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Des soi-disant «défenseurs des droits de l’homme» se réjouissent de la censure de Facebook et Twitter.

Des soi-disant «défenseurs des droits de l’homme» se réjouissent de la censure de Facebook et Twitter.


Toni Cartalucci, un journaliste basé en Thaïlande que nous avons souvent traduit pour le Saker Francophone vient de voir ses comptes Facebook et Twitter censurés. Des défenseurs des droits de l’homme s’en réjouissent. Serait-ce à cause de cet article ?


Par Joseph Thomas – Le 26 juillet 2019 – New Eastern Outlook

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Tous les comptes Facebook et Twitter associés à l’analyste géopolitique Tony Cartalucci, basé à Bangkok, ont été supprimés. La vigueur avec laquelle ces deux sociétés technologiques basées aux États-Unis sont allées cibler Cartalucci est visible dans un article récent de Reuters.

Écrit par la correspondante thaïlandaise de l’agence, Patpicha Tanakasempipat, l’article intitulé « Facebook supprime des faux comptes thaïlandais, russes, ukrainien, honduriens » et faisant référence au journaliste affirme :

Selon Gleicher, les comptes thaïlandais censurés utilisaient des "personnages fictifs" pour promouvoir des récits sur la politique thaïlandaise, les relations entre les États-Unis et la Chine, les manifestations à Hong Kong et la critique des militants pour la démocratie en Thaïlande.

"Nous avons pu déterminer de manière concluante que certaines des activités de ce réseau étaient liées à un individu basé en Thaïlande et associé à New Eastern Outlook, un site financé par le gouvernement russe et basé à Moscou", nous explique Gleicher.

L’article cite « un comportement inauthentique coordonné » et qualifie l’initiative de résistance à une « propagande politique trompeuse ».

L’article n’explique pas en quoi écrire sous un pseudo serait un « comportement inauthentique » et aucun exemple de ce qui a été considéré comme de la « propagande politique trompeuse » n’a été fourni ni expliqué.

Matthew Tostevin, un correspondant de Reuters également basé en Asie du Sud-Est et dont le profil Twitter invoque sans ironie le hashtag, « le journalisme n’est pas un crime », a célébré cette censure systématique et coordonnée en déclarant dans un tweet :

Les comptes Facebook et Twitter de "Tony Cartalucci" sont inaccessibles depuis que Facebook a déclaré qu'il avait effacé les comptes d'un réseau lié à "un individu basé en Thaïlande et associé à New Eastern Outlook, un site financé par le gouvernement russe".

Le terme « associé à » est souvent utilisé pour laisser entendre qu’il s’agit d’un problème mais sans le dire vraiment. Dans sa défense de la censure de Facebook-Twitter, Tostevin n’explique pas en quoi le fait d’être payé pour écrire des articles est un problème, surtout si l’on considère que Tostevin lui-même gagne sa vie en faisant précisément cela pour l’agence Reuters de Londres.

Le représentant thaïlandais de Human Rights Watch, Sunai Phasuk, lui-même récipiendaire connu et vérifié de fonds provenant de gouvernements étrangers, a également célébré la censure coordonnée de Facebook et Twitter au lieu de s’y opposer.

Dans son tweet (traduit du thaïlandais), il déclare :

Fin de l'opération OI [opération d'information] ! Facebook et Twitter suspendent les comptes de Tony/Anthony Cartalucci (une source d'informations "minces") ainsi que les comptes connexes pour utilisation d'une fausse identité, diffusion de fausses informations, incitation à la haine envers les partis démocratiques et les militants des droits de l’homme / liés à des OI russes.

Le terme « mince » est un terme péjoratif utilisé par les partisans de Thaksin Shinawatra, un politicien milliardaire évincé, maintenant exilé comme un fugitif et coupable des pires violations des droits humains dans l’histoire thaïlandaise contemporaine.

Sunai montre là un manque totale d’impartialité pour un supposé défenseur des droits de l’homme mais surtout il est publiquement pour une censure de l’information lorsque cette dernière est qualifiée de «fausse» par lui-même et ses sponsors étrangers.

Quant à l’argument de l’utilisation d’une “fausse identité», Cartalucci lui-même a souvent expliqué ces dernières années que le nom de Toni Cartalucci n’est qu’un nom d’emprunt qui lui permet de garder un certain anonymat, comme beaucoup d’auteurs avant lui l’ont fait, en particulier ceux écrivant sur des sujets sensibles.

