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Pendant que vous dormiezLula, Chili et Bolivie : les informations de la nuit

Pendant que vous dormiezLula, Chili et Bolivie : les informations de la nuit

2 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS) 

Lula remonté à bloc contre Bolsonaro, devant ses partisans. Fraîchement sorti de prison, l’ancien président brésilien Lula s’est offert samedi un bain de foule et a offert à ses partisans un discours enflammé où il a dit tout le mal qu’il pensait de l’actuel président Jair Bolsonaro, rapporte El País. “Jair Bolsonaro a été élu démocratiquement (en 2018), mais pour gouverner pour le peuple brésilien, et non pour les miliciens de Rio de Janeiro”, s’est écrié Lula, rouge de colère, devant un bon millier de militants. Il faisait référence à la mort de la conseillère noire de Rio Marielle Franco en mars 2018, que beaucoup attribuent aux milices de Rio. Dans la matinée, Bolsonaro avait donné le ton en exhortant les Brésiliens, sur Twitter à “ne pas donner de munitions à la canaille” Lula, “qui est momentanément libre, mais lourd de culpabilité”.

Chili : Piñera prépare un projet de modification de la Constitution. Le président chilien Sebastián Piñera a annoncé samedi qu’il préparait un projet de modification de la Constitution, l’une des principales revendications des manifestants, qui s’opposent depuis trois semaines au gouvernement, selon La Nación. “Je crois que des changements de la Constitution sont légitimes et nous allons en discuter. En conséquence, nous préparons un projet de modification de la Constitution”, a déclaré le président. Parmi les modifications envisagées figurent “une meilleure définition des droits de la personne et les modalités pour faire respecter” ces droits. Les amendements prévus précisent également “les obligations de l’État” et établissent “de meilleurs mécanismes de participation” citoyenne, a ajouté le président. C’est une volte-face pour Piñera, qui avait enterré, lors de son accession au pouvoir, les projets de modification de la Constitution préparés par la présidente socialiste Michelle Bachelet, à qui il avait succédé.

Bolivie : Evo Morales lance un appel au dialogue. Au terme d’une nouvelle journée de manifestations et de démonstrations de force de l’opposition, le président Evo Morales a lancé un appel au dialogue, aussitôt rejeté par l’opposition, écrit La Razón. “Je lance un appel au dialogue avec les partis qui ont obtenu des sièges au Parlement lors des dernières élections générales, soit quatre partis”, a déclaré M. Morales, appelant également les policiers mutinés à mettre fin à leur mouvement. Quelques minutes après son allocution, Carlos Mesa, ancien président bolivien et principal rival de M. Morales lors du scrutin d’octobre, a rejeté sa proposition. “Je n’ai rien à négocier avec Evo Morales ni avec son gouvernement”, a-t-il déclaré. Les mutineries de policiers ont continué à se multiplier dans la nuit de vendredi à samedi, tandis qu’une foule de manifestants hostiles à M. Morales a occupé à La Paz les sièges de deux médias d’État, Bolivia TV et Radio Patria Nueva.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1948126/article/1948390

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Macron accuse Bolsonaro d’avoir «menti» sur le climat, la France s’oppose à l’accord UE-Mercosur

Macron accuse Bolsonaro d’avoir «menti» sur le climat, la France s’oppose à l’accord UE-Mercosur

  • Par  François-Xavier Bourmaud 
  • Mis à jour le 23/08/2019 à 20:30 
  • Publié le 23/08/2019 à 14:04
Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro lors du G20 d'Osaka, le 28 juin 2019.

L’Elysée estime que le président brésilien Jair Bolsonaro n’a pas «respecté ses engagements climatiques, y compris les incendies». «Dans ces conditions, la France s’oppose à l’accord Mercosur en l’état», a poursuivi la présidence française.

Envoyé spécial à Biarritz

Le « champion de la Terre » est de retour. À la veille de l’ouverture officielle du G7 à Biarritz, Emmanuel Macron a déclenché une crise diplomatique avec le Brésil, sur fond d’incendies spectaculaires dans la forêt amazonienne. « Notre maison brûle. Littéralement », avait tweeté jeudi soir Emmanuel Macron, reprenant les mots de Jacques Chirac lors d’un discours sur le climat prononcé en 2002 à Johannesburg. « L’Amazonie, le poumon de notre pla­nète, qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour en parler. »Sponsorisé par KiaLe nouveau Kia e-Niro, le crossover 100% éléctrique dès 397 €/mois !

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Emmanuel Macron@EmmanuelMacron

Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence. #ActForTheAmazon

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50,7 k21:14 – 22 août 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité29,1 k personnes parlent à ce sujet

Fureur du président brésilien d’extrême droite, qui a immédiatement accusé Emmanuel Macron d’« instrumentaliser une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens pour des gains politiques personnels ». Au passage, Jair Bolsonaro a dénoncé l’attitude française qui lui évoquait « une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle ». La réplique ne s’est pas fait attendre.

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La France boycotte l’accord Mercosur

Accusant Jair Bolsonaro d’avoir « menti » sur ses engagements en faveur du climat, Emmanuel Macron a annoncé que la France s’opposerait à la signature de l’accord avec le Mercosur, un traité de libre-échange entre l’Europe et plusieurs pays d’Amérique du Sud, dont le Brésil. « L’Amazonie est en feu et Jair Bolsonaro reste inactif sur le climat alors qu’il s’y était engagé, déplore un proche du chef de l’État. Il est dans le déni sur le sujet du réchauffement climatique. Les décisions et propos du Brésil ces dernières semaines montrent bien que le président Bolsonaro a décidé de ne pas respecter ses engagements climatiques ni de s’engager en matière de biodiversité. »

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Dans sa passe d’arme contre le Brésil et dans sa volonté d’inscrire le sujet des feux en Amazonie à l’agenda du G7, le président de la République a déjà reçu le soutien de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. « La chancelière soutient complètement le président français », a assuré le porte-parole d’Angela Merkel. Le gouvernement allemand a cependant précisé dans la soirée que la décision du président français «n’est pas la réponse appropriée» aux incendies dans la forêt amazonienne. «L’échec de la conclusion de l’accord Mercosur ne contribuerait pas à réduire le défrichement de la forêt tropicale au Brésil», a-t-il ajouté, soulignant que l’accord «contient un chapitre ambitieux sur le développement durable, avec des réglementations contraignantes sur la protection du climat».

Le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, a de son côté tweeté : « Les feux de forêt qui ravagent la forêt amazo­nienne ne sont pas seulement bouleversants, il s’agit également d’une crise internationale. » Il a ajouté que son pays est « prêt à fournir toute l’aide nécessaire pour les maîtriser et contribuer à protéger l’une des grandes merveilles de la planète ».

Boris Johnson@BorisJohnson

The fires ravaging the Amazon rainforest are not only heartbreaking, they are an international crisis. We stand ready to provide whatever help we can to bring them under control and help protect one of Earth’s greatest wonders.21 k17:25 – 23 août 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité6 698 personnes parlent à ce sujet

Dans un entretien à Konbini vendredi soir, Emmanuel Macron a également appelé à «trouver la bonne gouvernance de l’Amazonie», en associant davantage les ONG et les peuples autochtones. «On doit trouver ce que j’appellerais la bonne gouvernance de l’Amazonie. C’est-à-dire qu’il faut associer les ONG, il faut associer les peuples autochtones beaucoup plus qu’on ne le fait et il faut stopper un processus de déforestation industrialisé (…) où on a véritablement un écocide qui est en train de se développer à travers l’Amazonie et pas simplement au Brésil», a déclaré le président français.

L’approbation de Nicolas Hulot

Pour Emmanuel Macron, l’occasion est inespérée de repeindre en vert un sommet de G7 qui s’annonçait une nouvelle fois décevant sur le volet environnemental, à part peut-être la signature d’une charte de la biodiversité – « premier engagement pris à ce niveau en la matière », selon le président. Pour le reste, « je souhaite pouvoir finir de convaincre tous les partenaires qui seront là, y compris ceux qui ne sont pas formellement membres du G7 (Afrique du Sud, Chili, Inde, Australie), du relèvement de leur niveau d’ambition » sur la lutte contre le réchauffement climatique, avait prudemment expliqué le chef de l’État mercredi lors d’une rencontre avec la presse. Avec les feux en Amazonie et la crise diplomatique qui a suivi, voilà désormais le sujet au cœur du sommet de Biarritz.

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Vendredi, l’Élysée a fait savoir que le G7 travaillait à des « initiatives concrètes » pour lutter contre les feux en Amazonie. Le refus de signer l’accord Mercosur en est une première, mais pour l’instant franco-française. Elle a déjà provoqué un effet inattendu sur la scène politique intérieure alors que le chef de l’État s’efforce de mettre l’accent sur l’écologie. Car, avec son annonce, Emmanuel Macron a «récupéré » Nicolas Hulot.

