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Comment (vraiment) comprendre la crise « rohingya » ?

Comment (vraiment) comprendre la crise « rohingya » ?

Par Martin MICHALON , le 4 février 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Martin Michalon est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Lyon, agrégé de géographie, et doctorant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), au sein du Centre Asie du Sud Est (CASE). Ses travaux portent sur le développement du tourisme en Birmanie dans un contexte de transition démocratique. Il a habité plusieurs années en Birmanie et en suit l’actualité au quotidien.

L’auteur nous donne ici les clés pour mettre en perspective dans le temps et dans l’espace la crise « rohingya ». Les « Rohingya » sont des musulmans originaires de l’actuel Bangladesh et installés en Birmanie jusqu’à s’en trouver chassés récemment.

DEPUIS fin août 2017, l’armée birmane mène une sévère répression contre la minorité musulmane « rohingya » dans l’ouest de la Birmanie, poussant 625 000 d’entre eux à fuir au Bangladesh. La visite du Pape en Birmanie et au Bangladesh fin novembre 2017, a amené cette question au cœur de l’actualité. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation et les levées de fond de la Love Army, groupe de youtubeurs français engagés, ont aussi donné une forte visibilité à ce conflit. Il est cependant nécessaire de retracer les tenants et les aboutissants de cette crise, qui touche en pays engagé dans une transition démocratique inachevée.

En effet, après un demi-siècle de dictature militaire (1962-2010) et cinq ans d’un régime de transition, les élections générales birmanes de 2015 marquent un tournant. Le parti d’opposition historique, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), et son emblématique dirigeante Aung San Suu Kyi accèdent au pouvoir. Cependant, la constitution militaire de 2008 réserve toujours à l’armée les ministères de la défense, de l’intérieur et des frontières. Elle nomme également 25 % des députés, hors de toute élection. Or, pour modifier la constitution, il faut plus de 75 % des votes à l’Assemblée : l’armée dispose donc d’une minorité de blocage. Dans ce contexte, le Senior-Général Min Aung Hlaing est le véritable homme fort du pays : c’est lui, et non Aung San Suu Kyi, qui a l’initiative militaire.

La « question rohingya », un sujet de tension ancien

Les « Rohingya » sont des musulmans originaires de l’actuel Bangladesh et installés en Birmanie, dans l’Etat d’Arakan à l’ouest du pays. Il est établi qu’à l’ère précoloniale, il existe une communauté musulmane active en Arakan, bien que les sources à son sujet manquent. Sous la domination britannique, la Birmanie est incluse dans l’Empire des Indes, favorisant les circulations depuis les deltas du Bengale vers les plaines rizicoles de l’Arakan. L’ethnie arakanaise a longtemps entretenu des rapports tendus avec l’ethnie majoritaire bamar (les Birmans au sens ethnique du terme) et le gouvernement central. Aujourd’hui encore, les Arakanais dénoncent la mainmise des Bamar sur leur territoire et ses ressources ainsi que la politique de « bamarisation » culturelle qui a longtemps prévalu. Ce ressentiment des Arakanais, qui se considèrent eux-mêmes comme une minorité opprimée, joue un rôle central dans la « question rohingya ».

A l’exception d’une seule mention en 1799 – assez controversée : ici, et – le terme « Rohingya » est en réalité assez récent. Il ne serait apparu que dans les années 1930, et se serait généralisé dans les années 1950. Pour l’historien J. Leider, l’auto-désignation des « Rohingya » en tant que tels est à lire selon une perspective politique. En effet, en 1948, après l’indépendance, les musulmans d’Arakan se sont retrouvés du mauvais côté de la frontière entre Birmanie et Bangladesh. Ils n’ont alors eu d’autre choix que de se tailler une place dans la jeune Birmanie indépendante… par le biais de l’ethnicité.

Le terme même de « Rohingya » participe de ce processus d’ethnogenèse.

En effet, en Birmanie, le politique passe par l’ethnique : pour exister, il faut faire partie des 135 groupes ethniques officiellement déclarés comme autochtones. Les habitants d’origine chinoise, indienne ou népali n’ont qu’une citoyenneté de second rang. Depuis les années 1950, les musulmans d’Arakan tentent donc de se ménager une place en se revendiquant comme la 136ème « race nationale ». Ils mettent donc en avant l’ancienneté de leur présence, s’appuyant sur des mythes fondateurs parfois sujets à caution. Ils insistent également sur leurs spécificités culturelles, linguistiques et religieuses par rapport à leurs homologues bangladais.

Le terme même de « Rohingya » participe de ce processus d’ethnogenèse : il signifie en effet « Arakan » en bengali, et met l’accent sur un ancrage local, et donc birman. A l’inverse, les Birmans réfutent cette appellation et les désignent comme « Bengali », insistant sur leur région d’origine, et donc sur leur statut d’immigré. Cette vision est réfutée par les Bamars, mais aussi par l’essentiel des minorités ethniques de Birmanie, au premier rang desquelles les Arakanais. Pour eux, l’identité « Rohingya » serait une construction, un leurre que les musulmans d’Arakan utiliseraient pour s’imposer en Birmanie. Son utilisation par la communauté internationale ne ferait que légitimer une imposture.

Dès les années 1940, des tensions opposent communautés bouddhiste et musulmane en Arakan. Lors de la guerre civile au Pakistan Oriental (1971), de nombreux Bangladais prennent alors refuge en Arakan. En 1978, l’armée birmane lance l’opération Naga Min (Roi des Dragons), visant à contrôler le statut de ces populations. Très brutale, elle pousse 200 000 réfugiés vers le Bangladesh, mais Dacca leur refuse toute assistance. Les autorités birmanes acceptent leur retour, à condition qu’ils s’installent dans les Townships de Buthidaung et Maungdaw, le long de la frontière bangladaise. Cette volonté d’homogénéisation du peuplement et de concentration des « Rohingya » est restée une constante.

En 1982, la junte birmane impose la « loi de citoyenneté ». Bien qu’elle ne vise pas directement les « Rohingya », elle a pour effet de les priver de la citoyenneté birmane. Vivant en Birmanie depuis parfois plusieurs générations, ces derniers ne sont pas reconnus par le Bangladesh : ils deviennent donc apatrides. En 1991, la Tatmadaw (l’armée birmane) lance une seconde opération violente en Arakan, forçant 250 000 « Rohingya » à prendre refuge au Bangladesh. Les gouvernements birman et bangladais négocient leur retour en Arakan, où ils sont confrontés aux violences et aux extorsions de la Na Sa Ka, milice de garde-frontières.

Dans le même temps, le militantisme armé pour l’autonomie de l’Arakan « rohingya », engagé à la fin des années 1940, se poursuit dans les années 1970. A partir de la loi sur la citoyenneté de 1982, le combat territorial se double d’une lutte pour la reconnaissance des droits des « Rohingya ». Le groupe armé le plus célèbre est sûrement la Rohingya Solidarity Organization (RSO), active de 1982 à 2001. Insérée dans des réseaux islamistes transnationaux, elle compte dans ses rangs des combattants formés en Afghanistan. Cependant, comme tous les mouvements « rohingya », elle est minée par les dissensions internes, et ne parvient pas à exister militairement et à peser politiquement.

En 2012, deux vagues de pogroms secouent l’Arakan, mettant aux prises Arakanais et musulmans, parfois sous la direction de moines nationalistes et avec la complaisance des autorités. Dans la foulée, un million de « Rohingya » est assigné à résidence le long de la frontière bangladaise ou dans des camps. Le système d’apartheid, qui existait depuis des années, se renforce : la mobilité, l’accès à la santé, à l’emploi, aux marchés sont très sévèrement réglementés. En Birmanie, la « question rohingya » s’élargit également vers une « question musulmane ». Ainsi, les pogroms de 2012 en Arakan visent aussi des membres de l’ethnie musulmane kaman, dont les droits sont pourtant reconnus par les autorités birmanes. De même, des émeutes interconfessionnelles éclatent à Mandalay, la seconde ville du pays, en juillet 2014.

Comment (vraiment) comprendre la crise « rohingya » ?
Camp de déplacés « Rohingya » à Sittwe
Camp de déplacés « Rohingya » à Sittwe, la capitale de l’état d’Arakan. Cliché : M. Michalon, juin 2017
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Ghetto « rohingya » à Sittwe
Entrée du ghetto « rohingya » d’Aung Mingalar, à Sittwe. Cliché : M. Michalon, juin 2017

L’implication de certains moines bouddhistes dans les heurts intercommunautaires et les discours de haine du charismatique U Wirathu ont pu surprendre les opinions occidentales. Cependant, ce radicalisme bouddhiste ne s’affirme pas qu’en Birmanie : une partie de la communauté monastique thaïe ou sri lankaise suit le même mouvement. En Birmanie, cette affirmation d’une partie de la communauté monastique (sangha) est à lire selon un prisme politique. En effet, pendant des décennies, la junte militaire a confisqué l’espace politique, l’espace de parole, et la fabrique de l’identité nationale. Depuis 2010, elle a laissé un vide important, vite réinvesti par certaines personnalités religieuses s’accaparant la formulation d’une identité nationale autour du bouddhisme. L’ouverture très rapide du pays joue aussi un rôle important : la mondialisation accélérée, l’exposition à des influences culturelles étrangères interroge en profondeur l’identité birmane.

Les affrontements récents, un changement de dimension du conflit

Jusqu’en 2016, les tensions mettaient aux prises les Arakanais, l’armée et les « Rohingya », autour de questions principalement identitaires, mais aussi économiques et foncières. Cependant, le 9 octobre 2016 marque une rupture : pour la première fois, un groupe armé venant du Bangladesh et se revendiquant comme « rohingya » attaque des postes de police birmans. L’armée lance alors de très violentes opérations de ratissage, et plus de 75 000 personnes prennent refuge au Bangladesh.

L’irruption de militants armés a constitué une rupture.

Le 25 août 2017, seconde offensive, cette fois contre trente postes de police. Les attaques sont coordonnées, les militants font sauter des ponts, mènent des embuscades contre l’armée. Face à cet assaut en règle, la Tatmadaw réagit comme elle l’a toujours fait (et comme elle le fait toujours) face aux guérillas : déploiements massifs de troupes, violence indiscriminée, politique de terreur pour déplacer les populations, destruction des biens et des récoltes pour priver les rebelles de tout soutien. Désormais, les tensions intercommunautaires entre civils qui prévalaient revêtent une dimension supplémentaire, celle d’un conflit armé entre Tatmadaw et militants. Dans le discours des autorités et des nationalistes, les combats, le terrorisme (voire le djihadisme) et l’unité de la nation passent désormais au premier plan.

L’irruption de militants armés a constitué une rupture. Ils ont mené les attaques d’octobre 2016 sous le nom, Harakah Al-Yaqin (Mouvement de la Foi), ce qui a nourri les soupçons de djihadisme. Cependant, depuis août 2017, ils se désignent sous le terme moins religieux et plus politique d’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA). Pour l’heure, son meneur, Ata Ullah, ne revendique que la défense des « Rohingya » et leur droit à un territoire sûr. Bien qu’il ait des liens avec des personnages controversés, proches des Pakistanais de Lashkar-e-Taiba, ARSA n’a officiellement fait allégeance à aucun groupe djihadiste majeur, et n’appelle pas à un djihad offensif contre les non-musulmans… du moins pour l’instant.

