers ; 3) une restructuration du système financier avec une dissolution des banques d’État et une ouverture du secteur aux banques privées. Le processus de transition s’est accompagné d’une violente crise économique. Elle s’est traduite par un effondrement de l’appareil productif, des échanges extérieurs, l’apparition du chômage, une hyperinflation et un retour des tickets de rationnement au début des années 1990. Symbole de la violence de cette crise, l’économie mongole a mis plus de dix ans pour atteindre à nouveau les niveaux de production atteints en 1990.

Sur le plan politique, l’évolution connue par la Mongolie depuis 1990 contraste avec celle de nombre d’anciens pays socialistes, notamment avec celle de ses voisins russe et chinois. Alors que ces derniers ont eu tendance à être marqués par un retour à l’autoritarisme, la Mongolie s’est au contraire ancrée dans un système démocratique qui a fait la preuve de sa résilience en résistant à plusieurs alternances politiques et à des crises majeures (assassinat du député Zorig en 1998, imposition de l’état d’urgence en 2008). La Constitution mongole n’a que peu évolué depuis son adoption en 1992, les élections sont organisées régulièrement et leurs résultats sont considérés comme légitimes par les acteurs. Les alternances politiques sont régulières, les dernières ayant eu lieu pour les élections législatives et présidentielles en 2016 et en 2017. Outre ces aspects formels, un approfondissement de la démocratie est également notable avec la mise en place de budgets participatifs à l’échelon local ou avec des expérimentations remarquées, comme l’organisation d’un référendum par SMS en 2015, destiné à fixer la ligne économique du gouvernement, ou plus récemment avec la mise en application d’une expérience de « démocratie délibérative » en 2017 pour proposer un nouveau projet de Constitution.

Cette évolution politique a fait de la Mongolie une exception dans son environnement régional. Le pays est régulièrement présenté comme un exemple, une « oasis de démocratie » selon les mots de l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry. Cette singularité constitue un élément structurant. Elle est souvent présentée comme la clé de voûte de la préservation de l’indépendance et de la souveraineté mongole face à d’éventuelles pressions et au risque d’un alignement ou d’un suivisme trop marqué du pays par rapport à ses voisins.

II. La Mongolie face à la « malédiction des ressources »

La sortie de l’économie planifiée a provoqué une profonde crise. Celle-ci a conduit à une destruction du tissu industriel, privé de marchés de débouchés après le retrait de la Mongolie du CAEM et incapable de faire face à la nouvelle compétition internationale après la suppression de l’ensemble des tarifs douaniers. Le processus de désindustrialisation qui a suivi la transition a conduit à un recentrage de l’économie mongole sur ses avantages comparatifs. L’ouverture du pays s’est accompagnée d’une redécouverte du potentiel minier, le territoire mongol étant perçu comme l’une des dernières zones frontière où des découvertes d’importance étaient encore possibles. Régulièrement présenté comme un « coffre-fort » géologique, le sous-sol mongol est connu pour l’abondance et la diversité de ses ressources, mais aussi pour leur facilité d’exploitation qui les rend particulièrement rentables.

Cette importance croissante du secteur minier a conduit à une réorientation complète du commerce extérieur. En l’espace d’une décennie, l’économie mongole est passée d’une situation de dépendance à l’autre, en l’occurrence d’une dépendance à l’égard de l’Union soviétique à une dépendance à l’égard de la Chine. Cette dernière résulte à la fois de la structure du marché, la demande et la proximité du marché chinois en faisant un espace de débouché naturel, mais aussi de raisons structurelles, l’absence d’infrastructures combinée à l’enclavement du pays. À cette situation s’ajoute une dépendance sectorielle à l’égard du voisin russe. Alors que le pays exporte du pétrole brut en Chine, l’absence de capacité de raffinage le contraint à importer l’essentiel de ses carburants de Russie.

