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Le Venezuela et la guerre de l’empire contre les Peuples: les vautours du «fracking»

Le Venezuela et la guerre de l’empire contre les Peuples: les vautours du «fracking»

 

 

L’objectif annoncé des vautours est de venir en « aide humanitaire urgente aux victimes du socialisme chaviste » et d’appliquer massivement dans le sol de la République bolivarienne la technique d’exploitation pétrolière connue sous le terme de « fracking » ». Il s’agit là d’une ancienne et prédatrice méthode d’exploitation d’hydrocarbures qui « optimise » le séchage plus ou moins efficace des réservoirs par le « simple fait » d’injecter des millions de litres d’eau à haute pression. Cela provoque la pénurie d’eau potable accessible aux populations. Il est primordial de préciser qu’à cette eau est mélangée plus d’une centaine de produits chimiques, dont l’acide chlorhydrique et autres substances cancérigènes, qui finiront tôt ou tard dans les aquifères/nappes phréatiques, empoisonnant les captations d’eau des villes et villages.

Reçus à bras ouverts, notamment par les gouvernements limitrophes de Jair Bolsonaro au Brésil et de Iván Duque Márquez en Colombie, les géants de l’exploration pétrolière n’en peuvent plus d’impatience. Déjà présents pour la plupart sur le territoire vénézuélien, ils sont contrariés par la campagne de Nicolás Maduro, lancée en 2015, contre les méthodes prédatrices de fracturation hydraulique. Celle-ci les empêche jusqu’à présent de mener « librement » leurs opérations. Cette technique est aussi connue sous le nom de « extraction de gaz et pétrole de schiste par fracturation hydraulique » ou « fracking » en anglais -que je traduirais par viol de la Terre.

L’objectif annoncé des vautours est de venir en « aide humanitaire urgente aux victimes du socialisme chaviste et d’appliquer massivement dans le sol de la République bolivarienne la technique du « fracking » » -autant dire une méthode assassine ! Il s’agit là d’une ancienne et prédatrice méthode d’exploitation d’hydrocarbures qui « optimise » le séchage plus ou moins efficace des réservoirs par le « simple fait » d’injecter des millions de litres d’eau à haute pression. Cela provoque la pénurie d’eau potable accessible aux populations. Il est primordial de préciser qu’à cette eau est mélangée plus d’une centaine de produits chimiques, dont l’acide chlorhydrique et autres substances cancérigènes, qui finiront tôt ou tard dans les aquifères/nappes phréatiques, empoisonnant les captations d’eau des villes et villages.

La méthode utilise un début de forage vertical ou conventionnel, de profondeur variable jusqu’à 2 km, auquel est appliqué au niveau du réservoir une déviation importante du puits, devenant en ce point –kick off point ou point de départ- un puits horizontal ou non conventionnel, foré jusqu’à 3 km de long. Le contact à l’horizontal avec les formations géologiques huilières est fortement allongé par rapport à la méthode conventionnelle -normalement sur des roches poreuses-, mais comme la roche réservoir est ici plus compacte, elle a besoin d’être fracturée sur plusieurs interventions dans toute sa longueur. Pour rendre l’extraction possible, beaucoup plus de puits sont nécessaires, ce qui signifie l’application d’un grand nombre d’injections chimiques.

L’extérieur des tuyauteries du puits est injecté et revêtu de ciment. Pour créer un contact des tuyaux avec la roche productive à fracturer, il faut déflagrer des charges explosives au bout du puits. Les industriels clament la propreté de la méthode arguant le puits entouré par du ciment, mais ce n’est cependant la réalité dans la zone productive, cible des explosifs et du « fracking » où des failles et autres discontinuités géologiques peuvent emmener les produits de la fracturation et contaminer les nappes d’eau souterraines. De plus, le revêtement du puits en ciment n’est sûrement pas éternel, ce qui engendrera des contaminations plus importantes à moyen et/ou à long terme. L’erreur humaine lors d’opérations si complexes techniquement n’est jamais improbable.

Dans le processus de fracturation des roches, une partie piégée du gaz -le méthane, CH4- finit par s’échapper dans l’atmosphère. Alors qu’en France l’agriculture/sylviculture est la principale responsable des émissions de ce puissant gaz à effet de serre -25 fois plus puissant que le CO2-, les scientifiques ont commencé à réaliser l’énorme sous-estimation planétaire d’émissions de méthane en provenance des puits de pétrole et de gaz de schiste.

Graphique 1 – Concentration atmosphérique de CH4 en parties par milliard (ppb)

S’ajoutent les réactions des composants acides avec les roches carbonatées qui produisent du CO2 -dioxyde de carbone-, tout cela en amont du raffinage et de la combustion finale d’hydrocarbures dans nos industries, nos voitures.

-Bonjour la lutte contre le réchauffement climatique. Merci à l’empire de ce beau cadeau, une sorte de legs aux générations futures -une multitude de poisons répandus dans l’atmosphère, la mer, les rivières, le sol et un changement mortifère du climat assuré.

