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«En 2019, la croissance française devrait être deux fois supérieure à celle de l’Allemagne», selon Villeroy de Galhau

«En 2019, la croissance française devrait être deux fois supérieure à celle de l’Allemagne», selon Villeroy de Galhau

François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France. [Noir sur Blanc (Essec)]

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, défend le rôle de son institution et prédit une croissance française deux fois supérieure à celle de son voisin allemand. Un article de notre partenaire, La Tribune.

En cette période tumultueuse où les marchés financiers européens se préparent aux turbulences d’un Brexit sans accord, le gouverneur de la Banque de France a accepté de répondre aux questions des Mardis de l’ESSEC. Et la tâche du soir pour François Villeroy de Galhau n’en fut pas beaucoup plus aisée : convaincre des étudiants perplexes quant à l’actualité du rôle que joue une institution comme la Banque de France, vieille de deux siècles.

« Avoir des institutions financières de régularisation plus efficaces est un élément positif de l’économie française ! » Créée par Napoléon Bonaparte en 1800, la Banque de France a aujourd’hui deux grandes missions : « Une mission de confiance et une mission de bon financement de l’économie ».

Cette dernière renvoie notamment à la surveillance des banques et groupes d’assurance à travers une instance peu connue du grand public, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

Bien que son rôle soit méconnu des Français, la Banque de France n’en demeure pas moins un rouage essentiel de l’économie française et européenne. Elle garantit la confiance dans l’euro, pilier d’un système coopératif qui est, selon Villeroy de Galhau, « l’institution européenne qui fonctionne le mieux ».

À ceux qui douteraient encore de l’influence de « sa » banque : « Avoir des institutions financières de régularisation de la finance le plus efficace possible est un élément positif de l’économie française, et on peut parfaitement moderniser une institution publique », martèle-t-il.

Sa notoriété, la Banque de France la tire peut-être de ses fameuses réserves d’or (2345 tonnes). Objet de fantasmes de bon nombre de souverainistes, l’or est même sujet à des (fausses) rumeurs selon lesquelles la Banque de France songerait à vendre ses réserves. « C’est faux ! » répond le gouverneur, « on pourrait vendre l’or, mais c’est ultra-sensible sur le plan émotionnel » avant d’ajouter que « ce qui fait la valeur d’une monnaie, c’est la confiance qu’elle inspire entre les parties qui l’échangent ».

Économie et croissance: comment l’UE doit-elle avancer?

L’économie et la croissance feront partie des priorités du prochain Parlement européen, selon  les eurodéputés Sven Giegold (Vert) et Gunnar Hökmark (PPE).

« J’ai passé dix ans en entreprise car ce ne sont pas  deux mondes opposés, c’est deux manières de servir son pays. De grâce, n’opposons pas les deux ! »

De même que les interrogations sur l’importance de la Banque de France ne cessent de croître, le service public est lui aussi de plus en plus remis en question. À ceci s’ajoute le fait que public et privé ne sont pas toujours perçus comme compatibles, en témoigne la nomination de Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France qui avait alors provoqué quelques remous. À ceux qui lui reprochent son passage chez BNP Paribas, le gouverneur affirme : « J’avais pris des engagements clairs sur le fait que je rompais tout lien avec BNP Paribas. Personne ne m’a pris en défaut dans le fait de servir en tant qu’homme libre et droit ».

Figure du public passée par le privé, François Villeroy de Galhau reste convaincu de cette spécificité qui fait, à ses yeux, la force de notre pays : « J’espère qu’il n’existe pas d’antagonisme entre la modernité et le service public. J’ai passé dix ans en entreprise, car ce ne sont pas deux mondes opposés, c’est deux manières de servir son pays. De grâce, n’opposons pas les deux ! »

« Il n’y a pas de surendettement global des familles françaises »

Par sa fonction régulatrice de l’économie, la Banque de France se doit de détecter d’éventuelles menaces qui pourraient porter atteinte au système. Prévenir le surendettement, qui plus est au moment où emprunter en France n’a jamais été aussi simple, apparaît crucial. L’endettement du secteur privé a atteint 133% du PIB au troisième trimestre 2018, endettement directement corrélé à la politique extrêmement accommodante de la BCE.

Villeroy de Galhau a tant bien que mal tenté de relativiser ce phénomène : « Dans la culture de financement français, on a une préférence pour le financement par la dette, notamment dans les entreprises ».

Il peut néanmoins se targuer d’avoir traité avec justesse la question du surendettement puisque fin 2018, la Banque a connu une baisse de 30% du nombre de dossiers, « notamment grâce à la loi Lagarde qui encadre mieux ». D’autant plus que le surendettement ne concerne qu’entre 150 000 et 200 000 personnes, ce qui pousse François Villeroy de Galhau à considérer « qu’il n’y a pas de surendettement global des familles françaises ».

La stabilité des prix exigée par les citoyens implique une inflation inférieure à 2%, ce qui nécessite une politique monétaire accommodante. Mais rassurez-vous, loin de lui l’idée de prêter à tout va, le gouverneur de la Banque de France est « payé pour rester vigilant en permanence ».

« La sortie de l’euro serait un jeu extrêmement dangereux sur l’inflation,  la croissance et les conditions de financement »

Alors que les États-Unis connaissent une certaine stabilité et une croissance forte, la croissance française – tout comme l’ensemble de l’Union européenne – a connu une année 2018 en deçà des prévisions de la BCE. Mais il ne faut pas s’y tromper, si les États-Unis ont bien pu compter sur une relance de leur économie, au moyen notamment d’une forte politique budgétaire, celle-ci se fait au détriment de ses partenaires économiques tels que l’Union européenne. M. Villeroy de Galhau n’a pas mâché ses mots au sujet de l’actuel président américain « M. Trump a notamment un fort rôle sur le ralentissement de la croissance mondial : le protectionnisme est un ennemi de la croissance. Dans le ralentissement pour 2018, l’incertitude sur le commerce mondial est le premier facteur explicatif ».

