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Le Dessous des cartes Peut-on comprendre la Corée du Nord ?

Le Dessous des cartes
Peut-on comprendre la Corée du Nord ?

13 min.
Disponible : 18/11/2017 au 18/01/2018
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Le magazine géopolitique qui lit le réel dans les cartes, présenté par Émilie Aubry. Aujourd’hui : avec de nombreuses informations inédites, « Le Dessous des cartes » décrypte les enjeux des crises à répétition en Corée du Nord, et les spécificités de cet État-tampon décidé à devenir à tout prix une puissance nucléaire à part entière.
Aux yeux de la communauté internationale, la Corée du Nord menace le monde et, plus particulièrement, les Américains et ses voisins japonais et sud-coréen. Depuis que Kim Jong-un a succédé en 2011 à son père à la tête de l’une des dictatures communistes les plus dures de la planète,  Pyongyang a déjà testé 98 missiles et 4 bombes atomiques. Avec de nombreuses informations inédites, « Le dessous des cartes « décrypte les enjeux des crises à répétition dans cette région du monde, et les spécificités de cet État-tampon décidé à devenir à tout prix une puissance nucléaire à part entière.

Générique

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Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?

Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?

Par Théo CLEMENT, le 15 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Junior Fellow (IAO/ENS Lyon), Doctorant (Université de Vienne)
theo.clement@sciencespo-lyon.fr

Vendredi 17 novembre 2017, le président chinois Xi Jinping envoie un « représentant spécial » en Corée du Nord pour évoquer le programme nucléaire nord-coréen, même si le sujet ne figure pas officiellement sur le descriptif de sa mission. Après le séjour du président des Etats-Unis Donald Trump en Chine, cette mission d’un diplomate chinois attire l’attention sur la nature des relations entre la Chine et la Corée du Nord. Cet article explique les raisons des réticences de Pékin aux sanctions économiques contre la Corée du Nord.

Des sanctions extrêmement sévères mais inefficaces

Souvent représentés dans les imaginaires collectifs tant occidentaux que chinois comme des alliés de long-terme traversant actuellement une « mauvaise passe », la Chine et la Corée du Nord constitueraient des partenaires « naturels », de par leur proximité géographique, idéologique, politique et historique. Sans être totalement erronée, cette représentation dominante des relations entre la Chine et la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC) cède néanmoins beaucoup aux discours politiques et à la propagande des deux pays qui cherchent à présenter sous un jour favorable des relations, certes anciennes et étroites, mais aussi frustrantes et souvent conflictuelles. La Corée du Nord n’a en effet eu de cesse, depuis la fin de la Guerre de Corée (1950-1953) de chercher à empêcher son immense voisin –et ancienne tutelle impériale- de s’immiscer dans ce qu’elle considère ses affaires internes. Si Pyongyang a toujours cherché à bénéficier des largesses et de la générosité – nécessairement intéressées – de Pékin qui a offert de larges quantités de nourriture, y compris au plus dur de la famine du Grand Bond en Avant. Elle a aussi cherché à maintenir la Chine à distance, tant du point de vue politique, en purgeant les éléments pro-chinois du Parti du Travail de Corée, que du point de vue économique, en cherchant activement à diversifier ses partenaires commerciaux. Dans l’optique marxisante des premières générations de dirigeants nord-coréens, l’indépendance économique (jarip) constitue en effet une condition nécessaire de l’indépendance politique (jaju), et cette première passe notamment par une plus large maitrise domestique des chaines des valeurs et une diversification du commerce extérieur.

Le moins que l’on puisse dire est que ces idéaux ont été difficiles à mettre en œuvre, d’abord au temps de la Guerre froide, mais aussi et surtout depuis l’écroulement du bloc soviétique, qui a provoqué la famine nord-coréenne des années 1990, la « Marche difficile ». Se retrouvant, malgré elle, dans un tête-à-tête avec une Chine de moins en moins intéressée par le troc avec la Corée du Nord, Pyongyang, toujours pragmatique, relance un programme de réforme gelé par la « Marche difficile » et met en œuvre une diplomatie économique active, visant à attirer les investissements chinois, sud-coréens et japonais dès 2002. Si cette politique s’est avérée être un succès pour l’économie de la Corée du Nord qui connait une véritable mutation en une quinzaine d’années, la relance du programme nucléaire et le premier test de 2006 poussent progressivement les différents partenaires économiques de la RPDC à limiter, puis à rompre, leurs échanges avec la Corée du Nord. En effet, la mise en œuvre progressive de sanctions économiques uni- ou multilatérales à l’encontre de Pyongyang et la fermeture de divers projets communs avec le Sud créent les conditions d’un tête-à-tête quasiment exclusif avec Pékin. A l’heure actuelle, Pékin constitue de très loin le premier partenaire commercial de la Corée du Nord, puisqu’environ 85% du volume total des échanges nord-coréens se font avec la Chine. Par ailleurs, les réformes du 1er juillet 2002 et la diplomatie économique active de l’ère Kim Jong-il-Hu Jintao ont favorisé l’émergence de vagues d’investissement chinoises, notamment dans les secteurs miniers et manufacturiers. Ce qui a permis à la Corée du Nord de décupler ses exportations de minerais et d’anthracite dont elle regorge. Limitées à 50 millions de dollars en 2002, les exportations de ressources extractives nord-coréennes en direction de la Chine bondissent jusqu’à 1,8 milliard de dollars en 2013 [1]. Du fait de l’accélération des programmes balistiques et nucléaires à la suite de l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011, c’est justement cette rente financière que le Conseil de Sécurité des Nations Unies (CNSU) cherche à limiter afin de contraindre Pyongyang à remiser ses programmes controversés.

Longtemps limitées à des mesures ciblées visant les produits « de luxe » (dont la définition exacte revenait aux États-membres) ou à « double usage », civil et militaire, les sanctions multilatérales du CSNU visant la RPDC ont changé de nature à la suite du test nucléaire de janvier 2016. La résolution 2270 prévoyait, en effet, un plafond sur les exportations de certaines ressources extractives nord-coréennes, dont le charbon. Ces limites ont été progressivement renforcées au fur et à mesure des progrès affichés par Pyongyang dans le cadre de ses programmes controversés, et ce tant et si bien qu’à l’heure actuelle, presque toutes les principales exportations nord-coréennes (minerais, charbon, jusqu’au textile et fruits de mer) sont plafonnées ou interdites. Si l’on se base sur les données statistiques de 2015 et que l’on déduit les exportations aujourd’hui bannies par les diverses résolutions onusiennes, les exportations nord-coréennes seraient amputées de près de 60% de leur volume total, sans même prendre en compte les mesures unilatérales. Cette sévérité affichée contraste d’autant plus avec l’inefficacité de ces mesures, non seulement parce que Pyongyang progresse à grandes enjambées dans son développement balistique et nucléaire mais aussi parce que la RPDC affiche une santé économique tout à fait insolente : selon la Bank of Korea, de Séoul, le PIB nord-coréen a connu une croissance de 3,9% en 2016 [2], venant ainsi confirmer les commentaires enthousiastes des observateurs présents ponctuellement sur le terrain dont l’auteur. Si la situation économique reste dans l’ensemble très fragile et structurellement instable, l’indubitable développement économique nord-coréen des quinze dernières années est bien entendu lié à la rente issue du commerce avec la Chine. Pékin est régulièrement pointé du doigt pour sa mise en œuvre grossièrement laxiste des sanctions économiques et, plus généralement, pour faire passer ses intérêts stratégiques avant le respect du droit international et des sanctions onusiennes : selon une vision largement partagée, Pékin non seulement « diluerait » les brouillons de résolutions américaines soumises au CSNU, mais de plus viderait de leur contenu les sanctions économiques onusiennes en fermant l’œil sur une large partie des échanges sino-nord-coréens. En effet, toujours selon cette vision « dominante » mais réductrice, la Chine cherche avant tout à limiter la pression sur son turbulent voisin afin de conserver « l’État tampon » nord-coréen et maintenir la Corée du Sud et son « trop bon ami » américain à bonne distance.

Cette vision, largement répandue et certainement assez vraie, ne renvoie qu’à une infime partie des très complexes relations sino-nord-coréennes et surtout des antagonismes Chine-RPDC. S’il est vrai que la Chine a un intérêt à « maintenir » la Corée du Nord en l’état, cette vision est remise en cause par plusieurs auteurs chinois, y compris des analystes militaires. Par ailleurs, l’idée d’un « soutien économique » chinois à la Corée du Nord relève du mythe. Non seulement les investissements chinois en RPDC sont extrêmement limités, mais les stratégies d’engagement économique de la Chine prennent fondamentalement à contre-pied les principes d’indépendance nord-coréens et sont vécus comme une forme d’impérialisme de la part des Nord-coréens [3]. Si la Chine se montre si réticente à appliquer les sanctions économiques, c’est aussi, et surtout, parce que les entreprises chinoises voient dans la Corée du Nord un marché captif très rentable.

