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Le Pentagone s’implique dans la guerre… économique!

Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

Le Pentagone s’implique dans la guerre… économique!

LE DÉSORDRE MONDIAL

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Washington a décidé de mieux protéger le secteur de la Défense des entreprises étrangères, notamment chinoises. Le Pentagone va créer un «fonds de confiance» comprenant des listes de fournisseurs validés par le gouvernement américain. Éric Denécé, directeur du CF2R, analyse pour le Désordre mondial les enjeux de cette décision.

Les États-Unis ne cachent pas qu’ils considèrent la Chine comme un ennemi dans le paysage mondial multipolaire actuel, mais il semble maintenant que le Pentagone s’implique dans la guerre économique entre les deux pays.

La sous-secrétaire américaine à la Défense pour les acquisitions, Ellen Lord, a annoncé que le Pentagone créerait un «fonds de confiance», permettant aux entreprises américaines dans le domaine de la Défense d’accéder à des sources d’approvisionnement approuvées par le gouvernement américain. En règle générale, il appartient normalement aux entreprises d’exercer une diligence raisonnable vis-à-vis des investisseurs et des capitaux potentiels.

Lord a expliqué la raison d’être de l’initiative: «La Chine tente de plus en plus de faire progresser la R et D, l’exploiter et la manipuler des outils économiques, comme la technologie critique pour notre sécurité nationale». Le Pentagone crée donc un écosystème qui bloque les investisseurs étrangers et supprime les failles potentiellement subversives.Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle mesure? Servira-t-elle à mieux protéger les États-Unis? La France et l’Europe devraient-elles en faire de même? Éric Denécé se penche sur ce nouvel épisode de la guerre économique entre la Chine et les États-Unis. Il est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et auteur du nouveau livre «Le Renseignement au service de la démocratie», aux éditions Fauves

https://fr.sputniknews.com/radio_desordre_mondial/201906071041379835-le-pentagone-simplique-dans-la-guerre-economique/

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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Pendant que l’Union européenne se montre incapable – pour le moment – de s’affirmer comme une grande puissance économique et militaire, s’imposant au reste du monde, d’autres pays, et notamment la Chine et les États-Unis, ont une vision de l’histoire à court, moyen, et long terme. Et défendent leurs intérêts, en usant de toutes les cartes possibles.

Pour mieux comprendre la situation internationale actuelle, et notamment les conflits liant la Chine à l’Europe, aux USA, à d’autres régions du monde, nous avons interrogé un spécialiste de la question : le général Daniel Schaeffer. Un entretien passionnant, et une leçon de géopolitique, nécessaire.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Général Daniel Schaeffer : En réserve de la République. Saint-Cyrien. La première partie de ma carrière a été celle d’un officier du génie. La deuxième a été consacrée aux relations internationales en tant que titulaire des diplômes requis, dont une maîtrise de chinois. J’ai occupé trois postes d’attaché de défense en Asie : Thaïlande, Vietnam où j’ai été le premier attaché français, et Chine. Aujourd’hui chercheur indépendant, je travaille essentiellement sur la Chine et ses relations internationales. Je suis membre du groupe de réflexion Asie21 (www.asie21.com).

Breizh-info.com : Quelles sont les vraies raisons du conflit entre Taïwan et la Chine ? Qui est en position de force à l’heure actuelle ?

Général Daniel Schaeffer : Le conflit entre Taïwan et la Chine remonte à 1949, lorsque le parti nationaliste, défait par le parti communiste sur le continent se réfugie sur l’île. Depuis Taïwan, les nationalistes espéraient bien repartir à la reconquête du continent, mais déjà à ce moment-là ils n’en avaient pas la capacité militaire. Et inversement la Chine communiste espérait réaliser la réunification de l’île par la force des armes mais ses moyens militaires n’étaient pas non plus suffisants. Plusieurs crises ont éclaté dans le détroit de Taïwan par la suite mais n’ont abouti à rien. Jusqu’en 1964, la Chine nationaliste, donc de Formose, a été l’État chinois. Elle avait des relations diplomatiques avec la quasi-totalité du monde et tenait une place au sein du conseil permanent de sécurité de l’ONU où siègent les cinq États vainqueurs de l’Allemagne nazie et du Japon.

Après 1964, derrière les premiers pays qui avaient reconnu la Chine dès 1949-1950 et derrière la décision du général de Gaulle de reconnaître la Chine populaire, presque tous les autres pays du monde ont suivi. Aujourd’hui la république populaire de Chine a pris la place de la Chine nationaliste dans toutes les institutions internationales. Celle-ci n’a plus que le soutien de quelque 11 petits pays dans le monde. Les puissances autrefois officiellement représentées à Taïwan y conservent toutefois une représentation para-officielle. Mais à l’époque où le transfert de reconnaissance s’est fait de Taïwan à la Chine communiste, tous les États qui ont reconnu la République populaire ont dû en même temps reconnaître que Taïwan était une province chinoise. Nous sommes donc aujourd’hui, sous une autre forme, dans une perpétuation du conflit de 1949, en moins violent mais avec la menace permanente communiste de reprendre possession de Taïwan par la force si l’île décidait unilatéralement de se déclarer indépendante.

La Chine communiste, montant en puissance depuis 1979, est parvenue aujourd’hui à un niveau militaire suffisant pour tenter d’entreprendre une conquête militaire de Taïwan, avec plusieurs problèmes : 1 – savoir si cela vaudrait la peine de retrouver un territoire économiquement prospère qui serait ravagé par la guerre ; 2 – savoir quel soutien militaire les États-Unis se montreraient capables d’apporter à l’île pour se défendre.

À l’heure actuelle la comparaison des forces militaires des deux côtés du détroit donne manifestement la supériorité à la Chine populaire avec cependant un élément d’incertitude, dissuasif d’une tentative de passage à l’acte : le degré de soutien militaire que les États-Unis pourraient apporter à Taïwan. Limité à la diplomatie ? Limité à des livraisons de matériels militaires ? Limité à un appui logistique opérationnel ? Limité à un conseil opérationnel ? Engagé en appui opérationnel (missiles, drones, marine, aviation) ?

Breizh-info.com : Quelles sont les intentions chinoises dans ce secteur-là du monde ?

Général Daniel Schaeffer : Conserver la domination sur la mer de Chine du Sud ; tenter d’y faire le vide stratégique en essayant d’y interdire l’accès aux marines militaires étrangères notamment celle des États-Unis, ce qu’elle ne parvient pas à faire ; contrôler la mer de Chine de l’Est ; récupérer Taïwan si possible sans passer par la voie militaire ; s’ouvrir les meilleurs accès possibles pour sa marine et son aviation en direction de l’océan Pacifique et de l’océan Indien ; exercer une influence majeure sur l’Asie du Sud-Est ; contrôler l’influence du Japon sur l’Asie du Nord-Est ; étendre son influence sur le Pacifique ; rivaliser d’influence avec l’Inde en océan Indien ; assurer la pleine sécurité de ses voies commerciales maritimes en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, notamment des hydrocarbures et pour ces derniers celle de leur acheminement par voie terrestre depuis la Russie et l’Asie centrale. Tout cela pour ne pas entrer davantage dans les détails.

Breizh-info.com : Alors que les grandes puissances de ce monde semblent à pied d’œuvre au service de stratégies qui leur sont propres, l’Union européenne et la France semblent totalement hors jeu. Comment expliquez-vous cela ?

Général Daniel Schaeffer : Pour faire le plus bref possible, je n’irai pas jusqu’à dire que l’Europe et la France sont hors jeu même si la France a pris le risque de se ré-inféoder complètement à l’OTAN sous la présidence de Nicolas Sarkozy et celui de se laisser ensuite entraîner dans les divagations stratégiques de l’ère Obama au Moyen-Orient sous l’ère François Hollande. À l’inverse, sous Jacques Chirac et Dominique de Villepin nous avons eu la sagesse de ne pas suivre les Américains dans la catastrophique aventure irakienne qui laisse aujourd’hui tant de pauvres gens dans la situation où ils sont aujourd’hui.

Et dans ce suivisme européen et français de la stratégie américaine en Europe, largement inspirée des théories russophobes de Zbigniew Brzezinski, nous avons complètement raté notre rendez-vous avec la Russie. Là aussi nous nous sommes laissés manipuler par les Américains jusqu’au risque de courir à la guerre du siècle dernier, qui n’a pas eu lieu Dieu soit loué, mais toujours avec pour champ de bataille l’Europe ! Accessoirement j’ajouterai que, comme conséquence de cette hasardeuse réflexion stratégique, les Américains ont réussi l’exploit de jeter la Russie dans les bras de la Chine alors que la méfiance russe à l’égard des Chinois est historique. Résultat, du côté Pacifique, au lieu d’avoir un seul adversaire en face d’eux, les Américains en ont deux : les Chinois et les Russes. Sans compter le désordre que cela a créé par répercussion dans les relations entre Russes et Japonais qui reprenaient un dialogue pacifique entre eux.