Outre l’influence américaine sur les résultats européens, on peut déplorer le climat économique morose de plusieurs pays européens qui n’arrange rien. Avec en tête de ce mouvement l’économie italienne qui connaît une croissance trop faible, aujourd’hui aux alentours de 0%, représentant ainsi « un frein assez fort ». De son côté, l’Allemagne a connu des facteurs spécifiques comme le test des moteurs diesels qui a changé et auquel l’industrie allemande a eu du mal à s’adapter. Enfin, et non des moindres, la France résiste mieux, car nous avons aujourd’hui « beaucoup de pouvoir d’achat dans l’économie française, et pas que les « mesures gilets jaunes » ». Le gouverneur de la Banque de France a ainsi clos son bilan de l’année 2018 par une note des plus encourageantes : « En 2019, la croissance française devrait être deux fois supérieure à l’économie allemande ! »

Les élections européennes approchent, et tandis que certains partis nationalistes prônent une récupération de la souveraineté monétaire afin d’utiliser la monnaie comme levier de croissance, il est bon de rappeler le soutien que portent les citoyens européens à l’euro avec plus de 75% d’avis favorables. Sortir de l’euro, met en garde Villeroy de Galhau, « ferait exploser l’inflation et jouerait sur le pouvoir d’achat ». D’autant plus que « dans les gains de l’euro, on a eu la diminution des coûts de financement de l’économie », ajoute-t-il. Car si le différentiel de taux entre la France et l’Allemagne était de 1,9% dix ans avant Maastricht, il n’est aujourd’hui plus que de 0,4%. Un rappel n’étant jamais de trop : « La sortie de l’euro serait un jeu extrêmement dangereux sur l’inflation, la croissance et les conditions de financement. »

« Ne soyons pas trop dans l’autoflagellation »

Débat national oblige, François Villeroy de Galhau s’est exprimé sur un sujet qui ne laisse personne insensible : la fiscalité. Toujours dans son rôle de garde-fou de l’économie française, le gouverneur de la Banque de France « appelle à la prudence sur la créativité fiscale ». L’objectif premier doit ainsi être la réduction de la dette publique : « si on veut moins de déficit, tôt ou tard il faudra moins de dépenses, donc la stabilisation de la dépense publique en volume, pour qu’elle n’évolue pas comme l’inflation ». Ce qui passe par une solidarité intergénérationnelle : « On est tous sensible au développement durable : cette dette publique, c’est la charge que nous vous léguons, et on n’en est pas très fiers ».

Soucieux de créer du lien avec les étudiants, Villeroy de Galhau a pris garde de conclure son intervention par un message que nous ne répéterons jamais assez : « Je souhaite que chacun d’entre vous puisse être fidèle à sa vocation. Je vous souhaite d’être toujours fier de votre pays et de l’Europe. Nous portons des valeurs, un modèle social, donc ne soyons pas trop dans l’autoflagellation ».

La Banque de France voudrait plus de fusions bancaires transfrontalières en Europe

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a plaidé l’allègement des barrières réglementaires qui freinent les fusions bancaires transfrontalières en Europe.

 

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Le retour du dragon

Le retour du dragon

Publié le 2 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in ChineAmérique latineRussieEtats-UnisGazEconomie,Ukraine

Telle un dragon tourbillonnant dans le ciel et accaparant l’attention universelle avant de disparaître dans les nuées, la Chine, puissante, incontournable, s’envole parfois mystérieusement de l’actualité sans que l’on sache trop pourquoi. Elle y revient cependant invariabement, toutes ailes et flammes déployées, comme c’est le cas actuellement.

Au Venezuela, l’arrivée d’un contingent militaire russe, dissuasion psychologique appréciable vis-à-vis des organisateurs du changement de régime, avait déjà défrayé la chronique et exaspéré Washington. Les Chinois en rajoutent maintenant une couche, envoyant eux aussi à Caracas, ou plus exactement sur l’île de Margarita, 120 soldats. Si leur mission officielle est de distribuer l’aide humanitaire, notamment les 65 tonnes de médicaments envoyées par Pékin il y a quelques jours, il se murmure que le groupe compte dans ses rangs des spécialistes en cyberguerre. Toujours utile en ces temps de sabotage du système électrique par les petits génies de Langley…

La symbiose sino-russe est tellement entrée dans les mœurs que l’on en parle moins. Elle reste cependant un fait incontournable des relations internationales en ce début de XXIème siècle. Contrairement aux dirigeants occidentaux qui ont fait de la communication leur seul argument politique, Russes et Chinois ne parlent jamais pour ne rien dire. Quand Poutine évoquait en 2017 le « niveau sans précédent des relations sino-russes », que de son côté Xi Jinping considérait à « un plus haut historique et un modèle entre grandes puissances », leur parole était d’or. On en a encore la preuve actuellement au Venezuela, l’envoi des militaires ayant évidemment été coordonné en amont à Moscou et à Pékin.

Exemple parmi beaucoup d’autres de la coopération stratégique entre l’ours et le dragon, le Sila Sibiri est terminé et le gaz devrait couler à flots dès septembre. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les deux compères de reprendre les discussions sur un autre formidable pipeline, l’Altaï. Les stratèges de Washington en ont des sueurs froides et voient avec horreur l’inexorable avancée de ces tubes qui vont de plus en plus irriguer le continent-monde, hors du contrôle de l’empire maritime.

La dédollarisation va bon train elle aussi. Le blog ayant sans cesse de nouveaux lecteurs, un petit rappel n’est peut-être pas inutile :

Bretton Woods, 1944

Alors que la poussière du débarquement de Normandie venait à peine de retomber et que la guerre contre l’Allemagne était loin d’être terminée, les Etats-Unis réunirent une quarantaine de pays à Bretton Woods pour préparer leur domination future. Contrairement à la Première guerre, leur intervention dans le second conflit mondial n’avait rien de débonnaire. C’était décidé, ils allaient s’intéresser aux affaires du monde. Et pour ce pays pétri d’idéologie messianique, convaincu d’être « la nation indispensable », s’intéresser au monde équivalait à le dominer.

Ce 22 juillet 1944, les délégués signèrent ni plus ni moins la domination universelle du dollar pour les décennies à venir, organisant le système monétaire international autour du billet vert. Parmi les nouveautés, un FMI et une Banque mondiale prêtant tous les deux uniquement en dollars, obligeant ainsi les pays demandeurs à acheter de la monnaie américaine, donc indirectement à financer les Etats-Unis. Le dollar était la pierre angulaire de tout le système, intermédiaire unique et indispensable pour demander un prêt, acheter de l’or et bientôt acheter du pétrole (pétrodollar en 1973). De Gaulle s’élevait déjà contre cette capacité inouïe de l’Amérique à « s’endetter gratuitement », donc à faire financer sa domination sur les autres par les autres. Giscard, qui n’avait pourtant rien d’un marxiste anti-impérialiste, parlait de « privilège exorbitant ». Nixon répondait : « notre monnaie, votre problème ».

