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La Françafrique revue et corrigée par Macron

Le 28 novembre 2017, à l’université de Ouaga I au Burkina Faso, le président français a pris la parole devant 800 étudiants. Aidé par son passé de banquier, Emmanuel Macron est resté courtois et policé malgré quelques égarements à mettre sur le compte de sa jeunesse. Le président qui jouait parfois au maître de cérémonie a annoncé qu’« il n’y a plus de politique africaine de la France !! ». Traduction : « la Françafrique c’est terminé ». Attention ! Comme tout bon banquier, il veut rassurer ses clients africains pour mieux les spolier…

 

Quelque soit leur âge, les présidents français considèrent l’Afrique comme l’arrière-cour idéale pour s’essayer au paternalisme et à la profanation des symboles africains. Rappelez-vous. En 2007, c’est à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar que Nicolas Sarkozy avait déclaré que  « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Niant sur sa « tombe », les nombreuses recherches et prodigieuses découvertes faites par le célèbre savant sénégalais dont l’université qui accueillait M. Sarkozy porte le nom ! Il y a qu’un président français pour faire preuve d’un tel négationnisme.

Ce 28 novembre 2017, bravant les foules qui criaient « Non à l’impérialisme français », jetant des cailloux sur le cortège présidentiel, le jeune Emmanuel Macron a choisi l’université Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou au Burkina Faso pour annoncer aux Burkinabés et par extension, aux Africains qu’« il n’y a plus de politique africaine de la France !! ». Traduction : la Françafrique c’est terminé ; il faut tourner la page. Or Joseph Ki-Zerbo disait justement que « pour tourner une page de l’Histoire, il faut d’abord la lire ».

En conseillant aux Africains de faire du passé table rase, Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs qui, inspirés par les « spécialistes de la pensée prélogique du Nègre », veulent nous faire prendre les vessies crevées pour des lanternes. Sinon, en 2017, le président français a-t-il besoin de prendre un vol intercontinental pour aller annoncer la mort d’une Françafrique qui avait déjà été déclarée morte et enterrée par ses prédécesseurs directs à savoir Nicolas Sarkozy et François Hollande? Il y a anguille sous roche.

En prenant le soin de ne pas la nommer, Emmanuel Macron annonce donc la fin de la Françafrique depuis Ouagadougou. Le nouveau maître de l’Elysée peut-il réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué si tant est qu’ils voulaient réellement mettre un terme à ces réseaux obscurs de pillage de l’Afrique?

Il ne faut pas être naïf. Ce n’est pas un ancien banquier d’affaires, de surcroît cadre sénior (malgré sa jeunesse) chez Rothschild qui viendra liquider la Françafrique. Que diront/feront ses patrons d’hier et probablement de demain s’il tue la poule aux œufs d’or ? Il y a une vie après le mandat présidentiel. Et le président Macron n’a que 39 ans…

« Il n’y a plus de politique africaine de la France !! ». Cette phrase du président Macron peut être comprise au moins de deux manières. 1-L’ère de la Françafrique comprise comme ensemble de réseaux de pillage des ressources du continent africain et d’infantilisation des Africains est révolue. 2-L’Afrique n’occupe plus une place particulière dans la politique extérieure de la France.

La deuxième hypothèse est à exclure puisque dans son discours, le président français a insisté sur le fait que « l’Afrique est gravée dans la mémoire française, dans la culture, dans l’Histoire, dans l’identité de la France et c’est là une force et une fierté que je veux cultiver, que je veux porter comme un atout de la France […] ». « L’Afrique n’est ni un encombrant  passé,  ni un voisin parmi d’autres », a-t-il ajouté.

Faut-il en déduire que Emmanuel Macron a signé l’acte de naissance de la Françafrique à Ouagadougou ? Une lecture naïve permet de répondre par l’affirmative. D’autant plus que le président de la « Rupture » a donné des gages de sa sincérité. Donnant l’impression de vouloir rompre avec l’opacité qui a toujours caractérisé les relations franco-africaines, Emmanuel Macron a tenu à expliquer avec qui il a préparé sa visite au pays de Thomas Sankara. Pour les féliciter, il a cité « les membres du Conseil présidentiel pour l’Afrique [avec qui il a] préparé ce déplacement ».

 

L’omission volontaire du président Macron

 

Seulement, M. Macron a « oublié » un détail pourtant très important. Les membres du Conseil ont certes participé à la préparation de sa tournée africaine. Mais c’est surtout au 2, rue de l’Elysée, à Paris que les détails les plus importants ont été réglés. En effet, au 2, rue de l’Elysée, se trouve la Cellule africaine fondée par un certain…Jacques Foccart. Aujourd’hui, le maître des lieux s’appelle Frank Paris. Dans son cabinet, l’on retrouve la « tapisserie des Gobelins et la terrasse fleurie » (1) laissées par le doyen Foccart, de regrettée mémoire.

Avec ses collaborateurs, Frank Paris et son adjointe, Marie Audouard sont payés pour informer le président sur l’Afrique. Ils lui soumettent des fiches avant tout déplacement en Afrique ou rencontre avec une personnalité africaine. Tous les coups tortus de la France en Afrique sont préparés dans ce haut lieu du secret depuis 1960. Elimination des nationalistes, soutien à un dictateur ami de Paris, guerres de rapine déguisées en opérations humanitaires, les salariés de la Cellule n’ont jamais chômé.

On se rappelle que lors de sa visite du 19 mai 2017 au Mali, le président Macron était accompagné entre autres par Frank Paris. Battant tous les records d’infantilisation de l’Afrique par les présidents français, Emmanuel Macron n’a pas cru nécessaire de passer par la capitale malienne, siège des institutions. Il a atterri à Gao, au Nord du Mali (où la France a une base militaire), et y a convoqué le président Ibrahim Boubacar Kéita. A son arrivée à Gao, le président malien a été reçu par le président…français. Beaucoup de spécialistes des questions diplomatiques n’ont pas vu pareille scène dans leur carrière. C’est ce qui convient d’appeler la Françafrique version Macron.

Le 28 novembre, pour tromper la vigilance des naïfs, le lointain successeur de Jacques Foccart à la Cellule africaine est resté en retrait. Sa présence dans la suite présidentielle au Burkina Faso aurait alerté la terre entière sur le double langage de Macron.

Pour les questions africaines et contrairement à ses dénégations en public, Emmanuel a pris un homme rompu à la diplomatie des couloirs. Frank Paris a été au cabinet de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense. L’actuel patron de la Cellule est de ceux qui, grâce à la propagande de guerre, ont convaincu le monde entier que l’intervention française au Sahel (opération Serval, puis Barkhane) et en République centrafricaine (Opération Sangaris) étaient humanitaires. Or, il s’agissait des guerres de rapine qui ont pris la lutte contre le terrorisme pour le cas du Mali et la prévention du génocide en RCA comme prétextes. Il fallait cacher les intérêts économiques de ces interventions pour gagner les cœurs. Et la Françafrique doit sa force au fait que les présidents français ne disent jamais aux Français ce qu’ils font en Afrique et ne font jamais en Afrique ce qu’ils ont promis aux Africains.

