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De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

It’s the economy, stupid !

It’s the economy, stupid !

24 Janvier 2020

Alors que le bras de fer irano-américain continue de plus belle en Irak, qui a vu une énorme manifestation orchestrée par Moqtada pour réclamer le départ des troupes US, attardons-nous aujourd’hui sur trois « petites » nouvelles économiques qui n’ont pas dû être bien reçues par le système impérial.

Lors de l’élection états-unienne de 1992, une phrase était devenue virale, censée expliquer la défaite de Bush-père face à Clinton-mari : It’s the economy, stupid. Si le président Républicain avait supervisé des événements historiques comme la chute du Mur, la fin de l’URSS ou la première Guerre du Golfe, il avait quelque peu délaissé le terrain économique sur lequel s’était concentré son opposant Démocrate pour remporter l’élection.

L’économie est le nerf de la guerre et le rééquilibrage de l’échiquier mondial auquel nous assistons en ce début de XXIème siècle vient aussi de là.

Alors que la foire de Davos bat son plein, le PIB en parités de pouvoir d’achat (indicateur le plus sûr) des BRICS vient de dépasser celui du G7, le club des pays les plus endettés du globe. De quoi conforter Lavrov, qui conserve évidemment son poste de MAE après le grand chambardement gouvernemental à Moscou, dans son idée que le G7 « ne joue plus de rôle significatif ».

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule pour le Kremlin, les réserves internationales de la banque centrale russe ont atteint leur plus haut historique en ce mois de janvier, surpassant le record de 2008 qui était notamment dû à la flambée des prix du pétrole.

Ainsi, la kyrielle de sanctions visant à affaiblir le Heartland ou la chute vertigineuse des cours de l’or noir, décidée en 2014 par le tandem saoudo-obamesque pour « punir » Moscou sur la Syrie, n’y auront rien fait. L’ours a fait le dos rond et revient de plus belle. Le ration réserves/dette totale est de 115%, un chiffre qui doit laisser rêveurs les euronouilles…

Et puisque l’on parle de Bruxelles, une information est tombée qui fait sérieusement grincer les dents dans les travées de l’UE et les salles de rédaction de notre bonne presse. Rappelez-vous, le Royaume-Uni était condamné à l’apocalypse après le Brexit, les invasions de sauterelles n’étaient pas loin. Manque de bol, le FMI lui-même prévoit maintenant une croissance britannique supérieure à celle de la zone euro. Notre petit Landerneau en est paraît-il resté bouche bée…

*****

Chers amis et lecteurs, désolé pour le rythme de publication beaucoup plus lent mais, comme vous vous en doutez, la préparation de la sortie du livre prend du temps (par exemple, enregistrement sur le plateau de LCI hier, pour une émission qui sera diffusée en février).

Bien à vous tous et merci pour votre compréhension.Tag(s) : #Economie#Russie#Europe#Chine

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/01/it-s-the-economy-stupid.html

La Russie dit que les BRICS recherchent un système de paiement commun sans dollar


La Russie dit que les BRICS recherchent un système de paiement commun sans dollar

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par Tyler DurdenJeu., 14/11/2019 – 21:250ACTIONSTwitterFacebookRedditEmailImprimer

La fracture de l’économie mondiale et la dédollarisation semblent aller de l’avant. 

Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, regroupés sous le nom de BRICS, sont cinq économies nationales émergentes qui développent un nouveau système de paiement universel pour contester le réseau de paiement international SWIFT des États-Unis, a déclaré  jeudi à Reuters un responsable russe  .  

L’effort de dépollution de la Russie a pris de l’ampleur au cours des dernières années, conformément à l’engagement pris par le président Poutine de réduire la vulnérabilité du pays face à la menace persistante de sanctions américaines. Mais il n’y a pas que la Russie qui souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis des dollars pour le commerce, c’est l’ensemble du bloc économique  

Kirill Dmitriev, responsable du Fonds d’investissement direct russe (RDIF), a déclaré que « l’augmentation des risques non liés au marché de l’infrastructure mondiale de paiement » est à l’origine de la volonté de développer un nouveau système de paiement international pour les pairs du BRICS. 

« Un système de paiement BRICS efficace peut encourager les paiements en monnaies nationales et garantir des paiements et des investissements durables entre nos pays, qui représentent plus de 20% de l’afflux mondial d’investissements directs étrangers », a déclaré M. Dmitriev.

M. Dmitriev a indiqué que ses homologues du groupe BRICS avaient également discuté d’une nouvelle crypto-monnaie commune pour les paiements mutuels, en tant que solution de rechange au dollar. 

Il a ajouté que la Russie avait consenti des efforts considérables au cours des dernières années pour réduire le commerce extérieur en dollars. Au cours des dernières années, les paiements du commerce extérieur russe en dollars sont passés de 92% à 50%, tandis que les transactions en roubles sont passées de 14% à 3%, a-t-il ajouté. 

Mercredi, sous – ministre russe des Finances Vladimir Kolychev a été  cité  par Reuters comme disant fonds de richesse souverain russe réduira dollars américains et étudie si elle doit ajouter yuan chinois.  

Le mois dernier, le ministre russe de l’Economie, Maxim Oreshkin, a  déclaré  au Financial Times que le pays continuerait sur la voie de la dédollarisation et commencerait à négocier certaines transactions pétrolières en euros et en roubles.

Le désir de la Russie d’abandonner le dollar est une tendance qui ne cesse de croître – il semble maintenant que les pairs du BRICS pourraient suivre la même voie. Cela va certainement irriter Washington.

 https://www.zerohedge.com/geopolitical/russia-says-brics-looking-common-non-dollar-payment-system

De l’Argentine, de la Baltique et de quelques autDe l’Argentine, de la Baltique et de quelques autres chosesres choses

De l’Argentine, de la Baltique et de quelques autres choses

13 Août 2019

Tour d’horizon des points chauds du Grand jeu…

A tout seigneur tout honneur, le chef de l’Organisation de Coopération de Shanghai a appelé la grande formation eurasienne à intensifier la coopération avec le Caspian Five (Iran, Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan), notamment dans les infrastructures de transport afin de mieux intégrer le continent-monde. Chose intéressante, il a convié l’Afghanistan à y participer au moment où Washington, la queue entre les jambes, tente piteusement de s’extraire de l’interminable bourbier.

Ces déclarations de l’OCS sonnent familièrement à l’oreille du fidèle lecteur de nos Chroniques qui en avait eu un avant-goût il y a trois ans :

Le corridor RAI (Russie-Azerbaïdjan-Iran) se combinera avec les voies chinoises pour former un maillage eurasien serré par lequel transiteront marchandises et hydrocarbures. De Lisbonne à Pékin et de l’Océan indien à l’Océan arctique. Un seul absent dans tout cela : les Etats-Unis, dont la capacité de nuisance s’amenuise à mesure que l’intégration de l’Eurasie se poursuit.

Le RAI est sur les rails et sera à terme raccordé aux Nouvelles routes de la Soie. On comprend la fébrilité des stratèges impériaux, qui ont d’ailleurs bien d’autres raisons de se prendre la tête à deux mains…

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçantsa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosadaapporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Dans les Balkans, les oreilles impériales ont également dû siffler. Le patron de la Republika Srpska (ou République serbe de Bosnie) a réaffirmé son refus de rejoindre l’OTAN, torpillant de facto la marche de la Bosnie vers l’Alliance atlantique. En effet, le pays est, depuis les accords de Dayton ayant mis fin à la guerre en 1995, divisé en deux entités : la Fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska, qui cultive des liens étroits avec Belgrade.