On ne peut certes pas résumer les causes de la domination états-unienne de l’après-guerre au seul statut de sa monnaie, mais celui-ci a joué un rôle crucial. C’est ce que Washington est en train de perdre…

Oufa, 2015

71 ans après Bretton Woods, la position dominante du dollar commence à battre sérieusement de l’aile. Le mouvement débuta il y a quelques années quand les puissances émergentes commencèrent à dédollariser leurs échanges, rejoints par un nombre toujours plus grand de pays. Chine, Russie, Brésil, Inde, Iran, Argentine, Turquie, Pakistan, Afrique du Sud, Egypte et même maintenant Australie, Canada ou Corée du Sud… tous ces pays commercent, à des degrés divers, en dehors du système dollar ou sont en voie de le faire. Mais c’est la crise ukrainienne qui a été l’accélérateur. Devant ce qu’il voyait comme une volonté hégémonique américaine de contrôler l’Eurasie, Poutine s’est attaqué aux fondations de la domination US, participant à la création d’un système financier entièrement nouveau, parallèle, concurrençant les institutions de Bretton Woods. Chine, Inde ou Brésil, qui réclamaient en vain depuis déjà plusieurs années une redistribution des cartes au sein du FMI ou de la Banque mondiale, ont sauté sur l’occasion.

Depuis des années, Moscou et Pékin s’attaquent au pétrodollar par l’entremise de l’or ou du pétroyuan. Le Kremlin accélère encore le rythme frénétique de ses achats de métal précieux en attendant de se ruer sur le yuan quand celui-ci sera enfin pleinement convertible. En outre, les banques russes se rallient à l’alternative chinoise au système Swift, sis à Bruxelles et toujours susceptible d’être à la merci du délire de sanctionnite aigüe qui plane sur Washington.

Sans surprise, la Russie et la Chine, « plus alignées que jamais dans leur histoire » (dixit le Deep State), représentent la plus grande menace existentielle qui soit pour le système impérial US.

Nos Chroniques ont, à de multiples reprises, insisté sur le changement tectonique que nous sommes en train de vivre, et que Lavrov a imperturbablement résumé il y a quelques jours : « C’est la fin de 500 ans de domination occidentale sur le monde ». Et le facétieux Sergueï d’ajouter : « On comprend que cela soit douloureux pour nos partenaires occidentaux… »

D’autant que dragon et ours entraînent joyeusement à leur suite le nouveau monde multipolaire qui se met en place, et notamment ces deux joyaux de la couronne que sont l’Inde et l’Iran. A eux quatre – mais encore faut-il que les conflits anciens et tenaces de cette partie du monde soient réglés -, ils formeront le quadrige de l’Eurasie qui mettra à mort l’empire maritime américain.

La puissance économique chinoise est même en train de débaucher les euronouilles, vassales depuis toujours de Washington. Nous avons vu récemment que l’Italie entre dans la danse des Nouvelles routes de la Soie, ce qui a provoqué quelques cris d’orfraie en provenance de Berlin, Paris et Bruxelles. Loin d’être opposés par principe au projet pharaonique du dragon, les eurocrates réclament en fait tout simplement leur place à la table du banquet. Tonton Sam en a les dents qui grincent…

Point très combien intéressant, les routes de la Soie s’étendront à la Crimée, dans un clair message de soutien à Moscou et de défi envers Washington et Kiev. On imagine la rage de Poroclown, qui a tout de même réussi à se qualifier de justesse pour le second tour de la présidentielle malgré nos prévisions et la contestation des résultats par Timochenko. A moins d’un miracle fortement aidé par les officines US (comme au bon vieux temps d’Eltsine), le roi du chocolat ne sera de toute façon pas réélu, en dépit de ses appels du pied quelque peu lourdauds à l’establishment impérial, comme la décision de renommer une rue de la capitale pour honorer McCainistan.

Terminons par une région dont on parle peu mais qui, elle aussi, sourit au dragon : l’Arctique. Le réchauffement climatique permet peu à peu d’y dégager la route du grand Nord, qui verra bientôt les navires chinois naviguer pour contourner les points chauds de l’océan mondial (détroit de Malacca) que tente de contrôler la marine américaine. Pour Pékin, une excellente nouvelle stratégique de plus…

***

Chers amis,

encore une fois, permettez-moi de renouveler mes plus sincères remerciements pour votre généreuse participation à la cagnotte et les innombrables messages très touchants qui ont accompagné les dons. Comprenant votre réticence à passer par Leetchi, j’ai clôturée celle-ci bien plus tôt que prévu (la somme était de toute façon déjà fort rondelette) pour en rouvrir une autre plus acceptable. Cette dernière restera à disposition pendant longtemps, sans échéance spécifique ni pression d’aucune sorte, simple réceptacle de vos futures contributions si vous le souhaitez.

Merci encore de votre confiance et de votre gentillesse.

OG

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/04/le-retour-du-dragon.html

LAGARDE (FMI) : « LA ZONE EURO N’EST PAS ASSEZ PRÉPARÉE POUR LA PROCHAINE CRISE »

LAGARDE (FMI) : « LA ZONE EURO N’EST PAS ASSEZ PRÉPARÉE POUR LA PROCHAINE CRISE »

PUBLIÉ PAR GOLDBROKER ™ | 28 MARS 2019 | ARTICLES755 

« Crise ». Le mot ne cesse de revenir dans la bouche des experts. Ce jeudi, c’est la directrice générale du FMI, rien de moins, qui l’a employé. Pour Christine Lagarde, la zone euro n’est pas assez préparée pour affronter la prochaine crise. Elle a appelé à renforcer son système bancaire.

« L’union monétaire est effectivement plus résiliente qu’il y a dix ans, mais elle ne l’est pas assez », a-t-elle affirmé lors d’une conférence organisée par la Banque de France (BdF), lançant un avertissement d’autant plus sérieux que les perspectives pour l’économie mondiale sont en train de se dégrader.

