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Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington – Le ministre américain de la Défense Jim Mattis et son homologue sud-coréen Jeong Kyeong-doo ont décidé d’annuler l’exercice militaire « Vigilant Ace » qui était prévu en décembre, a annoncé vendredi Dana White, porte-parole du Pentagone.

Les deux ministres, qui se sont rencontrés vendredi à Singapour, veulent ainsi « donner au processus diplomatique (avec la Corée du Nord) toutes les chances de se poursuivre », a ajouté Mme White dans un communiqué publié à Washington.

Le communiqué ajoute que « les deux ministres sont déterminés à modifier les manoeuvres militaires pour s’assurer de la bonne préparation des forces » des deux pays, une formulation qui laisse entendre que des exercices différents et plus réduits pourraient quand même avoir lieu.

« Ils se sont engagés à continuer à se coordonner étroitement », a poursuivi Mme White, précisant que M. Mattis avait informé son homologue japonais Takeshi Iwaya de cette décision.

Vigilant Ace est un exercice aérien qui a lieu tous les ans début décembre en Corée du Sud pour améliorer la coordination entre les deux armées. L’an dernier, 230 avions et quelque 12.000 soldats américains et sud-coréens y avaient participé.

(©AFP / 19 octobre 2018 15h16)

 

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Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

07/18 et 08/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er septembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 11 500 followers)

Le sort des urnes

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita a été réélu durant l’été 2018 sans surprise et sans gloire avec des deux tiers des voix … de seulement 35 % du corps électoral. Une réélection décriée par l’opposition et entachée de soupçons de fraudes qui ne devrait pas affermir le pouvoir d’un président en butte aux difficultés économiques et à la recrudescence de la violence djihadiste.

Au Pakistan, les élections législatives de l’été 2018 ont été remportées par l’ancien champion de cricket Imran Khan, mais de fortes irrégularités sont dénoncées ; il a remporté 116 des 272 sièges à pourvoir. Le pays est au bord du défaut de paiement et la menace djihadiste n’est pas écartée. Il doit trouver un délicat équilibre entre l’allié américain, le partenaire chinois et le frère-ennemi indien.

Au Cambodge, le premier ministre sortant, Hun Sen, a remporté les élections législatives. En restant plus de trente années au pouvoir, on peut parler d’une « ère Hun Sen ». Il annonce avoir remporté l’ensemble des sièges à pourvoir.

Le Zimbabwe a organisé durant l’été 2018 les premières élections générales (présidentielles, législatives, municipales) de l’après Mugabe. Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’Etat de la fin de l’année passée, a gagné des élections contestées par l’opposition. Les arrestations se multiplient.

Les affres de la violence

La violence connait durant l’été 2018 une recrudescence effrayante en Afghanistan et au Pakistan, elle est largement le fait des taliban [1] et de l’EI. Elle est devenue endémique au Nigéria, géant démographique et pétrolier africain, et continue en Syrie où la guerre civile se prolonge. Près de 250 personnes ont été assassinées par l’EI dans le sud du pays. Les taliban ont décliné l’offre de trêve proposée par le président afghan Ashraf Ghani à l’occasion des fêtes musulmanes de l’Aïd el Adha.

Le Mali est lui aussi déchiré par une violence que rien ne semble de voir éteindre. La région de Mopti est devenue un abcès de fixation, les djihadistes y attaquent les quartiers de la force G5 Sahel.

La Chine avance ses pions

La Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale (membres de l’Union européenne ou non) se réunissent en Bulgarie. Cette septième édition de ce sommet « 16+13 » a pour vocation de développer les investissements de Pékin en Europe, via des pays qui semblent plus prompt à les accepter. On se souvient de la mise en garde il y a quelques mois d’Angela Merkel à propos de l’influence exercée par Pékin sur les Balkans, y compris ceux qui aspirent à entrer dans l’Union. Ainsi, le Monténégro devient une porte d’entrée des capitaux chinois, même si ceux-ci s’investissent prioritairement en Europe de l’Ouest. Le continent européen n’est pas dans le seul dans le viseur chinois, les sommets chine-Afrique existent aussi depuis plusieurs années.

L’Allemagne et la Chine ont signé durant l’été 2018 des contrats pour une valeur de 30 milliards de dollars, ainsi le chinois CATL va investir sur un site de production en Thuringe alors que l’allemand BASF investira dans le Guangdong sans devoir s’allier à une co-entreprise. Il s’agit d’un rapprochement entre les deux principales puissances exportatrices dans un contexte de fortes tensions commerciales, à l’initiative des Etats-Unis. Pékin et Berlin affichent une certaine solidarité et leur attachement au libre-échange.

Après avoir rompu ses relations avec Taiwan (comme l’ont déjà fait le Tchad ou le Sénégal), le Burkina Faso accueille une nouvelle ambassade de la Chine populaire. Les contours de la Chinafrique continuent à se dessiner, avec un trait toujours plus gros.

Synthèse de l'actualité internationale de juillet et août 2018

© Photo Barthélémy Courmont
Photo extraite d’un reportage de B. Courmont : L’héritage chinois de Taiwan en images

On savait déjà que l’on peut manipuler l’Histoire, Pékin prouve que l’on peut aussi manipuler la géographie. La République populaire de Chine exige des firmes internationales non-chinoises de faire disparaitre le nom de Taiwan des cartes pour rattacher l’ile au territoire continental. Des compagnies aériennes comme Air France KLM, American Airlines, des groupes hôteliers comme Marriott ou textile comme Zara se sont pliés aux exigences chinoises…. Le Comité olympique vient d’annuler les Jeux de la jeunesse qui devaient se tenir en 2019 à Taichung, sur l’ile de Taïwan. Peut-on y voir le fruit des pressions de Pékin ?

Les affres du Brexit

On savait que les négociations du Brexit – le divorce du Royaume-Uni et de l’Union européenne – seraient complexes. Les questions soulevées sont nombreuses : les frontières (Channel, Irlande), la circulation des biens, des capitaux… et des hommes, tous les points de droit….

Le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, démissionne avec fracas durant l’été 2018. Après avoir été une tenant du « leave » au moment du referendum, il s’oppose à un Brexit « doux » défendu par le premier ministre Théresa May. Celle-ci le remplace par Jeremy Hunt. C’est la même raison qui pousse David Davis, le ministre du Brexit, à démissionner. Les conditions du Brexit ne sont toujours pas définies, certaines banques y compris britanniques choisissent de s’établir en France plutôt qu’à la City. La banque HSBC – experte en dissimulation fiscale – s’implante à Paris pour le marché européen.

La « relation spéciale » entre Londres et Washington est malmenée par un Donald Trump qui n’apporte pas son soutien à Theresa May et ne respecte pas le protocole lors de sa réception par sa très gracieuse majesté. Sa visite au Royaume Uni ne fait qu’agrandir le fossé entre les Britanniques et Donald Trump.

La Turquie d’Erdogan sous pression

Peu avant sa nouvelle investiture, le président turc procède à une nouvelle révocation, qui concerne cette fois-ci quelque 18 000 fonctionnaires, surtout dans les forces de l’ordre et le monde enseignant. Près de 200 000 personnes ont ainsi été limogées depuis le coup d’Etat raté. Erdogan resserre son emprise sur l’économie de son pays en nommant Berat Abayrat, son gendre, aux Finances alors que le pays est en proie à une inflation à deux chiffres. La politique économique menée par le président est perçue par les différents acteurs économiques comme une atteinte à l’indépendance de l’économie et des finances, ce qui fragilise la monnaie turque.

La nouvelle loi anti-terroriste rend légales les purges pendant encore trois années, alors que les gardes à vue peuvent s’étendre sur douze jours… Après l’incarcération du pasteur américain, Andrew Brunson, Donald Trump a annoncé durant l’été 2018 une série de sanctions notamment sur l’acier et l’aluminium turcs. Cela provoqué le décrochement de la monnaie – la livre turque – déjà malmenée par la dégradation de la santé économique du pays et la mainmise de l’exécutif sur la banque centrale.

Les difficultés latino-américaines

De terribles émeutes déchirent durant l’été 2018 Port-au prince, la capitale d’Haïti. Haïti ne s’est jamais redressée du tremblement de terre de 2011, en dépit d’une mobilisation internationale réellement conséquente. Après l’annonce d’une augmentation du prix des carburants, émeutes, pillages et grève générale sont les principaux signes de contestations du pouvoir du nouveau président Jovenel Moïse.

La crise politique, économique et sociale du Venezuela pousse plus de deux millions de personnes à fuir leur pays, dont plus d’un million s’est dirigé vers la Colombie, les tensions sont aujourd’hui fortes aux frontières avec le Brésil, alors que le Pérou et l’Equateur réclament les passeports des migrants vénézuéliens avant de les laisser entrer sur leur territoire. Le président Maduro explique avoir été victime d’une tentative d’assassinat par un drone. C’est l’occasion d’une purge dans l’armée qui apparait, au milieu du chaos vénézuélien, comme l’un des derniers éléments de stabilité. Le président a été contraint à une dévaluation de 95 % de la monnaie nationale – devenue le Bolivar souverain – pour l’adosser au petro, cryptomonnaie créée par le régime chaviste. Tous les signes du chaos sont là : une nouvelle contraction du PIB supérieure à 10 % pour la troisième année consécutive, hyperinflation que le FMI estime à 1 000 000 % pour 2018, un pays au bord du défaut de paiement que ceux qui le peuvent fuient, un régime autiste qui continue la répression, accusant l’extérieur de ses maux.