Le « phénomène Dongbei » et le tentant marché nord-coréen

La Chine et la RPDC partagent une frontière de plus de 1400 kilomètres, largement délimitée par deux fleuves : le Yalu (Amnok pour les Coréens) à l’ouest et le Tumen à l’est. Côté chinois, deux provinces sont frontalières de la Corée du Nord : le Liaoning et le Jilin, qui, si on leur ajoute la province plus septentrionale du Heilongjiang, sont appelées « Dongbei » (nord-est) en Chine. Cette appellation collective tient de leur proximité géographique ainsi que d’autres traits communs, ethno-linguistiques mais aussi économiques. En effet, ces provinces constituent les locomotives historiques de l’économie chinoise avant la Révolution de 1949 puis sous Mao. Elles sont largement dominées par l’industrie lourde, l’agriculture et les grandes entreprises d’État chinoises, les fameuses « entreprises zombies ». Souvent largement déficitaires, elles ont une importance sans pareille en Chine. Ceci étant, le nord-est chinois a connu coup sur coup le schisme sino-soviétique, la réforme économique chinoise (qui favorise les provinces méridionales car plus proches des routes commerciales) et fait aujourd’hui figure de lanterne rouge de l’économie chinoise que le gouvernement central peine à développer. Selon les statistiques du Fonds monétaire international (FMI) [4], le Liaoning était, en 2014, la huitième province chinoise en terme de PIB/hab. . En 2016, la province tombe à la 14ème place, voyant même sa croissance économique passer en dessous du zéro, phénomène inédit en Chine depuis la réforme économique de 1978. Le Dongbei souffre de sa géographie semi-enclavée, véritable bride pour une économie tournée vers l’export comme celle de la Chine. La poursuite des réformes économiques, voulue par Xi Jinping, passe par une restructuration vraisemblablement douloureuse des mastodontes étatiques du Dongbei qui offrent des mécanismes de protection sociale devenues extrêmement rares en Chine : le fameux « bol de riz en fer » ou sécurité de l’emploi. Ces filets sociaux contrastent très fortement avec la situation du secteur privé, où les salaires, extrêmement bas (le salaire minimum d’une ville moyenne du Jilin tourne autour des 170 euros par mois) sont vus comme peu attractifs pour les populations. Ainsi, la réforme économique risque d’être potentiellement explosive politiquement dans la mesure ou les provinces du nord-est connaissent une agitation sociale déjà très marquée. Pékin peut ainsi difficilement se permettre de s’engager sur la voie de la réforme sans s’assurer que le secteur privé soit assez sain pour absorber les massifs transferts de main d’œuvre excédentaire.

Dans ce contexte, la proximité immédiate d’un marché rendu captif par les sanctions économiques et où l’on manque de presque tout constitue bien évidemment une opportunité tentante. Tous les plans mis en œuvre par Pékin pour désenclaver les économies du Nord-est avaient un point commun. Ils visaient à parfaire l’intégration économique au besoin en développant les infrastructures transfrontalières, préfigurant les fameuses « nouvelles routes de la soie » entre le Dongbei et les pays environnants, dont la Corée du Nord. Celle-ci se trouve au début des années 2000 en grand besoin de capitaux, de technologie et d’infrastructures. Un an après les réformes économiques nord-coréennes de 2002, le plan Zhenxing Dongbei (« revitalisons le Nord-est ») puis le plan Changjitu de 2009 visaient à développer des corridors de développement reliant le cœur du Dongbei avec les villes frontalières et certains ports nord-coréens, dont celui de la Zone économique spéciale (ZES) de Rajin-Sonbong. Cette ZES qui abrite le port préservé du gel le plus septentrional de l’Asie continentale, n’est située qu’à une quinzaine de kilomètres des villes chinoises les plus proches, qui « voient les mouettes mais pas la mer », selon le proverbe local. Véritable fenêtre de désenclavement pour les entreprises du Dongbei, le port de Rajin fait par ailleurs l’objet d’une exception explicite dans toutes les résolutions onusiennes récentes, autorisant notamment certains produits sanctionnés à « traverser » la ZES s’ils ne sont pas originaires de RPDC.

Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?
Corée du Nord. Le port de Rajin-Sonbong
Crédit photographique : Théo Clément, 2014

Les efforts des provinces du Dongbei pour mieux « ouvrir » la Corée du Nord, soutenus par Pékin, disposaient d’un important relais de l’autre côté de la frontière, à savoir Jang Song-taek, personnalité-clé des relations économiques sino-nord-coréennes et beau-frère de Kim Jong-il (et donc oncle de Kim Jong-un). Jang avait notamment mis en place avec le ministre du Commerce chinois de l’époque, Chen Deming, des projets de Zones Économiques Spéciales à proximité immédiate de la ville de Dandong, qui voit passer près de 65% du commerce transfrontalier. C’est aussi probablement lui qui a supervisé la refonte des lois spéciales de certaines ZES visant à faciliter les investissements chinois, dont celle de Rajin-Sonbong en 2011. Sous pression chinoise, jusqu’à la purge médiatisée de Jang Song-taek par Pyongyang en 2013, les corpus législatifs nord-coréens relatifs à la coopération économique ont en effet été profondément remaniés pour faciliter l’intégration économique avec la Chine. Si cette intégration peut, en effet, servir les intérêts géostratégiques de Pékin, et a été largement dynamisée par le pouvoir central, elle reste avant tout le fait d’acteurs privés. Contrairement à une idée largement répandue, les entreprises d’État chinoises n’investissent pas ou peu en Corée du Nord et le commerce transfrontalier reste avant tout le fait de petites sociétés d’import-export privées. Il en existe pas moins de 600 rien qu’à Dandong. Selon le mot d’ordre des années 2000, les « années Jang », la coopération économique bilatérale devait fonctionner sur le modèle suivant : « facilitée par les gouvernements, gérée par les entreprises, opérée selon le marché et mutuellement bénéfique ». Si la purge de Jang a mis un brutal coup d’arrêt à cette convergence affichée, de fait, la politique de rapprochement économique a porté ses fruits. Selon plusieurs études, confirmées par les entretiens de l’auteur à la frontière, si le commerce avec la RPDC est rendu difficile par un environnement d’affaires très largement dominé par des considérations politiques, il n’en demeure pas moins rentable pour près de 90% des entreprises interrogées. Certaines villes frontalières comme Dandong (Liaoning), Ji’An ou Hunchun (Jilin), ont même en grande partie basé leurs perspectives de développement économique sur une meilleure intégration économique avec la Corée du Nord, comme en témoignent l’ouverture de ZES côté chinois visant à remodeler une division transfrontalière du travail (Hunchun Border Economic Zone) [5], ou à faciliter les échanges (Guomenwan Trade Zone à Dandong).

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Corée du Nord. La « Guomenwan Trade Zone » de Dandong
Crédit photographique, Théo Clément, 2015.

Ces efforts placent parfois les pouvoirs publics locaux, et surtout les hommes d’affaires, en porte-à-faux avec le message que Pékin veut envoyer à travers le Conseil de Sécurité de l’ONU. Si personne ne croit le pouvoir central chinois quand il explique appliquer à la lettre les sanctions économiques à l’égard de la Corée du Nord, Pékin ne peut cependant pas se permettre d’être trop ostensiblement laxiste. Tout d’abord, la Chine doit maintenir une relative crédibilité vis-à-vis de la communauté internationale et agir en fonction de ses déclarations. Ensuite, Pékin est aussi véritablement agacée par le comportement nord-coréen, qui place la Chine dans une position diplomatique précaire et fragilise l’image de grande puissance influente et responsable qu’elle cherche à se donner. Appliquer un savant dosage de pression économique est nécessaire pour la Chine, tant pour faire passer un message à la RPDC que pour éviter de voir ses entreprises – ou ses banques – victimes de sanctions dites « secondaires » prises unilatéralement par les États-Unis et qui visent les entreprises chinoises liées à la Corée du Nord. Ainsi, les périodes suivant immédiatement l’adoption de résolutions onusiennes sont souvent des moments de fermeté affichée à la frontière, mais qui laisse progressivement place à plus de souplesse quand les observateurs regardent ailleurs. Cette mise en œuvre contrastée et flexible des sanctions s’explique par le fait que les dirigeants chinois savent que les mesures d’étranglement économique sont extrêmement mal vécues par Pyongyang qui y voit une atteinte à sa souveraineté et son indépendance, et assez contre-productives car elles viennent « justifier » le besoin de sanctuarisation nord-coréen. Mais le laxisme chinois est aussi plus directement intéressé : appliquer les sanctions à la lettre reviendrait presque à fermer hermétiquement la frontière et à enclaver encore plus un Dongbei déjà à la traine.

Des sanctions difficiles à mettre en œuvre

Dans sa quête de stabilité à sa périphérie, la Chine apparait comme une puissance conservatrice, cherchant à « doser » la pression mise sur Pyongyang tout en esquivant les reproches américains sur son prétendu soutien à la RPDC. Cette ambiguïté fondamentale de la politique nord-coréenne de la Chine, complexe tissage résultant de diverses pressions contradictoires, a l’immense désavantage de frustrer tant Washington que Pyongyang. Le premier reproche, en effet, à la Chine de jouer un double jeu et de soutenir la Corée du Nord. Le second voit dans la sévérité chinoise une trahison et une soumission à « l’impérialisme américain », renforçant encore plus l’idée que Pyongyang ne peut décidemment compter que sur elle-même et que l’intégration économique avec la Chine constitue une source d’insécurité. Comme en témoigne la purge de Jang Song-taek, exécuté notamment pour avoir « vendu au hasard les précieuses ressources naturelles souterraines » [6] de la Corée du Nord. Pyongyang n’était déjà pas très à l’aise avec l’approche chinoise très sino-centrée de la coopération économique bilatérale, essentiellement basée sur des investissements limités aux secteurs à très faible valeur ajoutée offrant peu de perspectives de développement endogène. Le fait que Pékin cherche à utiliser – même de manière relative – les leviers économiques forgés à la suite des réformes de 2002 pour faire avancer ses objectifs diplomatiques et politiques ne peut être vécu que comme une humiliation par Pyongyang, surtout si Pékin cherche à faire cohabiter sanctions et intégration économique. Si les relations politiques sino-nord-coréennes n’ont jamais été stables, le fait que Pékin et Pyongyang se critiquent de plus en plus durement et ouvertement via les organes de presse officiels interposés constitue un développement inédit et témoigne notamment de l’agacement et de la détermination nord-coréenne qui attaque et humilie la main qui la nourrit. Kim Jong-un, lors de son rapport pour le 7ème Congrès du Parti du Travail de Corée en 2016, n’a par ailleurs pas manqué de mentionner les « vents pourris qui soufflent dans notre voisinage [7] », paraphrase très claire pour désigner la Chine. Il encourage régulièrement les « forces vives » du secteur de l’économie à limiter « la tendance à l’import » ou de régler le « caractère unilatéral du commerce » [8], soit, dit plus franchement, à sortir de la dépendance chinoise. Nonobstant le fait que les sanctions pourraient avoir un effet potentiellement dramatique sur l’économie nord-coréenne et ses populations sans nécessairement entamer la détermination du régime, qui n’a pas vacillé pendant la famine des années 1990, leur mise en œuvre, même laxiste et contrastée, dégrade fortement les relations déjà méfiantes entre la Chine et la Corée du Nord. Cet état de fait alimente les réticences chinoises sur la mise en œuvre des sanctions, qui, en isolant encore plus la Corée du Nord, en viennent une fois de plus à « justifier » le radicalisme nord-coréen et l’idée que Pyongyang est encerclé de « forces hostiles ».