Quand Emmanuel Macron et une bonne partie des pays de l’UE valident un usurpateur  comme Juan Guaidó dans une posture suiviste de Donald Trump -président du pays siège de la majorité des entreprises prédatrices usagères du « fracking » à grande échelle-, ce sont les techniques de fracturation hydraulique qu’ils valident et tous les graves inconvénients, empoisonnements qui en découlent.

Le poids et l’influence des groupes pétroliers sur les gouvernements du vieux continent sont si forts que ces derniers se plient volontairement sous un honteux asservissement à ces entreprises massacreuses sans scrupules. Et ne croyez pas que les vampires ne vont revenir à la charge en France pour nous aider à devenir « producteurs de malheur = gaz de schiste ». L’argumentation se revêt constamment de points exclusivement positifs, taisant détériorations, dégradations et saccages cependant systématiquement induits : créer des emplois, faire croître l’investissement, l’autonomie énergétique… stop à ce baratin ! Halte à la destruction de notre unique, singulière et bien aimée planète Terre !

L’impact du « fracking » à la base de l’actuelle crise vénézuélienne

La production de pétrole de l’Arabie saoudite est, depuis quelques années, étirée à sa limite maximale. Afin de baisser les cours pétrolifères les États-Unis d’Amérique ont décidé en 2011, à la suite des printemps arabes, d’envahir les marchés avec leur propre production, celle des réserves stratégiques -à grande profondeur, dans les roches-mères à huile, plus compactes, seulement exploitables par fracturation hydraulique. Les USA sont aujourd’hui premier producteur mondial de brut, surpassant la Russie et l’Arabie saoudite avec environ 12 millions de barils par jour. Ils sont aussi tout en haut de la liste pour le gaz naturel avec 734 milliards de mètres cubes -m³- en 2017.

Graphique 2 – La production s’envole, la planète crève

Les responsables des politiques US ont ainsi fait usage de cette arme de destruction massive environnementale au détriment de la santé de leurs concitoyens [1][2]. Inonder les marchés avec leur production permet aujourd’hui d’imposer l’interdiction d’achat du pétrole iranien et de fragiliser les pays qui dépendent de la vente de brut.

Graphique 3 – Tight oil = shale oil = pétrole « serré » de schiste

L’objectif ultime de cette méthode correspond à déstabiliser un maximum de pays à potentiel pétrolifère avec des guerres, la mise en place de gouvernements ultra-libéraux et diffuser le pillage partout. La chute des cours a été multifactorielle -ralentissement de l’économie chinoise, accès aux marchés du pétrole iranien en 2016- mais elle se doit surtout à l’augmentation de la production nord-américaine.

Graphique 4 –L’arme de destruction massive -le « fracking »- et la chute des cours du brut

Comme conséquence nous avons constaté la dégringolade des économies brésilienne et vénézuélienne, qui ont entraîné le coup d’État au Brésil contre Dilma Rousseff en 2015/2016 et le début des problèmes économiques du gouvernement de Nicolás Maduro en 2013/2015, exacerbés par le sabotage généralisé des impérialistes occidentaux [3]. Certains oseraient prétendre ce fait fortuit : il s’agit des deux États qui consacraient le plus de recettes pétrolières à des mesures sociales, contre la pauvreté et pour l’accès de tous à une vie digne.

L’exemple « vautouresque » du pillage de l’Angola

En tant qu’ex-géologue diagraphiste et ex-ingénieur de données de forage, je vais essayer de résumer nos actes à Cabinda, sur plateforme en mer profonde (426 m) dans le bloc 14 -mon chez moi de 2006 à 2008. L’enclave de Cabinda -entre la République Démocratique du Congo et le Congo Brazzaville- est responsable de plus de 50 % des exportations angolaises de pétrole. La production de brut en Angola avoisine 1,5 million de barils par jour.

Vue aérienne de l’enclave de Cabinda, Angola

Le consortium CABGOC -détenu par l’américain Chevron + les partenaires européens Total + Eni + Galp + l’angolais étatique Sonangol- contrôle les opérations d’extraction pétrolière à Cabinda. Je décris ici une fraction infime des opérations sur le bloc 14.

CABGOC -Cabinda Gulf Oil Company- a foré une série de puits conventionnels à 90 km de la côte angolaise dans le bassin du Congo. Au centre de cette multitude de puits, ils ont construit en 2006 une méga plateforme collectrice -« CPT » ou « Compliant Piled Tower », un investissement de 2,2 milliards de dollars-, qui pompe et dégaze les hydrocarbures produits par tous ces puits.

On forait souvent des « puits injecteurs » autour de chaque puits producteur afin de maintenir un différentiel de pression dans le champ et ainsi s’assurer que l’or noir se « dirige » dans les puits producteurs. Si à la fin de la stabilisation d’un puits producteur, sa mise en production ne fournissait pas de débit, alors à ce stade on voyait arriver les représentants d’Halliburton avec leur bateau-container -le « Frac boat »- qui pompaient vers l’intérieur du puits une solution fluide à base d’acide chlorhydrique et toute une panoplie de produits chimiques prêts pour la suite, déjà sur place, gérés par la compagnie des fluides/boues de forage.

