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L’armée chinoise pourrait rivaliser avec celle des États-Unis, avertit un amiral américain

Publié le 14 février 2018 à 17h49 | Mis à jour le 14 février 2018 à 17h49

L’armée chinoise pourrait rivaliser avec celle des États-Unis, avertit un amiral américain

Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone... (Photo Roslan RAHMAN, archives Agence France-Presse)

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Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone Pacifique (PACOM)

Photo Roslan RAHMAN, archives Agence France-Presse

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Agence France-Presse
Washington

L’expansion de l’armée chinoise va à une telle allure qu’elle pourrait bientôt rivaliser avec la puissance américaine «pratiquement dans tous les domaines», a averti mercredi un haut responsable militaire américain.

«Le renforcement impressionnant de la puissance militaire de la Chine pourrait bientôt représenter un défi pour les États-Unis dans pratiquement tous les domaines», a prévenu l’amiral Harry Harris, lors d’une audition devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants.

«Les principales avancées comprennent des améliorations importantes dans le déploiement de batteries de missile, le développement de la cinquième génération d’avions de combat et l’accroissement en taille et en capacité de la marine chinoise avec sa première base à l’étranger, dans le port de Djibouti».

Harry Harris, chef des forces américaines dans la zone Pacifique (PACOM), a récemment été désigné par le président américain Donald Trump pour être ambassadeur en Australie. Une nomination qui nécessite encore l’approbation du Sénat.

Selon le militaire aux 39 ans de carrière, qui a déjà vivement critiqué l’expansion de l’armée chinoise en mer de Chine méridionale, «si les États-Unis ne suivent pas le rythme, PACOM aura du mal à concurrencer l’Armée Populaire de Libération dans les futurs conflits».

Lors de son audition parlementaire, l’amiral s’est aussi employé à rassurer concernant la menace nord-coréenne, affirmant que le Pentagone disposait actuellement des capacités pour bloquer tout éventuel missile envoyé par Pyongyang.

«Étant donné ce que nous pensons que devraient être les capacités nord-coréennes en matière de missiles dans trois ou quatre ans (…), je pense que nous devons continuer à améliorer nos missiles de défense», a-t-il toutefois tempéré, estimant que l’objectif du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un n’était pas seulement de préserver son régime, mais aussi de contrôler toute la péninsule coréenne.

Selon les experts, les motivations de Kim pour développer ses capacités nucléaires et balistiques sont plutôt rationnelles: protéger l’existence même de son régime, bien que cette course à l’armement ait augmenté les risques de confrontation avec les États-Unis.

http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201802/14/01-5153911-larmee-chinoise-pourrait-rivaliser-avec-celle-des-etats-unis-avertit-un-amiral-americain.php

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Derrière les tensions en Corée, en Iran et en Russie : la guerre financière qui se cache

Derrière les tensions en Corée, en Iran et en Russie : la guerre financière qui se cache

Behind Korea, Iran & Russia Tensions: The Lurking Financial War


Alastair CROOKEPar Alastair Crooke – Le 31 janvier 2017 – Source Strategic Culture

Qu’y a-t-il de commun entre les tensions des États-Unis avec la Corée du Nord, l’Iran et la Russie ? Réponse : ce sont tous des participants à une guerre financière plus large. La Russie et l’Iran, avec la Chine – sont les trois principaux acteurs qui façonnent une vaste zone monétaire alternative – presque la moitié de la population mondiale. La question nord-coréenne est importante car elle pourrait éventuellement précipiter les États-Unis – selon les événements – vers une politique plus agressive envers la Chine, que ce soit par colère contre les hésitations chinoises sur la Corée ou comme désir de couper les ailes du commerce chinois.