Quant aux Chinois, s’ils ne sont pas nos ennemis, ils ne sont pas nos amis non plus. Ce sont des partenaires au sens le plus neutre ou le plus froid du terme. Il n’y a pas dans leur esprit idée de domination militaire sur l’Europe, ni idée de domination culturelle. Leur seule idée de domination est économique et faute d’unité au niveau européen, la Chine continuera à obtenir des Européens pratiquement tout ce qu’elle veut. La pensée stratégique de Sun Zi est peut-être devenue une tarte à la crème comme le critiquent certains, mais elle est pleine de bon sens et il est bien d’y revenir de temps en temps pour se rappeler notamment que pour lui la meilleure des victoires est celle qui est obtenue sans avoir à faire la guerre. C’est le destin qui s’annonce à tous les pays qui s’égrènent le long des nouvelles routes de la soie ou qui en sont les terminaux, comme l’Europe tout entière.

Pour en revenir au début de votre question, la France n’est pas totalement hors jeu dans tous les domaines. Il lui arrive tout de même de pouvoir encore avoir voix au chapitre sur le plan international et parvient même parfois à se rendre indépendante des États-Unis, ce qui est effectivement rare. Elle fait fortement entendre sa voix, avec peu de moyens cependant, sur la question du respect du droit de la mer. Mais elle est bien entendue sur ce point. Elle le fait aussi dans la lutte avancée en Afrique contre le terrorisme. Là, avec peu de moyens mais avec courage, abnégation, haut niveau professionnel et avec l’humilité des vrais grands vainqueurs, elle réussit à juguler le fléau.

Breizh-info.com : Comment analysez-vous le conflit entre la Chine et les USA actuellement ? Quelles conséquences, pour les Européens ?

Général Daniel Schaeffer : Comme précédemment pour répondre à toutes les questions que vous me posez, il est difficile de faire sans trop de nuances.

Pour vous répondre ici il y a deux conflits entre la Chine et les USA : un conflit commercial et une rivalité stratégique. Le conflit commercial vise de la part des États-Unis à rétablir la balance commerciale largement déséquilibrée en faveur de la Chine. La Chine n’accepte pas la démarche du président Trump et se heurte à sa fermeté, une fermeté dont l’Europe serait bien avisée de s’inspirer aussi puisque notre déficit commercial avec ce pays se creuse de plus en plus en notre défaveur. Pour la France, en 2016 et en 2017 il était de 30 milliards de dollars. Le problème est que l’Europe est divisée sur une attitude commune à tenir face à la Chine parce que les intérêts particuliers des uns et des autres priment sur l’intérêt collectif.

Contentieux également à cause des équipements de la téléphonie 5G que propose Huawei. Les États-Unis ne l’acceptent pas en raison de la présomption de piégeage des produits, notamment des routeurs. Sur ce point-là aussi il faut arrêter d’être naïfs et de se poser la question de savoir si les Européens doivent accepter ces équipements ou pas. Il faut avoir le courage de les refuser car le risque de piégeage est réel. Maintenant si l’on veut avoir toutes nos communications captées par les Chinois, on peut céder, pourquoi pas ? Enfin, on ne va pas me faire croire que nos entreprises européennes de télécommunications ne sont pas capables de fournir de la 5G, même si c’est un peu plus cher et un peu moins performant que les produits Huawei, ce qui resterait toutefois à démontrer.

Rivalité stratégique USA-Chine. Nous sommes là dans une phase de montée en puissance de la Chine qui entend étendre son influence partout dans le monde essentiellement pour le dominer économiquement et qui, par voie de conséquence, se trouve face à une puissance en perte de vitesse, les États-Unis. La force de la Chine est sa puissante capacité d’influence par les voies économiques et diplomatiques et pas encore par les voies militaires, au contraire des Américains. La Chine n’a pas besoin de déployer ses armements puisqu’elle sait que, quoiqu’il arrive, nous allons bien finir par lui céder.

Conséquences pour l’Europe : l’Europe est au milieu. Elle est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois. Or elle n’a pas à choisir. Dans certains cas elle peut donner la préférence aux États-Unis et dans d’autres à la Chine. Le problème est qu’elle ne sait pas afficher son indépendance de décision ni face à l’un, ni face à l’autre. Sa souveraineté est en quelque sorte en partie assujettie aux Chinois et aux Américains.

Breizh-info.com : Autre question : pourquoi l’Europe laisse-t-elle la Chine pénétrer allègrement au sein de ses frontières économiques, dérobant de la technologie et du savoir-faire d’une part, et laissant nos entreprises incapables de faire face à cette concurrence déloyale (et de mauvaise qualité très souvent)… ?

Général Daniel Schaeffer : En 1976, à la mort de Mao, la situation économique chinoise est catastrophique. En 1979, lorsque Deng Xiaoping prend le pouvoir, il lance sa politique de modernisation et fait largement appel à l’Occident qui accourt pour faire des affaires. Les premières années ont été très fructueuses pour les compagnies occidentales. Mais au fur et à mesure des progrès en Chine, notamment sur le plan technologique, celle-ci présente des exigences toujours plus fortes en termes de cessions de technologies et les sociétés continuent à répondre dans la perspective de continuer à faire de substantiels bénéfices. Ça c’est au niveau des sociétés, et lorsqu’elles crient que les Chinois viennent leur voler leurs technologies, c’est de leur faute. Elles n’ont qu’à prendre les dispositions nécessaires pour éviter les transferts non voulus : mieux négocier les contrats, savoir rompre les négociations quand cela s’avère nécessaire, prendre les mesures de protection du patrimoine technologique de l’entreprise. Ça demande un peu de travail, de volonté et de cohésion dans l’entreprise.

Au niveau européen, nous nous laissons impressionner par les Chinois et nous n’avons pas de courage suffisant pour nous opposer à eux quand négociations ou propositions vont dans un sens contraire à nos intérêts. L’Europe, dans certains cas, a bien eu des velléités de vouloir montrer quelques volontés pour défendre sa politique commerciale en demandant l’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce mais cela s’est souvent terminé par des compromis non satisfaisants, bancals. Si un jour, on peut toujours rêver, nous décidions d’adopter, sur le plan économique, une attitude équivalente à celle de Trump, peut-être que les choses pourraient changer. Avec des contrecoups évidemment, mais il faudrait avoir la capacité de les assumer. Cela nécessiterait un énorme chantier de réflexion et de prises communes de décision. Mais là aussi chaque Européen voyant midi à sa porte, la Chine a encore devant elle beaucoup de velours sur lequel jouer à son avantage.

En ce sens il faudra voir quels seront les actes concrets qui devraient découler de la décision européenne de mettre sur pied un système de contrôle des investissements étrangers pour protéger nos entreprises stratégiques. En effet, au début de 2019, l’Union européenne s’est doté « d’outils de filtrage des investissements étrangers ». On ne peut que saluer une telle initiative. Mais ce n’est pas le tout de se doter d’outils. Il faut les utiliser. L’ont-ils été, ou sont-ils en cours de l’être, depuis les annonces du mois d’avril ? Nous aimerions bien savoir où cela en est, preuves concrètes à l’appui.

Pour prolonger sur ce sujet des investissements stratégiques, les Chinois ne semblent pas encore, à ma connaissance, avoir de visées sur les Aéroports de Paris, plateforme stratégique par excellence. Et sur ce point je pense que là nous devons saluer la grande sagesse du Conseil constitutionnel d’avoir validé le 9 mai le projet de référendum d’initiative partagée contre la privatisation. Les débats à ce propos restent consternants puisqu’ils se font tous au travers des seules lorgnettes françaises ou presque. Avec un peu de recul et en prenant conscience de l’ambition qui sous-tend le programme chinois des nouvelles routes de la soie, les Aéroports de Paris leur offriraient une plateforme stratégique de premier ordre, et notre souveraineté nationale s’en trouverait occultée, au moins en partie.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

 

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Réussir là où Kadhafi a échoué : un expert soutient que le yuan peut mettre fin au pétrodollar

Réussir là où Kadhafi a échoué : un expert soutient que le yuan peut mettre fin au pétrodollar

Publié par Gilles Munier sur 6 Avril 2018, 07:19am

Catégories : #Chine#Etats-Unis

 

Revue de presse : RT France (31/3/18)*

Alors que la Chine pourrait commencer à acheter du pétrole en yuan dès 2018, un expert interrogé par RT juge que Pékin a toutes les cartes en main pour réussir à briser le monopole du pétrodollar, ce qu’avait tenté en vain Mouammar Kadhafi.

«L’idée d’acheter du pétrole avec d’autres monnaies que le dollar n’est pas nouvelle» : Alexandre Egorov, stratégiste chez Teletrade, a fait part à RT de son analyse sur un changement économique majeur en gestation, à savoir l’émergence du pétroyuan.

