Archives pour la catégorie Chine

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

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Après l’attaque de Daesh contre Palmyre, la Chine a renoncé au tracé traditionnel de la route de la soie historique (Bagdad, Palmyre, Damas, Tyr). Un tracé alternatif avait été envisagé, non plus à travers la Syrie, mais la Turquie. Il a également été abandonné.

Au cours de l’Antiquité, il existait aussi une route secondaire par Petra (Jordanie) et Alexandrie (Égypte). En définitive, la nouvelle route devrait passer par la Jordanie, puis se scinder vers l’Égypte et Israël.

Le tracé par l’Égypte a été validé par l’administration Obama. Washington a autorisé le doublement du Canal de Suez (déjà opérationnel) et la création d’une vaste zone industrielle (en cours).

L’administration Trump aurait autorisé le tracé par Israël. Le Shanghai International Port Group vient d’acheter la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod. La Chine construira également le tunnel du Mont Carmel pour doubler l’approvisionnement du port d’Haïfa.

En 2021, 90 % du commerce international d’Israël sera alors contrôlé par la Chine, ce qui signifie que celle-ci deviendra avec les États-Unis le co-protecteur du pays ; une perspective qui suscite une indignation dans les cercles militaires israélo-US.

Cette décision bouleverse complètement la géopolitique régionale. Jusqu’ici, Beijing était un partenaire commercial d’Israël (sauf en matière d’armement) et politique du Hamas (qui dispose d’une représentation à Beijing). Identiquement, la Chine fournissait des missiles au Hezbollah libanais. Désormais, le Hamas et le Hezbollah ne pourront plus attaquer des objectifs routiers, ferroviaires et portuaires israéliens sans entrer en conflit avec la Chine. On se souvient par exemple que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait expliqué qu’en cas d’attaque israélienne du Liban, il pourrait bombarder les matières nucléaires stockées à Haïfa, se félicitant ainsi de disposer de sa propre « bombe atomique ».

Cette décision bouleverse également la géopolitique mondiale. L’accord sino-israélien suppose l’autorisation de Washington. La stratégie commerciale chinoise bouscule les contraintes politiques qu’elle ignore. Elle modifie profondément le sens du Partenariat de l’Eurasie élargie, conclu entre la Chine et la Russie, qui sert aujourd’hui de fondement à l’alliance entre les deux pays.

En définitive, l’annonce de ce nouveau trajet révèle un accord secret entre Beijing et Washington, malgré l’escalade mutuelle des droits de douanes entre les deux Grands.

Si ce projet arrive à son terme, chaque État du Moyen-Orient va devoir se repositionner. Puis, ce sont tous les États du monde qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

http://www.voltairenet.org/article203516.html

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Inde : Malgré son acquisition de S-400, le dilemme géostratégique du pays reste entier

Inde : Malgré son acquisition de S-400, le dilemme géostratégique du pays reste entier


… mais Modi souligne que la Russie s’est toujours « tenue aux côté de l’Inde, que ce soit dans le secteur de l’énergie ou dans d’autres »


Par Pepe Escobar – Le 7 octobre 2018 – Source atimes.com

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre indien Narendra Modi, lors de leur rencontre à New Delhi le 4 octobre 2018. Photo: AFP/Sputnik/Mikhail Metzel

Le sommet Inde-Russie de 2018 restera sans doute dans les annales. À la surface des choses, l’enjeu principal en était l’acquisition ou non par l’Inde de cinq systèmes de défense S-400 russes, pour un montant de 5,43 milliards de dollars.

L’accord en fut scellé dès la fin de la rencontre entre le premier ministre indien Narendra Modi et le président russe Vladimir Poutine, à New Delhi. Les négociations avaient débuté en 2015. Les S-400 seront livrés en 2020.

Et la suite ? Des sanctions de l’administration Trump contre l’Inde, selon le CAATSA (Loi de réplique aux adversaires de l’Amérique via Sanctions) ?

Si seulement un tel changement géopolitique pouvait être aussi tranché.

Cet accord d’armement implique la Russie, l’Inde et la Chine – un trio clé, pour ne pas dire LE trio clé des pays des BRICS, membres de l’organisation de coopération de Shanghai (OCS). La nouvelle réalité est là : chacune de ces membres des BRICS/OCS sont à présent en capacité de déployer les très efficaces S-400.

Mais cela ne signifie pas que deux d’entre eux – l’Inde et la Chine – devraient forcément déployer des S-400 l’un contre l’autre en cas d’attaque unilatérale.

Poutine s’est montré catégorique : la Russie va mettre les bouchées doubles sur la coopération bilatérale avec l’Inde, non seulement dans le cadre de l’OCS, mais également à l’ONU et au G20. Modi, de son côté, a répété que l’Inde comme la Russie donnaient la priorité à un monde multipolaire.

Modi espère voir la Russie aider l’Inde à développer son programme spatial – qui a pour ambition d’envoyer des astronautes indiens dans l’espace dès 2022. Il a souligné que la Russie s’est toujours « tenue aux côté de l’Inde, que ce soit dans le secteur de l’énergie ou dans la poursuite de nos objectifs ».

« Nos objectifs » incluent, comme point essentiel, la synchronisation entre la Russie et l’Inde pour préserver le PAGC, également connu comme accord sur le nucléaire iranien. Une conséquence inévitable en est que l’Inde ne se privera pas d’acheter du pétrole et du gaz iraniens, même si elle encourt pour cela des sanctions américaines.

L’administration Trump pourrait même lever les sanctions contre l’Inde si – en accord avec la Loi d’Autorisation de la Défense Nationale – le président Trump décide que New Delhi n’a pas nuit aux intérêts stratégiques américains en achetant des missiles russes.

La décision, bien entendu, en reste totalement ouverte.

Faites vos choix, New Delhi

Au Forum économique russo-indien, le ministre au développement économique Maxime Orechkine s’est montré déterminé : l’Inde et la Russie sont engagées vers un rapprochement de leurs liens commerciaux et d’investissements, vers « un volume d’affaire de 30 milliards de dollars… et une montée en puissance des investissements jusque 50 milliards de dollars en 2025 ».

