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L’effroyable destruction à venir du « Bassin des Caraïbes »

Alors que le président Trump a annoncé le retrait des troupes de combat US du « Moyen-Orient élargi », le Pentagone poursuit la mise en œuvre du plan Rumsfeld-Cebrowski. Il s’agit cette fois de détruire les États du « Bassin des Caraïbes ». Pas du tout, comme dans les années 70, du renversement de régimes dits « pro-Soviétiques », mais de la destruction de toutes les structures étatiques régionales sans considération des amis ou des ennemis politiques. Thierry Meyssan observe la préparation de cette nouvelle série de guerres.

| Damas (Syrie)

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Dans une série d’articles précédents, nous avons présenté le plan du SouthCom en vue de provoquer une guerre entre Latino-américains afin de détruire les structures étatiques de tous les États du « Bassin des Caraïbes » [1].

Préparer une telle guerre, qui devrait succéder aux conflits du « Moyen-Orient élargi » dans le cadre de la stratégie Rumsfeld-Cebrowski, demande une décennie [2].

Après la période de déstabilisation économique [3] et celle de préparation militaire, l’opération proprement dite devrait débuter dans les années à venir par une attaque du Venezuela par le Brésil (soutenu par Israël), la Colombie (allié des États-Unis) et le Guyana (c’est-à-dire du Royaume-Uni). Elle serait suivie d’autres, à commencer contre Cuba et le Nicaragua (la « troïka de la tyrannie » selon John Bolton).

Cependant, le plan initial est susceptible de modifications, notamment en raison du retour des ambitions impériales du Royaume-Uni [4] qui pourrait influer sur le Pentagone.

Voici où nous en sommes :

Évolution du Venezuela

Le président vénézuélien Hugo Chávez avait développé des relations avec le « Moyen-Orient élargi » sur une base idéologique. Il s’était particulièrement rapproché du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et du président syrien Bachar el-Assad. Ensemble, ils avaient imaginé la possibilité de fonder une organisation intergouvernementale, le « Mouvement des alliés libres » sur le modèle du « Mouvement des non-alignés », celui-ci étant paralysé par l’alignement au cours du temps de certains de ses membres sur les États-Unis [5].

Si Nicolas Maduro tient le même discours qu’Hugo Chávez, il a choisi une toute autre politique étrangère. Il a certes poursuivi le rapprochement avec la Russie et a, à son tour, accueilli des bombardiers russes au Venezuela. Il a signé un contrat d’importation de 600 000 tonnes de blé pour faire face à la disette dans son pays. Surtout, il s’apprête à recevoir 6 milliards de dollars d’investissements dont 5 dans le secteur pétrolier. Les ingénieurs russes prendront la place qui revenait aux vénézuéliens mais que ceux-ci ont laissé vacante.

Nicolas Maduro a réorganisé les alliances de son pays sur de nouvelles bases. Il a ainsi noué des liens étroits avec la Turquie, qui est membre de l’Otan et dont l’armée occupe actuellement le Nord de la Syrie. Maduro s’est rendu quatre fois à Istanbul et Erdoğan une fois à Caracas.

La Suisse était un allié d’Hugo Chávez qu’elle avait conseillé pour rédiger sa constitution. Craignant de ne plus pouvoir raffiner l’or de son pays en Suisse, Nicolas Maduro l’adresse désormais à la Turquie qui transforme le minerai brut en lingots. Par le passé, cet or restait dans des banques suisses pour garantir les contrats pétroliers. Désormais, les liquidités ont été également transférées en Turquie tandis que le nouvel or traité retourne au Venezuela. Cette orientation peut être interprétée comme fondée non plus sur une idéologie, mais sur des intérêts. Reste à définir lesquels.

Simultanément, le Venezuela fait l’objet d’une campagne de déstabilisation qui a commencé avec les manifestations des guarimbas, s’est poursuivie par la tentative de coup d’État du 12 février 2015 (« Opération Jéricho »), puis par des attaques sur la monnaie nationale et l’organisation de l’émigration. Dans ce contexte, la Turquie a fourni au Venezuela la possibilité de contourner les sanctions US. Les échanges entre les deux pays ont été multipliés par quinze en 2018.

Quelle que soit l’évolution du régime vénézuélien, rien n’autorise ce qui se prépare contre sa population.

Coordination des moyens logistiques

Du 31 juillet au 12 août 2017, le SouthCom a organisé un vaste exercice avec plus de 3 000 hommes venant de 25 États alliés, dont la France et le Royaume-Uni. Il s’agissait de préparer un rapide débarquement de troupes au Venezuela [6].

La Colombie

La Colombie est un État, mais pas une nation. Sa population y vit géographiquement séparée selon les classes sociales, avec d’énormes différences de niveaux de vie. Presque aucun Colombien ne s’est aventuré dans un quartier attribué à une autre classe sociale que la sienne. Cette stricte séparation a rendu possible la multiplication de forces paramilitaires et par voie de conséquence des conflits armés intérieurs qui ont fait plus de 220 000 victimes en une trentaine d’années.

Au pouvoir depuis août 2018, le président Iván Duque a remis en cause la fragile paix intérieure conclue par son prédécesseur, Juan Manuel Santos, avec les FARC —mais pas avec l’ELN—. Il n’a pas écarté l’option d’une intervention militaire contre le Venezuela. Selon Nicolas Maduro, les États-Unis forment actuellement 734 mercenaires dans un camp d’entrainement situé à Tona en vue d’une action sous faux drapeau pour déclencher la guerre contre le Venezuela. Compte tenu de la particularité sociologique de la Colombie, il n’est pas possible de dire avec certitude si ce camp d’entraînement est contrôlé ou non par Bogota.

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Rex Tillerson était directeur d’ExxonMobil au moment de la découverte des gisements pétroliers du Guyana. Il devint peu après secrétaire d’État des États-Unis.

Le Guyana

Au XIXème siècle, les puissances coloniales sont convenues de la frontière entre la Guyane britannique (l’actuel Guyana) et la Guyane hollandaise (actuel Suriname), mais aucun texte n’a fixé la frontière entre la zone britannique et la zone espagnole (actuel Venezuela). De fait, le Guyana administre 160 000 km2 de forêts qui restent disputés avec son grand voisin. En vertu de l’accord de Genève du 17 février 1966, les deux États s’en sont remis au secrétaire général de l’Onu (à l’époque le Birman U Thant). Rien n’a changé depuis, le Guyana proposant de porter l’affaire devant la Cour d’arbitrage de l’Onu, tandis que le Venezuela privilégie des négociations directes.

