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Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

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Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

29/08/2019 05:19

Les années se suivent et se ressemblent en Afrique, et la barbarie ne semble jamais devoir s’y arrêter. Lundi, en quelques heures, de nombreuses informations plus inquiétantes les unes que les autres au sujet du continent africain ont encore été dévoilées par les médias européens.

Massacre entre tribus au Soudan, symbole des troubles de l’Afrique

Le Soudan est l’un des pays symbolisant le plus cette violence quasi-permanente. Les famines succèdent aux guerres et les guerres aux famines. Ce cycle infernal s’est poursuivi lundi avec un nouveau massacre. Une quarantaine d’hommes ont été tués et deux cents autres ont été blessés lors d’affrontements entre tribus rivales de l’état de la Mer Rouge, à l’Est du pays.
Le président soudanais avait été destitué quelques jours plus tôt par l’armée, entraînant certaines régions dans le chaos.

Amnesty International observe le Zimbabwe et le Cameroun

La célèbre ONG Amnesty International s’inquiète de son côté des événements survenus au Zimbabwe et au Cameroun. Le premier cas concerne le nouveau président zimbabwéen Muleya Mnangagwa dont le gouvernement serait déjà auteur de mesures liberticides et d’actes de tortures sur des opposants depuis les élections du 30 juillet dernier. Amnesty International demande par ailleurs que toute la lumière soit faite sur les assassinats de deux femmes et de leurs enfants au nord du Cameroun avant l’ouverture du procès des militaires accusés de les avoir commis.

Les camionneurs pris pour cibles et tués en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, il ne fait pas bon être étranger. L’on connaissait le danger permanent planant au-dessus des Boers, les fermiers blancs étant régulièrement traqués et tués par les héritiers spirituels de Nelson Mandela, mais ce sont maintenant les camionneurs qui sont pris pour cibles. Une association de défense des droits de l’homme a annoncé lundique près de deux cents routiers étrangers – y compris de pays voisins – ont été assassinés par leurs homologues sud-africains depuis un an et demi. Le gouvernement se montre jusqu’à présent très laxiste sur la violence des Noirs d’Afrique du Sud, que ce soit sur les Boers ou les camionneurs.

Le Mali et le Burkina Faso unis contre les islamistes ?

Dans un autre registre, le Mali essaie tant bien que mal de se dépêtrer de la présence islamiste sur son territoire, qui, comme nous l’évoquions le 31 juillet dernier, fait des ravages. Le pays souhaite en effet établir un partenariat avec l’un de ses voisins, le Burkina Faso, dont l’armée a elle aussi été attaquée par les djihadistes. Vingt-quatre soldats ont en effet été tués le 19 août.

Quid de la Côte d’Ivoire ?

Pas de violence à déplorer cette semaine en Côte d’Ivoire mais la situation politique ne pousse pas à l’optimisme. Le Front Populaire Ivoirien, principal parti d’opposition, a annoncé ne pas vouloir participer à la commission d’organisation de l’élection présidentielle de 2020, estimant que le processus ne garantissait pas l’impartialité du scrutin.

Le continent entier semble déstabilisé et les nouvelles vagues migratoires d’Africains vers l’Europe ne vont pas diminuer les inquiétudes du Vieux continent sur leurs conséquences.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

https://www.breizh-info.com/2019/08/29/125592/massacres-repression-et-politique-nouvelle-semaine-chaotique-en-afrique

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Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis par Emmanuel Macron, a été décerné ce vendredi 8 mars à Aissa Doumara Ngatansou pour récompenser son engagement contre les mariages forcés.

Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier "Prix Simone Veil"
Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier « Prix Simone Veil »Crédit : Thibault Camus / POOL / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte 

et AFP

Aissa Doumara Ngatansou, militante camerounaise engagée contre les mariages forcés, a reçu le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis ce vendredi 8 mars à l’Élysée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Ce prix a été remis par Emmanuel Macron en présence  de la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de son homologue en charge des Solidarités, Agnès Buzyn.