 

Macron et la politique de containment

 

Emmanuel Macron pouvait se rendre dans l’un des 14 pays francophones du continent pour y prononcer son discours de politique africaine. Au Bénin, en République centrafricaine, au Sénégal, au Cameroun…, il aurait reçu le même accueil chaleureux sinon plus. Mais, il a choisi le Burkina Faso. Rien n’a été fait au hasard. A Paris, l’on sait très bien que les Africains ont décidé de regarder ailleurs. Ils ont tourné leurs yeux vers l’Asie. Ils préfèrent désormais traiter avec les Chinois, Indiens… Bien plus, les Africains se réapproprient de plus en plus les discours révolutionnaires de Thomas Sankara devenu l’idole d’une jeunesse africaine désireuse de s’émanciper, de signer l’acte de décès de la Françafrique pour qu’enfin les ressources africaines soient gérées par les Africains et pour le bien-être des Africains.

Si une telle aspiration est légitime, elle est mal perçue à Paris et il faut tout faire pour tenter de la saborder. Car elle sera lourde de conséquences pour les multinationales tricolores. Par ces temps de crise, il ne faut surtout pas laisser les Africains mettre en application le credo de Sankara : « produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons […] ». Le Burkina était le lieu idéal pour lancer un appel aux Africains. Leur dire que la France a changé. Tant et si bien que son président s’exprime dans un « amphithéâtre marxiste et panafricain ». Seulement, ce discours à un goût de réchauffé.

En effet, pendant sa campagne électorale en 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé la mort de la Françafrique avec la pugnacité qu’on lui connait. Il s’était posé en candidat de la « Rupture » dans les relations entre la France et l’Afrique. Laurent Gbagbo, incarcéré à la Cour pénale internationale à La Haye peut mieux nous renseigner sur la vitalité de la Françafrique sous Sarkozy. Les Dossiers de la Cour publiés début octobre 2017 par Médiapart peuvent être lus en guise de complément d’enquête sur le sujet. En 2008, sur instruction du sulfureux président gabonais Omar Bongo, Nicolas Sarkozy a viré Jean Marie Bockel de son poste de Secrétaire d’Etat à la Coopération. Le crime de M. Bockel ?, avoir déclaré dans une interview au quotidien le monde : « La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Certains pays ont d’importantes ressources pétrolières, mais leur population n’en bénéficie pas ». Deux mois après, la Françafrique a signé son limogeage du gouvernement français. Le président de la Rupture avec les manœuvres françafricaines a instrumentalisé l’Otan pour assassiner le Guide libyen Mouammar Kadhafi…

 

Changer le ton pour que rien ne change dans la Françafrique

 

Pendant la campagne présidentielle de 2012 en France, François Hollande avait annoncé : « Je romprai avec la “Françafrique”, en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité ». Arrivé à L’Elysée, le président Hollande a mis trop d’eau dans son vin de campagne ! Il est devenu l’ami de ceux qu’il vilipendait lorsqu’il sollicitait le suffrage de ses compatriotes. En 2013, le président François Hollande a été reçu en grandes pompes par Paul Biya au pouvoir depuis 33 ans. La même année, Dos Santos au pouvoir en Angola depuis 36 ans a déroulé le tapis rouge au président socialiste. En 2014, le Tchadien Idriss Déby arrivé au pouvoir par coup d’Etat a eu droit à une visite du président Hollande. D’ailleurs, ce dernier n’est-il pas personnellement allé convaincre le président putschiste égyptien Fatal Al Sissi d’acheter les avions Rafale du constructeur français Dassault ? Précision importante. Ces visites dans les palais des dictateurs ont permis aux multinationales Bolloré, Gemalto, Dassault… d’étoffer leur registre client.

Avec Macron, le ton va quelque peu changer en s’adoucissant. Il ne faut pas oublier que le président Macron est d’abord un banquier. Pour exceller dans ce métier, il faut savoir être policé, soft dans le discours. Il faut rassurer le client pour mieux le spolier. C’est ce que Macron a fait à Ouagadougou.

 

Notes

(1) Christophe Boisbouvier, Jeune Afrique, N°2956 du 3 au 9 septembre 2017, P.18

 

Source : Le journal de l’Afrique N° 37, décembre 2017

https://www.investigaction.net/fr/la-francafrique-revue-et-corrigee-par-macron/

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Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

Adrien Rivierre / Spécialiste de la prise de parole en public chez Brightness
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Macron Ouagadougou : discours loupe

Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

LE CERCLE/POINT DE VUE – Ses provocations, son franc-parler, sa gestuelle, son intonation, sa vision du futur… Adrien Rivierre, spécialiste de la prise de parole en public, analyse le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou.

Un discours de rupture sur l’Afrique. Voilà comment il serait possible de résumer la prise de parole d’Emmanuel Macron à Ouagadougou. Pendant près de trois heures (un peu moins de deux heures de discours et une heure de questions-réponses avec des étudiants), le président français a avancé avec conviction sa volonté de renforcer les relations franco-africaines.

Peu de promesses formulées pour sa première tournée africaine, mais des initiatives comme la levée du secret défense sur l’assassinat de Thomas Sankara, la possibilité d’obtenir des visas de longue durée ou l’octroi de bourses scolaires.

Macron a voulu rompre avec ses prédécesseurs

Mais ce qui frappe de prime abord, c’est la parole de rupture dont a fait preuve Emmanuel Macron. Pour rompre avec ses prédécesseurs et avec la vision colonialiste de la France, le président de la République a affirmé : «je suis comme vous, d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé».

Lire aussi : Au Burkina Faso, Macron a alterné éloges et provocations

Autrement dit, il s’est immédiatement positionné du côté de la jeunesse pour s’attirer leur bienveillance et montrer que ses aspirations sont similaires aux leurs. Il insiste alors à plusieurs reprises sur la différence entre lui, incarnation du présent et de l’avenir, et les présidents passés notamment avec l’utilisation de l’anaphore : «Je suis d’une génération qui…».

Un président provocateur et un brin moqueur

Sur la forme, très à son aise, il n’a pas hésité à dire les choses sans langue de bois voire avec un ton provocateur. Lors de la séance de questions-réponses, il s’est notamment exprimé avec un franc-parler inédit, voire inhabituel au cours d’une représentation officielle.

Ainsi, lorsqu’il évoque le fait que le président burkinabé doit moderniser le réseau électrique de son pays, et que celui-ci sort de la salle au même moment, Emmanuel Macron lance en rigolant : «Du coup, il s’en va. Reste là ! Du coup, il est parti réparer la climatisation». Une familiarité rarissime et surprenante qui pourrait froisser plus d’un de ses homologues internationaux.

Les étudiants n’ont pas non plus été ménagés comme quand il répond à l’un d’eux avec un ton un brin moqueur : «Je ne sais pas dans quelle filière vous êtes, mais à mon avis si vous faites histoire, géo ou science politique, il va falloir bosser dur pour la fin d’année !».

Cette parole sans détour, désormais une véritable marque de fabrique macronienne, vise à renforcer son éthos, c’est-à-dire l’image qu’il renvoie en tant qu’orateur, dont les traits principaux sont le parler-vrai (un discours de vérité), la volonté d’entreprendre qu’importe les obstacles et un engagement de tous les instants.

