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Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

Diplomatie

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

30 décembre 2018 à 18h35 | Par – à Abidjan

L’homme d’affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d’Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s’est rendu avec l’ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

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Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?

mercredi 30 mai 2018

L’Afrique Réelle N°102 – Juin 2018

Sommaire :

Actualité
Comment la France a perdu une RCA dont Vladimir Poutine est peut-être en passe de prendre le contrôle

Dossier : Le Cameroun risque-t-il d’exploser ?
– Le Kamerun allemand
– Le premier conflit mondial
– La rébellion de l’UPC (1957-1958)
– Le Cameroun indépendant (1960-2018)
– L’ethno-politique camerounaise
– 2018, l’année de tous les dangers

Editorial de Bernard Lugan :

Comme le disait le très spirituel Michel Jobert, ancien ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou : « Au rythme où vont les choses, la politique africaine de la France va bientôt se réduire à Barbès-Rochechouart… »
Le naufrage français en Centrafrique illustre parfaitement cette remarque. Entre repentance, spasmes moraux et credo démocratique, les cerveaux à nœuds du Quai d’Orsay ont en effet réussi le tour de force d’exclure la France de ce pays qui a longtemps constitué une pièce essentielle de son dispositif militaire.
Fin observateur, Vladimir Poutine a laissé les diplomates français aller au terme de leurs gesticulations militaro-humanitaires puis, quand ils se furent eux-mêmes enferrés dans leurs contradictions, il décida une intervention surprise.
Et cette dernière changea la situation. Non seulement en RCA, mais dans toute la région, l’objectif de Moscou étant de tourner le pays vers le nord Soudan comme nous l’expliquons dans ce numéro de l’Afrique Réelle.
Après le Mali et la RCA, le Cameroun ?
Dans les mois qui viennent, le Cameroun va à son tour entrer dans une période de fortes turbulences. Le diktat démocratique en sera la cause. Comme d’habitude…
Quatre élections vont en effet s’y tenir dans la seconde moitié de l’année 2018, celles du président, des sénateurs, des députés et des maires. Il est donc à craindre qu’à ces occasions, les fractures de ce pays fragile réapparaissent au grand jour.
Si le Cameroun est un apparemment pays stable, c’est  parce qu’il n’a pas connu la valse électorale qui a emporté la plupart des pays africains.
Sa chance est en effet de n’avoir eu que deux présidents depuis l’indépendance, Ahmadou Ahidjo, un nordiste musulman d’ethnie peul (de 1958 à 1982) et Paul Biya, un sudiste catholique d’ethnie beti, depuis cette date.
Agé de 85 ans cette année, le président Biya qui est donc au pouvoir depuis 36 ans, va probablement briguer un nouveau mandat en 2018. En 2011, il fut  réélu pour 7 années avec un score de 79% des suffrages contre 72% en  2004.
La permanence au pouvoir est certes un atout. Elle peut également se révéler un handicap quand les vieux présidents n’ont pas préparé leur relève.
C’est le cas au Cameroun où se pose avec une cruelle intensité le problème de la fracture générationnelle entre des dirigeants âgés et une population majoritairement composée de jeunes gens. Tout le système politique camerounais connaît ce problème et non pas le seul clan présidentiel puisque le principal leader de l’opposition, John Fru Ndi, qui est âgé de 76 ans fut par trois fois candidat contre Paul Biya.
Si nous ajoutons à cette donnée la situation qui prévaut dans les provinces anglophones de l’ouest, dans celles de l’est limitrophes de la Centrafrique et dans le septentrion gangréné par le wahhabisme et menacé par Boko Haram, le risque est donc de voir les prochains résultats électoraux devenir les détonateurs d’une crise aux conséquences imprévisibles compte tenu de la situation géographique du Cameroun.

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir

Entretien

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir »

Jean-Pierre Tuquoi Journaliste

Dans son livre Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, l’ancien journaliste au Monde Jean-Pierre Tuquoi, brosse le portrait d’une République centrafricaine qui avait tout pour assurer la prospérité de ses habitants – sols riches en matières premières, absence de sécheresses, forêts, savoir-faire etc. -, mais qui a été mené à « l’agonie ». C’est aujourd’hui un pays « en lambeaux », miné par la violence et une pauvreté extrême, qui touche sept habitants sur dix. Mardi 30 janvier, le conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine, en raison des menaces que constituent les groupes armés, et les craintes d’un risque de nettoyage ethnique.

Vous parlez d’un « pays fantôme créé de toutes pièces »  et d’un « immense gâchis ». Peut-on tirer le fil d’une responsabilité française dans cette désolation ?

Elle n’explique pas tout, mais elle est indéniable. Le Centrafrique – l’Oubangui-Chari d’avant l’indépendance – est une création de la colonisation française, au même titre que le Tchad, le Gabon ou le Cameroun. Les frontières, la langue, la religion, la monnaie, la division administrative… Tout ce qui aujourd’hui caractérise le pays a été voulu par la France. Le pays n’existait pas auparavant. C’était une immense tâche blanche au cœur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe.

Le Centrafrique est une immense tâche blanche au coeur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe

Mais si la France a colonisé le pays elle l’a fait a minima, sans se donner les moyens de le développer. Pour comprendre ce désintérêt, il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’épisode de Fachoda en 1898. Fachoda, un village du Soudan du Sud, c’est l’affrontement de deux impérialismes, français et britannique. Les Français  voulaient établir une continuité territoriale entre leurs possessions sur la côte ouest africaine et celles de la côte est.

Si le projet s’était réalisé, l’Oubangui-Chari devenait une position charnière, à mi-chemin. L’opposition britannique a ruiné le projet et enlevé tout intérêt à cette colonie éloignée de tout, sans accès à la mer. Paris s’en est donc désintéressé. Les fonctionnaires coloniaux étaient très rares en Oubangui. Paris s’est déchargé de tout et a, en quelque sorte, privatisé la colonie. Le développement en était confié à des intérêts privés. C’était le pire des choix.