Cette situation constitue une vulnérabilité stratégique majeure. Elle limite la capacité des entreprises à négocier leurs prix de vente. La dépendance au secteur extractif expose par ailleurs le pays aux variations du cours des matières, responsables notamment de la crise de 2008 et en partie du ralentissement, puis de la crise économique, qui ont frappé le pays entre 2013 et 2016. Plus généralement, elle pose la question de la capacité de la Mongolie à échapper aux conséquences de la « malédiction des ressources », symptôme propre aux pays riches en matières premières, qui se traduit notamment par une concentration de l’économie autour du seul secteur extractif et qui peut s’accompagner d’une instabilité politique.

Cette double dépendance est par ailleurs susceptible d’être utilisée par Pékin et Moscou pour faire pression sur le processus décisionnel mongol. Par exemple, en 2002, les autorités chinoises ont décidé de la fermeture de leur frontière avec la Mongolie pour protester contre la venue du Dalaï-Lama à Oulan-Bator. Des mesures de rétorsion économiques ont également été prises en 2016 à l’occasion d’une nouvelle visite du Dalaï-Lama dans le pays. La Russie a pour sa part décidé de la suspension de ses exportations de carburants à la Mongolie au printemps 2011 pour faire pression sur les autorités mongoles dans le cadre de l’appel d’offres mis en place pour la valorisation du gisement de charbon géant de Tavan Tolgoi.

La prise en compte de ces éléments de vulnérabilité a conduit les autorités mongoles à formaliser une nouvelle stratégie de sécurité pour répondre à ces défis. Son objectif est double : permettre le développement économique du pays, notamment la diversification de son appareil productif, et préserver l’indépendance et la souveraineté mongole alors que le pays a fait le choix d’un système politique démocratique et libéral quand ses voisins russe et chinois et ont adopté un système politique autoritaire et dirigiste.

III. Une stratégie de sécurité innovante

La révolution démocratique a provoqué un bouleversement de l’équation sécuritaire que doivent résoudre les autorités mongoles. Elle a privé le pays des garanties de sécurité que lui apportait l’Union soviétique et l’a contraint à assurer seul son indépendance et la protection de sa souveraineté. Cette situation a conduit les autorités à formaliser une réponse stratégique innovante et originale qui joue notamment sur la spécificité démocratique que revendique la Mongolie. Les questions économiques jouent un rôle central dans cette stratégie dans la mesure où les vulnérabilités de l’économie mongole, précédemment évoquées, sont susceptibles d’être utilisées par les voisins pour faire pression sur le pays.

Après la transition démocratique, les autorités mongoles ont formalisé une nouvelle approche stratégique baptisée « stratégie de troisième voisin ». Cette approche, formalisée dans le cadre du concept de sécurité nationale de 2010 et du concept de politique étrangère de 2011, s’articule autour de trois priorités :

1. la diplomatie mongole cherche à développer des relations approfondies et amicales avec ses deux voisins géographiques. Les autorités mongoles tentent de conserver de bonnes relations avec la Russie et de développer leurs relations avec la Chine. L’objectif est de maintenir la Mongolie à équidistance de ses deux voisins pour se ménager des marges de manœuvre. Cette volonté politique s’est traduite par la signature d’accords de partenariat stratégique avec ces deux pays ;

2. la diplomatie mongole s’attache également à bâtir des relations privilégiées avec des pays démocratiques et développés, les « troisièmes voisins ». Ces voisins théoriques constituent autant de partenaires susceptibles de contribuer à la préservation du modèle politique adopté par la Mongolie, donc à la protection de son indépendance et de sa souveraineté. Les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la France, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni sont reconnus par les autorités mongoles comme des « troisièmes voisins ». Le « troisième voisin » avec lequel les relations sont les plus développées est le Japon. Les autorités mongoles ont conclu avec ce pays un accord de partenariat stratégique adossé à un accord de partenariat économique ;

3. les autorités mongoles jouent, par ailleurs, un rôle remarqué dans la vie internationale. Cela se traduit par un activisme important au sein des organisations internationales et par une implication remarquée au sein des opérations de maintien de la paix. Cela passe également par une contribution active à la stabilité en Asie du Nord-Est. La Mongolie joue notamment un rôle de médiateur sur le dossier nord-coréen en organisant chaque année le « dialogue d’Oulan-Bator », seul mécanisme de dialogue fonctionnel qui réunit l’ensemble des acteurs concernés par ce dossier.