Les autorités mettent en avant la dimension sécuritaire de la répression, laissant à penser que la situation en Arakan serait comparable à celles des autres zones de conflit du pays. Les offensives de la Tatmadaw dans les Etats kachin (au Nord) et shan (à l’Est) sont en effet très brutales, appuyées par des moyens militaires lourds et générant des flux de déplacés. Cependant, en Arakan, l’ampleur des violences, leur focale ethnique, leur dimension ciblée et méthodique sont inédites. Le 14 décembre 2017, Médecins Sans Frontières publie un rapport précis sur la répression militaire. Plus de 6700 civils, principalement des « Rohingya », dont 730 enfants de moins de cinq ans, auraient été tués. L’apartheid institutionnalisé et les violences massives contre les « Rohingya » constituaient déjà de toute évidence des crimes contre l’humanité. Désormais, leur déplacement par la terreur est qualifié de « cas d’école de nettoyage ethnique » par les Nations Unies. Des groupements nationalistes arakanais proposent d’ores et déjà des incitations financières à des familles bouddhistes pour s’installer dans les zones désertées. Ils font également pression sur les autorités pour créer des « Bengali free zones ». Leur objectif est de retrouver les proportions démographiques musulmans/bouddhistes qui prévalaient avant la Seconde Guerre Mondiale. Cette recomposition du peuplement de la région correspond exactement à la définition juridique d’un nettoyage ethnique.

De nombreux médias et acteurs politiques ont même accusé l’armée birmane de génocide. Pour l’heure, les preuves manquent pour confirmer cette accusation avec certitude. Cela impliquerait un plan d’ensemble, une organisation, une structuration d’un massacre ciblé. Cependant, des études mettent déjà en évidence des actes génocidaires. Le 18 décembre 2017, l’ONG Human Rights Watch publie un solide rapport sur des massacres dans le village de Tula Toli. Dans ce village, des centaines de « Rohingya » auraient été massacrés par l’armée et des milices arakanaises. Encerclement de la population, massacre méthodique, destruction de preuves : les éléments d’un acte génocidaire sont rassemblés. Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, déclare désormais que des preuves solides de génocide s’accumulent.

L’impossible gestion de la crise par les acteurs politiques

Aung San Suu Kyi est dans une situation inextricable. D’une part, elle n’a aucune autorité sur les forces de sécurité. D’autre part, il lui est très difficile de condamner l’armée, avec qui elle est engagée dans un donnant-donnant tendu. En effet, si elle veut obtenir des concessions de la Tatmadaw pour réformer la constitution ou pour signer un cessez-le-feu avec les nombreuses guérillas encore actives dans le pays, comme la Kachin Independence Army (KIA) ou la Ta’Ang National Liberation Army (TNLA), elle ne peut pas se permettre de la déjuger. De plus, toute critique de l’armée apparaîtrait aux yeux d’organisations nationalistes, tels que l’association religieuse Ma Ba Tha, comme un soutien implicite aux « Rohingya », voire à ARSA. Le risque serait alors que la Tatmadaw déclare l’unité du pays en danger et effectue un retour en force. Cela pourrait mettre en péril la démocratie difficilement obtenue. Enfin, rappelons que si le sort des « Rohingya » émeut dans le monde, il n’en est pas de même en Birmanie, où peu de gens les défendent. La prudence d’Aung San Suu Kyi et les nombreuses critiques internationales à son égard semblent même avoir fédéré les Birmans autour d’un gouvernement critiqué pour ses piètres performances économiques et sociales.

Bien que cette prudence puisse être lue comme un compromis politique, elle commence à devenir préoccupante. Rappelons que lors des pogroms de 2012, Aung San Suu Kyi avait surpris la communauté internationale par son silence ambigu. Aujourd’hui, elle pourrait nouer le dialogue avec les députés ou la société civile d’Arakan, dans une tentative de démilitariser le conflit et de le porter sur le champ politique. Elle ne l’a jamais fait. Les rares diplomates et journalistes qui peuvent la rencontrer relèvent tous son déni de la situation sur le terrain et les accusations en partialité qu’elle porte contre l’Occident. Le 12 décembre 2017, deux journalistes birmans couvrant le conflit sont arrêtés pour espionnage, en vertu d’une loi coloniale de 1923. Le 20 décembre 2017, le gouvernement birman met un terme à trois ans de collaboration – houleuse – avec Yanghee Lee, la rapporteure spéciale des Nations Unies. Cette dernière décision apparaît comme une distanciation claire et très préoccupante vis-à-vis de la communauté internationale. Lors de ces événements, Aung San Suu Kyi est restée silencieuse. Quand bien même ce comportement était toujours un compromis avec l’armée, il devient préoccupant.

La gestion des réfugiés par les gouvernements birman et bangladais semble teintée d’ambiguïtés.

Certes, Aung San Suu Kyi envoie certains micro-signaux à la communauté internationale. Elle mène ainsi une lutte soutenue contre l’association bouddhiste extrémiste Ma Ba Tha. En août 2017, elle a accueilli de manière positive le rapport Annan sur le sort de l’Arakan et s’est engagée à mettre en œuvre ses recommandations. Enfin, le 23 novembre 2017, elle a signé avec le Bangladesh un accord de rapatriement des réfugiés « rohingya ». Cependant, ces décisions sont-elles vraiment plus que des concessions accordées à la communauté internationale ?

Aujourd’hui, la gestion des réfugiés par les gouvernements birman et bangladais semble teintée d’ambiguïtés. D’une part, Dacca semble réticent à accueillir les réfugiés « rohingya » dans la durée, dans des camps susceptibles de devenir des foyers de militantisme. Cette méfiance transparaît dans l’emploi brutal des forces paramilitaires, ou dans le projet de relocaliser 100 000 réfugiés sur l’île inhabitée – et pour ainsi dire inhabitable – de Bhashan Char. D’autre part, côté birman, le retour sera mené sur une base volontaire, et soumis à examen préalable, puis à autorisation au cas par cas par les autorités birmanes. Cela leur laisse donc la possibilité d’opposer des refus massifs. D’ores et déjà, le ministère birman de l’immigration conseille à son homologue bangladais de privilégier les candidatures des familles hindoues.

Ce processus de rapatriement des « Rohingya » semble promis à des difficultés majeures, car ces derniers n’ont aucun intérêt à rentrer en Arakan. Ils n’y trouveraient en effet que des villages brûlés, un apartheid toujours aussi violent et un refus tranché de leur accorder toute reconnaissance politique ou ethnique. De plus, rappelons qu’ARSA a suspendu les combats dès le 5 septembre 2017 et que depuis, les violences suivent plutôt une pente descendante. Malgré cela, les flux de réfugiés vers le Bangladesh se poursuivent. A la mi-décembre 2016, plus de 655 000 d’entre eux ont rejoint des réfugiés arrivés au cours des dernières années. In fine, plus de 900 000 « Rohingya » seraient installés au Bangladesh… sur un effectif total de 1 million. Un point de non-retour semble donc franchi : pour les derniers « Rohingya », à quoi bon rester en Arakan, quand l’essentiel de leur communauté est au Bangladesh ?

Dans ce contexte, la communauté internationale paraît démunie, d’autant que la Chine bloque toute résolution des Nations-Unies. Il est question de sanctions, mais cela semble vain : à quoi bon accroître encore la pression sur un gouvernement qui, sur le terrain, n’a pas la main ? Rappelons également que les sanctions passées (1988-2015), ont eu un impact certes réel, mais très contesté. Récemment encore, l’International Crisis Group mettait en garde contre des sanctions hâtives. Par pur pragmatisme, on peut cependant douter que les puissances internationales votent des sanctions significatives. En effet, la Birmanie est l’une des « dernières frontières » économiques au monde, et chacun s’y dispute des parts de marché. De plus, toute marginalisation du pays sur la scène internationale la rapprochera d’une Chine déjà très influente.

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Le pape François ne prononce pas le mot Rohingyas… mais appelle à agir

Le pape François ne prononce pas le mot Rohingyas… mais appelle à agir

Le pape François est arrivé jeudi 30 novembre au Bangladesh après quatre jours en Birmanie. S’il ne prononce pas le mot « Rohingyas », suscitant les critiques de la presse internationale, il ne cesse d’évoquer le drame de cette minorité musulmane persécutée.

Au palais présidenteil de Dacca, le pape François a rencontré les représentants de la société civile et les diplomates. 

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Au palais présidenteil de Dacca, le pape François a rencontré les représentants de la société civile et les diplomates.
/ Max Rossi/REUTERS

Dire le mot. Ou pas. Tout au long de son séjour birman, la question aura été de savoir si le pape François prononcerait, ou non, le mot « Rohingyas ». Et, jeudi après-midi encore, à Dacca, capitale du Bangladesh, où sont réfugiés 900 000 Rohingyas chassés de Birmanie, le pape n’a pas prononcé le mot fatidique, tout en évoquant une nouvelle fois, et de façon très précise, leur situation.

Devant les autorités bangladaises, il a en effet félicité le Bangladesh pour son « esprit de générosité et de solidarité » et « son élan humanitaire en faveur des réfugiés arrivés en masse par l’État Rakhine, leur procurant un abri temporaire et les premières nécessités pour vivre ». « Ce résultat a été obtenu avec beaucoup de sacrifices. Cela a aussi été fait sous les yeux du monde entier », a-t-il souligné.

Le pape en Birmanie et au Bangladesh, posez vos questions à l’envoyé spécial de la Croix

« Musulmans de l’État Rakhine »

Il a insisté sur le fait qu’« aucun d’entre nous ne peut manquer d’être conscient de la gravité de la situation, de l’immense coût imposé par les souffrances humaines et les conditions de vie précaires de si nombreux de nos frères et sœurs, dont la majorité sont des femmes et des enfants, entassés dans des camps de réfugiés ».

Car François n’a pas attendu cet été que le monde s’émeuve du drame des Rohingyas. Dès février dernier, au cours d’une audience générale au Vatican, il avait invité à « prier avec lui un Notre-Père pour nos frères et sœurs rohingyas », ces « gens bons et pacifiques (…) torturés, tués, simplement pour avoir mis en avant leurs traditions, leur foi musulmane ». Une déclaration faite alors dans une indifférence quasi générale.

Sur le sol birman, comme tout chef d’État en visite, il a certes pris soin, par respect pour ses hôtes, de ne pas prononcer le mot « Rohingya ». Ce terme est très controversé pour les Birmans, pour qui il fait fi des habitants autochtones et bouddhistes de l’État Rakhine, où les musulmans ne sont arrivés que tardivement du Bengale voisin. Dès avant le départ de François de Rome, le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, avait d’ailleurs soulevé cette difficulté, conseillant au pape de parler plutôt des « musulmans de l’État Rakhine ».

Reportage À Rangoun, le pape demande aux jeunes d’être « messagers de la Bonne Nouvelle »

Le soutien du pape à Aung San Suu Kyi

Mais, sans employer le mot, François ne s’est pas privé de parler directement des Rohingyas. Ainsi, mardi à Naypyidaw, répondant à Aung San Suu Kyi qui avait, d’elle-même, évoqué la complexité de « la situation dans le Rakhine », il a souligné que « l’avenir de la Birmanie doit être une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société ». Il a insisté sur « le respect de tout groupe ethnique et de son identité » et encouragé le gouvernement à « tenter de mettre fin à la violence, construire la confiance et garantir le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison ». Une allusion directe – et bien comprise comme telle – aux Rohingyas qui s’estiment chez eux dans une Birmanie qui les considère comme apatrides.