L‘économie argentine est elle aussi dans une situation difficile, l’inflation devrait dépasser les 30 %. C’est dans ce contexte délétère qu’éclate un nouveau scandale de corruption qui rattrape l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

Les défis de l’Union européenne et de la France

Le Conseil européen de Bruxelles trouve durant l’été 2018 un accord a minima sur le dossier migratoire. Les candidats à l’asile seront triés dans des « centres contrôlés », permettant un renvoi rapide des candidatures non retenues, alors que les autres seraient dirigés vers les pays volontaires. Il s’agit bien évidemment de soulager la pression qui pèse sur l’Italie. Ce compromis, s’il montre la prise de conscience de la nécessité de s’entendre, n’est en rien une politique migratoire à la mesure du défi auquel l’Europe devra faire face dans les prochaines années, malgré le fonds de quelques trois milliards d’euros destiné à l’Afrique et le renforcement de Frontex, agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union. La règle de Dublin n’est ainsi pas réformée, la question du budget de la zone euro a été laissée de côté car les Pays-Bas ne souhaitent pas d’avancée vers une intégration plus poussée au sein de l’Union. Le 1er juillet 2018, l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Le Danemark met le holà sur les très nombreux mariages blancs – environ un mariage sur trois du royaume – qui reposent sur des filières permettant le mariage de migrants avec des citoyens de l’Union et donc d’obtenir des titres de séjour.

De fortes tensions internes continuent à tirailler la Roumanie. La population civile multiplie les manifestations dans les grandes villes pour dénoncer la corruption des membres sociaux-démocrates du gouvernement qui veulent modifier les lois pour obtenir une impunité concernant le blanchiment d’argent et les pratiques corruptives.

Lors du sommet de l’OTAN, Donald Trump met la pression sur ses alliés européens, les intimant de relever leurs dépenses militaires car l’OTAN ne fait plus partie des priorités stratégiques de l’Amérique. Il met publiquement en cause l’Allemagne d’Angela Merkel qui finance peu l’OTAN et inflige un déficit commercial aux Etats-Unis. A l’Europe d’« européaniser » l’OTAN et de développer une défense commune.

Le sommet Union européenne-Chine de Pékin est l’occasion de réaffirmer des valeurs communes (attachement au libre-échange et au multilatéralisme inquiétude face à la nouvelle politique commerciale de Washington) pourtant Bruxelles est proche de nombreuses positions américaines : le problématique excédent commercial chinois lié à la relative fermeture de son marché aux partenaires commerciaux, le non-respect de la propriété intellectuelle, les investissements chinois… le rapprochement avec Pékin ne peut être que limité et circonstanciel.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu à Washington pour y rencontrer Donald Trump et discuter des nouvelles mesures protectionnistes décidées par le président américain. Il obtient que les importations de voitures européennes – surtout allemandes en fait – ne soient pas surtaxées en échange de quoi l’Union s’engage à importer davantage de soja (OGM) et de gaz américain (ce qui nécessitera d’importants investissements côté européen pour le GNL). Les taxes sont, en revanche, maintenues sur l’acier et l’aluminium européens.

Le président français se prononce en faveur de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne en 2025 si Belgrade respecte les conditions nécessaires.

La Banque mondiale annonce durant l’été 2018 que le PIB de la France pour 2017 – 2 582 milliards de dollars – est inférieur à celui de l’Inde – 2 597 milliards-, la dégradant à la septième place. L’Inde bénéficie d’une forte croissance économique autour de 7 % alors que la croissance française reste anémique entre 0,4 et 1,1%… Il est probable que l’année prochaine le PIB indien rattrape voire dépasse celui du Royaume Uni.

L’Iran de nouveau victime de sanctions américaines

Donald Trump a choisi de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur qui réintégrait progressivement l’Iran dans la communauté internationale, satisfaisant ainsi son allié saoudien. La nouvelle politique de sanction entre en vigueur début août 2018 ce qui a provoqué une nette dépréciation de la monnaie iranienne, le rial. Désormais, toutes les entreprises qui commerceront avec l’Iran pour toute une série de produits, seront privées de l’accès au marché américain : une mesure très dissuasive. Les exportations iraniennes de pistache ou de tapis persan sont interdites, avant que cet embargo ne soit bientôt étendu aux hydrocarbures. Cela provoque de vraies tensions sociales en Iran qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, but recherché par Washington. Au niveau économique, la population iranienne est la principale victime de cette politique. Les entreprises européennes sont aussi pénalisées par cette politique d’embargo, comme Total, PSA ou Airbus contraintes, malgré d’importants et récents investissements, de quitter le marché iranien. Ces mesures font le jeu des entreprises chinoises qui n’ont que faire de l’embargo américain

L’Espagne face à ses démons

Un nouveau scandale frappe la famille royale espagnole. La maitresse de l’ancien roi Juan Carlos fait de fracassantes révélations, l’accusant de fraude fiscale. Cela fragilise la monarchie déjà malmenée avec les tensions autonomistes catalanes.

Le premier ministre espagnol a décidé d’exhumer le corps de Franco du mausolée du Valle Los Caidos pour le transférer dans le caveau familial. Le mausolée sera réservé à la mémoire des victimes de la guerre civile espagnole.

Les frontières sont sous pression

Le Pérou décrète durant l’été 2018 l’état d’urgence et renforce ses frontières face au trafic de drogue en provenance de Colombie. Bogota et Lima coopèrent sur ce dossier, car les trafiquants déstabilisent le pays. Les anciens guérilleros des FARC n’entendent pas passer de la culture du coca à des cultures vivrières. Dans le même temps, l’Amérique du Sud affronte la pire crise migratoire de son histoire du fait du chaos vénézuélien.

Au niveau des frontières commerciales, l’Union européenne et le Japon viennent de signer un accord de libre-échange d’environ 600 millions de consommateurs et représentant près d’un tiers du PIB mondial. Cet accord doit être ratifié par les parlements japonais et ceux de chaque Etat membre de l’Union. Les négociations ont été âpres sur les dossiers agricoles et l’accès aux marchés publics.

Les frontières extérieures de l’Union européenne sont mises sous la pression des différents bateaux porteurs de migrants en provenance d’Afrique. L’Italie déclare ne plus vouloir accueillir ces bateaux dans ses ports.

Les relations complexes entre Washington et Pékin

Les tensions commerciales sont très fortes entre les deux pays. Washington accuse Pékin d’être à l’origine de l’essentiel de son déficit et prend des mesures protectionnistes sur toute une série de produits importés depuis la Chine qui en retour taxe de nouveaux produits américains.

Cela n’empêche pas Pékin d’acheter des bons du Trésor américain, alors que Moscou vend les siens (les quatre cinquièmes de ses avoirs).

Les nouvelles d’Asie

La Corée du Sud vient de baisser la durée légale hebdomadaire du travail de 68 à 52 heures pour les fonctionnaires et les salariés d’entreprises de plus de 300 personnes. Cela devrait concourir à améliorer une productivité inférieure à la moyenne de l’OCDE et trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans un pays menacé par le déclin démographique.

Le régime saoudien se durcit. Suite à la dénonciation sur Tweeter par la ministre canadienne des affaires étrangères de l’arrestation d’une militante des droits de l’homme Samar Badaoui. Les arrestations des militants des droits des femmes se multiplient en Arabie saoudite, pourtant membre de la commission des droits de l’homme à l’ONU depuis 2017. Riyad, fait sans précédent, a décidé de vendre ses actifs canadiens après avoir expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie. D’autres mesures de rétorsion économiques suivent.

Les Etats-Unis décident de réinvestir l’espace.

Le président Trump vient de choisir de créer une force militaire spatiale indépendante de l’US Air Force. Les Etats-Unis veulent investir le cyberespace et l’espace qui pourraient être les champs de bataille de demain. Il faut que le Congrès accepte de créer ce sixième corps armé et le dote d’un budget conséquent (la somme de huit milliards de dollars est avancée).


Bonus Vidéo. X. Pasco (FRS) Géopolitique du spatial, de la Guerre froide au « New Space » : quoi de neuf ?

Questions

. Quelles sont les idées fausses sur le spatial ?
. Quelle est la véritable histoire du premier pas de l’homme sur la Lune (1969) ?
. Qu’est-ce qui a changé dans le spatial depuis la fin de la Guerre froide (1991) ?
. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles tendances et les nouveaux risques ?


Donald Trump décide d’accorder plus facilement une autorisation à l’US Cyber Command de mener une cyberattaque pour accélérer sa capacité d’action.

