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À Madagascar, « l’Église est confrontée à l’islamisation du pays »

 DÉCRYPTAGE

À Madagascar, « l’Église est confrontée à l’islamisation du pays »

GIANLUIGI GUERCIA I AFPPrière à la mosquée, Antananarivo (Madagascar), 19 juillet 2019.Partager26Amélie de La Hougue/AED | 05 mars 2020

Mgr Georges Varkey Puthiyakulangara, évêque de Port-Bergé, au nord de Madagascar confie dans une interview les défis auxquels l’Église de Madagascar est confrontée. Parmi eux, l’islamisation de l’île et l’importance de la sorcellerie.

Si près de 45% des 25 millions d’habitants de Madagascar sont chrétiens, dont 25% de catholiques, la majorité des Malgaches pratique encore la religion traditionnelle basée notamment sur le culte des ancêtres. Sur place, l’Église catholique constitue une force de développement social, économique et humain. Une église locale qui grandit et dont la figure majeure, Mgr Georges Varkey Puthiyakulangara, évêque de Port-Bergé, détaille les grands défis.

Les chrétiens sont-ils présents sur toute l’île ?
Mgr Georges Varkey : Leur présence varie beaucoup selon les diocèses. Le catholicisme est très présent dans la région des plateaux (région montagneuse située dans le centre, ndlr) évangélisée il y a 160 ans, mais dans mon diocèse, ce n’est pas le cas. Sur 800.000 habitants, il y a seulement 25 à 30.000 catholiques et quelques croyants d’autres confessions mais les gens sont animistes à 95% (c’est à dire croyants en un esprit qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, ndlr).

BISHOP
Mgr Georges Varkey Puthiyakulangara, évêque de Port-Bergé (Madagascar).

La population reste-t-elle encore fortement liée à la sorcellerie ?
Oui, beaucoup ! L’entrée de certains villages m’est interdite à cause des croyances de la sorcellerie. Par exemple dans mon diocèse, une femme est venue faire du catéchisme dans un village qui m’est interdit, et sa maison a été brûlée à deux reprises. Elle a dû déménager. La sorcellerie est encore très présente dans les villages de brousse ; par manque d’éducation, les gens ne connaissent pas autre chose.PUBLICITÉ

Quelles sont les relations avec l’islam ?
Les relations avec les musulmans étaient bonnes mais depuis quelques temps nous voyons des islamistes. Nous sommes confrontés à l’islamisation du pays. Le nombre de musulmans augmente fortement : avant il n’y avait que des Comoriens, des Pakistanais et quelques Malgaches mais maintenant, certains arrivent de l’étranger, on ne sait comment, et des recrutements se font également dans le pays. Des mosquées sont construites partout. Il y a eu un accord avec le gouvernement pour en construire 2.400 ! Dans mon diocèse par exemple, il n’y a pas de musulmans, mais beaucoup de constructions de mosquées. Ils viennent aussi convertir les gens, ils installent des écoles coraniques et donnent des bourses pour les enfants qui y vont. On a appris que dans les universités, les jeunes filles (non musulmanes) sont payées 3 euros par jour pour porter la burka. Ils profitent de la pauvreté des gens, surtout des étudiants qui ont besoin d’argent ! Ici, 85% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.Lire aussi :Asia Bibi à Aleteia : « À chaque instant, j’ai gardé Dieu dans mon cœur »

Quel est le défi majeur de l’Église de Madagascar aujourd’hui ?
L’un des défis les plus importants pour nous est l’éducation. Dans mon diocèse, environ 70% des jeunes sont analphabètes car il n’y a pas d’écoles à proximité et pas assez de moyens de locomotion et de communication. J’essaye de faire venir des communautés mais c’est difficile. 53% de la population a moins de 18 ans. Nous voulons éduquer les jeunes pour leur redonner leur dignité humaine, les aider à trouver du travail, à mieux éduquer leurs enfants, leur parler de Dieu, les aider dans leur vocation… Mais c’est difficile de trouver des instituteurs qui puissent venir dans des régions isolées.

