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Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

14.juin.2018 // Les Crises

Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

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Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

La déclaration présidentielle américaine du 8 mai (sur la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien) exige que nous révisions fondamentalement notre compréhension du « Trumpisme ». Au début de son mandat, le « Trumpisme » a été largement compris comme reposant sur trois piliers clés : Que les coûts encourus par les États-Unis pour maintenir la totalité de l’Empire (c’est-à-dire le maintien par l’Amérique de l’ordre mondial, fondé sur des règles) étaient tout simplement trop onéreux et inéquitables (en particulier la fourniture du parapluie de défense) – et que d’autres doivent être contraints à partager ses coûts. Deuxièmement, les emplois américains ont été, en quelque sorte, volés aux États-Unis et devront être récupérés par le biais de modifications forcées des termes de l’échange. Et troisièmement, que ces changements seraient réalisés, par l’application des tactiques de « l’Art de la Négociation [NdT : traduit en français par Trump par Trump].

Cela semblait, à tout le moins, être clair (même si ce n’est pas nécessairement un plan entièrement réalisable). Mais nous pensions surtout que l’art ce la négociation était de menacer, de fanfaronner et d’augmenter le levier sur « quelle que soit contrepartie » – élever les tensions à des niveaux explosifs – et d’offrir « l’affaire » au point culminant de la crise avant, à la onzième heure. Et c’était le but (à l’époque) : Oui, Trump lançait des grenades verbales destinées à bouleverser les attentes conventionnelles, à prendre des mesures pour résoudre un problème – mais l’objectif (tel que généralement compris) était d’obtenir un accord : Un qui pencherait en faveur des intérêts mercantiles et politiques de l’Amérique, mais un accord, néanmoins.

Peut-être avons-nous mal compris le renforcement par Trump de la déjà très puissante armée américaine. Il semblait qu’il s’agissait d’un levier potentiel : quelque chose à offrir (sous la forme d’un parapluie aux États dociles), ou à retirer à ceux qui ne mettraient pas suffisamment la main à la poche.

Mais tout a changé avec la déclaration de Trump du 8 mai. Ce n’est pas seulement une « sortie » américaine qui a été évoquée, c’est une guerre financière en règle qui a été déclarée à l’Iran (formulée en « termes de reddition » en termes de changement de régime et de soumission totale aux États-Unis). Mais il ne s’agit plus de savoir comment parvenir à un « meilleur accord plus équitable » pour les États-Unis ; comment gagner plus d’argent. Le système financier devait plutôt servir de levier pour détruire la monnaie et l’économie d’un autre État. L’armée américaine est en train d’être encore renforcée, pour être utilisée : pour pouvoir faire pleuvoir le feu et la fureur sur les États non dociles.

Nahum Barnea, un commentateur israélien de premier plan, écrivant en hébreu dans Yediot Ahronoth, exprime le plan de manière concise : « Les aspirations israéliennes à long terme sont de grande envergure : conduire l’Iran à l’effondrement économique par le biais des sanctions américaines. L’effondrement économique entraînera un changement de régime. Le nouveau régime abandonnera l’option nucléaire et les plans de l’Iran de se développer dans toute la région. Ce qui a causé l’effondrement de l’Union soviétique à la fin des années 1980 entraînera l’effondrement de la République islamique. Le président Reagan l’a fait aux Soviétiques ; le président Trump le fera aux Iraniens. Trump s’est épris de l’idée ».

L’adoption du changement de régime à Téhéran, combinée avec le « cadeau » unilatéral de Jérusalem à Israël et le « feu vert » américain pour qu’Israël attaque les forces et les infrastructures iraniennes, partout et à tout moment en Syrie, est l’antithèse même de l’approche de l’art de la négociation. Il s’agit plutôt de faire s’effondrer – et physiquement – le modèle du Moyen-Orient par la coercition financière et militaire. C’est un autre projet utopique occidental par lequel les « défauts » humains perçus à l’encontre monde ordonné (c’est-à-dire ces « Ayatollahs » qui s’opposent perversement à la mission civilisatrice de l’Amérique) doivent être corrigés par la force ou par l’élimination.

Russell-Mead, professeur aux affaires étrangères des États-Unis, suggère que cette métamorphose du 8 mai du « Trumpisme » – tel que nous le comprenions auparavant – représente quelque chose de nouveau, un changement de direction, un cap maintenant tracé : « une ère néo-américaine dans la politique mondiale, plutôt qu’une ère post-américaine ». (D’une manière ou d’une autre, les initiatives de Trump paraissent si souvent motivées par la phobie d’Obama).

Ainsi, « l’administration veut élargir le pouvoir américain plutôt que de s’adapter au déclin. Pour l’instant au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », anticipe Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump est née de :

L’instinct de Trump qui lui dit que la plupart des Américains sont tout sauf avides d’un monde « post-américain ». Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus à une acceptation stoïque du déclin national. Quant à la sagesse de s’accommoder de l’Iran, le camp Trump croit que le renforcement de l’autonomie de l’Iran est plus susceptible de conforter les tenants de la ligne dure que les modérés. Comme Franklin Roosevelt l’a dit un jour dans une conversation au coin du feu, « Nul ne peut transformer un tigre en chaton en le caressant ».

L’administration Trump croit que, loin de forcer les États-Unis à battre en retraite, l’arrogance iranienne et la surreprésentation de l’Iran au Moyen-Orient ont créé une occasion en or pour l’affirmation de la puissance américaine. Elle espère que l’alliance émergente des Arabes et des Israéliens donnera à l’Amérique des partenaires locaux prêts à supporter une grande partie des risques et des coûts d’une politique anti-iranienne en échange d’un soutien américain. La puissance aérienne israélienne et les forces arabes, combinées aux réseaux de renseignement et aux relations locales que les nouveaux alliés apportent à la table, peuvent mettre l’Iran sur la défensive en Syrie et ailleurs. Cette pression militaire, ainsi que la pression économique d’une nouvelle série de sanctions, affaiblira l’emprise de l’Iran sur ses mandataires à l’étranger et créera des problèmes politiques pour les mollahs dans le pays. S’ils réagissent en relançant leur programme nucléaire, les frappes aériennes israélo-américaines pourraient à la fois arrêter le processus et porter un coup humiliant au prestige du régime.

À ce moment-là, le camp Trump espère que l’Iran sera confronté à un type de négociation différent, où les États-Unis et leurs alliés seront en position de force. En plus d’accepter des limites sur ses activités nucléaires, des espoirs optimistes, l’Iran réduirait également ses ambitions régionales. L’avenir de la Syrie serait déterminé par les Arabes, l’Iran accepterait l’Irak comme un État tampon neutre entre lui et le monde arabe sunnite, et une paix précaire prévaudrait.

Ah… l’Utopie… pour Trump, refaire le Moyen-Orient. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Russell-Mead ne le dit pas explicitement (préférant l’appeler « néo-américain »), mais ce que nous voyons est le mélange d’un Trumpisme initial avec le néo-conservatisme pur. Ou, pourrait-on dire, avec le Netanyahou-isme. Oui, l’approche caractéristique Trumpiste de prendre des décisions de politique étrangère spectaculaires qui semblent destinées à sa base (électorale) à court terme, (mais qui semblent souvent manquer d’une vision stratégique plus profonde ou d’appréciation des risques à long terme) est toujours évidente, mais l’accord a été remplacé par la recherche d’une soumission complète – à un « élargissement du pouvoir américain », comme l’écrit Russell-Mead.

La cérémonie marquant le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem reflète précisément cette « campagne » sensationnelle continue parmi ses thèmes fondamentaux. En fait, Trump a d’abord repoussé les pressions républicaines juives pour déplacer l’ambassade à Jérusalem (comme le rapporte Haaretz), mais comme l’a noté le quotidien israélien, durant ce mois , tout cela a totalement changé : « La cérémonie d’ouverture de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem était, essentiellement, un rassemblement de campagne de Trump sur invitation seulement » :

Ceux qui étaient présents avaient tous juré fidélité au président et appartenaient à l’un des groupes qui l’a salué comme un Cyrus le Grand des temps modernes : Les Juifs orthodoxes, les Israéliens de droite (y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahou) et la base républicaine pro-Trump – en particulier ceux de la communauté évangélique.