L’Église catholique locale a fortement apprécié le soutien du pape à Aung San Suu Kyi, pourtant critiquée en Occident pour son relatif silence dans la crise des Rohingyas, certains appelant même à lui retirer son prix Nobel. « Elle a souffert et s’est sacrifiée pendant des années non pour elle, mais pour son pays », l’a défendu, mercredi soir, Mgr John Hsane Hgyi, vice-président de la conférence épiscopale. Le père Marino Soe-Naing, porte-parole des évêques, a estimé que « nous ne pouvons pas trahir le sang versé dans ce combat, en abandonnant celle qui l’incarne ».

Les catholiques birmans savent bien que la situation politique du pays reste tendue, même deux ans après le début de la transition démocratique. Les généraux, qui continuent à contrôler l’armée et la police, n’attendent qu’une faute de sa part pour se débarrasser d’Aung San Suu Kyi, ce que la constitution leur permettrait de faire légalement.

Le pape préfère l’action, souvent dans la discrétion

Les chrétiens ont tout à fait conscience qu’un retour de la junte signerait une nouvelle période très difficile pour les minorités. Pour les Kachins (au Nord) et les Karens (à l’Est), la situation est encore loin d’être réglée, même si la communauté internationale s’en émeut moins que des Rohingyas. « Il n’y a pas de solution facile au problème des réfugiés », reconnaît le père Soe-Naing pour qui « le sort de la nation tout entière » est en jeu dans cette crise.

« On ne peut pas attendre des gens qu’ils règlent des problèmes impossibles », explique de son côté Greg Burke, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège. « Les réfugiés sont l’un de ses plus grands sujets de préoccupation. Il en parle tous les jours. Mais le voyage n’a pas été conçu autour d’eux ».

Il s’est refusé à divulguer la teneur des discussions privées du pape, lundi soir, avec le chef de l’armée birmane. « Le pape est un homme très libre », a-t-il seulement déclaré, laissant entendre que la discussion a sans doute été franche.

De fait, plutôt que des mots, le pape préfère l’action, souvent dans la discrétion. Et c’est à cette même action en faveur des Rohingyas, dont il a survolé les camps entre Rangoun et Dacca, qu’il appelle la communauté internationale. « Il est nécessaire que la communauté internationale mette en œuvre des mesures décisives face à cette grave crise, non seulement en travaillant pour résoudre les questions politiques qui ont conduit à ce déplacement massif de personnes, mais aussi en offrant une assistance matérielle immédiate au Bangladesh dans son effort pour répondre efficacement aux besoins humains urgents », a-t-il rappelé, jeudi, lors de sa rencontre avec les autorités bangladaises, à laquelle participait aussi le corps diplomatique. Des actes plutôt que des mots : telle a toujours été la philosophie du pape François.

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« Le nom de Dieu ne peut jamais être invoqué pour justifier la haine »

Extraits du discours du pape François aux autorités bangladaises, jeudi 30 novembre à Dacca.

« Le Bangladesh est connu pour l’harmonie qui a traditionnellement existé entre les adeptes de diverses religions. Cette atmosphère de respect mutuel et un climat grandissant de dialogue interreligieux permettent aux croyants d’exprimer librement leurs plus profondes convictions sur la signification et sur le but de la vie. (…) Dans un monde où la religion est souvent – scandaleusement – mal utilisée pour fomenter des divisions, ce genre de témoignage (…) est plus que jamais nécessaire. Celui-ci s’est manifesté d’une manière particulièrement éloquente (…) dans le message clair envoyé par les autorités religieuses de la nation pour qui le saint nom de Dieu ne peut jamais être invoqué pour justifier la haine et la violence contre les autres êtres humains, nos semblables. »

Nicolas Senèze, à Rangoun (Birmanie) et Dacca (Bangladesh)

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

#CommerceDesArmes

Yossi Melman's picture
20 novembre 2017

De la Birmanie au Soudan du Sud, en passant plus récemment par les États arabes du Golfe, Israël a essayé de garder secrètes ses ventes d’armes à des régimes engagés dans des conflits brutaux

Israël se targue d’être une société libre et démocratique qui fait partie du monde occidental. Eh bien, pas exactement. Du moins dans deux domaines importants.

Le premier, et le plus important, est l’occupation de la Cisjordanie sous le joug de l’armée israélienne et la privation de droits civils et démocratiques fondamentaux infligée à ses habitants palestiniens.

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien

Le second domaine dans lequel le manque de transparence est évident et dans lequel le gouvernement a tenté d’étouffer des informations concerne les exportations militaires et sécuritaires. Ici aussi, le censeur est omniprésent et réprime toute information susceptible d’embarrasser le gouvernement et l’appareil sécuritaire dans ses ventes d’armes à destination de dictateurs, de régimes voyous, de violateurs des droits de l’homme et d’autres gouvernements douteux.

Le cas birman

La Birmanie en est un exemple typique. En septembre, un groupe d’activistes des droits de l’homme israéliens a demandé à la Cour suprême de mettre fin aux ventes d’armes à la junte militaire de ce pays qui est toujours au pouvoir malgré les élections de 2015.

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et des rapports de l’ONU, l’armée birmane est impliquée dans des opérations de nettoyage ethnique et des crimes de guerre systémiques contre les Rohingyas (une minorité musulmane). On estime que près d’un demi-million d’habitants se sont enfuis au Bangladesh voisin après que des milliers de personnes ont été tuées et violées et que des villages ont été incendiés.

Pendant des années, Israël a vendu des armes à la Birmanie, notamment du matériel d’écoute, des équipements de communication et des patrouilleurs fabriqués par Israeli Aerospace Industries (IAI). Tar Ideals Concepts, une société israélienne, a également formé des membres des forces spéciales birmanes. La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les gouvernements israéliens successifs ont eu honte de ces contrats mais ont encouragé les marchands d’armes et les industries publiques à continuer de les fabriquer. Dans le même temps, ils se sont servis du censeur militaire pour réprimer la diffusion d’informations.

Min Aung Hlaing, général en chef de l’armée birmane, prend la parole à l’occasion du deuxième anniversaire de la cérémonie de signature de l’accord de cessez-le-feu national, à Naypyidaw, le 15 octobre 2017 (AFP)

Comment sommes-nous donc au courant de tous ces contrats ? Parce que la junte birmane s’en est vantée sur ses sites officiels et a publié des photos de ses chefs en visite en Israël. Il s’agissait notamment de rencontres organisées en septembre 2015 entre le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, qui agit indépendamment du gouvernement civil, accompagné d’autres officiers de haut rang de la junte militaire, et le président israélien Reuven Rivlin, le chef de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, les chefs des services de sécurité israéliens ainsi que des hauts responsables de l’industrie israélienne de l’armement.

Hlaing a même écrit sur sa page Facebook que ses collègues et lui avaient visité Israel Aerospace Industries, près de Tel Aviv, ainsi que d’autres entreprises du secteur de la défense.

Les liens avec la Chine

Récemment, j’ai appris que Commtac, un fabricant israélien d’équipements de communication pour drones, a vendu, via Elul (un courtier en armes israélien), des équipements installés sur des drones de fabrication chinoise utilisés par l’armée birmane. Commtac est une filiale du fabricant israélien de drones Aeronautics Defense Systems. Le gouvernement israélien s’est montré particulièrement sensible vis-à-vis de ce contrat, non pas parce qu’il s’oppose aux ventes à la Birmanie, mais parce qu’il craignait que le lien avec des drones chinois n’irrite les États-Unis.

Dès la fin des années 1970, bien avant l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et la Chine, des entrepreneurs du secteur israélien de la défense ont secrètement équipé l’armée chinoise, avec l’approbation du gouvernement. Au cours de la dernière décennie, cependant, Israël a cessé ses ventes militaires à destination de la Chine sous la pression des administrations américaines successives.

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques

Si Elul n’a pas répondu aux demandes de commentaires, un porte-parole de Commtac et d’Aeronautics Defense Systems a confirmé que l’entreprise avait vendu des équipements à la Birmanie « conformément à la réglementation du ministère de la Défense et avec son approbation ». Il a ajouté, cependant, que le ministère de la Défense avait récemment changé de politique et suspendu les licences accordées à toutes les sociétés israéliennes qui autorisent les contrats avec la Birmanie, dont Commtac.

Il convient de noter que le ministère n’a fait aucune déclaration à cet égard et espérait passer cette décision sous silence. Le ministère a refusé de développer le sujet, déclarant seulement : « Nous ne formulons aucun commentaire sur les questions relatives aux exportations. » Cette confidentialité vise à ne pas irriter la Birmanie, avec l’espoir que, tôt ou tard, l’interdiction sera levée et les affaires reprendront.

À LIRE : L’alliance israélo-saoudienne bat les tambours de guerre

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques. En septembre, certains d’entre eux ont appelé la Cour suprême d’Israël à ordonner au ministère de la Défense de mettre fin à ses ventes à destination de la Birmanie et de suivre ainsi les politiques américaines et européennes qui ont imposé un embargo sur les armes à ce pays d’Asie du Sud-Est. L’État s’y est opposé et le tribunal a rejeté cet appel.

Toutes les délibérations se sont déroulées à huis clos, signe qu’en Israël, ce n’est pas seulement le censeur, mais aussi les tribunaux qui serrent les rangs avec les forces de sécurité lorsqu’il est question de ventes d’armes.

Les ventes d’armes à des dictateurs

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien, tandis que le public soutient généralement la politique du gouvernement et préfère ne pas en entendre parler, même si ces ventes contrastent fortement avec la morale universelle, les droits de l’homme et l’éthique.

Les exportations d’armes israéliennes vers plus de cent pays sur les cinq continents ont rapporté 6 milliards de dollars en 2016. Bien que celles-ci représentent seulement 6 à 7 % du total des exportations israéliennes de biens et de services, la contribution des entreprises du secteur de la sécurité ne se limite pas aux exportations. Elles sont les principaux fournisseurs d’armes des Forces de défense d’Israël (FDI) et emploient quelque 100 000 travailleurs, ce qui en fait un facteur important de la prospérité économique d’Israël.

Les clients peuvent être divisés en trois groupes. Le premier et le plus grand marché est formé par les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques, comme les États-Unis, l’UE, l’Inde, Singapour et l’Azerbaïdjan.

Des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) transportent des armes lourdes près d’Alole, dans le nord du Soudan du Sud, le 16 octobre 2016 (AFP)

Le deuxième groupe se compose des pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques mais qui sont dirigés par des dictateurs, sont impliqués dans des guerres civiles ou commettent des violations des droits de l’homme, comme la Birmanie ou, par le passé, des pays d’Amérique centrale et méridionale, ou encore d’Afrique.

Les marchands d’armes israéliens ont vendu des armes aux deux camps pendant la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Mais le cas le plus inquiétant d’exportations israéliennes vers l’Afrique a été celui du Soudan du Sud. Israël a continué de fournir des armes à cette nation, même après la guerre civile sanglante qui y a éclaté. Ce n’est que récemment, sous la pression des médias locaux et de groupes de défense des droits de l’homme étrangers, que le ministère de la Défense a annoncé qu’il avait cessé toute vente militaire à destination du Soudan du Sud.