Outre ce volet, la stratégie mongole comporte également une forte composante économique. En la matière, l’objectif poursuivi par les autorités mongoles est le même : la préservation d’un équilibre entre leurs partenaires afin d’éviter au pays de « devenir une simple annexe de matières » pour l’un de ses voisins. Cette approche stratégique existe sous le vocable de la stratégie des « trois tiers ». Elle vise à équilibrer les investissements étrangers qui s’implantent en Mongolie pour que ceux-ci s’équilibrent à tiers égaux entre ceux de la Russie, de la Chine et des « troisièmes voisins ».

La mise en œuvre de cette stratégie a posé la question du contrôle des investissements étrangers, qui s’opposait à la volonté d’attractivité mise en avant par les autorités. Cette volonté de contrôle a été renforcée par une série d’acquisitions d’entreprises considérées comme stratégiques par des entreprises chinoises, dans le domaine pétrolier en 2005, uranifère en 2010 puis charbonnier en 2012. Pour y répondre, les autorités mongoles ont adopté à la veille des élections législatives de 2012 un projet de loi controversé sur les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. Ce dernier, qui prévoyait un contrôle parlementaire sur les projets d’acquisitions d’entreprises opérant dans ces secteurs, a suscité de vives critiques des investisseurs. Son adoption a contribué à l’effondrement du flux d’investissements étrangers dans le pays entre 2012 et 2016. Cette expérience a poussé les autorités mongoles à revenir à un cadre plus libéral avec l’adoption de la loi sur l’investissement à l’automne 2013. Celle-ci conserve certains aspects relatifs au contrôle, mais cible uniquement les entreprises étatiques étrangères. Cela a permis de rassurer les investisseurs tout en préservant les capacités de contrôle des autorités mongoles sur les investissements étrangers chinois, ces derniers étant majoritairement le fait d’entreprises étatiques.

Pour faire face à la dépendance économique qui unit le pays à la Chine, les autorités mongoles ont également recherché une diversification des marchés de débouchés offerts à leurs produits miniers. Cette volonté s’est traduite par l’élaboration d’un projet ferroviaire géant qui visait à raccorder les principaux gisements miniers du sud du pays au réseau ferroviaire russe, offrant ainsi un accès aux ports russes de l’Extrême-Orient. Faute de financement et alors que sa rentabilité économique posait question, ce projet a finalement été abandonné. Outre cet aspect, les autorités mongoles se sont également attachées à négocier des accords de transit avec leurs deux voisins afin de simplifier leur accès à la mer et au marché mondial. Un accord a été conclu en 2014 avec la Chine et en 2018 avec la Russie. Ils devraient faciliter à terme une diversification des échanges extérieurs du pays. Ces démarches se sont combinées à la négociation d’accords de libre-échange conclus avec le Japon, l’Union européenne ou encore avec le « third neighbor trade act », actuellement discuté aux Etats-Unis. Il devrait permettre, une fois adopté, à certains produits mongols comme le cachemire ou les textiles d’être exemptés de taxes. Face à la dépendance aux carburants russes, les autorités mongoles développent un projet de raffinerie sur le territoire mongol grâce à un prêt préférentiel fourni par l’Inde en 2015.

L’évolution du contexte international, en particulier le rapprochement à l’œuvre entre Moscou et Pékin, conduit cependant les autorités mongoles à mener une réflexion sur leur stratégie et à envisager un éventuel recentrage de leur politique extérieure sur leur environnement géographique immédiat.

IV. La Mongolie face à son environnement stratégique

La Mongolie a été confrontée récemment à une évolution significative de son environnement régional. Tout d’abord, la détérioration des relations entre ses voisins géographiques et ses « troisièmes voisins », notamment après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, a conduit les autorités mongoles à adopter une position de neutralité. Ensuite, le développement des projets de connectivités régionales, notamment le projet des nouvelles routes de la soie ( Belt & Road Initiative BRI ) suscite l’intérêt du pays qui y voit une opportunité de développement et de désenclavement. Enfin, le rapprochement entre la Chine et la Russie a conduit les autorités à ne pas vouloir en être exclues pour profiter des opportunités économiques qui en découleront.