Devant l’Assemblée nationale, la secrétaire d’État avait précisé mardi 5 mars que ce prix avait été créé pour récompenser « des actions partout dans le monde en faveur des droits des femmes ». Selon son entourage, il serait également doté d’une récompense de 100.000 euros.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la « diplomatie féministe » de la France, « contre les violences sexistes et sexuelles, l’excision, les mariages forcés, pour l’accès à l’éducation des filles et des garçons, pour l’émancipation économique des femmes », avait ajouté Marlène Schiappa devant l’Assemblée nationale.

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Dans ce cadre, le gouvernement a réservé une enveloppe de 120 millions d’euros, portée par l’Agence française de développement, pour « soutenir les actions des ONG féministes et pour l’égalité femmes-hommes, partout dans le monde et particulièrement dans les pays du Sud ».

Selon notre sondage BVA, publié dimanche 3 mars, l’ancienne ministre Simone Veil, décédée en 2017, arrive en tête des personnalités qui « incarnent le plus le féminisme » aux yeux des Français, devant Michelle Obama et Simone de Beauvoir.

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Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp


Par Andrew Korybko – Le 28 janvier 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoDes manifestants émeutiers ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le week-end dernier, tâchant par là d’éveiller la conscience publique à la campagne de changement de régime qui sévit dans le pays suite à la ré-élection du président Biya, qui a ainsi entamé son septième mandat consécutif fin 2018. La France pourrait se trouver réduite à choisir son camp et mettre son poids en faveur ou bien de celui qui fut son mandataire au Cameroun depuis des décennies, ou bien de ses opposants anti-gouvernementaux.

L’« assaut parfait »

Le président Paul Biya

L’événement est passé inaperçu dans la plupart des médias mondiaux, mais le week-end dernier, des manifestants, opposés au gouvernement, ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun de Paris et de Berlin, dans l’objectif de faire prendre conscience aux opinions publiques de la campagne de changement de régime en cours contre le président en exercice depuis longtemps, qui vient d’être ré-élu pour son septième mandat l’an dernier. Le pays d’Afrique de l’Ouest connaît ces temps-ci un climat de soulèvement de Guerre hybride ; secoué par des offensives de la part de séparatistes anglophones et de la part des islamistes de Boko Haram, tout en se défendant d’un mouvement de Révolution de couleur en cours de fermentation. L’« assaut parfait » est en train d’arriver à maturation, mais n’a encore fait l’objet d’une attention sérieuse de la part d’aucune grande puissance, principalement en raison du fait que le président Biya maintient une immense loyauté à l’égard de ses protecteur français ; et ce malgré son partenariat avec les routes de la soie chinoises, mais les événements du week-end dernier sont de nature à changer la donne à cet égard.

Origines de la Guerre hybride

Même en considérant que la Guerre hybride contre le Cameroun a pour double objectif de perturber la Route de la soie transcontinentale de la Chine (Soudan-Tchad-Cameroun) et de créer les conditions pour que le Nigeria, grande puissance en éveil juste à côté, puisse se voir plus facilement contrôlé, aucune grande puissance n’a à ce stade jeté tout son poids (même sur le plan purement diplomatique) derrière cette campagne de déstabilisation. Cela peut constituer un signe que cette dernière constitue un « début », un « essai » pour évaluer la résilience des structures de sécurité régionales, ou une tactique de pression à court terme visant à arracher quelques concessions politiques à Yaoundé. Il est également possible qu’une bonne partie de ces processus de Guerre hybride constituent des « occurrences naturelles non provoquées de l’extérieur », résultant des lignes de fractures très nombreuses dans le pays. Quoi qu’il en soit, certains membres de la diaspora ont visiblement l’intention de modeler la situation en leur faveur.