Or, la présidence bosniaque est collégiale et les décisions prises, théoriquement du moins, de manière collective. Dans ces conditions, on ne voir pas comment ce pays pourrait accéder à l’OTAN, d’autant que Milorad Dodik, le dirigeant des Serbes de Bosnie n’y va pas par quatre chemins : « Nous sommes liés à la Serbie. Si celle-ci rejoint l’OTAN dans 100 ans, nous le ferons aussi. Si elle n’y adhère pas dans 300 ans, nous n’y serons pas non plus. Le Partenariat pour la Paix est largement suffisant. Si cela ne plaît pas à l’OTAN, elle est libre de le quitter« . Sans fioritures…

Est-ce ce qui pousse le bras armé américain en Europe à exprimer sa mauvaise humeur du côté de la Baltique ? Dans ce qui paraît être une évidente provocation, l’avion du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a été titillé par un F18 otanien au-dessus des eaux internationales avant que celui-ci ne soit joliment éconduit par un Sukhoï (admirez la manœuvre).

Ces chamailleries sont tout sauf nouvelles dans la zone :

Un Sukhoi russe a de nouveau intercepté de manière acrobatique un avion américain vendredi dernier, au-dessus de la Baltique. Il s’est approché à une dizaine de mètres et s’est permis un audacieux tonneau, louvoyant autour du RC-135 de reconnaissance de l’US Air Force. Le Pentagone est furieux, parlant de « manoeuvre dangereuse » dans l’espace aérien international. Le ministère russe de la Défense répond que l’avion américain tutoyait la frontière russe et que son transpondeur était éteint : « Soit vous arrêtez de voler près de nos frontières, soit vous vous identifiez ». Ambiance, ambiance…

Interceptions d’avions ou survol menaçants de navires sont presque devenus un sport national dans la Baltique et le coup fumant sino-russe d’il y a deux ans n’a rien fait pour arranger les choses…

Dans ce qui peut être vu comme un évident pied de nez à l’empire américano-otanien, les marines russe et chinoise commencent aujourd’hui des exercices navals communs en mer Baltique. C’est la première fois que Pékin envoie sa flotte dans la zone et c’est tout sauf un hasard. Un expert militaire russe nous en donne un intéressant éclairage :

« Depuis 2015, les exercices russo-chinois s’approchent de plus en plus des « points chauds » potentiels aux frontières des deux pays. Ce processus se déroule parallèlement à l’augmentation de la présence militaire des alliés européens des États-Unis en Asie […]. L’ingérence européenne dans des litiges à l’autre bout du monde serait loin de plaire à la Chine qui a décidé d’envoyer ses navires en mer Baltique.

Les deux pays soulignent le caractère humanitaire et antiterroriste des manœuvres, mais on sait que lors des exercices Joint Sea précédents, les marins des deux pays se sont entraînés à mener une guerre locale, notamment à parer des attaques aériennes, à combattre les sous-marins et à utiliser des missiles antinavires ».

L’empire n’est pas plus heureux au Moyen-Orient où la croisade saoudienne au Yémen tourne au fiasco. Même le Figaro, dont le propriétaire est pourtant si amène avec les pétromonarchies pour leur vendre des armes, se croit obligé de le reconnaître. Non seulement la coalition anti-houthi fait du surplace mais elle se déchire maintenant au grand jour. A Aden, des séparatistes sudistes liés aux Emirats Arabes Unis se sont retournés contre les forces de l’ex-gouvernement soutenues par l’Arabie saoudite. Le palais présidentiel a été pris et les combats ont fait une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. Pour ajouter à la farce, Riyad a répliqué en bombardant ses anciens alliés tandis que les Houthis profitent de la situation.

Si les grassouillets cheikhs des deux bords tentent d’éteindre le feu, cette semi-rupture ne trompe pas. Réduction des troupes émiraties au Yémen, retournement de veste partiel vis-à-vis de l’Iran, peut-être même discret rabibochage avec le Qatar, bête noire de Riyad : Abu Dhabi semble, depuis quelques temps, prendre ses distances avec le voisin saoudien, désormais bien esseulé.

A 2 000 km de là, les loyalistes syriens continuent leur avance dans l’Idlibistan malgré la résistance acharnée des djihadistes « modérés », dont la dernière contre-attaque a d’ailleurs fini en désastre. Le kotel prévu dans notre dernière livrée se met peu à peu en place vers Khan Cheikhoun et l’ambiance n’est pas à la fête chez les barbus, dont les officines, habituées à minimiser les succès de Damas, ne nient pas cette fois l’urgence de la situation. 

Hong Kong, enfin. Les manifestants si sorossement démocratiques commencent à montrer leur vrai visage. Les gentilles manifestations pacifiques ont fait long feu, ce qui n’étonnera personne quand on sait qui est derrière. Place désormais aux armes parfois sophistiquées (comme cet élégant lanceur de grenade), au blocage d’aéroport, aux violences anti-chinoises (blessés battusjournalistes ligotés), aux drapeaux US et au soutien plein et entier de la presstituée occidentale. Bref, tous les éléments d’une « révolution colorée »…

Hélas pour Washington, nous ne sommes plus au début des années 2000, quand les pays victimes de ces agissements ne savaient pas comment y faire face. Chinois et Russes sont parfaitement au jus et vont d’ailleurs rapidement se consulter pour contrer l’ingérence américaine, ce qui confirme en creux notre billet du 30 juillet évoquant une offensive du Deep State contre ses deux bêtes noires. Une matérialisation parmi d’autres de l’alliance de plus en plus stratégique entre l’ours et le dragon.

Pékin, qui vient d’ailleurs de refuser la prochaine escale à Hong Kong de deux navires américains, veut en finir et envoie ses troupes vers l’ancienne colonie britannique. Si les pions made in Soroslands’entêtent, la direction chinoise ne pourra pas faire autrement que de « lâcher les chiens ». Un massacre à la Tien An Men ferait les affaires de l’empire et le consolerait en partie de tous les revers qu’il connaît par ailleurs. Le but de ses manigances dans le comptoir excentré de Hong Kong n’est évidemment pas de « changer le régime » chinois mais de le mettre dans l’embarras, de lui faire perdre prestige et légitimité alors que le dragon est en train de prendre la place de n°1 des Etats-Unis dans un nombre croissant de domaines et projette l’intégration de l’Eurasie. Gageons que Pékin a parfaitement compris la manœuvre et agira avec fermeté mais aussi discernement. Les prochains jours nous en diront plus…Tag(s) : #Amérique latine#Europe#Asie centrale#Moyen-Orient#Russie#Chine#Etats-Unis

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NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

Publié le 5 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in PétroleEtats-UnisMoyen-OrientEconomie

Achtung, achtung, les alarmes retentissent à nouveau dans les corridors du système impérial. Les stratèges affolés du Washingtonistan se précipitent à leur table de contrôle global. Interdits, il fixent un voyant rouge qui ne cesse de clignoter : Arabie Saoudite. Eh merde… Sur un mur, un écran affiche la signification première de l’alerte : Pétrodollar en danger.

Avant de continuer le feuilleton, un assez long rappel est nécessaire. En octobre 2017, dans un article qui fit date, intitulé Seoud yuanisé ou l’empire en péril, nous expliquions l’importance colossale (n’ayons pas peur des mots) de la question :

Il est de ces répétitions de l’Histoire… Il y a plus de deux ans – sous le titre Pétrodollar : le début de la fin ? – nous écrivions un billet prémonitoire qui n’a pas pris une ride :

A Washington, on doit beaucoup écouter les Doors en ce moment : This is the end, my only friend, the end… Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé, mais ce n’est pas vraiment un futur radieux qui se profile à l’horizon pour l’empire 2.0.