L’idée d’un autre avenir commun

Hier, l’engagement du président français était d’ailleurs total avec l’emploi à de très nombreuses reprises de l’expression «nous devons». Cette dernière appelle à la responsabilité de chacun, Français comme Burkinabés, et met en lumière tous les efforts qu’il reste à accomplir.

En effet, l’ensemble du discours s’articule selon un axe temporel simple. Il y a tout d’abord la volonté de rompre avec une histoire commune marquée par le colonialisme et les promesses non tenues. Or justement, ce discours incarne cette rupture et vise à se focaliser sur un avenir commun plus respectueux et prospère.

Cette vision future est particulièrement identifiable à la fin de l’intervention lorsqu’Emmanuel Macron affirme que la langue française pourrait devenir la langue la plus parlée au monde en 2050.

Mais pour ne pas que cette projection ne soit qu’une chimère, il prend soin de la relier à des actions concrètes et individuelles, à entreprendre sans plus attendre. Ainsi, chacun des membres de l’audience est invité à défendre la langue française au quotidien et à continuer à la pratiquer dans sa diversité. Emmanuel Macron a même annoncé qu’un dictionnaire de la francophonie serait rédigé par l’Académie française.

Des gestes amples

Cette parole engagée se retrouve dans le langage corporel du président avec des gestes souvent amples, le bras tendu ou les poings serrés. Lorsqu’il est convaincu, Emmanuel Macron se détache de ses notes, notamment à la fin, et transmet ses messages avec plus de force. La richesse de sa voix se fait aussi plus grande avec des modulations passant d’une voix presque chuchotée à une voix plus puissante.

Néanmoins, le coeur de l’intervention repose sur la lecture de ses notes, qui posées sur le pupitre, l’oblige à baisser le regard rompant alors le contact visuel avec l’audience.

Adrien Rivierre est spécialiste de la prise de parole en public chez Brightness

@Adrien_Riv

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En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-176576-le-discours-demmanuel-macron-a-ouagadougou-decrypte-2134204.php#3uGUG4dBmH5ICVbW.99

«Pas à moi de réparer votre électricité»: Macron au président du Burkina qui quitte la salle (VIDEO)

«Pas à moi de réparer votre électricité»: Macron au président du Burkina qui quitte la salle (VIDEO)

«Pas à moi de réparer votre électricité»: Macron au président du Burkina qui quitte la salle (VIDEO)
Emmanuel Macron devant le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, et les étudiants de l’université de Ouagadougou le 28 novembre 2017, photo ©ludovic MARIN / AFP

Devant les étudiants de l’université de Ougadougou, Emmanuel Macron a déclenché l’hilarité de l’assistance aux dépens du président du Burkina Faso. De nombreux internautes ont jugé que le dirigeant burkinabè avait été «humilié» par son homologue.

Emmanuel Macron a-t-il fini par brouiller le message qu’il souhaitait faire passer devant les étudiants de l’université de Ouagadougou au Burkina Faso ce 28 novembre 2017 ?

Venu dans un contexte tendu pour parler sur un pied d’égalité avec les Africains, le président français a pourtant flirté dangereusement avec les limites diplomatiques à plusieurs reprises. «Mais vous m’avez parlé comme si j’étais le président du Burkina Faso», a-t-il ainsi lancé en réponse à une question de l’assistance sur le mauvais état de l’université de Ougadougou. Alors que, précisément, les liens entre la France, la Françafrique et le néo-colonialisme étaient au cœur de ce déplacement.

Il s’en va… Reste là ! Du coup, il est parti réparer la climatisation…

Humiliation ? Le président du Burkina Faso quitte la salle

«Quelque part vous me parlez comme si j’étais encore une puissance coloniale», a encore souligné le président. «Mais moi je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso», a-t-il encore martelé sur un ton mi-amusé, mi-excédé. Et de s’exclamer, alors que l’agitation de l’assistance, partagée entre rires, applaudissement et sifflet, était palpable : «C’est le travail du président [du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré]. L’intéressé quittant subitement la salle, Emmanuel Macron lui lance encore, le tutoyant : «Du coup, il s’en va… Reste là ! Du coup, il est parti réparer la climatisation…»

Lire aussi : Burkina Faso : Macron estime que le Franc CFA est «une bonne chose» mais propose d’en changer le nom

Sur Twitter, plusieurs internautes ont estimé qu’Emmanuel Macron avait tout simplement «humilié» son homologue burkinabè.

A noter que la vidéo publiée sur le compte twitter d’Emmanuel Macron a été expurgée de ce moment précis.

Emmanuel Macron d’humeur pugnace ?

Durant la séance de questions réponses, le président de la République ne semble pas être parvenu à se départir d’un ton pédagogique, oscillant entre humour et quasi-énervement.

Peu après le départ du président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, une étudiante interpelle Emmanuel Macron sur le faible nombre, selon elle, d’étudiants africains boursiers en France, chiffre qu’elle compare aux soldats français présents en Afrique. «Mais mademoiselle, je préfèrerais vous envoyer beaucoup moins de soldats», rétorque alors Emmanuel Macron, et d’ajouter, la pointant du doigt : «Ce que vous devriez faire… Imaginez que vous êtes une jeune femme qui vit à Angoulême […] et elle a son jeune frère qui se bat dans les troupes françaises et qui est peut-être mort ces derniers mois pour vous.»

Auteur: RT France

«Ne venez pas me raconter… me parler comme ça des soldats français ! Vous ne devez qu’une chose pour les soldats français : les applaudir», a-t-il encore martelé.

«La Françafrique n’est pas morte»

Se réclamant «d’une génération qui ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire» et soulignant qu’«il n’y a plus de politique africaine de la France», Emmanuel Macron a tenté de se défaire de l’image parfois paternaliste véhiculée par la France en Afrique.

Mais le succès est mitigé, à en juger par les réactions sur les réseaux sociaux.

«Macron s’est comporté à Ouagadougou comme un petit administrateur de la coloniale, imbibé d’absinthe. Paternalisme, défense du franc CFA, glorification de soldats accusés de viols en Centrafrique. La Françafrique n’est pas morte. Définitivement», a commenté un internaute.

D’autres l’ont jugé «donneur de leçons» ou ont estimé qu’il avait fait preuve de «condescendance» voire d’«arrogance».

«Imaginons un président de pays étranger avoir une telle attitude en France et dire la même chose à Macron», a remarqué une autre internaute.