Autre facteur rendant difficile la mise en œuvre des sanctions par la Chine, la corruption endémique qui sévit dans le nord-est de la Chine. Si la corruption est un phénomène largement répandu en Chine et une priorité affichée de l’actuelle administration chinoise, la domination étatique du tissu économique et le déclassement dont font l’objet les provinces du nord-est a créé un terreau particulièrement fertile pour l’établissement de réseaux commerciaux transfrontaliers « gris » ou franchement illégaux. La mise en œuvre progressive des sanctions économiques (les premières mesures unilatérales, américaines, datent de 1950) a constitué une bonne école d’apprentissage pour les Nord-coréens, qui sont devenus maitres dans l’adaptation de complexes systèmes d’entreprises prête-noms permettant de commercer avec divers acteurs sans même que ces derniers sachent nécessairement à qui les marchandises ou l’argent sont destinés. Un récent et très commenté rapport du Center for Advanced Defense Studies a pu identifier une partie – certainement infime – de ces réseaux, chiffrant à plus de 5 200 le nombre d’entreprises chinoises servant de go-between entre la Corée du Nord et ses clients potentiels. Rare cas publiquement connu et particulièrement révélateur, le groupe chinois Hongxiang, dont certaines branches (notamment ses entreprises de transport maritimes et terrestres transfrontaliers) avaient pignon sur rue à Dandong, a vu son activité de fournisseur de produits sanctionnés à usage militaire publiquement exposée. Or la présidente et fondatrice du groupe Hongxiang, Ma Xiaohong, est aussi connue pour sa carrière de députée au sein du Congrès du Peuple de la province du Liaoning, organe ayant fait les gros titres de la presse chinoise en 2017 quand la commission pour la discipline du PCC a, après enquête, accusé pas moins de 523 députés d’avoir pratiqué diverses formes de fraudes électorales [9]. Cette corruption endémique, couplée à la proximité des entreprises et des officiels des deux côtés de la frontière ainsi qu’à la perspective de juteux profits rendus indétectables par des techniques de contournement des sanctions rend extrêmement difficile par Pékin le contrôle des flux financiers et commerciaux « gris ».

Cette corruption institutionnelle de haut niveau se décline par ailleurs à plusieurs échelons administratifs, rendant la frontière particulièrement poreuse à toutes sortes de trafics plus ou moins criminels, allant du simple recel au trafic de drogue ou de femmes. Les deux provinces nord-coréennes qui constituent la partie centrale de la frontière, le Jagang et le Ryanggyang, sont considérées comme les provinces les plus défavorisées de RPDC du fait de leur éloignement des grands centres de productions agricoles et industriels ainsi que par leur relief très montagneux. Ainsi, les populations des régions frontalières, pérennisant des reflexes « d’entreprenariat de survie » acquis durant la famine des années 1990, sont tentées de traverser les fleuves frontaliers, gelés 5 mois par an, ou d’emprunter la douzaine de ponts qui enjambent Yalu et Tumen pour aller commercer avec l’autre rive.

Enfin, force est de constater que si les sanctions économiques onusiennes à l’égard de la Corée du Nord ont nécessairement un effet dissuasif, le phénomène inverse est aussi constatable à la frontière. Selon une logique économique élémentaire, dans le contexte d’un marché captif privé d’alternative pour ses exportations, les sanctions ont en effet un caractère incitatif, car elles fournissent aux acheteurs chinois un argument de poids pour faire baisser les prix des productions nord-coréennes [10]. Ce phénomène est problématique à bien des égards. La RPDC ne publiant plus de statistiques fiables sur une base régulière depuis les années 1960, les analystes dépendent essentiellement de « données miroir » fournies par la Chine, considérées par les officiels chinois de très haut niveau comme assez fantasques [11]. Or, si les sanctions incitent une partie plus importante du commerce bilatéral à se faire sous les radars, ces statistiques laissent la communauté internationale complètement aveugle quant aux flux transfrontaliers et à l’application des sanctions. En 2014, les exportations de produits pétroliers chinois en Corée du Nord s’étaient effondrées de 740 à 190 millions de dollars, sans que l’économie nord-coréenne n’en soit affectée, mettant en lumière un risque très probable de manipulation des statistiques. Ainsi, si les statistiques officielles chinoises indiquent qu’entre février et août 2017, la Chine n’a pas importé de charbon nord-coréen, il est fort probable que la réalité soit tout autre car les sanctions favorisent l’apparition d’un marché noir, par définition absent des statistiques, à des prix inférieurs à ceux du marché légal.

Une politique de sanctions vouée à l’échec ?

Un nombre croissant de chercheurs voient, dans le sillage de John Delury de l’Université Yonsei de Séoul, dans les sanctions des mesures « inutiles, contre-productives et dangereuses » [12] dans la mesure où, en augmentant la pression sur Pyongyang, elles « justifient » ses craintes pour sa souveraineté et, partant, son besoin de sanctuarisation. Du côté chinois, la réalité de la mise en œuvre des sanctions est, de plus, autrement plus complexe que la seule question de la volonté du pouvoir de se plier à ses obligations internationales. Intérêts économiques et géoéconomiques, besoin d’amortir l’impact social potentiellement dévastateur de la réforme chinoise, corruption endémique, stabilisation de son immédiate périphérie… les raisons des réticences chinoises sont multiples et si Pékin pouvait faire beaucoup plus dans l’application des sanctions, rien ne garantit que cela bloque les échanges transfrontaliers, pas plus que cela ne garanti une très improbable volte-face de Pyongyang sur la question nucléaire.
Si les sanctions ont peu de chance d’avoir un quelconque effet et que les options militaires, malgré les rodomontades de Donald Trump et de Kim Jong-un, sont nécessairement hors-jeu car potentiellement cauchemardesques à l’échelle régionale ou mondiale, il ne reste guère que la négociation pour trouver une issue à la crise. Même dans ce dernier cas de figure, la marge de manœuvre de la communauté internationale est limitée. En effet, non seulement il s’agirait de négociations sous pression et donc en position de faiblesse, mais en plus il n’est clairement pas dans l’intérêt de Pyongyang de remiser son arsenal nucléaire dans les conditions actuelles. Faire un « package deal » visant à dénucléariser la RPDC nécessiterait des contreparties tellement gigantesques (retrait des troupes américaines de Corée du Sud, traité de paix, aide économique, etc.) qu’elles rendent ce type d’accord hautement improbable. Si les négociations sont cependant nécessaires, à court-terme, c’est avant tout pour diminuer les tensions et préparer les conditions d’un accord viable d’ici quelques années.

Copyright Novembre 2017-Clément/Diploweb.com


Bonus vidéo. La Corée du Nord et l’arme nucléaire, par B. Hautecouverture (FRS), septembre 2017

. Quelles sont les idées fausses à propos de la Corée du Nord ?
. Quels sont les faits importants à connaître pour comprendre la Corée du Nord et l’arme nucléaire ?
. Quels sont les points importants à suivre dans les prochains mois ?


Corée du Nord, une « incroyable » visite à l’église catholique de Pyongyang

Corée du Nord, une « incroyable » visite à l’église catholique de Pyongyang

REPORTAGE Dans un pays où « on ne croit pas », en dépit d’un article de la Constitution qui garantit la liberté religieuse, notre envoyé spécial a pu se rendre à l’église catholique de Changchung à Pyongyang, sans prêtre, sans évêque et sans baptisés. Reportage.

L’église de Changchung et la seule église catholique de Corée du Nord

ZOOM

L’église de Changchung et la seule église catholique de Corée du Nord / Dorian Malovic

Le 4 X 4 Toyota entre dans la cour et l’église apparaît. Sobre, de couleur blanche et marron foncé, la façade extérieure laisse découvrir une petite rosace et un vitrail rectangulaire, surmontée d’une croix au sommet. Deux responsables en costume sombre classique attendent.

La veille, suite à ma requête, mon guide-accompagnateur Monsieur Pak avait téléphoné à son assistante pour organiser la visite de l’église catholique de Changchung sise au cœur de la capitale Pyongyang, construite en 1988. Si j’avais déjà visité des dizaines d’églises en Chine ces dernières années, cette visite dans l’unique église catholique de Corée du Nord était une première. Monsieur Pak me confesse également qu’il n’était encore jamais venu.

Après de rapides salutations, Kim Chol-un, président de l’Association des catholiques de Corée, se présente en insistant sur son prénom chrétien : « Francisco, comme le pape. » Le vice-président de l’Association, Cha Julio, plus jeune, ouvre la porte de l’église. « Please… » en invitant à entrer.

Les fidèles, de lointains descendants de catholiques

De larges vitraux non peints laissent entrer la lumière du soleil qui illumine la nef, les deux rangées d’une dizaine de bancs en bois, le chemin de croix de part et d’autre, deux tableaux de Marie et de Joseph. Le chœur reste dans l’ombre, illuminé par la bougie du Saint-Sacrement près du tabernacle.