Les États-Unis se sont lancés dans un projet visant à restaurer la primauté économique de l’Amérique en supprimant ses principaux concurrents commerciaux – par le biais du quasi protectionnisme – et, dans le contexte militaire, en assurant la domination politique continue de l’Amérique. La nouvelle [ah bon ? NdT] stratégie américaine de sécurité nationale « America First » l’a clairement démontré : la Chine et la Russie sont les adversaires « révisionnistes » des États-Unis, et les États-Unis doivent et ont l’intention de gagner cette compétition. Le sous-entendu est que les principaux rivaux potentiels doivent se souvenir de leur « place » dans l’ordre mondial. Cette partie est claire et très explicite, mais ce qui n’est pas dit, c’est que l’Amérique mise sur le statut global de monnaie de réserve du dollar, car sans lui, les objectifs du président Trump ne seront probablement pas atteints. Le statut du dollar est crucial, précisément à cause de ce qui s’est passé à la suite de la Grande crise financière – l’explosion de la dette.

Mais voici un paradoxe : comment un candidat présidentiel qui a promis moins de belligérance militaire, moins d’interventions étrangères et plus aucune tentative d’imposition de l’identité culturelle occidentale, est-il devenu, en tant que président, un faucon en ce qui concerne la Corée et l’Iran ? Qu’est-ce qui a changé dans sa pensée ? Le cours suivi par ces deux États était bien connu et n’a pas surpris de façon particulière – bien que les progrès de la Corée du Nord se soient révélés quantitativement plus rapides que ce que les services de renseignement américains prévoyaient : au lieu de 2020-2021, la Corée du Nord atteindra son objectif d’armement en 2018 – environ deux ans plus tôt que prévu ? Mais le désir de la Corée d’être acceptée en tant qu’État nucléaire n’a rien de nouveau.

C’est « la dette fédérale » et le « plafond de la dette » qui sont cruciaux. Il ne fait aucun doute que l’armée américaine n’est plus ce qu’elle était, et le Parti républicain possède une aile fondamentaliste en faveur de la limitation de la dette (Freedom Caucus). Une crise militaire grave est peut-être la seule façon pour Trump d’obtenir éventuellement une énorme augmentation des dépenses militaires auprès des faucons budgétaires du Congrès. Le président Trump – la saga du Tax Bill nous le montre – va être un grand dépensier dans le cadre de MAGA (Make America Great Again). L’augmentation des dépenses américaines proposée pour la défense, équivaut à elle seule plus ou moins à l’ensemble des dépenses militaires annuelles de la Russie. La dette fédérale américaine est déjà supérieure à vingt mille milliards de dollars et elle s’accélère rapidement : les besoins d’emprunt augmentent en flèche et les paiements d’intérêts pour financer les emprunts additionnels devraient naturellement augmenter.

Mais Trump est le genre de type qui veut, explicitement, un taux d’intérêt bas, et l’expansion du bilan [augmentation de la dette, NdT]. Alors, comment financer un véritable déficit budgétaire, tout en maintenant les taux d’intérêt bas, ou à zéro ? La ruée vers les bons du Trésor américain sans risque – c’est-à-dire la crise militaire – a toujours servi à maintenir les taux bas et les dollars abondants, car les dollars d’outre-mer retournent à Wall Street. Cela pourrait être une solution, bien sûr, mais elle serait entièrement subordonnée au maintien du statut actuel du dollar, et à l’important volume de dollars détenus à l’extérieur avec la raison principale de devoir commercer en dollars.

Et pourquoi, au lieu de la détente avec la Russie, entendons-nous Herman Gref, PDG de la plus grande banque commerciale de Russie, dire au Financial Times que tout nouveau durcissement des sanctions anti-russes, y compris l’exclusion potentielle des banques et des sociétés russes du système de paiement SWIFT (le réseau mondial de services de messagerie financière sécurisés) aurait un effet tellement dévastateur qu’il ferait « passer la guerre froide pour un jeu d’enfant » ? (Le Trésor américain devrait présenter son rapport sur de nouvelles sanctions au Congrès dès février 2018, rapporte le Financial Times). Dans quel but ? Pourquoi les États-Unis et l’Europe devraient-ils creuser ce terrier en particulier, qui serait très dommageable pour l’Europe ? Eh bien, la réponse, probablement, est similaire : l’impératif de maintenir le statut global du dollar pour un programme visant à reconquérir la prééminence de l’Amérique, qui – étant donné le surendettement et la dette supplémentaire dans le sillage de 2008 – dépend de la mondialisation du dollar.