Le « Frac boat » avant le « Frac job« , Bassin du Congo, Cabinda, Angola

Cette soupe fluide acide/toxique incorporait une espèce de billes de sable -« proppants », « agents de soutènement » en français- permettant de maintenir ouvertes les micro-fractures de la roche réservoir, créées par l’injection acide à haute pression, amenant le fluide carboné piégé dans la roche à fluer dans le puits -dans le mélange gaz/huile, à grande profondeur/haute pression plusieurs composantes de la fraction gazeuse sont à l’état liquide.

Mon poste consistait à aider à monitorer les opérations de forage dans leur ensemble. C’est à ce stade que j’ai compris être complice d’opérations de fracturation hydraulique acide. Et il en est ainsi sans cesse, d’un puits vers un autre, pour obtenir le maintien de production à un certain niveau et bien « presser » le réservoir jusqu’à la dernière goutte exploitable. Le pétrole était contenu dans des roches sableuses, poreuses et donc, théoriquement, non cibles de « fracking ». Question pertinente, piste pour d’autres travaux d’investigation : les grands « majors » pétroliers sont-ils aujourd’hui en train d’utiliser cette méthode dans tous les champs pétrolifères planétaires ?… !

La merveilleuse Cabinda : terre tropicale, Peuple généreux, terre de misère

Souvent, les ouvriers de Cabinda -les « Cabindas »- m’approchaient et commentaient : « C’est quand même fou, il n’y a pas si longtemps qu’on a foré ce puits et il faut déjà intervenir pour le nettoyer ». Ce n’était pas du nettoyage de puits qu’on effectuait, mais du pressage de réservoir à coup d’acide ! J’ai ainsi réalisé l’incompréhension des ouvriers locaux de la réelle nature de nos actes. Verrouiller le savoir c’est aussi maintenir la population dans l’ignorance et loin des sentiments légitimes de révolte.

Régulièrement, d’autres épisodes de fuites diverses, souillant immanquablement les zones côtières, étaient relatés par les « Cabindas », qui se plaignaient de la qualité ou du manque de poissons, ne pouvant plus pêcher ni nourrir leur famille [4].

J’entendais souvent au téléphone interne de la plateforme le mot « overboard » -« par-dessus bord »- et ce n’était pas que de l’eau que l’on jetait…

Les navires pétroliers arrivaient directement des USA à un grand bateau d’emmagasinement « FPSO » -une plateforme de stockage et dégazage d’hydrocarbures voisine de la méga tour « CPT »- et repartaient dans un ballet frénétiquement incessant de vaisseaux. La « CPT », nommée « BBLT » -Benguela, Belize, Lobito, Tomboco, homonymes de quatre villes angolaises- était constituée d’une tour de dégazage qui produisait une flamme gigantesque ne s’interrompant jamais. La structure mesure 512 mètres du fond marin à la pointe de la tour de forage.

La tour BBLT et le dégazage permanent

Les vautours se fichaient royalement de ces obscènes quantités de gaz brûlé -alors que les Angolais en campagne n’ont même pas de gaz pour cuisiner leurs aliments-, ils n’étaient là que pour le pétrole à raffiner sur le sol américain et ensuite permettre le plein des méga-voitures hyper voraces en essence, destinées aux méga-embouteillages qui noircissent le ciel nord-américain et font exploser en stress les mères et pères qui passent une bonne partie de leur temps dans ces enfers démesurés -les bouchons- au lieu de vivre du bon temps avec leurs enfants en famille.

Quid du désastre environnemental et tous ces produits acides, cancérigènes répandus dans la mer/nature. Quid du réchauffement climatique et le « gaz-pillage » ! J’ai honte d’avoir participé à ça !

L’empire du « fracking » se répand

Alors imaginons cette méthode à terre. Cela se déroule en ce moment en Colombie malgré une forte opposition populaire [articles bientôt sur Investig’Action], en Argentine -Patagonie le « eldorado du fracking » pour Total, Shell, Exxon à « Vaca Muerta » [5]-, en Pologne -le premier producteur de gaz de schiste en Europe-, en Angleterre -alors qu’en Écosse se déroule une polémique juridico-politique autour de ce sujet [6]-, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Autriche, et partout où la démocratie cède au capital néolibéral.

Un projet au Portugal risque de voir le jour dans un an, au détriment de la loi qui interdit l’exploration et la production non-conventionnelles. L’entreprise « Australis Oil & Gas » dont un des multiples actionnaires est la banque JP Morgan, dispose d’une année pour présenter une étude d’impact environnemental et a déjà commencé à déployer une campagne de désinformation chez les Lusitaniens.

En France les lobbies pétroliers, toujours très actifs, n’ont pas perdu de vue le Bassin de Paris, le Sud-Est, les Cévennes, Cahors, etc. La loi interdit actuellement l’usage de cette technique en France où personne n’est choqué d’importer du pétrole et du gaz de schiste américains [7].

Le géant de la pétrochimie Ineos -au centre de la polémique écossaise-, propriété du capitaliste le plus riche du Royaume-Uni -Jim Ratcliffe- va investir 3 milliards d’euros dans la création d’un site industriel sur le port d’Anvers en Belgique, qui sera approvisionné principalement par du gaz de schiste [8]. Les russes Gazprom et les norvégiens Statoil exploitent des gisements aux USA en utilisant la fracturation hydraulique. La Chine avec les premières réserves mondiales de gaz de schiste au monde -31 500 milliards de m³-, entre dans la course du « fracking ». Le site de Sud-Sichuan dans le Sud-Ouest chinois a produit en 2018 autour de 4,2 milliards de m³ de gaz.

