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L’intox se porte bien

L’intox se porte bien

11 Septembre 2019

Les événements s’accumulent et nous aurions pu consacrer ce billet au limogeage attendu du moustachu Bolton pour trop-plein d’incompatibilités avec le Donald, ou au bombardement israélien sur les milices chiites d’Al Bukamal juste après que nous ayons parlé dans le dernier billet de la réouverture du poste-frontière et de la construction d’une base iranienne en ce lieu stratégique.

Mais arrêtons-nous ce soir sur un petit fait délicieusement navrant, représentatif de la déliquescence pathétique de notre bonne presstituée française. Les mots du journaliste américain John Swinton, à l’occasion d’un banquet célébrant la supposée liberté de la presse en 1880, viennent immédiatement à l’esprit : « Il n’existe pas de presse libre et indépendante. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des puissances de l’argent. Nous sommes les outils obéissants des puissants et des riches ; nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect.« 

Peu d’exemple est aussi symbolique de cette bassesse journalistique que le Brexit. Cauchemar du système impérial américain qui a engagé la construction européenne pour mieux asservir le Vieux continent, hantise de l’oligarchie qui rêve depuis toujours d’un monde sans frontières pour faire plus de profits, sainte horreur de l’UE dont le but est justement de servir les uns et les autres.

Depuis trois ans, manœuvres dilatoires et combines peu reluisantes ont pour but d’annuler purement et simplement le souhait référendaire du peuple britannique de juin 2016. Le vote est populiste, gardons-nous en ! Au nom de la « démocratie » bien sûr…

La journaloperie n’est évidemment pas en reste, nous assurant depuis 39 mois de l’imminence des invasions de sauterelles ou de la famine. Régulièrement contredits par la simple réalité, nos petits plumitifs n’en ont cure et, comme un vieux disque rayé, ressassent le même couplet. Il n’y a qu’à lire l’info (défense de rire) qui vient de faire la Une : un rapport prévoit, tenez-vous bien, des risques de pénuries de nourriture, de carburants et de médicaments, ainsi que le blocage des ports, en cas de Brexit. La ménagère de cinquante ans est tétanisée et n’ira pas chercher, noyée dans le texte, la précision selon laquelle ces « prédictions » catastrophistes décrivent ce qui pourrait se passer dans le pire des cas, hautement improbable.

L’oligarchie a décidé une fois pour toutes que le Brexit était le Mal absolu et les médias, qui lui appartiennent presque tous, sont chargés de perroqueter la Sainte parole.

Mais une règle d’or est apparue ces dernières années, dont a pris conscience une part de plus en plus importante du public. L’on sait que l’unanimisme de façade du landerneau médiatique cache très souvent une information gênante pour nos chères zélites : le caquetage assourdissant allant dans un sens vise à cacher une réalité allant dans l’autre. La présente affaire ne fait évidemment pas exception…

Une dépêche de mardi nous apprend en effet que les salaires britanniques ont connu leur plus forte augmentation depuis 2008 (+4%) et que le taux de chômage est au plus bas depuis le milieu des années 70. Thanks Brexit.

Rien de surprenant d’ailleurs, c’est le b-a-ba de l’économie. L’ouverture des frontières et la libre-circulation des biens et des personnes entraînent mécaniquement l’appauvrissement des classes populaires et moyennes (concurrence de la main-d’œuvre étrangère qui pèse à la baisse sur les salaires et importations de biens à bas coûts qui ruinent les producteurs locaux). A cet égard, la fin de la République romaine est un véritable cas d’école. Ce n’est évidemment pas un hasard si le but de toujours de l’oligarchie est la disparition des frontières/nations et l’encouragement à l’immigration, alors que la gauche (la vraie, celle qui va des Gracques à Georges Marchais) s’y est toujours opposée.

Mais revenons à notre Brexit… Depuis qu’il a été voté, une partie de la main-d’œuvre étrangère, notamment polonaise, est partie et les employeurs sont obligés de gratter dans les cartons pour recruter la main-d’œuvre locale en lui proposant des salaires plus attractifs. C’est l’éternelle loi de l’offre et de la demande. Le chômage recule tandis que les revenus augmentent.

