Archives pour la catégorie Corée du sud

En Corée du Sud, la course à la (haute) mer

En Corée du Sud, la course à la (haute) mer

Posted on  19 octobre 2019 by  admin

ETUDE – Séoul envisage la possibilité de se doter de véritables porte-avions et de sous-marins à propulsion nucléaire. Ces deux nouvelles au conditionnel – mais le seul fait que les Sud-Coréens s’interrogent est, en soi, une précieuse information – s’ajoutent à deux annonces à l’indicatif relatives à la construction d’un nouveau destroyer lourd et à la conception d’un porte-aéronefs léger.

Par Alexis Feertchak, membre fondateur de Geopragma*

Ambiance : l’actuel porte-hélicoptères sud-coréen, «Dokdo», porte le nom d’îles revendiquées par le Japon.

Précisons. Une semaine après que Pyongyang a testé un nouveau type de missile balistique mer-sol (SLBM) tiré depuis une plateforme sous-marine, la marine sud-coréenne (ROK) a envoyé le 10 octobre au Parlement un rapport dans lequel elle annonce la création d’une commission chargée d’examiner la pertinence pour la ROK de se procurer des sous-marins à propulsion nucléaire. C’est la première fois que la Corée du Sud évoque une telle possibilité. Seuls les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), mais également l’Inde possèdent de tels bâtiments. En pratique, des sous-marins nucléaires d’attaque permettraient aux Sud-Coréens de chasser beaucoup plus efficacement d’éventuels sous-marins lanceurs d’engins nord-coréens qui menaceraient Séoul de frappes depuis la haute mer. Mais ce n’est pas tout.

Les deux projets de porte-avions à catapultes

Le 15 octobre, un parlementaire sud-coréen, Choi Jae-ung, membre du Parti démocrate au pouvoir et proche du président Moon Jae-in, a remis au gouvernement un rapport préconisant que la Corée du Sud se dote d’un programme de porte-avions à catapultes. Ces deux derniers mots ne sont pas anodins. Faisons un pas de côté pour mieux comprendre. On distingue généralement trois sortes de porte-aéronefs :

  • STOVL (pour Short Take Off Vertical Landing) : les avions décollent grâce à l’aide d’un tremplin en bout de piste et atterrissent à la verticale, solution qui nécessite des avions spécifiques (équipés d’un réacteur supplémentaire, orientable verticalement), généralement moins performants (le décollage par tremplin exige des avions allégés, tant en armes qu’en carburant, tandis que l’atterrissage vertical brûle énormément de kérosène). Résultat, alors que la technologie est complexe et coûteuse, ces avions disposent d’une capacité d’emport en armes et d’un rayon d’action plus faibles que des avions traditionnels. Généralement, les STOVL sont des porte-aéronefs légers (de 20.000 à 40.000 t) servant aussi de porte-hélicoptères, de navires amphibies de débarquement et de navires de commandement. L’Italie, l’Espagne et les Etats-Unis disposent de tels «navires universels», déployant des F-35B. Dans les prochaines années, le Japon transformera aussi ses deux porte-hélicoptères Izumo pour qu’ils puissent emporter des F-35B. Cas particulier, le Royaume-Uni a quant à lui fabriqué deux porte-avions lourds (classe Elizabeth – 70.000 tonnes), mais qui, malgré leur fort déplacement, ne seront « que » des STOVL, choix qui s’explique surtout pour des raisons budgétaires.
  • STOBAR (pour Short Take Off But Arrested Recovery) : les avions décollent toujours au moyen d’un tremplin mais sont arrêtés par des brins d’arrêt. Solution intermédiaire, elle nécessite quand même des avions moins performants, non en raison de l’atterrissage, mais du décollage. La Russie (un navire en cours de modernisation), l’Inde (un navire en service, un en construction) et la Chine (un navire en service, un en essai) disposent de tels navires qui sont en général une première étape en attendant de l’introduction de véritables CATOBAR.
  • CATOBAR (pour Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery) : les avions décollent au moyen de catapultes et atterrissent grâce à des brins d’arrêt. C’est le système le plus cher, mais aussi le meilleur, qui permet de déployer des avions plus performants et de divers types, par exemple des avions de guet aérien «AWACS», essentiels pour qu’un groupe aéronaval dispose d’une véritable autonomie d’action. Parmi les CATOBAR, les porte-avions à propulsion nucléaire sont le graal, disposant d’une autonomie presque illimitée. Seuls les Etats-Unis (dix navires, tous nucléaires) et la France (un navire, nucléaire) en disposent. La Chine en construit deux (dont un à propulsion nucléaire). L’Inde envisage aussi une solution CATOBAR pour son troisième porte-avions, mais en est encore loin.

La Corée du Sud pourrait donc vouloir entrer dans ce tout petit club des propriétaires de CATOBAR. Rappelons qu’avec 1500 milliards de dollars, le PIB sud-coréen place Séoul entre l’Espagne et l’Italie (avec l’avantage, comme Rome d’ailleurs, d’être l’un des leaders mondiaux de la construction navale). Dans son rapport, Choi Jae-ung a présenté deux projets :

  • L’un de 41.500 tonnes de déplacement et de 240 mètres de long avec un seul ilot central. Un tel navire serait proche (à la propulsion nucléaire près) du Charles-de-Gaulle français, très compact pour sa catégorie.
  • L’autre de 71.400 tonnes de déplacement et de 298 mètres de long avec deux ilots centraux, à la façon des Queen Elizabeth britanniques, mais avec des catapultes et des brins d’arrêt en plus.

«Compte tenu du taux d’expansion militaire actuel dans les principaux pays d’Asie du Nord-Est, le futur champ de bataille de 2033 sera très différent de celui d’aujourd’hui. Vous devriez revoir vos changements de plan», s’est justifié le député sud-coréen pour justifier un tel saut capacitaire pour la marine sud-coréenne. Pour comprendre le message sous-jaçent, il faut savoir qu’en juillet, des rumeurs venant de l’Etat-major avait annoncé la construction prochaine de nouveaux porte-hélicoptères capables d’emporter des F-35B, ce qui ferait déjà entrer la Corée du Sud dans la catégorie STOVL. Séoul possède actuellement deux porte-hélicoptères de classe Dokdo (type LPX-I, déplacement de 19.000 tonnes) qui ne sont pas équipés pour des avions de chasse à décollage court et atterrissage vertical. Le projet consiste à produire une version agrandie de ceux-ci (environ 30.000 tonnes) et adaptée au F-35B, ce qui en feraient l’équivalent des deux Izumo japonais modernisés. Confirmant ces rumeurs, le chantier naval Hyundai Heavy Industries (HHI) a signé cette semaine un contrat pour la conception d’un tel navire amphibie universel de nouvelle génération (LPX-II).

Projet LPX-II de navire amphibie universel emportant des F-35B versus le porte-hélicoptères «Dokdo» (LPX-I).

Pour Choi Jae-ung, cette avancée ne serait pas suffisante en raison des limites inhérentes à la solution STOVL, idéale pour appuyer dans les airs des opérations amphibies, mais qui souffre de deux insuffisances. Première insuffisance si l’on observe que les logiques contemporaines de déni d’accès permettent de mettre en œuvre des défenses de plus en plus denses et de plus en plus étendues qui rendent le couple «porte-avions léger + chasseurs STOVL» vulnérable : de tels navires embarquent généralement une quinzaine de chasseurs armés trop légèrement et disposant d’un rayon d’action assez faible (869 km seulement pour le F-35B). Deuxième insuffisance si l’on se place dans une perspective océanique et dans l’optique du retour de combats navals en haute mer, ce couple apparaît là encore insuffisant, pour les mêmes raisons. Rappelons qu’historiquement, les porte-avions ne sont pas seulement un outil de projection contre un territoire ennemi, mais sont d’abord, si l’on observe par exemple les grandes batailles du Pacifique, un outil tant de supériorité aérienne que de frappes anti-navires.