Les disparus

Le cuisinier français le plus récompensé, Joël Robuchon, vient de disparaître durant l’été 2018. Le monde de la gastronomie française est en deuil, sa renommée est mondiale. Il a incarné une image de la qualité de vie française aux yeux du monde entier.

Aretha Franklin, l’immense chanteuse américaine de soul, vient de disparaitre à 76 ans.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2002 est décédé à 80 ans. D’origine ghanéenne, il a développé l’intervention onusienne pour raison humanitaire et ne s’est pas privé de critiquer l’intervention américaine en Irak en 2003.

Le sénateur américain républicain John Mac Cain est mort à 81 ans d’un cancer du cerveau. Ancien héros de la guerre du Vietnam, il a été le challenger malheureux face à B. Obama lors des élections présidentielles de 2008.

Bonnes nouvelles

Un rapprochement semble s’esquisser entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le premier est né en 1993 d’une cession du second, le privant de son accès à la mer. Un différent frontalier les oppose depuis 1998, et l’Érythrée est une dictature que fuient nombre de jeunes hommes pour éviter un service militaire très long.

Les riverains de la Caspienne – Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan -viennent de signer durant l’été 2018 un accord historique pour donner un statut à cette mer intérieure et en négocier l’exploitation.

La France est championne du monde de football 2018.

Copyright Août 2018-Degans/Diploweb.com

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Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 13/08/2018 21:28

Le gouvernement sud-coréen a indiqué lundi que le sommet inter-coréen serait « un peu difficile » à organiser début septembre.

Kim Eui-keum, porte-parole du président sud-coréen Moon Jae-in, a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il lui semblait un peu difficile de tenir la réunion entre le 1er et le 10 septembre. En effet, la date du 9 septembre, fête nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), marque le 70e anniversaire de la fondation du pays.

Cette remarque a été faite après que des responsables de haut niveau des deux Corées ont convenu plus tôt dans la journée de tenir le troisième sommet entre Moon Jae-in et Kim Jong Un, dirigeant suprême de la RPDC, dans la capitale de cette dernière, Pyongyang, en septembre.

MM. Moon et Kim se sont rencontrés en avril et mai dans le village frontalier de Panmunjom, s’accordant sur la tenue de leur prochain sommet en automne à Pyongyang.

Ri Son Gwon, président de la Commission pour la réunification pacifique de la patrie, qui a dirigé la délégation de la RPDC, a déclaré à la presse que l’agenda détaillé du sommet avait déjà été déterminé, mais que la nouvelle date dépendrait de Pyongyang, puisque c’est celui-ci qui l’accueillera.

Les détails du sommet, y compris l’ordre du jour du dialogue, seront décidés après négociations, a noté le porte-parole.

Corée du Sud : le sommet inter-coréen difficile à organiser début septembre

La Corée du Sud et la RPDC discutent des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières

La Corée du Sud et la RPDC discutent des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 31/07/2018 21:52

La Corée du Sud et la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) ont discuté des résultats de l’essai de retrait des postes-frontières, selon les médias sud-coréens.

Les résultats ont été annoncés après la rencontre des délégations militaires des deux parties au niveau des généraux mardi à la Maison de la Paix, bâtiment sud-coréen situé dans le village frontalier de Panmunjeom.

Les délégations composées de cinq membres représentant la Corée du Sud et la RPDC ont discuté du retrait des postes-frontières dans l’enceinte de la zone démilitarisée (DMZ), zone tampon qui sépare les deux Corées, pour l’instant en phase de test.

Les deux Corées ont également compris le besoin de désarmer la Zone sécuritaire conjointe, zone contrôlée conjointement à Panmunjeom, et d’exhumer ensemble les dépouilles des soldats tués pendant la Guerre de Corée (1950-1953) qui se trouvent dans la DMZ.

Les délégations militaires n’ont cependant pas atteint d’accord sur ces questions et n’ont pas publié de déclaration commune.

Le général Kim Do-gyun, chef de la délégation sud-coréenne, a déclaré aux journalistes après la rencontre que les deux parties avaient accepté de poursuivre le dialogue par des échanges de lettres et des contacts de haut-niveau.

Ce dialogue militaire au niveau des généraux est le deuxième du genre après le sommet du 27 avril entre le président sud-coréen, Moon Jae-in, et le haut-dirigeant de la RPDC, Kim Jong-un.

Pendant le sommet, MM. Moon et Kim ont accepté de réduire les tensions près des zones frontalières et de cesser tous les actes hostiles.

Lors du dialogue militaire au niveau des généraux du 14 juin, les deux Corées ont accepté de rétablir complètement les communications militaires le long des couloirs orientaux et occidentaux de la frontière intercoréenne. Il s’agissait du premier dialogue du genre en plus de dix ans.

https://chine.in/actualite/asie/coree-sud-rpdc-discutent-des_18825.html

 

 

 

 

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour le 12 juin dernier entre Donald Trump et Kim Jong-un a suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de craintes sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans les relations internationales. Quelles conclusions tirer de cette rencontre inattendue sur le rôle de l’arme ultime au coeur de la diplomatie ? 

Le retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales

Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.
Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.

Ce spectaculaire retournement de situation, à travers la réunion historique entre deux les dirigeants, laisse planer le doute sur les résultats réels de ce sommet. Le régime nord-coréen exerce magistralement l’art des promesses non tenues. De plus, l’inconséquence de Donald Trump en politique étrangère oblige à être prudents dans l’analyse des faits. Pourquoi Kim Jong-un croirait-il en les engagements du Président des États-Unis ? En tout état de cause, la crise coréenne et ce sommet ont signifié le retour de l’arme nucléaire comme élément de négociation en relations internationales.

Étant donné le peu de garantie donné par Donald Trump à la Corée du Nord, la meilleure assurance-vie du régime de Kim Jong-un est de conserver le plus longtemps possible son arsenal nucléaire. Au delà du geste de bonne volonté dont Pyongyang a fait preuve en avril dernier en annonçant l’arrêt de ses essais, l’arme nucléaire s’est imposée comme le pivot des négociations et de la pression dans les relations internationales. L’actuel président américain vient de relancer l’arsenal nucléaire des États-Unis, face une montée des menaces émanant de la Chine et de la Russie détaillées dans la nouvelle Nuclear Posture Review du Pentagone (NPR) de 2018[11].

Le gouvernement Trump a pris l’initiative d’augmenter massivement le budget militaire alloué aux armes nucléaires des États-Unis en violation du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). La NPR met en exergue l’annexion de la Crimée par la Russie et l’augmentation des budgets liés à la dissuasion russe et chinoise. Il insiste également sur le besoin d’une modernisation constante de la « triade nucléaire » des États-Unis, de manière à préserver leur sécurité et leurs capacités.

L’abandon des armes nucléaires peut-il donner lieu à des changements politiques profonds ? 

«L’équilibre de la terreur » se fonde, dans un monde bipolaire, sur le postulat que l’utilisation à grande échelle de l’arme nucléaire par l’un des deux belligérants provoquerait à coup sûr leurs destructions mutuelles. Il est donc nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d’un stock d’armes nucléaires suffisant pour dissuader toute attaque de l’ennemi.

La production d’armes nucléaires à grande échelle permet donc de dissuader les États de prendre le risque d’une attaque. Pourtant lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde est passé près de l’apocalypse par une simple erreur d’interprétation[12]. Aujourd’hui, dans un monde instable où les alliances entre les États sont plus opportunistes qu’idéologiques, l’arme nucléaire semble avoir perdu de sa pertinence face aux menaces terroristes. Toutefois, la Corée du Nord et l’Iran rappellent la pertinence et le danger que représente la prolifération nucléaire dans un monde instable et fragmenté avec de plus en plus d’États souhaitant acquérir la technologie de l’atome.

Une arme de dissuasion?

Depuis la chute de l’URSS, la prolifération s’est considérablement accrue sans toutefois atteindre les niveaux de la Guerre Froide. La montée des acteurs non-étatiques ainsi que la criminalité transnationale doivent inciter les États à renforcer leur politique de sécurité et leurs moyens de contrôle. Cela de manière à éviter que de telles armes ne tombent entre les mains de groupes terroristes. L’AIEA rappelle d’ailleurs que le risque de terrorisme nucléaire n’est pas à écarter[13], bien que la logistique complexe de ces armes rend très difficile leur utilisation par des groupes extérieurs aux États.