Pour nos plumitifs, cette embellie est un drame, et pas seulement pour les poches de ceux qui les emploient. On imagine les mines contrites et effrayées dans les salles de rédaction eurolâtres : « encouragement au populisme », « flambée de l’euroscepticisme » avec, en filigrane, le détricotage du système impérial. Un cri de panique s’entend bientôt dans les couloirs : vite, un contre-feu ! Le rapport farfelu sur l’invasion de sauterelles, à la Une dès le lendemain, fera très bien l’affaire…Tag(s) : #Europe#Economie

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/09/l-intox-se-porte-bien.html

L’homme de la com’

L’homme de la com’

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 septembre 2019

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L’homme de la com’

3 septembre 2019 – Il est bien difficile de se déprendre de l’empire exclusif d’un jugement catégorique ; pour ce qui concerne Macron, et pour ma part, il n’en a pas manqué ; et c’est d’ailleurs toujours le cas, je veux dire que ce jugement catégorique ne s’est pas complètement dissipé… Il est alors paradoxal d’examiner ses récentes activités avec un œil si indulgent, et envisager même des perspectives de bouleversements importants et créateurs pour disons “notre parti” sur cette question des relations entre la Russie et la France, celle-ci qui est devenue un sujet important ces deux dernières semaines, un sujet d’argumentation, de proclamation, de polémique, de désaccord c’est selon.

(Je ne parle pas ici des salons, des talk-shows et autres zombiesSystème qui ont fait de l’antirussisme le miel de leur intelligence toute entière saisie et pressée par l’affectivisme… Plus, divers privilèges, positions, renvois d’ascenseur et réputations, jusqu’au PC par terrorisation certes, mais l’affectivisme sans aucun doute et l’affectivisme en premier ; car l’affectivisme, cette curieuse maladie de l’esprit où l’émotion se fait prendre pour l’intelligence, l’affectivisme est bien là, j’en suis persuadé, et c’est leur façon d’être honnêtes avec eux-mêmes ; je crois qu’ils croient aux causes dont ils seront plus tard les premiers à déplorer les effets, cela pour citer par pur artifice analogique de grammaire un grand ancêtre qui fut souvent cité ces dernières années… Bref, ceux-là, aucun intérêt pour nous.)

… Non, je parle ici des segments divers qu’on trouve dans ce fourre-tout qu’on pourrait nommer “antiSystème”, ou bien “dissidence”, ou bien “marginaux” et ainsi de suite, pourvu qu’il s’agisse d’esprits indépendants par rapport aux moyens de pression habituels. Les désaccords bruissent et les jugements s’empilent et se répètent : Macron est un menteur, il est l’homme de la banque, il est arrogant, il est l’homme de Bruxelles et un globaliste indécrottable, etc. … Et par-dessus tout, bien entendu, Macron c’est de la com’, – d’abord de la com’, encore de la com’, toujours de la com’ !

Là, sans aucun doute nous sommes bien d’accord, il s’agit sans aucun doute d’une créature toute entière faite de cette chose, comme l’est un socle et un piédestal de pure communication, – mais où il faut savoir que l’on peut éventuellement poser des accessoires supplémentaires et possiblement intéressants. Il faut aussitôt ajouter, dans une sorte de “et alors ?” enjoué, que l’appréciation (“homme de la com’”) n’est pas nécessairement infamante disons d’un point de vue réaliste, dans une époque où la puissance principale, celle qui règle tout, celle qui déclenche des événements imprévus, c’est la puissance de la communication.

Ainsi peut-être s’agit-il bien de cela : son discours, ses grands plans de rapprochement avec la Russie, oui, c’est peut-être bien de la com’, dans une époque qui n’est faite que de com’, – ce qui nous laisse avec un grand blanc dans le scripte et cette même lancinante question : “Et alors ?”.