Le stratégiste souligne que cette idée de se passer du dollar pour régler ses factures énergétiques a toujours été combattue avec force par les Etats-Unis. «Un exemple est Mouammar Kadhafi, qui a proposé d’émettre le dinar-or, une monnaie régionale basée sur le métal précieux et qui avait vocation à être utilisée pour acheter du pétrole»,rappelle-t-il ainsi.

Mais la tentative chinoise de se passer du pétrodollar pourrait bien a contrario être couronnée de succès, Pékin disposant de nombreux atouts de plus que l’ancien dirigeant libyen. «Avec le rôle chinois dans l’économie mondiale et l’intérêt croissant pour le yuan, la Chine est protégée par un « bouclier nucléaire »», analyse Alexandre Egorov, qui estime que Pékin peut se permettre d’essayer de briser le monopole du pétrodollar, et que cela donnerait «encore plus de poids au yuan».

«De plus, la Chine est le plus grand consommateur de pétrole au monde et, par conséquent, tous les producteurs mondiaux de matières premières devront compter avec la stratégie des autorités chinoises»,fait-il encore valoir. Alexandre Egorov juge en outre le timing du lancement du pétroyuan comme étant parfait, des exportateurs clés de pétrole tels que l’Iran, le Venezuela ou encore la Russie subissant actuellement la pression des sanctions américaines.

Le stratégiste reconnaît cependant qu’il faudra beaucoup de temps avant que le pétroyuan ne devienne une véritable menace pour le pétrodollar, et que pour cela, il sera nécessaire de recueillir le soutien des plus gros producteurs comme la Russie, mais aussi l’Arabie saoudite.

Selon plusieurs sources citées par Reuters le 30 mars, la Chine pourrait lancer un programme pilote visant à payer son pétrole en yuan dès la seconde moitié de 2018. Une action qui s’inscrit dans une véritable dynamique de fond : dès 2012, l’Iran a commencé à accepter de vendre son gaz et son pétrole en yuan, suivi par la Russie en 2015. En réponse aux sanctions financières décrétées par Washington contre Caracas, le Venezuela a fait de même le 15 septembre dernier.

Source : RT France

 

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Publié par Gilles Munier sur 12 Juin 2019, 06:42am

Catégories : #Chine#Algérie

Par Nadjia Bouaricha (revue de presse : El Watan – 9/6/19)*

L’Algérie vient de signer un mémorandum d’entente avec la République populaire de Chine portant sur la coopération dans le cadre de l’initiative «La ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIe siècle».

Une initiative chinoise qui remet au goût du jour et sous de plus larges ambitions les anciennes routes de la soie. Avec son adhésion à ce projet, l’Algérie ouvre de nouvelles perspectives à ses échanges commerciaux et pourra prétendre à de nouveaux marchés. 1000 milliards de dollars pour près d’un millier de projets sont engagés par la Chine pour rendre réel un projet pharaonique de lancement de nouveaux itinéraires pour la route de la soie. Six ans que le projet existe et fait grincer des dents du côté des puissances occidentales qui y voient une «réelle menace».

Avec des mégaprojets d’infrastructures et de passages commerciaux, les nouvelles routes de la soie comptent la construction de nouveaux ports, des milliers de kilomètres de voies ferrées, des routes, des oléoducs reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et même des pays de l’Amérique latine. Il ne s’agira pas de la route empruntée par Marco Polo il y a 1000 ans, mais d’une multitude de connexions maritimes et terrestres et six corridors économiques devant faciliter les échanges commerciaux à partir et vers la Chine.

Le très ambitieux projet chinois prévoit un axe routier et ferroviaire de 10 000 kilomètres de long reliant l’ouest de la Chine à l’Europe, ainsi que des investissements dans des dizaines de ports de par le monde. Le projet gigantesque inclut même de nouvelles routes vers l’Arctique. 72 pays ont rallié le vaste programme d’investissement chinois hors de Chine, dont l’Italie en Europe.

Lancées depuis 2013 par le président Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie promettent de créer une nouvelle dynamique économique, notamment sur le plan de la consommation énergétique qui devrait tripler d’ici 2030, ce qui pourrait ouvrir à un pays exportateur d’hydrocarbures, comme l’Algérie, de nouveaux débouchés, surtout que son traditionnel marché qui est l’Europe présente certaines complications du fait de la concurrence. 25 milliards de dollars ont déjà été dépensés par la Chine dans plusieurs projets depuis 2013.

*Source : El Watan

Huawei : symbole de la guerre sino-américaine (2/2)

Huawei : symbole de la guerre sino-américaine (2/2)

Avec la mise au ban du géant des télécoms Huawei, les États-Unis ont ouvert un nouveau front dans la guerre commerciale tous azimuts qui les oppose à la Chine. Washington considère la Chine comme sa principale menace à long terme. L’administration Trump est persuadée que seul le rapport de force pourra freiner la montée en puissance de Pékin. Les négociations entre Pékin et Washington pour mettre fin à la guerre commerciale qu’elles se livrent sont aujourd’hui dans l’impasse. Loin de s’apaiser, les tensions entre les États-Unis et la Chine pourraient s’intensifier dans les semaines à venir, alors que l’enjeu technologique domine désormais la rivalité commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales.

Puissance économique, taxes douanières et guerre commerciale

Xi Jinping mène une guerre commerciale contre les Etats-Unis
Dans la guerre commerciale qui l’oppose à Donald Trump, Xi Jinping organise la riposte de Pékin.

La Chine et les États-Unis s’affrontent depuis début 2018 dans une guerre commerciale frontale. Limiter la puissance économique chinoise grandissante est l’un des axes prioritaires de la politique de Donald Trump. Washington veut réduire son gigantesque déficit commercial avec la Chine (420 milliards de dollars en 2018). Les États-Unis désirent également obtenir de Pékin des engagements sur le respect de la propriété intellectuelle, la fin des transferts de technologie forcés ou l’abandon de subventions aux entreprises d’État. Ils accusent, en effet, la Chine de pratiques déloyales et du surendettement des pays en développement.

Depuis, les deux pays se livrent un véritable combat à coups de droits de douane, d’enquêtes et d’amendes. En juillet 2018, Trump a imposé des tarifs douaniers de 25% sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises aux États-Unis. En septembre 2018, 200 autres milliards ont été taxés à 10% puis à 25% en mai 2019. Trump menace désormais de taxer à 25% les 325 milliards de dollars d’importations restantes. Tous les secteurs sont touchés, de l’agriculture aux cosmétiques. En retour, la Chine a taxé 110 milliards de dollars d’importations américaines. Elle a, en outre, arrêté ses achats agricoles en provenance des États-Unis.

Ultimatum de Washington, riposte de Pékin

Alors qu’un accord commercial entre les deux puissances semblait à portée de main au début du printemps, les négociations sont aujourd’hui dans l’impasse. L’échec du précédent cycle de discussions, l’imposition de nouvelles taxes et le bannissement de Huawei ont ravivé les tensions. Lundi 10 juin, Donald Trump a lancé un ultimatum à son homologue Xi Jinping, accusant Pékin de manipuler sa monnaie. Il a menacé d’imposer de nouvelles taxes douanières si le tête-à-tête entre les deux présidents prévu en marge du G20 fin juin n’avait finalement pas lieu.

De l’autre côté du Pacifique, Pékin organise sa riposte. Le vice-ministre de l’Information Guo Weimin a d’abord choisi l’ironie en soulignant que « la guerre commerciale ne rend pas sa grandeur à l’Amérique », en référence au slogan défendu par Donald Trump lors de la campagne présidentielle. Les droits de douane de 5 000 produits américains ont augmenté. Les agriculteurs américains, très dépendants du marché chinois, sont particulièrement visés.

Par ailleurs, en réaction à la décision américaine envers Huawei, Pékin a annoncé créer sa propre liste noire d’entreprises étrangères. Le ministre du Commerce chinois, Gao Feng, a ainsi exprimé sa volonté d’établir une « liste d’entités non fiables ». Elle regrouperait « des entreprises étrangères, des organisations ou des personnes qui ne respectent pas les règles du marché, l’esprit des contrats et qui obstruent ou bloquent l’approvisionnement des entreprises chinoises pour des raisons non commerciales et qui portent un préjudice sévère aux droits et intérêts des entreprises chinoises ». Les entreprises chinoises seraient, en conséquence, interdites de commerces avec celles mentionnées sur la liste noire. La première entreprise épinglée pourrait être le livreur américain FedEx.

Terres rares : l’arme secrète de Pékin ?

Au lendemain de la décision de Google de couper les ponts avec Huawei, le président chinois Xi Jinping a visité un site d’extraction de terres rares. Cette visite, officiellement sans lien avec la mise au ban d’Huawei, est en réalité un rappel en forme d’avertissement. La Chine pourrait riposter en limitant l’accès aux terres rares et les utiliser comme une arme dans la guerre commerciale. Pékin est en effet le principal fournisseur de ces métaux stratégiques qui servent à fabriquer les aimants utilisés dans toutes les nouvelles technologies – smartphones, véhicules électriques ou encore armements de pointe.

