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Chine : tout se déroule comme prévu

Chine : tout se déroule comme prévu


Par Pepe Escobar − Le 24 août 2020 − Source Asia Times via The Saker

Pepe Escobar

Commençons par l’histoire d’un sommet qui disparaît étrangement.

Chaque mois d’août, la direction du Parti communiste chinois (PCC) converge vers la ville de Beidaihe, une station balnéaire à environ deux heures de Pékin, pour discuter de politiques sérieuses qui se fondent ensuite dans des stratégies de planification à approuver lors de la session plénière du Comité central du PCC, en octobre.

Pepe Escobar

Le rituel Beidaihe a été établi par nul autre que le grand timonier Mao, qui aimait la ville où, non par accident, l’empereur Qin, l’unificateur de la Chine au IIIe siècle av. J.-C., tenait un palais.

2020 étant, jusqu’à présent, une année notoire pour vivre dangereusement, il n’est pas surprenant qu’en fin de compte la rencontre de Beidaihe soit introuvable. Pourtant, l’invisibilité de Beidaihe ne signifie pas que cela n’a pas eu lieu.

Acte 1, le fait que le Premier ministre Li Keqiang avait tout simplement disparu de la vue du public pendant près de deux semaines – après que le président Xi a présidé une réunion cruciale du Politburo à la fin du mois de juillet où ce qui a été présenté n’était rien moins que la stratégie de développement de la Chine pour les quinze prochaines années.

Li Keqiang a refait surface en présidant une session spéciale du tout-puissant Conseil d’État, tout comme le principal idéologue du PCC, Wang Huning – qui se trouve être le numéro 5 du Politburo – s’est présenté en tant qu’invité spécial à une réunion de la All China Youth Federation.

Ce qui est encore plus intriguant, c’est qu’à côté de Wang, se trouvait Ding Xuexiang, nul autre que le chef de cabinet du président Xi, ainsi que trois autres membres du Politburo.

Dans ce jeu d’ombres «vu … pas vu …», le fait qu’ils se soient tous présentés ensemble après une absence de près de deux semaines a conduit des observateurs chinois avisés à conclure que Beidaihe avait effectivement eu lieu. Même si aucun signe visible d’action politique en bord de mer n’avait été détecté. La version semi-officielle est qu’aucune réunion n’a eu lieu à Beidaihe à cause de la Covid-19.

Pourtant, c’est l’Acte 2 de la pièce qui peut régler l’affaire pour de bon. La désormais célèbre réunion du Politburo de fin juillet présidée par Xi a en fait scellé la session plénière du Comité central en octobre. Traduction : les contours de la feuille de route stratégique à venir avaient déjà été approuvés par consensus. Il n’était pas nécessaire de se retirer à Beidaihe pour de plus amples discussions.

Ballons d’essai ou politique officielle ?

L’intrigue s’épaissit lorsqu’on prend en considération une série de ballons d’essai qui ont commencé à flotter il y a quelques jours dans certains médias chinois.

Voici quelques-uns des points clés.

1. Sur le front de la guerre commerciale, Pékin ne fermera pas les entreprises américaines déjà actives en Chine. Mais les entreprises qui souhaitent entrer sur le marché de la finance, des technologies de l’information, des soins de santé et de l’éducation ne seront pas agréées.

2. Pékin ne se débarrassera pas de toute sa masse écrasante de bons du Trésor américain en une seule fois, mais – comme cela se produit déjà – le désinvestissement s’accélérera. L’année dernière, cela représentait 100 milliards de dollars. Jusqu’à la fin de 2020, cela pourrait atteindre 300 milliards de dollars.

3. L’internationalisation du yuan, également prévisible, sera accélérée. Cela inclura la configuration des paramètres finaux pour la compensation des dollars américains via le système chinois CHIPS – prévoyant la possibilité explosive que Pékin pourrait être coupé de SWIFT par l’administration Trump ou quiconque sera au pouvoir à la Maison Blanche après janvier 2021.

4. Sur ce qui est largement interprété à travers la Chine comme le front de la «guerre tous azimuts», principalement la guerre hybride, l’APL – Armée populaire de libération – a été mise en alerte de niveau 3 – et tous les congés sont annulées pour le reste de 2020. Il y aura une campagne concertée pour augmenter les dépenses globales de défense à 4% du PIB et accélérer le développement des armes nucléaires. Des détails ne manqueront pas d’apparaître lors de la réunion du Comité central d’octobre.

5. L’accent est mis globalement sur le principe très chinois de  l’autosuffisance et sur la construction de ce qui peut être défini comme un système économique national de «double voie» : la consolidation du projet d’intégration eurasienne en parallèle avec un mécanisme global de règlement en yuan.

Ce schéma implique ce qui a été décrit ainsi :

… abandonner fermement toutes les illusions sur les États-Unis et mener une mobilisation de guerre avec notre peuple est intégré à cette dynamique. Nous allons vigoureusement promouvoir la guerre pour résister à l’agression américaine (…) Nous utiliserons un état d’esprit guerrier pour diriger l’économie nationale (…) Préparez-vous à l’interruption complète des relations avec les États-Unis.

On ne sait pas dans l’état actuel des choses s’il ne s’agit que de ballons d’essai diffusés dans l’opinion publique chinoise ou de décisions prises lors du Beidaihe «invisible». Ainsi, tous les regards seront tournés vers le type de langage dans lequel cette configuration alarmante sera enrobée lorsque le Comité central présentera sa planification stratégique en octobre. De manière significative, cela se produira seulement quelques semaines avant les élections américaines.

Tout est une question de continuité

Tout ce qui précède reflète quelque peu un débat récent à Amsterdam sur ce qui constitue la «menace» chinoise pour l’Occident. Voici les points importants :

1. La Chine renforce constamment son modèle économique hybride – qui est une rareté absolue, à l’échelle mondiale : ni totalement publique, ni économie de marché.

2. Le niveau de patriotisme est stupéfiant : lorsque les Chinois font face à un ennemi étranger, 1.4 milliard de personnes agissent comme un seul homme.

3. Les mécanismes nationaux ont une force énorme : absolument rien n’empêche la pleine utilisation des ressources financières, matérielles et humaines de la Chine une fois qu’une politique est définie.

4. La Chine a mis en place la chaîne industrielle d’approvisionnement la plus complète de la planète, sans interférence étrangère si nécessaire – enfin presque, il y a toujours à résoudre la question des semi-conducteurs pour Huawei.

La Chine planifie non seulement en années, mais en décennies. Les plans quinquennaux sont complétés par des plans décennaux et, comme l’a montré la réunion présidée par M. Xi, des plans sur quinze ans. La Belt and Road Initiative  (BRI) [les Routes de la soie] est en fait un plan de près de quarante ans, conçu en 2013 pour s’achever en 2049.

La continuité est le nom du jeu – quand on pense que les cinq principes de la coexistence pacifique, développés pour la première fois en 1949 puis étendus par Zhou Enlai à la conférence de Bandung en 1955, sont gravés dans le marbre comme les lignes directrices de la politique étrangère de la Chine.

Le collectif Qiao, un groupe indépendant qui étend le rôle du qiao – «pont» – au stratégiquement important huaqiao – «diaspora chinoise» – est pertinent en constatant que Pékin n’a jamais proclamé un modèle chinois comme solution aux problèmes mondiaux. Ce qu’ils vantent, ce sont les solutions chinoises aux conditions chinoises spécifiques.

Il est également souligné avec force que le matérialisme historique est incompatible avec la démocratie libérale capitaliste imposant l’austérité et le changement de régime aux systèmes nationaux, les forçant vers des modèles préconçus.

Cela revient toujours au cœur de la politique étrangère du PCC : chaque nation doit tracer une voie adaptée à ses conditions nationales.

Et cela révèle les contours complets de ce qui peut être raisonnablement décrit comme une méritocratie centralisée avec des caractéristiques confucéennes et socialistes : un paradigme de civilisation différent que la «nation indispensable» refuse toujours d’accepter et n’abolira certainement pas en pratiquant la guerre hybride.

Pepe Escobar

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone 1 065

https://lesakerfrancophone.fr/chine-tout-se-deroule-comme-prevu

Tensions

Tensions

4 Septembre 2020

La tension monte aux quatre coins de l’échiquier. Si, au fil du temps, l’empire américain déclinant a dû faire une croix sur le cœur de l’Eurasie, il s’arc-boute dans sa stratégie de containment et ne veut rien lâcher. Sans surprise, les élections américaines de novembre n’arrangent rien, comme le résume symboliquement cette image :

L’équipe de campagne de Joe l’Indien a trouvé son filon : Les leçons de russe sont chères, votez (pour moi). Ce à quoi le Donald répond : Si vous votez pour Biden, vous serez obligés d’apprendre le chinois. On s’amuse comme on peut dans le Washingtonistan. Une chose est sûre : aux Etats-Unis, les deux bêtes noires de l’empire serviront de punching ball jusqu’en novembre, ce qui convient parfaitement au Deep State

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :PUBLICITÉ

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Au passage, égratigner médiatiquement Moscou grâce à la presse aux ordres de Langley ne fait évidemment jamais de mal, d’autant que l’ours a le vent en poupe ces derniers temps :

En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US [vote sur l’Iran à l’ONU, ndlr] et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l’Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l’Allemagne, invitée en tant que signataire de l’accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l’inexorable montée en puissance russe n’échappe à personne.

Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l’affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II…

Cette montée générale de tension entre Washington et Moscou, qui n’échappe pas aux observateurs avisés, est multiforme et se traduit également sur le terrain. La semaine dernière, Russes et Américains ont joué aux auto-tamponneuses en Syrie, avec quatre soldats US (légèrement) blessés. Dans les cieux, les interceptions sont en recrudescence, aussi bien dans le Grand nord qu’en mer Noire où des Sukhoïs ont virevolté autour d’un B 52 (le deuxième survol est pour le moins acrobatique) :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FcPsmL3k7SR8%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DcPsmL3k7SR8&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FcPsmL3k7SR8%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

L’US Air Force crie au scandale mais est bien en peine d’expliquer ce qu’elle fait si près du territoire russe. Ces maudits Ivan, leurs frontières sont trop proches de nos bases ! Ces innocents amusements ne sont certes pas nouveaux mais on notera qu’ils se multiplient souvent en période de raidissement entre les deux grands. A ce titre, les prochains mois risquent d’être encore plus sportifs.

Histoire d’avions toujours, mais de l’autre côté de l’échiquier eurasien…

Le U-2 est un aéroplane légendaire de la Guerre froide et il se murmure même avec insistance que le célèbre groupe de rock irlandais, à la recherche d’un nom, s’est est tout simplement inspiré. Qui ne se souvient en effet du 1er mai 1960, quand un de ces avions espion, décollant de Peshawar au Pakistan, fut abattu au-dessus de l’URSS, causant une grande agitation internationale ? L’oiseau noir revient encore sur le devant de la scène deux ans plus tard, lorsque ses photographies montrent les rampes de lancement soviétiques à Cuba, menant à la fameuse Crise des missiles.

Modifié et amélioré, le gaillard est toujours en activité et vient d’observer les manœuvres navales chinoises dans la mer de Bohai, pourtant proclamée comme zone d’exclusion aérienne par Pékin le temps des exercices.

Certes, la marine du dragon, la plus importante du monde en nombre de bâtiments et en phase de modernisation rapide, commence à sérieusement inquiéter le Pentagone. Mais il faut également voir dans cette provocation un élément parmi d’autres de la politique de harcèlement généralisé décidée par l’hégémon déclinant face à la puissance montante. Piège de Thucydide, quand tu nous tiens.

A Washington, la sinophobie est maintenant presque autant à la mode que la russophobie, chaque camp, on l’a vu, choisissant sa névrose (Haro sur Moscou ! pour les Démocrates, Sus à Pékin ! pour une partie des Républicains). L’offensive globale contre la Chine à laquelle nous assistons désormais ressemble fort à un chant du cygne impérial. Ce serait du moins le cas si la partie adverse manœuvrait avec intelligence et subtilité, ce qui n’est pas toujours le cas comme nous le verrons au prochain épisode…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Russie#Chine

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/09/tensions.html

Un officier français mis en examen pour trahison

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Un officier français mis en examen pour trahison

Les faits 

Écroué depuis le 21 août dernier, un officier français est soupçonné d’avoir fourni des documents ultrasensibles à la Russie, a indiqué dimanche 30 août le ministère des armées. Si des précédents existent en termes d’inculpation de militaires, ils sont rarissimes et bien souvent très opaques.

  • Marion Lecas, 
  • le 30/08/2020 à 12:09 
  • Modifié le 30/08/2020 à 18:12

Lecture en 2 min.

Un officier français mis en examen pour trahison
Florence Parlydans l’émission « Le Grand Rendez-vous », dimanche 30 août.

« Un officier est sous le coup d’une procédure judiciaire pour atteinte à la sécurité », a déclaré la ministre des armées, Florence Parly, le dimanche 30 août sur l’antenne d’Europe 1. Si elle n’est pas entrée dans les détails de l’affaire, l’officier, un lieutenant-colonel posté en Italie, sur une base de l’Otan, serait soupçonné d’avoir fourni des documents ultrasensibles aux services secrets russes, d’après la radio.

« C’est la France qui a pris l’initiative de cette procédure judiciaire », a indiqué Florence Parly. Le ministère a saisi lui-même la justice, en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, qui impose à toute autorité publique de signaler un crime ou délit dont elle a connaissance.

L’homme, arrêté par la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), a été mis en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation »« collecte d’informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation en vue de les livrer à une puissance étrangère » et « compromission du secret de la défense nationale par une personne dépositaire de ce secret ». Il a été écroué le 21 août, d’après l’Agence France-Presse.i Pourquoi lire La Croix ?+La Croix choisit dans le flot de l’actualité des pépites à mettre en lumière, en privilégiant le recul et l’analyse.

Peu de précédents

« La prudence est impérative dans cette affaire, nuance Jean Guisnel. À ce stade nous n’avons pas d’information, pas de nom, pas même d’indication sur l’armée à laquelle l’individu appartient. Seulement des accusations univoques, sans que le suspect ne puisse se défendre. » Le journaliste, spécialiste des questions militaires, ajoute : « Parfois, après l’effet d’annonce, il ne se passe plus rien, car le dossier est en réalité vide. »À lire aussiQuel risque d’espionnage avec la 5G ?

« En termes d’inculpation de militaires, les précédents sont rarissimes », commente Pierre Servent, auteur et journaliste expert en stratégie militaire. Moins d’une dizaine, au total, depuis la Guerre froide.

Une trahison récente au profit de la Chine

Le cas le plus frappant est celui de Pierre-Henri Bunel, ancien commandant de l’armée de terre. En 1998, cet officier détaché de l’Otan avait fourni aux Serbes de Yougoslavie des documents secret-défense sur les frappes aériennes prévues par l’organisation en cas de non-retrait des troupes serbes du Kosovo.

Il a expliqué avoir voulu éviter « un bain de sang » et il a été condamné, en 2001, à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Avant lui, quatre militaires ou anciens militaires avaient été condamnés pour des faits d’espionnage ou d’intelligence avec une puissance étrangère. « Mais d’autres affaires disparaissent soudainement du champ médiatique et judiciaire, grâce à des arrangements à l’amiable », précise Jean Guisnel.À lire aussiHuis clos au procès d’ex-agents de la DGSE soupçonnés de trahison au profit de la Chine

Lorsque les procès aboutissent, toutefois, « et lorsque les juges sont convaincus du caractère de haute trahison, les peines peuvent être lourdes », reprend Pierre Servent. De fait, lors d’un procès à huis clos, le 10 juillet dernier, deux agents de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) ont été condamnés à douze et huit ans de prison, pour avoir trahi la France au profit de la Chine.

https://www.la-croix.com/France/officier-francais-arrete-atteinte-securite-2020-08-30-1201111376

«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien ….

«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien 15 août 2020, 13:15 © Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK Source: AFP Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion par visioconférence avec des membres du gouvernement, près de Moscou, le 11 août 2020 (image d’illustration). Face à une «hausse des tensions» et aux «risques élevés d’un conflit», Vladimir Poutine a appelé le 14 août à un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Iran, afin d’évoquer le dossier iranien. Estimant que «la question est urgente», le président russe, Vladimir Poutine, a proposé ce 14 août d’organiser «dans les plus brefs délais une rencontre en ligne» des chefs d’Etats ou de gouvernement des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine), ainsi que des dirigeants de l’Allemagne et de l’Iran, dans le but de discuter du dossier iranien. C’est dans cette configuration dite «5+1» qu’avait été négocié et conclu avec l’Iran en 2015 l’accord sur le nucléaire iranien, que Washington a ensuite dénoncé en 2018. Pour Moscou, l’accord de Vienne de 2015 «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé» «Les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question iranienne deviennent de plus en plus tendues. La situation s’aggrave», a ainsi estimé Vladimir Poutine dans un communiqué rendu public, le 14 août. Dénonçant des «accusations sans fondement contre l’Iran», le chef d’Etat russe a fustigé des «projets de résolution visant à détruire les précédentes décisions unanimes du Conseil de sécurité». Lire aussi Emmanuel Macron et Vladimir Poutine s’inquiètent d’une aggravation des tensions au Moyen Orient Soulignant également une «hausse des tensions» et les «risques élevés d’un conflit», le locataire du palais des Térems a fait savoir que ce sommet aura pour objectif «de définir les mesures à prendre pour éviter la confrontation et l’aggravation de la situation au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies». Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition Et de poursuivre : «Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition. L’alternative est une intensification des tensions et l’accroissement du risque de conflit. Une telle évolution doit être évitée. La Russie est ouverte à une coopération constructive avec tous ceux qui sont intéressés à s’éloigner du seuil de risque.» Vladimir Poutine a également rappelé que Moscou demeurait «attaché au Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien (JCPoA) [l’accord de Vienne signé en 2015]», qui, selon lui, «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé et a renforcé le régime de non-prolifération nucléaire». La France se dit ouverte et disponible à l’initiative russe Ce 14 août, l’Elysée a fait savoir que la France était ouverte à l’initiative proposée par le président russe. «Nous confirmons notre disponibilité de principe», a ainsi déclaré la présidence française, citée par Reuters. Et d’ajouter : «Nous avons déjà par le passé déployé des initiatives dans le même esprit».  Cette initiative russe d’un sommet international sur le dossier iranien intervient alors que plus tard le 14 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution proposée par Washington visant à prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran, vieux de 13 ans, et qui expire le 18 octobre. Lire aussi Les Etats-Unis appellent au maintien de l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran La Russie et la Chine sont les deux seuls pays à avoir voté contre la proposition américaine sur les 15 membres du Conseil de sécurité. Onze membres du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés européens des Etats-Unis. Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. De son côté, le président iranien a déclaré lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision : «Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés.» Et de continuer : «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.» «Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée», a tweeté de son côté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, après que seulement deux pays ont approuvé le projet de prolongation de l’embargo : les Etats-Unis et la République dominicaine. «Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les Etats-Unis n’ont pu mobiliser qu’un petit pays [à voter] avec eux», a-t-il ensuite lancé, faisant allusion aux efforts de Mike Pompeo pour rallier des soutiens à la résolution américaine. «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», jugeait Donald Trump Les tensions entre Washington et Téhéran se sont considérablement accrues depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016. En mai 2018, les Etats-Unis décidaient de se retirer de l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien. Donald Trump avançait alors : «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», considérant le texte trop avantageux pour Téhéran. En septembre 2019, en réponse au retrait américain, la République islamique a mis en activité des centrifugeuses avancées, avec pour objectif de produire de l’uranium enrichi à 4,5%, taux prohibé par l’accord de Vienne. Les tensions ont passé un nouveau cap lorsque l’armée américaine a abattu à Bagdad en Irak, par une attaque de drone le 3 janvier 2020, Qassem Soleimani, chef de la force al-Quods, branche des Gardiens de la Révolution iranienne chargée des opérations extérieures. Washington avait accusé Soleimani d’être l’instigateur d’attaques de milices liées à l’Iran contre les forces américaines dans la région.  Pour autant, le président américain a récemment déclaré que s’il venait à être réélu novembre, il passerait des accords avec l’Iran et la Corée du Nord, autre bête noire des Etats-Unis : «Si nous gagnons, no