Et du point de vue des États-Unis, le président Poutine s’est déclaré lui-même comme un opposant au privilège spécial du dollar lorsque, au sommet du BRICS en septembre 2017, il a insisté sur « les inquiétudes des pays du BRICS face à l’injustice de l’architecture financière et économique mondiale qui ne tient pas compte du poids croissant des économies émergentes ». Poutine a en outre souligné la nécessité de « surmonter la domination excessive d’un nombre limité de monnaies de réserve ». La Russie a donc dûment mérité la colère américaine pour cette position. Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi ont tous deux remis en question l’hégémonie du dollar et regardez ce qui leur est arrivé.

La guerre financière, bien sûr, n’a rien de nouveau. Le général Hayden, ancien directeur de la NSA puis de la CIA, a qualifié la guerre financière de principal instrument guerrier au XXIe siècle et les sanctions de munitions à guidage de précision. Mais ce qui, semble-t-il, pourrait faire monter les enchères, n’est pas seulement le besoin du président Trump de bénéficier d’un plafond de dette plus élevé et d’une dette à faible coût pour financer sa relance de l’économie américaine, mais plutôt que les nouveaux bulbes, qui ont été plantés au cours des années par la révolution monétaire, puissent percer soudainement, couvrant le sol comme de nouvelles pousses prêtes à fleurir, en temps voulu.

Traditionnellement, la transformation du système monétaire mondial a été considérée non pas comme quelque chose de soudain, mais plutôt comme un déplacement lent et incrémental d’un système vers un autre – ou plusieurs. Mais ces bulbes ont vraiment commencé à être plantés en 2012 lorsque Washington a bloqué la possibilité de compensation des transferts internationaux pour les banques iraniennes, gelé cent milliards de dollars d’actifs iraniens à l’étranger et réduit le potentiel d’exportation de pétrole de Téhéran, provoquant une sévère inflation en Iran en dévalorisant sa devise.

En conséquence, en 2014, l’Arabie saoudite a orchestré la chute des prix du pétrole pour contrer la production de pétrole de schiste aux États-Unis, mais aussi pour punir la Russie de son soutien au président Assad. Et, pour remuer le couteau dans la plaie, le Trésor américain a facilité un raid boursier baissier sur le rouble, qui a été interrompu par l’intervention discrète de la Chine sur le marché des changes afin d’empêcher l’effondrement du rouble. Il était clair à ce stade que la Chine, la Russie et l’Iran partageaient un intérêt stratégique commun pour établir une zone monétaire, avec la profondeur des marchés et les infrastructures nécessaires pour fonctionner indépendamment de la sphère du dollar. Ces États ont clairement indiqué qu’ils s’engageaient dans une stratégie à long terme visant à cesser d’utiliser le dollar américain comme monnaie principale dans le commerce mondial.

La nouvelle stratégie de sécurité de Trump – si elle est sérieusement poursuivie – risque justement de bouleverser l’équilibre précaire de la guerre financière en cours et qui, jusqu’à présent, se déroule lentement. Poursuivre des sanctions financières agressives contre l’un de ces trois États risque maintenant de déclencher prématurément un changement monétaire important en représailles – et un risque concomitant de chaos financier. C’est peut-être à ce dernier résultat que Herman Gref faisait allusion quand il a dit au Financial Times que le blocage de la compensation internationale pour les banques russes aurait un effet si dévastateur, qu’il « ferait ressembler la Guerre froide à un jeu d’enfant ».

La clé ici, c’est la Chine : son économie est environ neuf fois supérieure à celle de la Russie. M. Trump avait déjà accusé la Chine de diverses infractions au commerce et à la propriété intellectuelle pendant sa campagne présidentielle, menaçant de représailles tarifaires par des droits de douane. C’était avant que le secrétaire au Trésor Mnuchin, en septembre, avertisse la Chine que les États-Unis pourraient lui imposer des sanctions supplémentaires – coupant potentiellement l’accès au système SWIFT de compensation internationale, la « bombe à neutrons » du Trésor US – si la Chine n’imposait pas à la Corée du Nord des sanctions suffisantes pour satisfaire la demande américaine. Maintenant, dans la déclaration sur la nouvelle stratégie nationale des États-Unis, la Chine est à plusieurs reprises considérée comme un mécréant économique, un « pouvoir révisionniste » et un « rival » pour la primauté économique et politique de l’Amérique. Un avenir de relations aggravées est clairement annoncé.

