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Washington demande à l’ONU l’arrêt des exportations de pétrole vers Pyongyang

Washington demande à l’ONU l’arrêt des exportations de pétrole vers Pyongyang

Nations unies (Etats-Unis) – Les Etats-Unis ont demandé jeudi à l’ONU l’arrêt de toute nouvelle exportation de pétrole vers la Corée du Nord, se basant sur un rapport américain affirmant que ce pays a dépassé pour 2018 ses quotas d’importations fixés fin 2017 par des sanctions.

Cette demande est formulée dans une lettre au président du Comité de sanctions des Nations unies chargé de la Corée du Nord, accompagnée d’un résumé d’un rapport des services de renseignement américains, deux documents obtenus jeudi par l’AFP.

« Nous demandons au Comité 1718 de publier une note verbale urgente à tous les Etats membres et un communiqué de presse pour les informer ainsi que le grand public que la Corée du Nord a violé les quotas d’importation de pétrole raffiné pour 2018 fixés par la résolution 2397 », souligne la lettre.

Ce Comité doit « ordonner un arrêt immédiat de tous les transferts de pétrole raffiné à destination de la Corée du Nord », ajoute la missive américaine, en réclamant aussi un effort accru des Etats membres contre les transferts illicites en haute mer de produits pétroliers.

La demande américaine s’appuie sur un rapport des services de renseignement des Etats-Unis, transmis au Comité de sanctions et qui comprend des photos de transfert illicite de cargaisons en mer. Selon le rapport, ces transferts se produisent à une échelle bien plus importante que ce qu’ont en dit les informations publiées ces derniers mois.

« Nos informations suggèrent qu’entre le 1er janvier et le 30 mai, des pétroliers ont fait escale dans un port de la Corée du Nord RPDC à au moins 89 reprises pour vraisemblablement livrer des produits pétroliers raffinés achetés illicitement via des transferts » en mer, indique un résumé de ce rapport américain transmis au Comité de sanctions.

« Si chacun de ces pétroliers a livré ne serait-ce qu’un tiers de ses capacités, le volume global des livraisons dépasse les quotas annuels autorisés par l’ONU de 500.000 barils par an », ajoute ce résumé.

En 2017, le Conseil de sécurité avait approuvé trois séries de sanctions toutes plus sévères les unes que les autres contre la Corée du Nord en rétorsion à la poursuite de ses programmes d’armement nucléaire et conventionnel. Parmi celles-ci, l’ONU avait décidé de limiter en 2018 les exportations de pétrole raffiné à destination de la Corée du Nord.

(©AFP / 12 juillet 2018 16h19)

https://www.romandie.com/news/Washington-demande-l-ONU-l-arr-t-des-exportations-de-p-trole-vers-Pyongyang_RP/936022.rom

 

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Des métaux attirants : l’élément manquant du puzzle coréen

Des métaux attirants : l’élément manquant du puzzle coréen


Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, connaît l’importance des terres rares, et la Corée du Nord aurait découvert l’un des plus grands gisements du monde à 150 km de Pyongyang. Serait-ce un autre facteur à l’origine du récent dégel avec les États-Unis ?


Par Pepe Escobar – Le 20 juin 2018 – Source Asia Times

Il ne s’agit peut-être pas d’immeubles de vacances sur les plages nord-coréennes après tout. Il semblerait que la principale motivation de l’administration Trump pour courtiser Kim Jong-un est l’un des plus grands gisements de terres rares au monde, situé à seulement 150 km au nord-ouest de Pyongyang et valant potentiellement des milliards de dollars américains.

Tous les outils de la vie quotidienne axée sur la technologie du XXIe siècle reposent sur les propriétés chimiques et physiques de 17 éléments précieux du tableau périodique également connu sous le nom d’ETR (éléments de terres rares).

Actuellement, on estime que la Chine contrôle plus de 95 % de la production mondiale des métaux de terres rares, avec environ 55 millions de tonnes de gisements. La Corée du Nord, de son coté, en détient au moins 20 millions.

Les éléments de terres rares ne sont pas les seuls minéraux et métaux hautement stratégiques dans ce jeu de pouvoir. Les mêmes gisements sont des sources de tungstène, de zirconium, de titane, d’hafnium, de rhénium et de molybdène ; tous ces gisements sont absolument essentiels non seulement pour une myriade d’applications militaires, mais aussi pour l’énergie nucléaire.

La métallurgie des terres rares est également essentielle pour les systèmes d’armes américains, russes et chinois. Le système THAAD a besoin d’éléments de terres rares, tout comme les systèmes de défense antimissile russes S-400 et S-500.

Il n’est pas exagéré de considérer que « l’art de la négociation » s’applique aussi aux éléments de terres rares. Si les États-Unis n’essaient pas d’être sérieux sur les ressources en terres rares de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le vainqueur, une fois de plus, pourrait être Pékin. Et Moscou aussi – compte tenu du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, désormais explicitement reconnu dans le dossier.

Le puzzle peut donc tourner autour de qui offre le meilleur retour sur investissement ; non pas sur l’immobilier mais sur les métaux rares, avec le gouvernement de Pyongyang potentiellement capable de collecter une immense fortune.

Pékin est-il capable d’égaler un éventuel accord américain ? Cela pourrait bien avoir été un sujet clé des discussions lors de la troisième réunion, en quelques semaines seulement, entre Kim Jong-un et le président Xi Jinping, exactement au moment où tout l’échiquier géopolitique est en jeu.

Donc les métaux ne sont pas attirants ?

Le chercheur Marc Sills, dans un article intitulé « Strategic Materials Crises and Great Power Conflicts » (« Crises des matériaux stratégiques et grands conflits de pouvoir ») écrit : « Les conflits à propos des minéraux stratégiques sont inévitables. Les drames se dérouleront probablement au niveau ou à proximité des mines, ou le long des lignes de transport que les matériaux doivent parcourir, et en particulier aux points d’étranglement stratégiques mondiaux que l’armée américaine est maintenant généralement chargée de contrôler. Encore une fois, l’équation du pouvoir est écrite de manière à inclure à la fois le contrôle de la possession et le déni de possession par d’autres.

Cela s’applique, par exemple, au puzzle ukrainien. La Russie a grandement besoin du titane, du zirconium et de l’hafnium ukrainien pour son complexe militaro-industriel.

Plus tôt cette année, des chercheurs japonais ont découvert un gisement de 16 millions de tonnes d’éléments de terres rares (moins que les réserves nord-coréennes) sous le fond marin du Pacifique occidental. Mais il est peu probable que cela change la prédominance chinoise, ni celle de la RPDC. La clé de tout le processus des terres rares est de concevoir une chaîne de production rentable, comme l’ont fait les Chinois. Et cela prend beaucoup de temps.

Des documents détaillés tels que « China’s Rare Earth Elements Industry », (« L’industrie chinoise des éléments de terres rares ») de Cindy Hurst (2010), publié par l’Institute for the Analysis of Global Security (IAGS) ou « Rare Earth in Selected US Defense Applications », (« Terres rares dans certaines applications de défense des États-Unis ») de James Hedrick, présenté au 40e Forum du Geology of Industrial Minerals en 2004, cartographient de manière convaincante toutes les connexions. M. Sills souligne toutefois que les minéraux et les métaux semblent n’attirer l’attention que des publications spécialisées dans le secteur minier : « Et cela semble expliquer en partie pourquoi la course à l’ETR en Corée a échappé à l’attention. Les métaux ne sont pas si attirants. Mais les armes le sont. »

Les métaux sont certainement attirants pour le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Il est assez révélateur de se rappeler comment Pompeo, alors directeur de la CIA, expliquait à un comité sénatorial, en mai 2017, que le contrôle étranger des éléments des terres rares était « une préoccupation très réelle ».

Un an plus tard, Pompeo, prenant le relais au département d’État, a mis l’accent sur une nouvelle « approche » de la politique étrangère américaine. Qui s’est révélée encore plus tard, il y a quelques semaines seulement, comme étant l’organisation par Pompeo de la réunion avec Kim Jong-un.

Bien au-delà d’une intrigue à la Netflix, un récit tout à fait possible est celui d’un Pompeo cherchant à impressionner Kim sur la beauté d’une bonne affaire d’éléments de terres rares, chapeautée par les États-Unis. Mais la Chine et la Russie doivent en être exclues. Ou alors… Il n’est pas difficile de voir Xi en comprendre les implications.