De Reuters aux employés de Human Right Watch, les tentatives de s’en prendre à Cartalucci, comme à tous ceux présentant un point de vue différent, sont en train de devenir une inquiétante tendance.

Que Facebook et Twitter censure les comptes d’auteurs anonymes ne fait que limiter une liberté d’expression qui serait pourtant censée être défendu par des « défenseurs des droits de l’homme » comme Sunai prétend l’être.
D’autres encore se félicitent de la censure des comptes de Cartalucci, comme le correspondant de la BBC, Jonathan Head.

Facebook et Twitter ont ciblé de nombreux autres individus ou sites internet alternatifs, en utilisant souvent l’accusation d’être «sponsorisé par la Russie» pour diffamer leur cible et justifier la censure. Par contre, si un gouvernement étranger ciblé par les États-Unis cherchaient à censurer des journaux, ils seraient qualifiés d’ «autoritaires» et accusé de «pratiquer la censure»

Une telle hypocrisie au sujet de la liberté d’expression, la liberté d’information et la censure est l’écho de la grande hypocrisie qui habite la politique étrangère occidentale.

Par exemple crier à “l’agression iranienne” alors que ce sont les États-Unis qui entourent l’Iran de bases militaires construites dans des pays illégalement envahis et maintenant occupés, ou quand les États-Unis protestent, sans fondements, contre des interférences russes sur sa politique intérieure alors qu’ils subventionnentpubliquement des mouvements d’opposition ciblant le gouvernement de Moscou.

Les comptes d’organisations ou d’individus du monde occidental comme ceux de Reuters, la BBC ou Human Right World, coupables de diffuser de la fausse information au sujet des «armes de destruction massive» irakiennes, l’interférence russe dans les élections étasunienne, l’utilisation de gaz sarin en Syrie ou cachant les interférences occidentales dans la politique intérieure de nations du monde entier, non seulement ne sont jamais ciblés par les campagnes de Facebook ou Twitter contre les «fausses informations» mais sont même favorisés dans ce monde de l’information si concurrentiel où les médias alternatifs étaient en train de remettre en question leur monopole sur l’information.

Facebook et Twitter vont tous les deux souffrir sévèrement des tentatives de contrôler les flux d’information. La recherche de plates-formes alternatives est faite non seulement par les activistes politiques persécutés mais aussi par un nombre croissant d’individus ordinaires que sentent bien que ces deux médias sociaux sont devenus trop intrusifs.

Cartalucci va sûrement continuer à écrire et ceux qui vont rester sur Facebook et Twitter vont continuer à faire la promotion de ses articles. Tout ce à quoi va aboutir cette expulsion d’individus et d’organisations des médias sociaux va être d’accélérer la recherche pour des plates-formes alternatives.

Puisque Facebook et Twitter ne veulent pas parler des faiblesses et erreurs fondamentales de la politique étrangère occidentale que des gens comme Cartalucci abordent et qui a attiré de la censure de ces plates-formes, cette censure ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Au pire, elle ne fait que retarder l’inévitable fin d’une guerre de l’information qu’aucun média social (ni les intérêts qu’ils représentent) n’est en train de gagner.

Joseph Thomas

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/des-soit-disant-defenseurs-des-droits-de-lhomme-se-rejouissent-de-la-censure-de-facebook-et-twitter

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CENSURE : APRÈS LE SECTEUR DE LA RECHERCHE, C’EST AU TOUR DE L’INFORMATION !

CENSURE : APRÈS LE SECTEUR DE LA RECHERCHE, C’EST AU TOUR DE L’INFORMATION !