Y aurait-il une lueur d’espoir quelque part dans le monde ?

Le Peuple, toujours le Peuple ! Il n’y a que lui pour stopper le désastre environnemental annoncé. L’information est et sera la clé vertueuse de la légitime volonté populaire. Il faut croire que les symboles qui représentent le combat environnemental, comme la jeune suédoise Greta Thunberg [9]et le combat social révolutionnaire du mouvement français des Gilets Jaunes [10][11], soient l’étincèle qui donnera naissance à une nouvelle société juste et digne.

Pour une vie saine, stoppons les vautours du « fracking » !

Paulo Correia

 

Cet article a été d’abord publié par Investig’Action.net, le 27 avril 2019. Il paraîtra également sur Journal de Notre Amérique en mai 2019

 

Références :

Données du graphique 1 : https://www.eea.europa.eu/data-and-maps/indicators/atmospheric-greenhouse-gas-concentrations-6/assessment

Données des graphiques 2, 3, 4 : https://www.eia.gov/

Notes:

[1]-https://www.bbc.com/news/science-environment-39032748

[2]-https://www.commondreams.org/news/2011/12/01/what-killed-dunkard-creek-residents-pennsylvania-and-west-virginia-say-fracking

[3]-https://www.investigaction.net/fr/comprendre-le-blocus-contre-le-venezuela-2e-partie-les-faits/

[4]-http://pt.rfi.fr/angola/20171117-angola-chevron-em-tribunal-por-derrame-em-cabinda

[5]-http://www.opsur.org.ar/blog/2019/03/04/en-argentine-la-patagonie-est-le-nouvel-eldorado-du-gaz-de-schiste/

[6]-https://www.bbc.com/news/uk-scotland-scotland-politics-47709231

[7]-https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de

[8]-https://www.lecho.be/entreprises/chimie/sans-le-gaz-de-schiste-nous-ne-pourrions-pas-investir-3-milliards-a-anvers-ineos/10087660.html

[9]-https://www.investigaction.net/fr/vous-les-adultes-vous-chiez-sur-notre-avenir-portrait-de-greta-thunberg/

[10]-https://www.investigaction.net/fr/gilets-jaunes-la-revolution-davril/

[11]-https://www.investigaction.net/fr/tous-au-rond-point/

 

 

Paulo Correia est musicien, ex-géologue pétrolier et collaborateur de la rédaction au Journal Notre Amérique (Investig’Action). Il co-anime avec ses chroniques d’opinion le blog « Ideia perigosa – Idée dangereuse » . Photos du chroniqueur.

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Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

un avion US transportant une aide humanitaire destinée au Venezuela

Moscou: les États-Unis transfèrent des troupes et du matériel vers le Venezuela

© AP Photo / Fernando Vergara
International

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Préparant une provocation au Venezuela, les États-Unis continuent de transférer des forces spéciales et du matériel militaire vers les frontières du pays, a indiqué la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Lors d’un point de presse au ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova a confirmé que les États-Unis préparaient une provocation à grande échelle au Venezuela afin d’aider l’opposition à renverser le pouvoir légitimé dans le pays.

«Washington est en train de préparer une provocation et il le fait conformément à toutes les règles de la science militaire […]. Nous constatons le transfert de forces spéciales américaines et de matériels militaires plus près du Venezuela», a-t-elle déclaré.

Mme Zakharova a noté que cette provocation, préparée sous la couverture de livraison d’une aide humanitaire américaine au pays, avait pour but de donner un prétexte aux adversaires du pouvoir vénézuélien pour renverser le Président légitime Nicolas Maduro.

«Le déroulement des événements au Venezuela est arrivé à un point critique, tout le monde le comprend. Une dangereuse provocation à grande échelle est prévue pour le 23 février: conduit par Washington, le passage de la frontière vénézuélienne par un soi-disant convoi humanitaire risque de provoquer des affrontements entre partisans et opposants du gouvernement en exercice et donne un prétexte commode pour une action militaire visant à renverser le Président légitime», a ajouté la diplomate.

Livraison d’armes pour l’opposition vénézuélienne

Il n’est pas exclu, a poursuivi Mme Zakharova, que l’opposition vénézuélienne puisse recevoir par l’intermédiaire des États-Unis une importante quantité de matériels militaires en provenance d’un pays d’Europe orientale.

«Selon nos données, des sociétés américaines et leurs alliés de l’Otan envisagent l’achat d’un important lot d’armes et de munitions dans un pays d’Europe orientale en vue de leur transfert aux forces de l’opposition vénézuélienne. Nous parlons de mitrailleuses de gros calibre, de lance-grenades et de lance-roquettes, de systèmes de défense antiaérienne portatifs, de munitions pour armes légères et pour armes d’artillerie à diverses fins. Ceci amène à poser la question de savoir ce qui est entendu par la livraison d’une aide humanitaire», a-t-elle ajouté.