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L’alliance sino-iranienne, un tournant majeur

L’alliance sino-iranienne, un tournant majeur

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Chronique de Renaud Girard* publiée dans le Figaro le 21/07/2020

Xi Jinping, le président à vie de la République populaire de Chine, est un stratège. Il agit dans le temps long. Son objectif suprême est de placer son pays à la première place mondiale d’ici 2049, afin de fêter dignement le centième anniversaire de la prise de l’Empire du Milieu par le Parti communiste chinois (PCC). Sa politique intérieure consiste à sortir l’ensemble de la paysannerie de la pauvreté et à bâtir une société urbaine policée par un contrôle numérique omniscient. Il estime que la démocratie ne correspond pas à la mentalité chinoise et qu’elle est mère de tous les désordres. Sa politique extérieure consiste à renforcer sa « route de la soie » (aussi appelée BRI Belt and Road Initiative), afin d’imposer une hégémonie commerciale chinoise sur l’ensemble du continent euro-asiatique. En bon disciple de Sun Tsu, Xi Jinping souhaite, sans livrer bataille, gagner la guerre froide que lui impose la première puissance mondiale actuelle. Le maître du PCC sait que les Chinois sont bien meilleurs commerçants que soldats.

Xi est également un redoutable tacticien, sachant saisir les bonnes occasions, lorsqu’elles se présentent à lui. Il a compris que l’unique rivale de la Chine, l’Amérique, divisée politiquement et racialement comme jamais, traversait un période de faiblesse, dont il fallait profiter au maximum. Il a constaté l’atonie de l’Union européenne, qui ne parvient toujours pas à concevoir une stratégie industrielle à la hauteur du marché qu’elle représente, et qui n’a pas réussi à déployer une politique étrangère digne de ce nom. Alors, souhaitant accentuer le déclin occidental, Xi avance sur l’échiquier mondial des pièces qu’il n’aurait jamais osé bouger en temps normal. L’alliance de 25 ans qu’il est en train de nouer avec les Iraniens incarne cette nouvelle audace en politique extérieure.

Le 16 juillet 2020, le ministre iranien des affaires étrangères, Javad Zarif, s’exprimant devant le Parlement de Téhéran, a reconnu qu’il avait reçu un mandat du Guide de la Révolution et du gouvernement pour entrer dans la phase finale de négociation avec les Chinois. Compte tenu de l’opacité habituelle des diplomaties iranienne et chinoise, on ne connaît pas tout du contenu du futur traité, dont certains protocoles devraient de toute façon rester secrets. On sait que les Chinois envisagent d’investir plus de 400 milliards de dollars dans les infrastructures iraniennes, en échange d’un pétrole et un gaz vendus avec un rabais de 30%. L’idée des Iraniens est simple : comme le rapprochement qu’ils ont cherché avec l’Occident a échoué, il convient maintenant de se tourner vers la Chine pour obtenir à la fois de la technologie ; des débouchés sûrs pour leur production de pétrole et de gaz ; des garanties de sécurité face aux Etats-Unis et à Israël, notamment en termes de cyberdéfense.

Les Chinois quant à eux ne se font plus aucune illusion à l’égard des Etats-Unis. Ils savent qu’ils n’échapperont pas aux sanctions que Washington estime devoir leur infliger. Ils veulent un approvisionnement énergétique sûr et bon marché. L’Iran est en mesure de le leur fournir. Il ne leur déplaît pas non plus de mettre un pied dans cette vieille Perse, charnière irremplaçable entre le Moyen-Orient et l’Asie centrale. L’année dernière, ils ont fait des manœuvres navales avec la marine iranienne. Avec ce traité, ils bénéficieront carrément de facilités portuaires et aéroportuaires en Iran. Ils auront des bases leur donnant un accès privilégié à la fois au Golfe Persique et à la Mer Caspienne.

La nouveauté est que cette alliance militaro-économique – à laquelle les Russes auraient la faculté de se joindre sur le volet défense – a été portée en Iran par les modérés comme Zarif, pas par les Gardiens de la Révolution. En Chine, elle est une initiative de Xi Jinping, qui ravira une jeunesse au nationalisme toujours plus exacerbé. Les jeunes Chinois s’enthousiasment pour la montée en puissance de leur marine, pour ses succès en mer de Chine méridionale, pour ses bases construites aussi loin que Djibouti ou Ceylan. Les oligarques de Shanghai sont plus réservés, tant ils considèrent vital pour eux le maintien du commerce avec l’Amérique.

Par cette initiative diplomatique, la Chine veut-elle seulement envoyer un dernier avertissement à Washington ? Je ne le crois pas. Pékin a depuis longtemps compris l’utilité des « faits accomplis » dans les relations internationales.

Ce recul stratégique majeur des Etats-Unis met en lumière la faute commise par Trump lorsqu’il remit en cause l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, qu’avait si patiemment négocié John Kerry. Trump a agi par haine de l’œuvre d’Obama. Dans l’histoire des nations, il a toujours été dangereux de mener une politique extérieure pour des raisons de politique intérieure…

*Renaud Girard est membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma

http://geopragma.fr/lalliance-sino-iranienne-un-tournant-majeur/

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l’internet

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l’internet

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Publié le 08-08-20 à 07h38 – Mis à jour le 08-08-20 à 07h39

Une interdiction des populaires applications mobiles chinoises TikTok et WeChat aux Etats-Unis pourrait fragmenter encore plus un internet mondial déjà fragile, redoutent des spécialistes du secteur.

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l'internet

246Les craintes se sont renforcées cette semaine après des décrets de Donald Trump interdisant d’ici à 45 jours toute transaction « des personnes sous juridiction américaine » avec ByteDance, la maison mère chinoise de TikTok, et Tencent, propriétaire de la plateforme WeChat.

Prises sous couvert de menace à la sécurité nationale, malgré l’absence de preuves tangibles, ces restrictions vont à l’encontre de l’idéal américain de longue date d’un internet global et ouvert et pourraient inciter d’autres pays à imiter les Etats-Unis, jugent des experts.

« C’est véritablement une tentative de fragmenter l’internet et la société globale de l’information selon une ligne de fracture américano-chinoise et d’exclure la Chine de l’économie de l’information », estime Milton Mueller, professeur à la Georgia Tech University et fondateur du Internet Governance Project.

Selon M. Mueller, cette démarche vise à « créer un pare-feu occidental », qui serait appliqué de manière globale via les sanctions économiques américaines et s’apparenterait au « Great Firewall » chinois — jeu de mot sur la « Grande Muraille » (« Great Wall ») de Chine et le pare-feu (« firewall »).

Mais cela pourrait se retourner contre les géants de la Silicon Valley car « de nombreux gouvernements nationalistes dans le monde pourraient lancer les mêmes accusations contre Apple, Google, Facebook et Twitter » au sujet de l’usage des données personnelles, indique M. Mueller.

« Ce sera la porte ouverte aux obstructions nationalistes et à la régulation de ces médias sociaux », prédit-il.

« Clean Network »

Les mesures décrétées cette semaine par Donald Trump s’inscrivent dans la lignée du projet « Clean Network » du département d’Etat, dont l’objectif est d’empêcher l’utilisation aux Etats-Unis d’applications et services chinois jugés « non fiables. »

Cette initiative pourrait conduire à une situation confuse dans certains pays, qui seraient contraints de choisir entre l’écosystème chinois et américain, affirme l’analyste indépendant Richard Windsor.

« La fracture numérique entre la Chine et l’Occident s’agrandit et des pays coincés entre les deux (en Afrique et dans certaines parties de l’Asie) devront décider de quel côté ils veulent se placer », écrit M. Windsor sur son blog Radio Free Mobile.