Presque un an jour pour jour après sa démission surprise du ministère de l’Écologie, pour dénoncer le manque d’ambition du gouvernement sur l’environnement, l’ancien animateur d’« Ushuaïa » a salué la décision du chef de l’État. « Une première étape essentielle, selon Nicolas Hulot. Elle doit être suivie de sanctions commerciales interdisant importations de produits agricoles brésiliens pour tenter de stopper la déforestation. »

«Make Amazonie green again»

L’annonce prend aussi à revers l’ensemble des partis de gauche et les écologistes qui s’opposaient jusqu’alors au Mercosur. Et permet à Emmanuel Macron de revêtir son costume de « champion de la Terre » sur la scène nationale au moment où la défense de l’environnement s’impose parmi les préoccupations des Français. Lorsque le titre lui avait été décerné en septembre 2018 à New York, à l’occasion de la deuxième édition du One Planet Summit, il lui avait surtout valu quolibets et moqueries. L’ONU voulait alors récompenser son action en faveur du climat, notamment dans la foulée du « Make our planet great again » lancé à Donald Trump après son retrait de l’accord de Paris. À Biarritz, ce sera plutôt : « Make Amazonie green again ».

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François-Xavier Bourmaud

http://www.lefigaro.fr/international/macron-accuse-bolsonaro-d-avoir-menti-sur-le-climat-la-france-s-oppose-a-l-accord-ue-mercosur-20190823?utm_source=app&utm_medium=sms&utm_campaign=fr.playsoft.lefigarov3&fbclid=IwAR3MS4oFn7YM3DEZGdd0r_n_HZxlw3Dw5nOQ9W13W8dRfSoihlOOVyz2pA8

La relation diplomatique entre l’Iran et le Brésil

La relation diplomatique entre l’Iran et le Brésil

Quentin CREURER 12 août 2019 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du SudIranProche et Moyen-OrientSituations décryptées Leave a comment

L’élection de Jair Bolsonaro en octobre 2018 a réchauffé les relations entre le Brésil et Israël. En revanche, l’attitude bienveillante du président brésilien envers Israël affecte la relation bilatérale avec l’Iran. En effet, les précédents gouvernements avaient réussi à tisser des liens étroits avec la République Islamique d’Iran. Dès lors, il est intéressant de s’interroger sur le devenir de la relation entre le Brésil et l’Iran sous la présidence Bolsonaro.

Les convergences diplomatiques du Brésil et de l’Iran sous la présidence Lula

Le Président du Brésil, Lula, sert la main au Président Iranien, en 2010, à Téhéran.
Les présidents Lula et Ahmadinejad à Téhéran en 2010

Dans les années 1990, le Brésil échangeait principalement avec l’Iran des denrées alimentaires en faible volume. Puis, en 2003, la coopération a été accentuée par la cession de champs pétroliers iraniens à l’entreprise brésilienne Petrobras. Cette intensification des relations s’explique par la nouvelle diplomatie mise en place par Lula lors de son mandat. Cette stratégie diplomatique se voulait multipolaire afin d’éviter les rapports de force bilatéraux à son désavantage. En somme, l’ancien président prônait une ouverture vers les pays émergents afin de contourner l’influence américaine.

L’affirmation de l’émancipation des instances internationales s’est perçue dans la convergence diplomatique entre l’Iran et le Brésil. De son côté, l’Iran tentait d’étoffer son éventail diplomatique en acquérant le maximum de soutien quand Brésil apparaissait comme un allié de poids sur le continent américain. A ce titre, le Brésil a soutenu l’Iran quant aux questions liées au nucléaire. Le président Lula a plusieurs fois maintenu sa position en affirmant que les Iraniens avaient le droit de développer un nucléaire pacifique. A l’inverse, il fut très critique envers l’État d’Israël qui n’a pas signé le Traité de Non Prolifération, à l’inverse de l’Iran.

Par ailleurs, les relations économiques entre l’Iran et le Brésil se sont intensifiées grâce au commerce de la viande hallal. Néanmoins, le commerce bilatéral se résument à des échanges de produits alimentaires qui doivent contourner les sanctions économiques. C’est pourquoi l’Iran n’apparaît pas comme un partenaire économique vital du Brésil. En revanche, en novembre 2018, et malgré l’élection de Jair Bolsonaro, une délégation parlementaire brésilienne s’est rendue en Iran. Les délégués brésiliens cherchaient à resserrer les liens économiques et trouver une solution à la crise nucléaire. En résumé, on voit que la relation entre le Brésil et l’Iran s’est tissée grâce à une vision commune de l’indépendance diplomatique. La recherche d’alliés en dehors de la sphère américaine participe également à cette convergence d’intérêt.

Le rapprochement du Brésil de Bolsonaro avec Israël

L’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil confirme le changement politique en Amérique Latine. En effet, Bolsonaro incarne le retour de la droite sud-américaine. Il faut noter le soutien des évangélistes dans son élection pour comprendre son positionnement vis-à-vis d’Israël. Les fidèles évangélistes pensent que le retour des Juifs en terre d’Israël est nécessaire pour que le Messie revienne. Dès lors, il sera possible d’établir le Royaume de Dieu à Jérusalem pendant mille ans sur terre. Converti à l’évangélisme, le président auriverde a soutenu la délocalisation de l’ambassade brésilienne à Jérusalem, bien qu’ineffective à ce jour.

De manière symbolique et inédite, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est rendu à l’investiture présidentielle de Jair Bolsonaro. De plus, la diplomatie du Brésil dans les instances internationales a changé. Bolsonaro a affiché son soutien aux initiatives israélites en territoires palestiniens en critiquant le point 7 du Conseil des Droits de l’Homme.

Ce rapprochement du Brésil avec Israël entraîne, de facto, une distension des relations avec l’Iran. Au-delà de ce rapprochement, le clan Bolsonaro est très virulent envers la République Islamique d’Iran. En effet, Jair Bolsonaro a affirmé que les dirigeants iraniens n’avaient aucun égard pour la liberté. Récemment, le député Eduardo Bolsonaro, fils du président, a qualifié l’Iran de problème pour la région du Moyen-Orient. En outre, cette rupture entre le Brésil et l’Iran s’accentue à la vue des nouvelles affinités entre Jair Bolsonaro et Mohamed Ben Salman (MBS). Le développement de liens économiques avec l’Arabie Saoudite viendrait un peu plus court-circuiter les échanges Brésil-Iran.

Le rejet de la politique extérieur de Bolsonaro

In fine, Bolsonaro, maladroitement comparé à Trump par certains, n’en cultive pas moins la même défiance envers l’Iran. Les faibles liens qui existent entre l’Iran et le Brésil ne freineront pas cet éloignement. La diplomatie brésilienne portée par Bolsonaro s’affiche clairement aux côtés d’Israël et des Etats-Unis. Cependant, le président brésilien n’a aucune expérience internationale. Ces balbutiements peuvent porter atteinte à sa politique extérieure si tâtonnante soit-elle. De plus, Bolsonaro s’isole du reste de sa classe diplomatique qui se désole de la tournure pris par la politique extérieure. Il serait alors opportun de s’intéresser à la Chine première partenaire économique du Brésil, également une alliée de l’Iran.Share

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About Quentin CREURER

Etudiant en sciences politiques dans le cadre d’un master dédié à l’Amérique Latine à l’Université Complutense de Madrid. Auparavant, j’ai étudié au Canada et à Lyon où j’ai obtenu une licence en Développement du Territoire Rural.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/41375-relation-diplomatique-iran-bresil

Brésil: la cour suprême annule un décret de Bolsonaro sur les terres indigènes

Brésil: la cour suprême annule un décret de Bolsonaro sur les terres indigènes

Brésil: la cour suprême annule un décret de Bolsonaro sur les terres indigènes

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  AFP – 02/08/2019 – 11:07


La cour suprême du Brésil a bloqué jeudi un décret du président Jair Bolsonaro qui transférait au ministère de l’Agriculture, défenseur des intérêts de l’industrie agroalimentaire, des compétences foncières jusqu’alors dévolues à une fondation protectrice des indigènes.

Les dix juges du Tribunal fédéral suprême (STF) ont soutenu cette décision, considérant que les parlementaires brésiliens avaient déjà rejeté ce décret.

« Pour ce qui fait loi, le dernier mot revient au Congrès », a déclaré le juge Luis Roberto Barroso, qui avait déjà ordonné en juin la suspension provisoire du décret portant sur un transfert des compétences dans la délimitation des terres indigènes.

Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro s’est plusieurs fois exprimé en faveur d’un nouveau découpage des terres indigènes plus favorable à l’agrobusiness.