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Dans ce lieu, « 150 à 200 personnes viennent prier chaque dimanche matin pendant quarante minutes », assure Francisco. « Nous avons une cérémonie rituelle le dimanche, en revanche, personne ne vient durant la semaine. Vous devriez venir dimanche pour les rencontrer. »

Kim Chol-un explique que c’est lui qui « préside » la prière. Mais qui sont les fidèles ? « Ce sont de lointains descendants de catholiques qui ont tous plus de 60 ans aujourd’hui. » Se disent-ils catholiques ? « Oui, nos ancêtres nous ont légué la connaissance. » Et Cha Julio de préciser dans un anglais parfait : « Bien sûr nous sommes catholiques par nos arrières-grands-parents et Pierre avait baptisé nos ancêtres… »

Une église sans prêtre

« Il n’y a pas de prêtre ici, reconnaît Francisco. Nous sommes autonomes, indépendants, mais les gens qui viennent sont baptisés sinon ils ne pourraient pas entrer. » Baptisés par qui ? « Ils se sont baptisés entre eux depuis les origines de Pierre. » À ses yeux, le sacrement du baptême se serait donc transmis naturellement de génération en génération…

Vidéo : « J’ai visité la seule église catholique de Corée du Nord »

Mais comment expliquer la construction en 1988 de cette unique église catholique du pays ? « Notre leader Kim Il-sung nous a libéré du colonialisme japonais. Puis, en 1950, la guerre de Corée a détruit toutes les églises et les croyants se sont dispersés un peu partout », explique Kim Chol-un, qui omet de signaler comment Kim Il-sung, après sa conquête du pouvoir en 1948 soutenu par l’URSS, a voulu éradiquer les religions.

A lire : La Corée du Nord au temps des sanctions

« Toutes les églises ont été détruites, les chrétiens, catholiques et protestants tués ou envoyés dans des camps », rappelle un missionnaire occidental qui vit depuis plusieurs décennies en Corée du Sud et qui a pu se rendre dans cette église de Pyongyang plusieurs fois. « On appelait Pyongyang, à l’époque, la Jérusalem de l’Est. Des milliers de catholiques y vivaient. Mais elle a été vidée de toute religiosité. Les quelques missionnaires étrangers, les Maryknolls (NDLR, cousins américains des Missions étrangères de Paris, MEP) ont été expulsés et les Coréens catholiques purgés. »

L’église catholique de Changchung, à Pyongyang, / Dorian Malovic.

L’église catholique de Changchung, à Pyongyang, / Dorian Malovic.

Une histoire sans pitié pour les catholiques de Corée

Au début de la guerre de Corée, lorsque les troupes du Nord ont conquis Séoul en moins de deux jours, des dizaines de prêtres, religieuses et catholiques ont été pris en otages et emmenés au Nord durant ce qu’on a appelé la « Marche de la mort ». Il y avait également des militaires américains dans le groupe et la majorité d’entre eux sont morts avant d’avoir atteint la frontière chinoise où ils ont été libérés. « Un prêtre des Missions étrangères de Paris a survécu, raconte encore le missionnaire, ainsi qu’une religieuse française du Carmel et une sœur de Saint-Paul de Chartres je crois… »

Dans ce contexte historique sans pitié, il est bien difficile de savoir si la poignée de « catholiques » visible aujourd’hui à Pyongyang a été choisie en fonction de leur filiation religieuse, mais c’est difficile à croire. Pour le prêtre de Corée du Sud, « ils sont des citoyens choisis pour effectuer cette tâche le dimanche et montrer au monde que la liberté religieuse existe en Corée du Nord. Ce sont des fonctionnaires ».

Vidéo : « Je viens tout juste de rentrer de Corée du Nord… »

Francisco, lui, explique que ce sont eux qui auraient exprimé « l’ardent désir de voir une église construite en 1988 ». « Une fois le gouvernement informé, le président Kim Il-sung a fait don d’un terrain, de matériels et d’argent pour sa construction », assure-t-il. Selon lui, il existe 800 croyants à Pyongyang et 3000 dispersés dans toute la Corée du Nord. « Même sans prêtre, ils peuvent prier chez eux, par petits groupes de façon autonome. » Ces chiffres circulent à l’étranger, toujours les mêmes, mais il est impossible de vérifier.

Aucune relation diplomatique entre le Vatican et la Corée du nord

Des Églises protestantes sud-coréennes très anti-communistes et conservatrices défendent de leur côté l’idée d’une présence chrétienne clandestine ou réprimée par le régime. « Peut-être certains ont-ils été baptisés à Pékin, s’interroge notre missionnaire du Sud, je ne sais pas. Moi-même, j’ai pu célébrer plusieurs fois mais je n’ai jamais donné la communion, ce n’est pas possible s’ils ne sont pas baptisés. D’ailleurs, ils nous fuient et nous ne pouvons pas parler avec eux. »

Alors qu’il n’est ni prêtre, ni diacre, qu’il est marié et a deux enfants, Francisco assure qu’il distribue la communion avec des hosties consacrées par des évêques ou prêtres sud-coréens venus plusieurs fois en délégation officielle ces dernières années. « Un prêtre américain vient également célébrer ici parfois. Lui et les Sud-Coréens en laissent pour nous mais nous n’en avons plus en ce moment », déplore-t-il.

Reportage : La Corée du Nord est entrée dans l’ère nucléaire

En invitant à se rendre dans la sacristie, Kim Chol-un montre fièrement une photo du pape Jean-Paul II recevant un couple de Nord-Coréens à Rome dans les années 1980. Juste au-dessus, une belle photo souriante du pape François est affichée près d’une icône de la Vierge aux yeux bridés offertes par des prêtres sud-coréens.

Officiellement l’évêque du diocèse de Pyongyang est l’archevêque de Séoul et aucun prêtre n’est en poste à Pyongyang. Aucun signe ou témoignage ne laisse croire qu’une « Église souterraine » aurait pu survivre depuis les purges de 1948. Aucune relation diplomatique n’existe entre le Vatican et la Corée du nord, ni aucun échange du type de ceux qui peuvent exister entre Rome et Pékin où la situation de l’Église n’est pas simple.

Kim Chol-un, président de l’association des catholiques de Corée (à droite) et Cha Julio, vice-président de l’association. / Dorian Malovic

Kim Chol-un, président de l’association des catholiques de Corée (à droite) et Cha Julio, vice-président de l’association. / Dorian Malovic

« Nous maintenons notre église vivante »

Fièrement, Francisco sort une magnifique Bible (Ancien et Nouveau Testament), « traduite par les chercheurs de l’Université Kim Il-sung ». Il dit en posséder une autre traduite par les Sud-Coréens, et une autre en latin. Comment ces « croyants » enseignent-ils le catéchisme à leurs enfants ? « Il n’y a rien à apprendre et les jeunes n’aiment pas venir le dimanche, mais nous maintenons notre église vivante », répond-il.

Le crépuscule s’installe lentement. La visite touche à sa fin mais avant de partir Francisco sort une « boîte à offrandes » pour les bonnes œuvres où l’on peut glisser quelques euros. Kim Chol-un et Cha Julio ont fait leur travail. Monsieur Pak n’attend pas que la voiture démarre pour m’ensevelir sous des tonnes de questions : le pape, les cardinaux, la Curie, les évêques, les prêtres, le baptême, la Bible, le catéchisme, les sacrements, les rituels, les règles, la légitimité ou légalité du fonctionnement de l’église de Pyongyang. Le repas du soir n’a été qu’une longue discussion sur l’Église catholique universelle, sa très longue histoire et son fonctionnement, qui s’est poursuivie très tard dans la nuit…

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La réalité religieuse en Corée du Nord

Selon les termes de la Constitution nord-coréenne, la liberté religieuse existe mais dans la réalité, il n’existe pas la moindre liberté religieuse sauf peut-être, selon plusieurs témoignages, pour la religion bouddhiste.

Dans tout le pays, il n’existe que quelques lieux de cultes officiels qui sont tous à Pyongyang : l’église catholique de Changchung, les deux temples protestants de Bongsu et Chilgol et enfin l’église orthodoxe de Chongbaek. Mais il n’y a aucun prêtre, pasteur ou pope à résidence.

Cultes et prières peuvent toutefois être pratiqués dans les enceintes diplomatiques étrangères par des prêtres de passage.

Dorian Malovic, envoyé spécial à Pyongyang

Les Etats-Unis ne souhaitent pas la guerre, mais la dénucléarisation de la péninsule coréenne (ministre de la Défense)

Les Etats-Unis ne souhaitent pas la guerre, mais la dénucléarisation de la péninsule coréenne (ministre de la Défense)

© Chine Nouvelle (Xinhua)Yang Ling, le 27/10/2017 11:19

Le ministre américain de la Défense James Mattis a indiqué vendredi que les Etats-Unis ne souhaitaient pas la guerre avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC), mais que la péninsule coréenne soit dénucléarisée.

M. Mattis est arrivé en matinée en Corée du Sud pour une visite de deux jours, se rendant notamment dans la Zone commune de sécurité (JSA) située sur le site frontalier de Panmunjom.

Au cours de sa visite, il a déclaré que le but de son pays n’était pas la guerre, mais « une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne », ont rapporté les médias locaux. Washington se tient au côté de Séoul face aux menaces de Pyongyang, a-t-il ajouté.

Dans la JSA, des militaires de la Corée du Sud et de la RPDC se font face à quelques mètres à peine les uns des autres.

Il s’agit de la première visite de M. Mattis à Panmunjom. Entré en fonction en janvier dernier, il s’était rendu en Corée du Sud en février suivant, sans se rendre dans la JSA.

 

https://chine.in/actualite/asie/les-etats-unis-souhaitent-pas-guerre-mais_17768.html

Pyongyang accuse Séoul de vouloir détruire les relations intercoréennes

Pyongyang accuse Séoul de vouloir détruire les relations intercoréennes

© Chine Nouvelle (Xinhua)Shang Xu, le 22/10/2017 15:22

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) a dénoncé dimanche la politique de la Corée du Sud envers Pyongyang, l’accusant de détruire les relations intercoréennes et d’être un produit de l’ambition de Séoul d’étouffer ses compatriotes de la RPDC, en collusion avec les Etats-Unis.