Le système financier issu de la Seconde guerre mondiale – notamment les prêts en dollars du FMI ou de la Banque mondiale – assurait l’hégémonie de la monnaie américaine, permettant aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens en faisant financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollars pour commercer. Ce « privilège exorbitant » (dixit Giscard) fut encore renforcé en 1973 lorsque Nixon se mit d’accord avec les Saoudiens pour que ceux-ci vendent leur pétrole uniquement en billets verts, créant de facto le pétrodollar. L’OPEP suivra deux ans après. Pour les Etats-Unis, des décennies d’argent facile et de guerres financées par des pays tiers…

Jusqu’à ce que ces pays tiers disent stop. Certains d’entre eux du moins. La fronde a commencé vers la fin des années 2000. En Amérique latine, Argentine et Brésil décident de commercer dans leurs monnaies respectives, puis c’est au tour de la Chine et du Brésil, tandis que les pays émergents se rebellent au sein même des instances du FMI et de la Banque mondiale. Curieusement, Poutine était d’abord en retrait dans ce mouvement jusqu’à ce que la nouvelle Guerre froide subséquente à la crise ukrainienne fasse de lui le chevalier blanc de la dé-dollarisation de la planète. C’est, depuis 2014, une avalanche de défections auxquelles fait face le billet vert, contrairement à la fable médiatique hollywoodienne qui voudrait nous faire croire à une « communauté internationale » réunie autour de l’Occident. Russie, Chine, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Turquie, Uruguay, Iran, Equateur, Egypte, Venezuela, Vietnam, Paraguay, Kazakhstan… tous ces pays ont renoncé au dollar ou sont en voie de le faire dans leurs échanges commerciaux bilatéraux au profit de leur monnaie ou de l’or. Pire ! les propres alliés de Washington (Canada, Corée du sud, Qatar) quittent le navire et s’en vont sifflotant passer des accords SWAP (échanges de devises) avec la Chine.

Comme si cela ne suffisait pas, les BRICS ont décidé au sommet de Fortaleza la création d’un système financier parallèle concurrençant le FMI et la Banque Mondiale d’obédience américaine tandis que la Chine y allait de sa propre banque personnelle vers laquelle se sont précipités les alliés intimes de l’oncle Sam (Angleterre, Australie) comme des enfants turbulents désobéissant au majordome. Il paraît qu’Obama en a interrompu sa partie de golf…

Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l’idée mais les bombes libératrices de l’OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu’il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

Sauf que… Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l’Angola ont dépassé l’Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d’après les observateurs, c’est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D’après un analyste, si l’Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu’elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans… c’est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Y a-t-il un lien avec la visite de haut niveau des Saoudiens à St Pétersbourg la semaine dernière, quelque chose du genre « Cher Vladimir, vous nous protégerez le cas échéant si on change de devise ? » A suivre…

On ne pouvait pas taper plus dans le mille. Octobre 2017 : un économiste de renom prévoit le remplacement par Riyad du dollar par le yuan, le roi saoudien effectue une visite historique à Moscou et les Russes vont vendre des batteries S400 à l’Arabie saoudite.

Carl Weinberg ne s’est pas souvent trompé dans ses analyses. Aussi, quand il déclare que Riyad est fortement encouragée par Pékin à lui vendre son pétrole en yuans et prédit que d’ici peu, les Saoudiens succomberont à la pression, il vaut mieux le prendre au sérieux :

« D’ici deux ans, la demande chinoise en pétrole écrasera la demande américaine. Je pense que la cotation des cours en yuans est pour bientôt. Dès que les Saoudiens l’accepteront – comme les Chinois les y contraignent – le reste du marché [les pétromonarchies, ndlr] suivra le mouvement. »

En filigrane, l’effondrement du pétrodollar mis en place il y a plus de quarante ans et pilier du système impérial américain. Les liaisons dangereuses entre Bush Junior et l’establishment wahhabite, le tendre baiser de Barack à frites sur le royal arrière-train du Seoud, tout cela n’aura finalement servi à rien…

Ca doit sérieusement grincer des dents le long des corridors néo-cons de Washington et il n’est pas impossible que quelques plans sur la « remodélisation » du royaume saoudien soient soudain sortis des tiroirs. Coïncidence (ou pas), le facétieux Vladimirovitch a justement ironisé sur la chose lors de la réunion annuelle du Club Vadaï à Sotchi (…)

Est-ce tout à fait un hasard si, dans ces conditions, Salman a débarqué à Moscou il y a deux semaines, la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Cela fait des décennies que l’ours et le chameau sont opposés sur à peu près tous les dossiers brûlants de la planète, le second finançant le djihadisme mondial pour le bénéfice de son parrain US afin de diviser l’Eurasie et mettre le premier en difficulté. Que cache donc cette visite historique ?

Au-delà des nécessaires relations entre ces deux poids lourds du pétrole (accord OPEP+), le Seoud suit les pas des autres acteurs du Moyen-Orient, délaissés par l’inexorable reflux de l’empire et qui vont tous rendre visite au nouveau boss de la région. Comme le dit sans ambages Bloomberg :

« Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens, les Jordaniens – tous prennent le chemin du Kremlin dans l’espoir que Vladimir Poutine, le nouveau maître du Moyen-Orient, puisse assurer leurs intérêts et résoudre leurs problèmes. »

Le Seoud ne fait pas autre chose, allant à Canossa, mangeant son keffieh en rabaissant très sérieusement ses folles prétentions syriennes (tiens, Assad ne doit plus partir finalement). Mais il y a peut-être plus, beaucoup plus, et plusieurs voix (ici ou ici) y décèlent un changement tectonique. Nous en revenons à notre pétrole yuanisé et à nos S400…

Certains ont dû avoir le hoquet en lisant qu’après la Turquie, Moscou allait également vendre son inégalable système anti-aérien à son ex-Némésis wahhabite. On le comprendrait mieux s’il s’agit de créer un environnement favorable à une transition saoudienne vers la dédollarisation et la multipolarité eurasienne, voire d’assurer la future défense du pays face aux réactions hystériques de l’empire trahi. L’avenir nous le dira…

L’avenir sourit à qui sait attendre et nous n’avons pas encore la réponse à cette interrogation aux conséquences tectoniques. Mais si nos petits stratèges de DC la Folle sont en alerte rouge, c’est que la question revient avec acuité sur le devant de la scène. Riyad vient de menacer Washington d’abandonner la vente de son pétrole en dollars si le NOPEC passe. Traduction : la fin du pétrodollar, l’un des principaux piliers de la puissance impériale depuis un demi-siècle.

NOPEC, quézako ? Dans un article au titre quelque peu neuneu – NOPEC, l’arme de destruction massive de Trump contre l’OPEP – et n’analysant évidemment pas le désastre stratégique que cela constituerait pour les Etats-Unis, la presse nous l’expliquait néanmoins clairement il y a quelques mois :

Alors que Donald Trump veut à tout prix faire baisser les cours du brut, une sous-commission du Sénat va étudier mercredi la loi Nopec qui aurait pour effet de lever l’immunité souveraine des Etats membres de l’Opep aux Etats-Unis.

Donald Trump sera-t-il prêt à tout pour faire baisser les cours du brut ? Le président américain, qui tente sans succès depuis l’été d’obtenir des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qu’ils augmentent encore davantage leur production afin de faire baisser les prix, pourrait sortir l’artillerie lourde, selon la presse américaine.

Baptisée Nopec, la « loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole », va faire l’objet d’une audition ce mercredi 3 octobre devant le Sénat. Celle-ci modifierait la législation antitrust pour permettre de poursuivre pour collusion les pays de l’Opep et elle interdirait de restreindre la production d’hydrocarbures ou d’en fixer les prix. Rejetée jusqu’ici par Washington soucieux de ménager l’allié saoudien, leader du cartel, la proposition, régulièrement évoquée ces dix dernières années, serait, si elle aboutissait, un véritable coup de force des États-Unis. « L’Opep est la bête noire de Trump qui pourrait soutenir le Nopec ».