Lire aussi : «Des Africains qui exploitent d’autres Africains» : Macron sur le trafic d’êtres humains en Libye

 

https://francais.rt.com/international/46032-vous-me-parlez-comme-si-president-burkina-faso-macron

Macron à la conquête de l’ Afrique – JT TVL 28 novembre 2017

Première tournée en Afrique pour Emmanuel Macron. Le président de la République s’est rendu ce mardi au Burkina Faso avant de poursuivre son périple en Côte d’Ivoire et au Ghana. Une visite pour redorer le blason français en Afrique et évoquer les problèmes d’immigration.

https://www.tvlibertes.com/2017/11/28/20492/afrique

Le pivot africain

Le pivot africain

 

01 novembre, 2017
Note d’analyse

Leslie Varenne

L’ Afrique de l’Ouest dans l’œil du cyclone US

Depuis la mort de quatre soldats des Etats-Unis au Niger, tombés dans une embuscade le 4 octobre dernier, les citoyens américains découvrent l’Afrique et la présence de leur armée sur ce continent. Cet engagement n’est pourtant pas nouveau. Sous les deux mandats de Barack Obama, leur présence militaire n’a cessé de croître. SOFRICA, le commandement des opérations spéciales en Afrique dont le siège est à Tampa en Floride, et Africom, le commandement des USA pour l’Afrique, basé à Stuttgart en Allemagne, ont multiplié leurs bases et leurs opérations (1). Selon Vice News : « En 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l’étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17%.» (2). Le Pentagone reste très discret, secret sur son engagement dans cette partie du monde. Officiellement, ils seraient 6000 G.I. dispatchés sur tout le continent, mais ce chiffre est, sans aucun doute, fort éloigné de la réalité (3). En effet, la base de Djibouti héberge 4000 soldats, le Niger en compte, à lui seul, 1000 et les militaires américains sont présents dans au moins vingt pays (4-5). Le compte n’y est pas….

 

Signe que la politique de Donald Trump s’inscrit dans la continuité de celle de son prédécesseur en la matière, le 23 octobre dernier, le chef d’Etat-major, le général Dunford a annoncé une nouvelle augmentation de ses troupes en Afrique qu’il justifie par la présence accrue de l’organisation de l’Etat islamique (EI) dans cette zone (6). Ce général a également déclaré : « La guerre est en train de se déplacer. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’elle se déplace vers l’Afrique seulement. Nous sommes confrontés à un défi qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud-Est » (7). Trois jours plus tard, les sénateurs américains, membres du Comité des armées du Sénat, avec à leur tête John McCain, lui emboîtaient le pas en annonçant que l’EI pivotait vers l’Afrique : « Plus nous réussirons au Moyen-Orient, plus nous verrons les serpents se diriger vers l’Afrique et nous devrons être prêts à conseiller et à aider les nations qui sont disposées à travailler avec nous ». Et le sénateur McCain de réclamer un financement accru « pour mieux équiper les forces là-bas » (8) …

Comment expliquer ce brusque « pivot africain » de l’EI dénoncé par le Sénat et le Pentagone ? Ces soudaines déclarations alarmistes étonnent d’autant plus que les groupes d’Afrique de l’Ouest affiliés à cette organisation, comme Boko Haram, sont en perte de vitesse et qu’al-Qaïda s’est renforcé depuis la création au Mali, en mars 2017, de JNIM (Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin), une alliance qui regroupe plusieurs chefs de guerre [9]. Par ailleurs, l’activité des Shebabs de Somalie, également affiliés à al-Qaïda, n’est pas nouvelle.

Si le général Dunford et John McCain sont si affirmatifs, c’est parce qu’ils détiennent des informations précises sur les mouvements opérés par les djihadistes qui occupaient la ville syrienne de Raqqa, capitale de l’EI en Syrie, récemment reprise par la coalition et les groupes arabo-kurdes (FDS). Lors de son récent voyage à Damas, l’IVERIS a appris auprès de diverses sources que ces terroristes ont migré en plusieurs endroits du globe notamment au Myanmar et à la frontière de l’Égypte et de la Libye (10). Les premiers signes de l’émergence d’un nouveau front confirment ces informations.

 

Les signes précurseurs

En août 2017, selon les USA, 2000 combattants de l’EI se trouvaient encore à Raqqa (11). Le plus grand flou a entouré le sort de ces djihadistes : des combattants syriens se seraient rendus aux forces arabo-kurdes (FDS) et des combattants étrangers aux services de renseignements de leurs pays respectifs ; d’autres auraient pu fuir Raqqa pour aller guerroyer dans la province de Deir ez-Zor ; enfin, selon le journal libanais l’Orient le Jour  « Les hauts commandants de l’EI auraient quitté Raqqa avant l’entrée des FDS dans la ville. » (12)

Deux événements récents confirment l’arrivée de ces terroristes en Afrique, notamment à la frontière entre l’Egypte et la Libye, une zone majoritairement désertique et incontrôlable de plus de 1000 km. Selon les personnes rencontrées en Syrie, le premier signe de cette présence serait l’attentat survenu le 20 octobre en Egypte dans la zone de l’oasis de Bahariya tuant 16 policiers. Il est vrai que, même si l’attaque n’a pas été revendiquée par l’EI, les découvertes de la sureté nationale égyptienne inquiètent. Dans le désert occidental, près de la zone où a eu lieu l’affrontement, a été repéré un camp d’entrainement d’une centaine d’hommes particulièrement aguerris et bien équipés, disposant d’armes anti-blindés (13). Dans le cas libyen, deux soldats du général Haftar ont été tués, dont l’un par décapitation. Cette attaque, revendiquée par l’EI, a eu lieu à 60 km d’Ajdabya, alors que l’organisation ne disposait plus dans ce pays que d’une enclave près de la ville de Derna (14). Tout laisse à penser que l’organisation terroriste s’apprête donc à se renforcer dans la zone, engendrant de facto la poursuite et l’aggravation, si c’est encore possible, du chaos libyen.

 

L’Afrique de l’Ouest dans la ligne de mire…

 

Une vaste région de l’Afrique de l’Ouest au Tchad risque de s’embraser traversant des pays déjà très affaiblis tant du point de vue sécuritaire que politique et social. Après la guerre de 2011 en Libye, des groupes armés ont trouvé refuge au Mali qui a été la première victime collatérale de ce conflit ; ce pays ne s’en est toujours pas remis. L’intervention française Serval en 2013 a réussi à repousser momentanément les djihadistes mais n’a résolu aucun problème de fond. Ce pays peut être considéré aujourd’hui comme un Etat failli. L’opération militaire française Barkhane, qui intervient sur cinq Etats dans toute la zone sahélo-saharienne – Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso et Mauritanie –  a échoué à contenir les groupes terroristes par manque de moyens et de stratégie politique. En prime, Barkhane ne bénéficie plus de la confiance des populations (15). A la mi-octobre, une délégation d’un mouvement de la jeunesse malienne nommée « Trop c’est trop » s’est rendue à Kidal et a rapporté les faits suivants : « dès votre entrée à Kidal, vous percevez chez les habitants un très net sentiment anti-français grandissant. Depuis plusieurs mois, les manifestations populaires contre la force Barkhane ne cessent de prendre de l’ampleur – des hangars de la base militaire ont été incendiés – les soldats français ne sortent plus de leurs camps » (16). En outre, ce pays comme le Burkina-Faso, sont aujourd’hui la proie d’attentats terroristes qu’ils ne connaissaient pas avant l’intervention française. A cela, il faut ajouter également une islamisation rampante de la sous-région. A titre d’exemple, au cours de ces dernières années, la Côte d’Ivoire, pays majoritairement catholique, a construit plus de mosquées et d’écoles coraniques, financées indirectement par l’Arabie Saoudite, que d’églises et d’écoles laïques, selon des informations recueillies auprès des services du Premier ministre de cet Etat.