Christine Lagarde a rappelé que la zone euro avait « essuyé une violente tempête lors de la crise financière mondiale » de 2008 « puis une autre peu après, lors de la crise de la dette souveraine de la zone euro ». « De nombreux ménages et entreprises portent encore les douloureuses cicatrices de ces événements, sources de disparités économiques entre les pays membres et en leur sein », a indiqué la dirigeante du Fonds monétaire international.

« Son système bancaire est plus sûr, mais il ne l’est pas assez », a ajouté Mme Lagarde, soulignant qu’il « ne serait pas faux d’affirmer que l’Europe tarde à produire un écosystème financier complètement développé », le qualifiant de « jeune et incomplet ».

En février dernier, Christine Lagarde avait prévenu que les nuages s’amoncelant dans le ciel économique mondial étaient susceptibles de déclencher une « tempête ».

Source originale: L’Echo

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.

Zone euro : quelle riposte face au risque de crise économique

12/03/201904:38

Le risque de récession est élevé aujourd’hui en Europe. Les prévisions pessimistes se succèdent. L’histoire n’est pas écrite pour autant. A première vue, le panorama des conjonctures nationales demeure hétérogène. Les pays du Sud sont encore dans une séquence de rattrapage, l’Espagne ou le Portugal notamment. Et plus de la moitié des pays de l’UE se maintiennent sur les rythmes supérieurs à 2% de croissance, notamment les PECO. La mayonnaise de la récession européenne, synchrone, n’a donc pas encore pris. En revanche, il est clair que le noyau dur, Allemagne, France et Italie, est à la peine. Et que son affaissement spectaculaire depuis un an risque d’embarquer l’ensemble de la dynamique européenne, si rien n’est fait.


Des choses vont dans le bon sens en Europe

C’est à ce moment que l’Europe peut jouer son rôle. Le président de la Banque centrale européenne ne s’y est pas trompé, lors ses annonces du 7 mars. Il sait que c’est lorsque la mer se retire que surgissent tous les problèmes bancaires et financiers. Il prend les devants côté bancaire en relançant le dispositif de refinancement à long terme, fléché sur les banques, et maintient les taux à leur plancher car il sait aussi que le coût d’un sauvetage sera collectivement bien plus élevé que celui d’une impulsion lancée à temps pour éviter que la dynamique récessive ne s’enclenche.


Alors l’Europe, aujourd’hui plus pragmatique, peut-elle être cette fois-ci au rendez-vous de l’histoire ? Peut-elle jouer son rôle protecteur capitalisant sur les erreurs du retard à l’allumage de l’ère Trichet ? Et mobiliser à temps l’arme budgétaire pour relayer l’arme monétaire ?


A priori, on se dit que les choses ne sont pas mal parties. Clairement, la solution est entre les mains du noyau dur. Et de ce côté, pour des raisons variées, les choses vont dans le bon sens. L’heure est plutôt au relâchement de la discipline budgétaire. En France, après l’inflexion socialo-fiscale mise en place en réponse au mouvement des gilets jaunes. En Italie, avec le changement de cap budgétaire initié par la coalition anti-système issue des élections de mars 2018. Et même en Allemagne, où le gouvernement a lâché du lest sur les fonctionnaires. Et a promis à partir du 1er janvier 2021 la suppression de l’impôt de solidarité finançant la réunification, pour 90% de la population imposable.


Recentrage des économies : le modèle allemand vacille


Mais est-ce suffisant ? Clairement l’Europe, ne réitère pas l’erreur de la pro cyclicité de ses politiques. Clairement, l’inflexion, légère certes, ce produit là où elle doit être opérée en priorité. Et a minima, elle devrait jouer un rôle amortisseur. Mais il faut s’interroger aussi sur les racines de la crise pour prendre la mesure d’un ajustement qui dépasse de beaucoup les simples considérations conjoncturelles.


Si l’Europe est à la peine, et si l’Allemagne est au cœur de son marasme, c’est que la donne de la mondialisation est en passe d’être bouleversée. L’heure est à la croissance autocentrée, c’est-à-dire au repli sur les zones de croissance régionales. Des États-Unis, à la Chine en passant par le Japon, il est clair que les grandes régions du monde jouent la préférence locale. Les États-Unis au premier chef, ne veulent plus être le consommateur en dernier ressort du reste du monde. Leur croissance, doit d’abord bénéficier à leur industrie nationale. Trump porte la croissance américaine, en étendard. Il tempère les tensions à la hausse du pétrole pour ménager le pouvoir d’achat de ses concitoyens. Il baisse les impôts. Et érige des barrières pour se protéger des intrusions étrangères. Et en lançant les hostilités, il oblige tous les autres modèles extravertis à se repositionner. Côté chinois, cela se traduit par un double impératif : la conquête du marché intérieur, et surtout, la conquête du ventre mou de la mondialisation que constitue le marché européen. Une Europe qui fait figure de nouveau consommateur en dernier ressort de l’offre du monde.


Et sous ces coups de butoir, le modèle allemand vacille. Il s’est tout entier bâti sur la constitution d’excédents colossaux pour le financement de ses retraites. Elle n’a eu de cesse d’œuvrer pour consolider sa compétitivité et celle de ses partenaires pour partir à la conquête des marchés extra-européens. Or le nouveau design de la mondialisation invalide toute la stratégie de long terme de la principale économie européenne. Et c’est bien plus qu’une politique de relance, encore balbutiante, qu’il lui faudra pour relever le défi de la nouvelle donne mondiale. Le risque, c’est que arrimée à sa quête d’excédent, l’Allemagne ne transforme l’Europe en champ de bataille de la guerre commerciale qu’elle livre à la Chine. Et que les économies qui demeurent arrimées à leur modèle social ne soient les grandes perdantes de la lutte à mort des grandes économies extraverties. 

En savoir plus

Mots clés :BCEAllemagneFranceMondialisationItalieEuropePolitique budgétaireRécession

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Zone-euro-quelle-riposte-face-au-risque-de-crise-economique_3746973.html

Les banques centrales ne sont plus centrales

Les banques centrales ne sont plus centrales

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

L’actuel retournement des conjonctures s’inscrit dans une dynamique de longue déflation de l’alimentation mondiale en liquidités.

Par Henri Lepage.

Les décisions annoncées au début du mois par Mario Draghi confirment la gravité du retournement de conjoncture qui vient de surprendre les autorités économiques et politiques. Elles n’ont rien vu venir (malgré l’apparition de signes avant-coureurs dès l’été). Elles sont incapables de l’expliquer.