L’argumentation du député sud-coréen rejoint celle qui sous-tend l’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire, qui permet d’étendre substantiellement le rayon d’action d’une sous-marinade pour qu’elle acquière, là aussi, une dimension océanique (y compris dans l’optique de protéger un groupe aéronaval). D’un point de vue stratégique et étant donné que de tels projets sont une projection de ce que pourrait être la marine sud-coréenne dans dix voire plutôt quinze ans, tout semble indiquer que Séoul ne se place plus seulement dans la perspective d’un conflit localisé avec la Corée du Nord, mais bien dans celle d’un conflit régional de haute intensité dans lequel elle ne pourrait plus simplement reposer sur le soutien des Etats-Unis mais devrait acquérir un degré supérieur d’autonomie.

Un dernier élément qui va dans le sens d’une marine élaborée davantage dans une perspective océanique et dans l’optique d’un conflit à haute intensité concerne les navires de combat de premier rang. Cette semaine, Séoul a en effet passé commande auprès de HHI pour le premier exemplaire de trois nouveaux destroyers de classe Sejong The Great (ou KDX-III). Ces navires particulièrement imposants (10.600 tonnes de déplacement) et équipés du système de combat américain AEGIS associé à un grand nombre de missiles (128 ayant diverses missions) sont déjà au nombre de trois dans la marine sud-coréenne (entrés en service entre 2008 et 2012).

Destroyer KDX-III de classe «Sejong The Great»

Alors que les pays européens privilégient des frégates de 6.000 à 7.000 tonnes équipées d’une trentaine ou d’une quarantaine de silos verticaux (VLS) pour le lancement de missiles (16 missiles mer-air Aster et 16 missiles de croisière navals mer-sol pour nos FREMM par exemple), Chinois, Japonais et Sud-Coréens investissent, comme les Américains, dans des destroyers de plus fort tonnage, frôlant voire dépassant les 10.000 tonnes et disposant d’un nombre de silos de missiles proche voire supérieur à 100. Nul doute que ces navires sont pensés pour le combat de haute intensité en haute mer. Le tableau ci-dessous qui établit la liste de la plupart des frégates et destroyers dans le monde avec leur déplacement et leur nombre de silos de missiles est assez parlant : les pays européens sont absolument absents du haut du classement (la présence du Royaume-Uni devant être sérieusement relativisée – cf. note ci-dessous).

PaysClasseNombre (+ construction)DéplacementVLS
Corée du SudSejong the Great3 (+3)10.600 t128
Etats-UnisTiconderoga229.800 t122
ChineType 0551 (+5)12.000 t112
JaponMaya210.500 t96
JaponAtago210.000 t96
Etats-UnisArleigh Burke IIA399.200 t96
JaponKongo49.500 t90
Etats-UnisArleigh Burke I/II288.400 t90
Royaume-UniType 26(+2)7.600 t72*
ChineType 052D12 (+8)7.500 t64
Corée du SudChongmugong65.500 t64
RussieGorchkov-M(+2)5.400 t56
Royaume-UniType 4568.500 t48
ChineType 052C67.000 t48
ItalieOrrizzonte27.000 t48
FranceHorizon27.000 t48
EspagneAlvaro de Bazan56.300 t48
RussieGorchkov45.400 t48
JaponAsahi26.800 t32
JaponAkizuki46.800 t32
ItalieBergamini8 (+2)6.700 t32
FranceAquitaine (FREMM)5 (+3)6.000 t32

* Tous les VLS sont loin d’être semblables : certains disposent de silos de petites tailles, pouvant emporter des missiles anti-aériens de courte portée peu encombrants. Par exemple, la défense d’une nouvelle frégate de Type 26 britannique repose sur 48 Sea Ceptor, missile dont la portée ne dépasse pas les 25 km. Elle peut donc en emporter beaucoup plus qu’une FREMM n’emportera d’Aster 30, dont la portée dépasse les 120 km mais qui est beaucoup plus volumineux. Observer le nombre de VLS ne suffit donc pas.

Cette description purement quantitative ne permet donc pas de juger entièrement de la capacité réelle de ces navires. On sait par exemple que nos FREMM sont considérées comme étant parmi les meilleurs bâtiments du monde en matière de détection sous-marine. De même, si les destroyers chinois sont, sur le papier, l’égal des navires otaniens, on ne sait pas si cette égalité se maintiendrait sur le champ de bataille. Cet état des lieux permet en revanche de décrire une dynamique d’accroissement capacitaire à laquelle l’Europe ne semble aucunement participer. Ce n’est pas forcément un mal : il est vrai que le cœur de la menace est probablement en Asie, loin de la veille Europe, mais encore faut-il en avoir conscience pour adapter notre politique et notre stratégie à la réalité de nos moyens.

Pour la Corée du Sud, au-delà d’un conflit de voisinage avec le Nord, la première menace à moyen terme est bien entendu chinoise : elle est la plus sérieuse, la plus structurelle, et la seule à pouvoir donner lieu à un conflit régional de haute intensité. Mais il ne faut pas oublier non plus les tensions qui resurgissent entre Séoul et Tokyo. Remontant à l’invasion par le Japon impérial de la péninsule coréenne dans les années 1930, elles connaissent depuis un an de nouveaux développements, certes d’abord économiques et commerciaux, mais qui comportent aussi une dimension territoriale. Le Japon continue de revendiquer les îles Dokdo, que contrôle Séoul, en mer de Chine orientale. Il n’est pas anodin que les Sud-Coréens aient décidé de baptiser leurs porte-hélicoptères du nom de ces îles. Autre signe de ces animosités historiques : pour la revue annuelle de la flotte japonaise cette semaine, qui a finalement été annulée en raison du typhon, un très moderne destroyer chinois de Type 052D a fait le voyage, malgré les tensions géopolitiques du moment. Mais de navires sud-coréens, il n’y en avait point. Il ne fait pas de doute que Chinois et Japonais regarderont avec attention les développements à venir de la marine sud-coréenne. Autant que les Américains, qui se frottent les mains en anticipant de juteux contrats d’exportation, qu’ils concernent le F-35 ou les systèmes de missiles équipant les destroyers «Aegis», grands gagnants de ce climat d’anxiété.

* Passionné par la géopolitique et les questions de défense, diplômé de Sciences Po Paris et licencié en philosophie de l’Université Paris-Sorbonne, Alexis Feertchak est journaliste au Figaro, rédacteur en chef et fondateur du journal iPhilo et membre fondateur de Geopragma.

http://geopragma.fr/index.php/2019/10/19/en-coree-du-sud-la-course-a-la-haute-mer/

Publicités

Attaques contre les sites pétroliers saoudiens : Séoul réfléchit à l’utilisation de ses réserves stratégiques


Attaques contre les sites pétroliers saoudiens : Séoul réfléchit à l’utilisation de ses réserves stratégiques

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 17/09/2019 13:53

La Corée du Sud va réfléchir au déblocage de ses réserves stratégiques de pétrole si les perturbations touchant l’approvisionnement se poursuivent suite aux récentes attaques de drones sur des sites pétroliers dans l’est de l’Arabie saoudite, a déclaré mardi le vice-ministre sud-coréen de l’Economie et des Finances, Kim Yong-beom.

Il a indiqué lors d’une réunion avec des responsables concernés que le gouvernement prendrait rapidement des mesures pour stabiliser l’approvisionnement en pétrole en recourant aux réserves stratégiques de pétrole et à des stocks appartenant au gouvernement et au secteur privé si la situation venait à se détériorer.

M. Kim a ajouté que son pays avait besoin de se préparer à une éventuelle prolongation des perturbations, promettant de s’assurer des sources d’importation alternatives en consultation avec les raffineries nationales si nécessaire.