Si, comme l’anticipent les stratèges du Pentagone, les serpents de Syrie établissaient leurs nids dans cette zone, la sous-région ne manquerait pas de s’enflammer, tous ces Etats connaissant des problèmes politiques et sociaux graves. Si l’EI, comme il l’a fait au Proche-Orient, débarquait avec des armes sophistiquées, des véhicules flambants neufs et des salaires pour leurs éléments, la main d’œuvre ne manquerait pas. En prime, aucun pays hormis le Tchad et le Niger, a une armée capable de faire face. Enfin, les combattants de l’EI se retrouveraient en face de ceux du JNIM (al-Qaïda), engendrant des bagarres de leadership mais également de modes opératoires, les groupes armés du Sahel ne s’attaquant jamais aux autochtones, contrairement à ceux de Syrie ou d’Irak qui ont commis les pires atrocités contre les populations civiles.

 

La France hors-jeu

Que pourrait faire la France avec laquelle tous les Etats francophones de cette région ont signé des accords de défense ? En l’état de ses forces, du budget des armées et du ressentiment anti-français en Afrique, rien, sinon de jouer comme en Syrie et en Irak les supplétifs de l’armée américaine. Consciente de l’échec de l’opération Barkhane, Paris souhaite se désengager de ce bourbier. Prétextant que la France n’a pas vocation à devenir « la garde prétorienne de pays africains souverains » selon les termes de la ministre de la Défense, Emmanuel Macron a initié la mise en place d’une force africaine autonome appelée G5 Sahel qui comprend cinq Etats : Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina-Faso (17). Problème, cette force, dont le budget s’élève à 423 millions d’euros, n’est pas financée et malgré les nombreux appels du pied de la France à l’ami américain, ce dernier bloque depuis des mois la résolution sous le chapitre 7 des Nations Unies qui permettrait un financement onusien. Le 30 octobre, Nikki Haley, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a une nouvelle fois refusé de voter la résolution et a justifié sa position ainsi : « Nous comptons sur les pays du G5 pour prendre pleinement les commandes de la force d’ici trois à six ans avec l’aide continue des Etats-Unis ». La position du Pentagone semble paradoxale : d’une part, il s’inquiète du danger imminent, s’apprête à augmenter ses troupes et ses moyens ; d’autre part, il peut attendre trois à six ans avant que cette force ne soit opérationnelle. En réalité, la stratégie américaine est limpide. En refusant que cette armée africaine soit mandatée par l’ONU, le Pentagone s’octroie la haute main militaire, sans supervision internationale, sur la région sahélo-saharienne et sur l’ancienne zone d’influence française. Dans leur grande bonté, les USA ont, tout de même, concédé une aide de 60 millions de dollars, l’Union européenne s’est déjà engagée à verser 50 millions d’euros et la France 8 millions d’euros. Le compte n’y est pas…

 

Le double pivot

Si le pivot asiatique instauré par Barack Obama, qui visait essentiellement à contrecarrer la montée en puissance de la Chine, a été public et largement commenté, le pivot africain, dessiné dès le début du mandat de l’ex-président en 2008, a, lui, été occulté. Pourtant, l’administration américaine n’a pas ménagé ses efforts tant dans le soft power en finançant de nombreuses associations de la société civile africaine que dans le hard power en déployant des troupes sur le continent (18). Là encore, il s’agissait de faire obstruction à la Chine dans le cadre de la guerre économique féroce que se livrent ces deux États. En août 2017, Steve Bannon, qui à cette époque était encore conseiller stratégique de Donald Trump, résumait l’angoisse américaine « Selon moi, la guerre économique avec la Chine, c’est la question numéro 1. Nous devons nous concentrer sur cette question, de façon maniaque (…) Et si nous continuons à perdre cette guerre, nous sommes à cinq ans, dix ans au maximum, du point de non-retour » (19). En Asie comme en Afrique, les États-Unis ont déjà perdu cette guerre, ils ont été incapables de contenir l’expansion de l’empire du Milieu (20). Mieux au lieu de s’affaiblir, la Chine s’est renforcée tant sur son volet asiatique avec son projet « One Belt, one Road », qu’en Afrique où les échanges commerciaux sont passés de 10 milliards de dollars en 2009 à 300 milliards de dollars en 2015 (21). Et ils ne cessent d’augmenter, plus 16% pour le premier trimestre 2017 (22). Compte tenu des conditions particulièrement attrayantes offertes par les Chinois en matière d’investissements, notamment dans les infrastructures, ces échanges ne sont pas prêts de se tarir. C’est à l’aune de cette guerre économique qu’il faut lire les récentes sanctions infligées par l’administration américaine à plusieurs Etats africains : Tchad, Erythrée, Sierra Léone et Guinée Conakry. Cette dernière ayant même eu l’outrecuidance de s’afficher, en septembre dernier, au sommet des BRICS qui se tenait à Xiamen (23). Dans le même mouvement, Washington a levé les sanctions qui pesaient sur le Soudan, alors que son Président Omar el-Béchir est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Mais si ce pays a toujours des relations économiques importantes avec la Chine, il a opéré récemment un changement d’alliances et s’est aligné sur le camp américain et saoudien (24).

 

L’œuf et la poule

Est-ce également à l’aune de cette guerre économique qu’il faut interpréter la phrase du général Dunford ? : « La guerre est en train de se déplacer. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’elle se déplace vers l’Afrique seulement. Nous sommes confrontés à un défi qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud-Est ». Qui pivote ? L’EI ou les Etats-Unis  ?

 

Leslie Varenne
Directrice de l’IVERIS

http://www.iveris.eu

 

(1) https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/281-tendance_automnehiver_2017__french_bashing_en_afrique

(2) https://news.vice.com/story/the-u-s-is-waging-a-massive-shadow-war-in-africa-exclusive-documents-reveal

(3) Officiellement, il n’y aurait qu’une seule base de drone à Djibouti alors que le journaliste, Nick Turse, a en dénombré 60, dont une très importante au Niger. http://www.truth-out.org/news/item/42385-the-us-africa-and-a-new-century-of-war

(4) http://www.bbc.com/afrique/region/2015/06/150619_djibouti_base

(5) http://reseauinternational.net/les-100-missions-des-forces-speciales-us-en-afrique/

(6) https://www.rt.com/usa/407588-niger-dunford-africa-troops/

(7) http://www.africa1.com/spip.php?article81992

(8) http://www.washingtonexaminer.com/isis-is-pivoting-to-africa-senators-say/article/2638711

(9) Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin ou Groupe des partisans de l’islam et des musulmans. https://jamestown.org/program/aqims-alliance-mali-prospects-jihadist-preeminence-west-africa/

(10) Avec le député honoraire, Gérard Bapt, l’IVERIS a accompagné une délégation de médecins invités au congrès de la Société syrienne de radiologie qui se tenait du 20 au 23 octobre à Damas et Alep. La délégation française était composée de trois médecins radiologues Anas Alexis Chebib, et Véronique Bouté, également présidente de l’association Astarte, ainsi que la gynécologue obstétricienne et radiologue Jocelyne Chopier, praticienne à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris.