Les Saoudiens sont vent debout contre cette loi. Le mois dernier encore, ils annonçaient l’apocalypse lors de rencontres avec l’establishment financier de Wall Street. Il semble qu’ils aient maintenant passé la vitesse supérieure si l’on en croit leur menace d’abandonner le pétrodollar, « l’option nucléaire » comme elle est surnommée, et auprès de laquelle « l’arme de destruction massive » si chère à nos petits binoclards journalistiques fait figure de plaisanterie douteuse. Quand on connaît le poids de l’or noir, dont le commerce (principalement en dollars jusqu’à présent) est plus important que celui de tous les métaux bruts combinés, on comprend la portée de la chose…

Les Chinois sont extrêmement attentifs, eux qui font chaque jour un peu plus pression sur l’Arabie saoudite pour qu’elle leur vende son pétrole en yuans. Les Russes n’en perdent pas une miette non plus, l’option nucléaire saoudienne valant en l’occurrence bien plus que leurs derniers bijoux hypersoniques pourtant redoutables.

Sans surprise, le Deep State US ainsi que le lobby pétrolier s’opposent résolument au NOPEC qui, néanmoins, fait son bonhomme de chemin et passe l’un après l’autre les obstacles au Congrès. Car nous touchons là à l’éternelle contradiction historique entre intérêts nationaux et impériaux. La Rome du dernier siècle de la République en savait quelque chose, mais ceci est un autre sujet…

Ces Sénateurs et Représentants n’ont certes rien contre l’omnipotence américaine dans le monde mais ils ont aussi, petit détail fort incommodant, des électeurs. Eh oui, ces satanés citoyens qui ne s’intéressent, eux, qu’à leur fin de mois difficile et se fichent comme de l’an 40 des bases US dans le Rimland. On se rappelle qu’en 1992, à la grande consternation du Deep State, George Bush Senior, le président qui avait supervisé la chute de l’URSS et pouvait pousser à fond l’avantage de l’empire, avait été battu par un gringalet nommé Bill Clinton, qui ne faisait que promettre des jobs. Si l’Etat profond avait évidemment fini par récupérer ce dernier au bout de quelques années, les néo-cons se sont toujours mordu les doigts de n’avoir pas su placer un des leurs à la Maison Blanche en cette période cruciale du début de la décennie 90.

Pour les membres du Congrès, tournés vers la situation intérieure, l’équation est simple : NOPEC = pétrole moins cher = consommateurs contents = réélection. Avec, en passant, une petite gifle à l’Arabie Saoudite en prime, dont l’image dans le public américain est aussi écornée qu’un parchemin rassis du XIIIème siècle.

Le lobby pétrolier, lui, pense évidemment en sens inverse : or moins cher = moins de profits. Dans le même wagon, les producteurs de pétrole de schiste réclament à cor et à cri un baril au-dessus de 70$ pour couvrir les coûts énormes de la fracturation hydraulique. Quant au Deep State, il grince des dents en imaginant la fin du financement facile de ses guerres/bases/invasions/coups d’Etat, marque de fabrique impériale.

S’il y en a un qui doit être assez désarçonné en ce moment, c’est bien le Donald. Ayant mis un accent sincère durant sa campagne sur le pouvoir d’achat, il se lâche régulièrement en imprécations twitteresques contre l’OPEP, vilipendant le cartel pour cause de pétrole cher. D’un autre côté, au-delà même de savoir s’il a définitivement été drainé par le marais, un président américain peut-il réellement et sciemment laisser tomber le pétrodollar ? Le NOPEC n’est pas nouveau et, en leur temps, Bush Junior et Barrack à frites s’y sont tous deux fortement opposés, brandissant carrément la menace du veto. Si le Donald rêve indéniablement moins de gloire expansionniste que ses deux prédécesseurs et si son inclination personnelle et politique le pousserait à soutenir le NOPEC, va-t-il pour autant franchir le Rubicon ? Rien n’est moins sûr.

A Moscou et à Pékin, on attend la suite du feuilleton avec impatience. Que le NOPEC passe et que les Saoudiens mettent, pour une fois, leurs menaces à exécution, et c’est tout l’édifice impérial qui s’effrite, avec les gigantesques conséquences que l’on sait. Et même si, finalement, les choses rentrent d’une manière ou d’une autre dans l’ordre à Washington (torpillage du NOPEC au Congrès par le Deep State, veto présidentiel), l’épisode restera comme un coup de canif supplémentaire et indélébile à la majesté du pétrodollar. C’est, à ma connaissance, la première fois que les Seoud évoquent publiquement la possibilité d’abandonner le dollar. Une véritable révolution copernicienne devant laquelle Russes et Chinois se frottent les mains…

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Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Publié le 17 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in EuropeChineEtats-UnisEconomie

Lorsque le 22 mars, le président chinois Xi Jinping débarquera à Rome pour une très importante visite, l’esprit de Marco Polo flottera dans l’air. S’il ne fut pas le premier Occidental à emprunter la route de la Soie, le célèbre Vénitien laissa à la postérité la description de la Chine et ses merveilles dans son Devisement du monde.

Sept siècles plus tard, le gouvernement italien lance un pavé dans la marre en voulant rejoindre les Nouvelles routes de la Soie, le tentaculaire projet de Pékin visant à intégrer économiquement l’Eurasie, hantise de l’empire américain. Sans surprise, Washington a déjà réagi, en affirmant sans rire que cela « dégraderait l’image internationale de l’Italie ».

Cette dernière n’est pourtant pas le premier pays européen à adhérer au projet chinois et le fidèle lecteur sait que la Hongrie du grand méchant Orban est sur les rangs depuis trois ans, rejointe ensuite par la Grèce ou encore le Portugal. Mais le poids de l’Italie est autrement important : membre du G7, quatrième pays européen en termes de population et d’économie, sa décision pourrait « briser la glace » pour les autres et entraîner plusieurs pays dans son sillage. D’autant que cette intégration aux routes de la Soie ferait bénéficier des prêts de la BAII, à propos de laquelle un petit rappel n’est pas inutile :

La fameuse Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) a été lancée en fanfare à Pékin cette semaine [juillet 2015, ndlr]. Plus de 300 délégués de 57 pays ont assisté à la signature. Rappelons que la BAII concurrencera la Banque mondiale sous influence américaine et sera la cheville ouvrière du cauchemar absolu des stratèges états-uniens : l’intégration de l’Eurasie. Elle financera – sans doute en coopération avec l’autre Goliath bancaire créé récemment, la banque des BRICS – les infrastructures liées au phénoménal projet continental de routes de la Soie visant à relier l’Europe à l’Extrême-Orient en évitant les mers, marginalisant considérablement les Etats-Unis.

L’entrée de Rome dans la danse serait une situation gagnant-gagnant, l’Italie pouvant ainsi financer la reconstruction de ses infrastructures vieillissantes (cf. catastrophe du pont de Gênes) et vendre son Made in Italy aux consommateurs chinois qui en sont friands. Un seul perdant dans cette affaire : Washington.

L’analyse pourrait s’arrêter là et conclure à une nouvelle baffe dans la tête impériale. Pourtant, si ce dernier point n’est pas discutable, les choses sont en réalité bien plus compliquées et entrent dans la lignée de ce que nous prédisions au lendemain de l’élection du Donald il y a plus de deux ans :

Le deuxième mandat d’Obama avait sans doute porté à son paroxysme l’affrontement des deux blocs. Entre 2013 et 2015, le système impérial américain, incluant ses dépendances européenne et médiatique, s’est arc-bouté, uni, resserré presque jusqu’à l’étouffement. Un objet trop compressé finit par se fissurer, puis éclater – simple loi physique. Géopolitiquement, cela nous a donné le Brexit et l’élection de Trump.