L’histoire coloniale pèse-t-elle toujours beaucoup ?

Oui, bien sûr. On ne gomme pas un demi-siècle de colonisation comme ça. Surtout lorsque de cette colonisation est issue une grande partie de ce qui constitue l’essence moderne du pays.

Paris s’est déchargé de tout et a confié le développement du Centrafrique à des intérêts privés. C’était le pire des choix

J’ajoute que les Centrafricains jouent de ce passé colonial. Ils le mettent en avant pour se dédouaner, et s’exonérer de toute responsabilité dans le drame de leur pays. Face à un problème, leur réflexe immédiat est de se tourner vers Paris et d’attendre de l’ex colonisateur qu’il règle le problème. Un ancien responsable politique centrafricain d’une grande envergure, Jean-Paul Ngoupandé, avait inventé une expression pour qualifier cette attitude. Il parlait du « syndrome Barracuda », du nom de l’opération militaire française qui avait abouti à l’éviction de l’empereur Bokassa. Je crois que le syndrome Barracuda » existe toujours.

Dans votre récit, un seul Président semblait avoir l’envergure nécessaire, Barthélémy Boganda, mort dans un accident en 1959. Qu’est-ce qui a empêché selon vous l’arrivée sur la scène politique d’une personnalité équivalente par la suite ?

Imaginez la situation du pays à la disparition de Boganda. Il est vaste, très peu peuplé, avec une culture traditionnelle omniprésente. Il n’y a pas d’élite locale. La France n’en a pas formé. Combien de bacheliers au total ? Une douzaine, plus deux ou trois diplômés de l’Université ? Barthélémy Boganda, parce que c’était un ancien prêtre, était l’intellectuel de ce pays en gestation. Il était l’homme le plus instruit. A sa disparition, s’affrontent des hommes d’une trentaine d’années, sans expérience, sur fond de guerre froide. C’est ainsi qu’un soudard comme Bokassa va prendre le pouvoir avec, disons-le, la bénédiction de la France.

Le président Boganda voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie

Boganda avait conscience de la faiblesse de son pays et des pays voisins.  Pour cette raison il s’était fait le chantre des Etats-Unis d’Afrique. Il voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie.

La France n’a eu de cesse de s’immiscer dans les affaires de son ancienne colonie. Comment analysez-vous le rôle de la France, notamment depuis le départ des troupes françaises ?

Dans le contexte de la guerre froide, disposer d’une base militaire au cœur du continent africain avait du sens. C’était une sorte de porte-avion. L’armée française a tout fait pour maintenir cette présence, d’autant que, dans les années 1980, elle affrontait un colonel Kadhafi qui avait des visées sur le Tchad et au-delà.

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique. Maintenir une présence militaire française n’est pas une priorité. Sur le plan économique, le Centrafrique est un nain. Les entreprises tricolores sont une poignée sur place. Le chiffre d’affaires global de Total, numéro 1 sur le marché des carburants, ne doit pas dépasser celui d’une station d’autoroute en France.

Vous écrivez que le salut ne viendra pas du président Touadéra, élu en 2016, alors qu’il disposait pourtant d’une vraie légitimité. Pourquoi ?

Je suis convaincu qu’il a gagné l’élection présidentielle à la loyale. J’étais sur place lors du scrutin. Les habitants voyaient surtout en lui un homme non corrompu, un universitaire qui, tout premier ministre qu’il était du chef de l’Etat précédent, avait continué à donner des cours à l’université.

Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas

Hélas, il n’a pas tenu les promesses. Il s’est révélé pusillanime, faible, sans grande consistance. Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas. C’est un président « normal » dans le mauvais sens du terme.

L’Eglise pèse-t-elle encore beaucoup ?

Oui, je pense même que c’est l’unique force qui subsiste. Elle a beaucoup d’influence et lorsque les responsables catholiques, protestants et musulmans parlent d’une seule voix, celle-ci porte. Les politiques sont obligés de les entendre.

L’Eglise demeure l’unique force qui subsiste, ce qui ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique

Ca ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique. Observez ce qui se passe dans le pays voisin, en République démocratique du Congo :  c’est l’Eglise qui est la principale force d’opposition au président Kabila.

Qu’y a t-il à attendre de la société civile, encore peu développée ?

En Centrafrique, elle n’existe pour ainsi dire pas. Il y a des individus souvent estimables mais leur écho est faible. Se revendiquer de la société civile, créer une ONG, c’est surtout un moyen pour obtenir des subsides de la communauté internationale. Il faut bien vivre dans ce pays en ruines…

De bien des manières, ce pays semble concentrer les difficultés de plusieurs pays du continent…

Oui, vous avez raison, et c’est pour cette raison qu’il m’intéresse particulièrement.

Le drame de ce pays, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable

C’est un condensé des malheurs du continent noir. On y retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs mais à une échelle plus importante.

Quelles graines d’espoir entrevoyez-vous ?

A court terme, je n’en vois guère. C’est un pays qui dispose de ressources suffisantes pour se développer. Son agriculture peut nourrir les habitants des pays voisins. Il a du diamant et de l’or, sans doute un peu de pétrole, des ressources forestières importantes.

Sur le plan touristique, il pourrait attirer tous les fous de la forêt tropicale. Son drame, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable. Et de ne pas disposer d’une classe politique digne de ce nom, de dirigeants soucieux du bien commun.

Ancien journaliste au Monde, Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il vient de publier « Oubangui-Chari. Le pays qui n’existait pas » aux éditions La Découverte (2017).  

Propos recueillis par Catherine André