Tout cela était affiché lors de la bénédiction d’ouverture de la cérémonie, par Robert Jeffress, pasteur de la super-église baptiste texane. Les paupières comprimées dans la prière, il a remercié Dieu pour « notre grand président, Donald Trump », a loué comment Israël « a béni ce monde en nous dirigeant vers vous, le seul vrai Dieu, à travers le message de ses prophètes, ses écritures et le Messie », et en priant pour Jérusalem « au nom de l’esprit du Prince de la Paix, Jésus notre Seigneur ».

Netanyahou s’est réjoui de ses succès. Ben Caspit dans le quotidien israélien Maariv, a décrit (en hébreu) l’état de Netanyahou : « Ça s’appelle de l’euphorie ». Les néoconservateurs ont le vent en poupe : déjà Eli Lake à Bloomberg fait le lien entre la déclaration sur l’Iran et la conduite des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Dans un article intitulé Trump’s Cave to China’s ZTE, Hurts His Iran Strategy [Les concessions de Trump à la société chinoise ZTE nuisent à sa stratégie en Iran, NdT], Lake cite l’un des architectes des sanctions paralysantes « Si vous commencez à échanger des mesures d’application des sanctions contre de meilleures conditions commerciales, le pouvoir dissuasif des sanctions américaines [sur l’Iran] se dilue très rapidement ».

Lake ajoute que son collègue David Fickling a fait une remarque similaire dans sa tribune lorsqu’il a observé que le recul sur ZTE de Trump introduit une dangereuse incertitude morale. « Tout gouvernement empêtré dans un différend avec Washington sait maintenant qu’il n’a qu’à menacer la ceinture agricole [du Midwest américain, NdT] qui vote pour Trump pour s’en sortir », a écrit Fickling, laissant entendre qu’une fois que l’on s’engage sur la voie néoconservatrice de la guerre financière armée, la position du « sans répit » doit être maintenue – même dans des négociations tout à fait distinctes, comme avec la Chine sur le commerce.

Précisément. Des néoconservateurs comme John Bolton désapprouvent traditionnellement la négociation et la diplomatie, privilégiant plutôt le pouvoir brut et l’influence sur les adversaires, afin de contraindre à des concessions ou à la soumission. Le fait est que, alors que la déclaration du 8 mai s’adressait spécifiquement à l’Iran, ses conséquences se font sentir sur l’ensemble du spectre de la politique étrangère. Si le fait de se concilier la Chine sur ZTE (un fabricant chinois de smartphones et de semi-conducteurs) « nuit à la stratégie iranienne », alors bien sûr, toute exemption ou assouplissement des sanctions pour les entreprises européennes implantées en Iran, nuira à la stratégie, plus directement. Toute concession à la Russie, aussi, nuit à la stratégie. Cela devient une stratégie très contagieuse du « tout ou rien ».

Et puis il y a le sommet avec la Corée du Nord. Une fonctionnaire européenne Laura Rozen, basée à Washington, a déclaré que l’administration Trump est convaincue qu’elle a une opportunité de conclure un accord nucléaire avec la Corée du Nord en raison de sa campagne de pression maximale. « Ils l’appellent le scénario de la Corée du Nord », a dit la fonctionnaire européenne. « Mettez la pression sur les Nord-Coréens. Mettez la pression sur les Iraniens… et ils feront la même chose que Kim Jong-un… se rendre ».

Mais la camp Trump – s’il croit vraiment que c’est la pression des sanctions qui a amené Kim Jong Un à prendre la décision de convoquer une réunion avec Trump – a peut-être mal interprété le terrain.

Jong Un, en fait, a précisément averti le secrétaire Pompeo lorsqu’il l’a rencontré que le sommet avait été organisé pour cette raison : « Nous avons perfectionné notre capacité nucléaire », c’est-à-dire que la Corée du Nord – en tant que puissance nucléaire à part entière – se sent maintenant en mesure de contraindre les Américains à quitter la péninsule et à emporter avec eux leurs menaces et leurs missiles. Jong Un a le soutien de la Corée du Sud sur ce point (qu’il soit suffisamment solide pour résister aux menaces de Washington, est discutable – d’où la colère de Jong Un contre la reprise par la Corée du Sud d’exercices militaires conjoints avec les États-Unis – contrairement à ce que l’on avait compris auparavant). Jong Un a ajouté l’avertissement à Pompeo, largement ignoré par Washington, mais tout à fait clair néanmoins, que « ce [sommet éventuel] n’est pas le résultat de sanctions qui ont été imposées de l’extérieur ».

Dans un sens, Trump a maintenant besoin de ce sommet – et d’une « victoire » rapide (à temps pour les élection de mi-mandat américaines) – plus que Jong Un a besoin de rencontrer Trump. Le dirigeant nord-coréen a déjà réussi à démontrer à Pékin, Moscou et Séoul qu’il est sincère dans sa tentative de parvenir à une Corée nucléaire, désarmée et réunifiée (les exigences de la Chine à son égard) – et que ce n’est pas lui qui pose problème, mais plutôt les exigences maximalistes des États-Unis. En bref, le sommet est un moyen pour la Corée du Nord d’améliorer ses relations avec la Chine et la Russie et de poursuivre l’ouverture avec le Sud. Ce n’est pas une fin pour Jong Un.

Quoi qu’il en soit, nous verrons ce qui se passera. Mais deux questions subsidiaires apparaissent : Maintenant que Trump a embrassé le nouveau néo-américanisme (selon Russell-Mead), quelle sera la stratégie américaine si ni la Corée du Nord ni l’Iran ne se soumettent ? Les frappes militaires sont-elles à l’ordre du jour ? Deuxièmement, cette stratégie est-elle susceptible de fonctionner ? Nous devrons, bien sûr, attendre et voir. Mais il y a un point important : nous ne sommes pas en 2012 (l’année où les États-Unis ont imposé des sanctions à l’Iran). Nous sommes en 2018 et beaucoup de choses ont changé.

Trump peut s’imaginer comme un équivalent moderne de Cesare Borgia du XVIe siècle, avec Bolton comme Machiavel, et Mattis comme Léonard, construisant des machines de guerre, assassinant des ennemis et imposant un siège punitif à des villes-États italiennes indociles.

La Chine, la Russie et l’Iran ne sont pas de simples villes-États assiégées à loisir, et sans conséquences. Et, tout comme la propre base de Trump exprime son dégoût pour le « marécage » de Washington – et l’exploitation financière, pratiquée par ses élites politiques et commerciales, et exige que le marais soit drainé – de même, l’axe Chine, Russie et Iran veulent que « l’ordre mondial » soit assaini – et que leurs souverainetés soient restaurées.

Ces derniers comprennent qu’ils font face à une guerre financière pour leur inobservance. Ils comprennent (comme le président Poutine l’a encore souligné ce mois-ci) que le monopole du dollar américain se trouve au centre même du marécage de « l’ordre mondial ». Et ils savent que seule l’action collective, en fin de compte, peut l’assainir. Qui sait, même l’Europe peut, en fin de compte, rejoindre les rangs de la non-observance – pour protester contre les sanctions américaines qui leur sont imposées.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

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Bons baisers de Pékin

Bons baisers de Pékin

13 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Extrême-Orient, #Etats-Unis, #Chine

Le Donald restera-t-il dans l’histoire comme le fossoyeur de l’empire américain ? Cette question que nous nous posons depuis son élection ressurgit après le sommet historique et surmédiatisé de Singapour entre Trump et Kim.

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants, jamais explicités dans la presse grand public ni dans la majorité des médias alternatifs, un petit rappel est nécessaire :

Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. La crise coréenne ou les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l’héritage de l’immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l’Eurasie cernée à l’est, comme elle l’était à l’ouest par l’OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l’OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Des batteries THAAD sur le territoire sud-coréen, surveillant officiellement la Corée du nord et officieusement la Chine, seraient évidemment un coup porté à la dissuasion nucléaire chinoise.