Comment la Chine pourrait-elle réagir ? La vision occidentale est optimiste : la Chine a plus à perdre dans une guerre financière à cause de ses avoirs en bons du Trésor américain, et il n’y a de toute façon rien qui puisse se substituer au dollar, avec sa profondeur de marché unique. Mais cette auto-complaisance est-elle mal placée ? Ce qui est clair, c’est que la Chine, la Russie et les BRICS ont réfléchi et préparé – de leur mieux – une escalade de la guerre financière, quel qu’en soit le prétexte.

La Chine partage aussi, semble-t-il, l’opinion de M. Hayden lorsqu’il dit que les conflits d’aujourd’hui sont principalement géo-financiers. En bref, l’avis des conseillers stratégiques de la Chine est probablement que le désir renouvelé des États-Unis d’intensifier les tensions militaires – cette fois dirigées vers la Corée du Nord, la Syrie et peut-être l’Iran – est un front de la guerre financière incessante des États-Unis et que la Chine doit préparer une riposte. J’ai écrit à ce sujet auparavant, mais pour avoir des indices, nous devrions, comme le suggère Alasdair Macleod « … regarder cela du point de vue de la Chine. Le stratège le plus influent de l’Armée populaire de libération, le Major Général Qiao Liang, a exposé sa philosophie stratégique globale lors d’un forum d’étude du Comité central du Parti communiste à l’automne 2015. Son point de vue peut être considéré comme celui des dirigeants chinois. » Selon Qiao :

« Les États-Unis ont évité une inflation élevée en laissant le dollar circuler globalement. Il doivent également restreindre l’impression de dollars pour éviter une dévaluation de la devise. Donc que peuvent-ils faire s’ils sont à cours de dollars ?

Ils ont trouvé une solution : émettre de la dette pour ramener le dollar aux États-Unis. Les Américains ont commencé à jouer le jeu d’imprimer des billets avec une main et d’emprunter avec l’autre. Imprimer de l’argent peut faire de l’argent. Emprunter de l’argent peut aussi faire de l’argent. Cette économie financière – utiliser l’argent pour gagner de l’argent – est beaucoup plus facile à mettre en œuvre que dans l’économie réelle, basée sur l’industrie. Pourquoi se soucierait-on des industries manufacturières qui n’ont que des capacités à faible valeur ajoutée ?

Depuis le 15 août 1971, les États-Unis ont graduellement arrêté leur économie réelle et sont passés à une économie virtuelle. C’est devenu un État dont l’économie est vide. Le produit intérieur brut (PIB) américain d’aujourd’hui a atteint $18 mille milliards, mais seulement $5 mille milliards proviennent de l’économie réelle. En émettant de la dette, les États-Unis rapportent une grande quantité de dollars de l’étranger aux trois grands marchés américains : le marché des matières premières, le marché des bons du Trésor et le marché boursier. Les États-Unis répètent ce cycle pour gagner de l’argent : imprimer de l’argent, l’exporter et le rapatrier. Les États-Unis sont ainsi devenus un empire financier. »

Macleod commente :

« En d’autres termes, la richesse de l’Amérique est soutenue par une opération de pompage et de décharge facilitée par le statut de réserve du dollar, remplaçant la véritable production industrielle. Il vaut la peine de clarifier un point : les dollars appartenant à des étrangers ne quittent jamais les États-Unis, seule la fonction est délocalisée. Il est plus juste d’affirmer que le gouvernement américain détourne des dollars du commerce extérieur, et des investissements dans le secteur manufacturier, pour les investir dans des bons du Trésor.  Le premier cycle identifié par Qiao a été l’expansion des dollars visant à créer un boom en Amérique latine au milieu des années soixante-dix. Le deuxième cycle visait l’Asie du Sud-Est, qui s’est développée grâce à un dollar qui s’est affaibli à partir de 1986. À partir de 1995, le dollar a commencé à se renforcer, culminant avec un raid boursier baissier sur le baht thaïlandais, qui s’est étendu à la Malaisie, à l’Indonésie et à d’autres pays de la région. Le phénomène des tigres asiatiques a été fabriqué, et détruit, non pas par les pays eux-mêmes, mais par l’inondation, puis le reflux du dollar et de l’investissement. Qiao note que la Chine a échappé à la tentation de cette opération d’inspiration américaine. Qiao se tourne ensuite vers le cycle contemporain (en 2015) de la gestion du dollar, affirmant qu’il visait désormais la Chine.