Et d’ajouter:

«Une piste ukrainienne peut être retrouvée dans cette histoire absolument laide. Selon nos informations, l’entreprise Antonov pourrait y être impliquée».

La diplomate a noté que la livraison des armes au Venezuela devrait être effectuée début mars en plusieurs lots à travers un pays voisin avec utilisation des avions de la société de transport international.

Rappelons que l’opposition vénézuélienne avait déclaré que des livraisons d’aide humanitaire en provenance des États-Unis seraient effectuées dans le pays à partir du 23 février. En réponse, Nicolas Maduro a annoncé que l’envoi de cette aide était un «show politique» et un «attrape-nigaud», et que le gouvernement l’empêcherait. Par la suite, les autorités ont fermé la frontière maritime avec les Petites Antilles.

Ce jeudi 21 février, le Président vénézuélien a également annoncé la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil. En outre, il n’a pas exclu la fermeture de la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

La crise politique au Venezuela a éclaté quand l’opposant Juan Guaido, renvoyé le 22 janvier du poste de président de l’Assemblée nationale vénézuélienne sur décision de la Cour suprême, s’est autoproclamé le lendemain «Président en exercice du pays» et a prêté serment au cours d’une manifestation. Donald Trump l’a reconnu comme «Président par intérim».

Une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, en ont fait de même. La France l’a également reconnu comme «Président en charge». Le Président Nicolas Maduro a qualifié Juan Guaido de pantin des États-Unis.

La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs autres pays ont, quant à eux, soutenu Nicolas Maduro en tant que Président légitime du Venezuela. Le Kremlin a qualifié la décision de certaines nations européennes d’«ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela».

https://fr.sputniknews.com/international/201902221040120323-usa-mascou-troupes-venezuela/

 

L’effroyable destruction à venir du « Bassin des Caraïbes »

Alors que le président Trump a annoncé le retrait des troupes de combat US du « Moyen-Orient élargi », le Pentagone poursuit la mise en œuvre du plan Rumsfeld-Cebrowski. Il s’agit cette fois de détruire les États du « Bassin des Caraïbes ». Pas du tout, comme dans les années 70, du renversement de régimes dits « pro-Soviétiques », mais de la destruction de toutes les structures étatiques régionales sans considération des amis ou des ennemis politiques. Thierry Meyssan observe la préparation de cette nouvelle série de guerres.

| Damas (Syrie)

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Dans une série d’articles précédents, nous avons présenté le plan du SouthCom en vue de provoquer une guerre entre Latino-américains afin de détruire les structures étatiques de tous les États du « Bassin des Caraïbes » [1].

Préparer une telle guerre, qui devrait succéder aux conflits du « Moyen-Orient élargi » dans le cadre de la stratégie Rumsfeld-Cebrowski, demande une décennie [2].

Après la période de déstabilisation économique [3] et celle de préparation militaire, l’opération proprement dite devrait débuter dans les années à venir par une attaque du Venezuela par le Brésil (soutenu par Israël), la Colombie (allié des États-Unis) et le Guyana (c’est-à-dire du Royaume-Uni). Elle serait suivie d’autres, à commencer contre Cuba et le Nicaragua (la « troïka de la tyrannie » selon John Bolton).

Cependant, le plan initial est susceptible de modifications, notamment en raison du retour des ambitions impériales du Royaume-Uni [4] qui pourrait influer sur le Pentagone.

Voici où nous en sommes :

Évolution du Venezuela

Le président vénézuélien Hugo Chávez avait développé des relations avec le « Moyen-Orient élargi » sur une base idéologique. Il s’était particulièrement rapproché du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et du président syrien Bachar el-Assad. Ensemble, ils avaient imaginé la possibilité de fonder une organisation intergouvernementale, le « Mouvement des alliés libres » sur le modèle du « Mouvement des non-alignés », celui-ci étant paralysé par l’alignement au cours du temps de certains de ses membres sur les États-Unis [5].

Si Nicolas Maduro tient le même discours qu’Hugo Chávez, il a choisi une toute autre politique étrangère. Il a certes poursuivi le rapprochement avec la Russie et a, à son tour, accueilli des bombardiers russes au Venezuela. Il a signé un contrat d’importation de 600 000 tonnes de blé pour faire face à la disette dans son pays. Surtout, il s’apprête à recevoir 6 milliards de dollars d’investissements dont 5 dans le secteur pétrolier. Les ingénieurs russes prendront la place qui revenait aux vénézuéliens mais que ceux-ci ont laissé vacante.

Nicolas Maduro a réorganisé les alliances de son pays sur de nouvelles bases. Il a ainsi noué des liens étroits avec la Turquie, qui est membre de l’Otan et dont l’armée occupe actuellement le Nord de la Syrie. Maduro s’est rendu quatre fois à Istanbul et Erdoğan une fois à Caracas.

La Suisse était un allié d’Hugo Chávez qu’elle avait conseillé pour rédiger sa constitution. Craignant de ne plus pouvoir raffiner l’or de son pays en Suisse, Nicolas Maduro l’adresse désormais à la Turquie qui transforme le minerai brut en lingots. Par le passé, cet or restait dans des banques suisses pour garantir les contrats pétroliers. Désormais, les liquidités ont été également transférées en Turquie tandis que le nouvel or traité retourne au Venezuela. Cette orientation peut être interprétée comme fondée non plus sur une idéologie, mais sur des intérêts. Reste à définir lesquels.