Ce différent territorial ne semblait pas urgent car la zone contestée est une forêt non peuplée et que l’on croyait sans valeur, mais c’est un espace immense qui représente les deux-tiers du Guyana. L’accord de Genève a été violé 15 fois par le Guyana qui a notamment autorisé l’exploitation d’une mine d’or. Surtout, un enjeu de taille a surgi en 2015 avec la découverte par ExxonMobil de gisements pétroliers dans l’Océan atlantique, précisément dans les eaux territoriales de la zone contestée.

La population du Guyana est composée de 40 % d’Indiens, de 30 % d’Africains, de 20 % de métis et de 10 % d’Amérindiens. Les Indiens sont très présents dans la fonction publique civile et les Africains dans l’armée.

Le 21 décembre, une motion de censure était déposée contre le gouvernement du président David Granger, un général pro-britannique et anti-vénézuélien, au pouvoir depuis 2015. À la surprise générale, un député, Charrandas Persaud, votait contre son propre parti et, dans une indescriptible pagaille, provoquait la chute du gouvernement qui n’avait qu’une voix de majorité. Depuis, la plus grande instabilité règne : on ne sait pas si le président Granger, qui suit une chimiothérapie, sera en mesure d’assurer les affaires courantes, tandis que Charrandas Persaud a quitté le Parlement avec une escorte par une porte dérobée et s’est enfui au Canada.

Le 23 décembre 2018, en l’absence de gouvernement, le Ramform Thethys (battant pavillon des Bahamas) et le Delta Monarch (Trinidad et Tobago) ont entrepris des explorations sous-marines dans la zone contestée pour le compte d’ExxonMobil. Considérant que cette intrusion viole l’accord de Genève, l’armée du Venezuela a chassé les deux navires. Le ministère guyanais des Affaires étrangères, agissant en affaires courantes, a dénoncé un acte hostile.

Le ministre de la Défense du Royaume-Uni, Gavin Williamson, a par ailleurs déclaré au Sunday Telegraph du 30 décembre 2018, que la Couronne mettait fin à la décolonisation qui, depuis l’affaire de Suez en 1956, était la doctrine de Whitehall. Londres se prépare à ouvrir une nouvelle base militaire dans les Caraïbes (pour le moment le Royaume n’en a qu’à Gibraltar, Chypre, Diego Garcia et sur les îles Falklands). Elle pourrait être à Montserrat (Antilles) ou plus probablement au Guyana et devrait être opérationnelle en 2022 [7].

Le Guyana est voisin du Suriname (la Guyane hollandaise). Son président, Dési Bouterse, est poursuivi en Europe pour trafic de drogues ; une affaire antérieure à son élection. Mais son fils, Dino, a été arrêté au Panama en 2013, bien qu’il soit entré avec un passeport diplomatique. Il a été extradé aux États-Unis où il a été condamné à 16 ans de prison pour trafic de drogues ; en réalité parce qu’il installait le Hezbollah libanais au Suriname.

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Le baptême de Jair Bolsonaro dans les eaux du Jourdain (Israël)

Le Brésil

En mai 2016, le ministre des Finances du gouvernement de transition du Libano-Brésilien Michel Temer, Henrique Meirelles, désigna l’Israélo-Brésilien Ilan Goldfajn comme directeur de la Banque centrale. Mereilles présidant le Comité de préparation des Jeux Olympiques, fit également appel à Tsahal pour coordonner l’armée brésilienne et la police et garantir ainsi la sécurité des Jeux. Tenant à la fois la Banque centrale, l’armée et la police brésiliennes, Israël n’eut pas de difficulté à soutenir le mouvement populaire de ras-le-bol face à l’incurie du Parti des Travailleurs.

Croyant que la présidente Dilma Rousseff avait maquillé les comptes publics dans le cadre du scandale Petrobras, mais sans qu’aucun fait ne soit établi, les parlementaires la destituèrent en août 2016.

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Eduardo et Carlos, les fils du président Jair Bolsonaro.

Lors de l’élection présidentielle de 2018, le candidat Jair Bolsonaro partit en Israël se faire baptiser dans les eaux du Jourdain. Il obtint ainsi massivement les voix des évangéliques.

Il se fit élire avec le général Hamilton Mourão comme vice-président. Ce dernier déclara durant la période de transition que le Brésil devait se préparer à envoyer des hommes au Venezuela comme « force de paix », une fois que le président Maduro aurait été renversé ; des propos qui constituent une menace à peine voilée et que le président Bolsonaro tenta de minorer.

Dans un entretien, le 3 janvier 2019, à la chaîne SBT, le président Bolsonaro a évoqué des négociations avec le Pentagone en vue d’accueillir une base militaire US au Brésil [8]. Cette déclaration a soulevé une forte opposition au sein des forces armées pour qui le pays est capable de se défendre seul.

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Benjamin Netanyahu lors de l’investiture du président Bolsonaro. Israël a pris position au Brésil.

Lors de son investiture, le 2 janvier 2019, le nouveau président accueillit le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. C’était la première fois qu’une personnalité israélienne de cette importance se rendait au Brésil. Le président Bolsonaro annonça à cette occasion le prochain transfert de l’ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le secrétaire d’État US Mike Pompeo, qui s’était également rendu à l’investiture où il a également rencontré le ministre péruvien des Affaires étrangères, Néstor Popolizio, a annoncé avec le président Bolsonaro son intention de lutter avec lui contre les « régimes autoritaires » du Venezuela et de Cuba. De retour aux États-Unis, il a fait escale à Bogota pour rencontrer le président colombien, Iván Duque. Les deux hommes sont convenus de travailler à isoler diplomatiquement le Venezuela. Le 4 janvier 2019, les 14 États du Groupe de Lima (dont le Brésil, la Colombie et le Guyana) se sont réunis pour considérer « illégitime » le nouveau mandat de Nicolas Maduro qui débute le 10 janvier [9] ; un communiqué qui n’a pas été signé par le Mexique. En outre, six des États-membres déposeront une plainte à la Cour pénal internationale contre le président Nicolas Maduro pour crime contre l’humanité.

Il est parfaitement clair aujourd’hui que le processus vers la guerre est en marche. Des forces énormes sont en jeu et peu de choses peuvent désormais les arrêter. C’est dans ce contexte que la Russie étudie la possibilité d’établir une base aéronavale permanente au Venezuela. L’île de La Orchila —où le président Hugo Chávez avait été retenu prisonnier lors du coup d’État d’avril 2002— permettrait de stationner des bombardiers stratégique. Ce serait une menace bien plus grande pour les États-Unis que ne le furent, en 1962, les missiles soviétiques stationnés à Cuba.