Que faut-il en attendre ? Malheureusement rien. La machine est lancée et rien ne peut plus l’arrêter (au 15 mars, l’inversion des courbes de taux s’est encore aggravée). La seule chose dont on ne peut être sûr est l’ampleur du ralentissement. Y aura-t-il récession pour de bon ? On ne peut l’affirmer. Tout ce qui est certain est que le freinage sera sans doute plus brutal et marqué que lors du dernier creux conjoncturel enregistré en fin 2015/début 2016 (quasi-récession mais pas vraiment de récession aux USA).

LE MODÈLE DÉPASSÉ DES BANQUES CENTRALES

Ce que les banques centrales annoncent ne servira à rien, parce que notre environnement bancaire et monétaire ne fonctionne plus selon les modèles qui dictent leurs réactions aux chocs de conjoncture. Leurs dirigeants croient qu’il suffit de rouvrir aux banques le robinet de la monnaie banque centrale pour qu’elles se sentent rassurées sur leurs risques de liquidité, et que le mécanisme du multiplicateur de crédits se remette à fonctionner. Il y a déjà belle lurette en fait que ce mécanisme ne fonctionne plus.

Ce qui fait la loi aujourd’hui n’est plus la monnaie banque centrale mais les robinets de la liquidité internationale (eurodollars) qui dépendent de la manière dont les grandes banques internationales (Global banks) présentes sur le marché monétaire mondial (une vingtaine) gèrent le portefeuille d’activités qui détermine leur offre collective de quasi-monnaies.

Traditionnellement le métier de banquier consistait principalement à attirer des dépôts qui servaient ensuite à financer leurs portefeuilles de prêts et de crédits. Les risques de liquidité étaient assurés par la présence d’un marché monétaire interbancaire régulé par les interventions d’une banque centrale disposant d’un monopole national. Dans ce système, la rentabilité économique et financière des banques dépendait essentiellement des écarts de taux entre la rémunération obtenue pour leurs prêts et les coûts de refinancement déterminés par la politique de la banque centrale. C’est cet écart (centralement contrôlé) qui, via le mécanisme du multiplicateur, commandait in fine l’offre globale de monnaie du secteur. Ce modèle appartient désormais au passé.

Aujourd’hui la couverture des besoins en liquidité des banques commerciales se fait de plus en plus en s’adressant aux circuits de refinancement directement branchés sur l’eurodollar et alimentés par l’offre des Global banks (ce dont témoigne notamment le déclin du marché des Fed funds américains). Cette mutation a été le principal moteur de l’extraordinaire essor des marchés de l’eurodollar et du shadow banking pendant les années d’avant-crise. Elle s’analyse elle-même comme une conséquence du déclin de la rentabilité des activités bancaires traditionnelles provoqué par la politique de taux d’intérêt bas des banques centrales (suite d’ailleurs à une erreur de diagnostic macroéconomique).

UN MARCHÉ EN PLEIN BOULEVERSEMENT

Il en résulte que l’offre globale de monnaie est désormais commandée non plus par la simple hiérarchie des taux que contrôlent les banques centrales, chacune au niveau de son île économique nationale, mais par l’évolution des coûts et perspectives de rentabilité des activités de marché du petit nombre de banques systémiques présentes au niveau mondial. Dans le nouvel univers de l’économie et de la finance mondialisées celles-ci ont pris la place des banques centrales en tant que robinets ultimes de la création monétaire. Les banques centrales ne sont plus centrales.

En principe les activités de shadow banking échappent à la régulation des banques centrales. C’était le cas avant la crise 2007-2009. Ce ne l’est plus tout à fait depuis que les décisions et mesures réglementaires adoptées depuis cette date ont contraint les shadow banks – c’est-à-dire les établissements non bancaires se livrant néanmoins à des activités bancaires — soit à adopter elles-mêmes un statut de banque de plein exercice (comme la banque d’investissement Goldman Sachs), soit à rejoindre le giron d’un groupe bancaire intégré (comme ce fut le cas de Bear Stern, récupéré par Citibank).

Les activités de marché et de courtage constitutives de leur activité monétaire se trouvent donc désormais intégrées au bilan de grandes banques transnationales. À ce titre, elles se trouvent inclues dans le calcul des contraintes de ratios imposées à celles-ci par la banque centrale nationale dont relève leur siège social. C’est ainsi que les activités de la finance de l’ombre se trouvent rattrapées par la course au renforcement des contraintes réglementaires, et voient leur rentabilité diminuer.

La réaction des banques systémiques est la même que celle de tout entrepreneur confronté à un déclin séculaire de sa profitabilité : faire des économies, sabrer dans les coûts, et redéployer son portefeuille d’activités.

Compte tenu des cibles de la réglementation, les premières victimes désignées sont les activités les plus coûteuses en termes de mobilisation de capacités de bilan. C’est à dire précisément les activités de courtage et de marché qui contribuent directement à l’output monétaire du secteur (titrisation, dérivés et autres produits exotiques), dont elles se retirent progressivement. Ce retrait se poursuit d’autant plus que, en outre, la succession des stop and go conjoncturels convainc leurs dirigeants de l’impossible efficacité des politiques de relance non conventionnelles dont elles sont aux premières lignes pour mesurer l’absence de résultats effectifs.

LES ROBINETS RESTENT POURTANT OUVERTS

Contre toute évidence, les responsables des banques centrales continuent pourtant d’y croire. C’est ce que démontrent les récentes déclarations de Powell et de Draghi, ainsi que celles des autorités monétaires japonaises (qui s’accrochent à leurs QQEs). Leurs décisions de poursuivre ou de reprendre leurs interventions se heurteront au même obstacle qui explique l’inefficacité de leurs précédentes opérations. Ils s’imaginent qu’il n’y a qu’à ouvrir à toutes les banques le robinet des monnaies de base nationales pour contrer la dynamique récessive ; qu’il suffirait d’ajouter encore plus de milliards de liquidités aux milliers de milliards dont ils croient avoir inondé le monde avec leurs précédents QE, QQE, et LTRO pour que ce qui n’a jamais marché jusqu’à présent marche enfin.