Cette décision du STF survient un semaine après la mort d’un leader indigène dans le nord-est du pays. Les membres de la tribu waiapi dénoncent un assassinat, qui n’a pas encore été confirmé par l’enquête judiciaire.

Cette affaire connaît un écho international. Parmi les nombreuses réactions, la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Michelle Bachelet s’est élevée lundi contre « la politique proposée par le gouvernement brésilien ».

En ouvrant « davantage de zones de l’Amazonie à l’exploitation minière », cela risque « de conduire à des incidents violents, des intimidations et des meurtres comme celui dont a été victime le peuple waiapi la semaine dernière », a-t-elle poursuivi.

Les indigènes et les organisations de défense des droits humains se plaignent d’une multiplication des conflits dûs à des envahissements de leurs terres ces derniers mois.BrésilAgricultureJugeAutochtonesEnvironnementTribunalDroitshumainsRéagir

https://pro.orange.fr/actualites/bresil-la-cour-supreme-annule-un-decret-de-bolsonaro-sur-les-terres-indigenes-CNT000001hCRn5.html


Bolsonaro, point d’orgue de la prise de pouvoir des églises pentecôtistes

Bolsonaro, point d’orgue de la prise de pouvoir des églises pentecôtistes

Lorsque le 13 mars 2013 le cardinal argentin Jorge Bergolio devint le premier Pape sud-américain, beaucoup d’observateurs y ont vu une conséquence logique du renversement de la ferveur catholique. Face à un occident sécularisé et aux pratiquants vieillissants, l’Amérique Latine, qui rassemble 40% des catholiques du monde, apparaît comme le nouvel épicentre de la foi catholique. Et si ce constat était trompeur ? Si la véritable vitalité religieuse résidait dans les églises pentecôtistes ?

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Le président Brésilien Jair Bolsonaro a intégré une Eglise pentecôtiste peu avant son élection.

La guerre spirituelle entre les Eglises

Héritage de la colonisation, 90% des habitants se déclaraient catholiques en 1960. Ils ne sont plus que 69% en 2014.  Le processus à l’œuvre n’est pas une sécularisation de la société sur le modèle occidental, mais une substitution d’allégeance religieuse à une autre. En effet, le taux d’athées reste faible, alors que les conversions de catholiques vers les Eglises pentecôtistes augmentent.

Prosélyte et utilisant des techniques marketing dignes de marques commerciales (publicité, émission TV), les Eglises pentecôtistes gagnent des fidèles, en quantité comme en qualité. En témoigne la foi militante de footballeurs stars comme Neymar, arborant fièrement un bandana « 100% Jésus » au moment de soulever le plus important trophée européen.

Rôles sociaux-économiques  tentaculaires

Véritable business, les Eglises pentecôtistes vendent une relation privilégiée avec Dieu, des guérisons miracles, mais pas seulement. Forte d’une implantation populaire et politique de plus en plus importante, leurs activités peuvent être surprenantes pour des serviteurs de Dieu. Ainsi, nombre de chefs de gangs et de cartel, en particulier en prison, sont pentecôtistes.

En plus de profiter de la promotion « musclée » des gangs, qui n’hésitent pas à chasser les autres religions des favelas, ces Eglises elles-mêmes ont des activités troubles. Demandant à leurs fidèles de reverser 10% de leurs revenus, elles brassent des millions, ce qui, bien sûr, leur permet de corrompre aisément les décideurs.

La prise de pouvoir politique

Face à la corruption et aux difficultés sociaux-économiques, la gauche, au pouvoir dans de nombreux pays latino-américains au début du siècle, recule. Les propositions politiques autoritaires se multiplient, et le conservatisme ainsi que la puissance financière des Eglises pentecôtistes s’y associent parfaitement.

Si de petits pays comme le Guatemala (qui compte 41% d’évangélistes dans sa population) avaient déjà connu l’élection d’un chef de l’Etat évangélique militant (Jimmy Morales), le coup de tonnerre pour l’opinion publique mondiale a été la dernière élection présidentielle brésilienne. Le Brésil est le pays abritant le plus de pentecôtistes au monde, et c’est tout naturellement que des politiques ostensiblement évangéliques ou pentecôtistes sont arrivés au pouvoir, comme à Rio de Janeiro. Lors de la campagne présidentielle, l’Eglise universelle du royaume de Dieu a apporté son soutien à Jair Bolsonaro, qui lui-même est passé du catholicisme à l’évangélisme en 2016. Le candidat d’extrême-droite fût élu triomphalement.

On constate donc que l’élection de Bolsonaro sur un programme réactionnaire est en partie le résultat d’une réorientation religieuse de l’Amérique Latine. Ainsi, si le Pape François apparaît comme un progressiste, l’Amérique Latine semble se tourner vers la réaction, parfaitement incarnée par le recul de la gauche sur tout le continent, le conservatisme des pentecôtistes n’y étant sans doute pas étranger.

Sources :

https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/En-Amerique-latine-le-catholicisme-perd-du-terrain-face-aux-evangeliques-2014-11-14-1237102

https://www.lepoint.fr/monde/amerique-latine-trois-choses-a-savoir-sur-l-influence-des-evangeliques-dans-la-politique-06-10-2018-2260780_24.php

About Charles SIROUX

Diplômé d’un M2 en géopolitique et prospective à l’IRIS, ses thèmes de prédilection sont les tendance

Jair Bolsonaro : difficultés et cap politique du nouveau président

Jair Bolsonaro : difficultés et cap politique du nouveau président

Le 1er janvier 2019, Jair Bolsonaro, ancien militaire d’extrême droite, arrive au pouvoir au Brésil. Elu sur un discours d’aversion pour la gauche, d’anti-corruption, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, sa côte de popularité a très rapidement chuté. Quatre mois après son investiture, quel bilan peut-être fait de ce début de mandat ?

Photo aérienne de la forêt amazonienne
Le transfert de compétence de la démarcation des terres est perçu comme une menace pour les populations indigènes et pour l’environnement.

Politique intérieure : Jair Bolsonaro réalise une partie seulement de ses promesses de campagne

Jair Bolsonaro s’était déclaré favorable à un assouplissement de la légalisation du port d’armes. Des mesures en ce sens étaient très attendues par ses électeurs. Dès les premiers temps de son mandat, il a ainsi signé un décret facilitant la détention d’armes à domicile. Entre autres, il supprime l’obligation d’un aval de la police fédérale pour valider la “nécessité de détenir une arme”. Dorénavant, vivre dans un Etat du Brésil où le taux d’homicide est supérieur à 10 pour 100.000 habitants suffit à justifier cette nécessité. Ce chiffre correspond en réalité à l’ensemble du territoire brésilien.

Par ailleurs, le nouveau président a rapidement mis en œuvre sa vision des populations indigènes. Au Brésil, 850 000 indigènes vivent en tribu dans de vastes réserves protégées d’Amazonie. Ces dernières couvrent 13% de l’ensemble du territoire brésilien. Or, Bolsonaro a fait part de sa volonté de s’emparer des richesses de ces réserves. Une mesure-clé notamment en témoigne à l’égard de la FUNAI, la Fondation nationale de l’Indien, l’organisme gouvernemental qui élabore et applique les politiques relatives aux peuples indigènes. Elle  a principalement pour mission de cartographier et de protéger les terres concernées. Or, la compétence de la démarcation des terres attribuées aux autochtones a été transférée au ministère de l’Agriculture. Cela fait craindre que les intérêts de l’agrobusiness soient favorisés au détriment des terres et des peuples indigènes.

Saboteur de sa propre politique ?

L’autre mesure très attendue de son mandat concerne la réforme des retraites, jugée inévitable par le Fonds Monétaire International (FMI) pour redresser l’économie du pays. Un projet a été présenté au Congrès brésilien le 20 février dernier et est actuellement toujours débattu. Actuellement, il n’existe pas d’âge légal de départ à la retraite mais un système qui fonctionne sur le nombre d’années de cotisation. Avec la réforme, l’âge minimal de départ à la retraite sera désormais de 62 pour les femmes et de 65 ans pour les hommes. Selon les estimations, elle devrait permettre une économie de 230 milliards d’euros sur dix ans. Porté par le ministre de l’Economie Paulo Guedes, le texte est critiqué car il n’évoque pas le cas des militaires. De plus, Bolsonaro a lui-même avoué mener cette réforme à contrecœur.

Sur les questions relatives au chômage, à la criminalité et d’autres aspects de son programme électoral, peu de changements sont pour l’instant notables.

Politique étrangère : pro-américanisme et refus du multilatéralisme

Jair Bolsonaro et Donald Trump se serrant la main.
L’entente entre Jair Bolsonaro et Donald Trump profiterait davantage à ce dernier.