Selon un article publié dans le quotidien officiel de la RPDC, Rodong Sinmun, Séoul profite des sanctions et pressions imposées par Washington contre Pyongyang, en étroite collaboration avec les Etats-Unis dans leur politique de « pression maximale et engagement maximum » envers la RPDC.

La politique de la Corée du Sud promeut « simultanément les sanctions, les pressions et le dialogue », selon l’article, en faisant « un sophisme extrêmement contradictoire et absurde » et « un acte impudent pour leurrer l’opinion publique et cacher leur nature agressive ».

« En fait, les autorités fantoches, qui déclarent que ‘l’accès de Pyongyang aux armes nucléaires ne peut jamais être autorisé’, coopèrent désespérément avec les manoeuvres des Etats-Unis visant à déclencher une guerre nucléaire contre la RPDC », indique le texte.

Les relations entre Pyongyang et Séoul restent tendues depuis l’arrivée au pouvoir du président sud-coréen Moon Jae-in au début de l’année.

Selon la RPDC, la situation a atteint un point critique dans la péninsule coréenne avec les exercices militaires conjoints entre les Etats-Unis et la Corée du Sud.

 

https://chine.in/actualite/asie/pyongyang-accuse-seoul-vouloir-detruire-les_17744.html

L’Australie reçoit une lettre «sans précédent» de la Corée du Nord

Kim Jong-un et Donald Trump

L’Australie reçoit une lettre «sans précédent» de la Corée du Nord

© AP Photo/ Ahn Young-joon

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Pyongyang a envoyé au Parlement australien une lettre diabolisant Donald Trump et critiquant ses menaces à l’encontre de la Corée du Nord. Julie Bishop, ministre australienne des Affaires étrangères, estime que cette initiative «sans précédent» prouve l’efficacité des sanctions prises contre la Corée du Nord.

Le Parlement australien a reçu de Pyongyang une lettre critiquant le discours que Donald Trump a prononcé à l’Assemblée générale de l’Onu au mois de septembre, a déclaré la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop. La chef de la diplomatie a révélé jeudi l’existence de cette lettre à Fairfax Media et a qualifié cette initiative de la Corée du Nord de «sans précédent».

La lettre, prétendument envoyée par Pyongyang à des parlements d’autres pays dans le monde, critique l’intention des États-Unis d’«anéantir complètement» la Corée du Nord. Il y est écrit que «si Trump croit qu’il peut mettre la République populaire démocratique de Corée, puissance nucléaire, à genoux en la menaçant d’une guerre nucléaire, ce sera un énorme échec de calcul et la preuve de son ignorance». Les auteurs de la lettre appellent les parlementaires australiens «à accomplir leur mission et leur devoir et à rester vigilant à l’égard des mesures odieuses et imprudentes prises par l’administration Trump».

«C’est la première lettre jamais reçue par le ministre australien des Affaires étrangères de la part de la Corée du Nord… C’est une lettre ouverte, ce n’est pas leur habitude d’envoyer des lettres à travers le monde entier», a déclaré Mme Bishop, citée par le quotidien australien Sydney Morning Herald.

D’après elle, cette lettre témoigne du fait que «la stratégie collective des alliés et des partenaires qui vise à mettre une pression maximale sur la Corée du Nord et à lui imposer des sanctions diplomatiques et économiques fonctionne».

La lettre rédigée par le comité des Affaires étrangères de l’Assemblée populaire suprême de la Corée du Nord a été transmise à la mission diplomatique d’Australie en Indonésie par l’Ambassade de la Corée du Nord à Jakarta le 28 septembre.

Les tensions ne cessent de monter autour de la péninsule coréenne ces derniers mois, durant lesquels Pyongyang a réalisé une série inédite de tests de missiles et procédé à l’essai d’une bombe à hydrogène (bombe H). Washington et Pyongyang procèdent à un échange régulier de menaces et d’intimidations. Donald Trump a menacé mi-septembre de «détruire totalement» la Corée du Nord en cas d’attaque initiale de Pyongyang. Pour sa part, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a promis de prendre les mesures les plus cruelles de l’histoire contre l’agression américaine.

https://fr.sputniknews.com/international/201710201033537621-australie-lettre-sans-precedent-coree-du-nord/

Moscou lâche-t-il Pyongyang ?

La nouvelle a été annoncée le 16 octobre en milieu d’après-midi :

« La Russie a suspendu sa coopération scientifique et technique avec la Corée du Nord en réaction à la poursuite par cette dernière de ses programmes balistique et nucléaire. Suspendre la coopération scientifique et technique avec les individus et les groupes d’individus représentant la République populaire démocratique de Corée. La décision a été prise en réponse à la conduite d’essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, en conformité avec la résolution 2321 du Conseil de sécurité de l’Onu du 30 novembre 2016 ».

Cette décision a été entérinée par un décret signé du Président Vladimir Vladimirovitch Poutine et rend effective la suspension de la coopération scientifique et technique entre Moscou et Pyongyang. Auparavant, la présidente du Conseil de la Fédération (l’équivalent russe du Sénat) Valentina Ivanovna Matvienko a rappelé que Moscou condamnait résolument le développement du programme nucléaire nord-coréen.

La décision russe vise à apaiser les tensions naissantes dans la péninsule, entretenues par la série inédite de tests de missiles par le régime de Pyongyang, qui a de plus procédé à l’essai d’une bombe à hydrogène (bombe H), ce qui lui avait valu un gonflement de pectoraux du Président Donald John Trump qui avait « menacé » le 19 septembre de «détruire totalement» la Corée du Nord en cas d’attaque initiale de Pyongyang et qui avait a qualifié son dirigeant Kim Jong-un de « rocketman » (homme-fusée) embarqué dans «une mission-suicide».

La question est : quel a été le deal entre Eurasia et Oceania. Je parie des pesos contre des dollars qu’il ne doit pas être loin de ça : « Ok, je lâche la Corée du Nord mais en contrepartie, tu lâches l’opposition vénézuélienne ». Et dans mes pronostics, j’ai toujours eu raison sauf les fois où je me suis trompé. La réponse fera bientôt la une des journaux (enfin, sauf prolongement tardif de la chasse au porc)…

Hristo XIEP

 

http://www.medias-presse.info/?wysija-page=1&controller=email&action=view&email_id=1531&wysijap=subscriptions&user_id=1069

Robert Charvin : « c’est parce que la Corée du Nord est souveraine qu’elle existe toujours »

Source : Robert Charvin , 04-09-2017

Cet été la crise diplomatique entre les Etats-Unis et la Corée du Nord a refait surface. Les déclarations du président Donald Trump, qui a menacé de déclencher une guerre « avec le feux et la furie comme le monde n’en a jamais vu », ont marqué le ton. Loin de décrypter les questions-clés, les discours politiques et médiatiques occidentaux n’envisagent ni la réunification de la Corée, ni l’option diplomatique comme début de solution. L’appétit inconfessable du monde des affaires serait-il en train de justifier une nouvelle guerre? Dans son livre « Comment peut-on être Coréen (du Nord)? », le spécialiste en droit international Robert Charvin nous éclaire sur les dessous de cette dangereuse crise politique héritée de la Guerre Froide.

Alex Anfruns: Quels sont les enjeux de la crise qui a éclaté entre la Corée du Nord et Trump?

Robert Charvin : La crise actuelle n’est que le prolongement d’une tension qui n’a pas cessé depuis des décennies (à l’exception des courtes périodes où Séoul et les Etats-Unis acceptaient d’amorcer un dialogue). Elle ne peut se résoudre que par la négociation afin que soit conclu enfin le traité de paix supprimant l’état de belligérance qui demeure depuis 1953 !

Ce traité doit garantir des relations diplomatiques et commerciales normales, permettant un rapprochement progressif entre le Nord et le Sud de la Péninsule en vue d’une réunification ultérieure, résolvant de nombreux problèmes socio-économiques.

Pour beaucoup Pyongyang est un « régime dictatorial » qui menacerait la paix dans le monde. Vous qui connaissez bien la Corée du Nord, quel est votre avis?

La Corée du Nord, c’est-à-dire la République Démocratique et Populaire de Corée (RPDC), Etat membre des Nations Unies, n’est pas une puissance « provocatrice » : ce n’est pas elle qui a des bases militaires à proximité immédiate des frontières américaines et des armes nucléaires depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L’empire étatsunien exerce son hégémonie sur une large partie du monde, pas la Corée populaire.

La théorie du Djoutché, idéologie de Pyongyang ne s’impose pas aux peuples comme l’American Way of Life! Si l’on craint, malgré tout, les forces armées de la RPDC, pourquoi ne pas souscrire, comme elle le propose depuis longtemps, un accord de dénucléarisation régional englobant évidemment les Etats-Unis?

Quant aux champions des droits de l’homme, civils et politiques, bien entendu occidentaux, pourquoi ne proposent-ils pas la détente, seul moyen de favoriser tous les droits du peuple coréen, au Nord comme au Sud?

Le point de vue de Pyongyang est systématiquement écarté dans les débats… Pourquoi un tel consensus?

La Corée du Nord est un cas d’école depuis plusieurs décennies. Malheureusement, ni les médias ni les partis politiques occidentaux, ne la traitent comme tel. Il est admis que l’on puisse dire n’importe quoi sur ce pays, « incarnation du Mal », dirigée par des « fous fanatiques », de surcroît « encore » communiste, même s’il s’agit d’un socialisme teinté de confucianisme.