Ils ne tiennent pas compte de ce que les banques commerciales se refinancent désormais sur le marché international de l’eurodollar et de la finance de marché, de préférence aux facilités de liquidité d’une banque centrale (comme les Fed funds américains), parce qu’elles y trouvent des produits de liquidité monétaires ou quasi-monétaires répondant à des caractéristiques de marché que ne leur apporte pas au même degré le recours aux instruments de refinancement traditionnels.

Ce qui est à l’origine du présent refroidissement économique sur l’ensemble de la planète, est fondamentalement la réduction de l’offre de ces Global banks (JP Morgan, Goldman Sachs, Citi, UBS, Paribas, Barclays, Deutschebank, etc…) dont l’activité sur les marchés de produits dérivés régule le débit du robinet mondial des liquidités. Or, depuis un an (plus précisément depuis septembre 2017) ce robinet est en train de se refermer de nouveau. Ce dont témoigne par exemple l’annonce que Goldman Sachs est une nouvelle fois en train de sabrer dans ses dépenses d’activité de marché et de courtage monétaire, après avoir procédé à une première purge en 2014.

Ce resserrement de l’alimentation mondiale en liquidités n’est pas nouveau. C’est un mouvement long amorcé par les événements de 2007/2008, un produit de la Grande Récession et de la grande peur déclenchée par l’implosion financière de l’automne 2008. Mais aussi un effet des coûts supplémentaires qu’entraîne le programme mondial d’alourdissement des contraintes prudentielles sur l’ensemble des activités bancaires particulièrement gourmandes en capacité bilantielle : c’est-à-dire, précisément, les activités de courtage et de marché qui concourent à la production de ces produits dérivés, dérivés de dérivés, et dérivés de dérivés de dérivés dont la plupart d’entre nous ignorons qu’ils sont la matière première qui sert d’input à la production de quasi-monnaies par le marché.

Il s’agit d’une tendance qui continuera de s’imposer tant que les autorités monétaires et financières ne se seront pas décidées à décréter une pause dans cet engrenage. Apparemment ce n’est pas encore pour demain. À cet égard, il existe sans aucun doute un lien entre le retournement économique en cours et le dernier gadget des réglementations prudentielles spécifiquement destiné aux plus grandes banques (dites systémiques) : le ratio de levier supplémentaire, assis sur le total du bilan, dont la mise en place était programmée à partir de 2015.

C’est une des raisons qui font que ce retrait de la finance de marché mondiale procède par bonds, par vagues successives qui donnent naissance à une succession de phases de stop and goaffectant la marche de l’économie réelle, d’une durée moyenne d’environ trois années (si l’on prend pour base l’expérience des dix dernières années).

LE RALENTISSEMENT OU L’APOCALYPSE ?

Avec le refroidissement actuel, on en est au quatrième épisode depuis 2007. À chaque fois, on constate que cela correspond au moment où certaines des principales Global banks ont amorcé leur retrait du marché, ou du moins décidé d’y réduire fortement leurs activités : par exemple, JP Morgan dès 2008, Bank of America en 2011, Citibank en 2014, sans doute Deutschebank pour 2018.

Ce processus, si éloigné de ce qu’enseignent les manuels, échappe totalement à l’attention des experts en macroéconomie de nos banques centrales, pourtant bardés de diplômes. Sachant qu’ils sont par définition aveugles aux véritables causes de l’actuel refroidissement économique, il en résulte qu’il ne faut pas s’attendre à ce que leurs remèdes, sans rapport avec le problème, aient la moindre chance d’altérer le cours des événements.

Nous n’avons plus qu’à espérer que, comme pour les deux mini-cycles précédents (2011 et 2014), les choses se tasseront et que le robinet monétaire se remettra en marche jusqu’à l’épisode suivant, même si c’est pour reprendre encore une fois avec un débit qui va, à chaque fois, en s’amenuisant davantage.

Il nous reste à croiser les doigts pour qu’une quelconque erreur des autorités, ou même plusieurs (comme en 2008) ne déclenchent pas une nouvelle apocalypse financière.

Le pronostic le plus vraisemblable est que nous repartirons cahin-caha sur le même chemin poursuivi depuis dix ans — celui d’une seconde décennie de lente croissance affaiblie : croissance de tortue pour les Américains, croissance d’escargot tant pour les Européens que les Japonais (qui, eux, en seront à leur troisième décennie de quasi non croissance).

Nos dossiers spéciaux: Banque centrale Croissance Finance Planche à billetsQuantitative easinghttps://www.contrepoints.org/2019/03/19/339664-les-banques-centrales-ne-sont-plus-centrales

Jean-Claude Trichet : “Nous sommes dans une situation pire que 2008 !”

Jean-Claude Trichet : “Nous sommes dans une situation pire que 2008 !”

BCE, banques européennes, ralentissement de l’économie mondiale : Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque Centrale Européenne réagit à l’actualité économique.

Source : Écorama du 11 mars 2019, présenté par David Jacquot sur boursorama.com

https://www.ndf.fr/politique/15-03-2019/jean-claude-trichet-nous-sommes-dans-une-situation-pire-que-2008/

Zone euro : quelle riposte face au risque de crise économique

12/03/201904:38

Le risque de récession est élevé aujourd’hui en Europe. Les prévisions pessimistes se succèdent. L’histoire n’est pas écrite pour autant. A première vue, le panorama des conjonctures nationales demeure hétérogène. Les pays du Sud sont encore dans une séquence de rattrapage, l’Espagne ou le Portugal notamment. Et plus de la moitié des pays de l’UE se maintiennent sur les rythmes supérieurs à 2% de croissance, notamment les PECO. La mayonnaise de la récession européenne, synchrone n’a donc pas encore pris. En revanche, il est clair que le noyau dur, Allemagne, France et Italie, est à la peine. Et que son affaissement spectaculaire depuis un an risque d’embarquer l’ensemble de la dynamique européenne, si rien n’est fait.


C’est à ce moment que l’Europe peut jouer son rôle. Le président de la banque centrale européenne ne s’y est pas trompé, lors ses annonces du 7 mars. Il sait que c’est lorsque la mer se retire que surgissent tous les problèmes bancaires et financiers. Il prend les devants côté bancaire en relançant le dispositif de refinancement à long terme, fléché sur les banques, et maintient les taux à leur plancher car il sait aussi que le coût d’un sauvetage sera collectivement bien plus élevé que celui d’une impulsion lancée à temps pour éviter que la dynamique récessive ne s’enclenche.