La RPDC – ce mélange unique de Turkménistan et de Roumanie post-URSS – pourrait être sur le point d’être intégrée à une vaste chaîne d’approvisionnement via une Route de la soie du métal, le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine investissant simultanément dans les chemins de fer, les pipelines et les ports parallèlement aux zones économiques spéciales (ZES) nord-sud-coréennes, à la chinoise, qui se développent actuellement.

Comme l’a révélé le directeur général adjoint de Gazprom, Vitaly Markelov : « La Corée du Sud a demandé à Gazprom de relancer un projet clé – un gazoduc traversant la Corée du Nord, un cordon ombilical entre la Corée du Sud et la masse continentale eurasienne. »

Depuis les discussions clés du sommet de Vladivostok en Extrême-Orient, en septembre 2017, la feuille de route prévoit que la Corée du Sud, la Chine et la Russie associent la RPDC à l’intégration eurasienne, en développant son agriculture, son hydroélectricité et, surtout, ses richesses minérales.

Même si l’administration Trump est en retard dans ce jeu, il est impensable que Washington abandonne la partie.

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/des-metaux-attirants-lelement-manquant-du-puzzle-coreen

 

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour le 12 juin dernier entre Donald Trump et Kim Jong-un a suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de craintes sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans les relations internationales. Quelles conclusions tirer de cette rencontre inattendue sur le rôle de l’arme ultime au coeur de la diplomatie ? 

Le retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales

Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.
Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.

Ce spectaculaire retournement de situation, à travers la réunion historique entre deux les dirigeants, laisse planer le doute sur les résultats réels de ce sommet. Le régime nord-coréen exerce magistralement l’art des promesses non tenues. De plus, l’inconséquence de Donald Trump en politique étrangère oblige à être prudents dans l’analyse des faits. Pourquoi Kim Jong-un croirait-il en les engagements du Président des États-Unis ? En tout état de cause, la crise coréenne et ce sommet ont signifié le retour de l’arme nucléaire comme élément de négociation en relations internationales.

Étant donné le peu de garantie donné par Donald Trump à la Corée du Nord, la meilleure assurance-vie du régime de Kim Jong-un est de conserver le plus longtemps possible son arsenal nucléaire. Au delà du geste de bonne volonté dont Pyongyang a fait preuve en avril dernier en annonçant l’arrêt de ses essais, l’arme nucléaire s’est imposée comme le pivot des négociations et de la pression dans les relations internationales. L’actuel président américain vient de relancer l’arsenal nucléaire des États-Unis, face une montée des menaces émanant de la Chine et de la Russie détaillées dans la nouvelle Nuclear Posture Review du Pentagone (NPR) de 2018[11].

Le gouvernement Trump a pris l’initiative d’augmenter massivement le budget militaire alloué aux armes nucléaires des États-Unis en violation du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). La NPR met en exergue l’annexion de la Crimée par la Russie et l’augmentation des budgets liés à la dissuasion russe et chinoise. Il insiste également sur le besoin d’une modernisation constante de la « triade nucléaire » des États-Unis, de manière à préserver leur sécurité et leurs capacités.

L’abandon des armes nucléaires peut-il donner lieu à des changements politiques profonds ? 

«L’équilibre de la terreur » se fonde, dans un monde bipolaire, sur le postulat que l’utilisation à grande échelle de l’arme nucléaire par l’un des deux belligérants provoquerait à coup sûr leurs destructions mutuelles. Il est donc nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d’un stock d’armes nucléaires suffisant pour dissuader toute attaque de l’ennemi.

La production d’armes nucléaires à grande échelle permet donc de dissuader les États de prendre le risque d’une attaque. Pourtant lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde est passé près de l’apocalypse par une simple erreur d’interprétation[12]. Aujourd’hui, dans un monde instable où les alliances entre les États sont plus opportunistes qu’idéologiques, l’arme nucléaire semble avoir perdu de sa pertinence face aux menaces terroristes. Toutefois, la Corée du Nord et l’Iran rappellent la pertinence et le danger que représente la prolifération nucléaire dans un monde instable et fragmenté avec de plus en plus d’États souhaitant acquérir la technologie de l’atome.

Une arme de dissuasion?

Depuis la chute de l’URSS, la prolifération s’est considérablement accrue sans toutefois atteindre les niveaux de la Guerre Froide. La montée des acteurs non-étatiques ainsi que la criminalité transnationale doivent inciter les États à renforcer leur politique de sécurité et leurs moyens de contrôle. Cela de manière à éviter que de telles armes ne tombent entre les mains de groupes terroristes. L’AIEA rappelle d’ailleurs que le risque de terrorisme nucléaire n’est pas à écarter[13], bien que la logistique complexe de ces armes rend très difficile leur utilisation par des groupes extérieurs aux États.

Bien que l’équilibre de la terreur soit un concept répandu, il est loin d’être accepté aujourd’hui par tous les spécialistes des questions nucléaires. S’il paraît impensable que les pays européens attachés aux valeurs démocratiques utilisent un jour l’arme nucléaire, qu’en est-il des gouvernements autocratiques? La Corée du Nord peut servir d’exemple. Si Kim Jong-un a montré des gestes d’ouverture, il n’en a pas toujours été ainsi. Les menaces apocalyptiques de la Corée du Nord ont longtemps affolé les États-Unis, qui ont cherché à tout prix à empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, comme l’Iran, la Corée du Nord a prouvé au monde que les sanctions économiques à son égard ne l’ont pas dissuadée de renoncer à poursuivre son programme nucléaire. Et que penser du Pakistan, déchiré par des luttes confessionnelles et lui aussi doté de l’arme nucléaire? L’abandon par un pays de son programme nucléaire ne peut-être le fruit que d’une décision politique à haut niveau qui sous-tend une volonté de rupture historique[14]. Toutefois les pays historiquement possesseurs de l’arme nucléaire sont tous dans une posture visant à moderniser leurs arsenaux dont la durée de vie a été étendue. Le rôle joué par l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité reste donc un élément crucial pour toute puissance ayant des ambitions mondiales. Le général Marks Milley, chef d’État-major de l’US Army, en 2016 rappelait d’ailleurs l’importance de l’arme nucléaire dans la politique de défense américaine  : « Ce que nous voulons faire, c’est dissuader. Personne ne veut faire la guerre. La seule chose la plus chère que la dissuasion c’est de faire la guerre. Et la seule chose plus chère que de faire la guerre, c’est de se battre et de perdre la guerre[15] ».

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[11] « Nuclear posture review », department of defense, united states of america, pp.100, p.26, 2018, en ligne, <https://media.defense.gov/2018/Feb/02/2001872886/-1/-1/1/2018-NUCLEAR-POSTURE-REVIEW-FINAL-REPORT.PDF>.

[12]  « Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire », nouvel obs : blog affaires étrangères, 22octobre 2012, en ligne, <http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/19/crise-de-cuba-le-jour-le-plus-dangereux-de-l-histoire.html>.

[13]  « Mesures de prévention et de protection contre les menaces internes », coll : sécurité nucléaire de l’AIEA n°8, AIEA, en ligne, <https://www-pub.iaea.org/MTCD/Publications/PDF/Pub1359f_web.pdf>.

[14] Benjamin Hautecouverture, « Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ? », fondation pour la recherche stratégique, 5 juin 2018, en ligne , <https://www.youtube.com/watch?v=FS4_tBODH1s>.

[15]  « Nuclear posture review », op.cit, p.75.

About Raphaëlle MABRU

Raphaëlle MABRU est diplômée de Sciences Po Toulouse et d’un Master 2 « Géopolitique et Relations Internationales ». Passionnée par l’actualité internationale et la protection des droits de l’Homme, elle est particulièrement intéressée par les enjeux au Moyen-Orient. Ses thèmes de prédilection portent sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement. Elle a rejoint les Yeux du Monde en novembre 2017.

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Après des mois d’escalade et de désescalade autour de la péninsule coréenne, de sommets prévus puis annulés, la rencontre historique a finalement eu lieu entre le président des États-Unis, Donald Trump et le leader de Corée du Nord Kim Jong-un le mardi 12 juin dernier à Singapour. Donald Trump a pris le monde de court en participant au premier sommet bilatéral entre la Corée du Nord et les États-Unis. La Corée du Nord, petit État d’Asie du Nord-Est a enfin obtenu, à coups d’intimidations nucléaires, un sommet bilatéral avec la première puissance mondiale, gage de reconnaissance et de sécurité pour le régime. Quels sont les enjeux et les intérêts de chacun des participants à ce sommet ? Quelles évolutions cet accord peut-il insuffler à une région marquée historiquement par la Guerre froide et par une montée en puissance de la Chine dans le pré-carré américain ? La Corée du Nord pourra-t-elle changer de visage ? Cette rencontre est-elle un tournant significatif pour la paix mondiale ?