Les premiers mois de Bolsonaro au pouvoir ont confirmé sa proximité idéologique avec les Etats-Unis. En effet, parfois surnommé le “Trump des tropiques”, il a fait preuve d’un réel pro-américanisme.

Les deux hommes ont adopté une position commune sur la question vénézuelienne, en appelant au départ de Nicolas Maduro. Bolsonaro partage également la volonté de transférer son ambassade à Jérusalem et entretient des relations amicales avec Netanyahu. Cependant, cette détermination n’est pour l’instant pas actée. En effet, cette décision pourrait entraîner de lourdes répercussions de la part du monde arabe sur les exportations de viande brésiliennes. Ces dernières représentent près de 40% des exportations de poulet du pays, ce qui nuirait à l’activité agroalimentaire du pays. Il a toutefois promis que cela serait chose faite d’ici la fin de son mandat.

Une relation asymétrique

Par ailleurs, Bolsonaro emprunte régulièrement au président américain son penchant pour les réseaux sociaux, déclenchant parfois des polémiques sur des tweets controversés. De même que le gouvernement Trump, Bolsonaro mène une politique étrangère basée sur un mépris du multilatéralisme et des grandes organisations internationales. L’entente entre les deux pays s’est concrétisée autour d’engagements commerciaux. D’autre part, Donald Trump s’est engagé à soutenir le Brésil en tant que membre de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et d’en faire “un allié majeur hors OTAN”. Toutefois, cette alliance profiterait davantage aux Etats-Unis qu’au Brésil selon les experts.

La recherche d’alliés régionaux

Enfin, l’orientation conservatrice du gouvernement a conduit le Brésil à signer la déclaration de Santiago créant Prosur. Bien que l’organisation se veuille dépourvue de caractère politique et idéologique, elle regroupe quasi exclusivement des gouvernements de droite et de centre-droit. La participation du Brésil au premier forum a toutefois était controversée. Les propos racistes, homophobes énoncés par le président et son attrait pour la dictature ont notamment été dénoncés.

Les quatre premiers mois de Bolsonaro au pouvoir conduisent ainsi à un bilan mitigé. Si le nouveau président a mis en place des mesures dans le sens du programme électoral qu’il avait annoncé, nombreux sont les sujets qui n’ont pour l’instant pas été traités. La réforme des retraites, la lutte contre la criminalité, les enjeux scolaires, par exemple, stagnent.

Sources :

https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/epreuve-de-force-au-bresil-jair-bolsonaro-sengage-dans-une-epineuse-reforme-des

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/19/donald-trump-et-jair-bolsonaro-affichent-leurs-convergences_5438474_3210.html?xtmc=bolsonaro&xtcr=34

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/02/bresil-la-detresse-des-indigenes-face-au-mepris-de-jair-bolsonaro_5430527_3210.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/10/bresil-les-cent-jours-du-president-bolsonaro-entre-polemiques-et-maigre-bilan_5448074_3210.html?xtmc=bolsonaro&xtcr=15

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/01/16/le-president-bolsonaro-signe-un-decret-pour-faciliter-la-possession-d-armes-au-bresil_5409701_3210.html?xtmc=bolsonaro&xtcr=87

About Axelle Jourdain-Derros

Axelle Jourdain-Derros est étudiante à Sciences Po Toulouse. Elle s’intéresse notamment aux problématiques liées aux grandes organisations internationales et aux enjeux de défense. Elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis décembre 2018.

Le Venezuela et la guerre de l’empire contre les Peuples: les vautours du «fracking»

Le Venezuela et la guerre de l’empire contre les Peuples: les vautours du «fracking»

 

 

L’objectif annoncé des vautours est de venir en « aide humanitaire urgente aux victimes du socialisme chaviste » et d’appliquer massivement dans le sol de la République bolivarienne la technique d’exploitation pétrolière connue sous le terme de « fracking » ». Il s’agit là d’une ancienne et prédatrice méthode d’exploitation d’hydrocarbures qui « optimise » le séchage plus ou moins efficace des réservoirs par le « simple fait » d’injecter des millions de litres d’eau à haute pression. Cela provoque la pénurie d’eau potable accessible aux populations. Il est primordial de préciser qu’à cette eau est mélangée plus d’une centaine de produits chimiques, dont l’acide chlorhydrique et autres substances cancérigènes, qui finiront tôt ou tard dans les aquifères/nappes phréatiques, empoisonnant les captations d’eau des villes et villages.

Reçus à bras ouverts, notamment par les gouvernements limitrophes de Jair Bolsonaro au Brésil et de Iván Duque Márquez en Colombie, les géants de l’exploration pétrolière n’en peuvent plus d’impatience. Déjà présents pour la plupart sur le territoire vénézuélien, ils sont contrariés par la campagne de Nicolás Maduro, lancée en 2015, contre les méthodes prédatrices de fracturation hydraulique. Celle-ci les empêche jusqu’à présent de mener « librement » leurs opérations. Cette technique est aussi connue sous le nom de « extraction de gaz et pétrole de schiste par fracturation hydraulique » ou « fracking » en anglais -que je traduirais par viol de la Terre.

L’objectif annoncé des vautours est de venir en « aide humanitaire urgente aux victimes du socialisme chaviste et d’appliquer massivement dans le sol de la République bolivarienne la technique du « fracking » » -autant dire une méthode assassine ! Il s’agit là d’une ancienne et prédatrice méthode d’exploitation d’hydrocarbures qui « optimise » le séchage plus ou moins efficace des réservoirs par le « simple fait » d’injecter des millions de litres d’eau à haute pression. Cela provoque la pénurie d’eau potable accessible aux populations. Il est primordial de préciser qu’à cette eau est mélangée plus d’une centaine de produits chimiques, dont l’acide chlorhydrique et autres substances cancérigènes, qui finiront tôt ou tard dans les aquifères/nappes phréatiques, empoisonnant les captations d’eau des villes et villages.

La méthode utilise un début de forage vertical ou conventionnel, de profondeur variable jusqu’à 2 km, auquel est appliqué au niveau du réservoir une déviation importante du puits, devenant en ce point –kick off point ou point de départ- un puits horizontal ou non conventionnel, foré jusqu’à 3 km de long. Le contact à l’horizontal avec les formations géologiques huilières est fortement allongé par rapport à la méthode conventionnelle -normalement sur des roches poreuses-, mais comme la roche réservoir est ici plus compacte, elle a besoin d’être fracturée sur plusieurs interventions dans toute sa longueur. Pour rendre l’extraction possible, beaucoup plus de puits sont nécessaires, ce qui signifie l’application d’un grand nombre d’injections chimiques.

L’extérieur des tuyauteries du puits est injecté et revêtu de ciment. Pour créer un contact des tuyaux avec la roche productive à fracturer, il faut déflagrer des charges explosives au bout du puits. Les industriels clament la propreté de la méthode arguant le puits entouré par du ciment, mais ce n’est cependant la réalité dans la zone productive, cible des explosifs et du « fracking » où des failles et autres discontinuités géologiques peuvent emmener les produits de la fracturation et contaminer les nappes d’eau souterraines. De plus, le revêtement du puits en ciment n’est sûrement pas éternel, ce qui engendrera des contaminations plus importantes à moyen et/ou à long terme. L’erreur humaine lors d’opérations si complexes techniquement n’est jamais improbable.

Dans le processus de fracturation des roches, une partie piégée du gaz -le méthane, CH4- finit par s’échapper dans l’atmosphère. Alors qu’en France l’agriculture/sylviculture est la principale responsable des émissions de ce puissant gaz à effet de serre -25 fois plus puissant que le CO2-, les scientifiques ont commencé à réaliser l’énorme sous-estimation planétaire d’émissions de méthane en provenance des puits de pétrole et de gaz de schiste.

Graphique 1 – Concentration atmosphérique de CH4 en parties par milliard (ppb)

S’ajoutent les réactions des composants acides avec les roches carbonatées qui produisent du CO2 -dioxyde de carbone-, tout cela en amont du raffinage et de la combustion finale d’hydrocarbures dans nos industries, nos voitures.

-Bonjour la lutte contre le réchauffement climatique. Merci à l’empire de ce beau cadeau, une sorte de legs aux générations futures -une multitude de poisons répandus dans l’atmosphère, la mer, les rivières, le sol et un changement mortifère du climat assuré.

Quand Emmanuel Macron et une bonne partie des pays de l’UE valident un usurpateur  comme Juan Guaidó dans une posture suiviste de Donald Trump -président du pays siège de la majorité des entreprises prédatrices usagères du « fracking » à grande échelle-, ce sont les techniques de fracturation hydraulique qu’ils valident et tous les graves inconvénients, empoisonnements qui en découlent.