Il s’est exprimé après que des drones ont frappé samedi dernier deux sites de production du géant pétrolier saoudien Aramco. Les rebelles houthis au Yémen ont revendiqué la responsabilité de ces attaques.

Selon des médias, ces attaques ont affecté environ la moitié de la production pétrolière saoudienne. L’Arabie saoudite est le premier fournisseur de pétrole de la Corée du Sud, représentant en 2018 près de 30% des importations de cette dernière.

Le vice-ministre a cependant fait savoir que la situation saoudienne aurait un impact limité sur l’économie sud-coréenne pour l’heure car il ne devrait pas y avoir de fortes perturbations de l’approvisionnement en pétrole à court terme.

Il a ajouté que le brut saoudien était importé dans le cadre de contrats à long terme et qu’aucune grande perturbation n’avait encore été repérée dans les raffineries sud-coréennes.

https://chine.in/actualite/asie/attaques-contre-les-sites-petroliers-saoudiens_20093.html

Aux origines de l’arme nucléaire nord-coréenne

Aux origines de l’arme nucléaire nord-coréenne

Parmi les idées fausses les plus répandues à l’étranger se trouve celle que la Russie serait responsable de l’apparition de l’arme nucléaire à  Pyongyang. Pourtant, dans la réalité, la contribution de l’URSS puis de la Russie à ce basculement géostratégique d’importance est tout à fait minime. Les puissances occidentales sont en fait les principales  responsables de l’acquisition de cette arme par la Corée du Nord.

Le programme de coopération soviétique : le réacteur IRT-2000

A l’origine, il est vrai que l’Union soviétique a effectivement fourni les premiers supports au développement du programme nucléaire nord-coréen. Après la conclusion d’un accord bilatéral de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire en 1965, la construction d’un  réacteur nucléaire et d’un laboratoire de radiochimie fut lancée dans la ville de Yongbyon, située à une centaine de kilomètres au nord de la  capitale du pays. Il s’agissait du projet de recherche soviétique – relativement modeste – IRT-2000. Moscou fournissait alors ce type d’aide  aux alliés du camp socialiste et aux pays en développement qui  entretenaient des relations étroites avec la «patrie du socialisme». L’IRT-2000 fut ainsi également livré au Ghana. Ce type de réacteur fonctionnait avec comme combustible, des barres de combustible d’uranium  de fabrication soviétique enrichies à 20%. Les scientifiques soviétiques avaient ainsi rendu impossible l’obtention d’une arme nucléaire à partir  de ce transfert de technologie. Les engins explosifs nucléaires nécessitent, en effet, un degré d’enrichissement de l’uranium approchant les 100% ou du plutonium. A l’instar des autres puissances nucléaires,  l’URSS a alors respecté ses obligations de non-prolifération, exception  faite uniquement pour la Chine qui, sur instructions personnelles de Nikita Khrouchtchev, a reçu toute la documentation et tous les schémas
nécessaires.

Selon les termes de l’accord bilatéral, la participation de spécialistes soviétiques aux opérations régulières de maintenance du réacteur était  obligatoire. C’était un instrument très efficace pour dissuader les Nord-Coréens d’acquérir des armes nucléaires. Si tel avait été le but de  Pyongyang il était aisé pour Moscou de suspendre l’approvisionnement en combustible nucléaire, ce qui aurait signifié l’arrêt inévitable de  l’utilisation de l’IRT-2000. En l’absence de toute velléité nucléaire de Pyongyang, l’URSS continua à fournir du carburant nucléaire jusqu’à
l’effondrement de l’URSS en 1991.

Utiliser ce type de réacteur dans le cadre d’un programme d’armement nucléaire clandestin, aurait nécessité des efforts disproportionnés pour produire la quantité requise de plutonium suffisante pour au moins une charge nucléaire. Il eut fallu remplacer les barres de combustible presque immédiatement après leur immersion dans le cœur du réacteur, alors que le réacteur lui-même aurait dû être stoppé souvent ou changer constamment les paramètres de puissance. Il est techniquement extrêmement difficile de le faire.

Les spécialistes n’auraient pas pu accumuler beaucoup de plutonium car la capacité de l’IRT-2000 n’est que de cinq mégawatts. Il faudrait plusieurs années pour produire la quantité requise de matière fissile. Cela reviendrait à utiliser une voiture plutôt qu’un navire ou un train de marchandises pour transporter une grande quantité de fret. Bien sûr, les Coréens ont utilisé le combustible irradié IRT-2000 pour extraire un certain nombre d’isotopes de samarium, d’iode, de ruthénium, etc. En 1975, ils ont même réussi à obtenir 300 grammes de plutonium. Mais cette quantité est très éloignée de la masse critique. La durée de vie de ces isotopes était très courte et ne convenait non seulement pas pour un engin explosif, mais pas même pour la réalisation d’expériences simples visant à étudier les propriétés physiques, mécaniques et chimiques de ces éléments. Soulignons tout de même que les Nord-Coréens ont reçu, par l’intermédiaire du comité compétent du Conseil de sécurité des Nations unies, l’autorisation d’acquérir du cobalt radioactif en Russie à des fins médicales. Cela prouve sans équivoque que le réacteur IRT-2000 fourni par l’ex-URSS ne fonctionne plus, et qu’incriminer la Russie sur le développement l’arsenal nucléaire nord-coréen est une contre-vérité.

« Calder Hall » : la technologie anglaise au service de Pyongyang

Comment la Corée du Nord a-t-elle pu acquérir la capacité de produire du plutonium pour ses armes nucléaires ? Le responsable de ce succès des physiciens nord-coréens est un réacteur anglais mis en service au début des années 1980. Ce dispositif n’a rien à voir avec les projets soviétiques – Pyongyang a simplement eu accès aux plans du réacteur « Calder Hall » conçu dans les années 50, et mis en libre accès pour les
membres de l’AIEA, que Pyongyang rejoint à la demande pressante de Moscou. Selon certains experts, des solutions techniques ont également été empruntées au TG-1 français.

Pourquoi le choix s’est-il arrêté sur ce type de réacteur atomique? C’est assez simple. “Calder Hall” utilise de l’uranium faiblement enrichi. Il n’est pas nécessaire d’enrichir le combustible, ce qui signifie que les riches gisements d’uranium de Corée du Nord peuvent être utilisés. En outre, il n’est pas nécessaire de purifier l’eau pour le refroidissement – un avantage considérable dans les conditions de pénurie d’énergie en Corée du Nord. La puissance du réacteur « Calder-Hall » est plusieurs fois supérieure à celle de l’IRT-2000. Dans le même temps, un certain nombre de caractéristiques montrent de manière convaincante que les Nord-Coréens ont choisi le réacteur Calder Hall précisément à cause de la possibilité de produire du plutonium, car du point de vue de la production d’énergie, ce type de réacteur n’est pas très efficace et comporte de nombreux inconvénients.

L’intérêt de ce type de réacteur est que du plutonium 239 peut y être produit. Les Nord-Coréens n’ont pas pu immédiatement construire une  quantité suffisante de l’isotope requis. Ainsi, le premier essai nucléaire  enoctobre 2006 a échoué, probablement à cause d’une quantité insuffisante d’isotope de plutonium 239. Cependant, des essais nucléaires ultérieurs ont réussis à produire une puissance de plusieurs dizaines de kilotonnes, ce qui indique que les Nord-Coréens sont parvenus à séparer le plutonium 239 des autres isotopes formés dans le réacteur.

 

Un certain nombre de questions demeurent. La plus importante est de savoir pourquoi les Anglais, sachant avec certitude que les Nord Coréens avaient reçu les plans de leur réacteur par l’AIEA, n’ont pas manifesté la moindre inquiétude à ce sujet. Appât du gain pour les ingénieurs et les compagnies anglaises, stratégie de tension, il est en tout cas évident que sans une aide occidentale, les Nord-Coréens n’auraient jamais pu acquérir l’arme nucléaire.