[1] « Plan to overthrow the Venezuelan Dictatorship – “Masterstroke” », Admiral Kurt W. Tidd, Voltaire Network, 23 février 2018. « Le « Coup de Maître » des États-Unis contre le Venezuela », par Stella Calloni, Traduction Maria Poumier ; « Les États-Unis préparent une guerre entre latino-américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 mai et 18 décembre 2018.

[2] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] “Declaration of a National Emergency with Respect to Venezuela”, “Executive Order – Blocking Property and Suspending Entry of Certain Persons Contributing to the Situation in Venezuela”, by Barack Obama, Voltaire Network, 9 March 2015.

[4] « Brexit : Londres assume sa nouvelle politique coloniale », Réseau Voltaire, 3 janvier 2019.

[5] « Assad et Chavez appellent à la formation d’un Mouvement des alliés libres », Réseau Voltaire, 28 juin 2010.

[6] « Grandes manœuvres autour du Venezuela », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 23 août 2017.

[7] “We are opening new overseas bases to boost Britain”, Christopher Hope, Sunday Telegraph, December 30, 2018.

[8] “‘Ficamos satisfeitos com a oferta da base militar’, diz Pompeo”, Eliane Cantanhêde, O Estado de S. Paulo, 6 Janeiro 2019.

[9] « Declaración del Grupo de Lima », Red Voltaire , 4 de enero de 2019.

 

http://www.voltairenet.org/article204577.html

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Bolsonaro va-t-il casser les BRICS ?

 L’édito de Pascal Boniface

Bolsonaro va-t-il casser les BRICS ?

Édito
18 décembre 2018
Le point de vue de Pascal Boniface

En 2001, un économiste de la Goldman Sachs définissait une nouvelle catégorie, afin de rassurer les marchés après les attentats du 11 septembre : les BRIC, pour désigner quatre pays, Brésil, Russie, Inde, Chine, ayant à la fois un fort potentiel de développement et une importante population.

Cette création était à l’origine purement artificielle. Ces pays ont en réalité de nombreuses différences : la Russie et la Chine sont des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU que l’Inde et le Brésil aspirent à rejoindre. Ces deux premières sont également des puissances nucléaires officielles, quand New Delhi est une puissance officieuse et Brasilia y a renoncé. Les relations sino-russes étaient difficiles et les relations sino-indiennes teintées d’hostilité. La nature de leurs régimes politiques les distinguait également considérablement. Mais, la fiction est devenue réalité et les BRIC se sont mués en une catégorie à part entière et au poids réel sur la scène internationale. Ils ont été rejoints par l’Afrique du Sud pour devenir les BRICS et ne pas laisser le continent africain à l’écart.

Les BRICS commencèrent en 2011 à tenir des sommets de concertation annuels. Ils ont créé une banque internationale de développement, devenue par sa capitalisation la troisième au monde et qui, contrairement à la Banque mondiale ou au Fonds monétaire international, ne fait dépendre ses prêts d’aucune conditionnalité politique. Ils sont rapidement devenus une sorte de « contre-G7 », d’autant plus après l’expulsion de la Russie du G8, à la suite de l’annexion de la Crimée. En septembre 2014, c’est de façon quasi triomphale que la Russie, qui subissait des sanctions occidentales, a été reçue au sommet des BRICS de Fortaleza au Brésil.

Les BRICS n’ont plus grand-chose à voir avec ce qu’avait imaginé l’économiste de Goldman Sachs. Non seulement parce qu’ils existent désormais en tant que structure qui tient des sommets, mais aussi parce que les équilibres internes s’en sont trouvés bouleversés. La Chine d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de 2001. Elle s’est largement différenciée et pèse d’un poids incomparable. Mais, elle a toujours intérêt à maintenir cette structure.

Au-delà de leurs différences, ces pays contestent le monopole occidental sur la puissance et, de manière annexe, le rôle du dollar comme monnaie d’échange international. Ils considèrent que les Occidentaux ne peuvent plus gérer le monde sans tenir compte de leurs intérêts. C’est dans le souci de peser qu’ils s’unissent, en dépit de leurs différences. La question qui se pose est de savoir si ce club va poursuivre sa montée en puissance dans les années qui viennent. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité depuis l’accession au pouvoir à Brasilia de Jair Bolsonaro qui a proclamé à de nombreuses reprises sa proximité idéologique avec D. Trump et sa volonté de réduire l’influence chinoise au Brésil. Si le président d’un pays majeur comme le Brésil cessait la politique menée de distanciation des BRICS à l’égard des Occidentaux, ce club conserverait-il sa pertinence ?

Lors du dernier sommet des BRICS, qui s’est tenu en Afrique du Sud, Bolsonaro a fait dire à Temer que se tiendra bien le prochain sommet des BRICS au Brésil. Il n’a pas intérêt à casser cette mécanique. Le tiers des investissements étrangers au Brésil provient de la Chine quand le tiers des exportations brésiliennes s’en vont vers la Chine. Les marchés américains et européens risquent la stagnation, alors que les marchés chinois et indiens peuvent se développer. Il serait donc dangereux de s’en couper. En Amérique latine, le Brésil est un leader lusophone sans follower (les autres étant hispanophones). La création des BRICS a contribué à conférer une stature mondiale au Brésil. Ce fut la meilleure opération internationale de relations publiques au moment de son émergence. S’en couper pourrait accroître la crise.

Il est donc probable que J. Bolsonaro mette de côté sa rhétorique antichinoise et conserve des relations avec Pékin, devenues trop importantes pour être balayées d’un revers de main. Il faudra dès lors voir comment Trump réagira si Bolsonaro ne le rejoint pas dans sa campagne antichinoise.

Le Brésil refuse à Total une licence d’exploration dans l’embouchure de l’Amazone

Le Brésil refuse à Total une licence d’exploration dans l’embouchure de l’Amazone

Brasilia – Le Brésil a refusé vendredi au groupe pétrolier français Total l’autorisation d’effectuer des forages dans cinq secteurs de l’embouchure de l’Amazone, en déclarant que le plan présenté par Total comportait des « problèmes techniques ».

« La licence environnementale pour l’Activité de forage maritime dans les blocs FZA-M-57, 86, 88, 125 et 127 de Foz de Amazonas a été refusée ce vendredi en raison d’un ensemble de problèmes techniques identifiés au cours du processus visant à l’obtention de la licence », a annoncé dans un communiqué l’agence de régulation environnementale brésilienne Ibama.

Le refus de cette licence avait été demandé en avril dernier par le parquet du Brésil et par des organisations de défense de l’environnement.