Bien que l’équilibre de la terreur soit un concept répandu, il est loin d’être accepté aujourd’hui par tous les spécialistes des questions nucléaires. S’il paraît impensable que les pays européens attachés aux valeurs démocratiques utilisent un jour l’arme nucléaire, qu’en est-il des gouvernements autocratiques? La Corée du Nord peut servir d’exemple. Si Kim Jong-un a montré des gestes d’ouverture, il n’en a pas toujours été ainsi. Les menaces apocalyptiques de la Corée du Nord ont longtemps affolé les États-Unis, qui ont cherché à tout prix à empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, comme l’Iran, la Corée du Nord a prouvé au monde que les sanctions économiques à son égard ne l’ont pas dissuadée de renoncer à poursuivre son programme nucléaire. Et que penser du Pakistan, déchiré par des luttes confessionnelles et lui aussi doté de l’arme nucléaire? L’abandon par un pays de son programme nucléaire ne peut-être le fruit que d’une décision politique à haut niveau qui sous-tend une volonté de rupture historique[14]. Toutefois les pays historiquement possesseurs de l’arme nucléaire sont tous dans une posture visant à moderniser leurs arsenaux dont la durée de vie a été étendue. Le rôle joué par l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité reste donc un élément crucial pour toute puissance ayant des ambitions mondiales. Le général Marks Milley, chef d’État-major de l’US Army, en 2016 rappelait d’ailleurs l’importance de l’arme nucléaire dans la politique de défense américaine  : « Ce que nous voulons faire, c’est dissuader. Personne ne veut faire la guerre. La seule chose la plus chère que la dissuasion c’est de faire la guerre. Et la seule chose plus chère que de faire la guerre, c’est de se battre et de perdre la guerre[15] ».

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[11] « Nuclear posture review », department of defense, united states of america, pp.100, p.26, 2018, en ligne, <https://media.defense.gov/2018/Feb/02/2001872886/-1/-1/1/2018-NUCLEAR-POSTURE-REVIEW-FINAL-REPORT.PDF>.

[12]  « Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire », nouvel obs : blog affaires étrangères, 22octobre 2012, en ligne, <http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/19/crise-de-cuba-le-jour-le-plus-dangereux-de-l-histoire.html>.

[13]  « Mesures de prévention et de protection contre les menaces internes », coll : sécurité nucléaire de l’AIEA n°8, AIEA, en ligne, <https://www-pub.iaea.org/MTCD/Publications/PDF/Pub1359f_web.pdf>.

[14] Benjamin Hautecouverture, « Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ? », fondation pour la recherche stratégique, 5 juin 2018, en ligne , <https://www.youtube.com/watch?v=FS4_tBODH1s>.

[15]  « Nuclear posture review », op.cit, p.75.

About Raphaëlle MABRU

Raphaëlle MABRU est diplômée de Sciences Po Toulouse et d’un Master 2 « Géopolitique et Relations Internationales ». Passionnée par l’actualité internationale et la protection des droits de l’Homme, elle est particulièrement intéressée par les enjeux au Moyen-Orient. Ses thèmes de prédilection portent sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement. Elle a rejoint les Yeux du Monde en novembre 2017.

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Après des mois d’escalade et de désescalade autour de la péninsule coréenne, de sommets prévus puis annulés, la rencontre historique a finalement eu lieu entre le président des États-Unis, Donald Trump et le leader de Corée du Nord Kim Jong-un le mardi 12 juin dernier à Singapour. Donald Trump a pris le monde de court en participant au premier sommet bilatéral entre la Corée du Nord et les États-Unis. La Corée du Nord, petit État d’Asie du Nord-Est a enfin obtenu, à coups d’intimidations nucléaires, un sommet bilatéral avec la première puissance mondiale, gage de reconnaissance et de sécurité pour le régime. Quels sont les enjeux et les intérêts de chacun des participants à ce sommet ? Quelles évolutions cet accord peut-il insuffler à une région marquée historiquement par la Guerre froide et par une montée en puissance de la Chine dans le pré-carré américain ? La Corée du Nord pourra-t-elle changer de visage ? Cette rencontre est-elle un tournant significatif pour la paix mondiale ?

Retour sur une année décisive 

Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.
Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.

L’élection de Donald Trump a radicalement changé la méthode d’approche de l’administration américaine du dilemme nord-coréen. Barack Obama avait opté pour une politique de la « patience stratégique » qui n’a donné que de faibles résultats. Donald Trump, lui, a opté pour la manière forte et une pression maximale envers le régime de Pyongyang qui a multiplié les essais nucléaires et balistiques. Dans cette partie de bluff nucléaire, chacun des acteurs a su doser sa réaction pour éviter le pire et inciter à une évolution de la situation, sans perdre la face.

La pression exercée par la Chine sur la Corée du Nord a été déterminante. Xi Jinping a dû se montrer moins complaisant envers son « allié » et partenaire économique coréen, afin d’appliquer les sanctions onusiennes sous la menace de représailles américaines. De son côté, le Japon, avec la reconduction de Shinzo Abe, a maintenu sa position ferme pour obtenir des garanties de sécurité des Américains en cas de conflit. Le changement de gouvernement en Corée du Sud, passant de la conservatrice Park Geun-hye au plus libéral Moon Jae-in, a remis au goût du jour la « sunshine policy » initiée par Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun de 1999 à 2008. Enfin, la main tendue par la Corée du Sud à Kim Jong-un a permis la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyongchang en février 2018 et la première rencontre inter-coréenne depuis huit ans, le 27 avril 2018.

A l’aune de ces diverses avancées, une fenêtre de tir s’est ouverte afin d’organiser une rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Les intérêts divergents des deux participants au sommet de Singapour

Donald Trump est empêtré dans diverses affaires intérieures – les ingérences russes dans la campagne électorale ou encore le scandale lié à la Trump University – qui entachent le début de sa présidence. A cela s’ajoute une gestion erratique de la politique internationale des États-Unis. Tout d’abord le retrait du partenariat transpacifique, signé par Donald Trump dans les premiers jours de sa présidence. Cela a laissé le champs libre à la Chine[1] (alliée historique et de circonstance de Pyongyang) dans une région de première importance pour le commerce mondial. Peu après, Rex Tillerson, le Secrétaire d’État américain (alors en pleine crise coréenne) a été remplacé par Mike Pompeo. A cela s’est ajouté un renforcement des tensions, déjà existantes, avec la Russie qui a entraîné le limogeage du directeur du FBI, James Comey. Ce tableau pourrait faire croire à une perte de leadership américain, d’autant plus que le président Trump a rejeté l’accord sur le nucléaire iranien. Celui-ci reflète plutôt une nouvelle perception des relations internationales et des rapports de forces géopolitiques dictée par son slogan de campagne « America First ». De là découle la nécessité pour les États-Unis de trouver une issue à la crise coréenne de manière à montrer que Trump réussit là où ses prédécesseurs ont échoué.

Concernant le régime de Pyongyang, Kim Jong-un, au pouvoir depuis la mort de son père Kim Jong Il s’est obstiné à poursuivre et à développer les capacités nucléaires du pays par la politique du Byungjin [2] (développement conjoint de l’économie et de l’arme nucléaire). Cela de manière à sanctuariser le territoire nord-coréen, à renforcer la légitimité du leader et son autorité sur l’armée et le parti pour in fine préserver son régime.

Le bluff nucléaire des derniers mois visait à faire monter le niveau de tension entre les deux États, afin d’atteindre un but ultime, recherché depuis longtemps par la dynastie Kim : la reconnaissance internationale face aux États-Unis. L’organisation du sommet bilatéral a donné à la Corée du Nord cette reconnaissance. Toutefois le terrain avait été préparé en amont par Kim Jong-un. Il a annoncé le 23 avril 2018, lors d’une réunion du PTC[3], que le pays allait passer dorénavant d’un développement de l’arme nucléaire et de l’économie [sic, Byungjin], à une priorité simple donnée à l’économie nord-coréenne.

Quelles évolutions attendre de ce sommet ? 

Le contexte international tendu en Asie du Nord-Est puis la surprenante détente entre les deux Corées, doublé d’un besoin pressant des acteurs régionaux de trouver une issue à cette crise, a permis cette rencontre historique avec le président Trump. A l’automne dernier, Donald Trump menaçait la Corée du Nord de « destruction totale » lorsque celle-ci avait démontré par son sixième test qu’elle était désormais en mesure d’atteindre le territoire des États-Unis et ainsi éviter une potentielle attaque américaine.

La Corée du Nord a ainsi rejoint le club très fermé des puissances dotées de l’arme suprême, comme les États-Unis en 1945 la Russie en 1949, le Royaume Uni en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964, puis de manière officieuse l’Inde en 1974, Israël en 1979 et le Pakistan en 1998. L’Inde, Israël et le Pakistan n’ont jamais adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Quant à la Corée du Nord, elle s’en est retirée en 2003.

La Corée du Nord, dernière dictature d’inspiration communiste au monde à su se doter au fil des années de l’arme nucléaire et a défié les États-Unis. Cette dernière a obtenu une rencontre avec la première puissance mondial pour négocier un accord d’égal à égal. Cet évènement est à mettre en perspective avec la période qui a précédé, de 1994 jusqu’à aujourd’hui. «De nombreux Coréens se remémorent divers épisodes de tensions avec le Nord, comme la crise nucléaire de 1992 à 1994. Pour rappel la CIA avait accusé la Corée du Nord d’avoir retraité de déchets nucléaires. Les accusations furent démenties par Pyongyang qui menaça de se retirer du TNP[4]. Cela provoqua l’ire des États-Unis qui étaient prêts à attaquer la Corée du Nord »[5].