Avec ces mots : ‘C’était aussi précis que la marée ; le dollar américain était fort pendant six ans. Puis, en 2002, il a commencé à faiblir. Suivant le même schéma, il est resté faible pendant dix ans. En 2012, les Américains ont commencé à se préparer à le renforcer. Ils ont utilisé la même approche : créer une crise régionale chez les autres. Malheureusement, les États-Unis ont trop joué avec le feu précédemment [sur leur propre marché hypothécaire] et se sont trouvés pris dans une crise financière en 2008. Cela a retardé un peu la hausse du dollar américain. Si nous reconnaissons qu’il existe un cycle de la valeur du dollar américain et que les Américains utilisent ce cycle pour piller d’autres pays, alors nous pouvons conclure qu’il était temps pour les Américains de piller la Chine. Pourquoi ? Parce que la Chine a bénéficié le plus des investissements du monde. La taille de l’économie chinoise n’était plus la taille d’un seul comté ; elle était devenue encore plus grande que l’ensemble de l’Amérique latine et à peu près de la même taille que l’économie de l’Asie de l’Est.’ 

‘Qiao va jusqu’à dire que l’événement le plus important du XXe siècle n’était pas les deux guerres mondiales, mais l’abandon du standard de l’étalon-or par l’Amérique en 1971. C’est quand même quelque chose’ »  s’exclame Macleod.

En effet… Et c’est là que réside le nœud de la stratégie chinoise. Il se passera encore quelques années, avant que le yuan ne devienne une monnaie de réserve majeure – prévue par une ascension harmonieuse dans le langage non assertif de la Chine. Mais celle-ci domine le commerce mondial et se trouve désormais à tout moment en position de lier le pétrole (et les marchandises) à l’or, comme à l’origine [avant 1971]. Le Shanghai International Energy Exchange (INE) a déjà effectué quatre tests, dans un environnement de production, pour les contrats à terme sur le pétrole brut. Ces derniers seront convertibles sur les marchés de l’or physique à Shanghai ou à Hong Kong. Et la banque centrale russe a ouvert un bureau à Pékin, spécifiquement chargé de résoudre les aspects techniques des livraisons d’or de la Russie à la Chine. Pour être clair : ces contrats ne sont disponibles que pour les négociants non nationaux, et tout lingot d’or acquis par le biais des contrats à terme sur le yuan-or proviendra des marchés internationaux, pas de la Chine ni de ses citoyens. À plus long terme, le pétrole devenant directement lié à l’or, plutôt qu’au dollar, nous pourrions assister à une réévaluation de l’or par rapport au dollar.

Et, en octobre 2015, la Chine a inauguré son système de paiement international (CIPS). CIPS a conclu un accord de coopération avec le système de compensation bancaire privé SWIFT basé en Belgique, par lequel transitent pratiquement toutes les transactions mondiales. Mais en cas d’exclusion de la Chine de SWIFT, comme Mnuchin l’a laissé entendre en septembre, la Chine et la Russie pourraient compenser leurs échanges de devises avec CIPS.

Jusqu’ici, la politique de la Chine a été d’éviter de perturber la sphère du dollar, préférant ne pas risquer la dislocation du commerce mondial, ce qui pourrait facilement se produire s’il y avait une perte substantielle de confiance dans le dollar. Mais la belligérance américaine envers la Chine – liée à certains égards à la Corée du Nord – pourrait-elle être le déclencheur ? En fait, le Venezuela a déjà ouvert la voie en refusant d’accepter les paiements de son pétrole en dollars, démontrant ainsi au monde qu’un système alternatif au pétrodollar est effectivement possible. En outre, Caracas a commencé à publier un indice des prix du pétrole libellé en yuan.