Deux poids, deux mesures

En temps ordinaire, la prise d’assaut coordonnée de deux ambassades du même pays le même week-end devrait constituer un événement médiatique mondial, mais cela n’a pas été le cas pour le Cameroun, les diplomates de ce pays africain de taille moyenne ne recevant que peu de respect de la part de l’Occident. Si la même occurrence était arrivée à une grande puissance telle la France, les réactions auraient été bien différentes. Mais dans l’instance qui nous intéresse ici, en l’objet le Cameroun, c’est bel et bien l’implication d’une grande puissance, qui aurait jeté son poids derrière les mouvances de changement de régime, qui aurait pu éveiller l’attention des médias. Il se pourrait que cet état de fait se voie modifié prochainement, si la déstabilisation de Douala, le plus grand port du pays, pénalise les importations du Tchad et de la République centrafricaine : ces deux États enclavés en dépendent et verraient les coûts de divers biens augmenter, ce qui pourrait soulever par rebond une crise socio-économique dans chacun des deux pays.

Les États rivaux se bagarrent en Afrique centrale

La République centrafricaine connaît depuis peu d’importantes influences russes, Moscou ayant reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU fin 2017 de déployer des « mercenaires » dans le cadre d’un programme d’aide et d’encadrement, qui vise à soutenir l’armée naissante du pays ; ce pays central tâche de restaurer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, riche en ressources naturelles. Quant au Tchad, il glisse régulièrement dans la guerre civile, et doit de temps à autre repousser des militant soudanais et libyens hébergés par d’autres États, mais le pays reste une puissance militaire régionale considérable, capable de se déployer vers l’Ouest jusqu’au Mali. Chose intéressante, N’Djamena a récemment rétabli des relations avec Tel Aviv – on a vu une visite de Netanyahu au Tchad la semaine dernière – ce qui a contribué à un état intéressant des affaires régionales de l’Afrique centrale : dans cette zone, un pays est sous influence « israélienne », un autre (la République centrafricaine) connaît depuis peu une influence russe, et le troisième (le Cameroun) est sous influence chinoise ; tout ceci malgré le fait qu’officieusement ces trois États appartiennent encore à la Françafrique néocoloniale.

L’heure des choix

Même si la France contrôle encore les monnaies de ces trois pays, et d’une dizaine d’autres États africains, par l’entremise du franc CFA, elle perd lentement mais sûrement son influence géopolitiques sur ses anciennes colonies. Irritée du fait qu’elle ne parviendra plus à reprendre ses positions stratégiques passées en Centrafrique après que la Russie s’y soit installée pour stabiliser la situation, et sans doute de même au Gabon avec le déploiement de soldats étasuniens le mois dernier avant le putsch, la France pourrait se sentir obligée de s’accrocher à son partenaire camerounais, malgré les pressions du « bas » qu’elle subit, visant à le trahir. Ceci étant dit, si la situation semble changer dans la direction d’un changement de régime « inévitable », il faudrait s’attendre à voir Paris lâcher son homme, dans une dernière tentative de conserver son influence sur le pays, au lieu de le laisser tomber sous influence étasunienne ou anglaise, chose qui ne manquerait pas d’arriver si le changement de régime se produisait sans solution de rechange française préparée.

L’heure de vérité pour la Françafrique ?

À l’égal de l’Empire Ottoman, qui fut considéré comme l’« homme malade de l’Europe » dans les périodes qui précédèrent sa chute, la France pourrait se voir désignée comme l’« homme malade de l’Afrique » si ses possessions de la Françafrique continuent de tomber l’une après l’autre dans l’escarcelle d’autres puissances. Le franc CFA a peut-être encore de belles années devant lui, mais la dominance géopolitique française sur cet espace trans-régional pourrait échapper à la France si elle ne parvient pas à reprendre contrôle de ses mandataires, après les avancées russes en République centrafricaine, le pivot du Tchad vers Israël et l’accueil surprise de soldats étasuniens par le Gabon. L’influence de la Chine est également en train de tisser sa toile dans l’ensemble de la Françafrique, et Paris pourrait prochainement se sentir obligée de prendre position en Afrique centrale, ou bien en soutenant ou bien en désavouant le président camerounais, selon son évaluation du « sens du vent ». Dans un sens ou dans l’autre, les assauts du week-end dernier sur les ambassades du Cameroun pourraient forcer la France à enfin arbitrer ce choix.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-saccage-de-deux-ambassades-camerounaises-pourrait-forcer-la-france-a-choisir-son-camp