Il y a quelques temps, commentant un texte lui-même de commentaire de la visite de Poutine à Brégançon, se trouvait exposée l’idée que Macron serait peut-être bien obligé “de faire du de Gaulle”, parce que, en un sens, il ne lui restait que cela à faire. Et nous écrivions effectivement en commentaire de ce commentaire, invoquant la haute référence « du Général soi-même » (le 19 août 2019) :

« Monsieur Bigot a complètement et rationnellement raison tout au long de son texte, jusqu’à sa dernière phrase et y compris cette dernière phrase : “En 2019, Macron pourrait être acculé par la réalité à faire du de Gaulle malgré lui.” Sans aucun doute, c’est ce qu’il faudrait faire sauf que, aujourd’hui, dans le contexte que nous connaissons, même un de Gaulle ne pourrait plus faire ‘du de Gaulle’, – à moins de partir rejoindre le Londres de Churchill ou le Baden de Massu, si la chose existait encore… Et de nous la jouer : ‘Un antiSystème parle aux antiSystème’. »

Je suis bien prêt à compléter ce jugement que je trouve, rétrospectivement, ou trop sévère ou un peu trop court c’est selon, – et je dirais finalement “un peu trop court” en attendant les événements qui suivirent… Je suis prêt à compléter ce jugement par cette phrase nette et sans appel : ce qui m’importe aujourd’hui, ce qui m’apparaît essentiel, nécessaire et suffisant, irrésistible pour tout dire, c’est l’événement providentiel et nullement l’homme providentiel.

Alors et dans ce cas, que m’importe que Macron ne soit point vertueux comme nous le voudrions, qu’il mente à tour de bras, qu’il soit de fausse culture et de culture maigrelette, qu’il n’entende rien à la géopolitique dont tous les experts-antiSystème font si grand cas en roulant de grands yeux. (… Parfois d’une manière un peu fatigante tant elle est impérative, cette manière de faire si grand cas, – il y a quelque chose de l’impératif-Système chez certains antiSystème, savez-vous ?)

Du moment qu’il a pris ce train en marche, Macron, il est bien et fort possible qu’il ait mis le doigt, ou disons la langue pour faire exotique, dans un terrible engrenage. Sa perspective, en effet, croise celle, absolument terrifiante, des fous de “D.C.-la-folle”, les ‘Staches’ Bolton et les Mark Esper, les poches bardées de fusées qu’ils espèrent bien fourguer à leurs employés européens pour les braquer sur Moscou séance trenante. Et là, vous pouvez m’en croire, au souvenir même de ce que fut la crise des euromissiles que je vécus si intensément entre 1979 et 1983 (*), nous entrons dans une terra incognita qui secouera l’Europe dans un bruit de tonnerre.

(Pardonnez-moi, mais je suis positivement stupéfait de l’absence complète d’inquiétude ou de précisions préoccupées à cet égard. Plus personne ne semble se souvenir de ce que furent ces années folles et fiévreuses, finalement une sorte de crise des missiles de Cuba s’étendant sur quatre années et enveloppant toute l’Europe de ses perspectives de tonnerre et de feu. Personne ne semble comprendre que la liquidation du traité FNI par les USA à l’automne 2018 est l’événement déstructurant essentiel de l’architecture de containment du risque suprême de la Guerre froide.)

… Alors voici : si les choses continuent comme la com’ nous en indiquent le chemin, avec la porte de l’hôpital psychiatrique d’outre-Atlantique qui n’est même pas fermée à clef et qui est même ouverte à tous les vents, – ce sera un événement providentiel, même si Macron n’est pas notre homme providentiel !

… Car il nous faut un événement providentiel, au risque le plus terrible qu’on puisse imaginer, car il faut que les forces puissantes qui nous accompagnent tranchent enfin le nœud gordien. Car il nous faut ceci : “Levez-vous, orages désirés !” Ce que nous devons attendre des événements en cours et en-marche, ce n’est pas tant une amélioration des relations franco-russes que la montée à son paroxysme de la crise de la présence US en Europe, de l’occupation de l’Europe par les USA.

Peut-être bien remercierons-nous un jour le Ciel et les dieux qui s’y trouvent en pleine rigolade d’avoir eu un Macron qui n’est rien que de la com’, car cela signifie avoir l’esprit court et ne pas penser à toutes les conséquences. Inconscient du danger et poussé par la com’ et la lumière qu’elle dispense, peut-être est-ce ainsi que l’on se précipite pour déclencher des événements providentiels… Pour un événement providentiel de cette sorte, il faut un homme qui ne le soit pas, une cervelle d’oiseau, une légèreté inconséquente, un de ceux qui ne mesurent pas les conséquences de ces actes tout entiers dictés par la com’ ; un homme de son temps, quoi…

Note

(*) La crise va en fait de 1977 (alerte du chancelier Schmidt concernant le déploiement de SS-20 soviétiques) à décembre 1987 (signature du traité FNI). 1979-1983, c’est la phase d’une extrême tension, d’une tension inouïe, où la possibilité d’un conflit était quotidienne.

https://www.dedefensa.org/article/lhomme-de-la-com

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Quelles conséquences pour l’Europe ?


