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Un coup, un mort et une route

Un coup, un mort et une route

12 Novembre 2019

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

A 10 000 kilomètres de là, lundi, un curieux personnage a été retrouvé mort près de son appartement d’Istanbul. Accusé avec vraisemblance par Moscou d’être lié aux services secrets britanniques, James Le Mesurier était le fondateur des sinistrement célèbres Casques blancs, proches des barbus modérément modérés et spécialistes ès false flag chimiques.

A-t-il été liquidé par ses parrains parce qu’il en savait trop ? Son élimination faisait-elle partie de l’accord russo-turc sur le Nord syrien ? Est-ce un simple accident ? Pour l’instant, mystère…

Rien d’étrange en revanche devant l’inexorable avancée des Nouvelles routes de la Soie. Les derniers accords en date concernent la Grèce et une foule de contrats signés pour faire du pays de Périclès l’une des portes d’entrée vers l’Europe. Cette branche du réseau eurasien passe par le port du Pirée, déjà partiellement chinois et dont la croissance vertigineuse depuis quelques années en fera bientôt le premier port méditerranéen.

Les autres voies de la Soie ne sont pas en reste, comme en Asie centrale où l’influence économique du dragon est impossible à concurrencer. La blague locale est d’ailleurs cruelle pour l’UE : « Personne ne peut refuser l’offre chinoise, personne ne peut comprendre l’offre européenne ». En Russie, c’est un monumental pont qui verra le jour sur la Volga, afin d’écourter la route entre l’empire du Milieu et le Vieux continent. Brzezinski et McCain sont heureux de ne plus être là pour constater le désastre…

Tag(s) : #Amérique latine#Moyen-Orient#Chine#Europe#Etats-Unis

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/un-coup-un-mort-et-une-route.html

La révolution du lithium. Tesla serait-il derrière le renversement de Morales?

La révolution du lithium. Tesla serait-il derrière le renversement de Morales?

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Auteur : Olivier Renault | Editeur : Walt | Vendredi, 15 Nov. 2019 – 04h29

Le coup d’Etat en Bolivie intervient moins d’une semaine après la fin des négociations entre Evo Morales, le président de la Bolivie obligé de quitter son pays, et une firme multinationale exploitant le lithium.

La Bolivie a des gisements de lithium qui permettent de fabriquer des batteries comme celles utilisées dans les voitures électriques. Le coup d’Etat, qui a conduit dimanche à la démission d’Evo Morales et poussé le président à se réfugier au Mexique, est officiellement le fruit du résultat de journées de protestations du fait d’éléments de la droite en colère contre le gouvernement de gauche d’Evo Morales. La sénatrice Jeanine Añez, du parti de centre-droit Unité de la démocratie, est, en prévision des élections, actuellement présidente par intérim du gouvernement de l’Etat plurinational de Bolivie à la suite du coup d’État.

David Atkins, collaborateur de Washington Monthly a tweeté: «Le lithium en Bolivie appartient au peuple bolivien. Ce n’est pas la propriété des entreprises multinationales. Le coup militaire de dimanche en Bolivie a mis en place un gouvernement qui devrait changer la décision prise par le président démissionnaire, Evo Morales, qui avait annulé un accord stratégique avec une société allemande pour l’exploitation de gisements de lithium dans ce pays d’Amérique latine permettant la fabrication de batteries comme celles utilisées dans les voitures électriques». https://twitter.com/DavidOAtkins/status/1193970669286899712  David Atkins insiste sur le fait que «le lithium bolivien appartient au peuple bolivien» et «pas aux multinationales». L’analyste, Argus, spécialisé dans les investissements, a invité les investisseurs à suivre de près l’évolution de la situation et a noté que la production de gaz et de pétrole de sociétés étrangères en Bolivie était restée stable. Le gouvernement d’Evo Morales avait annoncé à l’époque qu’il était «déterminé à industrialiser la Bolivie et a investir des sommes énormes pour garantir que le lithium destiné à l’emploi des piles et batteries soit transformé dans le pays pour l’exporter uniquement pour servir les intérêts du pays sous forme d’une valeur ajoutée».

Evo Morales a refusé un accord avec une firme internationale exploitant le lithium. Le président de la Bolivie, actuellement en fuite, avait décidé d’annuler le 4 novembre dernier un accord commercial qui avait été réalisé en décembre 2018 avec la firme allemande ACI Systems Alemania (ACISA). C’est après plusieurs semaines de manifestations réalisées par des habitants de la région de Potosí où le lithium doit être exploité que Evo Morales a pris sa décision. La région du Potosí dispose de 50% à 70% des réserves mondiales en lithium et cette réserve se trouve dans les salines du Salar de Uyuni. Parmi les clients de la société allemande ACISA, on trouve le groupe Tesla d’ Elon Musk. Il est à signaler que les actions de Tesla ont augmenté lundi après le coup d’Etat. L’annulation de l’accord ACISA par le président déchu a ouvert la porte à une renégociation de l’accord avec des termes générant davantage de profits pour la population de la région ou à la nationalisation pure et simple de l’industrie d’extraction du lithium en Bolivie.