Alors l’Europe, aujourd’hui plus pragmatique, peut-elle être cette fois-ci au rendez-vous de l’histoire ? Peut-elle jouer son rôle protecteur capitalisant sur les erreurs du retard à l’allumage de l’ère Trichet ? Et mobiliser à temps l’arme budgétaire pour relayer l’arme monétaire ?


A priori, on se dit que les choses ne sont pas mal parties. Clairement, la solution est entre les mains du noyau dur. Et de ce côté, pour des raisons variées, les choses vont dans le bon  sens. L’heure est plutôt au relâchement de la discipline budgétaire. En France, après l’inflexion socialo-fiscale mise en place en réponse au mouvement des gilets jaunes.  En Italie, avec le changement de cap budgétaire initié par la coalition anti-système issue des élections de mars 2018. Et même en Allemagne, où le gouvernement a lâché du lest sur les fonctionnaires. Et a promis à partir du 1er janvier 2021 la suppression de l’impôt de solidarité finançant la réunification, pour 90% de la population imposable.


Mais est-ce suffisant ? Clairement l’Europe, ne réitère pas l’erreur de la pro cyclicité de ses politiques. Clairement, l’inflexion, légère certes, ce produit là où elle doit être opérée en priorité. Et a minima, elle devrait jouer un rôle amortisseur. Mais il faut s’interroger aussi sur les racines de la crise pour prendre la mesure d’un ajustement qui dépasse de beaucoup les simples considérations conjoncturelles.


Si l’Europe est à la peine, et si l’Allemagne est au cœur de son marasme, c’est que la donne de la mondialisation est en passe d’être bouleversée. L’heure est à la croissance autocentrée c’est-à-dire au repli sur les zones de croissance régionales. Des Etats-Unis, à la Chine en passant par le Japon, il est clair que les grandes régions du monde jouent la préférence locale. Les États-Unis au premier chef, ne veulent plus être le consommateur en dernier ressort du reste du monde. Leur croissance, doit d’abord bénéficier à leur industrie nationale. Trump porte la croissance américaine, en étendard.  Il tempère les tensions à la hausse du pétrole pour ménager le pouvoir d’achat de ses concitoyens. Il baisse les impôts. Et érige des barrières pour se protéger des intrusions étrangères. Et en lançant les hostilités, il oblige tous les autres modèles extravertis à se repositionner. Côté chinois, cela se traduit par un double impératif… la conquête du marché intérieur, et surtout, la conquête du ventre mou de la mondialisation que constitue le marché européen. Une Europe qui fait figure de nouveau consommateur en dernier ressort de l’offre du monde.


Et sous ces coups de butoir, le modèle allemand vacille. Il s’est tout entier bâti sur la constitution d’excédents colossaux pour le financement de ses retraites. Elle n’a eu de cesse d’œuvrer pour consolider sa compétitivité et celle de ses partenaires pour partir à la conquête des marchés extra-européens. Or le nouveau design de la mondialisation invalide toute la stratégie de long terme de la principale économie européenne. Et c’est bien plus qu’une politique de relance, encore balbutiante, qu’il lui faudra pour relever le défi de la nouvelle donne mondiale. Le risque, c’est que arrimée à sa quête d’excédent, l’Allemagne ne transforme l’Europe en champ de bataille de la guerre commerciale qu’elle livre à la Chine. Et que les économies qui demeurent arrimée à leur modèle social ne soient les grandes perdantes de la lutte à mort des grandes économies extraverties.

Mots clés :BCEAllemagneFranceMondialisationItalieEuropePolitique budgétaireRécession

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-La-crise-structurelle-de-la-consommation_3746973.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC130319

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

Publié par Philippe Herlin | 21 févr. 2019 | Articles 1164

Si l’on vous dit que le secteur bancaire européen se porte bien, n’en croyez rien : la Banque centrale européenne (BCE) elle-même est consciente du problème, et elle vient de l’avouer. La nouvelle n’a fait que quelques lignes dans les journaux spécialisés, mais elle mérite d’être mise en lumière. Un des membres du directoire de la BCE, le Français Benoît Cœuré, a en effet laissé entendre qu’il « pourrait y avoir de la place pour un autre TLTRO » (L’Agefi).

Les TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operation) sont des facilités de financement (des prêts à taux très faibles) offerts par la BCE aux banques commerciales de la zone euro en mal de liquidités. La précédente tranche avait été lancée en juin 2016, d’une durée de quatre ans, son remboursement doit commencer à partir de juin 2020. Problème : de nombreuses banques ne disposent pas de cet argent, du fait de leur situation financière dégradée, d’où la volonté de la BCE de proposer une autre tranche. Une façon comme une autre de rouler la dette, de faire de la cavalerie financière…

Les montants souscrits par les banques des différents pays en 2016 ont été estimés par l’agence Reuters. On connaît la situation dégradée des banques italiennes et espagnoles, ainsi que celle de la Deutsche Bank, de la Commerzbank et de plusieurs banques régionales allemandes. Mais la surprise est de la voir la France arriver en troisième position, devant l’Allemagne dont, pourtant, les difficultés de sa plus grande banque constituent une vive source d’inquiétude en Europe et dans le monde. Des banques françaises nous cachent-elles quelque chose ?

 

  Montant des TLTRO souscris par les banques en 2016
Pays Milliards d’euros
Italie 250
Espagne 175
France 110
Allemagne 90
Portugal 25
Pays-Bas 20
Belgique 20
Autriche 20
710

Source : Reuters

 

Depuis le 1erjanvier, la BCE a arrêté son QE, son programme de rachat d’actifs obligataires. Les 2 600 milliards d’euros de planche à billets n’ont servi à rien, comme nous l’avons dit. Ils n’ont eu aucun effet sur la croissance économique. Leur véritable utilité aura seulement consisté à abaisser les taux d’intérêt pour permettre aux États de continuer à s’endetter, et à fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin. Il fallait donc, pour les banques en difficulté, qu’un autre programme prenne le relais.