Par Emmanuel Leroy − Le 13 juin 2019

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Avant de tenter de répondre à la question des conséquences de cette crise pour l’Europe et la France en particulier, il me paraît nécessaire de rappeler le contexte de ces sanctions prises contre la Russie après le coup de force du Maïdan – soutenu par l’occident rappelons-le – et qui a entraîné le renversement du Président ukrainien légitimement élu, Viktor Yanoukovitch, ce qui conduira au référendum d’autodétermination de la Crimée en mars 2014 et au rattachement de cette dernière à la Fédération de Russie.


Initialement, j’avais prévu de faire un exposé détaillé sur les pertes consécutives aux sanctions contre la Russie dans les différentes filières touchées, en France et en Europe. Mais en regard de l’évolution très rapide de la situation géopolitique sur le plan international, j’ai pensé qu’il n’était peut-être plus nécessaire d’énumérer comme dans Perrette et le pot au lait, les veaux, les vaches, les cochons et les couvées perdus, mais qu’il était peut-être préférable d’aller droit au but et d’appeler un chat, un chat.

En guise de préambule, je voudrais Mesdames et Messieurs, vous lire ce court extrait d’un livre écrit par le général Butler de l’armée américaine, hélas méconnu en France, et qui s’appelle War is a racket paru en 1935 aux États-Unis. Son propos me paraît illustrer parfaitement la situation dans laquelle nous sommes encore plongés aujourd’hui, je cite :

Cela fait trente-trois ans que je sers chez les Marines, et il n’y a pas une méthode utilisée par les gangsters que nous n’ayons utilisée et perfectionnée. Eux utilisent des voyous pour faire peur et éliminer ; nous, nous sommes les hommes de main du « Big Business », de Wall Street et des banques. J’ai fait le coup de poing contre le Honduras pour le compte des compagnies fruitières en 1903. J’ai racketté le Mexique pour le compte d’American Oil en 1914. J’ai fait le coup de feu à Haïti et à Cuba pour que les gars de la National City Bank puissent y ramasser le pognon. J’ai secoué et vandalisé une demi-douzaine de pays d’Amérique centrale pour qu’ils puissent se soumettre au racket de Wall Street. J’ai nettoyé à la sulfateuse le Nicaragua pour le compte de Brown Brothers en 1912. J’ai foutu le feu à la République dominicaine pour American Sugar. (…) Al Capone est un minable, comparé à l’U.S. Army. Lui dirigeait au mieux trois districts de Chicago, nous, nous dirigeons et rackettons trois continents.

Major-Général Smedley D. BUTLER (1881-1940), deux fois titulaire de la Médaille d’Honneur du Congrès. War is a Racket, Round Table Press, 1935 (51 pages).

Toute ressemblance avec des événements actuels serait bien sûr absolument fortuite…

En quoi consistent les sanctions prises contre la Russie ?

Elles portent essentiellement sur les avoirs financiers, l’interdiction de séjour de personnalités politiques ou économiques, la suspension de prêts aux banques publiques, enfin l’embargo sur les technologies militaires et sur les matériels de forage pétrolier et gazier.

La Russie a bien évidemment réagi en décrétant à son tour un embargo dirigé contre l’industrie agro-alimentaire européenne.

Quelles pourraient en être les conséquences pour le secteur agricole français, surtout dans un contexte de fort ralentissement de l’activité économique ? Et en l’état actuel des choses, quelles mesures ont été adoptées à l’échelle européenne pour surmonter cet embargo ?

Recherchant des informations probantes pour aborder la question des conséquences de la politique de sanctions occidentales contre la Russie, j’ai étudié plusieurs sources, dont l’une me semblait particulièrement recommandée, à savoir la Documentation française, dans laquelle je pensais trouver des analyses objectives sur l’impact réel, direct et indirect, sur notre économie suite à cette politique de sanctions.