Total s’était associé en 2013 avec le britannique BP et le brésilien Petrobras pour acquérir des blocs d’exploration dans l’embouchure de l’Amazone et attendait d’obtenir le feu vert des autorités brésiliennes pour lancer les travaux d’exploration.

Ibama déclare dans son communiqué avoir détecté d' »importantes incertitudes » dans le plan présenté par Total pour d’éventuelles situations d’urgence. L’agence brésilienne évoque « la possibilité d’une fuite de pétrole qui pourrait affecter les récifs coraliens présents dans la région et par extension la biodiversité marine ».

L’agence ajoute qu’elle a donné à Total E&P do Brasil, la branche brésilienne du groupe, toutes les « opportunités possibles » pour « qu’elle complète et éclaircisse les problèmes techniques » qui ont été relevés. Elle indique avoir informé vendredi Total de sa décision.

(©AFP / 07 décembre 2018 23h35)

https://www.romandie.com/news/Le-Br-sil-refuse-Total-une-licence-d-exploration-dans-l-embouchure-de-l-Amazone/978016.rom

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Les Brésiliens, dans toute leur complexité raciale, sociale et religieuse, ont fait un choix souverain en toute connaissance de cause, autant par rejet d’un système politique dont ils sont dégoûtés que par adhésion aux quelques idées fortes défendues par Bolsonaro.

 

La première cause de son élection est bien entendu sécuritaire. Le pays du Samba a cédé la place à un enfer sur terre, que les Brésiliens, surtout les plus modestes, subissent au quotidien. Les statistiques de sûreté publique sont largement truquées par la Police elle-même pour des raisons politiques. Seuls les chiffres des homicides ne peuvent être truqués, et ils sont terribles : presque 62.500 morts en 2017, soit environ 171 morts par jour ! Si je les rapportais à la population française, il y aurait plus de 20.000 homicides par an en France, soit environ 25 fois plus qu’actuellement (825 meurtres en 2017). Chaque jour, ce sont les classes moyennes et pauvres qui subissent vols et violences de toutes sortes. A force de bienveillance, de politiquement correct et de mesures éducatives inefficaces, le Parti des Travailleurs (PT) a permis l’explosion de la violence et, ce qui est aussi grave sinon plus, l’expansion incontrôlée des gangs créés dans les prisons. Les deux grands gangs du pays (Comando Vermelho et Primeiro Comando da Capital) se livrent du reste aujourd’hui une guerre totale pour le contrôle du trafic de drogue, et ils sont en passe de devenir plus puissants encore que les cartels mexicains. Ils ont infiltré jusqu’à l’appareil d’état et les institutions politiques dans certaines régions. Ce sont, fort heureusement, les grands perdants de cette élection. La population attend des mesures drastiques en matière de sûreté publique et de défense de la propriété privée, promises par Bolsonaro, dont on peut dire qu’il est pour le moins crédible sur ce sujet.

La seconde cause est la corruption généralisée. Durant plus de 10 années, le Parti des Travailleurs (PT) de Lula et tous ses alliés, allant de l’extrême gauche à la droite conservatrice, ont annuellement détourné l’équivalent de 50 milliards d’euros de sociétés d’état, notamment la Petrobras, souvent avec l’aide plus ou moins volontaire de grandes sociétés privées. Cela relativise forcément la vitrine de progrès social du PT, qui s’est plus qu’enrichi et a franchi toutes les limites de l’affairisme sur le dos des finances publiques et, indirectement, des petites gens. Les partis traditionnels ne sont donc plus audibles sur le sujet de la corruption, et le fait est que nous avons assisté, au-delà de l’élection de Bolsonaro, à un certain renouvellement de la classe politique brésilienne. Nombre de députés fédéraux, dont les deux emblématiques amis du nouveau président, le noir Hélio Barbosa, et la lesbienne Karol Eller, et plusieurs gouverneurs d’états, dont celui de Rio, sont ainsi vierges en politique. Les anciens partis sont toujours là, mais leur influence va être de plus en plus limitée. Les Brésiliens attendent des mesures fortes et des sanctions réelles à l’encontre des corrompus. Bolsonaro est élu depuis 1991 et n’a jamais été poursuivi ou condamné pour corruption ; c’est assez unique au Brésil, et cela le rend très crédible.

La troisième cause est l’inefficacité économique. Le PT a encore ajouté en complexité et en bureaucratie à la Constitution de 1988, qui est déjà un chef d’œuvre en la matière puisqu’elle régule jusqu’au horaires des employés de maison. Les Brésiliens souhaitent beaucoup plus d’agilité et de dynamisme dans l’économie du quotidien, et Jair Bolsonaro leur a promis vouloir « libérer » plutôt que simplement « libéraliser » l’économie en général.

Finalement, la dernière et la plus subtile des raisons de sa victoire tient à mon avis à la fierté nationale des Brésiliens. Cela va en surprendre beaucoup, mais le Brésil n’est pas un énième pays arc-en-ciel dont les habitants, déracinés, se sentiraient Citoyens du Monde. Ils sont bien au contraire, toutes races et classes sociales confondues, particulièrement patriotes et fiers de leurs institutions. Ils vivent très mal l’idée d’appartenir à la huitième puissance économique mondiale et de pourtant, à de nombreux égards, vivre dans un pays du Tiers-Monde. La crise économique, qui est la conséquence d’une crise politique et institutionnelle, est avant tout imputable au PT et à ses alliés. Elle n’a pas arrangé l’état des inégalités sociales, puisqu’elle a de nouveau entraîné une partie de la population vers le chômage, ni celui de l’éducation, de la santé ou des infrastructures publiques. Là encore, Bolsonaro envisage la modernisation du pays, et il dispose d’une équipe économique crédible à cet effet.

Pour conclure, la rupture est totalement consommée entre le peuple Brésilien et le Brésil d’hier. En dehors des zones géographiques dont on peut considérer qu’elles sont encore récemment contrôlées physiquement par la gauche (surtout l’intérieur du Nordeste), il existe au sein de la population un très fort espoir de changer les choses et d’enfin donner au Brésil une place de puissance globale.

L’état des relations franco-brésiliennes va beaucoup dépendre de l’attitude du gouvernement français. On voit mal Bolsonaro, et encore moins son probable futur Ministre des Finances Paul Guedes, cracher dans la soupe et rejeter d’emblée l’investissement des entreprises européennes. Il est même possible voire probable que des entreprises françaises vont se positionner sur le rachat de certains actifs brésiliens, qui devraient être privatisés.