Retour sur une année décisive 

Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.
Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.

L’élection de Donald Trump a radicalement changé la méthode d’approche de l’administration américaine du dilemme nord-coréen. Barack Obama avait opté pour une politique de la « patience stratégique » qui n’a donné que de faibles résultats. Donald Trump, lui, a opté pour la manière forte et une pression maximale envers le régime de Pyongyang qui a multiplié les essais nucléaires et balistiques. Dans cette partie de bluff nucléaire, chacun des acteurs a su doser sa réaction pour éviter le pire et inciter à une évolution de la situation, sans perdre la face.

La pression exercée par la Chine sur la Corée du Nord a été déterminante. Xi Jinping a dû se montrer moins complaisant envers son « allié » et partenaire économique coréen, afin d’appliquer les sanctions onusiennes sous la menace de représailles américaines. De son côté, le Japon, avec la reconduction de Shinzo Abe, a maintenu sa position ferme pour obtenir des garanties de sécurité des Américains en cas de conflit. Le changement de gouvernement en Corée du Sud, passant de la conservatrice Park Geun-hye au plus libéral Moon Jae-in, a remis au goût du jour la « sunshine policy » initiée par Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun de 1999 à 2008. Enfin, la main tendue par la Corée du Sud à Kim Jong-un a permis la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyongchang en février 2018 et la première rencontre inter-coréenne depuis huit ans, le 27 avril 2018.

A l’aune de ces diverses avancées, une fenêtre de tir s’est ouverte afin d’organiser une rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Les intérêts divergents des deux participants au sommet de Singapour

Donald Trump est empêtré dans diverses affaires intérieures – les ingérences russes dans la campagne électorale ou encore le scandale lié à la Trump University – qui entachent le début de sa présidence. A cela s’ajoute une gestion erratique de la politique internationale des États-Unis. Tout d’abord le retrait du partenariat transpacifique, signé par Donald Trump dans les premiers jours de sa présidence. Cela a laissé le champs libre à la Chine[1] (alliée historique et de circonstance de Pyongyang) dans une région de première importance pour le commerce mondial. Peu après, Rex Tillerson, le Secrétaire d’État américain (alors en pleine crise coréenne) a été remplacé par Mike Pompeo. A cela s’est ajouté un renforcement des tensions, déjà existantes, avec la Russie qui a entraîné le limogeage du directeur du FBI, James Comey. Ce tableau pourrait faire croire à une perte de leadership américain, d’autant plus que le président Trump a rejeté l’accord sur le nucléaire iranien. Celui-ci reflète plutôt une nouvelle perception des relations internationales et des rapports de forces géopolitiques dictée par son slogan de campagne « America First ». De là découle la nécessité pour les États-Unis de trouver une issue à la crise coréenne de manière à montrer que Trump réussit là où ses prédécesseurs ont échoué.

Concernant le régime de Pyongyang, Kim Jong-un, au pouvoir depuis la mort de son père Kim Jong Il s’est obstiné à poursuivre et à développer les capacités nucléaires du pays par la politique du Byungjin [2] (développement conjoint de l’économie et de l’arme nucléaire). Cela de manière à sanctuariser le territoire nord-coréen, à renforcer la légitimité du leader et son autorité sur l’armée et le parti pour in fine préserver son régime.

Le bluff nucléaire des derniers mois visait à faire monter le niveau de tension entre les deux États, afin d’atteindre un but ultime, recherché depuis longtemps par la dynastie Kim : la reconnaissance internationale face aux États-Unis. L’organisation du sommet bilatéral a donné à la Corée du Nord cette reconnaissance. Toutefois le terrain avait été préparé en amont par Kim Jong-un. Il a annoncé le 23 avril 2018, lors d’une réunion du PTC[3], que le pays allait passer dorénavant d’un développement de l’arme nucléaire et de l’économie [sic, Byungjin], à une priorité simple donnée à l’économie nord-coréenne.

Quelles évolutions attendre de ce sommet ? 

Le contexte international tendu en Asie du Nord-Est puis la surprenante détente entre les deux Corées, doublé d’un besoin pressant des acteurs régionaux de trouver une issue à cette crise, a permis cette rencontre historique avec le président Trump. A l’automne dernier, Donald Trump menaçait la Corée du Nord de « destruction totale » lorsque celle-ci avait démontré par son sixième test qu’elle était désormais en mesure d’atteindre le territoire des États-Unis et ainsi éviter une potentielle attaque américaine.

La Corée du Nord a ainsi rejoint le club très fermé des puissances dotées de l’arme suprême, comme les États-Unis en 1945 la Russie en 1949, le Royaume Uni en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964, puis de manière officieuse l’Inde en 1974, Israël en 1979 et le Pakistan en 1998. L’Inde, Israël et le Pakistan n’ont jamais adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Quant à la Corée du Nord, elle s’en est retirée en 2003.

La Corée du Nord, dernière dictature d’inspiration communiste au monde à su se doter au fil des années de l’arme nucléaire et a défié les États-Unis. Cette dernière a obtenu une rencontre avec la première puissance mondial pour négocier un accord d’égal à égal. Cet évènement est à mettre en perspective avec la période qui a précédé, de 1994 jusqu’à aujourd’hui. «De nombreux Coréens se remémorent divers épisodes de tensions avec le Nord, comme la crise nucléaire de 1992 à 1994. Pour rappel la CIA avait accusé la Corée du Nord d’avoir retraité de déchets nucléaires. Les accusations furent démenties par Pyongyang qui menaça de se retirer du TNP[4]. Cela provoqua l’ire des États-Unis qui étaient prêts à attaquer la Corée du Nord »[5].

L’accord signé par Donald Trump et Kim Jong-Un prévoit des garanties de sécurité et réaffirme l’engagement d’une dénucléarisation de la Corée du Nord, sans évoquer de calendrier. Toutefois si cela se concrétise elle ne sera pas entière et effective avant au moins une dizaine d’années, voire plus. Même si les États-Unis défendaient à la base l’idée que la dénucléarisation devait être «complète, vérifiable et irréversible», la position de Trump a évolué, car l’accord ne mentionne pas ces termes[6]. Le président Trump affirme pourtant que le processus de dénucléarisation sera vérifié. Par quel biais ? Rien n’a été mentionné en ce sens, la prudence reste donc de mise. La Corée du Nord cherche peut-être à gagner du temps. Kim Jong-Un a bel et bien signé l’accord. Un tel résultat n’est-il pas à même de bousculer l’appareil d’État nord-coréen, ce qui pourrait créer des tensions en interne ? Donald Trump, lui, a fait un brillant coup de communication médiatique.

Il est encore trop tôt pour dire si le sommet de Singapour, bien que qualifié d’historique, a porté ses fruits. Trop de questions restent encore ouvertes. En effet, les États-Unis se sont certes engagés à fournir des garanties de sécurité à Pyongyang. Les sanctions contre le régime, elles, sont néanmoins toujours en vigueur, comme moyen de pression et d’incitation. Ce sommet peut-il relancer la perspective d’un traité de paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, jamais signé à l’issue de la guerre en 1953? Une réduction des effectifs de l’armée américaine en Corée du Sud n’a pas été évoquée. En revanche le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé « une suspension indéfinie »[7] des exercices militaires conjoints avec l’armée sud-coréenne.

Kim Jong-un a obtenu ce qu’il voulait à l’issue du sommet et se montre de bonne foi. Cela peut masquer d’autres éléments. En interne, le régime de Pyongyang ne semble pas s’orienter vers des réformes ou vers une quelconque ouverture politique[8]. Le renoncement au nucléaire pourrait-il faire douter la population nord-coréenne de son leader[9] ? La Chine en arrière plan a réussi a préserver la stabilité à ses frontières, à faire évoluer Kim Jong-un, qui s’est rendu à Pékin en mai 2018[10], entre le sommet inter-coréen et sa rencontre avec Trump. Est-ce le signe qu’une potentielle évolution du régime de Corée du Nord à long terme est possible, après des décennies de tensions ?

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[1] « éditorial », politique étrangère, 4, 2017, p.4, en ligne, https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/editorial_pe_ndeg4-2017.pdf.

[2] «“Byungjin » (Parallel Development) », global security, en ligne, <https://www.globalsecurity.org/military/world/dprk/byungjin.htm>.