Nous entrons maintenant dans une ère aléatoire de recomposition, un nouvel ordre mondial que les tenants de l’ordre ancien voient avec horreur et qu’ils tentent désespérément, et avec de moins en moins de succès, de ralentir. Voici venue l’ère des électrons libres, de la restructuration internationale et des nouveaux paradigmes.

Le rapprochement italo-chinois est éclairant à cet égard et un excellent article de Tom Luongo l’analyse en détail. Résumons la complexité de la situation en quelques points :

  1. Le ralliement de Rome aux Nouvelles routes de la Soie est poussé par le Mouvement 5 étoiles et son leader, Di Maio.
  2. Cette annonce a été accueillie avec des cris d’orfraie par Trump, Merkel mais aussi par la Ligue de Salvini, autre composante essentielle du gouvernement italien, pourtant alliée à Di Maio.
  3. La position de Salvini recoupe grosso modo celle de l’anti-système « de droite » partout en Europe (Le Pen, Wildeers, UKIP etc.) : oui à la multipolarité russo-chinoise sur le plan géopolitique contre l’hégémonie américaine, mais non à l’invasion chinoise sur le plan économique.
  4. Merkel, qui ne veut pas voir l’Italie jouer un rôle important en Europe, s’oppose à l’accord Rome-Pékin. Ce faisant, elle se retrouve curieusement dans le même camp que Salvini, qu’elle déteste par ailleurs (migrants, fédéralisme européen etc.)
  5. Ironie du sort, elle se retrouve également dans le même bateau que le Donald, à qui elle s’oppose sur à peu près tous les autres sujets (gaz russe, paiement pour le stationnement des troupes US, protectionnisme vs libre-échange etc.)
  6. Dans ce maelstrom, l’euronouillerie est complètement perdue, ne sachant que faire avec la Chine. Elle est encore plus désemparée face aux Etats-Unis de Trump, comme le montre la délirante séance du Parlement européen d’il y a trois jours, au cours de laquelle les députés ont d’abord voté une série d’amendements contre la reprise des négociations commerciales avant… de voter dans la foulée pour annuler leur propre résolution !

Dans le nouveau monde aux recompositions complexes créées par le reflux impérial, Bruxelles est déboussolée. Vassal eurocratique cherche suzerain désespérément…

 

Bolsonaro va-t-il casser les BRICS ?

 L’édito de Pascal Boniface

Bolsonaro va-t-il casser les BRICS ?

Édito
18 décembre 2018
Le point de vue de Pascal Boniface

En 2001, un économiste de la Goldman Sachs définissait une nouvelle catégorie, afin de rassurer les marchés après les attentats du 11 septembre : les BRIC, pour désigner quatre pays, Brésil, Russie, Inde, Chine, ayant à la fois un fort potentiel de développement et une importante population.

Cette création était à l’origine purement artificielle. Ces pays ont en réalité de nombreuses différences : la Russie et la Chine sont des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU que l’Inde et le Brésil aspirent à rejoindre. Ces deux premières sont également des puissances nucléaires officielles, quand New Delhi est une puissance officieuse et Brasilia y a renoncé. Les relations sino-russes étaient difficiles et les relations sino-indiennes teintées d’hostilité. La nature de leurs régimes politiques les distinguait également considérablement. Mais, la fiction est devenue réalité et les BRIC se sont mués en une catégorie à part entière et au poids réel sur la scène internationale. Ils ont été rejoints par l’Afrique du Sud pour devenir les BRICS et ne pas laisser le continent africain à l’écart.

Les BRICS commencèrent en 2011 à tenir des sommets de concertation annuels. Ils ont créé une banque internationale de développement, devenue par sa capitalisation la troisième au monde et qui, contrairement à la Banque mondiale ou au Fonds monétaire international, ne fait dépendre ses prêts d’aucune conditionnalité politique. Ils sont rapidement devenus une sorte de « contre-G7 », d’autant plus après l’expulsion de la Russie du G8, à la suite de l’annexion de la Crimée. En septembre 2014, c’est de façon quasi triomphale que la Russie, qui subissait des sanctions occidentales, a été reçue au sommet des BRICS de Fortaleza au Brésil.

Les BRICS n’ont plus grand-chose à voir avec ce qu’avait imaginé l’économiste de Goldman Sachs. Non seulement parce qu’ils existent désormais en tant que structure qui tient des sommets, mais aussi parce que les équilibres internes s’en sont trouvés bouleversés. La Chine d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de 2001. Elle s’est largement différenciée et pèse d’un poids incomparable. Mais, elle a toujours intérêt à maintenir cette structure.

Au-delà de leurs différences, ces pays contestent le monopole occidental sur la puissance et, de manière annexe, le rôle du dollar comme monnaie d’échange international. Ils considèrent que les Occidentaux ne peuvent plus gérer le monde sans tenir compte de leurs intérêts. C’est dans le souci de peser qu’ils s’unissent, en dépit de leurs différences. La question qui se pose est de savoir si ce club va poursuivre sa montée en puissance dans les années qui viennent. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité depuis l’accession au pouvoir à Brasilia de Jair Bolsonaro qui a proclamé à de nombreuses reprises sa proximité idéologique avec D. Trump et sa volonté de réduire l’influence chinoise au Brésil. Si le président d’un pays majeur comme le Brésil cessait la politique menée de distanciation des BRICS à l’égard des Occidentaux, ce club conserverait-il sa pertinence ?

Lors du dernier sommet des BRICS, qui s’est tenu en Afrique du Sud, Bolsonaro a fait dire à Temer que se tiendra bien le prochain sommet des BRICS au Brésil. Il n’a pas intérêt à casser cette mécanique. Le tiers des investissements étrangers au Brésil provient de la Chine quand le tiers des exportations brésiliennes s’en vont vers la Chine. Les marchés américains et européens risquent la stagnation, alors que les marchés chinois et indiens peuvent se développer. Il serait donc dangereux de s’en couper. En Amérique latine, le Brésil est un leader lusophone sans follower (les autres étant hispanophones). La création des BRICS a contribué à conférer une stature mondiale au Brésil. Ce fut la meilleure opération internationale de relations publiques au moment de son émergence. S’en couper pourrait accroître la crise.

Il est donc probable que J. Bolsonaro mette de côté sa rhétorique antichinoise et conserve des relations avec Pékin, devenues trop importantes pour être balayées d’un revers de main. Il faudra dès lors voir comment Trump réagira si Bolsonaro ne le rejoint pas dans sa campagne antichinoise.

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»


Par Andrew Korybko – Le 29 octobre 2018 – Source eurasiafuture.com

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L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil constitue une étape importante dans les projets de Trump d’édifier une « Citadelle Amérique » pour bétonner l’influence hégémonique américaine sur l’hémisphère occidental, en repoussant pas à pas la présence chinoise en Amérique latine.

Crédit photo : lejdd.fr

L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil restera dans l’histoire comme un moment clé dans les affaires de cette région : il s’agit du succès le plus retentissant du dessein américain Opération Condor 2.0, qui vise à remplacer les gouvernements socialistes de la « Marée rose » par des néolibéraux de droite. La guerre hybride menée contre le Brésil avait volontairement préparé l’environnement socio-économique du pays le plus grand d’Amérique du Sud, et c’est ce qui a permis à ce candidat improbable de sortir de nulle part et de s’emparer de cette grande puissance avec le soutien tacite des USA ; cet événement ne restera pas sans importantes implications géostratégiques. Avec la nouvelle guerre froide qui commence, les USA mettent à profit tous les moyens à leur portée pour contrer l’initiative chinoise une Ceinture une Route (BRI [Belt & Road Initiative, NdT]), et il apparaît comme relativement certain que Bolsonaro tiendra sa promesse de campagne de contrer l’influence chinoise croissante dans son pays, ce qui coïncide parfaitement avec les actions de Donald Trump, son modèle des USA.