« À force de tout voir l’on finit par tout supporter…

À force de tout supporter l’on finit par tout tolérer…

À force de tout tolérer l’on finit par tout accepter…

À force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

(Saint Augustin)

Et, c’est bien ce à quoi l’on assiste aujourd’hui dans le domaine ô combien sensible de la défense des libertés publiques dans notre pays. Décidément, plus la Macronie se sent assiégée, plus elle se cabre comme le font traditionnellement les régimes autoritaires. Malheureusement, les exemples de cette dérive « illibérale » auraient tendance à se multiplier au cours des derniers mois, des dernières semaines. Nous avons eu l’occasion d’en informer nos fidèles lecteurs afin de les alerter sur ces facéties d’un régime qui est de plus en plus aux abois et qui pratique une forme pernicieuse de censure inacceptable de la part d’un pays qui s’autoproclame « patrie des droits de l’homme » et qui se présente comme un modèle à suivre de démocratie et d’état de droit. Dans la pratique, le moins que l’on puisse dire est que la réalité est plus contrastée. Un léger retour en arrière s’impose pour mieux comprendre l’état de la situation actuelle de la liberté d’expression dans notre pays : centres de recherche déviants, journalistes indiscrets, pressions sur les quotidiens régionaux libres et vaste plaisanterie de la récente loi sur les « infox ». Pour conclure, nous évoquerons la vérité de la République des bobards.

LA CENSURE DES CENTRES DE RECHERCHE DÉVIANTS

En février 2017, nous stigmatisions la censure sévissant au Quai d’Orsay à l’égard d’un blog consacré à la défense des libertés publiques1. En avril 2019, nous prenions note de la question de la censure française, en général et des foudres qui se sont abattues sur le colonel François-Régis Legrier, après son article sur la Revue défense nationale, critique intitulé : « La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? »2. L’agence française de développement a annulé la publication d’un dossier sur le Mali qui devait paraître dans sa revue Afrique contemporaine, animée par des chercheurs-universitaires, provoquant une mini-fronde dans le milieu de la recherche sur l’Afrique3. Manifestement, toute vérité – autre que la vérité officielle (la pravda pour reprendre le terme consacré) – n’est pas bonne à dire au pays qui se revendique de la liberté d’expression. Voilà pour le monde de la recherche dont on comprend qu’il est tenu brides courtes afin qu’il ne s’avise pas de critiquer la doxa. Et ce ne sont là que les exemples médiatisés. L’arbre qui cache la forêt tant les centres de recherche dépendant des subsides publiques (l’argent du contribuable) doivent marcher au pas s’ils veulent survivre. C’est du donnant-donnant, je te tiens, tu me tiens par la barbichette. On comprend mieux pourquoi la pensée libre, iconoclaste, non-conformiste est de plus en plus cadenassée dans l’hexagone. Haro sur tout ce qui fait preuve de sens critique.

Hier, l’on s’attaquait à la recherche en lui supprimant des subsides pour la faire rentrer dans le rang, aujourd’hui c’est au tour des médias de goûter aux joyeusetés de la dictature macronienne, digne des grands classiques de la période communiste.

LA MISE À L’INDEX DES JOURNALISTES INDISCRETS

Il y a peu des journalistes du site Disclose qui enquêtaient sur les livraisons d’armes au Yémen étaient convoqués au siège de la DGSI à Levallois-Perret (la bonne ville du bon maire, Patrick Balkany) pour leur rappeler que la publication de notes confidentielles de la DRM s’apparentait à une compromission du secret de la défense nationale, délit passible de poursuites pénales4.

Après, c’est la journaliste Ariane Chemin qui fait les frais de la vindicte jupitérienne sans parler du Directeur du Monde. Elle est convoquée comme suspecte par la DGSI en marge de l’affaire Benalla5. Cela fait suite à la tentative de perquisition de Mediapart dans le même dossier et aux auditions comme suspects de journalistes dans le dossier des armes françaises au Yémen6. À chaque fois, les enquêtes sont dirigées par le même homme : le procureur Rémy Heitz7, un juge soi-disant indépendant et impartial aux ordres de l’Élysée, le petit doigt sur la couture du pantalon. L’affaire commence à faire des vagues si l’on en croit la revue de presse effectuée par le ministère des Armées (DICOD).