[3] Parti des Travailleurs de Corée (du Nord).

[4] Traité de Non Prolifération.

[5] Marc-Henri Saillard, « L’Asie du Nord-Est face à la crise coréenne _ enjeux de la relation Sino-Américaine pour le leadership régionale », IRIS, Asia Focus, n°53, pp.14, p.4, 30 novembre 2017, en ligne, <http://www.iris-  france.org/wp-content/uploads/2017/11/Asia-focus-53.pdf>.

[6] « Poignée de main, accord signé… Le file d’une journée historique entre Trump et Kim Jong Un », le figaro, 12 juin 2018, en ligne, <http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/06/12/01016-20180612ARTFIG00069-poignee-de-main-accord-signe-le-fil-d-une-journee-historique-entre-trump-et-kim.php>.

[7] Dorian Malovic,« Corée du Nord – USA : qui paiera le prix du rapprochement ? » les enjeux internationaux, france culture podcats, 15 juin 2018, en ligne, <https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/coree-du-nord-usa-qui-paiera-le-prix-du-rapprochement>.

[8] « North Korea convenes meeting ahead of talks with U.S. to prohibit use of the terms ‘reform and opening’ », daily north korea, 6 juin 2018, en ligne, <http://www.dailynk.com/english/north-korea-convenes-meeting-ahead-of-talks-with-u-s-to-prohibit-use-of-the-terms-reform-and-opening/>.

[9]  Kim Joo Jin, « North Koreans discontent over abandonment of nuclear weapons », daily north korea, 14 juin 2018, en ligne <http://www.dailynk.com/english/north-koreans-discontent-over-abandonment-of-nuclear-weapons/>.

[10] « Kim Jong Un à effectué une deuxième visite en chine », la dépêche, mai 2018, en ligne, <https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/08/2793981-kim-jong-un-a-effectue-une-deuxieme-visite-en-chine.html>.

About Marc-Henri SAILLARD

Marc-Henri Saillard est diplômé du Master II Géopolitique et Sécurité Internationale de l’Institut Catholique de Paris et d’une licence d’Arabe de l’Université de Jordanie.

Désarmement nucléaire: Pyongyang rejette les méthodes de « gangster » des Etats-Unis

Désarmement nucléaire: Pyongyang rejette les méthodes de « gangster » des Etats-Unis

La Corée du Nord a rejeté samedi les méthodes de « gangster » des Etats-Unis pour négocier le désarmement nucléaire, après deux jours d’âpres discussions à Pyongyang que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a pourtant jugées « très productives ».

Après le départ de M. Pompeo vers Tokyo où il doit évoquer ces pourparlers avec ses homologues japonais et sud-coréen, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a jugé que l’attitude « extrêmement regrettable » des Etats-Unis pendant les discussions avait violé l’esprit de l’accord conclu le 12 juin à Singapour entre les dirigeants américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong Un. Le ministère a dénoncé des « demandes unilatérales et avides » des Américains en vue d’une dénucléarisation.

« Les Etats-Unis commettent une erreur fatale s’ils considèrent que la République populaire démocratique de Corée se doit d’accepter (…) des demandes qui reflètent leur état d’esprit de gangster », avertit le régime par la voie de l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

Pyongyang a mis en avant le fait qu’il avait déjà détruit un site d’essais nucléaires – une concession que M. Trump avait saluée comme une victoire pour la paix – et déploré que M. Pompeo se soit montré peu disposé à en faire de même avec les concessions américaines.

Les Nord-Coréens considèrent l’ordre unilatéral de Trump de suspendre les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes comme une concession cosmétique et « hautement réversible » et regrettent que les négociateurs américains n’aient « jamais mentionné » la fin de la guerre de Corée en 1953.

En privé, les diplomates américains estiment que la réaction nord-coréenne est une tactique de négociation. Mais après deux jours d’amitié théâtrale à Pyongyang, cette attitude semble marquer un retour à la position traditionnelle du Nord.

– « Négociations productives » –

Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie américaine, avant de décoller pour Tokyo, avait pourtant jugé les pourparlers « très productifs ».

« Ce sont des questions complexes mais nous avons réalisé des progrès sur presque toutes les questions centrales, sur certaines beaucoup de progrès, sur d’autres il y a encore du travail à faire », a-t-il dit aux journalistes.

Le secrétaire d’Etat américain et Kim Yong Chol, le bras droit du numéro un nord-coréen Kim Jong Un, se sont entretenus vendredi et samedi durant plus de huit heures dans une résidence pour hôtes officiels de Pyongyang.

L’objectif était de développer une feuille de route détaillée vers la « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne, comme convenu lors de la rencontre historique de Singapour entre M. Trump et M. Kim.

« Nous avons parlé de ce que les Nord-Coréens continuent de faire et comment nous pouvons parvenir à ce sur quoi M. Kim et le président Trump se sont mis d’accord, à savoir la dénucléarisation complète de la Corée du Nord », a déclaré M. Pompeo.

« Personne ne s’est écarté (de cet objectif), cela reste leur engagement. Le président Kim est toujours convaincu, j’ai parlé avec le président Trump ce matin. (…) Nous avons des négociations productives, basées sur la bonne foi », a-t-il dit.

M. Pompeo a indiqué que des responsables des deux parties se rencontreraient dans un groupe de travail le 12 juillet pour parler du rapatriement de dépouilles de soldats américains tués pendant la guerre de Corée (1950-53).

Des responsables nord-coréens ont transmis à M. Pompeo une lettre personnelle à remettre à Donald Trump, espérant que « les relations formidables et le sentiment de confiance » entre les deux dirigeants seraient renforcés par les discussions, indique le ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans son communiqué.

Pyongyang « fait la distinction entre les bureaucrates américains et le président Trump, en exprimant sa confiance dans ce dernier », analyse le Pr Yang Moo-Jin, de l’université des études nord-coréennes à Séoul.

« Il ne s’agit pas de rompre les pourparlers. Le Nord essaie de prendre le dessus dans les négociations à venir », explique-t-il à l’AFP.

« La Corée du Nord attendait de Pompeo qu’il apporte une proposition concrète de garantie de sécurité, mais a été déçu que les Américains réitèrent leur vieille demande de dénucléariser d’abord, avant que les Etats-Unis donnent quoi que ce soit en échange », a-t-il estimé.

Samedi matin, M. Pompeo avait quitté la résidence pour se rendre dans un lieu où il a pu passer un appel sécurisé à Donald Trump, loin d’une potentielle surveillance nord-coréenne, avant de reprendre vers 09h00 (00h00 GMT) les pourparlers.

Il s’agissait de la troisième visite en Corée du Nord du responsable américain.

Depuis le sommet du 12 juin, Donald Trump s’est montré optimiste sur les chances de paix dans la péninsule divisée depuis la guerre de Corée, estimant que la menace d’une guerre nucléaire était écartée.

Le communiqué signé par MM. Kim et Trump à l’issue de leur sommet comportait peu de détails. M. Kim réaffirmait dans ce document « son engagement ferme et inébranlable envers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ».

Le secrétaire d’Etat est maintenant chargé de négocier un projet qui, espère Washington, verrait M. Kim déclarer clairement l’étendue et la nature de ses programmes nucléaire et balistique et accepter un calendrier pour le démantèlement de son arsenal

(©AFP / 07 juillet 2018 19h57)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-D-sarmement-nucl-aire-Pyongyang-rejette-les-m-thodes-de-gangster-des-Etats-Unis_RP/934444.rom

Négociations sur le nucléaire : Pyongyang dénonce les « demandes avides » des Etats-Unis

Négociations sur le nucléaire : Pyongyang dénonce les « demandes avides » des Etats-Unis

La Corée du Nord a dénoncé samedi les « demandes avides » des Etats-Unis, après deux jours de négociations sur le nucléaire à Pyongyang, que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo avait pourtant jugé « très productifs ».

Après le départ de M. Pompeo vers Tokyo, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a jugé que l’attitude « extrémement regrettable » des Etats-Unis pendant les discussions avait violé l’esprit de l’accord conclu le 12 juin à Singapour entre les dirigeants américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong Un.

« L’attitude américaine et les positions prises lors des discussions à haut niveau vendredi et samedi étaient extrêmement regrettables », a déclaré le ministère nord-coréen des Affaires étrangères, dans un communiqué cité par l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

Il a dénoncé des « demandes unilatérales et avides de dénucléarisation ».

Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie américaine, avant de décoller pour Tokyo, avait pourtant jugé les pourparlers « très productifs », sans fournir de précisions.

« Ce sont des questions complexes mais nous avons réalisé des progrès sur presque toutes les questions centrales, sur certaines beaucoup de progrès, sur d’autres il y a encore du travail à faire », a-t-il dit aux journalistes.

A Tokyo, il devait informer ses homologues japonais et sud-coréen de l’avancée des pourparlers.

Le secrétaire d’Etat américain et Kim Yong Chol, le bras droit du numéro un nord-coréen Kim Jong Un, ont eu vendredi et samedi plus de huit heures de pourparlers dans une résidence pour hôtes officiels de Pyongyang.

L’objectif était de développer une feuille de route détaillée vers la « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne, comme convenu lors de la rencontre historique de Singapour entre M. Trump et M. Kim.

« Nous avons parlé de ce que les Nord-Coréens continuent de faire et comment nous pouvons parvenir à ce sur quoi M. Kim et le président Trump se sont mis d’accord, à savoir la dénucléarisation complète de la Corée du Nord », a déclaré M. Pompeo.

« Personne ne s’est écarté (de cet objectif), cela reste leur engagement. Le président Kim est toujours convaincu, j’ai parlé avec le président Trump ce matin. (…) Nous avons des négociations productives, basées sur la bonne foi », a-t-il dit.

M. Pompeo a indiqué que des responsables des deux parties se rencontreraient dans un groupe de travail le 12 juillet pour parler du rapatriement de dépouilles de soldats américains tués pendant la guerre de Corée (1950-53).

Il a mentionné que des progrès avaient été faits sur les « modalités » de la destruction par la Corée du Nord d’un site de missiles.

Des responsables nord-coréens ont transmis à M. Pompeo une lettre personnelle à Donald Trump espérant que « les relations formidables et le sentiment de confiance » entre les deux dirigeants seraient renforcés par les discussions, indique le ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans son communiqué.

Pyongyang « fait la distinction entre les bureaucrates américains et le président Trump, en exprimant sa confiance dans ce dernier », analyse le Pr Yang Moo-Jin, de l’université des études nord-coréennes à Séoul.

« Il ne s’agit pas de rompre les pourparlers. Le Nord essaie de prendre le dessus dans les négociations à venir », explique-t-il à l’AFP.

« La Corée du Nord attendait de Pompeo qu’il apporte une proposition concrète de garantie de sécurité, mais a été déçu que les Américains réitèrent leur vieille demande de dénucléariser d’abord, avant que les Etats-Unis donne quoi que ce soit en échange », a-t-il estimé.

Samedi matin, M. Pompeo avait quitté la résidence pour se rendre dans un lieu où il a pu passer un appel sécurisé à Donald Trump, loin d’une potentielle surveillance nord-coréenne, avant de reprendre vers 09h00 (00h00 GMT) les pourparlers qui ont duré six heures, incluant un déjeuner de travail.

Dans la soirée de vendredi, accompagné de hauts fonctionnaires du département d’État et de la CIA, il avait échangé pendant plusieurs heures avec ses hôtes nord-coréens, avant d’avoir un dîner de travail avec Kim Yong Chol.

– Troisième visite –

Il s’agissait de la troisième visite en Corée du Nord du responsable américain.

M. Pompeo a commencé ses démarches diplomatiques en Corée du Nord alors qu’il était directeur de la CIA. Nommé secrétaire d’Etat, il est resté l’interlocuteur clé des négociations.

Depuis le sommet du 12 juin, Donald Trump s’est montré optimiste sur les chances de paix dans la péninsule divisée depuis la guerre de Corée, estimant que la menace d’une guerre nucléaire était écartée.

Le communiqué signé par MM. Kim et Trump à l’issue de leur sommet comportait peu de détails. M. Kim réaffirmait dans ce document « son engagement ferme et inébranlable envers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ».

Le secrétaire d’Etat est maintenant chargé de négocier un projet qui, espère Washington, verrait M. Kim déclarer clairement l’étendue et la nature de ses programmes nucléaire et balistique et accepter un calendrier pour le démantèlement de son arsenal

Mais beaucoup d’experts et de détracteurs du président Trump considèrent que le processus pourrait prendre des années.

(©AFP / 07 juillet 2018 16h53)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-N-gociations-sur-le-nucl-aire-Pyongyang-d-nonce-les-demandes-avides-des-Etats-Unis_RP/934416.rom

Vers un nouveau Yalta

Vers un nouveau Yalta

L’Europe va mal et c’est de sa faute. Elle persiste dans l’aveuglement, signe son effacement progressif de la nouvelle carte du monde et se laisse glisser dans une sorte de coma inquiétant. Elle aurait besoin d’un vigoureux massage cardiaque, d’une séance de défibrillation radicale. Elle préfère tirer nerveusement sur sa pompe à morphine, croire aux contes de fées et attendre le baiser salvateur, en l’espèce d’une Amérique… dont le président est tout sauf un prince charmant. Elle doit pourtant échapper toute seule à la prise en tenaille qui va la broyer. Mais ses sauveteurs eux-mêmes sont ambivalents. Ils s’indignent beaucoup, se réunissent sans cesse et cherchent des parades à une offensive… à laquelle ils ne veulent toujours pas croire. Ils se trompent de diagnostic et donc de recommandation thérapeutique. Nos élites communautaires prennent en effet chaque manifestation de bon sens et de santé démocratique des peuples européens (comme récemment le scrutin italien, ou la crise politique déclenchée en Allemagne par le ministre de l’Intérieur qui implore la chancelière de traiter enfin sérieusement le défi migratoire) pour une attaque contre « Leur Europe », celle de l’utopie initiale, celle de l’incomplétude d’une création qui se meurt de n’avoir jamais osé exister vraiment, et qui s’étouffe toute seule, empêtrée dans ses bons sentiments. Attitude typique d’une confusion entre les effets et les causes.

L’Europe est en manque de souveraineté, de clairvoyance et d’audace. Les pulsions dites populistes ‒ terme qui mélange à dessein des sensibilités diverses pour disqualifier globalement toute résistance à la doxa européenne ‒ ne menacent pas son unité ; elles révèlent combien celle-ci est fragile et peut conduire l’Union européenne (UE) à sa perte si l’on continue à nier des évidences. L’Europe est parvenue au bout du mensonge dans lequel elle s’est complu si longtemps, celui d’un ensemble de plus en plus vaste, disparate et prospère, mais sans colonne vertébrale politique ni stratégique, élevé au bon lait d’un globalisme désormais battu en brèche partout ailleurs par un retour en force des États et des peuples. Une Europe consentant docilement à la tutelle psychologique et normative d’une Amérique qui n’a plus le temps, désormais, de lui raconter des histoires à dormir debout, toute entière occupée à s’affirmer face à son nouveau Peer Competitor chinois. Depuis toujours, et surtout depuis les années 1990, Washington lui a coupé les ailes stratégiquement, l’a entravée dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord ( OTAN) qui ne défend que très marginalement les intérêts communautaires, l’a méthodiquement isolée de sa part orientale (la Russie), diabolisée à outrance pour délégitimer tout rapprochement qui aurait pu faire exister une masse critique stratégique continentale autonome. Et depuis un an, c’est pire : un mépris ouvert, une guerre commerciale radicale, l’ordre de se soumettre à l’extraterritorialité du droit américain, de rentrer dans le rang sans céder aux avances de l’autre Grand, qui propose avec un aplomb chaque jour grandissant un autre type de sujétion, un imperium inédit et déroutant.

« Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité

ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? »

Mais, le choix d’une allégeance est-il nécessaire et fatal ? Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? Devons-nous ad vitam aeternam admettre ce statut de zone coloniale disputée auquel ce choix nous réduit ? Sans aucun doute, si nous continuons à jouer en ordre dispersé. L’Union européenne n’aura bientôt d’autre choix que de constituer la péninsule d’achalandage des « Nouvelles Routes de la Soie ». La Chine est en train d’enserrer l’Europe au nord et au sud et semble encore hésiter sur le sort à réserver à la France dans ce sandwich. Le Français sera-t-il un consommateur de première classe, avec des produits chinois acheminés par train jusqu’à lui, ou un client de second ordre, achalandé par voie maritime ? C’est encore à nous de choisir… pour l’instant.