Ce qui va néanmoins changer, c’est la mise en place de critères de défense et de primauté de l’intérêt national, qui prévaudront désormais et surpasseront les intérêts privés ou étrangers. Il est notamment à peu près certain que les industries jugées les plus stratégiques ne seront en aucun cas privatisées. Le cercle restreint autour de Bolsonaro compte plusieurs militaires de haut rang, il est lui-même Capitaine de Réserve, et il y a tout lieu de croire que c’est la doctrine militaire brésilienne qui va prévaloir en la matière.

N’en déplaise à certains universitaires, le régime militaire a très largement développé le pays et ses industries d’armement, d’aéronautique, de conquête spatiale, de télécommunications et même d’énergie. Les industriels et les entreprises français vont donc être contraints d’en tenir compte, et probablement devoir approcher leurs vis-à-vis brésiliens dans une optique de coopération et de transferts de technologies – ce qui va ajouter en complexité.

 

Diplomatiquement, il est à déconseiller pour les représentants français de vouloir donner la moindre leçon au nouveau gouvernement brésilien ; les affaires en pâtiraient probablement très rapidement, au profit de plusieurs de nos partenaires européens mieux placés et plus courtois.

https://stratpol.com/causes-reelles-de-lelection-de-jair-bolsonaro-consequences-pour-leconomie-et-la-diplomatie-francaises/

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»


Par Andrew Korybko – Le 29 octobre 2018 – Source eurasiafuture.com

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L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil constitue une étape importante dans les projets de Trump d’édifier une « Citadelle Amérique » pour bétonner l’influence hégémonique américaine sur l’hémisphère occidental, en repoussant pas à pas la présence chinoise en Amérique latine.

Crédit photo : lejdd.fr

L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil restera dans l’histoire comme un moment clé dans les affaires de cette région : il s’agit du succès le plus retentissant du dessein américain Opération Condor 2.0, qui vise à remplacer les gouvernements socialistes de la « Marée rose » par des néolibéraux de droite. La guerre hybride menée contre le Brésil avait volontairement préparé l’environnement socio-économique du pays le plus grand d’Amérique du Sud, et c’est ce qui a permis à ce candidat improbable de sortir de nulle part et de s’emparer de cette grande puissance avec le soutien tacite des USA ; cet événement ne restera pas sans importantes implications géostratégiques. Avec la nouvelle guerre froide qui commence, les USA mettent à profit tous les moyens à leur portée pour contrer l’initiative chinoise une Ceinture une Route (BRI [Belt & Road Initiative, NdT]), et il apparaît comme relativement certain que Bolsonaro tiendra sa promesse de campagne de contrer l’influence chinoise croissante dans son pays, ce qui coïncide parfaitement avec les actions de Donald Trump, son modèle des USA.

La Maison Blanche sème des indices

Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, a confirmé que les deux hommes se sont parlé peu après l’annonce de la victoire de Bolsonaro sur son opposant, soulignant que « chacun d’eux avait exprimé un fort engagement à travailler ensemble pour améliorer la vie des peuples des États-Unis et du Brésil, et en tant que dirigeants régionaux, de l’ensemble des Amériques », ce qui évoque quelques possibilités notables de coopération entre ces deux pays, sur lesquels nous allons revenir. Reuters a également signalé que Bolsonaro promettait de « réaligner le Brésil sur d’autres économies plus avancées plutôt qu’avec des alliés régionaux », et ce dès les premiers commentaires qu’il a prononcés une fois son élection validée, ce qui suppose qu’il pourrait négliger l’adhésion de son pays aux BRICS en faveur de relations avec les USA et l’UE. Pour en revenir à la déclaration de Sanders, il est important de garder en mémoire qu’elle a qualifié le Brésil de pays leader régional des Amériques, ce qui se conjugue avec la vision de Trump d’une gestion hégémonique de l’hémisphère occidental, par une poursuite de la politique « Diriger depuis l’arrière » datant de l’ère Obama, au travers de partenariats avec des pays mandataires locaux.

Construire la « Citadelle Amérique »

Développons ce sujet : le prédécesseur de Trump avait mené à bien sans bruit des changements de régimes dans plusieurs pays d’Amérique Latine, et avait semé les graines de ce qui allait suivre au Brésil, qui a toujours constitué le « gros lot » pour les États-Unis au vu de sa taille et de son influence. Le président américain en exercice projette des partenariats avec plusieurs pays de la région, comptant le Mexique, la Colombie, et le Brésil, pour avancer sur la voie d’une intégration de l’hémisphère sous la bannière de Washington, restaurant l’influence des USA sur l’ensemble de l’Amérique latine, tout en jetant à la mer leur principal concurrent chinois. Pour parvenir à ces fins, le Brésil de Bolsonaro sera encouragé à adopter les politiques géo-économiques que nous exposons ci-après, dans le but de permettre la création de cette « Citadelle-Amérique » dominée par les USA, que Trump veut édifier en réponse aux progrès des routes de la soie chinoises sur le continent ces dernières années :

1. Fusion du Mercosur dans la néolibérale Alliance Pacifique :

Chacun des pays membres des deux alliances commerciales sont à présent dirigés par des politiques de droite, aussi apparaît-il comme « naturel » de les fusionner ensemble pour porter l’intégration régionale vers une nouvelle étape. Il est probable que même AMLO, homme de gauche et président élu du Mexique, s’inscrira dans cette tendance afin d’étendre les influences de son pays vers l’Amérique centrale et l’Amérique du sud.

2. Conclusion d’accords de libre échange avec l’UE et l’USMC (NAFTA 2.0) :

Prochaine étape d’une union du Mercosur et de l’Alliance Pacifique : remettre sur les rails les discussions jusqu’ici enrayées entre Mercosur et UE, et mener à bien celles qui sont projetées avec l’USMC. Le succès de ces opérations posera les bases structurelles d’une intégration plus avancée de l’hémisphère, et fera entrer l’Amérique latine dans la soi-disant « Communauté transatlantique ».

3. Dégeler la FTAA et la relier au TTIP :

Dernière phase de la construction de la « Citadelle Amérique » : que les USA prennent la direction de la proposition portée par la zone de libre-échange des Amériques (FTAA [Free Trade Area of the Americas, NdT]) de dégeler une zone de libre échange à l’échelle de l’hémisphère, axée sur le pivot géo-économique sud-américain dirigé par le Brésil, visant à ensuite relier cette structure de commerce transcontinental au TTIP (Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership) conclu avec l’UE.