Pour Adam Segal, de l’organisation Council on Foreign Relations, les décisions américaines soulèvent la notion de « cyber-souveraineté », longtemps défendue par la Chine et combattue par les Etats-Unis.

« Qu’un pays ait le droit de s’isoler de l’internet mondial en interdisant ou en limitant des technologies étrangères est vraiment une idée chinoise », note M. Segal.

« Les Etats-Unis défendait l’idée opposée », celle « d’un internet libre et ouvert », poursuit-il.

M. Segal observe que l’internet mondial était déjà « sur un terrain glissant » après les décisions de pays comme la Russie et l’Inde de limiter les flux de données.

Mais les récentes mesures de Washington « sapent la capacité des Etats-Unis à promouvoir ces idées et il pourrait y avoir un retour de bâton contre les entreprises américaines », avertit le spécialiste.

Pour Daniel Castro, de la Fondation pour l’Innovation et les Technologies de l’Information, les menaces américaines feraient peser « un risque sérieux de morcellement de l’internet » si elles étaient menées à bien.

« Les Etats-Unis doivent faire attention en affirmant qu’il y a un risque pour la sécurité nationale inhérent à l’utilisation de technologies d’entreprises étrangères », affirme M. Castro.

« Si d’autres pays suivent la même logique, les entreprises américaines de la tech seront tenues à l’écart de nombreux marchés étrangers », explique-t-il.

D’autant que ces actions sont guidées par des craintes sécuritaires floues et par la croyance erronée qu’elles permettent de contrer la montée en puissance de la Chine, juge M. Mueller.

« L’administration Trump pense qu’elle peut ralentir le développement de la Chine en tant que puissance économique et technologique », fait remarquer l’expert.

« L’idée qu’il est possible d’interrompre le développement de la Chine en coupant les ponts avec eux est stupide, cela ne va pas se produire », poursuit-il.

https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/les-mesures-americaines-contre-tiktok-et-wechat-font-craindre-un-morcellement-de-l-internet-5f2e37899978e2322f083694

Le vernis de la confusion s’est envolé : une remise en cause de la suprématie eu dollar se soldera par des milliers de champignons atomiques, tout le reste n’est que du show-business…

Le vernis de la confusion s’est envolé : une remise en cause de la suprématie eu dollar se soldera par des milliers de champignons atomiques, tout le reste n’est que du show-business…

Strategika51   07/08/2020

L’état-major des armées russes vient d’accuser réception du changement de paradigme stratégique entrepris de façon concrète par les États-Unis et certains de leurs alliés. Les militaires russes soulignent que toutes les initiatives cohérentes et contradictoires à la fois prises par Washington depuis deux décennies relèvent toutes d’une stratégie unique, implacable et déterminée visant en priorité la mise en place d’un mécanisme de frappe globale rapide utilisant aussi bien des armes conventionnelles que nucléaires.

Ce mécanisme universel de frappe rapide inclut l’usage d’armes nucléaires tactiques dans un environnement de guerre hybride à très haut niveau de confusion et à brouillage cognitif constant.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-8611929323778758&output=html&h=280&adk=838213541&adf=1669470802&w=668&fwrn=4&fwrnh=100&lmt=1596846651&num_ads=1&rafmt=1&armr=3&sem=mc&pwprc=1718975997&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&ad_type=text_image&format=668×280&url=https%3A%2F%2Fstrategika51.org%2F2020%2F08%2F07%2Fle-vernis-de-la-confusion-sest-envole-une-remise-en-cause-de-la-suprematie-eu-dollar-se-soldera-par-des-milliers-de-champignons-atomiques-tout-le-reste-nest-que-du-show-business%2F&flash=0&fwr=0&pra=3&rh=167&rw=667&rpe=1&resp_fmts=3&wgl=1&fa=27&adsid=ChEI8Pez-QUQ44aQhd-91bDWARJMAI-2h3_GZPCefEPIPYiLEo7AQfCdUjuEZWvu5heO6dcbXuHLGJzMBsVynlmjApPaSXvNUHLO9adftHistDV-x–rFTQ30vb5zEp4sA&dt=1596846651856&bpp=5&bdt=2945&idt=-M&shv=r20200805&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0&nras=2&correlator=2395922088854&frm=20&pv=1&ga_vid=621496474.1578223226&ga_sid=1596845957&ga_hid=1129867465&ga_fc=1&iag=0&icsg=1099510579248&dssz=123&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=3&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=60&ady=2363&biw=1055&bih=450&scr_x=0&scr_y=573&eid=42530558%2C42530560%2C21066154%2C21066791%2C21066533&oid=3&pvsid=796588577363290&pem=378&ref=https%3A%2F%2Fmessageriepro3.orange.fr%2FOFX&rx=0&eae=0&fc=1408&brdim=0%2C0%2C0%2C0%2C1366%2C0%2C1088%2C570%2C1072%2C450&vis=1&rsz=%7C%7Cs%7C&abl=NS&fu=8320&bc=31&ifi=5&uci=a!5&btvi=1&fsb=1&xpc=OeNggYJ0NL&p=https%3A//strategika51.org&dtd=127

Cette stratégie de frappe globale continue les efforts de guerre hybride multiforme et à intensité faible à moyenne en veillant à diluer des actes de guerre extrêmes par la médiaguerre et la guerre psychologique asymétrique à destination de sa propre opinion publique. Cela veut dire que désormais, une guerre biologique en cours ou des attaques de missiles à charge nucléaire de faible puissance peuvent être réduit à des incidents ou de simples faits divers à travers un consensus et une uniformisation de tous les moyens de communication. Les voix divergentes seront systématiquement traitées comme divergentes et par conséquent réduites par le bruit de fond ambiant entretenu par l’appareil de propagande. Celui-ci achevant sa mainmise absolue sur le cyber-espace  en neutralisant toute autre partie perçue comme concurrente.    

Cette inquiétude russe face à une stratégie souterraine déguisée par une autre stratégie d’ingénierie par le chaos a été reflétée par le Conseil de sécurité russe de vendredi dernier et durant lequel le président russe a abordé la situation actuelle dans le monde avec une focalisation sur les manœuvres hostiles affectant ce que les officiels russes désignent comme l’espace post-soviétique.  La nouvelle posture hostile de la Biélorussie, un allié stratégique de Moscou, inquiète la Russie bien plus qu’un éventuel conflit entre l’Azerbaidjan et l’Arménie, l’Ukraine, le renforcement des bases de l’Otan dans les pays Baltes ou encore la Géorgie.

Dans les faits, la crise de la pandémie du COVID-19, récupérée dans lencadrebune opération de guerre psychologique,  l’usage de plus en plus fréquent d’armes prohibées et par dessus tout la disparition de toutes les barrières et a entrevoir la guerre nucléaire comme une option de guerre conventionnelle sont désormais perçus comme les résultats d’un acteur poursuivant des objectifs hégémoniques invariables sous couvert d’une sorte de libéralisme à haut degré d’instabilité systémique et donc de confusion.

Il aurait donc suffit que la Chine et la Russie réduisent leur dépendance au dollar USD lequel demeure une des principales armes de la guerre hybride générale pour que la stratégie de diversion de l’empire révèle son être sous-jacent: un monstre froid qui n’hésitera pas à détruire l’humanité si le show de télé-realité entretenant les masses d’esclaves accrochés aux écrans de leurs appareils fabriqués en Chine.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-8611929323778758&output=html&h=280&adk=838213541&adf=2752661137&w=668&fwrn=4&fwrnh=100&lmt=1596846652&num_ads=1&rafmt=1&armr=3&sem=mc&pwprc=1718975997&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&ad_type=text_image&format=668×280&url=https%3A%2F%2Fstrategika51.org%2F2020%2F08%2F07%2Fle-vernis-de-la-confusion-sest-envole-une-remise-en-cause-de-la-suprematie-eu-dollar-se-soldera-par-des-milliers-de-champignons-atomiques-tout-le-reste-nest-que-du-show-business%2F&flash=0&fwr=0&pra=3&rh=167&rw=667&rpe=1&resp_fmts=3&wgl=1&fa=27&adsid=ChEI8Pez-QUQ44aQhd-91bDWARJMAI-2h3_GZPCefEPIPYiLEo7AQfCdUjuEZWvu5heO6dcbXuHLGJzMBsVynlmjApPaSXvNUHLO9adftHistDV-x–rFTQ30vb5zEp4sA&dt=1596846651856&bpp=4&bdt=2945&idt=4&shv=r20200805&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0%2C668x280&nras=3&correlator=2395922088854&frm=20&pv=1&ga_vid=621496474.1578223226&ga_sid=1596845957&ga_hid=1129867465&ga_fc=1&iag=0&icsg=1099510579248&dssz=124&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=3&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=60&ady=3486&biw=1055&bih=450&scr_x=0&scr_y=573&eid=42530558%2C42530560%2C21066154%2C21066791%2C21066533&oid=3&pvsid=796588577363290&pem=378&ref=https%3A%2F%2Fmessageriepro3.orange.fr%2FOFX&rx=0&eae=0&fc=1408&brdim=0%2C0%2C0%2C0%2C1366%2C0%2C1088%2C570%2C1072%2C450&vis=1&rsz=%7C%7Cs%7C&abl=NS&fu=8320&bc=31&ifi=6&uci=a!6&btvi=2&fsb=1&xpc=SvUOOWPQFh&p=https%3A//strategika51.org&dtd=153

Plus la suprématie du dollar est remise en cause et plus on verra de nouvelles armes et plus de guerres hybrides. L’éventuel requiem du dollar ne saurait être qu’un florilège de champignons atomiques s’élevant au-dessus des villes et des mégalopoles d’un monde abruti par le mensonge permanent.

https://strategika51.org/2020/08/07/le-vernis-de-la-confusion-sest-envole-une-remise-en-cause-de-la-suprematie-eu-dollar-se-soldera-par-des-milliers-de-champignons-atomiques-tout-le-reste-nest-que-du-show-business/

ACCORD IRAN/CHINE, IDIOTS UTILES ET INUTILES !