 

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

Diplomatie

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

30 décembre 2018 à 18h35 | Par – à Abidjan

L’homme d’affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d’Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s’est rendu avec l’ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?

mercredi 30 mai 2018

L’Afrique Réelle N°102 – Juin 2018

Sommaire :

Actualité
Comment la France a perdu une RCA dont Vladimir Poutine est peut-être en passe de prendre le contrôle

Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?
– Le Kamerun allemand
– Le premier conflit mondial
– La rébellion de l’UPC (1957-1958)
– Le Cameroun indépendant (1960-2018)
– L’ethno-politique camerounaise
– 2018, l’année de tous les dangers

Editorial de Bernard Lugan :

Comme le disait le très spirituel Michel Jobert, ancien ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou : « Au rythme où vont les choses, la politique africaine de la France va bientôt se réduire à Barbès-Rochechouart… »
Le naufrage français en Centrafrique illustre parfaitement cette remarque. Entre repentance, spasmes moraux et credo démocratique, les cerveaux à nœuds du Quai d’Orsay ont en effet réussi le tour de force d’exclure la France de ce pays qui a longtemps constitué une pièce essentielle de son dispositif militaire.
Fin observateur, Vladimir Poutine a laissé les diplomates français aller au terme de leurs gesticulations militaro-humanitaires puis, quand ils se furent eux-mêmes enferrés dans leurs contradictions, il décida une intervention surprise.
Et cette dernière changea la situation. Non seulement en RCA, mais dans toute la région, l’objectif de Moscou étant de tourner le pays vers le nord Soudan comme nous l’expliquons dans ce numéro de l’Afrique Réelle.
Après le Mali et la RCA, le Cameroun ?
Dans les mois qui viennent, le Cameroun va à son tour entrer dans une période de fortes turbulences. Le diktat démocratique en sera la cause. Comme d’habitude…
Quatre élections vont en effet s’y tenir dans la seconde moitié de l’année 2018, celles du président, des sénateurs, des députés et des maires. Il est donc à craindre qu’à ces occasions, les fractures de ce pays fragile réapparaissent au grand jour.
Si le Cameroun est un apparemment pays stable, c’est  parce qu’il n’a pas connu la valse électorale qui a emporté la plupart des pays africains.
Sa chance est en effet de n’avoir eu que deux présidents depuis l’indépendance, Ahmadou Ahidjo, un nordiste musulman d’ethnie peul (de 1958 à 1982) et Paul Biya, un sudiste catholique d’ethnie beti, depuis cette date.
Agé de 85 ans cette année, le président Biya qui est donc au pouvoir depuis 36 ans, va probablement briguer un nouveau mandat en 2018. En 2011, il fut  réélu pour 7 années avec un score de 79% des suffrages contre 72% en  2004.
La permanence au pouvoir est certes un atout. Elle peut également se révéler un handicap quand les vieux présidents n’ont pas préparé leur relève.
C’est le cas au Cameroun où se pose avec une cruelle intensité le problème de la fracture générationnelle entre des dirigeants âgés et une population majoritairement composée de jeunes gens. Tout le système politique camerounais connaît ce problème et non pas le seul clan présidentiel puisque le principal leader de l’opposition, John Fru Ndi, qui est âgé de 76 ans fut par trois fois candidat contre Paul Biya.
Si nous ajoutons à cette donnée la situation qui prévaut dans les provinces anglophones de l’ouest, dans celles de l’est limitrophes de la Centrafrique et dans le septentrion gangréné par le wahhabisme et menacé par Boko Haram, le risque est donc de voir les prochains résultats électoraux devenir les détonateurs d’une crise aux conséquences imprévisibles compte tenu de la situation géographique du Cameroun.