Le poids et l’influence des groupes pétroliers sur les gouvernements du vieux continent sont si forts que ces derniers se plient volontairement sous un honteux asservissement à ces entreprises massacreuses sans scrupules. Et ne croyez pas que les vampires ne vont revenir à la charge en France pour nous aider à devenir « producteurs de malheur = gaz de schiste ». L’argumentation se revêt constamment de points exclusivement positifs, taisant détériorations, dégradations et saccages cependant systématiquement induits : créer des emplois, faire croître l’investissement, l’autonomie énergétique… stop à ce baratin ! Halte à la destruction de notre unique, singulière et bien aimée planète Terre !

L’impact du « fracking » à la base de l’actuelle crise vénézuélienne

La production de pétrole de l’Arabie saoudite est, depuis quelques années, étirée à sa limite maximale. Afin de baisser les cours pétrolifères les États-Unis d’Amérique ont décidé en 2011, à la suite des printemps arabes, d’envahir les marchés avec leur propre production, celle des réserves stratégiques -à grande profondeur, dans les roches-mères à huile, plus compactes, seulement exploitables par fracturation hydraulique. Les USA sont aujourd’hui premier producteur mondial de brut, surpassant la Russie et l’Arabie saoudite avec environ 12 millions de barils par jour. Ils sont aussi tout en haut de la liste pour le gaz naturel avec 734 milliards de mètres cubes -m³- en 2017.

Graphique 2 – La production s’envole, la planète crève

Les responsables des politiques US ont ainsi fait usage de cette arme de destruction massive environnementale au détriment de la santé de leurs concitoyens [1][2]. Inonder les marchés avec leur production permet aujourd’hui d’imposer l’interdiction d’achat du pétrole iranien et de fragiliser les pays qui dépendent de la vente de brut.

Graphique 3 – Tight oil = shale oil = pétrole « serré » de schiste

L’objectif ultime de cette méthode correspond à déstabiliser un maximum de pays à potentiel pétrolifère avec des guerres, la mise en place de gouvernements ultra-libéraux et diffuser le pillage partout. La chute des cours a été multifactorielle -ralentissement de l’économie chinoise, accès aux marchés du pétrole iranien en 2016- mais elle se doit surtout à l’augmentation de la production nord-américaine.

Graphique 4 –L’arme de destruction massive -le « fracking »- et la chute des cours du brut

Comme conséquence nous avons constaté la dégringolade des économies brésilienne et vénézuélienne, qui ont entraîné le coup d’État au Brésil contre Dilma Rousseff en 2015/2016 et le début des problèmes économiques du gouvernement de Nicolás Maduro en 2013/2015, exacerbés par le sabotage généralisé des impérialistes occidentaux [3]. Certains oseraient prétendre ce fait fortuit : il s’agit des deux États qui consacraient le plus de recettes pétrolières à des mesures sociales, contre la pauvreté et pour l’accès de tous à une vie digne.

L’exemple « vautouresque » du pillage de l’Angola

En tant qu’ex-géologue diagraphiste et ex-ingénieur de données de forage, je vais essayer de résumer nos actes à Cabinda, sur plateforme en mer profonde (426 m) dans le bloc 14 -mon chez moi de 2006 à 2008. L’enclave de Cabinda -entre la République Démocratique du Congo et le Congo Brazzaville- est responsable de plus de 50 % des exportations angolaises de pétrole. La production de brut en Angola avoisine 1,5 million de barils par jour.

Vue aérienne de l’enclave de Cabinda, Angola

Le consortium CABGOC -détenu par l’américain Chevron + les partenaires européens Total + Eni + Galp + l’angolais étatique Sonangol- contrôle les opérations d’extraction pétrolière à Cabinda. Je décris ici une fraction infime des opérations sur le bloc 14.

CABGOC -Cabinda Gulf Oil Company- a foré une série de puits conventionnels à 90 km de la côte angolaise dans le bassin du Congo. Au centre de cette multitude de puits, ils ont construit en 2006 une méga plateforme collectrice -« CPT » ou « Compliant Piled Tower », un investissement de 2,2 milliards de dollars-, qui pompe et dégaze les hydrocarbures produits par tous ces puits.

On forait souvent des « puits injecteurs » autour de chaque puits producteur afin de maintenir un différentiel de pression dans le champ et ainsi s’assurer que l’or noir se « dirige » dans les puits producteurs. Si à la fin de la stabilisation d’un puits producteur, sa mise en production ne fournissait pas de débit, alors à ce stade on voyait arriver les représentants d’Halliburton avec leur bateau-container -le « Frac boat »- qui pompaient vers l’intérieur du puits une solution fluide à base d’acide chlorhydrique et toute une panoplie de produits chimiques prêts pour la suite, déjà sur place, gérés par la compagnie des fluides/boues de forage.

Le « Frac boat » avant le « Frac job« , Bassin du Congo, Cabinda, Angola

Cette soupe fluide acide/toxique incorporait une espèce de billes de sable -« proppants », « agents de soutènement » en français- permettant de maintenir ouvertes les micro-fractures de la roche réservoir, créées par l’injection acide à haute pression, amenant le fluide carboné piégé dans la roche à fluer dans le puits -dans le mélange gaz/huile, à grande profondeur/haute pression plusieurs composantes de la fraction gazeuse sont à l’état liquide.

Mon poste consistait à aider à monitorer les opérations de forage dans leur ensemble. C’est à ce stade que j’ai compris être complice d’opérations de fracturation hydraulique acide. Et il en est ainsi sans cesse, d’un puits vers un autre, pour obtenir le maintien de production à un certain niveau et bien « presser » le réservoir jusqu’à la dernière goutte exploitable. Le pétrole était contenu dans des roches sableuses, poreuses et donc, théoriquement, non cibles de « fracking ». Question pertinente, piste pour d’autres travaux d’investigation : les grands « majors » pétroliers sont-ils aujourd’hui en train d’utiliser cette méthode dans tous les champs pétrolifères planétaires ?… !

La merveilleuse Cabinda : terre tropicale, Peuple généreux, terre de misère

Souvent, les ouvriers de Cabinda -les « Cabindas »- m’approchaient et commentaient : « C’est quand même fou, il n’y a pas si longtemps qu’on a foré ce puits et il faut déjà intervenir pour le nettoyer ». Ce n’était pas du nettoyage de puits qu’on effectuait, mais du pressage de réservoir à coup d’acide ! J’ai ainsi réalisé l’incompréhension des ouvriers locaux de la réelle nature de nos actes. Verrouiller le savoir c’est aussi maintenir la population dans l’ignorance et loin des sentiments légitimes de révolte.

Régulièrement, d’autres épisodes de fuites diverses, souillant immanquablement les zones côtières, étaient relatés par les « Cabindas », qui se plaignaient de la qualité ou du manque de poissons, ne pouvant plus pêcher ni nourrir leur famille [4].

J’entendais souvent au téléphone interne de la plateforme le mot « overboard » -« par-dessus bord »- et ce n’était pas que de l’eau que l’on jetait…

Les navires pétroliers arrivaient directement des USA à un grand bateau d’emmagasinement « FPSO » -une plateforme de stockage et dégazage d’hydrocarbures voisine de la méga tour « CPT »- et repartaient dans un ballet frénétiquement incessant de vaisseaux. La « CPT », nommée « BBLT » -Benguela, Belize, Lobito, Tomboco, homonymes de quatre villes angolaises- était constituée d’une tour de dégazage qui produisait une flamme gigantesque ne s’interrompant jamais. La structure mesure 512 mètres du fond marin à la pointe de la tour de forage.

La tour BBLT et le dégazage permanent

Les vautours se fichaient royalement de ces obscènes quantités de gaz brûlé -alors que les Angolais en campagne n’ont même pas de gaz pour cuisiner leurs aliments-, ils n’étaient là que pour le pétrole à raffiner sur le sol américain et ensuite permettre le plein des méga-voitures hyper voraces en essence, destinées aux méga-embouteillages qui noircissent le ciel nord-américain et font exploser en stress les mères et pères qui passent une bonne partie de leur temps dans ces enfers démesurés -les bouchons- au lieu de vivre du bon temps avec leurs enfants en famille.

Quid du désastre environnemental et tous ces produits acides, cancérigènes répandus dans la mer/nature. Quid du réchauffement climatique et le « gaz-pillage » ! J’ai honte d’avoir participé à ça !

L’empire du « fracking » se répand

Alors imaginons cette méthode à terre. Cela se déroule en ce moment en Colombie malgré une forte opposition populaire [articles bientôt sur Investig’Action], en Argentine -Patagonie le « eldorado du fracking » pour Total, Shell, Exxon à « Vaca Muerta » [5]-, en Pologne -le premier producteur de gaz de schiste en Europe-, en Angleterre -alors qu’en Écosse se déroule une polémique juridico-politique autour de ce sujet [6]-, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Autriche, et partout où la démocratie cède au capital néolibéral.