New Delhi a proposé, le mois dernier, la création d’une zone économique spéciale (ZES) pour les entreprises russes – en sus du « couloir vert » déjà discuté pour faciliter les échanges.

Tout cela rentre dans le cadre de relations historiquement bonnes entre la Russie et l’Inde. Mais pour l’instant, la vue d’ensemble en est plus nuancée, car elle fait ressortir les éléments de détail dans l’équilibre stratégique entre les trois grands pays partenaires des BRICS et de l’OCS.

Poutine et Xi Jinping ont déjà établi que les nouvelles routes de la soie, également connues sous le nom d’initiative la ceinture et la route (OBOR), ainsi que l’union économique eurasiatique (UEEA) allaient fusionner sur de nombreux aspects.

Voilà qui laisserait New Delhi sur le bord du chemin. L’Inde n’est pas alignée sur les nouvelles routes de la soie, et est même fermement opposée à l’un de leurs projets emblématiques : le couloir économique Chine-Pakistan (CPEC). Mais Pékin pourrait y remédier, par exemple en réajustant les détails du chemin du CPEC le long de la région du Cachemire.

Moscou et Pékin, de leur côté, sont très vigilants sur le fait que Washington peut utiliser l’Inde comme cheval de Troie pour saper l’intégration eurasiatique.

Pour preuve, le récent accord sur la compatibilité et la sécurité des communications [COMCASA, Communications Compatibility and Security Agreement, NdT], qui transforme de facto New Delhi en allié militaire des USA ; le nouveau statut de l’Inde, considérée par Washington comme seul « partenaire de défense majeur » ; et le rôle de l’Inde dans la résurrection du Quad sous l’administration Trump (avec le Japon et l’Australie), autant de mouvements interprétés par Pékin comme des tentatives d’encerclement en Mer de Chine du sud.

Le problème vient des hindous ultra-nationalistes au sein du parti politique de Modi (le BJP), qui soutiennent l’encerclement et/ou le confinement de la Chine. La raison clé, jamais explicitement citée, en est économique. Le BJP craint, si l’Inde adhérait aux routes de la soie, qu’un assaut « Made in China » ne vienne détruire les activités économiques intérieures indiennes, à l’image du destin funeste subi par certains secteurs économiques du Brésil, le pays des BRICS d’Amérique Latine réalisant le plus d’échange commerciaux avec la Chine.

Pékin et Moscou veulent que leur partenariat stratégique étendu – et leurs synergies – progressent sous forme d’un processus d’intégration eurasiatique, dirigé par les routes de la soie et l’union économique eurasiatique. Il n’est pas certain que l’Inde intègre cela dans ses priorités stratégiques.

La priorité stratégique de Washington est plutôt limpide : diviser pour mieux régner, en entravant par tous les moyens l’impulsion OBOR-UEEA-BRICS-OCS pour l’intégration eurasiatique et la multipolarité mondiale.

Aussi, l’accord pour les S-400 étant scellé, la balle est dans le camp de New Delhi. La politique dont se targue le pays d’« alignement multiple » laisse la question géostratégique en suspens ; l’Inde optera-t-elle pour le camp du « diviser pour  régner » américain, déguisé en « équilibre des pouvoirs », ou choisira-t-elle l’impulsion multipolaire vers l’intégration de l’Eurasie ?

Pepe Escobar

Note du Saker Francophone

Cet article est issu d'une analyse de dedefensa qui prend un peu de recul sur la vision "tonitruante et apocalyptique" de l'auteur.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophon

http://lesakerfrancophone.fr/inde-malgre-son-acquisition-de-s-400-le-dilemme-geostrategique-du-pays-reste-entier

 

Les Etats-Unis et l’Inde font un pas de plus vers l’alliance militaire

Les Etats-Unis et l’Inde font un pas de plus vers l’alliance militaire

Echanges cryptés, exercices militaires conjoints dès 2019… les Etats-Unis et l’Inde ont fait un grand pas en avant dans leur coopération militaire, du moins sur le papier. Pourtant, si le projet est ambitieux, nombre de points divisent encore les deux Etats. Iran et Russie sont autant de sujets qui pourraient compliquer la coopération et fragiliser la volonté commune d’endiguement de la Chine.

Jim Mattis et Mike Pompeo avec leur homologue indien respectif à New Delhi le 5 septembre

La venue de Mike Pompeo et Jim Mattis, respectivement secrétaire d’Etat et secrétaire à la Défense américains, le 5 septembre dernier, à New Delhi s’est soldée par la signature de deux accords majeurs. D’une part, les deux Etats se sont accordés sur la tenue d’exercices militaires terrestres, maritimes et aériens communs pour l’année 2019. D’autre part, ils ont signé le Comcasa (Compatibility Communication and Security Agreement), un accord qui permettra aux deux armées d’échanger en toute sécurité des informations. Il devrait, notamment, amener les Etats-Unis à fournir aux Indiens des informations détaillées sur les mouvements de troupes chinois, un atout qui avait manqué à New Delhi lors de la crise du Doklam, en 2017.

Contenir l’expansion chinoise

Ainsi, cet accord est directement destiné à contenir la puissance chinoise. Elle l’est, d’une part, en réduisant la vulnérabilité indienne à sa frontière septentrionale. En effet, la cuisante défaite subie par l’Inde en 1962 face à la Chine reste un traumatisme source d’inquiétudes à New Delhi. Sa position en contrebas des hauteurs himalayennes, qui sont dominées par Pékin, ne fait que renforcer cette vulnérabilité. D’autre part, la perspective d’exercices militaires conjoints doit damer le pion à la Chine à l’échelle de ce que les stratèges américains appellent la région “indopacifique”. C’est là que se rejoignent “Act East Policy” indienne et “pivot asiatique” américain. Alors que Pékin cherche à mettre la communauté internationale devant le fait accompli en imposant sa présence en mer de Chine, et renforce sa marine, des exercices communs sont un signal fort pour se réapproprier les espaces maritimes. De même que les Etats-Unis pratiquent ce type d’exercices avec la Corée du Sud et le Japon, ils cherchent à éloigner les Chinois de l’Océan Indien. A l’heure où Pékin tente d’enserrer New Delhi dans un « collier de perles » formé de ports sous son contrôle (Sittwe au Myanmar, Hambantota au Sri Lanka, Gwadar au Pakistan), des exercices militaires sont pour cette dernière le meilleur moyen pour respirer.