Cette volonté mongole s’est traduite par l’organisation régulière de sommets trilatéraux avec la Russie et la Chine. Ceux-ci se tiennent au niveau politique (chefs d’État) et au niveau technique pour favoriser le développement d’une coopération trilatérale et la coordination des politiques économiques mises en œuvre par les trois pays. Elle s’est également traduite par l’élaboration d’un projet de connectivité propre à la Mongolie, baptisé « routes de la steppe », destiné à faire le lien entre les projets de connectivité russe et chinois. Cet activisme a permis aux autorités mongoles de signer en juin 2016 un accord visant à la création d’un corridor économique entre les trois pays. La mise en œuvre de ce projet reste néanmoins incertaine et aucun projet concret n’a pour le moment vu le jour.

Plus généralement, ce rapprochement sino-russe conduit également les autorités mongoles à envisager une évolution de leur positionnement stratégique dans la région. La Mongolie étudie actuellement la possibilité de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEE) portée par la Russie. Elles envisagent également de demander un changement de statut au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Depuis les milieux des années 2000, la Mongolie dispose du statut d’observateur au sein de l’organisation. Les autorités mongoles ont longtemps refusé d’intégrer cette organisation perçue comme un « club de pays autoritaires ». Les autorités faisaient notamment valoir que les objectifs poursuivis par l’organisation, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, ne concernaient la Mongolie qu’à la marge.

Reste que les autorités mongoles font face à des demandes insistantes de leurs deux voisins pour intégrer l’organisation. Ces demandes se combinent au sentiment que la position mongole sur l’OCS constitue un point de blocage qui limite le développement de coopérations économiques, en particulier pour ce qui est de l’inclusion de la Mongolie dans les programmes de connectivité chinois et russe, notamment dans le cadre du projet Belt and Road Initiative (BRI). Par ailleurs, l’intégration de l’Inde et du Pakistan et l’affirmation progressive d’un programme de coopération économique, même s’il tarde à se concrétiser, constituent autant d’évolutions qui pourraient conduire les autorités mongoles à demander à terme une adhésion pleine et entière à l’organisation.

Plus généralement, ces réflexions et les débats qui les accompagnent traduisent une forme de rupture du consensus qui existait jusqu’alors sur les orientations stratégiques adoptées par la Mongolie depuis 1990. Plusieurs éléments témoignent de cette évolution : le débat qui ont eu lieu sur l’adoption d’un « statut de neutralité permanente » en 2015-2016, les discussions autour de l’accession au statut de membre de plein exercice au sein de l’OCS ou plus récemment les appels du Président Khaltmaagiyn Battulga à une refonte du concept de sécurité nationale au motif que les résultats de la politique de « troisième voisin » étaient insuffisants. Outre les éléments inhérents à la vie politique mongole, ces débats sont également le fruit d’une évolution marquée du contexte géostratégique dans lequel s’insère la Mongolie. Le rapprochement à l’œuvre entre la Chine et la Russie combiné à la dégradation des relations entre les voisins géographiques de la Mongolie et ses « troisièmes voisins » réduisent les marges de manœuvre des autorités mongoles. Ils se traduisent naturellement par un recentrage progressif de la politique étrangère mongole sur son environnement proche.

Celui-ci risque néanmoins de s’opérer au détriment des coopérations développées avec les « troisièmes voisins » du pays.

Copyright Février 2019-Maire/Diploweb.com


Plus

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Prise en étau entre la Russie et la Chine, la Mongolie cherche à consolider son indépendance, acquise après 1990. Entre l’accroissement des tensions géopolitiques et la richesse en matières premières de son sous-sol, les convoitises de ses deux puissants voisins ne cessent de s’attiser. Misant sur ses ressources considérables, le pays du ciel bleu met en ouvre une stratégie de désenclavement pour poursuivre son développement économique rapide et consolider sa jeune démocratie.