Au nombre de 17, ces terres rares sont extraites pour plus de 80% depuis le sol chinois. 90% de ces ressources sont ensuite raffinées dans des usines chinoises. C’est aussi le cas pour les terres rares provenant de l’unique mine américaine. Cette situation offre une position monopolistique stratégique à l’Empire du milieu. Les terres rares font d’ailleurs partie des rares produits chinois exemptés de taxes aux États-Unis, signe de leur importance.

La Chine peut ainsi laisser planer la menace : bloquer les exportations de ces métaux sont les États-Unis sont dépendants. Il faudrait cependant que la Chine limite les exportations pour tous pour impacter l’économie américaine. C’est une ligne rouge que Pékin ne franchira qu’en dernier ressort. Une telle décision serait vue comme une agression et pourrait se retourner contre la Chine, comme en 2010. Pékin avait alors interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon suite à un différend territorial. L’Organisation mondiale du commerce avait ensuite condamné la Chine. Un tel scénario pourrait ruiner les efforts chinois, alors que Pékin affirme être le héraut du multilatéralisme.

Un impact sur les économies américaine, chinoise et mondiale

La guerre commerciale qui oppose la Chine aux États-Unis a d’ores et déjà des conséquences sur l’économie. Tout d’abord, les échanges entre les deux pays sont touchés. Les importations chinoises des États-Unis ont baissé de 19% en un an, quand elles ont augmenté de 6,1% vis-à-vis du reste du monde. De plus, les droits de douane touchent tous les secteurs, y compris les biens de consommation. Les consommateurs chinois et américains subiront de plein fouet la hausse des taxes. En outre, on constate un ralentissement des investissements.

En Chine, les importations se sont effondrées de 8,5% en mai. Si, contre toute attente, les exportations ont augmenté de 1,1%, la monnaie chinoise a perdu près de 3% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début du mois de mai. Mardi 04 juin, le Fonds Monétaire International (FMI) a revu à la baisse sa prévision de croissance chinoise. À cause d’une possible nouvelle escalade des tensions commerciales, le FMI estime ainsi que la croissance de l’Empire du milieu sera de 6,2% en 2019 et 6% en 2020, contre 6,3% prévus initialement. Pire, le FMI a calculé que la hausse des tarifs douaniers pourrait amputer le produit intérieur brut mondial (PIB) de 0,3 point supplémentaire.

Un bras de fer à long terme ?

Donald Trump et Xi Jinping devraient se rencontrer fin juin à Osaka, en marge du sommet du G20. Cette rencontre sera déterminante pour trouver une porte de sortie à une situation qui s’envenime. La Chine garde la porte ouverte pour des pourparlers mais a prévenu qu’elle ne céderait pas sur d’importantes questions de principe. Elle a, par ailleurs, accusé les États-Unis de faire du « terrorisme économique » avec le recours systématique aux sanctions commerciales et aux droits de douane. En face, Donald Trump s’estime en position de force et n’acceptera que difficilement de faire des concessions.

Beaucoup d’observateurs s’attendent désormais à un conflit durable. Alors que la Chine s’est rapprochée de la Russie, certains craignent que le conflit se déplace sur le terrain militaire. Les États-Unis ont annoncé des investissements massifs dans leurs forces militaires stationnées en Asie du Sud-est. Samedi 1er juin, au forum international Shangri-La sur la sécurité (Singapour), le chef du Pentagone a mis en garde Pékin. Le ministre de la Défense chinois Wei Fenghe a sobrement répondu : « Si les États-Unis veulent parler, nous allons maintenir la porte ouverte. S’ils veulent l’affrontement, nous sommes prêts ».

Après Huawei, les fabricants de drones chinois sont également suspectés par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis de collecter des informations sur le territoire américain. Ils présentent un « risque potentiel pour les informations d’une organisation ». En mentionnant un accès aux données par une entité tierce, le rapport fait directement référence au gouvernement chinois. La mise en garde cible l’ensemble des drones chinois mais vise principalement DJI, le leader mondial. Car, dans la guerre commerciale entre Pékin et Washington, le leadership planétaire est au centre du jeu. Celui qui perdra la partie devra abandonner son rêve de maître du monde pour un temps.

About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

Huawei : symbole de la guerre sino-américaine (1/2)

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Avec la mise au ban du géant des télécoms Huawei, les États-Unis ont ouvert un nouveau front dans la guerre commerciale tous azimuts qui les oppose à la Chine. Washington considère la Chine comme sa principale menace à long terme. L’administration Trump est persuadée que seul le rapport de force pourra freiner la montée en puissance de Pékin. Les négociations entre Pékin et Washington pour mettre fin à la guerre commerciale qu’elles se livrent sont aujourd’hui dans l’impasse. Loin de s’apaiser, les tensions entre les États-Unis et la Chine pourraient s’intensifier dans les semaines à venir, alors que l’enjeu technologique domine désormais la rivalité commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales.

Trump et Xi Jinping s'opposent autour du bannissement de Huawei
La guerre commerciale entre Pékin et Washington a pris un virage technologique après la mise au ban d’Huawei

Huawei sur liste noire

Le président américain Donald Trump a signé mercredi 15 mai un décret interdisant aux entreprises américaines d’acheter et de transférer des technologies ou des services de télécommunications à des acteurs « possédés, contrôlés ou soumis à la juridiction d’un adversaire étranger » en raison de risques pour la sécurité nationale. L’administration Trump a placé Huawei sur une liste noire, rendant impossible pour l’entreprise l’achat de produits fabriqués aux États-Unis.

Selon les termes du décret, chaque entreprise du pays souhaitant travailler avec Huawei devra recevoir l’accord de son gouvernement. Ni Google, ni les fabricants de composants comme Qualcomm ou Intel n’ont reçu le feu vert des autorités. Google a décidé en conséquence de couper les ponts avec le constructeur asiatique, le privant de facto de ses applications et de ses services. Si le système d’exploitation Android est en partie un système open-source (accessible à tous), Huawei n’aura plus accès aux mises à jour de sécurité en temps réel. Il sera aussi privé de la licence GMS (Google Mobile Services) qui inclut les services phares de Google. Au-delà, la Chine accuse un retard dans la production de semi-conducteurs et dépend des États-Unis pour leur achat.

Huawei accusé d’espionnage

Huawei est dans l’œil du cyclone depuis plusieurs années. Les États-Unis accusent le fleuron technologique chinois de servir de cheval de Troie à Pékin et de menacer leur sécurité. En 2012 déjà, Washington avait interdit les équipements réseau d’Huawei et de ZTE. L’armée américaine a, par ailleurs, banni les smartphones Huawei de ses rangs. Aujourd’hui, les équipements permettant de déployer le réseau de données sans fil 5G sont au cœur des accusations.

Les services de renseignement américains craignent en effet que la technologie ne soit équipée d’une “porte dérobée” permettant l’accès illégal à des données cryptées. Le cadre juridique de la Chine en matière de sécurité nationale inquiète également. Plusieurs lois exigent que les entreprises collaborent avec les services nationaux de renseignement.

A l’inquiétude stratégico-militaire s’ajoute une tentative d’empêcher la Chine de s’imposer sur la scène mondiale et économique en tant que précurseur de la technologie de la prochaine génération de communications mondiales. La guerre commerciale s’est transformée en guerre technologique, les États-Unis refusant que la Chine se hisse au même niveau qu’eux. En bannissant Huawei, il s’agit surtout pour le président américain de freiner la croissance d’une entreprise estimée trop avancée technologiquement.

La riposte de Huawei

Huawei organise désormais sa riposte. Le géant chinois a accusé les États-Unis de tout faire pour bloquer les ambitions internationales de la compagnie. « Le personnel politique américain, par ses façons de faire à l’heure actuelle, montre qu’il sous-estime notre force », a indiqué mardi 21 mai le fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, dans un entretien avec la presse. Il a assuré que l’entreprise chinoise avait des « solutions de rechange » face au retrait de ses partenaires américains. Suite à l’affaire ZTE, un autre géant chinois des télécoms accusé d’avoir violé les sanctions américaines envers l’Iran et la Corée du Nord, Huawei avait diversifié sa chaîne d’approvisionnement et conçoit désormais ses propres puces.

Huawei pourrait également dévoiler son propre système d’exploitation, actuellement en développement, dès la fin de l’année 2019 en Chine. Ce scénario ne se produirait néanmoins que si Huawei était contraint d’abandonner Android et Windows. « Aujourd’hui, nous [Huawei] sommes toujours attachés à Microsoft Windows et Google Android. Mais si nous ne pouvons pas l’utiliser, nous préparerons le plan B pour utiliser notre propre système d’exploitation », a expliqué Richard Yu, PDG du groupe chinois.