 

Xavier Moreau

 Directeur de STRATPOL. Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d’un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Installé en Russie depuis 15 ans, il dirige la société LinkIT Vostok. Il est l’auteur de la « Nouvelle Grande Russie » et de « Ukraine, Pourquoi la France s’est trompée ? ».

https://stratpol.com/aux-origines-de-larme-nucleaire-nord-coreenne/

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Une unité spéciale de sapeurs de la seconde artillerie nord-coréenne a inspecté le jeudi 15 novembre 2018 les abords de la ligne de démarcation entre le dernier poste d’observation militaire syrien et la zone franche d’Idleb.

Accompagnés par des membres de la garde républicaine syrienne et des artilleurs confirmés, les nord-coréens ont établi un plan de feu assez peu conventionnel et ont fait part de leurs observations aux militaires syriens.

Il s’avère que les groupes terroristes protégés par l’OTAN n’aient jamais abandonné leurs armes lourdes et aient profité de la trêve pour consolider et renforcer leurs fortifications avec l’aide des conseillers militaires de l’OTAN.

Damas est confronté actuellement à deux défis majeurs :

Le premier est l’enclave rebelle d’Idlib qu’il faut réduire ;

Le second est la dissémination de camps militaires de marines US mais également de forces spéciales françaises, italiennes et britanniques sur des rives septentrionales de l’Euphrate jusqu’aux confins syro-jordano-irakiens. Parmi ces camps, deux représentent une menace directe pour la Syrie :  1. Al-Rokab, déguisé en camp de réfugiés à la frontière jordanienne et utilisé pour le recrutement, la formation et le lancement de nouvelles vagues ee rebelles ;
2. La base fortifiée d’Al-Tanf où se sont retranchés des forces US et israélienne sous la protection du dispositif militaire basé en Irak et en Jordanie.  Cette base est encerclée de toutes parts par des milices syriennes et iraniennes, qui toutefois, s’abstiennent de se rapprocher à moins de 70 kilomètres de ma base. Les tentatives d’approche précédentes ont toutes donné lieu à une solide intervention aérienne en milieu désertique ouvert. Ce qui a laissé très peu de chance aux assaillants.

Les camps de l’extrême nord ne représentent pas un danger pour Damas et sont gérés dans le cadre de l’avenir de la question kurde syrienne, laquelle semble absorbée par le Kurdistan irakien et lourdement influencé par le militantisme politique et militaire des kurdes de Turquie. Cette question éminemment régionale fort complexe est l’une des cartes à jouer après la guerre.

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Moscou joue un rôle important dans le processus de paix coréen

Moscou joue un rôle important dans le processus de paix coréen


Par Alex Gorka – Le 18 octobre 2018 – Source Strategic Culture

Enregistrer des progrès dans ses négociations avec la Corée du Nord est une question d’une grande importance pour le président américain Trump à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Trouver une solution à un problème international majeur est un défi sérieux qu’aucun pays ne peut relever seul. Bien que Washington présente la Russie comme un méchant que l’on peut blâmer pour tout ce qui ne va pas dans le monde, les États-Unis ne prennent plus au sérieux toute cette propagande et s’en tiennent à de véritables négociations quand ils ont besoin de résultats tangibles. Malgré toutes les différences et les tensions, Moscou et Washington se parlent franchement dans leurs efforts pour faire avancer le sujet sur la Corée du Nord.

Le représentant spécial des États-Unis pour la Corée du Nord, Stephen Biegun, s’est rendu à Moscou le 16 octobre pour tenir des réunions de travail avec les vice-ministres russes des Affaires étrangères, Igor Morgulov et Sergueï Ryabkov. M. Biegun a accompagné le secrétaire d’État Mike Pompeo lors de son voyage à Pyongyang ce mois-ci pour des pourparlers sur la préparation d’une deuxième réunion entre les États-Unis et la Corée du Nord.

Le 22 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2397, sa sixième sur la Corée du Nord, imposant davantage de sanctions en réponse à un essai de missiles balistiques en novembre. Pyongyang a été privée de 2,3 milliards de dollars de recettes annuelles d’exportation, soit presque tout ce qu’elle recevait du commerce extérieur.  Depuis lors, le pays ne peut plus importer plus de 500 000 barils de pétrole par an. C’est vraiment dur. La Russie veut que le régime de sanctions soit assoupli à mesure que des progrès sont réalisés. L’objectif des sanctions est la dénucléarisation, et non des épreuves plus douloureuses pour les gens ordinaires.

Un moratoire sur les essais nucléaires et les essais de missiles a été décrété et certaines installations de missiles importantes, telles que le polygone de tir de Punggye-ri dans la région nord-est du pays et la station de lancement de satellites de Sohae, ont été démantelés. En août, le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré qu’il avait bloqué une autre résolution parrainée par les États-Unis. Le fait qu’elle soit une puissance nucléaire, un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et un voisin de la Corée du Nord avec des lignes de communication établies avec Pyongyang, fait de la Russie un courtier efficace qui peut apporter une contribution importante. Elle a un réel intérêt à une détente dans la péninsule coréenne, car Vladivostok, la porte d’entrée de la Russie dans la région Asie-Pacifique, est située à quelques centaines de kilomètres de plusieurs sites nucléaires et balistiques nord-coréens. Après tout, le site d’essai nucléaire nord-coréen démoli n’était situé qu’à 200 km de la frontière russe. Moscou n’a aucun intérêt à donner aux États-Unis un prétexte pour déployer ses systèmes de défense antimissile en Corée du Sud et au Japon.

La Russie travaille sur ses propres plans pour accueillir le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Moscou ou à Vladivostok. Aucune date n’a été fixée et rien n’a encore été annoncé officiellement, si ce n’est qu’une invitation a été acceptée par le dirigeant de la Corée du Nord. Le quotidien russe Izvestia pense qu’un sommet Russie-Corée du Nord aura lieu avant que Donald Trump et Kim Jong-un ne se rencontrent pour la deuxième fois. L’événement devrait avoir lieu avant les élections de mi-mandat américaines du 6 novembre. Le dirigeant de la Corée du Nord estime qu’il est important de consulter Moscou avant de rencontrer Donald Trump.

S’exprimant le 12 octobre à Pyongyang à l’occasion du 70e anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Nord et la Russie, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong Ho, a déclaré que Pyongyang cherchera, en 2019, à approfondir ses relations avec Moscou. Il a souligné que son gouvernement apprécie fortement les efforts déployés par la Russie pour promouvoir la stabilisation de la situation dans la péninsule coréenne.

Moscou peut offrir des projets économiques lucratifs qui rendront Pyongyang plus apte à démanteler ses programmes nucléaires et balistiques. Les parties négocient actuellement la construction d’un nouveau pont sur le fleuve Tumen qui permettrait au trafic de traverser directement, sans faire un long détour par la Chine. Des gazoducs pourraient être construits pour relier la Russie à la Corée du Sud par la Corée du Nord. Ils pourraient être étendus au Japon. Des réseaux électriques pourraient être construits le long du même tracé. Moscou et Séoul sont en pourparlers au sujet d’un accord visant à livrer 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel à la Corée du Sud, pays pauvre en ressources et dépendant des importations. Un autre projet consiste à restaurer une ancienne liaison ferroviaire qui reliait autrefois la Corée du Sud au Transsibérien. « Une fois que la ligne principale trans-coréenne sera construite, elle pourra être reliée au Transsibérien. Dans ce cas, il sera possible de livrer des marchandises de la Corée du Sud à l’Europe, ce qui serait économiquement bénéfique non seulement pour la Corée du Sud et du Nord, mais aussi pour la Russie », a déclaré le président sud-coréen Moon Jae-in dans une interview aux médias russes en août.