Début de citation

« La convocation d’A. Chemin, grand reporter au Monde (cf. LCI, Reuters, Europe 1, franceinfo: …) dans le cadre de l’affaire Benalla, et celle des journalistes de Disclose au sujet des exportations d’armement à l’Arabie saoudite – une démarche « vaine » pour L’Obs – a suscité une « vague d’indignation » (AFP). Libération va ainsi dans ce sens, affirmant que « les autorités défient la presse », en sortant « la carte du secret Défense », « pour faire pression sur les journalistes et intimider leurs sources ». Cf. aussi l’édito de L. Joffrin, qui estime que « cela commence à en faire beaucoup [de convocations] » et martèle que « le rôle des journalistes est de cerner l’action exacte de la France dans un conflit extérieur » ou encore « de montrer qu’un militaire aux responsabilités sensibles se livre aussi à d’étranges opérations avec un oligarque russe, en contradiction avec sa mission ». L’AFP signale également que « le président du directoire du Monde, L. Dreyfus, a été convoqué à son tour par la DGSI, dans les mêmes circonstances qu’A. Chemin » le 29/05 prochain. RFI en vient à se demander : « la DGSI est-elle l’ennemi de la liberté de la presse ? ».

Dans ce contexte, V. Oberti, journaliste pour « Quotidien » (TMC), révèle qu’elle a été convoquée « en audition libre » le 15/02 par la DGSI pour « compromission du secret de la Défense nationale », alors qu’elle « travaillait sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux EAU ». Elle avance que F. Parly a « esquivé ses questions » et que ses « services ont immédiatement enclenché une procédure judiciaire » qu’elle qualifie « d’intimidation ». Cf. aussi AFP, franceinfo:, ouest-france.fr. Elle évoque également le cas de M. Despratx (Disclose) convoqué le 28/05 par la DGSI en tant que simple témoin, statut qui l’empêche « d’être assisté d’un avocat » et de « garder le silence pour sa défense ».

Par ailleurs, S. N’Diaye, porte-parole du gouvernement, rappelle sur Europe 1 que l’on « ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent qui appartient aux forces spéciales » et estime que « les journalistes sont des justiciables comme les autres ». De plus, elle assure que ces convocations ne remettent pas en cause l’« attention portée au secret des sources », indiquant qu’il « est normal qu’un État protège un certain nombre de données qui sont nécessaires à des activités […] de Défense extérieure et des activités militaires ». Cf. aussi AFP »8.

Fin de citation

Ceci se passe de commentaires !

Mais, l’affaire n’en reste pas là. Reportons-nous à la revue de presse du ministère des Armées du 24 mai 2019 qui nous dresse un panorama assez complet des réactions des médias à une affaire qui laissera des traces, qu’on le veuille ou non.

Évoquant à nouveau les récentes convocations de journalistes par la DGSI dans le cadre de l’affaire Benalla et des exportations d’armement à l’Arabie saoudite, plusieurs rédactions, dont LCI et Sud Ouest, rappellent que « le président du directoire du journal Le Monde, L. Dreyfus, est également convoqué le 29/05 par la DGSI, dans les mêmes circonstances qu’A. Chemin, grand reporter au quotidien ». Dans ce contexte, l’émission « Quotidien » (TMC) met en avant la « définition du secret Défense sur le site du ministère des Armées », l’opposant au secret des sources avec la loi sur la liberté de la presse du 29/07/1881. À l’instar du programme, quelques médias citent les propos de Nathalie Loiseau, tête de liste Renaissance aux élections européennes, qui a estimé hier sur France Inter au sujet de ces convocations : « Cela commence à faire beaucoup ». « Mais [la candidate] ne voit pas le problème », fustige marianne.net. Cf. aussi Paris-Normandie, France 24, RFI…). En outre, le président du Collectif « Informer n’est pas un délit », É. Perrin, affirme sur le site de L’Obs que « l’objectif de la DGSI est de dissuader les journalistes d’enquêter et les sources potentielles de s’exprimer », alors que « le secret Défense ne saurait être opposé au droit à l’information ». De son côté, leparisien.fr, qui fait témoigner G. Livolsi (Disclose), interroge : « Les journalistes sont-ils « des justiciables comme les autres » ? », posant également la question pour le cas de C. Wakrim : « Qu’est-ce qui prévaut ? La Défense nationale ou la démocratie ? ». Sur lopinion.fr, A. Lévrier, maître de conférences à l’université de Reims spécialisé dans les médias, également interrogé par France Culture, juge que « des journalistes à la DGSI, c’est un symbole aussi fort qu’E. Plenel sur écoute sous Mitterrand ». Selon lui, la « publicité de ces convocations exerce une pression sur les informateurs eux-mêmes, qui peuvent se dénoncer spontanément ou être dissuadés de parler à l’avenir », convaincu que « l’effet est clairement d’intimider la presse (Cf. RFI)9.