Ceux qui voyaient dans la dynastie des Kim des résistants à l’empire se mettaient le doigt dans l’oeil. Les multiples provocations nucléaires de Pyongyang ont toujours été du pain béni pour les Américains ; la pire chose qui puisse leur arriver serait la chute du régime et la disparition de la menace nord-coréenne, ce qui remettrait en question la présence militaire US au Japon et en Corée du Sud. A l’inverse, ce serait une bénédiction pour la Chine et la Russie car cela ôterait le prétexte dont use et abuse le système impérial afin de conserver ses bases dans la région. Kim III ou l’idiot utile de l’empire, nous l’avons expliqué à plusieurs reprises (ici, ici ou ici)…

A ce titre, ce qui vient de se passer à Singapour a dû faire se retourner dans leur tombe Mackinder, Spykman et Brzezinski. Le rapprochement inédit entre Pyongyang et Washington a poussé le Donald à annuler les futurs exercices militaires américano-sud-coréens, ce qui a mis en émoi non seulement Séoul mais le Pentagone lui-même.

Surtout, Trump a évoqué un possible rapatriement, graduel et à terme, des soldats américains présents au Pays du matin calme, en cas de dénucléarisation de la péninsule. Inutile de dire que cette décision serait très populaire dans l’opinion publique états-unienne qui, sur le dossier nord-coréen, soutient son président.

Or, tous ces développements – fin des kriegspiel, retrait militaire US – sont exactement ce que Pékin demande depuis des années. Les observateurs ne s’y trompent pas, qui voient dans ce sommet une grande victoire chinoise. On ne se frotte pas impunément à la patrie de Sun Tzu et des Trente-Six stratagèmes…

Le troisième – 借 刀 殺 人 (Assassiner avec une épée d’emprunt) – a de troublantes ressemblances avec notre affaire : faire travailler les autres, sans qu’ils en aient conscience, dans le sens de vos intérêts. Le Donald a-t-il été l’épée d’emprunt en question pour, une nouvelle fois, saper les intérêts de l’empire ? Ca y ressemble.

Bien sûr, nous n’en sommes qu’aux prémices et beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts. Nul doute que le Deep State fera tout pour torpiller le rapprochement, sèmera des obstacles sur le chemin de la négociation, tentera de circonvenir Trump pour qu’il revienne sur ses déclarations. L’Asie du Nord-est est une zone en devenir stratégique majeur et le Washingtonistan doit s’arracher les cheveux à la simple idée de voir les Etats-Unis s’en retirer.

Bien des péripéties et rebondissements nous attendent encore, mais les événements actuels pointent inexorablement du doigt ce que l’on constate partout ailleurs : le reflux de l’empire.

De quoi vont parler Kim Jong-un et Donald Trump ? On vous résume les enjeux de leur rencontre historique

De quoi vont parler Kim Jong-un et Donald Trump ? On vous résume les enjeux de leur rencontre historique

Le président américain et le leader nord-coréen vont tenter de régler leurs différends, mardi 12 juin, à Singapour.

Un homme regarde un écran de télévision montrant des archives du président américain Donald Trump, à droite, et du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un lors d\'un reportage diffusé à la gare de Séoul, en Corée du Sud, lundi 11 juin 2018.
Un homme regarde un écran de télévision montrant des archives du président américain Donald Trump, à droite, et du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un lors d’un reportage diffusé à la gare de Séoul, en Corée du Sud, lundi 11 juin 2018. (AHN YOUNG-JOON/SIPA)

Ce sera la toute première rencontre entre un président des États-Unis en exercice et un dirigeant nord-coréen. Mardi 12 juin, Donald Trump doit s’entretenir avec Kim Jong-un à Singapour, dans un hôtel de luxe de la cité-État asiatique. Un tête-à-tête qui était inimaginable il n’y a encore que quelques mois, alors que les deux hommes étaient engagés dans une violente surenchère verbale.

Mais à J-1, l’équipe Trump s’est employée à donner une image encourageante des négociations, sur lesquelles la partie nord-coréenne est restée muette. Le chef de diplomatie américaine Mike Pompeo a assuré lundi que les discussions avaient progressé « rapidement » au cours des dernières heures et s’est dit « très optimiste » lors d’une conférence de presse.

Mais sur quoi exactement vont porter ces négociations entre les deux dirigeants, et qu’espèrent obtenir les deux parties ? Franceinfo fait le point.

De la dénucléarisation de la Corée du Nord

La question de l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord va être au cœur de la rencontre entre les deux dirigeants. Sur ce point, Washington exige une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de Pyongyang, qui s’est progressivement imposé comme une puissance nucléaire.

Le régime nord-coréen a réalisé son sixième essai nucléaire en septembre dernier, le plus puissant à ce jour. L’année dernière, le Washington Post, citant un rapport du renseignement américain, estimait que la Corée du Nord disposait de jusqu’à 60 engins nucléaires. Le pays a par ailleurs testé des missiles balistiques intercontinentaux susceptibles d’atteindre le territoire continental américain.

Pyongyang se dit engagé en faveur de la dénucléarisation de la péninsule. Mais cette formule, très vague, se prête à toutes les interprétations possibles, et la Corée du Nord ne l’a jamais clarifiée. « Cela me semble très difficile pour Kim de renoncer à la seule chose sur laquelle se fonde son importance, à savoir les armes nucléaires », a récemment estimé l’ex-secrétaire d’État adjoint américain Richard Armitage.

Interrogé par l’AFP, le spécialiste américain Siegfried Hecker considère qu’une dénucléarisation totale et immédiate est « inimaginable » : cela « reviendrait au scénario d’une reddition de la Corée du Nord ». Dans un rapport, il préconise plutôt une feuille de route qui consisterait à « suspendre, faire reculer et éliminer » les programmes balistique et nucléaire sur dix ans, voire quinze en cas de complications.

Des sanctions économiques contre Pyongyang

La Corée du Nord est sous le coup de sanctions qui asphyxient son économie, et qui lui ont été imposées pour la freiner dans sa course au nucléaire. Depuis 2006, huit salves de sanctions ont été adoptées par l’ONU, dont trois en 2017, rappelle le Council on Foreign Relations (en anglais). La dernière, datant de décembre, impose une réduction drastique des exportations de pétrole vers la Corée du Nord. « La pression économique sur la Corée du Nord est sans précédent », observe pour franceinfo Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences Po.

Le dirigeant nord-coréen « a clairement dit qu’en retour, il jugeait important que le moment venu, quand ces objectifs auront été atteints, il recevrait en contrepartie une aide économique de l’Amérique », a indiqué le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo devant une commission de la Chambre des représentants, le 24 mai dernier. Donald Trump est conscient des attentes de son homologue sur ce sujet, et les entretient. « J’estime véritablement que la Corée du Nord à un brillant potentiel et sera une grande nation économique et financière un jour. Kim Jong-un est d’accord avec moi là-dessus. Cela arrivera ! » a-t-il promis, sur Twitter, le 27 mai dernier.

Si les sanctions n’ont pas encore été assouplies, le sommet de Singapour laisse déjà présager d’une future ouverture économique. À Dandong, ville chinoise par laquelle transite l’essentiel du commerce vers la Corée du Nord, l’immobilier flambe déjà. « La plupart des acheteurs sont des hommes d’affaires du sud de la Chine, désireux de faire du commerce, se félicite un agent immobilier interrogé par l’AFP, nous avons vendu en un mois autant d’appartements que dans une année entière. »

D’un traité de paix pour la guerre de Corée

Le sommet entre les deux dirigeants pourrait aussi mettre fin à la guerre entre les deux Corées. Malgré un armistice en 1953, jamais signé par la Corée du Sud, aucun traité de paix n’a été conclu. Le conflit avait débuté trois ans auparavant, quand la Corée du Nord, occupée alors par les États-Unis, avait décidé d’envahir le Sud, sous domination américaine. Après l’armistice, la péninsule est restée coupée en deux au niveau du 38e parallèle, divisée par la DMZ, la zone démilitarisée.

Lors du sommet en avril dernier, Kim Jong-un et son homologue sud-coréen Moon Jae-in ont partagé leur volonté d’avancer vers ce traité de paix. Séoul a aussi annoncé la semaine dernière que des discussions tripartites avec Pyongyang et Washington étaient en cours pour une déclaration liminaire sur le sujet. Celle-ci précéderait un traité en bonne et due forme, dans lequel il faudrait impliquer la Chine, signataire de l’armistice et soutien de la Corée du Nord pendant la guerre.