Dans cette course de vitesse avec Pékin pour gober par petits bouts une proie qui tragiquement se croit à l’abri, Washington se gausse de notre incapacité à gérer le défi migratoire qui est aussi sécuritaire et, n’ayons pas peur des mots, identitaire. Il est vrai qu’en misant sur la division des Européens et leur manque de lucidité sur les lignes de forces du nouveau monde et les alternatives qui pourraient se proposer à eux, Washington prend un risque mesuré. En effet, tandis que le partage du monde autour de ce nouveau duopole structurant se fait à toute vitesse, avec une réaffectation des clientèles, des tutelles, des États bascule ou tampon, l’Europe se sent, elle, soudainement orpheline. Il lui faut « tuer le père » et grandir enfin. Les occasions de s’affirmer sans se sentir coupable ne manquent pourtant pas : dénonciation de l’Accord sur le climat, du Partenariat transpacifique, de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien(JCPOA), guerre commerciale ouverte, mépris total des positions européennes sur les questions nord-coréenne, palestinienne, syrienne et, bien sûr, iranienne, etc. Il lui faut simplement oser la rupture. Même le patron allemand d’Airbus implore Paris et Berlin de structurer d’urgence une vision industrielle stratégique commune, afin que l’Europe spatiale ne se laisse pas distancer décisivement par l’offensive de Space X qui prend l’Agence spatiale européenne de vitesse et engage une guerre des prix des lanceurs menaçant notre supériorité.

« Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. »

Alors, qu’attend-on ? De pouvoir dire qu’il est trop tard, que l’on a encore raté une belle occasion mais que l’on saura saisir la prochaine ? Ou bien veut-on à toute force croire au discours ambiant sur « un mauvais moment à passer », sur Donald Trump, « père » tyrannique, abusif et indifférent qui ne sera pas réélu, ce qui nous permettra de retrouver bientôt le giron rassurant d’une domination traditionnelle ? C’est un vœu pieu, de l’ordre de la pensée magique. Quels que soient ses bien réels défauts, le président américain est aussi l’incarnation d’une part de la vérité américaine et l’on perd un temps précieux à le stigmatiser comme un irrationnel incompétent au lieu de saisir le fond de ses messages tonitruants. Chacune de ses prises de position, chaque revirement nous démontrent qu’il n’a cure de nos intérêts ou de nos avis. Et les siens ne sont pas tous naïfs ou inutiles. C’est « l’Amérique d’abord », contre tous s’il le faut. L’Europe doit obéir ou tomber. Le problème est qu’on ne lui accorde aucun crédit, même lorsqu’il fait des propositions qui pourraient indirectement nous désenclaver ; par exemple, lorsqu’il propose habilement (pour dissocier Moscou de Téhéran dont il s’agit d’entraver le rayonnement régional) que l’on réintègre la Russie dans le G7, on s’insurge à Paris et Berlin, tremblant pour la crédibilité de nos propres chantages, sur l’ Ukraine notamment… qui ne mènent pourtant à rien depuis des années. Moscou a beau jeu de faire la moue en expliquant que le G7 n’est pas représentatif de la diversité mondiale actuelle et qu’en être ou pas n’a plus d’importance. Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. Il nous faut grandir enfin, prendre la mesure de notre solitude et tout faire pour qu’elle ne finisse pas en isolement irrattrapable.

Le nouveau Yalta, c’est donc une course effrénée pour la domination des régions du monde, via le hard, le soft, le smart ou le sharp power. Il faut convaincre des clientèles qu’elles seront mieux loties avec Pékin qu’avec Washington. La démonétisation radicale de « la signature américaine » ne joue pas en faveur de notre Grand Allié. La convertibilité du yuan est en route. Elle va encore prendre quelques années mais on mesurera un beau jour l’ampleur de la bascule économico-politique réalisée par Pékin. Dans ce jeu de go mené à la hussarde, l’Europe n’est qu’une cible commerciale, et chacun des deux nouveaux Grands joue ses membres en bilatéral. La Russie lui a été ravie et n’a d’autre choix que de faire ami-ami avec Pékin autour d’un « eurasisme » qu’il lui sera très difficile de dominer à moyen terme. Donald Trump espère encore, si son entourage le laisse faire, offrir l’illusion à Moscou d’une relation privilégiée avec l’Amérique à laquelle Vladimir Poutine tient toujours. Mais, là encore, cela ne se fera qu’au détriment de l’Europe qui va progressivement découvrir le prix douloureux de son mépris entêté pour Moscou. Ne pas penser par et pour soi-même est toujours lourd de conséquences.

« Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide

des bientôt dix ans de réintégration de

la France dans le commandement intégré de l’OTAN ? »

Ce Yalta sera aussi normatif, dessinant les contours d’une nouvelle carte mondiale des influences et des pratiques sur le plan du droit, des monnaies, des référentiels de normalité politique et démocratique. Là encore, Pékin a de l’avance, car la Chine a toujours soigneusement évité la posture de donneuse de leçons qui fait haïr l’Occident dans toute une partie du monde. Elle ne conditionne pas son soutien financier au respect formel de quelconques droits ou valeurs. Elle pousse des États en difficulté à faire défaut sur des prêts trop importants qu’elle leur accorde pour les soumettre ensuite, achète des dettes souveraines, des pans entiers d’économies nationales, des ressources énergétiques ou minières, des terres rares, et offre à ses nouveaux obligés le développement rapide de leurs infrastructures. Quel que soit le niveau d’activité actuel de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII), la priorité accordée à ce type d’investissement signe une vision de très long terme. Tandis qu’on se gargarisait d’un G7 dissonant où s’étalait le divorce américano-européen, Pékin a accueilli à Qingdao, dans l’Est chinois, les huit chefs d’États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Inde, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Pakistan et bientôt Iran). L’ OCS monte en puissance et s’affirme, bien au-delà des enjeux sécuritaires, comme l’un des véhicules structurants du « contre-monde » chinois. Qui s’en est inquiété en Europe ou en a seulement parlé ?

Enfin, il faut bien comprendre que les nouvelles formes de la gouvernance mondiale vont jumeler un duo de tête sino-américain et, en dessous, une arborescence de mécanismes régionaux ou thématiques « multilatéraux », accompagnés d’un discours autour de la nécessaire pluralité des centres de décision et de souveraineté. En somme, on habille la bipolarité structurante d’un multilatéralisme rassurant…

Le sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet (en marge duquel les présidents Trump et Poutine arriveront peut-être enfin à se rencontrer) pourrait bien donner une nouvelle impulsion à l’Alliance et éloigner décisivement l’Europe de toute perspective d’autonomie stratégique salutaire. Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide des bientôt dix ans de réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Alliance ? Notre influence est-elle plus grande à Washington, à Mons, à Bruxelles, à Pékin, à Berlin ? Des centaines d’étoiles brillent sur les larges épaules de nos généraux mais… le Commandement allié Transformation est-il vraiment le lieu de la décision ? L’OTAN défend-elle les intérêts des Européens et contribue-t-elle au poids géostratégique de l’UE… ? Toute refondation crédible d’une Europe des nations respectueuse de leurs souverainetés mais aussi désireuse de se faire entendre et prendre enfin au sérieux sur la scène internationale, passe par l’affirmation et la mise en œuvre d’un projet stratégique autonome. Cela ne signifie pas être contre les États-Unis, cela signifie qu’il n’est de meilleur allié que libre.

N’en déplaise aux moutons bêlants du panurgisme ambiant, la Russie est un bout d’Europe et d’Occident. Ce n’est pas pour rien que l’Amérique a tout fait pour nous en dissocier, et que le pragmatisme d’un Trump, après que ses prédécesseurs ont poussé Moscou dans les bras étouffants de Pékin, le conduit aujourd’hui à jouer sur les deux tableaux : celui d’une dérive russe contrainte vers Pékin afin qu’aucun rapprochement russo-européen ne menace la domination stratégique américaine, celui de la Russie « avec » Washington, comme un vieux couple devisant des affaires du monde par-dessus la tête de l’Europe et contre la Chine.

Depuis 1991, les États-Unis ont commis une erreur stratégique cardinale en mettant la Russie au ban de l’Occident. Nous devons les convaincre de l’urgence d’en réunir les diverses composantes. La diplomatie religieuse actuellement à l’œuvre entre Églises romaine et orthodoxe peut utilement servir ce rapprochement. Il ne s’agit évidemment pas de se retrouver enfin entre Américains, Européens et Russes pour attaquer la Chine, mais pour, ensemble, faire le poids face à une offensive tous azimuts dont l’Union Européenne sera sinon la prochaine victime.