ACCORD IRAN/CHINE, IDIOTS UTILES ET INUTILES !

Placé, comme la Syrie sous sanctions économiques américaines, le Liban – du moins certaines voix libanaises, dont celle du secrétaire du Hezbollah Hassan Nasrallah, appellent à une coopération « nouvelle » et « renforcée » avec la Chine, la Russie, l’Irak et d’autres pays afin de « préserver le Liban de la famine ». Dans un contexte de pression américaine maximale, l’Iran vient de finaliser un accord historique avec la Chine pour les 25 prochaines années !

En fait, ce « partenariat stratégique » – concernant les secteurs énergétiques, bancaires, les télécommunications, les transports et la coopération militaire – était en discussion depuis 2016. Pour les vingt-cinq prochaines années, la Chine obtiendrait pétrole et gaz à prix réduit contre des investissements lourds dans nombre d’infrastructures vitales pour l’Iran. Aujourd’hui sous sanctions américaines, le pays exporte de 100 à 200 000 barils par jour contre plus de 2,5 millions en avril 2018 – avant que Donald Trump ne déchire l’accord sur le nucléaire.

En fait, tout a commencé le 14 juillet 2015 (date de la signature de cet accord), au moment où l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) était au zénith de sa puissance, alors que Paris était la cible d’attentats jihadistes. Les Etats européens étaient inquiets et, à Washington, Barack Obama pensait qu’il fallait constituer une nouvelle alliance contre la terreur qui réintègrerait l’Iran sur la scène internationale. En échange, Téhéran renoncerait à un enrichissement de l’uranium à des fins militaires, autrement dit à la bombe atomique. L’accord est signé et les échanges commerciaux avec l’Iran reprennent, tandis que s’élaborent des projets communs d’envergure. A l’automne 2017, Dae’ch est militairement vaincu. La Russie a, puissamment aidé la Syrie à résister aux jihadistes et à préserver son intégrité territoriale et politique. L’Iran retrouve progressivement son rôle de puissance régionale au grand dam du régime de Tel-Aviv.

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Quand Donald Trump arrive à la Maison Blanche, il estime que l’accord sur le nucléaire iranien doit être déchiré, ce qu’il fait en mai 2018, imposant des sanctions à toutes les sociétés qui continuent à travailler avec Téhéran. Le front occidental – voulu par Obama – se fracture. A nouveau, l’Iran est étranglé par des sanctions dont elle connaît bien les conséquences et les méthodes de contournement. Se rejoue la partie des années 1980, lorsque les intérêts iraniens étaient gravement menacés par la guerre avec l’Irak (soutenu par les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne) et la guerre civile du Liban.

Si les Etats-Unis n’ont plus besoin du pétrole produit dans le Golfe, essentiellement destiné à la Chine et l’Asie, Donald Trump s’est entouré d’une bande de faucons (évangélistes inconditionnellement pro-israéliens) qui cherche toujours à renverser le régime iranien. Ainsi, dans la perspective des prochaines élections présidentielles de novembre prochain, Washington multiplie les provocations à l’encontre de Téhéran (un avion de chasse américain vient de pourchasser un vol de ligne iranien Téhéran/Beyrouth, causant plusieurs blessés à bord), qui sait qu’il doit faire le dos rond jusqu’à une défaite électorale attendue de Trump.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant d’assister à la finalisation d’un véritable partenariat stratégique entre l’Iran et la Chine. Du reste, il est assez significatif de voir ainsi Pékin entrer de plein pied aux Proche et Moyen-Orient au moment même où Washington cherche à en sortir, sans vraiment esquisser une politique régionale de remplacement.

« Indéniablement, cet accord avec la Chine représente une très bonne affaire pour les Iraniens », estime un diplomate européen en poste à Téhéran, « mais bien qu’ils considèrent désormais Pékin comme leur premier partenaire, les dirigeants iraniens n’en conservent pas moins d’intenses relations avec d’autres partenaires comme Moscou et New Delhi. C’est justement avec l’Inde que Téhéran coopère pour l’extension des infrastructures du port stratégique de Chabahar ».

LA GRANDE PORTE DE CHABAHAR

Situé à l’extrême sud-est de l’Iran – à seulement une centaine de kilomètres de la frontière pakistanaise – Chabahar est le seul port iranien échappant aux sanctions économiques américainres. C’est aussi le plus grand port de la côte sud de l’Iran en dehors du Golfe. En bordure de l’océan Indien, Chabahar s’est vu octroyer une dispense lui permettant d’échapper aux sanctions. Pour le département d’Etat, ce régime spécial est justifié par la nécessité de soutenir « l’assistance à la reconstruction de l’Afghanistan et le développement économique de ce pays ». Selon plusieurs sources officielles, Téhéran a investi un milliard de dollars dans le développement du port Chahid-Béhechti de Chabahar.

Les autorités espèrent en faire une plaque tournante qui désenclaverait l’Afghanistan et permettrait à l’Inde de commercer avec ce pays en contournant le Pakistan, son voisin et rival. Les ambitions de la République islamique ne s’arrêtent pas là : à terme, l’idée est de créer une nouvelle route commerciale en reliant Chabahar à l’Asie centrale par le rail. Ce projet de voie ferrée a été baptisé « couloir Nord-Sud ».

« Nous continuerons de développer ce port (…). Le réseau ferroviaire, le réseau routier et l’aéroport sont tous en train d’évoluer pour permettre la mise en oeuvre du couloir Nord-Sud, qui est d’une importance stratégique capitale pour nous », déclare à l’AFP le ministre du Transport et du Développement iranien, Mohammad Eslami.

La première phase du projet d’agrandissement du port, situé entre océan et désert, a déjà permis de gagner plus de 200 hectares de terrain sur la mer et 17,5 millions de mètres cubes ont été dragués pour créer un tirant d’eau de 16,5 mètres, selon les données officielles. Les autorités affichent leur optimisme : au cours des 11 premiers mois de l’année iranienne 1397 (commencée le 21 mars 2018), le volume des marchandises chargées ou déchargées au port a augmenté de 56% par rapport à l’année précédente ».

Encore : « nous avons une hausse de 25% du nombre de navires ayant relâché au port », ajoute – toujours pour l’AFP – Hossein Chahdadi, adjoint au directeur des affaires maritimes et portuaires de la province du Sistan-Baloutchistan, estimant que la « porte de Chabahar change la donne géopolitique du pays, sinon de l’ensemble de la région ».

Toujours est-il que l’augmentation des échanges avec l’Inde s’accommode parfaitement du dernier accord avec la Chine, même si celle-ci privilégie le Pakistan dans le déploiement de son plan des Routes de la soie.

CHRISTIAN MALARD : « IDIOT INUTILE »

Ces avancées iraniennes nourrissent nombre de commentaires de la presse occidentale. Ainsi, Renaud Girard insiste sur « un tournant majeur »1, qui confirme un « certain déclin américain » : « Par cette initiative diplomatique, la Chine veut-elle seulement envoyer un dernier avertissement à Washington ? Je ne le crois pas. Pékin a depuis longtemps compris l’utilité des ‘faits accomplis’ dans les relations internationales. Ce recul stratégique majeur des Etats-Unis met en lumière la faute commise par Trump lorsqu’il remit en cause l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, qu’avait si patiemment négocié John Kerry. Trump agi par haine de l’œuvre d’Obama. Dans l’histoire des nations, il a toujours été dangereux de mener une politique extérieure pour des raisons de politique intérieure ».

Ancien « journaliste » du service étranger de France-3, Christian Malard – soudainement élevé à la dignité de « consultant diplomatique » par une chaîne de télévision israélienne – a lancé, lundi dernier, un avertissement solennel au monde entier, avertissement beaucoup moins sophistiqué : « l’accord irano-chinois est une affaire extrêmement grave pour l’Occident tout entier et pour Israël… ». Il a conclu son intervention en reprochant au président Emmanuel Macron de trop parler avec Vladimir Poutine…

Non content de croire que tout ce qui est bon pour l’« Occident » – avec un grand « O » – est forcément bon pour Israël et inversement, ce pauvre Malard n’a même pas la décence de rappeler que c’est quand même Donald Trump qui a commencé par déchirer l’accord sur le nucléaire iranien – à l’issue d’une décennie d’âpres négociations en format cinq plus un (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne). Quant au fait de travailler pour une chaîne de propagande du Likoud, c’est plutôt moyen pour un ancien journaliste du service audiovisuel public, même s’il a dit tout et son contraire, accordant toujours ses faveurs aux puissants du moment.

Enfin, entendre Christian Malard remonter les bretelles d’Emmanuel Macron prête plutôt à sourire et nous rend soudainement le président de la République extrêmement sympathique, en l’occurrence repoussoir bienvenu d’une bêtise abyssale… proprement abyssale.