L’économie nord-coréenne n’est pas en si mauvais état ; en tous cas pas aussi mauvais que certains le décrivent. Le taux de croissance a été de 3,7 % en 2017, portant son PIB à 29,6 milliards de dollars en 2018. Au fur et à mesure que les forces du marché émergent, la transformation de la Corée du Nord pourrait être accélérée, ce qui améliorerait les chances d’un assouplissement de la position internationale.

Comme indiqué dans un communiqué conjoint publié par les vice-ministres des Affaires étrangères de Russie, de Chine et de Corée du Nord à l’issue de leurs consultations à Moscou le 10 octobre, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait reconsidérer ses sanctions contre Pyongyang.  « Compte tenu des importantes mesures de dénucléarisation prises par la République populaire démocratique de Corée, les parties estiment que le Conseil de sécurité de l’ONU devrait commencer en temps voulu à réviser les sanctions contre la RPDC », annonce le communiqué.

Tout accord signé sur de nouveaux progrès devra être soutenu par des bailleurs de fonds. La Russie est parfaitement adaptée à ce rôle car elle est l’une des rares nations en lesquelles la Corée du Nord, la Chine, la Corée du Sud, le Japon et d’autres parties peuvent avoir confiance. C’est un acteur indispensable qui participe activement au processus. Washington est forcé d’admettre ce fait, comme le démontre la récente visite de M. Biegun.

Alex Gorka

Traduit par Wayan, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/moscou-joue-un-role-important-dans-le-processus-de-paix-coreen

 

 

Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington – Le ministre américain de la Défense Jim Mattis et son homologue sud-coréen Jeong Kyeong-doo ont décidé d’annuler l’exercice militaire « Vigilant Ace » qui était prévu en décembre, a annoncé vendredi Dana White, porte-parole du Pentagone.

Les deux ministres, qui se sont rencontrés vendredi à Singapour, veulent ainsi « donner au processus diplomatique (avec la Corée du Nord) toutes les chances de se poursuivre », a ajouté Mme White dans un communiqué publié à Washington.

Le communiqué ajoute que « les deux ministres sont déterminés à modifier les manoeuvres militaires pour s’assurer de la bonne préparation des forces » des deux pays, une formulation qui laisse entendre que des exercices différents et plus réduits pourraient quand même avoir lieu.

« Ils se sont engagés à continuer à se coordonner étroitement », a poursuivi Mme White, précisant que M. Mattis avait informé son homologue japonais Takeshi Iwaya de cette décision.

Vigilant Ace est un exercice aérien qui a lieu tous les ans début décembre en Corée du Sud pour améliorer la coordination entre les deux armées. L’an dernier, 230 avions et quelque 12.000 soldats américains et sud-coréens y avaient participé.

(©AFP / 19 octobre 2018 15h16)

 

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

07/18 et 08/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er septembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 11 500 followers)

Le sort des urnes

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita a été réélu durant l’été 2018 sans surprise et sans gloire avec des deux tiers des voix … de seulement 35 % du corps électoral. Une réélection décriée par l’opposition et entachée de soupçons de fraudes qui ne devrait pas affermir le pouvoir d’un président en butte aux difficultés économiques et à la recrudescence de la violence djihadiste.

Au Pakistan, les élections législatives de l’été 2018 ont été remportées par l’ancien champion de cricket Imran Khan, mais de fortes irrégularités sont dénoncées ; il a remporté 116 des 272 sièges à pourvoir. Le pays est au bord du défaut de paiement et la menace djihadiste n’est pas écartée. Il doit trouver un délicat équilibre entre l’allié américain, le partenaire chinois et le frère-ennemi indien.

Au Cambodge, le premier ministre sortant, Hun Sen, a remporté les élections législatives. En restant plus de trente années au pouvoir, on peut parler d’une « ère Hun Sen ». Il annonce avoir remporté l’ensemble des sièges à pourvoir.

Le Zimbabwe a organisé durant l’été 2018 les premières élections générales (présidentielles, législatives, municipales) de l’après Mugabe. Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’Etat de la fin de l’année passée, a gagné des élections contestées par l’opposition. Les arrestations se multiplient.

Les affres de la violence

La violence connait durant l’été 2018 une recrudescence effrayante en Afghanistan et au Pakistan, elle est largement le fait des taliban [1] et de l’EI. Elle est devenue endémique au Nigéria, géant démographique et pétrolier africain, et continue en Syrie où la guerre civile se prolonge. Près de 250 personnes ont été assassinées par l’EI dans le sud du pays. Les taliban ont décliné l’offre de trêve proposée par le président afghan Ashraf Ghani à l’occasion des fêtes musulmanes de l’Aïd el Adha.

Le Mali est lui aussi déchiré par une violence que rien ne semble de voir éteindre. La région de Mopti est devenue un abcès de fixation, les djihadistes y attaquent les quartiers de la force G5 Sahel.

La Chine avance ses pions

La Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale (membres de l’Union européenne ou non) se réunissent en Bulgarie. Cette septième édition de ce sommet « 16+13 » a pour vocation de développer les investissements de Pékin en Europe, via des pays qui semblent plus prompt à les accepter. On se souvient de la mise en garde il y a quelques mois d’Angela Merkel à propos de l’influence exercée par Pékin sur les Balkans, y compris ceux qui aspirent à entrer dans l’Union. Ainsi, le Monténégro devient une porte d’entrée des capitaux chinois, même si ceux-ci s’investissent prioritairement en Europe de l’Ouest. Le continent européen n’est pas dans le seul dans le viseur chinois, les sommets chine-Afrique existent aussi depuis plusieurs années.

L’Allemagne et la Chine ont signé durant l’été 2018 des contrats pour une valeur de 30 milliards de dollars, ainsi le chinois CATL va investir sur un site de production en Thuringe alors que l’allemand BASF investira dans le Guangdong sans devoir s’allier à une co-entreprise. Il s’agit d’un rapprochement entre les deux principales puissances exportatrices dans un contexte de fortes tensions commerciales, à l’initiative des Etats-Unis. Pékin et Berlin affichent une certaine solidarité et leur attachement au libre-échange.

Après avoir rompu ses relations avec Taiwan (comme l’ont déjà fait le Tchad ou le Sénégal), le Burkina Faso accueille une nouvelle ambassade de la Chine populaire. Les contours de la Chinafrique continuent à se dessiner, avec un trait toujours plus gros.

Synthèse de l'actualité internationale de juillet et août 2018

© Photo Barthélémy Courmont
Photo extraite d’un reportage de B. Courmont : L’héritage chinois de Taiwan en images

On savait déjà que l’on peut manipuler l’Histoire, Pékin prouve que l’on peut aussi manipuler la géographie. La République populaire de Chine exige des firmes internationales non-chinoises de faire disparaitre le nom de Taiwan des cartes pour rattacher l’ile au territoire continental. Des compagnies aériennes comme Air France KLM, American Airlines, des groupes hôteliers comme Marriott ou textile comme Zara se sont pliés aux exigences chinoises…. Le Comité olympique vient d’annuler les Jeux de la jeunesse qui devaient se tenir en 2019 à Taichung, sur l’ile de Taïwan. Peut-on y voir le fruit des pressions de Pékin ?

Les affres du Brexit

On savait que les négociations du Brexit – le divorce du Royaume-Uni et de l’Union européenne – seraient complexes. Les questions soulevées sont nombreuses : les frontières (Channel, Irlande), la circulation des biens, des capitaux… et des hommes, tous les points de droit….