Le lancement opérationnel des contrats d’option à terme sur le pétrole, libellés  en yuan – selon la rapidité avec laquelle les contrats peuvent être ajustés – ouvre la perspective de remplacer le système du pétrodollar, surtout si l’Arabie saoudite accepte de vendre son brut à la Chine en yuan – peut-être en échange d’une prise de participation de la Chine dans Aramco.

La Chine a d’autres options si les États-Unis devenaient plus agressifs et tentaient de modifier les termes de l’échange avec elle. Elle pourrait simplement passer à l’échange de biens exclusivement en yuan, remplaçant ainsi complètement le dollar comme moyen de transaction. La Chine et la Russie seraient presque certainement rejointes par leurs principaux partenaires commerciaux des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ainsi que par leurs pays partenaires eurasiens de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – représentant une population de plus trois milliards d’habitants, soit 42% de la population totale de la planète.

Comme la Chine possède toujours de grandes quantités de bons du Trésor américain et de réserves en dollars, elle pourrait préférer prendre du temps avant d’exécuter un tel coup de grâce. Mais si elle est trop fortement pressée par l’équipe de Trump, elle le fera : d’où l’avertissement de Gref.

Donc, la question la plus importante, si Trump poursuit sa stratégie économique de « confinement de la Chine » et que celle-ci et ses alliés ripostent, qu’adviendra-t-il de la valeur, supposée « sans risque » des bons du Trésor américains dans le cas où un segment important de l’économie mondiale suit sa propre voie ? Et qu’adviendra-t-il aussi de la capacité du gouvernement américain de financer sa dette à ses niveaux actuels et croissants ? Matière à réflexion, peut-être.

Alastair Crooke

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/derriere-les-tensions-en-coree-en-iran-et-en-russie-la-guerre-financiere-qui-se-cache

 

Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée

Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée


Par Phil Butler – Le 10 septembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Depuis le Forum économique asiatique à Vladivostok, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la Corée du Nord mangera de l’herbe avant de renoncer aux armes nucléaires ». La simple vérité et la logique de la déclaration a fait clairement comprendre à la plupart des personnes sensées que les sanctions et les bruits de botte servent à exaspérer et à séparer les nations. Mais le pragmatisme de M. Poutine soulève la question : « Que veut la Corée du Nord ? »

Quelqu’un a-t-il rapporté l’autre version, du côté de Pyongyang, de la crise interminable sur la péninsule de Corée ? Si quelqu’un l’a fait, je ne connais aucun citoyen américain qui en ait été informé. Depuis que l’Union soviétique et les États-Unis ont séparé la Corée après la Seconde Guerre mondiale, des frictions permanentes ont existé entre le Nord et le Sud. Depuis que la Corée du Nord a envahi le Sud, provoquant la guerre de Corée (1950-1953), le Nord socialiste a été dans un état de préparation constant, où le militarisme est au premier rang dans la société. Sans entrer dans un cours d’histoire complet, la Corée du Nord a de bonnes raisons pour une préparation militaire maximum ces décennies, en particulier si on examine les stratégies adoptées pour la guerre de Corée par les généraux étasuniens. Cette guerre a été une guerre d’usure et le véritable point de départ d’une Guerre froide qui minerait pour finir les énergies de tous les pays sur la terre. Pour la Chine, la contribution nord-coréenne à la victoire communiste n’a jamais été oubliée depuis la création de la République populaire de Chine en 1949. Lorsque la Chine s’est sentie menacée et est entrée en guerre, la menace d’un conflit nucléaire mondial est devenue une possibilité réelle. Si on garde à l’esprit la géographie de la Corée, il est facile de comprendre que l’avertissement du président Poutine sur une situation présente se développant en une « catastrophe mondiale totale » n’est pas du sensationnalisme. Une intervention américaine sur la péninsule aujourd’hui conduirait presque certainement à une rupture amère des relations entre des nations clés.