La diplomatie par les ventes d’armes

Ici aussi, dans cette deuxième catégorie, le censeur est intervenu pour empêcher la publication de contrats relevant du secteur de la défense, comme c’est le cas avec l’Azerbaïdjan qui, en raison de sa frontière avec l’Iran, est considéré comme un pays d’une importance stratégique.

Le tabou qui régnait sur ce sujet a été rompu en février, lorsque le président azéri Ilham Aliyev a publiquement reconnu que son pays avait conclu des contrats avec Israël évalués à 5 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Ce faisant, Aliyev a surpris Netanyahou, alors en visite en Azerbaïdjan. Aux côtés des États-Unis, de l’Inde et de l’UE, la nation caucasienne est l’un des plus grands marchés pour les jouets militaires israéliens.

À LIRE : Nettoyage ethnique des Rohingyas : Israël exporte à nouveau sa guerre contre les peuples autochtones

La troisième catégorie de pays bénéficiant d’armes et de technologies israéliennes avancées – qui ont fait leurs preuves en situation de combat après avoir été utilisées par les FDI – regroupe ceux qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Il s’agit principalement de nations arabes et musulmanes.

Dans ce cas, les contrats visent non seulement à générer des gains financiers, mais aussi à prendre pied dans le monde arabe et à recevoir en contrepartie des renseignements ou d’autres faveurs.

Dans les années 1980, Israël a vendu des avions Skyhawk de fabrication américaine qui avaient été mis hors service par l’Armée de l’air israélienne à l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. La vente a été approuvée par les États-Unis. En retour, l’Indonésie a accordé des faveurs à Israël, notamment en permettant aux experts israéliens de se renseigner sur les armes sophistiquées de fabrication soviétique utilisées par ses ennemis arabes.

Au cours des dernières années, des armes et des technologies israéliennes ont été utilisées pour venir en aide à la Jordanie (prêt d’hélicoptères et de drones israéliens) et à l’Égypte (renseignements et drones israéliens attaquant occasionnellement des positions de l’État islamique dans le Sinaï).

Comme la Jordanie et l’Égypte entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, en surface, les informations faisant état de liens sécuritaires et militaires spéciaux ne devraient pas poser de problème. Mais, encore une fois, le censeur ne permet la diffusion d’informations à l’échelle locale que si les médias d’information étrangers les ont déjà relayées.

Les contrats avec le Golfe

Un autre marché important pour les technologies militaires israéliennes est celui des Émirats arabes unis, menés par Abou Dabi et, selon des informations qui n’ont jamais été confirmées, de l’Arabie saoudite.

Selon ces informations, des entreprises de haute technologie israéliennes ont conclu des contrats pour fournir au royaume des équipements de renseignement, tandis que l’Arabie saoudite envisage d’acheter le système anti-missiles israélien « Dôme de fer ». Il convient de noter que les réseaux sociaux dans le monde arabe ont continuellement répandu des rumeurs selon lesquelles le prince héritier Mohammed ben Salmane se serait récemment rendu en Israël. Les porte-parole saoudiens ont nié les faits.

Le système anti-missiles israélien « Dôme de fer » (AFP)

Depuis plusieurs années, le censeur s’est servi de sa main de fer pour empêcher les médias israéliens de relayer toute information faisant état de ventes à destination du monde arabe. Cette attitude s’est révélée absurde et ridicule dans la mesure où le principal négociateur dans ces contrats « secrets », le courtier en armes israélien Mati Kochavi, a révélé les contrats conclus avec Abou Dabi lors d’un séminaire public à Singapour par suffisance et égocentrisme.

Comme l’écrivait l’auteur anglais Samuel Johnson, « le patriotisme est le dernier refuge de la crapule ». On peut dire que le ministère israélien de la Défense se montre prompt à invoquer des « raisons de sécurité » pour justifier tous les méfaits possibles commis par des marchands d’armes sans scrupules, des entrepreneurs corrompus du secteur de la défense et des dictateurs impitoyables.

Au cours des deux premières décennies qui ont suivi son indépendance en 1948, Israël espérait être une lumière pour les nations ; malheureusement, il est devenu un fournisseur d’armes pour des régimes douteux.

 

– Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : soldats de l’armée birmane en patrouille dans un village du district de Maungdaw, situé dans l’État d’Arakan, le 21 octobre 2016, alors que les opérations de sécurité se poursuivent après les attaques menées par des militants armés le 9 octobre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-secret-bien-mal-gard-d-isra-l-les-ventes-d-armes-des-r-gimes-en-guerre-365797615

10/17 Actualité internationale Synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017

10/17 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017

Par Axelle DEGANS, le 1er novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment co-auteure chez Ellipses de Les 50 cartes à connaître, Coll. Atout concours, Paris, 2016 ; Histoire, Géographie, Géopolitique. Concours d’entrée aux grandes écoles, Coll. Atout concours, Paris, 2015.

Voici une synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (plus de 10 000 followers)

Un divorce à la catalane ?

En Espagne, la communauté autonome de Catalogne a organisé un referendum illégal le 1er octobre 2017. Sur un corps électoral de 5,3 millions de personnes, 42 % sont venus s’exprimer – les grands partis politiques les conservateurs comme les socialistes et les centristes ont appelés les Catalans à ne pas participer à une élection inconstitutionnelle – et 90 % d’entre eux se sont prononcés pour une indépendance de la région. Ce referendum est un échec à plusieurs titres : il est illégal, la faible participation (42%) lui ôte toute forme de légitimité, il l’est aussi car le premier ministre Mariano Rajoy n’a pas su nouer suffisamment de contacts et un dialogue constructif en amont. Celui-ci a d’ailleurs clairement perdu dans un premier temps la bataille des images, celles des urnes confisquées, celles de violences nées d’interventions visant à empêcher le vote, qui ont abondamment circulées sur les réseaux sociaux. Est-ce pour autant une victoire pour Carles Puidgemont, président de la région catalane ? Rien n’est moins sûr. Que faire d’une élection où la majorité des Catalans ne s’est pas exprimée ? A-t-il réellement un plan pour une Catalogne indépendante ? Ce n’est pas certain au vu de ses tergiversations.

10/17 Actualité internationale
Drapeau en faveur de l’indépendance de la Catalogne

Au regard du droit international, une Catalogne indépendante ne pourrait pas rester membre de l’Union européenne. Elle devrait donc – si elle devenait indépendante – postuler au statut de candidat et donc sortir de l’euro, comme de la garantie offerte par la BCE et du marché unique. Un vent de panique, attisé par Madrid, a déjà soufflé en octobre 2017 sur les investisseurs dont une bonne partie avait choisi la Catalogne pour le marché espagnol et non pas pour le seul marché catalan. Il existe désormais un « risque Catalogne » qui a effet répulsif sur le milieu économique. Cette région représentait en 2016 près du cinquième du PIB espagnol, elle était la quatrième région espagnole pour la richesse par habitant.

Le roi d’Espagne, Felipe VI, a tenu un discours très ferme rappelant l’intégrité du territoire espagnol. L’écrivain Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, appelle à un maintien de la Catalogne en Espagne. Il s’inquiète de l’hubris ambiante qui fait la part belle aux extrémistes et à l’expression des populismes. La fête de l’Hispanité a eu une résonnance particulière, 65 000 personnes ont défilé à Barcelone pour montrer leur attachement à l’Espagne. Celle-ci voit de nombreux drapeaux attachés aux fenêtres à travers tout le pays. Fait assez inédit – en dehors des rencontres sportives – du fait de la difficulté à exprimer le sentiment national dans l’Espagne postfranquiste.

Les pays européens, comme les États-Unis, affirment leur soutien à Madrid face à Barcelone.

Alors que Mario Rajoy annonce qu’il utilisera l’article 155 de la Constitution espagnole pour lever l’autonomie de la Catalogne et la placer sous tutelle, le 27 octobre 2017 Carles Puidgemont annonce unilatéralement l’indépendance de la Catalogne. Puis il quitte l’Espagne pour la Belgique où il cherche à obtenir un soutien des institutions de l’Union européenne, depuis Bruxelles.

La crise espagnole est inquiétante et plonge le pays dans l’inconnu. Les pays européens, comme les États-Unis, affirment leur soutien à Madrid face à Barcelone. Pour tous, la Catalogne n’est pas un sujet de droit international. Le vrai problème pour la Catalogne n’est pas de se proclamer indépendante mais d’être reconnue comme telle…

… une fragmentation en Europe ?

Le referendum organisé en Catalogne en octobre 2017 donne des idées et risque d’alimenter un phénomène de fragmentation en Union européenne. En Italie, le 22 octobre 2017, Vénétie et Lombardie organisent un referendum pour obtenir davantage d’autonomie vis-à-vis de Rome. Il s’agit encore une fois, des deux régions les plus riches du pays qui ne veulent plus contribuer autant qu’elles le font aujourd’hui au budget du pays. Cela pose encore une fois la question de la solidarité entre régions riches et régions plus pauvres d’un pays, et illustre la montée des égoïsmes régionaux. La Ligue du Nord évoque un « insupportable et inacceptable » transfert de richesse vers le Mezzogiorno méridional. La tenue de ce referendum devrait coûter la somme de 50 millions d’euros… L’issue du scrutin fait peu de doute, seule la participation est intéressante à analyser : en Vénétie elle s’élève à 57 % et à 40 % pour la Lombardie. Le parti nationaliste écossais – le SNP – apporte son soutien aux séparatistes catalans.

Entre Brexit, referendum en Catalogne, en Italie du Nord, de nouvelles aspirations des iles Féroé, c’est le sort de l’Union européenne qui se joue sous nos yeux. Une Union où visiblement la solidarité, sur laquelle est fondée l’œuvre communautaire, n’est plus une valeur qui a le vent en poupe.

… mais une réconciliation ailleurs ?

En Palestine, le Fatah – héritier politique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat – qui incarne l’Autorité palestinienne installée à Ramallah tend la main en octobre 2017 au Hamas qui tient la bande de Gaza depuis 2007. Les deux frères ennemis n’en sont pas à leur première tentative de réconciliation. D’où l’attitude attentiste d’une population par ailleurs soumise au blocus de ses voisins israéliens – et arabes pour la bande de Gaza – dont les conditions de vie n’ont cessé de se dégrader. Un accord de réconciliation a été signé, l’Autorité Palestine devrait pouvoir rétablir son action sur la bande de Gaza.

Les changements en Europe

Après avoir supprimé les quotas laitiers, avec les conséquences que nous connaissons, l’Union européenne vient de mettre fin le 30 septembre 2017 au quota sucrier, au moment où le marché est offreur. La récolte française s’annonce exceptionnelle, en particulier dans les grandes régions de culture de la betterave que sont les Hauts de France (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et le Grand Est.

Wolfgang Schaüble quitte l’Eurogroupe où il siégeait depuis 2009 (il a donc géré la crise grecque et celle de la zone euro) pour prendre la présidence du Parlement allemand, le Bundestag. Il a mis en garde l’Union européenne sur les risques financiers liés à l’importance des liquidités, des dettes publiques comme privées. Il s’oppose à la vision plus dispendieuse proposée par Emmanuel Macron, le président de la République française.