Enfin, Huawei s’est lancé dans une bataille juridique pour prouver que Washington ne respecte pas la loi américaine. L’entreprise demande à un tribunal fédéral du Texas de déclarer anticonstitutionnelle la loi sur la défense nationale adoptée l’an dernier. Cette dernière interdit l’utilisation des équipements de Huawei aux États-Unis pour des raisons de sécurité nationale. Pour Song Liuping, le responsable juridique de Huawei, « cette loi établit directement que Huawei est coupable et impose un grand nombre de contraintes à Huawei, dans le but évident de chasser Huawei du marché américain ».

Un sursis de trois mois

Les autorités américaines ont finalement accordé un délai de 90 jours à Huawei avant l’entrée en vigueur de certaines sanctions. L’entreprise peut, jusqu’au 19 août, acheter des équipements et composants à ses fournisseurs américains afin de maintenir le bon fonctionnement de ses réseaux existants. Le département américain du Commerce a indiqué qu’il se réservait le droit de prolonger ce délai après le 19 août.

Cette marche-arrière de Washington s’explique par une probable sous-estimation des conséquences pour les entreprises américaines qui fournissent l’équipementier chinois. Huawei compte en effet 33 fournisseurs américains, comme Skyworks, Qualcomm, Intel ou encore Google et Microsoft. Ces entreprises, sur lesquelles repose un grand pan de l’économie américaine, se retrouvent confrontées à la perte d’une partie de leur business, ce qui pourrait déstabiliser toute la chaîne de production américaine en matière de nouvelles technologies.

Malgré le blocage américain, l’Europe ne veut pas exclure Huawei

Washington ne ménage pas ses efforts pour inciter ses partenaires à exclure les entreprises chinoises du nouveau marché 5G. Depuis 2018, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont interdit à leurs opérateurs de se fournir auprès de groupes chinois. D’autres pays, comme le Royaume-Uni ou le Japon, ont décidé d’interdictions partielles. L’Union Européenne a enjoint ses membres à évaluer les risques que pourrait impliquer la 5G pour leurs infrastructures. L’Europe n’a cependant pris aucune mesure restrictive et semble vouloir suivre la position pragmatique de la France.

Emmanuel Macron a en effet affirmé que la France n’a pas pour objectif d’interdire Huawei. Il a rappelé que « déclencher maintenant une guerre technologique ou une guerre commerciale vis-à-vis d’un autre pays n’est pas judicieux ». Il a ensuite ajouté que la France et l’Europe croyaient « à la coopération et au multilatéralisme ». Macron a cependant assuré être « attentif au sujet de l’accès aux technologies essentielles pour préserver notre sécurité nationale ».

Finalement, jeudi 23 mai, Donald Trump a annoncé en conférence de presse que Huawei pourrait être « inclus dans un accord commercial » avec la Chine. « Si on a un accord, je vois bien Huawei inclus d’une manière ou d’une autre » a-t-il déclaré. Trump utilise alors un problème de sécurité intérieure pour peser sur les négociations commerciales bilatérales. Il use ici de la même stratégie qu’avec l’entreprise chinoise ZTE : il condamne, bannit pour démontrer la puissance des États-Unis puis cède du terrain en échange de concessions réciproques. Au final, Huawei n’est qu’un instrument de pression parmi d’autres dans la guerre commerciale que se livrent Pékin et Washington.

About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

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Le président chinois arrive au Kirghizistan pour une visite d’Etat et le sommet de l’OCS

Le président chinois arrive au Kirghizistan pour une visite d’Etat et le sommet de l’OCS © Chine Nouvelle (Xinhua), Le 12/06/2019 23:06 Le président chinois Xi Jinping est arrivé mercredi au Kirghizistan pour une visite d’Etat et le 19e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). C’est la seconde visite officielle de M. Xi dans ce pays d’Asie centrale depuis qu’il a pris ses fonctions de président en mars 2013. En amont de sa visite, il a déclaré dans une tribune publiée dans les médias kirghizs qu’il avait hâte de travailler avec son homologue kirghize Sooronbaï Jeenbekov afin d’établir un plan d’action ambitieux pour le partenariat stratégique global entre les deux pays, afin de porter à un niveau plus élevé les relations bilatérales et la coopération dans tous les domaines. Le président chinois a également salué les efforts faits par le Kirghizistan en faveur du développement de l’OCS sous sa présidence tournante. « Je suis convaincu que, grâce aux efforts collectifs de toutes les parties, le Sommet de Bichkek apportera des résultats fructueux, un plus grand développement de l’OCS et encore plus de bénéfices aux peuples de la région », a-t-il ajouté dans sa tribune. Le Kirghizistan est la première étape de la tournée en Asie centrale de deux pays de M. Xi. Il se rendra ensuite au Tadjikistan pour une visite d’Etat et participera au cinquième sommet de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) dans la capitale tadjike, Douchanbé.

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GUERRE COMMERCIALE Vers une crise mondiale à cause des tensions commerciales ? 5 questions sur les défis du libre-échange (ceux qu’on comprend très bien… et les autres)

GUERRE COMMERCIALE
Vers une crise mondiale à cause des tensions commerciales ? 5 questions sur les défis du libre-échange (ceux qu’on comprend très bien… et les autres)

Atlantico : En dépit de cette inquiétude concernant les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine,  le statu quo – avec les déséquilibres enregistrés depuis des années et les risques politiques liés à la désindustrialisation des pays occidentaux – serait-il vraiment préférable ? L’Occident a-t-il trop longtemps cédé devant les « mauvais joueurs » comme la Chine ou l’Allemagne ?

Rémi Bourgeot : Les déséquilibres commerciaux ont souvent été identifiés comme une source importante de la crise mondiale depuis dix ans, mais on reste loin d’une convergence en ce qui concerne les modalités du rééquilibrage. Les grands pays excédentaires comme la Chine et l’Allemagne prennent peu à peu conscience des limites de leur modèle de développement, dans un contexte de remise en cause mondiale, mais restent réticents à mettre en œuvre un rééquilibrage qui menace leur croissance, déséquilibrée et de plus en plus fragile. Les équilibres politiques évoluent cependant. Derrière l’ampleur des critiques contre l’approche et le style politique de Donald Trump dans les négociations, la question commerciale est désormais prise au sérieux des deux côtés de l’échiquier politique, notamment par la nouvelle génération de responsables politiques, en particulier démocrates, à l’approche de la prochaine élection présidentielle.

Par ailleurs, les enjeux technologiques pèsent de plus en plus sur la question des échanges commerciaux, comme en attestent les démarches ciblant Huawei. Une phase de digitalisation phénoménale menée par l’abaissement des coûts des composants, l’extension de la connectivité et l’intelligence artificielle va encore accroitre ce poids dans les années à venir. L’internet des objets va ainsi accroître encore davantage les préoccupations technologiques dans les relations économiques entre pays et blocs. Les capacités d’intrusion des fournisseurs de systèmes numériques dans les vies privées et les intérêts étatiques devraient accélérer la recomposition de l’échiquier commercial mondial selon de grands blocs de pays se mettant d’accord sur un certain nombre de règles, naturellement influencées par leurs rapports de force respectifs. Au-delà des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, ou l’Allemagne dans une moindre mesure, se confirment des tendances plus lourdes de démondialisation portées par des évolutions technologiques de fond davantage encore que par les soubresauts politiques.

Michel Ruimy : Les tensions commerciales sino-américaines sont un vaste sujet. Déjà, le 27 juillet 2010, à Washington, Barack Obama avait déclaré en ouvrant un sommet visant à convaincre Pékin d’accroître sa coopération : « Les relations entre les États-Unis et la Chine façonneront le XXIème siècle ».

Aujourd’hui, nous avons d’un côté, Donald Trump, qui souhaite mettre fin à la naïveté des Occidentaux vis-à-vis de la Chine qu’il accuse de concurrence déloyale en protégeant ses industries, en entravant l’activité des firmes étrangères, en pillant les droits de propriété intellectuelle… Sa qualité est d’en avoir saisi l’importance géostratégique par le biais des emplois industriels perdus. Son défaut est de ne répondre que par les droits de douane et par des blocages. Reste donc pour lui à trouver la bonne politique.

Or, l’actuel président américain considère que ses prédécesseurs, notamment Barack Obama, ont fait un usage trop parcimonieux de la puissance américaine et que les résultats obtenus sur la scène internationale ont été, en conséquence, décevants. Il souhaite donc utiliser cette puissance pour dégager de nouvelles marges de manœuvre et obtenir, comme il le dit prosaïquement, de meilleurs « deals ». La force de cette posture est qu’elle repose sur des idées simples martelées sur Twitter : les alliés profitent de nous car nous leur offrons des garanties sans conditions, les ennemis profitent de nous car nous ne leur faisons pas assez peur.

De son côté, la Chine, se sentant humiliée depuis deux siècles, souhaite une revanche. Xi Jinping ambitionne de faire de la Chine le pays le plus avancé. Il s’appuie, en particulier, sur un agenda (« Chine 2025 »).

Mais, à regarder de plus près, les deux pays ne sont ni alliés, ni ennemis, mais deux grandes puissances aux économies liées : concurrents dans certains domaines, partenaires dans d’autres.