On pourrait tout à fait signer un accord et c’est ce qu’on regarde. Ça a l’air un peu étrange, mais c’est probablement le plus facile.Donald Trump

De la présence américaine en Corée du Sud

Malgré la fin des affrontements, les États-Unis ont toujours maintenu une forte présence militaire dans la région. Ils possèdent 112 bases dans la péninsule coréenne et 90 000 soldats, dont 24 000 hommes en Corée du Sud et 60 000 au Japon. Sans oublier le bouclier antimissile américain, THAAD, déployé en Corée du Sud pour parer les éventuelles attaques nord-coréennes.

Une présence qui ne rassure pas le régime de Kim Jong-un. Selon le président sud-coréen Moon Jae-in, son homologue « a des inquiétudes sur le fait de savoir s’il peut faire confiance aux États-Unis pour mettre un terme à leur politique hostile et garantir la sécurité du régime quand le Nord se sera dénucléarisé ».

Cependant le président sud-coréen a rejeté l’idée d’un départ des soldats américains présents sur son sol, même en cas de traité de paix intercoréen. « Les forces américaines en Corée (USFK) sont un sujet qui relève de l’alliance entre la Corée du Sud et les États-Unis. Cela n’a rien à voir avec la signature d’un traité de paix », a-t-il affirmé.

Ce point reste donc à débattre et Kim Jong-un pourrait le faire valoir en échange d’une dénucléarisation complète de son pays. L’agence de presse nord-coréenne KNCA a d’ailleurs rappelé la position ferme de Pyongyang : les États-Unis devraient, pour cela, retirer « le parapluie nucléaire », à savoir le bouclier antimissile américain qui protège la Corée du Sud et le Japon.

Le retrait des troupes américaines de Corée du Sud ne sera « pas sur la table » lors du sommet Trump-Kim (Mattis)

Le retrait des troupes américaines de Corée du Sud ne sera « pas sur la table » lors du sommet Trump-Kim (Mattis)

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 02/06/2018 16:41

Le ministre américain de la Défense, James Mattis, a déclaré samedi qu’il n’y aurait pas de discussions sur le retrait ou la réduction de la présence militaire américaine sur la péninsule de Corée lors des pourparlers avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Le chef du Pentagone a émis ces remarques lors du 17e sommet sur la sécurité en Asie, connu sous le nom de Dialogue Shangri-la, qui s’est ouvert vendredi à Singapour pour durer jusqu’à dimanche.

Toute discussion sur le nombre de soldats américains en Corée du Sud doit avoir lieu à l’invitation de la Corée du Sud et faire l’objet de pourparlers entre Washington et Séoul, qui sont « séparés et distincts des négociations en cours avec la RPDC », a confirmé M. Mattis lors d’une session de questions-réponses à l’issue d’une intervention.

« Cette question ne sera pas sur la table à Singapour le 12 (juin) et n’a pas vocation à l’être », a-t-il fait remarquer.

Cependant, il a affirmé que « si les diplomates pouvaient faire leur travail, si nous pouvions réduire la menace, si nous pouvions reprendre des mesures de consolidation de la confiance sur la base d’éléments vérifiables, alors des questions de ce genre pourraient être soulevées par la suite entre (la Corée du Sud et les Etats-Unis) ».

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi qu’il rencontrerait le dirigeant suprême de la RPDC Kim Jong Un le 12 juin à Singapour, comme prévu après les derniers rebondissements.

Lors d’une session séparée du Dialogue Shangri-la le même jour, le ministre sud-coréen de la Défense Song Young-moo a également indiqué que la présence des forces américaines dans son pays était une question séparée de la question nucléaire sur la péninsule de Corée.

https://chine.in/actualite/asie/retrait-des-troupes-americaines-coree_18565.html

La France salue l’adoption de la « Déclaration de Panmunjom » par la RPDC et la Corée du Sud

La France salue l’adoption de la « Déclaration de Panmunjom » par la RPDC et la Corée du Sud

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 27/04/2018 21:06

La France accueille positivement l’adoption de la « Déclaration de Panmunjom pour la paix, la prospérité et l’unification de la péninsule coréenne » par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la Corée du Sud, a indiqué vendredi le ministère français des Affaires étrangères.

Elle « forme le voeu que cette déclaration contribue à l’instauration d’une paix durable sur la péninsule coréenne », ajoute-t-il.

« Nous saluons par ailleurs la volonté des deux pays de travailler à l’objectif commun d »une péninsule coréenne sans armes nucléaires’. Nous attendons des gestes concrets en vue d’une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne », conclut le ministère.

https://chine.in/actualite/asie/france-salue-adoption-declaration_18383.html

Corées: sommet historique entre Kim et Moon

Corées: sommet historique entre Kim et Moon

Moon Jae-in (d) et Kim Jong Un se serrent la main sur la ligne de démarcation avant le début du sommet, le 27 avril 2018 à Panmunjom / © Korea Summit Press Pool/AFP/Archives / Korea Summit Press Pool

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in tenaient vendredi un sommet historique après une poignée de main hautement symbolique sur la Ligne de démarcation militaire qui divise la péninsule.

M. Kim s’est dit « submergé par l’émotion » après avoir franchi la ligne de démarcation en béton, devenant le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol sud-coréen depuis la guerre de Corée (1950-53).

A l’invitation impromptue du Nord-Coréen, les deux hommes ont brièvement marché main dans la main du côté nord-coréen de la frontière avant de se rendre à pied à la Maison de la paix, structure de verre et de béton située dans la partie sud du village de Panmunjom, où fut signé l’armistice.

« Je suis venu ici déterminé à donner un signal de départ, au seuil d’une histoire nouvelle », a déclaré M. Kim, dont le pays est accusé d’abus généralisé des droits de l’Homme.

L’arsenal atomique nord-coréen figure en bonne place du menu et M. Moon a espéré conclure « un accord audacieux afin d’offrir à l’ensemble du peuple coréen et aux gens qui veulent la paix un grand cadeau ».

M. Kim était accompagné par Kim Yo Jong, sa soeur et sa proche conseillère, ainsi que par son responsable des relations intercoréennes. M. Moon était flanqué par le patron du renseignement nord-coréen et par son directeur de cabinet.

Cette réunion illustre la spectaculaire détente qui s’est emparée de la péninsule depuis que M. Kim a surpris son monde en annonçant le 1er janvier que son pays participerait aux jeux Olympiques d’hiver organisés au Sud.

Ce sommet doit être le précurseur d’un face à face très attendu entre M. Kim et le président américain Donald Trump.

« Kim Jong Un discutera en toute franchise (…) de tous les problèmes rencontrés pour améliorer les relations intercoréennes et parvenir à la paix, la prospérité et la réunification », a indiqué avant le début de la rencontre l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

Elle n’a pas mentionné la dénucléarisation.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2011 au décès de son père, M. Kim a présidé à une accélération fulgurante des programmes nucléaire et balistique nord-coréens.

– « Difficile » –

En 2017, Pyongyang a mené son essai nucléaire le plus puissant à ce jour et testé des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) mettant à sa portée le territoire continental des Etats-Unis.

Les tensions avaient grimpé à des sommets tandis que MM. Kim et Trump échangeaient menaces apocalyptiques et insultes personnelles.

M. Moon a saisi la branche d’olivier olympique pour lancer le dialogue avec Pyongyang, expliquant que le sommet intercoréen servirait de base à la réunion entre le Nord et Washington.

La Maison Blanche a souhaité que le sommet débouche sur un « futur de paix et de prospérité pour toute la péninsule coréenne ».

Le président Trump a exigé que le Nord renonce à ses armes nucléaires et Washington réclame que la dénucléarisation soit totale, vérifiable et irréversible.

Mais le directeur du secrétariat de la présidence sud-coréenne Im Jong-seok a prévenu jeudi que rien n’était gagné: les avancées technologiques des programmes balistique et nucléaire du Nord signifient que tout accord serait « fondamentalement différent par nature des accords de dénucléarisation conclus dans les années 1990 et au début des années 2000 ».

« C’est ce qui rend ce sommet particulièrement difficile ».

Pyongyang demande des garanties sur sa sécurité — qui n’ont pas été précisées– pour discuter de son arsenal.