La réforme du travail détaché est enclenchée fin octobre 2017, alors que les positions polonaise et française semblaient précédemment inconciliables. Les missions seront limitées à 12 mois (ce que voulait Paris), avec la possibilité d’en ajouter 6 (concession arrachée par Varsovie), les travailleurs détachés pourront aussi toucher des primes et des remboursements de frais. Le Parlement doit maintenant approuver cette réforme.


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Le sort des urnes

En Autriche, les élections législatives d’octobre 2017 ont été remportées par Sebastian Kurz à la tête du parti conservateur ÖVP, avec environ 30 % des voix, suivi du parti d’extrême droite, le FPÖ (que dirigeait Jorg Haider en 2000) qui en a recueilli un peu plus de 26%. La campagne électorale s’est polarisée sur la question migratoire. Ce jeune trentenaire décide de s’allier avec le FPÖ.

En République tchèque, le populiste et richissime Andrej Babis recueille, à la tête de son parti ANO, environ 30 % des voix en octobre 2017. Il aura 78 des 200 sièges de la chambre, il doit donc nouer des alliances pour trouver une majorité.

Au Japon, le premier ministre conservateur sortant, Shinzo Abe, a remporté les élections législatives d’octobre 2017 ainsi que deux tiers des sièges de la chambre basse. Le niveau de l’abstention, presque la moitié des électeurs ne s’est pas déplacée, ternit sa victoire.

Au Venezuela, l’élection des gouverneurs confine à la mascarade. Seule la Chine évoque des élections « en douceur », alors que l’ensemble de la communauté internationale conteste son honnêteté.

En Argentine, le président Macri sort renforcé des élections de mi-mandat puisque sa coalition remporte la victoire dans la grande majorité des provinces.

Du nouveau au Sud

La Chine organise, en octobre 2017, le XIXème congrès du parti communiste chinois (PCC), le plus grand parti du monde avec environ 89 millions d’adhérents. Désormais, la pensée de Xi Jinping, sera au même titre que celle de Mao, inscrite dans la charte du PCC, un insigne honneur. Cette décision accroit son pouvoir et sa légitimité et le place dans la lignée de Mao, et surtout de Deng Xiaoping qui a ouvert son pays.

La Chine a accueilli le neuvième sommet des BRIC’s – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – à Xiamen, elle appelle à intensifier leurs échanges. Par ailleurs, le roi d’Arabie saoudite se rend à Moscou, une première là aussi pour développer les échanges – somme toute encore modestes – mais aussi opérer un rapprochement diplomatique face à la montée en puissance de l’Iran pour l’un et pour mieux tourner le dos à l’Occident pour l’autre.

La violence encore et toujours…

En Birmanie, l’exode des Rohingyas continue. Fin octobre 2017, plus de 600 000 d’entre eux ont déjà fui les exactions commises avec la complicité du gouvernement : assassinat, incendies des villages, actes de barbarie (enfants brûlés…). L’Union indienne ne veut plus accueillir les réfugiés rohingyas qui sont désormais apatrides.
Les États-Unis ont de nouveau été le théâtre d’un coup de folie d’une rare violence car un homme a tiré en octobre 2017 sur les spectateurs d’un concert de Country à Las Vegas, en tuant près de 60 et en blessant plusieurs centaines. Si les autorités américaines ne croient pas en la nature terroriste de ce geste, ce drame relance la question de la vente et de la circulation des armes aux États-Unis.

La capitale autoproclamée de l’EI est tombée.

Les forces irakiennes, après avoir repris Mossoul, ont mené en octobre 2017 une offensive sur Haouidja, toujours dans la partie nord du pays. La capitale autoproclamée de l’EI est tombée, elle aussi, prise par les Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces pertes territoriales affectent durement les finances de l’EI. Aux Philippines, l’armée mène une offensive dans la partie méridionale de l’archipel et Isnilon Hapilon, à la tête de l’EI en Asie du Sud-est aurait été tué.

Alors que le territoire tenu par Daech ne cesse de se rétracter, la promotion de la violence en Occident est une stratégie qu’il encourage comme le montre tragiquement les meurtres de deux jeunes filles à Marseille.

Au Kenya, les tensions restent très vives après l’invalidation, pour fraude, des élections présidentielles remportées cet été par Uhruru Kenyatta. Le nord du Togo est lui aussi endeuillé lors de manifestations d’opposition au pouvoir. A Lomé et à Sokodé les manifestants demandent le départ du président Faure Gnassingbé dont la famille est au pouvoir depuis l’indépendance.

En Somalie, un terrible attentat à Mogadiscio, la capitale, a causé la mort de près de 300 personnes, des civils bien sûr. Il est attribué aux Shebabs, organisation islamiste qui multiplie les attentats. L’Afghanistan est de nouveau victime d’attentats qui ont fait une soixantaine de morts.

A Malte – territoire de l’Union européenne depuis 2004 – la journaliste Daphne Caruana Galizia connue pour son blog, Running Commentary, dans lequel elle dénonce sans ménagement la corruption qui gangrène l’ile, a été assassinée en octobre 2017. Elle avait notamment mis en cause le premier ministre Joseph Muscat pour des comptes au Panama. Cet assassinat provoque l’émoi des dirigeants européens.

Une nature hostile

La Californie affronte en octobre 2017 les pires incendies de son histoire. Des dizaines milliers d’hectares et de maisons ont été détruits, ils ont fait une quarantaine de victimes.
La péninsule ibérique est elle aussi le siège de terribles incendies, en raison d’une forte sécheresse, qui ont tué une quarantaine de personnes. L’été 2017 est particulièrement meurtrier dans la péninsule ibérique. Cela pose en filagramme la question du réchauffement climatique mais aussi de l’efficacité des édiles.

Une gouvernance mondiale bien compliquée

L’Unesco – organisation onusienne pour l’éducation et la culture – voit à regret le départ de deux de ses membres en octobre 2017 : les Etats-Unis puis Israël. Washiington contribue presque au cinquième de son budget. Leur départ est motivé par la reconnaissance de la Palestine comme un pays à part entière et de Hébron comme « zone protégée » du Patrimoine mondiale, la ville est localisée dans la Cisjordanie occupée par Israël.

Selon la Banque mondiale, plus d’un milliard de personnes n’aurait pas d’existence officielle. Ces « invisibles » sont particulièrement nombreux en Asie.

Copyright Novembre 2017-Degans/Diploweb

 

https://www.diploweb.com/10-17-Actualite-internationale.html

LES ROHINGYAS, AGENTS DE DAESH EN BIRMANIE

LES ROHINGYAS, AGENTS DE DAESH EN BIRMANIE
L’Imprécateur

UNE VERITE BIEN ELOIGNEE DE CE QU’EN DISENT LES MEDIAS

(…) En 2012, Daesh, qui venait de conquérir la moitié de l’Irak et de la Syrie en quelques semaines, était conscient qu’il ne tiendrait pas très longtemps contre la coalition : déstabiliser l’Occident et son ventre-mou déjà partiellement islamisé, l’Europe, par des attentats permanents, mais aussi l’Orient asiatique en s’appuyant sur les deux zones où existe une radicalisation déjà forte : une partie, encore mineure mais grandissante, de l’élite politique indonésienne et… les Rohingyas. Dabiq, la revue de propagande de Daesh écrivait « nous allons commencer à lancer des opérations en Birmanie dès que nous aurons atteint les capacités de le faire » (…)

Daesh comprenait qu’en perdant la guerre en Syrie-Irak, il perdrait aussi les ressources pétrolières qui le finançaient avec la complicité de la Turquie. Il a vu dans les champs pétroliers et gaziers récemment découverts en Birmanie (état de Raikaing, Rakine, ou Arakan où vivent les Rohingyas) le moyen de se refaire ultérieurement une santé financière. Comment se les approprier ? En poussant les chefs rohingyas à réclamer au gouvernement la création d’une province birmane islamique qui serait plus tard transformée en califat, et en faisant pression sur le gouvernement par des attentats contre les forces de l’ordre birmanes, organisés et menés par les jeunes rohingyas formés au Pakistan, et certains en Arabie Saoudite.

Comme il fallait vite créer un conflit entre les Rohingyas et les Birmans du Raikaing, les attaques des forces de police et l’assassinat de Birmans commencèrent (…)

LES ROHINGYAS, AGENTS DE DAESH EN BIRMANIE
L’Imprécateur


LES ROHINGYAS, VICTIMES OU TERRORISTES ? 


Nos journalistes nationaux, si bons quand il s’agit d’enquêter sur un sujet susceptible de nuire à une personnalité ou une entreprise de la droite, se révèlent curieusement complètement « nuls » quand cela concerne à gauche leurs amis et alliés idéologiques, la Grande Finance internationale, l’islam et son avatar l’islamisme radicalisé et terroriste.

Si ce n’est pas le cas, pourquoi ne se sont-ils pas interrogés sur les causes profondes de la subite fureur des Birmans envers un petit peuple de squatters immigrés du Bangladesh, qu’ils toléraient depuis deux cent ans environ dans les montagnes de l’ouest birman à la frontière indo-bangladeschi ? Ils y pratiquaient un islam plutôt nonchalant, comme les Indonésiens il y a encore trente ans et cohabitaient avec les bouddhistes.

La radicalisation subite des Rohingyas ne les interpelle pas non plus. Pourtant ils sont les mieux placés pour suivre et analyser l’actualité internationale !

Ils auraient dû s’interroger sur plusieurs faits troublants et récents.

M. Azhar est le chef de Jaish-e-Mohammed (JeM), une organisation terroriste djihadiste pakistanaise connue comme telle par l’ONU. Cela n’a pas empêché le Pakistan de proposer sa candidature pour le représenter au Conseil de Sécurité des Nations Unies où il devrait entrer en 2018. Seule la Chine s’est montrée lucide et a voté contre la candidature Azhar quand tous les pays occidentaux ont voté pour. Or, ce Azhar a écrit il y a trois ans dans le magazine hebdomadaire Al-Qalam de JeM, qu’il fallait « se servir des Rohingyas musulmans pour exciter la communauté internationale contre le gouvernement birman ». Dans le même article, il appelle le Front Pembela Islam (FPI) indonésien, autre organisation islamique terroriste, à envoyer des imams-prêcheurs radicalisés pour noyauter les Rohingyas. Peu de temps après, 150 jeunes Rohingyas partaient pour le Pakistan s’entrainer au djihad guerrier dans un camp de Jaish-e-Mohammed.

Mais « l’inventeur » des Rohingyas comme fer-de-lance de l’islam conquérant en Asie n’est pas Masood Azhar. Déjà en 2012, « le leader djihadiste pakistanais Lashkar-e-Taiba avait tenu une conférence sur la question des « rohingyas ». Sur ses consignes, des activistes avaient été envoyés au Bangladesh et en Thaïlande pour établir des contacts avec des Rohingyas vivant à la frontière birmane » (Breizh-info).

« En même temps », comme dirait Macron, Daesh qui venait de conquérir la moitié de l’Irak et de la Syrie en quelques semaines, était conscient qu’il ne tiendrait pas très longtemps contre la coalition : déstabiliser l’Occident et son ventre-mou déjà partiellement islamisé, l’Europe, par des attentats permanents, mais aussi l’Orient asiatique en s’appuyant sur les deux zones où existe une radicalisation déjà forte : une partie, encore mineure mais grandissante, de l’élite politique indonésienne et… les Rohingyas. Dabiq, la revue de propagande de Daesh écrivait « nous allons commencer à lancer des opérations en Birmanie dès que nous aurons atteint les capacités de le faire ».