Dans ce pays, aux paysages qui semblent infinis, chaque Mongol cultive la liberté comme un art de vivre hérité du nomadisme pastoral. Cet attachement à la liberté se retrouve partout, à chaque échelon de la société, à chaque moment de la vie : autant chez les femmes, véritable pilier de la société, que chez les hommes, qu’ils soient ministres, artistes, éleveurs, sportifs. Ce livre part à leur rencontre et rend compte de ce profond attachement. Les Mongols forment un peuple fier et rebelle, un peuple d’hommes libres. Mais sauront-ils préserver cette indépendance face aux appétits de leurs voisins ? Et sauront-ils garantir l’équilibre social et environnemental déjà mis à mal ?

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Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

12/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

Par Axelle DEGANS, le 30 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de A. Degans, « Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018 », éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 000 followers)

Le sort des urnes

En Géorgie, Salomé Zourabichvili est devenue en décembre 2018 la nouvelle présidente de la Géorgie, république du Caucase. C’est la dernière élection présidentielle qui procède du suffrage universel direct, la prochaine sera indirecte, le président étant choisi par les parlementaires. La nouvelle présidente est connue en France pour avoir précédemment embrassé une carrière au Quai d’Orsay.

Andry Raejolina a remporté en décembre 2018 les élections présidentielles malgaches avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés pour une participation d’un peu moins de 50%. La commission électorale doit confirmer les résultats alors que son challenger dénonce des fraudes électorales. Cette élection a été l’occasion de dépenses somptuaires alors que le revenu moyen des malgaches est aujourd’hui inférieur à celui du moment de l’indépendance. Le pays est gangréné par la corruption et le système de la « rapine », c’est-à-dire des prélèvements effectués sur les produits exportés.

En République démocratique du Congo (RDC) les élections présidentielles prévues pour décembre 2018 ont de nouveau été repoussées, ce qui laisse planer de fortes inquiétudes. Une vingtaine de candidats se présentent pourtant à ces élections. … L’Eglise catholique, une des rares structures qui maille encore l’ensemble du territoire congolais, promet d’être vigilante et de veiller à ce que le scrutin puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Joseph Kabila est président depuis la mort de son père – le seigneur de guerre Laurent-Désiré Kabila -en 2001. Il a été élu en 2006 puis en 2011. Les élections présidentielles auraient dû se tenir en 2016, mais elles sont depuis sans cesse ajournées, le président – qui ne peut se présenter pour un troisième mandat – restant au pouvoir. Le report partiel des élections, qui doivent se tenir le 30 décembre, n’est pas un bon signe.

Les nouvelles d’Afrique

En Tunisie, huit années presque jour pour jour après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (décembre 2010) qui a été le point de départ de la « révolution du jasmin » et plus généralement des révoltes arabes, un autre jeune, journaliste cette fois-ci, s’est immolé en décembre 2018 à Kasserine. Il a voulu, par son geste désespéré, dénoncer l’absence de perspective d’avenir dans son pays. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, montrant que rien n’est réglé depuis la chute du président Ben Ali (2011) et la transition vers la démocratie. La situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d’une jeunesse nombreuse et diplômée. L’islamisme radical monte dans ce pays où l’avenir semble sombre.

Le danger djihadiste est loin d’avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali. Le président Emmanuel Macron est allé réveillonner avec les troupes françaises au Tchad, réaffirmant ainsi son soutien à l’engagement militaire au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Il demande à l’Union européenne de contribuer au plus vite au financement de cette action commune visant à éloigner le danger djihadiste de l‘UE.

Au Maroc, deux jeunes touristes scandinaves ont été assassinées en décembre 2018 par des djihadistes. Une révélation perturbante pour le royaume chérifien. Au Niger, une centaine d’écoles ont été fermées en raison de menaces djihadistes.

Les Etats-Unis de Donald Trump

Synthèse de l'actualité internationale de décembre 2018
Général James Mattis
Source : Wikipédia

Le président Donald Trump annonce en décembre 2018 le retrait les troupes américaines de Syrie, déclarant que l’Etat islamique a définitivement été battu… mais rien n’est moins sûr. Il tient ainsi une de ses promesses électorales. C’est une décision assez populaire au sein de la population américaine, attachée à l’« America first ». Les effectifs militaires engagés (2 000 en Syrie et 14 000 en Afghanistan) devraient être divisés par plus de deux, mais les effectifs en Irak (5 200 hommes) devraient être maintenus. Cette décision, essentiellement décidée pour des considérations internes aux Etats-Unis n’est pas étrangère à la démission du secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Elle pénalise les Kurdes que Washington avait jusque là soutenus mais satisfait grandement la Turquie qui ne veut pas de la création d’un Kurdistan indépendant.