Le moins que l’on puisse dire est que j’ai été déçu. Déçu tout d’abord pour n’avoir trouvé dans cette prestigieuse revue, qu’un seul et unique article remontant à juin 2017 traitant de cette question.

Déçu ensuite par le choix d’un analyste de l’OTAN, M. Edward Hunter Christie, pour aborder ce problème, comme si notre pays ne comptait pas en son sein des chercheurs et des scientifiques de qualité.

Évidemment, quand on prend connaissance de l’article, on comprend mieux la finalité qui en est recherchée, à savoir noyer le poisson en globalisant l’analyse et en faisant des péréquations subtiles pour ne laisser apparaître in fine qu’un impact minime sur le PIB européen qui représenterait une perte de l’ordre de 0,1% par an sur la période considérée 2014-2016.

Voilà un extrait de cet article de La Documentation française (juin 2017) :

Les pertes cumulées, de 2014 à 2016, qui seraient dues aux seules sanctions seraient de 42 à 43 milliards d’euros. Les pertes dues à d’autres facteurs – chute du prix du pétrole en particulier – se situeraient entre 111 et 113 milliards d’euros. Les sanctions n’expliqueraient donc que 27 % à 28 % des pertes totales intervenues dans les échanges avec la Russie depuis 2013.

Ces estimations, quelles que soit leurs causes, peuvent paraître d’un montant important lorsqu’on les exprime en euros et hors contexte – une technique de présentation fort prisée par certaines sources dont celles du gouvernement russe – mais le graphique montre bien qu’il s’agit de pertes fort modestes, une fois replacées dans leur contexte.

D’une part, les gains issus d’autres marchés en dehors de l’UE depuis 2013, également cumulés sur la période 2014-2016, s’élèvent à 729 milliards d’euros, soit plus de seize fois l’effet des sanctions. D’autre part, comparé au PIB de l’UE, les pertes engendrées par les sanctions contre la Russie sont manifestement très faibles : environ 0,1 % du PIB par an. Cumulées sur les trois années considérées, les pertes totales seraient de 0,29 % à 0,30 % du PIB annuel de l’Union, bien moins que les pertes pour la Russie, qui se situeraient entre 1,30 % et 2,33 % du PIB annuel de la Russie, selon les hypothèses retenues.

L’inclusion de l’interdiction russe sur les importations de biens alimentaires en provenance de l’Union européenne porterait l’estimation des impacts de 0,1% à 0,13% du PIB par an.

Les pertes par rapport au marché russe, environ cinq milliards d’euros en 2016 par rapport à 2013, sont pleinement compensées par des gains sur d’autres marchés hors UE, de plus de huit milliards d’euros.

Alors évidemment, pour pallier les conséquences négatives pour l’économie française, on nous parle de réorientation des échanges. Je cite encore l’article :

L’analyse de la réorientation des échanges constitue un élément essentiel de toute étude sérieuse sur l’incidence des sanctions …

… Parmi les 28 États membres de l’UE, 21 ont enregistré un accroissement net des exportations vers le reste du monde en dépit de la récession en Russie, sous l’effet de la hausse des exportations vers d’autres marchés (dans l’UE et en dehors de celle-ci), qui a plus que compensé la contraction des exportations vers la Russie. Ce constat vaut également pour l’Union européenne dans son ensemble : les exportations vers la Russie se sont certes repliées de 8,65 milliards d’euros, mais les exportations vers d’autres régions ont crû de 49,02 milliards d’euros (y compris les échanges intra-européens) …

Et donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque 21 pays de l’UE sont gagnants dans ce jeu de chaises musicales et tant pis pour les 7 pays qui sont perdants, dont la Lituanie, fortement touchée par l’embargo, mais que l’on calmera probablement par un nouveau prêt d’un milliard ou deux en provenance du FMI et une promesse d’embauche dans une institution internationale prestigieuse pour leurs dirigeants politiques qui auront avalisé cette politique de sanctions contre la Russie allant à l’encontre des intérêts de leur pays.

Il convient de préciser aussi que dans les pays présentés comme gagnants dans cet article, il existe de fortes disparités selon les secteurs. S’il est vrai que jusqu’à présent, la filière céréalière française a plutôt bien tiré son épingle du jeu, grâce aux marchés égyptien et ceux du Maghreb notamment, il n’est pas certain que cette situation favorable soit maintenue demain car l’agriculture russe est en plein essor et la réponse du berger à la bergère pourrait se faire sentir très rapidement.