(11)http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/08/05/97001-20170805FILWWW00026-2000-combattants-de-l-ei-retranches-a-raqqa.php

(12)https://www.lorientlejour.com/article/1079089/lei-a-perdu-son-bastion-de-raqqa-mais-ou-sont-passes-les-jihadistes.html

(13)http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/10/124/26064/La-riposte.aspx

(14)http://koaci.com/libye-deux-soldats-marechal-haftar-tues-dans-attaque-daech-deux-decapite-114323.html

(15)https://www.iveris.eu/list/entretiens/268deux_ans_apres_laccord_dalger_le_mali_en_danger

https://www.iveris.eu/list/articles_dactualite/84-lafrique_de_louest_dans_loeil_du_cyclone

(16) http://togouna.mondoblog.org/trop-mali-kidal/

(17)http://www.boursorama.com/actualites/les-etats-unis-promettent-60-millions-de-dollars-au-g5-sahel-b952653a15a7a3acd0e0a01ca46509b4

(18)https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/281-tendance_automnehiver_2017__french_bashing_en_afrique

(19)http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/08/17/97002-20170817FILWWW00013-les-etats-unis-sont-en-guerre-economique-avec-la-chine-soutient-bannon.php

(20) http://www.iris-france.org/82973-quel-bilan-pour-le-pivot-asiatique-de-barack-obama/

(21)http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/la-chine/articles-scientifiques/les-chinois-en-afrique

(22)http://www.jeuneafrique.com/436887/economie/forte-reprise-echanges-commerciaux-sino-africains-premier-trimestre-2017/

(23)http://afrique.latribune.fr/politique/leadership/2017-09-04/sommet-des-brics-alpha-conde-vante-le-potentiel-economique-de-l-afrique-748942.html

(24) http://orientxxi.info/magazine/le-soudan-s-aligne-sur-le-camp-saoudien,2060

Tags:
afrique, afrique de l’ouest;

 

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/290-le_pivot_africain/

Trente ans après Sankara, la France doit poser des actes

Trente ans après Sankara, la France doit poser des actes Par Un collectif de personnalités civiles

Source : Libération, 15-10-2017

A l’occasion de la commémoration de l’assassinat du président du Burkina Faso, des représentants de la société civile française et burkinabè appellent les autorités françaises à ne plus faire entrave à la justice.

Il y a trente ans, le 15 octobre 1987, le président du Burkina Faso Thomas Sankara était assassiné, signant l’arrivée de Blaise Compaoré au pouvoir. Il y a trois ans, soulevant un formidable élan d’espoir en Afrique francophone, le 30 octobre 2014, la rue burkinabé se levait pour chasser du pouvoir cet autocrate corrompu et pilier régional de la Françafrique, resté au pouvoir pendant vingt-sept ans avec l’appui de la France. Cet événement, chargé de symbole, aurait dû enfin interpeller les responsables politiques français. Il n’en a rien été.

Depuis un an, la demande de commission rogatoire émise par la justice burkinabé afin d’enquêter sur les éventuelles complicités françaises et de lever le Secret défense sur les archives françaises relatives à l’assassinat de Thomas Sankara, est restée lettre morte: ce refus de coopérer avec les juges burkinabés bloque les investigations sur les possibles complicités internationales dont ont bénéficié les assassins d’un président africain en exercice. Si leur procès a lieu sans les informations que protège le pouvoir français, l’impunité sera une fois de plus encouragée.

Quelques mois après avoir ordonné l’exfiltration de Blaise Compaoré et ses proches par l’armée française et permis ainsi au vieux dictateur d’échapper à la justice de son pays, le président François Hollande s’était engagé à déclassifier ces archives. Mais les promesses n’engageant que ceux qui les croient, ces secrets de la République restent inaccessibles et la justice se heurte une fois de plus à la realpolitik françafricaine.

Comme si ce mépris ne suffisait pas, les autorités françaises couvrent désormais un nouvel affront fait aux magistrats burkinabé. Deux mois après que ceux-ci ont rendu publique l’émission d’un mandat d’arrêt international contre François Compaoré, ce frère et bras droit de Blaise Compaoré s’est targué dans la presse française de circuler librement dans l’Hexagone [1], en prétendant qu’il n’existait aucun mandat le concernant –une dénégation déjà utilisée par son avocat fin juillet [2].

A Ouagadougou, où Emmanuel Macron prévoit de se rendre le mois prochain, les juges d’instruction soupçonnent le frère du dictateur déchu d’être impliqué dans un assassinat emblématique: le 13 décembre 1998, Norbert Zongo, le journaliste le plus populaire du pays, et les trois personnes qui l’accompagnaient étaient mitraillés dans leur véhicule, ensuite incendié. C’est le commanditaire présumé de cet assassinat politique que protège la France si elle n’exécute pas le mandat d’arrêt international.

Trente ans après l’assassinat d’un président qui continue d’incarner l’espoir pour la jeunesse africaine et le martyr face aux crimes de la Françafrique, trois ans après que la rue burkinabé a envoyé un puissant appel à cesser de soutenir des régimes illégitimes, il est temps d’entendre le message: des mouvements populaires similaires bouillonnent au Togo, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville –autant de dictatures que la France continue de soutenir activement.

Plutôt que de vagues promesses lors d’un discours à l’université de Ouagadougou le mois prochain, l’exécutif français doit désormais poser des actes: la rapide levée du Secret défense sur les documents relatifs à l’assassinat de Thomas Sankara et l’arrestation de François Compaoré, pour permettre à la justice burkinabé de faire enfin son travail, sont indispensables.

Signataires : Mathieu Lopes, coprésident de Survie; Bruno Jaffré,animateur du réseau international «Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique»; Abdoulaye Diallo, coordinateur du Centre national de presse Norbert Zongo; Me Guy Hervé Kam, porte-parole du mouvement «Balai Citoyen».

(1) Voir «Affaire Sankara, le gouvernement Hollande n’a pas tenu ses promesses!», blog de Bruno Jaffré, 12 mai 2017.

(2) Interview dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, 24 septembre 2017.

(3) «Burkina: le mandat international contre François Compaoré est un “grand pas”», RFI, 29 juillet 2017.

Un collectif de personnalités civiles

Source : Libération, 15-10-2017

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Affaire Sankara, le gouvernement Hollande n’a pas tenu ses promesses !

Source : Le blog Mediapart, Bruno Jaffré, 12-05-2017

Plusieurs personnalités du régime avaient promis des avancées quant à la mise à disposition des archives. Le gouvernement va être dissout sans aucune réponse officielle. Malgré de nombreuses interventions y compris un courrier de Mariam Sankara à François Hollande que nous rendons public ci-dessous.

Affaire Sankara où en est-on ?

En novembre 2014, une puissante insurrection populaire balayait le régime de Blaise Compaoré. Elle avait suscité alors un immense espoir d’une vie meilleure mais aussi de justice. De nombreuses affaires restaient non élucidées et non jugées au Burkina, parmi lesquelles l’assassinat de Thomas Sankara.