Simultanément, le Venezuela fait l’objet d’une campagne de déstabilisation qui a commencé avec les manifestations des guarimbas, s’est poursuivie par la tentative de coup d’État du 12 février 2015 (« Opération Jéricho »), puis par des attaques sur la monnaie nationale et l’organisation de l’émigration. Dans ce contexte, la Turquie a fourni au Venezuela la possibilité de contourner les sanctions US. Les échanges entre les deux pays ont été multipliés par quinze en 2018.

Quelle que soit l’évolution du régime vénézuélien, rien n’autorise ce qui se prépare contre sa population.

Coordination des moyens logistiques

Du 31 juillet au 12 août 2017, le SouthCom a organisé un vaste exercice avec plus de 3 000 hommes venant de 25 États alliés, dont la France et le Royaume-Uni. Il s’agissait de préparer un rapide débarquement de troupes au Venezuela [6].

La Colombie

La Colombie est un État, mais pas une nation. Sa population y vit géographiquement séparée selon les classes sociales, avec d’énormes différences de niveaux de vie. Presque aucun Colombien ne s’est aventuré dans un quartier attribué à une autre classe sociale que la sienne. Cette stricte séparation a rendu possible la multiplication de forces paramilitaires et par voie de conséquence des conflits armés intérieurs qui ont fait plus de 220 000 victimes en une trentaine d’années.

Au pouvoir depuis août 2018, le président Iván Duque a remis en cause la fragile paix intérieure conclue par son prédécesseur, Juan Manuel Santos, avec les FARC —mais pas avec l’ELN—. Il n’a pas écarté l’option d’une intervention militaire contre le Venezuela. Selon Nicolas Maduro, les États-Unis forment actuellement 734 mercenaires dans un camp d’entrainement situé à Tona en vue d’une action sous faux drapeau pour déclencher la guerre contre le Venezuela. Compte tenu de la particularité sociologique de la Colombie, il n’est pas possible de dire avec certitude si ce camp d’entraînement est contrôlé ou non par Bogota.

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Rex Tillerson était directeur d’ExxonMobil au moment de la découverte des gisements pétroliers du Guyana. Il devint peu après secrétaire d’État des États-Unis.

Le Guyana

Au XIXème siècle, les puissances coloniales sont convenues de la frontière entre la Guyane britannique (l’actuel Guyana) et la Guyane hollandaise (actuel Suriname), mais aucun texte n’a fixé la frontière entre la zone britannique et la zone espagnole (actuel Venezuela). De fait, le Guyana administre 160 000 km2 de forêts qui restent disputés avec son grand voisin. En vertu de l’accord de Genève du 17 février 1966, les deux États s’en sont remis au secrétaire général de l’Onu (à l’époque le Birman U Thant). Rien n’a changé depuis, le Guyana proposant de porter l’affaire devant la Cour d’arbitrage de l’Onu, tandis que le Venezuela privilégie des négociations directes.

Ce différent territorial ne semblait pas urgent car la zone contestée est une forêt non peuplée et que l’on croyait sans valeur, mais c’est un espace immense qui représente les deux-tiers du Guyana. L’accord de Genève a été violé 15 fois par le Guyana qui a notamment autorisé l’exploitation d’une mine d’or. Surtout, un enjeu de taille a surgi en 2015 avec la découverte par ExxonMobil de gisements pétroliers dans l’Océan atlantique, précisément dans les eaux territoriales de la zone contestée.

La population du Guyana est composée de 40 % d’Indiens, de 30 % d’Africains, de 20 % de métis et de 10 % d’Amérindiens. Les Indiens sont très présents dans la fonction publique civile et les Africains dans l’armée.

Le 21 décembre, une motion de censure était déposée contre le gouvernement du président David Granger, un général pro-britannique et anti-vénézuélien, au pouvoir depuis 2015. À la surprise générale, un député, Charrandas Persaud, votait contre son propre parti et, dans une indescriptible pagaille, provoquait la chute du gouvernement qui n’avait qu’une voix de majorité. Depuis, la plus grande instabilité règne : on ne sait pas si le président Granger, qui suit une chimiothérapie, sera en mesure d’assurer les affaires courantes, tandis que Charrandas Persaud a quitté le Parlement avec une escorte par une porte dérobée et s’est enfui au Canada.

Le 23 décembre 2018, en l’absence de gouvernement, le Ramform Thethys (battant pavillon des Bahamas) et le Delta Monarch (Trinidad et Tobago) ont entrepris des explorations sous-marines dans la zone contestée pour le compte d’ExxonMobil. Considérant que cette intrusion viole l’accord de Genève, l’armée du Venezuela a chassé les deux navires. Le ministère guyanais des Affaires étrangères, agissant en affaires courantes, a dénoncé un acte hostile.