Le concept « d’idiots utiles » s’est imposé à partir de 1929, au moment où l’URSS adressait moult invitations aux intellectuels de l’Ouest pour visiter la Russie des Soviets. Calquée de l’anglais « useful idiot », l’expression fut utilisée pour la première fois dans un article du New York Times, signé par son correspondant à Rome l’ayant empruntée au journal L’Umanità en 1948. En pleine Guerre froide, elle fut attribuée à Lénine lui-même, sans qu’on en retrouve trace dans ses écrits ou le compte-rendu de ses nombreux discours et propos politiques. A l’origine, l’expression « idiots utiles » servit à qualifier les sympathisants occidentaux du communisme soviétique, reprenant sans beaucoup de discernement les thèses officielles de Moscou à l’image – par exemple – d’Edouard Herriot, revenu d’Ukraine en 1933 et annonçant qu’il n’avait « vu que des gens bien nourris ».

Trop fort ce Christian Malard, et en rupture avec cette longue tradition de pied-nickelés, il invente, à lui tout seul, le concept « d’idiot inutile ». C’est-à-dire qu’il nous livre des propos du café du commerce sans rien apprendre, ni sur le fond, ni sur la forme des sujets qu’il aborde… Et puis tout de même… passer de France-3 à une chaîne de propagande du Likoud israélien : quel destin professionnel !

Dans tous les cas de figure, l’accord Irano-chinois ne constitue pas une surprise et illustre l’aboutissement logique de la politique étrangère américaine, faite d’interventions militaires unilatérales, de sanctions économiques et de menaces, comme celles de Mike Pompeo déclarant dernièrement « qu’il faut forcer la Chine à changer… ».

Et si on demandait à ce Monsieur et aux autres faucons de la Maison Blanche de commencer par changer de ton, afin d’être plus respectueux des réalités internationales, des pays et des pauples…

En attendant, bonne lecture et bon été.
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A la semaine prochaine.

Richard Labévière
27 juillet 2020

1 Le Figaro, 21 juillet.

https://prochetmoyen-orient.ch/accord-iran-chine-idiots-utiles-et-inutiles/

En réponse à « Passer by » : Un déclin important s’annonce pour les États-Unis

En réponse à « Passer by » : Un déclin important s’annonce pour les États-Unis


Par Moon of Alabama − Le 27 juillet 2020

En réponse à plusieurs commentaires dans le dernier fil de conversation libre – légèrement modifié.

En fait, il y a même un  déclin réel absolu, et pas seulement relatif, aux États-Unis, par exemple l’espérance de vie y est en baisse. C’est un très mauvais signe pour un pays développé. Pareil pour le Royaume-Uni d’ailleurs.

Sur la question du profit que la Chine a tiré pendant la crise Covid, elle a gagné en puissance brute, par exemple en PIB par rapport aux États-Unis. Et elle a également gagné en termes d’endettement, relativement, alors que les niveaux de dette américaine ont explosé en raison de la crise. Vous avez maintenant une récupération en forme de V en Chine et une pauvre récupération en forme de W aux États-Unis. Avec beaucoup plus de dette ajoutée.

Il y a bien sûr la question des relations publiques et du soft power. D’une part, les États-Unis ont blâmé la Chine pour la pandémie, mais d’autre part, ils se sont mis dans l’embarras en raison de leurs faibles performances en matière de maîtrise de la pandémie, par rapport à d’autres pays. Et ils ont perdu des points dans le monde entier en raison de leur retrait de l’OMS en plein milieu de la pandémie. L’Europe et les pays en développement n’ont pas du tout aimé cela. N’oubliez pas que la Covid a également affaibli l’armée américaine, elle a des problèmes avec ça, y compris sur les navires et les bases à l’étranger, la maladie a même saboté le plus grand exercice américain prévu en Europe depuis 30 ans. Et la pandémie aux États-Unis fait toujours rage, elle n’est pas du tout contenue et les taux de mortalité augmentent à nouveau.

Ici par exemple, les futurologues de Pardee UNC Health Care disent que la Chine a gagné pendant la crise, en capacités brutes. La recherche sur le futur et le pouvoir relatif entre les pays est leur spécialité :

En ce qui concerne les mesures générales des capacités matérielles, l'image est claire : la COVID-19 réduit l'écart des capacités relatives des États-Unis et de la Chine et accélère la transition entre les deux pays. Grâce à plusieurs scénarios de prévision à long terme utilisant l'outil International Futures, Collin Meisel, associé de recherche, et Jonathan Moyer, directeur du Pardee Center, expliquent sur le blog Duck of Minerva que la Chine gagnera probablement en puissance mondiale par rapport aux États-Unis d'ici 2030 en raison de l'impact économique et de la mortalité de la COVID-19. Ce gain en pouvoir mondial est égal aux capacités de la Turquie aujourd'hui.

Sur la question du dollar US, Stephen Roach affirme également qu’il y aura une baisse significative à moyen terme. Et l’argument est assez logique – si la part des États-Unis dans l’économie mondiale est en baisse – et elle diminuera au moins jusqu’en 2060 – et si le niveau de la dette américaine atteint des niveaux sans précédent, le dollar baissera. Je suis d’accord avec cet argument. C’est tout à fait logique.

Sur la question des puces et semi-conducteurs, David Goldman est sceptique quant à la capacité des États-Unis à arrêter la Chine à ce sujet :

L’interdiction des puces donne au monde une énorme incitation à contourner les États-Unis.

Fondamentalement, Huawei a toujours des fournisseurs avancés, en Corée du Sud et au Japon. Et certains d’entre eux refusent de céder. Le problème pour les États-Unis est que la Chine est le plus grand marché mondial de semi-conducteurs et le plus grand importateur de puces au monde, ce qui donne aux entreprises privées de très bonnes raisons pour contourner les équipements fabriqués aux États-Unis afin d’exporter vers la Chine. Ensuite, la Chine stocke également de grandes quantités de puces. D’ici 2025, elle devrait être en mesure de remplacer la production étrangère par la production locale. Donc, ces interdictions sont perdantes pour les États-Unis, et la Chine – oui, cela entraînera des coûts pour la Chine jusqu’en 2025. Mais cela conduira également des entreprises américaines, telles que Qualcomm, à perdre le marché chinois des puces, qui est le plus grand au monde, et il n’y a rien pour le remplacer.

Ce sont des centaines de milliards perdus pour les États-Unis en raison de la réduction progressive du marché le plus lucratif. Ainsi, en termes relatifs, la Chine ne perdra pas dans cette bataille, car les États-Unis perdront aussi beaucoup, tout comme la Chine. C’est une situation perdant-perdant. Et n’oubliez pas que la Chine a averti qu’une attaque américaine totale contre Huawei entraînerait l’expulsion de Boeing du pays qui devient le plus grand marché de l’aviation au monde, et entraînera également des centaines de milliards de pertes pour cette société, et cela va probablement l’enterrer sous Airbus. La Chine a besoin de beaucoup d’avions jusqu’en 2028, date à laquelle elle les remplacera par les siens, d’une valeur de centaines de milliards de dollars. Élever Airbus au-dessus de Boeing, qui connaît déjà de gros problèmes, sera un coup dur pour l’industrie aérospatiale américaine.

La Chine a donc aussi des cartes à jouer. Sur la question des États-Unis qui obligent certains pays à interdire Huawei, c’est à nouveau une situation perdant-perdant. Les États-Unis et certains de leurs alliés perdront en raison de l’utilisation d’équipements 5G plus coûteux, et mettront plus de temps pour construire leurs réseaux. Donc, la Chine perd, et les États-Unis et certains alliés perdent aussi, mais en termes relatifs, les choses ne changent pas en termes de pouvoir, car ils perdent tous les deux. N’oubliez pas que l’Allemagne a déclaré qu’elle continuerait à utiliser des équipements Huawei, et c’est la plus grande économie d’Europe :

Les trois principaux opérateurs de télécommunications allemands, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefonica, ont activement promu la 5G ces dernières années. Ils mettent en œuvre une stratégie de «diversification des fournisseurs» et utilisent les équipements Huawei dans leurs réseaux parmi d'autres fournisseurs. Peter Altmaier, ministre allemand de l'Économie, a déclaré le 11 juillet au Frankfurter Allgemeine Zeitung que l'Allemagne n'exclurait pas Huawei du déploiement du réseau 5G du pays. "Il ne peut y avoir d'exclusion que si la sécurité nationale est manifestement menacée. Cependant, nous renforcerons nos mesures de sécurité, quel que soit le pays d'origine des produits", a déclaré Altmaier. "Il n'y a pas de changement dans la position de l'Allemagne", a déclaré le 16 juillet un porte-parole du ministère de l'Intérieur du pays.

Nous pouvons donc dire que très probablement la moitié de l’Europe utilisera Huawei. Pourtant, comme vous l’avez dit, une grande partie du monde l’exclura. Peut-être la moitié du PIB mondial. Malheureusement, les choses ne sont pas parfaites. Un point positif en cela est que Huawei parie sur les marchés émergents et que ceux-ci ont des taux de croissance plus élevés que les marchés occidentaux – c’est-à-dire qu’ils auront plus d’importance à l’avenir.

Je conviens que les États-Unis nuisent à la Chine, mais les dommages ne sont pas importants à mon avis, car ce sont principalement des situations perdantes où le pouvoir relatif reste le même. Et avec le temps, il y aura également des dommages importants pour les États-Unis, comme la perte du plus grand marché des puces et de l’aviation et la montée en puissance des concurrents de Boeing tels qu’Airbus.