L’objectif des projets sus-mentionnés pour les USA est de verrouiller l’Amérique latine dans des structures de commerce néo-libérales pour bloquer tout retour au socialisme, même si cela pourrait générer des retours de flamme en inspirant une nouvelle « Marée rose » à l’avenir. Tant que persiste un composant transatlantique important en lien avec l’UE, la « Citadelle Amérique » pourrait se construire sans l’Europe, si celle-ci reste arc-boutée sur les différends commerciaux avec les USA. Si Bolsonaro réussit à rassembler sous son aile le reste de l’Amérique du Sud pour suivre la direction choisie par Trump (peut-être par la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique), la baisse de l’influence de la Chine sur le continent constituera un fait accompli, la République populaire voyant dès lors ses nombreux investissements mis en concurrence avec une combinaison des gouvernements locaux et avec son concurrent américain renforcé.

Casser les BRICS

Il va devenir extrêmement compliqué au niveau des BRICS de continuer à fonctionner au delà des apparences si le Brésil coupe les amarres avec la Chine – qui dirige ce groupe de facto – et se met à œuvrer tous azimuts contre Pékin, y compris en jetant aux orties le chemin de fer trans-océanique (que l’on pourrait familièrement qualifier de « route de la soie d’Amérique du sud ») ou en remplaçant la plupart des investissements chinois par des financements occidentaux, ce qui viendrait neutraliser leur portée stratégique multipolaire. Considérons les événements récents en Afrique du Sud – autre membre des BRICS : le pays subit une réorientation néolibérale après le « coup d’État profond » qui a mis le président Ramaphosa au pouvoir, possiblement à l’issue d’un processus de changement de régime fomenté par les USA. Si l’on rapproche ce changement de l’élection de Bolsonaro, il apparaît clairement que les BRICS se réduisent à présent au cadre original RIC, qui ne connaît son format multilatéral que par le rôle de « balancier » de la Russie, qui vient arbitrer les grandes puissances asiatiques, et sans laquelle il ne se serait réduit qu’à des partenariats bilatéraux superposés.

Conclusions

L’élection de Bolsonaro constitue le résultat des manipulations socio-politiques élaborées par Washington au cours des dernières années, et s’inscrit comme moment crucial dans l’histoire de l’Amérique latine : il est très probable que cet événement soit la clé permettant la poursuite du projet des USA de construire la « Citadelle Amérique ». Au vu des convergences de vues très fortes que partage le nouveau président brésilien avec Trump, surtout quant à la nécessité de « contenir » la Chine et de supprimer toute velléité socialiste sur le plan intérieur, il est quasi certain que l’ancien dirigeant militaire cadencera son pas sur celui de son idole pour mener à bien leurs projets conjoints sur l’hémisphère occidental. On peut prédire que le Brésil prendra la tête d’initiatives d’intégration régionales qui auraient été impensables avec un gouvernement de gauche, comme la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique. À venir sans doute également, le pays essayera de conclure des accords multilatéraux de libre échange entre la structure continentale qui sortira de cette fusion et l’USMC (NAFTA 2.0). Les perspectives sont sombres pour les routes de la soie chinoises, et c’est bien là l’une des raisons pour lesquelles « Citadelle Amérique » a été conçue.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/bolsonaro-piece-maitresse-dans-le-jeu-de-trump-pour-construire-la-citadelle-amerique

Présidentielle au Brésil: en prison, Lula toujours plus fort dans les sondages

Présidentielle au Brésil: en prison, Lula toujours plus fort dans les sondages

Selon une enquête d’opinion, 37% des électeurs voteraient à la présidentielle d’octobre au Brésil pour l’ancien président Lula, actuellement incarcéré et dont la candidature pourrait être invalidée / © AFP/Archives / EVARISTO SA

L’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva conforte sa position de favori dans de nouveaux sondages avant la présidentielle d’octobre au Brésil, malgré son incarcération pour corruption et le risque de voir sa candidature invalidée.

Lula, incarcéré depuis avril pour une peine de plus de 12 ans pour corruption, obtiendrait pour le Parti des Travailleurs (gauche) 37% des voix, selon une enquête d’opinion publiée tard lundi par l’Institut Ibope.

Ce même institut lui avait accordé 33% en juin. Celui qui fut deux fois chef de l’Etat (2003-2010) devancerait de très loin le député d’extrême droite Jair Bolsonarao (18%, contre 15% en juin) et l’écologiste Marina Silva (6%), selon cette enquête d’opinion réalisée pour TV Globo et le quotidien O Estado de Sao Paulo.

Cette tendance avait été confirmée lundi peu avant par l’institut MDA qui accordait 37,3% des voix à Lula (contre 32,4% en mai) devant un Bolsonaro à 18,8% (16,7% en mai). Aucun autre candidat ne franchit la barre des 10%.

Cette élection hautement imprévisible rend nerveux non seulement le monde politique mais aussi les marchés: le réais est tombé lundi en clôture à son niveau le plus bas depuis février 2016.

Ces deux sondages sont les premiers réalisés depuis le début officiel de la campagne suite à l’enregistrement des 13 candidats pour la présidentielle des 7 et 28 octobre.

Mais le Tribunal supérieur électoral (TSE) a jusqu’au 17 septembre pour invalider la candidature de Lula, une décision qui paraît probable au nom d’une loi interdisant à toute personne ayant été condamnée en appel de concourir.

Dans un scénario sans Lula, Jair Bolsonaro arriverait en tête du premier tour avec 20% des voix, devant Marina Silva à 12%, Ciro Gomes (centre gauche) à 9% et Geraldo Alckmin (centre droit) à 7%, selon le sondage de MDA.

Le report des voix de Lula sur son plan B, l’ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad, serait mauvais, et ne concernerait que 17,3% des électeurs de l’icône de la gauche de 72 ans.

Le sondage Ibope a été réalisé entre les 17 et 19 août auprès de 2.000 personnes et avec une marge d’erreur de 2%, celui de MDA entre le 15 et 18 août auprès de 2.002 sondés, avec une marge d’erreur de 2,2%.

(©AFP / (21 août 2018 15h09)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Pr-sidentielle-au-Br-sil-en-prison-Lula-toujours-plus-fort-dans-les-sondages/947072.rom

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Les pays membres de l´Alliance du Pacifique (Mexique, Colombie, Pérou et Chili) viennent de signer conjointement avec les Etats du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay)  un plan  d´actions concrètes. Celui-ci vise à renforcer l´intégration régionale et le libre-échange entre ces deux espaces. Ce rapprochement pourrait à terme créer un marché regroupant 79% de la population d´Amérique Latine et 85% de son PIB. Pour le moment, les négociations engagées entre les deux organisations restent embryonnaires. Malgré un contexte favorable dû à une convergence politique entre les 8 pays, les divisions idéologiques intrinsèques des deux structures ralentissent ce processus d´intégration.     

mercosur alliance du pacifique
Une future alliance continentale ?