Quand M. Kim s’était rendu le mois dernier à Pékin, son premier voyage à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir, il avait dit selon l’agence officielle Chine Nouvelle que la question pouvait être réglée si Séoul et Washington prenaient « des mesures progressives et synchronisées en vue de la réalisation de la paix ».

Dans le passé, le concept de « dénucléarisation de la péninsule » a pu signifier pour Pyongyang le départ des 28.500 militaires américains stationnés au Sud et le retrait du parapluie nucléaire américain, toutes choses impensables pour Washington.

– Arbre de la paix –

« Les gros dossiers sont la paix et la dénucléarisation », a résumé à l’AFP John Delury, professeur à la Yonsei University.

Les deux Corées « peuvent faire beaucoup plus sur la paix que sur la dénucléarisation », estime-t-il. Mais le communiqué publié à la fin du sommet offrira « une chance d’analyser chaque mot, de lire entre les lignes, de voir ce qui y est et ce qui n’y est pas ».

Samedi, M. Kim a annoncé un moratoire sur les essais nucléaires et les tirs de missiles balistiques à longue portée, affirmant que les objectifs étaient atteints.

Il a également annoncé la fermeture du seul site nord-coréen connu d’essais nucléaires. Mais certains experts soupçonnent que le dernier test, en septembre, l’aurait rendu inutilisable.

Séoul a également souhaité que le sommet soit l’occasion de discuter d’un traité de paix pour mettre fin officiellement à la guerre. Les deux voisins sont toujours techniquement en guerre.

La reprise des réunions de familles séparées par la guerre pourrait également être abordée.

Après la session matinale, M. Kim a franchi la frontière dans l’autre sens pour le déjeuner, une dizaine de gardes du corps courant à côté de sa limousine.

Avant la séance de l’après-midi, MM. Kim et Moon planteront un pin. Cet arbre « représentera la paix et la prospérité sur la Ligne de démarcation militaire, qui est le symbole de la confrontation et de la division depuis 65 ans », selon Séoul.

(©AFP / 27 avril 2018 07h18)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Corees-sommet-historique-entre-Kim-et-Moon/912640.rom

 

Les Etats-Unis n’imposeront pas de droits de douane élevés aux importations d’acier sud-coréennes

Les Etats-Unis n’imposeront pas de droits de douane élevés aux importations d’acier sud-coréennes

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 26/03/2018 17:15

Les Etats-Unis n’imposeront pas de droits de douane élevés aux importations d’acier en provenance de Corée du Sud dans le cadre d’un entente visant à réviser leur accord de libre-échange (ALE) conclu il y a six ans, a déclaré lundi le ministre sud-coréen du Commerce, Kim Hyun-chong.

« La Corée du Sud est devenue le premier pays à avoir achevé les négociations [sur l’exemption de droits de douane américains pour les importations d’acier] et a dissipé les incertitudes des aciéries sud-coréennes en ce qui concerne leurs exportations vers les Etats-Unis », a déclaré M. Kim lors d’une conférence de presse.

En vertu de cet accord, la Corée du Sud continuera à être exemptée de droits de douane américains de 25% sur les importations d’acier même après la fin de la période de report temporaire des droits de douane, qui s’achèvera le 1er mai.

Le département américain du Commerce avait recommandé au président Donald Trump d’imposer des droits de douane de 53% sur les produits d’acier importés de certains pays, dont la Corée du Sud. Washington avait alors annoncé que cette mesure serait reportée pour un certain nombre de pays, dont la Corée du Sud, qui avait négocié avec les Etats-Unis sur les nouveaux droits de douane et leur pacte bilatéral de libre-échange entré en vigueur en 2012.

En contrepartie de cette exemption, la Corée du Sud a autorisé les Etats-Unis à fixer un plafond annuel de 2,68 millions de tonnes pour les importations de produits d’acier.

Ce quota d’importations équivaut à 74% des exportations sud-coréennes d’acier vers les Etats-Unis. La Corée du Sud est le troisième plus grand fournisseur d’acier des Etats-Unis.

https://chine.in/actualite/asie/les-etats-unis-imposeront-pas-droits-douane_18266.html

Corée(s) ou la diplomatie du kimchi… Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 05-03-2018

« Soyez réalistes, demandez l’impossible » déclarait le révolutionnaire Ernesto Che Guevara. Tel est bien ce qui semble se passer aujourd’hui, et peut-être demain, entre deux pays en guerre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les deux Corée avec ce que l’on qualifie déjà de « détente »1. Le lancement des Jeux Olympiques d’hiver le 9 février 2018 en Corée du sud à Pyeongchang est éclipsé par l’offensive diplomatique de charme de la Corée du nord avec la présence de la sœur de Kim Jong-un sur le site olympique2. Hier encore, on nous parlait de guerre. Aujourd’hui, on pense paix. Quel changement sémantique intervenu sur un aussi court laps de temps ?

Débouchera-t-il sur un changement géopolitique et stratégique dans la région ? Les meilleurs experts de Washington semblent avoir été surpris par la tournure subitement prise par la crise, saisis qu’ils étaient par l’idéologie, cette maladie qui consiste à préférer les idées au réel. Chinois et Russes restent discrets. L’Union européenne et son pléthorique et inefficace service européen d’action extérieure sont aux abonnés absents. La France parle pour ne rien dire, une fois de plus. Que ne ferait-on pas pour exister ? Même si à ce stade, il est prématuré de tirer des conclusions définitives (« les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir » nous rappelle fort à propos l’humoriste Pierre Dac), nous pouvons essayer de rechercher quelques grandes lignes de force caractérisant l’évolution de la situation diplomatique. Comment est-on passé d’une situation de crise à une atmosphère apaisée, du moins sur le court terme ? Qui semblent être les gagnants et les perdants de cette redistribution des cartes dans la région et au-delà ? Quelques remarques s’imposent sur les réactions stupides du Quai d’Orsay dont le train est resté en gare.

LA DIVINE SURPRISE : DE LA GUERRE À LA PAIX ?

Depuis des mois, nous prenions l’habitude d’entendre des bruits de bottes sur les grandes places de Pyongyang et d’assister à des manœuvres américaines au large de la péninsule coréenne. Désormais, les militaires coréens laissent le champ libre aux diplomates des deux pays.

Bruits de bottes et boutons nucléaires

Il y a quelques semaines encore, nos experts les plus distingués (les « toutologues » chers à Régis Debray) nous annonçaient, sur les plateaux des chaines d’information en continue, l’imminence d’une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Corée du nord. Pour cela, ils décryptaient les échanges de tweets – nouvelle arme de communication massive de la diplomatie du XXIe siècle – entre les deux joueurs de poker menteur (« twitterman » et rocketman »). Le ton montait, chacun prédisant la destruction de l’autre. Les deux protagonistes en arrivaient même à comparer la grosseur de leur bouton nucléaire. Horresco referens ! Chaque tir de missile du dictateur nord-coréen était suivi d’un avertissement de l’ancien magnat de l’immobilier américain. Chacun fourbissait ses injures avant de fourbir ses armes. La guerre des tweets faisait rage. Les deux lutteurs pratiquaient à merveille la diplomatie du bord du gouffre. Le monde retenait son souffle avant le grand chambardement, « la danse des neutrons, l’atome en goguette, le ping-pong des planètes, le quadrille des fusées et des torpilles, se crêpant le chignon à coups de champignons … » pour reprendre quelques expressions de la délicieuse chanson de Guy Béart.

La question n’était plus de savoir si mais quand la guerre interviendrait dans cette région du monde3. L’arme nucléaire, qui était restée une arme de dissuasion, une arme de non-emploi pendant toute la Guerre froide était en passe de changer de nature. Elle était en passe de se transformer en arme d’emploi comme un vulgaire obus conventionnel (Cf. la nouvelle doctrine nucléaire américaine sur les « Mini Nukes »). Une révolution copernicienne, de l’avis des stratèges, était en préparation. Le monde incrédule se préparait au grand soir, ne sachant pas par quel bout prendre le problème nord-coréen, ce monde qui avait mis treize ans à désamorcer l’arme nucléaire iranienne. Que penser de la pérennité du régime de non-prolifération nucléaire mis à mal par les foucades du dirigeant de la Corée du nord ? Ne fournissait-il pas un excellent argument aux proliférateurs de tout poil ?