Toutefois, en même temps que la Chine, c’est le Pakistan qui est visé. Accusé par Washington de soutenir en sous-main les Talibans, Islamabad s’est rapproché de Pékin, notamment par le biais d’importants investissements en infrastructures. Le renforcement des relations avec l’Inde, en plus du gel de 300 millions de dollars d’aide militaire, doit mettre sous pression la république islamique. Cette dernière, hantée par le souvenir de trois guerres perdues face à l’Inde sera tentée de se jeter encore plus franchement dans les bras de son voisin chinois. Aussi, le rapprochement stratégique avec l’Inde est-il avant tout pour les Etats-Unis une façon de reconnaître la réalité et de s’y adapter, après la reconnaissance de l’Inde comme Partenaire Majeur de Défense en 2016.

Un accord fragile

Pour autant, l’accord a déjà du plomb dans l’aile. Il a d’abord fallu de fastidieuses négociations pour arriver à ce résultat car New Delhi redoutait que Washington ne pousse à cet accord que pour mieux l’espionner. Par ailleurs, l’Inde va à l’encontre de la politique de sanctions menées par les Etats-Unis. Non seulement elle importe 20% de son pétrole d’Iran, mais elle vient d’acheter à la Russie des missiles S-400, un sujet qui envenime déjà les relations turco-américaines. Si l’administration Trump s’est montrée prête à négocier, afin de sauver l’accord signé, les intérêts géopolitiques des deux puissances ne sont ainsi pas encore alignés. Mais le principal obstacle à un rapprochement durable entre Indiens et Américains réside dans la pensée stratégique indienne elle-même. En effet, l’Inde, très jalouse de son indépendance nationale, considère le statut de puissance comme une fin en soi. Elle cherchera donc toujours à conserver une indépendance stratégique à l’égard des Etats-Unis, quitte à fragiliser le front antichinois.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/37051-les-etats-unis-et-linde-font-un-pas-de-plus-vers-lalliance-militaire

Malin comme un ours

Malin comme un ours

Publié le 14 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Russie, Asie centrale, Gaz

Il y a deux mois, après le sommet de la Caspienne à Aktau, nous nous interrogions sur le fameux gazoduc transcaspien (TCP) censé transporter l’or bleu turkmène vers l’Azerbaïdjan, donc la Turquie et l’Europe :

Pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ? (…) Une officine impériale bien connue des spécialistes s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

La stratégie du géant russe n’est en effet pas étrangère au fidèle lecteur :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

Bingo ! On a appris il y a quelques jours que Gazprom devrait très vite reprendre ses achats de gaz turkmène :

Le russe Gazprom devrait reprendre à partir de début 2019 les importations de gaz en provenance du Turkménistan, qu’il avait arrêtées en 2016, a annoncé mardi son patron lors d’une visite dans la capitale turkmène. « Nous parlons d’une reprise des achats de gaz turkmène par Gazprom dans un futur très proche, à partir du 1er janvier 2019 », a indiqué M. Miller en soulignant que les détails du nouvel accord allaient bientôt être finalisés.

En 2015, Gazprom avait décidé de limiter ses volumes d’achats de gaz turkmène à 4 milliards de m3 par an alors qu’ils s’élevaient à 10 milliards de m3 par an depuis 2010. Un arrêt total des importations est ensuite intervenu au début de l’année 2016 et a mis sous pression l’économie turkmène, qui dépend fortement des hydrocarbures.

La Russie était le principal partenaire du Turkménistan dans le secteur gazier avant qu’elle ne laisse place à la Chine et son entreprise China National Petroleum Corporation vers le début de la décennie. Les importations de gaz turkmène vers la Chine par le biais d’un gazoduc passant par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, financé par Pékin, se situent actuellement entre 30 et 40 milliards de m3 par an.

Le Turkménistan, qui possède la quatrième plus importante réserve de gaz au monde, exportait des volumes similaires vers la Russie avant qu’ils ne s’effondrent à la suite d’une mystérieuse explosion sur un gazoduc en 2009 et d’un différend sur les prix.

A peine les Russes lèvent-ils leur veto sur la construction du TCP qu’ils reprennent leurs importations de gaz turkmène, vidant de sa substance le gazoduc transcaspien. Malin comme un ours…

Tout ce que vous devez savoir sur le système antiaérien S-400 Triumph

Tout ce que vous devez savoir sur le système antiaérien S-400 Triumph

AFP
Gros plan sur le meilleur système de défense antiaérienne au monde que l’Inde, la Chine et la Turquie ont acheté malgré la menace de sanctions américaines.

Début octobre, la Russie a signé un contrat de 5 milliards de dollars pour la livraison de systèmes de défense antiaérienne Triumph S-400 à l’Inde. Le nouveau système permettra au partenaire de Moscou de construire autour du pays un dôme impénétrable, capable de détruire toute menace émanant des airs.

Le S-400 est-il vraiment si efficace ? Pourquoi l’Inde, la Chine et même la Turquie (membre de l’Otan) sont prêtes à acheter des armes russes malgré les menaces de sanctions économiques américaines ?

Qu’est-ce que le S-400 et pourquoi est-il le meilleur au monde?

Le système de défense antiaérienne S-400 Triumph (ou « Growler » selon la terminologie de l’Otan) est un « poids lourd » du monde de la défense antiaérienne depuis son lancement en 2007.

Lire aussi : Les secrets du S-400 que Moscou a cachés à Ankara

Il peut déterminer toutes les cibles aériennes autour de lui dans un rayon de 600 km et les abattre à une distance de 400 km de son emplacement. Peu importe qu’il s’agisse de missiles de croisière à manœuvres rapides ou de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux qui volent vers la Terre dans l’espace proche depuis l’autre bout de la planète. Le système verra sa cible, la « verrouillera » et la frappera à une distance sûre.