Le ministre de la Défense du Royaume-Uni, Gavin Williamson, a par ailleurs déclaré au Sunday Telegraph du 30 décembre 2018, que la Couronne mettait fin à la décolonisation qui, depuis l’affaire de Suez en 1956, était la doctrine de Whitehall. Londres se prépare à ouvrir une nouvelle base militaire dans les Caraïbes (pour le moment le Royaume n’en a qu’à Gibraltar, Chypre, Diego Garcia et sur les îles Falklands). Elle pourrait être à Montserrat (Antilles) ou plus probablement au Guyana et devrait être opérationnelle en 2022 [7].

Le Guyana est voisin du Suriname (la Guyane hollandaise). Son président, Dési Bouterse, est poursuivi en Europe pour trafic de drogues ; une affaire antérieure à son élection. Mais son fils, Dino, a été arrêté au Panama en 2013, bien qu’il soit entré avec un passeport diplomatique. Il a été extradé aux États-Unis où il a été condamné à 16 ans de prison pour trafic de drogues ; en réalité parce qu’il installait le Hezbollah libanais au Suriname.

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Le baptême de Jair Bolsonaro dans les eaux du Jourdain (Israël)

Le Brésil

En mai 2016, le ministre des Finances du gouvernement de transition du Libano-Brésilien Michel Temer, Henrique Meirelles, désigna l’Israélo-Brésilien Ilan Goldfajn comme directeur de la Banque centrale. Mereilles présidant le Comité de préparation des Jeux Olympiques, fit également appel à Tsahal pour coordonner l’armée brésilienne et la police et garantir ainsi la sécurité des Jeux. Tenant à la fois la Banque centrale, l’armée et la police brésiliennes, Israël n’eut pas de difficulté à soutenir le mouvement populaire de ras-le-bol face à l’incurie du Parti des Travailleurs.

Croyant que la présidente Dilma Rousseff avait maquillé les comptes publics dans le cadre du scandale Petrobras, mais sans qu’aucun fait ne soit établi, les parlementaires la destituèrent en août 2016.

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Eduardo et Carlos, les fils du président Jair Bolsonaro.

Lors de l’élection présidentielle de 2018, le candidat Jair Bolsonaro partit en Israël se faire baptiser dans les eaux du Jourdain. Il obtint ainsi massivement les voix des évangéliques.

Il se fit élire avec le général Hamilton Mourão comme vice-président. Ce dernier déclara durant la période de transition que le Brésil devait se préparer à envoyer des hommes au Venezuela comme « force de paix », une fois que le président Maduro aurait été renversé ; des propos qui constituent une menace à peine voilée et que le président Bolsonaro tenta de minorer.

Dans un entretien, le 3 janvier 2019, à la chaîne SBT, le président Bolsonaro a évoqué des négociations avec le Pentagone en vue d’accueillir une base militaire US au Brésil [8]. Cette déclaration a soulevé une forte opposition au sein des forces armées pour qui le pays est capable de se défendre seul.

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Benjamin Netanyahu lors de l’investiture du président Bolsonaro. Israël a pris position au Brésil.

Lors de son investiture, le 2 janvier 2019, le nouveau président accueillit le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. C’était la première fois qu’une personnalité israélienne de cette importance se rendait au Brésil. Le président Bolsonaro annonça à cette occasion le prochain transfert de l’ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le secrétaire d’État US Mike Pompeo, qui s’était également rendu à l’investiture où il a également rencontré le ministre péruvien des Affaires étrangères, Néstor Popolizio, a annoncé avec le président Bolsonaro son intention de lutter avec lui contre les « régimes autoritaires » du Venezuela et de Cuba. De retour aux États-Unis, il a fait escale à Bogota pour rencontrer le président colombien, Iván Duque. Les deux hommes sont convenus de travailler à isoler diplomatiquement le Venezuela. Le 4 janvier 2019, les 14 États du Groupe de Lima (dont le Brésil, la Colombie et le Guyana) se sont réunis pour considérer « illégitime » le nouveau mandat de Nicolas Maduro qui débute le 10 janvier [9] ; un communiqué qui n’a pas été signé par le Mexique. En outre, six des États-membres déposeront une plainte à la Cour pénal internationale contre le président Nicolas Maduro pour crime contre l’humanité.

Il est parfaitement clair aujourd’hui que le processus vers la guerre est en marche. Des forces énormes sont en jeu et peu de choses peuvent désormais les arrêter. C’est dans ce contexte que la Russie étudie la possibilité d’établir une base aéronavale permanente au Venezuela. L’île de La Orchila —où le président Hugo Chávez avait été retenu prisonnier lors du coup d’État d’avril 2002— permettrait de stationner des bombardiers stratégique. Ce serait une menace bien plus grande pour les États-Unis que ne le furent, en 1962, les missiles soviétiques stationnés à Cuba.

[1] « Plan to overthrow the Venezuelan Dictatorship – “Masterstroke” », Admiral Kurt W. Tidd, Voltaire Network, 23 février 2018. « Le « Coup de Maître » des États-Unis contre le Venezuela », par Stella Calloni, Traduction Maria Poumier ; « Les États-Unis préparent une guerre entre latino-américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 mai et 18 décembre 2018.

[2] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] “Declaration of a National Emergency with Respect to Venezuela”, “Executive Order – Blocking Property and Suspending Entry of Certain Persons Contributing to the Situation in Venezuela”, by Barack Obama, Voltaire Network, 9 March 2015.