Un projet au Portugal risque de voir le jour dans un an, au détriment de la loi qui interdit l’exploration et la production non-conventionnelles. L’entreprise « Australis Oil & Gas » dont un des multiples actionnaires est la banque JP Morgan, dispose d’une année pour présenter une étude d’impact environnemental et a déjà commencé à déployer une campagne de désinformation chez les Lusitaniens.

En France les lobbies pétroliers, toujours très actifs, n’ont pas perdu de vue le Bassin de Paris, le Sud-Est, les Cévennes, Cahors, etc. La loi interdit actuellement l’usage de cette technique en France où personne n’est choqué d’importer du pétrole et du gaz de schiste américains [7].

Le géant de la pétrochimie Ineos -au centre de la polémique écossaise-, propriété du capitaliste le plus riche du Royaume-Uni -Jim Ratcliffe- va investir 3 milliards d’euros dans la création d’un site industriel sur le port d’Anvers en Belgique, qui sera approvisionné principalement par du gaz de schiste [8]. Les russes Gazprom et les norvégiens Statoil exploitent des gisements aux USA en utilisant la fracturation hydraulique. La Chine avec les premières réserves mondiales de gaz de schiste au monde -31 500 milliards de m³-, entre dans la course du « fracking ». Le site de Sud-Sichuan dans le Sud-Ouest chinois a produit en 2018 autour de 4,2 milliards de m³ de gaz.

Y aurait-il une lueur d’espoir quelque part dans le monde ?

Le Peuple, toujours le Peuple ! Il n’y a que lui pour stopper le désastre environnemental annoncé. L’information est et sera la clé vertueuse de la légitime volonté populaire. Il faut croire que les symboles qui représentent le combat environnemental, comme la jeune suédoise Greta Thunberg [9]et le combat social révolutionnaire du mouvement français des Gilets Jaunes [10][11], soient l’étincèle qui donnera naissance à une nouvelle société juste et digne.

Pour une vie saine, stoppons les vautours du « fracking » !

Paulo Correia

 

Cet article a été d’abord publié par Investig’Action.net, le 27 avril 2019. Il paraîtra également sur Journal de Notre Amérique en mai 2019

 

Références :

Données du graphique 1 : https://www.eea.europa.eu/data-and-maps/indicators/atmospheric-greenhouse-gas-concentrations-6/assessment

Données des graphiques 2, 3, 4 : https://www.eia.gov/

Notes:

[1]-https://www.bbc.com/news/science-environment-39032748

[2]-https://www.commondreams.org/news/2011/12/01/what-killed-dunkard-creek-residents-pennsylvania-and-west-virginia-say-fracking

[3]-https://www.investigaction.net/fr/comprendre-le-blocus-contre-le-venezuela-2e-partie-les-faits/

[4]-http://pt.rfi.fr/angola/20171117-angola-chevron-em-tribunal-por-derrame-em-cabinda

[5]-http://www.opsur.org.ar/blog/2019/03/04/en-argentine-la-patagonie-est-le-nouvel-eldorado-du-gaz-de-schiste/

[6]-https://www.bbc.com/news/uk-scotland-scotland-politics-47709231

[7]-https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de

[8]-https://www.lecho.be/entreprises/chimie/sans-le-gaz-de-schiste-nous-ne-pourrions-pas-investir-3-milliards-a-anvers-ineos/10087660.html

[9]-https://www.investigaction.net/fr/vous-les-adultes-vous-chiez-sur-notre-avenir-portrait-de-greta-thunberg/

[10]-https://www.investigaction.net/fr/gilets-jaunes-la-revolution-davril/

[11]-https://www.investigaction.net/fr/tous-au-rond-point/

 

 

Paulo Correia est musicien, ex-géologue pétrolier et collaborateur de la rédaction au Journal Notre Amérique (Investig’Action). Il co-anime avec ses chroniques d’opinion le blog « Ideia perigosa – Idée dangereuse » . Photos du chroniqueur.

Cretinho pour de bon ?

Cretinho pour de bon ?

Publié le 23 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-OrientAmérique latine

Qui pourrait oublier les ondes de choc provoquées par l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016 ?

Le système impérial est en pleine crise de nerf : banksters, volaille médiatique, euronouilles et néo-conservateurs sont en émoi. Ce ne sont que sanglots dans la voix, yeux mouillés et regrets éternels.

Après le Brexit, voilà un nouveau coup dur pour l’establishment qui nous assurait pourtant que l’abominable Donald des neiges n’avait aucune chance. Comme pour le Brexit, comme pour le référendum de 2005… A l’Elysée, Flamby n’avait préparé qu’une seule lettre de félicitations (pour Clinton !) tandis que la clique américanisante est sous le choc en Allemagne. Quant à la boboïtude médiatique, n’en parlons pas… Les soutiens internationaux de Clinton, eux, font grise mine et l’on imagine aisément les visages tirés et soucieux à Riyad, Kiev ou Doha.

En un mot comme en cent :

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Il était prévisible que le Deep State ferait tout pour harceler, pressurer et finalement récupérer l’indélicat occupant de la Maison Blanche, et torpiller le possible rapprochement américano-russe. A plusieurs reprises, nos Chroniques se sont demandées si le Donald s’était couché devant le marais qu’il était censé drainer : démission forcée de Flynn en février 2017, false flagchimique de Khan Cheikhoun et débarquement de Bannon en avril 2017, menaces ubuesques et cyniques contre Assad en juin 2017, nouveau false flag chimique de Douma et nomination du moustachu néo-con Bolton en avril 2018, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et transfert de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018, soumission à la junte ukrano-américaine lors de l’incident de Kertch en décembre 2018, tentative flagrante de putsch au Venezuela depuis janvier 2019, attaques répétées contre le Nord Stream II, multiplications des sanctions contre à peu près tout le monde… Ca fait beaucoup.

Et pourtant, subsistait toujours un doute. Le Donald faisait de la résistance, par exemple en rencontrant (se soumettant à, selon le système impérial) Poutine par deux fois (juillet 2017 et juillet 2018), en insistant plusieurs fois sur un retrait américain de Syrie, ou encore en critiquant sans gants l’OTAN et l’UE.

Faut-il parler au passé de ce regimbement contre l’Etat profond ? Creinho a-t-il définitivement remplacé Donaldinho ? L’évolution récente pousse en ce sens. Trump semble une nouvelle fois (une fois de trop ?) avoir flanché en renonçant au retrait syrien. Certaines rumeurs prétendent qu’un millier de soldats US (la moitié du contingent actuel) resterait dans les zones reprises par les Kurdes à Daech dans l’Est du pays, toujours dans l’optique de couper l’axe chiite, objectif principal de l’empire au Moyen-Orient. A noter tout de même que le général Dunford, chef d’état-major des armées, a réfuté le chiffre, déclarant qu’il n’y avait « aucun changement au plan annoncé en février » et que les militaires continuaient « à mettre en œuvre le plan du président pour n’y laisser qu’une présence résiduelle ». Résiduelle, certes, mais pas absente comme il était prévu initialement. Et le renouvellement de l’aide financière aux inénarrables Casques blancs, « héroïques » selon la terminologie orwellienne de Washington, pourrait indiquer un prochain false flag chimique. Douce coïncidence, ils ont souvent lieu en avril…

La reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël n’est pas trumpienne en soi et le Congrès planche déjà sur la question depuis quelques mois. La chose peut d’ailleurs être vue sous deux angles différents : On continue à rogner l’arc chiite en restant en Syrie et on vous donne en plus le Golan ou, au contraire, Prenez le Golan en compensation de notre retrait de la région. Toujours est-il que, si cette annonce a évidemment été reçue avec contentement à Tel Aviv, elle a provoqué un tollé partout ailleurs : Russie, Iran, Chine, Turquie, Tulsi, euronouilles etc., tous s’opposent à cette décision illégale et dangereuse. Les justifications délirantes qui accompagnent l’oukase de Washington – Dieu a envoyé Trump pour sauver Israël de l’Irandixit Pompeo – est représentative des visions eschatologiques des grands empires finissants à travers l’histoire.

Puisque l’on parle de délire, la tragi-comique visite de Bolsonaro aux Etats-Unis figure également en bonne place. Excursion surprise au QG de la CIA, déclarations infantiles du neuneu Ministre de l’économie (« We love Disneyland and Coca Cola ») et surtout, proposition du Donald d’intégrer le Brésil dans l’OTAN ! Pour celui qui, il y a deux ans, pensait sérieusement mettre fin à l’Alliance atlantique, quel retournement de veste… Il y a peu de chance que ce scénario illusoire, d’ailleurs immédiatement remis en cause par les euronouilles (il n’y a que nous, les Européens, qui pouvons être vos vassaux au sein de l’OTAN), aboutisse. En sus des raisons déjà invoquées, il ne prendra pas parmi l’establishment militaire brésilien, passablement énervé par les génuflexions de Bolsonaro devant l’empire et inquiet de l’utilisation du Brésil comme base arrière d’une éventuelle intervention au Venezuela.