L’accord signé par Donald Trump et Kim Jong-Un prévoit des garanties de sécurité et réaffirme l’engagement d’une dénucléarisation de la Corée du Nord, sans évoquer de calendrier. Toutefois si cela se concrétise elle ne sera pas entière et effective avant au moins une dizaine d’années, voire plus. Même si les États-Unis défendaient à la base l’idée que la dénucléarisation devait être «complète, vérifiable et irréversible», la position de Trump a évolué, car l’accord ne mentionne pas ces termes[6]. Le président Trump affirme pourtant que le processus de dénucléarisation sera vérifié. Par quel biais ? Rien n’a été mentionné en ce sens, la prudence reste donc de mise. La Corée du Nord cherche peut-être à gagner du temps. Kim Jong-Un a bel et bien signé l’accord. Un tel résultat n’est-il pas à même de bousculer l’appareil d’État nord-coréen, ce qui pourrait créer des tensions en interne ? Donald Trump, lui, a fait un brillant coup de communication médiatique.

Il est encore trop tôt pour dire si le sommet de Singapour, bien que qualifié d’historique, a porté ses fruits. Trop de questions restent encore ouvertes. En effet, les États-Unis se sont certes engagés à fournir des garanties de sécurité à Pyongyang. Les sanctions contre le régime, elles, sont néanmoins toujours en vigueur, comme moyen de pression et d’incitation. Ce sommet peut-il relancer la perspective d’un traité de paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, jamais signé à l’issue de la guerre en 1953? Une réduction des effectifs de l’armée américaine en Corée du Sud n’a pas été évoquée. En revanche le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé « une suspension indéfinie »[7] des exercices militaires conjoints avec l’armée sud-coréenne.

Kim Jong-un a obtenu ce qu’il voulait à l’issue du sommet et se montre de bonne foi. Cela peut masquer d’autres éléments. En interne, le régime de Pyongyang ne semble pas s’orienter vers des réformes ou vers une quelconque ouverture politique[8]. Le renoncement au nucléaire pourrait-il faire douter la population nord-coréenne de son leader[9] ? La Chine en arrière plan a réussi a préserver la stabilité à ses frontières, à faire évoluer Kim Jong-un, qui s’est rendu à Pékin en mai 2018[10], entre le sommet inter-coréen et sa rencontre avec Trump. Est-ce le signe qu’une potentielle évolution du régime de Corée du Nord à long terme est possible, après des décennies de tensions ?

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[1] « éditorial », politique étrangère, 4, 2017, p.4, en ligne, https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/editorial_pe_ndeg4-2017.pdf.

[2] «“Byungjin » (Parallel Development) », global security, en ligne, <https://www.globalsecurity.org/military/world/dprk/byungjin.htm>.

[3] Parti des Travailleurs de Corée (du Nord).

[4] Traité de Non Prolifération.

[5] Marc-Henri Saillard, « L’Asie du Nord-Est face à la crise coréenne _ enjeux de la relation Sino-Américaine pour le leadership régionale », IRIS, Asia Focus, n°53, pp.14, p.4, 30 novembre 2017, en ligne, <http://www.iris-  france.org/wp-content/uploads/2017/11/Asia-focus-53.pdf>.

[6] « Poignée de main, accord signé… Le file d’une journée historique entre Trump et Kim Jong Un », le figaro, 12 juin 2018, en ligne, <http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/06/12/01016-20180612ARTFIG00069-poignee-de-main-accord-signe-le-fil-d-une-journee-historique-entre-trump-et-kim.php>.

[7] Dorian Malovic,« Corée du Nord – USA : qui paiera le prix du rapprochement ? » les enjeux internationaux, france culture podcats, 15 juin 2018, en ligne, <https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/coree-du-nord-usa-qui-paiera-le-prix-du-rapprochement>.

[8] « North Korea convenes meeting ahead of talks with U.S. to prohibit use of the terms ‘reform and opening’ », daily north korea, 6 juin 2018, en ligne, <http://www.dailynk.com/english/north-korea-convenes-meeting-ahead-of-talks-with-u-s-to-prohibit-use-of-the-terms-reform-and-opening/>.

[9]  Kim Joo Jin, « North Koreans discontent over abandonment of nuclear weapons », daily north korea, 14 juin 2018, en ligne <http://www.dailynk.com/english/north-koreans-discontent-over-abandonment-of-nuclear-weapons/>.

[10] « Kim Jong Un à effectué une deuxième visite en chine », la dépêche, mai 2018, en ligne, <https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/08/2793981-kim-jong-un-a-effectue-une-deuxieme-visite-en-chine.html>.

About Marc-Henri SAILLARD

Marc-Henri Saillard est diplômé du Master II Géopolitique et Sécurité Internationale de l’Institut Catholique de Paris et d’une licence d’Arabe de l’Université de Jordanie.

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Et si le rapprochement entre les deux Corées était encore une fois liée à une affaire de pétrole et de gaz  ? Avec la Russie comme “intermédiaire”, pour ne pas dire partenaire principal ? Le géant gazier russe Gazprom et la Corée du Sud ont relancé leurs négociations en vue de construire un pipeline transitant par le territoire nord-coréen vers la Corée du Sud.

Reprise des négociations

En fin de semaine dernière, Vitali Markelov, membre du conseil d’administration de Gazprom a en effet annoncé lors d’une conférence de presse la reprise des pourparlers.

«En ce qui concerne le gazoduc passant par le territoire de la Corée du Nord vers la Corée du Sud, ce projet n’est pas nouveau, nous avions déjà commencé à étudier cette question avec la partie nord-coréenne en 2011. Les itinéraires ont été choisis, des négociations ont eu lieu avec la partie nord-coréenne et sud-coréenne. Ensuite, les relations entre les deux pays, la Corée du Nord et la Corée du Sud, se sont détériorées, et les négociations ont été suspendues», a-t-il tenu à préciser.

Désormais, les tensions entre les deux Corées s’amenuisent, ce qui a permis à la Corée du Sud de se tourner à nouveau vers Gazprom en vue de discuter de la reprise du projet.

Le 30 Mars, s’exprimant lors du forum sur l’énergie à Séoul, le Ministre des affaires Étrangères Kang Kyung-hwa, a déclaré que l’amélioration de la situation de la sécurité sur la péninsule coréenne rendait désormais envisageable de débuter la construction d’un gazoduc entre la Russie et la Corée du Sud via la Corée du Nord.

La voie vers une concrétisation du projet ouverte dès 2011

Longtemps considérée comme une utopie, le projet de construction d’un pipeline à travers la Corée du Nord permettant de relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la Corée du Sud a franchi un pas vers sa concrétisation  en octobre 2011.

«Ce n’est pas un rêve farfelu. C’est un projet où chacun sera gagnant», avait alors affirmé le président sud-coréen Lee Myung-bak, lequel souhaitait conclure ce dossier avant la fin de son mandat en 2013.

Après le feu vert donné par Kim Jong-il au président russe Dmitri Medvedev lors d’un sommet en Sibérie le 24 août 2011, le géant du gaz sud-coréen Kogas souhaitait obtenir des garanties de la part de Moscou.

Un des défis majeurs à relever : régler les obstacles sécuritaires et économiques du projet pharaonique de 1700 km de long.

Russie / Corée : effacement de la dette contre gazoduc, une alternative au marché européen

Les sanctions brandies par les Occidentaux en avril 2014 pour tenter de freiner les velléités hégémoniques de Poutine en Ukraine pourraient s’avérer être des armes à double tranchant, le chef du Kremlin profitant de l’occasion pour développer ses relations avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, écrivais-je en avril 2014. Ajoutant que Moscou pourrait saisir là l’opportunité de trouver de nouveaux marchés autre que l’Union européenne pour écouler son bien précieux gaz.

C’est dans un tel état d’esprit que Moscou  avait alors effacé 90 % de la dette nord-coréenne, soit la quasi-totalité des 10 milliards de dollars de dettes contractées par le pays. Poutine n’ayant rien d’un philanthrope, la “largesse” russe pourrait au final faciliter la construction d’un gazoduc vers la Corée du Sud.

L’annulation de 90 % de la dette nord-coréenne avait ainsi été votée par les députés russes de la Douma, ratifiant un accord négocié en 2012. Le solde des derniers 10 % restants seront quant à eux rééchelonnés sur vingt ans, par versements tous les six mois.

Le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Stortchak, avait lui-même déclaré que cette somme pourrait servir au financement de projets communs en Corée du Nord, parmi lesquels figure la construction d’un gazoduc pour relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la boulimique Corée du Sud.

Rappelons que ce projet est développé depuis déjà quelques années par le géant gazier russe Gazprom. L’objectif premier étant de livrer à la Corée du Sud 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le gazoduc constitue également un élément indispensable pour la stratégie d’expansion asiatique de Gazprom, qui cherche à tout prix un débouché à ses pipelines en provenance de Sakhaline et de Sibérie.