Par ailleurs, si l’état des lieux est encore aujourd’hui satisfaisant pour la filière céréalière, il n’en est pas de même de celle des viandes, notamment porcines, qui auront du mal, vous en conviendrez, à trouver des marchés de substitution dans le monde musulman, et cela sans même aborder la concurrence intra-européenne avec des pays comme la Pologne où les écarts de salaires avec un pays comme le nôtre, permettent une politique de dumping face à laquelle nos producteurs sont irrémédiablement condamnés.

Pour aborder de manière honnête le coût réel, direct et indirect, des sanctions sur l’économie française, il eut été plus intéressant de questionner des experts français comme Thierry Pouch par exemple, de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) dont l’avis sur l’impact des sanctions diffère radicalement de celui de M. Hunter, expert de l’OTAN et dont les analyses macro-économiques (et vous pouvez écrire macro comme vous voulez) visent à justifier cette politique de sanctions dont on sait qu’elles affaiblissent l’Europe et la France en particulier mais qu’elles ne touchent pratiquement pas les USA qui ne sont que très peu impactés par l’embargo.

Au final, que pouvons-nous tirer comme conclusion de cette politique de sanctions qui nous a été imposée par l’OTAN et la Commission européenne ?
Eh bien Mesdames et Messieurs, que si la Russie a certes été touchée et affaiblie, au moins dans un premier temps, cette politique coercitive a contribué à renforcer considérablement sa filière agro-alimentaire et depuis 2017, elle est même devenue première exportatrice mondiale de blé.

En revanche, et malgré la présentation biaisée des spécialistes de l’OTAN ou de l’OCDE (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes), la France a perdu un marché important pour nombre de ses produits et particulièrement pour sa filière laitière. Et je ne parle même pas des suites qui nous attendent avec le projet Northstream 2 où sont impliqués plusieurs acteurs majeurs de notre industrie.
Allons-nous, là encore, laisser notre place aux Chinois comme nous venons de le faire en Iran ?

Et c’est là que je voulais attirer votre attention, car au-delà des sanctions contre la Russie, c’est toute l’Europe qui est visée et au premier chef notre pays qui est rançonné et racketté comme nous l’avons vu avec les affaires BNP ou Alstom et beaucoup d’autres moins médiatisées.

Quand M. Marleix dénonce, à juste titre, les turpitudes observées dans l’affaire Alstom, nous sommes dans ce cas précis très au-delà du domaine des simples sanctions, nous sommes victimes de la part de nos « amis » américains d’une politique de racket et de prédation à laquelle je faisais allusion au début de cet exposé et dont François Mitterrand à la fin de sa vie, dans un entretien avec le journaliste Georges-Marc Benhamou nous avait pourtant averti, je le cite :
« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ».

Je vous laisse Mesdames et Messieurs, méditer cette réflexion.

Emmanuel Leroy

Cet article est tiré d’une présentation à l’Assemblée Nationale le 13 juin 2019, l’auteur étant invité par l’Académie de géopolitique de Paris.

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Entretien téléphonique de SVLavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, avec M. Pompeo, Secrétaire d’Etat américain

01/05/19 18 : 38

Entretien téléphonique de SVLavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, avec M. Pompeo, Secrétaire d’Etat américain

921-01-05-2019

  • en-GB1  ru-RU1 

 

MESSAGE POUR LES MEDIAS

 

Le 1 er mai, à l’initiative des États-Unis, un entretien téléphonique a eu lieu entre le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain, M. Pompeo.

L’accent a été mis sur la situation au Venezuela où, à la veille de l’opposition, avec le soutien manifeste des États-Unis, a tenté de prendre le pouvoir. La Russie a souligné que l’ingérence de Washington dans les affaires intérieures d’un État souverain était considérée comme une violation flagrante du droit international. Il est indiqué que la poursuite des étapes agressives est lourde de conséquences. Seul le peuple vénézuélien a le droit de décider de son destin, ce pour quoi le dialogue de toutes les forces politiques du pays est exigé, pour lequel son gouvernement demande depuis longtemps. Une influence externe destructive, en particulier une influence déterminante, n’a rien à voir avec le processus démocratique.