Cette politique monétaire laxiste ne fait que repousser les problèmes dans le futur ; il serait vraiment temps qu’elle cesse ! Le mandat du président de la BCE, Mario Draghi, prendra fin en octobre de cette année et parmi les successeurs pressentis figure Jens Weidmann, l’actuel président de la Banque centrale allemande, connu pour ses positions plus rigoureuses. Ce serait à l’évidence le meilleur choix. On parle aussi de François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France qui lui, par contre, s’inscrirait dans la continuité de Mario Draghi. Il faut vraiment souhaiter la victoire du candidat allemand. Quoi qu’il en soit, l’assainissement du secteur bancaire européen figurera en tête des priorités du nouveau président de la BCE.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

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https://www.goldbroker.fr/actualites/bce-reconnait-que-banques-europeennes-vont-mal-1488

Europe : La 3e plus grosse banque de Lettonie en faillite, la BCE ne la sauvera pas !

Europe : La 3e plus grosse banque de Lettonie en faillite, la BCE ne la sauvera pas !

Publié par Brujitafr sur 27 Février 2018, 07:48am

Catégories : #ACTUALITES, #ECONOMIE – FINANCE, #Crise de l’Euro

Europe : La 3e plus grosse banque de Lettonie en faillite, la BCE ne la sauvera pas !
Lorsqu’une banque fait faillite, cette faillite et sa fermeture sont toujours annoncées un week-end, et le plus souvent le dimanche car tout est fermé. Comme quoi, la fermeture dominicale peut être utile même au grand capital. C’était pour la rime, dominical-capital… Bon, c’est lundi, vous serez indulgents avec mon sens de l’humour économique.

Retenez néanmoins cette règle ! Je me souviens d’une époque pas si lointaine où quelques épargnants, bien rares il faut le dire, retiraient tous leurs sous chaque vendredi, pour les déposer à nouveau chaque lundi. Cela a sauvé au moins une mamie chypriote. Si une banque ferme, elle ferme le week-end et vous vous réveillez le lundi avec vos yeux pour pleurer.

Si nous remontons encore plus loin dans l’histoire économique, à chaque dévaluation du franc, les épargnants français se réveillaient le lundi moins riches de 30 ou 40s% par rapport aux devises étrangères que le vendredi. Évidemment, les petits malins et ceux qui étaient bien informés avaient, eux, acheté de l’or ou des devises étrangères et se retrouvaient le lundi 40 % plus riches que leurs compatriotes, dindons de la farce.

Cette époque, je ne l’ai pas connue, mais j’en ai largement entendu parler de vive voix et dans mes livres. Les sujets changent et encore, pas tout le temps. Les méthodes, elles, en revanche, restent les mêmes.

Lettonie : la banque ABLV déclarée en « faillite » par la BCE

Vous vous souvenez sans doute de l’information que je vous relayais il y a une grosse semaine avec cette histoire de gouverneur de la Banque centrale de Lettonie qui venait d’être arrêté et embastillé pour corruption ?

Eh bien il semble que cette sombre histoire soit reliée à la chute ce week-end de la troisième banque commerciale lettone qui a vu sa situation se dégrader après des accusations de blanchiment d’argent venant de Washington.

Voici ce que rapporte le journal Le Monde.

“La Banque centrale européenne (BCE) a déclaré samedi 24 février «en état de faillite ou faillite probable» la troisième banque commerciale en Lettonie, ABLV Bank, dont la situation s’était fortement dégradée après des accusations de blanchiment d’argent venant de Washington. (…)
La Banque centrale européenne a justifié dans un communiqué cette étape supplémentaire en invoquant les liquidités insuffisantes de la banque ABLV, qui «ne sera probablement pas en mesure de payer ses dettes» et de «résister à des retraits massifs de dépôts» de clients affolés une fois le gel levé et en attendant un hypothétique plan de sauvetage de Riga.

Soupçons de liens avec la Corée du Nord

De son côté, ABLV crie au sabotage et assure avoir pris la semaine dernière toutes les dispositions nécessaires, en faisant notamment entrer dans ses caisses «1,36 milliard d’euros en quatre jours ouvrés» afin de rassurer la BCE. «C’était tout à fait suffisant pour que la banque reprenne ses paiements et honore tous ses engagements envers ses clients, mais en raison de considérations politiques, nous n’y avons pas été autorisé», a réagi le groupe bancaire dans un communiqué cité par l’agence BNS.

La situation financière d’ABLV Bank s’est subitement détériorée en fin de semaine dernière après la décision le 13 février par le département du Trésor américain de désigner la banque lettone comme un établissement «de première importance en matière de blanchiment d’argent», impliquée dans des programmes illégaux de développement d’armes en Corée du Nord.

Les difficultés d’ABLV surviennent au moment où un scandale politico-financier éclabousse le gouverneur de la Banque centrale lettone, Ilmars Rimsevics. Soupçonné de corruption et suspendu de ses fonctions, M. Rimsevics, qui siège donc aussi à la BCE, clame son innocence et a accusé dans la presse d’autres banques lettonnes d’orchestrer une vengeance contre lui, mais sans faire de lien avec ABLV.”

Non-intervention de la BCE et activation du MRU, le Mécanisme de résolution unique !

“L’état de faillite de la banque lettone a été formellement prononcé depuis Bruxelles par le MRU (Mécanisme de résolution unique), une institution active depuis janvier 2016 et chargée d’organiser la faillite ordonnée des banques en difficulté de la zone euro. La mission de cet organe est de faire porter le fardeau financier davantage sur le secteur bancaire que sur les États.”

C’est la véritable première fois que le MRU va être réellement utilisé et il va être passionnant de voir à quelle sauce les épargnants lettons seront dévorés.

Néanmoins, souvenez-vous que la Banque italienne Monte dei Paschi a été sauvée par l’État italien parce qu’elle était trop grosse pour faire faillite.

Si le MRU peut ici être actionné, ce qui nous vaudra des communiqués de victoire de nos autorités européennes vantant les mécanismes qu’ils ont mis au point et qui “fonctionnent”, la réalité c’est qu’ils fonctionnent uniquement parce que c’est la 3e banque commerciale de Lettonie. La première banque allemande, elle, ferait sauter la planète entière en cas de problème et la BCE interviendrait sous les applaudissements généralisés de la foule de mamamouchis en délire.

Pour résumer.

1/ Les banques ferment le week-end.
2/ Les banques trop petites seront sacrifiées et les épargnants avec.
3/ Les banques trop grosses pour faire faillite continueront à être sauvées.

Conclusion : ayez votre compte dans la moins mauvaise des plus grosses banques !!

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

Source Le Monde ici