Place à la diplomatie et aux palabres asiatiques

Ô surprise, divine surprise, la diplomatie du sport intervient pour calmer le jeu, pour apaiser les tensions, pour accroître la confiance4. Il y trois semaines, le très jovial dirigeant Kim Jong-un annonce qu’il enverra une équipe de sportifs nord-coréens participer aux Jeux Olympiques d’hiver organisés par la Corée du sud à Pyeongchang à compter du 9 février 2018. Foucade ou réalité ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Les sportifs des deux Corées défilent sous la même bannière, celle de la Corée réunifiée, lors de la cérémonie d’ouverture. Les « pom-pom girls » venus de Pyongyang encouragent bruyamment les Corées lors de toutes les compétitions5. C’est du jamais vu depuis la partition du pays dont les cicatrices sont encore à vif des deux côtés de la ligne de démarcation matérialisée par les 38ème parallèle6.

Une première depuis plus d’un demi-siècle. Qui plus est, la sœur du dirigeant nord-coréen fait le déplacement, rencontre le président sud-coréen et lui transmet une invitation officielle à se rendre « dès que possible » en visite en Corée du nord7. De la diplomatie belliqueuse, on passe à la diplomatie de la main tendue. Des échanges d’invectives, on passe aux échanges d’amabilités. Qui l’aurait cru, il y a quelques semaines encore. Incroyable mais vrai. Le monde est imprévisible, souvent au plus mauvais sens du terme, parfois dans son meilleur sens. De la difficulté de la prévision ! Nous ne saurions bouder notre plaisir. L’horizon bouché semble se dégager comme un ciel chargé après un orage retrouve sa couleur bleue grâce à un soleil complice. Metternich ne disait-il pas que « le rôle du diplomate est d’accourir avec un seau partout où le feu menace » ? Le diplomate est un soldat dans le civil, prétend-on dans les boutades entre l’épée et le bicorne. Cela bien être le cas aujourd’hui en Corée !

Cette volte-face nord-coréenne, encouragée par une présidence sud-coréenne peu attirée par le langage guerrier de Donald Trump8 s’accompagne de son traditionnel lot de gagnants et de perdants, du moins sur le court terme tant il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif de cette éclaircie dans le ciel coréen9.

GAGNANTS/PERDANTS : LA NOUVELLE ÉQUATION CORÉENNE

Une question se pose à tous les amateurs de relations internationales et les férus de diplomatie. Qui est à l’origine de ce dégel, de cette baisse de la tension entre les deux Corée ? Nul ne le sait encore. Les voies de la diplomatie sont aussi impénétrables que celles du Seigneur.

Les bénéficiaires de l’éclaircie olympique

Toujours est-il que nous percevons les bénéficiaires de cette subite éclaircie dans un ciel plombé depuis plusieurs mois. Les Coréens qui aspirent à la paix sont les premiers touchés par cette soudaine accalmie rendue possible par le miracle des Jeux Olympiques d’hiver10. La détente s’engage entre les deux pays11. La Corée du nord se voit reconnaître comme un interlocuteur incontournable12 alors dont on ne sait pas grand-chose sur le plan économique13. La Corée du sud qui s’émancipe de la tutelle pesante du grand frère américain14 et dont le président Moon Jae-in privilégie l’approche coopérative patiente à la voie coercitive aléatoire15.

Le chef de l’État apparait comme le vainqueur des JO16. Il est toujours mieux de laver son linge sale en famille. Les Chinois, qui ne veulent pas voir la péninsule s’embraser, se félicitent de voir ce mauvais coup porté aux Américains qui dénoncent à longueur de colonnes l’espionnage à grande échelle de Pékin et le dumping commercial de l’Empire du milieu qui nuit à l’emploi de l’Oncle Sam17. Ils abordent l’année du chien (celle des conflits) en position de force. Les Russes, qui prônent le dialogue depuis le début de la crise et qui ne doivent pas être mécontent de moins faire la une des journaux d’Outre-Atlantique en termes d’ingérence dans la campagne pour les élections présidentielles remportées par Donald Trump, doivent rire sous cape. Le lobby militaro-industriel américain, qui profite in extremis du paroxysme de la crise, pour obtenir l’engagement de coûteux programmes d’armes nucléaires tactiques. Cela se chiffre en milliards de dollars. C’est du sérieux et du lourd.

Au passage, qu’aurait-on dit si Vladimir Poutine avait pris une telle décision ? Les accusations auraient succédé aux admonestations… sans parler des sacro-saintes sanctions18. Au contraire, c’est la Russie qui est accusé d’être une menace justifiant une adaptation de la stratégie de l’OTAN19. Surtout depuis l’adresse du président russe du 1er mars 2018 au cours duquel il a annoncé l’existence de nouvelles armes balistiques nucléaires20.

En dernière analyse, tous ceux qui sont attachés à la paix et la sécurité internationales (formule reprise de la charte de l’ONU) applaudissent des deux mains cette initiative, se réjouissant du mauvais coup porté au pyromane américain (Cf. ses exploits en Afghanistan, Irak, Somalie…) et ses prétendues « guerres humanitaires »21. Comme le souligne justement Alain Joxe : « la dominance stratégique des États-Unis produit des guerres sans fin »22. Le monde commence à se désintoxiquer de la drogue atlantiste et du bellicisme de Washington. Ce qui est un bien pour le renforcement de la paix et de la sécurité internationale. Après les gagnants, quels sont les perdants de l’opération séduction nord-coréenne ?

Les dindons de la farce sportive

Nous entrevoyons également les dindons de cette farce sportive. Une fois encore, les cartes sont rebattues dans cette partie de l’Asie. « Il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. À la longue, le sabre est toujours vaincu par l’esprit » nous rappelle fort opportunément Napoléon Bonaparte23. Donald Trump voit la solution d’un conflit potentiel lui échapper et, par là-même, l’Amérique perdre son statut de « nation indispensable »24 en Asie après le Proche et le Moyen-Orient. Le maniement de la ligne dure, choisie par Donald Trump et son administration, semble avoir été soudain contourné et montre les limites de l’intransigeance25.

L’Amérique est de moins en moins incontournable dans le monde comme elle l’était encore il y a quelques années encore au moment de ce bref « moment unipolaire » qui succède au duopole américano-soviétique. Sur le plan international, le leadership et le soft power américain ont été ruinés26. Pire encore, les États-Unis, qui incarnaient la garantie or de la stabilité occidentale, sont démonétisés. Mike Pence, le vice-président américain, qui a fait le déplacement en Corée du sud, déclare que Washington est disposé à discuter avec la Corée du nord tout en refusant de serrer la main de la sœur du dirigeant nord-coréen !27

Avec l’effacement stratégique américain (Washington est contraint à broder sur la fourniture d’armes chimiques de Pyongyang au régime de Damas), les comparses chinois et russes apparaissent de plus en plus impliqués, présents et actifs dans la conduite des relations internationales. Avec les « routes de la soie » pour les premiers et avec la Syrie pour les seconds. Les idiots utiles, qualifiés d’alliés à l’OTAN en perdent leur latin. Le dogme de l’église atlantique est remis en cause, en question par quelques pouilleux et autres gueux de bas étage. Les hérétiques sont encore présents et font entendre leur voix. Le régime de non-prolifération nucléaire, dont la clé de voûte est le TNP (traité de non-prolifération nucléaire), est écorné, lui qui ne prévoit que l’existence de cinq puissances nucléaires légitimes : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France. L’illusion est parfaite, mais la réalité est triviale. Le club s’est progressivement élargi aux pays qualifiés pudiquement de « pays du seuil » : Israël, Inde, Pakistan (non signataires du TNP) et, désormais, à la Corée du nord (ayant quitté fort à propos le TNP au milieu du gué). Au moment où Washington veut asphyxier l’ancienne perse28, Téhéran doit en pâlir d’envie alors que l’Iran est récompensé de son respect de l’accord avec les cinq par de nouveaux trains de sanctions américaines justifiées par son programme balistique et son ingérence dans le conflit syrien.