La Maison Blanche sème des indices

Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, a confirmé que les deux hommes se sont parlé peu après l’annonce de la victoire de Bolsonaro sur son opposant, soulignant que « chacun d’eux avait exprimé un fort engagement à travailler ensemble pour améliorer la vie des peuples des États-Unis et du Brésil, et en tant que dirigeants régionaux, de l’ensemble des Amériques », ce qui évoque quelques possibilités notables de coopération entre ces deux pays, sur lesquels nous allons revenir. Reuters a également signalé que Bolsonaro promettait de « réaligner le Brésil sur d’autres économies plus avancées plutôt qu’avec des alliés régionaux », et ce dès les premiers commentaires qu’il a prononcés une fois son élection validée, ce qui suppose qu’il pourrait négliger l’adhésion de son pays aux BRICS en faveur de relations avec les USA et l’UE. Pour en revenir à la déclaration de Sanders, il est important de garder en mémoire qu’elle a qualifié le Brésil de pays leader régional des Amériques, ce qui se conjugue avec la vision de Trump d’une gestion hégémonique de l’hémisphère occidental, par une poursuite de la politique « Diriger depuis l’arrière » datant de l’ère Obama, au travers de partenariats avec des pays mandataires locaux.

Construire la « Citadelle Amérique »

Développons ce sujet : le prédécesseur de Trump avait mené à bien sans bruit des changements de régimes dans plusieurs pays d’Amérique Latine, et avait semé les graines de ce qui allait suivre au Brésil, qui a toujours constitué le « gros lot » pour les États-Unis au vu de sa taille et de son influence. Le président américain en exercice projette des partenariats avec plusieurs pays de la région, comptant le Mexique, la Colombie, et le Brésil, pour avancer sur la voie d’une intégration de l’hémisphère sous la bannière de Washington, restaurant l’influence des USA sur l’ensemble de l’Amérique latine, tout en jetant à la mer leur principal concurrent chinois. Pour parvenir à ces fins, le Brésil de Bolsonaro sera encouragé à adopter les politiques géo-économiques que nous exposons ci-après, dans le but de permettre la création de cette « Citadelle-Amérique » dominée par les USA, que Trump veut édifier en réponse aux progrès des routes de la soie chinoises sur le continent ces dernières années :

1. Fusion du Mercosur dans la néolibérale Alliance Pacifique :

Chacun des pays membres des deux alliances commerciales sont à présent dirigés par des politiques de droite, aussi apparaît-il comme « naturel » de les fusionner ensemble pour porter l’intégration régionale vers une nouvelle étape. Il est probable que même AMLO, homme de gauche et président élu du Mexique, s’inscrira dans cette tendance afin d’étendre les influences de son pays vers l’Amérique centrale et l’Amérique du sud.

2. Conclusion d’accords de libre échange avec l’UE et l’USMC (NAFTA 2.0) :

Prochaine étape d’une union du Mercosur et de l’Alliance Pacifique : remettre sur les rails les discussions jusqu’ici enrayées entre Mercosur et UE, et mener à bien celles qui sont projetées avec l’USMC. Le succès de ces opérations posera les bases structurelles d’une intégration plus avancée de l’hémisphère, et fera entrer l’Amérique latine dans la soi-disant « Communauté transatlantique ».

3. Dégeler la FTAA et la relier au TTIP :

Dernière phase de la construction de la « Citadelle Amérique » : que les USA prennent la direction de la proposition portée par la zone de libre-échange des Amériques (FTAA [Free Trade Area of the Americas, NdT]) de dégeler une zone de libre échange à l’échelle de l’hémisphère, axée sur le pivot géo-économique sud-américain dirigé par le Brésil, visant à ensuite relier cette structure de commerce transcontinental au TTIP (Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership) conclu avec l’UE.

L’objectif des projets sus-mentionnés pour les USA est de verrouiller l’Amérique latine dans des structures de commerce néo-libérales pour bloquer tout retour au socialisme, même si cela pourrait générer des retours de flamme en inspirant une nouvelle « Marée rose » à l’avenir. Tant que persiste un composant transatlantique important en lien avec l’UE, la « Citadelle Amérique » pourrait se construire sans l’Europe, si celle-ci reste arc-boutée sur les différends commerciaux avec les USA. Si Bolsonaro réussit à rassembler sous son aile le reste de l’Amérique du Sud pour suivre la direction choisie par Trump (peut-être par la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique), la baisse de l’influence de la Chine sur le continent constituera un fait accompli, la République populaire voyant dès lors ses nombreux investissements mis en concurrence avec une combinaison des gouvernements locaux et avec son concurrent américain renforcé.

Casser les BRICS

Il va devenir extrêmement compliqué au niveau des BRICS de continuer à fonctionner au delà des apparences si le Brésil coupe les amarres avec la Chine – qui dirige ce groupe de facto – et se met à œuvrer tous azimuts contre Pékin, y compris en jetant aux orties le chemin de fer trans-océanique (que l’on pourrait familièrement qualifier de « route de la soie d’Amérique du sud ») ou en remplaçant la plupart des investissements chinois par des financements occidentaux, ce qui viendrait neutraliser leur portée stratégique multipolaire. Considérons les événements récents en Afrique du Sud – autre membre des BRICS : le pays subit une réorientation néolibérale après le « coup d’État profond » qui a mis le président Ramaphosa au pouvoir, possiblement à l’issue d’un processus de changement de régime fomenté par les USA. Si l’on rapproche ce changement de l’élection de Bolsonaro, il apparaît clairement que les BRICS se réduisent à présent au cadre original RIC, qui ne connaît son format multilatéral que par le rôle de « balancier » de la Russie, qui vient arbitrer les grandes puissances asiatiques, et sans laquelle il ne se serait réduit qu’à des partenariats bilatéraux superposés.

Conclusions

L’élection de Bolsonaro constitue le résultat des manipulations socio-politiques élaborées par Washington au cours des dernières années, et s’inscrit comme moment crucial dans l’histoire de l’Amérique latine : il est très probable que cet événement soit la clé permettant la poursuite du projet des USA de construire la « Citadelle Amérique ». Au vu des convergences de vues très fortes que partage le nouveau président brésilien avec Trump, surtout quant à la nécessité de « contenir » la Chine et de supprimer toute velléité socialiste sur le plan intérieur, il est quasi certain que l’ancien dirigeant militaire cadencera son pas sur celui de son idole pour mener à bien leurs projets conjoints sur l’hémisphère occidental. On peut prédire que le Brésil prendra la tête d’initiatives d’intégration régionales qui auraient été impensables avec un gouvernement de gauche, comme la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique. À venir sans doute également, le pays essayera de conclure des accords multilatéraux de libre échange entre la structure continentale qui sortira de cette fusion et l’USMC (NAFTA 2.0). Les perspectives sont sombres pour les routes de la soie chinoises, et c’est bien là l’une des raisons pour lesquelles « Citadelle Amérique » a été conçue.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/bolsonaro-piece-maitresse-dans-le-jeu-de-trump-pour-construire-la-citadelle-amerique

Inde : Malgré son acquisition de S-400, le dilemme géostratégique du pays reste entier

Inde : Malgré son acquisition de S-400, le dilemme géostratégique du pays reste entier


… mais Modi souligne que la Russie s’est toujours « tenue aux côté de l’Inde, que ce soit dans le secteur de l’énergie ou dans d’autres »


Par Pepe Escobar – Le 7 octobre 2018 – Source atimes.com

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre indien Narendra Modi, lors de leur rencontre à New Delhi le 4 octobre 2018. Photo: AFP/Sputnik/Mikhail Metzel

Le sommet Inde-Russie de 2018 restera sans doute dans les annales. À la surface des choses, l’enjeu principal en était l’acquisition ou non par l’Inde de cinq systèmes de défense S-400 russes, pour un montant de 5,43 milliards de dollars.