Caroline Galacteros

20 juin 2018

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique « Planeting ». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publiéManières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

Source : Le Courrier de Russie

http://www.afrique-asie.fr/vers-un-nouveau-yalta/

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Et si le rapprochement entre les deux Corées était encore une fois liée à une affaire de pétrole et de gaz  ? Avec la Russie comme “intermédiaire”, pour ne pas dire partenaire principal ? Le géant gazier russe Gazprom et la Corée du Sud ont relancé leurs négociations en vue de construire un pipeline transitant par le territoire nord-coréen vers la Corée du Sud.

Reprise des négociations

En fin de semaine dernière, Vitali Markelov, membre du conseil d’administration de Gazprom a en effet annoncé lors d’une conférence de presse la reprise des pourparlers.

«En ce qui concerne le gazoduc passant par le territoire de la Corée du Nord vers la Corée du Sud, ce projet n’est pas nouveau, nous avions déjà commencé à étudier cette question avec la partie nord-coréenne en 2011. Les itinéraires ont été choisis, des négociations ont eu lieu avec la partie nord-coréenne et sud-coréenne. Ensuite, les relations entre les deux pays, la Corée du Nord et la Corée du Sud, se sont détériorées, et les négociations ont été suspendues», a-t-il tenu à préciser.

Désormais, les tensions entre les deux Corées s’amenuisent, ce qui a permis à la Corée du Sud de se tourner à nouveau vers Gazprom en vue de discuter de la reprise du projet.

Le 30 Mars, s’exprimant lors du forum sur l’énergie à Séoul, le Ministre des affaires Étrangères Kang Kyung-hwa, a déclaré que l’amélioration de la situation de la sécurité sur la péninsule coréenne rendait désormais envisageable de débuter la construction d’un gazoduc entre la Russie et la Corée du Sud via la Corée du Nord.

La voie vers une concrétisation du projet ouverte dès 2011

Longtemps considérée comme une utopie, le projet de construction d’un pipeline à travers la Corée du Nord permettant de relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la Corée du Sud a franchi un pas vers sa concrétisation  en octobre 2011.

«Ce n’est pas un rêve farfelu. C’est un projet où chacun sera gagnant», avait alors affirmé le président sud-coréen Lee Myung-bak, lequel souhaitait conclure ce dossier avant la fin de son mandat en 2013.

Après le feu vert donné par Kim Jong-il au président russe Dmitri Medvedev lors d’un sommet en Sibérie le 24 août 2011, le géant du gaz sud-coréen Kogas souhaitait obtenir des garanties de la part de Moscou.

Un des défis majeurs à relever : régler les obstacles sécuritaires et économiques du projet pharaonique de 1700 km de long.

Russie / Corée : effacement de la dette contre gazoduc, une alternative au marché européen

Les sanctions brandies par les Occidentaux en avril 2014 pour tenter de freiner les velléités hégémoniques de Poutine en Ukraine pourraient s’avérer être des armes à double tranchant, le chef du Kremlin profitant de l’occasion pour développer ses relations avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, écrivais-je en avril 2014. Ajoutant que Moscou pourrait saisir là l’opportunité de trouver de nouveaux marchés autre que l’Union européenne pour écouler son bien précieux gaz.

C’est dans un tel état d’esprit que Moscou  avait alors effacé 90 % de la dette nord-coréenne, soit la quasi-totalité des 10 milliards de dollars de dettes contractées par le pays. Poutine n’ayant rien d’un philanthrope, la “largesse” russe pourrait au final faciliter la construction d’un gazoduc vers la Corée du Sud.

L’annulation de 90 % de la dette nord-coréenne avait ainsi été votée par les députés russes de la Douma, ratifiant un accord négocié en 2012. Le solde des derniers 10 % restants seront quant à eux rééchelonnés sur vingt ans, par versements tous les six mois.

Le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Stortchak, avait lui-même déclaré que cette somme pourrait servir au financement de projets communs en Corée du Nord, parmi lesquels figure la construction d’un gazoduc pour relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la boulimique Corée du Sud.

Rappelons que ce projet est développé depuis déjà quelques années par le géant gazier russe Gazprom. L’objectif premier étant de livrer à la Corée du Sud 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le gazoduc constitue également un élément indispensable pour la stratégie d’expansion asiatique de Gazprom, qui cherche à tout prix un débouché à ses pipelines en provenance de Sakhaline et de Sibérie.

 Un gazoduc qui s’inscrit dans un projet gagnant-gagnant

Lors du sommet entre Dmitri Medvedev (alors Président russe) et son homologue nord-coréen Kim Jong-il qui s’est tenu en Sibérie en août 2011, la Fédération de Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont convenu de la mise en place d’une commission spéciale pour la création d’un gazoduc entre la Russie, la RPDC et la Corée du Sud. Commission qui devrait notamment déterminer le volume transporté et le montant des droits de transit versés à la RPDC.

Si les autorités sud-coréennes n’avaient pas immédiatement réagi à cette annonce, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait par la suite déclaré à New York qu’il considérait ce projet comme “gagnant-gagnant” pour toutes les parties impliquées (Moscou, Pyongyang et Séoul).p
Malgré la campagne hostile au projet de gazoduc trans-coréen conduite par certains médias conservateurs sud-coréens, lesquels avaient pointé du doigt les risques éventuels de “siphonnage” du gaz lors de son transport ainsi que de rupture des approvisionnements en cas de détérioration des relations Nord-Sud, le président sud-coréen s’était montré favorable au projet.

Grâce à la mise en place de ce gazoduc, la Corée du Sud, aujourd’hui le deuxième importateur mondial de gaz, approvisionnée exclusivement par voie maritime, pourrait réduire ses coûts d’approvisionnement en gaz naturel jusqu’à 30 %.

Les droits de transit perçus par la Corée du Nord pourraient s’élever quant à eux à 100 millions de dollars par an.

Le marché asiatique : une alternative aux débouchés européens

Rappelons par ailleurs, qu’en 2013 et 2014, lors d’adresses multiples au parlement russe, Vladimir Poutine avait assigné aux députés la tâche de développer activement les liens avec l’Asie orientale. En septembre 2013, le ministère pour le développement de l’Extrême-Orient russe avait vu quant à lui l’étendue de ses pouvoirs élargie de manière substantielle.

Un développement des relations avec l’Asie permettrait ainsi en quelque sorte de s’assurer de nouveaux débouchés dans l’éventualité de l’adoption de sanctions sévères contre la Russie.

Sergueï Men, partenaire associé du cabinet d’investissements de Hong-Kong Eurasia Capital Partners, estimait alors l’Asie pouvait devenir, pour la Russie, une alternative à part entière à l’Union européenne. Ses arguments : les pays d’Asie du Sud-Est constituent le marché à la croissance la plus rapide pour les produits clés de l’export russe : hydrocarbures, métaux, chimie, alimentaire.

Sources : ats, Kommersant, Le Courrier de Russie, Sputnik, Le Figaro, Gazprom

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 22 juin 2018

http://www.leblogfinance.com/2018/06/gazoduc-entre-les-deux-corees-reprise-des-negociations.html

Doutes à Washington sur la sincérité de Kim dans les négociations nucléaires

Doutes à Washington sur la sincérité de Kim dans les négociations nucléaires

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président américain Donald Trump, le 12 juin 2018 à Singapour / © AFP/Archives / SAUL LOEB

Les services de renseignements américains disposent d’informations selon lesquelles la Corée du Nord tenterait de cacher une partie de son arsenal nucléaire, selon plusieurs médias américains, mais Washington a assuré dimanche ne pas pécher par « naïveté » dans les négociations avec Pyongyang.

La chaîne NBC, citant une dizaine de sources gouvernementales, et le Washington Post, se reposant sur quatre responsables, ont rapporté ce week-end que le régime de Kim Jong Un avait pris des mesures pour continuer à dissimuler certains sites nucléaires secrets, y compris depuis le sommet de Singapour du 12 juin lors duquel le dirigeant nord-coréen et le président américain Donald Trump se sont engagés en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Selon NBC, le régime a augmenté la production d’uranium enrichi ces derniers mois, parallèlement aux contacts ayant abouti à la rencontre historique et chaleureuse entre les deux hommes.

Les services d’espionnage américains auraient obtenu des indices permettant de conclure que, in fine, Kim Jong Un avait l’intention ferme de conserver une partie de son stock nucléaire.

Officiellement, la Maison Blanche n’a pas commenté ces informations. Mais le conseiller à la sécurité nationale John Bolton ne les a pas démenties, lors d’un entretien dimanche.