Le pays est aussi confronté à une forte corruption…
Oui, cette corruption est terrible. Le gouvernement met en place des plans pour lutter contre cette corruption mais c’est difficile car elle est vraiment enracinée… Nous essayons aussi de lutter contre « la justice populaire », c’est-à-dire que les gens se font justice eux-mêmes. Et vue la pauvreté existante (qui diminue dans les grandes villes mais augmente dans les villages), parfois, pour un simple vol de poulet, une personne va être jugée par les gens du village et le voleur va être retrouvé mort. Nous travaillons beaucoup dans l’Église pour éduquer les gens, à travers nos homélies, l’enseignement du catéchisme et aussi par les Commissions Justice et Paix, présentes dans tous les diocèses. Nous essayons d’être au plus proches de Malgaches, quelles que soient leurs religions ou croyances, pour les aider et leur redonner espoir pour lutter contre cette corruption.

Madagascar a prévu de planter 100 millions d’arbres pour lutter contre les catastrophes naturelles…
Oui car à Madagascar, nous sommes confrontés à deux extrêmes : des inondations dans le Nord (dans mon diocèse, récemment, à causes des inondations, 1.600 maisons ont été endommagées) et des sécheresses au sud. L’Église et le gouvernement incitent les gens à planter des arbres pour lutter contre la déforestation. Par exemple, sur le terrain qui a été donné pour accueillir la grande messe avec le Pape en septembre dernier, une pépinière va être plantée. J’invite aussi les Malgaches à planter des arbres fruitiers mais aussi du riz, du manioc etc… pour qu’ils puissent se nourrir.Lire aussi :Regain de l’islamisme au Nigeria : « Les chrétiens sont les premières victimes »

La venue du pape François en septembre dernier a-t-elle suscité de l’espoir ?
Elle a été une bénédiction pour tout le pays ! Toutes les confessions se sont réunies pour venir l’écouter, même ceux qui critiquaient l’Église. Il y a eu plus d’un million de personnes à la messe. Tout le monde a oublié ses problèmes pour profiter de sa présence, il a vraiment été reconnu comme un homme de Dieu, attentif à tous. Sa venue a durablement marqué les cœurs.

Avez-vous un message à transmettre aux bienfaiteurs de votre diocèse ?
Oui, je les remercie pour leur aide. Grâce à l’AED (Aide à l’Église en détresse, ndlr) nous avons pu construire une chapelle dans la prison ou j’étais aumônier, ainsi qu’une salle où on a pu faire une bibliothèque, enseigner le catéchisme et lutter contre l’analphabétisation. Cela a redonné espoir aux prisonniers et ils peuvent voir le visage miséricordieux de l’Église qui est là pour les aider et améliorer ainsi leurs conditions de vie. Je demande aussi de prier pour mon diocèse : il fait 33.367 km2 et je n’ai que 33 prêtres. J’ai vraiment besoin de vocations, de missionnaires pour évangéliser et annoncer la Bonne Nouvelle. Nous avons beaucoup de défis mais Dieu et la Vierge Marie nous donnent le courage d’avancer. Nous avons la croix mais nous gardons confiance avec Dieu.  Et nous prions aussi pour tous nos bienfaiteurs et bienfaitrices pour œuvrer ensemble à la gloire de Dieu.

https://fr.aleteia.org/2020/03/05/a-madagascar-leglise-est-confrontee-a-lislamisation-du-pays/

Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

 

RELIGION

 

Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

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Reportage

Un an et demi après la libération de Mossoul, en Irak, une petite poignée de fidèles se sont réunis pour célébrer la résurrection du Christ dans la seule église encore debout. Un acte de résistance, alors que la majorité des chrétiens craignent de retourner dans l’ancienne capitale irakienne de Daech.

  • Noé Pignède (à Mossoul),
Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

Messe de Pâques à l’église Saint-Paul de Mossoul (Irak).AMMAR SALIH/EPA
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« Célébrer la résurrection du Christ à Mossoul, dans cette cité déchirée, est un symbole fort. » C’est par ces mots que l’archevêque, Mgr Najib Michaeel, commence son office. Une messe chantée en arabe ponctuée d’araméen, la langue du Christ, comme le veut le rite chaldéen.

Plus d’un an et demi après la reprise de cet ancien fief de Daech, une quarantaine de fidèles célèbrent la messe pascale dans la petite église Saint-Paul, seule église réhabilitée de la ville. Vaincue, l’organisation terroriste avait pratiqué une politique de la terre brûlée, incendiant l’ensemble des lieux de culte chrétiens.