Sa principale différence par rapport à son concurrent direct, le système américain MIM-104 Patriot, réside précisément dans sa capacité à voir et à abattre des cibles tout autour de lui. L’« américain » peut fonctionner et « regarder » uniquement dans une direction prédéterminée à un angle de 180 degrés.

En outre, réorienter les lanceurs Patriot et les préparer à nouveau pour la bataille prendra jusqu’à 30 minutes ! Pendant ce temps, les missiles auront le temps de toucher leurs cibles et la bataille sera perdue.

Lire aussi : Comment les opérateurs des systèmes de missiles russes S-300 et S-400 sont-ils formés?

Dans le même temps, l’« américain » abat la cible à mi-distance – 180 kilomètres contre les 400 russes. Cela joue un rôle important non seulement dans la lutte contre les missiles, mais également contre les chasseurs et les bombardiers – ces derniers n’ont aucune chance de larguer des ogives dans le rayon d’action du S-400.

Ces différents facteurs sont une des raisons pour lesquelles même un membre de l’Otan, la Turquie, a décidé d’acheter du matériel russe malgré la menace de sanctions économiques à son encontre.

Le complexe « Triumph » S-400 est livré aux troupes russes et étrangères dans le cadre d’une batterie de défense antimissile. Chacune d’elle comprend quatre rampes de lancement avec quatre missiles chacune. Au total, il y a donc dans une batterie 16 antimissiles capables d’abattre des chasseurs de cinquième génération et des missiles de croisière à une distance maximale de 400 kilomètres.

Lire aussi : Une version économique du système S-400 Triumph voit le jour

Et ceci ne tient pas compte des munitions de réserve, qui sont également incluses dans le montant du contrat et seront placées sur le champ de bataille. En outre, le contrat comprend également plusieurs véhicules de transport et de chargement, des stations radar, un poste de commandement et un certain nombre de véhicules de soutien.

Les données évoquées ci-dessus concernent la version la plus complète, que la Russie achète pour protéger ses frontières. Chaque système est préparé en vue de son expédition à un client étranger en fonction de ses souhaits et de ses capacités financières. En termes simples, comme dans le cas de l’achat d’une voiture, vous pouvez acheter l’ensemble avec toutes les options, mais aussi renoncer à certaines d’entre elles.

https://fr.rbth.com/tech/81662-russie-s-400-triumph

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 22 septembre 2018 – Source orientalreview.org

La Chine exploitera bientôt le port israélien de Haïfa, si tout se passe comme prévu.

Haaretz a publié un compte rendu sur une conférence, tenue fin août en Israël, au cours de laquelle Shaul Horev, ancien directeur du cabinet de la marine et président de la commission à l’énergie atomique, s’était alarmé de la prochaine remise à la Chine de la gestion du port stratégique de Haïfa. Ce changement avait été signé il y a trois ans et demi par le ministère des transports et les autorités portuaires, sans l’aval du conseil à la sécurité nationale ni de la marine elle-même, qui est semble-t-il directement concernée au vu de la proximité de sa flotte de sous-marins avec le port. La mise en œuvre imminente de l’accord a soulevé les angoisses habituelles quand au « piège de la dette », aux implications militaires, et assez étrangement, quant à se demander si Israël se détourne des USA.

Manifestement, ce à quoi nous observons résulte d’une faction des administrations militaires, de renseignements et diplomatiques permanentes de l’État d’Israël – ou « État profond » – qui veulent rejoindre la vision mondiale chinoise de la connectivité portée par les Routes de la soie (One Belt One Road – OBOR), alors que l’autre faction veut s’en tenir sans fléchir au soutien pro-américain de Tel-Aviv et empêcher ces initiatives, ce qui génère les frictions aux yeux du public sur ce sujet. Contrairement à ce que beaucoup dans les médias alternatifs pourraient imaginer, Israël et la Chine n’ont fait que se rapprocher au fil des dernières années, Pékin développant un intérêt pour la proposition du train « Red-Med » [Train à grande vitesse Tel-Aviv Eilat, NdT], qui viendrait relier mer Rouge et mer Méditerranée par voie ferrée, et qui pourrait compléter voire un jour constituer une alternative au canal de Suez.

L’accord israélien permettant à la Chine de s’étendre et de venir gérer le port de Haïfa constitue une indication de l’existence d’une faction influente de l’« État profond », désireuse d’ouvrir des alternatives à la dépendance stratégique de Tel Aviv envers les USA, en coopérant de façon pragmatique avec d’autres grandes puissances en cours de constitution, comme on l’a vu par ailleurs dans les coopérations avec la Russie au sujet de la Syrie. Cette faction semble projeter un rôle d’Israël quelque peu similaire à celui de son nouveau partenaire, l’Inde, en jouant le même jeu de « multi-alignement » entre grandes puissances, ce qui en théorie permettrait au pays de tirer le meilleur parti de la « compétition » pour sa « loyauté », en négociant plus cher auprès de chacune des parties, USA y compris.

À supposer que l’accord ne se voie pas entravé en dernière minute par la faction opposée et ses alliés américains sur des considérations de « sécurité nationale », Israël donnerait là aux routes de la soie leur meilleure caution internationale, ce qui d’ailleurs pourrait bien constituer la raison pour laquelle la Chine a monté ce projet dès le départ. Il est également possible, comme évoqué par Ber Cowen du Times of Israël, que la Chine maintienne des ambitions à long terme de contrôler les accès européens aux ressources du Golfe, via les ports méditerranéens, suite à un accord de paix en Palestine à venir qui verrait les monarchies arabes reconnaître officiellement Israël, et faire traverser des oléoducs sur son territoire pour économiser 40% des coûts de transport par rapport au transit par le canal de Suez.