C’est là, chers lecteurs, qu’une pensée encore plus complexe que celle du président (rassurez-vous, à mon avis ce n’est pas très difficile tant la sienne n’est que très médiocrement complexe) devient indispensable pour comprendre la suite.

Daesh comprenait qu’en perdant la guerre en Syrie-Irak, il perdrait aussi les ressources pétrolières qui le finançaient avec la complicité de la Turquie. Il a vu dans les champs pétroliers et gaziers récemment découverts en Birmanie (état de Raikaing, Rakine, ou Arakan où vivent les Rohingyas) le moyen de se refaire ultérieurement une santé financière. Comment se les approprier ? En poussant les chefs rohingyas à réclamer au gouvernement la création d’une province birmane islamique qui serait plus tard transformée en califat, et en faisant pression sur le gouvernement par des attentats contre les forces de l’ordre birmanes, organisés et menés par les jeunes rohingyas formés au Pakistan, et certains en Arabie Saoudite.

Comme il fallait vite créer un conflit entre les Rohingyas et les Birmans du Raikaing, les attaques des forces de police et l’assassinat de Birmans commencèrent. Les généraux birmans ayant une pensée plus complexe que celle des leaders politiques européens ont tout de suite compris qu’on ne se débarrasse pas du cancer islamiste avec des demi-mesures et des lois mal écrites votée à la va-vite. D’où la décision de contraindre les colons rohingyas à retourner dans leur pays d’origine, le Bangladesh, par une intervention énergique de l’armée.

L’armée repousse  sans douceur les Rohingyas vers la frontière après avoir vidé et brûlé leurs villages de montagne cernés de forêts tropicales où il est si facile de dissimuler les terroristes rohingyas mêlés anonymement à la population. La méthode est brutale, c’est incontestable. Mais les reportages qui en sont fait, notamment photographiques, sont notoirement exagérés, comme le montre l’enquête de DECODEX citée in fine.

Seulement, le pétrole birman du Raikaing n’intéresse pas que Daesh… Les rapaces de la Finance Internationale qui, eux, ont une pensée aussi complexe que celle du banquier Macron dès qu’il s’agit de pognon, se sont dit qu’il fallait laisser les Rohingyas faire le sale boulot. On récupèrerait ensuite le magot pétrolier, après avoir renversé le gouvernement birman pour installer à sa place un gouvernement qui sera naturellement « démocratique » et à la botte de l’oncle Sam qui s’imposera comme protecteur de la Birmanie.

Mais il fallait faire vite, parce que les Birmans se sont associé les Chinois pour exploiter le pétrole et le gaz, avec collaboration indienne. Dès 2012, les Chinois ont entrepris la construction d’un oléoduc doublé d’un gazoduc pour acheminer pétrole et gaz du Raikaing vers le Yunnan chinois. L’opérateur est une société de Hong-Kong détenue à 51% (donc contrôlée) par la Chinese National Petroleum Corporation et à 49% par la Oil and Gas Enterprise du Myanmar (Birmanie).

L’opposition (si on peut utiliser ce terme) au gouvernement birman, est la Burma Task (Force birmane), un groupe d’organisations constitué et financé par le multi-milliardaire George Soros (ci-contre) pour récupérer les Rohingyas à son profit. Avec une participation de l’Arabie Saoudite, il finance des achats d’armes pour les terroristes rohingyas. En effet, « l’Armée du Salut des Rohingyas en Arakan », appelée aussi localement Harakah al-Yaqin (« Mouvement de la foi en Arakan » en arabe) est dirigée par Ata Ullah abu-Ammar al-Junjuni, un Pakistanais qui officie en temps normal comme imam intégriste en Arabie Saoudite. C’est cette Armée du Salut que les Birmans appellent « les terroristes rohingyas ». Opérationnelle depuis octobre 2016, elle a attaqué l’armée birmane qui a riposté en envahissant les villages rohingyas pour y rechercher les terroristes. Les combats ont provoqué la fuite des Rohingyas.

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi désapprouvera peut-être la violence de l’armée birmane, mais elle connaît l’enjeu à long terme de ce combat : empêcher la finance internationale et ses compagnies pétrolières américano-internationales de faire main basse sur la richesse en gaz et pétrole de la Birmanie, empêcher les USA et l’OTAN de venir installer des bases à la frontière birmano-chinoise et Daesh de faire du Raikaing (Arakan) birman, voire de la Birmanie toute entière, un nouvel État Islamiste. Elle a été chercher l’appui de la Chine. Et elle l’a obtenu.

Soros a lancé en 2017 le thème du « génocide du peuple Rohingyas » et instrumentalisé la presse et les gouvernements occidentaux pour que ce thème soit discuté à l’ONU. Il espère une décision qui devait condamner le gouvernement birman, permettrait une intervention militaire d’une nouvelle coalition americano-arabo-franco-germano-etc. sur le modèle de ce qui a été fait en Libye et en Syrie, empêchant la Chine et l’Inde d’exploiter le pétrole et le gaz en partenariat avec la Birmanie, ce qui affaiblirait l’économie de ces deux pays concurrents  des États-Unis.

En France, Soros a trouvé un soutien solide avec Macron, ex-banquier de Rothschild, et Philippe, ex-avocat du cabinet international américain Debevoise et Plimpton LMP qui possède l’un des parcs immobiliers les plus vastes du monde, tous deux enfants des Bilderberg qui les ont poussés jusqu’au sommet de l’État. D’où la campagne pro-djihadiste de soutien aux Rohingyas djihadistes lancée dans les médias français, mais aussi en Suède et en Angleterre.

On retrouve la méthode déjà utilisée pour détruire les dirigeants de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, etc. : les accuser de tous les crimes y compris les plus faux (détention d’armes de destruction massive : Irak – utilisation de gaz contre les civils : Syrie – génocide : Libye et Birmanie – etc.) pour obtenir une condamnation internationale de l’ONU autorisant ensuite une aide armée internationale à l’opposition au gouvernement en place permettant à terme de prendre le contrôle du pays pour en piller les richesses. Des  gauchistes idiots-utiles tombés dans le panneau ouvert par les grands capitalistes commencent à réclamer la destitution de Aung San Suu Kyi.

Manque de chance, l’Inde et la Chine, rivales par ailleurs, se sont accordées cet été sur le dossier birman en raison des intérêts que les deux puissances partagent dans la province de Raiking. Et elles se sont trouvé des alliés à la dernière des réunions des BRICS en expliquant la combine impérialiste de Soros et des États-Unis à la Russie, au Brésil et à l’Afrique du Sud. Ce qui retire beaucoup de poids à la soi-disant « condamnation unanime de la communauté internationale du génocide commis à l’encontre des Rohingyas » rapportée par les chaînes de la télévision française et les médias subventionnés aux ordres de l’Élysée.

« En même temps », comme dirait Macron, les Décodeurs du Monde ont publié le 13 septembre  : « Fausses images de massacres commis sur des Rohingya. Images fausses de massacres commis par des Rohingyas. En marge de la répression, en Birmanie, de la minorité musulmane par les forces militaires birmanes se joue une lutte de propagande sur Internet. Des images recensées et vérifiées par Les Décodeurs du Monde ».

« Cette photographie a été prise en 1994 au Rwanda par le photographe français Albert Facelly. Pourtant, elle a été partagée sur Twitter, le 31 août 2017 par le vice-premier ministre turc, Mehmet Simsek, comme preuve du “massacre à l’encontre des musulmans Rohingyas” avec trois autres clichés. En réaction à ce tweet, la dirigeante de facto du gouvernement birman, récipiendaire du Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi avait dénoncé “l’iceberg de désinformation” autour de la crise avec la communauté musulmane birmane, apatride ».

Pour une fois, merci à DECODEX !

L’Imprécateur

Sources :

 

 

http://mailchi.mp/ajm/les-roinghyas-agents-de-daesh-en-birmanie?e=5b51152dc5

Birmanie : qui se souvient des Karens ?

Les Karens Chretiens

Birmanie : qui se souvient des Karens ?

Camille Galic, journaliste, essayiste…

♦ Comment, en une poignée de semaines, les Rohingyas – dont pas un Occidental sur cent millions n’est capable d’orthographier correctement le nom – sont-ils devenus par la grâce médiatique les héritiers des Bantous naguère victimes de l’abominable apartheid ou de la fantomatique « opposition syrienne » persécutée par le clan Assad ?

Dans Polémia, le 14 septembre, le chercheur en géopolitique Philippe Raggi a excellemment posé le problème sous le titre « Rohingyas : idéologies et approche victimaire » (*), celle-ci imposée à l’ensemble de la planète par le couple infernal islamisme-mondialisme.


Sous la houlette des ONG toutes dévouées au milliardaire apatride George Sörös et du Turc Erdogan, autoproclamé Commandeur et Défenseur des Croyants, la mobilisation en faveur des Rohingyas, dont la rébellion armée serait sauvagement réprimée par le gouvernement birman accusé, au surplus, de nettoyage ethnique – crime majeur qui légitima en 1999 l’agression de l’Otan contre la Serbie –, ne cesse donc de prendre de l’ampleur, à l’ONU comme dans les médias internationaux.

La campagne assourdissante à laquelle se livrent la plupart des médias est en total contraste avec le silence observé plus d’un demi-siècle durant, de 1948 à 2012, sur la persécution tout aussi musclée exercée par la junte birmane contre la minorité karen, victime de massacres et de déportations. Cela dans l’indifférence générale – sauf dans notre mouvance, alertée par le grand reporter de guerre Marc Charuel –, évidemment due au fait que le régime birman était communiste cependant qu’un bon tiers des Karens (aux côtés desquels certains nationalistes français partirent combattre) sont chrétiens, au contraire des Rohingyas qui sont musulmans.

Actuellement encore, 65% des Karens parqués dans des camps de réfugiés en Thaïlande sont chrétiens, descendants de leurs ancêtres évangélisés au début du XIXe par des missionnaires britanniques. Mais qui s’en soucie ?

Et pour rester en Asie, qui se souvient d’ailleurs du martyre (entre 100.000 et 200.000 morts pour une population de 800.000 habitants) subi par l’ancienne colonie portugaise et donc christianisée du Timor oriental, envahi puis unilatéralement annexé par l’Indonésie musulmane, dont l’armée le ravagea systématiquement jusqu’en 1999 ?

Comme on voit, toutes les victimes ne se valent pas aux yeux de la Morale unique.

Camille Galic
15/09/2017

(*) https://www.polemia.com/rohingyas-ideologies-et-approche-victimaire/

Correspondance Polémia – 16/09/2017

Image : En Thaïlande, chez les Karens, évangélisés il y a quarante ans à peine.