Mais, la coupe n’est pas encore pleine. Pourquoi se priver lorsque l’on est déjà en si bon chemin sur la voie d’une mise au pas autoritaire de toute pensée déviante dans la patrie des Lumières et de la liberté d’expression.

LES PRESSIONS SUR LES QUOTIDIENS RÉGIONAUX LIBRES

Pour des raisons déontologiques, deux journaux régionaux (La Voix du Nord et Le Télégramme) ont refusé de prendre sous la dictée l’entretien qu’Emmanuel Macron a organisé avec l’ensemble de la presse régionale à la veille des élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Vulgaire opération de propagande digne de la Corée du nord de Kim Jong-un. L’opération de communication ratée de l’Élysée est la dernière illustration en date du mépris que le chef de l’État ne cesse de manifester à l’encontre du droit de savoir des citoyens10. Et dire que le président de la République n’hésite pas à condamner les atteintes à la liberté de la presse en Pologne11, en Hongrie12… Il est vraiment mal placé pour s’ériger en donneur de leçons. Ainsi va la Macronie triomphante et conquérante. Mais, chaque jour nous livre une information inquiétante sur l’état de nos libertés fondamentales dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme qui se permet le luxe de faire la leçon de morale à la terre entière avec l’arrogance qui sied à la Grande Nation !

Et, notre sidération est encore plus grande lorsque nous découvrons la réalité de la loi sur les « fake news » adoptée il y a peu pour contrer les bobards venus de Russie.

LA VASTE BLAGUE DE LA LOI SUR LES « INFOX »

Reprenons ce qu’écrit le quotidien Le Monde sur le sujet et qui ne manque pas de sel pour celui qui prend le temps de lire et d’analyser ce que les mots signifient aujourd’hui en Macronie !

Début de citation

« Baptême du feu pour la loi sur les infox, censée lutter contre la diffusion de fausses nouvelles et promulguée le 23 décembre 2018. Désireux de prendre le gouvernement à son propre jeu, deux parlementaires du Parti communiste (PCF), le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias et la députée européenne Marie-Pierre Vieu, ont voulu démontrer que « la loi sur les fausses nouvelles qui devait tout régler ne règle rien ». Ils ont ainsi attaqué devant le tribunal de grande instance de Paris les déclarations faites sur le réseau social Twitter le 1er mai par Christophe Castaner après l’entrée de manifestants dans un hôpital parisien. « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République », avait tweeté le ministre de l’intérieur. Ces déclarations avaient ensuite été démenties par les faits : l’événement reconstitué par différents journaux, dont Le Monde, avait finalement peu à voir avec la version du ministre. Ce dernier en avait d’ailleurs convenu, reconnaissant que le terme « d’attaque » n’était pas approprié.

S’emparant de cette infox, les deux parlementaires ont assigné en référé Twitter devant le tribunal de grande instance de Paris, enjoignant au réseau social de supprimer le Tweet de Christophe Castaner, et ce, afin de « faire cesser la diffusion d’allégations ou d’imputations présentées comme inexactes et trompeuses ». Dans un jugement rendu le 17 mai, le tribunal a débouté les plaignants, ce qui était précisément le but recherché. « Nous voulions démontrer par l’absurde – ce qui est parfois comme en mathématiques la méthode la plus efficace – que cette loi ne servait à rien », explique Pierre Ouzoulias, qui rappelle que le Sénat avait « refusé deux fois – à l’exception des sénateurs La République en marche – de discuter du texte[par une procédure de renvoi en commission]. Au mieux, il était inutile, au pire liberticide ». Pourquoi s’en être pris à Christophe Castaner ? « Au Sénat, on nous a présenté cette loi comme une façon de mettre fin aux ingérences de la Russie. On voit bien que l’ingérence peut venir d’ailleurs. » En s’emparant de cette affaire, les juges rappellent les conditions drastiques d’application de cette loi, qui ne peut s’exercer que pendant les périodes électorales. Sur la fausseté de l’information, le tribunal a tout d’abord jugé que, si « le message de Christophe Castaner apparaît exagéré (…), cette exagération porte sur des faits qui, eux, sont réels. (…) La condition selon laquelle l’allégation doit être manifestement inexacte ou trompeuse n’est pas remplie.