Le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, démissionne avec fracas durant l’été 2018. Après avoir été une tenant du « leave » au moment du referendum, il s’oppose à un Brexit « doux » défendu par le premier ministre Théresa May. Celle-ci le remplace par Jeremy Hunt. C’est la même raison qui pousse David Davis, le ministre du Brexit, à démissionner. Les conditions du Brexit ne sont toujours pas définies, certaines banques y compris britanniques choisissent de s’établir en France plutôt qu’à la City. La banque HSBC – experte en dissimulation fiscale – s’implante à Paris pour le marché européen.

La « relation spéciale » entre Londres et Washington est malmenée par un Donald Trump qui n’apporte pas son soutien à Theresa May et ne respecte pas le protocole lors de sa réception par sa très gracieuse majesté. Sa visite au Royaume Uni ne fait qu’agrandir le fossé entre les Britanniques et Donald Trump.

La Turquie d’Erdogan sous pression

Peu avant sa nouvelle investiture, le président turc procède à une nouvelle révocation, qui concerne cette fois-ci quelque 18 000 fonctionnaires, surtout dans les forces de l’ordre et le monde enseignant. Près de 200 000 personnes ont ainsi été limogées depuis le coup d’Etat raté. Erdogan resserre son emprise sur l’économie de son pays en nommant Berat Abayrat, son gendre, aux Finances alors que le pays est en proie à une inflation à deux chiffres. La politique économique menée par le président est perçue par les différents acteurs économiques comme une atteinte à l’indépendance de l’économie et des finances, ce qui fragilise la monnaie turque.

La nouvelle loi anti-terroriste rend légales les purges pendant encore trois années, alors que les gardes à vue peuvent s’étendre sur douze jours… Après l’incarcération du pasteur américain, Andrew Brunson, Donald Trump a annoncé durant l’été 2018 une série de sanctions notamment sur l’acier et l’aluminium turcs. Cela provoqué le décrochement de la monnaie – la livre turque – déjà malmenée par la dégradation de la santé économique du pays et la mainmise de l’exécutif sur la banque centrale.

Les difficultés latino-américaines

De terribles émeutes déchirent durant l’été 2018 Port-au prince, la capitale d’Haïti. Haïti ne s’est jamais redressée du tremblement de terre de 2011, en dépit d’une mobilisation internationale réellement conséquente. Après l’annonce d’une augmentation du prix des carburants, émeutes, pillages et grève générale sont les principaux signes de contestations du pouvoir du nouveau président Jovenel Moïse.

La crise politique, économique et sociale du Venezuela pousse plus de deux millions de personnes à fuir leur pays, dont plus d’un million s’est dirigé vers la Colombie, les tensions sont aujourd’hui fortes aux frontières avec le Brésil, alors que le Pérou et l’Equateur réclament les passeports des migrants vénézuéliens avant de les laisser entrer sur leur territoire. Le président Maduro explique avoir été victime d’une tentative d’assassinat par un drone. C’est l’occasion d’une purge dans l’armée qui apparait, au milieu du chaos vénézuélien, comme l’un des derniers éléments de stabilité. Le président a été contraint à une dévaluation de 95 % de la monnaie nationale – devenue le Bolivar souverain – pour l’adosser au petro, cryptomonnaie créée par le régime chaviste. Tous les signes du chaos sont là : une nouvelle contraction du PIB supérieure à 10 % pour la troisième année consécutive, hyperinflation que le FMI estime à 1 000 000 % pour 2018, un pays au bord du défaut de paiement que ceux qui le peuvent fuient, un régime autiste qui continue la répression, accusant l’extérieur de ses maux.

L‘économie argentine est elle aussi dans une situation difficile, l’inflation devrait dépasser les 30 %. C’est dans ce contexte délétère qu’éclate un nouveau scandale de corruption qui rattrape l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

Les défis de l’Union européenne et de la France

Le Conseil européen de Bruxelles trouve durant l’été 2018 un accord a minima sur le dossier migratoire. Les candidats à l’asile seront triés dans des « centres contrôlés », permettant un renvoi rapide des candidatures non retenues, alors que les autres seraient dirigés vers les pays volontaires. Il s’agit bien évidemment de soulager la pression qui pèse sur l’Italie. Ce compromis, s’il montre la prise de conscience de la nécessité de s’entendre, n’est en rien une politique migratoire à la mesure du défi auquel l’Europe devra faire face dans les prochaines années, malgré le fonds de quelques trois milliards d’euros destiné à l’Afrique et le renforcement de Frontex, agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union. La règle de Dublin n’est ainsi pas réformée, la question du budget de la zone euro a été laissée de côté car les Pays-Bas ne souhaitent pas d’avancée vers une intégration plus poussée au sein de l’Union. Le 1er juillet 2018, l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Le Danemark met le holà sur les très nombreux mariages blancs – environ un mariage sur trois du royaume – qui reposent sur des filières permettant le mariage de migrants avec des citoyens de l’Union et donc d’obtenir des titres de séjour.

De fortes tensions internes continuent à tirailler la Roumanie. La population civile multiplie les manifestations dans les grandes villes pour dénoncer la corruption des membres sociaux-démocrates du gouvernement qui veulent modifier les lois pour obtenir une impunité concernant le blanchiment d’argent et les pratiques corruptives.

Lors du sommet de l’OTAN, Donald Trump met la pression sur ses alliés européens, les intimant de relever leurs dépenses militaires car l’OTAN ne fait plus partie des priorités stratégiques de l’Amérique. Il met publiquement en cause l’Allemagne d’Angela Merkel qui finance peu l’OTAN et inflige un déficit commercial aux Etats-Unis. A l’Europe d’« européaniser » l’OTAN et de développer une défense commune.

Le sommet Union européenne-Chine de Pékin est l’occasion de réaffirmer des valeurs communes (attachement au libre-échange et au multilatéralisme inquiétude face à la nouvelle politique commerciale de Washington) pourtant Bruxelles est proche de nombreuses positions américaines : le problématique excédent commercial chinois lié à la relative fermeture de son marché aux partenaires commerciaux, le non-respect de la propriété intellectuelle, les investissements chinois… le rapprochement avec Pékin ne peut être que limité et circonstanciel.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu à Washington pour y rencontrer Donald Trump et discuter des nouvelles mesures protectionnistes décidées par le président américain. Il obtient que les importations de voitures européennes – surtout allemandes en fait – ne soient pas surtaxées en échange de quoi l’Union s’engage à importer davantage de soja (OGM) et de gaz américain (ce qui nécessitera d’importants investissements côté européen pour le GNL). Les taxes sont, en revanche, maintenues sur l’acier et l’aluminium européens.

Le président français se prononce en faveur de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne en 2025 si Belgrade respecte les conditions nécessaires.

La Banque mondiale annonce durant l’été 2018 que le PIB de la France pour 2017 – 2 582 milliards de dollars – est inférieur à celui de l’Inde – 2 597 milliards-, la dégradant à la septième place. L’Inde bénéficie d’une forte croissance économique autour de 7 % alors que la croissance française reste anémique entre 0,4 et 1,1%… Il est probable que l’année prochaine le PIB indien rattrape voire dépasse celui du Royaume Uni.

L’Iran de nouveau victime de sanctions américaines

Donald Trump a choisi de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur qui réintégrait progressivement l’Iran dans la communauté internationale, satisfaisant ainsi son allié saoudien. La nouvelle politique de sanction entre en vigueur début août 2018 ce qui a provoqué une nette dépréciation de la monnaie iranienne, le rial. Désormais, toutes les entreprises qui commerceront avec l’Iran pour toute une série de produits, seront privées de l’accès au marché américain : une mesure très dissuasive. Les exportations iraniennes de pistache ou de tapis persan sont interdites, avant que cet embargo ne soit bientôt étendu aux hydrocarbures. Cela provoque de vraies tensions sociales en Iran qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, but recherché par Washington. Au niveau économique, la population iranienne est la principale victime de cette politique. Les entreprises européennes sont aussi pénalisées par cette politique d’embargo, comme Total, PSA ou Airbus contraintes, malgré d’importants et récents investissements, de quitter le marché iranien. Ces mesures font le jeu des entreprises chinoises qui n’ont que faire de l’embargo américain

L’Espagne face à ses démons

Un nouveau scandale frappe la famille royale espagnole. La maitresse de l’ancien roi Juan Carlos fait de fracassantes révélations, l’accusant de fraude fiscale. Cela fragilise la monarchie déjà malmenée avec les tensions autonomistes catalanes.