En revanche, en Europe, le débat est, à peine, lancé qu’il s’arrête sur les divergences des intérêts de court terme. L’Italie et les pays de l’Est espèrent profiter de « largesses » chinoises. L’Allemagne ne pense qu’à une seule chose : vendre autant de BMW en Amérique et en Chine, et elle est prête à tout pour cela. En France, Emmanuel Macron a saisi l’enjeu. Il promeut une « Europe puissante ». Mais il est seul, à la recherche de projets concrets. Il manque de doctrine sur la « politique industrielle », manque dont sa politique souffre en France même. Il serait dommageable pour son industrie, pour sa population… que l’Europe soit absente lors des futurs enjeux économiques et commerciaux. Pourtant, devant l’incapacité à déterminer une ligne commune, ceci risque malheureusement de se produire.

On peut penser que l’Occident a besoin de faire un vrai examen de conscience sur ses forces et ses faiblesses. Le modèle intellectuel par défaut, celui de la spécialisation induite par les échanges internationaux, implique que nous soyons spécialisés sur la valeur ajoutée intellectuelle et non sur la production physique. Mais ne sommes-nous plus dans cette situation de pays concepteurs d’une part et de pays ateliers d’autre part ? Quelles conclusions devrions-nous en tirer ?

Rémi Bourgeot : Le modèle qui consiste pour les pays émergents à se développer sur la base d’exportations reposant sur la faiblesse des coûts salariaux est toujours en vogue. On voit néanmoins, sans grande surprise, des pays émergents comme la Chine parvenir à monter en gamme sur certains segments cruciaux. Mais la Chine continue toutefois à dépendre assez largement de ses fournisseurs en Europe et aux Etats-Unis, comme par exemple en ce qui concerne les puces et processeurs importés des Etats-Unis, mais aussi les machines-outils européennes et américaines dans un certain nombre d’industries, comme l’automobile par exemple. Sur d’autres segments technologiques, comme la 5G, une entreprise comme Huawei est néanmoins parvenu à prendre une avance véritable. Ainsi, bien que le rattrapage des émergents sur les pays développés reste incomplet, contrairement aux grandes phases de rattrapage passées qu’a connues par exemple un pays comme le Japon dans les années d’après-guerre, la distinction entre pays concepteurs et pays ateliers, qui était au cœur de la dernière phase de mondialisation, n’est plus tout à fait opérante. Par ailleurs, la nouvelle phase de robotisation reposant sur la baisse des coûts des composants et l’intelligence artificielle va progressivement gommer les conséquences économiques des écarts salariaux entre grandes zones. Les pays développés ont là une opportunité de redéployer leurs bases industrielles, s’ils parviennent en gérer les conséquences sociales et, en particulier, à inscrire le travail dans ces tendances, en échappant aux carcans bureaucratiques et en misant sur les capacités créatives.

Michel Ruimy : Le refus, il y a quelques mois, de la fusion Alstom-Siemens l’a encore montré une nouvelle fois : l’Europe n’a plus de doctrine industrielle. Pourtant, il faut d’urgence en retrouver une d’une part, pour relancer l’Union européenne et d’autre part, pour résister face à nos concurrents.

La nécessité est d’autant plus aiguë que la relance par la macroéconomie (un budget européen), imaginée par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne (septembre 2017), s’enlise dans des oppositions, à commencer par les réticences allemandes. La voie de la microéconomie redevient donc centrale.

Néanmoins, définir une politique industrielle européenne n’est pas aisé. Le protectionnisme de Donald Trump montre le chemin à éviter. Il faut également trouver des réponses aux refus des pays sans champion national, comme l’Irlande, qui facilitent l’accueil d’investisseurs non européens ou, par exemple, aux opérateurs téléphoniques qui choisissent le chinois Huawei en raison de son avance technologique et des rabais qu’il pratique.

En fait, l’essentiel du défi est financier. Rien n’est à la hauteur : ni les sommes nationales, ni les sommes communautaires. Sur la période 2014 – 2020, l’Europe ne dépensera que 100 milliards dans la Recherche & Développement tous secteurs confondus alors qu’il en faudrait beaucoup plus d’autant que les ruptures technologiques sont la marque du début de ce siècle. Les Etats-Unis et la Chine entendent les saisir, à leur manière : schumpétérienne ou étatiste. Dans ce contexte, l’Europe ne peut rester « les bras croisés ».

Par ailleurs, la théorie des jeux montre que les échanges ne sont bons que s’il y a réciprocité et s’il y a récurrence, situation peu courante avec la Chine.Quel est l’intérêt de se maintenir dans cette situation perdante pour les Occidentaux ?

Michel Ruimy : Dans les années 1980, le leader Deng Xiaoping, avait donné ce conseil à ses successeurs à la tête du Parti communiste, dans leur approche du monde : « ne montrez pas votre force et prenez votre temps ».

Ce fut la doctrine officielle jusqu’à Xi Jinping, qui estime, aujourd’hui, que l’heure de la Chine est arrivée et qu’il n’y a plus de raison de « cacher sa force ». L’homme qui dirige la Chine d’une main de fer depuis 2012 a transformé la posture chinoise d’« émergence pacifique » à l’affirmation de la puissance de Pékin sur la scène mondiale. Un exemple de cette affirmation de puissance a été la publication, il y a quatre ans, du plan « Chine 2025 », qui définit les secteurs stratégiques dans lesquels Pékin souhaite devenir leader mondial – robotique, intelligence artificielle, technologies de pointe… Ce document a sonné l’alarme chez les Occidentaux qui avaient jusque-là considéré la Chine comme un pays en rattrapage. Au même moment, le rachat par la Chine du pionnier de la robotique allemand Kuka a provoqué un choc à Berlin, d’autant que la réciprocité est impossible.

Dès lors, les Occidentaux ont commencé à réagir. Donald Trump a fait … du Trump. Les Européens, plus lentement et en ordre dispersé, ont eux aussi redéfini leur positionnement. La Commission européenne parle, dans un document de travail, de « rival systémique » à propos de la Chine. Emmanuel Macron, quant à lui, proclame la fin de la « naïveté » européenne. Plus vite dit, que fait en raison des divisions des Etats-Membres.

En fait, l’Europe ne se maintient pas dans cette situation. Elle n’a pas le choix. A ce jour, son objectif n’est pas une confrontation mais la recherche, au contraire, d’une voie étroite entre la tentation de la guerre froide des Américains et les pulsions hégémoniques de la Chine.

La Chine ne joue-t-elle pas surtout de sa monnaie ? Besoin d’un nouvel ordre monétaire mondial ? Mais là, les considérations géopolitiques – à savoir faire du yuan une monnaie de réserve – se mélangent aux considérations économiques. Qu’en est-il exactement ?

Rémi Bourgeot : La Chine a misé sur une sous-évaluation massive du yuan jusqu’au milieu des années 2000. A partir de 2005, elle a commencé à céder aux pressions du congrès américain et a laissé sa devise s’apprécier, mais certes moins que ce que les afflux financiers alors massifs auraient entraîné à l’époque. L’appréciation du taux de change réel du yuan a été très substantielle. Depuis environ cinq ans, le yuan subit plutôt une tendance de marché à la baisse, du fait du ralentissement de l’économie chinoise et des craintes qui fragilisent les afflux d’investissements étrangers. Les autorités chinoises, qui pilotent le taux de change au jour le jour, peuvent naturellement jouer de ces tendances baissières pour contrer les conséquences des barrières douanières mises en place aux Etats-Unis. Mais plus généralement la baisse du taux de change pose le problème du reflux des investissements étrangers en cas d’aggravation des craintes sur le modèle économique chinois. Le recours à la dépréciation reste ainsi une arme à double tranchant pour ce pays aujourd’hui dans une phase aussi délicate, sur le plan économique et financier, avec la menace d’éclatement de certaines bulles.

Michel Ruimy : La Chine aspire à ce que sa monnaie, même si elle ne flotte pas encore librement, soit reconnue comme une « monnaie de réserve » (Ni totalement fixe, ni totalement flottant, le régime de change du yuan renminbi peut être qualifié d’intermédiaire). Une manière de battre en brèche la domination du dollar et des Etats-Unis. Car la monnaie chinois reste une devise mineure sur le marché international des changes (2,5 % des transactions internationales contre environ 30 % pour l’euro et près de 45 % pour le dollar américain).

De plus, l’outil monétaire permet, d’un côté, de jouer sur l’attractivité des exportations du pays. La baisse du yuan par rapport à d’autres monnaies rend les marchandises plus compétitives sur les marchés mondiaux… un fait très mal accepté par ses partenaires commerciaux, au premier rang desquels se trouvent les États-Unis. D’un autre côté, une baisse progressive du yuan est destinée, en principe, à rapprocher la monnaie chinoise du dollar afin de préparer le terrain à une « libération » du yuan. En d’autres termes, afin qu’il puisse à terme passer en taux de change flottant, comme la majorité des autres monnaies. Cependant, les Etats-Unis jugent qu’il s’agit d’un prétexte. Ils estiment que le yuan est déjà assez sous-évalué : après dix années d’une hausse qui a culminé en 2014, le yuan n’a fait que reculer face au billet vert.