« Je viens toujours à Mossoul avec une grande émotion. En juin 2014, les djihadistes nous ont chassés, mais aujourd’hui nous sommes là, sourit Elichoua, petite sœur de Jésus originaire de la région. Il faudra du temps aux chrétiens pour oublier ce traumatisme, mais je garde l’espoir que nous pourrons revenir et vivre en paix avec les autres communautés ».

Avant la prise de la ville par Daech, Mossoul comptait plus de 15 000 chrétiens. Mais malgré la défaite des djihadistes, seule une trentaine de familles aurait regagné la cité. « Il est temps de rentrer sur nos terres, poursuit la religieuse, les musulmans eux-mêmes nous le demandent ! Dieu nous montrera la voie ».

Des fidèles austères

En cette fête de Pâques, l’atmosphère est lourde, les fidèles austères. Un voile noir sur les cheveux, une femme entonne les psaumes dans un nuage d’encens. La maigre assemblée reprend sobrement. La majorité des fidèles ne vivent plus à Mossoul mais l’espoir du retour est sur toutes les lèvres. « En ce jour de fête, j’appelle tous mes frères chrétiens mossouliotes à convaincre leurs proches de rentrer. Nous sommes chez nous ici, assure Youssef, qui s’est réinstallé dans le quartier il y a quelques mois. Lorsque je suis revenu, un voisin musulman m’a tendu mes clés et m’a dit”Tiens, c’est chez toi’’. Il avait veillé sur ma maison. »

Pour la majorité des chrétiens toutefois, le retour semble impossible. Shahed, la soixantaine, cheveux à la garçonne, craint pour sa sécurité. Elle-même s’est réfugiée à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, au Kurdistan irakien. « Notre communauté a beaucoup souffert. Tant que la situation ne se sera pas stabilisée, que les églises ne seront pas reconstruites et que l’archevêque ne sera pas de retour, je ne reviendrai pas à Mossoul. »

Des réserves partagées par la plupart des fidèles qui ont vu leurs maisons détruites, pillées par les djihadistes et leurs soutiens. Pendant l’occupation, certaines de leurs connaissances, parfois même leurs voisins musulmans, ont collaboré avec Daech.

De nombreux obstacles au retopur

« Il faut rétablir le lien de confiance qui unissait les Mosslaouis, explique Loÿs de Pampelonne, responsable de l’Œuvre d’Orient en Irak. Les chrétiens sont prêts à beaucoup de sacrifices pour retrouver leur terre mais, pour l’instant, les obstacles au retour restent nombreux, à commencer par les conditions sécuritaires et l’absence d’école religieuse. »

Même Mgr Najib ne vit pas, pour l’instant, dans la ville dont il est archevêque. Comme principale raison, il invoque l’absence de presbytère où poser ses valises, les bâtiments mitoyens de l’église Saint-Paul n’étant pas encore rénovés. Autre raison, tue mais évidente : le souvenir des exactions contre les chrétiens et de l’assassinat de son prédécesseur, Mgr Rahho en 2008.

Des crimes qui restent ancrés dans les mémoires et dont les racines idéologiques demeurent. « Daech est toujours vivant. Plus de 30 000 enfants ont subi le lavage de cerveaux des djihadistes, ajoute-t-il. L’éducation des jeunes doit être une priorité. »

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Mossoul, une difficile renaissance

Juin 2014 : La ville de Mossoul tombe aux mains de l’État islamique, après une offensive de grande ampleur dans le nord de l’Irak. 500 000 civils fuient la ville, dont 10 000 chrétiens. Quelques jours plus tard, Abou Bakr al-Baghdadi proclame le « califat » depuis la mosquée mossouliote Al-Nouri.

Octobre 2016 : Le gouvernement irakien annonce le lancement d’une opération pour reprendre la ville. C’est le début de la bataille de Mossoul.

Mars 2017 : Intenses frappes aériennes sur Mossoul sous l’égide de l’armée américaine.

Juillet 2017 : L’Irak annonce la libération de la ville.

24 décembre 2017 : Première messe de Noël célébrée à Mossoul depuis 2014

Septembre 2018 : A Paris, l’Unesco organise une rencontre pour encourager les acteurs de la scène internationale à se mobiliser pour la reconstruction du patrimoine de Mossoul

Décembre 2018 : Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, se rend en Irak, et notamment à Mossoul, en signe de la proximité du pape