L’accord en fut scellé dès la fin de la rencontre entre le premier ministre indien Narendra Modi et le président russe Vladimir Poutine, à New Delhi. Les négociations avaient débuté en 2015. Les S-400 seront livrés en 2020.

Et la suite ? Des sanctions de l’administration Trump contre l’Inde, selon le CAATSA (Loi de réplique aux adversaires de l’Amérique via Sanctions) ?

Si seulement un tel changement géopolitique pouvait être aussi tranché.

Cet accord d’armement implique la Russie, l’Inde et la Chine – un trio clé, pour ne pas dire LE trio clé des pays des BRICS, membres de l’organisation de coopération de Shanghai (OCS). La nouvelle réalité est là : chacune de ces membres des BRICS/OCS sont à présent en capacité de déployer les très efficaces S-400.

Mais cela ne signifie pas que deux d’entre eux – l’Inde et la Chine – devraient forcément déployer des S-400 l’un contre l’autre en cas d’attaque unilatérale.

Poutine s’est montré catégorique : la Russie va mettre les bouchées doubles sur la coopération bilatérale avec l’Inde, non seulement dans le cadre de l’OCS, mais également à l’ONU et au G20. Modi, de son côté, a répété que l’Inde comme la Russie donnaient la priorité à un monde multipolaire.

Modi espère voir la Russie aider l’Inde à développer son programme spatial – qui a pour ambition d’envoyer des astronautes indiens dans l’espace dès 2022. Il a souligné que la Russie s’est toujours « tenue aux côté de l’Inde, que ce soit dans le secteur de l’énergie ou dans la poursuite de nos objectifs ».

« Nos objectifs » incluent, comme point essentiel, la synchronisation entre la Russie et l’Inde pour préserver le PAGC, également connu comme accord sur le nucléaire iranien. Une conséquence inévitable en est que l’Inde ne se privera pas d’acheter du pétrole et du gaz iraniens, même si elle encourt pour cela des sanctions américaines.

L’administration Trump pourrait même lever les sanctions contre l’Inde si – en accord avec la Loi d’Autorisation de la Défense Nationale – le président Trump décide que New Delhi n’a pas nuit aux intérêts stratégiques américains en achetant des missiles russes.

La décision, bien entendu, en reste totalement ouverte.

Faites vos choix, New Delhi

Au Forum économique russo-indien, le ministre au développement économique Maxime Orechkine s’est montré déterminé : l’Inde et la Russie sont engagées vers un rapprochement de leurs liens commerciaux et d’investissements, vers « un volume d’affaire de 30 milliards de dollars… et une montée en puissance des investissements jusque 50 milliards de dollars en 2025 ».

New Delhi a proposé, le mois dernier, la création d’une zone économique spéciale (ZES) pour les entreprises russes – en sus du « couloir vert » déjà discuté pour faciliter les échanges.

Tout cela rentre dans le cadre de relations historiquement bonnes entre la Russie et l’Inde. Mais pour l’instant, la vue d’ensemble en est plus nuancée, car elle fait ressortir les éléments de détail dans l’équilibre stratégique entre les trois grands pays partenaires des BRICS et de l’OCS.

Poutine et Xi Jinping ont déjà établi que les nouvelles routes de la soie, également connues sous le nom d’initiative la ceinture et la route (OBOR), ainsi que l’union économique eurasiatique (UEEA) allaient fusionner sur de nombreux aspects.

Voilà qui laisserait New Delhi sur le bord du chemin. L’Inde n’est pas alignée sur les nouvelles routes de la soie, et est même fermement opposée à l’un de leurs projets emblématiques : le couloir économique Chine-Pakistan (CPEC). Mais Pékin pourrait y remédier, par exemple en réajustant les détails du chemin du CPEC le long de la région du Cachemire.

Moscou et Pékin, de leur côté, sont très vigilants sur le fait que Washington peut utiliser l’Inde comme cheval de Troie pour saper l’intégration eurasiatique.

Pour preuve, le récent accord sur la compatibilité et la sécurité des communications [COMCASA, Communications Compatibility and Security Agreement, NdT], qui transforme de facto New Delhi en allié militaire des USA ; le nouveau statut de l’Inde, considérée par Washington comme seul « partenaire de défense majeur » ; et le rôle de l’Inde dans la résurrection du Quad sous l’administration Trump (avec le Japon et l’Australie), autant de mouvements interprétés par Pékin comme des tentatives d’encerclement en Mer de Chine du sud.

Le problème vient des hindous ultra-nationalistes au sein du parti politique de Modi (le BJP), qui soutiennent l’encerclement et/ou le confinement de la Chine. La raison clé, jamais explicitement citée, en est économique. Le BJP craint, si l’Inde adhérait aux routes de la soie, qu’un assaut « Made in China » ne vienne détruire les activités économiques intérieures indiennes, à l’image du destin funeste subi par certains secteurs économiques du Brésil, le pays des BRICS d’Amérique Latine réalisant le plus d’échange commerciaux avec la Chine.

Pékin et Moscou veulent que leur partenariat stratégique étendu – et leurs synergies – progressent sous forme d’un processus d’intégration eurasiatique, dirigé par les routes de la soie et l’union économique eurasiatique. Il n’est pas certain que l’Inde intègre cela dans ses priorités stratégiques.

La priorité stratégique de Washington est plutôt limpide : diviser pour mieux régner, en entravant par tous les moyens l’impulsion OBOR-UEEA-BRICS-OCS pour l’intégration eurasiatique et la multipolarité mondiale.

Aussi, l’accord pour les S-400 étant scellé, la balle est dans le camp de New Delhi. La politique dont se targue le pays d’« alignement multiple » laisse la question géostratégique en suspens ; l’Inde optera-t-elle pour le camp du « diviser pour  régner » américain, déguisé en « équilibre des pouvoirs », ou choisira-t-elle l’impulsion multipolaire vers l’intégration de l’Eurasie ?

Pepe Escobar

Note du Saker Francophone

Cet article est issu d'une analyse de dedefensa qui prend un peu de recul sur la vision "tonitruante et apocalyptique" de l'auteur.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophon

http://lesakerfrancophone.fr/inde-malgre-son-acquisition-de-s-400-le-dilemme-geostrategique-du-pays-reste-entier

 

Ce que nous dit la crise turque

Ce que nous dit la crise turque

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Ce que nous dit la crise turque

La Turquie, non européenne, vraiment ?

La Turquie ne fait pas partie de l’Union européenne, pas les mêmes ‘racines’ chrétiennes, Théodose le Grand  a proclamé le christianisme religion d’Etat à Constantinople le 28 févier 380, il restera majoritaire dans tout l’Orient arabe longtemps après l’arrivée de l’Islam. Pas assez démocratique, elle aurait encore à apprendre des techniques électorales de Viktor Orban pour être éligible. Bref, la Turquie n’est pas du tout comme il faut.