Puisque nous en parlons, des bruits font de plus en plus état d’une possible opération militaire américaine contre Maduro. Si tel est le cas, ce qui reste quand même à vérifier, les Follamours du Potomac sont-ils tout à fait sérieux ? Veulent-ils réellement engager l’empire déclinant dans un énième bourbier ? Rien n’est moins sûr, mais le fait même que l’on évoque la possibilité en dit long sur la mue d’un président qui s’était fait élire sur un programme dénonçant les coûteuses et pathétiques guerres de Washington. Les zélotes impériaux de la guerre froide contre Moscou se portent à merveille et claironnent sur tous les toits leur désir d’en découdre, tandis que des pans entiers de l’électorat du Donald, échauffés par ses multiples trahisons, intérieures comme internationales, se détournent de lui.

On en saura plus très bientôt, alors que le point final a été mis au rapport Mueller, censé enquêter sur la supposée collusion entre Trump et Moscou. Rien ne dit qu’il sera rendu public, mais il a été remis à la justiceet ses principales conclusions le seront sans doute au Congrès ces prochaines heures. L’absence de révélations fracassantes ou d’inculpations serait un coup énorme porté au Deep State qui, depuis deux ans, pourrit la présidence du Donald, peut-être ainsi obligé de donner des gages guerriers à son adversaire. Verra-t-on alors un nouveau retournement de veste de la Houppette blonde, revenant aux sentiments relativement pacifistes qui l’habitaient à ses débuts ? Les jours prochains nous en diront plus…

Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

un avion US transportant une aide humanitaire destinée au Venezuela

Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

© AP Photo / Fernando Vergara
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Préparant une provocation au Venezuela, les États-Unis continuent de transférer des forces spéciales et du matériel militaire vers les frontières du pays, a indiqué la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Lors d’un point de presse au ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova a confirmé que les États-Unis préparaient une provocation à grande échelle au Venezuela afin d’aider l’opposition à renverser le pouvoir légitimé dans le pays.

«Washington est en train de préparer une provocation et il le fait conformément à toutes les règles de la science militaire […]. Nous constatons le transfert de forces spéciales américaines et de matériels militaires plus près du Venezuela», a-t-elle déclaré.

Mme Zakharova a noté que cette provocation, préparée sous la couverture de livraison d’une aide humanitaire américaine au pays, avait pour but de donner un prétexte aux adversaires du pouvoir vénézuélien pour renverser le Président légitime Nicolas Maduro.

«Le déroulement des événements au Venezuela est arrivé à un point critique, tout le monde le comprend. Une dangereuse provocation à grande échelle est prévue pour le 23 février: conduit par Washington, le passage de la frontière vénézuélienne par un soi-disant convoi humanitaire risque de provoquer des affrontements entre partisans et opposants du gouvernement en exercice et donne un prétexte commode pour une action militaire visant à renverser le Président légitime», a ajouté la diplomate.

Livraison d’armes pour l’opposition vénézuélienne

Il n’est pas exclu, a poursuivi Mme Zakharova, que l’opposition vénézuélienne puisse recevoir par l’intermédiaire des États-Unis une importante quantité de matériels militaires en provenance d’un pays d’Europe orientale.

«Selon nos données, des sociétés américaines et leurs alliés de l’Otan envisagent l’achat d’un important lot d’armes et de munitions dans un pays d’Europe orientale en vue de leur transfert aux forces de l’opposition vénézuélienne. Nous parlons de mitrailleuses de gros calibre, de lance-grenades et de lance-roquettes, de systèmes de défense antiaérienne portatifs, de munitions pour armes légères et pour armes d’artillerie à diverses fins. Ceci amène à poser la question de savoir ce qui est entendu par la livraison d’une aide humanitaire», a-t-elle ajouté.

Et d’ajouter:

«Une piste ukrainienne peut être retrouvée dans cette histoire absolument laide. Selon nos informations, l’entreprise Antonov pourrait y être impliquée».

La diplomate a noté que la livraison des armes au Venezuela devrait être effectuée début mars en plusieurs lots à travers un pays voisin avec utilisation des avions de la société de transport international.

Rappelons que l’opposition vénézuélienne avait déclaré que des livraisons d’aide humanitaire en provenance des États-Unis seraient effectuées dans le pays à partir du 23 février. En réponse, Nicolas Maduro a annoncé que l’envoi de cette aide était un «show politique» et un «attrape-nigaud», et que le gouvernement l’empêcherait. Par la suite, les autorités ont fermé la frontière maritime avec les Petites Antilles.

Ce jeudi 21 février, le Président vénézuélien a également annoncé la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil. En outre, il n’a pas exclu la fermeture de la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

La crise politique au Venezuela a éclaté quand l’opposant Juan Guaido, renvoyé le 22 janvier du poste de président de l’Assemblée nationale vénézuélienne sur décision de la Cour suprême, s’est autoproclamé le lendemain «Président en exercice du pays» et a prêté serment au cours d’une manifestation. Donald Trump l’a reconnu comme «Président par intérim».

Une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, en ont fait de même. La France l’a également reconnu comme «Président en charge». Le Président Nicolas Maduro a qualifié Juan Guaido de pantin des États-Unis.

La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs autres pays ont, quant à eux, soutenu Nicolas Maduro en tant que Président légitime du Venezuela. Le Kremlin a qualifié la décision de certaines nations européennes d’«ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela».

https://fr.sputniknews.com/international/201902221040120323-usa-mascou-troupes-venezuela/

 

La stratégie perdante du Président Trump : Contrôler le Brésil et affronter la Chine

La stratégie perdante du Président Trump : Contrôler le Brésil et affronter la Chine


Par James Petras – Le 8 janvier 2019 – Source Unz Review

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Les États-Unis adoptent un régime voué à l’échec et menacent l’économie la plus dynamique du monde. Le président Trump a fait l’éloge du président brésilien nouvellement élu, Jair Bolsonaro, et promet de promouvoir des liens économiques, politiques, sociaux et culturels étroits avec lui. En revanche, le régime Trump s’est engagé à démanteler le modèle de croissance de la Chine, à imposer des sanctions sévères et généralisées et à promouvoir la division et la fragmentation de la Chine élargie.


Le choix des alliés et des ennemis de Washington repose sur une conception étroite et à court terme des avantages et des pertes stratégiques.

Dans cet article, nous discuterons des raisons pour lesquelles les relations américano-brésiliennes s’inscrivent dans la poursuite de la domination mondiale de Washington et pourquoi Washington craint la croissance dynamique et le défi d’une Chine indépendante et compétitive.

Le Brésil à la recherche d’un Patron

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, a annoncé, dès le premier jour, un programme visant à inverser près d’un siècle de croissance économique dirigée par l’État. Il a annoncé la privatisation de l’ensemble du secteur public, y compris les activités stratégiques quelles soient financières ; bancaires ; minières : d’infrastructure ; de transport ; énergétiques ou manufacturières. De plus, cette vente en masse va donner la priorité aux sociétés multinationales étrangères. Les régimes civils et militaires autoritaires précédents protégeaient les entreprises nationalisées dans le cadre d’alliances tripartites comprenant des entreprises privées étrangères, étatiques et nationales.

Contrairement aux précédents régimes civils élus qui s’efforçaient – pas toujours avec succès – d’augmenter les pensions, les salaires et le niveau de vie et de faire reconnaître la législation du travail, le Président Bolsonaro a promis de licencier des milliers d’employés du secteur public, de réduire les pensions et de relever l’âge de la retraite tout en abaissant les traitements et salaires afin de faire baisser les coûts et augmenter les profits pour les détenteurs de capitaux.

Le Président Bolsonaro promet d’inverser la réforme agraire, d’expulser, d’arrêter et d’agresser les familles paysannes afin de renforcer les propriétaires terriens et d’encourager les investisseurs étrangers à les remplacer. La déforestation de l’Amazonie et son transfert aux barons du bétail et aux spéculateurs fonciers entraîneront la saisie de millions d’hectares de terres indigènes.

En matière de politique étrangère, le nouveau régime brésilien s’engage à suivre la politique américaine sur chaque question stratégique : Le Brésil soutient les attaques économiques de Trump contre la Chine, soutient l’accaparement des terres d’Israël au Moyen-Orient (y compris le transfert de sa capitale à Jérusalem), soutient les complots américains de boycott et les politiques visant à renverser les gouvernements de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua. Pour la première fois, le Brésil a offert des bases militaires au Pentagone et des forces militaires pour toute invasion ou guerre à venir.