Le premier ministre espagnol a décidé d’exhumer le corps de Franco du mausolée du Valle Los Caidos pour le transférer dans le caveau familial. Le mausolée sera réservé à la mémoire des victimes de la guerre civile espagnole.

Les frontières sont sous pression

Le Pérou décrète durant l’été 2018 l’état d’urgence et renforce ses frontières face au trafic de drogue en provenance de Colombie. Bogota et Lima coopèrent sur ce dossier, car les trafiquants déstabilisent le pays. Les anciens guérilleros des FARC n’entendent pas passer de la culture du coca à des cultures vivrières. Dans le même temps, l’Amérique du Sud affronte la pire crise migratoire de son histoire du fait du chaos vénézuélien.

Au niveau des frontières commerciales, l’Union européenne et le Japon viennent de signer un accord de libre-échange d’environ 600 millions de consommateurs et représentant près d’un tiers du PIB mondial. Cet accord doit être ratifié par les parlements japonais et ceux de chaque Etat membre de l’Union. Les négociations ont été âpres sur les dossiers agricoles et l’accès aux marchés publics.

Les frontières extérieures de l’Union européenne sont mises sous la pression des différents bateaux porteurs de migrants en provenance d’Afrique. L’Italie déclare ne plus vouloir accueillir ces bateaux dans ses ports.

Les relations complexes entre Washington et Pékin

Les tensions commerciales sont très fortes entre les deux pays. Washington accuse Pékin d’être à l’origine de l’essentiel de son déficit et prend des mesures protectionnistes sur toute une série de produits importés depuis la Chine qui en retour taxe de nouveaux produits américains.

Cela n’empêche pas Pékin d’acheter des bons du Trésor américain, alors que Moscou vend les siens (les quatre cinquièmes de ses avoirs).

Les nouvelles d’Asie

La Corée du Sud vient de baisser la durée légale hebdomadaire du travail de 68 à 52 heures pour les fonctionnaires et les salariés d’entreprises de plus de 300 personnes. Cela devrait concourir à améliorer une productivité inférieure à la moyenne de l’OCDE et trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans un pays menacé par le déclin démographique.

Le régime saoudien se durcit. Suite à la dénonciation sur Tweeter par la ministre canadienne des affaires étrangères de l’arrestation d’une militante des droits de l’homme Samar Badaoui. Les arrestations des militants des droits des femmes se multiplient en Arabie saoudite, pourtant membre de la commission des droits de l’homme à l’ONU depuis 2017. Riyad, fait sans précédent, a décidé de vendre ses actifs canadiens après avoir expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie. D’autres mesures de rétorsion économiques suivent.

Les Etats-Unis décident de réinvestir l’espace.

Le président Trump vient de choisir de créer une force militaire spatiale indépendante de l’US Air Force. Les Etats-Unis veulent investir le cyberespace et l’espace qui pourraient être les champs de bataille de demain. Il faut que le Congrès accepte de créer ce sixième corps armé et le dote d’un budget conséquent (la somme de huit milliards de dollars est avancée).


Bonus Vidéo. X. Pasco (FRS) Géopolitique du spatial, de la Guerre froide au « New Space » : quoi de neuf ?

Questions

. Quelles sont les idées fausses sur le spatial ?
. Quelle est la véritable histoire du premier pas de l’homme sur la Lune (1969) ?
. Qu’est-ce qui a changé dans le spatial depuis la fin de la Guerre froide (1991) ?
. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles tendances et les nouveaux risques ?


Donald Trump décide d’accorder plus facilement une autorisation à l’US Cyber Command de mener une cyberattaque pour accélérer sa capacité d’action.

Les disparus

Le cuisinier français le plus récompensé, Joël Robuchon, vient de disparaître durant l’été 2018. Le monde de la gastronomie française est en deuil, sa renommée est mondiale. Il a incarné une image de la qualité de vie française aux yeux du monde entier.

Aretha Franklin, l’immense chanteuse américaine de soul, vient de disparaitre à 76 ans.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2002 est décédé à 80 ans. D’origine ghanéenne, il a développé l’intervention onusienne pour raison humanitaire et ne s’est pas privé de critiquer l’intervention américaine en Irak en 2003.

Le sénateur américain républicain John Mac Cain est mort à 81 ans d’un cancer du cerveau. Ancien héros de la guerre du Vietnam, il a été le challenger malheureux face à B. Obama lors des élections présidentielles de 2008.

Bonnes nouvelles

Un rapprochement semble s’esquisser entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le premier est né en 1993 d’une cession du second, le privant de son accès à la mer. Un différent frontalier les oppose depuis 1998, et l’Érythrée est une dictature que fuient nombre de jeunes hommes pour éviter un service militaire très long.

Les riverains de la Caspienne – Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan -viennent de signer durant l’été 2018 un accord historique pour donner un statut à cette mer intérieure et en négocier l’exploitation.

La France est championne du monde de football 2018.

Copyright Août 2018-Degans/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Synthese-de-l-actualite-internationale-de-juillet-et-aout-2018.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL20530918&utm_medium=email

Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 13/08/2018 21:28

Le gouvernement sud-coréen a indiqué lundi que le sommet inter-coréen serait « un peu difficile » à organiser début septembre.

Kim Eui-keum, porte-parole du président sud-coréen Moon Jae-in, a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il lui semblait un peu difficile de tenir la réunion entre le 1er et le 10 septembre. En effet, la date du 9 septembre, fête nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), marque le 70e anniversaire de la fondation du pays.

Cette remarque a été faite après que des responsables de haut niveau des deux Corées ont convenu plus tôt dans la journée de tenir le troisième sommet entre Moon Jae-in et Kim Jong Un, dirigeant suprême de la RPDC, dans la capitale de cette dernière, Pyongyang, en septembre.

MM. Moon et Kim se sont rencontrés en avril et mai dans le village frontalier de Panmunjom, s’accordant sur la tenue de leur prochain sommet en automne à Pyongyang.

Ri Son Gwon, président de la Commission pour la réunification pacifique de la patrie, qui a dirigé la délégation de la RPDC, a déclaré à la presse que l’agenda détaillé du sommet avait déjà été déterminé, mais que la nouvelle date dépendrait de Pyongyang, puisque c’est celui-ci qui l’accueillera.

Les détails du sommet, y compris l’ordre du jour du dialogue, seront décidés après négociations, a noté le porte-parole.

Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

La Corée du Sud et la RPDC discutent des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières

La Corée du Sud et la RPDC discutent des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 31/07/2018 21:52

La Corée du Sud et la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) ont discuté des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières, selon les médias sud-coréens.

Les résultats ont été annoncés après la rencontre des délégations militaires des deux parties au niveau des généraux mardi à la Maison de la Paix, bâtiment sud-coréen situé dans le village frontalier de Panmunjeom.

Les délégations composées de cinq membres représentant la Corée du Sud et la RPDC ont discuté du retrait des postes-frontières dans l’enceinte de la zone démilitarisée (DMZ), zone tampon qui sépare les deux Corées, pour l’instant en phase de test.

Les deux Corées ont également compris le besoin de désarmer la Zone sécuritaire conjointe, zone contrôlée conjointement à Panmunjeom, et d’exhumer ensemble les dépouilles des soldats tués pendant la Guerre de Corée (1950-1953) qui se trouvent dans la DMZ.