La chute spectaculaire de la lire turque la semaine dernière dans un contexte de déficit budgétaire, de déséquilibre de la balance des paiements et de tension politique a permis de réaliser que la Turquie est bien intégrée dans l’Union européenne mais d’une manière bien plus efficace que selon une admission officielle parmi les 27. Car elle se remettra quelle que soit l’issue de cette crise bien plus vite et mieux que la Grèce qui y est assujettie. Toutes les places boursières ont été secouées pendant que dégringolait la monnaie turque. Plusieurs banques européennes sont exposées aux risques liés à la Turquie, la BNP, le groupe Unicrédit italien et l’espagnole BBVA sont scrutés par la BCE.

En cas de défaut de paiement, des mécanismes de renflouement interviendront afin d’empêcher les faillites. Le citoyen européen paiera sans savoir que ses dépôts ont nanti des investissements en Turquie et que sa contribution sera sollicitée en cas de défaut de paiement de l’emprunteur.

Selon les statistiques de la Banque des Règlements Internationaux, les banques étrangères détiennent des demandes de remboursement fin mai 2018 pour 220 milliards de dollars US dont 60% sont le fait de secteurs privés non bancaires. L’exposition directe des banques serait moindre, de l’ordre de 50 milliards. Des garanties de contrats, des indemnités dérivées de crédit et d’autres produits dérivés représentent 78 milliards supplémentaires dans les comptes bancaires étrangers, avec ici aussi plus de la moitié inscrites auprès de banques françaises, espagnoles et italiennes.

D’après les analystes de JP Morgan les cinq pays plus gros exportateurs vers la Turquie et donc vulnérables à sa dépréciation monétaire sont la Chine, l’Allemagne, la Russie, les Usa et l’Italie. Mais lorsque l’on observe l’importance des exportations vers la Turquie sur le total des exportations, c’est l’Iran qui se trouve en tête avec plus de 11% !

La Banque Centrale turque affichait en mai 2018 pour 160 milliards d’actifs détenus par des investisseurs étrangers dont les ¾ sont des titres de créances. Les investissements directs étrangers s’élevaient à 140 milliards de dollars fin mai avec une exposition particulière des fonds d’investissements néerlandais.

Toutes ces formes de solidarité dissimulée et extorquée (un fonds d’investissements place l’épargne de retraités par exemple) fait mesurer l’inanité profonde des discours politiques qui dissertent de xénophobie, islamisme, ottomanisme et autre curieuse étrangeté bien exotique à laisser enfermée en dehors des frontières.

Affaissement naturel ou assaut concerté ?

La courbequi donne la cotation de la lire turque versus dollar américain avec en abscisses le temps sur vingt ans montre un premier décrochage quand Erdogan est passé de premier ministre à président en 2014, l’amorce d’un nouvel écart du taux de change en 2016 après la tentative du coup d’État manqué, enfin l’approfondissement de cet écart qui a amorcé la chute libre actuelle à sa réélection en juin et après adoption d’une nouvelle constitution qui a étendu le pouvoir de l’exécutif. Les taux d’inflation inscrits dans un intervalle entre 6,28 à 8,85 de 2009 à 2016 ont bondi à plus de 11% à partir de 2017. La politique des taux d’intérêt bas pratiquée par la Banque Centrale turque répond à l’orientation monétaire d’Erdogan pour lequel des taux d’intérêts élevés enrichissent les riches et appauvrissent les pauvres. Elle a facilité l’inflation et la spéculation immobilière. L’inflation élevée traduit que les emprunts et les crédits sont injectés dans l’économie ‘réelle’ contrairement à ce qui se passe aux Usa par exemple où les liquidités fournies par les banques s’engouffrent dans une activité spéculative financière.

La lire a perdu 40% de sa valeur depuis le début de l’année et 30% depuis la réélection d’Erdogan en juillet. Le Président dénonce une attaque concertée de la monnaie nationale qui met en danger la 18èmeéconomie du monde avec risque de contagion des émergents et de l’Europe. Comme pour lui donner raison, Trump a annoncé pendant le cataclysme le doublement des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs, les portant respectivement à 50% et 25%. La valeur des exportations concernées est peu élevée, moins d’un milliard de dollars mais l’effet psychologique s’est traduit par une baisse supplémentaire de 9% de la lire turque.

Le scepticisme des investisseurs vis-à-vis d’une politique économique imprudente d’Erdogan qui a nommé comme ministre des finances son gendre pour remplacer un technicien réputé ne justifie pas une telle spirale qui conduit à l’anéantissement d’une monnaie, car en bon pays émergent, la croissance du PIB flirte avec les7 à 8 % annuels.

Panique des marchés ?

Quel en est l’inducteur ?

Réelle rétorsion à l’égard d’un ottomanisme qui prend ses distances par rapport à l’OTAN et son traditionnel allié étasunien ? Le repositionnement de la Turquie en Syrie, la demande qu’au sigle des Brics soit ajouté la lettre T, la décision d’acquisition des missiles russes S 400, l’attraction vers l’OCS, l’organisation de coopération de Shangaï, ont accompagné le refoulement de la Turquie aux portes de l’Union européenne et ont été des préludes à la tentative de coup d’État de 2016.  Ces éléments ont-ils concouru à l’affaissement monétaire de la lire turque ?

Ou tout simplement la crise turque est-elle le point d’entrée de l’éclatement d’une bulle financière latente reconstruite dès 2008 par la Fed avec sa politique d’assouplissement monétaire et de taux d’intérêts négatifs qui a de nouveau infiltré l’économie mondiale en raison de la structure des échanges mondiaux dominés par le dollar et ses circuits ?

Destruction et restructuration

La mesure prise ce dimanche de limiter les opérations de swap de monnaie n’a eu qu’un faible effet de ralentissement de la chute. Pour stopper l’hémorragie massive, deux possibilités ou leur combinaison s’offrent à la Turquie, la voie B, blocage des capitaux ce qui va accroître la panique ou la voie C relèvement des taux d’intérêts- solution empruntée par Mahathir en Malaisie en 1998.

Qu’Erdogan agisse ou non, les institutions financières impliquées seront purgées et il sera toujours temps après un passage difficile de remettre à plat un système plus sain, protégé d’opérations spéculatives. Ce qui semble certain à l’heure actuelle, c’est le refus du gouvernement turc de recourir au FMI.

Une réponse se profile, elle est politique. L’Allemagne dénonceles mesures douanières ‘destructrices’ de Trump qui affectent tout l’environnement économique mondial et le rendent incertain. Peu de temps auparavant, l’Allemagne a annoncé l’illégalité de la présence étasunienneen Syrie. La puissance germanique devenue colonie étasunienne en plein centre de l’Europe après le plan Marshal poursuivi sous la forme de la CEA puis CEA puis Union européenne se rebiffe.

La section d’un plan-en-100-jours élaborée par le Ministère de l’Economie et des Finances indique explicitement la nécessité de diversifierles ressources et les instruments financiers. La Turquie doit se tourner vers la Chine pour souscrire des emprunts. Une ligne de crédits de 3,6 milliards de dollars US a été ouverte pour soutenir les secteurs privés, bancaires et les institutions publiques. Deux banques chinoises s’activent in situ pour assurer les échanges en renminbi. La Chine va aider la Turquie à se doter de centrales électriques nucléaires. (*) Elle va également construire des lignes où circuleront des trains à très grande vitesse. (**)

Augmenter les échanges commerciaux avec la Chine, le Mexique, la Russie et l’Inde est une priorité affirmée par le gouvernement turc.

Décidément, l’orientation se fait vers l’Est.

Badia Benjelloun

 

Notes

(*) Le savoir-faire d’Areva est outrepassé.

(**) Où donc est Alsthom, disparu et vendu à General Electric par Macron ?

http://www.dedefensa.org/article/ce-que-nous-dit-la-crise-turque