Quand on pense que l’ICAN (la campagne internationale pour l’élimination des armes nucléaires) e été récompensé par les Nobel de la paix pour son pseudo-traité sur l’interdiction des armes nucléaires, signé par aucune des puissances nucléaires mais par quelques États membres de l’OTAN dont la stratégie de dissuasion nucléaire est toujours en vigueur29. Vive la diplomatie des rêves et des chimères ! Le seul principe de gestion des affaires internationales, c’est le rapport de force. « Nous sommes bien parvenus à une révision des rapports de puissance et à l’heure d’une réévaluation stratégique globale » comme le souligne si justement Hélène Carrère d’Encausse30.

Charité bien ordonnée commence par soi-même a-t-on coutume de dire. Qu’en est-il de la position de notre douce France telle qu’exprimée publiquement par son excellent chef de la diplomatie ?

LE QUAI RESTÉ À QUAI : LA FRANCE QUI TOMBE ?

Grâce aux relations par les médias des paroles illustres de notre chef de la diplomatie française – le brillant successeur de Laurent Gaffius -, nous découvrons de nouvelles facettes de Jean-Yves Le Drian. Celui dont les dirigeants socialistes réclament impérativement qu’il effectue un choix entre la République en marche de Jupiter et le champ de ruines de la rue de Solférino. Il est tout à fait à l’aise avec les robinets d’eau tiède et l’enfoncement de portes ouvertes.

Un superbe robinet d’eau tiède en période d’inondation

Quant à la France, dont la « voix est attendue et entendue » (si l’on croit ce que nous racontent de façon pavlovienne nos bonimenteurs qui nous servent de dirigeants), elle mérite une mention particulière, un prix spécial du jury. Un bonnet d’âne devrait être attribué à l’ancien professeur d’histoire qu’il fut il y a bien longtemps et qui est aujourd’hui notre très sagace ministre de l’Europe et des Affaires qui lui sont de plus en plus étrangères, Jean-Yves Le Drian. Celui qui avait fait des offres de service sur le dossier coréen dans son long entretien récent accordé au Figaro31. Quelles paroles historiques prononce-t-il lors de son déplacement sur le site des JO d’hiver ? Cela vaut son pesant d’or pour un homme dont le plus clair du travail consiste à œuvrer pour la paix. Peut-être a-t-il omis de penser qu’il n’était plus le ministre de la Défense de François Hollande.

Que nous dit ce Nostradamus de la diplomatie française ? « Imagine, la colombe et aussi cette montée de la flamme avec ces deux jeunes femmes, une Sud-Coréenne et une Nord-Coréenne, ce sont les symboles les plus forts » déclare notre nouveau Talleyrand le 10 février 2018 lors d’une conférence de presse au Club France de Pyeongchang, au lendemain de la cérémonie d’ouverture à laquelle il a assisté32. N’était-ce pas la place du ministre des Sports sauf à vouloir jouer les potiches auprès des grands de ce monde qu’il n’a semble-t-il pas rencontrés ? C’est ce que l’on qualifie de diplomatie de témoignage. Mais, la suite de son entretien aux médias français est de meilleure facture. C’est du lourd, du très lourd. Nous allons pouvoir en être témoin.

Un brillant enfonceur de portes ouvertes

« On a failli se dire ‘l’olympisme a réussi, on est en paix’. Mais ça n’est qu’une trêve. Et par définition, une trêve, ça a une fin » ajoute notre devin de pacotille, rappelant la position de la France et de la communauté internationale sur ce dossier, à savoir « la nécessaire dénucléarisation de la Péninsule ». Et d’ajouter très doctement : « Peut-être qu’hier des petits cailloux ont été posés dans cette direction, mais c’est à voir » (il nous refait la fable du petit poucet). Et de conclure : « On a vécu le rêve olympique qui est celui de la réconciliation et de la paix. On verra. C’est une trêve et c’est une très bonne nouvelle. Elle est même renforcée avec cette image de l’équipe commune. Pourquoi ne pas croire au rêve? Mais il faut aussi revenir à la réalité et cette réalité implique la dénucléarisation de la Péninsule ». On en reste coi à prendre connaissance de ces commentaires de journaliste stagiaire en charge des chiens écrasés ! Quelle hauteur de vue, quelle clairvoyance, quelle prescience et dire qu’il a plus d’une dizaine de hauts diplomates attachés à son cabinet sans parler des centaines à l’administration centrale et à l’étranger pour éclairer sa lanterne. La « dénucléarisation de la Péninsule », cela reste de l’ordre du vœu pieu pour le moment. Le ministre en charge des relations internationales cède à cette tentation de l’incantation irréaliste qui le rattrape aujourd’hui. Le terme de « trêve » a une signification précise : « cessation provisoire des combats, par convention des belligérants ».

De quels combats parle-t-il ? De quelle « convention des belligérants » s’agit-il ? Qui sont exactement les « belligérants » dans cette affaire, les seuls Coréens (du nord et du sud) ou bien faut-il y ajouter les Américains, puissance « invitée » ? Avec Jean-Yves Le Drian à la tête du Quai d’Orsay, nous disposons – et nous ne mesurons pas l’immense chance que nous avons – du meilleur peintre impressionniste de la vie internationale ainsi que du meilleur adepte de la méthode du bon docteur Coué en charge de la diplomatie française. Le moins que l’on puisse dire est que cela n’est pas très rassurant pour notre pays et pour son supérieur hiérarchique, Jupiter dit Macron d’Orsay33. On ne se refait pas en un jour.

Même si une hirondelle ne fait pas le printemps, on peut être raisonnablement optimiste sur la suite après les légitimes craintes que nous avons eues à la fin de l’année 2017 au sujet de l’évolution de la situation sur la péninsule coréenne. Les Occidentaux n’ont joué aucun rôle dans ce dégel hivernal, pris dans un phénomène de sidération qu’ils étaient. Ils sont victimes d’un double, triple déni de réalité. Faute de comprendre le monde et ses évolutions, ils se contentent de commenter a posteriori une actualité sur laquelle ils n’ont pas/plus la moindre prise. Les discours moralisateurs à bon marché et les caricatures simplistes ont de moins en moins de prise sur le réel. Nous sommes confrontés à « un véritable naufrage de l’esprit au profit d’une pensée mécanique, formatée selon des standards délirants »34.

C’est pourquoi, les Occidentaux devraient accepter « une pédagogie de la relativité »35. Pour sa part, alors que les euro-béats nous annoncent régulièrement son retour, « l’Union européenne n’est pas sortie de l’Histoire, comme on le dit à tort, pour la raison qu’elle n’y est jamais entrée » comme l’écrit justement Régis Debray. Quand l’Europe vassale comprendra-t-elle que le monde n’a pas nécessairement envie de se transformer en une annexe obéissante et servile de l’Amérique du nord ? Décidément, l’Extrême-Orient est aussi, si ce n’est plus compliqué, que le Proche et Moyen-Orient pour les puissances extra-régionales. Tout ce beau monde n’a rien compris à la diplomatie sportive matinée d’une pincée de diplomatie du kimchi (chou fermenté traditionnel coréen) pour le rapprochement olympique dans l’affaire coréenne.Guillaume Berlat
5 mars 2018