Donc ce n’est pas si mal que ça pour la Chine. Ainsi, après avoir mentionné tout cela, je ne pense pas que Pompeo renifle l’odeur du sang et cherche à attaquer la jugulaire. Ce n’est pas tellement la vulnérabilité de la Chine qui attise la colère de l’élite américaine, mais plutôt l’affaiblissement des États-Unis, et ce que la Chine gagne pendant la crise de la Covid.

À Hong Kong, la Chine n’avait aucune option. C’était une situation perdante. Si elle permettait le statut-quo, il y aurait eu une révolution de couleur permanente à la une des médias. Il vaut peut-être mieux arrêter cela une fois pour toutes. Ils espéraient que la crise de la Covid leur donnerait une couverture pour ce faire. Cela n’a pas très bien fonctionné.

Malheureusement, il est juste que la stratégie Trump d’intimidation fonctionne souvent. On suppose que cela devrait avoir un coût pour les États-Unis en matière de relation publique dans l’opinion mondiale, mais nous ne le voyons pas. Je suppose que la plupart des pays du monde sont trop lâches et préfèrent suivre le courant. Ils abandonneront les États-Unis seulement après que ceux-ci auront irrémédiablement perdu. Eh bien, ce n’est pas une situation facile. Les réactions américaines sont très fortes, et haineuses, précisément parce que les choses ne sont toujours pas bonnes pour eux et que leur déclin se poursuit, indépendamment de certaines victoires tactiques – à la Pyrrhus, où dans certains cas, c’est de toute façon une situation perdante.

Les données montrent une baisse significative pour les États-Unis.

  • 2019 Chine 1,27 fois plus élevée en Parité de pouvoir d’achat (PPA)
  • 2030 Chine 1,8 fois plus grand en PPA
  • Dette américaine / PIB en 2019 :   80%
  • Dette américaine / PIB en 2030 : 125%
  • Dette américaine / PIB en 2050 :  230%Le Highway Trust Fund (HTF) sera épuisé d’ici 2021, le fonds fiduciaire Medicare Hospital Insurance (HI) au début de 2024, le fonds fiduciaire Social Security Disability Insurance (SSDI) dans les années 2020, la Pension Benefit Guarantee Corporation (PBGC), le Multi-Employer fund à un moment donné au milieu des années 2020, et le Social Security Old-Age and Survivors Insurance (OASI) d’ici 2031. Nous estimons que le fonds Social Security OASDI Trust combiné sera à court de réserves d’ici 2031.
  • Budget militaire – avant estimation Covid, et budget Trump – en 2019 : 3,2% du PIB, en 2030 : 2,5% du PIB – pourrait chuter à 2,3% du PIB grâce à Covid.
  • Dépenses discrétionnaires civiles – avant estimation Covid – en 2019 : 3,2% du PIB, en 2030 : 1,8% du PIB – chute à son plus bas niveau historique, pourrait encore baisser en raison de Covid

Cela sans parler du grand fossé social et sociétal aux États-Unis, et de la crise de la Covid en cours, qui est en grande partie réglée en Chine. Voyez-vous le déclin maintenant ? Ils ont une très bonne raison de s’inquiéter. Un déclin significatif attend les États-Unis.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

bbhttps://lesakerfrancophone.fr/en-reponse-a-passer-by-un-declin-important-sannonce-pour-les-etats-unis

Va-t-on vers une nouvelle guerre froide et si oui l’Union européenne doit-elle choisir son camp ?

Va-t-on vers une nouvelle guerre froide et si oui l’Union européenne doit-elle choisir son camp ?

Tribune28 juillet 2020Par Frédéric Mauro

La guerre de Chine n’aura pas lieu

Le 15 mai 2020, sur la chaîne Fox News la sénatrice républicaine Martha McSally déclarait, après qu’un rapport du FBI ait fait état de nouvelles actions de cyber espionnage chinois : « Nous sommes en train d’entrer dans une Guerre froide avec la Chine » ; termes repris concomitamment par plusieurs autres membres autorisés du parti républicain ou anciens conseillers de Donald Trump. Comme en écho à cette affirmation, le 24 mai 2020, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi mettait en garde le monde sur le fait que la Chine et les États-Unis étaient « au bord d’une nouvelle Guerre froide ». « Guerre froide », les mots sont sur toutes les lèvres et renvoient à un passé que l’on croyait révolu, celui d’un combat entre deux blocs par tous les moyens possibles, à l’exception de l’affrontement militaire direct.

En réalité, cela fait plus de dix ans que la Chine inquiète les États-Unis, huit ans que Barack Obama a réorienté la politique étrangère américaine vers l’Asie et trois ans, depuis l’élection de Donald Trump, que les tensions s’accumulent. Si bien que pour beaucoup de commentateurs, la question ne semble plus de savoir si l’on est entré dans une nouvelle Guerre froide, mais de savoir comment elle va se développer : s’agit-il d’un engrenage inéluctable, qui pousserait les deux pays vers la guerre tout court ; ou bien est-il encore temps de revenir au statu quo ante à la faveur des élections américaines de novembre 2020 ?

Cette question a fait l’objet d’une multitude de réflexions, de livres et de conférence depuis plusieurs années, et il ne se passe quasiment pas un jour sans qu’un article de fond ne soit publié sur le sujet. L’ouvrage de référence en la matière est celui du politologue américain Graham Alison : « Destinés à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? », publié en 2017[1]. Partant du fait que « c’est la peur inspirée à Sparte par l’ascension d’Athènes qui a rendu la guerre inévitable », Graham Alison a conduit un projet d’histoire appliquée à Harvard qui a révélé qu’au cours des cinq derniers siècles, la confrontation entre une puissance ascendante et une puissante régnante s’est produit seize fois et s’est soldée à douze reprises par une guerre. De là à penser que « les États-Unis et la Chine se dirigent tout droit vers la guerre »[2] il n’y a qu’un pas, que Graham Allison se refuse pourtant à franchir, estimant qu’une guerre ouverte entre la Chine et les États-Unis n’est pas une fatalité. Il s’agit simplement, nous dit-il, de reconnaître les tendances structurelles qui guident les relations entre ces deux grandes puissances, et qui provoquent un stress « tectonique » que les deux capitales doivent maîtriser pour éviter qu’une simple étincelle au large de Taïwan, entre les deux Corées, ou sur les îles Senkaku/Diaoyutai déclenche un conflit armé.

Observons du reste que cette crainte d’un conflit armé ne date pas de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le roman de fiction intitulé : « La flotte fantôme »[3], paru en 2015, et qui aurait, paraît-il, beaucoup inspiré les militaires américains, raconte l’histoire d’une guerre future dans laquelle la Chine, assistée par la Russie, lancerait une offensive sophistiquée sur les États-Unis dans le Pacifique, conduisant à l’occupation des îles hawaïennes. Il est intéressant de noter que l’offensive serait rendue possible par le fait que les puces électroniques, vendues par la Chine aux États-Unis, et présentes dans tous les systèmes d’armes américains, en particulier les drones et les missiles, permettraient aux militaires chinois de prendre le dessus. Tout rapprochement entre ce roman et les inquiétudes américaines vis-à-vis de l’entreprise chinoise Huawei serait sans doute purement fortuit…

En vérité, cette « Guerre froide » en cours de développement est bien différente de la précédente. D’abord parce que la Chine ne prétend pas à la domination idéologique et n’est pas une puissance expansionniste. C’est en tous les cas ce que prétend l’ancien ambassadeur de Singapour aux Nations unies, Kishore Mahbubani, dans un ouvrage très argumenté, intitulé : « Est-ce que la Chine a gagné[4] ? » et dont le titre résonne comme une réponse à l’interrogation de Graham Allison. En outre, quelle que soit sa puissance économique et technologique, la Chine ne dispose pas, pour le moment, d’un outil militaire lui conférant une portée mondiale. Surtout, elle ne constitue pas un modèle culturel exportable hors d’Asie et ne prétend pas le devenir. Son soft power est faible, du moins en Europe, où elle est vue comme un « partenaire, un compétiteur, mais aussi un rival systémique »[5]. Enfin, parce que les liens économiques et financiers tissés entre les États-Unis et la Chine et entre la Chine et l’Europe sont d’une telle ampleur qu’un conflit, même limité à sa dimension commerciale, conduirait à une « destruction économique mutuelle assurée ».

Certes, un accident militaire peut vite arriver tant les passions ont été exacerbées de part et d’autre depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Mais il est peu probable, si jamais un tel accident devait se produire, qu’il dégénère en guerre ouverte. La raison en est simple : les dirigeants chinois, en fidèles adeptes de Sun Tzu, ne dévieront pas de la stratégie consistant à vaincre sans combattre. Ils éviteront à tout prix un affrontement militaire et chercheront, par une politique de long terme, à isoler les États-Unis. C’est du reste ce que Donald Trump a réussi si bien tout seul. Si guerre il devait y avoir, on peut donc raisonnablement parier qu’elle resterait « froide ». Tout le problème est que les nations savent se montrer aussi irrationnelles que les hommes et les femmes qui les dirigent. Ce qui fait de la prédiction en matière de relations internationales un art difficile et donc intéressant.

L’Union doit-elle choisir un camp et si oui lequel ?