Ensuite, il aurait fallu que la diffusion du « Tweet litigieux » soit « cumulativement massive, artificielle ou automatisée ». Autrement dit, Christophe Castaner aurait par exemple dû acheter de la publicité à Twitter pour accroître la caisse de résonance de son message. Or, les juges n’ont trouvé aucun « élément démontrant l’utilisation de tels procédés ». Enfin, le juge des référés devait « apprécier le caractère manifeste du risque d’altération de la sincérité du scrutin, lié à la diffusion de ce Tweet », et ce, à quelques semaines alors seulement des élections européennes, qui se tiendront le 26 mai. Au final, grâce aux différentes versions de l’événement relatées dans les journaux, « chaque électeur [a pu] se faire une opinion éclairée, sans risque de manipulation ». Cette dernière condition du texte est par essence absurde, selon Pierre Ouzoulias : « Jamais personne ne pourra prouver qu’une fausse nouvelle puisse avoir de l’influence sur un scrutin qui ne s’est pas encore déroulé. » Dernière difficulté, le tribunal a jugé que Twitter France n’était pas l’entité à saisir. Les plaignants auraient dû se tourner vers Twitter Irlande. Or, dans la mesure où c’est une société étrangère, cela freine la « procédure d’urgence ». « Le texte montre surtout qu’il faut une véritable régulation des contenus sur les réseaux sociaux », conclut M. Ouzoulias »13.

Fin de citation

LA VÉRITÉ SUR LA RÉPUBLIQUE DES BOBARDS

Pas très glorieux en vérité lorsque l’usine à bobards de la Macronie fonctionne à plein régime depuis plusieurs mois. L’hebdomadaire Marianne s’est même autorisé à dresser la liste des « 12 intox pour nous faire avaler la pilule » : Alsthom ; mariage Fiat-Chrysler-Renault ; prise de relais de l’industrie par le secteur des services ; les robots sont nos partenaires ; la concurrence va faire baisser les prix de l’électricité ; l’État ne laissera pas faire Ford ; les décisions prises dans le seul but de sauver la planète mais qui servent à taxer ou à licencier ; l’investissement étranger va nous sauver ; l’Union européenne, c’est la société de la connaissance ; il n’y a qu’à produire du haut de gamme pour sauver notre industrie ; l’entreprise n’est pas la mission de l’État14. Pendant ce temps, notre sinistre menteur qui a pour nom Bruno Le Maire se pavane durant un week-end au Palace de Montreux pour participer à la très secrète conférence annuelle du groupe Bilderberg qui réunit le gratin de l’élite mondiale. « Le Forum de Davos, en comparaison, ressemble à un club de vacances pour familles démunies ». On y dissertait de l’avenir du capitalisme ou de l’arme des réseaux sociaux. Selon, le président du millésime 2019, Henri de Castries, ancien patron d’AXA, actuel président de l’Institut Montaigne, il importe de procéder à « une sélection très scrupuleuse des participants afin de privilégier qui ont une pensée »15. Rassurez-vous, ni vous, ni moins n’avons une pensée digne de ce nom en ces temps de pensée unique et verrouillée par le pouvoir autoritaire et vertical d’Emmanuel Macron. Une citation nous vient à l’esprit pour caractériser cette situation délétère :

« L’agitateur oppose le peuple ordinaire aux solides instincts à l’élite des salons sophistiqués et des snobinards des grandes villes » (Leo Löwenthal et Norbert Guterman, dans Les prophètes du mensonge (éditions de La découverte, 2019).

Mais tout va très bien Madame la Marquise ! La liberté de la presse et la liberté d’informer ne sont ni menacées ni réduites en France, déclare le 24 mars 2019 Emmanuel Macron, défendant la convocation récente de plusieurs journalistes à la DGSI, une mesure qui a suscité protestations et inquiétudes au sein de la profession. Après cette déclaration forte, nous sommes pleinement rassurés sur les intentions pures de Kim Jong-Macron pour faire entrer la France dans le Nouveau Monde promis près de la pyramide du Louvre un soir de mai 2017. Une France de la liberté sous toutes ses formes, garantie par son guide suprême…