L´Alliance du Pacifique (2011) et le Mercosur (1991) sont les deux organisations d´intégrations régionales les plus dynamiques du continent sud-américain. Ces dernières ont longtemps été opposées. La première reprochait à la seconde son côté trop politisé et son manque de dynamisme économique. Tandis que le Marché commun du sud considérait l´Alliance comme trop proche des positions nord-américaines. Paradoxalement, le contexte macroéconomique actuel est particulièrement favorable au rapprochement de ces deux entités. En effet, la guerre commerciale dans laquelle s´est engagée le président américain Donald Trump, a poussé les pays sud-américains à adopter diverses stratégies pour dépasser les conséquences du recul protectionniste. L´une d´entre elle est justement de renforcer ses liens de libre-échange et diversifier ses partenaires commerciaux. L’accommodement entre ces deux communautés s´inscrit dans ce mouvement.

Parmi les 8 pays engagés dans ces négociations, seul l´Uruguay est actuellement présidé par un gouvernement ouvertement socialiste. Andres Manuel Obrador, le président mexicain de gauche récemment élu ne prendra ses fonctions qu´en décembre prochain. Par ailleurs, celui-ci n´est pas opposé au  libre-échange, ce qui rompt avec la tradition anti-libérale de la gauche sud-américaine. Le Mercosur et l´Alliance du Pacifique expérimentent ainsi  pour la première fois une convergence politique. L´ouverture commerciale du marché commun sud-américain avaient été longtemps bloquée au nom du protectionnisme latino-américain prôné par l’Argentine de la Présidente Kirchner et le Brésil de la Présidente Rousseff. Or, les deux géants sud-américains, désormais présidés par Macri et Temer, embrassent des doctrines plus libérales. Ces derniers souhaitent attirer de nouveaux  investisseurs et diversifier leurs partenaires commerciaux afin de relever leurs économies en pleine crises structurelles.

Des avancées mais des limites idéologiques

Le document signé par les deux blocs est un plan d´action qui soutient le commerce des biens, la mobilité des personnes et les débouchés des start-ups et des entreprises moyennes. Celui-ci préconise notamment la suppression des barrières douanières et non douanières et davantage de coopération en matière de réglementation. Les négociations tournent actuellement autour de la question de l´abaissement des droits de douanes dans les secteurs sensibles du continent : l´agroalimentaire et l´automobile. L’objectif de ces discussions reste néanmoins clair,  il s´agit de renforcer le libre-échange et le multilatéralisme en Amérique latine.

Pour autant, les deux communautés ont encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à un accord total qui aboutirait à la création d´une zone de libre-échange commune. En effet, les deux blocs ne possèdent pas la même structure et ne se sont pas formées selon les mêmes paradigmes idéologiques. D´un côté l´Alliance du Pacifique est une entité apolitique fondée sur la promotion du libre-échange. Les pays qui composent cette communauté possèdent des accords commerciaux avec plus de 50% des pays du monde. D´un autre côté, le Mercosur est construit selon une idéologie protectionniste et possède des traités avec seulement 15% des Etats du monde. Cette communauté dispose d´une forte identité politique axée sur la défense des intérêts sud-américains. Ce manque de complémentarité intrinsèque pourrait ralentir ce processus de régionalisation. Malgré ces nombreux défis, les 8 Etats ont promis de se réunir tous les 6 mois pour se tenir au courant de leurs avancées et planifier de nouveaux plans. A terme, une zone d´intégration commune  réunissant la majorité des pays sud-américains pourrait voir le jour.

About Vincent VEAUCLIN

Vincent Veauclin est étudiant à Sciences Po Saint Germain en Laye. Passionné par la géopolitique latino-américaine. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis 2018.

Brésil: Lula lancé dans la course présidentielle depuis sa prison

Brésil: Lula lancé dans la course présidentielle depuis sa prison

Des partisans de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva manifestent contre son emprisonnement devant la Cour suprême, le 31 mai 2018 à Brasilia / © AFP/Archives / EVARISTO SA

Lula a beau être incarcéré depuis avril pour corruption, son charisme et son influence politique restent intacts: l’ex-président brésilien doit être intronisé officiellement samedi par son parti comme candidat à la présidentielle d’octobre, une des plus incertaines et polarisée de l’histoire du pays.

Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, qui purge à Curitiba (Sud) une peine de 12 ans de prison, n’est pas présent physiquement à la convention du Parti des Travailleurs (PT, gauche), à Sao Paulo, qui se déroule à 400 km de là. Mais son visage souriant avec son éternelle barbe est partout, notamment sur des masques en carton distribués aux quelques 2.000 militants survoltés massés dans une salle du quartier japonais de la plus grande ville du Brésil.

« Brésil, c’est urgent, Lula président », s’écrient les jeunes militants les plus exaltés.

Cette journée est un « super samedi » électoral, trois candidats de poids étant nommés officiellement par leurs partis, un jour avant la date limite des conventions, sortes de grands meetings qui permettent aux formations d’adouber leurs champions devant les militants.

L’écologiste Marina Silva, arrivée en troisième position lors des deux derniers scrutins, a été intronisée par le parti Rede (centre-gauche), à Brasilia, dans une salle peuplée de militants vêtus de t-shirts verts.

Toujours dans la capitale, l’ex-gouverneur de Sao Paulo Geraldo Alckmin, principal représentant de l’establishment, a été déclaré officiellement candidat du Parti Social Démocrate Brésilien (PSDB, centre-droit).

Mais c’est sur Sao Paulo que sont braqués tous les projecteurs, à la convention du PT, qui tentera de faire front derrière Lula, même si sa candidature a de grandes chances d’être invalidée par la justice électorale.

– « Faire front » –

L’écologiste Marina Silva, candidate du parti Rede (centre-gauche) à la présidentielle brésilienne, le 6 juillet 2018 à Brasilia / © AFP / EVARISTO SA

Même derrière les barreaux, il demeure largement en tête des intentions de vote au premier tour, crédité de plus de 30% par tous les instituts de sondage. C’est près du double de ses principaux concurrents.

« Lula est toujours le leader », se félicite le PT dans un montage photo publié sur internet montrant l’icône de la gauche souriant, le poing levé, avec en sous-titre: « ils n’emprisonneront jamais la volonté du peuple ».

Même si le parti se défend catégoriquement — du moins ouvertement — de préparer un plan B, en coulisses, personne n’ignore que la candidature de Lula sera vraisemblablement invalidée par la justice électorale.