Au cours de la conversation, les aspects humanitaires de la situation en Syrie ont également été abordés, en particulier la situation dans les camps de personnes déplacées de Rukban et Al-Haul. Sergueï Lavrov a plaidé pour le retour rapide des réfugiés dans leurs lieux de résidence permanente, pour lesquels le gouvernement syrien a créé les conditions nécessaires.

Certaines questions relatives aux relations bilatérales ont également été évoquées, notamment un calendrier de nouveaux contacts russo-américains.

http://www.mid.ru/ru/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3631357

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

En quelques années, et grâce à des investissements massifs, la Russie a surpris par sa capacité d’adaptation et de production de matériels militaires de très haute technologie. La Syrie est devenue un théâtre vitrine du savoir faire russe. De quoi intéresser de nombreux pays acheteurs mais également susciter la crainte sur la scène internationale.

La Syrie comme vitrine de l'effort de défense russe
Le conflit syrien, lieu de test pour l’aviation russe

La Syrie, un théâtre de tests opérationnels

Le conflit syrien a, par exemple, permis les tests opérationnels de différents robots de combats téléopérés. C’est le cas pour le Platforma-M et l’Argo depuis 2016. Ces deux robots armés pour le combat permettraient des engagements en zones urbaines sans exposer inutilement les troupes assaillantes.

La modularité des équipements disponibles pour ces robots permet de s’adapter à de multiples situations. Cela explique que les différents sites proches de la Russie comme Sputnik annoncent également le développement de robot de contre-minage, ou sous-marins. Devant le succès d’utilisation des premières gammes de robots russes, la célèbre entreprise Kalachnikov développe également le sien depuis 2015: le Volk-2.

De matériels de toute nouvelle génération extrêmement performants

La protection antiaérienne russe est également un véritable domaine d’expertise qui a pu dévoiler son potentiel en Syrie. Le S-400 est actuellement d’une technologie inégalée et limite l’ampleur de tout bombardement au-dessus de zones protégées par l’armée. La Russie a donc actuellement le pouvoir de bloquer une partie de l’espace aérien syrien à l’OTAN. Israël en fait également les frais depuis 2015 et ne peut survoler l’espace aérien sous contrôle russe qu’avec leur assentiment. Le S-500, actuellement en conception, serait même, en l’état, indestructible du ciel et capable de détruire des missiles hypersoniques dans un rayon de 600 kilomètres. Ce nouveau matériel change donc totalement les doctrines de bombardement aériens.

Les forces aériennes russes ont pu, de plus, tester le Sukhoï Su-57, avion de chasse de 5egénération à même de concurrencer le F-22 américain Cependant, ces nouveaux avions furtifs n’étaient qu’à un stade de prototype.

La marine russe bénéficie également de nouveaux sous-marins depuis 2014 et a la possibilité de lancer de nouveaux missiles de croisières de catégories Kaliber en Syrie depuis la mer Caspienne. En conséquence, la distance de 1500 km n’est plus un problème technique pour un lancement de missile.

Enfin, à défaut de pouvoir posséder un budget similaire aux États-Unis, la Russie a opté pour une spécialité tout aussi efficace que les batteries anti-aériennes : la guerre électronique. Les Américains ont ainsi fait les frais de coupures de communication sur le théâtre syrien, empêchant des frappes aériennes et bloquant les communications avec leurs alliés de l’opposition. De quoi susciter des inquiétudes et une adaptation de l’entraînement américain au combat.

Des succès technologiques qui suscitent craintes et envies

Les succès industriels d’armement russe et leur expérimentation sur le théâtre syrien encouragent leur exportation. Erdogan a  même annoncé, en début 2019, vouloir acquérir des S400 russes, de quoi susciter la polémique au sein de l’OTAN et démontrer l’attractivité croissante de la Russie auprès de son voisin. Le pays vend également des armes à la République Centrafricaine, renouant ainsi avec une vieille tradition de soutien aux pays africains.

Dans un contexte de réarmement mondial, la Russie se replace au premier plan des exportations d’armes. La Syrie est devenue une véritable vitrine de son savoir-faire, ce qui ajoute une dose de cynisme à la tragédie humaine qui s’y déroule depuis 2011. Les dividendes de la paix semblent bien loin.