 Un gazoduc qui s’inscrit dans un projet gagnant-gagnant

Lors du sommet entre Dmitri Medvedev (alors Président russe) et son homologue nord-coréen Kim Jong-il qui s’est tenu en Sibérie en août 2011, la Fédération de Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont convenu de la mise en place d’une commission spéciale pour la création d’un gazoduc entre la Russie, la RPDC et la Corée du Sud. Commission qui devrait notamment déterminer le volume transporté et le montant des droits de transit versés à la RPDC.

Si les autorités sud-coréennes n’avaient pas immédiatement réagi à cette annonce, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait par la suite déclaré à New York qu’il considérait ce projet comme “gagnant-gagnant” pour toutes les parties impliquées (Moscou, Pyongyang et Séoul).p
Malgré la campagne hostile au projet de gazoduc trans-coréen conduite par certains médias conservateurs sud-coréens, lesquels avaient pointé du doigt les risques éventuels de “siphonnage” du gaz lors de son transport ainsi que de rupture des approvisionnements en cas de détérioration des relations Nord-Sud, le président sud-coréen s’était montré favorable au projet.

Grâce à la mise en place de ce gazoduc, la Corée du Sud, aujourd’hui le deuxième importateur mondial de gaz, approvisionnée exclusivement par voie maritime, pourrait réduire ses coûts d’approvisionnement en gaz naturel jusqu’à 30 %.

Les droits de transit perçus par la Corée du Nord pourraient s’élever quant à eux à 100 millions de dollars par an.

Le marché asiatique : une alternative aux débouchés européens

Rappelons par ailleurs, qu’en 2013 et 2014, lors d’adresses multiples au parlement russe, Vladimir Poutine avait assigné aux députés la tâche de développer activement les liens avec l’Asie orientale. En septembre 2013, le ministère pour le développement de l’Extrême-Orient russe avait vu quant à lui l’étendue de ses pouvoirs élargie de manière substantielle.

Un développement des relations avec l’Asie permettrait ainsi en quelque sorte de s’assurer de nouveaux débouchés dans l’éventualité de l’adoption de sanctions sévères contre la Russie.

Sergueï Men, partenaire associé du cabinet d’investissements de Hong-Kong Eurasia Capital Partners, estimait alors l’Asie pouvait devenir, pour la Russie, une alternative à part entière à l’Union européenne. Ses arguments : les pays d’Asie du Sud-Est constituent le marché à la croissance la plus rapide pour les produits clés de l’export russe : hydrocarbures, métaux, chimie, alimentaire.

Sources : ats, Kommersant, Le Courrier de Russie, Sputnik, Le Figaro, Gazprom

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 22 juin 2018

http://www.leblogfinance.com/2018/06/gazoduc-entre-les-deux-corees-reprise-des-negociations.html

Diplomatie mondiale du wrassling

Diplomatie mondiale du wrassling


Par James Howard Kunstler – Le 11 juin 2018 – Source kunstler.com

wrassling / child wrestling / catch pour les enfants

Pourquoi ne pas faire la guerre avec le Canada ? Cette insignifiante « nation » encombre la moitié septentrionale de NOTRE continent, pour lequel nous avons lutté puissamment afin de nous libérer de la méchante vieille Europe. Qu’est-ce que Justin Trudeau ne comprend pas à ce propos ? Et quand nous en aurons fini avec lui, que diriez-vous de faire quelques « reprises » avec Frau Merkel et cette petite grenouille de Monsieur Macron ? J’aimerais voir le Golem d’Or de la Grandeur dans un justaucorps et un de ces masques de lutte mexicains, jetant ces méchants nains internationaux hors du ring comme autant de sacs de patates.


Et maintenant c’est parti à Singapour pour un combat de catch avec cet autre adversaire connu sous le nom de « Little Rocket Man ». Il y a une attente étrange que ces deux avatars d’irréalité régleront le hachis qui a mijoté pendant soixante ans entre la Corée divisée et les USA. M. Trump conclura un accord pour transformer la Corée du Nord en paradis pour les golfeurs et M. Kim promettra de réduire son arsenal nucléaire en fers 9 et en putters. Et puis ils vont célébrer cet accord sur Air Force One avec des sacs de Big Macs et du poulet frit. (Laissez les aides et les conseillers se battre pour les nouilles de Singapour et les becs de calmars à la sauce à l’ail.)

Le New York Times a posé un gros caca lundi matin avec un éditorial remettant en scène le plus gros méchant de la collection d’épouvantails internationaux du Times : la Russie.

Si un président des États-Unis devait esquisser un plan secret et détaillé pour rompre l’alliance atlantique, ce plan aurait une ressemblance frappante avec le comportement de Trump. Cela impliquerait une hostilité visible envers les dirigeants du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Japon. Spécifiquement, il s’agirait de choisir des combats sur des questions artificielles – pas de gagner de grandes concessions pour les États-Unis, mais de créer des conflits juste pour faire chauffer l’ambiance. Un plan secret visant à diviser l’Occident aurait également pour effet que les États-Unis cherchent de nouveaux alliés pour remplacer ceux qui ont été mis au rebut. Le plus évident serait la Russie, le plus grand rival en Europe de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne. Et tout comme la Russie le recherche, l’intention des États-Unis de détruire l’alliance atlantique se mêlerait de la politique intérieure des autres pays pour installer de nouveaux gouvernements qui rejetaient également l’ancienne alliance.

Ainsi donc … pour « The Times », le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Japon ne sont guère plus qu’un club d’ex-épouses vous cassant le cul, la Corée du Nord serait une irrésistible star du porno très bien carrossée, et la Russie un vieux et diabolique proxénète, dans un jeu sans-fin pour fatiguer l’adversaire. Ils ont tous couru après M. Trump depuis avant même qu’il ne descende de sa tour dorée de la Cinquième avenue par son fatidique escalator. Assurément, le méchant Poutine a truffé l’hôtel de Singapour avec ses meilleurs espions et il a chargé les placards du président avec des prostituées et des promoteurs immobiliers pour tenter M. Trump dans toutes sortes d’actes artificiels imaginés dans les laboratoires Kompromat de Iassenevo.

Je suis pour la paix dans le monde, et j’aimerais essayer de prendre la réunion de Kim-Trump au sérieux, mais il est difficile d’imaginer deux personnages moins préparés par les rigueurs de la réalité que cette paire-là. Chacun a vécu dans le royaume magique de sa propre vie. Les deux présentent des comportements typiques d’enfants : bouderie, menaces, fanfaronnades et changements d’humeur mystérieux. Les adultes supposés sérieux autour de M. Trump doivent s’enfiler des Xanax comme des Tic-tacs. Les attachés militaires autour de l’impénétrable Kim se souviendront peut-être de l’exécution en 2016 de deux ministres du NK abattus avec des canons antiaériens pour avoir déplu au chef [C’est probablement une fake news d’État, organisée par les service secrets sud-coréens, NdT] – l’un d’entre eux pour s’être simplement endormi pendant un discours de Kim. Qui a nettoyé les restes, je me le demande.

Peut-être que quelque chose de bon peut sortir de cette configuration improbable. J’attends une sorte d’acte de vaudeville : quelques moments avec les deux prétendant qu’ils comprennent ce que l’autre dit… un communiqué plein d’espoir annonçant la floraison d’un million de fleurs, et un éclatement fatidique quelques heures après la lune de miel quand Kim, Trump et tous les porteurs de lances des deux côtés se rendront compte qu’ils n’avaient aucune idée de ce dont ils parlaient.

Puis, jeudi, le rapport tant attendu de l’inspecteur général du ministère de la Justice sortira, après un « filtrage » par les gens du FBI dont la conduite fait l’objet de cet examen. Je m’attends à une nouvelle couche dans l’énorme gâteau cuisiné par les chevaliers blancs de la « Résistance ». Celui-ci s’appellera le Redacto-Gate.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/diplomatie-mondiale-du-wrassling

 

Barbus derouillés, Corée déverrouillée

Barbus derouillés, Corée déverrouillée

Publié le 26 Juin 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient, Extrême-Orient, Gaz, Russie, Histoire

En Syrie, les barbus modérément modérés l’ont plutôt mauvaise ces derniers jours. Les loyalistes ont enfin lancé la grande et attendue offensive sur Deraa, dans le sud-ouest. Malgré les répétées mises en garde de l’empire, Washington semble finalement avoir lâché ses petits protégés si l’on en croit son ambassade en Jordanie : Ne comptez pas sur nous, débrouillez-vous tout seuls…

Attention tout de même, l’histoire est là pour nous prouver que l’on doit prendre ce genre de déclarations avec des pincettes. N’est-ce pas Saddam qui avait reçu le feu vert de l’ambassadrice américaine pour envahir le Koweït avant d’assister, médusé, au prodigieux retournement de veste de l’empire ? D’autre part, c’est généralement quand Washington affirme vouloir prendre du recul en Syrie que, ô douce coïncidence, un false flag chimique attribué à l’abominable Assad des neiges tombe soudain du ciel.