La célébration de la remise gratuite des ressources et des richesses par le président Bolsonaro et de l’abandon de souveraineté est célébrée dans les pages du Financial Times, du Washington Post et du New York Times qui prédisent une période de croissance, d’investissement et de reprise – si le régime a le « courage » d’imposer sa trahison.

Comme cela s’est produit lors de nombreuses expériences récentes de changement de régime néolibéral de droite en Argentine, au Mexique, en Colombie et en Équateur, les journalistes et experts des pages financières ont laissé leur dogme idéologique les aveugler face à d’éventuels pièges et crises.

Les politiques économiques du régime Bolsonaro ignorent le fait qu’elles dépendent des exportations agro-minérales vers la Chine et qu’elles sont en concurrence avec les exportations américaines… Les élites agro-industrielles brésiliennes vont s’indigner du changement de partenaires commerciaux… Elles s’opposeront, vaincront et mineront la campagne anti-Chinoise de Bolsonaro s’il ose persister.

Les investisseurs étrangers prendront le contrôle d’entreprises publiques, mais il est peu probable qu’ils puisse accroitre la production en raison de la forte réduction de l’emploi, des salaires et des traitements, à mesure que le marché de la consommation va chuter.

Les banques peuvent accorder des prêts, mais exigent des taux d’intérêt élevés pour des « risques » élevés, d’autant plus que le gouvernement sera confronté à une opposition sociale accrue de la part des syndicats et des mouvements sociaux, et à une violence accrue par la militarisation du contrôle de la société.

Bolsonaro n’a pas de majorité au Congrès, qui dépend du soutien électoral de millions de fonctionnaires, de salariés, de retraités et de minorités raciales et de genre. L’alliance du Congrès sera difficile sans corruption et sans compromis… Le cabinet de Bolsonaro comprend plusieurs ministres clés qui font l’objet d’une enquête pour fraude et blanchiment d’argent. Sa rhétorique anti-corruption s’évanouira face aux enquêtes judiciaires et aux révélations.

Il est peu probable que le Brésil fournisse des forces militaires significatives pour les aventures militaires régionales ou internationales des États-Unis. Les accords militaires avec les États-Unis n’auront que peu de poids face à la profonde agitation intérieure.

Les politiques néolibérales de Bolsanaro vont creuser les inégalités, en particulier parmi les cinquante millions de personnes qui sont récemment sorties de la pauvreté. La prise de contrôle du Brésil par les États-Unis enrichira Wall Street qui prendra l’argent et s’enfuira, laissant les États-Unis faire face à la colère et au rejet d’un allié dépouillé.

Les États-Unis face à la Chine

Contrairement au Brésil, la Chine n’est pas prête à se soumettre au pillage économique et à renoncer à sa souveraineté. La Chine suit sa propre stratégie à long terme qui se concentre sur le développement des secteurs les plus avancés de l’économie – y compris l’électronique de pointe et les technologies de communication.

Les chercheurs chinois produisent déjà plus de brevets et d’articles scientifiques référencés que les États-Unis. Ils diplôment plus d’ingénieurs, de chercheurs de pointe et de scientifiques innovateurs que les États-Unis, grâce à des niveaux élevés de financement de l’État. La Chine, avec un taux d’investissement de plus de 44 % en 2017, surpasse de loin les États-Unis. La Chine a progressé, passant d’exportations à faible valeur ajoutée à des exportations à forte valeur ajoutée, y compris des voitures électriques à des prix compétitifs. Par exemple, les i-phones chinois font concurrence à Apple en termes de prix et de qualité.

La Chine a ouvert son économie aux multinationales américaines en échange de l’accès à une technologie de pointe, ce que Washington appelle des saisies « forcées ».

La Chine a encouragé la conclusion d’accords multilatéraux sur le commerce et l’investissement y compris avec plus de 60 pays dans le cadre d’accords à grande échelle et à long terme sur les infrastructures en Asie et en Afrique.

Au lieu de suivre l’exemple économique de la Chine, Washington se plaint du commerce déloyal, du vol technologique, des restrictions du marché et des contraintes étatiques sur les investissements privés.

La Chine offre à Washington des possibilités à long terme d’améliorer sa performance économique et sociale – si Washington reconnaît que la concurrence chinoise est une incitation positive. Au lieu d’investir massivement dans la modernisation et la promotion du secteur des exportations, Washington s’est tournée vers des menaces militaires, des sanctions économiques et des droits de douane qui protègent les secteurs industriels américains obsolètes. Au lieu de négocier pour des marchés avec une Chine indépendante, Washington prend le contrôle de régimes vassaux comme celui du Brésil sous le gouvernement du président nouvellement élu Jair Bolsonaro, qui compte lui sur le contrôle économique et les prises de contrôle américains.

Les États-Unis peuvent facilement dominer le Brésil pour des gains à court terme – profits, marchés et ressources, mais le modèle brésilien n’est ni viable ni durable. En revanche, les États-Unis doivent négocier, discuter et accepter des accords concurrentiels réciproques avec la Chine… Le résultat final de la coopération avec la Chine permettrait aux États-Unis d’apprendre et de se développer d’une manière durable.

Conclusion

Pourquoi les États-Unis ont-ils choisi la voie de contrôler un Brésil rétrograde et de négliger le rôle d’une future nation leader ?

Fondamentalement, les États-Unis sont structurellement ancrés dans un système politique fortement militarisé qui est guidé par la quête de la domination mondiale – « l’impérialisme ». Les États-Unis ne veulent pas concurrencer une Chine innovante, ils cherchent à contraindre la Chine à démanteler les institutions, les politiques et les priorités qui font sa grandeur.

Washington exige que la Chine renonce à l’autonomie relative de l’État, augmente la pénétration de ses secteurs stratégiques par les États-Unis et s’appuie sur des banquiers et des universitaires adeptes du marché libre. La politique économique américaine est façonnée par des banquiers, des spéculateurs corrompus et des lobbyistes qui défendent des intérêts régionaux particuliers, y compris des régimes comme Israël. La politique économique de la Chine est façonnée par des intérêts industriels, guidés par les objectifs stratégiques de l’autorité d’un État centralisé, capable et désireux d’arrêter des centaines de hauts fonctionnaires à la volée.

Les États-Unis ne peuvent pas contenir la trajectoire ascendante de la Chine avec un encerclement militaire – parce que la stratégie économique de Pékin neutralise les bases militaires américaines et défait les contraintes douanières par la diversification de nouveaux accords commerciaux majeurs. Par exemple, la Chine négocie avec l’Inde pour augmenter considérablement les importations de produits agricoles, y compris le riz, le sucre, le lait, la farine de soja et le coton. L’Inde a actuellement un déficit commercial important avec la Chine, en particulier les machines et les produits industriels et est désireuse de remplacer les exportateurs américains. La Chine a conclu d’importants accords commerciaux et d’investissement en Asie du Sud-Est, Corée du Sud, Japon, Pakistan, Russie et Australie ainsi que dans les pays africains et d’Amérique latine (Brésil et Argentine) et au Moyen Orient (Iran, Irak et Israël).

Les États-Unis n’ont que peu d’influence pour « contenir » la Chine, même dans les secteurs de haute technologie, car la Chine est moins dépendante du savoir-faire américain. Washington a conclu des accords avec la Chine, augmentant les exportations de voitures et de divertissements ; la Chine peut facilement accepter d’appliquer des mesures de lutte contre le « vol de propriété intellectuelle », d’autant plus que ce n’est plus un facteur important puisque la plupart des innovations chinoises sont créées au niveau national. De plus, les grandes entreprises et Wall Street exigent que le régime Trump parvienne à un accord d’ouverture des marchés avec la Chine et ignore ses ennemis autarciques.

Compte tenu de la vigueur soutenue de l’économie chinoise (6,5 % du PIB en 2018), de l’importance accrue accordée à l’expansion des services sociaux, du marché de la consommation et de l’assouplissement du crédit, les politiques douanières coercitives de Trump sont condamnées et les menaces militaires ne feront qu’encourager la Chine à étendre et à améliorer ses programmes militaires de défense et spatiaux.

Quels que soient les accords commerciaux temporaires et limités qui découleront des négociations entre les États-Unis et la Chine, le régime Trump poursuivra son programme impérial unipolaire de contrôle de régimes vassaux, comme le Brésil, et de lutte contre la Chine.

L’avenir appartient à une Chine indépendante, innovante et compétitive, et non à des régimes vassalisés, militarisés et soumis comme le Brésil.

James Petras

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-strategie-de-perte-du-president-trump-controler-le-bresil-et-affronter-la-chine