Sources :

-“Achat d’équipements militaires russes: Erdogan persiste et signe”, Le Figaro, mars 2019

-“Budget, équipements, compétences: que vaut l’armée russe?”, Challenges, décembre 2016

-“Système S-500: le nouveau missile détruira des cibles à 100 kilomètres d’altitude”, russiabeyond.com , avril 2017

-“DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, interview d’Alain Juillet”, Thinkerview, avril 2018

– “Platform-M, le robot combattant”, Chaire de Saint-Cyr, décembre 2015

-“Syrie, la surprise russe pour les USA”, parstoday.com, aout 2018

-“Robots armés autonomes et IA : les 825 millions de coupes budgétaires auraient pu, auraient dû, s’y investir intelligemment” , La Synthèse online, aout 2017

– “Russia’s Platform-M combat robot on display in Sevastopol”, Russia Today, juillet 2015

-“Were Russian Combat Robots Used in Syria ?”, Bellingat.com, janvier 2016

-“La Russie a testé ses avions de chasse dernier cri Su-57 au combat en Syrie”, Russia Today, mars 2018

-“L’avion de combat russe de la 5e génération Soukhoï Su-57 testé en Syrie”,Intellivoire.net, novembre 2018

– “Plus performants et dotés de missiles Kalibr, les nouveaux sous-marins russes préoccupent l’Otan”, Opex360.com, octobre 2018

– “La Russie a lancé 26 missiles de croisière à partir de la mer Caspienne sur des cibles de l’EI”, Réseau International, octobre 2015

-“La guerre en Syrie exhibe les armes russes et encourage leurs ventes”, Memri, janvier 2016

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internatio

Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

 

Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

La notion d’image de marque, spécifique aux domaines de la communication et du marketing, s’impose depuis quelques années dans les relations internationales. C’est ce que l’on appelle le nation branding : un pays est une marque. Outre l’aspect économique, le nation branding est révélateur de bouleversements dans les relations internationales, dans un contexte de mondialisation.

La guerre du Vietnam fut l’une des plus médiatisées

Avec l’avènement de la télévision, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, puis des réseaux sociaux, l’information circule plus librement. Les politiques intérieures et extérieures sont plus médiatisées par des canaux non-officiels ou informels, entrainant des réactions : manifestations contre la guerre du Vietnam, devoir d’ingérence dans la crise du Biafra… Un Etat doit donc désormais tenir compte de nouvelles partie prenantes : les autres Etats bien sûr, mais aussi leurs opinions publiques, les média, les marchés financiers…

La notion de nation branding est théorisée par le consultant Simon Anholt, spécialiste du domaine. L’exemple par excellence est celui des Etats-Unis, où l’image de marque est la plus travaillée. Toutefois, on voit de plus en plus d’Etats faire leur propre promotion, notamment les pays émergents. Il peut s’agir d’une promotion touristique générale, pour favoriser les investissements, ou simplement pour une meilleure image. Des pays comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis ont régulièrement recours à des agences de communication pour redorer leur image1. L’un des exemples les plus visibles et récents de cette stratégie est le site Kawa News, qui présente l’Arabie Saoudite comme destination culturelle et touristique, sans parler de politique, donnant une image jeune et cool d’une monarchie conservatrice.

Si l’Arabie Saoudite ou le Qatar maintiennent de très bonnes relations avec la France, ces pays sont largement décriés par la société française. L’affaire Khashoggi est à ce titre intéressante : elle ne représente aucun intérêt stratégique pour des pays comme les Etats-Unis ou la France. Pourtant, les révélations faites par les média occidentaux ont fait réagir les opinions publiques. Les réactions sont allées jusqu’à remettre en cause l’intervention saoudienne au Yémen, et la vente d’armes à Riyad. Pourtant, l’intervention saoudienne a commencé dès 2015, simultanément avec les crimes de guerre. Il aura fallu attendre l’affaire Khashoggi pour que les opinions publiques remettent en cause la politique intérieure et extérieure du Royaume saoudien, obligeant les gouvernements de pays occidentaux à réviser, au moins en surface, leurs relations avec Riyad.

1 https://www.challenges.fr/media/ces-communicants-que-l-arabie-saoudite-paie-a-prix-d-or_624298

nation branding

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