Alors que toutes les procédures judiciaires au Burkina Faso avaient été rejetées ou bloquées sous le régime de Blaise Compaoré, l’une des premières promesses du gouvernement de la transition fut de rouvrir le dossier.Un juge militaire fut nommé courant mars 2015. Il se mit rapidement au travail.

En octobre 2016, les avocats de la famille Sankara révélaient les avancées de l’enquête lors d’une conférence de presse. Quatorze personnes sont inculpées : Gilbert Diendéré, ancien chef du régiment de sécurité présidentielle, véritable numéro 2 du régime de Blaise Compaoré et auteur du coup d’Etat manqué de septembre 2015, un ancien journaliste, Gabriel Tamini, et le médecin militaire Diébré Alidou. Ce dernier avait signé le certificat de décès avec la mention « mort de mort naturelle ». Les autres sont pour la plupart des militaires membres du commando qui ont, par la suite, intégré le régiment de sécurité présidentielle sous les ordres de Gilbert Diendéré. Deux mandats d’arrêt ont par ailleurs été lancés accompagnés de demandes d’extraction pour Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire et pour Hyacinthe Kafando, le chef présumé du commando en fuite (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/131016/affaire-sankara-le-juge-dinstruction-demande-la-france-la-levee-du-secret-defense).

Le juge semble donc avoir bouclé l’enquête sur ce qui s’est passé le 15 octobre 1987 dans l’enceinte du Conseil de l’Entente où Thomas Sankara et ses compagnons ont été assassinés.

Le juge burkinabé lance une commission rogatoire et demande la levée du secret défense

Les avocats révélaient aussi que le juge burkinabè François Yaméogo souhaitait poursuivre ses investigations hors du Burkina, notamment sur une éventuelle participation de la France à un complot international.

C’est ainsi qu’on apprenait le lancement d’une demande de commission rogatoire et de la levée du secret défense. Il s’agit en réalité de demander la coopération de la France pour, la nomination d’un juge français chargé de poursuivre l’enquête en France en collaboration avec le juge Burkinabè.

Cette demande est exécutée dans le cadre des accords de coopération signés le 24 avril 1961, notamment le chapitre 1er intitulé « transmission et l’exécution des commission rogatoires » » du Titre II dénommé « entraide judiciaire » concernant la coopération en matière de justice. L’article 3 stipule: « Les commissions rogatoires, tant en matière civile, et commerciale, qu’en matière pénale et administrative, sont transmises par la voie diplomatique pour être exécutées par les autorités judiciaires de l’État requis » mais l’article 4 précise : « L’État requis pourra refuser d’exécuter une commission rogatoire si celle-ci n’est pas de sa compétence ou si elle est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou à l’ordre public dudit État ». Notons ici qu’il s’agit donc bien de décision politique.

Précisons encore que la levée du secret défense ne peut être acceptée si elle émane d’un pays étranger. Mais l’acceptation de la commission rogatoire, permettrait donc via le juge français, de faire cette demande et qu’elle soit traitée.

Le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique s’est empressé de tenter de médiatiser cette information en publiant un communiqué de presse (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/131116/affaire-sankara-la-france-doit-accepter-la-levee-du-secret-defense-sans-tarder) et relançait sa pétition (voir http://thomassankara.net/petition-louverture-dune-enquete-parlementaire-parlement-francais-conditions-de-lassassinat-president-thomas-sankara-de-compagnons-4469/)

Mariam Sankara écrit à François Hollande en février 2017

Sans nouvelle sur la suite donnée à la demande du juge, Mariam Sankara écrivait à François Hollande 1er février 2017 pour solliciter son « soutien et permettre à la justice burkinabè d’avancer dans l’examen du dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, mon défunt époux ». Après avoir rappelé toutes les démarches déjà entreprises, elle écrit : « La poursuite des enquêtes m’oblige à revenir vers vous afin que vous interveniez pour que soient acceptées, la demande d’une commission rogatoire en France et la levée du secret défense sur l’assassinat du Président Thomas Sankara, comme vient de le demander le juge François Yaméogo ».

La réponse intervient, le 20 mars 2017, par la voie du Chef de Cabinet du ministère des affaires étrangères, M. Yann Delaunay. Il indique : « En vertu de la séparation des pouvoirs, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international ne peut intervenir auprès de l’autorité judiciaire dans le cadre d’une affaire en cours, ce qui ne permet pas de vous informer sur l’état d’avancement de la demande ». Il ajoute cependant plus loin : « Soyez assurée que les ministères qui seraient sollicités dans le cadre de la procédure judiciaire y coopéreront pleinement par la mise à disposition des documents demandés et moyennant, pour les pièces qui l’exigeraient, la mise en œuvre de la procédure légale en matière de déclassification ».

Nouvelle promesse de Claude Bartolone lors de sa visite au Burkina en mars 2017

Le Président de l’Assemblée nationale, M. Bartolone, en visite officielle au Burkina Faso du 22 au 24 mars 2017 est questionné sur cette affaire dès son arrivée à l’aéroport. Il répond « Je vous le dis, nous sommes pour que la justice française réponde à toutes les demandes qui émaneront de la justice du Burkina Faso, afin qu’il ne puisse pas subsister le moindre doute sur les relations qui doivent exister entre les deux pays. La justice doit donc faire son travail et la vérité triompher. » (source http://www.lobservateur.bf/index.php/editorial/item/6195-assassinat-de-thomas-sankara-la-france-se-doit-de-repondre-claude-bartolone-president-de-l-assemblee-nationale-francaise). La promesse semble très claire !

Il continue cependant à nier la participation française lors du même séjour : « Si chaque fois qu’il y avait un assassinat dans le monde, on devait mettre ça sur le dos des gouvernants qui sont au pouvoir… Pour nous, soyons clairs, en tant que députés, français, socialistes, nous n’avons rien à voir avec cette affaire qui concerne le Burkina. Mais, s’il y a des demandes de la justice burkinabè vis-à-vis de la justice française pour la communication d’un certain nombre de pièces qui permettent au Burkina de faire toute la transparence avec son histoire, nous n’y voyons que des avantages. » (voir http://www.aujourd8.net/index.php/sante/8-a-la-une/3089-claudebartoloododododoldlclaudoeodddddldllddd).

Ajoutons que Bartolone était accompagné de François Loncle, le président du groupe d’amitiés franco-burkinabè à l’assemblée nationale française à qui nous avons consacré un chapitre intutilé François Loncle, le digne successeur de Guy Penne (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/110915/affaire-sankara-claude-bartolone-place-la-france-en-retard-sur-le-burkina).

Précisons que M. François Loncle a soutenu Emmanuel Macron, ce qui ne présage rien de bon pour les rapports qu’entretiendra le nouveau gouvernement avec l’Afrique et pour la gestion de l’affaire Sankara.

Un courrier de Pouria Amirshahi à Hollande rendu public

Monsieur Pouria Amirshahi est député des français de l’étranger dans une circonscription qui comporte le Burkina Faso. Il est par ailleurs secrétaire de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. On peut deviner, sans grand risque de se tromper, qu’il était donc au courant du voyage de M. Bartolone.