« Je dirai seulement ceci: nous utilisons la totalité de nos capacités pour comprendre ce que la Corée du Nord est en train de faire », a dit M. Bolton sur Fox News.

« Aucun de ceux qui participent à ces négociations ne fait preuve de naïveté. Le président a dit qu’il ne répéterait pas les erreurs des administrations précédentes », a ajouté le conseiller.

Une allusion possible aux accords négociés sous les administrations de Bill Clinton et de George W. Bush avec la Corée du Nord dans les années 1990 et 2000, et qui n’ont jamais empêché ce pays de développer son programme nucléaire.

– « Preuves sans équivoque » –

Le sommet de Singapour a fait baisser les tensions non seulement entre les deux pays mais aussi dans la région, comme en témoigne la décision récente du Japon de réduire son niveau de défense contre d’éventuels missiles venus de Corée du Nord.

Tokyo a décidé, selon le quotidien Asahi Shimbun dimanche, de ne plus déployer de navires équipés des systèmes antimissiles Aegis dans la mer du Japon.

Le pays a également suspendu ses exercices publics d’évacuation face à des missiles nord-coréens potentiels.

Mais la poignée de mains entre MM. Kim et Trump n’a débouché ni sur un calendrier ni sur des modalités précises pour le démantèlement de l’arsenal nucléaire nord-coréen.

Citant des responsables anonymes du renseignement, NBC a rapporté que la Corée du Nord entendait « soutirer toute concession » possible aux Etats-Unis plutôt que d’abandonner réellement ses armes atomiques.

« Il n’y a pas de preuve que (les Nord-Coréens) réduisent leurs stocks ou qu’ils aient arrêté leur production » nucléaire, a déclaré un responsable américain cité par NBC.

« Il y a des preuves absolument sans équivoque qu’ils essaient de tromper les Etats-Unis », a affirmé ce responsable, bien que la Corée du Nord ait cessé depuis plusieurs mois ses essais nucléaires et ses tests de missiles balistiques.

Le principal centre nucléaire nord-coréen est celui de Yongbyon.

Le site de référence sur l’étude de la Corée du Nord, 38 North, a annoncé il y a quelques jours, sur la base d’images de satellites, que Pyongyang poursuivait les opérations dans son usine d’enrichissement et était en train d’améliorer le centre de recherches.

Cependant, prévient 38 North, ces travaux « ne doivent pas être vus » en relation « avec la promesse nord-coréenne de dénucléarisation ». On peut s’attendre, selon ce site spécialisé, à ce que les équipes chargées du nucléaire « fassent comme d’habitude en attendant des ordres spécifiques de Pyongyang ».

La Corée du Nord a fait exploser fin mai Punggye-ri, son seul site d’essais nucléaires, où elle a mené ses six tests atomiques, un geste de bonne volonté avant le sommet avec les Etats-Unis.

La prochaine rencontre à haut niveau doit avoir lieu entre le dirigeant nord-coréen et Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine.

« Il y a beaucoup de travail entre ici et là-bas. Mon équipe y travaille déjà. Je retournerai (à Pyongyang) avant longtemps », a dit M. Pompeo récemment.

(©AFP / 01 juillet 2018 16h02)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Doutes-Washington-sur-la-sinc-rit-de-Kim-dans-les-n-gociations-nucl-aires/932480.rom

Diplomatie mondiale du wrassling

Diplomatie mondiale du wrassling


Par James Howard Kunstler – Le 11 juin 2018 – Source kunstler.com

wrassling / child wrestling / catch pour les enfants

Pourquoi ne pas faire la guerre avec le Canada ? Cette insignifiante « nation » encombre la moitié septentrionale de NOTRE continent, pour lequel nous avons lutté puissamment afin de nous libérer de la méchante vieille Europe. Qu’est-ce que Justin Trudeau ne comprend pas à ce propos ? Et quand nous en aurons fini avec lui, que diriez-vous de faire quelques « reprises » avec Frau Merkel et cette petite grenouille de Monsieur Macron ? J’aimerais voir le Golem d’Or de la Grandeur dans un justaucorps et un de ces masques de lutte mexicains, jetant ces méchants nains internationaux hors du ring comme autant de sacs de patates.


Et maintenant c’est parti à Singapour pour un combat de catch avec cet autre adversaire connu sous le nom de « Little Rocket Man ». Il y a une attente étrange que ces deux avatars d’irréalité régleront le hachis qui a mijoté pendant soixante ans entre la Corée divisée et les USA. M. Trump conclura un accord pour transformer la Corée du Nord en paradis pour les golfeurs et M. Kim promettra de réduire son arsenal nucléaire en fers 9 et en putters. Et puis ils vont célébrer cet accord sur Air Force One avec des sacs de Big Macs et du poulet frit. (Laissez les aides et les conseillers se battre pour les nouilles de Singapour et les becs de calmars à la sauce à l’ail.)

Le New York Times a posé un gros caca lundi matin avec un éditorial remettant en scène le plus gros méchant de la collection d’épouvantails internationaux du Times : la Russie.

Si un président des États-Unis devait esquisser un plan secret et détaillé pour rompre l’alliance atlantique, ce plan aurait une ressemblance frappante avec le comportement de Trump. Cela impliquerait une hostilité visible envers les dirigeants du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Japon. Spécifiquement, il s’agirait de choisir des combats sur des questions artificielles – pas de gagner de grandes concessions pour les États-Unis, mais de créer des conflits juste pour faire chauffer l’ambiance. Un plan secret visant à diviser l’Occident aurait également pour effet que les États-Unis cherchent de nouveaux alliés pour remplacer ceux qui ont été mis au rebut. Le plus évident serait la Russie, le plus grand rival en Europe de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne. Et tout comme la Russie le recherche, l’intention des États-Unis de détruire l’alliance atlantique se mêlerait de la politique intérieure des autres pays pour installer de nouveaux gouvernements qui rejetaient également l’ancienne alliance.

Ainsi donc … pour « The Times », le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Japon ne sont guère plus qu’un club d’ex-épouses vous cassant le cul, la Corée du Nord serait une irrésistible star du porno très bien carrossée, et la Russie un vieux et diabolique proxénète, dans un jeu sans-fin pour fatiguer l’adversaire. Ils ont tous couru après M. Trump depuis avant même qu’il ne descende de sa tour dorée de la Cinquième avenue par son fatidique escalator. Assurément, le méchant Poutine a truffé l’hôtel de Singapour avec ses meilleurs espions et il a chargé les placards du président avec des prostituées et des promoteurs immobiliers pour tenter M. Trump dans toutes sortes d’actes artificiels imaginés dans les laboratoires Kompromat de Iassenevo.

Je suis pour la paix dans le monde, et j’aimerais essayer de prendre la réunion de Kim-Trump au sérieux, mais il est difficile d’imaginer deux personnages moins préparés par les rigueurs de la réalité que cette paire-là. Chacun a vécu dans le royaume magique de sa propre vie. Les deux présentent des comportements typiques d’enfants : bouderie, menaces, fanfaronnades et changements d’humeur mystérieux. Les adultes supposés sérieux autour de M. Trump doivent s’enfiler des Xanax comme des Tic-tacs. Les attachés militaires autour de l’impénétrable Kim se souviendront peut-être de l’exécution en 2016 de deux ministres du NK abattus avec des canons antiaériens pour avoir déplu au chef [C’est probablement une fake news d’État, organisée par les service secrets sud-coréens, NdT] – l’un d’entre eux pour s’être simplement endormi pendant un discours de Kim. Qui a nettoyé les restes, je me le demande.

Peut-être que quelque chose de bon peut sortir de cette configuration improbable. J’attends une sorte d’acte de vaudeville : quelques moments avec les deux prétendant qu’ils comprennent ce que l’autre dit… un communiqué plein d’espoir annonçant la floraison d’un million de fleurs, et un éclatement fatidique quelques heures après la lune de miel quand Kim, Trump et tous les porteurs de lances des deux côtés se rendront compte qu’ils n’avaient aucune idée de ce dont ils parlaient.

Puis, jeudi, le rapport tant attendu de l’inspecteur général du ministère de la Justice sortira, après un « filtrage » par les gens du FBI dont la conduite fait l’objet de cet examen. Je m’attends à une nouvelle couche dans l’énorme gâteau cuisiné par les chevaliers blancs de la « Résistance ». Celui-ci s’appellera le Redacto-Gate.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/diplomatie-mondiale-du-wrassling