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir

Entretien

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir »

Jean-Pierre Tuquoi Journaliste

Dans son livre Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, l’ancien journaliste au Monde Jean-Pierre Tuquoi, brosse le portrait d’une République centrafricaine qui avait tout pour assurer la prospérité de ses habitants – sols riches en matières premières, absence de sécheresses, forêts, savoir-faire etc. -, mais qui a été mené à « l’agonie ». C’est aujourd’hui un pays « en lambeaux », miné par la violence et une pauvreté extrême, qui touche sept habitants sur dix. Mardi 30 janvier, le conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine, en raison des menaces que constituent les groupes armés, et les craintes d’un risque de nettoyage ethnique.

Vous parlez d’un « pays fantôme créé de toutes pièces »  et d’un « immense gâchis ». Peut-on tirer le fil d’une responsabilité française dans cette désolation ?

Elle n’explique pas tout, mais elle est indéniable. Le Centrafrique – l’Oubangui-Chari d’avant l’indépendance – est une création de la colonisation française, au même titre que le Tchad, le Gabon ou le Cameroun. Les frontières, la langue, la religion, la monnaie, la division administrative… Tout ce qui aujourd’hui caractérise le pays a été voulu par la France. Le pays n’existait pas auparavant. C’était une immense tâche blanche au cœur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe.

Le Centrafrique est une immense tâche blanche au coeur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe

Mais si la France a colonisé le pays elle l’a fait a minima, sans se donner les moyens de le développer. Pour comprendre ce désintérêt, il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’épisode de Fachoda en 1898. Fachoda, un village du Soudan du Sud, c’est l’affrontement de deux impérialismes, français et britannique. Les Français  voulaient établir une continuité territoriale entre leurs possessions sur la côte ouest africaine et celles de la côte est.

Si le projet s’était réalisé, l’Oubangui-Chari devenait une position charnière, à mi-chemin. L’opposition britannique a ruiné le projet et enlevé tout intérêt à cette colonie éloignée de tout, sans accès à la mer. Paris s’en est donc désintéressé. Les fonctionnaires coloniaux étaient très rares en Oubangui. Paris s’est déchargé de tout et a, en quelque sorte, privatisé la colonie. Le développement en était confié à des intérêts privés. C’était le pire des choix.

L’histoire coloniale pèse-t-elle toujours beaucoup ?

Oui, bien sûr. On ne gomme pas un demi-siècle de colonisation comme ça. Surtout lorsque de cette colonisation est issue une grande partie de ce qui constitue l’essence moderne du pays.

Paris s’est déchargé de tout et a confié le développement du Centrafrique à des intérêts privés. C’était le pire des choix

J’ajoute que les Centrafricains jouent de ce passé colonial. Ils le mettent en avant pour se dédouaner, et s’exonérer de toute responsabilité dans le drame de leur pays. Face à un problème, leur réflexe immédiat est de se tourner vers Paris et d’attendre de l’ex colonisateur qu’il règle le problème. Un ancien responsable politique centrafricain d’une grande envergure, Jean-Paul Ngoupandé, avait inventé une expression pour qualifier cette attitude. Il parlait du « syndrome Barracuda », du nom de l’opération militaire française qui avait abouti à l’éviction de l’empereur Bokassa. Je crois que le syndrome Barracuda » existe toujours.

Dans votre récit, un seul Président semblait avoir l’envergure nécessaire, Barthélémy Boganda, mort dans un accident en 1959. Qu’est-ce qui a empêché selon vous l’arrivée sur la scène politique d’une personnalité équivalente par la suite ?