Les populations de Corée du Nord et du Sud n’ont jamais été le souci des autres pays. C’est la froide réalité de la crise actuelle. La Corée a toujours été une question de confinement et de géostratégie. Le premier à le reconnaître (par inadvertance) a été le président Harry Truman lorsqu’il a admis dans son autobiographie que l’ « action de police » visait à affronter les régimes communistes soviétique et chinois. Ce fait a été également souligné dans le  National Security Council Report 68 (NSC-68) déclassifié (1975). Citation du livre du président Truman :

« Le communisme agissait en Corée, exactement comme Hitler, Mussolini et les Japonais l’avaient fait dix ans, quinze ans et vingt ans plus tôt. J’étais convaincu que si ont permettait à la Corée du Sud de tomber, les dirigeants communistes seraient encouragés à s’emparer de pays plus proches de nos côtes. Si on permettait aux communistes  d’entrer dans la République de Corée sans opposition du monde libre, aucun petit pays n’aurait le courage de résister à la menace et à l’agression de voisins communistes plus forts. »

Mais la position de la Corée du Nord, les vrais désirs du peuple de ce pays n’ont jamais été abordés. Tout ce que nous en savons, c’est le récit du confinement et de la crise. À partir de là, nous pouvons choisir d’explorer les sombres vérités d’antan, d’essayer de justifier les conflits d’intérêt perpétuels, ou nous pouvons choisir d’examiner les idées et les politiques qui créeront une paix perpétuelle. Qui a commencé la guerre froide, quels pays étaient en faute ou sur une position défensive alors a peu d’importance si on doit progresser. Pour répondre à la question « Que veut la Corée du Nord ? », il semble clair que les réponses sont l’indépendance et la prospérité. Mais depuis la chute de l’Union soviétique et le retrait du soutien de Moscou, l’idée audacieuse de l’autosuffisance de la politique du Juche s’est engagée dans une sorte de catastrophe paradoxale. La viabilité est impossible, en particulier avec des dépenses inutiles et le militarisme. Aujourd’hui, Kim Jong-un affronte une spirale descendante presque impossible à stopper dans sa politique intérieure et extérieure, à moins d’une alternative. La manière dont je vois la posture nucléaire de son régime est un appel à tenir compte des besoins de son pays dans lequel lui et ses partisans ne perdent pas la face. Mais le président américain Donald Trump et les alliés japonais ne construisent aucun pont que le dirigeant nord-coréen pourrait franchir. Les raisons en sont tout à fait évidentes : la dynamique étasunienne nécessite un conflit permanent pour se maintenir.

Les preuves de mon argument sont nombreuses, surtout si on prend en compte la « politique du rayon de soleil » de la Corée du Sud. En 2000, son dirigeant Kim Dae-jung a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir appliqué cette politique avec succès, qui était exactement le « pont » que je demande. L’administration Bush a veillé à ce que ce rétablissement des liens entre le Nord et le Sud ne réussisse jamais. Barack Obama a joué son rôle de provocateur de crise et maintenant Trump a été rappelé à l’ordre en faisant la même chose. La rédactrice du magazine Providence, Anne R. Pierce, a appelé les stratégies de ce président « la politique nord-coréenne imprudente, cruelle de l’administration Obama » et c’est exactement ça. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la question, la « politique du rayon de soleil » a eu pour résultat des contacts politiques plus importants entre Séoul et Pyongyang et beaucoup d’autres moments historiques dans les relations inter-coréennes, y compris plusieurs initiatives commerciales de haut niveau. Lorsque Kim Dae-jung et Kim Jong-il se sont rencontrés en 2000, les espoirs de réconciliation sont montés très haut. Quelques lecteurs se rappellent peut-être qu’après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, l’administration américaine a déclaré que la Corée du Nord faisait partie de l’Axe du Mal. C’était après que la Corée du Nord ait de nouveau rompu ses liens avec le Sud. Pour mon argumentation, les implications sont claires comme de l’eau de roche. Et à la question sur ce que veut la Corée du Nord, la « normalisation » des relations devrait être la conclusion indiscutable que nous évacuons. Des gestes d’égalité et d’amitié ont entraîné un résultat positif, mais les politiciens américains conseillent à Donald Trump de menacer, comme Bush l’avait fait. Comme Vladimir Poutine l’a suggéré l’autre jour, les diplomates américains semblent incapables de s’exprimer intelligemment. L’affirmation que la « politique du rayon de soleil » est la clé pour apaiser la situation en Corée est aussi soutenue par Patrick McEachern, l’auteur de Inside the Red Box : North Korea’s Post-Totalitarian Politics, qui compare les démonstrations nucléaires de la Corée du Nord sous la « politique du rayon de soleil » et après. Le fait est que le Nord brandit des sabres nucléaires plus souvent depuis que cette politique a échoué.