Les Etats-Unis sont de nouveau confrontés en décembre 2018 à un « shut down », comme ils l’ont déjà été sous les mandatures de Bill Clinton ou Barack Obama. Le Congrès américain doit donner son accord pour un dépassement de budget – creusant donc davantage le déficit – pour financer la politique voulue par le président. Sinon, les fonctionnaires arrêtent d’être payés et des administrations ferment leurs portes. Il s’agit du troisième « shut down » de l’année 2018 après ceux des mois de janvier et février. Le bras de fer avec les parlementaires se cristallise autour du financement du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière avec le Mexique.

Le quarante-et-unième président des Etats-Unis, Georges Herbert Bush est décédé. Il a reçu des hommages nationaux et même internationaux. Il a été le président de la fin de la Guerre froide et de la guerre du Golfe, deux guerres gagnées par les Etats-Unis. L’actuel président a ostensiblement marqué une certaine indifférence à cette occasion.

La bulle qui s’est formée avec les cryptomonnaies – comme le bitcoin – au cours de l’année 2017 a fini par éclater en 2018. Ainsi, l’indice Bloomberg des cryptomonnaies les plus importantes a baissé de 80%, pour le plus grand malheur des spéculateurs qui y ont cru. Le krach des cryptomonnaies correspond aussi à une très mauvaise année boursière

Quelques nouvelles d’Asie

Le Japon est confronté à un environnement qu’il perçoit comme de plus en plus dangereux. Moscou a décidé de construire des bâtiments pour accueillir des soldats russes sur les iles Kouriles revendiquées par le Japon. Inquiet face à une Chine dont l’affirmation ne lui apparait pas pacifique, de l’imprévisibilité de la Corée du Nord, le Japon vient d’accroitre en décembre 2018 son budget militaire de plus de 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, pour acquérir de nouveaux avions de chasse auprès de Washington et transformer deux porte-hélicoptères en porte-avions.

Le Qatar, qui est l’objet d’un boycott de ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite, a décidé de façon très symbolique de sortir en décembre 2018 de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole. C’est une manière de montrer sa résistance face à la politique de Riyad.

Une angoissante nouvelle vient de se produire, la naissance de bébés – des jumelles – génétiquement modifiées. Elles le sont pour résister au Sida, une maladie qui n’afflige pas sa famille et qui n’empêche pas de naissance viable. Le chercheur et généticien français Axel Kahn a des mots très durs vis-à-vis de celui qui a permis cette naissance, qui ne relève d’aucune avancée scientifique mais d’une simple « audace » pour entrer dans l’Histoire. Il ajoute que le Sida ne sera peut-être même plus un fléau du monde quand ces petites chinoises parviendront à l’âge adulte, par contre, le code génétique de ces enfants est modifié sans en avoir la maitrise complète. Le médecin a une terrible responsabilité envers elles, qu’il ne pourra jamais assumer. Un terrible précédent pour une humanité qui n’a rien à gagner à jouer aux apprentis-sorciers avec la génétique.

L’Indonésie est de nouveau frappée en décembre 2018 par des catastrophes naturelles après celles qui ont endeuillé l’archipel durant l’été 2018. Cette fois-ci l’activité du volcan Krakatoa est responsable d’un tsunami qui a frappé la région du détroit de la Sonde – le détroit le plus utilisé dans la région après celui de Malacca – et provoqué la mort de plus de quatre cent trente personnes.

Une gouvernance mondiale contestée

La COP 24 s’est tenue en décembre 2018 en Pologne, à Katowice. Après les engagements pris à Paris lors de la COP 21 concernant la limitation des gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement climatique, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réellement été tenus. Les ambitions affichées en Pologne sont bien plus modestes. Un sommet pour rien ?