Les raisons de ce consensus, qu’a fini par absorber diverses forces progressistes qui ont eu peur de s’affaiblir davantage en allant « trop» à contre-courant (électoralisme et crétinisme parlementaire obligent !) ne sont pas mystérieux. La Corée est loin des Etats-Unis et de l’Europe : difficile de distinguer la vérité de ce qui est politiquement utile à certains intérêts. Le citoyen moyen est plus facilement convaincu par des arguments faciles, cultivés par de pseudo-intellectuels et une presse répétitive, que par des explications historiques, sociologiques et économiques, sans parler de la géopolitique ignorée, oubliée, même par une « gauche» atteignant les limites de l’inculture.

Il y a longtemps, pourtant, que le monde capitaliste fait usage, pour légitimer son hégémonie, des difficultés dont il est souvent à l’origine, mais dont souffrent les peuples décrétés « ennemis » : il s’agit de convaincre « qu’ailleurs, c’est pire», et qu’il faut donc accepter les « bons maîtres» qui règnent à Paris, à Bruxelles ou à Washington.

Il ne peut évidemment s’agir des dictatures protégées parce que rentable pour les affaires, du style Arabie Saoudite ou Etats africains sous contrôle dont les élections sont des mascarades, et la répression des oppositions, la règle. Il faut qu’elle soit « rouge » ou assimilée, du Chili de Salvador Allende jusqu’à Kim Jong Un, via Castro, Chavez ou Maduro… Ce sont d’« excellents » contre-feux à ceux qu’en Occident dénoncent le règne délirant de l’argent et la concurrence – toujours faussée –.

Les Etats-Unis et leurs alliés locaux ont pu tuer Lumumba, Allende et tants d’autres, et renverser de nombreux pouvoirs fragiles parce qu’il est très difficile d’édifier le socialisme, en rupture totale avec le monde dominant. Mais la Corée populaire demeure, comble du scandale et de la provocation !

Qu’est-ce qui explique la ténacité du système politique au pouvoir à Pyongyang ?

Le peuple coréen a la « peau dure»: presque un demi-siècle de colonialisme japonais – féroce ! –; une guerre dévastatrice avec les Américains en 1950-1953 : un seul édifice debout dans la capitale, Pyongyang, en 1953 ! Près de 70 ans d’embargo imposé unilatéralement – et donc illicite –, créant un « effet citadelle assiégée », qualifiée avec cynisme de paranoïa !

Sans compter les drames provoqués, y compris des coûts alimentaires, par la disparition de l’allié soviétique, des Etats d’Europe de l’Est et l’évolution de la Chine qui ne fait qu’assurer à Pyongyang le « service minimum », Séoul étant économiquement plus « rentable ».

Malgré tout, et en payant le prix, la Corée Populaire est restée souveraine, ne comptant avant tout que sur ses propres capacités, créant chez elle un esprit de résistance à toute épreuve jusqu’à ce jour, mêlant dans son idéologie marxisme et confucianisme, ce dont les journaleux de la grande presse occidentale ne s’intéressent pas le moins du monde.

Bref, un modèle à ne pas suivre selon les Occidentaux qui ne vivent qu’en pillant la planète. Il faudrait 5 planètes entières pour que les habitants de la terre vivent au niveau des Etatsuniens. La Corée du Nord est un manque à gagner qui ne doit pas être contagieux ; elle occupe une position stratégique aux frontières de la Russie, de la Chine et du Japon. Elle doit être « réduite » au maximum et si possible, un jour, disparaître face à l’armada militaire nord-américaine (basée en Corée du Sud, à Guam, etc.)

En attendant cette chute annoncée, la Corée du Nord sert de prétexte au maintien de la présence militaire nord-américaine à des milliers de kilomètres de là, mais tout près des frontières de la Russie (une alliée de Pyongyang) et de la Chine dont « les ambitions sont menaçantes », si l’on en croît les économistes occidentaux !

Le comble est le cynisme des « observateurs » : tout est entrepris depuis des décennies pour étouffer la Corée du Nord, mais on lui reproche de respirer mal ! Les autorités de Pyongyang n’ont pourtant qu’un seul choix : résister ou capituler et s’aligner sur Séoul, soumise directement aux dollars et aux soldats yankees.

Pourtant, Pyongyang semble être assez isolé sur la scène politique mondiale. Comment l’expliquez-vous?

Un drame politique : l’internationalisme est mort. L’anticommunisme qui sévit contre la Corée du Nord ne rencontre pas d’obstacle. Ayant perdu la plupart des batailles idéologiques, certains partis communistes ont quitté le terrain de la solidarité internationale : être aux côtés des Coréens est trop « coûteux», le socialisme nord-coréen trop « différent » ; le monolithisme idéologique est le contraire du « droit de l’hommisme » encore à la mode. On a renoncé à la notion de « modèle » unique du socialisme, mais l’occidentalisme et l’ethnocentrisme imprègnent nombre de communistes occidentaux.

A la limite, les quelques rares gaullistes qui ont survécu en France, comprennent mieux la volonté coréenne de posséder une force de dissuasion nucléaire que les milieux « progressistes » se refusant à toute approche géopolitique et moins sensibles à la question de l’indépendance nationale !

A l’évidence, le socialisme capable de résister à la mondialisation néolibérale et aux intérêts spéculatifs et pilleurs des grandes firmes, ne peut que s’appuyer sur la Nation, sur les particularismes historiques et sur l’héritage : ce sont les syncrétismes qui font l’Histoire.

Le socialisme français, belge, américain ou italien ne peut être « standard » : seul le marché, c’est-à-dire un monde centré sur les « affaires» et le capital, uniformise, au détriment des valeurs populaires.

La Corée est coréenne : c’est parce que Pyongyang est avant tout souveraine, sans compromis, y compris vis-à-vis de la Chine, la grande voisine très différente, que la RPDC, Etat membre des Nations Unies, en voie de développement malgré tout, existe toujours.

Avez-vous un message d’espoir sur l’issue de ce conflit, qui est étroitement lié à notre histoire récente ?

Il est possible qu’un jour prochain, à la suite de la folie impériale d’un Trump, des manœuvres de Wall Street, ou de telle ou telle puissance, chaque peuple, au Sud évidemment mais en Europe aussi, puisse comprendre qu’il ne peut compter avant tout que sur lui-même car il n’existe pas de philanthropie internationale, les alliances et la coopération ne pouvant être que complémentaire.

C’est le message de la RPDC : il est respectable par les tristes temps qui courent. Par contre, la violence et les menaces des « Grands» ne méritent que le mépris. Il n’y a aucune excuse à ceux qui, par delà toutes les frontières se croient tout permis.

Source : Robert Charvin , 04-09-2017

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Crise États-Unis-Corée : l’analyse de Robert Charvin, spécialiste de la Corée

Source : Initiative communiste, Robert Charvin, 04-09-2017

Doyen honoraire de la Faculté de droit de Nice, militant communiste, auteur d’un livre récent paru chez Delga (Comment peut-on être Coréen du nord ?), Robert Charvin livre son analyse sur la situation dans la péninsule coréenne aux lecteurs d’Initiative communiste.

Initiative Communiste : Votre ouvrage s’inspire de la question de Montesquieu “Comment peut-on être persan?” Est-ce que la façon de traiter la dans l’espace médiatique en France, fondée sur les préjugés, n’est-elle pas indigne de l’esprit d’examen propre aux Lumières ?

Robert Charvin : Montesquieu ironisait sur les incultes ethnocentristes de son temps qui ne concevaient pas que l’on « puisse être persan » ! Quelques siècles plus tard, il en est de même au sein de la « patrie » des droits de l’homme (en réalité, l’homme occidental) dont les valeurs seules sont « universelles ».
Les Autres n’ont que des leçons à recevoir du haut de notre grandeur éternelle : les « Trumpistes » français ont précédé les Américains !
Les pays qui ne s’alignent pas sont dans l’erreur et leurs gouvernants des voyous dangereux pour le monde !
À Paris, comme à Washington, on sait que la seule démocratie qui vaille est élective, peu importe que l’argent ou la violence (selon les pays) décident des résultats. Quant aux droits économiques et sociaux, ils n’ont pas à être pris en compte pour procéder à l’évaluation… et aux sanctions contre les régimes qui « déplaisent » ! Les Euraméricains, maîtres (provisoires) du monde, s’autoproclament ainsi juges du « Bien et du Mal » dans l’ordre international. Les principaux médias et les partis suivent sans examen ces jugements de cour. La du Nord fait consensus : elle serait l’incarnation de la malfaisance, bien que nul de fasse allusion à la tragique histoire nationale (colonisation japonaise féroce, américaine dévastatrice, embargo et sanctions à répétition depuis 1953, etc.). Rares sont ceux qui connaissent son syncrétisme idéologique fait de marxisme et de confucianisme. Pour se conforter dans leur « bon droit », nombre d’Occidentaux préfèrent ne pas savoir !

Initiative Communiste :Dans votre ouvrage, vous rappelez certaines réalités de l’histoire coréenne (un ambassadeur coréen se suicidant dans l’indifférence générale devant les grandes puissances entérinant la colonisation de son pays par le Japon, un seul immeuble debout à Pyongyang après les bombardements US pendant la guerre de Corée etc.). Est-ce cette histoire tragique qui explique la résistance patriotique farouche que la RPDC oppose toujours à l’impérialisme?