 

 

https://www.polemia.com/birmanie-qui-se-souvient-des-karens/

Les Rohingya du Myanmar…

Les Rohingya du Myanmar…


… Des pions dans la guerre que les Anglais livrent aux Chinois par l’intermédiaire des djihadistes saoudiens


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 4 septembre 2017

L’attention des médias est dirigée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l’ancienne Birmanie. Selon la presse « occidentale », les Rohingya musulmans sont injustement vilipendés, chassés et tués par des foules bouddhistes et par l’armée dans l’État de Rakhine près de la frontière avec le Bangladesh. Les « organisations humanistes libérales » comme Human Rights Watch joignent leurs voix à celles d’islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour déplorer le sort des Rohingya.
Cette curieuse alliance s’est également nouée pendant les guerres en Libye et en Syrie. Cela doit nous alerter. Y aurait-il autre chose derrière ce conflit local au Myanmar ? Est-ce que quelqu’un jette de l’huile sur le feu ?
C’est bien le cas, en effet.
Alors que le conflit ethnique dans l’État de Rakhine est très ancien, il s’est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l’Arabie saoudite. La zone a un intérêt géostratégique :
L’État de Rakhine joue un rôle important dans OBOR [la nouvelle route de la soie chinoise], car il s’agit d’une sortie vers l’océan Indien où sont prévues des réalisations chinoises pour un montant d’un milliard de dollars : une zone économique sur l’île de Ramree, et le port en eau profonde de Kyaukphyu qui a des pipelines de pétrole et de gaz naturel reliés à Kunming dans la province du Yunnan.
Les pipelines qui vont de la côte ouest du Myanmar vers la Chine à l’est permettent l’importation d’hydrocarbures du golfe Persique vers la Chine tout en évitant le goulet d’étranglement du détroit de Malacca et les sites de la mer de Chine méridionale qui font l’objet d’une contestation.
C’est « l’intérêt de l’Occident » d’entraver les projets de la Chine au Myanmar. Encourager le djihadisme dans l’État de Rakhine pourrait y contribuer. Il existe un précédent historique d’une telle guerre par procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les musulmans Rohingya du Rakhine à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.
Les Rohingya immigrent dans les régions du nord d’Arakan, l’État actuel du Rakhine au Myanmar, depuis le XVIe siècle. Il y a eu une grande vague d’immigration sous l’occupation impériale britannique, il y a environ cent ans. L’immigration illégale en provenance du Bangladesh s’est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingya musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité du Rohingya est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux d’Arakanese. Ces derniers se sentent sous pression dans leur propre pays.
Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il y a de nombreux hameaux habités à 100% par les uns ou les autres. Les Rohingya sont généralement peu intégrés au Myanmar. La plupart ne sont pas reconnus officiellement comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit entre les musulmans et les bouddhistes a éclaté en 2012.
Depuis lors, une insurrection clairement islamique s’est développée dans la région. Elle a pris le nom d’Armée du Salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) et elle est dirigée par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste pakistanais. (ARSA s’appelait auparavant Harakah al-Yakin, ou Mouvement de la paix.) Ataullah est né dans la grande communauté Rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et c’était un Imam wahhabite en Arabie saoudite avant son arrivée au Myanmar. Depuis, en lavant les cerveaux, il a recruté et formé une armée locale de guérilla d’environ 1000 Takfiris.
Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500 000 Rohingya à Karachi. Ils sont arrivés du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à la demande du régime militaire du général Zia ul-Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l’Afghanistan :
La communauté Rohingya [à Karachi] est plus religieuse et elle envoie ses enfants dans les madrassas. C’est une des principales raisons pour lesquelles de nombreux partis religieux, en particulier l’Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, ont leur base organisationnelle dans les quartiers birmans.
(…)
 
« Un certain nombre de Rohingya vivant à Arakan Abad ont perdu des proches dans les attaques bouddhistes de juin 2012 au Myanmar », a déclaré Mohammad Fazil, un militant local de la JI.
 
Les Rohingya de Karachi recueillent régulièrement des dons, le Zakat 1 et des peaux d’animaux sacrifiés, et les envoient au Myanmar et au Bangladesh pour aider les familles déplacées.
Reuters a noté, à la fin de 2016, que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l’Arabie saoudite :
« Le groupe de musulmans Rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des gens qui ont des liens avec l’Arabie saoudite et le Pakistan », a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG), jeudi, en donnant quelques noms.
(…)
 
« Bien qu’on en n’ait pas de preuves, il semble que  [Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, pour s’entraîner à la guérilla moderne », a déclaré le groupe. Il a noté qu’Ata Ullah était l’un des 20 Rohingya d’Arabie saoudite qui dirigeaient les opérations du groupe dans l’État de Rakhine.
 
Par ailleurs, un comité des 20 émigrés Rohingya influents supervise le groupe qui a son siège à La Mecque, a déclaré l’ICG.
Les djihadistes d’ARSA affirment qu’ils n’attaquent que les forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été pris dans des embuscades et massacrés. Des hameaux bouddhistes ont également été brûlés.
Le gouvernement du Myanmar prétend qu’Ataullah et son groupe veulent instituer un État islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d’autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et a tué environ 12 policiers. L’armée et la police ont répondu, comme toujours dans ce conflit, en brûlant des communes Rohingya soupçonnées de cacher des forces de la guérilla.
Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de bouddhistes locaux arakanais fuient leurs villes et se réfugient dans la capitale du Rankine. Des musulmans Rohingya locaux fuient vers le Bangladesh. Seuls les derniers réfugiés semblent retenir l’attention internationale.
L’armée du Myanmar gouverne le pays depuis des décennies. Sous la pression économique, elle s’est ouverte à l’Occident de manière formelle en instituant la « démocratie ». La chérie de l’Occident au Myanmar est Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle joue un rôle important dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste, et le pouvoir réel est encore détenu par les généraux.
Aung San Suu Kyi a été choisie pour servir d’icône démocratique, mais elle a peu de mérite personnel, à part celui d’être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l’Armée birmane pour l’indépendance (BIA) et le « père de la nation ». Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l’armée impériale japonaise pour mener une guérilla contre l’armée britannique coloniale et la ligne d’approvisionnement britannique vers les forces anti-japonaises en Chine :
Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue, et a même pris un nom japonais. Dans La rivière des traces perdues, l’historien Thant Myint-U dit qu’il a « apparemment été entraîné dans l’euphorie fasciste qui l’entourait », mais il note qu’il est resté fidèle à la lutte pour l’indépendance du Myanmar.
Les conflits ethniques dans l’État du Rakhine ont également joué un rôle dans le conflit britannico-japonais sur la Birmanie :
En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l’État du Rakhine et ont atteint la commune de Maungdaw, près de la frontière de ce qui était alors l’Inde britannique et qui est maintenant le Bangladesh. Lorsque les Britanniques ont fait retraite en Inde, l’État du Rakhine est devenu une ligne de front.
 
Les bouddhistes arakanais locaux ont collaboré avec la BIA (British Intelligence Agency) et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des musulmans de la région pour contrer les Japonais.
 
« Les deux armées, britanniques et japonaises, ont exploité les frictions et les animosités de la population locale pour faire avancer leurs propres objectifs militaires », a écrit Moshe Yegar 2.
Lorsque les Britanniques ont gagné la guerre contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camp et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l’aide d’officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, qui a été renommée Myanmar par la suite, est gouvernée par des factions de l’armée qui se disputent le pouvoir.
La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été élevée en vue de jouer un rôle au Myanmar. Dans les années 1980 et 1990, elle s’est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a reçu un prix Nobel de la paix et les intellectuels « occidentaux » la considèrent comme une progressiste qui défend les droits de l’homme. Ils sont maintenant déçus qu’elle ne se prononce pas en faveur des Rohingya. Mais en le faisant, elle se mettrait dans le camp opposé à celui pour lequel son père a glorieusement combattu. Elle s’opposerait également à la majorité de la population du Myanmar qui ne porte pas dans son cœur les Rohingya et leur combat djihadiste.
En outre, les projets autour de la nouvelle route de la soie chinoise (OBOR) sont un énorme bonus pour le Myanmar et aideront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l’argent pour pousser les Rohingya au djihad au Myanmar. Il s’agit d’une réédition historique de l’opération de la CIA contre l’influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l’Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans et, au lieu d’y participer, ils vont sûrement se battre contre un djihad dans leur pays. Les Rohingya ne sont plus que des pions dans le grand jeu et ils en feront les frais.

 

  1. La zakât ou zakat ou zakaat (زَكَاة zakāt), un mot arabe traduit par « aumône légale », est le troisième des piliers de l’islam. Le musulman est tenu de calculer chaque année lunaire (hégire) ce montant et de le donner aux plus pauvres dans son pays de résidence.
  2. Moshe Yegar était secrétaire adjoint à l’Ambassade d’Israël de Rangoon au début des années 1960. Pendant son séjour en Birmanie, il a soumis une thèse appelée « Les Musulmans de Birmanie » à l’Université hébraïque de Jérusalem
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… Des pions dans la guerre que les Anglais livrent aux Chinois par l’intermédiaire des djihadistes saoudiens


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 4 septembre 2017

L’attention des médias est dirigée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l’ancienne Birmanie. Selon la presse « occidentale », les Rohingya musulmans sont injustement vilipendés, chassés et tués par des foules bouddhistes et par l’armée dans l’État de Rakhine près de la frontière avec le Bangladesh. Les « organisations humanistes libérales » comme Human Rights Watch joignent leurs voix à celles d’islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour déplorer le sort des Rohingya.
Cette curieuse alliance s’est également nouée pendant les guerres en Libye et en Syrie. Cela doit nous alerter. Y aurait-il autre chose derrière ce conflit local au Myanmar ? Est-ce que quelqu’un jette de l’huile sur le feu ?
C’est bien le cas, en effet.
Alors que le conflit ethnique dans l’État de Rakhine est très ancien, il s’est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l’Arabie saoudite. La zone a un intérêt géostratégique :
L’État de Rakhine joue un rôle important dans OBOR [la nouvelle route de la soie chinoise], car il s’agit d’une sortie vers l’océan Indien où sont prévues des réalisations chinoises pour un montant d’un milliard de dollars : une zone économique sur l’île de Ramree, et le port en eau profonde de Kyaukphyu qui a des pipelines de pétrole et de gaz naturel reliés à Kunming dans la province du Yunnan.
Les pipelines qui vont de la côte ouest du Myanmar vers la Chine à l’est permettent l’importation d’hydrocarbures du golfe Persique vers la Chine tout en évitant le goulet d’étranglement du détroit de Malacca et les sites de la mer de Chine méridionale qui font l’objet d’une contestation.
C’est « l’intérêt de l’Occident » d’entraver les projets de la Chine au Myanmar. Encourager le djihadisme dans l’État de Rakhine pourrait y contribuer. Il existe un précédent historique d’une telle guerre par procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les musulmans Rohingya du Rakhine à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.
Les Rohingya immigrent dans les régions du nord d’Arakan, l’État actuel du Rakhine au Myanmar, depuis le XVIe siècle. Il y a eu une grande vague d’immigration sous l’occupation impériale britannique, il y a environ cent ans. L’immigration illégale en provenance du Bangladesh s’est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingya musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité du Rohingya est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux d’Arakanese. Ces derniers se sentent sous pression dans leur propre pays.
Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il y a de nombreux hameaux habités à 100% par les uns ou les autres. Les Rohingya sont généralement peu intégrés au Myanmar. La plupart ne sont pas reconnus officiellement comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit entre les musulmans et les bouddhistes a éclaté en 2012.
Depuis lors, une insurrection clairement islamique s’est développée dans la région. Elle a pris le nom d’Armée du Salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) et elle est dirigée par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste pakistanais. (ARSA s’appelait auparavant Harakah al-Yakin, ou Mouvement de la paix.) Ataullah est né dans la grande communauté Rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et c’était un Imam wahhabite en Arabie saoudite avant son arrivée au Myanmar. Depuis, en lavant les cerveaux, il a recruté et formé une armée locale de guérilla d’environ 1000 Takfiris.
Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500 000 Rohingya à Karachi. Ils sont arrivés du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à la demande du régime militaire du général Zia ul-Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l’Afghanistan :
La communauté Rohingya [à Karachi] est plus religieuse et elle envoie ses enfants dans les madrassas. C’est une des principales raisons pour lesquelles de nombreux partis religieux, en particulier l’Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, ont leur base organisationnelle dans les quartiers birmans.
(…)
 
« Un certain nombre de Rohingya vivant à Arakan Abad ont perdu des proches dans les attaques bouddhistes de juin 2012 au Myanmar », a déclaré Mohammad Fazil, un militant local de la JI.
 