L’ONU a fait signer en décembre 2018 un pacte sur les migrations qui est dénoncé par certains pays. Ainsi, les Etats-Unis, certains pays européens (Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne la République tchèque ou la Suisse), l’Australie, le Chili, ou Israël ont refusé de le ratifier. La signature apposée par Bruxelles a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Si l’ONU met en valeur que les Etats signataires conservent leur souveraineté en matière migratoire, les Etats non signataires craignent, eux, que ce texte devienne un argument de droit pour de futurs et possibles recours en justice alors que ce texte ne fait pas suffisamment la part entre migrations légales et migrations illégales.

La réunion du G20 – les vingt premières économies mondiales – s’est tenue en décembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine. Elle n’a débouché sur « aucun recul », manière très diplomatique de ne pas dire que rien n’a fait plier Donald Trump, moins enclin au libre-échange multilatéral que ses prédécesseurs. Les entretiens bilatéraux se sont en revanche multipliés en marge de cette réunion.

Une Europe agitée

Dans l’Union européenne, les manifestations se multiplient en décembre 2018. En Hongrie contre le pouvoir de Viktor Orban [1]. En France, les gilets jaunes manifestent tous les samedi depuis le milieu du mois de novembre. A Bruxelles contre le pacte migratoire signé sous l’égide de l’ONU. Ces manifestations témoignent d’un vrai malaise qui saisit les Européens.


Bonus vidéo. L’Union européenne est-elle condamnée à l’impuissance ?


Le sommet de Bruxelles de décembre 2018 aboutit à la décision de créer un instrument budgétaire de la zone euro pour parvenir à un budget d’investissement.

En France, l’indice de fécondité s’élève désormais à 1,92 enfant par femme après s’être stabilisé autour de 2 enfants pour la période 2006-2014. Les générations ne sont donc plus renouvelées, ce qui accentue le vieillissement de la population.

Dans les Balkans, le Kosovo annonce en décembre 2018 sa volonté de créer une armée d’environ 5000 hommes pour remplacer les 2 500 hommes des forces de sécurité du Kosovo. Celui-ci est sous perfusions internationales, et la KFOR – dépendant de l’OTAN – assure sa sécurité. Si les aspirations du Kosovo sont soutenues par Washington, le Secrétaire général de l’ONU appelle à la retenue et la Serbie manifeste son mécontentement.

A Cuba, l’après Castro en désenchantement ?

A Cuba, la situation économique continue à se dégrader après le revirement de la politique de Washington. Les pénuries alimentaires s’aggravent, y compris pour les produits de première nécessité comme la farine et donc le pain. La situation de décembre 2018 n’est pas sans rappeler la crise sévère – la « période spéciale » – qu’a traversé l’ile au lendemain de la chute de l’URSS (décembre 1991) qui finançait le régime castriste. Le président cubain Miguel Diaz-Canel s’est récemment fâché avec le nouveau président brésilien Bolsonaro, et donc l’un de ses importants partenaires économiques. Russie et Chine pourraient être des recours pour la Havane, dont le régime quasi autistique se préoccupe aujourd’hui de l’informatisation de l’ile…

La Havane a aussi décidé d’encadrer davantage les entrepreneurs privés pour lutter contre le travail illégal. Or près de 13% de la population travaille désormais à son compte, les « cuentapopistas », souvent de petits artisans ou commerçants. Il s’agit aussi pour le pouvoir d’inciter les étrangers à investir dans l’ile.

Bonnes nouvelles

En France, la ville de Grasse vient d’être classée en décembre 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO pour ses savoir-faire, déjà mondialement reconnus, dans le domaine du parfum.

Un bien fragile cessez-le-feu est signé en décembre 2018 entre les protagonistes de la guerre du Yémen. Ce conflit a déjà tué près de 100 000 civils et causé l’une des pires catastrophes humanitaires de ce nouveau siècle. Plus de 15 millions de Yéménites sont en situation d’ « urgence alimentaire ».

Les Françaises sont en décembre 2018 championnes du monde de handball, un véritable exploit, qu’elles réitèrent après leur premier titre mondial décroché en 2003.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2019 en espérant une belle année géopolitique !

Copyright décembre 2018-Degans/Diploweb.com

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