Robert Charvin : Maltraiter un peuple, comme l’a été le peuple soviétique dès la Révolution d’Octobre, le peuple palestinien depuis plus d’un siècle, le peuple cubain après 1958, ou le peuple nord-coréen, c’est provoquer en leur sein ce qu’on peut appeler un « effet citadelle ». Assaillis de toutes parts, par tous les moyens, menacés d’agression militaire, mis en difficultés économiques, discrédités par les puissances médiatiques dans l’opinion internationale, ces peuples ne peuvent qu’avoir une réaction défensive faite d’un patriotisme virulent, d’une mobilisation farouche, d’un monolithisme sans faille. Toute critique ne peut être que trahison dans une situation de belligérance chronique !
Toute concession devient marche vers la capitulation.
Si l’Occident et ses « droits-de-l’hommistes » professionnels avaient réellement la volonté de favoriser les droits humains en Corée et dans le monde, comme ils le prétendent, ils dénonceraient les sanctions collectives et favoriseraient la détente et la coopération. La politique d’agression et les condamnations médiatiques systématiques sont incompatibles avec « l’aide au développement de la démocratie ». Étrangler un peuple le conduit à respirer mal et à se débattre !
Cette pathologie féroce, liée au fait que le capitalisme a besoin d’ennemis, présente cependant des avantages pour les victimes. Le peuple coréen est concrètement informé de ce qu’ est l’impérialisme et ses tares destructives. Il a su se constituer en une force de résistance homogène, cohérente, et il a appris à surmonter toutes les difficultés imposées. Il est grave que les progressistes et de nombreux communistes en Occident n’en aient pas une conscience claire, à croire qu’ils préfèrent l’impérialisme des grands à la souveraineté des petits !

Initiative Communiste : Manœuvres militaires géantes, déploiement de missiles, de sous-marins et porte-avions nucléaires, les États-Unis choisissent une stratégie de la tension en Corée : est-ce exagéré de parler de menace sur la mondiale ?

Robert Charvin : En permanence, depuis des décennies, les États-Unis et leurs alliés (en particulier ceux de Séoul et de Tokyo, mais aussi de Paris) menacent l’existence même de la Corée du Nord en invoquant paradoxalement ses « provocations » ! La plus gigantesque armée du monde, celle des États-Unis, est pourtant à sa porte, dotée des armes les plus sophistiquées, y compris nucléaires. Chaque année, elle manoeuvre aux frontières avec les armées sud-coréennes et autres, mimant encerclement et attaques ! Le peuple coréen a déjà subi les massacres, notamment sur les populations civiles, que pratiquent les armées occidentales lorsqu’elles veulent détruire un système ne leur convenant pas : la guerre de 1950-1952 n’est pas oubliée !
Ce sont les États-Unis qui, bien loin de leur territoire national, provoquent tous les peuples de la région qu’ils veulent garder ou mettre sous tutelle !

Ce sont les États-Unis qui jouent dangereusement de leur puissance nucléaire en osant invoquer la légitime défense. Au discours délirant de Trump s’ajoute une propagande massive et sans nuance contre la Corée du Nord, reprise par les Européens. Certains films américains vont jusqu’à imaginer une invasion militaire nord-coréenne du territoire des États-Unis : le film “L’Aube rouge” , par exemple, passé récemment sur une chaîne TV française !
En fait, cette paranoïa anti-coréenne est totalement feinte. Elle dissimule une réalité géostratégique de première importance pour les États-Unis : la Corée est une zone de contacts avec la Chine, la Russie et le Japon. Le maintien de la présence militaire américaine est jugé nécessaire aux intérêts des États-Unis. La petite Corée du Nord est l’ennemi « utile ». Il faut entretenir sa mauvaise réputation communiste, il faut empêcher sa réunification avec le Sud afin de conserver un abcès de fixation justifiant l’ingérence étasunienne dans la région (notamment les bases en Corée du Sud, à Guam, etc.). Tous les moyens sont bons pour maintenir un état de guerre larvée empêchant un développement rapide de la Corée du Nord, au risque de déclencher un affrontement entre les puissances.
Là encore, un regret s’impose : certains courants progressistes, obsédés par l’électoralisme, négligent le fait que la RPDC propose depuis toujours la dénucléarisation de toute la région, est prête à conclure un traité de paix avec les États-Unis garantissant sa souveraineté et à coopérer avec tous les États du monde. Renvoyer dos à dos les parties en présence, comme cela est fait pour les Palestiniens et les Israéliens, pour la Russie et les États-Unis, au nom d’une paix dont on ne précise pas le contenu, c’est en fait crier avec les loups !

Initiative Communiste : En 2016 et 2017 un très important mouvement populaire a conduit à la chute du gouvernement Park. Y a-t-il une évolution vers une démocratisation du régime autoritaire du sud ? Les premières annonces du nouveau président, sur la réouverture d’un dialogue direct avec la Corée du Nord, sur le système anti-missile américain en cours de déploiement, soufflent le chaud et le froid. N’est-ce pas le peuple coréen le principal atout pour la paix ?

Robert Charvin : La force décisive pour des changements positifs en Corée, c’est le peuple coréen tout entier. S’il n’y a pas encore de bonnes relations entre le Nord et le Sud depuis la fin de la guerre mondiale, c’est du fait des grandes puissances, en premier lieu des États-Unis.
Lorsqu’il se produit des changements à Séoul (comme ce fut le cas avec l’élection de Kim Dae-jung ou récemment avec l’élimination de la présidence corrompue de Mme Park (aujourd’hui incarcérée), le rapprochement Nord-Sud se réalise. Les médias occidentaux sont restés très
discrets sur le vaste mouvement de masse qui a renversé à Séoul l’équipe dirigeante, grande alliée de Washington ! Malheureusement, la nouvelle équipe qui n’est plus systématiquement hostile au Nord, reste subordonnée aux États-Unis et sa ligne politique n’est pas encore libre.
Mais le peuple sud-coréen, y compris les grands groupes économiques comme Hyundai, comme le peuple du Nord, souhaite la réunification et la paix : la coréanité a pour les deux parties plus de vertus, n’en déplaise à l’Occident, que l’American Way of Life, importé au sud après 1949.
On peut raisonnablement concevoir que le Nord et le Sud, malgré tous les obstacles, trouvent la voie vers une confédération, respectueuse dans un premier temps des deux souverainetés et des deux régimes socio-économiques, premiers pas d’une marche vers l’unité qui ferait de la Corée une nouvelle puissance émergente d’importance.
La solidarité internationale, amputée aujourd’hui par la contamination des thèses des néo-conservateurs et par les conceptions de la social-démocratie (à l’exception de quelques cas individuels comme celui de J. Lang) qui ont envahi le courant progressiste, doit pouvoir renaître si la lucidité l’emporte sur l’ethnocentrisme et l’oubli de la . La cause coréenne le mérite.
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Voire aussi la thèse de Florent Charles : La question coréenne et le problème de la réunification

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

24 réponses à Robert Charvin : « c’est parce que la Corée du Nord est souveraine qu’elle existe toujours »

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Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

© Sputnik. Tomas Thaitsuk

International

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Les États-Unis n’oseront pas frapper la Corée du Nord parce qu’ils savent que Pyongyang possède la bombe nucléaire, a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Alors que l’échange de menaces entre Donald Trump et Kim Jong-un prend une tournure de plus en plus violente, faisant craindre un éventuel conflit nucléaire, le ministre russe des Affaires étrangères affirme que Washington ne frappera pas Pyongyang.

«Les Américains ne frapperont pas la Corée du Nord, car ils ne doutent pas mais savent qu’elle possède la bombe nucléaire», a déclaré Sergueï Lavrov dans un entretien accordé à la chaîne russe NTV.

Pour sa part, il estime que la situation ne ressemble pas, même de loin, à celle de l’Irak.

«Les Américains ont frappé l’Irak uniquement parce qu’ils avaient une information à 100% fiable indiquant qu’il ne restait plus là-bas aucune arme de destruction massive», a-t-il poursuivi.

Néanmoins, si Washington ne prend pas en considération cette analyse, la situation pourrait, d’après le chef de la diplomatie russe, «prendre un tour imprévisible».

«Si ce scénario se produit, des dizaines, voire des centaines de gens innocents vont en souffrir en Corée du Sud et même en Corée du Nord, au Japon, en Russie et en Chine, qui se trouvent à proximité», a-t-il indiqué, avant de conclure que ce torrent de menaces réciproques entre Washington et Pyongyang ne pourra être stoppé que «par la douceur, la remontrance et la persuasion».

Lors de son premier discours devant l’Assemblée générale de l’Onu mardi, Donald Trump a menacé de «détruire totalement» la Corée du Nord, affublant son dirigeant Kim Jong-un du surnom de «Rocket Man» («l’homme-fusée»), «embarqué dans une mission-suicide pour lui et son régime».En réponse aux déclarations de M. Trump, Pyongyang a pour sa part évoqué la possibilité de procéder à l’essai d’une bombe H d’une puissance sans précédent dans l’océan Pacifique.

Par la suite, le chef de la Maison-Blanche a promis via son compte Twitter de mettre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à l’épreuve «comme jamais», tout en le traitant de «forcené».

 

https://fr.sputniknews.com/international/201709241033187425-coree-pyongyang-nucleaire-lavrov/

Corée du Nord : ce que les médias ne vous disent pas

Corée du Nord : ce que les médias ne vous disent pas


2016-09-24_11h42_10Par Mike Withney – Le 4 septembre 2017 – Source CounterPunch

Lundi dernier, la RPDC a tiré un missile balistique de portée intermédiaire Hwasong-12 sur l’île japonaise de Hokkaido. Le missile a atterri dans les eaux internationales au-delà de l’île, sans dommages à la population ni à la propriété.