Quelles que soient les intentions de la Chine – et il ne s’agit certainement pas de s’affranchir d’Israël dans un « piège de dette » ou d’espionner ses sous-marins – la controverse autour de cet accord révèle le fait que deux factions de l’« État profond » sont en compétition en Israël et ont rendu publique leur querelle sur Haïfa, chacune d’entre elles ayant ses raisons – très différentes – d’estimer que le grand jeu se verrait changé si l’accord devait se voir suivi de faits.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bruit-autour-de-laccord-chinois-sur-haifa-met-en-lumiere-les-divisions-au-sein-de-letat-profond-israelien

 

La volte-face indienne anéantit la stratégie quadripartite anti-chinoise de Trump

La volte-face indienne anéantit la stratégie quadripartite anti-chinoise de Trump


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 7 octobre 2018 Source

Le changement de politique étrangère de l’Inde, la semaine dernière, a désintégré la stratégie du gouvernement Trump contre la Russie et la Chine. Les déclarations des médias américains sur l’Inde vont maintenant changer. Le gouvernement indien dirigé par Narendra Modi sera soumis à un lourd tir de barrage de propagande.
Il y a deux semaines, le MoA Weekly Review avait évoqué l’accord corrompu au sujet de l’avion de chasse Rafale que le président Hindou-fasciste indien Modi avait combiné :

En bref : le gouvernement précédent a signé un contrat avec Dassault France pour l’achat de 126 avions Rafale pour 10,6 milliards de dollars. 30% du marché devait revenir au constructeur aéronautique HAL, appartenant à l’État indien, qui devait assembler la plupart des avions.

Modi a pris l’avion pour Paris et a fait modifier l’accord à l’insu de son cabinet et de l’armée du pays. L’Inde n’aura que 36 Rafales mais paiera 8,7 milliards de dollars pour les acheter. 30% des fonds iront à une société indienne privée appartenant au groupe privé Reliance, en grande partie en faillite, pour des projets sans rapports avec le contrat et sans transfert de savoir-faire.

On ignore encore combien Reliance, propriété de la famille Ambani, qui était autrefois très riche, verserait à Modi et à son parti. Il y a des appels à la démission de Modi, ce qu’il est peu probable qu’il fasse.

Le texte était basé sur un travail effectué sur le terrain par Caravan Magazine et lui était crédité.

Aujourd’hui, le New York Times a repris l’histoire sous le titre : With ‘Fishy’ Jet Deal, India’s Opposition Finally Lands a Blow on Modi[Avec l’accord louche sur les avions Rafale, l’opposition indienne assène enfin un coup à Modi ].

Le “journal de référence” a deux semaines de retard avec cette l’histoire, il n’ajoute rien de nouveau et ne crédite même pas Caravan qui a dévoilé les détails de l’accord corrompu.

La question est donc : Pourquoi cela a-t-il été publié maintenant ?

Les États-Unis avaient espéré pouvoir attirer à leurs côtés l’Inde, traditionnellement non alignée, et l’utiliser dans leurs guerres stratégiques contre la Chine, la Russie et l’Iran. La stratégie quadripartite d’une alliance indo-pacifique entre le Japon, l’Australie et l’Inde, sous la direction des États-Unis, a été adoptée il y a un an, soi-disant pour mettre en œuvre un “ordre basé sur des règles” dans lequel les États-Unis élaborent lesdites règles, énonçant ce que la Chine est autorisée à faire – ou à ne pas faire – dans le territoire indo-pacifique.

Les critiques du gouvernement Modi n’aimaient pas le rôle inféodé que l’Inde était supposée jouer dans ce jeu.

Ensuite, le Congrès américain, par le biais de la loi CAATSA (Countering Adversaries Through Sanction Act), a menacé l’Inde de sanctions si elle achetait les systèmes de défense antiaériens russes S-400. Trump menace également l’Inde de sanctions pour l’achat du pétrole iranien.

La critique nationale de la stratégie de Modi a pris de l’ampleur. Le scandale Rafale a ajouté à la pression. Après quelques hésitations, ce dernier a fini par changer de cap.

La semaine dernière, le président Poutine s’est rendu en Inde et a signé plusieurs contrats importants. L’Inde achètera 5 régiments (40 lanceurs) du système S-400 pour $5 milliards. En outre, les deux parties sont convenues d’un accord prévoyant la construction de 6 réacteurs nucléaires supplémentaires par des sociétés russes en Inde – deux réacteurs russes fonctionnent déjà en Inde et deux autres étant en construction. Les réacteurs coûtent environ $20 milliards chacun et seront construits au cours de la prochaine décennie. Rosneft a signé un contrat de dix ans pour fournir à l’Inde 10 millions de tonnes de pétrole par an. Il y a aussi un certain nombre d’autres nouveaux accords.

Les déclarations des dirigeants au sommet [ Poutine et Modi ] faisaient référence au multilatéralisme et la déclaration commune qu’ils ont publiée était un coup de pied au cul pour Trump. Dans le journalIndian Punchline, l’ancien ambassadeur indien, M. K. Bhadrakumar, a déclaré :

Nous semblons avoir rejeté l’idée de la «Quad» [groupe quadripartite] de l’administration Trump, qui était bien sûr une tentative à peine déguisée de créer un système d’alliances dirigé par les États-Unis en Asie-Pacifique afin d’isoler la Chine dans sa région. L’Inde se démarque de cette entreprise.

Dans un essai plus large, Bhadrakumar développe la perspective indienne :

La situation dans son ensemble est incomplète, sauf à s’inspirer des tendances mondiales pour conceptualiser notre réponse. Nous devrions mettre en perspective l’entente croissante sino-russe au lieu de la regarder avec scepticisme. L’entente souligne que la stratégie américaine visant à éloigner la Chine de la Russie et à les combattre séparément – la Chine sur le champ de bataille du Pacifique et la Russie sur le champ de bataille européen – n’a pas fonctionné. Au contraire, ce qui est en cours est un refoulement des États-Unis hors du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est. Washington montre des signes de nervosité. Cela explique la tentative désespérée des États-Unis d’attirer l’Inde dans une alliance militaire répondant à ses propres besoins. Nous ferions une grave erreur en croyant à tort qu’il s’agit de l’installation d’un «ordre international libéral», ce qui, bien entendu, n’est qu’un mythe américain.