Les Rohingya de Karachi recueillent régulièrement des dons, le Zakat 1 et des peaux d’animaux sacrifiés, et les envoient au Myanmar et au Bangladesh pour aider les familles déplacées.
Reuters a noté, à la fin de 2016, que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l’Arabie saoudite :
« Le groupe de musulmans Rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des gens qui ont des liens avec l’Arabie saoudite et le Pakistan », a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG), jeudi, en donnant quelques noms.
(…)
 
« Bien qu’on en n’ait pas de preuves, il semble que  [Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, pour s’entraîner à la guérilla moderne », a déclaré le groupe. Il a noté qu’Ata Ullah était l’un des 20 Rohingya d’Arabie saoudite qui dirigeaient les opérations du groupe dans l’État de Rakhine.
 
Par ailleurs, un comité des 20 émigrés Rohingya influents supervise le groupe qui a son siège à La Mecque, a déclaré l’ICG.
Les djihadistes d’ARSA affirment qu’ils n’attaquent que les forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été pris dans des embuscades et massacrés. Des hameaux bouddhistes ont également été brûlés.
Le gouvernement du Myanmar prétend qu’Ataullah et son groupe veulent instituer un État islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d’autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et a tué environ 12 policiers. L’armée et la police ont répondu, comme toujours dans ce conflit, en brûlant des communes Rohingya soupçonnées de cacher des forces de la guérilla.
Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de bouddhistes locaux arakanais fuient leurs villes et se réfugient dans la capitale du Rankine. Des musulmans Rohingya locaux fuient vers le Bangladesh. Seuls les derniers réfugiés semblent retenir l’attention internationale.
L’armée du Myanmar gouverne le pays depuis des décennies. Sous la pression économique, elle s’est ouverte à l’Occident de manière formelle en instituant la « démocratie ». La chérie de l’Occident au Myanmar est Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle joue un rôle important dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste, et le pouvoir réel est encore détenu par les généraux.
Aung San Suu Kyi a été choisie pour servir d’icône démocratique, mais elle a peu de mérite personnel, à part celui d’être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l’Armée birmane pour l’indépendance (BIA) et le « père de la nation ». Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l’armée impériale japonaise pour mener une guérilla contre l’armée britannique coloniale et la ligne d’approvisionnement britannique vers les forces anti-japonaises en Chine :
Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue, et a même pris un nom japonais. Dans La rivière des traces perdues, l’historien Thant Myint-U dit qu’il a « apparemment été entraîné dans l’euphorie fasciste qui l’entourait », mais il note qu’il est resté fidèle à la lutte pour l’indépendance du Myanmar.
Les conflits ethniques dans l’État du Rakhine ont également joué un rôle dans le conflit britannico-japonais sur la Birmanie :
En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l’État du Rakhine et ont atteint la commune de Maungdaw, près de la frontière de ce qui était alors l’Inde britannique et qui est maintenant le Bangladesh. Lorsque les Britanniques ont fait retraite en Inde, l’État du Rakhine est devenu une ligne de front.
 
Les bouddhistes arakanais locaux ont collaboré avec la BIA (British Intelligence Agency) et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des musulmans de la région pour contrer les Japonais.
 
« Les deux armées, britanniques et japonaises, ont exploité les frictions et les animosités de la population locale pour faire avancer leurs propres objectifs militaires », a écrit Moshe Yegar 2.
Lorsque les Britanniques ont gagné la guerre contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camp et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l’aide d’officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, qui a été renommée Myanmar par la suite, est gouvernée par des factions de l’armée qui se disputent le pouvoir.
La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été élevée en vue de jouer un rôle au Myanmar. Dans les années 1980 et 1990, elle s’est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a reçu un prix Nobel de la paix et les intellectuels « occidentaux » la considèrent comme une progressiste qui défend les droits de l’homme. Ils sont maintenant déçus qu’elle ne se prononce pas en faveur des Rohingya. Mais en le faisant, elle se mettrait dans le camp opposé à celui pour lequel son père a glorieusement combattu. Elle s’opposerait également à la majorité de la population du Myanmar qui ne porte pas dans son cœur les Rohingya et leur combat djihadiste.
En outre, les projets autour de la nouvelle route de la soie chinoise (OBOR) sont un énorme bonus pour le Myanmar et aideront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l’argent pour pousser les Rohingya au djihad au Myanmar. Il s’agit d’une réédition historique de l’opération de la CIA contre l’influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l’Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans et, au lieu d’y participer, ils vont sûrement se battre contre un djihad dans leur pays. Les Rohingya ne sont plus que des pions dans le grand jeu et ils en feront les frais.

 

  1. La zakât ou zakat ou zakaat (زَكَاة zakāt), un mot arabe traduit par « aumône légale », est le troisième des piliers de l’islam. Le musulman est tenu de calculer chaque année lunaire (hégire) ce montant et de le donner aux plus pauvres dans son pays de résidence.
  2. Moshe Yegar était secrétaire adjoint à l’Ambassade d’Israël de Rangoon au début des années 1960. Pendant son séjour en Birmanie, il a soumis une thèse appelée « Les Musulmans de Birmanie » à l’Université hébraïque de Jérusalem
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Birmanie: les rebelles rohingyas proclament un cessez-le-feu d’un mois

Birmanie: les rebelles rohingyas proclament un cessez-le-feu d’un mois

Un camp de réfugiés rohingyas à Ukhiya, au Bangladesh, le 9 septembre 2017 / © AFP / MUNIR UZ ZAMAN

Les rebelles rohingyas qui avaient attaqué fin août des postes de police dans l’Etat Rakhine, en Birmanie, déclenchant une campagne de répression de l’armée et l’exode de près 300.000 membres de cette minorité musulmane, ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d’un mois.

« L’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) déclare l’arrêt temporaire de ses opérations militaires offensives », a déclaré le groupe rebelle dans un communiqué sur Twitter.

L’ARSA, plus connu localement sous le nom Harakah al-Yaqin (« Mouvement de la foi » en arabe), ajoute vouloir ainsi favoriser l’arrivée de l’aide humanitaire.

Les rebelles avaient coordonné des attaques contre plusieurs dizaines de poste-frontières birmans depuis le 25 août, équipés de simples machettes et couteaux.

Le groupe dit avoir pris les armes pour défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya.

Depuis des décennies, cette minorité, qui compte environ un million de personnes, est victime de discriminations en Birmanie, pays à majorité bouddhiste.

Pour fuir l’opération de l’armée birmane, les centaines de villages du nord de l’Etat Rakhine se sont vidés de leurs habitants.

La plupart arrivent au Bangladesh à pied ou en bateaux après des jours de marche sous la pluie. Les deux pays ont une frontière longue de 278 kilomètres, et un quart de celle-ci est constituée par la rivière Naf.

Après un long périple sous la pluie sans vivres, les nouveaux arrivés sont souvent malades, affamés et très affaiblis, racontent les ONG. Certains arrivent également avec des blessures par balles.

Et au bout du chemin, ils trouvent des camps déjà saturés et doivent souvent défrichés pour se trouver un abri.

Au total, on estime qu’entre les violences d’octobre qui avaient poussées 87.000 personnes à fuir et les troubles actuels, près du tiers des Rohingyas de Birmanie (estimés à un million) sont désormais au Bangladesh.

La Birmanie a annoncé samedi qu’elle allait mettre en place des camps pour accueillir les musulmans rohingyas déplacés, une première, après un nouvel appel de l’ONU, qui a enjoint vendredi la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi à « se mobiliser ».

Environ 27.000 bouddhistes et hindous ont également fui leurs villages et ont trouvé refuge dans les monastères et les écoles dans le sud de la région.

(©AFP / 10 septembre 2017 07h24)

 

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Rohingya : Aung San Suu Kyi sort de son silence pour dénoncer… les fausses informations

 

Asie – pacifique

Rohingya : Aung San Suu Kyi sort de son silence pour dénoncer… les fausses informations

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© Roslan Rahman, AFP | La chef du gouvernement birman et prix Nobel de la paix 1991, Aung San Suu Kyi, le 30 novembre 2016, à Singapour.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 06/09/2017

La dirigeante birmane et prix Nobel de la paix en 1991, Aung San Suu Kyi a accusé mercredi des « terroristes » de propager « un iceberg de désinformation » à propos des violences commises contre les musulmans rohingyas dans son pays.

La parole de la prix Nobel de la paix était attendue. La chef du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, a fini par sortir de son silence pour la première fois depuis le début de la crise des musulmans rohingyas, mercredi 6 septembre, en dénonçant un « iceberg de désinformation ».

En se référant, lors d’un échange téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, à la publication de photos à l’authenticité douteuse publiées fin août par le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek, qui dénonçait un « nettoyage ethnique », Aung San Suu Kyi a affirmé que « ce genre de fausse information est seulement la partie émergée d’un énorme iceberg de désinformation ».

>> À voir : De la Birmanie au Bangladesh, l’exode des Rohingya, peuple sans terre ni patrie

Le vice-Premier ministre turc avait retiré les photos, mais l’affaire fait scandale en Birmanie, où la majorité bouddhiste, dont fait partie Aung San Suu Kyi, accuse la communauté internationale, notamment les médias étrangers, d’avoir un parti pris pro-rohingya.

Suu Kyi tente de rassurer

En onze jours, près de 125 000 personnes, pour la plupart des musulmans rohingyas, ont fui les violences en Birmanie pour se réfugier au Bangladesh voisin, selon les derniers chiffres de l’ONU. Les combats entre rebelles musulmans et forces birmanes ont fait depuis le 25 août au moins 400 morts, quasiment tous des musulmans.

>> À voir : Birmanie, quel bilan pour Aung San Suu Kyi ?

Malgré la mise en exergue de cette affaire des photos publiées par ce ministre turc, Aung San Suu Kyi a cherché à répondre « aux inquiétudes » d’Erdogan : « Nous savons bien mieux que d’autres ce que c’est que d’être privés de droits et de protection démocratique », dans une allusion à ses années de lutte contre la junte militaire et d’assignation à résidence.

« Nous ferons en sorte que tous les habitants de notre pays voient leurs droits protégés », s’est-elle engagée, dans un premier commentaire très attendu de celle qui avait gardé le silence depuis les premières attaques fin août.

Avec AFP

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