Les délégations militaires n’ont cependant pas atteint d’accord sur ces questions et n’ont pas publié de déclaration commune.

Le général Kim Do-gyun, chef de la délégation sud-coréenne, a déclaré aux journalistes après la rencontre que les deux parties avaient accepté de poursuivre le dialogue par des échanges de lettres et des contacts de haut-niveau.

Ce dialogue militaire au niveau des généraux est le deuxième du genre après le sommet du 27 avril entre le président sud-coréen, Moon Jae-in, et le haut-dirigeant de la RPDC, Kim Jong-un.

Pendant le sommet, MM. Moon et Kim ont accepté de réduire les tensions près des zones frontalières et de cesser tous les actes hostiles.

Lors du dialogue militaire au niveau des généraux du 14 juin, les deux Corées ont accepté de rétablir complètement les communications militaires le long des couloirs orientaux et occidentaux de la frontière intercoréenne. Il s’agissait du premier dialogue du genre en plus de dix ans.

https://chine.in/actualite/asie/coree-sud-rpdc-discutent-des_18825.html

 

 

 

 

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour le 12 juin dernier entre Donald Trump et Kim Jong-un a suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de craintes sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans les relations internationales. Quelles conclusions tirer de cette rencontre inattendue sur le rôle de l’arme ultime au coeur de la diplomatie ? 

Le retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales

Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.
Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.

Ce spectaculaire retournement de situation, à travers la réunion historique entre deux les dirigeants, laisse planer le doute sur les résultats réels de ce sommet. Le régime nord-coréen exerce magistralement l’art des promesses non tenues. De plus, l’inconséquence de Donald Trump en politique étrangère oblige à être prudents dans l’analyse des faits. Pourquoi Kim Jong-un croirait-il en les engagements du Président des États-Unis ? En tout état de cause, la crise coréenne et ce sommet ont signifié le retour de l’arme nucléaire comme élément de négociation en relations internationales.

Étant donné le peu de garantie donné par Donald Trump à la Corée du Nord, la meilleure assurance-vie du régime de Kim Jong-un est de conserver le plus longtemps possible son arsenal nucléaire. Au delà du geste de bonne volonté dont Pyongyang a fait preuve en avril dernier en annonçant l’arrêt de ses essais, l’arme nucléaire s’est imposée comme le pivot des négociations et de la pression dans les relations internationales. L’actuel président américain vient de relancer l’arsenal nucléaire des États-Unis, face une montée des menaces émanant de la Chine et de la Russie détaillées dans la nouvelle Nuclear Posture Review du Pentagone (NPR) de 2018[11].

Le gouvernement Trump a pris l’initiative d’augmenter massivement le budget militaire alloué aux armes nucléaires des États-Unis en violation du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). La NPR met en exergue l’annexion de la Crimée par la Russie et l’augmentation des budgets liés à la dissuasion russe et chinoise. Il insiste également sur le besoin d’une modernisation constante de la « triade nucléaire » des États-Unis, de manière à préserver leur sécurité et leurs capacités.

L’abandon des armes nucléaires peut-il donner lieu à des changements politiques profonds ? 

«L’équilibre de la terreur » se fonde, dans un monde bipolaire, sur le postulat que l’utilisation à grande échelle de l’arme nucléaire par l’un des deux belligérants provoquerait à coup sûr leurs destructions mutuelles. Il est donc nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d’un stock d’armes nucléaires suffisant pour dissuader toute attaque de l’ennemi.

La production d’armes nucléaires à grande échelle permet donc de dissuader les États de prendre le risque d’une attaque. Pourtant lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde est passé près de l’apocalypse par une simple erreur d’interprétation[12]. Aujourd’hui, dans un monde instable où les alliances entre les États sont plus opportunistes qu’idéologiques, l’arme nucléaire semble avoir perdu de sa pertinence face aux menaces terroristes. Toutefois, la Corée du Nord et l’Iran rappellent la pertinence et le danger que représente la prolifération nucléaire dans un monde instable et fragmenté avec de plus en plus d’États souhaitant acquérir la technologie de l’atome.

Une arme de dissuasion?

Depuis la chute de l’URSS, la prolifération s’est considérablement accrue sans toutefois atteindre les niveaux de la Guerre Froide. La montée des acteurs non-étatiques ainsi que la criminalité transnationale doivent inciter les États à renforcer leur politique de sécurité et leurs moyens de contrôle. Cela de manière à éviter que de telles armes ne tombent entre les mains de groupes terroristes. L’AIEA rappelle d’ailleurs que le risque de terrorisme nucléaire n’est pas à écarter[13], bien que la logistique complexe de ces armes rend très difficile leur utilisation par des groupes extérieurs aux États.

Bien que l’équilibre de la terreur soit un concept répandu, il est loin d’être accepté aujourd’hui par tous les spécialistes des questions nucléaires. S’il paraît impensable que les pays européens attachés aux valeurs démocratiques utilisent un jour l’arme nucléaire, qu’en est-il des gouvernements autocratiques? La Corée du Nord peut servir d’exemple. Si Kim Jong-un a montré des gestes d’ouverture, il n’en a pas toujours été ainsi. Les menaces apocalyptiques de la Corée du Nord ont longtemps affolé les États-Unis, qui ont cherché à tout prix à empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, comme l’Iran, la Corée du Nord a prouvé au monde que les sanctions économiques à son égard ne l’ont pas dissuadée de renoncer à poursuivre son programme nucléaire. Et que penser du Pakistan, déchiré par des luttes confessionnelles et lui aussi doté de l’arme nucléaire? L’abandon par un pays de son programme nucléaire ne peut-être le fruit que d’une décision politique à haut niveau qui sous-tend une volonté de rupture historique[14]. Toutefois les pays historiquement possesseurs de l’arme nucléaire sont tous dans une posture visant à moderniser leurs arsenaux dont la durée de vie a été étendue. Le rôle joué par l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité reste donc un élément crucial pour toute puissance ayant des ambitions mondiales. Le général Marks Milley, chef d’État-major de l’US Army, en 2016 rappelait d’ailleurs l’importance de l’arme nucléaire dans la politique de défense américaine  : « Ce que nous voulons faire, c’est dissuader. Personne ne veut faire la guerre. La seule chose la plus chère que la dissuasion c’est de faire la guerre. Et la seule chose plus chère que de faire la guerre, c’est de se battre et de perdre la guerre[15] ».

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[11] « Nuclear posture review », department of defense, united states of america, pp.100, p.26, 2018, en ligne, <https://media.defense.gov/2018/Feb/02/2001872886/-1/-1/1/2018-NUCLEAR-POSTURE-REVIEW-FINAL-REPORT.PDF>.

[12]  « Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire », nouvel obs : blog affaires étrangères, 22octobre 2012, en ligne, <http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/19/crise-de-cuba-le-jour-le-plus-dangereux-de-l-histoire.html>.

[13]  « Mesures de prévention et de protection contre les menaces internes », coll : sécurité nucléaire de l’AIEA n°8, AIEA, en ligne, <https://www-pub.iaea.org/MTCD/Publications/PDF/Pub1359f_web.pdf>.

[14] Benjamin Hautecouverture, « Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ? », fondation pour la recherche stratégique, 5 juin 2018, en ligne , <https://www.youtube.com/watch?v=FS4_tBODH1s>.

[15]  « Nuclear posture review », op.cit, p.75.

About Raphaëlle MABRU

Raphaëlle MABRU est diplômée de Sciences Po Toulouse et d’un Master 2 « Géopolitique et Relations Internationales ». Passionnée par l’actualité internationale et la protection des droits de l’Homme, elle est particulièrement intéressée par les enjeux au Moyen-Orient. Ses thèmes de prédilection portent sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement. Elle a rejoint les Yeux du Monde en novembre 2017.