1 Sébastien Falleti, Aux Jeux, la détente s’engage entre les deux Corées, Le Figaro, 12 février 2019, p. 9.
2 Éditorial, Les JO de la Corée du nord, Le Monde, 11-12 février 2018, p. 26.
3 Guy Béart (paroles et musique), Le grand chambardement, 1973.
4 Christian Makarian, Entre les deux Corées, le match de l’image, l’express, 14 février 2018, p. 7.
5 Clément Martel, Ballet diplomatique sur glace, Le Monde, 13 février 2018, p. 15.
6 Hwang Sok-yong (propos recueillis par Philippe Pons), « Mon pays, la Corée a été divisée d’un trait sur la carte », Le Monde, Géopolitique, 11-12 février 2018, p. 15.
7 Philippe Pons, La sœur de Kim Jong-un invite le président sud-coréen, Le Monde, 11-12 février 2018, p. 3.
8 Gilles Paris, La parade militaire de Trump piétine, Le Monde, 11-12 février 2018, p. 4.
9 Yann Rousseau, Après la fête olympique, le difficile rapprochement entre les deux Corées, Les Échos, 12 février 2018.
10 Clément Guillou/Clément Martel, De la paix et des jeux, Le Monde, 27 février 2018, p. 12.
11 Sébastien Falleti, Aux Jeux, la détente s’engage entre les deux Corées, le Figaro, 12 février 2018, p. 9.
12 Juliette Morillot/Dorian Malovic, Le monde selon Kim Jong-un, Robert Laffont, 2018.
13 Marie de Vergès, En économie aussi, la Corée du nord avance masquée, Le Monde, Économie & Entreprise, 16 février 2018, p. 7.
14 Philippe Pons, Moon, funambule entre Pyongyang et Washington, Le Monde, 15 février 2018, p. 5.
15 Alain Frachon, Corées, le tremplin des JO, Le Monde, 16 février 2018, p. 22.
16 Philippe Mesmer, Le président sud-coréen, vainqueur des JO, Le Monde, 25-26 février 2018, p. 2.
17 Arnaud Leparmentier, Donald Trump passe à l’attaque sur le plan commercial, Le Monde, Économie & Entreprise, 3 mars 2018, pp. 1 et 4.
18 Jack Dion, Trump fait la bombe et l’Europe regarde ailleurs, Marianne, 9-15 février 2018, pp. 52-53.
19 Nathalie Guibert/Jean-Pierre Stroobants, Face à Moscou, l’OTAN muscle son état-major, Le Monde, 15 février 2018, p. 2.
20 Démonstration de force militariste du président-candidat Poutine, Le Monde, 3 mars 2018, p. 4.
21 Rony Brauman (conversations avec Régis Meyran), Guerres humanitaires ? Mensonges et intox, Conversations pour demain, Textuel, 2018.
22 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global. Spéculations financières. Guerres robotiques. Résistance démocratique, La Découverte, 2012, p. 92.
23 Daniel Rondeau, Mécaniques du chaos, Grasset, 2017, p. 49.
24 Pascal Bruckner, « Le XXIe siècle ne sera pas américain », Le Monde, 15 décembre 2017, p. 21.
25 Harold Thibault, Trump annonce de « lourdes » sanctions contre Pyongyang, Le Monde, 25-26 février 2018, p. 2.
26 Nicolas Baverez, 2018, année décisive pour la démocratie, Le Figaro, 26 décembre 2017, p. 13.
27 Le 20 février 2018, le porte-parole du Département d’État que Mike Pence était prêt à rencontrer une délégation de responsables nord-coréens en marge de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver mais la réunion aurait été annulée au dernier moment par Pyongyang.
28 Jean-Pierre Perrin, Pourquoi Washington veut asphyxier l’Iran ?, www.mediapart.fr , 25 février 2018.
29 Jean Daspry, ICAN : les Nobel se font plaisir, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 octobre 2017.
30 Hélène Carrère d’Encausse, De Gaulle et la Russie, Fayard, 2017, p. 11.
31 Guillaume Berlat, Quai d’Orsay : la fortersse vide…, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 janvier 2018.
32 Jean-Yves Le Drian sur l’union des deux Corées aux JO : « Ce n’est qu’une trêve », www.lejdd.fr , 10 février 2018.
33 Guillaume Berlat, Le désarroi de l’élève Le Drian (2), www.prochetmoyen-orient.ch , 11 septembre 2017.
34 Pascal Bruckner, précité.
35 Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée, Gallimard, 1987, p. 128.Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est iciSource : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 05-03-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

10 réponses à Corée(s) ou la diplomatie du kimchi… Par Guillaume Berlat… Pour lire les 10 réponses  , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/corees-ou-la-diplomatie-du-kimchi-par-guillaume-berlat/

Alliance militaire secrète Émirats-Corée du Sud

Alliance militaire secrète Émirats-Corée du Sud

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Les Émirats arabes unis et la Corée du Sud sont liés par un pacte militaire secret conclu durant la période 2009-11, apprend-on dans le cadre d’une enquête pénale pour corruption contre l’ancien président Lee Myung-bak (2008-13) (photo).

La Corée du Sud se serait engagée à défendre les Émirats arabes unis en cas de guerre ; une clause qu’elle n’a, à ce jour, acceptée qu’avec les États-Unis.

Ce traité serait le volet militaire de la vente d’une centrale nucléaire aux Émirats. En décembre 2009, Electric Power Corporation (Corée du Sud) avait emporté un appel d’offres sur Areva (France), General Electric (États-Unis) et Hitachi (Japon) pour construire un complexe nucléaire d’une valeur de 40 milliards de dollars. Deux des quatre réacteurs de 1 400 mégawatts sont presque terminés et la totalité du complexe devrait être livré avant la fin 2018.

La Corée du Sud a déployé des troupes de paix
- au Soudan du Sud (unité Hanbit),
- au Liban (unité Dongmyung),
- à Oman (unité navale Cheonghae)
- et aux Émirats arabes unis (unité Akhl, c’est-à-dire « frère » en arabe). Seuls les 1 600 hommes de ces dernières sont autorisés à combattre.

L’ancien président Lee Myung-bak a refusé de commenter ces informations.

La Corée du Sud est en train de négocier la construction d’autres centrales nucléaires dans la région, en Arabie saoudite cette fois.

Les Émirats sont militairement engagés aux côtés de l’Arabie saoudite au Yémen.

http://www.voltairenet.org/article200004.html

Corée : Kim Jong-Un veut unifier la péninsule et évincer les forces US du Sud en se rapprochant avec Séoul

Corée : Kim Jong-Un veut unifier la péninsule et évincer les forces US du Sud en se rapprochant avec Séoul

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15.02.2018

La politique est l’art du possible.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a adressé un message de remerciements à la Corée du Sud après le retour d’une délégation de très haut niveau comprenant le Chef de l’État et la petite soeur du dirigeant suprême de Séoul.

Il semble que Pyongyang dispose d’une stratégie pour se rapprocher de la Corée du Sud et neutraliser sinon rendre inopérante l’influence US dans la péninsule coréenne.

Grand admirateur de son grand-père, Kim Il-Sung, le fondateur de la dynastie, Kim Jong-Un s’est juré de se rendre à Séoul.

Cependant à la différence de son grand-père qui avait foulé le sol de la capitale sud-coréenne à la tête de ses armées, Kim Jong-Un compte le faire en homme de paix et en unificateur pour marquer définitivement son nom dans l’histoire coréenne.

Kim Jong-Un a déjà réussi un défi impossible :  il a hissé sa petite nation isolée et recluse au rang de puissance nucléaire et gagné haut la main son bras de fer avec les États-Unis. Une posture dont rêvent tout bas la plupart des hommes politiques nippons, adversaires déclarés et acharnés de Pyongyang mais qui souhaitent que le Japon dise « Non » à Washington et mette fin à des relations déséquilibrées depuis l’intrusion de « cet impudent Amiral Perry » et la « funeste Convention de Kanagawa de 1854 » laquelle a certes ouvert le Japon à l’ère moderne mais fut le prélude à l’holocauste atomique de 1945 et l’occupation subséquente du Japon après la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Dans ce sens, l’obsession anti coréenne des élites nippones s’inscrit dans un complexe de supériorité (la Corée fut autrefois occupée par le Japon) touché dans son essence même par la défiance caractérisée et déterminée du Nord à l’égard de l’occupant de l’archipel.

Kim Jong-Un est un homme intelligent et très organisé (est-ce dû sans doute à son éducation suisse ? ). Il est impressionné par le degré de développement technologique du Sud, par l’affabilité extrême du président Moon Jar-In et ses idées. Kim aurait déclaré qu’une « Corée unie serait une puissance de premier ordre dans le monde, ce qui effraie au plus point l’impérialisme de Washington. Il a donc ordonné de mettre en oeuvre un processus de rapprochement stratégique avec le Sud avec pour objectif d’évincer les forces US hors de Corée du Sud.

Les populations du Sud lui sont largement favorables.

Ce n’est pas pour rien que Washington met en garde (lire :  menace) Séoul contre ce que les Américains qualifient déjà d’offensive de « charme » de Pyongyang.

 

Source : reseau international

http://katehon.com/fr/article/coree-kim-jong-un-veut-unifier-la-peninsule-et-evincer-les-forces-us-du-sud-en-se

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