Comprenons-nous vraiment les balances commerciales ? Les règles internationales attribuent les produits au made in China ou made in France mais où va réellement la valeur d’un iPhone par exemple ? Est-ce que les déficits et les excédents sont vraiment ce qu’ils semblent être ?

Rémi Bourgeot : On entend souvent que le lieu de production n’est pas véritablement important au final pour les pays disposant de grandes entreprises, au motif que celles-ci réalisent d’importants bénéfices en profitant de la main-d’œuvre bon marché dans les pays en développement. Se pose néanmoins la question de l’usage de ces profits et de leur localisation, mais surtout de l’activité économique, de l’emploi et des compétences mises en œuvre dans ce modèle. Comme l’illustre les déboires d’un certain nombre de programmes aéronautiques, l’éclatement particulièrement complexe entre la conception et la production pose, par ailleurs, des problèmes de fiabilité et plus généralement d’intégration des systèmes. On a eu tendance à négliger les coûts mis en œuvre pour recoller les morceaux entre les différents sites de production, dans le maillage particulièrement complexe des chaînes de valeur qui se sont mises en place au cours des trois dernières décennies.

Michel Ruimy : Tout d’abord, les déficits commerciaux ne sont pas forcément mauvais. En effet, les ménages gagnent en pouvoir d’achat et peuvent, dans une certaine mesure, se procurer des biens domestiques. Quant aux entreprises, elles augmentent leur rentabilité en achetant à l’étranger des marchandises moins chers que les produits nationaux et peuvent, avec ce supplément de rentabilité, davantage investir. En outre, elles peuvent, via les importations, obtenir des biens d’équipement qui leur permettront d’améliorer la qualité de leur propre production et, ainsi, d’accroître, plus tard, leurs exportations. Autrement dit, un surcroît d’importations aujourd’hui peut être la promesse d’un surcroît d’exportations de demain.

Mais il y a une deuxième façon de voir le solde commercial, en l’occurrence comme la différence entre l’investissement et l’épargne. Un niveau d’investissement supérieur à l’épargne peut conduire à un déficit commercial puisque ce pays finance son excès d’investissement en utilisant une partie de l’épargne étrangère (Il emprunte vis-à-vis du reste du monde). De ce point de vue, un déficit est néfaste si cet endettement est insoutenable s’il rémunère des investissements improductifs ou la seule consommation. Il est tout à fait soutenable si les entrées de capitaux financent des investissements productifs c’est-à-dire que l’économie n’aurait pas pu financer avec sa seule épargne.

Ensuite, les soldes commerciaux reflètent bien peu les politiques commerciales. A long terme, il dépend surtout du différentiel entre l’investissement et l’épargne domestiques. La politique commerciale, quant à elle, influence surtout le volume des échanges. Si les Etats-Unis connaissent un déficit extérieur, c’est avant tout parce qu’ils investissent davantage qu’ils n’épargnent.

Ainsi, l’Phone est un concentré de mondialisation à lui tout seul, où la Chine ne joue qu’un rôle mineur dans la chaîne de valeur. Dans une étude de 2010 décomposant le coût d’un iPhone, des chercheurs avaient évalué la « création de valeur » de la Chine à moins de 4 %, loin derrière les 35 % de produits japonais, 20 % de produits allemands, 15 % de produits coréens et 6 % de produits américains ! Ainsi, du point de vue de la valeur ajoutée, lorsqu’un iPhone est expédié de Chine vers les Etats-Unis, ce sont la Corée, Taiwan, le Japon, la Chine qui exportent vers les Etats-Unis. Et, si Apple réalise des marges importantes sur les ventes d’iPad et d’iPhone et capte ainsi une large majorité de la valeur ajoutée, d’autres entreprises internationales sont ravies de profiter du succès des produits de la firme.

Par ailleurs, les déficits commerciaux ne se traduisent pas toujours par des destructions d’emplois et une moindre croissance. Une hausse des importations ne peut s’expliquer que par deux choses : soit une hausse du revenu domestique, qui accroît la demande domestique notamment vers des produits non fabriqués localement, soit une baisse des prix des produits étrangers relativement aux produits domestiques. Dans ce cas, la hausse des importations peut se faire au détriment des ventes domestiques, auquel cas la croissance ralentit et les destructions d’emplois s’accélèrent.

En outre, le commerce extérieur n’explique pas l’essentiel de la désindustrialisation. Beaucoup présentent la désindustrialisation des pays développés comme la conséquence de la mondialisation. Ils justifient ainsi la nécessité d’accroître la compétitivité. Ceci est toutefois à nuancer. Le commerce extérieur a peut-être contribué à détruire des emplois dans l’industrie, mais ce n’est pas le principal coupable. Les gains de productivité dans l’industrie américaine ont suscité un supplément de pouvoir d’achat, mais celui-ci n’a pas (seulement) été dépensé dans l’achat de biens manufacturés, il s’est reporté vers d’autres secteurs, en premier lieu les services. L’industrie a ainsi connu ces dernières décennies ce que l’agriculture a connaît depuis longtemps : une dépopulation d’agriculteurs car la demande n’a pas continué de progresser au même rythme que la productivité. La désindustrialisation ne doit pas être perçue comme une pathologie mais comme la manifestation naturelle du développement économique. A mesure que les résidents d’un pays voient leur revenu augmenter, ils consacrent une part croissante de leur revenu à la consommation de services. Il est alors normal qu’une partie croissante des emplois se situe dans le tertiaire.

Enfin, les soldes commerciaux bilatéraux n’ont pas à être équilibrés. L’administration Trump a pu qualifier de déloyaux certains déficits bilatéraux des Etats-Unis vis-à-vis de pays spécifiques (Mexique). Or, la préférence pour des échanges bilatéraux équilibrés dénote une étrange vision de l’économie, c’est-à-dire celle d’une économie de troc, où prévaut la double coïncidence des besoins, plutôt qu’une économie monétaire. Si les pays échangent entre eux, c’est précisément parce qu’ils ne produisent pas la même chose. Par conséquent, il est logique qu’un pays exporte certains biens davantage à certains pays plutôt qu’à d’autres, tout comme il est logique qu’il n’importe pas autant de certains pays plutôt que d’autres.

Enfin, quelle peut être la force des consommateurs ? Pourquoi les consommateurs occidentaux continuent-ils à se tirer des balles dans le pied en achetant des produits pas chers et bas de gamme d’un point de vue de normes de sécurité ou d’éthique ? Y a-t-il eu des évolutions de comportements sur ce front et depuis que dans les années 80, on se soit inquiété du Japon et de ses produits ? Quels sont le genre d’arguments qui marchent ou pas ?

Rémi Bourgeot : On constate dans de nombreux pays une prise de conscience au sujet du lieu de production des biens de consommation. Cette tendance est intéressante. La distinction sous-jacente était d’ailleurs déjà très présente dans les grands pays exportateurs comme l’Allemagne et le Japon. La dimension écologique est évidemment un facteur de poids qui s’ajoute à ces considérations, du fait du coût environnemental du transport de marchandises et des moindres critères entourant la production dans un certain nombre de pays à bas coûts salariaux. On voit émerger ainsi une réflexion sur la cohérence des systèmes économiques en ce qui concerne la production, la consommation et la conception. Cette prise de conscience est importante. La relégation de catégories croissantes de travailleurs, sur des critères d’abord d’éducation puis désormais de génération (trop jeune ou trop vieux), a néanmoins créé un cercle vicieux, autant en ce qui concerne la consommation que la gestion des compétences. La compression du pouvoir d’achat, d’autant plus dans un contexte de bulle immobilière, neutralise cette bonne volonté d’une partie des consommateurs et focalise l’acte d’achat sur les produits low cost, ou en tout cas se traduit par une pression très forte sur les prix. C’est le paradoxe d’un système qui mêle envolée des prix sur un certain nombre de biens, comme l’immobilier et ce qui en dépend, et pressure de façon extraordinaire les prix à la consommation, lorsque les mesures monétaires qui portent à bout de bras l’inflation et la croissance se traduisent par une envolée du prix de certains actifs refuges.

Michel Ruimy : La théorie économique montre que le consommateur achète, notamment, en fonction de son revenu et des prix de marché des différents biens. Autrement dit, l’un des paramètres auxquels il est sensible est le prix du bien désiré.

Or, il faut bien saisir que la mondialisation économique a conduit à une désinflation salariale dans les pays développés en raison de la concurrence des tarifs salariaux pratiqués dans les pays du Sud-Est asiatique. Cette situation a conduit au pincement du pouvoir d’achat des ménages des pays occidentaux. Dès lors, ne pouvant espérer une augmentation de salaire du fait de la vive concurrence sur les marchés, les consommateurs plébiscitent les produits peu chers qui ont été fabriqués, de manière caricaturale, par une entreprise chinoise.