Toujours est-il que Damas a envoyé ses meilleures troupes, que les avions russes y participent allègrement et peut-être aussi les forces spéciales du Hezbollah. En quelques jours, les gains ont été considérables et près d’un cinquième du territoire contrôlé par les djihadistes a été repris (plaine de Lajat) :

A 10 000 km de là, l’apaisement dans la péninsule coréenne produit ses premiers effets et ressort des cartons un vieux projet dont nous avons parlé plusieurs fois et que nous évoquions encore le mois dernier :

Le pipeline inter-coréen, sensé fournir du gaz à la Corée du Sud en passant par sa sœur du nord. La zone en devenir stratégique majeur qu’est l’Asie du Nord-est – Japon, Chine, Corées – consomme près d’un tiers de l’énergie mondiale mais son approvisionnement énergétique reste problématique (sources lointaines, donc acheminement long et prix élevés) du fait des tensions géopolitiques liées à la Corée du Nord.

Que cette épineuse question se résolve et c’est l’intégration énergétique de l’Eurasie orientale qui pointe son nez, au grand dam de tonton Sam qui fera tout pour la diviser et/ou la contenir.

En plein dans le mille. Depuis notre billet, le sommet Donald-Kim est passé par là et la nouvelle détente entre Séoul et Pyongyang leur permet d’évoquer des projets économiques bilatéraux. Sans surprise, le gaz pointe son nez…

Le président sud-coréen Moon, qui n’est pas précisément un vassal de l’empire US comme nous l’avions expliqué l’année dernière, vient de faire une visite d’Etat de trois jours en Russie, la première en deux décennies. Parmi les nombreux sujets évoqués, l’établissement d’une liaison ferroviaire (extension du mythique trans-sibérien jusqu’à Busan) favorisant le commerce et resserrant les liens, ou l’établissement d’un réseau électrique, tout ceci via la Corée du nord. Sans compter, évidemment, notre fameux gazoduc sur lequel les discussions ont déjà repris.

La Corée du sud, qui était de facto et depuis des dizaines d’années une île, coupée de l’Eurasie par son frère ennemi du nord, peut enfin espérer se rattacher au continent-monde. Ces deux-là peuvent sourire pendant que le Deep State US fait grise mine…

Attention tout de même, l’on se rappelle qu’à la fin des années 70, ce même Etat profond avait réussi, malgré la vague de pacifisme ayant suivi la défaite américaine au Vietnam, à torpiller le projet du président Carter de retirer les troupes américaines de Corée du sud. Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, la tension dans la péninsule coréenne servait parfaitement les intérêts du système impérial qui ne voit pas d’un bon oeil le récent apaisement et la volonté du Donald de suivre l’exemple de Carter. Embûches et sabotages en perspective…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/06/barbus-derrouilles-coree-deverrouillee.html

Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

14.juin.2018 // Les Crises

Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

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Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

La déclaration présidentielle américaine du 8 mai (sur la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien) exige que nous révisions fondamentalement notre compréhension du « Trumpisme ». Au début de son mandat, le « Trumpisme » a été largement compris comme reposant sur trois piliers clés : Que les coûts encourus par les États-Unis pour maintenir la totalité de l’Empire (c’est-à-dire le maintien par l’Amérique de l’ordre mondial, fondé sur des règles) étaient tout simplement trop onéreux et inéquitables (en particulier la fourniture du parapluie de défense) – et que d’autres doivent être contraints à partager ses coûts. Deuxièmement, les emplois américains ont été, en quelque sorte, volés aux États-Unis et devront être récupérés par le biais de modifications forcées des termes de l’échange. Et troisièmement, que ces changements seraient réalisés, par l’application des tactiques de « l’Art de la Négociation [NdT : traduit en français par Trump par Trump].

Cela semblait, à tout le moins, être clair (même si ce n’est pas nécessairement un plan entièrement réalisable). Mais nous pensions surtout que l’art ce la négociation était de menacer, de fanfaronner et d’augmenter le levier sur « quelle que soit contrepartie » – élever les tensions à des niveaux explosifs – et d’offrir « l’affaire » au point culminant de la crise avant, à la onzième heure. Et c’était le but (à l’époque) : Oui, Trump lançait des grenades verbales destinées à bouleverser les attentes conventionnelles, à prendre des mesures pour résoudre un problème – mais l’objectif (tel que généralement compris) était d’obtenir un accord : Un qui pencherait en faveur des intérêts mercantiles et politiques de l’Amérique, mais un accord, néanmoins.

Peut-être avons-nous mal compris le renforcement par Trump de la déjà très puissante armée américaine. Il semblait qu’il s’agissait d’un levier potentiel : quelque chose à offrir (sous la forme d’un parapluie aux États dociles), ou à retirer à ceux qui ne mettraient pas suffisamment la main à la poche.

Mais tout a changé avec la déclaration de Trump du 8 mai. Ce n’est pas seulement une « sortie » américaine qui a été évoquée, c’est une guerre financière en règle qui a été déclarée à l’Iran (formulée en « termes de reddition » en termes de changement de régime et de soumission totale aux États-Unis). Mais il ne s’agit plus de savoir comment parvenir à un « meilleur accord plus équitable » pour les États-Unis ; comment gagner plus d’argent. Le système financier devait plutôt servir de levier pour détruire la monnaie et l’économie d’un autre État. L’armée américaine est en train d’être encore renforcée, pour être utilisée : pour pouvoir faire pleuvoir le feu et la fureur sur les États non dociles.

Nahum Barnea, un commentateur israélien de premier plan, écrivant en hébreu dans Yediot Ahronoth, exprime le plan de manière concise : « Les aspirations israéliennes à long terme sont de grande envergure : conduire l’Iran à l’effondrement économique par le biais des sanctions américaines. L’effondrement économique entraînera un changement de régime. Le nouveau régime abandonnera l’option nucléaire et les plans de l’Iran de se développer dans toute la région. Ce qui a causé l’effondrement de l’Union soviétique à la fin des années 1980 entraînera l’effondrement de la République islamique. Le président Reagan l’a fait aux Soviétiques ; le président Trump le fera aux Iraniens. Trump s’est épris de l’idée ».

L’adoption du changement de régime à Téhéran, combinée avec le « cadeau » unilatéral de Jérusalem à Israël et le « feu vert » américain pour qu’Israël attaque les forces et les infrastructures iraniennes, partout et à tout moment en Syrie, est l’antithèse même de l’approche de l’art de la négociation. Il s’agit plutôt de faire s’effondrer – et physiquement – le modèle du Moyen-Orient par la coercition financière et militaire. C’est un autre projet utopique occidental par lequel les « défauts » humains perçus à l’encontre monde ordonné (c’est-à-dire ces « Ayatollahs » qui s’opposent perversement à la mission civilisatrice de l’Amérique) doivent être corrigés par la force ou par l’élimination.

Russell-Mead, professeur aux affaires étrangères des États-Unis, suggère que cette métamorphose du 8 mai du « Trumpisme » – tel que nous le comprenions auparavant – représente quelque chose de nouveau, un changement de direction, un cap maintenant tracé : « une ère néo-américaine dans la politique mondiale, plutôt qu’une ère post-américaine ». (D’une manière ou d’une autre, les initiatives de Trump paraissent si souvent motivées par la phobie d’Obama).

Ainsi, « l’administration veut élargir le pouvoir américain plutôt que de s’adapter au déclin. Pour l’instant au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », anticipe Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump est née de :

L’instinct de Trump qui lui dit que la plupart des Américains sont tout sauf avides d’un monde « post-américain ». Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus à une acceptation stoïque du déclin national. Quant à la sagesse de s’accommoder de l’Iran, le camp Trump croit que le renforcement de l’autonomie de l’Iran est plus susceptible de conforter les tenants de la ligne dure que les modérés. Comme Franklin Roosevelt l’a dit un jour dans une conversation au coin du feu, « Nul ne peut transformer un tigre en chaton en le caressant ».

L’administration Trump croit que, loin de forcer les États-Unis à battre en retraite, l’arrogance iranienne et la surreprésentation de l’Iran au Moyen-Orient ont créé une occasion en or pour l’affirmation de la puissance américaine. Elle espère que l’alliance émergente des Arabes et des Israéliens donnera à l’Amérique des partenaires locaux prêts à supporter une grande partie des risques et des coûts d’une politique anti-iranienne en échange d’un soutien américain. La puissance aérienne israélienne et les forces arabes, combinées aux réseaux de renseignement et aux relations locales que les nouveaux alliés apportent à la table, peuvent mettre l’Iran sur la défensive en Syrie et ailleurs. Cette pression militaire, ainsi que la pression économique d’une nouvelle série de sanctions, affaiblira l’emprise de l’Iran sur ses mandataires à l’étranger et créera des problèmes politiques pour les mollahs dans le pays. S’ils réagissent en relançant leur programme nucléaire, les frappes aériennes israélo-américaines pourraient à la fois arrêter le processus et porter un coup humiliant au prestige du régime.