Les médias ont immédiatement condamné le test comme un « acte audacieux et provocateur » qui montre le défi du Nord face aux résolutions de l’ONU et « le mépris pour ses voisins ». Le président Trump a vivement critiqué le test de missile en disant :

« Les actions menaçantes et déstabilisatrices ne font qu’accroître l’isolement du régime nord-coréen dans la région et parmi toutes les nations du monde. Toutes les options sont sur la table. »

Ce que les médias n’ont pas mentionné, c’est que, au cours des trois dernières semaines, le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis ont été engagés dans des exercices militaires conjoints à grande échelle sur l’île de Hokkaido et en Corée du Sud. Ces jeux de guerre inutilement provocateurs simulent une invasion de la Corée du Nord et une opération de « décapitation » pour supprimer le gouvernement du pays. Le chef suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-un, a demandé aux États-Unis à plusieurs reprises de mettre fin à ces exercices militaires, mais les États-Unis ont obstinément refusé. Les États-Unis se réservent le droit de menacer n’importe qui, n’importe quand et n’importe où, même à leur porte. Cela fait partie de ce qui rend les États-Unis exceptionnels. Découvrez cet extrait d’un article de Fox News :

« Plus de 3500 soldats américains et japonais ont entamé hier un exercice militaire conjoint de plusieurs semaines dans le contexte d’un régime nord-coréen de plus en plus belliqueux. L’exercice, connu sous le nom de Northern Viper 17, aura lieu sur Hokkaido, l’île principale du nord du Japon, et durera jusqu’au 28 août (…)

Nous améliorons notre préparation non seulement dans les airs, mais en tant qu’équipe de soutien logistique, a déclaré le colonel R. Scott Jobe, commandant de l’escadron 35e Fighter, dans un communiqué. Nous sommes dans un emplacement privilégié à des fins de contingence et cet exercice ne fera que renforcer notre préparation dans le cas où un scénario réel se produirait. »

Le test de missile de lundi (qui a survolé l’île de Hokkaido) a été effectué quelques heures seulement après la fin des manœuvres militaires. Le message était clair : la Corée du Nord ne sera pas humiliée publiquement ni giflée sans répondre. Plutôt que de montrer une faiblesse, celle-ci a démontré qu’elle était prête à se défendre contre l’agression étrangère. En d’autres termes, le test n’était PAS un « acte audacieux et provocateur » (comme l’ont indiqué les médias), mais une réponse modeste et bien pensée d’un pays qui a connu 64 ans de harcèlement implacable, de sanctions, de diabolisation et de bruits de botte orchestrés par Washington. La Corée du Nord a répondu parce que les provocations de Washington nécessitaient une réponse. Fin de l’histoire.

Et il en va de même pour les trois missiles balistiques à courte portée que le Nord a testés la semaine dernière, deux d’entre eux ont apparemment échoué peu de temps après le lancement. Ces tests ont été une réponse aux exercices militaires conjoints de trois semaines en Corée du Sud qui ont impliqué 75 000 troupes de combat accompagnées de centaines de chars, véhicules blindés, engins de débarquement, artillerie lourde, une flottille navale complète et des escadrons de chasseurs et de bombardiers stratégiques. Est-ce que le Nord était censé s’asseoir sur ses mains alors que cet étalage menaçant de force militaire brute avait lieu juste sous son nez ?

Bien sûr que non. Imaginez si la Russie s’était engagée dans une opération similaire à la frontière du Mexique, tandis que la flotte russe menait des « tirs réels » à trois milles à l’extérieur de la baie de San Francisco. Que pensez-vous que serait la réaction de Trump ?

Il aurait envoyé par le fond ces bateaux plus rapidement que vous ne pourriez dire ouf, non ?

Alors pourquoi le double standard en ce qui concerne la Corée du Nord ? Ce qui est bon pour l’un doit être bon pour l’autre.

La Corée du Nord devrait être applaudie pour avoir démontré qu’elle ne sera pas intimidée par le caïd du préau d’école. Kim sait que toute confrontation avec les États-Unis finira mal pour le Nord, et malgré cela, il n’a pas cédé et ne s’est pas laisser bousculer par les fanfarons voyous de la Maison Blanche. Hourra, Kim.

À propos, la réponse de Trump au test de missile de lundi faisait à peine l’objet de commentaires dans les médias traditionnels et pour une bonne raison. Voici ce qui s’est passé deux jours plus tard.

Mercredi, une escadre de chasseurs bombardiers F35B et F15 dirigée par les B-1B ont mené des opérations militaires sur un site d’entraînement à l’est de Séoul. Les B-1B, qui sont des bombardiers nucléaires à basse altitude, ont laissé tomber leurs fausses bombes sur le site et sont ensuite retournés à leur base. Le spectacle martial était destiné à envoyer un message à Pyongyang montrant que Washington est mécontent du projet de test de missiles balistiques du Nord et est prêt à utiliser des armes nucléaires contre le Nord s’il ne respecte pas les diktats de Washington.

Donc, Washington serait prêt à atomiser le Nord s’ils ne se reprennent pas et ne marchent pas droit comme on le leur demande, c’est ça ?

Oui, on dirait bien mais est-ce si sûr, et qui sait vraiment ? Quoi qu’il en soit, Kim n’a d’autre choix que de rester ferme. S’il montre un signe de faiblesse, il sait qu’il finira comme Saddam et Kadhafi. Et, bien sûr, c’est ce qui conduit la rhétorique excessive. Le Nord veut éviter le scénario de Kadhafi à tout prix. J’en profite pour rappeler que la raison pour laquelle Kim a menacé de tirer des missiles dans les eaux qui entourent Guam, est la suivante : Guam loge la base aérienne Anderson qui est le point de départ des bombardiers nucléaires B-1B qui ont menacé la péninsule coréenne, depuis quelque temps maintenant, par des vols d’intimidation. Le Nord estime qu’il doit répondre à cette menace existentielle.

Ne serait-il pas utile que les médias mentionnent ce fait ? Ou bien servent-ils mieux leurs intérêts en présentant Kim en train d’éructer comme un chien contre des États-Unis « totalement innocents », un pays qui cherche seulement à préserver la paix partout où il va ?

Mon œil !

Il est si difficile de trouver quelque chose dans les médias qui ne reflète pas le parti pris et l’hostilité de Washington. Bizarrement, il y avait un article assez décent sur CBS News la semaine dernière, écrit par un ancien officier du renseignement occidental ayant des décennies d’expérience en Asie. C’est le seul article que j’ai trouvé qui explique avec précision ce qui se passe réellement au-delà de la propagande.

Voyez-vous même :

Avant l’investiture du président Trump, la Corée du Nord a précisé qu’elle était prête à donner le temps à la nouvelle administration des États-Unis pour qu’elle ait l’occasion d’examiner sa politique et de proposer quelque chose de mieux que le président Obama. Le seul bémol était que si les États-Unis se mettent en mode turbo avec leurs exercices conjoints annuels avec la Corée du Sud – surtout si c’était accompagné par plus de menaces sur la « décapitation » et plus de vols de bombardiers stratégiques sur la péninsule coréenne – alors, le Nord réagira fortement.

En bref, les États-Unis l’ont fait, et le Nord a réagi. Les contacts en coulisse avaient des hauts et des bas, mais ils ne pouvaient pas faire avancer les choses. En avril, le leader nord-coréen Kim Jong-un a paradé avec de nouveaux missiles, à titre d’un avertissement, mais sans effet. Le régime a lancé les nouveaux systèmes, l’un après l’autre. Pourtant, l’approche de Washington n’a pas changé. 

D’accord, maintenant, nous savons la vérité : le Nord a fait de son mieux et se retrouve furax, essentiellement parce que Washington ne veut pas négocier, qu’il préfère tordre le bras à la Russie et à la Chine, resserrer l’embargo et menacer de la guerre. C’est la solution de Trump.

En voilà plus d’informations de la même source :

Le 4 juillet, après le lancement du premier missile balistique intercontinental de la Corée du Nord (ICBM), Kim a envoyé un signal public annonçant que le Nord pourrait mettre les programmes nucléaires et de missiles sur la table si les États-Unis ne changeaient pas d’approche.

Les États-Unis ne l’ont pas fait, de sorte que le Nord a lancé un autre ICBM, considérant cela comme un avertissement délibéré aux États-Unis leur demandant de les prendre au sérieux. Pourtant, encore plus de bombardiers B-1 ont survolé la péninsule et le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté de nouvelles sanctions. (CBS News)

Donc, le Nord était prêt à faire un marchandage sérieux, mais les États-Unis ont refusé. Kim avait probablement entendu parler du genre de marchand de tapis qu’était Trump et a pensé qu’ils pouvaient faire quelque chose ensemble. Mais cela ne s’est pas produit. Trump s’est avéré être un fiasco plus gros qu’Obama, ce qui est plutôt mauvais. Non seulement il refuse de négocier, mais il délivre aussi des menaces belliqueuses presque tous les jours. Ce n’est pas ce que le Nord attendait. Il attendait un leader non interventionniste qui pourrait être réceptif à un compromis.

La situation actuelle n’a laissé à Kim que de mauvaises options. Il peut soit céder et mettre fin à son programme de missiles, soit augmenter la fréquence des tests et espérer que cela ouvre la voie à des négociations. Kim a choisi la dernière option.

Est-ce un mauvais choix ?

Peut-être.

Est-ce un choix rationnel ? Oui.

Le Nord parie que ses programmes d’armes nucléaires seront des atouts de négociation précieux dans les négociations futures avec les États-Unis. Le Nord n’a pas l’intention d’atomiser la côte ouest des États-Unis. C’est ridicule ! Cela ne sert à rien. Ce qu’ils veulent, c’est conserver leur régime, obtenir des garanties de sécurité de Washington, faire lever l’embargo, normaliser les relations avec le Sud, éloigner les États-Unis des affaires politiques de la péninsule et (espérons-le) mettre fin à 64 ans d’activité incessante, irritante, provocatrice et interminable des États-Unis. Yankee rentrez chez vous. SVP.

Conclusion : le Nord est prêt à discuter. Il veut des négociations. Il veut mettre fin à la guerre. Ils veut voir ce cauchemar absolu derrière lui et continuer sa vie. Mais Washington ne le lâchera pas parce que Washington apprécie le statu quo. Washington veut une présence permanente en Corée du Sud afin de pouvoir encercler la Russie et la Chine avec des systèmes de missiles mortels et élargir son emprise géopolitique rapprochant le monde de l’Armageddon nucléaire.

C’est ce que Washington veut, et c’est pourquoi la crise sur la péninsule continuera à bouillir.

Mike Withney

 

http://lesakerfrancophone.fr/coree-du-nord-ce-que-les-medias-ne-vous-disent-pas

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