Malgré les menaces de sanctions américaines, l’Inde continuera également à acheter du pétrole iranien:

L’Inde achètera 9 millions de barils de pétrole iranien en novembre, ont dit deux sources du secteur, indiquant que le troisième plus grand importateur de pétrole au monde continuerait à acheter du brut de la république islamique, en dépit de l’entrée en vigueur des sanctions américaines le 4 novembre.

La Chine continuera également à acheter des hydrocarbures à l’Iran.

Toutes ces transactions ne se feront évidemment pas en dollars américains, comme c’était la coutume, mais en monnaies bilatérales ou sous forme de troc. Les nouveaux accords entre l’Inde et la Russie, les déclarations du sommet russo-indien et les achats continus de pétrole par l’Iran sont d’énormes défaites pour les politiques antagonistes  de l’administration Trump contre la Chine, la Russie et l’Iran. Sa stratégie globale, visant à secourir le “moment unilatéral” en faveur des États-Unis, a échoué face à une Inde récalcitrante.

C’est la vraie raison pour laquelle le New York Times attire maintenant l’attention sur le scandale de corruption concernant le contrat Rafale et souligne l’opposition à Modi.

L’Inde, avec Modi est maintenant sur la liste officielle américaine des merdeux. Armez les canons de la propagande. Il est temps de changer de régime.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-volte-face-indienne-aneantit-la-strategie-quadripartite-anti-chinoise-de-trump

 

Ted Cruz s’inquiète que la «propagande» chinoise atteigne la Californie depuis le Mexique

Ted Cruz s’inquiète que la «propagande» chinoise atteigne la Californie depuis le Mexique


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 26 septembre 2018 – Source orientalreview.org

Le sénateur Ted Cruz réalise des actions de lobbying pour empêcher l’achat par une société chinoise d’une station radio mexicaine émettant sur le territoire des USA.

Il n’est pas à l’aise avec le projet d’une société basée à Hong Kong de racheter une station radio à proximité de Tijuana, craignant qu’il ne puisse s’agit d’une façade pour émettre de la « propagande » du gouvernement chinois envers son pays. Les USA et le Mexique ont un accord établissant que la FCC (Commission fédérale aux communications) doit approuver tous les accords de ce type au Mexique, dont le résultat serait que des émissions étrangères seraient diffusées à l’intérieur des frontières américaines. Cela rappelle le décret présidentiel 13848 signé par Trump il y a peu, qui trace la route vers des sanctions et peut-être même des censures des médias alternatifs liés à l’étranger se montrant critiques – ou à tout le moins, ne soutenant pas à l’excès – les politiques américaines intérieures et étrangères ; la campagne de lobbying de Cruz s’inscrit dans la même démarche, qui consiste à étayer le monopole de l’information, qui s’affaiblit par ailleurs, en s’appuyant sur les alertes que l’administration en place a levées quant à de supposées opérations d’influence chinoises.

On peut donc en inférer, par extrapolation, que l’establishment américain n’accorde pas à ses citoyens la confiance d’arriver par eux-mêmes aux « bonnes » conclusions dès lors qu’ils seraient exposés à des narrations diversifiées quant aux politiques intérieures et étrangères de leur pays. Cela plaide en faveur du fait que l’« exceptionnalisme américain » ne serait qu’un mythe, et que la plupart des gens cesseront d’y croire si on leur présente des arguments contradictoires. C’est la raison de cette obsession de garder le contrôle des informations et de ce cynisme permanent dans la société, qui s’est même incrusté dans l’air du temps, voulant qu’il ne suffit plus de qualifier une information de « propagande » pour que les gens cessent d’y prêter attention ; les effets en sont même souvent inversés comme dans le cas de RT.

Le sénateur américain Ted Cruz

Dans l’exemple présent, malgré la nouvelle guerre froide entre les USA et la Chine, se contenter de déclarer que les émissions diffusées par la station radio mexicaine par la société basée à Hong Kong constitueraient de la « propagande » ne suffirait pas inciter les Américains à les ignorer, des gens pourraient même s’intéresser à ces émissions à cause de cette labellisation. Apparemment, Cruz est tellement préoccupé qu’un nombre significatif d’Américains se mettrait à l’écoute de cette société chinoise malgré la rivalité géostratégique de ce pays avec le leur qu’il ne veut pas avoir à gérer les conséquences politiques que cela aurait, en Californie ou ailleurs. C’est ce qui le rend si catégorique quant à interdire purement et simplement ces émissions sur le sol américain. Mais cette démarche est contre-productive, et en dit beaucoup plus sur le manque de confiance de l’establishment américain à l’égard de ses propres récits que sur les intentions prétendues de la Chine.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophon

http://lesakerfrancophone.fr/ted-cruz-sinquiete-que-la-propagande-chinoise-atteigne-la-californie-depuis-le-mexique

Note du Saker Francophone

Outre cette dimension de contradiction intérieure aux USA, la CIA continue de subventionner des radios « démocratiques » émettant depuis des pays vassalisés vers l'« Axe du mal », comme par exemple vers l'Iran. Cela, bien entendu, ne pose aucun problème à Ted Cruz.

 

L’Inde, objet de toutes les convoitises

L’Inde, objet de toutes les convoitises

Publié le 9 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Sous-continent indien, Russie, Pétrole, Etats-Unis, Chine

Des nombreuses fois où Poutine est passé par l’India Gate de New Delhi, celle-ci restera assurément dans les annales.

Beaucoup a été dit et écrit sur la signature du contrat portant sur la livraison des S-400 à l’Inde. C’est la principale information retenue et il est vrai qu’elle est importante, comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Moscou a doté ses deux partenaires du triangle eurasien [Chine et Iran] de systèmes anti-aériens perfectionnés. Après la levée de l’embargo à destination de l’Iran, les premiers S300 sont déjà arrivés à Téhéran, réduisant à peu près à néant tout risque de guerre future irano-américaine.

Quant à la Chine, elle vient d’avancer le paiement et devrait recevoir ses S400 début 2017, sanctuarisant son territoire à un moment où les tensions avec les Etats-Unis s’exacerbent en mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne.