À ce moment-là, le camp Trump espère que l’Iran sera confronté à un type de négociation différent, où les États-Unis et leurs alliés seront en position de force. En plus d’accepter des limites sur ses activités nucléaires, des espoirs optimistes, l’Iran réduirait également ses ambitions régionales. L’avenir de la Syrie serait déterminé par les Arabes, l’Iran accepterait l’Irak comme un État tampon neutre entre lui et le monde arabe sunnite, et une paix précaire prévaudrait.

Ah… l’Utopie… pour Trump, refaire le Moyen-Orient. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Russell-Mead ne le dit pas explicitement (préférant l’appeler « néo-américain »), mais ce que nous voyons est le mélange d’un Trumpisme initial avec le néo-conservatisme pur. Ou, pourrait-on dire, avec le Netanyahou-isme. Oui, l’approche caractéristique Trumpiste de prendre des décisions de politique étrangère spectaculaires qui semblent destinées à sa base (électorale) à court terme, (mais qui semblent souvent manquer d’une vision stratégique plus profonde ou d’appréciation des risques à long terme) est toujours évidente, mais l’accord a été remplacé par la recherche d’une soumission complète – à un « élargissement du pouvoir américain », comme l’écrit Russell-Mead.

La cérémonie marquant le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem reflète précisément cette « campagne » sensationnelle continue parmi ses thèmes fondamentaux. En fait, Trump a d’abord repoussé les pressions républicaines juives pour déplacer l’ambassade à Jérusalem (comme le rapporte Haaretz), mais comme l’a noté le quotidien israélien, durant ce mois , tout cela a totalement changé : « La cérémonie d’ouverture de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem était, essentiellement, un rassemblement de campagne de Trump sur invitation seulement » :

Ceux qui étaient présents avaient tous juré fidélité au président et appartenaient à l’un des groupes qui l’a salué comme un Cyrus le Grand des temps modernes : Les Juifs orthodoxes, les Israéliens de droite (y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahou) et la base républicaine pro-Trump – en particulier ceux de la communauté évangélique.

Tout cela était affiché lors de la bénédiction d’ouverture de la cérémonie, par Robert Jeffress, pasteur de la super-église baptiste texane. Les paupières comprimées dans la prière, il a remercié Dieu pour « notre grand président, Donald Trump », a loué comment Israël « a béni ce monde en nous dirigeant vers vous, le seul vrai Dieu, à travers le message de ses prophètes, ses écritures et le Messie », et en priant pour Jérusalem « au nom de l’esprit du Prince de la Paix, Jésus notre Seigneur ».

Netanyahou s’est réjoui de ses succès. Ben Caspit dans le quotidien israélien Maariv, a décrit (en hébreu) l’état de Netanyahou : « Ça s’appelle de l’euphorie ». Les néoconservateurs ont le vent en poupe : déjà Eli Lake à Bloomberg fait le lien entre la déclaration sur l’Iran et la conduite des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Dans un article intitulé Trump’s Cave to China’s ZTE, Hurts His Iran Strategy [Les concessions de Trump à la société chinoise ZTE nuisent à sa stratégie en Iran, NdT], Lake cite l’un des architectes des sanctions paralysantes « Si vous commencez à échanger des mesures d’application des sanctions contre de meilleures conditions commerciales, le pouvoir dissuasif des sanctions américaines [sur l’Iran] se dilue très rapidement ».

Lake ajoute que son collègue David Fickling a fait une remarque similaire dans sa tribune lorsqu’il a observé que le recul sur ZTE de Trump introduit une dangereuse incertitude morale. « Tout gouvernement empêtré dans un différend avec Washington sait maintenant qu’il n’a qu’à menacer la ceinture agricole [du Midwest américain, NdT] qui vote pour Trump pour s’en sortir », a écrit Fickling, laissant entendre qu’une fois que l’on s’engage sur la voie néoconservatrice de la guerre financière armée, la position du « sans répit » doit être maintenue – même dans des négociations tout à fait distinctes, comme avec la Chine sur le commerce.

Précisément. Des néoconservateurs comme John Bolton désapprouvent traditionnellement la négociation et la diplomatie, privilégiant plutôt le pouvoir brut et l’influence sur les adversaires, afin de contraindre à des concessions ou à la soumission. Le fait est que, alors que la déclaration du 8 mai s’adressait spécifiquement à l’Iran, ses conséquences se font sentir sur l’ensemble du spectre de la politique étrangère. Si le fait de se concilier la Chine sur ZTE (un fabricant chinois de smartphones et de semi-conducteurs) « nuit à la stratégie iranienne », alors bien sûr, toute exemption ou assouplissement des sanctions pour les entreprises européennes implantées en Iran, nuira à la stratégie, plus directement. Toute concession à la Russie, aussi, nuit à la stratégie. Cela devient une stratégie très contagieuse du « tout ou rien ».

Et puis il y a le sommet avec la Corée du Nord. Une fonctionnaire européenne Laura Rozen, basée à Washington, a déclaré que l’administration Trump est convaincue qu’elle a une opportunité de conclure un accord nucléaire avec la Corée du Nord en raison de sa campagne de pression maximale. « Ils l’appellent le scénario de la Corée du Nord », a dit la fonctionnaire européenne. « Mettez la pression sur les Nord-Coréens. Mettez la pression sur les Iraniens… et ils feront la même chose que Kim Jong-un… se rendre ».

Mais la camp Trump – s’il croit vraiment que c’est la pression des sanctions qui a amené Kim Jong Un à prendre la décision de convoquer une réunion avec Trump – a peut-être mal interprété le terrain.

Jong Un, en fait, a précisément averti le secrétaire Pompeo lorsqu’il l’a rencontré que le sommet avait été organisé pour cette raison : « Nous avons perfectionné notre capacité nucléaire », c’est-à-dire que la Corée du Nord – en tant que puissance nucléaire à part entière – se sent maintenant en mesure de contraindre les Américains à quitter la péninsule et à emporter avec eux leurs menaces et leurs missiles. Jong Un a le soutien de la Corée du Sud sur ce point (qu’il soit suffisamment solide pour résister aux menaces de Washington, est discutable – d’où la colère de Jong Un contre la reprise par la Corée du Sud d’exercices militaires conjoints avec les États-Unis – contrairement à ce que l’on avait compris auparavant). Jong Un a ajouté l’avertissement à Pompeo, largement ignoré par Washington, mais tout à fait clair néanmoins, que « ce [sommet éventuel] n’est pas le résultat de sanctions qui ont été imposées de l’extérieur ».

Dans un sens, Trump a maintenant besoin de ce sommet – et d’une « victoire » rapide (à temps pour les élection de mi-mandat américaines) – plus que Jong Un a besoin de rencontrer Trump. Le dirigeant nord-coréen a déjà réussi à démontrer à Pékin, Moscou et Séoul qu’il est sincère dans sa tentative de parvenir à une Corée nucléaire, désarmée et réunifiée (les exigences de la Chine à son égard) – et que ce n’est pas lui qui pose problème, mais plutôt les exigences maximalistes des États-Unis. En bref, le sommet est un moyen pour la Corée du Nord d’améliorer ses relations avec la Chine et la Russie et de poursuivre l’ouverture avec le Sud. Ce n’est pas une fin pour Jong Un.

Quoi qu’il en soit, nous verrons ce qui se passera. Mais deux questions subsidiaires apparaissent : Maintenant que Trump a embrassé le nouveau néo-américanisme (selon Russell-Mead), quelle sera la stratégie américaine si ni la Corée du Nord ni l’Iran ne se soumettent ? Les frappes militaires sont-elles à l’ordre du jour ? Deuxièmement, cette stratégie est-elle susceptible de fonctionner ? Nous devrons, bien sûr, attendre et voir. Mais il y a un point important : nous ne sommes pas en 2012 (l’année où les États-Unis ont imposé des sanctions à l’Iran). Nous sommes en 2018 et beaucoup de choses ont changé.

Trump peut s’imaginer comme un équivalent moderne de Cesare Borgia du XVIe siècle, avec Bolton comme Machiavel, et Mattis comme Léonard, construisant des machines de guerre, assassinant des ennemis et imposant un siège punitif à des villes-États italiennes indociles.

La Chine, la Russie et l’Iran ne sont pas de simples villes-États assiégées à loisir, et sans conséquences. Et, tout comme la propre base de Trump exprime son dégoût pour le « marécage » de Washington – et l’exploitation financière, pratiquée par ses élites politiques et commerciales, et exige que le marais soit drainé – de même, l’axe Chine, Russie et Iran veulent que « l’ordre mondial » soit assaini – et que leurs souverainetés soient restaurées.

Ces derniers comprennent qu’ils font face à une guerre financière pour leur inobservance. Ils comprennent (comme le président Poutine l’a encore souligné ce mois-ci) que le monopole du dollar américain se trouve au centre même du marécage de « l’ordre mondial ». Et ils savent que seule l’action collective, en fin de compte, peut l’assainir. Qui sait, même l’Europe peut, en fin de compte, rejoindre les rangs de la non-observance – pour protester contre les sanctions américaines qui leur sont imposées.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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