Imaginez la situation du pays à la disparition de Boganda. Il est vaste, très peu peuplé, avec une culture traditionnelle omniprésente. Il n’y a pas d’élite locale. La France n’en a pas formé. Combien de bacheliers au total ? Une douzaine, plus deux ou trois diplômés de l’Université ? Barthélémy Boganda, parce que c’était un ancien prêtre, était l’intellectuel de ce pays en gestation. Il était l’homme le plus instruit. A sa disparition, s’affrontent des hommes d’une trentaine d’années, sans expérience, sur fond de guerre froide. C’est ainsi qu’un soudard comme Bokassa va prendre le pouvoir avec, disons-le, la bénédiction de la France.

Le président Boganda voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie

Boganda avait conscience de la faiblesse de son pays et des pays voisins.  Pour cette raison il s’était fait le chantre des Etats-Unis d’Afrique. Il voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie.

La France n’a eu de cesse de s’immiscer dans les affaires de son ancienne colonie. Comment analysez-vous le rôle de la France, notamment depuis le départ des troupes françaises ?

Dans le contexte de la guerre froide, disposer d’une base militaire au cœur du continent africain avait du sens. C’était une sorte de porte-avion. L’armée française a tout fait pour maintenir cette présence, d’autant que, dans les années 1980, elle affrontait un colonel Kadhafi qui avait des visées sur le Tchad et au-delà.

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique. Maintenir une présence militaire française n’est pas une priorité. Sur le plan économique, le Centrafrique est un nain. Les entreprises tricolores sont une poignée sur place. Le chiffre d’affaires global de Total, numéro 1 sur le marché des carburants, ne doit pas dépasser celui d’une station d’autoroute en France.

Vous écrivez que le salut ne viendra pas du président Touadéra, élu en 2016, alors qu’il disposait pourtant d’une vraie légitimité. Pourquoi ?

Je suis convaincu qu’il a gagné l’élection présidentielle à la loyale. J’étais sur place lors du scrutin. Les habitants voyaient surtout en lui un homme non corrompu, un universitaire qui, tout premier ministre qu’il était du chef de l’Etat précédent, avait continué à donner des cours à l’université.

Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas

Hélas, il n’a pas tenu les promesses. Il s’est révélé pusillanime, faible, sans grande consistance. Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas. C’est un président « normal » dans le mauvais sens du terme.

L’Eglise pèse-t-elle encore beaucoup ?

Oui, je pense même que c’est l’unique force qui subsiste. Elle a beaucoup d’influence et lorsque les responsables catholiques, protestants et musulmans parlent d’une seule voix, celle-ci porte. Les politiques sont obligés de les entendre.

L’Eglise demeure l’unique force qui subsiste, ce qui ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique

Ca ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique. Observez ce qui se passe dans le pays voisin, en République démocratique du Congo :  c’est l’Eglise qui est la principale force d’opposition au président Kabila.

Qu’y a t-il à attendre de la société civile, encore peu développée ?

En Centrafrique, elle n’existe pour ainsi dire pas. Il y a des individus souvent estimables mais leur écho est faible. Se revendiquer de la société civile, créer une ONG, c’est surtout un moyen pour obtenir des subsides de la communauté internationale. Il faut bien vivre dans ce pays en ruines…

De bien des manières, ce pays semble concentrer les difficultés de plusieurs pays du continent…

Oui, vous avez raison, et c’est pour cette raison qu’il m’intéresse particulièrement.

Le drame de ce pays, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable

C’est un condensé des malheurs du continent noir. On y retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs mais à une échelle plus importante.

Quelles graines d’espoir entrevoyez-vous ?

A court terme, je n’en vois guère. C’est un pays qui dispose de ressources suffisantes pour se développer. Son agriculture peut nourrir les habitants des pays voisins. Il a du diamant et de l’or, sans doute un peu de pétrole, des ressources forestières importantes.

Sur le plan touristique, il pourrait attirer tous les fous de la forêt tropicale. Son drame, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable. Et de ne pas disposer d’une classe politique digne de ce nom, de dirigeants soucieux du bien commun.

Ancien journaliste au Monde, Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il vient de publier « Oubangui-Chari. Le pays qui n’existait pas » aux éditions La Découverte (2017).  

Propos recueillis par Catherine André