Le 15 Mars 2017, soit une semaine avant, il écrit un courrier à François Hollande, (voir à http://www.pouriaamirshahi.fr/2017/03/18/affaire-sankara-je-demande-louverture-des-archives-francaises/) qu’il se charge de médiatiser. Il écrit : « L’articulation entre la sûreté de l’Etat, le droit au respect de la vie privée et la possibilité pour la société de se saisir des enjeux historiques est une question majeure dans un pays démocratique. Cet équilibre doit être trouvé afin que les historiens soient en mesure de faire le travail et assurer ainsi que l’écriture de l’Histoire ne soit pas instrumentalisée par les enjeux politiciens . Je vous demande donc par la présente d’ouvrir les archives nationales concernant l’assassinat de Thomas Sankara ». Il tient une promesse qu’il nous avait faite il y a 4 ans !

En effet, nous avions approché M. Pouria Amirshahi, lors du dépôt de la première demande d’enquête parlementaire en 2013.Il n’avait pas alors voulu nous rencontrer mais nous avait cependant fait dire, via ses attachés parlementaires, qu’il ne s’associerait pas à la demande d’enquête parlementaire. Et il nous avait alors promis qu’il demanderait l’ouverture des archives diplomatiques. (voir à http://thomassankara.net/demande-denquete-parlementaire-sur-lassassinat-du-president-thomas-sankara-compte-rendu-de-la-conference-de-presse-a-lassemblee-nationale-le-13-fevrier-2013-avec-video/). Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Et les termes sont-ils suffisamment précis, compte tenu de l’état d’avancement de la recherche d’archives?

Un historien, M. Vincent Hiribarren, a déjà sollicité une dérogation pour avoir accès aux « archives nationales ». Il a pu recevoir un premier inventaire et avait pu consulter certains documents. D’autres lui sont interdits d’accès comme on le lui a signifé. Dans un article du Monde il écrit : « … seuls les documents de la présidence française pour cette période ont été versés, ce qui veut dire que toute demande de dérogation ne peut porter que sur les archives de François Mitterrand. Pour le ministère de la défense et celui des affaires étrangères ou de la coopération, ces documents ne sont tout simplement pas consultables. Il en va de même pour les archives de Jacques Chirac qui était alors premier ministre. » Il ajoute : « Quant aux documents que j’ai pu lire, le résultat est décevant : après des démarches qui ont pris un an et demi, les archives ne contenaient que des miettes d’histoireet absolument rien de concret ». (voir http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/03/13/ouvrons-les-archives-sur-le-meurtre-de-thomas-sankara_5093727_3212.html)

D’autres démarches dans la dernière période

Plusieurs démarches ont été effectuées ces derniers mois pour appuyer les demandes du juge burkinabè, face à l’absence de réponse officielle :

Le 27 janvier 2017 le réseau international « Justice pour Sankara justice pour l’Afrique » écrivait à tous les députés et sénateurs leur demandant de soutenir la demande du juge burkinabè auprès des autorités françaises (voir à http://thomassankara.net/initiatives-menees-cadre-de-campagne-justice-thomas-sankara-justice-lafrique-annee-2017/)

Le 8 mars 2017, le sénateur communiste Michel Billout questionnait le gouvernement sur la réponse à la commission rogatoire et la demande de levée du secret du juge burkinabè (voir à http://michelbillout.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/article/assassinat-de-thomas-sankara )

Le 2 avril 2017. Le Réseau « Justice pour Sankara justice pour l’Afrique » et des familles de victimes et leurs soutiens rendaient publique une adresse aux candidats aux présidentielles et législatives françaises sous le titre « secret défense ou déraison d’État ». On peut y lire : « Il est de notre responsabilité de citoyen d’empêcher que la raison d’état et son paravent « le secret défense» ne servent trop souvent à voiler les dérives, voire les turpitudes des services et responsables de la Nation. Aucun des cas cités ne met en danger la sécurité de l’état et l’autocontrôle instauré depuis 1998 par une commission administrative est notoirement lacunaire et contraire aux engagements européens de la France ». Et plus loin « Ensemble nous leur demandons de s’engager pour que non seulement dans ces dossiers le secret défense n’entrave plus la justice et la vérité mais qu’en outre il s’engage sur le nécessaire contrôle par une juridiction indépendante de la notion et de l’usage du Secret Défense. » (voir http://thomassankara.net/secret-defense-deraison-detat-adresse-aux-candidats-aux-elections-presidentielles-legislatives-francaises-de-2017/). Cette initiative fait suite à la table ronde sur le thème « Secret défense contre la vérité et la justice » dont nous avons rendu compte ici (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/270317/le-secret-defense-contre-la-verite-et-la-justice ). Malheureusement peu de réponses sont parvenues, et pas de l’équipe d’Emmanuel Macron.

Des promesses… mais aucune réponse officielle alors que le gouvernement Hollande va être dissout !

L’affaire Sankara, s’est donc maintenant déportée en France, comme le montre ces quelques exemples. Ce sont bien des autorités politiques qui gèrent le dossier comme nous l’avons montré plus haut. Les demandes sont transmises par la voie diplomatique. Le gouvernement peut refuser. Et les promesses dont nous avons rendu compte proviennent bien de personnalités politiques, le Président de l’Assemblée nationale et le chef de cabinet du ministère des affaires étrangères.

Voilà déjà huit mois que la commission rogatoire a été demandée avec la demande de levée du secret défense. Le gouvernement Hollande est sur le départ, les cartons sont sans doute déjà bouclés. Aucune réponse officielle n’a encore été donnée à la demande du juge burkinabè François Yaméogo.

Que se passe-t-il ? Huit mois, ce temps est-il insuffisant pour traiter ce dossier et en apporter une réponse ? Que dire de ces promesses ? Les ministres vont changer et le Chef de cabinet auteur de la lettre aussi. Le nouveau gouvernement comprendra beaucoup de néophytes et de nouveaux décideurs qui vont vouloir reprendre le dossier au début.

Force est de reconnaître que cela ressemble à une dérobade n’en déplaisent à M. Bartolone qui déclare « soyons clairs, en tant que députés, français, socialistes, nous n’avons rien à voir avec cette affaire qui concerne le Burkina », renouvelant ce qu’il avait déclaré pour refuser la demande d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/110915/affaire-sankara-claude-bartolone-place-la-france-en-retard-sur-le-burkina). Une telle attitude ne va faire que conforter les soupçons qui concernent François Mitterrand et son entourage. Sans pour autant dédouaner ceux concernant l’entourage de Jacques Chirac, qui rappelons-le, lors de son arrivée comme premier ministre de la cohabitation l’été 1986, avait rappelé aux affaires africaines Jacques Foccart, le créateur de la Françafrique.

Bruno Jaffré

Source : Le blog Mediapart, Bruno Jaffré, 12-05-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Une réponse à Trente ans après Sankara, la France doit poser des actes

  1. Fritz Le 26 octobre 2017 à 05h33

    Afficher/Masquer

    Tiens ? Je croyais que les responsables et complices de l’assassinat de Thomas Sankara, qu’il soient burkinabés ou français, avaient déjà été jugés par la CPI.
    Hmmm…

     

  2. https://www.les-crises.fr/trente-ans-apres-sankara-la-france-doit-poser-des-actes/
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Revue de presse nationale et internationale.

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