« Le temps des tyrans »16 ne semble pas être l’apanage des démocratures que nous n’avons de cesse de stigmatiser au nom de la destinée manifeste du Peuple français. Emmanuel Macron et toute sa mauvaise troupe de « spin doctors » y prennent aujourd’hui toute leur part dans une indifférence quasi générale17. C’est vraisemblablement ce que Jupiter qualifie de défense des valeurs, fausses dans le cas d’espèce. Comment résoudre de graves problèmes si les chercheurs et les journalistes ne disposent pas du droit élémentaire d’en parler librement, sans contraintes excessives ?18

Le fait de décrire la réalité sans être ostracisé semble impossible. « Sur le sujet européen, spécialement depuis l’élection d’Emmanuel Macron, ce qui se passe en France, a certaines similitudes avec l’époque communiste »19. Reste qu’il y a, dans les poussées totalitaires si bien décrites récemment par Michel Onfray20, une alerte à prendre au sérieux : celle vieille comme le monde, de la servitude volontaire21. On ne peut que regretter l’obstination des hommes qui voient venir le drame sans pour autant l’empêcher. Mais aussi l’écart entre notre fiction politique et sa réalité22.

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Après le monde de la recherche vient le temps de la chasse aux sorcières dans le monde de l’information. Et, cela commence à devenir très sérieux pour le sérieux de notre pays sur la scène européenne et internationale.

Jean Daspry
17 juin 2019

1 Jean Daspry, Censure au Quai d’Orsay ? À mourir de rirewww.prochetmoyen-orient.ch , 6 février 2017.
2 Jean Daspry, Le colonel a dit la vérité, il doit être exécutéwww.prochetmoyen-orient.ch , 25 février 2019.
3 Jean Daspry, Censures françaises. Suitewww.prochetmoyen-orient.ch , 1er avril 2019. 
4 Jacques Peyremaux, La presse sous haute surveillance…, Marianne, 14-20 juin 2019, p. 56.
5 Franck Johannès, Affaire Benalla : Ariane Chemin et Louis Dreyfus devant la DGSI, Le Monde, 1er juin 2019, p. 15.
6 Guillaume Berlat, Ventes d’armes, défense des valeurs, mensonge d’État…, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 avril 2019.
7 Fabrice Arfi, Un procureur contre l’information, un pouvoir contre le journalismewww.mediapart.fr , 22 mai 2019.
8 Focus Défense, Convocation de journalistes par la DGSI, 23 mai 2019.
9 Convocation de journalistes par la DGSI, Focus Défense, Ministère des Armées, 24 mai 2019.
10 Laurent Mauduit, « La Voix du Nord » et le « Télégramme » refusent d’obtempérer à la « convocation » de Macron, www.mediapart.fr , 21 mai 2019.
11 Jakub Ivaniuk, Le risque d’enlisement de la Pologne dans l’autoritarisme, Le Monde, 12 juin 2019, p. 29.
12 Jean-Baptiste Chastand, Un chercheur hongrois raconte la chasse aux sorcières d’Orban, Le Monde, 25 mai 2019, p. 31.
13 Sandrine Cassini, Premier désaveu pour la loi sur les « infox », Le Monde, 24 mai 2019, p. 18.
14 Franck Dedieu, La casse économique. Les 12 intox pour nous faire avaler la pilule, Marianne, 7-13 juin 2019, pp. 10 à 18
15 Jack Dion, L’élite en conclave, Marianne, 7-13 juin 2019, p. 20.
16 Alain Frachon, Un temps des tyrans, Le Monde, 24 mai 2019, p. 30.
17 Cédric Pietralunga, Sibeth Ndiaye, la mue d’une soldate du macronisme, Le Monde, 30-31 mai 2019, p. 10.
18 Laurent Valdiguié, Des journalistes sous surveillance, Marianne, 31 mai-6 juin 2019, p. 20.
19 Marek Gladysz, « L’Union européenne de Macron a certaines similitudes avec l’époque communiste », Valeurs actuelles, 23 mai 2019, pp. 84-85.
20 Michel Onfray, Théorie de la dictature, Robert Laffont, 2019.
21 Alexandre Devecchio, 1984 ou l’Europe de Maastricht, Le Figaro Magazine, 17 mai 2019, p. 42.
22 Juan Branco, Contre Macron, éditions Divergences, 2019, p. 93.

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