Dans ce contexte, les marchandises fabriquées par les pays asiatiques sont attractives du fait de la modicité de leur prix. Elles répondent aux besoins de nombreux ménages, notamment les « moins fortunés », qui n’ont d’autres choix. Dans ce contexte, pour pouvoir donner plus de pouvoir d’achat, les pouvoirs publics accroissent la concurrence sur les marchés afin que d’induire une baisse des prix des biens vendus. Finalement, de manière générale, le consommateur n’a pas d’autre choix que de consommer « étranger ».

Les manifestations des « Gilets jaunes » revendiquent notamment un « coup de pouce » sur leur pouvoir d’achat. Les « largesses » du président de la République ont montré qu’il avait satisfait, en partie, leurs revendications. Les consommateurs français sont de plus en plus sensibles au contenu de leur porte-monnaie. Le gouvernement, et les entreprises, ne devraient pas l’oublier.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

Poutine et Xi  intensifient le jeu stratégique  par Pepe Escobar

Poutine et Xi
intensifient le jeu stratégique
par Pepe Escobar

lundi 10 juin 2019, par Comité Valmy

 

Poutine et Xi intensifient le jeu stratégique

Les dirigeants russe et chinois se sont rencontrés près de 30 fois depuis 2013 et sont devenus de proches partenaires stratégiques.

Une seule image incarne l’ouragan au centre de l’échiquier géopolitique actuel : une poignée de main extrêmement affectueuse entre Xi Jinping et Vladimir Poutine..

L’image cristallise les cauchemars de ceux qui, aux États-Unis, suivent encore les prophéties eurasiennes de Halford Mackinder et de ses disciples, comme le regretté Zbigniew « Grand Échiquier » Brzezinski, qui se concentraient sur l’impératif de prévenir l’émergence d’une puissance concurrente en Eurasie..

La puissance concurrente a émergé, dans son intégralité : le partenariat stratégique Russie-Chine..

Mercredi, Xi a déclaré au Kremlin que c’était son huitième voyage en Russie depuis 2013, date à laquelle les Nouvelles Routes de la Soie, ou Initiative Ceinture et Route (BRI), ont été annoncées. Et il a ajouté que lui et Poutine s’étaient rencontrés « presque 30 fois » depuis lors..

Parmi une série d’accords signés par Poutine et Xi, l’un d’entre eux se distingue : la volonté de développer le commerce bilatéral et les paiements transfrontaliers en utilisant le rouble et le yuan, sans passer par le dollar américain. Ou, comme l’a dit Poutine diplomatiquement :.

« La Russie et la Chine ont l’intention de développer la pratique des « règlements en monnaie nationale«  .

Il est crucial de se rappeler que cette question a fait l’objet de discussions approfondies au niveau du BRICS – et plus particulièrement dans le cadre du partenariat stratégique Russie-Chine – depuis le milieu des années 2000..

De vastes régions du Sud prêtent attention. Le règlement de la balance commerciale partout dans le monde est voué à progressivement embrasser l’utilisation d’autres monnaies, pas seulement le rouble et le yuan.

Après leur rencontre bilatérale, Xi a averti que :

«  La situation internationale connaît actuellement des changements profonds sans précédent au cours des siècles. La paix et le développement restent les tendances de l’époque, mais provoquent le protectionnisme, l’unilatéralisme, une politique de pouvoir croissante et l’hégémonisme«  .

C’est un euphémisme. La Russie fait l’objet de sanctions américaines sévères. La Chine fait face à une guerre commerciale totale. Le partenariat stratégique Russie-Chine est la bête noire de la stratégie américaine de sécurité nationale.

Dans la synchronisation

Sur le plan géopolitique, la Russie et la Chine sont totalement synchronisées. Sur la Syrie, et la nécessité d’empêcher les djihadistes « rebelles modérés » de migrer vers le Xinjiang, l’Asie centrale et le Caucase. Sur la nécessité de préserver le JCPOA, ou l’accord nucléaire iranien. Sur la nécessité de résoudre l’énigme de la péninsule coréenne. Sur la nécessité de soutenir le Venezuela – avec la coopération militaire et l’aide humanitaire.

Surtout, ils sont en phase avec le soutien total de Poutine à la BRI, ainsi qu’avec la volonté de fusionner les projets de la BRI et de l’Union Économique Eurasiatique (UEEA). C’est cette interconnexion qui pourrait solidifier l’objectif de Moscou de faire de la Russie le principal pont terrestre eurasiatique..

Il est tout à fait approprié que Poutine et Xi, à part conclure des accords, avaient tant de choses à discuter à Moscou..

Et tout cela s’est passé avant que Poutine et Xi ne rencontrent les dirigeants de plus de 50 sociétés russes et 60 sociétés chinoises qui participaient au deuxième Forum énergétique russo-chinois, organisé par Rosneft et China National Petroleum Corp. Et avant le discours tant attendu de Poutine sur l’échiquier géopolitique turbulent actuel, aux côtés de Xi, à la session plénière du Forum Économique International de Saint-Pétersbourg (SPIEF), vendredi.

Saint-Pétersbourg

Le SPIEF est le premier forum d’affaires annuel de Russie. Il est absolument impossible de comprendre les rouages de la machinerie complexe de l’intégration progressive de l’Eurasie sans assister ou suivre les débats et discussions du SPIEF..

2019 est, à bien des égards, l’Année du Vivre Dangereusement. L’échiquier est totalement monopolisé par l’affrontement entre les États-Unis et la Russie-Chine – avec la fantaisie supplémentaire de l’administration Trump qui flirte avec une stratégie « Nixon inversé » pour séparer la Russie de la Chine. C’est donc tout à fait normal que Xi soit l’invité d’honneur du SPIEF. Et ce n’est que la première des trois réunions cruciales Xi-Poutine ce mois-ci..

La semaine prochaine, ils se réuniront à nouveau à Bichkek pour le sommet annuel de l’Organisation de Shanghai pour la Coopération – où les sujets dont ils ont discuté à Moscou et à Saint-Pétersbourg seront partagés avec les nations d’Asie Centrale et d’Asie du Sud, dont l’Iran, observateur essentiel de l’Organisation de Coopération de Shanghai..

La question clé à Bichkek sera sans doute de savoir comment Poutine et Xi vont gérer Modi de l’Inde, membre du BRICS, après sa victoire électorale, qui rêve d’un rôle clé dans la stratégie indo-pacifique de Washington – qui est essentiellement un mécanisme supplémentaire de « confinement de la Chine »..

Et ils se réunissent à nouveau à Osaka – avec les autres membres du BRICS – le 28 juin pour le sommet du G20.

La réunion de Saint-Pétersbourg de cette année a été l’occasion de discussions absolument essentielles sur l’intégration eurasienne. La plupart de ces questions sont tout simplement ignorées dans l’Ouest. Voici quelques exemples qui méritent d’être étudiés de près..

– Les défis en matière de transport auxquels sont confrontés les pays membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai, dans le cadre d’une commission avec Vladimir Norov, secrétaire général de l’organisation, et une excellente intervention de Richard Threlfall, responsable mondial de l’infrastructure chez KPMG ;.

– Un débat sur l’énergie avec Igor Sechin, PDG de Rosneft, Ali Shareef al-Emadi, ministre des Finances du Qatar, Robert Dudley, PDG du groupe BP et Neil Duffin, président des projets mondiaux d’ExxonMobil ;.

– Une discussion sur le changement de paradigme actuel dans l’ordre économique mondial, réunissant le sous-ministre russe du Développement Économique, Timur Maksimov, le responsable de l’économie et de la stratégie des marchés émergents à Bank of America, Merrill Lynch David Hauner et Paul Chan, le secrétaire financier de Hong Kong ;.

– Une longue discussion sur les entreprises et les investissements dans toute l’Eurasie, réunissant le président du conseil d’entreprise de l’UEEA, Viktor Khristenko, le président du conseil d’administration de la Banque Eurasiatique de Développement, Andrey Belyaninov, le premier vice-premier ministre russe Anton Siluanov et Yaroslav Lissovolik, chef du département analytique de la Sberbank ;.

– L’évolution du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, qui se traduit par des projets conjoints de grande envergure dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie et de la haute technologie, avec les PDG et les directeurs des plus grandes entreprises russes et chinoises..

Les réunions Poutine-Xi, les discussions à Saint-Pétersbourg et le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai la semaine prochaine, dans moins de 10 jours, définiront en détail la feuille de route pour l’intégration eurasiatique. Au-dessus de tout cela se trouve le changement de paradigme (économique) ultime : de multiples nations se préparent à contourner le dollar américain comme monnaie de réserve mondiale.

Pepe Escobar
9 juin 2019

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

traduction Réseau International

Source :

Putin and Xi step up the strategic game

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11308

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Revue de presse nationale et internationale.

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