Le triangle se mue même en carré d’as avec la fourniture de S400 au vieil allié indien. Que le contrait ait été signé ou pas encore importe peu : New Delhi recevra sa part du gâteau pour fêter en fanfare son entrée dans le mouvement qui ne cesse de monter, l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Pour Moscou, c’est doublement bénéfique : apaisement des rivalités (notamment sino-indiennes) de ses alliés par la fourniture d’armements sophistiqués qui fait entrer des écus sonnants et trébuchants dans les caisses. Quant aux Américains, quelques années après avoir vu s’effondrer leurs rêves d’établir une présence continue au cœur de l’Eurasie afin de la maintenir divisée, ils voient maintenant avec horreur des pans de plus en plus importants du continent-monde échapper à leur menace potentielle.

Cet apaisement nécessaire à l’intégration de l’Eurasie passe effectivement par la sanctuarisation du territoire des rivaux. N’ayant désormais plus à craindre l’autre, ils n’en négocieront qu’avec plus de sérénité aux sein des structures dont ils font partie :

La date de livraison de ce qui est vraisemblablement le meilleur système SAM du monde devrait bientôt être finalisée. Rappelons que le contrat avait été signé lors du sommet 2016 des BRICS. Ironie de l’histoire, trois régiments (chacun comportant seize lanceurs) devraient être positionnés à l’ouest face au Pakistan et deux régiments à l’est face à la Chine, tous deux désormais partenaires de l’Inde au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai :

Gageons que l’OCS aura pour effet de gommer les différends entre les futurs ex-frères ennemis et rendra, dans quelques années, superflu cet achat de S400…

Depuis plusieurs années, et notamment depuis l’arrivée de Modi au pouvoir, le rapprochement sino-indien est entré dans une nouvelle phase, certes entrecoupée de rechutes comme lors de l’affaire bhoutanaise. Cette tendance générale au réchauffement des relations se constate y compris dans des dossiers mineurs, comme la proposition de Pékin de travailler de concert avec Delhi aux Maldives, archipel où les deux géants asiatiques se tiraient précédemment la bourre.

Par ailleurs, en achetant les S400 russes, l’Inde a envoyé bouler Washington et ses menaces de sanctions. Comme l’explique joliment un connaisseur :

« D’une part parce qu’elle sait que les Américains ont besoin de ne pas se l’aliéner afin de disposer, encore et toujours, d’un éventuel allié de revers contre la Chine. D’autre part parce qu’elle n’a pas besoin, elle, des Etats-Unis pour faire contrepoids aux Chinois. La Russie est là pour ça.

La Russie qui a toujours fourni le meilleur de sa technologie militaire à l’Inde avant de le faire à la Chine. Sauf, pour une fois, sur le système S-400, précisément. La Russie qui est la mieux placée pour assurer la stabilité de l’Asie centrale et y contenir avec l’Inde et la Chine la montée de l’islam radical, dont les risques de propagation inquiètent autant Moscou que Pékin et New Delhi. La Russie qui, elle aussi, continue de commercer avec l’Iran en dépit des sanctions américaines.

Que les Américains l’admettent ou non, ils ne pèsent rien sur la scène asiatique lorsqu’il s’agit du jeu à trois entre Russes, Chinois et Indiens. Ils ne sont qu’un joker éventuel dans le jeu de vieilles puissances pratiquant une autre diplomatie que la leur, sur un autre tempo chronologique, dans un autre champ moral et spirituel que celui des Etats-Unis. A la jonction de l’Altaï, du Pamir et de l’Himalaya, les rodomontades des rednecks ne pèsent rien. »

New Delhi est également en passe d’envoyer paître les menaces américaines dans un autre dossier. Deux compagnies publiques indiennes viennent de signer des contrats pour continuer à importer du pétrole iranien après la mise en place de la deuxième tranche de sanctions US, le 4 novembre. Il est d’ailleurs possible que les paiements soient effectués en roupies (tss tss dédollarisation, quand tu nous tiens…)

Plus généralement, l’Inde étudie très sérieusement la possibilité de court-circuiter le dollar, non seulement avec l’Iran, mais aussi avec le Venezuela et la Russie. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous en évoquions la possibilité il y a deux ans et demi.

Mais revenons à la visite de Vladimirovitch. D’autres accords ont été conclus, allant de l’énergie nucléaire à l’exploration de l’espace. Moscou invite également les Indiens à participer aux colossaux projets gaziers dans la péninsule de Yamal et dans l’extrême-Orient russe.

Last but not least, Poutine et Modi ont, dans leur déclaration finale, insisté à plusieurs reprises sur la « nécessité de consolider le monde multipolaire et les relations multilatérales ». Ils ont même évoqué l’idée d’une architecture de sécurité régionale dans la zone indo-pacifique. Décodage : l’unipolarité américaine est rejetée. En un mot :

Pour Moon of Alabama et l’excellent Bhadrakumar dont l’article est cité plus haut, Modi a signé la fin du QUAD. Quézako ? Votre serviteur a déjà eu l’occasion d’expliquer la stratégie américaine des chaînes d’îles afin de contenir l’Eurasie :

Les Philippines sont d’importance : dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elles sont la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

Pour faire simple, le QUAD est la troisième chaîne de containment de la Chine, composé de puissances économiques importantes, en arrière ligne, inféodées aux Etats-Unis : Japon, Australie et, du moins dans les rêves des stratèges US, Inde. Cette alliance informelle, créée au milieu des années 2000, a traversé diverses vicissitudes et connaît un regain de forme avec la sinophobie primaire du Donald, pour une fois d’accord avec son Deep State. D’aucuns voient dans le QUAD le prémisse d’une OTAN indo-pacifique.

Il y a deux mois, Modi avait déjà mis le holà, montrant ainsi de profondes divergences entre l’Inde et les deux autres valets de l’empire. Son idée de sécurité régionale, avancée lors du sommet avec Poutine, semble enfoncer un clou dans le cercueil du QUAD.