Une loi brésilienne intitulée « Ficha limpa » (casier vierge, en portugais) stipule en effet que toute personne condamnée en appel, ce qui est le cas de Lula, devient de fait inéligible.

« Il n’y a pas de plan B, la situation est imprévisible. Ils pensaient que le peuple allait abandonner Lula, mais c’est le contraire, il est plus fort que jamais et notre rôle est faire front pour qu’il puisse se présenter parce qu’il est innocent », a affirmé à l’AFP Paulo Henrique Barbosa Mateus, chômeur de 27, ans, lors de la convention du PT.

En coulisses, cependant, l’ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad est déjà dans les starting blocks pour le remplacer si sa candidature est effectivement invalidée.

Ancien ministre de l’Education de Lula, il avait été élu à la tête de la plus grande ville du pays à la surprise générale en 2012, grâce au soutien de l’ex-président, qu’il considère comme son mentor.

L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le 16 mars 2018 à Sao Paulo / © AFP/Archives / NELSON ALMEIDA

– L’épouvantail Bolsonaro –

A Brasilia, Geraldo Alckmin a été accueilli par environ mille militants aux cris de « Brésil, en avant, Alckmin président ».

Candidat du PSDB, parti qui a gouverné le Brésil de 1995 à 2002 avec Fernando Henrique Cardoso, présent samedi lors de la convention du parti, Alckmin avait déjà eu sa chance en 2006, mais avait été battu au second tour par un Lula en état de grâce.

Cette fois, il a décidé de brasser large, tissant une alliance avec plusieurs partis du centre. L’ex-gouverneur de Sao Paulo a également choisi pour son ticket, en tant que vice-présidente, la sénatrice Ana Amélia Lemos, censée lui permettre d’attirer un électorat plus conservateur qui penche actuellement pour Jair Bolsonaro, sulfureux député d’extrême droite favori du premier tour dans un scénario sans Lula.

Marina Silva, de son côté, s’est présentée à la convention de son parti,aux côtés de son colistier Eduardo Jorge, du Parti Vert (PV), qui avait obtenu seulement 0,61% des voix au premier tour de la présidentielle de 2014. Elle-même avait échoué aux portes du second tour, avec 21,32% et plus de 22 millions de voix.

pr-jm-lg/avz

(©AFP / 04 août 2018 17h48)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Br-sil-Lula-lanc-dans-la-course-pr-sidentielle-depuis-sa-prison/942700.rom

Les BRICS vont créer leur propre Internet

Les BRICS vont créer leur propre Internet

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Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) vont se doter de leur propre gouvernance Internet afin d’échapper au contrôle des États-Unis.

Jusqu’ici l’Internet est gouverné par l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), une association para-administrative du département du Commerce des États-Unis.

La nouvelle gouvernance d’Internet est une proposition du Conseil de sécurité nationale russe. On ignore comment elle s’articulera au système de DNS alternatif déjà en vigueur en Chine. Si ce système est étendu, les États-Unis perdront le contrôle des télécommunications mondiales. On assistera à une division de l’Internet en deux, les sites ne pouvant être accessibles à tous quelle que soit la localisation des internautes qu’à la condition d’une inscription dans chacun des deux systèmes.

http://www.voltairenet.org/article198936.html

Les BRICS veulent concurrencer Londres et créer leur Bourse mondiale de l’or

Les BRICS veulent concurrencer Londres et créer leur Bourse mondiale de l’or

Les BRICS veulent concurrencer Londres et créer leur Bourse mondiale de l’or© Pavel Lisitsyn / Sputnik
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Alors que la Banque d’Angleterre et la FED n’interviennent plus ou presque sur les échanges d’or, c’est à Londres et aux Etats-Unis que se trouvent les deux premiers marchés d’or jaune. Mais les Brics pourraient remettre en cause ce système.

«Le système traditionnel [de commerce de l’or] basé à Londres […] devient de moins en moins pertinent au fur et à mesure que de nouvelles plateformes commerciales émergent principalement en Inde, Chine et Afrique du Sud», a déclaré Sergueï Chvetsov. «Nous discutons de la possibilité de créer un marché unique de l’or entre les BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud] au niveau de contact bilatéraux», a ajouté le premier vice-président de la Banque centrale de Russie.

L’e régulateur russe a déjà signé un mémorandum pour le développement d’un marché bilatéral de l’or avec la République populaire de Chine qui doit être mis en place dès 2018.

«Nous partons du principe qu’il est nécessaire de structurer des relations d’échange et de compensation. La question principale est que les acheteurs intervenant sur le marché de l’or doivent avoir la possibilité de choisir la place sur laquelle ils investissent», explique Sergueï Chvetsov, ajoutant que ces liens commerciaux permettraient aux acheteurs de passer des contrats internationaux à partir d’une contrepartie centrale.

Londres toujours première

Alors que les banques centrales américaine et britannique n’achètent pratiquement plus d’or sur le marché, c’est à Londres et à New York que se trouvent les deux premières plateformes d’échanges d’or jaune, le Loco London et le Comex, selon les informations du World Gold Council. De plus, Londres présente la caractéristique d’être non pas un marché ouvert qui publie des cours en temps réel, mais un marché OTC, (over the counter). C’est-à-dire un marché de transactions de gré à gré réalisées en se basant sur une chambre de compensation, la London Precious Metals Clearing Limited, dont les principaux membres sont des banques américaines, britanniques ou des branches londoniennes de banques internationales.

Autrement dit, Londres et New York sont les places de référence pour acheter et vendre de l’or alors que la Banque d’Angleterre, comme la Réserve fédérale américaine, sont quasiment statiques sur ce marché.

En 2016, les banques centrales russe et chinoise ont annoncé leur projet de créer une plateforme d’échange qui unirait le marché mondial de l’or autour des principaux pays acheteurs.

D’après le Conseil mondial de l’or, le World Gold Council, la Russie est devenue le plus important acheteur officiel d’or et le troisième producteur mondial, la Banque centrale de Russie achetant le métal précieux à des compagnies minières russe via des banques commerciales. Elle a plus que doublé le rythme de ses achats au cours de la dernière décennie, ajoutant environ 1 300 tonnes d’or à ses réserves qui sont passées de 406,9 à 1715,8 tonnes entre 2007 et 2017. Cela représente tout de même cinq fois les réserves d’or de la Banque d’Angleterre (301,29 tonnes).

Lire aussi : Les Russes et les Chinois au secours du Venezuela, «en défaut partiel» sur sa dette

 

https://francais.rt.com/economie/46005-brics-veulent-concurrencer-loco-london