Maintenant que Poutine et le président sud-coréen Moon Jae se sont rencontrés à Vladivostok, on dit que Moon adoptera bientôt une nouvelle « politique du rayon de soleil » avec l’aide de Moscou et Beijing. Quelques lecteurs se rappelleront que Moon était le chef d’état-major de Roh Moo-hyun, le dernier président libéral de la Corée, l’homme qui a continué la « politique du rayon de soleil » de son prédécesseur Kim Dae-jung. Cela m’amène à un dernier point qui concerne Moon, Poutine et même le Japonais Abe. Un prix Nobel de la paix attend toujours Poutine et celui qui assure un avenir pour la Corée du Nord et du Sud attrapera certainement le prix. Le rôle croissant de Poutine sur la scène mondiale, ses mouvements évidents vers l’Est, et en particulier sa modération devant une position agressive de l’Occident sont des éléments positifs dont les Coréens ont besoin.

La dure vérité de cette situation est que Pyongyang a désespérément besoin d’une bouée de sauvetage, mais ils ne veulent pas la mendier. De mon point de vue, je ne le leur reproche pas du tout. Montrer la faiblesse des oligarques de son pays est comme du sang dans un bassin plein de requins. Les Coréens du Nord meurent de faim mais ils sont trop fiers pour ramper, cela devrait être on ne peut plus clair. Je pense que si Donald Trump s’intéressait davantage à résoudre ces crises qu’à sembler en avoir « une bonne paire », le monde irait beaucoup mieux. « Choc et effroi » sur la péninsule de Corée avec des retombées sur la Chine, la Russie et le Japon ne se fera tout simplement pas. Je parie que Poutine va bientôt rétablir l’approvisionnement alimentaire pour la Corée du Nord.

Phil Butler est un enquêteur et un analyste politique, un politologue et un expert de l’Europe de l’Est, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Note du Saker Francophone

Il est peu probable que les Nord Coréens soient au bord de la famine. On peut penser que la Russie et la Chine ravitailleront la Corée du Nord en fonction des besoins, au moins pour compenser les effets du blocus et des manœuvres militaires au moment des récoltes pour forcer Pyongyang à mobiliser ses soldats paysans.

 

http://lesakerfrancophone.fr/vladimir-poutine-et-la-nouvelle-politique-du-rayon-de-soleil-a-la-rescousse-de-la-coree

Séoul identifie les projectiles tirés samedi par Pyongyang comme des missiles balistiques à courte portée

© Chine Nouvelle (Xinhua)Wang Huanying, le 28/08/2017 10:52

L’armée sud-coréenne a identifié les projectiles tirés la semaine dernière par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comme des missiles balistiques à courte portée dont tout essai est interdit par des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, ont rapporté lundi les médias locaux citant une source militaire.

Un responsable de l’armée sud-coréenne, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a indiqué que ces projectiles étaient très probablement des missiles balistiques à courte portée d’après les résultats des analyses conjointement menées par les armées sud-coréenne et américaine.

Samedi dernier, Pyongyang a tiré depuis le site de Kittaeryong (sud-est de la RPDC) trois projectiles à courte portée en direction de la mer à l’est du pays.

Deux des trois projectiles ont parcouru environ 250km, tandis que le troisième a explosé peu après son décollage.

La présidence sud-coréenne avait indiqué dans un premier temps que ces projectiles de la RPDC pouvaient être des obus d’artillerie tirés par des lance-roquettes multiples de 300mm.

Le responsable militaire sud-coréen a fait savoir que d’autres détails sur le type de missile et ses capacité faisaient l’objet d’analyses.

Les derniers tirs menés par la RPDC sont intervenus au moment des manoeuvres militaires annuelles UFG des forces sud-coréennes et américaines. Celles-ci ont débuté lundi dernier et doivent se poursuivre jusqu’à jeudi.

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