Attention toutefois. Un autre bon spécialiste, Pepe Escobar pour ne pas le nommer, est un peu moins optimiste, se méfiant des atermoiements de New Delhi entre multipolarité eurasienne et rapprochement avec Washington. Cela fait écho à ce que nous écrivions en 2016 après le sommet BRICS de Goa :

Inde-Russie :

L’alliance traditionnelle de la Guerre froide a largement survécu et les deux pays coopèrent toujours militairement, énergétiquement, diplomatiquement, financièrement (dédollarisation). 70% de l’armement indien est d’origine russe et nous apprenons d’ailleurs aujourd’hui que Moscou fournira ses fameux S-400 à l’Inde, la mettant au même rang que la Chine et au-dessus de l’Iran (qui n’a bénéficié « que » de S-300). La Russie est, avec le Japon, le seul pays de la planète à tenir annuellement un sommet bilatéral avec New Delhi. Bref, l’amitié indo-russe est là pour durer et il y a plus de chance qu’un homme mette le pied sur Pluton que de voir ces deux-là se placer dans des camps opposés. Sauf que…

Inde-USA :

Depuis plus de quinze ans, Washington travaille l’Inde pour tenter de la retourner. Cela avait déjà commencé sous Clinton (le mari), puis l’inénarrable « guerre contre le terrorisme » de Bush (le fils) avait pu faire croire à l’Inde que les Américains étaient sérieux. Soyons justes : l’AfPak post-2001 est sans doute le seul endroit du monde où Washington a réellement lutté contre le djihadisme/islamisme/terrorisme, et pour New Delhi, c’est tout ce qui comptait. A mesure que le double-jeu pakistanais apparaissait au grand jour, le rapprochement entre les Etats-Unis et l’Inde était inévitable. Ca ne va pas encore très loin mais quelques signes dérangeants sont apparus ces dernières années.

En 2009, l’empire avait fait pression sur l’Inde pour qu’elle abandonne l’IPI, gazoduc Iran-Pakistan-Inde déjà dans les cartons, et choisisse à la place l’aberrant TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Alors certes, la situation a un peu évolué depuis. Mais le fait que New Delhi ait pu, comme de vulgaires eurocrates de Bruxelles, succomber aux mirages énergétiques promus par tonton Sam laisse rêveur…

Et il y a deux mois, un accord inédit a été signé entre les marines des deux Etats. Pas de panique à bord, ce LEMAO autorise seulement les navires à faire relâche et à se ravitailler dans les ports du partenaire en cas d’exercices militaires ou de mission humanitaire et ne stipule en aucun cas le déploiement de troupes sur lesdites bases. M’enfin, tout de même… On sait très bien comment fonctionne l’entrisme américain et sa politique des petits pas.

En réalité, l’Inde ne cessera peut-être jamais son tango, ne souhaitant s’aligner sur personne et restant une subtile inconnue dans l’équation du Grand jeu. L’empire ayant déjà cédé tellement de cases sur l’échiquier eurasien, il ne peut se permettre de perdre totalement l’un des derniers pays encore un tant soit peu neutre du continent-monde. C’est sans doute la principale raison pour laquelle, malgré leur rage, les Américains n’oseront pas sanctionner New Delhi pour l’achat des S400 russes ou du pétrole iranien…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/10/l-inde-objet-de-toutes-les-convoitises.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

Alors que le président russe, Vladimir Poutine, lance des appels pressants aux pays occidentaux à participer à la reconstruction de la Syrie après plus de quatre années d’une guerre qu’ils ont provoquée et alimentée, la Chine s’engouffre dans la brèche entrouverte par le retour proche à la paix. Une « bonne volonté » qui n’est pas étrangère aux intérêts économiques chinois.

Le 5 août dernier, l’ambassadeur de la Chine en Syrie, Wang Qi Jian, rendait publique une lettre aux autorités syriennes dans laquelle Pékin se proposait d’intervenir sur le développement des infrastructures ferroviaires et portuaires – dont la construction d’un port à Tartus –  pour favoriser les échanges économiques et apporter une aide financière. « Nous voulons renforcer notre coopération avec la Syrie au niveau politique, militaire, économique et social », écrivait l’ambassadeur Qi Qianjin dans la lettre.

Au cours du Forum de la Coopération arabo-chinoise, en juillet dernier, la Chine annonçait l’apport de $20 milliards de dollars pour le développement et d’un package de $100 millions dédiés à l’aide humanitaire pour la Syrie et le Yémen.

Lors de la 60ème Foire internationale commerciale de Damas à laquelle ont participé plus de 200 entreprises chinoises, la Chine a, également, annoncé son engagement dans la reconstruction des usines d’acier et des centrales électriques en Syrie, la production de voitures chinoises à Homs et soulignait que les touristes chinois revenaient déjà à Damas. Pékin exprimait, également, sa volonté de développer la coopération dans le domaine de la sécurité.

Une façon indirecte et tardive pour la Chine de participer au conflit par des mesures comme le déploiement de personnel, une augmentation des ventes d’armes et d’équipements militaires et l’entraînement des forces militaires.  Une façon d’intervenir sans, toutefois, être présente sur le terrain, notamment en exprimant sa volonté de participer à la lutte contre le terrorisme en « renforçant la coopération internationale dans l’éradication de l’extrémisme en Syrie ».

Pendant le conflit, la Chine a opposé son veto aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui sanctionnaient les forces militaires extérieures intervenant dans la guerre et s’est limitée à des déclarations d’usage telles que la nécessité pour la communauté internationale de coopérer dans la lutte contre le terrorisme, la priorité d’un règlement politique de la question syrienne, l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et la nécessaire médiation de l’ONU. L’ambassadeur QI n’avait-il pas déclaré dans le passé que « Le peuple chinois partage les souffrances du peuple syrien » et que « quand (la Chine et la Syrie) auront surmonté la crise actuelle, l’amitié sino-syrienne sera aussi forte que Palmyre et la Grande Muraille »…

Christine Abdelkrim-Delanne

http://www.afrique-asie.fr/la-chine-sur-les-starting-blocks-en-syrie/