[4] « Brexit : Londres assume sa nouvelle politique coloniale », Réseau Voltaire, 3 janvier 2019.

[5] « Assad et Chavez appellent à la formation d’un Mouvement des alliés libres », Réseau Voltaire, 28 juin 2010.

[6] « Grandes manœuvres autour du Venezuela », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 23 août 2017.

[7] “We are opening new overseas bases to boost Britain”, Christopher Hope, Sunday Telegraph, December 30, 2018.

[8] “‘Ficamos satisfeitos com a oferta da base militar’, diz Pompeo”, Eliane Cantanhêde, O Estado de S. Paulo, 6 Janeiro 2019.

[9] « Declaración del Grupo de Lima », Red Voltaire , 4 de enero de 2019.

 

http://www.voltairenet.org/article204577.html

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Les pays membres de l´Alliance du Pacifique (Mexique, Colombie, Pérou et Chili) viennent de signer conjointement avec les Etats du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay)  un plan  d´actions concrètes. Celui-ci vise à renforcer l´intégration régionale et le libre-échange entre ces deux espaces. Ce rapprochement pourrait à terme créer un marché regroupant 79% de la population d´Amérique Latine et 85% de son PIB. Pour le moment, les négociations engagées entre les deux organisations restent embryonnaires. Malgré un contexte favorable dû à une convergence politique entre les 8 pays, les divisions idéologiques intrinsèques des deux structures ralentissent ce processus d´intégration.     

mercosur alliance du pacifique
Une future alliance continentale ?

L´Alliance du Pacifique (2011) et le Mercosur (1991) sont les deux organisations d´intégrations régionales les plus dynamiques du continent sud-américain. Ces dernières ont longtemps été opposées. La première reprochait à la seconde son côté trop politisé et son manque de dynamisme économique. Tandis que le Marché commun du sud considérait l´Alliance comme trop proche des positions nord-américaines. Paradoxalement, le contexte macroéconomique actuel est particulièrement favorable au rapprochement de ces deux entités. En effet, la guerre commerciale dans laquelle s´est engagée le président américain Donald Trump, a poussé les pays sud-américains à adopter diverses stratégies pour dépasser les conséquences du recul protectionniste. L´une d´entre elle est justement de renforcer ses liens de libre-échange et diversifier ses partenaires commerciaux. L’accommodement entre ces deux communautés s´inscrit dans ce mouvement.

Parmi les 8 pays engagés dans ces négociations, seul l´Uruguay est actuellement présidé par un gouvernement ouvertement socialiste. Andres Manuel Obrador, le président mexicain de gauche récemment élu ne prendra ses fonctions qu´en décembre prochain. Par ailleurs, celui-ci n´est pas opposé au  libre-échange, ce qui rompt avec la tradition anti-libérale de la gauche sud-américaine. Le Mercosur et l´Alliance du Pacifique expérimentent ainsi  pour la première fois une convergence politique. L´ouverture commerciale du marché commun sud-américain avaient été longtemps bloquée au nom du protectionnisme latino-américain prôné par l’Argentine de la Présidente Kirchner et le Brésil de la Présidente Rousseff. Or, les deux géants sud-américains, désormais présidés par Macri et Temer, embrassent des doctrines plus libérales. Ces derniers souhaitent attirer de nouveaux  investisseurs et diversifier leurs partenaires commerciaux afin de relever leurs économies en pleine crises structurelles.

Des avancées mais des limites idéologiques

Le document signé par les deux blocs est un plan d´action qui soutient le commerce des biens, la mobilité des personnes et les débouchés des start-ups et des entreprises moyennes. Celui-ci préconise notamment la suppression des barrières douanières et non douanières et davantage de coopération en matière de réglementation. Les négociations tournent actuellement autour de la question de l´abaissement des droits de douanes dans les secteurs sensibles du continent : l´agroalimentaire et l´automobile. L’objectif de ces discussions reste néanmoins clair,  il s´agit de renforcer le libre-échange et le multilatéralisme en Amérique latine.

Pour autant, les deux communautés ont encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à un accord total qui aboutirait à la création d´une zone de libre-échange commune. En effet, les deux blocs ne possèdent pas la même structure et ne se sont pas formées selon les mêmes paradigmes idéologiques. D´un côté l´Alliance du Pacifique est une entité apolitique fondée sur la promotion du libre-échange. Les pays qui composent cette communauté possèdent des accords commerciaux avec plus de 50% des pays du monde. D´un autre côté, le Mercosur est construit selon une idéologie protectionniste et possède des traités avec seulement 15% des Etats du monde. Cette communauté dispose d´une forte identité politique axée sur la défense des intérêts sud-américains. Ce manque de complémentarité intrinsèque pourrait ralentir ce processus de régionalisation. Malgré ces nombreux défis, les 8 Etats ont promis de se réunir tous les 6 mois pour se tenir au courant de leurs avancées et planifier de nouveaux plans. A terme, une zone d´intégration commune  réunissant la majorité des pays sud-américains pourrait voir le jour.

About Vincent VEAUCLIN

Vincent Veauclin est étudiant à Sciences Po Saint Germain en Laye. Passionné par la géopolitique latino-américaine. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis 2018.