Comme Bloomberg News l’a noté en 2018, cette réserve fait de la Bolivie un lieu stratégique dans l’économie mondiale pour la prochaine décennie. En effet, la demande de lithium devrait plus que doubler d’ici 2025. Ce minerai est surtout extrait en Australie, au Chili et en Argentine. Mais la Bolivie, qui en a beaucoup, possède 9 millions de tonnes de Lithium qui n’ont jamais été exploitées commercialement et cela représente la deuxième plus grande production au monde. Jusqu’à présent, il n’existait aucun moyen pratique de l’exploiter et de le vendre.

Les répercussions sur le secteur du lithium et son exploitation ne sont pas encore connues suite à ce coup d’Etat comme l’indique, Stratfor, la société mondiale d’analyse du renseignement. À long terme, l’incertitude politique persistante rendra plus difficile pour la Bolivie sa capacité à augmenter sa production de métaux stratégiques comme le lithium ou à développer un secteur à valeur ajoutée sur le marché des batteries. Le climat peu propice aux investissements intervient à un moment où les opportunités mondiales dans la production de batteries au lithium se multiplient pour répondre à la demande croissante provenant de la fabrication de véhicules électriques. La semaine dernière, ACISA avait déclaré au média allemand Deutsche Welle: «Nous sommes confiants que notre projet de lithium sera repris après une phase de calme politique et de clarification».

La décision d’Evo Morales tombe à un moment où l’industrie allemande est justement en train de réorienter sa production automobile sur les voitures électriques roulant avec des batteries fabriquées au lithium et fournies par la société allemande ACISA comme l’écrit la Deutsche Welle https://www.dw.com/en/bolivia-scraps-joint-lithium-project-with-german-company/a-51100873  . A côté de Berlin, dans le Land de Brandenbourg, à proximité du tout nouveau aéroport international le BER, Elon Musk a déclaré ouvrir ce mercredi dernier une usine employant 8000 salariés pour produire des voitures électriques https://www.arcor.de/article/US-Elektroautobauer–Elon-Musk–Tesla-baut-europaeische-Fabrik-bei-Berlin/hub01-home-news-wirtschaft/8846698   . Le gouvernement allemand continue de célébrer en grande pompe cette décision qui doit conforter l’Allemagne comme le leader dans la production des voitures de la nouvelle génération.

– Source : Observateur Continental

http://www.zejournal.mobi/index.php/news/show_detail/18669

Pendant que vous dormiezLula, Chili et Bolivie : les informations de la nuit

Pendant que vous dormiezLula, Chili et Bolivie : les informations de la nuit

2 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS) 

Lula remonté à bloc contre Bolsonaro, devant ses partisans. Fraîchement sorti de prison, l’ancien président brésilien Lula s’est offert samedi un bain de foule et a offert à ses partisans un discours enflammé où il a dit tout le mal qu’il pensait de l’actuel président Jair Bolsonaro, rapporte El País. “Jair Bolsonaro a été élu démocratiquement (en 2018), mais pour gouverner pour le peuple brésilien, et non pour les miliciens de Rio de Janeiro”, s’est écrié Lula, rouge de colère, devant un bon millier de militants. Il faisait référence à la mort de la conseillère noire de Rio Marielle Franco en mars 2018, que beaucoup attribuent aux milices de Rio. Dans la matinée, Bolsonaro avait donné le ton en exhortant les Brésiliens, sur Twitter à “ne pas donner de munitions à la canaille” Lula, “qui est momentanément libre, mais lourd de culpabilité”.

Chili : Piñera prépare un projet de modification de la Constitution. Le président chilien Sebastián Piñera a annoncé samedi qu’il préparait un projet de modification de la Constitution, l’une des principales revendications des manifestants, qui s’opposent depuis trois semaines au gouvernement, selon La Nación. “Je crois que des changements de la Constitution sont légitimes et nous allons en discuter. En conséquence, nous préparons un projet de modification de la Constitution”, a déclaré le président. Parmi les modifications envisagées figurent “une meilleure définition des droits de la personne et les modalités pour faire respecter” ces droits. Les amendements prévus précisent également “les obligations de l’État” et établissent “de meilleurs mécanismes de participation” citoyenne, a ajouté le président. C’est une volte-face pour Piñera, qui avait enterré, lors de son accession au pouvoir, les projets de modification de la Constitution préparés par la présidente socialiste Michelle Bachelet, à qui il avait succédé.

Bolivie : Evo Morales lance un appel au dialogue. Au terme d’une nouvelle journée de manifestations et de démonstrations de force de l’opposition, le président Evo Morales a lancé un appel au dialogue, aussitôt rejeté par l’opposition, écrit La Razón. “Je lance un appel au dialogue avec les partis qui ont obtenu des sièges au Parlement lors des dernières élections générales, soit quatre partis”, a déclaré M. Morales, appelant également les policiers mutinés à mettre fin à leur mouvement. Quelques minutes après son allocution, Carlos Mesa, ancien président bolivien et principal rival de M. Morales lors du scrutin d’octobre, a rejeté sa proposition. “Je n’ai rien à négocier avec Evo Morales ni avec son gouvernement”, a-t-il déclaré. Les mutineries de policiers ont continué à se multiplier dans la nuit de vendredi à samedi, tandis qu’une foule de manifestants hostiles à M. Morales a occupé à La Paz les sièges de deux médias d’État, Bolivia TV et Radio Patria Nueva.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1948126/article/1948390