Il est évident qu’il n’y a pas, du point de vue de l’Union européenne, une symétrie de relations entre, d’une part, les États-Unis et, d’autre part, la Chine. L’histoire, la culture, la langue, l’économie, la technologie et par-dessus tout le régime politique sont autant de facteurs qui rapprochent infiniment plus les Européens des Américains que des Chinois. D’autant que, vue avec des lunettes d’Européens, la Chine est un contre-modèle en matière de droits de l’Homme et de libertés publiques et entretient une politique difficilement acceptable tant à l’intérieur de ses frontières vis-à-vis des minorités musulmanes (les Ouïghours), qu’à l’extérieur, par exemple au Tibet. Les événements récents de Hong Kong n’ont pas aidé à améliorer son image en Europe.

À cela, il faut ajouter le comportement chinois en matière de commerce international. En effet, son gouvernement a imposé des restrictions pour accéder à son marché qui se révèlent, à la longue, insupportables aux entreprises européennes. C’est, par exemple, l’obligation d’avoir des partenaires chinois qui bénéficient de transferts de technologie forcés et deviennent ensuite des compétiteurs féroces des entreprises européennes. Enfin, la mauvaise réputation de la Chine en Europe tient aussi au grand nombre d’affaires d’espionnage industriel. De tout cela, il résulte que la Chine part avec un handicap important vis-à-vis des États-Unis, pour gagner le cœur des Européens. La Chine a réussi son décollage économique et militaire. Mais elle n’a pas réussi à se faire admirer et encore moins à se faire aimer, du moins par l’Occident.

Mais il faut bien admettre, d’un autre côté, que les États-Unis de Donald Trump se sont montrés franchement hostiles vis-à-vis de l’Union. Au lieu de former un front commun, le président américain a laissé entendre qu’il s’occuperait de l’Union européenne sans même attendre d’en avoir fini avec la Chine[6].

Dans ce contexte, l’Union n’a pas d’autre choix que celui d’une politique d’équilibre en fonction de ses propres intérêts, sans renier ses valeurs, mais sans faire la leçon à quiconque. Quels pourraient en être les principes directeurs ?

Premièrement, il faut abandonner l’idée, au cœur de la politique américaine, dite « d’engagement » vis-à-vis de la Chine, selon laquelle on pourrait faire évoluer ce pays vers une démocratie par la seule vertu de l’ouverture des échanges. La Chine est une puissance d’un milliard et demi d’habitants et son histoire multimillénaire est différente de la nôtre. Dans cette histoire, la démocratie n’est ni une valeur ni un modèle. En se référant à l’histoire de la transition de l’Union soviétique vers la démocratie qui s’est transformée en quasi-disparition de la Russie, la Chine aurait tendance à faire de la démocratie un contre-modèle. S’il devait donc y avoir un jour des changements radicaux dans la façon dont est gouvernée la Chine, ces changements seront le fruit d’évolutions internes et certainement pas de pressions externes. Au contraire, toute pression externe visant à influer sur la forme du gouvernement chinois ou sur ses agissements dans ce qu’il considère relever de sa seule souveraineté (Tibet, minorités ouïghoures, Hong Kong, mer de Chine, droits de l’Homme, etc.), ne peut conduire qu’à un durcissement. Suivant un schéma moult fois éprouvé dans l’histoire, tout accroissement des pressions extérieures ne fait que servir de prétexte pour durcir la politique intérieure.

La deuxième idée est que la politique de l’Union doit être conditionnée par ses propres intérêts. Cela ne veut pas dire qu’elle doive renoncer à ses valeurs. Mais cela veut dire qu’elle ne peut les promouvoir qu’à la condition d’utiliser sa puissance à bon escient. Cela ne sert à rien de faire la leçon à la Chine ni de lui imposer des sanctions. Est-ce que les sanctions imposées à la Russie ont permis le retour de la Crimée à l’Ukraine ou la fin de la guerre dans le Donbass ? Un changement de régime en Corée du Nord ou en Iran ? Du reste est-ce que l’Union européenne se montre toujours aussi sourcilleuse en matière de droits de l’Homme ? A-t-elle pris des sanctions contre l’Arabie saoudite après le meurtre ignoble de Jamal Khashoggi ? Prendra-t-elle des sanctions similaires à celles qu’elle a prises vis-à-vis de la Russie si le gouvernement de Benyamin Netanyahu annexait une partie de la Cisjordanie ? Dans l’état actuel de sa puissance, la seule position possible pour l’Union européenne vis-à-vis des régimes autoritaires qui enfreignent les droits de l’Homme est celle énoncée dans la « stratégie globale » de 2016, d’un « pragmatisme à principes ». Comme l’explique justement Sven Biscop[7], cela veut dire coopérer avec la Chine chaque fois que cela est dans notre intérêt, aussi longtemps que nous ne devenons pas complices de violations des droits de l’Homme, ce qui doit être notre ligne rouge absolue. Cette coopération doit se faire en maintenant un dialogue critique, qui ne se résume ni à des incantations, ni à des leçons, ni à des sanctions. Les régimes autoritaires aussi sont sensibles à leur image.

L’Union européenne a des leviers de puissance sur la Chine, ne serait-ce qu’en matière commerciale et technologique. Elle a les moyens et le droit d’exiger – au sein de l’Organisation mondiale du commerce – que la Chine modifie ses comportements dans l’accès aux marchés publics, le respect de la propriété intellectuelle et la protection des investissements. L’affaire des réseaux de téléphonie mobile de cinquième génération (5G) et la possibilité de recourir aux infrastructures de l’entreprise chinoise Huwaei en fournissent un bon exemple. De ce point de vue, l’Union européenne ne doit pas se laisser bousculer par les États-Unis, qui n’ont pas attendu l’élection de Donald Trump pour placer des écoutes sur les téléphones mobiles des dirigeants européens. Un autre important domaine de coopération entre l’Union européenne et la Chine doit être l’action en faveur du climat où les intérêts des deux puissances sont alignés. Par ailleurs, en matière de développement des pays africains, les intérêts de la Chine et ceux de l’Union européenne devraient également converger. L’intérêt bien compris de l’Union est en effet que l’Afrique se développe le plus possible, ne serait-ce que pour fixer sur place les populations les plus fragiles et réduire sinon éviter de nouvelles vagues de migration. Dans cette perspective, une concertation avec la Chine serait plus avantageuse pour tout le monde que la compétition à couteaux tirés actuelle. Enfin, l’Union européenne et la Chine ont tout intérêt à prendre ensemble la défense du multilatéralisme, d’autant plus nécessaire après le retrait des États-Unis de toutes les organisations les plus importantes telles que l’Organisation mondiale de la Santé, sans être « naïf » et sans s’accommoder de l’entrisme souvent pratiqué par la Chine.

Enfin, la troisième idée qui doit guider la politique de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine est tout simplement de rester unie. Les États membres européens sont face à la Chine, mais aussi face à la Russie et aux États-Unis, dans la même situation que les tribus gauloises l’étaient face à Jules César. Compte tenu de l’exigence d’un vote unanime en matière de politique étrangère, il suffit à l’une de ces trois puissances d’avoir barre sur l’un quelconque des États membres pour bloquer toute politique. C’est une fragilité immense dont il nous faudra bien sortir un jour, et le plus vite sera le mieux.

L’Union européenne n’a donc aucun intérêt à se laisser embarquer dans la querelle sino-américaine. Quelle que soit notre proximité avec les États-Unis, la fin de la Guerre froide a montré que leurs intérêts et les nôtres ne coïncidaient plus automatiquement. Il faut donc aujourd’hui en tirer les conséquences. L’Union doit, elle aussi, agir en fonction de ses intérêts. Mais il ne suffit pas de dire que l’on va suivre sa propre voie. Encore faut-il la décrire et lui donner un contenu concret, ce qui en l’état actuel de la gouvernance européenne, est notre plus grand défi.

L’Union en sera-t-elle capable ou bien est-elle condamnée à disparaître dans le vide stratégique ?

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[1]     Graham Allison, Destined for war – Can America and China escape Thucyde’s trap?, First Mariner Books New York 2017 – version française : Vers la guerre – l’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide – Odile Jacob – Paris, 2019

[2]     Titre d’un interview donné par Graham Allison au Figaro Magazine, 3 mai 2019.

[3]     P. W. Singer and August Cole, Ghost fleet – Houghton Mifflin Harcourt, US, juin 2015.

[4]     Kishore Mahbubani, Has China won? The Chinese Challenge to American Primacy, Public Affairs New York, avril 2020.

[5]European Commission and HR/VP contribution to the European Council, EU-China – A strategic outlook, 12 mars 2019

[6]Propos tenus à la chaîne CNBC, le 21 janvier 2020, en marge du Forum économique de Davos. « Il n’y a pas plus dur en affaire que l’Union européenne. Ils tirent avantage de notre pays depuis des années (…) Je voulais attendre d’en avoir fini avec la Chine. Je ne voulais pas m’occuper de la Chine et de l’Europe en même temps (…) Maintenant, j’en ai terminé avec la Chine et j’ai rencontré le nouveau chef de la Commission européenne, qui est formidable. Mais j’ai dit, écoutez, si nous n’obtenons rien, je vais devoir agir et l’action sera des tarifs douaniers très élevés sur les voitures et autres choses qui entrent dans notre pays. »

[7]     Sven Biscop, European Strategy in the 21st century – new future for old power, Routledge, 2019.

https://www.iris-france.org/148755-va-t-on-vers-une-nouvelle-guerre-froide-et-si-oui-lunion-europeenne-doit-elle-choisir-son-camp/